XLV. MÉDITATION
Développement et application de la parabole des deux Étendards.
I. Elle excite notre ardeur à comballre pour Jésus-Christ et à lui
gagner des ânaes,
II. Elle nous apprend les moyens de réussir d .ns ce noble dessein.
P^" P. Dans cette 'parabole tout doit exciter notre zèle pour le salut des âmes : la haine que leur porte Lucifer, et les efforts que lui et les siens font pour les perdre ; l'amour que Jésus- Christ a pour elles, et ce qu'il fait pour les sauver ; l'excellence de cette vie apostolique, et les grands biens qu'on en retire.
1° Nous savons ce qui rend Lucifer l'irréconciliable ennemi des âmes. Écrasé sous la main du Tout-Puissant, et ne pouvant se venger sur lui, il aperçoit en nous son image, et décharge sur nous sa fureur jalouse. Comment nous pardonnerait-il les bienfaits dont Dieu nous prévient, la gloire qu'il nous destine, et la joie que lui cause notre salut? C'est Dieu qu'il hait en nous. De là tant de ruses perlides, ou de violents efforts, pour nous entraîner dans sa révolte et son malheur. L'Écriture le représente tantôt comme un insidieux serpent, tantôt comme un lion rugissant, qui s'agite autour de la proie qu'il convoite. De là aussi les auxiliaires qu'il
cherche parmi les hommes ; tous les pécheurs scandaleux sont ses suppôts. De quel zèle homicide il les embrase! Hélas! pourquoi rencontre-t-il quelquefois dans ses esclaves plus de docilité et d'énergie, que Jésus n'en trouve dans ses ministres? A combien de veilles laborieuses et de privations pénibles se condamnent tous les jours les apôtres de Satan, pour seconder ses horribles desseins? N'en estil pas qui ruinent leur santé, abrègent leurs jours par excès de travail, pour propager dans tous les âges, dans toutes les conditions, l'affaiblissement ou l'extinction de la foi, la corruption du vice, et la mort du péché? Les voiton se reposer, se contenter du mal qu'ils ont fait? Disent-ils jamais : C'est assez, assez de victimes jetées dans le lieu des tourments, assez de cœurs à qui nous avons ravi tous les biens, la vertu, la paix.., tout, jusqu'à l'espérance? Rien n'assouvit leur rage, rien ne lasse leur patience, rien ne ralentit leur sacrilège ardeur.
Quels ravages ne font-ils pas dans le troupeau de Jésus-Christ? Que devient l'innocence! où sont les cœurs purs? Dans les paroisses, dans les familles, partout, qui pourra compter la multitude de ceux qui périssent? Nous savons ce que c'est que Tenfer ; nous l'avons médité... Resterons-nous donc impassibles témoins du malheur de nos frères? 0 honte du
sacerdoce! Caditasina, et est qui subleveteam ; périt anima, et nemo est qui reputet. (5. Bem. Be corn. L 4. c. 6.) Et si, au lieu d'une âme, ce sont des milliers d'âmes !.. Ne ferons-nous rien pour eu sauver au moins quelques-unes ?
2" Ces âmes sont chères à Jésus-Christ; c'est pour elles qu il est descendu du ciel. . . Exemples,. leçons, miracles, souffrances, sa vie et sa mort, il a tout consacré au salut des âmes. Voyez-le épuisé de fatigues, assis près du puits de Jacob ; il vous apprend l'importance qu'il attache au salut d'une âme... Voyez surtout sa croix, divine balance, qui détermine si exactement le prix des âmes, puisqu'elles valent ce qu'elles lui ont coûté... Entendez-le qui se plaint de l'inutilité de son sang ; n'en seriez-vous point en partie la cause? « Quœ utilitas in sanguine meo? Qui profite de mes douleurs et de tous mes sacrifices? C'est donc en vain que j'ai consumé mes forces * ! . . J'ai vécu dans la pauvreté, dans les veilles et dans les larmes ; je suis mort dans les opprobres et les tortures les plus cruelles.., tout cela pour racheter les âmes, et elles se perdent ! Avec un peu de. zèle, vous pourriez en sauver un grand nombre, et vous préférez votre repos!.. Je vous ai vous-même délivré de l'enfer, inspirant à d'autres la pensée
* Ego dixi : In vacuum laboravi : sine causa et varif' fortitiidinem mpam consumpsi. />. i". \.
et la volonté de vous tendre une main secourable... Ah! du moins par reconnaissance, aidez vos frères, prenez compassion de leurs dangers ; ne soyez plus insensible au malheur de ceux que j'aime... Sauvez, sauvez des âmes, ou cessez de m'appeler votre Seigneur et votre Maître ; je ne vous connais pas. »
Ces vœux ardents du cœur de Jésus-Christ ont toujours été compris par les bons prêtres. Les apôtres ont à peine reçu leur mission, qu'ils se partagent l'univers, et le parcourent comme 'autant d'intrépides conquérants. La charité de Jésus-Christ les presse; c'est un feu qu'ils ne peuvent contenir. Ils se montreront ses ministres fidèles, l7i multâ patientiâ, in tribulationihus, in necessitatibus, in angustiis, in plagis, incarceribus, in seditionibus, in laboribus, in vigiiiis, in jejuniis... per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam. (II. Cor. 6. 4.) Partout ils prêchent la doctrine du salut, arrachent des victimes à l'enfer, et multiplient le nombre des élus. Leur dévouement s'est reproduit dans tous les temps.
3" Quelle est l'excellence et l'utihté de cette vie apostolique? « On ne peut, » dit saint Charles Borromée, « concevoir quelque chose sur la terre de plus sublime, que d'être le coopérateur de Dieu dans le grand ouvrage de la Rédemption. Puisque les prêtres exercent les mêmes fonctions que Jésus-Christ, en travail-
lanl au salut des âmes, il est hors de doute qu'il n'y a rien de plus agréable à Dieu, ou de plus glorieux pour riiomme. » Divinorum omnium clivinissimum est cooperari Deo in salutem animarum. S. Dion. De cœksL hier.
Quant à Futilité du zèle sacerdotal, elle regarde le monde entier , qui lui doit tous les bienfaits du christianisme ; elle regarde les âmes qui sont l'objet de ce zèle, et pour apprécier les services qu elles en reçoivent, il suffit de nommer le ciel qu'il leur donne, et l'enfer dont il les préserve ; elle regarde Je prêtre lui-même. Qu'on juge des fruits qu'il retire de ses travaux par cette simple réflexion : Si le verre d'eau froide donné au pauvre, ne reste pas sans récompense, que n'a pas à espérer le pasteur zélé qui, par la prédication de l'Evangile, aura engendré les âmes à Jésus-Christ, et par l'administration des sacrements les aura sanctihées dans son sang? Si l'on a des titres à la couronne des élus pour avoir visité les captifs, nourri ceux qui avaient faim, donné des vêtements à ceux qui étaient nus, quel rang distingué occuperont dans le royaume céleste ceux qui auront arraché des âmes immortelles à la captivité du démon, aux prisons de l'abîme? qui les auront revêtues du riche ornement de la grâce, nourries du pain de la divine parole et du corps même de Jésus-Christ? Quand un
bon prêtre approfondit ces considérations, il se sent électrisé, et, brûlant d'un ardent désir de sauver les âmes, il ne cherche plus qu'à enconnaître les moyens.
IP P. Comment pourrons-nous gagner à Dieu beaucoup d'âmes. La parabole nous l'apprend. Tromper est l'arme de Satan : il est le prince des ténèbres ; éclairer est l'arme du Sauveur : il est la lumière du monde. Allez, dit-il à ses ministres, faites briller à tous les yeux le flambeau de la vérité. Détrompez les hommes du faux éclat des biens de la vie présente ; montrezleur le néant des grandeurs qu'ils ambitionnent, des jouissances matérielles qu'ils désirent ; faites-leur craindre les richesses, les plaisirs, les honneurs, comme autant de poisons qui tuent les âmes ; pressez-les de prendre pour modèle un Homme-Dieu pauvre, humilié, souffrant ; car cette voie est la seule qui conduise à la vie. — Mais le moyen, Seigneur, de nous faire écouter, le moyen de persuader, si nous tenons ce langage au milieu d'un monde où tout est opposé à cette doctrine céleste ? — Le moyen, c'est de pratiquer vous-mêmes ce que vous enseignerez ; c'est, à mon exemple, de faire toujours plus que vous n'exigerez des autres. Ainsi détachement des richesses, des plaisirs et des honneurs... Ce n'est pas assez, j'ai été beaucoup plus loin : amour de la pauvreté, des souffrances et du mépris , horreur pour le
monde et ses maximes. Voilà en quoi m'ont imité les hommes vraiment apostoliques ; moyen sûr et infaillible de produire de grands fruits dans les âmes.
Prenons donc l'esprit de la sainte milice du Sauveur; employons les armes qu'il nous a mises entre les mains : l'amour de la pauvreté, des souffrances et du mépris. Un combat légitime peut seul nous donner droit à la couronne : Qui certat in agone, non coronaiui% nisi légitime certaverit. (IL Tim. 2. o.)
1er p. la paraboh. des deux étendards excite notre zèle pour le salut des âmes, par Irois motifs. !• La haine que leur porte Lucifer. Ne pouvant se venger sur Dieu, il se venge sur Phomme, qui est IMmage de Dieu et lobjel de son amour. C'est Dieu qu'il hait en nous. Que ne fait-il pas pour no':s perdre? 2° L'amour de Jésus pour les âmes : c'est pour eiles qu'il est Jésus. Reiîordons sa croix ; entendons le se plaindre à nous de rinuliîité d'e ses souffrances, et nous exprime;- les vœux ardents de son cœur: les bons piètres les ont toujours compris. 3' L'excellence de la vie apostolique : Divinorum omnium divinissimum est cooperari Deo in salutem animarum ,- son utilité, par rapport au prêtre et par rapport au monde entier.
Ile p. La parabole des deux étendards nous apprend les moyens de gagner à Dieu br^aucoup d'âmes. Tromper est Tarnie de Satan, éclairer est larme du Sauveur; détrompons les hommes, éclairons- les par la paro.e et par l'exemple.