‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 3 sur 96 · III. Motif de propre intérêt · texte numérisé non relu

III. Motif de propre intérêt

ï" P. Motif de gloire . Pour le comprendre, il faut considérer à qui nous associe le zèle sacerdotal, et à quel ouvrage il nous fait concourir.

l"* Le zèle a été le caractère distinctif de tous les grands hommes qui ont eu sur la terre une mission bienfaisante à remplir.' Dans l'ancien monde, un Moïse s'offre à Dieu comme victime, pour obtenir le pardon de son peuple : Aiit dimiUe eis hanc noxam, aut si non jacis, dele me de libro tuo , quem scripsisti. Exod. 32. 31. 32. Dans le nouveau, saint Paul exprime avec ses sentiments ceux de ses collègues dans Uapostolat, quand il s'écrie : Quis infirmatur, et ego non infirmor? Quis scandaliiatur , et ego non uror? 'IL, Cor. 11. 29.) — Ego auteni lihentissimè impendani et super impendar ipse pro animabus vestris. '\bk\. 12. 15. On retrouve ce même feu du zèle, ce même besoin de s'immo-

1er pour les âmes, non-seulement dans cette longue série de saints pontifes, successeurs des apôlres, mais dans tous les bons prêtres avec qui ils ont partagé les soins de la charge pastorale. Dominique, François d'Assise, Vincent Ferrier, Vincent de Paul, Ignace de Loyola, Xavier, Régis, Brydaine, Olier... quels noms, et de quel zèle ils nous retracent le souvenir! De nos jours encore, et parmi nous, combien d'exemples capables d'enflammer notre ardeur ! N'en est-il pas même d'éclatants qui nous sont donnés par des laïques? Le zèle m'associe donc à tout ce qu'il y a eu de plus honorable parmi les hommes; que dis-je?il m'associe aux anges : Omnes sunt administraiorii spiritus, in ministerium missi propter eos qui hœreditûtem copient salutis. fHebr. 1. 14.; Il m'associe à Dieu : Dei enim sumus adjutores. (I. Cor. 3. 9.) — Zelus Dei vita est. (S. Ambr.j

2° Mais quelle est cette œuvre pour laquelle le Tout-Puissant veut bien demander notre concours?.Pour le Père, c'est le grand et éternel objet de sa pensée : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ; faisons-le pour la sainteté et le bonheur... Pour le Fils, c'est le terme auquel il rapporte tous les travaux de sa vie, toutes les souffrances de sa mort... Pour le Saint-Esprit, c'est le centre de toutes ses opérations dans l'Église, jusqu'à la consommation

des siècles... 0 prêtres, celui qui a créé le monde sans vous, ne veut pas le sauver sans vous. Jésus vous a remis le trésor infmi de ses ' grâces et de ses mérites, en vous chargeant d'en verser les richesses sur les âmes. L'Esprit saint vous a choisis pour être ses instruments et ses organes ; c'est par vous qu'il veut sanctifier les hommes, et les conduire à une souveraine félicité... 0 le sublime emploi! «J'ignore, » dit Richard de Saint-Victor, « si quelqu'un peut recevoir ici-bas une plus grande faveur, que d'être appelé à changer des hommes pervers en hommes de bien, les esclaves de Satan en enfants de Dieu. Dira-t-on qu'il est plus beau de ressusciter les morts? Mais quoi? rendre la vie à une chair qui doit m^ourir de nouveau, sera donc plus excellent, que de ressusciter une âme qui vivra toute l'éternité ' ? »

IP P. Motif de charité. Cette reine des vertus regarde Dieu et le prochain.

l"* Charité envers Dieu. Il aime si tendrement, si excessivement les âmes : Domine, qui amas animas. (Sap. il. 27.) — Pr opter nimiam

' Ignoro an possit hàc gratiâ in terris raajorem aliquam Deus homini conferre, quàm ut ejus ministerio perversi homines in melius mutentur, et de fîliis diaboli filii Dei efficiantur. An forte quidquam majus videbitur esse mortuos suscitare ? Ergo majus erit suscitare carnem iterùm morituram, quàm animam in aeternum victuram?.. Lih. \. De prœpar. in Cont. c. i.

charitatem siiam quâ dilexit nos. (Eph. 2. 4.) Crèche, Calvaire, autel, vous nous le dites énergiquement. Aussi , quelque témoignage que nous puissions lui donner de notre amour, aucun ne lui plaît autant que notre dévouement au salut des âmes. (( Simon Joannis^ cUligis me plus his ? Je vous le demande une seconde, une troisième fois. » Jésus n'ignorait pas les sentiments de Pierre, lorsqu'il l'affligeait en paraissant ainsi les mettre en doute ; c'était lui dire : Vous m'aimez, ô Pierre, je le sais ; mais vous avez besoin de m'en donner et devons en donner à vous-même une preuve incontestable ; que ferez- vous? vous pleurerez votre faute? vous coucherez sur la dure?.. 0 apôtre, connaissez mieux mon cœur : prenez soin de mes agneaux, prenez soin de mes brebis, et soyez sans alarmes ; vous ne pouvez me donner un gage plus certain de votre sincère affection. Voilcà ce qui a fait dire h saint Cyrille : Ex hoc loco agnoscunt fidei magistri non aliter se Siimmo Pastori gratos fore, quàm si omni studio caveant ut rationales oves curentiir ; à saint Laurent Justinien : Nihil tant Deo gratum acceptumque est, quàm pro viribus operam dure uthomines reddantitrmeliores ; ks3i\nlGTégoirele-Grand : Nitllnm omnipotent i Deo taie est sacrificium, qiiale est zelu.s animarum. Ille apud Deum in amore magis dives est, qui ad ejus amorem pluri mos trahit ; à saint Jean-Chrysos-

tome : Nihil adeô déclarai guis sit fidelis amans Christi, quàm si fratrum curam agat, proque illorum sainte gérai sollicitvdinem. Hoc maximum amiciliœ ergà Christum argumentiim .

2"* Charité envers le prochain. La compassion est son premier effet ; et à quoi serions-nous sensibles, si nous ne l'étions au triste sort de tant d'infortunés, qui traînent leur vie dans le crime et la souffrance, ignorant ce qu'il importe le plus de connaître , ou n'usant de leurs lumières que pour aggraver leur culpabihté et leur malheur ? Où vont ces aveuoles ? Où courent ces frénétiques? Sur le bord de quel abîme dorment tous ces pécheurs? Quand on sacrifierait sa vie pour sauver ces pauvres âmes, on ne ferait que remplir l'obligation du bon pasteur : Bonus pastor animam siiam dat pro ovibus. {io^n. 10. il.) Mais de quoi s'agiraitil le plus souvent? D'un peu de patience pour instruire, d'un peu d'humilité pour oublier une injure, d'un avis salutaire, d'une exhortation pressante, d'une parole dite à propos, d'un service rendu... Hélas ! c'est trop demander à celui qui a laissé le zèle et la charité s'éteindre dans son cœur : il verra froidement périr ses frères pour qui Jésus-Christ est mort : Perihit infirmus in tua scientià frater, propter quem Christiis mortuus est. (I. Cor. 8. il.)

IIP P. Motif de notre propre intérêt. Dieu met devant nous l'eau et le ieu, la vie et la mort,

le salut le plus désirable , et la damnation la plus horrible !.. à nous le choix. Sans zèle, nous sommes perdus : l'enfer des mauvais prêtres est notre effroyable demeure. En effet, sans zèle, nous sommes sans amour : Qui non zelat, non mnat, (S. Aug. et celui qui n'aime pas est déjà mort : Qui non diligit, manet in morte. (I. Joan. 3. 14.) Mais si nous sommes véritablement zélés, il n'est point de bénédictions pendant la vie, point de consolations à la mort, point de gloire dans le siècle à venir, que nous n'ayons droit de nous promettre.

4° Exercer la miséricorde, c'est être assuré de l'obtenir : Beati miséricordes, quoniam ipsi misericordiam consequentur. (Matth. 5. 7.) Je l'exerce parle zèle sacerdotal, dans ce qu'elle a de plus excellent ; car autant l'àme l'emporte sur le corps, le ciel sur la terre, les biens et les maux de l'éternité sur les biens elles maux de cette vie sitôt passée, autant la charité qui s'attache à sauver les âmes est supérieure à celle qui n'a pour objet direct que le soulagement des souffrances temporelles. Les promesses faites à l'aumône s'appliquent au zèle, et à plus forte raison : A morte libérât, purgat peccata, facit invenire misericordiam, resistit peccatis. (Tob. 12. et Eccli. 3.) Que cette dernière parole est consolante ! La voix de mes iniquités s'élève contre moi ; mais elle est étouffée par la voix de mon zèle , qui parle et prie pour

moi. Oh ! le bon moyen de calmer les inquiétudes qui me tourmentent au souvenir de mes fautes ! Charitas opérât midtitudinem peccatoriim; (I. Petr. 4. 8.) d'acquitter ce que je dois à la justice de Dieu, et de rendre Dieu lui-même mon débiteur, par le riche trésor que je dépose entre ses mains. Est-il en effet une vie plus abondante en mérites, plus remplie d'œuvres saintes, que celle qui se consume dans les travaux et les tribulations du zèle ?

2° Aussi, qu'il est doux de mourir, quand on a vécu en apôtre et en pasteur zélé : Emîtes ibant et flebant mittentes semina sua ; venientes autem venient cum exultatione^ portantes manipulos suos ! (Ps. 125. 6.) C'est de ce bon prêtre qu'il faut dire qu'en mourant il s'asseoit dans un repos plein d'opulence : Sedebit... in reqiiie opidentâ. (Is. 32. 18.) Le dévouement pour le salut des âmes est l'un des caractères les plus rassurants de notre prédestination. Saint Paul, parlant de ceux qui l'ont aidé dans ses travaux évangéliques, affirme que leur nom est écrit dans le Uvre de vie * ; et lui-même, sur quoi fondait-il ses espérances, pour le grand jour 011 chacun recevra selon ses œuvres ? sur les conquêtes qu'il avait faites à Jésus-Christ : Quœ est enini nostra spes.., aut corona gloriœ? Nonne vos antè Dominum nostrum Jesum

' Philip. 4. ;J.

Christiim estis in adventu ejus? I. Thess. 2. 19.

3° Mais pour ce prêtre zélé, n'y aura-t-il au ciel qu'une couronne? Saint Grégoire répond : Tôt coronas sibi multiplicat, quot Deo animas lucrifacit. l'Past. 3. p. Il ajoutera à son propre bonheur celui de toutes les âmes au salut desquelles il aura contribué. Il sera grand parmi les princes du céleste royaume : Qui fecerit et docuerit, hic magnus vocabitur in regno cœlorum. (Matth. o. 19.) Comparez la splendeur des astres avec celle du firmament, vous aurez une idée de la glorieuse distinction réservée aux saints prêtres dans la bienheureuse éternité : Qui docti fuerint, fulgebimt quasi spiendor firrnamenti ; et qui adjustitiam erudiunt mullos, quasi stellœ in perpétuas œternitates. (Dan. 42. 3.; Aimons Dieu, aimons le prochain, aimonsnous sagement nous-mêmes; et nous ne reculerons jamais, devant un sacrifice, quand il s'agira du salut des âmes.

Allez à Tautel puiser le zèle à sa véritable source. C'est du cœur de Jésus que partent les étincelles du feu sacré qui embrase les hommes apostoliques. OfTi-ez-vous au Pasteur des pasteurs pour courir à la recherche des brebis égarées : Ecce ego, mitte me. Pendant votre action de grâces, si vous entrez dans un parfait recueillement, vous entendrez le Sauveur vous demander votre concours, pour l'accom-

plissement des desseins de sa miséricorde : Ignem veni mUtere in terram, et quid volo nisi ut accendatur ? \)omiQz-\o\\s à lui, et tenez-vous prêta saisir, dès qu'elles se présenteront, toutes les occasions qu'il vous ménagera de concourir avec lui au salut des âmes.

1er p }iotif de gloire. — A qui nous associe notre amour pour les âmes ? A ce qu'il y a jamais eu de plus honorable parmi les liomraes ; aux anges, à Dieu même dont nous devenons les coopérateurs. — A quel noble ouvrage nous faii-il concourir ? Le salut de rhomrae est ie grand objet des pensées de Dieu le Père, des souffrances de Dieu le Fils, de toutes les opérations de TEspril saint.

Ile p. }fo[if de charité. — Envers Dieu : il aime si tendrement les âmes ! Quoique lémoigna^e de dévouement que nous puissions lui donner, aucune ne lui plail autant que notre zèle pour le salut des âmes. — Diligisme? Pasce agnos, pasce oves meaS' — Envers le prochain. Comment l'aimer et rester insensible au malheur de tant d"àmes?

11 le P. Motif de notre propre intérêt. Il n'est point de célestes béné(Jiclions pendant la vie, point de consolations à la mort, point de gloire pendant l'éternité que nous ne puis-ions nous promettre de notre zèle pour le salut des âmes.

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