LX. MÉDITATION
Le zèle en action dans h conversion de la Samaritmne.
!. Son trava'l.
H. Son succès
I" P. Le travail du zèle dans la conversion de la Samaritaine. Nous retrouvons dans la conduite du Sauveur envers cette femnie, toutes les qualités du véritable zèle, qui ont été le sujet des nnéditations précédentes. Trois surtout y paraissent bien remarquables : son activité industrieuse, sa discrétion, sa douce condescendance.
1^ Jésus quitte une contrée, va dans une autre ^ Il passe d'une conquête à une conquête. Vous dites que dans quatre maison fera la moisson, et mx)i je vous dis que la mois.son
* Reliquit .Judaeam. et abiit iterùm in Galilapam. .foan. \. 3.
est déjà prête ^ ; il est toujours temps de moissonner pour un digne ouvrier de l'Évangile, parce que toujours il a quelque récolte à faire. Combien d'àmes, hélas! n'attendent que notre travail et nos soins pour sortir du vice, ou pour avancer dans la vertu! // fallait, dit saint Jean, que Jésus passât par Samarie. Oui, Seigneur, il le fallait : la charité guidait vos pas ; là vous aviez donné rendez-vous à une âme qui était prédestinée à vous en gagner d'autres, son salut était pour vous comme un besoin : Oportehat eum transire per Samariani. ^Joan. t. 4.) Bon pasteur, vous n'épargnez ni vos courses, ni vos fatigues, paur ramener au bercail la brebis égarée : Jésus ergo fatigatus ex itinere sedehat. Il était la sixième heure - ; la moitié du jour était déjà passée; il n'y avait pas un moment à perdre.
Oh ! qu'un prêtre qui connaît le prix des âmes est actif, entreprenant, économe de ses instants! il les a tous consacrés au salut de ses frères. On n'irait-il pas, que ne ferait-il pas pour en aider un seul à se sauver? Il cherche, il fait naître, il saisit les occasions favorables. Où tout autre ne verrait qu'une rencontre fortuite, il découvre un desseinmiséricordieux delà Providence. Mais si la charité enflamme son zèle, la prudence le dirige.
» Joan. 4. 3o.
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2'' Tout est conduit avec une admirable sao-esse dans la conversion de la Samaritaine. Pour ne pas gêner la confiance de cette pécheresse, qui n'eût osé exposer ses doutes, faire ses questions, et surtout avouer ses désordres en présence des disciples, ils sont absents : le moment est bien choisi ; et quand ils seront de retour, Jésus ne manquera pas de leur faire comprendre le but élevé de cet entretien, par lequel il accomplit la volonté de son Père en travaillant au salut de cette àme. a Vous me pressez de manger, » leur dit-il ; «ah ! j'ai une nourriture que vous ne connaissez pas : Ego cibum habeo mandumre qiiem vos nescitis. » Sa nourriture, sa vie, c'est de faire vivre les âmes de la vie de Dieu même.
La soif qu'il souffre lui fournit une occasion toute naturelle de gagner cette personne par la confiance qu'il lui témoigne ; il lui demande à boire, malgré la profonde antipathie qui séparait les Juifs et les Samaritains : Da mihi bibere. — Quomodà tu, Judceus cïim sis, bibere à me posas , quœ sum millier Samaritana ? Avec quelle sainte adresse,. au lieu de discuter avec elle les causes de la division qui séparait les deux peuples, il l'en distrait, appelle ailleurs son attention, pique sa curiosité, et commence à se manifester à elle : « Si vous connaissiez le don de Dieu , et quel est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être lui auriez-vous
demandé vous-même ce qu'il vous demande, et il vous aurait donné une eau vive, cent fois plus excellente que celle à laquelle s'arrête votre pensée! » Il lui explique. les propriétés de cette eau merveilleuse, qui éteint la soif pour toujours, et qui jaillit jusqu'à la vie éternelle. Ce don de Dieu, c'est l'Esprit saint; cette eau vive, ce sont ses grâces vivifiantes, .lésus en est la source intarissable ; il peut la faire couler dans les âmes , pour les purifier et les désaltérer. La fidélité à la grâce conduit au ciel; comment pourraient avoir soif, demande saint Augustin, ceux de qui il est écrit : I nehriahunhtr ab ubertate domûs tiiœ, et torrente vohiptatis tuœ potabis eos? (Ps. 3o. 9.) Mais si cette eau est le don de Dieu, et si Jésus la donne, il est donc Dieu. C'est ainsi que par degrés, dans un langage simple et tiré des circonstances, il va élever cette âme k la connaissance de sa divinité et des mystères les plus sublimes. Quel admirable modèle de prudence et de discrétion dans la conduite des âmes ! Modèle aussi de la plus touchante douceur.
^]° Jésus-Christ n'ignorait pas que cette femme était engagée dans le désordre : il ne laisse point apercevoir d'abord qu'il le sait, ou plutôt il parle comme s'il ne le savait pas : Yoca virum imnn. Par un ménagement plein de condescendance, il donne le nom de mari au complice de ses débauches. On dirait qu'il craint de lui
manifester son crime ; ii se contente de la mettre sur la voie de le reconnaître et d'en faire Tavcu, première démarche de la vraie pénitence. 0 prêtre, vous voulez ramener une àme égarée? prenez les moyens les plus doux; ils sont presque toujours les plus efficaces. Sachez vous accommoder au caractère du pécheur, à ses dispositions, et môme, jusqu'à un certain point, à ses passions. Tel, en traitant doucement le libertin, est parvenu à détruire le libertinage, contre lequel un zèle dur eût infailliblement échoué; si vous irritez le blessé, il cache sa plaie ; si vous ménagez et le blessé et la blessure, vous guérissez : Vitia meniium sicut et corponim molUter tradanda. (Senec.)
IP P. Succès du zèle dans la conversion de la Samaritaine. Les premières paroles de .lésus- Christ avaient prévenu la pécheresse en sa faveur; elle l'écoute avec attention, elle croit en lui ; et. ne le regardant plus que comme son Dieu et son Messie libérateur, elle devient toutà-coup pénitente, chrétienne et apôtre. Elle adore Jésus, elle l'aime, et parce que l'amour ne reste point oisif, au même instant rdiquit hydriam, elle se délivre de tout autre soin, et, brûlant du désir de le faire connaître, elle part, court à la ville, publie partout quel trésor elle a trouvé. Celle qui jusque-là avait été l'esclave de ses passions, se trouve changée dans un clind'œil; elle ne pense plus à ce qu'elle était venue
faire au puits de Jacob , et songe uniquement à communiquer aux autres la grâce qu'elle a reçue : a Venez^ » leur dit-elle, « venez voir un homme qui m'a dit tout ce quej'ai fait ; ne seraitil point le Messie? Numquid ipsc est Christ.iis? » Elle n'en doute pas ; mais elle ménage la fiiiblesse de ceux à qui elle parle, comme Jésus-Christ a ménagé îa sienne. Elle eût pu se contenter de dire : Venez voir un grand prophète ; mais pour Taccréditer plus sûrement auprès d'eux, elle ne rougit pas d'avouer qu'il lui a découvert tout le mal qu'elle a fait. Une came embrasée de l'amour divin n'est plus sensible à l'estime des créatures ; elle s'abandonne sans réserve au feu céleste qui l'enllamme.
Les Samaritains viennent au Sauveur, les uns préparés, les autres déjà convertis par cette femme : Exierunt ergo de civitate et veniebant ad eian... Multi crediderunt in *eum... propter verhum mulieris.. ; et multo plures... propter sermonem cjus. (Joan. 4. 30, 39,) Nous voyons ici avec évidence la puissante efficacité de l'apostolat mutuel et des avantages que peut en tirer le vrai zèle !
0 Seigneur, faites-moi entrer dans le sens profond de cette parole : Si scires donum Dei, et quis est quidicit tibi : Du mi/u bibere. Vous l'adressez au pécheur, quand vous lui envoyez «ette bonne pensée qui l'invite à rentrer en luimême, à se réconcilier avec vous : «■ Aveugle,
si tu connaissais le don de Dieu, la orâce que je t'olîre, le prix de l'innocence, la paix qui l'accompagne, les biens éternels qui la suivent! Si scires!.. Si tu voulais au moins connaître l'auteur de cette grâce , le Dieu principe de ton être, la douceur et la gloire de son service, les cbcàtiments qu'il réserve à ses ennemis, l'étendue de ses miséricordes, le désir qu'il a de te combler de ses bienfaits : Si scires.., et quis est quidicit tibi : Damihi bibere, tu rechercherais avec empressement ce que tu rejettes avec mépris. Il ne manque à ton bonheur que de le chercher où il est. »
Vous la dites fréquemment à vos prêtres, ô mon Dieu , et surtout à vos prêtres recueillis, cette mystérieuse parole : Si scires... a Si tu savais la joie que tu me causes quand tu t'appliques à me plaire, quand je te vois tout occupé du soin de me gagner des âmes ! » Aimable Sauveur, vous me la dites à moi-même en ce moment , où je me dispose à monter à l'autel pour exercer la plus divine de toutes mes fonctions: « Si tu comprenais! S?' 6'c/r(?5/.. » Vous me la direz d'une manière encore plus touchante, lorsque, après le sacrifice, vous serez en moi, comme un ami dans la maison de son ami : « Si scires!.. et quis est!.. Si tu savais qui je suis, et quel don je t'apporte en me donnant à toi!.. Si tu connaissais mon amour et les desseins de ma charité dans la visite que je te fais ! . . >
Etemelle sagesse, lumière de lumière, éclairez-moi , 'purifiez mon cœur par les rayons d'une foi vive : Fidepurificans corda ; et quand vous habiterez mon àme, daignez y répandre de nouvelles clartés, pour que je connaisse de plus en plus , et que j'apprécie à sa valeur un don qui n'est autre que vous-même. Non, Seigneur, je ne retiendrai plus la vérité captive ; je vous manifesterai à mes frères, je leur apprendrai à vous aimer, à vous servir, et à communiquer le don de votre amour. Puisse ma prière vous être aussi agréable que le fut celle de Salomon vous demandant la sagesse, et puissiez-vous me répondre comme à lui : Ecce feci iibi secundùm sermones iuos^ et dedi tibi cor sapiens et inieUigens ! !II. Reg. 3. 12.
1er P- Le travail du zèle dans la conversion de la Samaritaine. \' Son activité industrieuse. Le prêtre zélé lie coiiniiit ni lo sir ni repos. Le bon p.isleiir n'épurgiie ni se^ courses ni ses luli^ues : Oi^ortebat eum transite per Samariam. Il cherche, il fuil n^ilpe, il saisit les Ol•ca^iolls favorables. 2° 5a discrétion. Tout est conduit avec une admirable sagesï^e dans la conversion de la Samariiaine. La soif qu'endure le Sauveur lui fournil une occasion naturelle de gagner la confiance de celle àme. Par degrés il l'élève à la connaissance de sa divinité. 3° Sa douceur. 11 connaissait, et il parait ne pas connaître ses désordres, et par là il l'amène à en faire l'aveu : Yitia mentium sicut et corporum molliter tractanda.
Ile p, f^ucces (il zèle dans la conversion «i- la Sa.i.a-
ritaine. Les premières paro'es du Sauveur lui avaient pRgnt"! la courumce de ui ['cchoresse : elle dcvienl loulà-(0!ip péiHlenle , chrélii nue el apôtre. El e adore JéMis-Chri-t el brù'e du désir de le {Avf^ adorer. Si scires donum Dei!.. Parole piofonde ! Dii-u l'adresse aux péch'-urs; il Indresse aii>si bieu sonverii à ses prélres, surioul lorsquil.^ sont dt^sceudus de raulel.
LXÎ. MEDITATION.
La prédication. — Ministère tout divin.