II. En ai-je n esurc retendue
I-"" P. U obligation de prêcher est la principale obligation du prêtre, considéré comme pasteur. Saint Thomas appelle ce devoir : Principalissimum officium. En effet, si c'est par la foi et par Tinvocation du nom du Seigneur que nous sommes sauvés \ la foi et la prière découlent de la prédication, comme les ruisseaux de la source ; car, demande saint Paul : Quomodô invocabunt inquem non crediderunt? Aut quomodo credent ei quemnon audierunt? Quomodô autem audient sine prœdicante?.. Ergo fides eX' auditu , auditus autem per verbum Christi. Rom. 10. li, 17.;
1" Obligation de droit divin. Dans tous les 1ges du monde, Diieu a eu ses ambassadeurs auprès des hommes. Il leur parle aujourd'hui par ses prêtres, comme il leur parlait autrefois par ses prophètes ; la même obligation est imposée aux uns et aux autres, et sous les mêmes
* Qui crédit in me, habet vitam aeternam. Joan. 6. î^*- — Omnis quicumqup invocaverit nomen Domini. 'ilviis êrit. Art. 2. 21.
peines : Clama, ne cesses ; quasi tuba exalta vocemtuani. fis. 58. l., — Ad omnia quœ mittaiii te, ibis; el universa quœciimque mandaverotibi, loqueris. Jer. 1,7.) — Si, me dicentead impiunt : Impie, morte morieris, non fueris locutus.., ipse impiîis in iniquitate sua morielur ; sanguinem autem ejus de manu tua requiratn. (Ezech. 33. 8.)
Jésus-Chrisl donne à ses ministres la mission qu'il a reçue de son Père, et il déclare que cette mission est d'annoncer l'Évangile : Sicui misit me Pater, et ego mitto vos. (Joan. 20. 21.) — Evangelizare pauperibus misit me. (Luc. 4. 18.! — Eamus in proximos vicos et civilates, ut et ibi prœdicem; ad hoc enim vent. (Marc. 1.38. Immédiatement avant de monter au ciel, il promulgue de nouveau celte grande loi de la prédication ; et dans quelles circonstances, avec quelle pompe, avec quelle majesté de langage ! C'est son dernier mot qu'il va dire à ceux qu'il charge de continuer son œuvre. 0 apôtres, ô prêtres, pourrez-vous januiis l'oublier? « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre : l'univers m'appartient à litre d'héritage. Déjà le ciel m'est acquis par mes travaux et mes sout- Irances : la terre me reste à conquérir, et je compte sur vous pour la soumettre à l'empire de ma loi; allez donc, enseignez tous les peuples ; prêchez mon Evangile à loute créature... v Les apôtres comprirent cette obligation : Ilh
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f'uteni profecti prœdicaveriint itbiqiie. (Marc. 16. 20.; On veut les empêcher de la remplir; on leur rléfond de prêcher, on les menace ; ils ne (îpnnenf compte ni de la défense ni des menaces : H faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes \ Saint Paul ne peut souffrir qu'on lui fasse un mérite de son zèle à puhlier l'Évangile ; c'est une nécessité à laquelle il se soumet : Nécessitas cnim mihi incumbit : il prononce contre luimême une sorte d'anathème, si jamais il venait à négliger un devoir si sacré : Vœ mihi^ si non evangelizavero! Ses épitres à Timothée et à Tite sont comme le manuel de la vie apostolique et pastorale ; quel est le point sur lequel il insiste le plus'^ la prédication. Il adjure tous les pasteurs des âmes, par ce qu'il y a de plus saint et de 'plus redoutable : la présence de Dieu et de Jésus-Christ, qui jugera les vivants et les morts, son avènement, son règne éternel.., de prêcher la divine parole , de la prêcher à temps et à contre-temps , d'employer en la prêchant tous les moyens de persuasion qu'inspire une ardente charité : discussion, prière, reproche, patience inaltérable : Tcsfificor coràm Deo et Jesu Christo, qui judicaturus est viros et mortuos.., prœdicri verbxnn ; insta opportune, importune; arque, obsecra, increpa in omni patientid et doctrinâ. (Tl. Tim. i. i. 2. A loccasion
' Act. :i. 2^.
de ce texte, saint Augustin s'écrie : Quis sub tarda testiftcatione segnis esse aiideat?
2° Obligation de droit ecclésiastique. L'un des canons attribues aux apôtres ordonne que si un M prêtre, ayant charge d âmes, les laisse manquer du pain de la parole de Dieu, il soit lui-même privé du pain eucharistique ; s'il persévère dans son criminel silence , il sera déposé ' . L'histoire de l'Église attesta que la prédication a toujours été le grand objet de sa sollicitude : elle y revient gans cesse dans les décrets de ses conciles. Celui de Trente résume en lui toute la tradition. Statuit ac decrevit scinda synodus.., ut quicumque parochiales^ vel alias curam animarum habentes ecclesias... obtinent, per se, vel alios idoneos, si légitimé impediti fuerint, diebus saltem domiaicis et festis solemnib\is, plèbes sibi commissas pro sud et earum capacitate pascant salutaribus verbis ; docendo qiiœ scire omnibus necessarium est ad salutem... ^Sess. o. c. 2.) Le concile va pli\s loin ; il arme la main des évêques des foudres de l'Eglise, et veut quils recourent *aux censures contre ces pasteurs muets, que l'Esprit saint flétrit si énergiquement, en les appelant canes muli, non valentes latrare. Is. ofi. 10.) Sévéïilé bien légitime, puisque le niveau de la foi et des autres vertus chrétiennes, s'élève ou s'abaisse parmi
' Quel si in sncordÏM pf>rseverft. rlpponatnr.
les hommes, suivant que la noble tâche de la prédication est plus ou moins fidèlement accomplie.
3" Obligation de droit naturel. — Non occides. Quelle ditlérence y a-t-il entre le pasteur négligent qui ne prêche point, et le pasteur scandaleux qui tue les âmes? La même exactement qu'entre la mère dénaturée, qui, refusant le lait à son enfant, le laisse mourir, et la mère barbare qui l'étouffé dans son sein. x4ussi, l'P^glise a-t-elle inséré cette maxime dans son droit : Tacendo pastor occidit. — Aon furtum fades. De quel droit refuserais-je de conduire aux pâturages le troupeau qui me revêt de sa toison et me nourrit de sa substance? Je pécherais contre la probité en ne prêchant pas, comme le professeur de sciences et de belles-lettres, qui garderait le silence dans sa chaire; avec cette différence, que ma faute surpasserait la sienne en gravité, autant que les vérités religieuses surpassent en importance les connaissances scientifiques et littéraires. Comment oserais-je percevoir un traitement qui ne m'est alloué que pour être pasteur, si je refusais d'être pasteur? Pastor à pascendo.
Prêcher, catéchiser, instruire, tel est donc mon premier devoir; fallùt-il lui sacrifier des œuvres d'ailleurs excellentes, les apôlres m'apprendraient à faire passer la prédication même avant le soin des pauvres; i'un est de justice,
l'autre de charité : Non est œquitm nos derelinquere verbuni Dei, et ministrare mensis. 'Acr. 6. 2.) N'ai-je point ici encore des idées à réformer, des péchés à pleurer?
IP P. Étendue de cette obligation. Non assurément, elle n'est pas remplie par une prédication quelconque. Elle demande zèle, application, dévouement. Un concile de Paris, après avoir rapporté les paroles citées plus haut : Si, me dicente ad impinm..,. non fueris locntus, if se morietur. . , sanguinem autem cjus de manu tua requiram, jette aussitôt ce cri d'alarme, bien propre à troubler la fausse paix de certains pasteurs : Eccè quale periculum prœdicatoribus^ nisi strenuè lUiliterque prœdicavevint !
Il ne suffit donc pas de prêcher; je n'échapperai au danger qu'on me signale, qu'en ^vèch^ni strenuè utiliterque; or, y a-t-il quelque force, quelque ardeur de charité, quelque utilité réelle dans ces exhortations improvisées et languissantes, oùlah^oideur et l'indifférence ne se montrent guère moins dans celui qui parle que dans ceux qui l'entendent? Redevable à toutes les âmes que le ciel m'a confiées, je dois varier le sujet et la forme de mes instructions suivant les besoins divers : donner du lait aux enfants, du pain aux hommes faits ; ne négliger aucune classe, aucune condition, aucune personne ; être ingénieux pour trouver le moyen
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d'instruire par d'autres ceux que ma voix ne peut atteindre, ou d'amener à des entretiens particuliers ceux qui ne viennent pas aux prédications publiques : Publiée et per domos.
Oh! combien se perdent, parce qu'ils n'ont jamais appris, ou parce qu'ils ont oublié les vérités nécessaires au salut! Malheur à moi, si dans ma paroisse un enfant, un vieillard, un infirme.., était par ma faute privé des sacrements, parce que je n'aurais pas fait ce qui était en mon pouvoirpour l'y préparer en lui donnant les connaissances indispensables ; J'en répondrais devant Dieu, àme pour àme, sang pour sang : Sanfiuiiiem autem ejusde manu tua requiram. Je dois me faire tout à tous, quoi qu'il puisse m'en coûter. Il faut que dans mon bercail il n'y ait pas une seule brebis, pas un seul agneau qui demeure étranger à ma sollicitude pastorale.
Pesons mûrement ces paroles de saint Grégoire : Ad messem multam operarii pauci sunt, quod sine gravi mœrore loqui non possiimus ; nam etsi suai qui hona audiant, desunt qui dicant. Eccè mundus sacerdotihiis pienus est, sed tamen in messe Dei rarus valdè reperitur operator : quia officium quidem sacerdotale suscepimus, sed opus officii non implemns... Rdinqunt Deum hi qui nobis commissi sunt, et tacemus ; in pravis actibus jacent, et correptionis manum non tendimus ; qvofidiè III. u
permultas nequitias pereimt, et eos ad in fer num tendere negligenter videmus. în Evang. 1. 1 hoiu. 17j
1er p. l'obligation de prêcher, principale obligation du pasteur, i' De dro t divin : Dieu parie aux honiines, aujourd'hui par ses prêtres, comme aulrefois par ses prophètes. Jésus leur donne la miSbion quMl a reç'io de son Père, et leur déclare que celle mission esl de prêcher. Les apô'res comprirent cette obligation. Sainl Paul prononce contre lui une espèce danalhème s'il vient à y manquer : Vre mihi, si non evangelizavero. Il rappelle sans cesse un devoir si sacré à Tilt-, à Timoîhée et à tous les pasteurs. 2* De droit ecclésiastique. On trouve cette ob i;:alion consignée dans les canons attribués aux apôtres. Le saint concile de Trente insiste fortement sur ce point. 3' De droit naturel : Non occides. Tacendo pastor occidit. — Non furium faciès. Manquer à le servir, c'est pécher contre ia justice.
Ile p. Étendue de celte obligation. Elle n'est pas remplie par une predicalion quelconque. Il faut prêcher streduè utiliterque ,- varier le sujet et la forme des instructions suivant le besoin des peuples ; donner ûu lait aux enfants, du pnin aux hommes faits, prêcher à tons : Publiée et per domos.
— 147 ~ LXÏIÎ. MÉDITATION.
La bonne prédication.