III. Considérer les actions
Premier prélude. Le Fils de Dieu va sortir de sa retraite et entrer dans sa vie publique. Il quitte Nazareth, pour aller se confondre avec les pécheurs qui reçoivent le baptême de saint Jean. Le précurseur refuse par humilité de baptiser Jésus ; il y consent ensuite par obéissance. Quand la cérémonie est achevée, l'Esprit saint descend visiblement sur le Sauveur, et Dieu le Père le proclame son Fils.
Deuxième prélude. Se représenter les bords du Jourdain, et la grande aflluence du peuple, qui vient recevoir le baptême de la pénitence, attiré et touché parla prédication et les exemples de Jean-Baptiste.
Troisième prélude. Demander l'inteUigence de ce mystère, le goût et la pratique des vérités qu'il renferme ; elles regardent particulièrement les ouvriers évangéliques.
I"P. Contempler les personnes. — A Nazareth, la très-sainte Vierge qui s'afflige et se réjouit en même temps du départ de son fils. Elle sera
privée de sa présence ; mais l'œuvre de la Rédemption s'accomplira, la gloire de Dieu sera procurée, les hommes seront sauvés... Quand saurai-je étouffer la voix de la nature, lorsque celle de la religion et de la charité se fait entendre ? — Sur les bords du fleuve, regardez cette multitude accourue de toute In Judée, autant pour voir le saint précurseur que pour écouter ses instructions... Les esprits sont frappés, les cœurs sont émus... De toutes parts on demande le baptême... 0 puissance merveilleuse de la sainteté du prédicateur ! . . Regardez Jean-Baptiste : la pâleur de son visage, son air profondément pénétré des vérités qu'il annonce, son vêtement, sa vie vous expliqueront les succès de sa prédication... Regardez Jésus- Christ, adorez-le, étonnez-vous de le voir, lui le Saint des saints, mêlé à cette foule de pécheurs. Demandez-lui de quels péchés il vient faire pénitence ; excitez-vous au repentir des vôtres. — Au ciel, tous les anges sont dans l'admiration , en contemplant l'humilité et la charité de leur divin Roi ; Dieu le Père est attentif, et se prépare à honorer son Fils, selon la mesure des humiliations auxquelles il se dévoue pour lui plaire.
IP P. Écouter le^ paroles. — Voici celles que saint Bonaventure met dans la bouche du Sauveur, quand il prend congé de sa mère : (^ Il est temps que je me lève et que je marche, que
je glorifie et que je manifeste mon Père, que je me découvre au monde et que j'opère le satut des âmes, pour lequel mon Père m'a envoyé sur la terre. Prenez courage, ma bonne mère, je reviendrai bientôt \ » — Pénétrez dans le cœur de Jean-Baptiste, et rendez-vous compte de ses sentiments, lorsque reconnaissant Jésus- Christ, il tremble de respect et lui dit : Ego à te debeo baptizari, et tu vents ad me! (Matth. 3. 14.) Comprenez surtout la réponse qui lui est faite : ^( Sine modo, sic enini decet nos implere omneni justitiam. Puisque vous savez qui je suis, laissez: ne vous opposez pas à mes desseins ; le temps de ma glorificalion n'est pas venu , mais bien celui de m'humilier. Sine modo. Il faut que nous accomplissions toute justice, nos : moi en recevant, et vous en me donnant le baptême ; nos, nous qui instruisons les autres, il convient qu'en tout nous leur donnions l'exemple -. » Humilions-nous. La perfection de l'humilité est la perfection de la justice ; l'homme humble respecte tous les droits : il rend à Dieu l'honneur, et garde pour
' Tempus est ut vadam, et glorificem, et manifestem Patrem meum, et ostendam me mundo, et opérer animamm salutem, pro quâ me Pater hùc misit. Conforteris ergo, mater bona, quia cito redibo ad te. Med. vit. Christ.
^ Nos, id est, quotquot aliorum magistri sumus, decet eos prœire exempio. Corn, à Lap.
lui l'abjection. — Donnez toute votre attention à la voix qui vient du ciel : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi complacui. Fils de Dieu, objet éternel des complaisances de Dieuî.. Toutes les grandeurs de Jésus-Christ, toutes ses perfections sont renfermées dans ces deux mots ; quand lui rendrez-vous ce que vous lui devez à ce double titre?
IIP P. Considérer les actions. — Jésus entre avec empressement dans la voie que lui ouvrent les volontés du ciel. Il fait ses adieux à Marie, dont la résignation n'empêche pas la douleur, et, d'après saint Bonaventure, fléchissant le genou, ce maître de l'humilité demande la bénédiction de sa mère. Il marche seul, car il n'a point encore de disciples. Accompagnez-le en esprit. N'est-il pas le Roi des rois? Où est donc son cortège ? N'est-ce pas lui que servaient des millions d'ans^es dans son rovaume? Oui, mais son royaume n'est pas de ce monde. Il a pris la forme de serviteur, et non celle de monarque. 0 enfants des hommes î pourquoi préférer toujours la vanité à la vérité ; ce qui est casuel et incertain, à ce qui est durable et assuré ; le temps cà l'éternité?
Jésus arrive sur les bords du Jourdain. Il veut être baptisé par saint Jean, qui d'abord s'y refuse ; quoi ! la tête d'un Dieu s'inclinerait sous la main d'un mortel ! L'élévation fait peine aux humbles, autant et plus que l'humiliation in. -2. .
aux superbes ; la différence est que ceux-là sont contents de leur confusion , parce qu'elle est vertu ; ceux-ci en sont troublés, parce qu'elle est passion. L'obéissance met fin à ce combat d'humilité : Jésus ordonne, Jeanne résiste plus. Il y a quelquefois plus de vertu solide à recevoir un honneur qu'à chercher un mépris ; tel dit du mal de lui-même, qui serait bien fâché qu'on le crût.
Jésus descend dans l'eau du fleuve... Quel nouveau prodige d'abaissement! Jusqu'ici il a vécu comme un homme nul, méprisé ; aujourd'hui il veut passer pour un pécheur ; car c'était pour les pécheurs que Jean prêchait la pénitence, c'était des pécheurs qu'il baptisait. En voyant Jésus dans cet état, qui l'aurait pris pour le Sauveur du monde ? Qui aurait soupçonné en lui le Créateur de l'univers, le Dieu de toute majesté, de toute sainteté? N'avait-il pas à craindre que , devant bientôt annoncer l'Évangile du salut, on ne le dédaignât comme un pécheur? Cette considération ne l'arrête pas.
Celui qui s'abaisse sera élevé : le ciel se déclare ; il glorifie cet humble pénitent pendant qu'il prie '. Dieu, le reconnaissant pour son Fils, proclame que, loin d'être un pécheur, il
' Jesu baptizato et orante, apertum est cœlam. Luc. 3.21.
est l'objet de toutes ses complaisances. L'Esprit saint descend sur lui en forme de colombe. Le voilà maintenant recommandé non-seulement à l'attention, mais à l'adoration des hommes ; le succès de sa prédication est préparé par son humilité.
0 prêtre , disposez-vous ainsi à remplir vos fonctions. Humiliez - vous , confondez - vous comme un pécheur ; lavez vos moindres fautes dans les larmes de votre repentir, priez... Le ciel s'ouvrira, l'Esprit de Dieu vous remplira de ses dons, et préparera les cœurs à profiter de votre zèle.
Avant de monter à l'autel , dites à Jésus- Christ , dans les mêmes sentiments que Jean- Baptiste : (< Ego à te debeo haptizari, et tu venis ad me ! Il me faudrait tant d'innocence pour traiter convenablement de si redoutables mystères I Vous seul, ô mon Dieu, pouvez m'en rendre digne; mais que dis-je? une créature peut-elle l'être ? Ah ! Seigneur, quand ma pureté égalerait celle de Jean-Baptiste, quand j'aurais la sainteté des Anges et de leur Reine, je devrais encore m'étonner de la condescendance infinie avec laquelle vous voulez bien venir à moi : Tu... ad me! qui êtes-vous. Seigneur, et qui suis-je ? )) Allez cependant avec confiance ; mais après la messe, voyant un Dieu descendu jusque dans l'abîme de votre néant, suppliez-le de détruire en vous tout orgueil,
et d'orner votre âme de toute justice , en vous donnant une parfaite humilité.
Super bonitate tuâ et magna misericordiâ tua. Domine, confisus, accedo œger ad Salvatoreni, esuriens et sitiens ad fonteni vitœ, egenus adRegemcœli, servus ad Dominum... Confiteor vilitatem meani, agnosco tuam bonitatem.. ; et grattas ago propter nimiani caritatem. (Imit. l. 4. c. 2..
1er p. Contempler les personnes. — A Nazareth, Marie qui s'afQigo et se réjouit en même temps du départ de son fils. — Sur les bords du Jourdain, celte multitude accourue de toute Ui Judée, Jeau-Bapliste au visage pâle, JésGS-Chi'ist confondu avec les pécheurs. — Au ciel, fous les anges dan-^ l'admiration, Dieu le Père qui va glorifier Jésus.
Ile P. Écouter les piroles. — Celles du Sauveur prenant congé de sa mère et la consolant. — Celles de Jean Baptiste : Ego à te deheo baptizari, et tu venis ad me? — Celles de J^sus-Christ : Sine modo, sic enim dfcet nos ''mphre omnem justitiam. — Celles du Père éternel : Eic est filius meus dilectus, inquo mihi complacui.
Ille p. Considérer les actions. — Jésus en're dans la voie que lui ouvrent les volontés de son Père. Il fait ses adieux à sa mère, marche seul vers le Jourdain. Il y arrive, veut être baptisé par saint Jean, qui s'y refuse d'abord par humililé, et s'y résigne par obéissance. Le Sauveur du monde descend dans l'eau du fleuve ; quel prodige d'ubaissemenl ! Celui qui s'abaisse sera élevé. Dieu glorifie cet humble pénilenl pendant qu'il prie. Le voilà recommandé par le ciel, non-seulement à rallention, mais a l'adoration de la terre.
— .^3 — XLYIII. MÉDITATION.
Jésus-Christ dans le désert. — Amour de la retraite.
Il nous est recommandé par de grands exemple?. Il nous est inspiré par de puissantes raisons.
V' p. De grands exemples nous excitent à l'amour de la retraite : celui du Sauveur et de ses ministres les plus fidèles.
l'' Exemple de Jésus-Christ. Le principal objet de sa mission étant d'instruire les hommes, il semble qu'il devait au plus tôt se montrer et converser avec eux. Cependant il passe dans l'obscurité trente années de sa vie ; et n'en ayant plus que trois à donner au monde, pour le tirer de ses erreurs par le ministère de la prédication, avant de s'y engager il fait encore une retraite de quarante jours dans le désert, et quelle retraite ! Quel silence, quelle oraison, quelle pénitence ! C'est ainsi qu'il se dispose à traiter avec les hommes, en ne traitant qu'avec son Père. Dans le cours et au plus fort de ses travaux évangéliques, on le verra souvent s'enfuir sur les montagnes, pour y être seul avec Dieu seul, et donner plus de liberté aux épanchements de sa prière : Ascendit in montem soins orare. (Matth. 14-. 23.) — Fugit iterûm in mon-
tem ipse solus. 'Joan. 6. lo. Le monde avait-il pour lui quelque danger ? aucun, mais il en avait d'effrayants pour nous. Le recueillement lui était aussi facile dans les rues de Jérusalem que dans la solitude de Nazareth, et l'action la plus continuelle ne pouvait altérer le repos de sa contemplation ; ce n'était donc pas pour lui qu'il s'adonnait à la retraite , puisqu'il n'en avait aucun besoin : c'était pour en inspirer Tamour à ses ministres, prévoyant qu'elle leur serait indispensable. Cette leçon a été comprise de tous les saints prêtres.
S"* En effet, qu'on y fasse attention, on verra qu'ils se sont portés par devoir aux travaux extérieurs de l'apostolat, et par attrait, à la vie retirée, aux exercices de la retraite. Saint Bernard se plaint d'être arraché trop fréquemment de sa chère solitude. Quoiqu'il n'eût de commerce avec les hommes que pour les intérêts de Jésus-Christ , il assure qu'il s'éloignait de Dieu presque autant qu'il s'éloignait de sa cellule et de sa vie silencieuse. Saint Augustin, n'étant encore que prêtre, conjure son évéque de le laisser en retraite environ deux mois ; il a besoin de tout ce temps, dit-il, pour fortifier son àme et se mettre en état d'être utile aux autres sans se perdre lui-même. Saint Ambroise faisait chaque année une ou deux retraites ; sa dernière fut d'un mois entier. N'est-ce pas dans la retraite et dans les maisons de recueillement,
où ils s'enfermaient à certaines époques, que saint Grégoire à Nazianze, saint Eusèbe à Verceil, saint Basile àCésarée, saint Martin à Tours, saint Charles à Milan, saint Grégoire-le-Grand à Rome, les Dominique, les François d'Assise, les Vincent Ferrier, les François de Sales, les Xavier, les Régis.., ont appris, en ne parlant qu'à Dieu, à parler si dignement de Dieu et des choses divines? Tantôt apôtres et tantôt solitaires , ils venaient dans la retraite retremper leur âme , puiser de nouvelles forces ; ils en sortaient embrasés d'un feu divin pour faire à Jésus-Christ de nouvelles conquêtes. Voilà nos modèles ; les imitons-nous autant que nous le pouvons?
IP P. De 'puissants motifs nous persuadent l'amour de la retraite. On peut les rapporter à ces deux principaux : la nécessité et l'utilité.
Nécessité. Demander si un prêtre doit aimer et rechercher la retraite , c'est demander s'il doit être un bon prêtre, et si, ayant le caractère du sacerdoce, il doit en avoir l'esprit. Le prêtre en effet est essentiellement un homme séparé et consacré : Separavi vos à cœteris populis, ut essetis met. (Lev. 20. 26. j C'est un homme retiré, un homme à part, qui doit gémir entre le vestibule et l'autel, et ne paraître dans le monde que pour y porteries inspirations de la retraite, c'est-à-dire, la vérité, la sainteté qu'il a puisées dans ses communications avec le Sei^rneur. Le
— séjour de son ordination, il a fait divorce avec le monde, et reçu un caractère qui le dévoue, l'applique entièrement à Dieu et à son culte. Comme le caractère est ineffaçable, le divorce est éternel. Si son parfait détachement du monde peut et doit se concilier avec son habitation ordinaire au milieu du monde, ne lui faitil pas un devoir, et d'y mener, autant qu'il peut, une vie retirée, et d'en sortir quelquefois, à l'exemple de Jésus-Christ et de tous ceux qui avec lui ont travaillé le plus utilement à la sanctification du monde ?
Sans parler de ces maladies spirituelles, causées par l'exercice même du ministère , lorsqu'il est indiscrètement prolongé : effusion de tout soi-même au dehors, dissipation complète de l'esprit et du cœur, et par suite, aveuglement, tiédeur.., maladies dont la guérison est comme impossible, sans un éloignement, au moins de quelques jours, de l'atmosphère viciée où l'àme en a respiré le principe, il est une science, une pureté , une perfection de vertus commandées au prêtre, qu'il n'acquerra jamais, s'il ne fait, à des époques assez rapprochées, les saints exercices de la retraite.
4" Il s'agit ici de cette science, qui édifie et n'enfle point, qui échauffe la volonté autant qu'elle éclaire l'entendement, qui est le fruit de la grâce bien plus que du travail ; de cette science que l'Ecriture appelle la science de
Dieu... Mais OÙ l'apprend-on cette science indispensable ? Saint Basile répond : Dans la solitude, qu'il appelle : Cœlestis doctrinœ schola, divinarum arlium disciplina. Illic Deus est totum quod discitur. (De laud. Erem. Il Y a des aveugles que Jésus ne guérit qu'en les retirant à l'écart : Apprehensâ manu cœci, eduxit eum extra vimm. (Marc. 8. 23.) Il y a des illusions, qui ne se dissipent qu'au grand jour des vérités éternelles méditées dans la retraite.
2° Nécessaire pour nous éclairer, elle ne l'est pas moins pour nous établir solidement dans celle éminente pureté de cœur qu'exigent nos fonctions. Nous avons le pouvoir de faire naître spirituellement dans les âmes , et de produire réellement sur l'autel , le même Fils de Dieu que Marie a donné au monde dans le temps, et que le Père céleste engendre de toute éternité; un pareil ministère demanderait la pureté de Marie, et, s'il était possible, celle de Dieu même. Cette réflexion a fait trembler tous les saints prêtres , et c'est pour cela qu'ils soupiraient après la retraite : Quis dabit m'ihi pennas sicut columhœ, et volaho, et requiescam? Ecce elongavi fugiens, et mansi in solitudine. (Ps. 34.
Nous sommes dans le monde pour combattre
ses vices, et il ne réussit que trop à nous les
inspirer; pendant que nous nous elforçons de le
purifier, il nous souille. Si nous n'en sortons