LXXIII. MEDITATION
Prudence et pict'J , auftes qualités iwlispensables au ministre de 'la réconciliation.
Pnidonco du confe?ï.eui .
Piélé du confesseur.
pr p Prudence du confesseur. Le saint ti bunal est environné d'écueils d'autant plus redoutables qu'ils sont plus ignorés. Père et juge, le prêtre réconciliateur est aussi médecin des âmes. Il doit étudier la nature et la gravité du mal, choisir les remèdes, en faire l'application : trois choses qui demandent une extrême prudence.
Le premier danger pour le confesseur est dans la nécessité de connaître les maladies spirituelles ; mais à côté de ce danger il y en a un autre non moins redoutable, c'est, en voulant sonder les plaies dans toute leur profondeur, de causer au malade et au médecin un préjudice peut-être irréparable. De quelle dextérité, de quelle réserve n'a-t-on pas besoin , quand il s'agit de pénétrer dans les abîmes du cœur de l'homme? Il est des mystères cFiniquité, a la révélation desquels il ne faut tenir que dans une certaine mesure. Quel malheur, si, par des questions irréfléchies, trop détaillées, contraires
à la sainteté du sacrement et à la dignité du prêtre, on allait mettre obstacle à la conversion des pécheurs, souvent aussi faciles à se scandaliser, qu'ils ont été hardis à donner le scandale ! Quelle ptàlure pour les libertins et pour les^ajpmniateurs du sacerdoce ! Régie de rigueur : dans les interrogations sur le sixième précepte, rester en deçà plutôt qu'aller au-delà du nécessaire ; « plutôt manquer cà l'intégrité de la confession qu'à la prudence ^ d Ai-je pris soin de former, sur ce principe, et ma conscience et celle des pénitents? Si j'ai lieu de croire que la divine grâce et mon accueil charitable ont mis cette personne dans la disposition de se bien conlésser, je dois être tranquille, et j'aurai satisfait à mon devoir en cherchant à connaître approximativement la nature , le nombre des péchés , et les circonstances qui en changent l'espèce -.
1 M?'^ Gousset.
- Théol. mor. de M'»- Gousset, t. H, p. 263. — P. Gury , t. II, p. 420. — Fiéchier , Disc, synod. — « Quand même vous ne parleriez pas quelquefois d'une circonstance nécessaire à l'intégrité matérielle de la confession, n'en soyez pas inquiet : un plus grand bien peut exiger ce silence. Contentez-vous de demander l'espèce de ce péché honteux, sans vous informer comment il s'est fait; et si quelqu un par ignorance, ou par défaut de prudence, voulait l'expliquer, avertissezle avec bonté que ce n'est pas convenable. » (Segneri , Confess. inst. r. 2."
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Quand on a étudié la maladie , autant que la discrétion le permettait, quel parti prendre? Quel traitement adopter? Est-ce celui de la fermeté? Est-ce celui de la condescendance? Le confesseur prudent combine l'un avec l'autre. Comme le Samaritain de l'Évangile , il mélange l'huile et le vin, et compose ainsi le baume qui guérit les blessures : Ut more periti medici, simililer infiindat vinum et oleum vulneribus saudati. (Conc. Later. IV.) Il sait que les meilleurs remèdes ne sont pas toujours ceux qui sont en eux-mêmes les plus efficaces , mais ceux que la faiblesse du malade peut supporter. Également éloigné de tout extrême , il examine quand et à qui il doit donner, refuser, différer TabsoluLion pour ne pas absoudre ceux qui sont incapables de recueillir les'lruits d'un tel bienfait *. Mais aussi il se garde bien d'imiter ceux qui , après avoir reconnu qu'ils ont affaire à une âme chargée de crimes , déclarent aussitôt qu'ils ne peuvent la réconcilier avec Dieu , refusant leur ministère précisément à ceux qui doivent en être le premier objet - ; car c'est ici , ou jamais ,
1 Videat dijigenter sacerdos, quando et quibus conferenda , vel neganda , vel differenda sit absolutio , ne absolvat eos, qui talis beneficii sunt incapaces. Rit. Rom,
2 Quee quidem nemo non viderit quàm longé ab eorum ratione distent , qui , ut gravius aliquod audiunt peccatura, aut aliquem sentiunt multiplici peccatorum génère infectum , statim pronuntiant se non posse ab-
qu'on doit garder le plus sage milieu, dans la crainte qu'une trop grande facilité n'endorme les pécheurs, ou qu'une excessive sévérité ne les détourne de la confession et ne les décourage *.
Le traitement à suivre est-il trouvé, il faut le faire accepter : faire goûter au pénitent l'application des vrais principes , le déterminer à s'y soumettre, ce qui est souvent la même chose que le convertir : et voilà le chef-d'œuvre tout à la fois d'une prudence consommée et d'une piété fervente.
IP P. Piété du confesseur. Le premier concile de Milan nomme cette qualité avant toutes les autres-. La piété , cet amour tendre pour Dieu et compatissant pour le prochain , ce zèle ardent pour le Maître adorable dont nous soutenons les intérêts, pour le salut des âmes dont
solvere ; lis nempè ipsis mederi récusant, quibus maxime curandis ab Eo sunt constituti qui ait : Non est opus valentibus medicus , sed malè habentibus. Léo XII . (Encycl. 1826.)
1 Si enira ullà in re servanda est mediocritas , in hâc potissimùm servetur necesse est, ne vel nimia facilitas absolvendi facilitatem offerat peccandi ; vel nimia difûcullas alienet animos à confessione , et in desperationem salulis adducat. Léo XIL (Encycl. 1826.)
- In confessariis probandis hanc rationem habeant episcopi, ut pii, benè morati, docti, prudentes, patientes, de auimarum salute solliciti , et fidèles custodes sint eorum quae in confessione audiuntur. Pari. 2. TU. 6.
le bonheur éternel ferait sa gloire la plus chère ; la piété, ce sentiment de foi, celte onction de TEsprit saint.. , si utile à tout, si riche en promesses pour le présent et pour l'avenir... Oh! qu'elle est nécessaire au confessionnal ! Comment dissiper le charme des passions , faire fondre la glace des cœurs , si Dieu ne nous prête la lumière et les ardeurs de son Esprit? Et à qui ordinairement communique-t-il ses dons, sinon aux prêtres pieux qui lui sont unis par la prière , par la pureté d'intention, et par le désir continuel de lui plaire? C'est la piété qui gagne la confiance , encourage la timidité, éveille les remords , fournit ces expressions embrasées , ces traits de feu qui vont au cœur parce qu'ils partent du cœur. C'est la piété qui adoucit les peines attachées à cet important ministère. Elle donne ces entrailles de miséricorde, cet empire de la douceur, cet ascendant de la vraie charité , auxquels ne résistent pas les pécheurs les plus obstinés. Que fera donc au confessionnal le prêtre froid ou d'une piété languissante? C'est là que les saints prêtres dirigent et convertissent ; il n'est pas plus propre à l'un qu'à l'autre, mais alors quelle responsabilité pèse sur luiî
Méditons les paroles de Léon XII dans son Encyclique pour le jubilé de 1826: Sistunt se quidem multi sacramenti pœnitentiœ minisiris prorsvs iviiparaii , scd persœpè tamen hujtis-
modi, ut ex impuratis para H fieri possint, si modo sacerdos , viscera indutus misericordiœ Chridi Jcsu , qui non venit vocare juslos , scd peccatorcs, sciai studio-^è, patienter et mansuetè cum ipsis agere. Voilà donc un grand nombre de pécheurs qui se présenlenl à notre tribunal, non-seulement peu disposés à recevoir la grâce du sacrement, mais très-éloignés deh-prép^Lration qu'il demande ; et cependant ils peuvent très-souvent être mis en état de s'y réconcilier avec Dieu , pourvu que le prêtre qu'ils y rencontrent, revêtu des entrailles de la charité de Jésus-Christ j sache user avec eux de zèle ^ de patience et de mansuétude. Tel est l'esprit du Sauveur; est-ce bien celui qui m'anime? Si j'ignore dans la pratique cette manière d'agir avec les pécheurs, studiosè , patienter et mgnsuetè , je ne suis pas mieux disposé à conférer le sacrement, qu'ils ne le sont à en recueillir les fruits : Quod si prœstare prœtermittat , profectô non magis ipse dicendus est paratus ad audiendum , qnàm cœteri ad confitçndum accedere. Oh! combien de confesseurs trouvent leur condamnation dans cet oracle du vicaire de Jésus-Christ! Ne suis-je point de ce nombre? .le me rassurais en me disant qu'il n'était pas en mon pouvoir d'absoudre des pécheurs mal disposés, et j'oubliais que le Seigneur comptait sur moi, sur ma charité, sur ma prudence, sur ma piété, pour en faire de vrais pénitents.
Avant de monter à l'autel, interrogez votre conscience, et demandez pardon à Jésus-Christ d'avoir si mal rempli les vues de sa miséricorde dans le ministère de la réconciliation.
jer p. Prudence du confesseur. En qualité de médecin, !e prêtre réconciliateur doit étudier la nature du mal, choisir les remèdes et en faire rapplicalion. — Quelle prudence n'est pas nécessaire, quand il s'agit de pénétrer dans les abîmes du cœur humain! Règle de rigueur : dans les interrogations sur le sixième précepte, rester en deçà plutôt qu'aller au delà du nécessaire. — Dans le choix des remèdes le bon confesseur combine la fermeté avec la condescendance ; il fait un sage mélange de l'huile et du vin . et compose ainsi le baume qui guérit les blessures, se tenant à une égale distance du laxisme, qui endort les pécheurs, et du rigorisme qui les décourage.
m P. Piété du confesseur. La piété, cet amour tendre pour Dieu et compalissant pour le prochain... cette onction , fruit de l'Esprit saint , oh ! qu'elle est nécessaire au confesseur ! C'est elle qui gagne la conliance, encourage la timidité . ; elle inspire ces paroles de feu, qui vont au cœur parce qu'elles partent du cœur... Oue peut faire au confessionnal un prêlre froid, ou d'une piélé languissante? .Méditons avec soin les paroles de Léon Xll, et craignons d'y trouver notre condamnation.