‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 38 sur 96 · I. Avant d'entrer au confessional · texte numérisé non relu

I. Avant d'entrer au confessional

I). Aussi longtemps qu'il y demeure.

Ml. Quand il en est sorti ?

l"" P. AvojTt d'entrer au saint tribunal, le bon prêtre, quoiqu'il eût déjà la plus haute idée du ministère qu'il y va remplir, réveille encore sa foi sur son excellence.

Que va-t-il faire? Dieu semblait s'être réservé le privilège de donner la grâce et la gloire : Gratiam et gloriam dahit Bominus ; etvoikà que son ministre est associé à un si grand honneur. Dans quel état sont les âmes que la divine miséricorde lui envoie? Dans quel état peut-il espérer qu'elles seront bientôt , s'il est le digne instrument de Jésus-Cbrist dans l'ouvrage de leur salut? Ceux qu'il aperçoit autour de son confessionnal, lui rappellent la multitude d'infortunés que saint Jean représente sur les bords de la piscine de Jérusalem : Jacehat mnllitudo magna languentium... (Joan. 5. 3.; Il va travailler au bonheur de ses frères , bien plus utilement que cet ange qui , en remuant l'eau de la piscine , guérissait les infirmités corporelles de

celui qui y était descendu le premier. 11 ne permettra pas qu'un seul de ces pécheurs, quelque invétérées que soient ses plaies, ait lieu de faire entendre la plainte du paralytique de trente-huit ans : « Hominem non habco. Je n'ai pas l'homme que demanderaient mes profondes misères. » Afm d'avoir pour tous les entrailles d'un père, il se revêt de la charité de Jésus- Christ. Quelle gloire il va procurer à Dieu! Quelle joie, aux auprès protecteurs de ces âmes, à ^larie leur mère !.. Il ne se fait pas attendre. Loin de redouter la fatigue de cet emploi , il la désire et la compare à celle du moissonneur, qui n'est jamais plus content que lorsqu'il est plus chargé.

Ah! qu'il lui faudra de commisération, de douceur, de patience !.. Il en fait une abondante provision, en se demandant de qui il va tenir la place. A l'exemple de son Maître, il prend sur lui toutes les langueurs, toutes les maladies de son peuple ; plus il y a de dépravation dans ces âmes , plus il y aura de pitié dons la sienne. Il s'établit dans un calme parfait, s'unit au cœur de Jésus-Christ, et lui offre tout ce qu'il va faire et souffrir pour sa i^loire.

Il sait de quelles tentations est assiégé le saint tribunal : ennui, dégoût, curiosité, excès de justice ou condescendance trop humaine, suggestions impures... Le fort armé se laissérait-il chasser de sa demeure , sans essayer au moins

de blesser ou de troubler son vainqueur? Il se tient prêt pour le combat : Jacula minus ferhiut quce prœvide)(tiir. S. Greg, HomU. T6. in Evang.) ^

IP P. Pendant l'exercice du mini^lere de la confession , le bon prêtre se conserve , autant qu'il lui est possible, en possession de lui-même, en état d'immolation , se sacrifiant aux intérêts de Jésus-Christ et de ses frères. Pour se maintenir à la hauteur de sa mission et remplir toujours saintement une fonction si sainte , il ne laisse jamais s'éloigner beaucoup cette pensée ,

^ Pie IX i27 mars i8o4; accorde l'indulgence de cent jours , une fois le jour, à tous les prêtres qui, avant d'enteadre les confessions , récitent dévotement et avec un cœur contrit , la prière suivante :

Da mihi , Domine , sedium taariim asmtricem sapientiam, ut sciam jadicare pofjuhim tuum in justitid, et pauperes tuas in Judicio. Fac me ità tractare claves regni cœlorum^ ut nulli aperiam cui claudendum sit, nulli claudam cui aperiendum sit. Sit intentio mea pura^ zelus meus sincerus, char item mea patiens, lahor meus fructuosus. Sit in me lenitas non remissa , asperitas non seuera ; pauperem ne despiciam , diviti ne aduler. Fac me ad alliciendos peccatores suavem , ad interrogandos prudeniem , ad instruendos peritum. Tribuc , quœso, ad retrahendos à rnalo solertiam , ad confirmandos in hono sedulitatem , ad promovendos ad meliora industriam : in responsis maturitatem , in consiliis rectitudinem , in obscuris lumen , in implexis sagacitatem, in ariuis victoriam ; inuiilibus colloquiis ne detinear , pravis ne contaminer ; alios salvem , meipsum non perdam. Amen.

le plus ferme appui de sa constance : « Dieu me voit , Dieu m'entend , Dieu me juge ; ce que je fais dans le secret sera porté un jour à la connaissance de l'univers... » Sent-il le poids de la nature qui cherche à l'entraîner? Il relève son âme , renouvelle son intention , ranime sa ferveur. Découvre-t-il l'approche de l'esprit de ténèbres? 11 redouble de vigilance , et se retire dans les plaies de Jésus mourant. Non 4nveni tam efficax remedium, quàm ruinera Christi, in mis dormiosecurus, et reqiiiesco intrepidus. iS. Aug.) Est-ce une difficulté imprévue qu'il rencontre , un pécheur qui résiste , un aveugle qui repousse la lumière , un malade qui refuse la guérison? Il recourt à celui qui peut dompter, quand il lui plaît, les volontés les plus rebelles : « A'idez-moi, Seigneur, aidez-moi. .le fais votre œuvre, mais je ne puis la faire sans vous. »

Il connaît l'usage de ces élans du cœur, de ces courtes et ardentes prières , si bien nommées jaculatoires , parce qu'elles sont comnwî des flèches enflammées, qui arrivent jusqu'à Dieu , quand la foi les inspire et quand la confiance les soutient. En même temps qu'il encourage avec bonté , interroge avec prudence , écoute avec égalité d'àme, il étudie les dispositions du pénitent, pour y adapter ses soins. Il suit attentivement, et seconde de son mieux l'action de la grâce , examinant ce qu'elle demande à chacun pour le moment, et comme il

désire conduire les âmes jusqu'au degré de vertu auquel Dieu les appelle , aussi ne prétend-il pas les mener au-delà.

Grande est sa joie, quand il voit des pécheurs I longtemps obstinés se rendre aux invitations de 'l'Esprit saint. Qu'il est heureux de remettre ces prodigues dans les bras de leur père ! Si son zèle échoue auprès d'un cœur endurci , il s'en afflige sans doute ; mais son affliction même lui est un gain. Non , il n'a pas perdu son temps ; qu'y a-t-il de moins perdu que ce que nous souffrons pour Dieu ? Si ce pécheur n'est pas absous , du moins il n'est pas rebuté. Il a entendu des vérités utiles, il n'a plus tant de préjugés , il emporte le souvenir du charitable accueil qu'il a reçu... Priez, bon prêtre, espérez que la grâce achèvera plus tard ce qu'elle vient de commencer. Tenez pour certain qu'à la ré- Cdmpense promise à vos efforts et à votre louable intention , viendra s'ajouter celle qui est due à une épreuve pénible.

IIP P. Quand il est sorti du saint trihiinal , le bon prêtre se recueille un instant ; et de même qu'avant d'y entrer, il s'était demandé ce qu'il allait y faire , ainsi maintenant il se demande ce qu'il y a fait. L'expérience , qui est i un si grand prix dans la direction des âmes , ne peut bien s'acquérir que par la réflexion sur les circonstances dans lesquelles on s'est trouvé t sur la conduite qu'on y a tenue.

Il est donc important, surtout dans les commencements du ministère , et quand on a f : ' une séance un peu longue au confessionnal, < s'adresser à soi-même quelques-unes de €> questions : Comment ai-je accueilli, aidé, surporté les pénitents? Quelle impression a ] produire telle parole que j'ai dite, telle interr gation que j'ai faite? Par quels motifs me suirje déterminé à donner, à différer, à refuser l'absolution? Telle décision a-t-elle été une sage application des principes? Si je me suis vu dans la nécessité de contrister un pénitent , a-t-il pu reconnaître que j'en souffi-ais plus que lui-même? Ai-je été assez doux, assez charitable, assez compatissant ? Est-ce l'Esprit saint qui a exhorté par ma bouche? Mon langage n'at-il rien eu de trop humain?..

En jetant un coup d'œil sur la grande fonction qu'il vient de remplir au saint tribunal, le bon prêtre remercie Dieu, lui demande pardon des fautes qu'il a pu faire, et se propose de les éviter à l'avenir. Il lui recommande les âmes, dont le salut lui est devenu encore plus cher] par les nouveaux liens de charité qu'il vient de! contracter avec elles. Si de pressantes occupations l'empêchent de faire alors cet examen, il le fera à la fin de sa journée, et se bornera pour le moment à réciter la prière de l'Église : Ao-l tiones nostras , quœsumus , Domine , aspir a jidol prœveni et adjuvando prosequere : ut cunct

nostra oratio et operatio à le semper incipiat, et per tecœpta finiatur. Per Christum.

1er p. Avant d'entrer an saint tribunal. So fnire une haute idée du ministère qu'on va renijtlir et réveiller sa foi sur son excellence. Dans que) étal sont tous ces iutjrmcs que vous voyez rauj,'és autour de la piscine sacrée? Qu'altendenl-ils de votre charité? Vous pouvez leur être plus utile que cet ange, qui par le n:iouvcment de l'eau guérissait les iunrmiiés corporelies... Ah ! qu'il vous "faudra de potience, de douceur... faites -en une ahoudaute provision. Établissez -vous dans un calme i^arfait, vous unissant au cœur de Jésus, et lui offrant tout ce que vous allez faire et souffrir pour sa g'oire... Prenez aussi vos précautions contre les lenlations qui vous attendent.

Ile P. Pendant l'exercice du ministère de la confession. Conservez-vous constamment en possession de \oiiS~mème, en vous rappelant souvent la présence de Dieu. Aux approches de la tentation, recourez au remède dont se servait si utilement saint Augustin : Non 'iiveni tam efficax remedium , quàm vulnera Chriiti. In illis dormio securus, et requiesco intrepidus. Eludiez les dispo.'-ilions du pénitent , pour y adapter vos soins; mais surtout ne vous découragez jamais; la récompense est indépendante du succès.

II le p. Quand il est sorti du saint tribunal, le bon pîêtre se recueille et se rend compte de ce qu'il a fait. Il s'adresse à lui-même quelques-unes de ces quesi ons : corfinient ai-je accueilli, aidé, supporté les pénitents! Quelles décisions ai-je données, et par quel motif? Il remarque les fautes qu'il a pu commetlre, se propose de les évitera l'avenir. 11 s'humilie devant Dieu, le remercie, et lui recommande les âmes au salut desquelles il vient Ue travailler.

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