II. Ceux de i'Égli^e, et de la scciélé tout entière
Premier prélude. Transportons-nous dans la sainte maison de Nazareth , et à la vue des soins que Taup^uste Vierge prodigue à son fils, excitons-nous à façonner les jeunes âmes sur le modèle de TEniant Jésus , croissant en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes.
Deuxième prélude. Demandons, par l'intercession de Marie, la grâce de bien comprendre et de remplir saintement , par nos conseils aux parents, aux instituteurs... et par nous-mêmes l'important ministère de l'éducation chrétienne.
P*" P. Désirs de Jésus-Christ, et l'exemple des plus grands saints. Les rois de la terre ont leurs favoris, le roi du ciel a les siens ; ce sont les âmes innocentes. Il a voulu que sa prédilection pour le jeune âge fût consignée dans l'Évangile, et en termes touchants. De toutes parts on accourt autour de lui, pour écouter ses oracles, et pour recueillir ses bienfaits. Dans cette multitude d'admirateurs et de suppliants , des mères
voudraient bien percer la foule qui l'environne , pour le prier de bénir leurs enfants. Elles sont d'abord repoussées ; mais bientôt quelle est leur joie en entendant le Sauveur justifier ce qu'un zèle peu éclairé taxait d'indiscrétion! Pasteurs de tous les temps, comprenez les désirs du Fils de Dieu. D'un regard plein de douceur il envisage ces faibles créatures ; la beauté de leur âme fait tressaillir son cœur : « Laissez , » dil-il , « laissez venir à moi ces petits enfants ; gardez-vous de les éloigner ; car c'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume des cieux. » Au même instant le passage est ouvert ; ils s'avancent , les voilà dans les bras de Jésus !..
Heureux enfants , s'ils connaissaient leur "bonheur!.. Heureux moi-même, si je connaissais le mien, et la faveur que me fait le bon maître , en me chargeant de lui préparer des serviteurs lidèles, par l'éducation de la jeunesse ! Si je savais tout ce qu'il y a de grandeur et d'avantages dans cet apostolat obscur aux yeux des hommes , et combien il m'est facile , en l'exerçant , de m'assurer toutes les affections de mon souverain Seigneur et de mon juge ! Je crois l'entendre qui me dit, comme autrefois au chef de ses apôtres : « Si tu m'aimes, prends soin de mes agneaux. Ces enfants sont à moi ; ma puissance les a créés, ma Providence les conserve , mon corps leur est
destiné pour nourriture et mon royaume pour héritage. Que ta vigilance les préserve des atteintes du vice ; que ton iè\e, de concert avec ma grâce, développe en eux les germes de vertus que j'y ai déposés ; tu m'aideras ainsi à les sauver. Donne - moi ce témoignage de ton amour. » 0 mon àme, que vas-tu répondre à Jésus-Christ? N'enti'eras-tu pas dans ses désirs? et le bonheur de lui plaire ne te fera-t-il pas oublier ce qu'il y a de pénible dans le noble emploi qu'il te confie ?
Voilà ce qui a inspiré tant de zèle pour la sanctification de la jeunesse aux plus grands saints et aux plus beaux génies du christianisme. Saint Jérôme dans sa vieillesse s'étail retiré à Bethléem, pour y contempler plus facilement les mystères de Tenfance de Jésui Chrrst. Pendant qu'on y venait des contrées lointaines s'éclairer de ses lumières et admirer sa pénitence, il écrivait à une dame romaine : (( Envoyez-moi vos petits enfants ; je me ferai une joie de bégayer avec eux les éléments de la foi. » Saint Grégoire enchérissait sur cet exemple. Avec une santé toujours chancelante, et accablé par le gouvernement de l'Eglise universelle, il trouvait du temps et des forces pour catéchiser la jeunesse romaine. Saint Augustin, saint Vincent Ferrier , saint Charles Borromée , saint François Xavier, saint François de Sales , Gerson , Bellarmin , Olier , Fénélnn , etc. . ne
pensaient jamais mieux employer leurs talents, dépenser leur vie plus utilement, qu'en travaillant à la sanctification de l'enfance. Gerson disait : (( Il est honorable d'élever le fils d'un monarque , héritier présomptif de sa couronne ; mais l'enfant que je forme à la vertu n'est-il pas l'enfant de Dieu, l'héritier du royaume céleste?);' Et saint François de Sales : h Croyez-moi, les anges des petits enfants aiment d'un particulier amour ceux qui les élèvent dans la crainte de Dieu , et qui font couler dans leurs tendres âmes la sainte dévotion. »
Qu'il m'est doux. Seigneur Jésus, de me voir associé par mon emploi à ces grandes lumières de votre Église ; mais qu'il m'est bien plus doux encore d'y trouver le moyen de contenter les désirs ardents de votre cœur !
II« P. Désirs de l'Église et de la société tout entière. Élever chrétiennement l'enfance , c'est aller à la source du bien , c'est attaquer le mal dans sa racine et préparer des générations meilleures. De même que du seul Abraham est sorti tout un peuple de. croyants, ainsi quelquefois d'un enfant bien élevé sortira toute une nation de justes. Si ceux qui furent chargés de diriger vers Dieu les premières inclinations d'un François de Sales, d'un Xavier, d'un Vincent de Paul.., infidèles à leur mission, avaient négligé ces enfants , et laissé le souffle du vice flétrir leur innocence, gâter leur carac-
tère, jusqu'à les rendre incapables de remplir leurs grandes et bienfaisantes destinées, ne frémit-on pas à la pensée des trésors de grâces et de consolations dont ils auraient privé l'Église et toute l'humanité ? Que de vertus , que de généreux dévouements, que d'œuvres, déjà couronnées dans le ciel, ont été le fruit de la sainteté de ces âmes d'élite , et leur sainteté ellemême n'a-t-elle pas été en grande partie le fruit de leur bonno éducation?
Qu'on ne dise pas : Je n'ai à élever que des enfants de la dernière condition, qui n'exerceront jamais sur le prochain une utile influence, si ce n'est dans des bornes étroites ; nul ne le sait : Vincent de Paul et mille autres étaient-ils nés dans un haut rang? Dieu est libre dans le choix des instruments de sa miséricorde. Il voit peut-être dans le petit troupeau qui vous entoure, des âmes qu'il emploiera à instruire et à sanctifier une multitude d'autres âmes. Mais quand vous auriez la certitude qu'aucun de ces enfants ne sortira de la voie commune, vous ne pourriez encore mesurer jusqu'où s'étendra le bien que vous leur faites. Les bons principes, les pieuses habitudes dont ils vous seront redevables, ils les transmettront à leurs propres enfants, qui les transmettront à leur (our.., et voilà les saintes traditiojis qui s'établissent, une chaîne de vertus chrétiennes qui se perpétue... Des siècles recueilleront ce que vous
iurez semé. Un savant ^ écrivait : « .l'ai touours cru qu'on réformerait le genre humain, A on réformait l'éducation, w Rien n'est plus rai. Tout l'avenir de l'Église et de la société ^5t dans l'éducation : croyances, sentiments, nœurs , le bien et le mal , tout en sort. C'est )ar elle qu'un peuple est ce qu'il est : elle le lirige ou l'égaré ; elle est la vie ou la mort des i^tats comme des familles... Oh ! si le monde oulait comprendre de quelles calamités le préervent , quels services lui rend le clergé et les ■ongrégations religieuses par leur dévouement i l'éducation chrétienne , bien loin d'entraver eur action , il la seconderait de tous ses efforts. \'o comptons pas sur la reconnaissance du njnde, mais comptons sur celle de Dieu.
— Remercier le Seigneur de m'avoir appelé i un si saint apostolat. — Regret du peu d'esime que j'en ai fait. — Résolution de l'exercer lésormais aussi parfaitement que je pourrai.
ler p. Les désirs de Jésus-Christ, si bien compris par es plus (ideles serviteurs. Le Fils de Dieu a bien voulu ïue sa prédilection pour le jeune âge fùl consignée lans l'Évangile, el en termes louchcjnls. Ali î qu'il m'est acile, par les soins que je donne à l'enfance, de m'asjurer les plus tendres affeclions de mon Seigneur el de non Juge ! Je l'entends qui me dit : m Si tu m'aimes,
Leibnitz.
ionne la pâture spirituelle à mes agneaux. » Pourquoi iaint JérôQie, saint Grégoire-le-Grand, saint Augustin, aiiU François de Sales... estimait-'Hl-ils tant le ministère qii'iLs exerçaient auprès des eiifùnls ? Ils aimaient Jésus-Christ.
lie p. Désirs de l'Église et de la société. Comme du seul Altralium est soili tout un penple de croyiints , d'un seul enfant bien élevé peut sortir toute une nation de justes. Dieu est libre dans le choix des instrumenî< de -^a miséricorde. Il voit peut-être dans cet enfant apôtre futur; et quand il resterait dans la voie commune, il trunsmetlra àd'aulrus, qui le iransmeitronl à leur tour, le bien que vous lui aurez fait; et les siècles recueilleront ce que vous aurez semé. Tout l'avenir de l'Église et de la société est dans réducution : croyances, sentiments, mœurs, le biL^n et le mal, tout en sort. Remerciez Dieu de vous avoir appelé à ce glorieux el si utile apostolat.
LXXYI. MÉDITATION.
.4 ?///-p> motifs pour le bon prêtre de se dévouer n In sanctification de la jeunesse :
I. L'intérêt particulier qui s'attache à l'enfance, il. Les avantages que rt'lircnt do l'éducation chrétienne fcux qui la donnent.
Mêmes préludes que dans la méditation précédente.
r'"" P. Aucun iKjr^ mi punit (le eut ilc la foi, ncst aussi i)itéressant que Venfancc. Trois principaux aUi\^its nous y attachent : son innocence, ses dangers, la facilité qu'elle olTre à
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. iix qui la cultivent di) faire un très-grand bien.
l"* Quoi de plus innocent que des cœurs qui été purifiés par le baptême de la souillure
.^inelle, et n'ont pas encore le discernement Il cessaire pour commettre des pécliés actuels, ]u moins un peu graves? Ce sont bien là ces nlanls des hommes de qui le Seigneur a dit : /' liciœmeœesseciim filiis hominum. Même dans :' iix qui, par une corruption précoce seraient i< jà lonjbés dans quelques fautes, le vice n'a pas 'iicore jeté de profondes racines ; il ne leur a 3as ôté celte candeur qui ouvre l'àme aux salu- :aires impressions. Si l'Esprit divin a déjtà été jorcé de quitter des sanctuaires où i! se plaisait, 1 n'en est pas loin : il se tient à la porte et demande à y rentrer ^.. Oh! le bel emploi que ;elui de conserver l'innocence aux enfants de }ieu , ou s'ils l'ont perdue , de leur faire )romptement réparer ce malheur !
S*' C'est pour l'ordinaire dans les années de 'enfance que se décide le sort des années éterlelles. L'éducation est un moule où l'homme 'Bçoit ses formes intellectuelles, morales et reigieuses. Il sera dans sa vieillesse , dit l'Érriure, ce que l'éducation l'aura fait dans son idolescence -. Le poison du vice vient-il à
' Ecce sto ad ostium et pulso. Apoc. 3. 20. - Adolescens juxta viam suam, etiam cùm senuerit ;0n recedet ab eà. Prov. 22. 6.
souiller son cœur dans un âge encore tendre, il est à craindre qu'il ne pénètre jusqu'à la moelle de ses os, qu'il n'infecte toute sa vie et ne descende avec lui dans le tombeau. Coupable jeunesse , si on est contraint de te condamner peut-on se dispenser de te plaindre? Tout < piège , tout est séduction pour cet âge : le monde qui charme, et dont on est alors s éloigné de soupçonner la perfidie ; le démon . qui pour s'assurer les derniers moments , veu avoir les premiers ; des amis corrompus , de: exemples contagieux... Pour résister à tan d'assauts , il faudrait avoir la crainte de Dieu l'horreur du péché , les maximes de la religioi profondément gravées dans l'âme. Que de viendra le jeune homme , la jeune fille, qu'un éducation chrétienne n'a point armés pour < combats?.. Reste-t-il même beaucoup de res sources pour l'avenir dans un cœur qui n'a ja mais connu le bonheur de la vertu , les espé rances de la vie future, les biens et les maux d rèternilè?
Heureux au contraire celui qui , dès so enfance, a porté l'aimable joug de la piété * ! 1 sera, selon l'expression de l'Esprit saint, comm un arbre planté sur le courant des eaux. Il n manquera ni de fleurs au printemps , ni d
' Bonum est viro cùm portaverit jugum ab adolescenli suà. Tkren. 3. 27.
îiLiits en automne : rinnocence embellira sa jeunesse , et dans un âge plus avancé, il sera fécond en solides vertus. Eùt-il le malheur de s'égarer, on peut se promettre qu'il reviendra : la bonne éducation lui a préparé un puissant moyen de retour, la grâce du remords.
S- Il ne faut désespérer du salut de personne ; mais que de difficultés à vaincre pour ramener à Dieu certains pécheurs ! L'enfant , au contraire, n'oppose au zèle qu'un seul obstacle, sa légèreté : ce qu'il faut avec lui , c'est de la patience. Son came est une terre neuve, qui n'attend que la culture pour produire au centuple ; elle est une plante flexible , qui prend la forme qu'on lui donne. Son cœur, pur d'aflections criminelles, est susceptible des meilleures tendances. Il croit à l'autorité ; il adopte de confiance la foi et les sentiments de ceux qui l'approchent. Oh ! qu'il est facile de l'attendrir en lui parlant d'un Dieu qui s'est fait enfant , et qui est mort pour nous ; d'éveiller la crainte du Seigneur, la compassion pour ceux qui souffrent, la reconnaissance, l'amour divin dans des âmes prédisposées par le baptême à toutes les vertus chrétiennes 1 Qu'on interroge les pasteurs zélés ; ils diront tous que pas un de leurs ministères ne les console autant que celui qu'ils exercent auprès de la jeunesse. Les fruits d'ailleurs en sont incomparablement plus étendus.
Tous mes efforts pour la sanctification d'un
vieillard, jusque-là indocile à la voix de sa conscience , Cussenl-ils couronnes du plus heureux succès, n'empêcheront pas que sa longue vie ne se soit écoulée dans un vide effrayant pour le ciel, et qu'elle n'ait été une révolte permanente contre Dieu. S'agit-il d'un enfant? mon zèle va sanctifier tout l'ensemble de ses jours. Je prépare tout le bien qu'il fera , et je participe à toutes les bonnes œuvres dont il remplira sa carrière.
IV P. Aucun emploi n'est plus profitable à ceux qui l'exercent que l'éducation de la jeunesse. Des mérites multipliés, des grcàces abondantes pour sanctifier votre vie et adoucir votre mort, ô apôtres de l'enfance , quelle est belle la part que Dieu vous a choisie !
Mérites multipliés. C'est par zèle, c'est-à-dire par amour pour Dieu et pour le prochain qu'on se dévoue à l'éducation de la jeunesse; la charité, étant l'àme de cette vocation, surnaturalise tout ce qu'on y fait et tout ce qu'on y souffre. L'instruction que l'on donne , même envisagée par son côté humain, et dans ce qu'elle peut avoir de profane, n'est pas sans mérite devant Dieu. Nous confierait-on des enfants, aurions-nous l'occasion de leur enseigner la science du salut et d^ les former aux vertus qui font les saints, s'ils ne puisaient aussi à notre école ces connaissances secondaires , que le monde estime nvnnl loni dans son aveuglement?
Nous sommes bien obligés de partir de la terre pour les conduire au ciel ; mais le ciel et l'éternel bonheur de ces chères tàmes est le but suprême de nos efforts , et 'c'est là précisément ce qui caractérise l'éducation chrétienne. Cette vie d'ailleurs n'est, pour ainsi dire , qu'une mort prolongée par l'abnégation et l'assujettissement qu'elle demande. Ainsi, d'une part, mortification de tous les instants ; de l'autre, exercice continuel de charité ; que faut-il de plus , pour acquérir en quelques jours des droits multipliés au royaume éternel ?
Abondance de grâces. Dieu proportionne les dons qu'il nous accorde à la communication qu'il veut que nous en fassions : son amour pour les enfants qu'il nous confie est la mesure de ses lihéralilés à notre égard ; non-seulement parce qu'il nous enrichit pour eux, mais parce qu'eux-mêmes , si nous savons nous servir de leur crédit , seront pour nous de puissants intercesseurs. Dieu ne résiste pas à la prière de l'enfance. « La seule présence d'une àme pure devant la souveraine Majesté est mieux écoutée que nos cris les plus perçants*. » Qui m'empêche de faire prier pour moi l'innocence de mes jeunes auditeurs quand je fais le catéchisme ? Saint François de Sales réclamait sans cesse les petites , mais pénétrantes prières des
* Saint Jacques de Nisibe.