III
quelquefois , nous réparerons difficilement le mal qu'il nous a fait ; comment guérir des plaies qu'on ignore? Ce n'est pas sur le champ de bataille et dans la cbaleur de ia mêlée que le soldat sent la douleur, connaît la gravité de ses blessures.
Oh î combien de prêtres dont le salut court le plus grand danger, s'ils ne font, dans de fréquentes retraites, la révision sérieuse des grâces qu'ils ont reçues, des ministères qu'ils ont exercés , de l'emploi qu'ils ont fait d'un temps si précieux ! Combien à qui les anges du sanctuaire pourraient répéter les paroles d'Isaïe : Recedite, recedite ; exile iiulè, polhUum noUietaU' gère.. : miindamini qui feriis vasa Dolnini. (Is. 52. ii.j Sortez, sortez de là, ne touchez plus ce qui est impur; touchez encore moins, avant de vous être lavés dans vos larmes, ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré. Ce ne sont plus seulement les vases d.u Seigneur, c'est le Seigneur lui-même , que vous portez dans vos mains , sur votre langue , dans votre cœur ! Allez vous purifier dans Ja retraite ; elle est la mère de la componction, le bain des âmes, la mort des vices ; elle est une fournaise où l'or de votre charité ?e dépouillera de tout alliage impur : In quâ dissoluta aiiimœ rubi(}o consumilur, et scabies peccatonim ac scoriœ deponuntur. (S. Basil. De laud. erem.)
3" C'est aussi dans une bonne retraite, et là
seulement, que nous prenons la détermination sérieuse de mener enfin cette vie sainte et parfaite qui est pour nous d'une obligation si étroite. Est-ce parmi le bruit des créatures et dans l'agi'ation des affaires, que Dieu parle au cœur ce langage pénétrant qui laisse des impressions durables? Il parlerait, l'entendraiton? Il éclairerait, serait-on disposé à suivre la lumière? Ducameam in solitudinem, et loquar ad cor ejus. (Os. 2. 14. Est-ce au milieu du monde que je dois m'attendre à recevoir ces gâces fortes , abondantes , victorieuses , qui changent un prêtre pécheur ou imparfait en un saint prêtre, lorsque pour m'en favoriser Dieu m'offre le grand moyen de la retraite, voulant bien m'y appeler par l'organe de mes supérieurs, m'y inviter parla voix de ma conscience? Venite... in desertum locuni, et requiescite pusillùm. (Marc. 6. 31. '
Utilité. Quant aux fruits précieux que produit une bonne retraite, nous en avons déjà indiqué quelques-uns ; pour les réunir tous, il faudrait les considérer sous le double rapport de notre sanctification et de notre ministère. On peut les résumer ainsi : Ranimer en nous, si elle languissait, ressusciter, si elle était morte, la grâce de notre vocation; obliger Dieu à effacer toutes nos fautes, et à nous remettre tout ce que nous devions h sa justice ; contracter avec lui l'union la plus intime, et donner à notre âme un élan
généreux qui lui fasse hâter sa marche dans les voies de la perfection sacerdotale ; nous rendre les dignes coopcraleurs de Jésus-Christ dans l'ouvrage de la rédemption des hommes, et les instruments de sa miséricorde pour le bonheur éternel de nos frères... Voilà de quels biens se prive celui qui néglige la sainte pratique de la retraite.
Résolutions : l'' Tous les ans, je ferai avec soin, d'une manière ou d'une autre, les exercices de la retraite ^
2" Je serai fidèle aux pieux usage de consacrer un jour par mois à une sorte de petite retraite et de préparation à la mort -.
S'' Je mènerai une vie habituellement retirée, autant que le permettront les devoirs de ma charge, ne m'absentant point sans nécessité : Maximi scnidorum humana consoiiia , nbi poierant, vitabant; et Deo in secreto vivere eligehaut. (Imit. 1. i. c. 20. \
Ter P. ^p' grands exemples nous excitent à l'amour de la retraite : Celui du Sauveur et de ses ministres les plus fidèles. — Jésus-Ctirisl passe les trente premiùces années de sa vie dans robscurilé la plus profonde ; il prélude à sa vie publique par quarante jours de retraite ;
1 Voyez, à la (in du volume, un appendice sur les retraites ecclésiastiques et un, choix de sujets pour trois retraites de six jours.
- On en trouvera la méthode a la Hn de ce volume. ]
et dans le cours de ses prédications, il s'enfuit souvent sur les montagnes, pour y être seul avec Dieu seul. Le monle n'avait pour lui aucun danger : mais il voulaitnous inspirer Tamour de la retraite. — Tous les î^ainls prê'ros ont compris celle leçon : saint Beruaid. saint Aug:uslin, saint Ambroise... successivement apôtres et soliiaipes : voilà nos modc'e .
lie p. De puissants motifs nous persuadent l'amour de la retraite. — Sa nécessité : Le prôire est essentiellement un homme séparé qjii ne doit paraître dans le monde que pour y porteries inspirations de lareiraite. Combien de maladies spiriluelles dont la guérison exige un é'.oignement du mondes plus o'u moins prolongé? 'La pratique de la retraite nous est indispensable pour nous éclairer et pour nous établir dans l'érainenle pureté q!ic demandent nos fonctions. — Son utilité ! Ranimer en no is l'esprit de notre vocation, nous acquitter envers la justice du Seigneur, donner à nolriî âme un élan généreux vers la perfection , nous rendre plus dignes de coopérer ef.icacemenl au salut de nos frèr(;s; Teis sont les biens inappréciables que nous procure la retraite.