‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 41 sur 96 · LXXVII. MEDITATION · texte numérisé non relu

LXXVII. MEDITATION

Les malades préférés à tout dam les -^oins du bon pasteur.

I. Parce qu'ils sont l'objet le plus touchant de la charité sacer-

dotale.

II. Parce que la négligence à leur égard aurait les suites les plus

funestes.

III. Parce que le zèle recueille auprès d'eux les fruits les plus

consulaniir.

1" P. L'assistance des malades considérée dans son objet. Quels sont ceux qu'il est question de secourir, et quels soins s'agit-il de leur donner ?

1^0 vous qui devez être l'imitateur de la charité de Jésus-Christ , comme vous en êtes le ministre , rappelez-vous co que \o\is avez vu

Ui. li.

plus d'une fois : un malade abattu, désolé, en proie à la souffrance, à qui peut-être tout manque en même temps , mais surtout le plus nécessaire de tous les biens, la paix de l'àme, la tranquillité de la conscience... Les peines qu'il endure , celles qu'il craint , peut-être l'insensibilité de ceux qui lui doivent le plus d'amour , tout le jette dans une tristesse profonde. Rien ne fait diversion à ses chagrins et aux sombres réflexions qui l'assiègent. Dans une position si affligeante, ah ! qu'un véritable ami est un riche trésor ^ ! Méritez ce nom , ô prêtre , à l'égard d'un malheureux, qui a tant de litres à votre intérêt le plus tendre.' 11 est un des membres de votre famille spirituelle, il est votre enfant ; il a droit à toutes les sollicitudes, à tous les efforts de votre zèle, puisqu'en devenant son pasteur, vous vous êtes obligé à tout sacrifier pour lui procurer le salut.

Vous dites : (( C'est une brebis rebelle, un de ces hommes de scandale, qui ne connaissent \i religion que pour en fair-e l'objet de railleries sacrilèges,ses lois, que pour les fouler aux pieds. . . }| — Oh ! alors, si sa foi se réveille, quels doivenf être ses remords, ses frayeurs, ses angoisses] aux approches du terrible jugement qu'il va suj bir ! — « Non, c'est un impie trop avancé, poul

' Amico fideli nulla est comparatio... Qui invenj iJlum . invenit thesaunim. E^cli. 6. l.S, li.

— Ul -

éprouver ces troubles salutaires ; il est calme, et paraît n'avoir aucun souci de son éternelle destinée!.. » — S'il en est ainsi, bon prêtre, votre compassion ne doit plus avoir de bornes. îl n'y a que vous qui puissiez trouver dans votre àme paternelle , et dans la grâce de votre ministère, des ressources proportionnées à l'extrémité du mal ; allez sur-le-champ vous prosterner devant le tabernacle , épanchez votre prière en présence du Sauveur, suppliez-le d'allumer en vous le feu sacré qu'il est venu apporter sur la terre, et puis, courez au secours d'une brebis que le démon veut vous ravir. Jamais votre charité ne pourra s'exercer plus utilement.

^^ Si, de toutes les grâces, la plus précieuse est celle d'une sainte mort , puisqu'elle couronne toutes les autres , imprimant à nos vertus le sceau de l'immutabilité; si d'ailleurs le moment le plus critique de notre vie est celui où elle va s'éteindre, puisque l'éternité en dépend, et que, dans cette épreuve décisive, le démon redouble contre nous de ruse et de fureur , il est évident qu'on ne peut rendre un plus grand service au prochain, qu'en l'aidant k bien mourir. Dans quelques jours, peut-être dans une heure , cette àme va passer du règne de la miséricorde sous celui de la justice ; le temps de mériter va lînir pour elle ; mais dans les courts instants qui lui restent , oh î quelles pertes , ou

quels profits elle peul faire pour toute l'éternité ! Fortifiée par vos exhortations et par les sacrements , elle va sanctifier ses souffrances , se purifier des moindres fautes , s'acquitter envers la justice du Seigneur.., triompher de^ tentations ; hélas 1 il n'en faut qu'une pour lui enlever sa couronne... Si elle est en état de péché , il s'agit de la retirer de cet abîme. En toute hypothèse , il est question de la préserver du dernier des malheurs, et de lui assurer une félicité souveraine. C'est toute l'afiaire de son salut à traiter, à régler irrévocablement... Le bon pasteur sent ses entrailles s'émouvoir , son zèle s'entlammer , quand il considère d'une part , que ses chers malades ont un extrême besoin de son assistance , et de Fautre que le bien qu'il va leur faire , mis en sûreté par la mort même , n'aura plus rien à craindre ni de leur inconstance , ni des artifices des esprits de ténèbres.

IF P. Les conséquences redoutables qu'entraînerait ici la négligence. Il n'en est pas d'une faute , dont un mourant est la victime, comme de la plupart des autres que l'on peut commettre dans le saint ministère. Vous avez failli à telle obligation ? le mal n'est pas sans remède ; mais si votre tiédeur est cause qu'un malade sort de ce monde en érat de péché mortel , voilà un malheur absolument irréparable , et quel malheur ! de votre part, quel crime ! Vous ave/

manqué le moment de salut que la bonté de Dieu avait réservé à cette âme , il ne reviendra plus ; elle est jugée , et l'arrêt est sans appel.

Si le cadavre du pauvre, étendu par terre , crie vengeance contre la meurtrière avarice qui lui a refusé du pain, quelle terrible accusation ce malheureux réprouvé a portée confre vous au tribunal de Dieu ! « Hélas ! Seigneur , celui que vous aviez destiné à être l'œil de l'aveugle, le guide du voyageur égaré , le pasteur cà qui vous aviez confié le soin de mon salut, m'a délaissé lorsque les secours de son zèle m'étaient le plus indispensables. Il devait éclairer mon ignorance, fortifier ma faiblesse , m'aider à recevoir la mort comme la juste peine de mes péchés... Ah ! s'il était venu me parler en ami et en père, s'il m'avait raconté les richesses de votre miséricorde pour les plus grands pécheurs, j'aurais cédé à des attraits si puissants. Mais non , lorsque mes ennemis me pressaient de toutes parts , il m'a cruellement abandonné. Vous avez versé pour moi tout votre sang, et il a refusé de faire un léger sacrifice pour vous conserver une àme quj vous a tant coûté !.. )) Qu'il y a d'amertume dans cette pensée : l'un de mes paroissiens, j'ai tout lieu de le craindre, est maintenant en enfer, et c'est moi, son pasteur et son père, qui l'y ai précipité ! Tôt occidimiis , quoi ad morlcm ire quotidiè lepidi et négligentes videmus ! (S. Greg.^

II? P. Le vrai zèle doit tout espérer des soins donnés aux malades et aux mourants. Ce ministère est une source de consolations pour le bon pasteur , soit à cause des circonstances dans lesquelles il l'exerce , soit à raison des prodiges de grâce dont il est souvent accompagné.

Dans la santé , il est facile d'oublier Dieu et les vérités éternelles. Les affaires, les plaisirs, le mouvement et le bruit du monde , tout écarte ou aff'aiblit les pensées de la foi. C'est le contraire dans la maladie. Un homme renfermé dans un appartement, retenu sur un lit de souffrances , d'où peut-être il ne sortira que pour entrer dans le tombeau , xlevient '^lus accessible à la grâce. Les illusions se dissipent ; il voit les choses dans leur réalité. L'impuissance des moyens humains pour le protéger contre la mort, le rappelle à l'auteur de son être, ranime ses croyances... Combien de malades à qui s'appliquent ces paroles du prophète : Tribulationem et dolorem inveni, et nomen Domini invocavi! ^Ps. 114. 3, 4.) « Je vi\ais comme si j'avais été sans Dieu ; je n'avais aucune idée de son domaine universel et de ma dépendance... Mais la grande tribulalion est venue. Voyant s'évanouir devant moi le fantôme de toutes les choses d'ici-bas ; comprenant enfin que s'appuyer sur les créatures , c'est s'appuyer sur le néant , j'ai tourné mes pensées vers le

Seigneur, j'ai commencé à craindre sa justice, à espérer dans sa bonté ; je l'ai appelé au secours de ma misère : Et iiomen Domini invocavi. »

L'image de la mort , qui se présente fréquemment à l'esprit du malade, Tinvite à régler les affaires de sa conscience. Venez, pasteur, il est disposé à vous écouter. Sonisolernenl, l'expérience qu'il a faite de la vanité des choses de la terre , le refroidissemiCnt des passions, la maladie .elle-même, qui le rend plus sensible aux témoignages d'affection que vous lui donnerez.., que de circonstances favorables aux pieux desseins de votre zèle !

De plus, le ministère -auprès des malades plaît singulièrement au cœur compatissant de Jésus-Christ, et il aime à y faire éclater les merveilles de sa miséricorde. Il en coûte au Dieu Créateur et Rédempteur de perdre pour toujours l'ouvrage de ses mains et le prix de son sang. Autant il résiste au superbe, autant il se sent porté à l'indulgence envers celui qu'il voit dans l'abaissement ; la mort n'est-elle pas la plus grande humiliation de l'homme ? De là ces heureuses conjonctures qu'il fait naître. De là, surtout, cette ardente charité qu'il met au cœur d'un bon prêtre, en l'envoyant au chevet de ce moribond. On en connaît , de ces pasteurs fervents , qui ont vu mourir en prédestinés tous ceux qu'ils ont assistés dans leurs derniers moments.

Combien d'admirables conversions obtenues à la mort , en présence de Téchafaud , par le pauvre prêtre Bernard , par saint François de Sales et tant d'autres ! « Il y aurait, ».dit Fénélon, <( une présomption horrible à compter sur des miracles de grâce ; mais celui qui défend de les attendre se plaît quelquefois à les faire. » Le prodige dés pécheurs sauvés à la mort est journalier dans l'Église ^

Rentrez en vous-même ; voyez ce qui a manqué sur ce point à votre zèle. Vous allez recevoir à l'autel l'adorable médecin , qui a visité , consolé, et guéri tant de malades ; conjurez-le de guérir ou de préserver votre âme, d'un état de tiédeur incompatible avec le ministère pastoral, surtout quand il s'exerce auprès des brebis mourantes. Il n'n besoin que d'une parole, pour opérer une guérison si avantageuse au pasteur et au troupeau ; il dira cette parole, si c'est une foi vive qui la demande : Dicverbo, et sanabitiir anima mea.

1er P, l'assistance des malades considérée dans son objet. Quels sont ceux qu'il est question de secourir, et quels soins s'agit-il de leur donner P — Triste siliialio!) d'un maUide, à qui peul-élrc tout manque, mais suiloul la paix de l'âme. Ce qu'il souffre, ce qu'il craint... 0 préire, il est votre eufani !.. Vous dites î

' M. Bover. Snrm. mr a vw/c rfe« innlmle^. ;■

C'est un grand pécheur, c'est un impie... Que voire compassion égale son maiheur ! — Vos enlrailles pourront-elles ne pas s'émouvoir si vous pen-ez d'une pan à rexlrême besoin qu'il a de voire zèle, et de l'autre au service immense que vous pouvez lui rendre ? C'est toute l'affaire de son salut qu'il est question de régler irrévocablement.

Ile p. Conséquences redoutables qu'entraînerait ici la négligence. Si votre tiédeur était cause qu'un malade sortît de ce monde en état de péché mortel, ce serait un malheur absolument irréparable, et quel malheur! Quelle terrible accusation cette âme réprouvée porterait au tribunal de Dieu, contre vous, qui deviez être son sauveur! Tôt occidimus , quoi ad mortem ire tepidi et négligentes videmus.

llle P. Le vrai zèle doit tout espérer de^ soins charitables donnés aux malades et aux mourants. Dans la santé il est facile d'oublier Dieu ; dans îa m.aladie on est plus accessible à la gr^îce. L'isolement dans lequel on se trouve, l'expérience que l'on fait de la vanité des clioses d'ici-bas... tout favorise le zèle du bon pasteur. — Notre ministère auprès des malades plait au cœur compatissant de Jésus-Christ , il aime à y faire éclater sa miséricorde.

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