II. Pour l'honneur et le succès de son ministère
?•■ P. Grands avantages que le bon pasteur retire pour lui-même des .<ioins qu'il donne à .^es III. 15
malades. Il y trouve roccasion de faire les flexions les plus utiles , de pratiquer les vextules plus sacerdotales , de mériter les plus précieuses récompenses.
i° Utiles réflexions à faire. Nous prêchons les fidèles dans la cliaire de vérité ;. ils nous prêchent dans leurs maladies , sur leur lit de douleur. On peut dire de chaque mourant ce que Tertullien disait des premiers fidèles : le voir, c'est l'entendre : Dirm videtnr, auditur.
J'entre dans un riche appartement et j'entends le râle de la mort. Quel est cet infortuné ? Il y a quelquesjours, c'était unheureux du siècle. Brillante fortune, considération, jouissance de tout ce que le monde aime.., que manquait-il à son bonheur ? Hélas ! ses délices passées lui rendent plus sensibles ses douleurs présentes. Du faîte de la prospérité humaine, il va descendre dans un tombeau... Source de réflexions sur la vanité des biens de ce monde. Voilà un homme qui les a possédés ; que lui en reste-t-il ? Je cours vers un autre malade ; il est 'jeune. Sa santé florissante et la vigueur de son tempérament lui promettaient une longue carrière... Il en touche le terme. Une lièvre violente le consume ; plusieurs maladies se compliquent ; la science est impuissante ; et bientôt, lorsqu'on était loin de s'y attendre, il expire... Source de réflexions sur la fragilité de la vie et l'incertitude du moment de la mort. Ainsi des autres situations di-
verses que je rencontre dans cet instructif ministère. Quelquefois la justice de Dieu m'épouvante par des exemples de terreur ; souvent aussi sa Providence m'attendrit par des traits d'ineffable miséricorde , ou m'édifie par d'héroïques résignations... Oh! qu'il fait bon méditer au chevet des malades et des mourants !
2*^ Vertus à pratiquer. Sans parler de la plus excellente , la chanté , qui s'exerce alors sur le plus louchant de ses théâtres, là , bon prêtre , vous pratiquez cette foi vive, qui aperçoit le Fils de Dieu sous le voile de nos infirmités. C'est lui que vous servez dans ses membres souffrants. Agissant par ce motif, tout est épuré dans les vues qui vous dirigent ; vous en écartez ce qu'il y aurait de trop humain. Ce n'est ni l'amitié, ni la bienséance, ni l'intérêt, c'est l'amour de Dieu qui est l'àme de toutes vos démarches, de toutes vos soUicitudes. Vous pratiquez l'humilité , la douceur , la patience , la mortification. A l'exemple du Sauveur, qui était encore plus empressé à visiter les petits que les grands, les pauvres que les riches, le serviteur du centurion que la fille du prince de la synagogue , vous allez à la chaumière comme au palais. Vous pouvez dire avec saint Paul : Omnium me servum feci... Factus siim infîrmis infirmus , ut infirmas Incrifacerem. (I. Cor. 9. 19, 22.) N'ignorant pas que dans la maladie on est plus impressionnable , et qu'on a droit
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plus (le compassion , jamais votre zèle n a (les formes plus suaves , votre langage plus de ménagement, plus de- tendresse. Vous supportez ce qu'il y a de pénible dans un ministère souvent rebutant pour la nature.
3" Grâces et mérites attachés au soin des malades. Elles vous sont obtenues ces grâces abondantes par la reconnaissance des âmes, que vous avez introduites au royaume éternel , et qui n'oublieront pas ce qu'elles vous doivent. Dieu refusera-t-il de les acquitter envers vous, quand elles l'en prieront? Il faut être au ciel pour apprécier de pareils services. — Que dire du trésor de mérites que vous amassez par un ministère si agréable à Dieu? S'il est méritoire de jeter les semences de la vertu dans de jeunes cœurs , il l'est bien davantage d'en assurer les fruits pour l'éternité par la sanctification des derniers moments. Si chacune des œuvres de miséricorde, corporelle et spirituelle, considérée à part , est d'un si grand prix aux yeux du Seigneur, que penser d'une fonction qui les renferme toutes et les fait pratiquer d'une manière si excellente?
0 prêtres , soyez les anges consolateurs de vos malades. Un jour vous aurez besoin de l'assistance qu'on vous demande pour eux. Si vous êtes tardif à leur porter secours dans une nécessité si pressante , craignez que Jésus- Christ, blessé au cœur par cette négligence, ne
permette que vous mouriez privé des sacrements ; ou du moins, qu'usant à votre égard de la mesure étroite dont vous aurez usé à l'égard de vos frères , il ne vous abandonne alors à quelque prêtre aussi froid, aussi languissant que vous. Heureux, au contraire, le pasteur compatissant, qui s'est dévoué pour ses brebis mourantes ! Dans ses derniers moments , la bénédiction de celui qui allait périr, et qu'il a sauvé, viendra sur lui : Benedictio perituri super me veniebat. Job. 20. 13.) Vous descendrez vousmême , ô mon Dieu , sur son lit de douleur ; vous remuerez avec un soin de mère la couche sur laquelle repose son corps souffrant : Uiiiversum stratum ejus versasti in infirmitate ejus. 'Ps. 40. 4.) Vous vous placerez à côté de cet ange qui est venu de votre part le soutenir dans son agonie ; vous mettrez sur les lèvres de son pieux directeur des paroles ardentes, des conseils appropriés à ses besoins... Et quand il apparaîtra devant vous, au sortir de ce monde. avec quelle joie vous lui direz : </ J'ai eu faim, vous m'avez donné à manger... .l'étais malade, et vous m'avez visité. Xe cherchez point d'autre raison du tendre accueil que je vous fais, et du trône que je vous donne. » Beatus qui intelligit super egeniim et pauperem ; in die malâ liberahiteum Dominus. flbid. 2.;
ÏPP. Grands avantages qu'iut pasteur retire de sa charité envers les malades, pour faire ho-
norer son ministère et en préparer le succès. Il n'est point de prévarication aux devoirs du sacerdoce, qui scandalise les peuples, les éloigne de la religion et du clergé, autant que le crime d'un prêtre qui abandonne ses malades , les laissant impitoyablement sans assistance à la mort. Si on vous trouve en faute sur ce point , votre réputation est perdue. Vous auriez toutes les autres qualités , qu'on n'en tiendrait pas compte ; un seul moribond délaissé vous couvre d'infamie aux yeux de Dieu et des hommes.
Mais aussi, rien ne concilie au ministère pastoral autant de considération , d'estime et de confiance, que ces tendres soins et ce dévouement généreux que met un prêtre au service des mourants. Voilà ce qu'admirent les hommes les moins chrétiens, souvent même les incroyants ; voilà ce qui leur démontre la divinité de notre foi mieux que tous les raisonnements , ou ce qui les fait sortir de leur indifférence pour le salut. Ils ne voient rien que d'ordinaire dans nos autres fondions, qu'ils ne comprennent pas; mais notre assiduité auprès des malades , cet empressement à les secourir , le jour, la nuit, quelle que soit la rigueur de la saison , la distance des lieux , la pauvreté de la demeure , la bassesse de la condition, sans autre intérêt que celui de leur bonheur , auquel nous sacrifions i;oùts , repos , santé , vie même : c'est là ce qui| les étonne , les touche vivement, et ce qui plus] d'une fois a preparé d'heureuses conversions.
Mais , si votre charité exerce au dehors une si heureuse influence , combien plus édifie-telle , dans l'intérieur de cette maison remplie de deuil, où vous apportez de si précieuses consolations ? Oh ! non , ces enfants qui ont vu expirer entre vos bras , non-seulement résignés , mais pleins d'espérance et de joie , des parents qui leur étaient chers , n'oublieront jamais ce que vous avez fait pour adoucir l'amertume de la séparation. Cette mère pleurait son fils, mort à la grâce depuis longtemps , et , par les soins de votre zèle , ses derniers moments ont été ceux d'un prédestiné... Quelle ne sera pas sa reconnaissance? Vcus gagnez ainsi l'affection de tous vos paroi ^siens ; et le crédit que vous acquérez auprès d'eux augmente retficacité de votre ministère. Us croient volontiers à la parole de celui qui représente si bien le Dieu qu'il prêche. Ils sont dociles à la voix d'un pasteur qu'ils aiment , et de qui ils savent qu'ils sont aimés : Non te pigeât visitare inftrmiim ; ex his enirn in dilectione firma.beris. 'Eccli. 7. 39.)
Seigneur Jésus , donnez à votre peuple beaucoup de ces guides charitables , au cœur compatissant. Faites que tous les fidèles puissent dire de leur pasteur avec quelque proportion ce que nous disons si justement de vous, Prêtre éternel: Verè languores nostros ipse talit , et dolores^nostws ipse portavit. h. 03. 4. j Accordez à votre troupeau des gardions (raulanl plus vi-
gilanls que le danger est plus grand ; envoyez à votre vigne des ouvriers d'autant plus ardente au travail et plus infatigables, que leurs travaux sont plus utiles à votre gloire, plus nécessaires aux âmes, plus honorables à la Religion, plus méritoires pour eux-mêmes.
1er p. Grands avantages que retire le bon prêtre de son ministère auprès des malades. Il y trouve l'occasion de faire les réflexions les plus utiles, de pratiquer les vertus îespUis sacerdotales, de mériter les plus précieuses récompenses. — Réflexions sur le néant des biens d'icibas, sur la fragilité de la vie... Oh 1 qu'il fait boa méditer au chevet des mourants '. — Ce n'est ni l'amitié purement humaine, ni la bienséance, ni l'inlérêi, c'est la charité qui est l'âme de !outes ses soUicitudes. Il pratique continuellement la patience, la douceur, la mortification... Il peut dire avec saint Paul : Omnium me servum feci... Factus sum infirmis infirmus, ut infirmas lucrifacerem. — Que de grâces il obtient par la reconnaissance des âmes qu'il introduit au ciel ! Que de mérites pour cet ange consolateur de ses frères.' Benedictio perituri super me veniehat.
Ile p. Grands avantages de la charité envers les malades, pour faire honorer et pour fécondtr le ministère. Vn prêtre se mont:e-t-il négligent dans celte partie de ses devoirs, sa réputation est perdue; mais aussi rien ne nous concilie autant de considération que notre dévouement au service des malades. Et que dire de l'heureuse influence qu'il exerce dans une famille consolée, de l'édification qu'il donne à toute une paroisse? On croit volontiers à la parole de celui qui représente si bien le Dieu qu'il prêche.