SECTION CINQUIÈME
La vie souffrante de Jésus-Christ nous soutient et nous anime, au milieu des peines et des tribulations du ministère apostolique.
Les exemples de Xotre-Seigneur, dans ses premiers mystères et dans sa vie cachée,. tendaient à former en nous la véritable sainteté ; ceux de sa vie publique ont dû nous inspirer le zèle du salut des âmes , et nous apprendre le g-rand art de concourir à leur sanctification ; les méditations que nous allons faire sûr sa vie souffrante , nous dirigeront également vers l'une et l'autre de ces deux fins, que le bon prêtre ne' sépare jamais. Elles nous affermiront dans les résolutions déjà prises, en nous montrant la Croix comme le livre des élus et le soutien des hommes apostoliques. Mais pour en retirer un grand fruit, il est nécessaire de ne point perdre de vue deux considérations : la première de saint Bernard, la seconde de saint Thomas.
1° La Passion de Jésus-Christ n'est pas seulement un fait qui s'est accompli il y a dix-huit cents ans ; c'est un fait toujours contemporain , toujours présent. Jésus- Christ, dit l'Apôtre, n'appartient pas à une époque, mais à tous les temps : il était hier, il est aujourd'hui, et il sera toujours^. Ses mystères ne perdent jamais leur nouveauté. Saint Jean a pu dire que le divin agneau a été saaifié dès l'origine du monde - ; pourquoi ne dirions-nous pas qu'il l'est encore maintenant, et qu'il le sera aussi longtemps qu'existera le monde? Suivant la belle observa-
' Jt'siis Christus ti> ri, et huiliè; ipsO et in siecula. Heb. !■>. 8. - Qui occisus est ab orivriiic inundi. Apoc. IS. 8.
tion de saint Bernard, ce qui ne cesse de nous renouveler par sa force divine est toujours nouveau, et ce qui répand sur nous continuellement des torrents de lumière et de g-ràce ne passe et ne vieillit point ; telle est précisément la Passion de notre Rédempteur. Elle nous est toujours présente , dans l'application qui nous en est faite par l'auguste sacrifice et par les sacrements. Rapprochons donc de nous ces scènes douloureuses ; figurons-nous que nous en sommes témoins. Considérons le sang adorable de Jésus-Christ comme fumant encore , ses plaies comma toutes fraîches , les épines , les clous , comme enfoncés en notre présence et sous nos yeux.
2° N'oublions pas non plus que le même Sauveur, qui a souffert pour tous les hommes, a souffert pour chacun de nous en particulier. Un bienfait accordé à la multitude ne fait ordinairement qu'une multitude d'ingrats, et il semble que ce qui obHge tout le monde n'obhge personne. Retirons cet immense bienfait de sa généralité, pour nous le rendre propre et personnel. Au fond , en est-il un seul parmi nous, à qui le Fils de Dieu n'ait voulu appliquer les mérites de sa mort , avec autant d'abondance que s'il l'avait endurée pour lui seul? Écoutons saint Thomas. Quid interest , si Christus aliis prœstititj càm, quœ tibi sunt prœstita, ità intégra sint et pfrfecta , quasi nulli alii ex his aliquid fuerit prœditiun ? Et ideo... quod omnibus est impensum, unusquisque débet sibi adscribere. (3. p. q. i.a. 3.) Pourquoi ne me dirais-je pas ù moi-même avec saint Paul, et avec la même vivacité de sentiment : a II m'a aimé jusqu'à se sacrifier pour moi : DHexit me et tradidit semetipsum pro me ? (Gai. 2. 20.) C'est son amour pour moi qui l'a engagé dans ce combat; c'est pour moi qu'il verse tant de larmes, de sueur et de sang , pour moi qu'il expire dans l'ignominie et les tourments. Au milieu de ses souffrances, perçant la suite des siècles , il me distinguait et s'offrait à
son Père pour moi, comme si j'eusse été le seul à racheter. »
En unissant ces deux méthodes, il n'est point de bons effets que je ne puisse me promettre de la méditation des souffrances de Jésus-Christ.