‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 45 sur 96 · III. Il le console · texte numérisé non relu

III. Il le console

P"" P. La méditation des souffrances de Jésus- Christ excite notre zèle^ S'il s'agit de défendre l'honneur de Dieu, nous le ferons avec d'autant plus d'ardeur, que nous aurons une plus haute idée de ses perfections ; or , nulle i)art elles ne brillent avec autant d'éclat, que dans le mystère des souffrances de .lésns-Christ. Ouelle grandeur, quelle majesté, dans Celui qui n'a pu être honoré dignement que par les anéantissements du Calvaire ! Quelle sagesse, quelle puissance, quelle justice , quelle tendre commisération pour l'homme ! Quand on pense à la dignité et

' Dans le V*^ volume , fête de l'Invention de la sainte Croix, ce mystère est considéré par rapport à nous et à notre sanclification personnelle.

à la sainteté de la victime sur qui toml»ent des coups si terribles , comment ne pas s'écrier en tremblant : Père juste, le monde ne vous connaît pas ^ ! Mais en même temps, quel inépuisable trésor de charité ! Un Dieu offensé se met à la place de celui qui l'a ofïensé ; il répare pour nous l'outrage qu'il a reçu de nous, et son sang devient notre rançon ! 0 incompréhensible miséricorde ! La croix est la plus parfaite manifestation des attributs divins.

Est-il question pour notre zèle de combattre le péché ? Étudions-en sur la croix les épouvantables effets : la mort de Jésus-Christ causée, renouvelée, rendue inutile par le péché - !.. Le prêtre qui a sondé ces abîmes ne s'étonne plus de ce qu'ont fait les saints , et de ce qu'ils auraient voulu faire, pour épargner à Dieu l'injure, aux hommes le crime et le malheur d'un seul péché.

Quant aux âmes à sauver, c'est dans les plaies de Jésus mourant qu'on apprend à en connaître le prix, puisqu'elles valent ce qu'elles ont coûté. On a vu de pieux laïques, lorsqu'on parlait en leur présence d'une àme tombée dans quelque péché mortel, se tourner vers leur crucifix et pleurer amèrement. On les a entendus dire avec de profonds soupirs : « Elle est donc

^ Pater juste, mundus te non cognovit. Joan. 17. 25. ^ Boui'daluue.

perdue , cette pauvre ànie , pour laquelle mon Sauveur est mort !.. » Et alors , incapables de soutenir cette pensée, ils se jetaient à genoux et priaient pour la conversion de ce pécheur V Au lieu d'une àme, ô prêtre, représentez-vous cette innombrable multitude d'àmes que le péché a séparées de Dieu ; et ensuite, repassant le long enchaînement d'opprobres et de tourments endurés par Jésus-Christ , comptez ses pas dans les rues de Jérusalem et sur la voie du Calvaire, ses larmes, ses gémissements, toutes les gouttes de son sang, voyez les épines , les clous qui le déchirent, les crachats qui souillent son visao^e..; ressentez avec les douleurs de son corps , les angoisses de son cœur et dites-vous à vous-même : toutes ces souffrances sont perdues pour Jésus-Christ à l'égard de ces âmes, si elles ne sont pas sauvées. Elles n'en recevront aucun bien toute l'éternité ; elles seront même incomparablement plus tourmentées, que si le Fils de Dieu ne s'était jamais incarné pour elles.

Compatissant à cette inconcevable affliction du cœur de Jésus , entendez-le vous dire par l'un de ses prophètes : Videte si est dolor sicut dolor meus ; et par un autre : In vacuum labo^ ravi. « J'ai vécu dans la pauvreté , je meurs dans le mépris et les tourments les plus cruels;

^ La B. Claire de Montefalco.

tout cela pour .vauver ces âmes,, et je ne le? sauverai pas ; pour détruire l'arrêt prononcé contre elles parla justice de mon Père, et elles n'en seront que plus sévèrement condamnées ! iVmes infortunées , pour savoir combien je souffre, il faudrait savoir combien je vous aime. Mourir sans vous sauver, verser mon sang pour vous, avec l'affreuse prévision que par l'abus que vous en ferez, il demandera vengeance contre vous.. , voilà ma souffrance la plus intolérable ; c'est cette portion de mon calice que je voudrais éloigner de moi : TroMseat à me calix iste. >) 0 prêtre , c'est à vous surtout d'adoucir cette amertume. Priez, travaillez , immolez-vous pour le salut des âmes, et vous consolerez l'agonie du Sauveur mieux que l'ange qui vint le fortifier.

IP P. La méditation des souffrances de Jésus- Christ éclaire le zèle sacerdotal, en nous apprenant d'où il tire principalement son efficacité. Le talent de la parole, la dextérité dans le maniement des esprits , l'éclat des miracles , nous nous obstinons k croire que c'est là ce qui établit le royaume de Dieu sur la terre ; quelle erreur ! Jésus possédait tous ces moyens dans un degré infini de perfection ; il les avait employés pendant trois ans avec un zèle infatigable; qu'avait-il obtenu? Combien de disciples, et quels disciples avait-il. rassemblés autour de lui ?.. — Il souffre , il meurt.. ; aussitôt tout

change de face. Élevé en croix, il attire tout à lui ; la voix de son sang, le cri de ses douleurs ébranlent l'univers , le monde est renouvelé : Et renovabis faciem ierrœ. Il fallait que le Christ passât par les opprobres et les souffrances : Oportuit pati Christum. Si le grain de froment n'était tombé en terre pour y mourir , jamais l'Église n'aurait fait cette riche moisson d'àmes saintes, qui se continuera jusqu'à la fin des siècles.

Ministre de Jésus , ne vous y trompez pas : vous ne serez sauveur qu'aux mêmes conditions. Il faut que vous soyez aussi hommes de douleurs. Vos épreuves et vos humiliations contribueront plus à la conversion des pécheurs et à la persévérance des justes, que tous les dons naturels et même les miracles. L'expérience a toujours montré , que les succès de l'apostolat sont en proportion des souffrances de l'apôtre.

Paul est un vase d'élection, qui portera le nom du Seigneur devant les nations et les rois: Vas electionis est mihi iste, ut portet nomen mexun coràm gentibus et regibus... (Act. 9. io.) Mais pourquoi ? Jésus-Christ va nous l'apprendre: Ego enim ostendam illi quanta oporteat eum pro nomine meo pati. (ibid. 16.) Le mot enim , disent les interprètes, indique la cause du choix que Dieu a fait de cet apôtre : « Je ne l'ai destiné à de si nombreux triomphes sur l'enfer , que parce que je l'ai vu disposé à souffrir beau-

coup pour la gloire de mon nom '. " En effet, saint Luc nous le représente « marquant Tordre de ses voyages par les traces du sang qu'il répand et par les peuples qu'il convertit ; car il joint toujours l'un à l'autre ; de sorte qu'on peut lui appliquer ces beaux mots de Tertullien : Ses blessures font ses conquêtes ; il ne reçoit pas plus tôt une plaie, qu'il la couvre par une couronne; s'il verse son sang, il acquiert de nouvelles palmes ; il emporte plus de victoires qu'il ne souifre de violences : Corona premit vulnera , pabna sanguinem obscurcit , plus vietoriarum est, quàm injuriarum -. »

Il en est de même de tous les ouvriers évangéliques. Nous lisons dans l'office de saint Jean-Chrysostôme : In exilio Chrysostomus incredibile est et quanta mala perpessus sit et quàm miiltos ad Jesit Christi fidem converterit ; dans celui de saint François Régis : Yix credibile est quoi probra ludibriaque pertulerit ; voilà la cause , et voici maintenant les effets : Innumerabiles homines aut Calvinianâ lue infectos, aut perditis moribus corruptos , ad catholicam fidem et ad Christianam pielatem traduxit. Rien ne germe que dans la souffrance ; c'est à l'ombre de la croix , c'est sous une rosée de larmes et de sang, que croissent les œuvres de

^ Cornel. à Lapai.

- Bûssuet.

Dieu. Pour sauver les àiiies, encore plus que pour se sauver soi-même , il iaut beaucoup souffrir ; la rédemption humaine est basée sur la souffrance. Comment donc les prêtres peuvent-ils être tentés d'abandonner leurs saintes entreprises à cause des contradictions et des peines qui les accompagnent ? Commiinicantes Christi passionibus gaudete. (I. Petr. 4. 13.)

IIP P. La méditation des souffrances de Jésus-Christ comole notre zèle : ordinairement en le rendant plus fécond en fruits de grâce et de salut ; ou , si cette joie nous est refusée , en la compensant abondamment.

i"* Il semble que Dieu doit assister particulièrement dans ses travaux celui qui entre si bien dans ses désirs , en méditant un mystère qui est l'objet spécial des divines complaisances. Il inspire à ce bon prêtre les projets qu'il a dessein de bénir, et la marche à suivre pour les exécuter heureusement. Il rassemble et place , pour ainsi dire, sous sa main les éléments qu'il doit mettre en œuvre, les instruments dont il doit se servir. Il prépare les âmes à profiter de son ministère.

Mais de plus, on parle de ce qu'on aime ; si vous prenez goût au souvenir affectueux des souffrances du Sauveur, vous en parlerez volontiers et avec onction. Or , la parole de la croix, dit saint Paul, qui est une folie pour ceux qui se perdent , est la force et la vertu de Dieu

même 'pour ceux qui se sauvent ^ Elle agit puissamment sur les esprits et sur les cœurs. Elle arrête les passions les plus emportées , et met en fuite , selon l'expression d'Origène , toute l'armée du péché et de la chair : Est tanla vis crucis , ut , si aide oculos poiwtur.. , nulla concwpiscentia , nulla libido, nuUus furor , nulla superare possit invidia; sed continua ad ejus prœsentiam , totus illepeôcati et carnis fugatur exercitus. l'în cap. 6. Joan.;: C'est en parlant des souffrances de Jésus-Christ, qu'un prêtre pieux triomphe le plus sûrement de Fohstination des cœurs ; la Passion du Fils de Dieu , dit saint Bernard, continue toujours à remuer la terre, à faire fendre les rochers : Quis tàm irreligiosus, qui non compungatur? Quis tàm insolens , ut non humilietur?.. Nempè adcst Passio Domini usquè fiodiè terram movens , petras scindens. (Serm. 4. Hebd. sacr.

2"* Si cependant vous n'apercevez pas le fruit de vos efforts , si vous n'avez pas même Tespérance que d'autres recueilleront ce que vous aurez semé , que faire dans cette épreuve si pénible pour le cœur d'un bon prêtre ? Vous réfugier eoicore dans les plaies de Jésus-Christ : Nihil adeo grave , dit saint Grégoire , quod non œquanimiter toleretur , si Christi passio ad memoriam revocetur. Ignorez -vous , prêtre

i 1. Cor. 1. 18.

affligé , que moins il y a de consolations pour vous dans le temps, plus il y aura de gloire et de joie dans l'éternité ? Vous buvez au calice amer de Jésus-Christ : vous participez à sa grande désolation dans le jardin des Oliviers et sur la croix : il vous traite comme il a toujours traité ses amis les plus chers, en vous donnant avec lui un nouveau trait de ressemblance ; est-ce donc là une médiocre faveur ? Est-ce peu de chose que d'avoir, dans votre affliction même, la marque la plus certaine de votre prédestination î Electos Bel cernîmus et pia agere , et rrudelia pati. S. Greg.

Résolution. Adoptez le crucifix pour votre premier livre. Si jamais vous sentez se ralentir votre ardeur pour votre sanctification, votre zèle pour le salut des âmes, votre amour pour les croix , ranimez-vous dans la dévotion aux souffrances de Jésus-Christ. Demandez-la particulièrement à son cœur, quand vous lui serez uni par l'auguste sacrement.

l^^r p. La méditation des souffrances de Jésus-Christ excite le zèle sacerdotal ,• soit qu'il s'applique à procurer la gloire de Dieu, soit qu'il s'allai-he à combalire le péché, soit qu'il ail pour but général le salut des âmes. — Le mystère de la croix nous donne la plus haute idée de la gloire de Dieu. Qu'il est grand celui qui n"a pu être assez honoré que par les unéantisseraenis du Calvaire! — Étudions au pied de la croix les épouvantables elfels du péché : La mort d'un Homme-

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Dieu causée, renouvelée, rendue inutile par le péché! — La croix nous apprend le prix des âmes, puisqu'elles valenl ce qu'elles ont coûté. 0 anima ^ tanti vales ! Entendons la plainte de Jésus mourant : Ergo in vacuum laboravi.

lit- p. La méditation des souffrances de Jésus-Christ éclaire notre zèle : il nous apprend d'où il lire principalement son efficacité. Pendant trois ans de prédications, de miracles et de bienfaits, le Sauveur s'était à peine donné quelques disciples,.. Il souffre, il meurt, il attire tout à lui et le monde est renouvelé : Oportuit pati Chris tum. Il faut que le prèlre, pour sauver les âmes, soit aussi un homme de douleurs. Rappelons-nous saint Paul, saint Joan-Chrysostôme , saint François Régis. La rédemption hum-aine est basée sur la souffrance.

nie p. la méditation des souffrances de Jesus-Christ console notre zèle. Ordinairement elle le rend fécond. Dieu bénit parliculièremenl le prêtre assidu à méditer la croix. On parle volontiers de ce qu'on aime ; or , la parole de la croix, dit saint Paul, est la force et la vertu de Dieu même pour ceux qui se sauvent. La Passion de Jésus-Christ continue toujours à remuer la terre, à faire fendre les rochers. Nos travaux fussentils stériles pour nos frères, ils ne le seront pas pour nous. ,

Jll. 1(3.

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