‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 52 sur 96 · III. Considérer les actions · texte numérisé non relu

III. Considérer les actions

Premier prélude. Jésus est interrogé par le grand-prêtre ; sur sa réponse , il reçoit un soufflet. Interrogé de nouveau , et pressé , au nom du Dieu vivant , de dire s'il est vraiment

son Fils , il raffirme , et déclare que ceux qui le jugent maintenant seront un jour jugés par lui... Le Pontife déchire ses vêtements. Tous concluent avec lui qu'il est digne de mort , et l'abandonnent à l'insolence des valets pour le reste de la nuit. (Jean. IS. — Marc. \L)

Deuxième prélude. Représentez-vous la salle du conseil, où tous les princes des prêtres, un grand nombre de scribes et de pharisiens , sont rassemblés ; et placez-vous dans un lieu d'où vous puissiez tout voir et tout entendre.

Troisième prélude. Demandez pardon à Jésus-Christ de tous les affronts qu'il souffrit pour vous dans sa Passion, et principalement pendant l'afïreuse nuit qu'il passa dans la maison de Caïphe. Priez-le ensuite d'incliner votre cœur à l'amour du mépris, ou du moins de vous faire supporter avec patience, en sa considération, ce qu'il a recherché avec ardeur par amour pour vous.

I" P. Contempler les personnes. — Ces juges, ces hommes de loi , accourus à l'audience ; l'assemblée est au complet. — Le souverain Pontife , magnifiquement vêtu , est sur son siège, attentif à faire respecter sa dignité... Tantôt l'impatience, tantôt l'hypocrisie, toujours l'orgueil se montre sur son visage , dans tous ses mouvements. — Les princes des Jj prêtres, les scribes, tous les officiers de la ^justice sont à leur place , et paraissent satis- ■ III. 18

faits... Un frémissement de joie se manifeste dans l'assemblée , un air de contentement féroce se peint dans tous les regards , quand l'adorable criminel est introduit, chargé de chaînes et entouré de gardes. —Voyez Jésus, le saint par excellence et la sainteté même , conduit au banc des accusés... Il est garrotté avec rigueur , et avec toutes les précautions qu'on prend , lorsqu'il s'agit d'un grand coupable , qui s'est fait longtemps redouter... Il paraît pourtant d'une douceur d'agneau ; son maintien respire la plus noble modestie, et tous ses traits la tranquillité la plus parfaite. Il y a aussi dans la salle des valets et des soldats, qui le regardent avec une curiosité insolente ; il y a des faux témoins, qui étudient leur rôle infâme. — Sous ces différentes physionomies , découvrez des âmes noires de crimes , agitées par les passions les plus violentes et toute la haine de l'enfer... Quel contraste avec l'âme de Jésus- Christ, si pure , si caTme , si remplie de charité pour nous !

IP et IIP P. Ecouter les paroles et considérer les actions. — Le grand prêtre interroge Jésus sur ses disciples et sa doctrine. Depuis trois ans qu'il enseignait publiquement ; que ses juges avaient cherché à le surprendre et lui avaient proposé tant de questions captieuses , on avait souvent admiré sa doctrine, jamais on ne s'en était plaint... Jésus répond qu'il a parlé eiipu-i

blic, qu'il n'a rien dit en secret ; qu'il convient d'interroger ceux qui Vont entendu... La Sagesse elle-même ne pouvait s'exprimer plus judicieusement. Aussi sa réponse demeure sans réplique ; mais un valet brutal , pour faire sa cour aux juges en outrageant celui qu'ils veulent perdre , lui donne un soufflet , et prétend lui donner une leçon : Est-ce ainsi que vous répondez au Pontife ?

La voilà donc déshonorée par un soufflet cette face adorable , dont la vue fera l'éternelle félicité des saints 1 Quand on songe que c'est le Tout-Puissant , le Roi des rois , le Juge suprême des vivants et des morts qui reçoit cet affront , et de qui , et en quel lieu , et pourquoi !.. on se demande comment la main sacrilège qui l'a frappé ne s'est pas desséchée au même instant , comment ce misérable n'a pas été foudroyé sur-le-champ... 0 Jésus, vous souflrez un traitement si indigne pour expier notre orgueil , pour arrêter nos plaintes lorsqu'on blesse notre honneur ; pour q\ie vos ministres , en vous imitant , endurcissent leurs fronts aux outrages , et continuent par leurs humiliations l'œuvre de salut que vous avez commencée par les vôtres.. ; et vous l'eussiez souffert en silence , s'il n'eût pas été accompagné d'un reproche qu'il était de votre sagesse de repousser.

1 '\iai mal parlé, faites voir le mal que j'ai \h.

dil ; mais sifai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? Jésus devait cette réponse à sa justification ; le soupçon qu'il eût parlé imprudemment ne devait rester ni dans l'esprit de ses juges, ni dans l'histoire de sa Passion. Il la devait à notre instruction ; il fallait nous apprendre qu'une réponse douce et mesurée n'ôte rien au mérite de la patience ; que nous devons toujours respecter l'autorité , et montrer que nous la respectons. Il la devait à la confusion de ses ennemis , en faisant toujours contraster son innocence , sa charité et sa douceur avec l'injustice, l'emportement et la violence de ceux qui le condamnaient.

Plusieurs faux témoins se présentent et ne peuvent s'accorder... Le grand -prêtre impatient se lève : Vous ne répondez rien, dit-il, à ce que ces gens déposent contre vous ? Mais Jésus gardait le silence. Que ce silence est éloquent ! Il vous en coûtera la vie , Seigneur , si vous ne parlez pas, et vous vous taisez î Bientôt il vous en coûtera la vie si vous parlez, et rien ne pourra vous déterminer à retenir la vérité captive î C'est qu'en toutes choses vous ne consultez que votre zèle pour la gloire de votre Père et votre amour pour nous. Pourquoi vous justifieriez-vous en ce moment, puisque vous expiez nos fausses justifications et les crimes trop véritables que nous avons commis ? Vous savez d'ailleurs la justice éclatante qui v^.

sera rendue... Ah! que je m'inquiéierais peu aussi d'êlre condamné par les hommes , si je songeais que leurs injustices, souffertes avec patience , seront pour moi à votre triliunal une source de gloire et de bonheur î

Le grand-prêtre l'interroge de nouveau : Je vous adjure, au nom du Dieu vivant , de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu éternellement béni ^.. 0 mon âme, sois attentive, écoute avec respect la réponse du Roi des martyrs , qui lui-même a rendu témoignage à sa divinité et scellé son témoignage de son sang : Vous l'avez dit, je le suis; liiais de plus , je vous déclare que vous verre: ce même Fils de l'homme qui vous parle , assis à la droite du Dieu tout-puissant, venir sur les nuées du ciel. Quelle majesté dans ces paroles, qu'il faudrait approfondir dans la méditation 1 « Puisque vous employez l'auguste nom de mon Père pour m'obhger à rompre le silence, je parlerai, et j'en dirai plus que vous ne voudriez en entendre. Je me suis tu comme un agneau , et je parlerai avec le rugissement du lion. L'une de ces qualités n'exclut point Vautre. Ne confondez pas les deux avènements du Messie. Les prophètes qui ont prédit les humiliations du premier , ont aussi prédit la gloire du second. Vous triomphez en ce moment : mais attendez :

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