III. Considérer les actions
Premier prélude. « Hérode eut une grande oie de voir Jésus , car il le désirait depuis longtemps , ayant entendu dire beaucoup de choses de lui , espérant en outre qu'il lui verrait faire quelque miracle. Il lui adressa donc plusieurs questions , auxquelles Jésus-Christ ne fit aucune réponse. Cependant les princes des prêtres et es scribes l'accusaient avec instance. Mais Hérode, avec toute sa cour, le méprisa, et, )ar dérision, il le fit revêtir d'une robe blanche, et le renvoya à Pilate. » (Luc. 23. 8.)
Deuxième prélude. Se représenter les rues ie Jérusalem, puis le palais d'Hérode, la salle où est introduit le Sauveur ; tout est somptueux ;]ans cette cour ; le luxe et la mollesse y rè- 3^ent.
Troisième prélude. Prier Dieu de nous découvrir la folie de la sagesse humaine , de nous remplir de mépris pour le monde et ce que le
monde estime ; de nous faire aimer au contraire et rechercher ce que Jésus a aimé et recherché. F*" P. Contempler les personnes. — Hérode , sur son Irône, environné de ses courtisans. C'est un prince rusé, artificieux, plein de vanité, flottant entre l'incrédulité et la religion. La joie se peint sur son visage à l'arrivée de JésuS-Christ. Il désirait le voir, non |)0ur s'instruire à l'école de celui que plusieurs déjà prenaient pour le Messie, rnais pour mettre à l'épreuve sa puissance et sa sagesse. Il espère que sa curiosité va être satisfaite ; son orgueil l'est déjà, puisqu'il tient entre ses mains la destinée de ce Jésus si renommé dans Israël. — Autour du roi, cette multitude d'officiers , de gardes, de serviteurs et de courtisans, sages mondains, esprits légers, complaisants, toujours prêts à flatter les passions de leur maître , n'ayant guère, comme lui, d'autre religion que l'amusement et le plaisir. — Auprès du Sauveur, les hommes qui l'ont amené , les princes des prêtres et les scribes , qui viennent soutenir l'accusation ; ils semblent craindre le résultat d'un nouvel examen devant un juge qui est favorable à l'accusé, et qui, connaissant les prophéties, pourrait se laisser convaincre par Jésus, s'il se mettait en peine de se justifier. — Contemplez surtout l'adorable Sauveur qui ne récuse aucun tribunal, qui veut être humilié et condamné partout, pour la consolation de
-es disciples , envers qui le monde ne sera pas plus juste qu'envers lui-mêrne. Dans quel état ii paraît au milieu de cette cour ! Il est toujours rhariïéde chaînes... Ses traits annoncent la fatique , mais non le trouble et l'inquiétude. — Au-dessus de ce que vos yeux découvrent , considérez Dieu le Père et tous les anges , attentifs à un spectacle qui intéresse le ciel aussi bien que la terre. Ne perdez rien de tout ce qui va se passer.
IP et IIP P. Écouter Us paroles , et considérer les actions. — Hérode fit donc à Jésus plusieurs questions : Interrogabat eum multîs sermonibus. Luc. 23. 9. Il l'interrogea vraisemblablement sur sa personne , sur sa mission , sur sa doctrine , sur les miracles que Ton rapportait de lui, manifestant le désir d'en voir. Il voulait le sonder , le pénétrer , afin de porter sur lui un jugement qui servît de règle , non-seulement au peuple, mais à la classe instruite , et qui fît honneur à son propre savoir , à sa haute sagesse. — Atipse nihil illi responclebat. Moins Jésus répondait , plus Hérode était pressant dans ses questions , pour Tobliger enfin à s'expliquer. Tout fut inutile ; Jésus ne lui dit même pas pourquoi il refusait de lui répondre ; il X se contenta de punir par le silence une orgueilleuse présomption. Contemplez à loisir la sagesse éternelle et incarnée, en présence de la sagesse humaine , qu'elle juge , condamne, aveugle.
La douceur, la tranquillité de Jésus au milieu de tant d'outrages , sa noble indifférence pour tout ce que les hommes ont de plus cher, la vie et l'honneur , étaient des miracles plus grands que tous ceux qu'on demandait. Ne fallait-il pas être plus qu'un homme , pour mépriser avec tant de calme ce qui pas.^onne les hommes? Hérode n'entre pas dans ce mystère. Plus il s'applique à considérer Jésus-Christ selon ses idées humaines, moins il comprend, et plus il s'enfonce dans ses propres ténèbres : Perdam sapie7itiamsapientium.{l. Cor. i. 19.) Ce silence adorable n'est dans sa pensée que stupidité, cette patience qu'insensibilité, cette inaction que faiblesse et impuissance. 11 prononce que Jésus est un insensé. Il le méprise, et le fait mépriser: Sprevit illiim Herodes cum exercitu siio , et illusit indîitum veste albâ.
Qui pourrait dire tout ce qu'il y a d'insultes et de moqueries exprimées par ces deux mots : Sprevit, illusit; tout ce qu'inventa l'orgueil irrité d'Hérode , pour se venger de n'avoir pu obtenir ni un miracle , ni même une parole ; combien il trouve heureuse l'idée de la robe blanche qui va déshonorer Jésus, et devant toute sa cour , et devant tout le peuple ? Le Sauveur se laisse couvrir de ce vêtement ignominieux,, pour nous encourager à tout souffrir pour lui, et nous apprendre à mépriser les mépris du monde... — Cum exercitu suo ; c'était en pré-
seiice de ce nombreux coilétie, qu'Hérude avait fait ses questions captieuses, laissées sans réponses, l'attente de ses courtisans avait été trompée aussi bien que la sienne ; quand ils le virent se moquer de Jésus , ils s'empressèrent de suivre son exemple. Applaudissant à la sagacité de leur maître, ils jugent comme lui : au lieu d'un criminel qu'on croyait amener à la cour, on y amène un fou ; il n'y a rien de mieux à faire que de s'en divertir... Écoutons ces railleries amères, ces plaisanteries mordantes, ces huées, ces éclats de rire , par lesquels on tourne en ridicule et le prétendu Messie et la crédulité populaire... — Et remisit ad Pilatum... Que se passe-t-il dans l'esprit du peuple, qui attendait en dehors du palais l'issue de cette affaire , quand il voit reparaître Jésus dans l'état humiliant où le texte sacré le représente : îndutum veste albâ? Ceux mêmes qui lui avaient conservé de l'estime peuvent-ils se défendre de quelque mépris? Cette robe d'ailleurs dit mieux que tous les raisonnements ce que pensent de Jésus le prince et les grands du royaume. « Regardez votre Dieu dans ce trajet du palais d'Hérode au prétoire. Il marche les yeux baissés , la confusion couvre son visage ; il entend les cris , les injures , les sarcasmes de la foule , et peut-être il reçoit les pierres , la boue et les immondices
qu'on lui jette. » (S. Bonav. C. 76. Med. Pass.)
Adorez Jésus-Christ avec les anges, dans la m. 19
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profondeur des alhli6St-illeill^ y»ù il cache sa divinitt}. Vous m'ouvrez enfm les yeux , ô mon Sauveur, je comprends que pour être sage devant Dieu , il faut être réputé fou par un monde aveugle. Je cherchais la sagesse , et je disais : où est-elle ' ? Non , elle n'est pas dans la terre de ceux qui vivent délicieusement'- ; le monde sensuel et voluptueux ne peut la connaître. Elle n'est pas davantage dans la science superhe\.. Elle est cachée sous cette robe blanche par laquelle on croit vous déshonorer... Je m'y cacherai m.oi-mème, ômon Sauveur ! j'y étudierai vos leçons , Vérité infinie , et je dirai : Heureux ceux que le monde méprise !
Résolution. Combattre en tout les maximes de la sagesse humaine ; ne jamais me conduire par ses vues. Prendre l'inverse des jugements du monde en matière d'honneur et de mépris. Aut mundus errât , aut Christus falliiur. S.Bern.)
1er P. Contempler les personnes. — Hérode sur son irône. Il désirait voir Jésus, non pour s'instruire à son école , mais pour mettre à l'épreuve sa sagesse et sa puissance. — Autour du roi , une multitude d'ofticiers, de courtisaiis... — Auprès de Jésus, pas un seul ami ,
* Sapienlia ubi invenitur? Job. 28. 13.
- Non invenitnr in terra suaviter viventium. Ibid. 12.
3 Confiteor tibi, Pater.., quod abscondisti haec à sapientibus, et prudentibus , et revelasti ea parvulis. Luc. 10. 21.
mais des gardes et des accusaieurs. — Contemplez surtout l'adorable Sauveur, qui veut être humilié et condamné partout. Ses traits annoncent la souffrance, mais non le trouble. — Dans le ciel, voyez Dieu et tous les anges alienlifs à un spectacle qui intéresse le ciel aussi bien que la terre.
Ile et llje p. Ecouter les paroles et considérer les actions. — Hérode fait à Jésus plusieurs questions. Il veut le sond.r, le pénétrer. . Mais Jésus se tait La sagesse éternelle est en présence de la sagesse humaine qu'elle condamne et qu'elle confond par ce silence. Hérode prononce que Jé^us est un fou ei le livre à la risée pjbiique. Il le renvoie à Pilate. Regardez voire Dieu : il marche les yeux baissés, la confusion couvre son visage... Adorez-le avec les anges, dans la profondeur des abaissements où il cache sa divinité. — Combattre en tout la sagesse du monde.