XCIII. MEDITATION
Vie de Jésus ressuscité, modèle de la vie apostolique.
I. Jésus-Christ ressuscité nous apprend à .unir l'action à la contem-
plation.
II. Jésus-Christ ressuscité nous apprend à discerm r et à recevoir ses
visites et ses communicalious in^iints.
1" P. Jésus ressuscité )wus apprend à unir ensemble les deux vies, l'active et la contemplative. On ne peut voir plus d'empressement qu'il n'en met après sa résurrection, soit à se rendre où l'appelle le salut de ses brebis dispersées, soit à retourner à Dieu , dès que sa présence n'est plus nécessaire à ses disci;)les.
1" Et d'abord, avec quelle activilé le voyons-
n.:»us rechercher, consoler et instruire ses disiples ? En un même jour, il se montre près du ^pulcre, sur le chemin d'Emmaûs, dans le célacle de Jérusalem. Xul obstacle ne l'arrête. ; a un corps comme s'il n'en avait point. Il vit, il parle d'une manière toute céleste : Apparens eis, et loqiiens de regno Bel. ^Act. l. 3.^ Voilà le modèle de l'homme apostolique ; il ne songe qu'à établir ou à consolider partout le royaume de Dieu. Quelque part que l'appelle son zèle, il y vole ; rien ne lui semble difticile, quand il s'agit du salut d'une àme, d'une seule âme, ou d'épargner à Dieu quelque offense. Jamais il n'a fait tant de bien qu'il ne veuille en faire davantage. Il oublie son repos, sa santé ; il faut que d'autres y pensent pour lui ; mais Dieu y pourvoit : moins il s'occupe du soin de conserver ses forces , plus la Providence s'en occupe. Il ne pense qu'à Dieu et au salut du prochain pour la gloire de Dieu ; toutefois il ne veut pas que l'action nuise à la contemplation.
^'^ Jésus-Christ n'est pas moins prompt à retourner à son Père, qu'à se prêter aux hommes. Il ne fait que des apparitions courtes , commandées par la nécessité ; on voit que son inclination le rappelle ailleurs ; où donc ? A Dieu, à la solitude, où il est plus facile de trouver Dieu. Il en est de même du prêtre qui a le véritable esprit de son état. Il ne reste au milieu des hommes , et en contact avec les
hommes, qu'autant que le demande son ministère ; on peut lui appliquer cette parole du Sauveur : Exivi à Pâtre, et veni in mundum ; iteriim relinquo mundum , et vado ad Patrem. (Joan. 16. 28..
L'Esprit saint nous compare à des nuages qui portent la pluie en différentes régions, et à des colombes qui se dirigent vers le lieu de leur repos ^ . Les nuages tirent leur origine de la mer et des rivières, et, après une circulation plus ou moins longue , ils y retournent. Les colombes sortent de leurs demeures, et, après quelques excursions , elles y rentrent. Cette conduite du Sauveur fut remarquable pendant toute sa vie , mais surtout après sa résurrection. Le bon prêtre l'imite. Il met encore plus d'empressement à rentrer qu'à sortir. Les intérêts du prochain le tirent de sa solitude ; ses propres intérêts l'y ramènent ; quoique, à vrai dire, ses retours fréquents vers Dieu, dans les saints exercices de la vie intérieure , ne soient pas moins utiles au prochain qu'à lui-même.
IP P. Jésus ressuscité nous apprend. à discerner et à recevoir ses communications intimes, La perfection de notre union avec Dieu par Jésus-Christ étant la perfection même de notre sainteté, le Sauveur la facilite par des visites
i Qui sunt isti, qui ul nubes volant, et quusi columbap ad fenestras suas? Is. «iO. S.
décrètes, dans lesquelles il se communique à nos âmes et les embrase de son amour. Il est de la dernière importance que nous connaissions la nature , le temps et les effets de ces visites intérieures, pour en profiter et ne pas nous en rendre indignes. Nous en trouvons l'image dans les différentes apparitions de Jésus ressuscité. Considérons à qui , comment , et pourquoi il apparaît.
1" C'est à des âmes simples, dévoué(3s, et aftlipées à cause de lui , que le Sauveur se montre après sa résurrection ; ceux qui n'étaient pas d^ibord dans ces dispositions, ne tardèrent pas à v entrer. Quelle simplicité, quelle ardeur de dévouement en Marie-Madeleine et les autres femmes, qui eurent les premières le bonheur dL' le voir ! Quelle affliction dans le cœur de Pierre, qui l'avait renié malgré la vivacité de -un amour! Quelle tristesse dans ces disciples r[ai vont à Eramaiis ! Ils ne parlent que du sujet de leur douleur : Qui sunt hi sermones quos '.'ntferiis ad invicem ambulantes , et estis trisf>'s?.. De Jesu J^azareno. [Luc. 24. 17, 19. j
Heureuse l'àme qui entend le Seigneur au- 'ledans d'elle-même, et qui reçoit de sa bouche il 'S paroles de consolation ^ ! Heureuses les "leilles fermées au bruit des créatures, et tou-
Beata anima quap Dominum in se loquentem audit, e ore ejus consolationis verbum aoeipit. fmit. /.3. c. 1 .
jours attentives à recueillir le souffle des inspirations divines ^ . C'est un grand art assurément de savoir ainsi attirer Jésus, converser avec lui et le retenir - ; mais tout le secret de cet art divin, le voici: Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous; soyez dévot et tranquille, et Jésus demeurera avec vous^ Il y a peu d'âmes favorisées de ces communications intimes, parce qu'il y en a peu qui aient le courage de renoncer absolument aux choses périssables et créées *. On en trouve assez qui désirent la contemplation ; mais elles ne s'étudient point aux exercices qui y disposent. Le grand obstacle , c'est qu'on manque de mortification ^ Retenez une parole courte, mais d'un grand sens : Quittez tout, et vous trouverez tout^ Sans doute
^ Beatae aures quae venas divini susurri susciplunt^ huit, l 3. c. 1.
^ Magna ars est scire cum Jesu conversari , et scire Jesum teuere magna prudentia. Ihid. L 2. c. 8.
3 Esto humilis et pacificus , et erit tecum Jésus ; sis devotus et quietus, et manebit tecum Jésus. Ihid.
* Ideo pauci iuveniuntur contemplativi , quia pauci sciunt se à perituris et creaturis ad plénum sequestrare. i6iV/. /. 3. c. 31.
' Plures reperiuntur contemplationem desiderare; sed qusp ad eam requiruntur non student exercere. Est magnum impedimentum, quia... parùm de perfectà mortifîcatione habetur. Ihid.
• Tene brève et consummatum verbum : Dimitte orania et invenies omnia. Ihid. c. 32.
aucun homme ne peut mériter ce don précieux, mais Dieu est si bon , qu'il l'accorde ordinairei*nent à la générosité et à la constance de nos efforts.
2^ Jésus apparaît quelquefois dans sa figure propre et naturelle ; on reconnaît son visage , sa voix, ses manières ; on voit jusqu'aux cicatrices de ses divines blessures. D'autres fois il se montre sous les traits empruntés d'un voyageur, d'un jardinier; mais bientôt il se manifeste : un geste , une action qui paraît lui échapper, dit que c'est lui. Un mot qu'il prononce, et dont le cœur se sent touché, fait éclater en des transports d'amour et de joie que lui seul peut produire : Dicit ci Jésus : Maria ! Conversa illa dicit ei : Rabboni ! Si sa présence n'est pas toujours si certaine, on la discerne cependant à deux effets : i** Ses visites n'effraient point ; elles portent le calme et la sérénité. 2° Quoique courtes, elles laissent l'âme dans la paix et dans la consolation. C'est tout l'opposé du mauvais esprit, qui n'inspire que noires pensées , sentiments de trouble et d'abattement.
0 l'heureux moment, quand Dieu appelle tout-à-coup de la tristesse à la joie ^ ! Mais qu'il est rare et qu'il est promptement passé ! « Il naît dans le cœur un rayon de lumière , » dit
^ Félix hora, quando Jésus vocal de lacrymis ad gaudium spiritùs. liait, l. 2. c. 8.