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saint Bernard , « un écoulement de douceur ; personne ne le connaît que celui qui le sent , et celui qui le sent ne le connaît qu'à peine luimême , parce qu'aussitôt tout ce qu'il sent lui échappe ^ . » Nous voudrions embrasser, retenir le Sauveur ainsi reconnu ; oh ! qu'il nous en coûte de l'entendre nous dire : (( Ne me touchez pas, ne m'approchez pas ; vous n'êtes pas encore où il faut être pour jouir pleinement de ma présence ^. )) Si Dieu accorde à nos désirs quelques-unes de ces consolantes visites, n'oublions pas cet avertissement : Potes cita fugare Jesmn et gratiam ejus perdere, si volueris ad exferioro declinare. Tmlt. 1. 2. c. 8.)
3'' Mais quel but se proposait le Sauveur en apparaissant à ses disciples ? affermir leur foi , préparer leur âme à de nouvelles épreuves , les animer à entreprendre de grands travaux pour sa gloire. Ce sont là encore les fruits que produisent ces visites intérieures dont nous parlons, et c'est ce qui en démontre le principe divin. Saint Thomas , qui avait le plus douté, fut un de ceux qui signalèrent leur foi avec le plus d'éclat. Souvent aussi Dieu se montre à ceux
* Nascitur in corde jubilus mellifluus, quem nemo scit nisi qui sentit ; nec etiam ipse qui sentit, quia citô pertransit.
- Noli me tang-ere ; nondùm eiiim ascoiidi ad Paln-m nieum. Joan. 20. 17.
qu'il a dessein d'éprouver ensuite : il arme ses soldats pour le combat ; la lumière prépare aux ténèbres. Cette succession de joie et de souffrance se remarque dans la vie des plus grands saints ; elle nous est nécessaire. Des consolations trop prolongées amolliraient notre vertu ; si Dieu se cachait trop longtemps , notre courage ne se soutiendrait pas. Enfin , quand il se manifeste aux hommes apostoliques, c'est presque toujours pour les exciter à faire et à souffrir de grandes choses pour la gloire de son nom. Tel fut l'effet des apparitions dont furent favorisés les premiers prédicateurs de l'Évangile. Nous mériterions de n'y avoir aucune part , si nous n'étions toujours prêts à quitter Dieu pour Dieu.
Jugeons-nous indignes de ces grâces que nous admirons dans les saints ; mais ne souffrons rien en nous , ne faisons rien qui puisse obliger Dieu à nous en priver. S'il nous les donne, estimons toujours l'auteur des dons plus que les dons eux-mêmes , et ne voyons dans ces faveurs que de nouveaux motifs et de nouveaux moyens de procurer sa plus grande gloire.
1er p. Jésus ressuscité nous apprend à unir l'action avec la contemplation. — Avec quelle activité il recherche, console et instruit ses disciples ; en un même jour il se montre en trois lieux différents. Il a un corps comme s'il n'en avait point ; il vit d'une manière toute
céleste... Ainsi fait le bon prêtre: rien ne l'arrête, il est partout. Il s'oublie pour ne s'occuper que de Dieu et des âmes. — Jésus resouscilé n'est pas moins prompt à retourner à son Père, qu'à se prêter aux hommes. Faisons de même : que nos apparitions au milieu des hommes soient courtes et commandées par la nécessité. L'Esprit saint nous compare à des nuages et à des colombes. Que les intérêts du prochain nous tirent de la solitude ; que les nôtres nous y ramènent.
lie p. Jésus ressuscité nous apprend à discerner et à recevoir ses communications intimes, i" C'est à des âmes simples, dévouées et affligées à cause de lui que le Sauveurse montre. Qu'on se rappelle Mijdeleine et les disciples d'Emmaiis. Peu d'âmes sont favorisées de ces visites et communications iniimes, parce qu'il en est peu qui se retirent des choses périssables. 2* Jésus apparaît tantôt sous sa figure propre, tantôt sous des traits empruntés, mais toujours il se fait reconnaitie. — Ses visites portent le calme et laissent l'âme co. isolée. 3* Le but de ces visites est d'affermir la foi et de préparer à de nouvelles épreuves. Quand il visite les hommes apostoliques, c'est ordinairement pour les exciter à faire de grandes choses et à souffrir pour la gloire de son nom.
XGIV. MEDIT:ATION.
Ascension de Jésus-Christ. — Contemplation.