III. Il n'a plus aucun changement à craindre
P"" P. Dans le ciel plus aucun mal à souffrir. Il est vrai que pour y arriver , le bon prêtre , sur les pas de Jésus-Christ , a dû traverser une vie qui n'a été qu'un enchaînement de tribulations : Per multas trihulationes oportet 710S intrare in regnum Dei. Act. 14. 21.; Mais enfin, il 6«t au terme de toutes ses épreuves. On peut lui dire maintenant : Non accedet ad te malum. Au ciel, plus de souffrances, ni pour le corps, ni pour le cœur, ni pour l'àme... Oh ! de quel poids , bon prêtre , vous serez déchargé ! — Souffrances du corps : elles sont si multipliées ici-bas, elles usent notre vie en tant de manières , qu'elle est moins une vie qu'une mort prolongée : Quœdam prolixitas mortis... (S. Greg. Homil. 97. in Evang.) — Souffrances du cœur : chagrins, ennuis, déplaisirs amers , cachés quelquefois sous une apparence
de prospérité qui fait envie... Une plaie est à
peine fermée, qu'il s'en ouvre d'autres... — Souffrances de l'âme : obscurités , pesanteurs, tentations importunes, entraînement au mal, impuissance pour le bien, angoisses intérieures, qui ont fait dire à plus d'un saint prêtre, avec l'adorable crucifié : Deus meus, Deus meus , ut quid dereliquisti me ? Oh ! qu'il est vrai que notre état présent ne nous offre à tous que vanité et affliction d'esprit : Universa vanitas et afflictio spiritûs ! a Mais Celui qui est assis sur le trône a dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles. On n'entendra plus les gémissements du deuil , les cris de la douleur, parce que le premier état aura fait place à un meilleur *. 0 Bon prêtre, votre vie s'écoule dans les larmes ; mais voyez quelle main va bientôt les essuyer et en tarir la source , c'est la main de Dieu même-. Consolez-vous dans l'attente de cette heureuse Jérusalem , où la foi vous apprend que tous vos maux seront passés, et , passés sans retour.
Au sein de la gloire , Jésus conserve ses cicatrices, agréable souvenir... Laurent et les autres martyrs se rappellent leurs supplices , le
^ Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia. Apoc. 21. 5. — Neque luctus , neque clamor... erit ultrà, quia prima abierunt. Ihid. 4.
- Absterget Dpus omnem lacrymani ah oculis eorum. AuOf. 7. 17.
Lie
n prêtre pense à la triste portion du champ le l'Église qu'il cultiva péniblement ; c'est là une partie de sa récompense *. Comme un homme rendu à la liberté se souvient avec plaisir des ennuis de sa prison , et le nautonnier rendu au port des dangers qu'il a courus ; ainsi, dans le ciel, il ne nous restera de tous nos maux ([ii'un souvenir plein de charmes, de tous nos cmbats que des couronnes, de tous nos périls qu'une sécurité plus douce.
IP P. Dans le ciel plus aucun bien à désirer. Le ciel est le rassasiement de tous les désirs ; l'homme entier , spirituel et corporel , y trouve la béatitude la plus complète. Ce même corps, aujourd'hui tout matériel , si sensible à la douleur, ce corps de péché, dont il faut que nous dtoptions les appétits grossiers , le réduisant en servitude sous la loi de la mortification , réformé alors sur le modèle du corps glorieux de Jésus-Christ, aura l'éclat du soleil, l'agilité des vents, la subtilité et l'impassibilité des anges. Mais la grande part des délices du ciel sera pour l'àme , comme c'est à elle proprement qu'appartient le mérite.
1° De quelle joie sera inondée l'àme du saint prêtre , lorsque sa méynoire lui retracera l'image des grâces qu'il a fait valoir, des tentations qu'il
^ LaeLati sumus [U'O diebus quibus nos humiliasti , annis quibu? vidimus mala. Ps. 89. 13.
in. '22.
a vaincues , des vertus qu'il a pratiquées ! . . Qu'il aimera à se reporter au milieu de ces enfants, de ces ignorants qu'il a instruits avec tant de patience , auprès de ces malades qu'il a visités 1 . . 0 saintes afflictions , ô glorieux mépris , ô heureuses souffrances ! . . . Sans vous j'étais perdu. Vous m'avez purifié , détaché du monde et de moi-même... Vous m'avez sauvé. Où serais-je, si j'avais succombé à tel assaut que me livrait la tentation , résisté à telle inspiration de la grâce ?
2 ' Son intelligence verra Dieu , non en apparence, ni en énigme, et comme dans un miroir, mais face à face. Il le cannaîtra comme il en est connue Créés pour la vérité, quand nous l'entrevoyons sur la terre , elle nous fait tressaillir de joie. Qu'on se rappelle le bonheur d'un Archimède , d'un Newton, d'un saint Thomas , après quelque découverte dans la science ; qu'on se rappelle surtout les extases des saints... Oh! si un faible rayon de vérité, échappé à travers tant de nuages , peut causer de si doux transports , dans un temps où Tàme est ensevelie dans la matière , que sera-ce , lorsque cette àme, affranchie de l'illusion des sens, sera introduite dans l'éternelle clarté, et con-
' Videmus nunc per spéculum \n fenigmate : tune autem facie ad faciera. Nunc cognoico ex parte ; tune autera cognoscam sicut et cognitus sum. /. Cor. 13. 12.
templera Dieu tel qu'il est , smtti est , ( I. Joan. >. 2.J dans toute la splendeur de ses infinies perfections ? Cest alors qu'embrassant d'un même coup d'œil tout l'ensemble des desseins liu Seigneur, et comprenant toute l'étendue de son amour pour l'homme, nous pénétrerons dans la profondeur de ces mystères qui sont maintenant l'exercice de notre foi. . . Nous passerons d'admiration en admiration , de ravissement en ravissement , et chaque instant , nous apportant de nouvelles connaissances, nous apportera un surcroît de félicité.
Alors, dit saint Augustin, nous louerons Dieu, laudahimus ; et de quoi? De lui-même : de cette sagesse plus profonde que les abîmes , de cette justice plus élevée que les montagnes , de cette bonté plus étendue que la terre et les cieux.. , de toutes ces perfections inefTables , résumées pour ainsi dire dans son infinie sainteté : Sanctus, sanctus , sanctus... Nous le bénirons de tout : de nous avoir faits hommes, chrétiens , prêtres. ., mais surtout de nous avoir faits saints. Nous le bénirons particulièrement des humiliations et des souffrances qu'il nous a ménagées. Nous verrons alors combien il y avait de tendresse pour nous, dans les coups miséricordieux dont nous frappait ce bon père. Tout, jusqu'à nos misères , nos faiblesses , nos tentations , et même jusqu'à un certain point nos péchés, qui auront manifesté sa patience et sa bonté à notre
égard, tout nous sera un sujet de le louer, de le bénir dans les siècles des siècles. Mais que sont toutes les jouissances de l'esprit, si on les compare à celles du cœur? Aniabimus.
S"" La volonté possédera Dieu d'un amour de jouissance, et en Dieu elle possédera tout bien. L'amour est la vie et la félicité du cœur , d'autant plus heureux en aimant, que l'objet qu'il aime e'st plus parfait , et qu'il le possède plus' parfaitement. Oui nous dira comment on aime^ dans le ciel? Un peu d'amour de Dieu dans notre] vallée de larmes cause déjà tant de bonheur l Qu'éprouvait Xavier quand il s'écriait : Assez ,] Seigneur , assez ? Oh ! non , ce n'est pas ainsi qu'on aime dans le ciel. Ce n'est pas ainsi qu'on] est aimé. Dieu se donne tout entier à son serviteur] fidèle. Il applique à le rendre heureux, toutes] ses infinies perfections. « Entrez dans ma joie,] lui dit-il , car ma joie ne pourrait entrer enl vous ; partagez ma félicité ; ne mettez plus de] bornes à vos désirs , je n'en mets plus à mes! bienfaits. Abimez-vous dans mon immensité ,] perdez-vous heureusement dans mon être , el vivez de ma vie. Toujours rassasié et toujouri avide , désirez et possédez , possédez et désirez toujours... » Que devient cette àme dans cet océan de délices ? Quelles émotions ! Quelle continuité de transports ! Comme sa reconnaissance éclate dans l'harmonie et le feu de se^ cantiques 1
IIP P. Dans le ciel plus de changement à '.raindre. Les joies ici-bas sont de courte durée ; les fortunes les mieux établies s'écroulent ; il n'y a de bonheur constant que dans la patrie céleste. Le règne de Jésus- Christ ne finira jamais \ et le trône de ses élus est aussi immuable que le sien ; Dieu l'a promis : Justi autem in perpetuum vivent. (Sap. o. 16.)
Les joies du ciel sont éternelles... Oh! la douce pensée! Je ne souffre plus, et jamais plu? je ne souffrirai ; je suis heureux , et je le serai éternellement. Vous m'aimez. Seigneur, et je vous aime ; vous m'aimerez et je vous aimerai toujours ! Je suis à vous , vous êtes à m:)i , et rien désormais n'altérera notre union. J'en suis assuré : ni la vie ni la mort, ni ce qu'il y a de plus élevé, ni ce qu'il y a de plus profond , ni les choses présentes , ni les choses futures , rien ne m'ôtera mon bonheur, ne pourra même le diminuer. « 0 beau jour de l'éternité, jour serein, que la nuit n'obscurcit jamais et qu'éclaire toujours la souveraine vérité, quand luiras-tu pour moi-? Non , l'œil n'a point vu , l'oreille n'a point entendu , le cœur de l'homme n'a point compris
1 Et regni ejus non erit finis. Luc. 1. 33.
- 0 dies îBternitatis clarissima, quam nox non obscui.'.t, sed summa veritas semper irradiât !.. 0 utinam dies illd illuxissel î hi>i/. 1. 3. <■. iS.
ce que Dieu a préparé de bonheur à ceux qui l'aiment*. »
Mais , s'il en est ainsi , il n'y a donc rien que je ne doive sacrifier pour obtenir cette infinité, cette éternité de biens. J'entends le Sauveur qui me dit : « Mon fils, ne vous laissez point abattre par les travaux qiie vous avez entrepris pour moi.., mais que mes promesses vous soutiennent toujours et vous consolent... Les peines présentes ne dureront ni toujours , ni longtemps ; attendez un peu , vous verrez bientôt finir vos maux... Faites bien ce que vous faites, soyez dans ma vigne un ouvrier infatigable : 'i moi-même je serai votre récompense. Ecrivez , lisez , chantez , gémissez , gardez le silence , priez, supportez patiemment les adversités; la^J gloire éternelle mérite d'être achetée par de pareils combats, et par de plus grands encore. Oh ! si vous aviez vu la gloire dont mes sainl sont couronnés! . . Ils jouissent maintenant d'um joie pure, d'une sécurité inaltérable, d'un repoî éternel^. »
1er p. Plus aucun mal à souffrir. Ni pour le corps, ni pour le cœur , ni pour l'âme. — Souffrances di corps; la vie est-elle autre chose qu'une mort pro-
1 Oculus non vidit, nec auris audivit , nec in cor hominis ascendit , quae prseparavit Deus lis qui diligui iUum. /. Cor. 2. 9.
3 Imit. l. 3. c. 47.
mo
iongée? •— Souffrances du cœur ; d'autant plus péaibles que souvent elles sont caciiées sous de belles apparences. — Souffrances de l'âme, qui ont arraché celle plainte à plus d'un imitateur de Jésus-Christ : Mon Dieu, mon Dieu, m'avez-vous donc abandonné ?.. Quand viendra le jour où nous pourrons dire que tous nos maux sont passés, et passés sans retour?
11« P. Plus aucun bien à désirer. Le ciel est le rassasiement de tous les vœux : l'homme entier, corporei et spirituel y trouve la béatitude la plus complète. Quelle admirable transformation pour le corps i Mais surtout quelles délices pour l'âme ! — Que nous rappellera la mémoire ? 0 saintes afflictions ! ô croix i Sans vous j'étais perdu. — Bonheur de V intelligence, éclairée enfin du i)lein jour de la vérité. Nous passerons d'admiiaiion en admiration. Nous bénirons Dieu tout particulièrement de ces épreuves , dont nous sommes si souvent tentés de nous plaindre. — La volonté possédera Dieu, et en Dieu possédera tout bien.
llle p. Plus de changement à craindre. Le règne de Jésus-Christ et de ses serviteurs ne finira jamais. 0 beau jour de l'éternité, quand luiras-tu pour moi? Non, rœil n'a point vu, ni i'oreille entendu, ni le cœur compris ce que Dieu a préparé de bonheur à ceux qui l'airaeni.