II. Gemment nous devons les remplir à son égard
Quel homme ne s'estimerait heureux, s'il osait se persuader que le Fils de Dieu est bien véritablement son ami , et que lui-même est un
de ceux à qui le Sauveur disait la veille de sa mort : Jàm non dicam vos servos..; vos autem dixi amicos ? (Joan. 15. 15.) Tel est cependant le privilège de mon saint et sublime état. 0 céleste vocation ! 0 bonheur du sacerdoce ! Je suis Tami de Jésus ! (ie titre est-il assez glorieux et assez consolant?
I" P. Jésus remplit à l'égard des préires les lois de la plus parfaite amitié. Il n'y a qu'un sacerdoce : celui de Jésus-Christ, celui des apôtres et le nôtre est essentiellement le même ; ce sacerdoce unique fut pour les apôtres, et il est pour nous, la base de cette divine amitié. Ce fut en effet après avoir consacré ses premiers prêtres que le Fils de Dieu leur dit : « Désormais je ne vous appellerai plus mes serviteurs. . . Je vous donnerai le nom d'amis. » Les mêmes paroles nous furent adressées dans notre ordination, et répétées au fond du cœur par Jésus- Christ, que nous venions de recevoir ^ Rapprochons-les de celles du Sage : Amiens fidelis, protectio fortis : qui autem invenit illum , invenit thesaurum. Amicofideli nulla est comparatio... Amicus fidelis, medicamentum vitœ et immortalitatis . (Eccli. 6. 14, 15, 16.) — Beatu^ qui invenit amicum verum. (Ibid. 25. 12.)
* C'est immédiatement après la communion que i'Évéque, représentant de Jésus-Christ, récite cette antienne : Jàm non dicam vos^ etc.
1° L'amitié est confiante. David remet son sort entre les mains de Jonathas ; Jésus confie sa mère à saint Jean. On compte sur son ami comme sur soi-même. On lui livre toutes ses pensées , tous ses intérêts ; on se met à sa discrétion tout entier et sans réserve. N'est-ce pas ce que fit le Sauveur pour ses apôtres et ce qu'il fait pour nous ? Les premiers sont admis à la connaissance de tout ce qu'il a entendu de son Père ' ; il n'a rien de caché pour'eux ; il leur donne l'intelligence des vérités qu'il n'enseigne aux autres que sous le voile des paraboles - ; il se livre entièrement à eux. Envers nous , quel abandon ! quelle confiance ! Il nous laisse le soin de dispenser ses mystères^ , d'appliquer ses mérites ; il nous confie son honneur à protéger, son sang à utiliser, son Éghse à défendre et à consoler, les âmes qu'il aime si tendrement à instruire, à régénérer, à sauver... Il se confie lui-même à notre amour, nous abandonnant la consécration et la garde de son divin corps , la charge de le faire connaître et adorer. Sera-t-il visité ou délaissé dans son sanctuaire , honoré ou insulté ?.. Notre zèle en
^ Servus nescit quid facial dominus ejus. Vos autem dixi amicos, quia omnia quaecumque audivi à Paire meo, nota feci vobis. Joan. 15. lo.
- Vobis datum est nosse mysterium regni Dei , caeteris autem in paraboIis.Lj<c. 8. \0.
' Dispensatoros mysteriorum Dei. /. Cor. 4. 1. iir. ^23
décidera. On dirait,. Seigneur, que vuus nous croyez incapables d'une infidélité à voti'e égard . . .
^- L'amitié est généreuse. Aucun sacrifice ne lui coûte. Que n'a pas fait et sacrifié Jésus- Christ pendant sa vie et surtout à sa mort, pour attester la force et la vivacité de ses sentiments envers les hommes? Puisque les prêtres ont la meilleure part à ses mérites , il a fait et souffert particulièrement pour eux ce qu'il a fait et souffert pour tous. Mais de plus, lenidonner le pouvoir de l'immoler tous tes joui s'assujettir à toutes les conséquences prévu de cet ineffable mystère, n'était-ce pas se dévouer à des humiliations et à des opprobres qui seraient pour son cœur un martyre perpétuel? Voilà bien l'ami qui s'oublie, pour ne penser qu'à ses amis.
S"* L'amitié est prodigue, tout est commun entre ceux qu'elle unit. Mon ami est un autre moi-même, Amiens aller ego ; je ne perds pas ce que je lui donne. Qu'est-ce que Jésus ne donne pas à ses amis ? Omnia quœ hahuit nohis dédit : dédît regnuni !>uum , dédit et sei'psum. fS. Bonav.) En nous confiant l'intendance de sa maison , n'a-t-il pas mis entre nos mains la clef de ses trésors , nous invitant à y puiser librement pour nous et pour no& frères ?
Il disait en parlant à son Père : Mea omnia tua sunt , et tua mea sunt. (Joan. 17. lo.j Quelle r touchante communauté aussi entre Jésus-Christ
et ses prêtres ! — Communauté de biens et de maux, de combats et de triomphes, d'outrages et d'honneurs de la part des peuples ; mêmes amis, mêmes ennemis : ceux qui sont pour lui sont pour nous; ceux qui nous persécutent l'ont persécuté le premier : Si me persecuti sunt , et vos persequentur . fJoan. lo. 20.) — Communauté de projets et de vues : sa mission est la nôtre : Sicut misit me Pater ^ et ego mitto vos. (Joan. 20. 21.) — Communauté de moyens comme de fin : prêcher, consoler, courir après les brebis égarées... Ce qu'a fait le- Sauveur , nous le faisons. C'est en s'immolant qu'il a racheté le monde ; à son exemple , les apôtres et les bons prêtres ne se sont jamais flattés de concourir efficacement au salut des âmes, qu'en unissant leurs souffrances à celles du Fils de Dieu. — Communauté enfin de destinées: en ce monde, Jésus-Christ et les prêtres ont les mêmes joies et les mêmes peines ; au dernier jour , nous jugerons avec lui les nations ; dans l'éternité , nous aurons les honneurs de sa table et de son trône ^ Il veut que ses amis soient toujours avec lui : maintenant dans les épreuves, plus tard dans la gloire de son royaume.
^ Ego dispono vobis, sicut disposait mihi Pater meus regnum; ut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo, et sedeatis super thronos, judicantes. Luc. 22. 29, 30.
Mn)
Il est donc vrai, je suis i'ami de Jésus ! 0 mira divinœ bonitatis dignalio ! Servi digni non sumus , et amici vocumur. Quanta dignitas est hominum , esse amicos Dei ! (S. Greg.)
IP P. Les prêtres doivent donner à Jésus^- Christ les mêmes preuves d'amitié qu'ils en reçoivent. En changeant de sujet , l'amitié ne change pas de nature. Si elle est véritable en nous, elle sera, comme en Jésus-Christ, confiante, dévouée, communicative. .
l'' Il est étrange que nous n'osions nous| abandonner pleinement au Sauveur , ami si fidèle, lorsqu'il a daigné se livrer à nous, malgré toutes les raisons que nous lui avons données de se défier de nous. Dans le même discours, où il déclarait à ses ministres qu'il les mettait au rang de ses amis, il leur faisait envisager cette amJtié sacrée comme le motif qui porterait son Père à leur accorder tout ce qu'ils lui dem-anderaient en son nom \ Il les assurait en outre que, s'ils demeuraient en lui, il demeurerait en eux -. Dieu exauce en nous les amis de son Fils, et cet ami tout-puissant est toujours avec nous... Que ces pensées sont propres à nous établir dans une conliance inébranlable, quels que soient les périls , les peines, les contradictions qui nous attendent !
1 Joan. 14. 43.. — io. 7, 16.
- Joan. 15. 4, d.
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Amicus fidells , protectio fortis. Que peuvent les amitiés humaines, même les plus sincères? Mais qu'il m'est doux de m'appuyer sur l'amitié d'un Dieu î Samt Paul se plaît dans ses infirmités ; il se glorifie d'être faible, pourquoi? L'amitié de Jésus le soulient, et c'est principalement dans sa faiblesse qu'il en ressent , comme c'est alors qu'il en réclame, la puissante efficacité^ Après avoir fait si souvent l'aveu de son néant, il se vante de pouvoir tout, non pas en lui sans doute , mais dans l'ami divin qui fait sa force : Omnia possiun in co qui me confortal. Qu'est-ce donc que le découragement dans un prêtre , et en ai-je bien compris le crime ? C'est une espèce de blasphème ; car c'est dire équivalemment que l'amitié de Jésus est impuissante , que ses promesses sont vaines... Peut-on blesser plus sensiblement son adorable cœur?
-2" Amitié dévouée. N'était-ce pas le dévouement lui-même qui parlait par la bouche de saint Paul , quand il s'écriait : «• La charité de Jésus-Christ nous presse ; nous le ferons aimer, ce Sauveur que nous aimons ; nous nous montrerons ses ministres fidèles, nous soutiendrons sa cause, inmuUdpaticntiâj in tribulationibus, in necessiiatibus , in angustiis , in plagis , in carceribus, inseditionibus, in laboribuSj in vi-
1 II. !;.jr. 12. '•>. Ht.
giliis,injejuniis..,per gloriam et ignohilUatem, per înfamiam et bonam famam? ill. Cor. 6. 4.) » Xavier s'indignait à la pensée que ie dévouement sacerdotal s'était laissé prévenir par la cupidité, et que, pour gagner des âmes à Jésus- Christ, on n'avait point osé braver des périls que les négociants avaient affrontés pour gagner de l'argent.
3° Amitié communicative. Le bon prêtre est saintement susceptible pour tout ce qni regarde les intérêts de ,lésus-Christ. Il s'afiïige vivement de tout ce qui offense son adorable ami, et se réjouit de tout ce qui contribue à sa gloire. Il aime aussi à se décharger dans son sein du poids de ses peines, à lui dire ses joies, à s'éclairer de ses lumières, à lui communiquer ses desseins, à lui parler de ses espérances et de ses craintes : il aime à se consoler auprès de lui de ses revers , à lui faire hommage de ses succès... 0 délicieux épanchements , (amiliarité céleste, que nous permet avec lui le Roi de l'univers ! Quel honneur , quels plaisirs purs, quelle paix pour ceux qu'il élève au rang de ses amis, et qui s'efforcent de justifier un si beau titre! Nimis hoaorifiaiti sunt amici tui, Deus. (Ps. 138. 17.)
0 Jésus, je vais monter à l'autel ; c'est là que vous me donnez le témoignage le plus attendrissant d'une amitié que je mérite si peu. Viton jamai- un auire ami s'oifrir à son ami pour
Mre sa nourriture , lui présenter sa chair à iiianger et son sang à boire, pour s'unir à lui plus étroitement? Venez, ô le plus noble, le
•lus généreux, le plus parfait de tous les amis.
aisque vous voulez que je ne sois qu'un avec
ous, et que notre amitié ressemble à celle que ma foi adore entre votre Père et vous , donnez h mon cœur toutes les inclinations , tous les sentiments du vôtre. Faites que je sois pour vous, ô Dieu saint, ce que vous daignez être pour moi, trop inrligno pécheur : un ami conllant, dévoué, attaché à tous vos intérêts, vivant plus pour vous que pour moi-même. Assurezvous aussi de ma constance , afin que notre union commencée ici-bas , cimentée tous les jours par votre sang, se consomme dans la glorieuse éternité. Ego claritatem quam rlrdisti mihi decli eis , ut sint unv.in , sicut et nos umim sumus. Ego in eis , et Ui in me, tit sint consumniati in unum. '^om. 17. 22, 23.
Terminez en récitant : Suscipe.
1er p. Jésus r.rajdit à l'égard des pf êtres les lois de la plus parfaite amitié. 1° L'aniilié esl conlianle, on compte sur >on ami comme sur soi même; on lui livre tous ses intérêts. Telle est l'amitié de Jésu> pour ses prêtres. 2* L'amitié est généreuse; aucun sacrifice ne lui coûte. Que n*a pas fuit Jésus-Christ, que ne fait-il pas encore, à quelles souffrances ne s'est-il pas dévoué, dans Tinîérèt de ses di-^ciples et surtout de
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ses prêlres ? 3" L'amilié est prodigue. Tout osl commun entre ceux qu'elle unit. Arnicas aller ego. Tout n'o-i-il pas commun entre Jébus et nous ? Onvûa quœ habuit ncbis dédit ; dédit regnum suum , dédit et seipsum.
Ile p. Iqs prêlres doivent donner à Jé<;us-Chriit les mêmes preuves d'amifié qu'ils en reçoivent. En changeant de sujet l'amilié ne cluinge pas de nature. Il estj étrange que nous n'osions nous confier à un Dieu, r,ra( si fidèle lorsqu'il daigne se confier à nous. — Oiiam notre dévouement à ses intérêts resscipbicra t'-il'à celui de son amitié pour nous? Quand nous montrerons-nou! ses ministres fidèles, in multâ patientiâ, in iribula' tionibus?.. Amitié communicative. Le bon ptélre ainn à se décharger dans le boin de Jésus du poids de ses peines, à lui dire ïes joies... 0 délicieux éponchemenls ! Nimis honorificati sunt amici tui, Deus.