‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 8 sur 96 · II. Sa puissance · texte numérisé non relu

II. Sa puissance

. F"" P. Nécessité du bon exemple dans un prêtre. L'obligation d'édifier le prochain se confondant avec celle de l'aimer, n'est point particulière au sacerdoce; mais elle est plus grave dans un prêtre, qui doit l'aimer avec plus de perfection , ayant pour fin de lui procurer le souverain bonheur du salut. C'est au prêtre et au pasteur qu'il est dit : « Soyez la forme du troupeau : Forma fadi gregis. (I.Petr. 0. 3.) Transmettez à vos frères les exemples que vous avez reçus de Jésus Christ, afin qu'ils lui deviennent semblables en se modelant sur vous. » Ainsi le comprenait saint Paul, quand il recommandait à ses disciples d'être ses imitateurs comme il l'était du Fils de Dieu* ; et le devoir qu'il remplissait en édifiant, il pressait Tite et Timothée, tous les pasteurs des âmes en leur personne, de le remplir eux-mêmes : Exemplum esto fidelium. (I. Tim.

1 1. Cor. 4. 16.

4. I2.j In omnibus te ipsuin prœbe exemplum honorum opemm. [Th. 2. 7.)

L'exemple, l'exemple, voilà ce que l'Eglise nous a répété à tous les degrés qu'elle nous a fait parcourir dans le sanctuaire. En nous conférant l'ordre de portier, le Pontife nous déclara qu'il ne s'agirait pas seulement d'ouvrir au peuple la maison du Seigneur avec des clefs matérielles , mais bien d'ouvrir à Dieu et de fermer au démon le cœur des fidèles par nos paroles et nos exemples. Au lecteur il est dit : « Quand vous exercerez votre fonction, vous serez dans un lieu élevé, et cette position de votre corps vous apprendra que vous devez présenter à tous le modèle d'une vie céleste : Quatenùs cunctis... cœlestis vitœ formam prœbeatis. »Le flambeau que porte l'acolyte est un symbole, dont il doit remplir la signillcation, en répandant autour de lui la lumière du bon exemple. Au diacre est imposé le soin de défendre et de soutenir rÉgiise, mais comment? Ornatu sancto, prœcUcatu divino, exemplo perfecto. Il faut qu'on lise dans ses œuvres l'Évangile qu'il annonce : Ul guibus Euangeliinn ore anmuitio.tis, vivîs operibus exponatis. Avec quelle force celle obligation est signitiée au prêtre ! On veut que la bonne odeur de sa vie soit un parfum qui embaume et réjouisse la sainte épouse de Jésus-Christ ; que sa pureté reconnue soit la censure des

mauvaises mœurs ; qu'il fasse briller aux yeux des fidèles l'éclat de toute justice ; qu'il pratique ce qu'il enseigne ; qu'il montré en lui toutes les vertus ^ Obligation d'édifier qu'on ne remplit pas sans doute par cela seul qu'on ne donne aucun scandale; est-ce cultiver un champ que de ne pas le ravager ? Nous ne serons la lumière du monde, nous ne combattrons efficacement ses illusions et ses ténèbres, qu'en ajoutant la prédication du bon exemple à celle de la parole : Vos estis lux mundi... Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opéra vestra hona, et glorifioent Patrem vestrum qui in cœlis est. (Matth. 5. 14, 16.) Aucun prêtre n'ignore la nécessité du bon exemple ; mais qu'il est rare d'en me-' surer toute l'étendue ! Pour être vu de loin, et pour parler de haut, il ne faut pas descendre au niveau de tous et au-dessous de quelquesuns.

IP P. Puissance du bon exemple. Elle est prouvée par l'autorité, la raison, l'expérience.

i° Quoique Jésus-Christ, la parole éternelle du Père, possédât le talent de persuader dans

^ Sit odor vitae vestrae delectamentum Ecclesiae Cliristi- — Censuram morum exemple suœ conversationis insinuent... Eluceat in eis totius forma jusli.iœ. — Quod docuerint imilentur; juslitiam, constanliam, misericordiam, fortitudinem. cseterasque virtutes in se ostendant. • Pontif.

un degré infini de perfection, il parut compter sur ses exemples, beaucoup plus, que sur ses discours, pour la sanctilication des hommes. C'est toujours à -son imitation qu'il nous appelle : Exemplitm dedi vohis, ut quemadmodùm ego feci, ità et vos faciatis. — Discite à me quia mitis sum.

Je viens de méditer avec quelle sollicitude l'Eglise veille à n'avoir que des ministres édifiants; et voici la raison qu'elle en donne : a II n'y a rien qui instruise et qui porte plus les hommes à la piété.., que le bon exemple et la bonne vie de ceux qui sont consacrés au service du Seigneur; car les voyant placés dans un ordre supérieur à toutes les choses du siècle, tous se plaisent à fixer sur eux leurs regards, ainsi que sur un miroir, et prennent d'eux l'exemple de ce qu'ils doivent imiter. C'est pourquoi les ecclésiastiques, appelés à avoir le Seigneur pour partage, doivent tellement réglerleur vie et toute leur conduite, que dans leurs habits, leur maintien extérieur, leur démarche, leurs discours et dans tout le reste, ils ne fassent rien paraître que de sérieux, de retenu, rien qui n'annonce un grand .fond de religion. » (Conc. Trid. Sess. 22. de Réf. c. 1.) Saint Jean-Cbrysostôme met la puissance de l'exemple au-dessus de la puissance des miracles, et il attribue la conversion du monde, moins aux prodiges opérés par les apôtres, qu'à l'édification de

leurs vertus : Miindum converterunt, non propter miracula quœ fecerunt, sed quia in ipsis verns erat gluriœ pecuniœque contemptus. Le même saint docteur dil dans un autre endroit : Bona exemple voces edunt omni tuba dariores ; et saint Grégoire : Illavox audit or em pénétrât, quam dicentis vita commendat ; et saint Bernard : Validior operis quàm oris vox ; vox verti sonat, vox exempli tonat.

2° L'exemple en effet agit également sur l'esprit et sur le cœur : il éclaire le premier, il touche et entraîne le second. Nous croyons plus à nos yeux qu'à nos oreilles*. Ce qui reste obscur dans les paroles, l'exemple le met en lumière. Le discours est la voix de la vertu, l'exemple est la vertu même en nature et en substance. « Lorsque nous avons entrepris, » dit saint Paul, « de vous faire embrasser la loi de Jésus-Christ, nous n'avons point eu recours aux artifices de l'éloquence humaine : Ison in persuasibilihus huwanœ sapientiœ verbis; nous avons employé un moyen plus sûr, en vous rendant visible dans nos actions la sainteté de l'esprit et de la vertu qui est en nous : Sed in ostensione Spiritûs et virtutis. » (I. Cor. 2. 4.; Puissant sur l'entendement qu'il éclaire, l'exemple ne l'est pas moins sur la volonté, pour triompher de ses résistances.

' Plus creditur oculis quàm auribus. Sener.

Ce fut le dernier coup que porta la grâce victorieuse au cœur d'Augustin longtemps rebelle. Il crul voir la sainteté qui se présentait à lui avec un visage majestueux; et lui montrant un grand nombre de vierges qui l'accompagnaient, elle semblait lui dire, sur le ton du reproche : l\i non poteris quod isti et istœ? Que répondre à cet argument ? Ce que peuvent mes semblables, qui m'empêche de le pouvoir? Leur exemple est même sous un rapport plus concluant pour moi que celui de Jésus-Christ. Ce Dieu Sauveur était infiniment saint par nature ; il était la toute-puissance même ; il ne trouvait point en lui les obstacles au bien que je trouve en moi... Ici au contraire le modèle qui m'est offert, est revêtu de toutes mes infirmités. L'exemple est de toutes les prédications la plus facile cà comprendre, la plus directe : la parole est relative à l'action, l'exemple est l'action même; la plus pressante : à la leçon il joint l'encouragement; la plus continue : je ne puis pas toujours parler, je puis toujours édifier : Perpetuum quoddam prœdicandi genus. (Conc. Trid.i

S" L'expérience sur ce point ne laisse rien à désirer. Ouvrons l'Évangile, consultons l'histoire, interrogeons-nous nous-mêmes Comment expliquer les merveilleux succès de la prédication de Jean-Baptiste? Tout Jérusalem sort de ses murs, pour aller l'entendre et pour recevoir ni. 4

son baptême. Emploie-t-il de longs raisonnements? Opère-t-il des miracles? Les écrivains sacrés ne le disent pas. Ménage-t-il la délicatesse de ses auditeurs? Loin de là, il 'porte le fer et le feu jusqu'au vif de leurs passions : Progenies viperarum, qitis ostendit vobis fngere à venturâ ira? Mais méditons ce qui précède : Joannes habebat vestimentiim de pilis camelorum.., escaautem ejus erat locustœ et mel sylvestre. . . Vêtement pauvre, vie sobre et mortifiée, vie de retraite et de prière; il fait plus de sacrifices qu'il n'en demande : voilà tout le secret de la salutaire influence qu'il exerce. Ceux qui n'entendaient pas la lanp:ue dans laquelle prêchait saint François de Borgia, n'en pleuraient pas moins à ses sermons; et quand on leur en demandait la cause^ ils répondaient : « C'est que nous avons sous les yeux ce que l'on voit rarement, un grand du monde devenu un grand saint. » '

Jugeons de l'impression du bon exemple sur les autres par celle qu'il fait sur nous. Lorsque nous rencontrons un confrère rempli de l'esprit sacerdotal, pieux, zélé, n'obéissant qu'à sa conscience.., sa conduite est pour nous une touchante exhortation. Il y a plus : en lisant la vie des saints, nous sentons s'allumer dans nos cœurs le désir de marcher sur leurs traces ; or, si des vertus en récit, et pour ainsi dire en peinture , enflamment de la

sorte notre courage, que ne doit pas faire le spectacle vivant de ces mêmes vertus, pratiquées par des hommes, qui n'ont ni plus de moyens de sanctification, ni moins de fai- }3lesse que nous? Heureux donc le ti'oupeau confié aux soins d'un pasteur exemplaire! Ce pasteur fùt-il inférieur à d'autres par le talent, il aura sur eux la seule supériorité que doive ambitionner un bon prêtre, il sera plus utile. S'il n'arrête pas toujours le désordre, il sème des remords; s'il ne ramène pas au bercail les biebis égarées, il prépare leur retour... N'est-il pas beau, demande saint Ambroise, de n'avoir besoin que d'être vu pour être utile? Quàm pulchrum ut videaris et prosis ?

0 Jésus, venez établir en moi votre vie par le sacrement de votre amour. Si c'est votre esprit qui m'anime, je reproduirai vos exemples; en me voyant on vous verra, et l'action si douce et si forte que vous exerciez sur les intelligences et sur les cœurs pendant votre vie mortelle, je l'exercerai moi-même pour votre gloire et le salut de mes frères.

Itr P. Nécessité du bon exemple dans un prêtre. C'est au piêlre qu'il esl dil : Soyez la forme du troupeau. Saiil Paul invitait les ndèies à l'imiler comme luimême imitail Jésus-Clu-ist. 11 fai^oit celle recommandation à tous les pasicurs : Exemplum esto fidel-.um. L'Église nous a rappelé ce grand devoir ù chacune de

nos ordinations. Nous ne serons la liimlère du monde qu'en ajoulant l'édification du bon exemple à !a prédication de la divine parolo: Sic luceat lux vestra coram homiiubus, ut v-d-^ant opéra vestra bo/ia.

\[^?. Efficacité du bon exemple, pronvce parl'anlopiîé, la raison et l'expérience. — Auio.i'c de Jésns-C; risl; c'esL lo jours à son imitation qi/il nous appelle: Exemjilum dedl nobis... Discite à me quia mitis sum Aulorilé de lÉ^lise : ^ onciie de Trenie, saints- Docteurs, — L'exemple en effet agit égiilemenl sur ^e^pnl pour l'éclairer et sur le cœur pour le toucher. Ce que peuvent mes semblables, qui m'empêche de le pouvoir^? Que répondre à cet argument ? — L'expérience sur ce point ne laisse rien à désirer. Comment expliquer les succès de Jean-Bcipliïte ? Par son exemple : il fuit plus de sacrifices qu*ii n'en demande. La lecture de la vie des saints fuit sur nous les impressions les plus salutaires; ce ne sont là cepeniJunl que des vertus en récit, et pour ainsi dire en peinture. Heureux le troupeau confié aux soins d'un pasteur exempluire!

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