‹ Nouveau cours de minéralogie, comprenant la description de toutes les espèces minérales avec leur applications directes aux arts (volume 2)Chapitre 3 sur 120 · UVRE III · texte numérisé non relu

UVRE III

relie: i® les syitètnes arëficiek^ dont les diviBÎOns sont établies arbitrairement, non sur Tensemble des propriétés des êtres^ mais $ur un petit nombre de leurs caractères, choisis parmi les plus tranchés et les plus apparents. Le but qu'on veut atteindre par un arrangement de cette espèce, n'est pas de disposer les corps dans Tordre le plus propre à fiaire ressortir leurs rapports, mais seulement de faciliter aux personnes qui ignorent le nom d'un être placé sous leurs yeux, le moyen de le découvrir, dans le système, par l'examen de l'objet lui-même; 2^ les méthodes naturelles^ dont les divisions successives sont fondées sur tous les caractères de quelque importance, et dans lesquelles les êtres sont classés de manière que ceux qui se ressemblent par le plus grand nombre de points, se trouvent le plus rapprochés. Une pareille méthode peut aussi servir à reconnaître un corps et à trouver son nom ; mais son principal avantage est de fournir une connaissance complète de chaque être, en le faisant envisager dan lies ri^otts avec tous les atitres : les analogies et les différences qu'il offre avec eux se trouvant marquées par la place même qu'il occupe.

C'est vers l'établissement d'une méthode naturelle que doivent tendre tous les efforts des minéralogistes ; mais leurs essais en ce genre sont demeurés jusqu'à présent fiikis ou moins imparfaits, et ils le seront peut-être longtemps encore; car, pour qu'une semblable méthode fût parfaite , il faudrait non-setilement connaître et apprécier exactement les rapports des êtres que Ton veut classer, lAais encore pouvoir les exprimer tous, ce qui est absolument impossible, lorsqu'on s'en tient à un arrangement purement linéaire. H ne peut donc point exister en minéralogie de méthodes qui soient parfaitement naturelles, à prendre ce mot dans toute sa rigueur; mais il peut y avoir des méthodes qui se rapprochent plus ou moins de la vraie méthode naturelle. Celle-ci est l'idéal vers lequel tendent toutes les classifications modernes, qui se perfectionnent et avancent vers leur but final, à chaque pas que l'on fait faire à la science.

$ a. Notions de [Espèce minérale.

Quçl que soit dailleurs le genre de classification que l^on adopte, il offrira toujotirs un échafaudage de divisions et de subdivisions successives» dont les supérieures contiennent les inférieures, comme dans une table de matières ; ces divisions,

CLASSIFIGATljpN HfJ^ MINéRATTX. 3

que Vw dis^ing^ç par des ûoms pa^ticuiliers, tels quq ceux c|e çtas^CSy ^ordres y de tribus y de genres^ à' espèces e% de vcfrié^^ se trouvent donc subordonnées les unes aux autres, et par suite 4e c/ette subordipation, les corps compris dans Fun des groupes çint entris eux d'autant plus de res$emblance, que Iç grpupfî est moins élevé dans la série : car ils possèdent en commun^ noQseulexne^t les propriétés qui forment le caractère particulier de ce grpype, mais encore toutes celles qui caractérisent les groupes supérieurs auxquels il appartient. Il est donc clair que si Ton parcourt, en diesçendant, Técbelle de ces divisions successives^ on finira bientôt par en atteindre une qui ne contiendra pluf que des corps d'une ressemblance presque parfaite^ qui s'accojrderpnt du moins e^ tout ce qui constitue la véritable essence de ces corps.

Cette division fondamentale, qui est le point de départ d,e toutes les autres^ est celle qui porte la dénomination d'£5pèce. Ce n'est pas le dernier terme où s'arrêtent toutes les distinctions possibles entre les êtres que Ton considère : car il y a edcor^ aurdelà, des variétés et des sous-variétés; mais c'est le Xe,rme où finissent toutes les distinctions essentielles. L'Espèce ^t donc la principale unité systématique.

Si pou3 appliquons maintenant ces idées générales à la j)liaéralpgie, 1^ première cbose que nous aurons à faire ser^ 4e rechercher qiiel eçt le fondement le plus rationnel àeT Espèce minérale* Pans les règnes organiques, l'Espèce a pour fondçffiect f^n tyipe déterwné d'organisation, qui se retroave le même, qujî.Be r,^te fidèlement dans un grand nombre d'êtres pa^tic^ulf^rs, qn'à ca.tji8e de cela nous regardons comme dqs indiviidus set^^<^bl6s* Dans le règne minéral , Te^pèce ft 4e mé/pe pour bi^e ]an type 4^fini de .composition atoisçiique, tout aussi IçoQStant^ i^o^t aussi bien déterminé que les types d^s espèces .9|[|{^niques ; )iin type qui se retrouve le nji^me dans les mol^ciulçs 4e J^eai^cpfyp ^Ç porps, ,et se repi;oduit l,ou}ou|*s s^ns altération cj^atqye fois qu? 4^ atomes de inêi^K^e nature se rei^contreiiit et ré^gisfi^nt les uns sur les autres dans les blêmes circonstfuices. I^ous ne Élisons que répéter \qï ce que i^ous avons déjà dit ailleurs (i^' vol. pag. lo et suivantes), lorsque, par antiqipation^ Q0U3 phçrçhiops à nous convaincre^ à l'aide du raisonnei^ei^t, 4^ Tet^ist^çce réelle des individus et d^s espèces en mjné- TfiiQgfjB. Ce que j^pm aypns ajouté plus loin (p^g. 4^3), «,vir JÎWRPfffWffffP 4^«^ 'îî£^^ in^Jéçul^ires, sur }es 4fffér^ftc^s 4f Qfs

4 LITRX III.

types, non pas seulement chimiques, mais encore mécaniques et géométriques tout à la fois, ne peut laisser aucun doute sur la valeur des propositions suivantes.

L'individu en minéralogie est, théoriquement parlant, la molécule physique ou le groupe atomique, de type déterminé, qui joue le rôle d'élément dans les masses minérales; autant il existe de types moléculaires différents, autant on doit admettre d'espèces diffék'entes d'individus. Mais les molécules physiques n'étant jamais isolées, et se répétant toujours en grand nombre jpour former par aggrcgation des masses minérales d'un volume sensible, on est amené naturellement dans la pratique à transporter le nom d'individus à ces masses elles-mêmes; et alors c'est l'identité de molécules qui doit établir entre deux masses minérales, entre deux individus minérahgiquesj l'identité d'espèce.

$ 3. Des règles de la spécification en Minéralogie,

C'est ainsi que raisonnait Haiiy, lorsque dans son ouvrage il établissait les règles de la spécification des minéraux, et posait les bases de la science, qui, jusque-là, n'avait eu aucun principe pour diriger sa marche. En effet, il est le premier auteur qui ait donné une définition précise de l'espèce, et fixé les caractères qui doivent établir l'identité du minéral; et il l'a lait avec tant de bonheur, qu'aujourd'hui encore, malgrç les progrès réels de la science et les principes nouveaux dont elle s'est enrichie depuis la mort du célèbre minéralogiste, nous ne trouvons rien à ajouter ni à retrancher aux règles qu'il a établies. Tentends ici les règles qu'il a posées tout d'abord dans la première édition dfe son livre, où il assigne à l'espèce un double caractère, et insiste sur la nécessité du concours, et d'un concours égal, de la chimie et de la cristallographie; je ne parle pas de ces principes auxiliaires et de ces règles en quelque sorte provisoires, auxquels il s'est permis par la suite d'avoir recours, dans les cas seulement où il lui paraissait que la chimie était en retard et n'avait pas dit encore son dernier mot.

Selon Haiiy, l'espèce minérale est la collection de tous les individus inorganiques, dont les molécules physiques sont en tout point semblables, c'est-à-dire de même forme et de même composition atomique : elle a donc deux caractères fondamentaux

CLASSIFICATION DES KOfiKàVX. 5

d'une ëgale importance, dont l'un est la composition atomique, que Ton déduit de Tanalyse chimique, et Tautre est la forme de la molécule physique, ou, ce qui en est Téquivalent, la forme cristalline. Mais ici une observation est nécessaire.

On se rappelle ce que nous avons cherché à établir dans le Tolume précédent (page i6), que les minéraux sont constitués généralement de manière que leurs atomes élémentaires sont d'abord combinés entre eux par affinité réciproque en une première molécule, que nous avons appelée molécule chimique, de type et de forme parfaitement définis ; et qu'ensuite, dans le plus grand nombre des cas, ces molécules chimiques sont groupées de nouveau par petits nombres pour former une seconde espèce de molécule, tout aussi bien déterminée de forme que la première, et qui est la véritable molécule physique, 11 y a donc, dans les minéraux, deux points fixes différents, auxquels on peut s'arrêter, pour faire de l'un d'eux la base de l'espèce ,* et, par conséquent, on conçoit comme possibles deux sortes d'espèces : une espèce purement chimique (fondée uniquement sur l'identité de la molécule chimique ou de substance), et une espèce physicochimique ou minéralogique^ fondée sur l'identité de la molécule physique, et partant sur l'identité de la composition chimique et de la constitution physique tout-ensemble.

Or, c'est en effet ce que nous apprend l'histoire de la science: Fespèce minérale a été faite tantôt d'une manière, et tantôt de l'autre. Les chimistes, se préoccupant avant tout de la composition chimique, ont considéré comme étant de même espèce tons les corps dont la molécule chimique était la même, faisant bon marché de toutes les modifications qui pouvaient avoir lieu en dehors de cette première molécule. Les minéralogistes , au contraire, en leur double qualité de physiciens et de naturalistes, ont attaché avec raison une très-grande importance aux différences de la constitution physique des minéraux, et pour eux le caractère de Fespèce réside dans la molécule physique, ou, ce qui revient au mtee, dans Fidentité de constitution physique, laquelle entraine nécessairement Fidentité de la composition chimique elle-même. Dans cette divergence d'opinions entre les chimistes et les minéralogistes, il n'y a rien qui doive surprendre : on conçoit très-bien que les deux sciences gardent chacune leur point de vue particulier, et qu'en même temps elles puissent parfaitement s'entendre, en tenant compte de la différence des points de départ.

6 Lffte th.

Aibsi donc, c'est Tidentitë complète de comtittitidù n^olflèuilaire qui peut seule établir le fondeinem de l'espèce tnihëràl^giqoe, iion-seulemeDt l'identitë de la moléciile chimfique, tnai\i encore celle de la molëcule physique. Or, la i^essétnblànëe dé là composition chitniqùe nous est indiquée 't)ar l'analyse ; celle de la constitution physique nous est accusée et>suite par la forme cristalline : car, l'observation prouve constamment que, quand les deux caractères fondamentaux s'accordent dans deux minéraux, le même accord a lieu pour toutes les autres propriétés essentielles, pour toutes celles qui dérivent de la structure et de la coflfMitntibn moléculaii^s, comme la densité, la dureté et lèscà* ractères optiques. Donc, Haiiy a eu raison de définit* Tespècè : l'ensemble des minéraux qui ont à la fois même bômpositinn chimique et même forme cristalline.

De cette définition, il résulte évideinment que l'analyse thîînique ne |>eut pas caractériser seole lu' nattire d'un min^i^àl : car elle ne nous apprend rien de sa constitution pb^si^ue, 'et, bien pliis, elle ne nous fait connaître sa composition âtomiqtie elle-mêkne que d'une manière relative, puisqu'elle ne va pas jusqu'à déterminer le véritable type de la molëcule chimique. D'un autre cdté, la forme cristalline peut bien noUs réprésenter jusqu'à un certain point la disposition relative des atomes; elle peut même dépendre en partie de leur nombre; tnars elle ne 'tmus <3it rien de leur nature, qui cependant exerce u\ie influence seti» 'sibie sur les propriétés du minéral : par conséquent, Tin terVentibn de la chimie est nécessaire pour compléter la connaissance de t'Espèce. Il faut donc faire concourir à sa détermination les deux caractères; il nous semble impossible de ne pas admettre une conséquence aussi logique. Aussi, regardons-nous le prin* cipe posé par Haiiy comme définitivement acquis à la science, et comme devant désormais servir de point de départ à toute * classification qui aura des prétentions au titre de méthode naturelle.

§ 4 • ^ définition de Plespèce donnée par Haiiy a-hélte reçu quelque atteinte, par suite de la découverte des faits de Pisoméne^ du dimorphisme et de Cisomorphisme ?

Les nouveaux faits, introduits dans la s<^ience depuis 'l'époque de Haiiy, ne sont aucunementcontraires à cette règle de spédification. Celui de Tisomérie lui est tout-à-fait favorable :'Car^est

GLASSIPICÂTU)^ JXM^ MINlfoUUZ. JJ

prëcUëiaeP^ m s'appuyaot svir des mp^ifiqatîons di^ genre d^ celle# qu'oa aplus tard appelées Uaménquesi,8nT des changements intra-oaoléculairçs, pu, cpfnipe il le di^it, sur les diffëreqçes de rôle que les mèoies atomes lui paraissaient pouvoir jpuer dans des coips de même composition apparente, que Haiiy fondait la nécessité d'a4joindre la forme cristalline à la composition chimiqi^e, comme second caractère spécifique. On peut voif dans ^ longue controverse avec les chimistes au sujet du calcaire et de Farragonite, qu'il avait prévu le fait de Tisomérie, que les chimistes n'ont reconnu et proclamé que beaucoup plus tard ; et dans ce qu'il en dit, on trouve bien réellement la çl^pse méme^ moins le mot^ puisqu'il admet dans ces dieu^ espèces une même composi* ' tion chimique avec des molécules et des propriétés physiques différentes. Ainsi donc, dans les cas d'isomérie proprement dite, et aussi dans ceux de l'allotropie^ qui n'est pas autre chose que l'isomérie des substances réputées simples, la définition de rEspèçe, donnée par Haiiy, s'applique tout naturellement ; les corps étant alors constitués physiquement d'une manière différente, ne peuvent pas être de la même espèce ni pour le physicien ni poiir le naturaliste ; et l'on doit les séparer et les distinguer par des noms différents : c'est ce qui a Ueu à l'égard du diamant et du çraphi te, bien que ces corps s))ient l'un et l'atltre composés de carbone pur.

Le lait de Y\9Q(^évie pe pouvant en aucune manière faire obstacle à l'application de la r,ègle, il doit en être de méoie de celu^ du dimorpbisme ou polymorphisme, que quelques personnes ont prétendu opposer à la méthode de Haiiy ; car, comme nous le croyons, et comme |e pensent aussi beaucoup de minéralogistes et de chimistes, les faits d'ailleurs peu nombreux, qu'on a voulu désigner par ce nom, ne sont que des cas particuliers d'isomérie (voyez i*^** vol. p. 5o8), et ne constituent par conséquent qu'un faux polymorphisme, un polymorphisme purement apparent Au fond, c'est un véritable héléromorf)hismey conséquence d'une diversité de constitution moléculaiie qu'accompagne encore une même composition relative.

11 n'y aurait qu'un dimorpbisme r^é?/quipût faire difficulté, et nécessiter peut-être quelque modification au principe de Haiiy : et par dimorpbisme réel, nons entendons ici le cas de deux minéraux qui ayant à la fois mêmes molécules chimiques et mêi^es molécules physiques, cristalliseraient malgré cela dans des systèmes (différents. Mais rien ne ,prc|«ve encore qu'il puisse en être

8 LlYEE m.

ainsi; jusqu'à présent donc c'est là un cas purement hypotUëtique, et j'ajoute fort peu probable ; et, en attendant qu'on fournisse la preuve de sa réalilé, il n'y a rien à cban£[er à la définition de Haiiy. Ce qui montre d'ailleurs de la manière la plus manifeste la solidité de son principe, c'est que les minéralo^stes qui sembleraient le plus enclins à admettre pour certains cas un dlmorpliisme réel, n'en continuent pas moins d'établir dans chacun de ces cas la distinction des espèces, conformément à l'ancienne règle.

Quant à l'isomorphisme, cet autre principe qui est aussi venu enrichir la science depuis les grands travaux de Haiiy, il est évident qu'il n'a rien de contraire à la règle qu'il a posée, puisqu^il ne suffit pas que deux minéraux aient la même forme pour être de la même espèce, et qu'il faut encore qu'ils s'accordent sous le rapport de la composition.* Ainsi, dans les cas d'isomorphisme apparent ou purement géométrique ( comme celui du diamant et du spath fluor), et dans ceux d'isomorphisme proprement dit (comme celui des carbonates rhomboédriques), la différence des compositions chimiques nécessitera toujours la séparation des corps en plusieurs espèces.

J'ai dit ailleurs, ep parlant du principe de l'isomorphisme (i^i'vol., p. 3i i), que sa découverte asvait aussi donné lieu à d'injustes attaques contre la méthode de Haiiy ; quelques savants ont pris occasion de là pour prédire la ruine complète de cette méthode, prétendant que la minéralogie venait d'être à jamais replacée sous l'empire de la chimie. C'est qu'ils jugeaient mal la valeur et la portée du nouveau principe, qui par sa nature était bien plus propre à rapprocher les deux sciences qu'à les diviser, puisqu'il ne faisait qu'établir entre la composition chimique et la forme cristalline, une corrélation telle que le chimiste et le cristallographe peuvent, dans beaucoup de cas, contrôler leurs résultats les uns par les autres.

S 5. De certaines idées qui parfois ofU guidé Hauy dans les

applications de sa méthode.

Nous devons, au reste, faire remarquer ici que ces vives attaques, dont la découverte de l'isomorphisme a été le signal, n'atteignaient qu'indirectement les principes de classification de Haiiy, et portaient bien pfutôt contf e la manière dont ce savant croyait pouvoir les appliquer dans certains cas. Nous sommes obligés de

CLASSIFICATION DKS MINÉRAUZ. 9

le reconnaître : Haûy, qui avait si bien établi les bases dé la philosophie minëralogique, et démontré la sécessitë du concours des deux sciences, en assignant à l'espèce minérale son double caractère, a souvent, dans l'application, dévié de ses propres principes, mais comme forcé par les circonstances, et comme par mesure provisoire. Tout en désirant que les recherches relatives aux deux caractères conspirassent également vers le même but, il ne croyait pas que, pour l'atteindre ou du moins pour en approcher, les deux sciences dussent toujours marcher ensemble; il pensait que l'une d'elles pouvait, en devançant Tautre, indiquer des réunions et des séparations, que celle-ci viendrait confirmer par la suite en achevant de compléter lesdéterminatioo^

Pour les séparations, cela se conçoit sans peine : car, puisque l'accord dans les deux caractères fondamentaux est nécessaire, il suffît que l'un d'eux se montre bien positivement en désaccord dans les minéraux que l'on compare, pour qu'on soit en droit de dire qu'il n'y a pas entre eux identité. Mais pour les réunîotos, on ne voit pas comment un des deux caractères pourrait devenir suffisant, après tous les raisonnements que nous avons faits pour établir la nécessité de leur concours. Aussi est-ce là, il faut l'avoue^ le côté faible de la méthode deHaiiy, telle que dans la pratique elle était devenue entre ses matns, c'est-à^ire , envisagée non pas en elle-même dans ses règles fondamentales, mais seulement dans quelques-unes des applications prématuréesqu'ilenafaites.

Toujours est-il que Haiiy s'est créé un principe auxiliaire, qui lui servait dans certains cas à aller au-devant de la détermination chimique, lorsqu'elle lui paraissait en retard , bien que ce principe ne fût pas une conséquence rigoureuse de sa définition de l'espèce, et que l'expérience ne l'eût pas suffisamment démontré. Ce principe était que deux minéraux de composition différente ne pouvaient avoir la même forme, à moins que ce ne fût une de ces formes régulières, uniques chacune en son genre, telles que le cube, l'octaèdre régulier, le dodécaèdre rhomboidal, et qu'il appelait /brm^i limites. C'est, nous devons en convenir, sans raisons bien valables, que Haùy en était venu à se persuader de la vérité de cette proposition. La découverte de l'isomorphisme a fait voir ce qu'il y a d'inexact dans son assertion, beausoup trop affirmative : elle ne l'a pas complètement détruite, comme on l'a souvent répété; mais elle a montré que les 'formes de deux espèces différentes pouvaient se ressembler asaes, pour que la différence de leurs angles fût très-petite et dif-

fieHè à •WÊnAr^ et elle a Iai»< entrevoir It poesibilit^ 4'uiie i4ei^ tkâ parfaite entre lee detn fonnee, sous la condkion 4'una 4^r^ taîae température dam lef deux tufetafices cristaUi^ëes.

(Dans les «cas (ie ^oe g^are, Haiày, préoccupé de ce pri0ci|pie seoondaire dont nous yeaaon» àt parler, se hâtait de conclure k Vide«itité<ie la ooœposttion ewemitlle, et il rejetait ks différence qu'ioffraient fes analyses, soit sur r«iiiperfectioici de leur^ résuJU taiB^ sort sur des particules étran^ree, qu'il supposait accidentel leitoentinélëes Bfvec la 'substance, etaeudeinent inierposées 0ntr^ leb laoMS de ses'crîetauK.

<Quoiqu« «in <peu liasao^ces^ œs opinions de Haiiy «Uiient sissesç pfatui^les à >Fëpoque où il eberchasit -k les faire prévaloir ; et çfi n'est qu'après hi dëçeuveite del'isomorphîsmequeled minéinilogîstas^enont reeonna tl-inezaotitnde. La plupart des dif&cMl^ ^ni tenaient aux variations d«s anaslyaeSf'âtique Haiiy aivaitiebcrr Akià iev«r par«pn prtneîpe subsidiaire, eofkt tombées d'elle^ mèmê»y pnisquUl eet coneiamt aujowid'hui que iei SMbsMMUces qae tiaiiy regardait earoaae accidentelles, font Je p)u^ Ao^vept |iartie >Hitégratite d«criatal^ qm dans ce cas eat co^t^p^é # ;pmir iéoHikrs îsKMniG^piies 'de différentes natures ; lia jm^xMère Ap CfiriAQPr »er du célèbre crîstallographe, dans .les cas de ce gepre, m'avaîiL donc peint de -fondement réel. G'-eet là Ja «9ule brèicbie qM.e l^dotn^^Gme ait latte, non pas-aux bases véritables delà i!»4- #r6ée de flaiif , ear <elles»soaxt restées imaotes^fiiAis aux iéé^ p» ^^Vmdpes trccesBdires, qui parfois le gnidaieQit i4ans les applica- IfMte Àe cette méthode, surtout vers la £da ^le sa^arrièriç*

l^i'dit tout-à-l'heore que, pour les séparations à établir .e^lve

les ittifinéràiix que Ton «lympare, on seul des caractères fonAa^-

mentaux potfvaitsï»fBre,'90it1e caraetèrid cbimique, soitfle carac-

Hëtt tnristaHograprtMque. Je dois ceppnAant ftiire ffemarquar >ioi

îjùè, si l'on se =lrôrne à un 'seul capactère, pour établir une dif-

•^ehcfe'd-eépèce entre deux minéraux, |l>£aut pouvoir pronwicer

avec certitude sur la valeurde ce caractère, qui ne doitipas^re

"ïatnèttie'datisles'deux corps, et par conséquent il^feut que l!on

ëbh parfahefrtemsûnr'de sa détcrniiiMttiion «dansd'un comme dans

•!*aiiti^.*Gir, FfexpUériendeeit là pour prouver que la chimie, efetoift

àùÉ^ bien la crtètatllographie, quand elles ont. été abapdonaéas

'à etles~mêm^ stfns'moyco^de contrôle réciproque, spnt tombées

ftéqnément dans des erreurs. «On n'e8t»l>ien sûr d'un caractère

^qUetjtcand sa détertnination«a'ëié»sottvent-répét«e, etsurtoutcon-

*Wôlte "(iâr déiB *6béefWit«tMï8» ^^un- autre' genre, aveo lasqif ^es^le

CLASSlFICAtkbV )btt MINiRAVZ. It

pfttÉfiér éHt^tèrâ a ùîiô rélatiôh intime et nëcesftïlfè. Or, ce rfeôt |>â9Uû dcô itioînires bienfaits de la dëcoûvcrle de Ksomôrpliisf&ie, que d*àVôîr établi uîhlien de celte espèce entre la forme crf^talllhe et là composition atomique, une relation tiouyetle qui permet maîn'tèàâttit àù chimiste et au ctistallographe de se prêter mutuellement secours, et de contrôler leurs déterminatîdné Tune par rauti'e.

5 6. bes principes par trop exclusifs de C école des naturalistes

purs.

Nous Veiiôrns de voir t[tiè la mëtbode deHauy,bien eottfprise^ e^i^ 'dàltrs rëtabKssemem dhine espèce, le concours des detit t^rïncijpànx caractères des minéraux, et les admet tous deux ^aa iMme titV'e.

*Cte n'est tft^en ^étàftMt des principes qu'il avait poses îttfmèmfe, et tcwotttie i^ritratbë par une sot^te de 'prédilection pour U sciencequ'ilavëlft créée, queHaiiy afini paraccorder d a ns'la pratiqué, la ptiééiViritfetfce au caractère de la forme, ce qui tendait -à dënfatufer'^a méthode et à en faire un système crîstallogra«> [Vhîque' J)uïr.- 'H ïi'est jartiais allé toutefois jusqti'à prononcer V-ét¥ clusioti absolue du caractère chîmitfue, comme Ta fait Mohs en AUettiagne.

Ge i^ëlèbi^ inînëralogiste 'soutenait que Pott dort décrire lék minéraux è l^ide des seuls caractères tirés de leur état ndtui^ tt qui leur appartietinent en propre, comme on décrit les aiïi^ maux et ft^ plantes; à ses yeux, les caractères chimiques n'étaient psts tles caractères naturels (naturhistorische), parce qu'ils ne prennent naîssanice et n'apparaissent que pendant ou après la destru(ition de l'être, et qu'ils ne sont point au notribre de ses pTtf^iétës ie^sentfelies et intrinsèques. Ce raisonnement, saiis doute, est fort spécieux : avec tous les développements que Mohs a su lui doifner, il offre Une thèse importante e» faveur des naturalises Contre lesi partisans de la méthode chimique pure. Mais, en y réfléchissant, on s'aperçoit bientôt que le savant allemaiid a poussé jusqu'à Texagération la rigueur de son principe, quandt' il a exclu tout ce qui a rapport à la composition élémentaire.

Ce lype molëeulaire, qui selon nous est le véritable fondement de l'espèce, est tout aussi physique que chimique : il tomberait sous nos sens, aussi bien que les types d'organisation des animaux ou des plantes, si qous avions des organes assez délicats

13 Liyn 111.

pour les saisir, ou des instruments assez puissants pour nous les rendre perceptibles. Si dans l'étude de ces types moléculaires, nous avons recours à l'analyse, c'est pour suppléer à ce que Tobservation directe ne peut nous apprendre. Mais Tinconnu que nous poursuivons ainsi, n'en est pas moins quelque chose de réel et d'actuellement existant, qui, loin de résulter de la destruction du minéral, disparaît au contraire au. moment de la décomposition chimique. Mohsa voulu assimiler la minéralogie à la zoologie, en disant que le zoologiste détermine les espèces animales, sans commencer par les détruire, d'après les seuls caractères qui leur sont inhérents, et que la raison prescrit au minéralogiste d'agir de même : mais colle assimilation manque de justesse. Si le zoologiste doit en effet se garder de mutiler l'être qu'il cherche à connaître, le minéralogiste peut bien, sans nul inconvénient, détacher une simple parcelle du minéral à déterminer, et nous avons vu que cela suffisait en général pour Tépreuve chimique. En opérant ainsi, il parviendra plus rapidement au but, et remplira son objet d'une manière plus complète. Nous devons faire remarquer cependant que Mohs, eu se privant du secours de la chimie, est arrivé à déterminer les espèces de telle façon , que ses déterminations concordent généralement avec celles de la méthode physico-chimique : c'est qu'il les fonde sur Taccord constant et rigoureux de trois au moins des principaux caractères physiques : la forme cristaUme, la dureté et la densité; et, pour le dire en passant, ce n'est pas là vtn principe nouveau : c'est celui qu'avait établi avant lui un minéralogiste français, Rome de l'Isle (i). Si, comme on vient de le voir, Mohs et les disciples de son école se sont montrés beaucoup trop exclusifs, les chimistes, de leur côté, n'ont pas manqué de prendre leur revanche, en essayant de donner pour basé à la minéralogie un système purement chimique. Haiiy, pa»sa méthode également éloignée de ces deux extrêmes, nous parait s'être rapproché beaucoup plus de la nature, et sa règle de spécification est encore la plus rationnelle et la plus sfatisfaisante de toutes celles qui ont été formulées jusqu'à présent.

(1) IVapi-ès Rome de llsle et Mohs, raccord dans la forme cristalline, la dureté et la densité, suffit pour faire admettre l'identité d'espèce. Haûy la constate par l'accord dans la forme cristalline et la composition chimique, accord qui entratne toujours la ressemblance dans les deux autres caractères spécifiques, la dureté et la densité. On Toit pourquoi les minéralogistes des deux écoles doÎTcnt se rencontrer dans les résultats de leurs déterminations.

CLASSIFICATION DBS HINiRÀUZ. t3

^ 7. Des difficultés que ton rencontre dans tapplication de la règle. — Des variétés mélangées.

Dans l'application de cette règ;]e> on rencontre quelques difficultés qui proviennent de ce qu'un mioéral n'est pas toujours pur, c'est-à-dire composé dans toute sa masse d'une seule sorte de molécules, comme le suppose la définition de l'espèce. Cette masse offre souvent un açgrégat de molécules diverses, et par conséquent un mélange de plusieurs espèces minérales, puisque c'est la diversité des molécules qui constitue réellement la différence des espèces. Dans le cas très-firéquent où le mélange a eu lieu, d'une manière tout-à-fait accidentelle, entre une première sorte de molécules qui a cristallisé toute seule, et une autre espèce de molécules qui ne ressemble en rien à la première, et qui se trouve simplement interposée dans les mailles du réseau formé par celle-ci, ce sont les premières molécules,auxquelles seules est due la cristallisation, et qui, d'ordinaire, sont en quantité prédominante , qui déterminent l'espèce à laquelle le mélange devra être rapporté; ce mélange y figurera comme variété particulière, avec un nom distinct, indiquant la nature de la substaoce accidentelle. Ainsi, les cristaux en rhomboèdres aigus, formés au milieu des sables de la forêt de Fontainebleau, et qu'on désignait autrefois par le nom de grés cristailisé de Fontainebleau , n'étant rien autre chose que des cristaux de calcaire spathique avec des molécules de silice ou de quarz, interposées entre leurs. lames, doivent être classés dans l'espèce calcaire, comme variété impure ou de mélange, sous le nom de Calcaire quarùfère. Dans tous les cas donc où il y aura une prédominance marquée , soit de rûle , soit de proportion , dans une des sortes de molécules composant la masse, on agira de la même manière que dans le cas particulier dont nous venons de parler.

Il est, on se le rappelle, un genre de mélanges très-di£Eérent de celui qui précède, et dont tous les éléments constituants font partie du cristal, quand la masse offre une structure régulière : ce sont les mélanges de molécules ou de composés isomorphes. Le carbonate de chaux , qui cristallise en rhomboèdres obtus de io5^5', est souvent mélangé de carbonate de magnésie, ou de carbonate de fer, de carbonate de manganèse, etc., dont les molécules font partie intégrante du cristal même : dans ce cas

«4 WT^^t <w.

encore, on agira comme précédemment, si le carbonate de ch^UY pjrédQfBÎue d'unç manière notable d^m le jnélange; et c'est ainsi qu'on aura, d^ns Fespècç calcaire > c^jmme variétés mélangées : des Calcaires magnésifères ^ des Calcaires ferrifèrtit dos CaJLcaires tnmg^méêifèresy ou ferrç'mtmion^iffrçff etCr

Mais il' est une circonstance qui peut devenir emb^^nimAt^ 44ns certains cas : c'est que les mélanges de coif^posé^ i^somç/ff pbes peuvent se faire eo toutes proportions , et d^jQs des r^ ports simples aussi bien que dans les rapports les plMs çqmf^ quési. Le carlKMP^te de cbaux» par exemple, peiu qr^st^Uiser av^ le carbçoate de inaignésie en toute espèce de propprAlopp a^ «niques, et, par conséquent, comme c^s partiiCMli^r, en propputiops égales. Si l'on désigne par A les ipolécule^ du preini^ carbonate, par B pelles du second , par m ttn les norpbre^ ^ftti«rs qui expriment l^ proportion? relfitives des deu;K sort^ 4^ inplécule^» on pourra représepter l^ série ^nti^M^e de tous l^s miflanges possibles entre les deux carbonate^ de )a paaj^ièyre §^îvaatfli eu isuppos^t m toujours plus grand que n,

mA+nB A+B nA + mB B.

Oo v^-que ceto série d^ termes mélajo^és abp^tit d^ chaque côté à deuj( terj^es ^xtrêmejs^ A et JB, à demc Uipit^ss qui f^présentent des espèces p^ropreoiept dites, des espèces simples p|i purea, telles que la 44fipitipn le sijq)pose ; e^ qqe tou^ les ^rf^irfs interaiédiaiii9s compo^, ou toutes le^ variétés de mélange, pi^t ausâ une auure limite <:omni une vers laquelle il^ tendent, )a^t(S3nififi jn^en delà ^)K»mpositipn I9 pIp3.$iQ9ple possible, Ip.^erp^e 4+B.

lorsque m sera beaucoup plus |;rand que n^ c'est-à-dire lorsque le terme de la série, qui r^résentera le méU^ge, sera trèprftpproicbé'.de A ou de % U isègle grdip,9^iris s'^^ppliquera «ncop;e sans difficuké : ^on classera le mélapge divins celle jdes espèqes ^mple^ dont la proporUon relative ^^ra p^dominante., le cojtisidérant comme étant une variété de cette espace, j^veç u^ Qfify

t^ine ,qu«9tit^ dp J'ai^i^e eu plus.

^ 8. Espèces mixtes, ou méifsses.

Mais, d'âpre? la propriété c^ra^téristiqMe diss conipos4s i$oi^orpb^s«il peut strjciyeir que les4eiUX,spr|:iQs de molécules A ejt P cristaUisept en «quantités égales^ ij^e jf^métp ^ jréaliser ^e ter^ue iwqyçnA+B. il ^ i^p;ie |>pssiiM^,gue,çe$,|]^éfîule8^^^

classificaiMn ibik minéraux. y S

tendance aie réaliser plus fréqueteinéùt que tout àdti^K, dddliiie té serait le cas des molécules de deux sels, dont ICê diâdôtutiûilB àU* raient été mélangées en prûportions é<|ùivaliEintëS, et qui aufaiétlt sensiblement le même dégcé de âôlubiTîté. Dâkld tt cas, lei molécules des deux sels abandonnefaiebt en tùème temps la dti^* solution communç en quantités égalés, et formerâicfnt titi iiristld mixte, un mélange uniforme et simple, Simulant patfeltcmént une combinaison définie (i^ vol., pag. 69). La doloDiie est utk de ces mélanges naturel, à parties ^ales, qu''on observe ti%* fréquemment entre les carbonates de chaux et de magnésie, bien que d'autres rapports simples, tels 2A4-B, ou À+^B, puissent aussi se rencontrer dans là nature. Le mesitinspath , oU plutôt la pistomésite de Breithaupt, est un mélange tout setn^ blable, que présentent les carbonates de magnésie et de ftnr. Qae faire de ces mélanges, à parties égales , également éloignés del deux extrêmes ou des deux termes simples A letB? Il tfy a aucune raison pour les rapporter à Tun d'eux plutôt qu^ Fautre. Pour sortir d'embarras, îl faut évidemment classer à part tcei cas partît uliers de mélange , quand leur existence a été btefi constatée, et que leur répétition est fréquente, fl fsmt les consi* dérer comme des individus mixtes, appartenant à trne espèce métisse, en sorte qu'on est amené forcément à reconnaître et à distinguer dans le règne minéral, des espèces de deux sortes : des espèces simples, ou espèces proprement dîtes, cotiformes à la définition ou notion thiéorique , et des espèces mixtes, inteiu médiaires entre les espèces simples, et qoi sont les hybrides oti métis de la minéralogie (1). Les espèces simples se composeift d'individus ou de masses particulières à une seule sorte de mw-

(1) Ob poomlt peit^étrt être tante dt jastiHtr l'ftdaiiitioiiy pami les «»pèoet, de ces aélaiieel qui simuleiit des combioaitons définies^ en se reprétentant leur réseau crittalliDj celui de la dolomie , par exemple , non plus coDune :

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