‹ Nouveau cours de minéralogie, comprenant la description de toutes les espèces minérales avec leur applications directes aux artsChapitre 26 sur 69 · IMPERFECTIONS DES CRISTAUX. 2IO · texte numérisé non relu

IMPERFECTIONS DES CRISTAUX. 2IO

connaître, en rendant sensibles des différences entre les faces» les arêtes, les diagonales et les angles solides, que la forme géométrique seule ne peut accuser.

Ce phénomène consiste dans une sorte de rayure naturelle que nous offrent les faces de beaucoup de cristaux, et pareille à celle que Ton voit habituellement sur les pans des prismes du cristal de roche ; ces faces semblent avoir été rayées et comme burinées à l'aide d'une pointe dure. Ce phénomène est très-ordinaire; car, beaucoup de faces, qui à la vue simple paraissent lisses, laissent apercevoir des stries fines quand on les examine avec le secours d'une loupe ou d'un microscope. Loin donc d'être un cas exceptionnel, c'est peut-être l'état le plus commun des faces cristallines, et sans doute, ces figures, telles que celles qu'on voit pi. XV, sous les numéros 23, 27 et 3o, ou plutôt les modèles en bois qu'elles représentent, et dont Haiiy a fait un si bon usage pour peindre aux yeux ce que sa théorie de la structure indiquait à l'esprit ; ces figures, où les faces apparentes résultent du . nivellement d'une foule d'arêtes ou de pointes de molécules, ne nous représentent pas seulement un genre de texture moléculaire, qui échappe à nos yeux par l'extrême petitesse de ses éléments, elles nous représentent aussi une structure, qui peut devenir sensible et parfaitement observable.

On a considéré les surfaces striées comme le résultat d'une combinaison alternative ou oscillatoire de certaines faces cristallines, existantes déjà ou du moins possibles sur le cristal, qui offre ce genre d'accident. Jusqu'ici, nous avons toujours admis que, quand deux formes simples entraient en combinaison l'une avec l'autre, les faces de Tune s'interposaient tout d'une pièce entre les faces dé l'autre. Mais quand on examine de près les stries horizontales, qui couvrent les pans du quarz prismo-pyramidé, fig. 45, on voit que ces stries sont déterminées par des crêtes ou saillies cunéiformes, formées chacune de petites bandes planes, fort étroites et alternativement inclinées en sens contraires; de plus, on reroarque que ces éléments plans sont alternativement parallèles aux faces P et z, qui terminent le pan r que Ton considère. On a vu là un nouveau mode de combinaison par alternance des deux faces P et z, dans la région occupée par le pan r, comme si les forces qui tendent à produire les deux faces P etz, avaient agi périodiquement et d'une manière intermittente, ou bien avaient eu alternativement l'avantage l'une sur l'autre, jusqu'à ce qu'enfin une des deux l'eût emporté sur

la seconde d'une manière définitive. Mais, sans recourir à ce mode d'explication, on peut faire rentrer ce phénomène dans I9. classe des faits connus et admis de tout le monde, en ne voy^nj dans le plus grand nombre des cristaux à faces striées, que ,1e résultat d'un groupement direct (voyez p. 191) d'une foule de petits cristaux de même forme et de mêmes dimensions, apposai parallèlement les uns aux autres, comme c'est le cas de ces modèles composés dont nous parlions tout-à-1'heure, et que Hajiy £ imaginés pour les développements de sa théorie. Tous ces petMn cristaux pourraient se fondre à l'intérieur en une masse continue, et ne seraient distincts et séparés qu'à la surface ; ce serait quelque chose d'analogue à ces aggrégations d'individus qu'on, voit dans le dernier embranchement du règne animal, individus qui se perdent intérieurement et dans une masse commune^ tandis qu'à la surface les individus sont libres et distincts par leur côté extérieur. Nous allons voir que des raies ou fissures parallèles peuvent avoir encore d'autres causes que celles que OO03 venons d'indiquer; nous appellerons stries de groupement cellça dont il vient d'être question, parce que nous les rapporterons à la dernière des causes que noys avons signalées et qui nous paraît la plus naturelle; mais, quelle que soit l'origine de ce genre d'accident, il y a là un fait général d'une grande importance;, c'est que toute direction de strie est parallèle à une arête ou à l'intersection de deux faces cristallines, et qu'elle est susceptible (Tune détermination cristal] ographique rigoureuse, circonstance qui assigne une grande valeur à l'observation de ce caractère.

Si l'on place une face striée par groupement dans une position oblique, elle nous apparaîtra alors comme une sorte de gradin montant ou d'escalier, ainsi qu'on le voit dan* la fig. a3, pl.XY. Les petits plans élémentaires, dont se composent les crêtes cunéiformes, forment la largeur et la hauteur des marches 4e cçt escalier; et, à cause de l'uniformité de ces marches, la surface qui touche tous leurs bords saillants est plane. Ce plan résultant correspond presque toujours à une des lois fie modification les plus simples et les plus ordinaires. Cependant, dans quelques ca^ comme dans le quarz dît fusif orme, on observe des faces striées, obliques à Taxe, et qui ne peuvent répondre qu'à des modifications tout-à-fait extraordinaires.

Si les marches du gradin., au lieu d'être uniformes, variaient progressivement, soit eu largeur, soit en hauteur, la surface un* .génie ne serait .plus plane, ce serait une surface cpjtrbq, dp

IMPERFECTIONS DÈS CRISTAUX. ail

!{éhre cfe celles que les géomètres appellent des surfeces déve-« oppables. I! en résulterait pour le cristal une courbure superficielle et simple, clans le sens perpendiculaire à la direction des Stries. C'est là sans doute une des causes les plus ordinaires des arrondissements que Ton observe dans les cristaux, dont la structure interne est d'ailleurs parfaitement régulière.

Outre les stries de groupement, qui consistent dans une succession de saillies et de rentrées cunéiformes, on doit encore admettre deux autres sortes de stries, -dont les unes sont des stries et accroissement, dues à la formation successive du cristal par lames ou couebes polyédriques parallèles, qui se distinguent nettement à fa surface du cristal ou dans sa cassure , non-seulement par la couleur différente des zones, mais encore par les fissures qui les séparent,* les autres sont des stries de clivage, et sont produites de même par les fissures infiniment étroites et profondes qui séparent les couches que le clivage peut mettre successivement à découvert.

Les stries des cristaux peuvent différer beaucoup en intensité, êf, sous ce rapport, on distingue les stries fines et les cannelures plus ou moins grossières et profondes.

Sur une même face, la rayure peut être simple ou multiple, fille est simple, quand on n'observe qu'un seul système de lignes parallèles ; nlle est multiple, quand il y a sur la même face plusieurs directions différentes, et par conséquent plusieurs systèmes de stries, qui sont ou juxta-posés, ou entrecroisés.

Dans le cas d'un seul système de stries, on doit donner beaucoup d'attention à leur direction particulière, qui peut être trèsvariable dans des formes de même genre, appartenant à un même système de cristallisation. Dans les cristaux prismatiques et sur les pans des prismes, les stries peuvent être verticales ou disposées en long, comme on le voit dans les cristaux de béril aigue-marine, de tourmaline et de topaze ; elles peuvent être horizontales, ou en travers, comme dans les prismes de quarz, de céruse et de polybasite; elles peuvent se présenter obliquement, comme dans les prismes de calcaire spathique et.de miargyrite. Dans les rhomboèdres, les faces peuvent être striées parallèlement à l'une ou i Vautre des diagonales; dans les dodécaèdres ou trapézoèdres du système cubique, les stries sont parallèles à la petite diagonale ou à la grande des rhombes ou des trapézoïdes, etc.

Dans le cas des stries multiples, les systèmes de stries peuvent être non croisés et simplement juxta-posés. Dans les rhomboèdres

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de l'aifknt rouge et de la chabasie, deux systèmes» séparés par une ligne de suture, présentent la disposition pennifbrme qu'on voit fig. 48, pi. XIV, et laissent entre eux un petit champ libre de forme rhombe; sur les faces octaédriques de la pyrite, trois systèmes prennent naissance sur les angles et se continuent jusqu'à leur rencontre mutuelle, mais sans se pénétrer et en laisant vide un espace triangulaire , fig. 49 ; sttr les pans des prismes de l'harmotone, quatre systèmes pareils entourent un espace parfaitement lisse, ayant la figure d'un rhombe, fig. 5o.

Les systèmes de stries sur la même face peuvent se croiser et former des assemblages de lignes réticulées ou tricotées, comme on le voit sur les bases de certains cristaux à clivage rhomboédrique, comme les cristaux de calcaire spathique, de corindon et de fer oligiste (fig. 5 1), où les stries se croisent sous des angles de 6o°.

Les stries n'ont d'autre inconvénient que de nuire à la mesure des angles ou à celle de la dureté du minéral : ces inconvénients sont bien rachetés par de précieux avantages. Les stries se répètent toujours de la même manière dans toutes les directions qui ont la même valeur cristallographique ; en ne se répétant pas dans celles qui, au point de vue géométrique, seraient équivalentes» elles annoncent et caractérisent un mode particulier d'hémiédrie : par exemple, les stries en diagonale des cubes de la blende annoncent l'existence du tétraèdre dans ce minéral, comme celles des cubes de la pyrite annoncent l'existence du dodécaèdre pentagonal. Voyez pages 1 18 et ia3. Les stries peu* vent encore servir utilement à orienter les combinaisons : elles marquent les lignes de séparation des individus dans les cristaux qui se pénètrent et sont contenus sous une enveloppe unique, comme cela a lieu pour certains cristaux de quarz et de pyrite.

Il y a une autre sorte d'accident que les faces peuvent offrir, et qui se rattache au phénomène des stries : c'est ce qu'on peut appeler le pointillage des faces. Il a lieu dans les faces qui présentent, non une suite d'arêtes fines et très-serrées, mais un assemblage de petites pointes, qui sont autant d'angles solides formés par la réunion de trois ou d'un plus grand nombre de facettes planes. Dans ce cas, la texture des faces, au lieu de ressembler à celle que nous représente la figure 23, pi. XV, citée plus haut, est analogue à celle que représente la figure 3o de la même planche, et il est évident qu'on peut l'expliquer par un groupement direct de petits cristaux, qui viennent tous se niveler

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