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SELS AMORPHES

APPENDICE, — SELS AMORPHES (d’origine animale). LE GUANO (ou Huano des he

Cette substance singulière, dou on doit là connaissance à De Humboldt, est d’un jaune sale, d’une odeur forte et ambrée; elle noircit au feu et exhale une odeur ammoniacale. Elle est abble avec effervescence dans l'acide azotique à chaud. Après l’évaporation de la solution, le résidu, séché avec précaution, prend une belle couleur rouge, caractère qui dénote la présence de lacide urique. On y a reconnu en effet la présence de l’acide urique, de l’acide oxalique, et de l'acide phosphorique, avec de l'ammoniaque, de la chaux et de loxyde de fer, composition analogue à celle de la fiente des oiseaux. Cest en effet un produit organique, qu'on trouve en masses considérables, et qui provient de laccumulation des excréments des oiseaux de mer. Il fournit un engrais très-énergique, auquel les côtes du Pérou doivent en partie leur fertilité. On le trouve en grandes masses, qu'on exploite à ciel ouvert, sur une épaisseur qui va quelquefois jusqu’à quinze et vingt mètres, dans un grand nombre d’ilots et de rochers, voisins des côtes du Chili et du Pérou (îles Chincas, près Pisco). Elle est l’objet d’un grand commerce pour les habitants de cette ville, et pour ceux de Chansay. On trouve aussi des dépôts de guano dans des îles ou des baies appartenant aux côtes occidentales de l'Afrique. Importé en Europe depuis un certain nombre d’années, ce précieux engrais a donné de bons résultats, et chaque année il sort des ports d’Angleterre et de France un certain nombre de navires, qui vont le chercher fort

loin au-delà des mers.

Cours de Minéralogie. Tome Il. | 14

IVe Ororr. SOUFRES. -

Tribu unique. RaomBiques.

ire Espèce. SOUFRE NATIF.

Caractères essentiels.

Composition atomique : $S. soufre pur.

Système cristallin : orthorhombique.

Forme fondamentale : le prisme droit rectangulaire p m t, fig. 8, pl. 19. : :

b:c:g=1,23:1:2,34. Mitscherlich.

Caractères distinctifs.

GÉOMÉTRIQUES.— Forme primitive, ou de clivage: l’octaëdre droit rhomboïdal a (fig. 7, pl. 19), dans lequel l'angle dièdre de l’arête horizontale est de 143°17°, et ceux des arêtes culminantes de 106938, et 84°58. Les divisions parallèles aux faces de l’octaèdre sont sensibles dans certains cristaux : on a remarqué aussi des traces de clivage, parallèlement aux faces g', troncatures des arêtes latérales.

Paysiques. -— Densité 2,1, dans le soufre naturel; celle du soufre fondu est un peu plus faible. — Dureté, de 1,5 à 2,5. Ténacité : très-fragile. — Cassure : généralement conchoïde et

éclatante. — Chaleur spécifique : 0,2026.

Réfraction : double, très-forte ; doublant les images, même à travers des faces parallèles. — Angle des axes optiques : de

70 à 75°. — Indice de réfraction, 2,115. — Pouvoir réfringent, 2,20.

Transparence : assez sensible dans quelques cristaux; mais généralement le soufre n’est que demi-transparent ou translucide ; et quelquefois même il est tout-à-fait opaque.

Éclat: vitreux ou gras dans la cassure; quelque peu adamantin sur les faces cristallines.

Couleur : d’un jaune pur, ou tirant sur le verdâtre; le plus souvent, d’un jaune citron, ou jaune miellé.

Electricité : acquérant par le frottement, sans avoir besoin d’être isolé, l'électricité résineuse.

CHiniques. — Très-facilement fusible: il entre en fusion à la température de + 1 11°, et constitue alors un liquide transparent, d’un jaune citrin. Ce liquide conserve sa couleur et sa fluidité jusqu’à + 160°, où il commence à s’épaissir et à prendre une. teinte brune (soufre mou). Il est tellement épais vers + 220°, que l’on peut renverser le vase qui le contient, sans qu'il s’écoule : dans cet état, il est d’un noir brunâtre. Chauffé jusqu’à + 400°, en vaisseaux clos, il redevient fluide, entre en ébullition, et se volatilise : sa vapeur est d’un rouge- GrARSE Les différents degrés de consistance, de couleur, et même de densité que présente le soufre, en passant par les températures que nous venons d'indiquer, tiennent sans doute aux changements que subit alors sa constitution moléculaire. En partant de la température de 111°, à laquelle il commence à se fondre, si on le laisse refroidir lentement, il cristallise en prismesobliques, à bases rhombes, et par conséquent sous une forme incompatible avec celle qui se rapporte à. tous les cristaux naturels : nous reviendrons bientôt sur cette circonstance remarquable de dimorphisme.

Le soufre exhale une odeur particulière par le at Il se brise én éclats lorsqu'on le chauffe d’une manière brusque, ce qui fait qu’on entend une sorte de petit craquement, quand on le serre dans la main. | |

Le soufre est très-combustible : il senflamme aisément, brûle avec une flamme bleue, sans laisser de résidu, et en répandant des vapeurs âcres et suffocantes, qui sont de l’acide sulfureux. Il est soluble dans le sulfure de carbone, le chlorure de soufre, la benzine, le naphte, les huiles grasses, etc.

. Le soufre naturel est généralement composé de soufre pur, et par Dans eAent dans l'état actuel de nos connaissances chimiques, c’est un corps simple ; mais il est quelquefois mélangé de bitume, qui le colore en brun, de sélénium, qui lui donne une teinte rouge, et quelquefois de matières terreuses. .

VARIÉTÉS DE FORMES, Formes déterminables.

Modifications principales : sur les arêtes : b!, ct, g°. — sur les angles : at, a”, aÿ.

Les principales formes simples ou combinaisons observées parmi les formes cristallines du soufre, sont les suivantes :

1. Le Soufre ociaèdre, a° (soufre primitif, Haüy), fig. 7, pl. 15. Cest l'octaèdre de clivage, dont nous avons donné les angles ci-dessus. On trouve cette variété à Conilla, en Espagne ; à Césène, en Italie; en Sicile, etc. ; et dans un grand nombre de volcans. Elle se retrouve comme forme dominante dans la plupart des autres variétés.

Le Soufre basé, Haüy, a°p (fig. 9). La variété précédente, dont les sommets sont remplacés chacun par une face rhombe, parallèle et semblable à la base, p sur a! — 108°2r°. À la Catholica, en Sicile.

3. Le Soufre unitaire a” t (fig. 10). La variété octaèdre, époin- ‘tée à deux des angles solides latéraux. En Sicile.

4. Le Soufre prismé a*q” (fig. 11). Le même octaèdre tronqué latéralement sur les arêtes de la base, en sorte En les deux His sont séparées par un prisme. g' sur g'= 101°59; D OUTD — 101059. À Conilla, en Espagne.

5. Le Soufre émoussé a c' (fig. 12). Le même, émarginé sur les arêtes culminantes aiguës. c! sur ci — 124°21°; a! sur c'— 132°29. À Conilla, en re . 6. Le Soufre dioctaèdre a* à (fig. 13). Eé: même octaèdre, surmonté de a et d'autre d’une pyramide quadrangulaire plus. surbaissée. a° sur a° — 90°15 ; FN 1 ét Fan re

7. Le Soufre octodécimal, a’ &@p. La variété précédente, épointée aux sommets. À Saint-Boës, département des Landes. À Conilla, en Espagne. À la Catholica, en Sicile. Dans la Californie.

8. Le Soufre équivalent, Haüy, at@c'p. La variété précédente, émarginée à l'endroit des arêtes obliques aiguës. À Conilla, Espagne. À la Catholica, Sicile.

On cite encore des cristaux où l'on a observé les modifications b!' et aÿ. Ces modifications, combinées avec les précédentes et avec les faces p, m, t de la forme fondamentale, donnent lieu à un grand nombre de formes composées, parmi lesquelles nous nous sommes borné à décrire les plus ordinaires. M. Maravigna, professeur à l’Université de Catane, a publié une monographie des cristaux de soufre, observés seulement dans les environs de cette ville, et le nombre des formes différentes qu'il indique dans ce travail, s'élève à quarante-six.

Variétés de couleur.

Les principales variétés de couleur sont: le jaune pur, le

jaune de citron ou jaune d’huile (cristaux de Conilla); le jaune miellé ou jaune rougeâtre (cristaux de Sicile); le jaune verdâtre (cristaux de Césène); le brunâtre, le grisâtre et le blanchître. Ces dernières couleurs, jointes à l’opacité, paraissent dues à un mélange du soufre avec une matière argileuse ou bitumineuse. Quant à la teinte rouge, assez ordinaire dans les cristaux de la Sicile et dans ceux des terrains volcaniques, quelques minéralopgistes l’ont attribuée à la présence d’une certaine quantité de réalgar, d’autres à celle du fer combiné avec le soufre. M. Stromeyer, ayant recherché la nature du principe qui colore en rouge-orangé le soufre sublimé de Vulcano, une des îles Lipari, a reconnu que c'était une combinaison naturelle ou . un mélange de soufre et de sélénium (r). Nous reviendrons plus loin sur le soufre sélénifère.

Variétés de texture et d'aspect.

Soufre vitreux. — Texture, cassure et éclat vitreux, passant quelquefois à l'éclat de résine ; transparence presque parfaite, ou demi-transparence. Cassure ordinairement conchoïde.

a fibreux ou aciculaire. — En masses stratiformes, composées d’aiguilies cristallines (la Guadeloupe), ou en concrétions d’un jaune blanchâtre, à texture fibreuse et presque compacte, formant des lits de plusieurs pouces d'épaisseur. À Saint-Philippe, en Toscane, et dans la grotte de San-Fedele, près de Sienne.

Soufre dendritique. — En petits octaèdres groupés à la file les uns des autres, et composant des faisceaux de fibres, striées transversalement. Soufre strié des volcans. “

Soufre concrétionné en stalactites eylindroïdes, d’un Jauneorangé, ou en croûtes mamelonnées. Cratère de Vulcano.

Soufre compacte. — En masses amorphes, d’un blanc ou d’un gris-jaunâtre, associées au soufre cristallisé des terrains de sédiment, en Sicile (Mazzarino); en Italie (Césène); en France (Malvesi, près Narbonne). En nodules d’un brun hépatique, à Radaboy, en Croatie. ;

Soufre puivérulent ; fleurs de soufre. — En petites masses terreuses, composées de particules faiblement aggrégées (Mazzarino\; ou sous la forme d’un enduit jaunâtre, ou d’une pasins blanchâtre, à la surface des laves ; dans l’intérieur des silex géo-

({) Archives de Kestner, t. L, p. 326; et Journal philosoph. d'Edimbourg. juin 1825, p. 188.

diques (La Charité, près Besançon, département du Doubs; et dans le département de la Haute-Saône); dans les lignites d’Artern, en Thuringe; dans les marnes argileuses de Montmartre, près Paris ; et dans tous les lieux où il y a des eaux sulfureuses, et des matières organiques en décomposition.

Soufre Dre — Sous des formes empruntées à des graines de chara, ou à des coquilles du genre planorbe (en Aragon).

Gisemenits et localités. — Le soufre affecte différentes manières d’être dans la nature. Il ne forme pas à lui seul de roche, ni de gite proprement dit, mais il se rencontre dans des terrains de diverses natures, et de diverses époques, tantôt implanté en cristaux sur les roches qui les composent, tantôt disséminé dans leur masse en petits lits, en nids, nodules ou amas plus ou moins volumineux, quelquefois en particules presque imperceptibles, et comme ciment de la roche, tantôt enfin en enduit pulvérulent à sa surface. On le trouve aussi au milieu des filons qui traversent les roches de différents âges.

Dans les terrains primordiaux de cristallisation (terrains primitifs, ou métamorphiques), il n’est pas très-ahondant, et c’est presque uniquement dans le Nouveau-Monde que se trouvent les seuls exemples que l’on connaisse de ce gisement. De Born a cité du soufre granulaire, disséminé dans un micaschiste, à Glashütte, près de Schemnitz en Hongrie. De Humboldt a observé cette substance dans un quarzite subordonné au micaschiste, à Ticsan, dans ies Andes de Quito; dans le porphyre, au volcan de lAntisana, et à l’Azufral, près la ville d'Ibarra. M. d’Eschwege a trouvé du soufre disséminé dans un calcaire subordonné à un phyllade du même âge ie celui auquel est superposée l’itacolumite, à Serro-do-Frio, près San-Antonio Pereira, au Brésil. L’itacolumite, cette roche si abondamment répandue dans cette partie du Brésil, est pénétrée elle-même de particules de soufre; car, réduite en plaques minces et fortement chauffée, elle bréle avec une flamme bleue. Enfin, on a cité du soufre dans le calcaire saccharoïde de Carrare, sur la côte de la Méditerranée, entre Gènes et Lucqués.

Dans les terrains de sédiment primaires (ou anciens terrains intermédiaires), le soufre se rencontre aussi, mais assez rarement. On le trouve en masse au milieu des gypses des glaciers de Gebrulaz, près de Pesey, dans la Tarentaise, et dans ceux de l'Oisans en Dauphiné; on la trouvé aussi dans des calcaires du :

même âge, à Sublin, non loin de Bévieux, au canton de Berne en Suisse. De Humboldt l’a observé avec l’or au Pérou, dans les Andes de Caxamarca, entre Curimayo et Alto del Tual, sur la limite des porphyres intermédiaires et du calcaire pénéen, dans des masses puissantes de quarz, qui sont parallèles au grès rouge, Enfin, Beudant l’a trouvé à Kalinka, en Hongrie, sur la pente septentrionale de l’Osztroszky, dans une roche qu'il a Los vers le terrain de diorite porphyroïde.

Dans les terrains de sédiment proprement dits, inférieurs et moyens, le soufre est beaucoup plus abondant. Son principal gisement est au milieu des gypses, des calcaires et des marnes argileuses des dépôts salifères; mais il se montre aussi au milieu des roches analogues des terrains de sédiment supérieurs. On le trouve dans ces roches en nids plus ou moins étendus, qui vont quelquefois jusqu’à plusieurs pieds d'épaisseur, en veines ou en amas, postérieurs aux couches qui les renferment. Il y est associé presque constamment au gypse, au sel marin et à la célestine (en Sicile); plus rarement au bitume (Saint-Boës, près de Dax, dans les Landes). Cest de ces terrains que proviennent les plus beaux groupes de cristaux connus, savoir : ceux de Conilla, près de Gibraltar, à huit lieues de Cadix; ceux de Césène, à six lieues de Ravennes, sur l’Adriatique; et ceux de Girgenti, du Val di Noto, et du Val dé Mazzara, en Sicile. Le soufre de Conilla, d’un jaune citron, est dans une marne argileuse grise, endurcie, contenant du calcaire spathique en petits cristaux, du quarz, et de la célestine bleuâtre; celui de Saint-Boës, près de Dax, est dans un calcaire appartenant à l'époque crétacée. Le soufre de Sicile, de couleur jaune ou miellée, et quelquefois verdâtre, est en bancs horizontaux très-puissants, qui reposent sur un schiste sablonneux. Le soufre dans ces bancs est mêlé de marne grise endurcie, de calcaire gris avec de beaux cristaux de gypse, de calcaire spathique souvent concrétionné, et de An blanche en cristaux très-nets et parfois très-volumineux {la Catholica, près de Girgenti). Ces dépôts paraissent être de l’époque tertiaire, ainsi que ceux des bords de l’Âdriatique. Le soufre de Césène est, comme ceux de Sicile et Espagne dans une marne argileuse grise, endurcie; il est accompagné de célestine blanche, et quelquefois de cristaux d’aragonite semblables à ceux de l'Espagne. En plusieurs points de la Sicile et de Ptalie, à Occhio, et dans le Val de Noto, à Peretta, près de Sienne, le soufre est disséminé dans un grès quarzeux. On a trouvé aussi du soufre dans les

gypses ou les argiles des salines de la Lorraine, du pays de Hanovre, de la Thuringe, et de la Hongrie ; dans les mines de sel de Wicliczka, en Gallicie ; au milieu des lignites d’Artern, en Thuringe, et des sables qui accompagnent le lignite à Roisdorf, près Bonn; dans la pierre à plâtre, en Provence, et aux environs de Meaux, et dans la marne argileuse, à Montmartre, près Paris. Enfin, on le rencontre quelquefois, sous forme pulvérulente, dans l’intérieur des nodules aplatis de silex, que l’on trouve à la Charité, département du Doubs, et dans plusieurs parties des départements du Jura et de la Haute-Saône.

Le soufre se rencontre fréquemment dans le voisinage des eaux thermales, dans lesquelles il est tenu en dissolution à l’état d’acide sulfhydrique, ou à l’état de sulfate soluble. Ces eaux déposent journellement du soufre en poudre autour des lieux d’où elles sourdent : ce soufre pulvérulent provient, soit de la décomposition de hydrogène sulfuré, par l’action de la chaleur et de: Voxygène dissous dans l’eau; soit de la décomposition des sulfates par des agents réducteurs, tels que des matières organiques. C’est ce que l’on observe aux eaux thermales d’Aix-la-Chapelle, d'Aix en Savoie, de Tivoli, de Balaruc, de Saint-Boës, près de Dax, etc. Les eaux minérales d'Enghien-Montmorency, près de Paris, qui paraissent sourdre à travers le gypse grossier, produisent également du soufre en pellicules minces et blanchâtres. Enfin, ce combustible se forme journellement dans nos marais, dans nos étangs, et dans tous les lieux où se trouvent des matières animales et végétales en a tels que les égoûts, les fosses d’aisanee, etc.

Dans les filons, et particulièrement dans ceux de cuivre pyri-

teux et de galène. Le soufre a été trouvé dans l’intérieur des filons de cuivre pyriteux qui traversent le granite, à Riepoldsau, en Souabe; dans les filons de galène du calcaire intermédiaire du pays de Siegen; dans les filons aurifères d'Ekaterinebourg, et dans les monts Altaï, en Sibérie. On le cite également dans les filons métallifères de la montagne de Chalanches, en Dauphiné ; de Truskawice, dans le cercle de Sambor, en Gallicie ; de Bries, Herrengrund et Bresno-banya, en Hongrie, etc. |

Dans les terrains volcaniques. Le soufre est extrêmement rare dans les terrains pyrogènes anciens. On n’en cite qu'un seul exemple dans le basalte, à l'ile Bourbon. Le trachyte en a offert : dans quelques points, comme au Mont-Dore en France, à Budos- Hegy, en Transylvasie, à Montserrat dans les petites Antilles, à

l'Antisana dans les Andes de Quito, etc. Mais les volcans en ac-

tivité, et surtout les volcans à demi-éteints, le fournissent en très-grande quantité (le Vésuve, l’Etna, les volcans d'Islande, des îles de Ténériffe et de Lancerote, de la Guadeloupe, de Sainte- Lucie, de Saint-Domingue, de Java, et d'Owaihi, l’une des îles Sandwich). Le soufre, sublimé par l’action des feux volcaniques, se dépose à la surface des laves, où il forme des croûtes et des concrétions, et on le retrouve, à la profondeur de quelques pieds, dans le sol encore fumant qui avoisine les vieux cratères. Cest surtout dans les solfatares ou soufrières naturelles, qui sent des volcans à demi-éteints, des cratères encore fumants d’anciens volcans affaissés, que le soufre est le plus répandu. Il abonde à Vulcano, une des îles Lipari; en Islande, dans les districts de Husevick et de Krysevik, situés aux extrémités opposées de Pile : le soufre y est en si grande quantité, qu’on le ‘ramasse à la pelle jusqu’à la profondeur de trois à quatre pieds; à Pouzzole, près de Naples, dont le vieux cratère, qui porte le nom de solfatare par excellence, a été exploité de toute antiquité, et où le soufre se renouvelle perpétuellement.

Annotalions. — Emploi el préparation du soufre.

Le soufre, que l’on fait cristalliser par des moyens artificiels, dans des circonstances différentes de température, présente un exemple remarquable de dimorphisme : on peut l'obtenir en effet sous des formes régulières appartenant à deux systèmes différents de cristallisation, et par conséquent tout-à-fait incompatibles. On savait, depuis Rouelle, qu’en faisant fondre du soufre dans un creuset, le laissant refroidir lentement jusqu’au point d’être figé seulement à la surface, puis brisant cette croûte superficielle pour décanter les parties encore fluides à l’intérieur, on avait ainsi une sorte de géode tapissée de cristaux de soufre en aiguilles prismatiques qui se croisent dans différentes directions. Mais, quoique leur forme ne fût pas trés-difficile à déterminer, on n'avait pas encore prouvé son incompatibilité avec celle des cristaux naturels. M. Mitscherlich (1) a fait voir le premier que ces cristaux en aiguilles étaient due obliques à bases rhombes (fig. 14, pl. 19), suceptibles de clivage parallèlement à leurs faces, et dans lesquels les pans m, m, font

entre eux l'angle de 90°32°, tandis que la base p est inclinée sur

(1) Annales de Chimie et de Physique, t. XXIV, bp. 264.

eux de 94°5?. La fig. 15 représente une des formes secondaires du soufre fondu : le caractère de symétrie qui résulte de la disposition des facettes t, n et d à l'égard de la forme dominante, montre bien évidemment que celle-ci est un prisme rhomboïdal oblique, et que par conséquent Le système cristallin est le klino-rhombique. D’après les mesures de M. Mitscherlich, l'incidence de P sur l'axe, ou sur la face d, est égale à 95°46, et celle de n sur n à 90°18. |

Les cristaux prismatiques de soufre fondu sont, au moment de leur formation, d’uñe transparence parfaite; mais en se refroidissant ils la perdent, deviennent opaques et friables, et présentent alors une cassure mate. Ce passage rapide de la transparence à l’opacité provient de ce que la structure moléculaire du soufre fondu ne peut subsister qu'à une température d’environ 1119; etque par suite du refroidissement, elle se transforme brusquement en celle qui est propre aux cristaux du soufre naturel, qui se sont produits à une température beaucoup plus basse. La forme extérieure est conservée, mais la constitution moléculaire est changée, et aussi la densité, qui est plus faible dans le soufre fondu. C’est une modification épigénique, qui nous fournit une nouvelle preuve de ce fait, que, même à létat solide, les atomes chimiques d’un corps peuvent se grouper autrement, quand la température vient à varier, et ue prennent toujours le mode d’arrangement qui convient à leur température. |

Le soufre, qui a cristallisé par voie humide, c’est-à-dire par voie de dissolution préalable dans un liquide, que l’on fait ensuite évapurer lentement, présente toujours les formes du sys: tème rhombique, qui sont celles des cristaux de soufre naturel. Si, comme il résulte des expériences de M. Mitscherlich, on laisse évaporer du sulfure de carbone, tenant du soufre pur en solution, ou si, comme la fait anciennement Pelletier, on laisse. refroidir de l'huile de térébenthine, dans laquelle on a dissous du soufre à laide de la chaleur, on obtient constamment des cristaux en octaèdres à bases rhombes, dont la forme est absolument identique avec celle des cristaux de la nature, tant ceux des terrains volcaniques que ceux des terrains de sédiment, D'un autre côté, la vapeur de soufre, quand elle a été refroïidie au-dessous de 1119, sans passer par l’état solide, se dépose de même sous la forme de petits cristaux octaèdres, bibi: aux précédents. C'est ainsi que cristallise dans les volcans le soufre

qui se dégage des fissures du sol; on observe la même forme dans ceux qui se produisent sur les amas de minerai soumis au grillage. |

Le soufre, considéré d’une manière générale comme substance chimique, offre donc un nouvel exemple de dimorphisme, qui, au moment où il a été signalé pour la première fois par M. Mitscheriich, a paru d'autant plus remarquable, qu'il avait lieu ici dans un corps réputé simple. Mais ce fait, si intéressant pour la chimie APE et pour l’histoire de la cristallisation, importe peu à la méthode minéralogique, puisque le soufre naturel ne se rencontre que sous les formes d’un seul système cristallin, savoir : le système np :

Usages. — La propriété qu’a le soufre de brûler à une température peu élevée, le fait employer avec succès pour se procurer facilement du feu, en déterminant par son moyer la combustion dans d’autres corps moins inflammables. A Paris, la fabrication des allumettes forme une branche d'industrie d’une assez grande importance. L’acide sulfureux, que l'on produit par la combustion du soufre, peut servir utilement à blanchir les tissus, et principalement les soies; à désinfecter l'air dans les endroits où il est vicié; à faire périr les mites et autres insectes destructeurs, dans les cotlections de zoologie. Ce même acide, ayant la propriété d’éteindre subitement les corps enflammés, sert à étoufter le feu quand il se manifeste dans une cheminée ; 1l suffit pour cela de jetér une poignée de soufre en poudre dans le foyer.

On emploie encore le soufre pour sceller Le fer dans la pierre ; pour former des moules, et pour prendre des empreintes de pierres gravées. Mais ses principaux usages sont de servir à la préparation de la poudre à canon, et à celle de l'acide sulfurique, l’un des produits chimiques les plus importants. Le soufre entre pour un dixième, et quelquefois pour un cinquième, dans la composition de la poudre, où il est mélé au nitre et au charbon. C’est encore par le concours du nitre et du soufre que l’on se procure en grand l'acide sulfurique, et dans cette opération le soufre est pour les neuf-dixièmes, et le nitre pour un dixième seulement. On peut juger par là de l'énorme quantité de ce combustible que consomment les arts chimiques. La bp s’en sert à l'extérieur contre les maladies de la peau, et à l'intérieur contre les maladies chroniques du poumon et des viscères abdominaux. Extérieurement, on l’applique sous forme d’onguent,

en le mêlant aux corps gras, tels que le cérat ou la graisse de porc; intérieurement, on le donne sous forme de pastilles, quelquefois à la dose d’un gros par jour. Enfin, il est la base des eaux dites sulfureuses ou hépatiques. | ra

Préparation. — On se procure le soufre de deux manières : en le recueillant immédiatement dans les solfatares et autres terrains où la nature nous l'offre à l’état isolé, et le séparant ensuite des matières terreuses avec lesquelles il est mélangé; ou bien , en l’extrayant des pyrites, c’est-à-dire des composés qu’il forme avec le fer et le cuivre, et qui sont abondamment répandus dans l'intérieur de Îa terre. Pour purifier le .. des terrains volcaniques ou autres qui le contiennent à l’état de mélange avec des matières terreuses, on place le minerai dans des pots de terre, que l’on chauffe tous ensemble dans un long fourneau nommé galère. Ges pots communiquent avec d’autres qui sont percés à leur fond, par des tuyaux de terre. Le soufre, déjà débarrassé de la plus grande partie des matières dont il était mêlé, se sublime, s'écoule par les tuyaux dans les récipients, et va tomber dans des seaux de bois pleins d’eau, où il se fige. Dans cet état, il porte le nom de soufre brut, et n’est pas encore parfaitement pur. Pour achever de le purifier, on le soumet dans une chambre de plomb à une nouvelle distillation, que l’on conduit de manière à ce que l’on puisse obtenir le soufre à volonté sous forme liquide, ou sous forme pulvérulente. Dans le premier cas, le soufre va se mouler dans des cylindres de bois, et produit ce que l’on connaît dans le commerce sous le nom de soufre en canon. Dans le second cas, on obtient cette pondre mpalpable d’un beau jaune, qu ‘on nomme fleur de soufre à cause de sa pureté.

Quant au soufre que l’on extrait des pyrites, c’est encore par une distillation qu’on parvient à l’obtenir, en chauffant le minerai dans des cylindres de terre inclinés, qui traversent un fourneau , et qui communiquent avec des récipients remplis d’eau. Une partie seulement du soufre se volatilise dans cette opération.

C’est de Sicile et de la Solfatare, près de Naples, que provient la plus grande partie du soufre qu'on emploie en France et dans le midi de l'Europe : aussi l'extraction de ce combustible a-t-elle lieu sur ces pois d’une manière très-active.

Le soufre n’existe pas seulement dans la HAHne à à l’état de pureté ou de simple mélange; on le trouve aussi à l’état de com-

| SÉLÉNIUM SULFURIFÈRE. | 221

binaison intime avec l'oxygène et avec différents métaux, «et formant ainsi des oxydes (acides sulfureux et sulfurique), des sulfures et des sulfates métalliques. L'ordre des sulfures est l’un des plus importants de toute la minéralogie, par le grand nombre des espèces qu’il comprend, et parmi lesquelles se rencontrent les minerais dont on retire la plupart des métaux usuels.

2e Esrice. SÉLÉNIUM SULFURIFÈRE,

Syn. : Soufre sélénié; Sulfure de sélénium; Selenschwefel : Stromeyer. |

Composition chimique : Se, S.

Substance d’un jaune orangé, qui forme de petites croûtes colorées, mêlées de sel ammoniac, dans le cratère de Vuleano, petit volcan des îles Lipari, non loin de la Sicile. Elle est composée de sélénium et de soufre; Stromeyer l’a considérée comme un sulfure de sélénium, mêlé d’une petite quantité de sulfure d’arsenic. Mais, à raison de l’isomorphisme très-probable du sélénium et du soufre, on pourrait aussi l’envisager comme un simple mélange en proportions indéfinies de ces deux substances élémentaires. Pour se prononcer d’une manière définitive entre lune ou l’autre de ces opinions, il faut attendre que sa composition chimique soit mieux comique. Suivant Mitscherlich, ses cristaux, rouges par transparence, appartiendraient au système klinorhombique. Dana cite la même substance dans le volcan Kilauea, aux îles Sandwich. Del Rio prétend avoir trouvé le sélénium natif, à Culebras, au Mexique. Il se rencontre aussi en petite quantité dans le soufre qui provient du grillage des pyrites de Fahlun, en Suède, et c’est là que Berzélius a reconnu le sélénium pour la première fois, en 1817.

Le sélénium est un corps simple, métalluide, solide à la température ordinaire, et qui, par ses propriétés physiques et chimiques, vient se placer entre le soufre et le tellure : son aspect et sa couleur peuvent éprouver des modifications, comme dans le premier de ces deux corps : comme le second, il offre quelquefois l'éclat métallique, mais dans quelque état qu'il se présente, sa poudre est d’un rouge foncé. Le sélénium, fondu et refroidi subitement, se prend en une masse noire brillante, qui, vue en lames minces par transparence, paraît rouge. Sa densité — 4,28. Chauffé de nouveau et refroidi lentement, il est d’un gris foncé, d’un spot cristallin, et d’une densité de 4,8. Le sélénium fond à 217°, bout à 700°, et se transforme en un gaz

jaune, qui, en se refroidissant et se condensant, donne lieu à un sublimé de couleur rouge. Chauffé à l’air, le sélénium brûle avec une flamme d’un bleu-rougeâtre, en répandant une forte odeur de rave, qui tient un peu de celle du chou pourri. Dans ses combinaisons, le sélénium a la plus grande analogie avec le soufre. Comme ce dernier, il joue le*rôle de principe électronégatif à l’ésard des radicaux métalliques, et constitue des sélé-" niures, isomorphes avec les sulfures correspondants. Tous les minerais sélénifères se reconnaissent aisément au sublimé rouge, ou à l'odeur de rave qu'ils donnent, lorsqu’on les chauffe dans le tube fermé ou dans le tube ouvert. | -

M. Mitscherlich a obtenu des cristaux de sélénium, par dissolution dans le sulfure de carbone. Suivant cet habile chimiste et cristallographe, ces cristaux, rouges par transparence, appartiendraient au système klinorhombique, et dériveraient d’un prisme oblique rhomboïdal de 76°20’, dont la base serait inclinée à l’axe de 104°67. Cette forme est très-rapprochée de celle du réalgar ou sulfure rouge d’arsenic. |

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