EN ÉPOQUE, SUCCESSIVEMENT PERFECTIONNÉS? — QUEL EST LE TERME DE
l’évolution d'un TYPE? — Si l'on entend demander, pour le règne végétal, si le type des dicotylées, paru le dernier, est supérieur comme complication organique au type des algues inférieures, paru le premier; si l’on entend demander pour le règne animal si le type des mammifères, paru le dernier, est supérieur comme complication organique au type des rayonnés, la réponse affirmative est démontrée jusqu’à l'évidence. — Mais le type des dicotylées ne parait pas être le résultat du perfectionnement, comme complication organique,
du type des Algues. — Mais le type des mammifères ne parait pas être le résultat du perfectionnement du type des rayonnés. — Nous ne pensons pas qu'on puisse admettre, ni dans le règne végétal ni dans le règne animal, une série ascendante unique, sorte d’échelle . dont chaque création nouvelle représenterait un échelon supérieur. — Nous sommes porté il admettre (avec l’habile physiologiste M. Pouchct ) la production , à des époques successives , d’embryons de types divers développés au sein des membranes proligères formées aux dépens de débris organiques ; mais nous n'admettons cette production que pour les embryons des formes primitives les plus simples, formes dont il ne reste pas de traces aujourd'hui, et qui sont les ancêtres des espèces ultérieures produites par des générations successives. — Nous sommes également porté à admettre (avec le savant M. Darwin) que, pon’r chaque type originaire comme pour chacun des types secondaires nés d’un premier type, il a pu se produire des descendances multiples s’écartant de la forme primitive dans diverses directions, une sorte de dichotomie ou de rayonnement dont chaque rayon (ou produit de génération) s'est plus ou moins de fois bifurqué ou mullifurqué, selon les temps et les circonstances. Les descendants pouvant offrir une exagération, une atténuation ou une déviation des caractères organiques de leurs parents. En d’autres termes, le fds pouvant être assez différent de la mère pour constituer non-seulement une variété, mais une espèce; et de semblables écarts successifs ayant pu donner lieu à des groupes d’espèces très-différentes des premières; ces groupes constituant des genres naturels plus ou moins bien limités, et il espèces séparées les unes des autres, par des caractères plus ou moins tranchés, ou seulement par des nuances plus ou moins saisissables. — Quel est le terme de l’évolution d’un type? On ne saurait le déterminer & priori : certains types semblent, eu effet, avoir épuisé leur faculté expansive après un petit nombre de modifications. En d'autres termes, certains types donnent lieu à peu de familles, certaines familles il peu de genres, certains genres à peu d’espèces; tandis qu’au contraire, d'autres types se sont modifiés de proche eu proche, presque à l'infini. — Ces différences peuvent tenir, soit au type organique lui-même dont les éléments ou les organes sont susceptibles de présenter plus ou moins de combinaisons, soit aux circonstances extérieures (favorables on non ü son développement), dans lesquelles il s’est trouvé successivement placé. — Le maximum d’intensité de la faculté de s’écarter des formes précédentes (dans des conditions où la reproduction soit possible» a pu se produire à une époque géologique quelconque; et les formes ou espèces qui en sont résultées ont pu ensuite, soit se maintenir par la génération sans se modifier davantage (tout en étant susceptibles de se modifier dans des générations ultérieures, en vertu de conditions extérieures nouvelles données), soit présenter des formes décroissantes, soit disparaître du monde vivant (ou par mort violente, dans les révolutions du globe, ou par impossibilité de vivre dans les nouvelles conditions géologiques).
3° Pourquoi nk trouve-t-on pas dans les couches géologiques la
SÉRIE COMPLÈTE DES FORMES OU ESPÈCES QUI REPRÉSENTENT UN TYPE, DANS TOUTES LES phases de son évolution? — Pour beaucoup de bonnes raisons.
En premier lieu, les recherches géologiques (latent à peine d'un siècle, et nous ne connaissons encore que les traits les plus saillants de la constitution.de chacun des anciens mondes vivants ; les terrains recouverts par l’Océan, par exemple, qui sont trois fois plus étendus que nos continents, ne sont pas accessibles à notre observation directe : nous jugeons de leur disposition par les points émergés avoisinants; mais nous ne pouvons les fouiller pour en tirer les débris organiques qu’ils renferment. Sur quelques points des contrées accessibles, des recherches actives accroissent incessamment nos connaissances; partout l'industrie vient en aide à la science en bouleversant le sol. Mais si chaque nouveau sondage, chaque nouveau coup de pioche des ouvriers dans une carrière ou dans une mine, chaque nouvelle fouille dans un terrain peut mettre au jour un fait nouveau, ce fait peut être perdu pour la science faute d’observateur pour en profiter. — Secondement, parce que certains organismes d'une texture molle et ne renfermant aucune partie solide ne sont pas de nature à être conservés (et il est probable que les premières séries d’espèces, dans chaque type, sont dans ce cas, y compris les types vertébrés), et par conséquent ne peuvent avoir laissé de traces. — Troisièmement, parce que certains terrains ou certaines couches de roches poreuses, les grès par exemple, 11e sont pas de nature à conserver les débris organiques, qui n’y laissent souvent aucune trace visible. — Quatrièmement, parce que certaines espèces ont pu se reproduire seulement en très-petit nombre, ou leur existence n’avoir en qu’une courte durée, et que, dans ce cas, vu la grande étendue de la surface terrestre et le peu d’espace qu elles ont dû y occuper, il faudrait compter sur de grands et heureux hasards pour en trouver des débris. A plus forte raison, ne doit-on pas s’attendre à rencontrer ou à reconnaître les productions qui ont pu naître non susceptibles de se reproduire, et n’ont par conséquent consisté chacune qu’en un seul individu, individu qui, cependant, pouvait représenter à certains points de vue un des termes de la série des formes dans l’évolution du type.
A” Quelle signification devons-nous attacher aux mots genre, espèce et variété? — I.os espèces n’ont pas surgi çà et là isolément, et dans nos classilications nous n’avons pas à grouper des êtres créés capricieusement, et chacun de toutes pièces, dans la nature. — Un groupe d’espèces voisines, en d'autres termes un genre naturel paraît devoir remonter à une commune origine, à une espèce antérieure (adinetlons-la très-répandue), dont les individus (ou une partie des individus) ont (soit à une même époque, soit à des époques successives) produit des graines desquelles sont nées des plantes différant, dans certaines limites, de la plante-mère, et aptes cependant à se multiplier. Ces différences, produites de génération en génération, ont pu porter sur des augmentations ou des diminutions; sur l’altération de la forme de tel ou tel organe, sur la disposition relative de ces organes; sur la taille ou sur les dimensions relatives, enfin sur la couleur, etc., etc. — Mais, ainsi que nous l'avons dit, un grand nombre de formes nouvelles, produites par ces écarts survenus dans des générations successives, ont pu se trouver inaptes à se reproduire, et n’ont pas laissé de traces; un certain nombre de ces formes ont pu au contraire se perpétuer, et elles constituent nos espèces actuelles. — Selon que le type primordial était
plus ou moins ébranlé et était susceptible de se prêter il des combinaisons, à des modifications, à des déviations plus variées, le nombre des espèces du groupe a été plus considérable ; dans ce cas, où les nuances intermédiairesd'une forme à l'autre se sont trouvées représentées et se sont perpétuées, nous nous trouvons en présence d'espèces difficiles à délimiter. — Au contraire, plus les espèces sont difficiles 1 ébranler (c'est-à-dire plus elles sont fixes dans leur exacte reproduction, en d'autres termes moins elles produisent accidentellement de variétés nouvelles), plus elles sont distinctes entre elles et faciles pour nous à délimiter. Il est un grand nombre de genres où les espèces sont, aujourd'hui encore, susceptibles d’éprouver des perturbations et de produire de nouvelles variétés ; ces espèces, dites polymorphes, seront considérées avec presque autant de raison, par les uns comme un groupe de variétés, par d'autres comme un groupe d’espèces. Quant aux types d'organisation qui ne sont, dans le monde végétal actuel, représentés que par un petit nombre d'espèces de formes très-différentes entre elles, il est probable que des extinctions ou destructions accidentelles d'espèces intermédiaires sont la cause des lacunes que nous constatons (comme transitions de formes) dans leurs séries. Ces es|>èces n’en sont, pour nous, que plus faciles à distinguer entre elles; mais la place, dans l’ordre naturel, de ces groupes tronqués et décomplétés est quelquefois difficile à déterminer.
5° En présence de ces inégalités dans l’intensité spécifique, quel
EST LE PARTI QUE DOIT PRENDRE LE BOTANISTE CLASSIFICATEUR? — Eli considérant les groupes naturels, les genres, dont les uns se composent d’espèces peu nombreuses et très- caractérisées (soit en raison delà non-production des formes intermédiaires, soit par suite de leur destruction), et dont les autres se composent de formes très-nombreuses et par consé [tient peu différentes de l'une à l'autre, on doit reconnaître d'abord que, dans les différents genres, les espèces ne peuvent avoir la même valeur (de même que, dans les familles dont les genres sont |>eu nombreux et dans celles où ils sont très-multipliés, les genres ont aussi des valeurs inégales). — Pour les genres à espèces très-caractérisées et sans formes intermédiaires, tous les classificateurs sont naturellement d'accord. Les difficultés et les dissidences portent sur les genres à espèces originairement nombreuses, présentant, de la première à la dernière, une série de nuances on de formes intermédiaires et susceptibles, encore aujourd'hui, de produire des variétés nouvelles; — dans ces genres à espèces polymorphes, le naturaliste (nous l’avons dit) est également dans le vrai au point de vue de la nature, soit qu'il attribue des noms spécifiques, seulement aux formes les plus saillantes entourées d’espèces secondaires, ou qu’il attribue des noms s|)érifiques de même valeur à chacune des nuances. — Mais le naturaliste qui désigne par des noms de valeur égale les formes peu caractérisées et les formes très-caractérisées, les variétés de deuxième et de troisième degré connue les types spécifiques les mieux définis, rend l'élude des êtres naturels confuse cl difficile, pour ne pas dire impossible ; en effet, de nuance en nuance, le nnmcnclatcur ne sait plus où s'arrêter, il cesse lui-même bientôt de pouvoir se reconnaître dans le dédale de. ces espèces insaisissables et à caractères effacés; sa nomenclature de demi-teintes
devient si multiple et si délayée, que non-seulement les lecteurs s’y perdent, mais que l’auteur est souvent le premier à s’y égarer. — Au contraire, le classificateur qui désigne par des noms spécifiques les types suffisamment caractérisés pour être positivement déterminés, et qui groupe autour de ces espèces (sous le nom de variétés) les formes secondaires ou intermédiaires, rend l'étude accessible à tous, à ceux qui ne désirent connaître que les formes typiques (ce qui est en général suffisant), et à ceux qui aiment à étendre leur attention aux espèces secondaires, aux variétés et variations.
6* Que doit-on penser de la théorie de l'immutabilité actuelle des espèces? — Nous avons déjà insisté sur ce point, qu’un des caractères généraux des êtres organisés nous paraît être le principe de la mutabilité de l'espèce par écarts de générations successives, dans des limites qui varient selon les circonstances extérieures, et aussi selon la structure ou le tempérament de l’espèce elle-même. Mais, ce principe de mutabilité, toujours prêt à entrer en action, peut rester indéfiniment inactif, s'il ne trouve pas l'occasion de s’exercer. — Les animaux dont les cadavres momifiés, les plantes dont les graines fertiles, conservées depuis truis à quatre mille ans dans les pyramides, ont été reconnus identiques avec des espèces encore vulgaires aujourd'hui, fussent-ils conservés depuis dix mille ans, ne prouvent absolument rien contre notre manière de voir; le temps , c’est ici le cas de le dire, ne fait rien à l'affaire , cl ne produit aucun changement dans les races, si les circonstances extérieures restent les mêmes. Une plante donnée pourra, pendant des milliers d'années, se reproduire sans modification aucune, dans le même terrain et sous le même climat, et pourra, si les conditions sont changées, si, par exemple, elle est soumise à des procédés de culture variés, produire des variétés plus ou moins tranchées daus l’espace de quelques générations seulement, c’est-à-dire (si elle est annuelle) en trois ou quatre années. — Une espèce peut, d’ailleurs, se perpétuer indéfiniment identique, par telle série d'individus, et fournir en même temps, sur d’autres (voiiits du globe, et par d’autres descendances, les plus nombreuses variétés. — Le dogme scientifique de l'immutabilité absolue de l'espèce conduirait à de singuliers résultats; il faudrait admettre des créations primitives distinctes pour des espèces si voisines, qu’on éprouve de la difficulté à les distinguer entre elles. Des géologues ont affirmé qu’aucune des espèces végétales fossiles n'est absolument identique avec l’uue des espèces analogues vivantes; il faudrait donc supposer que des séries d’espèces presque identiques avec celles qui vivent aujourd'hui ont été complètement détruites, et le lendemain du cataclysme, créées de nouveau de toutes pièces avec des différences insignifiantes. On voit dans quel dédale d'improbabilités nous conduirait ce que nous avons appelé le dogme de l'immutabilité de l’espèce. — Il est nécessaire, cependant, pour la commodité, nous dirons même la possibilité de l'élude, de considérer l’espèce, sinon comme immuable dans tous les temps, du moins comme n’étant susceptible d’osciller que dans de faibles limites, pendant la durée de l’époque géologique actuelle; la nomenclature basée sur celte mauière de voir, ne fût-elle pas d’une précision irréprochable, ale très-grand avantage de fournir une base à nos .classifications, et de nous mettre à même de désigner les différents types.
AGES nu RÈGNE VÉGÉTAL.
— On définit généralement l’espèce: une collection d'individus ou de cou les d’individus semblables qui se reproduisent indéfiniment, identiques dans b n s caractères essentiels, par voie, de génération, et qui, sous certaines influences et surtout sous l’influence de la domestication ou de la culture, peuvent fournir es descendants différents (dans certaines limites) du type primordial (les lim .es de variabilité étant plus ou moins étendues ou restreintes, selon le groi pe auquel l’es|>ècc appartient) ; ces descendants écartés du type (ou variétés) p oduisant, lorsqu’ils cessent d'étre cultivés (lorsque leur tendance naturelle « :se d’être contrariée), de nouveaux descendants qui retournent au type prirni if.
— Mais, de même que les espèces actuelles sont probablement des subdivisé) is, des déviations d’espèces antérieures moins nombreuses, déviations produi es dans des conditions géologiques qui ont cessé d'être; de même, une nouvi Ile constitution physique résultant de nouvelles perturbations géologiques ponn lit donner lieu à de nouveaux écarts dans la reproduction des êtres, c’est-à-d re à la production de formes spécifiques ou génériques nouvelles.
7“ Chacune des espèces végétales et animales a-t-elle commencé
PAIt I.A CRÉATION d'un SEUL INDIVIDU (UN SEUL COUPLE), dont la jios'r- Ttté sp serait répandue de proche en proche, ou chaque esjtèce a-t-elle continence fuir lu production spontnuée et simultanée d'individus nombreux d'une même cs/ièce '/ — Il nous paraît, d’après les considérations qui précèdent, asveï facile de répondre d’une manière satisfaisante à cette importante question. — Pour les naturalistes qui admettent l'immutabilité des espèces, le problème est presque insoluble; s'ils supposent un couple unique créé primitivement pour chaque espèce, ils reconnaissent que l'absence de protection, les causes de destruction si multi|)les pour certaines espèces, la lenteur des moyens de propagation pour la |dupart, constitueraient de telles difficultés et détermineraient une telle lenteur, que, même en accumulant les siècles, il serait à peu près impossible de peupler ainsi la terre; — ils préfèrent généralement supposer line création s|ionlanéc cl simultanée d’un nombre considérable d’individus semblables, pour chacune des espèces du règne végétal et du régne animal ; mais, la production spontanée de tous ces individus semblables apparaissant en même temps dans les diverses contrées du globe ressemble beaucoup plus à un récit léf/endaire qu'à une page de l’ histoire de la nature, tant un pareil prodige serait opposé à ce que nous pouvons connaître des lois qui gouvernent le inonde. — Tout semble au contraire naturel, tout est clair, si l’on admet la mutabilité, la progression et la succession continues, plus ou moins actives, plus on moins indéfinies, et jamais complètement interrompues des espèces, depuis les premiers microzoaircs, les premières algues et les premiers zoopbytcs du premier océan et des premières plages, jusqu'à l’époque actuelle dominée par l'espèce humaine.
— Aux formes simples primitives, analogues à celles que nous voyons se produire spontanément dans les eaux |>lus ou moins chargées de substances organiques et qui pullulaient daus les mers primitives et les premiers lacs, s’ajoutent plus tard, par myriades et à la fois sur tous les points où les circonstances sont favorables, de nouvelles productions ovulaires donnant naissance à de nouveaux types animaux ou végétaux, les uns éphémères et non reproductibles, ayant cédé
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la place à d'autres, sans laisser de traces, d’autres assez complets et pourvus d’une force d’évolution suffisante pour devenir chefs de races. Ces productions se multipliant et se développant progressivement par des générations innombrables, les formes primitives s’effaçant ou s'exagérant au prolit du développement de l’organisation typique, et toujours en vertu de la grande loi : Variété dans l'unité. Ces formes, par d'innombrables séries de générations successives, étant arrivées à produire, sur les différents points du globe, les organismes les plus multiples et les plus compliqués; un nombre considérable d'espèces s’étant complètement éteintes dans les grands cataclysmes géologiques ou météorologiques; d'autres ayant eu l’heureuse fortune de traverser ces époques difficiles dans quelques contrées épargnées, et nous étant ainsi parvenues, soit par des descendances plus ou moins rapprochées, des ty pes primordiaux, soit par des descendances méconnaissables en raison de la série de modifications produites dans la suite séculaire des époques géologiques.
8- Comment expliquer la population végétale et animale des îles