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H GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE, OU PROTORGANIE

si nous en jugeons par nous-mêmes, les naturalistes qui admettent la production spontanée des vibrions, bien loin de nier un Créateur, voient, dans la production des vibrions aux dépens d’une matière inerte, un des plus éclatants témoignages de sa toute-puissance ; toute-puissance qui est la même aujourd'hui que dans tous les temps, et qui ne saurait avoir faibli depuis la production de l'homme.

Voici comment M. Flourens s'exprimait (Cours de physiologie comparée, p. ft6 et suiv.) : « J’ai fait l'historique de la génération spontanée. Je ne crains » pas de dire que, de toutes les erreurs, sur la genèse des êtres, celle-ci est la » plus absurde. C’est aussi la plus vivace... J’ai trouvé, — dirais-je en faveur? » — ces deux hypothèses : la mutabilité des espèces et la génération spontanée.

» Je me suis constamment appliqué à les combattre. Quoique ni l'une ni l'autre « ne puissent s’appuyer sur un seul fait, elles n'en persistent pas moins. On dirait » que la durée des erreurs est en raison directe de leur absurdité... Quoi de » plus absurde que d'imaginer qu’un corps organisé dont toutes les parties ont » entre elles une corrélation si admirablement calculée, si savante, puisse être » produit par un assemblage aveugle d'éléments physiques ? Ce corps organisé • aurait puisé sa vie dans des éléments qui en sont dépourvus ! On prétend faire » venir le mouvement de l’inertie, la sensibilité de l'insensibilité, la vie de la » mort ! » — Réponse : C’est pour éviter l’hypothèse inadmissible de la production spontanée appliquée aux espèces supérieures que désigne ici M. Flourens, que nous n’admettons de protorganie que pour la simple cellule, ce qui nous conduit naturellement h la mutabilité des espèces, système qui nous semble trèscompatible avec les faits observés. — Mais comment concilier ce qui précède avec ce qui suit (page 62) : « Déposée par l’ouvrier suprême dans le premier couple » de chaque espèce, la vie continue... » — La vie déposée dans le premier couple de chacune des espèces actuelles, en quoi cela diffère-t-il de la production spontanée des espèces supérieures, quelques lignes plus haut si justement et si sévèrement anathématiséc ?

Sans pousser plus loin cette discussion, j’aborde la démonstration expérimentale de la production s|>ontanée, à l'époque actuelle, des espèces animales et végétales de l'ordre le plus inférieur : les microzoaires et les microphyles. Il suffit, pour cette démonstration, d’exposer le résultat des observations si précises de M. Pouchet, un de nos plus savants physiologistes et de nos plus habiles expérimentateurs (ces observations sont si complètes et si démonstratives, qu'elles nous dispensent de citer nos observations personnelles). — lamarck d’abord, Bory de Saint-Vincent plus tard, M. Pouchet ensuite, et actuellement plusieurs observateurs, soit en France, soit & l'étranger, ont successivement émis, développé, démontré la doctrine de la génération spontanée ( génération équivoque ou hétérogénie, Burdach; sponté parité, Dugès; ovulation spontanée, Pouchet; primorganie ou protorganie, Nob.).

Lorsque, dit Bory de Saint-Vincent, on abandonne è elle-même une infusion de substance végétale (ou animale), au bout d’un certain temps la surface du liquide devient trouble : cette surface trouble est formée par des globules sphériques infiniment |>ctits, animés d'un mouvement incessant (selon M. Pouchet,

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ccs globules sont le .1 limait termo de L. Mueller); chaque globule possède alors une individualité qu’il peut perdre en se groupant avec d’autres globules identiques pour la production d’un être plus élevé.

Selon SL Pouchet, dans l'eau contenant des substances organiques en dissolution, 5 une température convenableet au contact de l'air, au bout de quelques heures ou de quelques jours, il se produit des microzoaires appartenant aux formations les plus élémentaires. Il admet que la production de ces petits êtres commence par des ovules ou veufs; mais (vu sans doute l’extrême ténuité de ces ovules, ils n'ont pas encore été constatés) le microscope fait distinguer, dès l'abord, dans l'eau de la macération ou infusion : des monades, des badériums ou des vibrions à l'état adulte. Monades, bactériums et vibrions meurent en grand nombre dans un intervalle de vingt à vingt-quatre heures, et leurs cadavres vont former 5 la surface du liquide une mince |>ellicule dite membrane proligère.— L'habile observateur a vu se produire sous le microscope, dans l'épaisseur de cette pellicule composée de débris de monades nu de vibrions, de petits centres d'organisation moléculaire dont chacun devient peu 5 peu ovule bien circonscrit, puis œuf d'un microzoaire d’ordre plus élevé que les précédents ; chaque œuf produit ensuite l'animal. (L’auteur a figuré la série de ces délicates observations dans le genre Vorticelle.)

Les adversaires de la génération spontanée (désignés par la qualification de pnnspermiates, c’est-à-dire qui admettent des germes ou œufs disséminés partout) ont d’abord annoncé que les germes des microzoaires se trouvaient dans la substance organique putrescible ou dans l'eau employée pour sa macération. A cette objection on a répondu en faisant calciner la substance organique à une flirte température et en se servant pour l’infusion d’eau distillée elle-même à l'état d’ébullition (et même d’eau artificiellement obtenue par la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène) ; tous les germes de microzoaires devaient être détruits à ces hautes températures. — L’air atmosphérique étant, en réalité, chargé de poussières de nature très-variée, les adversaires de la génération spontanée ont alors supposé qu'il devait être le véhicule des germes, cl qu'il transportait dans des proportions considérables les œufs des nombreuses espèces de microzoaires (bien que ces espèces ne vivent et ne se développent que dans l'eau) et les spores des espèces plus nombreuses encore des Moisissures ou Champignons et des Algues; que ccs œufs ou ces spores, déposés par l’air dans le liquide, y produisaient animalcules et moisissures, ou restaient improductifs, selon que les espèces auxquelles ils appartenaient devaient y trouver des aliments appropriés à leur nature, un terrain à leur convenance. — A cela, les expérimentateurs partisans de la doctrine de la génération spontanée, et à leur tête M. Pouchet, ont opposé des expériences dont le résultat est irréfutable. Le savant professeur de Rouen a d'abord fait passer des quantités énormes d’air à travers une petite quantité d'eau, et s’est assuré, par des expériences comparatives, que cette eau qui aurait dù se trouver chargée d’une très-grande quantité de ces germes répandus, a-t-on dit, dans l’atmosphère, n’était pas plus fertile en production de microzoaires que la même eau nou soumise au courant d’air. — Voici pour les faits négatifs. — M. Pouchet, passant à la démonstration tirée des

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