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GÉNÉRATION DITE SPONTANÉE, OU PROTORGANIE

autre voip, np le sont-plles pas pn réalité infiniinonl davantage? — Des formes simples ont donné lieu, disons-nous, par des écarts progressifs cl dichotomiques, dans les générations successives, à des formes de plus en plus variées, à des organisations de plus en plus complexes; à certaines époques aussi, des circonstances défavorables ont pu produire des résultats inverses, et certains types déjà constitués ont pu rétrograder. Les types organiques végétaux et animaux supérieurs ont constitué leurs premiers ovules ou leurs premiers embryons au sein du dépôt de matière organique préparée par l'entassement des microzoaires qui, pendant les premières périodes, ont pullulé par myriades dans les premières eaux. — Mais quelle fut la substance organique ou matière putrescible dont se formèrent les premiers inicrophytes ou les premiers microzoaires? Une substance organique en dissolution ne parait pas être indispensable aux premières manifestations vivantes. On voit, en ciïet, sous les influences combinées de l'air, de la chaleur, de la lumière et sans doute de l'électricité, des globules organisés, de couleur verte, prendre naissance dans l’eau distillée la plus pure, (.elle matière verte ne se compose, en définitive, que des éléments de l’air cl de l’eau, et... nous admettons, puisque nous assistons à cette formation, la production de ces cellules primitives sous l'influence de l’action moléculaire. Cette matière verte se compose de granulations sphériques ou ovoïdes dans lesquelles on observe certains mouvements. Cette substance paraît bien réellement constituer la première substance organique, et la première membrane proligère pourrait être formée de scs débris accumulés. — Nous nous garderons bien ici de pénétrer plus avant dans les détails : les détails supposés peuvent, s’ils sont ingénieux, plaire à l'imagination; mais ils sont rarement vrais, ils présentent 5 la fois le danger d’entraver l'étude des laits et d'éloigner l'observateur de la réalité; ils compromettent en outre, et sans utilité, les doctrines les plus sages et les théories les plus solidement fondées.

On pourrait poser comme aphorismes : — /.es lois naturelles ont /tour essence la stabilité ; leur ensemble constitue une grande unité. — La stabilité attribuée aux espèces n'est qu’une période de repus qui ne peut paraître indéfinie que relativement à notre courte durée. — Tout, dans respire, est variabilité!... Production des genres et des espèces (pendant la suite des siècles et selon les conditions extérieures) par écarts, soit uniques, soit dichotomiques, soit polychotomiques, d'un même type primordial pour un même groupe. .. variabilité! — Altérations accidentelles (ou variétés) dans la descendance des races : éphémères, oscillantes ou durables... variabilité! — Altérations par culture, domestication, habitudes choisies ou forcées (usage excessif ou borné d’un organe qui en détermine l'hypertrophie ou l'atrophie) ; de Ut, races plus ou moins fixées... variabilité/ — Transformations, dans la vésicule embryonnaire, de l'embryon, et passage de l'embryon b l'état de plante adulte ; métamorphoses des insectes : passage de la vésicule à l’embryon (ou de l’ovule à l’œuf), de l’embryon à la larve, de la larve à la nymphe, de la nymphe à l'insecte adulte ; et métamorphoses plus ou moins complètes dans tous les autres ordres du règne animal... variabilité ! — Après l’état adulte, altérations, rétrogradation et destruction... variabilité! — Fuis, après la dissolution organique, incorporation de la sub-

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stance dans d'anlres organismes ou d'antres composas... variabilité/ — Ajoutons que, à part ce qui est l'expression des lois suprêmes, tout dans les systèmes humains est... variabilité !

GÉNÉRIQUE, generirus. Qui appartient au genre : rarartèrrs génériques, noms génériques.

GEXÈst: or \aissa\(e or jionre végétai.. — Nous avons déjà exposé (voy. Ages du monde végétal) les faits relatifs à la production successive des êtres organisés, et spécialement des végétaux ; nous passons ici à la discussion des faits et des hypothèses, et nous répondons aux objections en faisant intervenir par des citations nos plus savants contradicteurs.

I.'opinion la plus généralement admise, même dans le monde scientifique, est que toutes recherches sur l’origine des êtres seraient vaines, et que nous devons croire que toutes les espèces animales et végétales ont été créées (soit toutes à la fois, soit à diverses reprises) de toutes pièces et d'emblée, telles que nous les voyons aujourd'hui.

Un tel prodige serait en opposition manifeste avec toutes les lois connues de la nature. Ce prodige qui se serait produit à une époque ou à des époques auxquelles les corps inorganiques : l’air, la terre et l’eau, étaient déjà depuis tant de siècles soumis aux lois qui les régissent (et paraissent les avoir toujours régis), ce renversement des lois naturelles eût été d’ailleurs sans utilité, puisque des créations d'êtres organisés se manifestent encore aujourd'hui sous nos yeux, sans autres prodiges (et c’est assez) que ceux qui constituent l’enchaînement unique et régulier de tous les actes de la nature.

La vue des merveilles de la création nous inspire de la puissance du Créateur une trop grande idée |iour qu’il nous soit possible d’admettre des faits qui nous sembleraient contraires au principe d’unité de ses lois et à l'infaillibilité de sa sagesse.

Nous nous croyons plus près de la vérité en admettant pour l’origine des premiers êtres un phénomène qui s’est manifesté dans toute la série des âges, à partir de l’époque où une nappe d’eau refroidie a pu se dé|K>ser à la surface du globe. — Ce phénomène est la production d’organismes élémentaires, dont les premiers sont de simples cellules, organismes qui, de degré en degré, de modifications en modifications, de complications en complications, d’associations en associations, sous l’impulsion de la force créatrice ou organisatrice, ont pu (pendant la suite indéterminée des siècles, et dans des circonstances de température et d’excitation électro-magnétiques favorables) parvenir aux combinaisons organiques (ou formes spécifiques) animales et végétales actuelles. L’activité polymorphique (la transformation des espèces) paraît s’être ralentie pendant notre période géologique ; cette évolution séculaire des formes spécifiques continue cependant encore à se manifester sous nos yeux par la production de générations altérées dans quelques-uns de leurs caractères, altérations que nous désignons sous le nom de variétés , quand elles sont peu stables, ou de races, quand elles tendent à se fixer. Ces races et ces variétés sont souvent plus caractérisées que certaines formes ambiguës et plus ou moins stables, désignées sous le nom d’es/tèces.

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On a objecté, avec raison, à la théorie des naturalistes qui ont admis une seule série pour les êtres organisés ou pour cliacun des deux régnes animal et végétal (et ont admis par conséquent que les embranchements regardés comme supérieurs ont continué les embranchements regardés comme inférieurs), que, chez les articulés, par exemple (insectes, arachnides, ou crustacés), la perfection organique n’est pas inférieure à la perfection organique des vertébrés. — Cette objection est parfaitement bien fondée; aussi n'admettons-nous pas qu’un embranchement ait pu dériver d’un autre : chaque embranchement |>eut être considéré comme constituant un ensemble complet. Ces groupes partis chacun d’une forme primitive particulière différente des autres (bien que plus ou moins analogue et presque également simple] ont parcouru leur évolution en donnant lieu, selon leur force d’expansion, à des types secondaires, tertiaires, quaternaires, etc., et il des formes spécifiques plus ou moins multipliées.

J'ai pensé que le lecteur me saurait gré, dans une question d’un si haut intérêt et si souvent controversée, de présenter, sous la forme de discussion, les plus forts arguments opposés par l’école adverse au système que je viens, en quelques mots, d’exposer. — Je ne pouvais, dans ces circonstances, choisir un plus savant et plus lovai adversaire que M. Alph. De Candolle, l'un de nos maîtres les plus autorisés dans ses jugements sur les hautes questions botaniques; j'emprunte à son beau '/'mité rie géographie botanique raisonnée (page 1106 et suiv.) la série d'objections à laquelle ma confiance, non en mes forces, mais en la solidité de ma cause, me donne l'espoir du répondre avec succès.

« la création ou première formation des êtres organisés écbap|ie par sa » nature et par son ancienneté à nos moyens d'observation. » — Réponse : La création ou première formation des êtres organisés n’échappe à notre observation, ni par sa nature, ni par son ancienneté, parce que les lois naturelles, celles qui président à la formation des êtres, comme toutes les autres, sont éternelles et non accidentelles, et que, par conséquent, l’action de ces lois détermine la formation de productions analogues dans tous les temps, aujourd'hui comme aux diverses é|>oques géologiques de la terre, lorsqu'elles trouvent dans les circonstances extérieures l’occasion de se mauifester.

« Deux opinions ont été énoncées depuis que l'homme réfléchit. Dans l'une,

» le premier ou les premiers êtres organisés sont sortis de la matière inorga- » nique par quelque loi physique à nous inconnue. Dans l'autre, ils ont été » créés ou du néant, ou de la matière inorganique préexistante, par une cause » supérieure élraugère à la matière. • — Réponse : Les deux opinions, loin d'être contradictoires, se complètent l'une l'autre. La vérité n’est entièrement ni dans l'une ni dans l'autre, mais dans l'une et l'autre. J’écarte l'idée du néant, comme incompatible non-seulement avec l'observation, mais avec le raisonnement; j'écarte aussi l’idée d'une loi physique inconnue, puisque les grands phénomènes de la production dus cs|>èces peuvent être logiquement expliqués (j’allais dire démontrés) par les lois physiques connues ; — et je rapproche les deux termes de la question : « Les êtres organisés sont sortis de la matière, ou |«ar une loi physique, ou par une cause supérieure étrangère à la matière. • Et je (lis que : les êtres organisés sont sortis de la matière par les

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lois physiques qui émanent de l’intelligence universelle supérieure à la matière, .l'ajoute, comme je le disais ci-dessus, que ces lois sont régulières et non fantasques ou sporadiques ; leur application est miraculeuse, sans doute, mais c’est le miracle éternel que la puissance créatrice étale avec profusion en tous fieux et dans tous les temps ! — La matière organique étant une combinaison d'éléments qui appartiennent à la matière inorganique (éléments de l'air et de l'eau, plus quelques sels également répandus dans la nature), et la création organique ne s'étant manifestée que longtemps après les premières combinaisons de la matière inorganique, il est de toute évidence que la matière organique est puisée dans la matière inorganique.

• Dans la première opinion (l'action des forces physiques), la matière serait » douée d'une faculté spéciale : la génération, qui transformerait les corps » inorganiques en corps organisés. » — Réponse : Nous ne prétendons pas que la matière inorganique soit douée de la faculté de la génération; le mot génération implique l'idée de parenté, et il n’y a rien de semblable. Nous disons seulement production , et production limitée d’abord, si l’on veut, à une vésicule ou cellule microscopique.

« Ce serait une force dont nous verrions les effets sans en comprendre la » nature intime, comme dans le cas de l'affinité ou de l'attraction. » — Réponse : Précisément.

« Mais il y a une différence qui rend l'hypothèse de la génération spontanée » suspecte ; cette différence est que l'affinité, l'attraction, agissent conlinueilc-

• ment sous nos yeux, tandis que la force créatrice des êtres organisés n'a agi » que dans certains moments. » — C’est 15, comme nous l'avons dit plus haut, ce que nous contestons; et nous espérons que ce livre contribuera à démontrer que les lois de la nature ne sont pas des lois intermittentes.

> Les expériences dans lesquelles on a cru voir de la matière inorganique se » changer en matière organisée, se sont toujours évanouies devant des moyens

• plus puissants ou plus précis d'observation. » — Réponse : Nous contestons cette assertion. Des expériences décisives en faveur de la production ont été faites dans des conditions parfaites de précision. Les plus simples sont les plus concluantes, et sont à la portée de tous les observateurs. Puis l’expression sc changer implique une idée de transformation de nature, et |>ar conséquent une idée inexacte qui n’est pas la nôtre, puisqu'il y a simplement arrangement différent dans les parties constituantes.

* Ces expériences deviennent plus douteuses encore aujourd'hui qu'on a » montré la présence de corps organisés infiniment petits, et par conséquent de

• germes dans des milieux où autrefois on ne les soupçonnait d’aucune manière. • — Réponse : Cette assertion ne précise pas suffisamment les faits. Sans doute, l’air peut transporter des corps organisés infiniment petits, du pollen par exemple, mais cela ne prouve absolument rien relativement aux germes des inicroioaires aquatiques qui sont l'objet des expériences citées. Ces microzoaircs ne vivent que dans l’eau et meurent à l'air libre; ils confient leurs germes reproducteurs, c’est-à-dire leurs o ufs, à l'eau dans laquelle ils vivent, et non à l’air, où jamais observateur n’a pu en constater l’existence.

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« Quelques naturalistes croient échapper à ces questions de création en sup- » posant que les êtres organisés se sont développés les uns des autres, au travers » de périodes géulogiques très-longues et d'influences variées. » — Réponse : On voit que, quant à nous, du moins, nous ne cherchons à échapper à aucune question. On ne saurait dire que nous supposons que les êtres organisés se soient développés au travers de périodes géologiques longues et variées; car on ne peut donner le nom de supposition à des faits géologiques si clairement démontres. Supposition ne peut s'appliquer qu'à celte assertion sur laquelle repose eu eflcl toute la question : • Les êtres organisés se sont développés les uns des autres », c’est-à-dire, une espèce regardée comme bien délimitée aujourd'hui, a pu être le produit d’une espèce voisine, — comme, aujourd'hui, sous nos yeux, nous voyons se produire des variétés souvent très-différentes d'aspect de l'espèce mère. Or, si nous démontrons que les espèces sont des variétés plus ou moins bien Axées, toute l'assertion est bien près d'être démontrée.

» O genre d'hypothèse ne dispense pas d'une autre hypothèse sur l’origine » primitive en dehors du cours naturel des phénomènes. Lamarck faisait remou- ■> 1er toutes les espèces à une monade ; mais, entre cette monade douée d'une » pareille faculté de dévelop|>einenl et un corps inorganique, il y a une diflé- » ronce immense. » — R. En effet, si, comme Lamarck, nous ne faisons pas remonter tous les êtres organisés à une même monade, nous les faisons remonter à des multitudes de monades ou organismes les plus simples, c'est-à-dire réduits à une cellule ou utricule. Ces cellules primitives, selon les circonstances de leur développement, n’étant pas identiques entre elles, et leurs productions ayant pn, par une série de modifications successives et de longues suites de générations, donner lieu à des types d’organismes différents, il ne faut pas présenter comme exorbitant le fait d’tme pareille faculté de dévelopjiement de la cellule. Cette cellule ne produit, en effet, qu'une autre cellule un peu modifiée, et ce n’est que par une longue série de productions successives que nous arrivons à un organisme compliqué, l’uis celte série de développements fût-elle plus rapide à se produire, n'avons-nous pas des exemples de développements analogues et aussi merveilleux dans la cellule qui constitue la première trace d'un embryon, et produit si rapidement la graine pour chaque plante, l'œuf pour chaque animal ?

La seule objection (mais nous trouvons la réponse facile) serait celle-ci : « Entre cette monade et un corps inorganique, il y a une différence immense. » — Immense, en effet, mais que la puissance créatrice suffit aisément à franchir. Il s'agit de la réunion de quelques atomes d’oxygène, d'hydrogène, de carbone et d'azote, dont le groupe à l'état liquide prend la forme globuleuse (forme qui, nous l'avons dit, est celle de tous les liquides à l’état libre : la forme d'une goutte d'eau comme la forme d’une planète incandescente, comme aussi la forme première d’un être organisé) ; puis il s’agit de la solidification eu membrane, de la circonférence de ce globule. Nous le répétons, nous ne voyons là rien d'exorbitant pour la paissance créatrice et organisatrice. — Or, les naturalistes dont l'objection est qu'il y a tout un monde entre un cor|)s inorganique et une cellule sont les mêmes qui veulent ensuite que l'ensemble de la création

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organique actuelle, plantes et animaux, ait surgi instantanément (en une ou plusieurs reprises) des mains du Créateur. — Ils trouvent une difficulté insurmontable à la création progressive, dont nous avons des exemples sous les yeux dans la production des variétés nouvelles, — et ils regardent comme plus admissibles des apparitions successives instantanées de plantes et d’animaux de toutes les classes à la surface de la terre.

<■ Entre une monade ayant la vie végétative et une monade ayant à un degré » aussi faible qu’on voudra la faculté de sensation et la spontanéité qui caracté- » risent les animaux, il y a une différence théorique immense, car le degré de » perception ou de sensation, et le degré de spontanéité, sont peu de chose en « comparaison du fait d’avoir ou de n'avoir pas des qualités pareilles. » — R. C’est nier d’un trait de plume l’existence du groupe immense d’étres organisés intermédiaires, il divers degrés, aux deux règnes végétal et animal, et qui présentent précisément cet état si curieux, incertain, entre la vie végétative et la vie animale. — « Entre une telle qualité (faculté de sensation, ou qualité in- » terne de spontanéité) cl l'absence de cette qualité, je ne conçois pas de milieu » possible, comme entre la lumière et l’absence de la lumière. .. » — H. Nous aurions choisi cette comparaison pour exprimer l'opinion inverse; les qualités intermédiaires d'un être qui participe de la nature végétale et de la nature animale, qui possède une obscure faculté de sensation ou une s|wntanéité qui consiste dans des mouvements de contraction ou d’oscillation, n'est ni lumière ni ombre, ni jour ni nuit : c’est, pour continuer la comparaison, l'aurore qui précède le jour, ou le crépuscule qui précède la nuit.

« D’ailleurs, l'opinion de Lamarck est aujourd’hui abandonnée |>ar tous les » naturalistes qui ont étudié sagement les modifications possibles des êtres orga- » nisés. » — 1t. Si étudier sagement est étudier avec le parti pris d'arriver à la vérité, quel qu’en puisse être le résultat, nous étudions sagement; — si étudier sagement est étudier en présence d’une limite qu’on ait la volonté de ne pas dépasser, nous avouons n’avoir pas cette sagesse. — Quant à l'opinion de tamarck, que je ne soutiens pas dans ses détails, je dirai que cette opinion, etit-ellc été poussée h des conséquences exagérées et en eût-on tiré de fausses déductions, cela ne prouverait rien contre le principe en lui-même, et que ce principe, qui nous semble se rapprocher beaucoup du vrai, loin d’être abandonné, tend, par les travaux récents de plusieurs naturalistes, à parvenir à un degré parfait d’évidence.

« Elle reviendrait (l’opinion de Lamarck) à une hypothèse fondée aussi sur » une cause surnaturelle, savoir, que des espèces pourraient se transformer, au » delà de ce que nous voyons, en des espèces totalement différentes : les espèces • d'un genre en espèces d’un autre genre, celles d’une classe en espèces d’autres » classes. » — R. Nous n'admettons pas que la transformation (modification) des espèces au delà de ce que nous voyons puisse constituer un fait surnaturel. I-e mot surnaturel a toujours signifié contre les lois naturelles , et, comme les lois naturelles, ou lois du Créateur, sont immuables, le mot surnaturel est vide de sens. Nous ne voyons rien que de naturel à ce que les circonstances extérieures, s'étaul d’époque en époque modifiées (ce qui n’est pas contesté), les es|ièce8

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aient pu par cela môme être modifiées de degré en degré dans les formes des individus qui ont constitué leur descendance.

Tel type, d’ailleurs, a pu, sur tel point du globe, avoir persisté par sa descendance dans la forme acquise à une période donnée de son évolution, et sur tel autre point du globe avoir donné naissance (en raison d’écarts progressifs dans les formes de scs descendants) à des formes assez différentes du type précédent pour qu’elles puissent constituer de nouveaux types génériques et spécifiques, et cela sans pivdiges extra-natureis , mais en vertu des forces, en vertu des lois naturelles dont nous constatons les admirables effets dans la production alternante d'un être par un être de forme toute différente, et appartenant même à un genre différent, à une classe différente..., dans les cas parfaitement observés aujourd’hui de générations dites alternante* (t). Voy. Génération alternante.

« Si l'on écarte les exagérations de Lamarck, si l’on suppose un premier type » de chaque genre, de chaque famille tout au moins, on se trouve encore, à >* l’égard de l’origine de ces types, eu présence de la grande question de la créait) Les espèces à générations alternantes paraissent, il est vrai, circonscrites (pour chacune de leurs formes diverses) dans des limites analogues à celles des espèces à générations non alternantes. Mais nous nous appuyons, dans nos conclusions, sur ce qui se passe chez les espèces à générations alternantes, comme nous nous appuyons sur le grand fait des métamorphoses , transformations ou mutations rie formes chez les insectes, chez les batraciens, etc. ; comme nous nous appuyons sur le fait non moins éloquent de la transformation ou mulalion de la vésicule embryonnaire d’un végétal ou d’un animal 'formée dans son principe de quelques cellules) en un être complet, pourvu d’organes multipliés, très-complexes, et constituant souvent même une agrégation d individus partiels.

Nous nous appuyons, disons-nous, sur ces diverses mutations seulement pour démontrer une des principales tendances, un des modes d’action les plus puissants de la nature : la production d’une forme aux dépens d’une aulre; que (comme dans la métamorphose proprement dite; l’individu lui-mémc change insensiblement de forme par une suite de modifications organiques intérieures ; — ou que (comme dans le cas de générations alternantes) l'individu produit par graine ou par œuf (par vésicule embryonnaire) soit d’une forme très-différente de la forme de l’individu-mère; — et nous disons qu’arinéc d’une si merveilleuse faculté, la nature n’a (pour multiplier dans chaque groupe le nombre des formes, le nombre des espèces) qu’à imprimer un temps d’arrêt et à fixer en formes stables les divers termes de l'une de ces sortes d’évolutions.

Nous insistons surtout sur ce point, que ce modus facicndi pour la production des espèces ne serait-il pas clairement démontré dans certaines limites par la production, sous nos yeux, de races et de variétés dans nos espèces actuelles à type essentiel bien limité, — ce modus facicndi serait incontestablement plus probable que celui qui aurait consisté en la production spontanée et de toutes pièces d’un premier couple pour chacune des espèces du monde organique (espèces dont les plus voisines diffèrent quelquefois à peine l’une de l’autre, et mettent dans le plus grand embarras les classificateurs qui voudraient partout des limites tranchées). Les êtres adultes sont tous sortis de vésicules embryonnaires.

Il est difficile de supposer pour les vertébrés, par exemple, la première de ces vésicules s’étant produite ailleurs que dans un ovaire et avec le concours des deux sexes ; — mais l’embarras cesse, si nous admettons la possibilité de la mutabilité progressive des formes, car nous voyons se produire sous nos yeux, au sein de la matière inorganique, dans l’eau distillée, des globules organisés, globules ou cellules formant par leur agglomération une membrane mère d’ovules (ou de vésicules embryonnaires) d’organismes plus compliqués. — D’organismes en organismes, de vésicules embryonnaires en vésicules embryonnaires, l’esprit de l’observateur ne se refuse nullement à arriver aux formes spécifique* les plus compliquées des differents ordres ; — ces êtres à organisation très-compliquée que les mouvements volontaires, puis l'intelligence (ce rellet du souille créateur), rendent si supérieurs à la substance inorganique première d'où ils sont tirés, se sont en effet manifestés (dans la longue succession des époques géologique*) : les plus élevés en organisation, — les derniers.

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> lion. » — R. Aussi ne supposons-nous rien de semblable, car nous ne voyons aucune différence à supposer un type spontanément créé de toutes pièces pour chaque genre, ou !i supposer un type spontanément créé pour chacune des espèces de chacun de ces genres.

° De toute manière, le naturaliste doit admettre que le mode de formation » des premiers êtres organisés est un phénomène qui échappe aux moyens d’in- » vesligation dont il dispose... II nous faut raisonner sur les rapports des êtres » organisés, sur leur histoire et sur leurs attributs, sans examiner comment ils » ont été créés. » — R. Loiu de considérer comme un devoir de ne faire aucune tentative pour arriver à connaître l'origine des choses : Rerum coonoscere causas! nous prendrions volontiers ce mot pour devise; nous regardons comme un devoir de nous y appliquer de toutes les forces de notre intelligence, de toute la pénétration de nos yeux et de notre esprit. Dussions-nous, nouveau l’roinéthée, nouvel Icare, nouveau Galilée, payer d'un travail incessant de corps et d'esprit notre besoin de savoir ! dussions-nous succomber au labeur qu’impose à scs adeptes le culte passionné du progrès scicntilique !

Nous pensons, d’ailleurs, que l'étude des faits actuels se rattache invinciblement à la connaissance des faits plus anciens. Nous pensons même que, si l’on manquait de données sur l'origine des êtres organisés (ou, ce qui serait encore plus fâcheux, si les données que l’on croirait avoir sur cet important sujet étaient en contradiction avec des faits bien observés), il serait extrêmement difficile, même à l’esprit le plus puissant, de raisonner juste sur les rapports de ces êtres entre eux et sur leur histoire.

« On pourra constater que certaines espèces dérivent d'autres espèces, comme » on a découvert que la potasse et la soude résultent de combinaisons; mais on » arrivera toujours à certaines formes primitives qui seront pour les naturalistes » comme les corps simples pour les chimistes. > — R. Nous répondrons que les chimistes ne seraient pas arrivés à la connaissance des corps simples s'ils n’avaient pas cherché l’origine des choses, et que leurs cor/rn simples sont précisément nos monades.

« A ce point, le domaine des sciences d’observation s’arrête, et celui des » sciences philosophiques commence. » — R. Mettant en dehors de ces questions, que nous traitons en naturaliste, la science théologique, nous disons que c'est faire peu de cas des sciences philosophiques que de les rejeter en dehors du domaine de l’observation. — La philosophie, selon nous, est la science et la sagesse qui résultent de la recherche de la vérité dans l'observation de l'univers. Des conceptions qui ne s'appuieraient pas sur l'étude du inonde réel ne sauraient être que des rêveries ou des romans.

Tels sont, les arguments que nous opposons aux arguments des naturalistes qui admettent, soit à l'époque qu’ils nomment le commencement du monde, soit h plusieurs époques successives, une création générale spontanée de tous les êtres organisés, plantes cl animaux, tels que nous les voyons constitués aujourd'hui, et qui eu même temps refusent d'admettre que, dans des temps postérieurs, dans le temps actuel, les forces naturelles (sous l'inlluence éternelle du principe créateur et organisateur) soient suffisantes pour la production spontanée (c’est-à-dire

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autrement que par génération, aux dépens d'une matière inerte) d'une cellule végétale microscopique ! — qui refusent d'admettre que cette grande force universelle soit impuissante à mettre les parois de cette cellule en vibration sous une influence magnétique, et (de mouvement brownien ou de trépidation en oscillations, d’oscillations eu impulsions vagues, puis en impulsions franchement déterminées) à lancer cette cellule microscopique, celte monade chauffée au souffle divin, dans le domaine de l’animalité!

Tels sont les arguments que nous op|)osons aux arguments des naturalistes qui admettent l’inamovibilité, l'invariabilité, l’imperturbable stabilité des espèces qui constituent notre monde organique actuel, espèces dont ils reconnaissent cependant, dans beaucoup de cas, ne pouvoir avec certitude préciser las limites, esjH'ces dont ils signalent eux-mémes de nombreuses variétés.

Pour nous, qui reconnaissons, au contraire, qu 'actuellement encore certaines espèces sont si peu invariables et souvent si vaguement délimitées dans la nature, que, où l'un de nous voit quatre es|>èces bien tranchées et un certain nombre de variétés, tel autre descripteur, considérant ces variétés comme des types distincts, en voit cinquante ou même davantage; — pour nous, qui, voyant aussi combien certaines formes spécifiques (étant ébranlées par les procédés de la culture ou par la domesticité) s'écartent facilement de leur forme primitive (et cela au point de devenir méconnaissables et de donner lieu ù des races qui, dans certaines circonstances favorables, se conservent ensuite pendant une suite indéfinie de générations), — tout en reconnaissant volontiers que la plupart des types spécifiques actuels (espèces) sont suffisamment limités et assez persistants dans les conditions présentées par nos climats actuels pour pouvoir être décrits, classés et parfaitement reconnus (à quelques variations près), — nous ne pensons pas que ces espèces soient invariables, et surtout qu’elles l’aient toujours été, — et nous admettons qu'une forme ait pu dériver d’une autre forme par une série d'écarts dans le produit des générations.

Nous regardons comme sans importance réelle celle objection présentée comme dominant toute la question, que, depuis les temps historiques (qui, relativement à la durée probable des grandes épiques géologiques, datent d’hier), des types nombreux paraissent n’avoir pas varié dans leur |Kislérité. — Ces types n’ont pas varié parce que, sans doute, pendant cette période, les circonstances extérieures n’ont pas varié elles-mêmes, ou n’oul pas été de nature !■ mettre activement en jeu le principe de la variabilité.

L'objection qui a été faite, que telle espèce actuellement transportée d'un climat dans un autre cesse de se reproduire et meurt au lieu de se modifier, a certainement plus de valeur; mais nous répondrons qu'on ne saurait assimiler l'état météorologique du globe terrestre, pendant les diverses périodes géologiques qui se sont succédé, à l’étal physique et météorologique des diverses zones du globe pendant la durée d’une même période géologique, pendant notre période géologique actuelle.

I.e système de la production des êtres par l’évolution successive d'organismes très-élémentaires dans leur principe, le système de la variabilité des formes, nous semble, malgré d'inévitables lacunes et d’inévitables obscurités, expliquer

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