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IIERRUKISATIONS (INSTRUMENTS DE RÉCOLTE, STATIONS DES PLANTES

Les herborisations publiques sont dirigées par un professseur qui, à des jours déterminés, guide dans la campagne les personnes qui désirent le suivre, les conduit aux localités les plus riches en plantes intéressantes, et indique le nom de chacune des espèces qu’on rencontre aux élèves qui en font la demande.

Pendant de longues et belles années, Adrien de Jussieu a guidé nos gaies phalanges dans les bois et les champs des environs de Paris. Aucun de nous n'a oublié l'aimable et fine causerie, ni les savantes leçons de ce maître, à la fois si érudit et si bienveillant. Adrien de Jussieu, mort jeune, n’eut pas de successeur comme professeur de botanique rurale. — Plus tard M. Chalin, l'habile et zélé professeur de l’École de pharmacie, et tout récemment M. Decaisne, le savant professeur du Muséum et l’ami d’Adr. de Jussieu, ont fait revivre les herborisations parisiennes. — Les sessions annuelles instituées par la Société botanique de France ont partout vulgarisé et mis en honneur les herborisations. Ces excursions botaniques dans des stations variées, où chacun apporte sa part de renseignements et de lumières, sont toujours fructueuses et non moins pleines de gaieté que d’intérêt et de charme. — Voy. Société botamqi e de France.

Les herborisations publiques commencent au mois de mai et cessent à la fin d’août. Ces promenades, fort agréables pour tous, sont éminemment utiles il ceux qui sont encore peu versés dans la connaissance des espèces, et qui, après avoir reçu du professeur le nom des plantes qu'ils ont recueillies et avoir attaché une étiquette <i chacune d’elles, puis l’avoir placée avec soin dans la boîte d’herborisation, peuvent, de retour chez eux, en lisant de bonnes descriptions de leurs plantes nommées, apprendre facilement (la plante sous les yeux) les caractères des familles, des genres et des espèces, et parvenir assez promptement à se familiariser avec le langage botanique. Après avoir étudié la plante, on doit la préparer avec soin pour l’herbier; ces échantillons sont des types précieux qui aident il déterminer les espèces voisines.

Les herborisations à deux sont, en général, des explorations faites par de laborieux travailleurs. Telles sont les excursions que les deux auteurs de la Flore des environs de Paris ont faites assidûment, pendant plusieurs années, dans la circonscription de leur domaine de cinquante lieues de diamètre.

C’est dans ces excursions laborieuses qu’on peut interroger chaque buisson, sonder les mares et les étangs, suivre le cours des ruisseaux, s'égarer dans les bois, gravir les falaises et les rochers; en un mot, parcourir le pays, non pas à la hâte, mais lentement et l'attention toujours en éveil, tantôt travaillant de la pioche et de la serpette, tantôt étudiant, le scalpel et la loupe à la main. Aussi les journées d’herborisation les plus longues sont vite passées, et faut- il, pour n’en rien perdre, se lever avec le soleil cl ne s’occuper de trouver un gîte que lorsque le jour vous a abandonné. Quant aux repas, on les prend quand on peut et comme on les trouve; quels qu’ils soient, on les accueille avec le même appétit. Le soir venu, je l’avouerai, il faut quelquefois du courage (tour préparer, séance tenante, toutes les plantes récoltées, et résister à la fatigue et au sommeil ; mais

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on dormirait mal si les plantes étaient négligées, et deux heures se passent à les mettre dans le papier et à les munir d'étiquettes. Quel bonheur alors d’avoir acquis le droit de se reposer ! Le lendemain, la course ne sera pas moins longue, et la journée ne sera pas moins heureuse ni moins bonne (1).

Les herborisations solitaires ne peuvent présenter les mêmes plaisirs que les précédentes : ces longues excursions dans les bois ont toujours quelque chose de triste ou du moins de sérieux et de mélancolique ; point d'ami it qui faire partager ses impressions en face des spectacles si variés de la nature, faire part de ses remarques, soumettre ses doutes, et avec qui discuter les points difficiles. Quel dommage surtout d’être réduit à. concentrer en soi son bonheur, lorsqu’on vient II s'emparer de quelque plante depuis longtemps cherchée, ou dout la découverte est bien inattendue ! Cependant, si vous vous occupe/, moins de la recherche des espèces que des moeurs et de la structure des plantes ; si, en un mot, vous étudiez la physiologie végétale, faites souvent des promenades solitaires, cherchez, observez et méditez; et, seul, en face de la nature, li force d’interroger ses mystères, vous parviendrez peut-être à en pénétrer les secrets.

Mais jamais n’herborisez avec les personnes étrangères à vos études, vous les fatigueriez bien vite par vos allures irrégulières, vos temps d'arrêt ou votre marche précipitée; tandis que, d'autre part, l’air contrarié de votre compagnon, privé d'un auditeur et s’étonnant que vous regardiez une plante commune ou vous demandant si vous ne l'avez pas déjà récoltée, vous serait à vousmême une insupportable gène. Cardez-vous surtout d’entreprendre dans de telles conditions un long voyage : son but serait absolument manqué.

Ne vous associez pas davantage à un naturaliste cultivant une autre branche de la science que vous-même, à un géologue, par exemple, ou à un entomologiste, quel que soit l'agrément que vous puissiez trouver dans leur société. Vous ne tarderiez pas à vous gêner l’un l'autre, car où l’un devra longtemps s’arrêter, l'autre ne trouvera rien à faire, et devra continuer seul ou perdre sa journée.

Des instruments nécessaires pour la récolte des plantes (fig. 902 à 909). — Voici la liste des objets nécessaires pour recueillir et récolter les plantes.

Houlette nu fer-de-lanee. — C’est l'outil le plus commode pour déraciner les plantes; il doit être d’acier. La forme de la lame est ovale-aiguë : c’est la forme

(1) a La Botanique, dit Fontenclle (Éloge île Tourne fort), n'est pas une science sédeuu taire et paresseuse, qui se puisse acquérir dans le repos et dans 1 ombre d'un cabinet, » comme la Géométrie et l'Histoire ; qui tout au plus, comme la Chimie, l’Anatomie et o l'Astronomie, ne demande que des opérations d’assez peu de mouvement. Elle veut que » l’on coure les Montagnes cl les Forcsts, que l'on gravisse contre les Rochers escarpés, ■> que l’on s'expose au bord des Précipices. Les seuls livres qui peuvent nous instruire à u Tond dans celte matière ont été jetiez au hasard sur toute la surface de la Terre, et il faut » se résoudre à la fatigue et au péril de les chercher et do les ramasser. Ile là vient aussi » qu'il est si rare d'exceller dans cette science; te degré de passion qui suffit à faire un » Savant d'une autre espece ne suffit pas pour faire un grand Botaniste, et avec cette pas- » sion même il faut encore une santé qui puisse la suivre, une force de corps qui y ré- » ponde. M de Tournefort était d'un tempérament vif. laborieux, robuste ; un grand fond » île gaieté naturelle le soutenait dans le travail, et sou corps, aussi bien que son esprit, a avait été fait pour ta Botanique, a

d’un cœur de carte à jouer, moins l’échancrure, mais plus allongée. L’extrémité

Fig. 902. — Houlette et Fig. 903. — Houlette à fer vissé Fig. 90fi. — Couteau- poihachettc se vissant Tune ù l'extrémité d'une canne ou .gnard, sa gaine, et sa ceinà l’autre (1). d’un bâton ferré (2). ture pour le porter.

et les bords doivent être tranchants, et la ligne moyenne se relever sur l’une des deux faces en une nervure destinée à donner de la force à la lame. La longueur

(1) Cette houlette doit, pour l’usage, être vissée à un manche de bois très-court, renforcé d’un anneau. Une houlette à manche adhérent, telle que nous l’avons décrite plus haut, est plus solide et plus commode : cette houlette doit être assez courte pour pouvoir au besoin être logée dans la botte.

(2) Ce fer de houlette peut remplacer le fer du bâton ferré ; mais, pour en faire usage, elle doit être vissée à un manche court (il serait plus qu’incommode, il serait impossible de s’en servir pour arracher les plantes, fixée h l’extrémité d’une longue canne). Les houlettes vissées sont d’ailleurs peu solides, et par conséquent d'un emploi peu avantageux : la solidité est une des premières conditions à rechercher dans les outils de cette nature.

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de la lame doit être de 15 â 16 centimètres environ, et la largeur, au point le plus large, de 8 centimètres; la lame doit se terminer à sa base par nne douille forte et profonde, à laquelle on adapte un manche solide de bois de frêne (1). La longueur totale de l'instrument emmanché ne doit pas excéder h décimètres ; un manche trop long en rendrait le maniement difficile.

Couteau-poignard ou ehourin (2). — Cet outil (fig. 90li) est une très-bonne modification de la houlette ordinaire (ou fer-de-lance) à manche court. C’est un instrument solide et d’un maniement commode : il pénètre aisément dans tous les terrains; la longueur de sa lame permet de fouiller profondément, et sa force permet d’écarter les obstacles dans les terrains rocailleux des pays montagneux, et d'arriver aux racines, rhizomes ou bulbes, sans briser la plante.

Ou peut aussi, pour les promenades où l'on ne doit avoir qu'accidentcliement occasion de recueillir quelques plantes, se servir d’une canne terminée par un ferrie-lance (fig. 903); mais la longueur de la canne gène les mouvements, et pour les herborisations spéciales la lance it manche court est infiniment préférable. On trouve dans les magasins de quincaillerie des houlettes communes de jardiniers, qui, il la rigueur, peuvent servir; mais il est mieux d’en faire fabriquer de plus soignées eu acier par un coutelier intelligent.

l'ioche. — Une pioche il manche court est aussi très-commode pour enlever des souches considérables dans les terrains compactes; mais cet instrument présente l’inconvénient de trancher les racines, qu’on pourrait, avec plus de terni», il est vrai, enlever sans les endommager, en se servant du fer-de-lance. La combinaison des deux outils peut d'ailleurs être fort utile : on commence avec la pioche à enlever la terre autour de la souche, et l’on achève de l’enlever, sans rien briser, à l’aide du fer-de-lance.

Bâton ferré. — Il est indispensable, dans les pays de montagnes, d’être muni d’un long et solide bâton terminé par une pointe de fer, pour s’aider à gravir ou à descendre les pentes glissantes ou escarpées, à franchir les torrents, les crevasses des glaciers, à sonder les rochers que recouvre la neige, etc. Dans les pys de plaines, un bâton n’est pas indispensable, mais il peut être fort utile. Il doit se terminer inférieurement par une extrémité d’acier, dans laquelle est creusée une cavité où l’on insère la pointe de fer qu’on peut, à volonté, remplacer par le croissant, le crochet, ou même un fer-de-lance. Ces diverses lames se fixent au moyen d’une vis mobile qui en traverse la tige, ainsi que la monture d’acier qui termine le bâton et qui reçoit celte tige.

Le rroc/iet d’acier, qu’on adapte au bâton, est destiné, soit à saisir et à abaisser de hautes branches d’arbre, soit â déraciner une plante fixée â un mur élevé ou à l'escarpement d’un rocher; on bien encore â atteindre une plante aqua-

(t) On peut remplacer avec avantage, pour la solidité, l'élégance et la légèreté, ta douille par un prolongement aplati de la longueur que doit avoir le manche. Ce prolongement est une sorte de lame dont le plat doit être perpendiculaire au plat de la lame du ferde-lance ; il reçoit sur chacune de ses deux faces un demi-cylindre de bois destiné à compléter te manche, et fixé par des clous et des viroles : c'est une monture analogue à celle des couteaux de chasse.

(2) Ce nom a été donné à cet outil, aux herborisations, du nom d’un personnage du roman d'Kugène Sue, /ex Mystères lie Paris .

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tique croissant à une certaine distance du rivage, ou submergée il une certaine profondeur. — Le crochet peut être, pour ce dernier usage, remplacé par un râteau.

Pour recueillir certaines Algues très-délicates, au fond de l'eau, une cuiller profonde, se fixant également au bout du bâton, est un instrument fort utile.

Fie. S05. Flfi. 906. Fie. 907.

Divers modèles de pioches pour l’herborisation (t).

Le croissant est un crochet tranchant par sa concavité, une sorte de petite faucille qui peut servir aux mêmes usages que le crochet, et, de plus, il détacher des rameaux trop élevés pour les atteindre autrement. On fixe le croissant comme le crochet, â l'ein émitédu bâton.

Contenu et serjwtte. — line forte et solide serpette est préférable au meilleur couteau pour couper les branches et les rameaux ; en outre, la serpette est aussi très-commode pour arracher rapidement de petites plantes annuelles ou cespi-

(t) La forme la plus solide et h plus commode est le modèle figure 907 ; c’cst celte pioche que M. Los «o n et moi associons à la houlette fer de lance (à manche court) dans nos excursions botaniques. Elle est solidement emmanchée, et le inarte.m qui la prolonge en arrière, en en augmentant le poids, lui donne plus de puissance. — Le modèle figure 906 est un instrument plus léger ; une vis à pression permet de détacher le fer du manche, mais cette vis peut se perdre, et l’outil est peu solide. — Le modèle figure 905 présente l'avantage d'un double fer, l'un aigu et l’autre tranchant. Il a l'inconvénient du manque de solidité, en raison de ta vis qui unit le fer au manche ; manche, du reste, trop mince au point de jonction (où il éclaterait au premier effort pour enlever une plante dans un terrant compacte). O fer de pioche solidement emmanché (à ia manière du n° 907) pourrait constituer un bon outil.

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teuses. Il est prudent d’en avoir plusieurs en commençant le voyage, car on les perd fréquemment, et c’est un des outils les plus indispensables.

Croc ou harpon. — Il est utile d’avoir un croc de fer à trois pointes recourbées, et terminé par une boucle à laquelle on fixe une longue ficelle. On le jette, en retenant la ficelle par l’extrémité, dans les eaux profondes, où l'on ne pourrait s’engager sans danger, pour en retirer les plantes qu’on aperçoit à leur surface ou dans leur profondeur, hors de la portée du crochet adapté au bâton. Une tige de fer d’un décimètre de longueur, hérissée d'un grand nombre de pointes recourbées d'un pouce de longueur, et également terminée par une boucle pour adapter la ficelle, est- un instrument encore plus avantageux.

Échenilloir (fig. 908). — Sorte de ciseaux à ressort fixés it l’extrémité d’un long manche, et se manœuvrant à l’aide d’une ficelle qui tend le ressort. Cet instrument est trop embarrassant pour être emporté aux herborisations; il serait quelquefois commode cependant pour détacher des rameaux d’arbres élevés ; il est utile surtout dans les jardins et les parcs.

Sécateur (fig. 909). — Remplace souvent la serpette dans les jardins, comme pour la taille des rosiers et antres arbustes épineux. Pour les herborisations, une forte serpette est préférable.

Etiquettes de papier et crayon. — On doit avoir, dans un petit sac ou dans un des compartiments de la boite, un grand nombre de petits carrés de papier destinés 5 servir d'étiquettes. Après avoir inscrit au crayon le nom de la plante, ou au moins la localité où elle a été recueillie, on fixe l'étiquette en la roulant autour de la tige, ou au moyen d’un fil (dont les étiquettes mit dû Cire préalablement munies). Cette pi •■caution rst indispensable aux élèves auxquels le professeur nomme les plantes aux herborisations publiques, et aux botanistes qui parcourent dans la même journée des localités éloignées les unes des autres: les récoltes successives de plantes se trouvant, sans cette précaution, inévitablement mêlées dans la boite.

Boîte d'herborisation (1) (fig. 910). — Tout le monde connaît la forme ordinaire deshoîles d'herborisation de fer-blanc : celle forme est généralement

Fig. 910. — Botte d’herborisation.

celle d’nn cylindre un peu comprimé. Ces boîtes s'ouvrent en dessus, dans les deux tiers de leur longueur et de leur largeur, par un couvercle à charnières ; ce couvercle se ferme au moyen d’une agrafe à boutonnière. I/agrafe

(1) La botte d'herborisation est justement vantée dans la chanson botanique suivante (empruntée au Recueil inédit de chansons botaniques) qui est chantée, toujours avec un succès nouveau, et suivie de bien d’autres, aux herborisations annuelles de la Société botanique :

Le botaniste est bon entant,

Mais blagueur par tempérament ;

Je tais vous coûter son histoire,

Ses vertus, scs défauts, sa gloire.

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,

Le botaniste est bon enfant !

Le botaniste, jeune ou vieux,

Kst toujours gai, toujours joyeux ;

Kn fait d’soucis il n’connatt guère Que le Catendula vulgaire.

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,

Le botaniste est bon enfant !

Le botaniste est un luron,

.Et près des belles, sans façon,

On prétend que les jours de pluie Il fait de la cryptogamie...

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment.

Le botaniste est bon enfant!

Le botaniste a sur le flanc Une gross’ boîte de fer-blanc.

Et certes la botte de Flore Vaut mieux que celle de Pandore f Ah ! ah ! ah ! oui vraiment.

Le botaniste est bon enfant ’

Le botanist’ n’est pas gourmand Mais il mange agréablement.

Et sait s’eontenter d’une om’letle Pourvu qu’ell’ soit suivi’ d’cét’lettes, Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,

Le botaniste est bon enfant !

Le botaniste, sans humeur,

Boit d'Ia piquette ou du meilleur.

Et sur lui l’ciel trop d’eau déverse, Pour qu'à table encore il s’en verse f Ah ! ah ! ah ! oui vraiment.

Le botaniste est bon enfant ! etc.

HEHB0BISAT10NS.

doit être formée non d'une pointe de fer-blanc, niais d'un anneau auquel on peut placer uu cadenas dans l'intervalle des herborisations. I.es verrous de fil de fer, qui sont fréquemment employés, se faussent souvent et sont d’un maniement difficile.

La longueur d’une boite ordinaire est environ de ’i décimètres. La boite présente un anneau à chacune de ses deux extrémités ; à ces deux anneaux on fixe une courroie pour jiorter la boite en bandoulière. Les boites doivent être extérieurement peintes d’une couleur clair et recouvertes d’un vernis luisant, afin qu'elles réfléchissent les rayons du soleil, et que, par conséquent, les plantes qu’on y dépose ne soient pas exposées il se flétrir sous l'influence de la chaleur. Néanmoins, dans les pays méridionaux, les plantes ne se conservent fraîches dans la boite que si elles y sont en abondance, et se flétrissent si elles n’v sont qu’en petite quantité : une éponge mouillée, placée au fond de la boite, maintient humide l'air qu'elle renferme, et prévient ce dernier inconvénient.

On doit avoir des boites de plusieurs dimensions : une boite de poche pour les petites promenades ou pour recueillir des parties de plantes isolées ; une boite de moyenne grandeur pour les herlmrisations ordinaires, cl une boite très-vaste pour les herliorisations des voyages. Les grandes boîtes doivent toujours présenter plusieurs compartiments destinés à des provisions de bouche, aux objets les plus essentiels de la pharmacie de voyage, et enfin à recevoir les très-petites plantes qu’on ne peut, sans danger de les égarer ou de les endommager, placer au milieu des autres. Ces compartiments servent encore à mettre des plantes aquatiques, comme les Algues, ou d’un tissu délicat, comme les Champignons ; des souches de plantes ou des bulbes destinés à être plantés ; enfin divers objets d’histoire naturelle, qu'on peut être tenté de recueillir, insectes, reptiles, minéraux, etc.

Flacons de fer-blanc. — Deux flacons de fer-blanc, à large ouverture, doivent aussi être placés dans la boîte et reçus dans des compartiments spéciaux ; ils doivent être fermés hermétiquement avec des bouchons de liège. L’un de ces flacons est destiné à recevoir les plantes aquatiques qu’on veut laisser dans l’eau : des Algues, des Chara, des Lcnina, etc. L’autre flacon doit être rempli aux deux tiers d’alcool ; on y plonge les objets qu’on veut conserver sans les sécher, des fleurs isolées, des fruits pulpeux et autres organes charnus, des anomalies végétales destinées à être étudiées et figurées, etc. , etc.

Cartable. — Le cartable est un portefeuille renfermant une certaine quantité de feuilles doubles de papier a sécher, du format de l'herbier. Ce portefeuille est destiné a recevoir immédiatement les plantes très-délicates, celles, par exemple, dont les pétales, très-caducs, se détacheraient avaul la fin de la journée ; les plantes aquatiques qui se dessécheraient et se déformeraient dans la boite ; enfin les objets les plus précieux dont on est bien aise d’assurer immédiatement la parfaite conservation. Lorsqu'on herborise seul ou en petit comité, et qu'on peut prendre a volonté le temps de s’arrêter, il est bon de temps en temps, pendant la durée de l’herborisation, de placer dans le cartable tout ce qui se trouve dans la boite : on abrège ainsi de beaucoup le travail qui reste a faire au retour, et la préparation des plantes est bien plus satisfaisante.

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Le cartable se compose de deux feuilles libres de carton très-fort, revêtu en dehors de basane ou de toile ; deux courroies de fil terminées chacune par une boucle, passées dans des boutonnières pratiquées dans ces feuilles de carton, les réunissent et permettent de varier la distance qui les sépare l'une de l'autre, et par conséquent de les espacer à mesure que le paquet grossit par l'introduction de nouveaux échantillons. Deux boucles spéciales fixées à l’un des deux cartons permettent en outre d’y adapter une courroie de support pour porter le cartable, comme la boite, en bandoulière. C’est surtout dans les contrées méridionales que l'usage du cartable est indispensable, en raison de l’ardeur du soleil, qui flétrirait, immédiatement après la récolte, les plantes délicates, et surtout les plantes aquatiques.

Les plantes doivent toujours être fortement comprimées dans le cartable, au moyen des courroies. On ne doit point entasser les plantes les unes sur les autres dans une même feuille du cartable ; les échantillons doivent être placés avec soin dans le papier, comme lorsqu’il s'agit de les préparer d'nnc manière définitive. Il va sans dire que les feuilles doubles ne doivent pas former un cahier, mais être toutes indépendantes les unes des autres et régulièrement superposées, l'ouverture étant dirigée du même côté. On peut placer dans le cartable une ou deux feuilles de fer-blanc destinées à isoler les plantes aquatiques mouillées des plantas voisines, il séparer les plantes délicates des piaules robustes et épineuses, eta — Voyez l’article Herbier.

liÉcot.TE des plantes. — Le plus grand nombre des plantes herbacées peuvent et doivent être recueillies entières, y compris la racine, si la plante est à racine pivotante. Si la plante est vivace, on doit, selon que la souche est ccspileusc ou traçante, petite ou très-volumineuse, enlever celle souche en entier ou se contenter d'un fragment. Si la souche part d'un centre commun, ou doit enlever un fragment de cette partie centrale pour que le modo de végétation de la plante soit indiqué.

Selon la difliculté, on enlève les plantes avec 11 serpette, le fer-de-lance ou la pioche. Si elles sont de petite taille et abondantes, on en prend ordinairement plusieurs échantillons. Lorsque les plantes sont plus longues que le papier de l’herbier, on ne les casse pas, on les plie une ou plusieurs fois sur ellesmêmes, d'une longueur de 3 décimètres environ ; les plis doivent être pratiqués lion en courbant la tige, mais en la pliant franchement à angle aigu, après avoir pincé cette tige, si elle est succulente et fragile, à l’endroit où doit être fait le pli, afin d’éviter de la rompre.

La plante ainsi pliée est déposée isoléineul dans le cartable ou dans la boite, cl, dans ce dernier cas, de manière il former une couche régulière sur lis plantes qui s’y trouvent déjà : celle précaution empêche les plantes de sefroisscr, et permet d'en introduire dans la boite uu nombre beaucoup plus grand que si on les y mettait eu désordre. Il va sans dire que les plis de la tige auront dù, autant que possible, être faits de manière à laisser au port de la plante son élégance ; pour cela, les plis ne doivent pas être pratiqués trop prés de la somiiiilé fleurie. On |teut, du reste, sans inconvénient, plier la lige eu tronçons inégaux ; il faut surtout se garder de la plier trop longue, car si elle déliassait la longueur

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du papier de l’herbier, elle ne tarderait pas à être mutilée par des froissements inévitables : il vaut beaucoup mieux que la plante pliée n’atteigne pas les limites de la longueur du papier. Du reste, on prend très-facilement l'babitude de plier les tiges de la longueur convenable.

Certaines plantes herbacées peuvent offrir, sur un seul spécimen de la taille du papier d’berbier, racine , feuilles radicales, feuilles caulinaires , fleurs et fruits , c’est-à-dire tous les organes nécessaires, à l’étude complète de l’espèce ; mais il est assez rare qu'il en soit tout à fait ainsi. Eu effet, à l’époque où les fruits commencent à mûrir, les feuilles radicales se détruisent, et la plupart du temps elles n'existent plus à la maturité. Pour posséder la plante complètement, il est donc presque toujours indispensable d'en recueillir des échantillons à diverses époques de l’année : lorsqu’elle commence à germer et ne présente que les feuilles colylédonaires et primordiales, lorsqu’elle ne présente qu'une rosette de feuilles radicales, lorsqu’elle est en pleine floraison, et enfin lorsqu'elle est en fruit et que les graines sont mûres. — Si les graines ou les fruits se détachent, on les recueille à part, et on les place dans un sachet de papier qu’on joint à l’échantillon.

Si la plante, bien qu’herbac’e, est de très-grande taille, on recueille à |>art : des feuilles radicales, des feuilles prises à la partie moyenne de la tige, des rameaux florifères et des rameaux fructifères; en outre, pour donner une idée de la tige, on en prend un tronçon qu’on fend en deux moitiés pour éviter une épaisseur inutile ; on peut également fendre en deux moitiés les capitules trèsgros de certaines Composées, ainsi que les fortes racines, et détacher un fragment des souches les plus volumineuses.

Si la plante est un arbre ou un arbrisseau, on recueille des rameaux en fleur, des rameaux fructifères, et des rameaux stériles ; les rejets de la base sont en général à feuilles plus amples, les rameaux du sommet à feuilles plus petites et quelquefois de forme différente. Du reste, un rameau d’arbre donne une idée satisfaisante de l'arbre entier, puisque Ions les rameaux, quel qu’en soit le nombre, diffèrent peu l’un de l’autre.

Lorsque la plante est dioique, il est évident qu’on ne possède l’espèce que si l’on a recueilli l’individu mâle et l'individu femelle, et ce dernier tant en fleur qu’en fruit.

L’importance de posséder les fruits mûrs dans certaines familles est des plus grandes : c’est ainsi que tous les genres, et la plupart des espèces, de la famille des Crucifères et des Ombellifères, ne peuvent être déterminés que d’après l’inspection du fruit et de la graine mûrs.

Chez certaines plantes, les fleurs se développent avant les feuilles (c’est ce que les anciens nommaient filius ante patrem) ; on doit recueillir les plantes d’abord au point de vue de la fleur, puis au point de vue des feuilles et des fruits. C'est ainsi que, pour posséder en herbier une espèce complètement représentée du genre Salix, on doit avoir : un rameau de l'individu mâle en fleur, un rameau de l'individu femelle en fleur, des rameaux de l'individu femelle à fruits demi-mûrs et complètement mûrs, cl des rameaux des individus à feuilles complètement adultes. Afin d'étre sûr de recueillir les feuilles sur les

arbres mômes qui ont foumi les échantillons en (leur, il est indispensable d’attacher à chaque arbre une étiquette de plomb portant un numéro semblable à celui qu’on a eu soin d'attacher à l’échantillon cil lleur préparé pour l’herbier, de manière à pouvoir faire avec certitude une série de récoltes, à diverses époques de l'année, sur le même arbre.

Des recherches pleines d’iniérôt consistent à chercher les diverses variété s d'une plante signalées par les auteurs, variétés qui, pour la plupart, sont susceptibles d’être rencontrées dans les pays où l’on trouve le type. Les variétés qui ont le plus d’importance, et méritent le plus d'attcniion, sont celles qui ont paru à quelques auteurs devoir être éle ées au rang d’espèces, et qui sont encore considérées comme telles par un et rtain nombre de botanistes.

Les variétés les moins importantes à recueillir sont celles qui ne consistent que dans une modification dans la couleur de la fleur : par exemple la couleur blanche remplaçant la couleur bleue chez les Campanules, la couleur rose ou blanche remplaçant la couleur bleue du Polygala, et la couleur blanche la couleur rose des Bruyères. Ces diverses couleurs se conservent rarement sur la plante sèche.

On doit, lorsqu'on possède la forme-type d’i ne plante, en rechercher les formes exceptionnelles : les petits échantillons des grandes plantes, les grands échantillons des petites plantes, cl les individus qui, placés en dehors de leur staiiun habituelle, ont pris un faciès inaccoutumé. C’est ainsi que les plantes des années sèches ou des lieux très-arides sont rabougries et chargées de fleurs, et que les plantes des années pluvieuses ou qui ont crû à l’ombre et h l'humidité sont très-succulentes, de grande taille, à feuilles très-amples, et à fleurs peu nombreuses et souvent mal développées.

Il est surtout intéressant de recueillir dans des stations diverses les plantes polymorphes, c'est-à-dire de formes extérieures variables, et dont on trouve rarement deux individus d'aspect tout à fait identique. Telles sont plusieurs espèces des genres Rubus, Rosa, Ckenopodium, Atriplex, etc.

On doit, autant que possible, recueillir les plantes parasites, en conservant leurs adhérences avec la plante nourrice. Chez les Orobanches, où ces adhérences sont souterraines, et se rompent par la plus légère traction, pour éviter cet accident, il faut mettre en usage les précautions les plus minutieuses. Ou enlève d’abord la plante avec une motte de terre volumineuse ; puis, si l'on se trouve près d’un ruisseau, on porte la motte dans le courant de l’eau, les racines se trouvent lavées et les adhérences mises à nu sans rupture ; si I on n'est pas à proximité de l’eau, on détache la terre sans secousse et leutement.

Plantes communes et plantes rares. — Lorsque l'on commence à étudier et à recueillir des plantes, il semblerait qu’on dût immédiatement s'intéresser surtout à celles qu’on est susceptible de rencontrer partout, et qui constituent la masse de la végétation du pays qu'on habite, ou à celles auxquelles on attribue des propriétés médicinales, ou même qui sont du domaine de la culture.

Le plus généralement il n’en est point ainsi : un fâcheux préjugé fait au contraire que toute l'attention se porte d’aliord sur les plantes regardées comme

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rares, et qu’on appelle de bonnes plantes, quel que soit, du reste, le genre de beauté de ces espèces, et abstraction faite de l’intérél qu'elles peuvent présenter.

Cela tient en [vartic à l’habitude qu'on a de considérer comme précieux les objets rares, et de les désirer par cela même que tous ne peuvent les posséder. Une autre raison, en apparence plus plausible, est qu'on a toujours le temps et la facilité de recueillir les espèces qu'on a sous la main, et que d’ailleurs ou peut au besoin les voir vivantes et les consulter; mais le plus ordinairement on sc contente de celte possibilité, et il est bon nombre d’herbiers dans lesquels les plantes dites rares se trouvent eu abondance, tandis que les plantes vulgaires y manquent complètement ou y sont à peine représentées.

Qu’est-ce, en définitive, qu’une plante rare? C'est une plante qui se trouve accidentellement ou en très-petit nombre dans la contrée qu’on habite, mais qui est presque toujours commune dans une contrée plus ou moins éloignée. Il en résulte que si tous les botanistes suivaient le même principe, les plantes ne seraient jamais cherchées que II) où on a le moins de chances de les trouver, et seraient négligées dans tous les lieux que la nature leur a réellement assignés pour domicile : une plante rare n’est réellement meilleure qu’une autre que par la difficulté de se la procurer, ou l'impossibilité où l’on pourrait être de la remplacer si l’on venait à la perdre. .Mais lorsqu'on se livre II l’étude de la végétation d’un pays, ce sont celles dont on doit le moins se préoccu|)er dès l’abord, et ce sont au contraire les plantes communes qu’on doit les premières bien connaître et posséder.

Ce sont en ciïet les plantes abondantes qu'il est commode d'étudier, eu raison de la facilité qu’on a de se les procurer à tous les états et en quantité suffisante-, ce sont aussi ces plantes dont il est facile de préparer des spécimens complets Il toutes les périodes de leur végétation, et qu’on peut recueillir, tant en fleur qu’en fruit, dans toutes leurs variétés.

C’est seulement lorsqu'on possède et que l’on connaît bien toutes les plantes qui constituent le fond de la végétation du pays qu’on habile, que celles qui s’y trouvent rarement peuvent dev enir l’objet d’un véritable intérêt, cl qu’on doit attacher de l’importance à leur recherche, non pas seulement pour compléter la collection, mais aussi |)our se rendre compte des circonstances qui déterminent leur présence. C’est ainsi que telle espèce peut caractériser une veine ou un flot de terrain isolé dans la contrée, et dont le terrain analogue n’occupe une grande étendue que beaucoup plus loin, et que tel échantillon isolé |>cut indiquer l’extrême limite géographique septentrionale ou méridionale d’une plante abondante dans une région voisine.

One question intéressante à étudier est aussi la naturalisation d'une espèce introduite accidentellement dans le pays avec des graines de céréales ou de toute autre manière ; et il importe de s'assurer si cette espèce dépay sée cesse au bout d’un certain temps de se reproduire, ou si elle persiste et se naturalise; et dans ce cas, si elle présente quelques différences d’as|H-ct avec l’état qui lui est habituel dans le pays d’où elle est originaire.

Commencez donc par bien connaître les arbres de vos forêts, les Graminées

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de vos prairies, les l.ypéuacées de vas étangs cl de vos tourbières, toutes les plantes, en un mot, qui vous entourent ou que vous foulez constamment sous vus pieds ; et lorsque vous connaîtrez les plantes communes assez à fond pour qu’en en recueillant un fragment au hasard, vous puissiez avec certitude reconnaître l'espèce à laquelle ce fragment appartient (autant que l'état de l'objet peut le permettre), vous chercherez avec d'autant plus d'intérêt et de plaisir les plantes rares, que vous vous les serez réservées |>our l’instant où vous n'en aurez plus d’autres à recueillir.

Les diverses stations des plantes. — Le Créateur, en variant à l'inGui les forces et tes conditions d'existence, je pourrais dire les mœurs et les tempéraments de tous les êtres vivants, a rendu les végétaux susceptibles d'être répartis dans les contrées du globe les plus dissemblables par le climat et la température, et d’être propres, les uns ou les autres, à peupler tous les points de chacune de ces contrées.

Aussi les dilférenccs les plus grandes existent-elles, non- seulement entre les dores des pays situés sous dis latitudes très-diverses, mais dans un même pays d'une certaine étendue, de la France, par exemple, entre la flore des montagnes, celle des plaines de la région centrale ou de la région du nord, et celle des plaines de la région méridionale.

En elfet, le climat normal, qui, pour une zone donnée, résulte de la latitude, est le plus souvent modifié par de nombreuses circonstances locales. Quelquesunes de ces circonstances déterminent, pour certains points, un climat en réalité septentrional au centre d’une contrée tempérée; la principale de ces causes locales consiste dans l'altitude des montagnes. L'est ainsi que les sommets de ces montagnes sont couverts de glace et de neige dans le même temps qu'une tenqiératurc élevée règne dans les plaines qui s’étendent à leur base, et que ces points élevés présentent la végétation de la Norvège au centre de pays méridionaux occupés, à un niveau moins élevé, par les plantes des latitudes tropicales.

D’autres circonstances agissent en sens inverse, et déterminent dans des |iays sinon froids, du moins tempérés, un climat qui les assimile aux contrées véritablement méridionales: c’est ainsi que certaines gorges exposées au midi, cl dont les terrains, d’un blanc éclatant, réfléchissent et concentrent les rayons du soleil, élèvent la température à un degré bien supérieur à celui qu’elle peut atteindre en dehors de ces circonstances locales. Le climat de la région méditerranéenne cil France, qui donne lieu, presque sans transition, à une végétation si caractérisée, n'est pas seulement le résultat de la latitude méridionale : les vents chauds qui arrivent sur les cêiles de la Provence, après avoir traversé les (daines brûlantes de l'Afrique, et surtout l'exposition eu espalier tourné vers le midi et abrité des vents du nord par la chaîne des Alpes, en sont en grande partie les causes déterminantes.

lin exemple frappant des différences qui existent dans la distribution des végétaux pour des points peu éloignés d’une même contrée, selon les circonstances locales qui peuvent en modifier le climat, peut être puisé dans la circonscription même de la flore des environs de Paris. En effet, tandis qu'à Étampes

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(sur des coteaux exposas au midi, et dont le terrain de couleur blanche réfléchit sur les plantes les rayons du soleil), nous rencontrons des plantes méridionales, telles que le Tragus rncemosus; tandis que nous trouvons à Malesherbes le Cordunctllus rnitissimus, et dans les rochers de Fontainebleau VA Ilium flavum et le Phalangium Litiagn; dans des localités éloignées seulement de quelques lieues vers le nord, nous rencontrons des plantes des contrées septentrionales ou des montagnes élevées, telles que : V Aconitum Napellus, VActœa spieata, le Senecio Fuchsii, les Vaccinium Mgrtillm et Vilis-idæa, et même le Swerlia I lercnnis . Il y a plus, à deux lieues de distance à peine, on trouve : à Versailles, le Hanuncidus parvi/lorus, et il Louvecienncs (ou Luciennes), l'Impatiens Noli-tnngere.

D'autres flores doivent leur caractère non plus au climat, mais à la nature chimique et surtout à l'état physique du terrain; c'est sur la connaissance de ces propriétés du sol qu'est en grande partie fondée la théorie des engrais. Il est incontestable, par exemple, que les terrains baignés par les eaux salées de la mer possèdent une végétation spéciale, et qui ne saurait s'établir ailleurs, sinon dans les pays qui possèdent des sources ou des lacs d’eau salée, ou qui sont, de plus ou moins loin, exposés par les vents à l’influence maritime.

Certaines plantes ne se rencontrent guère ailleurs que dans les terrains sablonneux. Par exemple : Alsiite sctacea, Corrigiola littoralis, Silene Otites, S. conica, Plantago arenaria , Jasione montana, Scleranthus perennis, lierai nrin glnbrn, Myosotis stricto, Digitalis purpurea, Linaria supina, Spergu/a pentandra, Yiciu lathyroides, Helianthemum guttatum, Vertmica vema, Aira prœcox, Aira canescens, Mibora mi ni nui, etc.

D'autres végétaux paraissent appartenir spécialement aux terrains argileux ou aux terrains calcaires; je citerai entre autres : Tussilago Farfara, Diplotaxis tenui folia, D. viminea, Calendula arvensis, Helianthemum pulverulentum, Libanotis montana, Teucrium montanum, T. Chameedrys, Digitalis lutea, etc.

Néanmoins la plupart des végétaux sont bien moins influencés par les différences géologiques du sol qu'ils ne sont sensibles aux différences de latitude, à l'exposition chaude ou froide sous une même latitude, et au degré de sécheresse ou d'humidité. — Je suis même porté il croire que les terrains sablonneux non inondés, ne conservant pas les eaux pluviales, qui les traversent comme un filtre, agissent surtout connue terrains secs, et que les terrains calcaires ou argileux, conservant l’eau, qui ne peut les traverser, agissent surtout comme terrains humides.

Un savant distingué comme botaniste et comme géologue, et qui a étudié assidûment pendant de longues années la distribution des espèces végétales dans les montagnes de la chaîne du Jura, est arrivé il des conclusions (1) qui viennent

(t) Thurmann, Essai rie phytostatique appliquée à la chaîne riu Jura et aux contrées voisines. — Thurmann classe le» roches de ta contrée qu'il a étudiée en trois sections, savoir : t» les roches siliceuses ou silicéo-alumineuses; 2° les roches calcaires; 3° les roches mélangées, telles que les dépéts de graviers, de galets, de poudingues, etc., les mollasses, les grès à ciment calcaire, les tehms, les tufs, etc. — L'auteur fait remarquer : premièrement, que les roches siliceuses n’atteignent qu'à un certain état de division, et forment SERliAtX (DE ST-PIERRE). 46

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à l'appui de cette dernière considération. Il insiste sur le peu d'influence de la nature chin.ique des roches relativement à la distribution des espèces végétales, et sur l'extrême importance au contraire des propriétés physiques des roches, selon leur état plus ou moins complet de désagrégation.

En eflet, on trouve quelquefois certaines plantes des terrains sablouneux dans les terrains calcaires ou argileux élevés qui sont très-arides, et sur lesquels les eaux pluviales coulent sans y séjourner. — Et d'autre part, les plantes des prairies sablonneuses basses et constamment mouillées sont souvent les mêmes que celles des prairies argileuses. — Il y a plus : les sables humides présentent souvent une partie des plantes des terrains tourbeux, qui sont composés seulement, de terreau ou de débris organiques, et cependant ces deux sortes de terrains sont de la composition la plus dissemblable possible.

Enfin, l'ensemble de la végétation spontanée est très-diiïérent, suivant qne le sol, quelles que soient, du reste, sa nature et son exposition, est couvert de forêts on de prairies, ou qu'il est fréquemment remué par les labours, et soumis à l’influence de la culture. Le botaniste le moins expérimenté sait qu'un même

du salle plus ou moins ftn : il nomme ces roches psammogènrs, et leur détritus, psnrn* mû] uc ; secondement, que les roches calcaires tendent au contraire, dans leur désagrégation, à une subdivision indéfinie qui produit la forme pulvérulente ou terreuse : il les nomme pêlogènes, et leur détritus, pe/iguc; et troisièmement, enfin, que les roches mélangées donnent lieu, par leur désagrégation, à un détrilus mixte participant de la nature sableuse et de la nature terreuse : il les nomme pélopsaMmogènes, et leur détrilus, pèhptammigue. Il nomme, d’une manière générale, dysgéogrne #, toutes les roches à désagrégation faible, et cugèoyèncs, celles dont la désagrégation est facile et atteint le maximum d'intensilé; — mais il insiste sur la nécessité de tenir compte du diluvium qui peut recouvrir ces roches et qui constitue souvent le véritable sol.

Dans les terrains eu géogènes du Jura, l'auteur a remarqué : « 1° Ine plus grande diverti site d'espèces, une plus facile inobitisali n. une aire plus développée pour les espèces « sociales, une plus large dispersion des espèces communes, une moindre abondance des » plantes saxicole»; 2° une plus grande aptitude d’extension vers le Nord; 31’ une prédo- » ntinance particulière des familles inférieures; 4° une prédominance marquée des plantes » à racines profondes et divisées; 5° une supériorité généiale de taille, excepté pour cern tains végétaux ligneux; 6° une piédominance notable des espèces chef lesquelles domine » le développement des feuilles cauünaires aux dépens des radicales; 7J un rié*eioppe- » ment plus vertical de l'axe: H# une plus grande ampleur de ramification ; 0° un plus » grand développement herbacé, mais un moindre développement ligi eux et une moindre » longévité chez certaines espèces arborescentes. » L’en-emble de c*s caractères dérivant de certaines conditions relatives à Yeuv, à la chaleur , a la lumière et au sol, et qui sont déterminées par la faculté absorbante ou non absorbante des roches, l'accidentalion de leur surface, leur couleur, leur degré de conductibilité du calorique, etc.

Thurmann regarde, en outre, le climat comme une des causes déterminantes les plus actives de la station et de la dispersion des espèces. Il divise la région qu’il étudie en cinq climats : le climat boréal , le froid, le moyen , le chaud t Yauslral. l*our une même contrée, Y attitude est une des causes principales qui influent sur le climat ; mais l’altitude est, dit l’auteur, modifiée dans scs résultats par l’exposition générale. 1 • situation par rapport aux grands relief», l’exposition particulière, la connexion des grands reliefs, la dispersion de proche en proche, la diversité des terrains, et la température exceptionnelle de certaines sources.

J’ai cité, sans les discuter, les plus importantes opinions de Ihurmaon ; je crois cependant devoir faire observer qu ri, comme cela parait incontestable, la constitution physique du sol influe puis-ammcn sin ! t végétation d’une contrée, les qualités chimiques du terrain ont, d’autre part, une i. flueii. e icelle qu’il n’est pas moins ueces*aire d’examiner.

Voyez, pour la di»lribut itéra le des plmtes, l’article Ctm.iunm: büiamufe de ce

Diction notre, le chapitre * .* -, 1 î qui termine le Cours t/’inenfuire de ùulaittgne d’Adr. de Jussieu, et surtout la C. ug>. mde i-nauigue raisonnée de M. Àlph. de Caudolle.

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terrain qui est successivement occupé par un buis, des céréales ou une prairie, présente, pendant ces diverses périodes, des plantes spontanées d'espèces complètement différentes. Il est aisé de se rendre compte des causes de ces différences. I.es plantes des furêts sont celles qui demandent de l’ombre ou de l'humidité, et un terrain amendé par le terreau végétal. I.es prairies sont occupées par des plantes vivaces dont les souches compactes ou traçantes laissent peu de place aux plantes anuuclles. Enfin, les terrains consacrés à la culture des céréales étant remués chaque année, on conçoit qu'à l'exception de plantes vivaces presque indestructibles (quelles soient bulbeuses comme certaines Liliacées: Altium vineale , Muscari comosum , etc., ou traçantes comme certaines Graminées : Triticum repens, etc.), ils conviennent surtout aux espèces spontanées annuelles qui fructifient dans un court espace de temps, et dont la végétation rapide demande de l'air et du soleil.

C’est ainsi, en général, que si un terrain labouré est abandonné à lui-même, les plantes annuelles qui le recouvrent les premières années sont la plupart, au bout d’un certain temps, étouffées par les plantes vivaces, qui les empêchent de se reproduire en s’emparant complètement de la surface du sol,

On s'est étonné quelquefois que les plantes des hautes montagnes, qui semblent exposées dans ces régions à des froids rigoureux, ne résistent pas aux gelées de nos hivers, lorsqu'elles sont transportées dans la plaine. On a reconnu la cause de cette apparente singularité dans l’épaisse couette de neige qui, en recouvrant ces végétaux sur la montagne pendant toute la dorée de l'hiver, et en leur servant d'abri, empêche le rayonnement du calorique, les préserve par conséquent d'un froid trop rigoureux, et ne les laisse à découvert que lorsque la température est arrivée à un degré de chaleur assez considérable; tandis que dans les plaines ils sont exposés accidentellement et sans abri à des froids assez intenses pour les faire périr.

S’il est des plantes qui ne peuvent végéter et prospérer que dans des conditions déterminées, les Orchidées, par exemple, qui semblent pour la plupart redouter le voisinage de l'homme, il en est d’autres qui craignent peu les accidents et qui s’accommodent volontiers de tous les terrains et des expositions les plus différentes. Ces plantes, qu'elles soient de grande ou de petite taille, sont robustes et peuvent être impunément broutées et foulées aux pieds par les hommes et les bestiaux. Tels sont : Saponaria u/jücinali s, Lychn is dioica, Arennria rnbrn , Sagina prorumbens, plusieurs Géranium et Erodium, Malva silcestris et rotnndi folia, lleseda lulen et Luleola, Sisymbrium officinale et Sophia, Marrubium vulgare, plusieurs Atriplex et Chenopodium, etc.

Voisinage des habitations considéré comme station. — Certaines plantes paraissant, au premier coup d’ccil, appartenir exclusivement à cette station, qui est le résultat des modifications apportées aux divers terrains par la présence de l'homme et les produits de son industrie, on est conduit naturellement à se demander dans quels lieux vivaient, avant l'apparition de l'homme sur la terre, ces plantes qui semblent ne se développer que sous son influence. Voici la réponse à celle question : I.e voisinage des habitations se compose

de deux sortes de terrains : 1“ de murailles en débris i enfermant du nitrate

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de soude et de potasse, des sels calcaires, etc. , mêlés h du sable siliceux et à de la terre végétale; 2’ de terreau très-riche eu détritus de matières animales, provenant des fumiers et des immondices de tout genre. — Or, on rencontre çà et là, dans la nature, des terrains qui renferment les éléments de ce sol, et dans lesquels on observe les mêmes plantes. Ces plantes n'appartiennent donc pas exclusivement au voisinage des habitations, bien que ce soit 11 qu'elles se plaisent le plus; et l'on pourrait affirmer qu’elles existaient, comme leurs congénères, avant l'apparition de l'homme sur la terre : seulement elles étaient probablement alors moins abondantes qu'elles ne le sont aujourd’hui. Tels sont : Géranium pusiltum, Malm rotundifolia, Sisymbrium officinale, Capsella Bursa-pastoris, Sempervivum tectorum, Plantogo major. Erbium vulgare, Solanum nigrum , Ilyoscyamus niger, Marrubium vulgare, Leonurus Cardiaca, Pyrethrum inodorum, Senecio vulgaris, Sonchus oleraceus, lMpsnna commuais, Chenopodium Bonus-Henricus, Polygonum aviculare, Urtica urens et U. dioica, Parietaria o/ficinalis, Mercurialis annua, Poa annua, etc.

Nous avons suivi avec intérêt, dans les Alpes, ces plantes amies de la présence de l'homme et des animaux domestiques : le Chenopodium Bonus-Henricus, le Polygonum aviculare, Y Urtica dioica, le Taraxacum Dens-leonis, VAlsine media, les Malva et les Bumex, plantes des plaines et ries vallées, s’élèvent et foisonnent jusqu'aux derniers chalets, puis s’arrêtent brusquement à quelques pas au delà de l’enceinte où séjournent les troupeaux pendant la nuit. I.a présence de quelques autres espèces, dans le voisinage des habitations, est le résultat d'une naturalisation provoquée volontairement ou involontairement par le séjour de l'homme ; leurs graines sont transportées, par les habitants, d'une contrée à une autre, accidentellement ou pour leur utilité, et des plantes propres à un pays plus ou moins éloigné se développent près des cultures où on les a introduites, et des habitations où on les a transportées, soit que les graines aient été emportées par le vent, perdues dans le transport, ou rejetées avec les immondices. Les Uelleborus viridis, Papaver somniferum, Lepidium sativum, Coriandrum sativum, Antbriscus Cerefolium, Nicotiana rustica, Datura Stramonium, Salvia Sclarea, Silybum Marianum, Pyrethrum Parthenium, Erigeron canadensis, Inula graveolens, Artemisia Absinthium, Blitum viryatum, Alriptex hortensis, Bumex Patient ia et snnguineus ,-Fagopyrum vulgare et tataricum, Euphorbia Lathyris, etc. , n’existent probablement aux environs de Paris que parce qu'ils y ont été ainsi transportés volontairement, comme le Salvia Sclarea, Y Artemisia Absinthium, V Euphorbia Lathyris, etc., plantes médicinales naturalisées rà et là depuis longues années, ou accidentellement, comme Y Erigeron canadensis, plante actuellement vulgaire dans toute l'Europe, niais originaire d'Amérique.

C'est encore ainsi que le Jussiœa grandi/lora (fam. des Onagrariées), plante originaire de l’Amérique septentrionale, s’est naturalisé dans certaines localités aquatiques de la Provence, et que le Galinsoga parviflora (fam. des Composées), plante de l’Amérique australe, s’est répandu en abondance aux environs de Berlin.

HEBR0RISAT10NS.

Eu revanche, d'autres espèces originaires de l'Europe ne sont pas moins communes aujourd'hui autour des villes du Brésil qu'aux environs de Paris. Tels sont: Alsine media, Géranium Robertianum, L'onium maculatum, Urtica dioica, Echium vulgare, Marrubium vulgare, etc. Quelques-unes ont été ainsi naturalisées dans la plupart des contrées du globe: tel est VAmbrina ambrosioides. Il ne faut pas confondre cette dispersion accidentelle, due à la présence de l'homme, avec la dispersion si curieuse des plantes dites sporadiques, et qui croissent spontanément dans les contrées du globe les plus éloignées. Tels sont : l’ Osmunda reyalis, qui croît également en Europe et dans l'Amérique septentrionale ; le Samolus Yalerandi, et surtout le Scirpus maritimus, si commun en Europe dans les lieux marécageux, tant d'eau douce que d'eau salée, et qui a été retrouvé dans l'Amérique du Nord, aux Indes occidentales, au Sénégal, au cap de Bonne-Espérance et à la Nouvelle-Hollande.

D’autres plantes, dont les graines sont apportées accidentellement d'une contrée dans une autre, après s’étre développées et avoir végété pendant quelque temps, ne persistent pas les années suivantes, faute de rencontrer le climat et le terrain qui leur conviennent. Tels sont le Trifolium resupinatum, plante de l'Ouest et du Midi, dont la graine avait été apportée à Paris dans la cour du palais des Beaux-Arts, avec des fragments de monuments, et le Chenopodium marilimum , trouvé sur le port du Louvre, dont la graine était arrivée des bords de la mer avec des marchandises, par les bateaux qui remontent le cours de la Seine. EnGn, la présence de certaines espèces a quelquefois pour cause le voisinage des jardins botaniques: c’est ainsi quel 'Atriplex nitens, le Xanthium spinusum et le Sisymbrium Lœselii se trouvaient abondamment aux environs du Muséum d'histoire naturelle de Paris, dans des terrains vagues où s'est élevé depuis un nouveau quartier.

D'autres sont quelquefois semées ou plantées çà et là par des naturalistes amateurs. Telle est sans doute l'origine du Veronicu peregrina et du Senebiera pinnatifida, à Versailles (cette dernière plante est presque cosmopolite dans la région tropicale ; elle est fréquente dans la région méditerranéenne de l'Europe, et remonte les côtes de l’Ouest en raison de la douceur du climat). Telle est l'origine de VAcorus Calamus , du Slraliotes aluides cl du Calla palustris dans certaines marcs de la forêt de Marly (celte dernière espèce s’y est naturalisée dans un marécage, au point de l'envahir complètement dans l’intervalle de quelques années). Il serait difficile de remonter à l'origine, aux environs de Paris, du ( ilaucium flavum, déjà observé par Cornuti au bois de Boulogne, et qu'on y a rencontré encore de nos jours. Quant aux Potentilla recta et pennsiloaniai, ils ont été évidemment plantés dans celte localité ; il en est de même dn Lathyrus latifolius, du Scutelluria Columnœ, du Pyrethrum corymbosum et de plusieurs autres espèces naturalisées dans le bois de Mcudon et le bois de Vinccnnes.

Je dois ajouter que certaines plantes communes çà et là dans le voisinage des habitations, s’y rencontrent en raison de la latitude, ou en raison de la nature du sol, abstraction faite des modifications que la présence de l'homme a pu lui faire subir. C’est ainsi que les Sisymbrium Irio et Sophia, si vulgaires dans

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les terrains calcaires des environs de Paris, ne se rencontrent dans le département delà Loire-Inférieure, où les terrains calcaires sont rares, que dans deux ou trois localités où ces terrains existent ; je citerai encore le Cardans tenuiflorus, qui, à Paris, recouvre tous les décombres de sa vigoureuse végétation, et qui manque dans les départements de la Nièvre, de l’Ailier, ainsi que dans la France orientale. Il s'agit, dans ce cas, non pas de la nature du terrain, mais de la latitude (1).

Des rochers, des vieux murs et des murailles des vieux châteaux. — Les rochers et les murailles eu ruine, dans lesquels le travail de l’hoinme tend à disparaître à mesure que la nature reprend ses droits, peuvent donner lieu à des observations identiques et présenter une même végétation.

Il y a une distinction importante à établir entre les roches calcaires qui se désagrègent en une poussière impalpable, d’où résulte une terre trôs-divisée, et que l’auteur de la Phytnstatigue du Jura nomme roches pélogènet, et entre les roches siliceuses qui se désagrègent en un sable plus ou moins Gn, mais beaucoup moins divisé que dans le cas précédent, et que lu même auteur nomme roches psammogènes. Qu'on partage ou non l'opinion du savant botaniste-géologue qui admet une influence presque exclusive de l'état physique do ces diverses roches sur la distribution des espèces, et qui regarde comme presque sans influence leur composition chimique, on ne saurait contester que les ruches de ces divers terrains, ou leurs détritus constituant le sol (et n'étant mélangés d'aucun détritus de nature diiïérente venant d’ailleurs), n’aient chacun une végétation parfaitement caractérisée et qui leur est propre. C'est ainsi que dans la contrée qui s’étend aux environs de Paris (et que je cite plus volontiers, parce que c'est celle que j'ai le plus assidûment étudiée), la végétation des rochers calcaires est représentée par des espèces la plupart différentes de celles qui habitent les rochers siliceux.

Les plantes propres à nos roches calcaires sont les suivantes : Linum tenuifolium, Cheiranthus Cheiri, Arabis urenosa, Erytimum cheiriflnrum, Eruca saliva, Erucaslrum obtusangulum , BiscuteUa lœvigata, Helianthrmum cetandirum, H. pulvérulent utti, Viola rolomagensis, Aslragalus tuons/>essulonus, Libanolis montana, Seseli montanum, Frmiculum officinale, Uiyitalis lutea, Linaria striata, Teucrium montanum, Phyteuma orbicula?-e, Rubin peregrina, Leontodon hastilis, Cirsium Eriophorum, Carduncellus mitissimus, Loctuca perennis, Ruxus sem/iervirens, Me lira ciliata, Sesleria cærulea, Pan compressa, etc.

Voici maintenant la liste des plantes propres aux roches siliceuses des environs de Paris : Alsinv setacea, Arenaria grandiflora, Sinapis Cheiranthus, Hutchinsia petriea, Helianthemum guttatum, H. Fumana, H. umbellaluin, Scleranthus perennis, Tillœa muicusa, Sedum hirsutum, Cerastts Mahaleb,

(1) M. Boresu ( Flore du centre de In France) hit observer que cette espèce manque complètement à l’est ite la Loire. — Le même auteur a fait une observation analogue relativement au Catendula arvensis, si commun dans les vignes aux environs de Paris, et qu’il n’a rencontré nulle part dans te département de la Nièvre, sinon une seule (bis sur les bords de U Loire.

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Rota pimpinelli folia, Amelanchier mlgaris, Peueedanum Oreoselinum, Laserpitium lad folium, Yei'Onica spirata , Digital it purpurta, Linaria Pelticeriana, Inula hirta, fletu/u alba, Phalangium ramntmn, P. Liliago, Tragus raeenrnut, C'orynephorus (4 ira) canescen», Aira caryophyllea, A. prœcox, A. flexrnm, Festuca bromoides, F. sciuroides, F. Pseudomyurot, Asplénium Adiantum-nigrum, A. Ruta-muraria, A. Tricliomanes, A. germanicum, A. septentrionale, etc.

Parmi les roches peu susceptibles de se désagréger, les porphyres et les pierres volcaniques n'eiistent pas naturellement aux environs de Paris, et y ont été, ainsi que la brique, peu employés pour les constructions; le grès, la pierre meulière (calcaire siliceux) et le calcaire grossier, abondent au contraire dans cette région.

Les roches susceptibles de se convertir au bout d'un certain nombre d'années en sable ou en terre végétale sont naturellement les plus riches en plantes ; néanmoins il est des plantes qui trouveut un aliment sunisant dans les fissures de roches qui résistent le plus complètement à la désagrégation. C’est qu'un véritable terrain a été, à l'aide du vent, transporté à l’état de poussière dans ces fentes ; ce terrain est arrosé par des pluies, cl la profondeur des fissures lui conserve son humidité et sa fraîcheur; en outre, les Lichens et les Mousses qui s'y établissent d'abord constituent, par leurs détritus successifs, un terreau qui, a la longue, est susceptible de former une couche assez considérable.

Les principaux agents de la désagrégation des roches sont d'abord les eaux pluviales, qui, par le fait de leur séjour, et surtout de leur écoulement sans cesse renouvelé, dissolvent les parties solubles (qui servaient de pâle pour réunir des parties moins solubles et qui dès lors deviennent libres); et ensuite la gelée, qui fait éclater ou s'exfolier les roches poreuses imbibées d'eau, ou qui présentent des fissures pleines d'eau (1).

Les éléments de terrain qui sont le résultat de la désagrégation des roches sont assez variés : c'est, selon la nature des roches, du sable siliceux, des terres calcaires, etc., etc. Si nous y ajoutons le terreau qui s'accumule à la lougue par suite de la décom|>osition des plantes des années précédentes, on comprendra que les rochers ou les vieilles murailles sont des terrains assez riches et d'une nature souvent très-complexe. Les longues sécheresses cl l'ardeur du soleil pendant l’été ne permettent cependaut de s'y établir qu'à un certain nombre de plantes qui trouvent en elles-mêmes les éléments d'une résistance prolongée à la sécheresse du terrain. Les plantes grasses, dont toutes les parties sont gorgées d'un suc qu'elles cèdent difficilement, sont de ce nombre. On ne doit pas oublier non plus que la fraîcheur de la nuit et la rosée compensent en partie l’ardeur du soleil pendant le jour; néanmoins on est quelquefois surpris du peu de terrain nécessaire à la végétation de certaines plantes vigoureuses qui

(!) Personne n'ignore que l’eau présente un volume plus considérable à l'état de glace qu'à l'état liquide, et que, par conséquent, la même quantité qui était librement contenue dans un vase à l'étal liquide, augmentant brusquement de volume en passant à l'état solide par le fait de la cristallisation, joue le rôle d'un coin, et fait briser le vase aux parois duquel elle adhère.

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croissent entre les fissures des pierres, et de la résistance qu'elles opposent aux sécheresses les plus prolongées.

La cathédrale de Chartres est désherbée chaque année; on la nettoie des pauvres herbes bien inofTensivcs qui trouvent un maigre aliment dans les lissures de ses vénérables et solides murailles. J’ai cependant trouve eu abondance sur les combles : le Galium nnylicum, le Linaria ininor, le Galeopsis Ijidanum, le Carduus tenuiflorus, et plusieurs autres espèces. Les graines sans aigrette du Galium , du Linaria et du Guleopsis, ont saus doute été portées il cette hauteur considérable dans quelques tourbillons de poussière.

Les piaules qui habitent les anciennes murailles sont celles qui aiment la sécheresse, et éprouvent le besoin de s’assimiler les sels minéraux qu'elles y rencontrent. Les mêmes plantes habitaient les rochers avant qu'il y eût d'anciennes murailles, mais elles ne trouvaient peut-être pas de terrains à leur convenance dans toutes les contrées dont elles peuplent aujourd'hui les vieux murs. Tel est, par exemple, le Parietaria officinalis ; tel est aussi le Dianthiu Caryophyllus (Œillet-des-jardins, à fleurs simples, variétés à fleurs blanches, d'un rose vif ou d’un rose pèle), qui se rencontre sur les ruiues du château des Andelys, sur les murailles de la ville de Provins, sur les murs du château de Rosemont (Nièvre), du château de Bourbon-l’Archambault (Allier), etc.

Les toits de chaume, considérés comme terrain, sont une annexe des vieilles murailles : ils deviennent terrain lorsque leur surface pourrie et décomposée est réduite eu terreau par les alternatives d'humidité et de sécheresse de l’atmosphère; les plantes qui s’v établissent augmentent rapidement, en se décomposant chaque année, la couche de terre végétale, et le toit de chaume se trouve ainsi couverti en un véritable parterre. Les habitants de la campagne concourent aussi quelquefois directement à l’ornementation des toits de chaume, en plantant sur le faîte 17ns pumila cl la Joubarbe [Sempervivum tectorum). La végétation des toits de chaume est naturellement moins variée que celle des murailles et des rochers, puisque le terrain manque des éléments qui résultent de la désagrégation des pierres; mais la cause qui contribue surtout à restreindre le nombre des espèces susceptibles de croître sur les toits de chaume, est la sécheresse considérable et prolongée à laquelle elles sont exposées pendant l'été (I).

lin effet, les racines des plantes qui s'y développent sont plongées dans un terreau spongieux qui est loin de les abriter de l'ardeur du soleil comme peuvent le faire les fissures profondes des murailles. Aussi remarquera-t-on que la flore des toits de chaume se conqiose de plantes printanières annuelles qui ont le temps de croître et de fructifier avant les chaleurs de l’été: tels sont le Saxi-

(1) Les toits de chaume, autrefois ordinaires aux pauvres maisons (chaumières) de nos hameaux, aux granges, aux bergeries, etc. (dans le Nivernais, le Berry, la Bourgogne, l’Ailier, le Bourbonnais, I Auvergne, le Limousin, etc.), deviennent presque rares : reux qui tomb-nt ne sont pas relevés; la crainte des incendies d'une part, et d'autre part l'aisance qui tend à se répandre dans nos campagnes, les font généralement remplacer par îles toitures de tuiles et meme d’ardoises. Les habitants y gagnent en bien-être et en ,-écuritè ; les artistes y perdent des motifs de paysages poétiques et pittoresques, les botaniiles d'intéressantes petites localités.

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frnga iridactyliles et l ’Holosleum umftellatum; ou bien de plantes grasses très-riches en sucs aqueux, comme les Sedwn et les Sempervirum ; et enfin de Mousses et de Lichens, plantes dont la vie parait être interrompue pendant la sécheresse, et qui recommencent il vivre et il végéter aussitôt qu'elles sont humectées par l'humidité de l'air, la pluie ou la rosée.

Exclusions dans les pays de plaines. — Il est peu de contrées, eu France, qui soient absolument dénuées d'intérêt au point de vue de la distribution naturelle des plantes, et aucune évidemment ne devait en être dépourvue ii une époque antérieure à la culture.

Mais, dans l’état actuel des choses (I), les pays de plaines, surtout si le terrain en est fertile, se trouvent généralement transformés en vastes jardins potagers soigneusement sarclés, en vertes prairies de Rnygrass nivelées et tirées au cordeau, ou enfin en champs de blé non moins bien alignés, et surtout bien propres, c’est-à-dire nettoyés du plus imperceptible Bleuet et du dernier des Coquelicots.

A Dieu ne plaise que je regrette les temps où ces fertiles terrains étaient en friche, je suis heureux de ces utiles richesses; mais aussi qu'il me soit permis de distinguer le beau du bon, la nourriture de l'esprit de la pâture du corps. Personne ne s'est jamais, je pense, avisé d’admirer un sac d'argent; je n'admire pas davautage un sac de blé, tout en rendant justice à l’utilité de l'un et de l'autre. ,

Si donc vous habitez un pays de plaines cultivées, vous y trouverez une assez pauvre végétation spontanée; les plantes communes ailleurs y sont presque des raretés, et les espèces facilement destructibles en ont été extirpées depuis de longues années. — Ce n’est pas que ces pays ne puissent avoir certains genres

(I) « L'homme civilisé, auquel ne suffisent plus les productions spontanées que lui offre » la terre, et qui cherche i multiplier autour (le lui les animaux et les végétaux qui pou- » vent lui servir ou lui plaire, à détruire ceux qui lui déplaisent ou lui nuisent, tend né'ces- » sairement à modifier de plus eu plus la distribution de ces êtres et la physionomie de la i» nature primitive. Nous ne la voyons qu'ainsi altérée dans la plus grande partie de l’Eu- » rope, où il faut qu un lieu soit bien inaccessible ou irrévocablement stérile pour rester » abandonné à lui-uiéme. — Les forêts, dans l'état de nature, tendent à s’emparer du sol, » ainsi qu'on peut le voir encore dans te sud du Chili, où les bosquets de bois, une fois » établis sur le bord ou au milieu des prairies, empiètent sur elles chaque année, en s'avan- ■» çant sur toute la ligne de leurs lisières, comme en colonne serrée, et finissent, en opérant » leur jonction et rétrécissant de plus en plus le cercle des Graminées, par les remplacer » complètement. — C'est le contraire dans les pays cultivés : les forcis qui en couvraient » primitivement la plus grande étendue s'éclaircissent et disparaissent graduellement sous » tes coups de l'homme ; et celles que l’on conserve, soumises pour la [dupait à dos coupes a réglées, n’ont plus ni le même aspect, ni la même influence sur ta nature environnante. * — Les conditions du climat ont été ainsi modifiées ; celles du sol le sont sans cesse par » la culture, qui règle d'ailleurs les espèces peu nombreuses qui doivent le couvrir. Beau- » coup de celles qui formaient la flore spontanée sont ainsi détruites, au moins par places ; « quelques autres au contraire sont introduites, et ce sont en général des plantes annuelles ti dont les graines se sont mêlées à celles des céréales venues do pays plus ou moins loinj» tains.. . — La géographie botanique et la géographie agricole s'éclairent mutuellement. La s première empruntera à la seconde des points de repère bien definis, et, une fois qu'on o aura vu certains végétaux spontanés accompagner telle ou telle culture, en les rencontrant » autre part, ou en conclura ta probabilité que cette même culture pourrait y réussir aussi, a ,Adr. de Jussieu, Court élémentaire de Munigue, § 9PS.J

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de beauté : quoi de plus séduisant, par exemple, que les fermes de Normandie, si coquettement parées de leurs prairies et de leurs vergers, et perdues au milieu de bouquets de grands arbres, comme un nid dans un buisson bien fourré! Ce sont des oasis toutes également pourvues de calme, de fraîcheur ul de pioprelé, mais aussi toutes empreintes de tristesse et d’uniformité. Le bota uiste, ou le comprendra, ne saurait trouver une plus grande variété que le promeneur dans un pays si régulièrement cultivé, cl dans lequel des chênaies, c’est-à-dire quelques douzaines de chênes plantés eu quinconce, remplacent les vraies forêts «le chênes.

Mais il s'en faut que les pays entrecoupés de plaines, de collines et de vallées, présentent la même monotonie d'aspect et le même dénûmenl de végétation spontanée. — Quoi de plus riche, cl en même temps de plus varié, que cette vaste et belle contrée qui entoure Paris, et comprend le pays qui s'étend de llauibouillci à Compii'gne et de Beauvais à Fontainebleau! Comme nos coteaux sont pittoresques et boisés, nos forêts accidentées, nos terrains variés, nos cours d'eau multipliés ! Aussi tous les botanistes . sont-ils d'accord sur ce point, qu'aucune flore de l'Europe n'est en même temps ni plus riche, ni p!us intéressante à explorer. — Quelles tourbières présentent une plus belle collection de PotawogetuH et de Cbaracées? Quels coteaux peuvent offrir une plus riche famille de Graminées? El cependant oét la culture est-elle plus éclairée, entourée de plus de considération, et plus favorisée par la richesse du sol, sous un climat si tempéré? — Le secret de cette richesse agriculturalc, qui n’exclut aucun genre de beauté, est une distribution habile et savamment ménagée des différents genres de cultures dans les lieux et les terrains qui leur sont appropriés: aux vallées les prairies, les céréales aux plaines chaudes et élevées, les taillis et les bois aux terrains inontueux et accidentés; aux rochers seuls cl aux sommets arides leur nudité.

On se ferait difficilement une idée du nombre d’objets intéressants qui s'offrirent aux recherches des d ux auteurs de la Flore des environs de Paris, lorsque, remplis d'ardeur et de zèle, ils parcoururent tout ce beau pays, dont les deux tiers étaient encore, au point de vue botanique, complètement inexplorés, je pourrais presque dire ignorés. En effet, de temps immémorial, chaque génération de botanistes visitait traditionnellement, aux environs immédiats de Paris, les mêmes localités, sans rien retrancher du programme, mais aussi sans y rien ajouti-r.

Peu de localités ont enrichi davantage le catalogue des plantes parisiennes que les coteaux escarpés (depuis, si souvent visités) qui bordent la Seine, de Mantes à la Roche-Guyon, à Vernon et au château des Andelys. A Mantes, quelle collection d'Orobanches et surtout d'Orchidées! h'Herminium 3/onorchis, le Limodorum abortiaum, les Ophrys de la section insectifera, etc. ; puis le Genista prostrata, l 'Aslraejalus monspessu/anus , VHutchinsia petreea, les Helianthemum œlandieum et pulvirulentum, le Digitalis luira, le /.inosyris vulgaris , le Melira cilinta, et le Setleria ca-rulea, es|«èces dont plusieurs peuvent être suivies sur cette suite de coteaux au delà des limites assignées à la flore parisienne. C'est non loin de là qu'ont été décou-

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verts (t) : à Port-Villes, l’.l nemane llepatica, et à la Roche-Guyon, le Thlnxpi montanum et YOrobanche //ederce.

Nouvelles richesses à Vcrnon : Libonolis montana , Rubia peregrina , Gymnadenia odoratissima et Luzula muxima.

Aux Anilelvs, sur les ruines si pittoresques des tours et des remparts du château, le Üianthus Caryophyllu», le plus délicieux des Œillets , et il la gueule des oubliettes en entonnoir renversé et creusées dans le roc, ouvertures jadis terribles de souterrains maintenant effondrés et à ciel ouvert, les touffes du gracieux A rubis arenosn. A quelques pas enfin, sur le rocher Saint-Jacques, les épis argentés du Melica cilinla et du Slipn pennatn, YOrobanche minor, le Cephalanthera rubra , et découverte inattendue dans nos pays peu montagneux, le Bitculella lauigata.

Je ne puis, dans ce coup d'eeil rapide, indiquer même le nom des localités parisiennes les plus riches et les plus intéressantes ; bien qu'une telle énumération dût avoir pour moi beaucoup de charmes, en me rappelant tant de bonnes journées, tant de délicieuses recherches couronnées partout d’agréable* snrprises et d'heureuses découvertes. Je ne résiste pas cependant au désir de mentionner nos rochers de Fontainebleau : les richesses du Mail de Henri IV, où les Helianthemum guttatum, vulgare, pulveru/enlinn, Fumanu et umhellatum se sont donné rendez-vous, â quelques pas des Carex humilis et montana; les beaux sites embellis par les Phalangium ramosnm et Liliago ; les pelouses et les clairières garnies des plus charmantes Orchidées, de YAtlium flavum et du Scabiasa suaueulens, et du Goodgera repens, intéressante Orchidée des régions montagneuses, introduite il Fontainebleau par les plantations récentes ou les semis de Pins.

Comment ne pas donner un souvenir aux tourbières de Malesherbcs, où nous avons fait nos premières recherches et nos premières études dans la nombreuse et belle famille des Cypéracées; à ces îlots mouvants de Sphngnum, où croissent, avec les Drosera, les Utricularia minor , vulgarir. et intermedia il côté du Lipnrit Ixcselii; à ses coteaux couverts du Cnrduncellus ; à scs rochers que le Scabiosa ucranica a adoptés pour sa demeure, et à ses moissons où l'on rencontre nos trois Aduni» et tous nos Valerianella.

Mais, je l’ai déjà dit, pour passer eu revue toutes nos merveilles et nos richesses, il faudrait parler de chaque forêt, de chaque coteau, de chaque tourbière. Visitez donc ces belles localités vous-même. Parcourez le département de l'Oise ; explorez les environs de Beauvais, Gisors, Chaumont, Magny, Marines, Scnlis, l.uzarchcs et Morfontaiue ; parcourez la forêt de Compiègne et la forêt de Villers-Cotterets. Voyez aussi Dreux et Rambouillet, les marais de Saint- Léger, la vallée de Chcvreusc et de Senlisse, Marcoussis, Corbeil, la vallée de l’Essonne, les hauteurs d’Étampes, les enviions de Pithiviers; puis, après avoir parcouru la forêt de Fontainebleau, visitez les environs de Nemours. Partout vous trouverez des sites délicieux à admirer et des plantes intéressantes à observer

(1) La première de cet plantes intéressantes s été découverte par M. Guillon, les deux autres par MM. de Schœnefeld et Beauteinps-Iienupré.

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et à recueillir. Les environs immédiats de Paris sont eux-mêmes, y compris le bois de Boulogne (et malgré son élégante transformation), d’une richesse étonnante, et vous ne vous lasserez jamais de revoir Saint-Cloud, Mcudon, Versailles, Marly, le Vésinet, Saint-Germain, Montmorency, Vinccnnes, la presqu’île de Saint-Maur, Bondy, etc. — llàtez-vous cependant, les plantations d'artichauts envahissent les tourbières transformées en jardins maraîchers; les retraites ombreuses des bois se vendent par petits lots et s'estiment au mètre carré. Où, l'an passé, vous avez laissé des massifs de grands chênes et d’épais fourrés, retraites ignorées des merles et des rossignols, vous êtes surpris de trouver une ville nouvelle, avec ses halles et sou clocher, et cinq ou six rues bien bâties et bien alignées.

Si, vous éloignant davantage de Paris, vous parcourez la vallée de la Loire, de nouveaux trésors vous attendent. Aux environs mêmes d'Orléans, vous trouverez, dans les bois, le magnifique Aspbodelus al bus et le Fritillnria Melungris ; en vous dirigeant vers la source du Loiret, sur la lisière de la Sologne, vous trouverez, dans certaine vallée tourbeuse, le Pinguicula lusilanica, et sur les coteaux «rides V Astrocarpus Clusii et V Anarrhinum bellidi folium. Revenant aux berges de la Loire, vous trouverez en abondance le joli Medicaga urbicularis, le Glaucium /luvuiii et le Cgnoglossum pictum.

Descendez-vous la Loire jusqu'à Blois, vous trouverez dans les moissons le Gladiolus segelum , les Ornit/iopus ebraetealus et roseus, prés du Lupinus anguslifolius. A Angers, après avoir visité le délicieux jardin botanique, allez recueillir VCL'nanthè crocata sur les bords de l’étang où fructifie Vhnardia pulust ris, et dans plusieurs marécages le Potamogeton acutifolius.

N'oubliez pas, 1 Nantes, d'explorer les marais de l'Erdre, où fleurit VUtrieularia intermedia, et dans lesquels se rencontre encore le rare Malau is paludosa.

Excursions dans ies pays de montagnes. — C’est au fond d’une des plus pittoresques vallées de la Suisse, la vallée de Saint-Nicolas, dont le torrent va joindre ses eaux à celles du Hliôuc, ù quelques lieues du glacier où le douve prend sa source, aux environs du joli village de Zcrmalt (1), dominé par le gigantesque mont Cervin, que mou ami M. Cosson et moi nous nous sommes rencontrés pour la première fois et avons fait ensemble nos premières excursions botaniques. Nous ne connaissions guère encore l’un et l'autre qu'un petit nombre de plantes des plaines; qu'on juge de notre bonheur au milieu de la richesse botanique exubérante des Alpes, où tout était si nouveau pour nous, et où les joies sans cesse renaissantes de la découverte et de la récolte s'unissaient au plaisir de parcourir ensemble une si magnifique contrée!

Il faudrait ici des énumérations de plusieurs pages pour donner un aperçu

(t) J'v arrivai, accompagné d’un guide, après dix heures de marche dans la montagne, à onze heures du soir; MM. Cosson et Dmnen arrivaient de leur cdté d'une longue herborisation. Mes nouveaux amis partagèrent aussitôt leur récolte avec moi, et, apres un frugal mais bien utile souper, nous allâmes nous reposer et dormir au bruit sourd du torrent. — Le lendemain, notre amitié était devenue une intimité que les années qui se sont écoulées depuis n'ont fait que resserrer davantage.

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du nombre de plantes intéressantes qu'on peut en quelques jours recueillir dans les Alpes : le lit des torrents, les prairies des vallées, les pelouses et les escarpements des montagnes vous ménagent à chaque instant des surprises nouvelles. — Que ne puis-je dépeindre au lecteur les richesses de la vallée de Saas, où nous avons recueilli pour la première fois le Linnæa borealis ; les abords du glacier du Rhône, si riches en Saxifrages et en Gentianes, etc.; et le mont Nuffenen, où, entraînés par le plaisir de la récolte des Renoncules alpines les plus belles et les plus rares, excédés de fatigue et de faim, séparés de toute habitation par une distance de plusieurs lieues, nous nous trouvâmes réduits à deux onces de pain à partager entre trois !

Est-il rien de plus charmant que VAndrosace alpina, dont les touffes d'un blanc rosé tapissent les rochers à la limite de la neige fondante, près des jolies Heurs bleues des Gentianes et du Soldanella ! Quoi de plus élégant que les Astrantia , que le Degas uctopetala ! et quelle merveilleuse variété de formes dans les espèces si nombreuses des Saxifraga, des Silene, des Dianthus et des Primula !

Il ne m'appartient pas ici de décrire les beautés naturelles autres que celles des plantes ; mais n’cst-ce pas être heureux deux fois que de faire de si riches récoltes dans nn pays dominé par les cimes du mont Blanc on du mont Rosa, et dans lequel on rencontre la cascade de la Handek, les lacs de Thun et de Brienz, et le village d’Intcrlaken?

Les Alpes françaises sont bien belles aussi et bien intéressantes h parcourir. Pour les explorer complètement, nous nous sommes engagés k Nice dans les Alpes maritimes, puis nous avons parcouru à pied (des mulets portant les plantes et les bagages) toute la chaîne des basses Alpes et des hautes Alpes.

Les montagnes de la Suisse sont généralement plus escarpées et ont quelque chose de plus grandiose, mais la richesse botanique des vallées, des pelouses et des prairies des Alpes françaises est peut-être plus grande encore que celle des Alpes du Valais. Pour en avoir une idée, il faut avoir parcouru les environs d’Entrcvaux, où croissent le Molucrella frutescent et le J'eucrium lucidum ; les environs de Villars-Golmars, où se rencontre le Berardin subaenulis ; la vallée de Barcelonnette, la vallée de Larches, où croissent en abondance 1 ’Eryngium alpinum, VAnemone narcissi/lora, le C ard amine asarifulia, le Sisymbrium tanaceti folium, le Liant a pedifurmis et le Delphinium elatum; et les environs du lac d'Allos, où nous avons recueilli le Thalictrum alpinum. Il faut enfin connaître les environs de Briançon et de Grenoble, et avoir exploré la montagne du Lautaret, les glaciers de la Grave et du Moncslier, et la forêt de la Grande- Chartreuse: — il était minuit quand nous arrivâmes au couvent caché dans cette contrée si sauvage et si grandiose; la lune éclairait vivement les escarpements de la montagne, et laissait deviner la profondeur des ravins qui s'enfoncent entre les arhres séculaires de la forêt. — Peu de jours après, k la même heure nocturne, mais par un ciel somhrc et sans étoiles, nous étions égarés dans les neiges qui avoisinent l'hospice du Lautaret, où nous trouvions quelques instants plus tard une bonne hospitalité, et, pour dormir, la paille et le chaud réduit où reposent ensemble les hommes, les vaches et les mulets.

73'j HERBORISATIONS.

Excursions dans la Franck méridionale. — Quel ardent désir nous avions de parcourir la l’rovencc (I), lorsqu’il nous parvenait quelques échantillons de plantes méridionales, nu lorsqu'on étudiant la liste des plantes de la France, nous pensions au nombre d'espèces intéressantes dont quelque-s heures passées aux environs d’Avignon ou de Marseille pourraient nous enrichir. Eh quoi! après deux journées de voyage, nuits nous trouverions transportés dans des plantations d'OIiviers, dans des chemins dont les haies sont mêlées de Grenadiers, de Paliurm el de Jujubiers; où les lauriers Roses et les Citronniers croissent en pleine terre, où le Caroubier forme des bois, où les Térébinlhes et les Myrtes sont les buissons des ravins et des rochers;où nous pourrions à loisir cueillir le Cutananee ccerulea et le Leuzea roui fera, plusieurs Onopordon, quantité de magnifiques Cardtws et Cinium. Quelle riche collection de Labiées ! el, si c'est an printemps, que d’Orchidées, de l.iliarées et d'Amaryllidées, ces belles plantes qui arrivent si rarement et en si mauvais état aux herbiers!

Enfin, par un beau jour de juin, lions montons en diligence (il était peu qncslion alors de chemins de fer) ; nous quittons la diligence |ionr le bateau à vapeur. Nous voici à Lyon. — A |>eine débarqués, nous visitons les marécages de la ïrh-d'Or (2), localité fameuse par ses nombreuses espèces de Thalictrum ; nous en faisons une précieuse moisson. C’est encore presque la végétation du Nord ; mais déjà le Gypio/Aila »nxi fraya nous indique que nous touchons au Midi. — La Provence nous attend ; hâtons-nous, le soleil aura bientôt réduit nombre d’espèces en poussière. Vite en bateau, et descendons le Rhône. — Quel beau cM! Avignon!... Comine ces coteaux accidentés nous promettent, sous un pareil climat, de fructueuses journées!

Le lendemain, dès l'aurore, herborisation à Villencove lez- Avignon : cette excursion par un soleil ardent ne dura pas moins de douze heures. Le jour suivant, nouvelle course non moins intéressante sur les bords de la Durance, où rampe dans le sable le Typlm minima, et où les plantes marécageuses sont dominées par les belles panirulcs du Saceharum liavrnmf. Mais la température est accablante, et, bien malgré nous, il faut nous reposer, car il nous reste à gravir le mont Ventoux, le géant des montagnes de la basse Provence, et nous avons pour cela nos forces à ménager. — Nous voici cependant en route pour la fontaine de Vaucluse, dont on a si souvent décrit le torrent et les magnifiques rochers. Les pèlerinages des botanistes y ont rendu presque introuvable la

(1) Tout entier à l'étude des plantes parisiennes, je ne supposais guère alors que, quelqm s années plus tant, j'iiais planter mu tente à Hyéres (sous la forme du château de Saiol- Pierre-des Hoîls et du manoir de Sylvabclle), sur te flanc des col ines boisées de Myrte», de Lenlèques et de l'ii.s-d’Alep. qui se mirent dan. la Mediterranée ; et qu'à peine installe .tans un site aussi magnifique et d’une si merveilleuse richesse botanique, je quitterais ces horisons lumineux avec bonheur (et pourtant non sans regrets), pour retrouver le ciel nuageux du boni et revenir à mes anciens labeurs et aux séductious de la gracieuse dure qui lut l’objet de mes I TC mien- s études.

(2) Les marécages de la Téle d'Or sont aujourd'hui remplacés par le jardin zoologique de Lyon, jun immense et magnifique, créé comme par enchantement, grâce à t’or de la grande cité lyonnaise Ces merveilles de fart ne diminuent pas les regrets que m’a causes la disparition de cette belle localité de Ttialiclmnis, nii croissaient, dans les fossés et tes flaques d'eau, le Cypertu longue et V Aconit Caiamue,

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plante classique de la localité, le rare Asplénium Pe/rarchæ; en revanche, on y rencontre en abondance les jolies touffes des Teucrium flamim, Pulium et aureum.

Peu de jours après, munis des renseignements que nous devions 5 Ilcquien, l’aini regretté de tons les botanistes qui ont visité la Provence, accompagnés d'un guide qui chassait devant lui un mulet chargé de vivres pour trois journées, et de couvertures de laine pour passer la nuit sur la montagne, nous arrivions à la base du mont Vcntoux, 3 travers des chemins rocailleux couverts des touffes parfumées da Lavandnla veru, du Nepeta graveolem, du Thymus vulgaris et du Snlurein montana.

Quels que soient les escarpements qu’il faille escalader pour gravir la montagne, malgré la difficulté des pentes recouvertes de pierres qui roulent sous les pieds, et quelle que soit l’ardeur du soleil, augmentée parla blancheur du terrain, on ne songe guère à la fatigue en présence de V Eryngium Spinn-alba , de VAtlium grand i/lorum, du Viola eenisia, du f'ampanula Allionii, du Silene vallesia et du Diant/ius subaeaulis. N 'arrive- t-on pas d'ailleurs à la halte providentielle de la Fonl-filiole, et ne trouve-t-on pas plus loin un abri pour une nuit dans la chapelle rustique qui, grâce 3 sa construction en forme de tumulus, résiste aux vents déchaînés qui balayent presque constamment le sommet de la montagne? La végétation, sur ce point culminant, est réduite aux maigres touffes du Corex rupeslrit.

Excursions au bord de la mfr. — Aujourd'hui, grâce aux chemins de fer, la mer n’est plus qu'3 quelques heures de Paris, et l'on visite les falaises de la Normandie, les rochers du Calvados et les sables de l'embouchure de la Somme, en moins de temps qu'il n'en fallait, il y a peu d'années encore, [tour se rendre de Paris 3 Fontainebleau. Allons donc en Normandie, en attendant que nous puissions explorer les dunes de la Bretagne et les côtes de la Méditerranée.

N’aimez-vous pas l'odeur de la tner 3 la marée basse, et n'est-ce pas avec bonheur que vous vous aventurez dans les rochers quand les vagues les ont désertés, tantôt glissant sur les Algues qui les tapissent d'une couche verte ou rougeâtre, tantôt vous enfonçant dans l’eau jusqu’aux genoux, en faisant fuir de» myriades de crabes; observant ç3 et 15 les belles couleurs des Actinies, véritables fleurs animées, mais, avant tout, cherchant et recueillant les nombreuses espèces de la belle famille des Algues, qui pullulent dans les profondeurs de l’Océan.

Ne négligez pas surtout d'examiner les débris rejetés par les vagues sur la grève; vous y trouverez souvent, et en bon état, des espèces qui ont été détachées au loin et que vous chercheriez vainement sur les rochers de la côte. — Évitez, du reste, les plages sablonneuses, et recherchez, pour la récolte des Algues, les parages où les rochers sont 3 fleur d'eau.

Des falaises de la Normandie et des rochers du Calvados et du Finistère, vous gagnerez les côtes de l'Ouest cl Pile de Noirmouticrs, et vous irez ensuite recueillir les Algues de la Méditerranée, dont les côtes vous fourniront nombre d’espèces qui n'appartiennent point à l’Océan. — J'ai dit plus haut comment on prépare les Algues pour l’herbier, de manière 5 conserver leurs formes élégantes et leurs admirables couleurs.

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Mais l’algologne n'est pas le seul qui doive fréquenter les bords de la mer ; le phanérogamiste ne trouvera pas un moindre intérét dans les promenades maritimes. Il sera frappé, dès l’abord, de l'aspect inaccoutumé qu’y revêtent plusieurs de nos plantes communes, devenues charnues et succulentes : le Phmtago Coronopus, VArenaria rubra cl \' A triplex patula, par exemple. Puis il arrivera aux plantes essentiellement maritimes : il verra dans les anfractuosités de tous les rochers les touffes vigoureuses du Crithmwm, et dans le sable le Cakile maritime et le bel Eryngium maritimum.

Visitez surtout les sables maritimes et les dunes de la Bretagne ; je n'ai jamais fait, je crois, d'herborisations plus agréables que dans cette contrée. Vous y trouverez, entre le l’ouliguen, le Croisic, Guérande et le joli bourg de Batz, dont les habitants ont conservé leur costume pittoresque : Dianthus gollicus, Silene marilima, Galium arenarium , Convoi valus Soldanella, Helichrysuni Slœcbns, Euphorbia Peplis, Ephcdra distachya, etc. — Explorez avec soin les marais salants, c'est la patrie des Statice , des Salsola, des Suceda, des Atriplex, des Salicomia, et d'une foule d’autres plantes intéressantes. — Les prairies vous fourniront des Trifolium et plusieurs Graminées maritimes, etc.

Vous trouverez même sur les côtes de la Bretagne certaines plantes méridionales, le Tribulu» terrestris et le Scirpus Holoschœnus, par exemple ; car la température et la végétation du Midi se continuent le long des côtes, bien plus loin que dans l'intérieur des terres : celte influence méridionale se fait sentir en Europe jusqu'à une latitude assez avancée vers le Mord.

Quant aux côtes de la Méditerranée, elles sont plus remarquables encore par la richesse et la variété de leur végétation; car les plantes y trouvent combinées l’influence de l’eau salée et la chaude température de la Provence. Parcourez les environs de Montpellier, visitez surtout, à Marseille le mont Ilcdon, à Toulon les Sableltes, et ne négligez pas d’explorer les collines, les plages, les rochers du littoral et des îles d’Ilyères.

Un voyage en Corse doit être le complément des excursions botaniques dans la région méditerranéenne de la France; on y rencontre de nombreuses cl intéressantes es)>èces qui n’appartiennent point à ia Provence, tant parmi les plantes maritimes et méridionales que parmi les plantes des montagnes.

Précautions a prendre dans les voyages botaniques. — Dans les pays où les moyens de communication et de transport sont nombreux et faciles, il ne m'appartient pas d'indiquer de limites au bagage du botaniste voyageur; je me contenterai de lui rappeler le proverbe ; <• S'il fait beau, prends ton manteau; s’il pleut, prends-le si tu veux. » Néanmoins, pour un voyage d'exploration botanique, le strict nécessaire sera presque toujours le plus commode. — Mais, s'il s'agit de voyager dans les montagnes, 1e strict nécessaire devient la règle absolue : en effet, un grand nombre de routes ne sont accessibles qu'aux voyageurs à pied et aux mulets ; et le matériel botanique indispensable étant assez considérable, on doit faire en sorte de ne point en augmenter le volume et le poids sans une absolue nécessité. Ce bagage se compose de deux ou plusieurs rames de papier gris, du format de l'herbier, destiné à la préparation et à la conservation des plantes; celte provision de papier doit être

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serrée avec des courroies, entre des planchettes de même format destinées à servir de presse. Ce paquet ne tarde pas à se transformer en plusieurs, au fur et il mesure des récoltes successives de plantes. — Puis viennent la boîte ou les boîtes d'herborisation, dont la plus petite doit pouvoir entrer dans la plus grande. — Quant aux divers objets d'utilité personnelle, ils doivent être contenus dans un modeste sac de nuit. Le même sac doit renfermer un flacon de fer-blanc, rempli d'alcool, et les autres objets destinés à la récolte, à la préparation et à l'étude des plantes.

On doit être vêtu en vue du froid et non de la chaleur, car dans les montagnes, quelle que soit la chaleur du jour, il fait toujours frais et même fruid pendant la nuit; souvent d'ailleurs on passe en quelques heures, dans une même promenade, de la chaleur la plus excessive à la température glaciale des vents froids qui régnent fréquemment dans la région des neiges éternelles, et il faut craindre, après une marche forcée qui a provoqué une forte transpiration, d'être exposé à un froid subit, ce qui ne manquerait pas d’arriver si l’on n’était pas vêtu chaudement.

On doit n’avoir que des vêtements de laine, y compris les bas. Les chaussures doivent être très-fortes : ce sont des souliers solidement ferrés et des guêtres très-solides de drap ou de toile à voiles. Deux paires de ces souliers sont indispensables. Le sac doit aussi renfermer un manteau de toile cirée ou de caoutchouc à capuchon, très-léger et bien imperméable.

On a peu de temps pour étudier en voyage : ayez seulement une bonne loupe portative et une loupe montée, et, si cela est nécessaire, un microscope à monture légère; des crayons, des couleurs, des pinceaux et du papier à dessiner, etc. Tous ces objets n’occupent dans le sac qu'une très-petite place ; ils sont indispensables pour recueillir certaines observations, et ils peuvent être d'un grand secours pendant les jours de pluie passés dans un chalet ou dans une chambre d'auberge. — Quant aux livres, qui sont lourds et souveut volumineux, il faut en emporter le moins possible. Un catalogue annoté des plantes du pays, extrait des flores locales, et qu'on doit préparer à l'avance, est le seul livre qui soit indispensable. — 11 va sans dire qu’on doit être muni d'un baromètre et d’un thermomètre, si Pou veut observer les hauteurs auxquelles croissent les différentes espèces dans les montagnes.

On doit se servir de voitures pour traverser au plus vite les pays insignifiants; mais, dans les contrées montagneuses et surtout dans les Alpes, on doit les abandonner et parcourir le pays à pied, suivi d'un mulet ou d'un âne chargé des paquets de plantes et du bagage, et accompagné d'un guide expérimenté qui puisse au besoin vous prêter son aide dans les passages difficiles et dangereux.

Le botaniste se réserve de modifier le trajet indiqué par le guide, selon les renseignements qu’il possède sur la station des espèces intéressantes du pays, et selon que les lieux qu’il aperçoit lui paraissent devoir mériter qu'il les visite et qu'il y fasse de plus ou moins longues stations. Dans quelques localités des Alpes et des Pyrénées, certains guides ont l'habitude d'accompagner les botanistes, et les indications qu’ils peuvent fournir sont loin d’être à dédaigner; mais, dans toute autre circonstance, faites en sorte d'avoir des guides et non des cumam (tx si ritaax). 47

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cicerone ; si vous voulez herboriser en paix, choisissez- les silencieux, el dispcnsez-les à l’avance de toute histoire ou description.

Si vous avez à Inverser dans les Alpes de vastes étendues de neige, munissezvous de conserves à verres bleus. On ne doit jamais s’aventurer dans les glaciers ou même dans les plaines de neige sans être muni d'un long bâton ferré ; on s’en sert pour sonder la neige sur les points où elle recouvre d’une couche mince les anfractuosités des rochers. Les pointes nues de ces rochers, en s’é chauffant au soleil, funt souvent fondre en dessous la neige, dont il ne reste qu'une croûte légère, el il peut arriver qu’ou se blesse si l’on y |k»sc le pied sans précaution, croyant marcher sur un terrain solide. — On descend en quelques minutes les pentes neigeuses qu’ou a mis longtemps à gravir, en se laissant glisser du haut en bas, surtout si la surface de la neige, après s'étre fondue, s'est recouverte d'une couche de glace.

Le temps est précieux en voyage, aussi fait-on les journées longues, en se levant avec le soleil et en ne rentrant qu’après la lin du jour; il faut pourtant trouver le temps de préparer les plantes, on songe ensuite à prendre ses repas et à dormir. Lue loi dont il est bon de ne jamais se départir est celle de conserver son indépendance, quelles que soient les instances des |>ersonnes amies qu'on |>eul rencontrer dans les villes où l'on doit faire une halle; ces haltes doivent être consacrées à l’achèvement de la préparation des plantes, à la mise en paquets de celles qui sont sèches, et à leur expédition quand les paquets sont en nombre assez considérable. Chaque soir, enfin, ou doit mettre en règle le journal de son voyage, où l'on consigne les observations de la journée.

Dans les pays méridionaux, pendant les jours les plus chauds de l’annce, pour éviter de succombera la fatigue, (variez de tris-grand matin, et consacre! au repos le milieu de la journée, soit à l'ombre des arbres, soit dans les chambres basses où le soleil ne pénètre pas.

Sur le bord de la mer, que la marée montante ue vous surprenne pas adossé à une falaise; n-’oubliez pas que si la plage est au loin de même niveau, elle sera recouverte par l'eau en un instant dans une vaste étendue. Que les excursions maritimes soient donc entreprises à la marée descendante, el pour revenir n'attendez pas son retour.

Pharmacie de voyage du botaniste. — Je ne crois pas qu’il soit superflu de donner ici les indications médicales suivantes:lc botaniste éloigné de toute habitation et de tout secours pourra en plus d'une occasion en reconnaître l'utilité.

Morsure de ta vipère. — Placez immédiatement une forte ligature serrée le plus possible au-dessus du point mordu, c’est-à-dire outre la morsure et l'attache du membre, de manière à intercepter la circulation du sang entre cette partie et le reste du corps; des cordes ou des bandes de linge très-solides sont également propres à cette ligature. Immédiatement aussi, agrandissez la plaie a l'aide d’un instrument tranchant; pressez- la |vour la faire saigner et déterminer la sortie du venin, lavez-la, puis versez-y plusieurs gouttes d'ammoniaque liquide, pour cautériser profondément; versez ensuite deux ou trois gouttes d'ammoniaque dans un verre d’eau et avalez-le. îsi vous êtes près d'une habitation, hâtez-vous de l'atteindre et couchez-vous, entouré d’épaisses couvertures

HEBBOBISATIONS.

de laine, eu provoquant, par des infusions chaudes avec addition de quelques gouttes d’ammoniaque, une abondante transpiration; maintenez la ligature, mais moins serrée qu’avant la cautérisation. Si vous êtes éloigné des habitations, et que la blessure ne soit point un empêchement à la marche, provoquez la transpiration par une marche forcée, et à votre arrivée ayez recours aux sudorifiques.

A défaut d'aminouiaque, on ne doit pas hésiter, si l’on peut le faire immédiatement, à cautériser profondément ia blessure avec un fer rougi au feu (1).

La piqûre du scorpion ou de la tarentule peut être également combattue aveu succès par la cautérisation immédiate avec l’ammoniaque liquide. — En Orient, ou se met pendant la nuit à l’abri des piqûres des scorpions, qui sont fort communs dans certaines localités, eu plaçant chacun des pieds du lit dans un vase rempli d’eau.

Piqûres des ijuê/ns. — Frottez immédiatement la piqûre avec du persil trempé dans de l’eau saturée de sel de cuisine; la douleur cessera presque immédiatement, et le gonflement sera presque nul. Les lotions avec nu mélange d’eau et d’ammoniaque sont aussi fort utiles.

Insectes parasites. — On ne saurait avoir une idée, lorsqu’on n’a voyagé ni dans les basses Alpes, ui en Sicile, etc. , du fléau que je signale ici : arrivé au gîte harassé de fatigue, on espère une nuit de repos, et l’on ne trouve que la plus affreuse insomnie, bous nous sommes vu réduit, pour ne pas être dévoré dans des cabanes de bergers par des myriades de ces insectes, à coucher à la belle étoile. Le seul moyen de se préserver est de se mettre, pour dormir, dans un sac étroitement attaché au cou, le visage étant recouvert d’un voile de gaze.

Contusions. — Si la contusion est légère, application de compresses imbibées d’eau fraîche ou d’eau-de-vie camphrée ; d’une dissolution saturée de sel ammoniac ou Veau blanche (extrait de Saturne étendu d’eau), on peut y ajouter quelques gouttes de laudanum ; on maintient la compresse au moyen d’un bandage roulé qu’on arrose du mélange. — Si la contusiou est considérable , saignée, application de sangsues.

Foulures. — Prenez une cuillerée d’huile d’olive, une cuillerée d’eau-dc-vie camphrée, ou, à sou défaut, d’eau-de-vie ordinaire, et une cuillerée de savon blanc râpé ; mélangez et battez le tout jusqu'à ce que le mélange prenne une consistance sirupeuse. Étalez ce mélange sur une compresse, puis enveloppez-en la partie malade, et fixez avec une bande. Renouvelez la préparation quand elle sera sèche, et maintenez les compresses pendant plusieurs jours.

Entorses. — Mettez le pied dans de l’eau très-froide, puis entourez-le d’une bande roulée très-serrée qui, envcln|)pant le pied des l'extrémité, entoure ensuite l'articulation, puis enfin le bas de la jambe, de manière à rendre le pied immobile ; tant que la douleur est très-vive, laissez-le plonger dans l'eau froide, que vous renouveler à mesure qu’elle s’échauffe. Lorsque le pied est retiré de l’eau, mainteiH-z l'appareil constamment imbibé, soit d’eau-de-vie camphrée, soit d’eau

(1) L'aride ptiénique a été précouisê dans ces dernières années comme le plus avantageux des caustiques. Cette substance préserve, dil-ou, des accidents consécutif, de la morsure de la vipère, et même des chiens enragés, comme des piqûres des mouches charbonneuses. On en introduit une goutte dans la blessure.

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blanche (mélange d’acétate de plomb ou extrait de Saturne et d’eau), et gardez le repos.

Courbatures. — 11 suffit quelquefois, pour relever les forces après de longues marches par une température élevée, de prendre pendant deux ou trois jours, au commencement de chaque repas, une forte pincée de sous-carbonate de fer, qu'on avale dans une cuillerée de potage : ce médicament est inolTensif, et ne peut en aucun cas être nuisible. Si l’excès de la fatigue a diminué l'appétit et rendu les digestions difficiles, une infusion de racine de gentiane prise à jeun est un excellent tonique.

Brûlures. — Je mentionne cet accident en raison de l’emploi assez fréquent de l'eau bouillante pour la préparation de certaines plantes. Le remède qui m’a semblé le plus efficace est, après avoir percé les ampoules avec une aiguille, sans enlever l'épiderme, l'application immédiate, sur la partie qui a reçu le contact de l’eau bouillante, d’une large compresse imbibée d’eau fraîche dans laquelle on a délayé une certaine quantité d'amidon ; la compresse doit constamment être imprégnée d'eau fraîche, et de demi-heure cil demi-heure on doit renouveler le mélange d'eau et d'amidon. I.a douleur la plus vive occasionnée par la brûlure cède promptement sous l'influence de cette préparation. — On obtient le même résultat en maintenant la partie qui est le siège de la brûlure plongée dans de l'eau froide [tendant vingt-quatre heures, et en ayant soin de renouveler l’eau aussitôt qu'elle commence à s’échauffer. On évite ainsi la douleur, et l'on diminue de beaucoup l’intensité de l’inflammation. Si cependant la brûlure est trop profonde pour qu'elle puisse se guérir sans suppuration, recouvrez-la, après l’immersion dans l'eau froide, d'un morceau de papier brouillard enduit de cérat; recouvrez d’une compresse sèche, puis entourez le tout d'une bande.

Blessures peu graves. — Après avoir lavé la blessure avec de l'eau fraîche et en avoir retiré les corps étrangers, si elle en renferme, épongcz-la avec de lion vin rouge bouilli avec une poignée de persil; rapprochez-les lèvres de la plaie, puis recouvrez avec de la charpie et une épaisse compresse imbibée du même vin chaud; fixez l'appareil avec une bande de toile roulée, huuiectez-le de vin plusieurs fois dans la journée, et renouvelez les compresses matin et soir. Gardez-vous surtout de l’emploi du céral. — Si la blessure est compliquée de contusion, commencez le traitement par une application de sangsues. — On réussit quelquefois à guérir une blessure très-rapidement et par première intention, c’est-à-dire sans suppuration, par l’application non interrompue de compresses d'eau froide renouvelées aussitôt que l’eau commence à s'échauffer. Pour les coupures et les écorchures, nous recommandons aussi la toile gommée à Vomira.

Accidents graves. — S’il s'agit d’un accident grave qui nécessite impérieusement la présence d’un chirurgien, soit qu’on puisse se procurer un moyen de transport pour le blessé, ou qu’on doive se résoudre à attendre l'arrivée du médecin qu'on aura été chercher, on devra prendre immédiatement les précautions suivantes :

En cas de plaie, commencez par enlever les vêtements en les coupant, s’il est nécessaire, puis lavez avec de l’eau fraîche ; s’il y a perte de sang abondante, comprimez légèrement avec un mouchoir mouillé d'eau froide. S’il y a blessure

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ni

d’une artère, que le sang s'échappe par un jet rouge et saccadé, et que le malade soit menacé de mourir par hémorrhagie, comprimez assez fortement le membre au-dessus de la plaie, au moyen d’une bande de linge solidement enroulée et fixée; ou bien comprimez directement avec le doigt le point au niveau duquel on voit le sang s'échapper.

Dans le cas de fracture d'un membre ou de luxation (déboitement), évitez de faire faire au membre des mouvements brusques ; contentez-vous, en attendant l’arrivée du chirurgien, de soutenir le membre dans la position qui occasionne le moins de douleur au blessé. Si l’on transporte le blessé, le membre luxé ou fracturé, si c’est le bras ou l’avant-bras, doit être soutenu par un mouchoir placé en écharpe; si c'est la cuisse ou la jambe qui soit fracturée, on doit la soutenir immobile, dans une position qui ne soit pas douloureuse, au moyen de trois coussins, de trois palettes placées en long, et de trois rubans entourant et serrant légèrement l'appareil. Si l'on manque de ces objets, on pourra, pour soutenir la jambe malade, la fixer par des bandes â la jambe saine, après l’en avoir rapprochée doucement, et eu ayant soin que le pied du côté malade ne soit dirigé ni en dedans ni en dehors.

Les objets les plus importants qui doiveut composer la pharmacie portative du naturaliste voyageur, et qui, pour la plupart, ne doivent pas le quitter pendant ses excursions, sont les suivants ; Une lancette : s’il n’est pas médecin, il fera bien d’apprendre à s’en servir pour des cas très-urgents ; un scalpel ou un bistouri; une pince à mors allongés; des ciseaux; plusieurs bandes roulées, plusieurs compresses de toile usée, une petite provision de charpie; du taffetas d’Angleterre ; du sparadrap de diachylon gommé pour faire des bandelettes agglutinatives ; un flacon d'ammoniaque liquide (alcali volatil); un bâton de nitrate d'argent fondu (ce caustique est un de ceux qu'on peut employer avec le moins de danger : on s'en sert après avoir mouillé l’extrémité qu’on doit appliquer sur la surface à cautériser) ; 30 grammes de sous-carbonate de fer ; quelques doses de sulfate de quinine de 30 centigrammes chacune; plusieurs petits paquets d'émétique de 5 centigrammes chacun; un flacon d’eau-de-vie camphrée; 30 grammes ou plus de sous-acétate de plomb en poudre (sel de Saturne); 30 grammes de racine de gentiane; etc. Tous ces objets réunis forment un très-petit volume, et peuvent sans embarras occuper le fond du sac de voyage, ou même les moins volumineux et les plus utiles un compartiment spécial de la imite d'herborisation.

Les herborisations de Cornüt ou Cornutus (dit Cornüti) aux environs de Paris, en 1635. — L’ouvrage de Cornuti a pour titre :

« Jac. Cornüti doctoris mcdici Parisiensis, Canadensium plautarwn alia- » rumque nondum edilarum historia. Cui adjectum est ad calceni Enchiri- » dium botanicum Pnrisiense, continent indicem plantarum quœ in pagis, » silvis, pratis et muntosis iuxta Parisios locis nascunlur. » Parisiis, 1635, 1 vol. in-ô° (1).

(1) Vingt-cinquième année du règne de Louis XIII. — Quelques années plus lard, afin de rajeunir le livre, on réimprima le titre, dont on changea la vignette. Ce titre porte le millésime 1662.

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V Enchiridion, qui doit soûl nous occuper ici, comprend les vingt-quatre dernières pages du volume. L’auteur nous mène herboriser avec lui, et nous donne la liste des plantes qu’il a observées dans chaque localité, selon une nomenclature qui se rapproche par sa concision de la nomenclature lin • nécnne (1). — Les auteurs contemporains et ceux qui vinrent ensuite s'éloignèrent de plus en plus de cette concision primitive, et remplacèrent le nom spécifique par des phrases descriptives qu'on allongea d’autant plus, que le nombre des espèces qu’on avait 4 distinguer devint plus grand. Linné s'aperçut le premier que, quel que fût le nombre des espèces renfermées dans un genre, il est facile et commode de les distinguer par un seul adjectif différent pour chacune. —Voici la liste des noms adoptés plus tard par Linné, et qui sc trouvent dans l’ Enchiridion de Cornuti :

Ilierarium sabaudum. Lychnis silvestrk Lampannla rnlnndifolia. Poiamogeton perfoliatus. Phalanginm raniosum. Digitalis purpurea. Cirsium anglienm. Vomnica serpyllifolia. Oyperus longns. Eupatoria rannahina. Ranunculus Klammula ; R. aqualicus (aquatilis, L.). Trifolium pratense; T. fragiferum. Mentha aquatica; M. rotundifolia. Aristolochia Clcmatitis. Hyoscyamus nigrr. Saponaria vnlgaris (oflicinalis, L.). Solanum (Phvsalis, L.) Alkekengi. Genista scoparia. Pinus silvestris. Pastinaca saliva. Nymphæa alba ; N. lutea. Osmunda rogalis. Allium ursinum. Sorbus domestira. Hyacinthes (Muscari, L)comosus. Anagallis cærulea; A. pluenicea. Chrysanthemum segetum. Géranium Robertianum. Rosa canina. Thalictrum minus. Rhamnus catharticns.

Voici la traduction littérale de l’itinéraire de Cornuti, et l'indication de quelques-unes des plantes qu’il a observées dans ses promenades, et qu'il signale dans ses énumérations :

« Manuel botanique parisien. — En sortant de Paris par’ la Porte-Veuve, on traverse le village de Chaillot, qui doit son nom aux carrières qui sont dans le voisinage ; quand on a dépassé l’hospice qui est situé 4 quelque distance du couvent des Minimes, on gagne les collines incultes environnantes, et l'on y trouve : — Silybnm Marianum, Papaver hyhridum, Papaver Argcmone, Rubi» tinctorum, Galinm verum, Freniculum officinale , Bupleurum falratum, Linaria vnlgaris, Anthvllis Vulneraria, Tragojmgon pralensis, Cenlaurea Scabiosa, Sisymbrium Irio.

(1) Afin de donner plus d'intérêt et d'utilité à ces listes d’espèces, j’ai remplacé ht phrases descriptives du texte par les noms spécifiques linnéensqui leur correspondent. IlesL du reste, à peu près impossible aujourd'hui de parvenir à une certitude absolue dans U détermination de toutes les espèces mentionnées par Cornuti, qui a rarement cité tes auteurs auxquels il a emprunté les noms qo'il a employés, et qui a modifié lui même un certain nombre de ces noms. — l,a synonymie des auteurs aurions est. on le sait, d'une obscurité que le Vinnx de ttauhin, tes Institutinnes de Tournefort, les ouvrages do Linné, et même les figures citées ne suffisent pas toujours à dissiper, t rie même e-pèce parait d'ailleurs asseï souvent avoir été mentionnée par Cornuti sou< deux ou plusieurs noms dilTérenls iquolqucfois ces deux noms se suivent ; ils étaient sans doute indiqués par Cornuti comme synonymes, et leur séparation sur deux lignes différentes doit être considérée comme une erreur d'impression’. — quoi qu’il en soit, je crois être arrivé à une s y lion unie exacte dans le plus grand nombre des cas : j'ai indiqué les noms douteux parle signe (î, . Lorsque l'auteur ne cite qu'un nom de genre, il s'agit souvent d'un groupe d'espèces non séparées alors, et comprises sous une même dénomination : j’ai, dons ce cas, cité l'espèce la plus commune, ou indiqué qu'il s'agit de plusieurs.

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