AS
• Si vous avancez un peu plus loin, dans la direction du bois peu éloigné de la ville qu'on nomme le bois de Boulogne, vous rencontrerez dans les anciennes carrières assez nombreuses de ce côté, et sur les amas de pierres : — Alyssum calycinum, Medicago orbicularis, [.maria minor. Dans les haies : Rhamnus catharticus.
* Dans le bois de Boulogne, si vous cherchez attentivement, tantôt parcourant le bois, tantôt vous arrêtant debout, plus souvent encore courbé vers la terre, ou même à genoux, vous ne pourrez manquer de rencontrer les espèces suivantes : — Scilla autumnalis, Thrincia hirta, llypochœris radicata, Hieracium sabaudum, Glaucium flavum, Anemone Pulsatilla, Solidago Virgaurea, Euphorbia Lathyris, Thlaspi perfolialum, Hypericum perforatum, Erythræa Ccntaurium, Epilobium tetragonum, Lithospermum officinale, Vcrouica officinales, V. arvensis, Brunella vulgaris, etc., etc.
» Après avoir parcouru tout le bois, sortez par la porte de NüLTI.LV, et suivez les prairies qui sont au dessous du pont, peut-être y trouverez-vous quelque chose d'intéressant. Quant à moi. je n'y ai jamais rien remarqué de particulier; cependant il ne serait pas impossible qu'on y fit la découverte de quelque plante rare, et cela en raison du voisinage de la rivière : en effet, les fleuves apportent souvent des graines qui viennent de loin, et l'hiver, lorsqu'ils débordent, ces graines se trouvent déposées sur les rives.
» Allez de là au Mont-Valéribn, qui tire son nom de Valérius (1), les plantes suivantes se plaisent dans les vignes qui occupent sa base : — Tussilago Earfara, Chondrilla jttncea, Draba verna, Lepidium campcstre, Silene inflata. — Vous trouverez, mais seulement sur la partie culminante : Pcucedanum Oreoselinum? (2), Genista tinctoria, Silene nutans, Vincetoxicum officinale, Carnpanula rotundifolia (très-commun dans les lieux pierreux).
» De cette montagne j’ai coutume de inc diriger vers le village de Saint- Cloud (dont le nom vient de saint Clodot éc) ; s’il vous prend fantaisie d’y aller aussi, un sentier que vous trouverez à droite vous y conduira directement. Cependant si (aiguillonné par l'ap|>étil, tandis qu'on vous prépare un frugal repas, comme il convient à la simplicité du iKitaniste) vous descendez jusquesur les rives de la Seine, vous trouverez : — Ranunculus Lingua, Potamogclon perfoliatus, P. natans, Ilanunculus aqualilis (au milieu de l’eau), Ilippuris vulgaris, Cliara fœtida (submergé), Nympliæa alba et N. lutea.
» A la butte de SÈVRES. — Le lendemain mettez-vous en route au peint du jour, afin de pouvoir arriver de bonne heure et avant la chaleur au village de Sèvres. Il y a là une colline en grand renom parmi les liotanistes parisiens. Quelques-uns l’appellent la montagne îles Anglais, d’autres la butte de Montpellier. On y rencontre spécialement les espèces suivantes, que vous chercheriez vainement ailleurs ; — Phalanginm ramosum. Pli. I.iliago, Ophrys arachniles, Teesdalia nudiraulis, Genliana germanica?, Campanula glomerata, Krigcron acris, Linum catharticum, Globularia vulgaris, Adonis æstivalis I ,
(1) Empereur, père de Gnllien, mort en 260.
(2) Il est possible que le Settli colorât u/n, qui se trouve encore au Mont- Valérien, soit la plante désignée par Cornuli.
HERBORISATIONS
VlU
Cirsium acanle, Ononis Natrix, Linaria striata, Hippocrepis comosa, Coronilla minima, Digitalis purpurea.
• Meudon. — Pour aller à Mention, tous prenez le sentier qui se trouve derrière l'église, vous traversez des prairies inondées, dans lesquelles vous trouvez : — Paris quadrifoiia, Ncottia ovata, Epipactis palustris, Cirsium palustre, C. anglicum, Angelica silvestris, Ophioglossum vulgatum, Drosera rotundifolia, Eriophorum latifolium, plusieurs Carez, Valeriana dioica, Hydrocotyle vulgaris, Galeobdolon luteuin.
• A Meudon, dans les pelouses élevées et exposées au soleil : — Antennaria dioica, Genista anglica, Ulex europæus, Genista sagittalis, etc., etc.
» Dans les buissons, sur le bord des ruisseaux : — Oxalis Acetosella, Ccrastiuni aqualicum, Asperula odorata, Melittis Melissophyllum, etc.
» Dans les anciennes futaies : — Agraphis nutans, Orchis niaculata, Euphorbia silvalica, Valeriana oflicinalis, Peucedanum parisiense, Nephrodium Filixmas, N. aculeatum dans le bois des Capucins, Rnscus aculeatus, Peplis Portula, Lythrum Ilyssopifolia, Myosurus minimus dans le voisinage du château.
» Dans les moissons : — Teucrium Botrvs (à fleurs roses et à fleurs blanches}, Asperula arvensis, Medicago niaculata.
» Dans les prés de Gentilly. — Vous sortez de Paris par la porte Saint- Marcel; arrivé près du ruisseau qui arrose la prairie (1), vous rencontrez les plantes suivantes : — Solanum Dulcamara , Lythrum Salicaria , Lysimachia vulgaris et scs variétés â feuilles ternées et quaternées, Epilobiitm hirsutum, Sculellaria galericulata, Spiiæa L'Imaria, Alnus viscosa, Juncus lamprocarpus, Cyperos longus, Carex plusieurs espèces, Glyccria aquatica, Iris Pseudacorus, Sparganium ramosom.
« Entre le village d’IVRY et la Seine, dans les vignes : — Aristolochia Clematitis, Ilyoscyamtis niger, Saponaria oflicinalis, Phvsalis Alkekengi, Epipactis latifolia. — Dans les parcs : Ficaria ranunculoides. — Dans les terres en jachère, au premier printemps ; Gagea villosa. — Dans les puits : Scolopendrium officinale.
» Dans les prairies, à Palaiseau : — Colchicum automnale.
» A la Porte Saint-Antoine(2), dans les fissures des pierres du mur d’enceinte : — Salvia pratensis. — Dans les eaux stagnantes : Rumex H ydrolapalhunt.
» A la Raquette. (Roquette) : — Sium angustifolium, Teucrium Scordium.
» Dans le village de Charenton : — Xanthium Strumarium.
» Dans le bois de Vincennes : — Ophrys aranifera, Polygala vulgaris (à fleurs bleues et à fleurs roses), Saxifraga tridactylites, Teucrium Chamædrys, Morchrlla esculenta, etc.
(11 La rivière de Bièvre.
(2) Cette porte, située à l'extrémité de la rue Saint-Antoine, avait été construite en 1583; elle se composait d’une seule arcade. En 1670, trente an» après l’époque où Cornuli recueil lait des plantes entre ses pierres dégradées, elle fut convertie en un arc de triomphe b trois arc ides, en l’honneur de Louis XIV. Cet arc de triomphe fut démoli en 1778. De curieux débris de ce monument (deux irés-bellcs statues de femmes couchées, représentant la Seine et la Marne) ont été retrouvés, et sont déposés au musée des monuments de l’art français (Musée de Cluny).
HERBORISATIONS
» Dans l'enclos des Minimes : — Narcissns Pseudonarcissus.
» Dans les champs appelés la Varenne de Saint-Mauh : — àrrhenatherom elatius var. bulbosum, Ornilhogalum ninbellalum. Isatis tinctoria, etc.
• A la Croix-Faubin, près le village de Charonne : — Artemisia campcstris, Medicago ininima, M. saliva (Fœnuin burgundiacum), Verbcna officinalis.
» Dans les prés Saint-Gervais : — Plantago arenaria, Filago germanica (et Jussixi , F. spathulata ; Cotonaria seu Gnaphalium vnlgare, et Herba impia) (1 ) , Euphorbia Gerardiana, etc.
» A Montfadcon : — Bupleurum rotandifolium, Dianthns prolifer, Chlora perfoliata, Statice plantaginea.
» Au village d’AUBERViLUERS (plaine Saint-Denis) : — Sinapis alba et S. arvensis, Eruca sativa, Petroselinum sativurn, Pastinaca saliva, Cucumis Melo, Cucurbita Pepo, Cucumis sativus, Asparagus oflicinalis, Trigonella Fœnumgræcum (cultivé ainsi que les espèces précédentes).
» Eu allant au village de La Barre (canton de Montmorency), on trouve dans les saulaies : — Inuta britannica, Pulicaria vulgaris, Juncus cornmunis, Linum usitatissimum, Mentha Pulegium.
• Au village de Montmorency, dans les élangs et les lieux voisins : — Hydrocotyle vulgaris, Anagallis tenella, Mentha aqualica, M. sativa, Inula Helcniuiu, Nymphæa alba, N. lutea, Hydrocbaris Morsus-ranæ, Parnassia palustris, Myriophylluin verticillatum, Ceratophyllunt demersum , Equisetum Telmaleia , Osmunda regalis, Uanunculus aquatilis, Salix (plusieurs espèces).
• Çà et là, dans les bois autour du château de la Chasse : — Ornilhogalum pyrenaicum, Alliunt ursinum, Mercurialis perennis, Cucubalus baccifer, Circæa lutetiana, Pirola rotundifolia, Campanula Trachelium, Phyteuma spicatum, Epilobium spicatum, Daphné Laureola, Androsæmum officinale) Chrysocoma Linosyris, Stachys alpina, Clinopodium vulgare, Polygonum dumetorum. Vicia Cracca, etc.
» Aux environs du village de Saint-Prix, près Montmorency : — Asarum europæuin, Clematis Vilalba, Humulus Lupulus, Vinca ininor, Ruscus aculealus, Malva Alcca, Sanicula europæa, Vaccinium Myrtillus, V. Vitis-idæa ? Erica Tetralix var. anandra? (flosculis herbaceis), etc., etc.
» Aux environs de Fontainebleau : — Spiranlhes nutumnalis, Gentiana Cruciata. — A Malesherbes : Nephrodium Thelypteris. — Village de Bêle : Doronicum plantagineum. — Village de Sainte-Reine : Gentiana lutea?
» Dans l'enclos des Chartreux (2), à Paris : — Santolina Chamæcyparissus (cultivé), Artemisia Abrotanum (cultivé), llicracium Pilosclla, Ranunculus repens, R. acris, R. aurienmus, Heracleum Sphondylium, Poterium Sanguisorba, Ruta graveolcns (cultivé).
(1) On donnait à ces plantes le nom û'Herba impin , parce que les jeunes capitules s'élèvent au-dessus des capitules plus anciens qui les précèdent dans l'ordre de développement de celte inflorescence du type défini ; en faisant allusion au manque de piété liliale des enfants qui ne respectent pas l'autorité paternelle.
(2) L'emplacement du couvent et de l'enclos des Chartreux fait actuellement partie du jardin du palais du Luxembourg. Une partie «le cet enclos a subsisté jusqu'à ces dernières années les anciennes pépinières, d'abord plantées en vignes, puis en partie remaniées.
» Autour du château de Gric.non : — Hyssopus oflicinalis. — Sur les vieilles murailles : Iris germanica (planté), Cheiranthus Cheiri, Sempervivum tectorutn, Seduin album, S. lefleium, S. acre, Sisymhrium Sophia, Turritis glabra.
■ Environs du village de Montmartre: : — Muscari racemosum, Ornithogalum uuihellatmn, Cuscuta Epilhymum. — Dans les moissons : Trilicum repens, Panicum Crus-galli, Melainpyrtnn pratensc, I.ychnisGithago, Muscari comosum, lheris am.ira, Ileliotropium etiropæum, Papaver Khoeas, Adonis autumnalis, Ajuga Chaimepitvs, Centaurea Cyanus, Chrysanthemum segetum, etc.
» Au bord des chemins : — Onopordon Acanthium, Centaurea Calcitrapa, Eryngium campestre, Carduus nutans, ltosa canina, Lampsana connnunis, Rubus fruticosus, etc., etc. »
Toutes les plantes mentionnées dans les listes d'herborisation de Coruuli se trouvent encore dans nos environs; mais quelques-unes ont disparu des localités où Cornu li les a observées, localités dont les unes sont occupées maintenant par des habitations (plusieurs des villages d’alors étant devenus des villes), cl dont les autres ont été modiliées par des travaux de culture ou de dessèchement. — C’est ainsi qu’on chercherait vainement : au bois de Boulogne, Dipsacus pilosus ; sur les hauteurs de Sevrés, Phalangium Lilingn et PU. rnmnsum; sur les hauteurs de Meudon, Anleimaria dioica, etc. (Ces espèces se trouvent dans des localités plus ou moins éloignées, soit au nord, soit au midi de Paris.)
On était loin, à cette époque, de soupçonner que les genres Bubus et //osa dussent donner lieu à un si grand nombre d’espèces indigènes. Cornuli se contente de citer le Bubus fruticosus et le Basa couina : sous le rapport du nombre d’espèces que ces genres renferment en réalité, on était alors à peu près à la même distance en deçà qu’on s’est avancé depuis au delà.
En fait de plantes, rares dans nos environs, observées par Cornuli, et qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les mêmes lieux, nous citerons : au bois de Boulogne ou dans le voisinage, Medirngo orbirularis, I ilaucium flavum; dans la Seine, à Saint-Cloud, fli/yiuris vulgaris; dans les prés de Gctitilly, Cyperus Itmgus; dans les champs, à Ivry, Gagea arvetiiis; dans les bois et les marais de Montmorency, Anagalhs teneila, Osmumia regalis, Allium ursimim. Pirata rotundifotia, Daphné Lan roula, et la variété nnnndra de YErira Telralix (cette curieuse anomalie n’est connue, dans le monde, qu’à cette localité).
Les listes de Cornuli, bien que très-incomplètes, prouvent qu’il connaissait aussi bien nos plantes indigènes qu’on pouvait les connaître de son temps : il est singulier, néanmoins, que certaines plantes remarquables, abondante dans les lieux on il a herborisé, n’aient pas fixé son attention, |>ar exemple le Géranium sanguineum au bois de Boulogne; il est certain que c’est poxlérieu-
plantées en massifs et annexées au jardin, et l'ancien jardin botanique de l'École de médecine. séparés par le remblai moderne constituant l'avenue ou allée de l'Observatoire). Ces pépinières et anciens jardins, on contre-bas du jardin moderne du palais, ont été récemment remblayés et nivelés ( 1 K(j(i . à l'occasion de la nouvelle trnnslurmatiun du jardin et du quartier du Luxembourg, quelques restes de l'ancien mur de l'enclos des Chartreux subsistaient naguère encore à l'ouest. J’ai recueilli, il y a peu d'années, sur ces vieux murs (dont une parue servait de clôture aux jardins des maisons que j'ai habitées, rue de Madame, puis rue de l’Ouest,, le Corydattis ocbrvteuca et ÏArabil l un ilu.
HERBORISATIONS. 747
remont à Cornuti que le Vinca major , les Potenttlla recta et pennsilvaniea, et le Bunias orientais (1), ont été naturalisas dans celte localité.
Cornuti n'a herborisé que dans les environs immédiats de Paris. Il ne parait pas avoir visité les forêts de Versailles, de Marly et de Samt-Germain ; il cite, 4 Malesherbes, une seule plante, le Nephrodtum Thelypteris, et à Fontainebleau deux espèces seulement, le Gentiana Cruciatu et le Spirnnthes autumnalis : il est à présumer qu'il n'arail pas exploré ces riches localités lui-même.
Les herborisations de Tournefort aux environs de Pahis, en 1698. — Soixante-trois ans s'écoulèrent après Cornuti sans qu'il parût de nouvelles publications sur les plantes des environs de Paris; ce fut en 1698 queToumefort (2) lit paraître son Histoire ries plantes qui naissent aux environs de Paris, avec leur usage dans la médecine (1 vol. in-12de 563 pages), deux ansavant la publication de son important ouvrage intitulé: fnstitutioncs rei herbariie.
En 1725, dix-sept ans après la mort de Tournefort, Bernard de Jussieu donna une nouvelle édition de l 'Histoire des plantes (2 vol. in- 1 2, l’un de 407 pages, l’autre de 528 pages). Ci première édition était alors épuisée depuis longtemps : Bernard de Jussieu enrichit d'importantes additions celle qu'il publia ; mais, par respect pour la mémoire de Tournefort, il ne voulut rien changer à la forme première du livre; le texte de Tournefort est conservé intact, et les articles de son savant continuateur sont indiqués par des astérisques.
V Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris est divisée en six herborisations, dans lesquelles les plantes, désignées par les phrases distinctives qui furent plus tard remplacées par des noms spécifiques, sont rangées par ordre alphabétique. — Voici la liste des herborisations :
Herborisation I. Au delà de la porte de la Conférence, du caste du Cours la Beyne, vers tes Bons-hommes (3), et le long de la rivière (4).
Herborisation 11. Dans le bois de Boulogne.
Hehrorisation III. Aux environs de Surines, de Saint-Cloud et de Sèves.
(!)H . Schlciden [In Plante et sa vie) eut d’avis que cette plante originaire de la Kussie) a pu être introduite accidentellement au bois de Boulogne par les armées étrangères qui y ont campé en 1814.
(2) La carrière botanique de Tournefort correspond à la dernière partie du règne de Louis XIV. Il naquit en 1656 (treiic ans après la mort de Louis XIII), et mourut en 1708 (sept ans avant la mort de Louis XIV, un an après la naissance de Linné), des suites d'un coup violent de timon de voiture qu'il reçut dans la poitrine en traversant la rue Copeau (aujourd'hui rue Lacèpèdo) pour se rendre au Muséum.
La carrière botanique de Linné correspond au règne de Louis XV. Il naquit en 1707 (sous le règne de Louis XIV), et mourut en 1778 (la quatrième année du règne de Louis XVI).
(3) Le couvent des Minimes, dont parle Cornuti dans sa première herborisation. — Les Minimes étaient appelés Ifs Hons-Hommet, à cause du surnom de bon homme donné par Louis XI à saint François de Faute, le fondateur de l'ordre. Ce couvent. ‘qui était situé au bas de la montagne de Ghaillot. était précédemment un château dont la reine Anne de Bretagne, femme de Charles VU I, lit présent aux religieux qui s’y étahliient. Le couvent des Minimes fut détruit en 1790, le chemin passe actuellement sur son emplacement.
(4) II est à remarquer que les premières herborisations do l'année qu’il convient de faire aux environs de Paris sont indiquées en 1635 par Cornuti, et plus tard par Tournefort et Bernard de Jussieu, & Chaillot et nu bois de Boulogne, et que cet ordre, tradition ifcl depuis plus de deux siècles, a été respecté juqu'â ce jour (1869;.
HERBORISATIONS
Herborisation IV. A Gentilli, Arcœüil, Cacha n, IJenty et Antoni. Herborisation V. A la porte Saint Antoine, à iïercy, à Charenton, dans le bois de V incarnes, dans les Isles de la Marne et aiu environs de Saint Maur.
Herborisation VI. Oh Fon traite des plantes qui naissent en plusieurs endroits des environs de Paris, dont on n'a point parlé dans les Herborisations précédentes.
• On se flatte, dit Tournefort dans sa préface, que le dénombrement des i plantes satisfera les curieux, l'on pourra dans la suite rechercher celles qui
• peuvent nous être échappées; car il est mal-aisé d’avoir tout embrassé du pre-
• mier coup, quoyque l'on se soit renfermé seulement dans l'étendue d'environ » une journée autour de la ville. •
I.a matière médicale, qui lient beaucoup de place dans le livre de Tournefort, est de peu d’intérêt, sinon au (point de vue historique. Voici quelques passages qui pourront en donner une idée : « La trop grande simplicité de certains mé- » dicamens n'est pas mesme toujours aussi avantageuse qu'on se l’imagiue :
• quelques-uns voudroient n’avoir, pour ainsi dire, que l'âme des mixtes; mais
• souvent il se trouve que ce qu'il y a de plus grossier agit plus efficacement : » le kinkina en fournil un bel exemple. On ne guérit pas, ce me semble, beau-
> coup de maladies avec ces remèdes si purifiez : ceux que l'on appelle purs
• alcali, purs acides, purs soufres, n'ont pas des vertus extraordinaires. Quel-
> quefois on appréhende sans raison de détruire les alcali par le mélange des
• acides ; mais l’expérience fait voir que ces scrupules sont mal fondez ; car le a sel de tartre, plus que rassasié de vinaigre distillé, et le sel d’Absinte , plus
> que saoulé de suc de Limon, sont pour le moins aussi propres pour les mala-
a dies de l'cstomach, que ces mômes sels réverbérés avec soin Bien n’est si
■ opposé à la bonne pratique de la Médecine que ces prétendues idées de chaa leur, de froid, et de fermentation en faveur desquelles les médecins et les maa lades sont fort souvent prévenus. On n'ose pas, dit-ou, donner la tisanne de a certaines plantes, de peur de trop échauffer; il ne faut pas purger le malade, a peur d'irriter la cause du mal : comme s’il étoit possible de bien vuider un
a sac sans le secoiier D'ailleurs il ne faut pas compter pour rien ce qu’on
a appelle le soufre, la terre et l’eau ; car, encore qu’il soit possible de réduire a tous ces principes & un plus petit nombre, il y a pourtant beaucoup d’appa a rence qu'ils agissent plutôt par leur propre structure que par celle des autres, a dont ils peuvent être composez..... a
Les plantes indiquées dans le livre de Tournefort y sont assez rarement décrites ; mais leur nom est ordinairement accompagné de discussions synonymiques précieuses pour l'étude des auteurs contemporains, et de notions thérapeutiques ; on y rencontre çà et là d'excellentes observations botaniques. Cet ouvrage a, pendant de longues années, servi de vade-mecum aux botanistes parisiens.
Au point de vue de la délimitation des espèces, nous citerons l'article suivant (Hauteur, après avoir longuement décrit le Solanum nigrum, en distingue, en ces termes, les miniatum et oehroleucum } :
HERBORISATIONS
« Snlatmm officinarum acinis pnniceis, G. B. La Morellc à fruit rouge est » ordinairement plus grande que la précédente ; sa racine est plus grosse ; sa » tige est haute d’environ deux pieds, anguleuse et comme feuilletée (ailée),
» divisée quelquefois, dès le bas, en branches qui s'élèvent obliquement, et » s’estendent fort sur les costés; les feuilles approchent plus de la figure d'un fer » de pique que celles de la Morellc à fruit noir ; elles sont moins ondées sur les
• bords, et parsemées de poils plus appareils ; scs fleurs sont tout à fait sem- » blables; mais leur fruit est ovale, long de quatre lignes sur trois de large, ronge a effacé, teignant de même couleur, aigrelet, vineux. Cette espèce a, ce me k semble, l’odeur plus assoupissante que la précédente. »
« Solanum officinarum ncinis lu tris, C. B. La Morelle à fruit jaune a les
• racines comme les précédentes ; sa tige est haute d’environ deux pieds, voluê,
» anguleuse, et comme feuilletée; ses feuilles sont beaucoup plus ondées, et » comme crénelées profondément, vert pasle, velues des deux costez ;ses fleurs » sont semblables à celles des espèces dont nous venons de parler; mais les fruits,
» qui sont ovales, longs de quatre lignes, larges de trois, verts d'abord, et rayez » de blauc dans leur longueur, sont jaunes couleur d’ocre dans leur maturité ;
» leur suc est aigrelet, vineux, peu coloré; les semences sont bordées d'une » petite chair jaunastre. L’odeur assoupissante de celle-cy m'a paru plus forte » que celle des précédentes : cependant ces deux dernières espèces agissent sur » le papier bleu de même que la première. >
Voici quelques-unes des indications de Toumefort:
« Ophioglossum vutgatum , G. B Langue-de-serpent ou Ilerbe-sans-cou-
• ture. On la trouve avec la plante suivante (le Neottiaovata [Ophrys bi folia]), » à cflté du Cours-la-Rcine, dans le bois qu'on appelle les Champs- Hlisées. •
« Alkekengi officinarum (Coquerelles). . . Sous la machine de Marly ; vignes » du moulin de Bemy, etc. »
« Allium ursinum latifolium... Fleurit dans le mois d'avril à Montmorency, » autour de l'cstang qui est derrière le château de la Chasse, et le long du ruis-
• seau qui de ce château va passer à Moulignon. •
• Alliant sphwrorephalum sylvestre... Cette espèce d'Ail est fort commune » autour de Seaux, du Plessis-Piquet, de Fontcnay-aux-Roses, etc. *
« Alsinastrum Gratiolce folio... (Elatine Alsinastrum). Cette plante rampe » autour des mares du bois de Bondy, surtout vers le château du Raincy. •
« Alsine palustris exigua... etc. ( Limosella aqaatica). Cette plante se trouve » autour de l'estang de Porché-Fontaine, à Versailles, autour de l'étang de Vila- » coublay, autour des lacunes (petites mares de la forêt) de Bondy. *
• Alysson perenne, montanum, incanum... ( Alyssttm montanum). Cette s espèce d’ Alysson est vivace, et se trouve dans les sables de ta forest de Fontai- » nchlcau, surtout aux environs du chasteau. •
« Anacampseros purpurea... ( Sedum Telephium). On la trouve dans les bois
• de Mcudon, de Versailles, de Palaiseau, de Verrières, de Saint-Germain, de
• Montmorency. »
« Androsæmum maximum frutescens... {Androsæmum officinale). Cette
• plante se trouve à Fontainebleau, a
HERBORISATIONS
o Aparine lati/nlia humilior... etc. ( Asperula ndorata). Elle liais! sur la
• rive gauche du cliemiu qui va de Saint-Prix au bois Saint-Paire. »
« Bulbocastaumn majut...(Bunium BuUtorustavum). Croisi dans les champs,
• autour de la Justice de Muntfaucon. •
« Buplevrum perfoliatum, rotundifolium , annuum, Pcrcefeuille. Elle se
• trouve dans les champs qui sont entre Ruel, le Mont-Valéricn et Saint-Clou. •
• Centaurium luteum perfoliatum... (Chlora per foliota). Celte plante se » trouve tout au bout de l'eslang de Montmorency, du costé qui est opposé u à la chaussée; elle vient aussi dans la foresl de Fontainebleau. ■
• Dorunicum Plant aginit folio... M. Danty d’Isnard, docteur en médecine, ■ et très habile dans la connaissance des plantes, a trouvé ce Oorouic dans la » foresl de Saint-Germain, 5 gauche, en allant à Poissy. »
« Limodurum auitriacum... ( L . ubortivum). Cette plante se trouve dans « la forest de Fontainebleau, en allant des Basses-Loges à la Magdelaine. •
» Omithoyalutn luteum... ( Gagea arveiuù). Cette plante se trouve autour » de la Justice de Montfaucon, et dans le parc de Rambouillet, au fauxbourg » Saint-Antoine, a
• O-smundti fol Hn lunntis... ( Botnjehium Lunaria). Cette plante croisl à a Belleville, dans le parc de M. le premier président. «
a Banuwulus montanus folio gramineo... ( Bammculu» gramintut). Elle a se trouve à l’entrée de la forest de Fontainebleau, au delà de la Beuvelte a royale. Morisou la marque sur le grand chemin du chasteau, entre l'ermitage a et le pont, a
« Xanthium... ( X . Strumarium). Cette plante est assez commune à Saint— a Germain, surtout au chasteau de Maisons, a
Tournefort donne eu ces termes la description du Gui ( i iscum album). On reconnaît, dans ce passage, l’esprit observateur et judicieux de ce grand naturaliste :
« Viscum briccis albit, C. B. Piu, 623, Yifcum Dod. pempt. 826. Gui. — Cette plante ne se trouve jamais sur la terre; elle naisl sur le Chcsiie, sur le Pommier, sur le Prunier, sur le Poirier, sur V Acacia d'Amérique, et sur plusieurs autres arbres. Celuy qui se trouve dans le bois de Vincennes, occupe les branches les plus saines de l'Épine blanche, et l’on ne trouve sur ces branches ni terre, ni aucune matière qui paraisse propre à faire pousser la semence de cette plante; l'on découvre seulement une tumeur dans les endroits où les pieds du Gui sont attachez. Ses fleurs naissent trois à trois, disposées en trèfle dans la division et à l'extrémité des branches. Chaque fleur est un bassin jaunaslred'environ trois lignes de diamètre, épais comme du marroquin, et recoupée eu quatre pièces arrondies en lierx-|xiiul, et opposées en croix, de telle sorte que celles qui se répondent vis-à-vis sont égales entre elles, tuais inégales par rapport aux autres. Chaque pièce est relevée d’une petite bosse plus pasle que le reste, et divisée en compartimens creusez de fossetes ovales, remplis d'une poussière semblable à la fleur de soufre, ainsi qu'on en voit dans les sommets (étamines) des autres fleurs.
» Celles du Gui ne produisent rien ; les fruits de cette plante naissent sur des
HEBBOBISATTONS.
branches différentes de celles qui portent des fleurs; ces branches se trouvent quelquefois sur le même pied de Gui, qui porte les Ueurs (1), et quelquefois aussi sur des pieds qui ne portent que des fruits.
» Ces fruits naissent aussi trois à trois, disposez en trèfle dans l’extrémité des rameaux : chaque fruit commence par un petit emhrion ovale, entouré de quatre feuilles épaisses, jaunastres, longues de demi-ligne, pointues, et qui tombent facilement ; cet embrion grossit insensiblement et devient une baye ovale, longue de trois lignes, semblable à une petite perle remplie d'une semence platte, de la figure d’un cœur, couverte d'une membrane argentée, très-délicate et enveloppée de glu, c’est-à-dire d'uue colle fort gluante, blanchastre et douceâtre, dans laquelle la semence germe naturellement, et pousse deux œilletons à costé de son échancrure.
» Il y a beaucoup d’apparence que cette semence produit les jeunes plantes de Gui, que l’on voit sur les branches des arbres dont nous avons parlé; car on y en trouve qui ne font que poindre, pour ainsi dire, et qui n’ont encore que les œilletons qui commcnçoient à se développer dans les bayes. Cependant on ne sçauroit dire que cette semence passe par la racine du Chesne, ou des autres arbres, qu'elle monte dans les branches par les vaisseaux qui portent la sève ; puisque chaque semence a deux lignes de diamètre, et que la tissure de ces vaisseaux écliappe à nos yeux. Il faut donc que cette semence soit appliquée à l'écorce des arbres par quelque cause extérieure ; ces causes se peuveut réduire à deux principales :
» 1" Aux Oiseaux, qui, peut-être, en écrasant ces bayes avec leurs pieds, ou avec leur bec, leur donnent lieu de s’attacher aux branches par leur glu : ainsi voyons-uous que les Pies et les Geais contribuent à la multiplication de plusieurs plantes, en transportant et en enterrant leurs noyaux. Il se peut faire aussi que les oiseaux qui oui avallé les bayes de Gui les vuident sur les branches des arbres où ils se |>erchenl; ce qui a fait dire à Plaute : ///su sibi avis morte m carat : quov qu'il soit mal aisé de comprendre que les graines qui passent par le gisier des oiseaux ne soient pas écrasées et moulues.
» 2“ Il peut arriver aussi que ces bayes tombant ou d’elles-mesmes, ou par la violence des vents, se collent quelquefois contre les branches des arbres voisins, surtout si elles y sont appliquées par l'endroit écorché, par où elles tenaient au rameau du Gui ; car cet endroit écorché s’attache facilement aux corps sur lesquels il tombe. Mais de quelque manière que ces bayes se collent, on peut croire que la glu dont elles sont remplies amollit insensiblement l’écorce contre laquelle elle est attachée ; et alors la semence qui a germé dans la baye, comme nous l’avons remarqué plus haut, la perce facilement par sa radicule ; peut-être que cette giu, quelque douceâtre et fade qu'elle nous paraisse, fermente avec la sève des arbres, et fait déchirer les fibres de l’écorce où elle se trouve, ce qui favorise considérablement le passage des fibres de fa radicule.
(1 ) Le Gui est dioïque ; chacun des deux individus est exclusivement mile nu femelle. L’erreur dans laquelle est tombe Tournefurt à ce sujet tient i ce qu’il avait pris des branches femelles en fleur pour des plantes miles, ou peut-être aussi i ce qu'il avait regardé comme appartenant au même pied des individus de sexe différent rapprochés à leur base.
HERBORISATIONS
• La radicule donc de la semence de Gui, trouvant de la facilité à pénétrer dans l’écorce des brandies, s'allonge en fibres verdaslres, qui courent d’abord dans l’épaisseur de l'Aubier, et qui, perçant ensuite le corps ligneux, s'entrelassent avec les fibres des branches, et s’insinuent dans leurs vésicules, d'où elles tirent un suc propre pour leur nourriture. On distingue aisément ces fibres si on se donne la peine de les suivre après avoir découvert la première écorce; il n'est pas surprenant que l'endroit où elles s'insinuent soit grossi, puisqu'elles en augmentent le volume, et que d’ailleurs ces racines, en prenant leur accroissement, compriment les vaisseaux des branches en quelques endroits, les étranglent, et les font casser en d’autres, ce qui cause l’interception et l'extravasation des sucs qu'ils contenoient
• Le Gui ne saurait vivre que sur les arbres, à cause peut-être que ses radicules n’ayant pas la structure propre à séparer de la terre et à préparer la nourriture nécessaire pour la végétation de celte plante, il a été nécessaire que cette végétation se fît dans la racine d'une autre plante, qui luy sert comme de nourrice ; de mesme que l'estomac des enfans étant trop faible pour préparer les alimens, il faut ou leur donner une nourrice, ou accommoder leur nourriture à la foiblesse de leur estomac. Pour tn’asseurer de la production du Gui, j'en ay semé la graine pendant trois années de suite ; mais je n'en ay jamais vcii lever aucune. J’eu ai attaché aussi plusieurs baies, dans les mois de Mars et d* Avril, sur de jeunes branches de Pommiers et d'Épine blanche ; mais la violence des vents et les fréquentes pluies qui régnent ordinairement dans cette saison, ne m’ont pas permis de me satisfaire entièrement sur cette matière. Ainsi, je ne propose que des conjectures, qui ont assez de vraysetnblance pour estre reçues en physique. <
Approbation de M. de Jussieu (Antoine), docteur en médecine delà Faculté de Montpellier, docteur régent en celle de Paris, professeur et démonstrateur de botanique au jardin royal, de l’Académie royale des sciences, et de la Société royale de Londres :
« Les additions que mon frère vient de faire k V Histoire des plantes des » environs de Paris, composée par M. Tournefort, rne paraissent tellement » répondre aux vues que cet illustre auteur, et feu M. Fagon, premier médecin » de Louis XIV, s'étaieut proposées pour l'avantage de la botanique de celte » capitale, que je ne puis qu'y donner mon approbation, de même qu’au juge- » ment qu'il porte de cet excellent ouvrage, à l’éloge duquel il pouvoit ajouter
• qu'on ne saurait trop louer la modestie qui y est répandue partout, et l'art » dont ce grand botaniste s'est servi pour s’accommoder dans cet ouvrage i la » portée des commençans, et se rendre en même temps utile aux plus savans
• botanistes. — A Paris, ce 19 janvier 1725. — l)E JUSSIKU. •
Rapport d'Antoine de Jussieu sur les puantes qui croissaient au BORD de LA Seine dans Paris, en 1735. — Dans un rapport intitulé : « Exa- » tnen des causes qui ont altéré tenu de la Seine pendant la sécheresse de » l'année 1731 », et qui fait partie des Mémoires de f Académie des sciences (15 novembre 1733), Antoine de Jussieu énumère en ces termes les espèces de plantes qui couvraient, en cette année, le lit presque à sec de la Seine :