ORGANISME VÉGÉTAL
» qucncc dont il est superflu de faire ressortir V absurdité : dans la même famille,
» dans le même genre naturel, des cs|ièces, les unes douées, les autres privées de
• sentiment et de mouvement autonomique; la sensibilité et la faculté locomo- » tivc tombées au rang de simples caractères spécifiques? » — Quoi! ce serait par resjiect pour la faculté locomotive qu’il faudrait se refuser !i en reconnaître l'action, si, arrivée aux extrêmes limites de son domaiue, celte faculté ne se manifeste plus que d'une manière intermittente? Admirons au contraire ce bel exemple d’unité de force organique, de celte grande loi dont la démonstration est le plus grand titre de gloire scientifique d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire !
— Mais, continue Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, s'appuyant sur l'autorité de Bulfon (parlant des spermatozoaires), « les anthérozoïdes et les zoospores ne sont pas » des êtres doués d’une vie individuelle et susceptibles de se reproduire |>ar » eux-mêmes, ce sont de simples dérivés de l’organisme... » Oui, sans doute; mais un fragment, un dérivé d'un végétal, qui est doué de motilité spontanée, loin d'être la preuve que la motilité n'appartient pas, dans certaines limites, au règne végétal, prouve au contraire qu 'elle existe jusque dans ses dérivés! — » Mais, lorsqu’ils s’arrêtent une fois, c'est pour toujours ! » — Hélas ! on peut en dire autant de la vie humaine !
« Il est clair que, pour être conséquent avec soi-même, il faut ici, ou nier
• l'animalité chez tous ces singuliers corps, ou l’attribuer à tous; cc qui ne
• conduirait à rien moins qu’4 reprendre les vues de Bory de Saint- Vincent... »
— A rien moins, en effet; mais. ... si scs vues sont justes?
« Il est vrai que des découvertes récentes ont paru établir que... les corpus- » cules fécondateurs et germinnlcurs des Algues... portent des cils vibratiles, et » que c'est par l’action de ces petits organes qu'ils se meuvent, comparables
• sous ce rapport à un grand nombre de vrais infusoires... Mais de ce qu'un
• mouvement est dû 4 des vibrations ciliaires, il 11e résulte nullement que les » arguments de bulfon cessent de lui être applicables, qu'on doive le tenir pour
• autonomique (spontané), et qu'il faille placer parmi les .infusoires le corps » qui le produit.... Les physiologistes savent combien il est peu rare de voir a des lambeaux ciliés accidentellement détachés d’un animal adulte conserver » temporairement leur activité vitale, au point de nager daus l’eau pendant des a heures entières à la manière des infusoires... Personne ne voit plus en eux a que des exemples incontestables d’une locomotion déterminée par le jeu autoa viatique d'organes ciliaires. Singuliers êtres vivants animés , et non précisé- » ment animaux. » On voit, par cette citation, dégagée des phrases incidentes, que l'auteur présente comme favorables à son opiniou les faits qui nous paraissent démonstratifs de l’opinion contraire, et qu'il termine en définitive (à part le mot automatique, qui 11e doit s'entendre que d'uu mouvement qui serait communiqué de l'extérieur !i un corps inerte, et qui, par conséquent. 11'a |>as ici son sens réel), qu'il termine, disons-nous, par une concession assez grande, a cc sont des êtres cirants animés et non de véritables animaux. » — Des êtres vivants animés! Mais, nous n’en disons pas davantage; l'opinion que nous défendons ici 11e doit donc pas, comme l’a fait l'auteur quelques pages plus haut, être taxée d 'absurdité. Seulement, en admettant des êtres vivants animés qui ne
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sont pas animaux, l’auteur nous paraît jouer sur les mots. Sans doute, un zoospore n’est qu'une parcelle végétale animée de mouvements volontaires, et nous ne la regardons pas non plus comme l’égale en animalité d’un mammifère.
■ Dans le même groupe naturel se trouveraient donc réunies des espèces
• toujours et à tout Age végétales, d’autres tour à tour animales et végétales! » — Peut-être ce fait est-il gênant pour les classifications des naturalistes, mais serait-ce une raison pour que nous nous refusions à l’évidence ? et ne devons nous pas, au contraire, admirer davantage en cela la Nature, dont l'unité de principe se révèle à nous par l’unité dans la création tout entière?
« D'où cette singulière conséquence : si l’on voulait définir le règne psycho- » diaire (intermédiaire) comme Bory de Saint- Vincent... une partie seulement
• des Algues devrait composer ce règne intermédiaire, les autres demeurant » parmi les végétaux... line même famille devrait être morcelée entre deux » règnes. » — Cela prouve simplement que la Nature ne se plie pas à nos classifications, et que c'est aux classificateurs à reconnaître que tout, dans l'ordre naturel, procède par gradation. Si, çîi et là, des groupes paraissent tranchés, c’est qu’ils sont isolés artificiellement dans nos classifications, ,on que le réseau des êtres ayant été rompu à certaines époques, les mailles intermédiaires n’ont pas été retrouvées. — « La plante simule le mouvement animal ; elle ne le possède jamais. » — Nous demanderons seulement ce qui démontre que le mouvement est plus simulé chez les sporozoïdes et les anthérozoïdes que chez les infusoires à cils vibratiles. Dans le genre Éponge, maintenu dans le règne animal, certaines espèces se meuvent, précisément aussi, par l'intermédiaire seulement de leurs corpuscules reproducteurs munis de cils vibratiles; l’Éponge adultè est à peine douée de mouvements contractiles inférieurs en intensité aux mouvements sur place des Algues de la tribu des Oscillatoriées, et très-inférieurs surtout aux mouvements de translation volontaires des Algues de la famille des Diatomées-Ambulatoriacécs.
« L’ensemble des faits qui viennent d’être exposés est manifestement en oppo- » sition avec les vues de Pallas. • — Nous pensons, au contraire, que ces faits confirment pleinement les vues de ce grand naturaliste. — « Cet ensemble de faits ■> s’accorde, au contraire, avec les vues qui ont prévalu dans la science depuis
• Aristote. » — Ici, au mot « ensemble de faits », nous substituerions le mot « ensemble de raisonnements », et nous serions tenté de répondre que nous comptons Aristote parmi les partisans les plus déterminés des vues (plus en faveur qu'on ne veut le dire) qui prévalent réellement déjà dans la science, vues qui n’ont jamais été abandonnées par f école philosophique et primesautière des chercheurs, vues dont nous nous constituons ici le défenseur et le vulgarisateur : génération spontanée; — transmutation des espèces; — unité de composition dans chacun des embranchements du règne organique. — Et si Aristote (qui ne s’est pas précisément prononcé d’une manière bien explicite sur ces diiïérenls points) eût été d'un avis contraire, nous eussions répondu ; Quoi qu'en dise Aristote et sa docte cabale, Aristote, qui n’avait que ses getu: pour voir, ne pouvait préjuger les questions dont la solution attendait l'avénement du règne de la micrographie ; quelle qu’ait été la pénétration, quel que fût le génie obser-
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