TRAVAUX BOTANIQUES
cripteurs ; l'un recueille et classe des observations qu’il décrit et qu’il figure, l'autre recueille des plantes qu’il classe et qu’il étudie.
Le travail du physiologiste est un travail solitaire : ses jouissances sont sans écho, comme ses travaux sans compagnons et sans collaborateurs; il trouve une compensation de cette solitude dans le plaisir d’étudier la nature vivante, et de distribuer en quelque sorte la vie chez le sujet de ses investigations, qu'il est libre de soumettre aux plus curieuses alternatives d’existence et de destruction.
Quant au botaniste classificateur, il a pour lui le plaisir du voyage et de la découverte, et le bonheur de partager de délicieuses impressions avec des amis de son choix. Mais, de retour dans son cabinet, il doit consacrer au matériel de la collection, et à des soins qu’il ne saurait confier qu’à lui-même, au classement, à la conservation, aux échanges, à la correspondance, uu temps assez considérable. Puis, l’instant de l'étude arrivé, il n'a sous les yeux que des piaules riches, il est vrai, de toutes leurs formes cl pourvues de tous leurs caractères, mais privées de vie, et rappelant de bien loin cette suave poésie qu'elles exhalaient dans les forêts et dans les champs.
Quoi qu'il en soit, je le répète, c'est avec bonheur, avec amour, que chacun accomplit sa mission. Aussi que de persévérance dans le travail ! que de désintéressement, que de dévouement à l'œuvre entreprise, qui vous appartient bien moins que vous ne lui appartenez vous-même! Il y a plus, j’ai la conviction que celui qui ne travaillequc pour la science, et qui n’attend d’autre récompense de scs travaux que la satisfaction du succès dans ses recherches, est plus heureux que celui qui a sans cesse les yeux fixés sur une récompense, même honorifique, placée au delà de son travail.
C’est, dans le premier cas, l’existence laborieuse, mais calme et satisfaite, du bénédictin, ajoutant chaque jour, durant de longues années, de nouvelles pages au livre qu'il médite dans le silence du cloître, d'où son nom ne doit jamais sortir. C’est aussi le dévouement des architectes des grands monuments religieux du moyen âge, dont la vie était usée par un travail ardent bien longtemps avant l’achèvement de la cathédrale, et qui, satisfaits d’avoir pu réaliser en partie du moins leurs poétiques et merveilleuses conceptions, en léguaient l’achèvement à leur successeur, en oubliant d’inscrire leur nom, même sur la pierre la plus obscure de l'édifice. En effet, la satisfaction puissante que vous font éprouver des travaux de cette nature est telle, que les jouissances d’amour-propre qui leur sont comparées peuvent paraître presque sans saveur, et que , satisfait de l'approbation d’un petit nombre d’initiés, quelque flatteuses que soient les distinctions honorifiques, on oublie de les désirer.
Si de semblables travaux ne portaient point leur récompense en eux-mêmes, et si le retentissement de la renommée chez les contemporains et la mémoire des générations devaient être considérés comme le but de tous nos labeurs.il est vrai de dire que ces travaux seraient bien inégalement rémunérés. — En effet, l’organograpbe expose souvent en peu de lignes le résultat d’un travail assidu et riche en heureux résultats, et ces quelques lignes passent souvent inaperçues, même d’un grand nombre de botanistes. Si cependant les faits et les doctrines exposées agrandissent notablement l’horizon de la science, ou modifient les idées