‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 11 sur 61 · VOM · texte numérisé non relu

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ptl^tffts oui nfifl 1# sunioa d« Fomemmcio el IHHir U aiéBie eaute qiie lonctli i ce 8od( Kioolao Girelgiiafto el loe âU Antonio. Ui oot Ira- T^Ulé tout deux tus grandes eompositiong dans r^sUse de Saint-Laurent-ia-Hamaso , à Eome. M îculao a en outre peint pour d'autres églises 4« cotte tUIo» et il fut même Jugé digne de participer k la décoration du Vatican. C'était un éléfo dot artistes iorentins. U était oé en 1516 fl noufiqt en 4|S8. Dict. sa la Coht.

POHi&ANU, ancien duché ainsi nommé du ahYon {pa wKMré, sur la mer)» et formant aujouré'hui^ a^ee quelques portions de la NouYelle- ■arel^e et de |a Prusse occidentale qui y ont été réunies, une province prussienne d'une superficie de S07 milles carrés géogr.^ avec une population de 913,906 babitants. £Ue eit bornée à Touest par le Heokiembourg, au sud parie Brandebourg, à l'est par la Pniise occidentale, et au ^erd par la mer Baltique, et divisée en trois dis- UiçU : Stettin, Stralsund et Kipslin. Une partie ^ babitants sont d'prigine allemande; les autrea sont des CassQubes qui ont une langue parlieuUére, et chei qui la servitude n'a été abolie quo sous Frédéric-Guillaume III. C'est un des pays les plus bas et les plus plats de l'AllemagDO : à peiife y trouve-t-op quelques collines d'une bauleur médiocre. Sur les bord^ de la Baltique, s'élèvent des dunes qui varient fréquem- BMUit de position. L'Oder forme au-dessous de Btettin une bigune appelée Z>am«isc^e See, et $e jette dans le Frisch-baff. La ^oméranie est eqcore arrosée par plusieurs autres rivières dont quelques-unes sont navigables. Le sol est en général sabloqpeyx et peu fertile, k l'exception de quelques cantons dans les environs de Pyritx et de Btargard, dans la Poméranie dtérieure et sur les bords des lacs. Ses principales productions aont les céréales et les légumes de toute espèce, le Uo, le cbanvre, le tabac et le bois. Ou exporte dos céréales, du lin, des fruits et du bois, des l»estiaux, du beurre, ^e la laine fine. Les murènes, les saumons, lei lamproies, les anguilles, etc., f6nt l'objet d'un commerce important. La Poméranie est pauvre en minéraux; cependanl on y trouve du fer qui est mis en œuvre dans les forges de TorgelovF. L'industrie y est d'ailleurs fort arriérée, sauf l'industrie iinière qui Iburnit de bonnes toiles à l'exportation. — f^oir âestorff, Description topographique de Ib Poméranie (Berlin, 1897).

La Poméranie ftdsait anciennement partie du royaume des Yénédes; mais dès 1069, elle eut ses ducs particuliers qui descendaient de Svanlibor, el dont le plus remarquable fut Bogislas X

ou le Grand. Le christianisme s'y introduisit, dans le xii* siècle, par les soins de l'évèque Oibon de Bàmberg. La ligne masculine des ducs de Poméranie s'éteignit, en 1637, dans la personne de Boleslas XIII, dont la fille Anna avait épousé le prince de Croy. En vertu d'un pacte de succession, l'électeur de Brandebourg aurait dû entrer en possession du duché ; mais les Sué« dois, qui avaient occupé la Poméranie pendant toute la guerre de trente ans, se firent céder^ par le traité de Westphalie, la Poméranie citérieure et l'Ile de RUgen. A la paix de Stockholm, on 1790, le roi de Prusse, Frédéric-Gulilaume I*», recouvra la majeure partie de la Poméranie suédoise, et moins de 100 ans après, Frédéric-Guillaume III se fit restituer le reste par les traités de 1616. Le Danemark, à qui la Suède l'avait cédé, reçut en échange le Lauenbourg avec une somme de 9 millions de thalers, et la Prusse paya en outre à la Suède 8 1/9 millions d'écus. GoifVsasATion's Lxxicor.

POMËEÉLIE (petite Poméranie ou Poméra* nie ultérieure), contrée située entre la Vistule, le Noteta , la Poméranie et la mer Baltique, et qui dépendait autrefois de la Prusse polonaise ou royale. Depuis 1779, elle appartient à la Prusse et feit partie de la province qui porte le nom de Prusse occidentale, où elle est divisée en deux régences, celle de Dantiig et celle de Marienvirerder. Ce fut seulement en 1708, que Bantxlg passa aussi sous la domination prussienne. X.

POIUIE, PoHHiiE. Le pommier est un arbre indigène de l'Europe, et qui se retrouve dans les autres parties du monde. Objet d'une grande culture dans les contrées privées de vignobles, il fournit à la fois de bons fruits pour la table, sur laquelle ils peuvent paraître avantageusement toute l'année, et une liqueur (le cidre) dont la France prépare annuellement plus de douie milUonsd'hectolitres, y compris la quantité convertie en eau-de-vie. — Les semis, et non la greffe, quoi qu'on en ait dit, ont multiplié considérablement les variétés du pommier, à tel point que d*une vingtaine de pommes qui furent connues des anciens, le nombre en a été porté à plus de deux cents, et ne doit pas s'arrêter là. Dans notre Traité du pommier, du poirier ei du cidre, publié en 1804, et surtout dans les Jrchivee normandes en 1826, nous avons signalé les variétés connues des anciens, celles qui figurent dans les Capitulaires de Cbarlemagne, et celles en beaucoup plus grand nombre que décrivirent en Normandie, dans le xvi» siècle, Julien de Paulmier et Jacquet de Gabaignes« La eullure

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du pommier et le pressurage des cidres ont été l'objetdepiusieurs ouvrages qu*ll serait trop long de citer ici. — Les pommes sont ou acides-sucrées, ou simplement acides, ou douces-sucrées, ou amëres, ou acerbes. Les premières et les troisièmes figurent sur nos tables, surtout les acides-sucrées, telles que les reinettes, dont on prépare des gelées, des sucres de pommes, des compotes, des charlottes et autres préparations; pour le raisiné, on préfère les douces à chair ferme. Les meilleures pOur donner un cidre agréable, généreux et de bonne conservation, sont les amëres, mélangées d*environ un tiers de douces.— Le cidre, et par conséquent la culture du pommier, remonte à une haute antiquité. Saint Jérôme atteste que ce breuvage fut connu des Hébreux; d*après les récits du naturaliste Pline et de Diodore de Sicile, les Romains estimaient beaucoup les pommes qui provenaient des Gaules; TertuIIien et saint Augustin parlent du cidre des Africains. Dans les Capitulaires de Charlemagne, il est question des fabricants de cidre et de poiré. A Tépoque du xii* siècle, le moine Tortaire et Thistorien-poete Guillaume le Breton citent dans leurs vers latins les cidres de la Normandie. La liqueur des pommes a été chantée par plusieurs poètes, en latin parEchlin en 1602, par Tbert et du Hamel en 1712; en anglais par Philips en 1706. Yanière ne Ta pas négligée dans son Prœdium rusticum, niCastel dans son élégant poème des Plantes, Ce dernier, né en Normandie, fait très-bien valoir les avantages de la culture du pommier dans ces vers qui terminent sa tirade : il s'adresse à la pomme, et dit :

L'arbre qai te produit n'occupe pu uni cesM

Les mains du laboureur autour de sa faiblesse :

U se suffit lui«rojine, et ses bras vigoureux

Savent bien sans nos soins porter leurs fruits nonbreaz.

C'est l'amt de Citèê : k l'abri de sa tête

Les ^pis fortune méprisent la tempête,

Et dans le même cbarop une double moisson

H ous donne l'aliment auprès de la boisson.

On pourrait étendre la citation des vers dont Tobjel est Péloge de la liqueur qui inspira Jean Marot, Malherbe, les deux Corneille, le Poussin, Fontenelle et tant d*autres hommes illustres, dont Timagination brillante ne fut certainement pas inférieure à celle des hommes du Midi, plus favorisés de Bacchus. — Un de nos plus célèbres Normands, Bernardin de Sa int- Pierre , donne ainsi, dans une ingénieuse fiction, Toriglne des pommiers de sa province : « La belle Thétis , dit-il, jalouse de ce que, à ses propres noces, Vénus eût remporté la pomme, qui était le prix

de la beauté, sans qu*on Teût admise à la con' currence, résolut de s'en venger. Un jour done que Vénus, descendue sur cette partie du rivage des Gaules, y cherchait des perles pour sa parure et des coquillages pour son fils, un triton lui déroba sa pomme, qu'elle avait mise sur un rocher, et la porta à la déesse des mers. Aussitôt Thétis en sema les pépins dans les campagnes voisines, pour y perpétuer le souvenir de sa vengeance et de son triomphe. Voilà, disent les Gaulois celtiques, la cause du grand nombre de pommiers qui croissent dans notre pays, et de la beauté singulière de nos filles. » On sait aussi quel rôle la pomme joue dans l'histoire. Pour éviter les frais qu'occasionnaient les noces, Solon ordonna que les nouveaux époux ne mangeraient qu'une pomme avant de se mettre au lit, la première nuit du mariage. Après la récolte des pommes, les Béotiens en offraient quelquesunes à Cérès : ils les laissaient plusieurs jours dans le temple de la déesse, et les portaient ensuite dans leur maison, où elles se conservaient toute une année. On avait fait présent de belles pommes à Alexandre, auquel elles furent servies dans le repas funeste où il assassina Clytus. Lorsqu'il se fâcha contre cet infortuné ftivori, il lui lança une de ces pommes pour l'engager à mettre fin aux propos qui l'importunaient. Clytus ne sut pas profiter de l'avertissement de son royal ami, et le coup de javelot suivit de près le coup de pomme. Si les traditions mythologiques parlent de quelques pommes fameuses qui ont joué un grand rôle dans les religions anciennes, et qui n'ont pas manqué d'inspirer une pieuse aversion, l'histoire aussi cite deux princes, l'empereur Constantin et Ladislas-Jagellon , roi de Pologne, qui avaient conçu une vive répugnance pour le fruit qui causa la ruine de Troie, qui séduisit Atalante comme il avait séduit Eve, et qu'Hercule eut tant de mérite à ravir au jardin des Hespérides. Louis do Bois.

Pomme de terre, parmentière {$olanum tuberosum), de la famille des solanées. Cette plante doit son nom aux gros tubercules, plus ou moins arrondis ou allongés, que produisent ses racines ; elle présente une tige creuse, anguleuse, haute de un à trois pieds; ses feuilles sont pinnées et décurrentes, à folioles ovales, entières et velues en dessous; elle porte des fleurs en corymbe, sur des pédoncules droits et velus : ses fleurs sont ou blanches, ou d'un blanc gris entremêlé de rouge, ou violettes, selon les variétés. — Originaire de l'Amérique, la pomme de terre fut apportée en Europe vers le milieu du xv« siècle ; les Espagnols la trouvèrent cultivée dans

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1« haut Pérou , et la transportèrent dans leur pays; Tamiral anglais Walter Raleghen rapporta de rAmérique septentrionale en 1585. A partir de cette époque la pomme de terre se répandit dans toute TEurope, non sans difficulté toutefois. Bes préjugés at)surdes empêchèrent longtemps d*apprécier à sa juste valeur cette précieuse ressource ; c'était pour beaucoup un aliment dangereux ou au moins grossier, à peine bon pour les bestiaux. Les choses en étaient à ce point, yers la fin du siècle dernier, lorsque Parmenlier commença une suite de travaux théoriques et pratiques pour ramener à la culture de la pomme de terre. II fut assez heureux pour triompher des préjugés, et tout le monde fut convaincu des avantages de cette culture. En effet, quelle autre plante, d*un rapport aussi alK>ndant, produira 28 pour cent de fécule?... Ce rapport de la fécule aux autres éléments constituants n*est pas fixe, on le prévoit bien; il varie nécessairement selon les variétés, selon les années et la nature du terrain. Vauquelin a constaté que les plus riches sont : Vorphetine, la décroizUle, Voxnoble, la petiie-hottande , la tardiffe-ardenne, la brugeoise, la jaune-harieoi, la gélingen, la betle-ochreusey la long-brin. Toutes lui ont donné plus de cent grammes de fécule sur cinq cents de pulpe brute.— L'extraction de cette fécule est d'ailleurs une opération fort simple : elle peut s'obtenir par la gelée, par la fermentation acide ou par le déchirement du parenchyme lavé à grande eau. Dans ce dernier procédé, qui est le plus usité, on râpe les pommes de terre, on lave leur pulpe à grande eau. te mélange est ensuite jeté sur un tamis sur lequel reste la pulpe, et l'eau entraîne la fécule, qui se dépose en peu de temps. Bien desséchée, elle se conserve indéfiniment {vox; pour plus de détails, l'article Féccle). Nous ne pouvons énumérer ici toutes les variétés, les unes blandies ou jaunes, les autres rouges ou violettes, mais pourtant bien distinctes, puisque, rondes, longues ou plates, elles se reproduisent chacune avec ses caractères propres. Les principales lont : la grosse blanche tachée de rouge (pomme de terre à vaches, rustique), la blanche longue (blanche irlandaise), la Jaune ronde aplatie, la rouge oblongue^ la ronge longue^ la rouge ronde, la violette hollandaise, la petite blanche chinoise, la rouge à corolle blanche.

Culture des pommes de terre. Les terres compactes et argileuses leur conviennent peu, elles se plaisent surtout dans ies sols siliceux riches en humus; elles veulent avant tout un milieu meuble où leurs tubercules se développent

à l'aise. Lorsque le terrain a été préparé par des labours profonds, on y place la semence dans un trou fait avec un plantoir, ou bien dans une fossette pratiquée à la houe, ou enfin dans un sillon tracé à la charrue. Cette dernière méthode est la plus expéditive et par conséquent la plus économique. Une seule pomme de terre de grosseur moyenne suffit pour former un pied. Comme ces tubercules craignent la gelée, il est bon de ne les planter qu'après les froids, depuis avril jusqu'en juillet. Lorsque les tiges ont atteint quelques pouces de hauteur, un sarclage les débarrasse des mauvaises herbes; puis, un peu avant la floraison, le bultage à la houe ou à la charrue accumule la terre autour de chaque pied et l'ameublit. Des cultivateurs ont constaté que cette dernière opération augmentait la récolte de près d'un tiers, et que, pour hâter la formation des tubercules, pour en augmenter la grosseur, il suffisait de pincer le sommet des tiges à cette époque. Il est un moyen simple de se procurer des pommes de terre dans les villes : il suffit de déposer dans la cave, sur une couche de sable et de terre ordinaire, des pommes de terre bien saines; elles germent, se développent et donnent naissance à de nouveaux tubercules qui acquièrent une saveur égale à celle des racines recueillies dans les champs. (Voy. Traité des plantes' usuelles,) — On peut encore multiplier la pomme de terre de boutures, de marcottes et de semis; les semis sont nécessaires pour renouveler les espèces auxquelles on tient lorsqu'elles s'allèrent ou s'abâtardissent. Au temps de la récolte, vers novembre, le cultivateur en possession de produits abondants doit aviser aux moyens de les conserver : il laisse d'abord sécher sur le champ, pendant un ou deux jours , les pommes de terre arrachées, puis, si la place manque dans les bâtiments de la ferme (grange, cellier, grenier), il les entasse dehors en les enveloppant de paille longue recouverte de terre, ou bien il pratique dans le sol une fosse proportionnée à la quantité des pommes de terre; il la tapisse de paille sur toutes ses parois, et y dépose sa récolte, qu'il recouvre comme les parois intérieures. — L'usage des pommes de terre sera désormais l'obstacle le plus efficace au retour de ces disettes affreuses qui ont désolé plusieurs fois les plus belles contrées de l'Europe : mangées seules, elles remplacent le pain; mêlées aux autres substances ou végétales ou animales dont Thomme se nourrit, elles amènent une notable diminution dans la consommation des céréales. Cuites sous la cendre ou à la vapeur, dans une marmite au

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fond de laquelle on met de Teau en ébuUition, elles fournissent au pauvre un repas substantiel et agréable; soumises à la fermentation, elles donnent une eau -de -vie d*un goût agréable. Enfin, pour nos animaux domestiques, elles peuvent, crues ou cuites, remplacer en totalité ou en partie les autres végétaux. « Un boisseau par jour, dit Bosc, avec le foin qu'on jette dans le râtelier, nourrit très-bien les bœufs destinés à la boucherie; il en faut un peu moins pour les vaches, qui alors donnent du lait en abondance ; cette nourriture soutient également les chevaux à la charrue; elle est convenable aussi pour les moutons à Tengrals, pour les boucs, les chèvres, qui profitent beaucoup, pour les cochons et les oiseaux de basse-cour ; les poissons même s*eo nourrissent, il suffit de la leur jeter en boulettes dans les étangs et les viviers. » P. GiLCBBET. PoxMX s'emploie dans plusieurs acceptions figurées et proverbiales. La pomme d'Jdam est la grosseur qui parait au nœud de la gorge. La pomme de discorde se dit d*un sujet de division entre plusieurs personnes. Donner la pomme à une femme, c'est juger qu'elle l'emporte en beauté sur d'autres. Ces deux dernières acceptions font allusion à la célèbre pomme adjugée par Paris, et qui mit la discorde entre Junon, Mirierve et Vénus, f'o/. Paus.

Po»E DE PIN se dit du fruit que produit cet arbre (voy. P»).— La pomme de chêne ou nois de galle {vox» Galle), est une excroissance en forme de boule produite sur les feuilles du chêne par la piqûre d'un insecte. — On nomme aussi pomme d'églantier une excroissance velue produite sur les branches du rosier sauvage par la même cause. — La pomtne épineuse est le fruit du stramonium, plante de la famille des solanées, à feuilles larges et à grandes fleurs blanches. Ce fruit consiste en une capsule grosse comme une noix et hérissée de pointes aiguës. Elle croit dans les endroits sablonneux, les chemins, etc. C'est nn des poisons narcotiques les plus dangereux. — La pomme d'amoUr ou tomate est une espèce de morelle, aux fruits d'un rouge vif, dont le suc, légèrement acide, sert à faire une certaine sauce {vox» Tomate).— Pomme se dit aussi des feuilles des choux et des laitues quand elles sont compactes et ramassées : chou pommé, laitue pommée. On appelle vulgairement fOu pommé, sottise pommée, un fùu achevé, une sottise complète.

Pomme désigne divers ornements de bois, de métal , etc. , faits en forme de pomme ou de boule : une pomme de lit, de chenet, une canne à pomme d'or. — La pomme de pin est une

imitation flréquente, par la statuaire antique, dii fruit de cet arbre. On en voit sur beanedup de bas-reliefé orner Textrémité des thyrses qui d4corent les frises. Elle a été employée toute seute dans les angles des plafonds, des corniclief doriques et logiques* On s'en est servi encore povt couronner les couvercles des vases et pour IV mortissement des édifices eireulaires qui se lerminaient par une couverture voûtée; mais lo plus notable exemple de remploi de la pomwtè de pin comme ornement et eouronnement d*iui édifice est celui du mausolée de rerapertnr Adrien. D'après les plus sûres indieatioM, et 4n sa masse qui est encore eaiière^ et des restes nombreux de colonnes dont on l'a dépouillé, ce mausolée devait se terminer par une coupole aplatie que surmontait la pomme de pin celos* sale, en brome, qui est aujourd'hui placée à l'extrémité d'une cour du Vatican, et au sommel de la double rampe d'un escalier en avant de la grande niche du belvédère.

Pomme a différentes acceptions en marine. La pomme d'un mftt est une boule de bois, de forme aplatie , qui surmonte chaque mAt d'un navire. La pomme de la girouette, une pomme dans laquelle passe le fer de la girouette ou le paratonnerre ; elle est plate, ronde, enviroiméo^ d'un cercle de métal pour la consolider. Il exista encore à bord des vaisseaux des pommes de ni* cage, des pommes gougées, des pomwMs de tournevire, d'étai, de tirevieille, dont la des* cription ne saurait être Intéressante que pour les hommes du métier. Dnt. bb la Cobv.

POMMEREUL ( FEARÇots-EEHÉ-jEAR bb ), officier général , né à Fougères en 174S, mort en 1833, servit d'abord en Corse, fut envoyé par Louis XVI dans le royaume de Naples pour y organiser l'artillerie, reprit du service en France après le 18 brumaire, et fut, sous l'empiro, pré* fet, puis conseiller d'État et directeur de la librairie. On a de lui, entre autres ouvrages : Histoire de Corse ^ 1779 ; Fues sur V Italie M Malte, 1797; Campagnes du §iméral Borna* parte en Italie, 1797. Il a coopéré à VEnçfclopédie méthodique et à d'autres grands recueils. BOOILLET.

POMOLOGIE, connaissance et culture des arbres fruitiers, f^o/. ce dernier mot, GBBrrB, Cu^ TCBE, Taille, etc., ainsi que Pohhibb, Poibibb« Ceeisier, Peubieb, PftCHEB, ctc. ^ Foir Duhamel, Traité des arbres fruitiers. Paria, 1768, 3 vol. in-8o. X* POMONE, déesse des firuits, ainsi que Vertumne son époux, fut originaire d'îtruria : a Elle vécut, dit Ovide, au temps de Procai, qjd

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tenait soqs ses lois la nation environnant le mont Palatin. Parmi les hamadryades du pays lAtin, aucune ne cultivait les Jardins avec plus d'adresse, aucune ne soignait avec plus d^amour les Jeunes arbrisseaux. Ce ne sont point les fo« rets ni les fleuves qu'elle aimait, ce sont les vergers aux rameaux fructueux. » Cesl de là qu'elle tire son nom : de pomum (fruit). Belle, fraîche et Jeune, et cependant, comme déesse de la fructification, ayant une gorge puissante, elle était rolijet de la passion des pans, des faunes, des latyres, de Priape surtout, et même du vieux Sylvain, dont les yeux à la vue de la nymphe sV nlmaient de tous les feux de sa Jeunesse passée. Mais la nymphe n'avait de passion que pour ses vergers : une haie épaisse et élevée Ty défendait contre toute amoureuse attaque. Yertiunne seul« qui, ainsi que le raconte Properce,

BdbcbI âta combat!, «t ni dans l'Étrvrla, A ipâtU «au rcgrat «on andqve patrie,

tat le plus assidu, et surtout le plus tendre de ses adorateurs. Os dieu, comme Tindique son nom, ayant la puissance de se convertir en mille formes diverses, après en avoir épuisé un grand nombre pour séduire Pomone, prit enfin celle d'une vieille. Sous cette apparence rassurante pour la pudeur, il étala, pour capter le cœur de h nymphe insensible, toutes les fleurs de la morale érotiqne, dont la dernière fut celle-ci i « Vois cet orsse près de nous, vois ces immenses rameaux chargés de grappes aux grains enflés de nectar d'une vigne qu'il s'est associée pour eompagne. 81 ses pampres ne couvraient pas soB tronc soliUire, il n'offrirait rien à cueillir qee des feuillages, et si cette vigne ne se fût pas mariée à cet orme, sur les bras dufoel elle repose, elle languirait coochée sur la terre. Enfin, Yertumne, en dernier ressort, ■e craignit pas de jeter quelque vague terreur dans rftme toute neuve de la nymphe des vergers. Il lui raconta la légende d*Anaxarète, dont les froids mépris forcèrent Ipbis son amant à se pendre, et dont Vénus vengea la mort funeste en changeant l'insensible en une roche éan conuie le f^. Celte légende s'accomplit i Salamine de Cypre, bâtie par Teucer, fils de Télanon : Inaxarète était du sang de ce héros, et Iphis d'une obscure naissance. La nymphe d'Étrurie céda aux raisonnements poétiques de la vieille. Vt combien n'en fut-elle pas ravie, lorsfue Vertnmae, reprenant sa forme divine, parut è ses yeux dans sa florissante Jeunesse ! elle le rafut e« rougissant dans ses bras, et l'appela à

jamais son époux : depuis ce temps, ils ne purant se passer l'un de l'autre. Ils ornèrent à Tenvi de beaux Jardins le sol de la riante Italie, et lui lé* guèrent les fruits délicieux qui naissent aujour* d'bui de son sein. L'empire des vergers leur fut dévolu parles Romains. Pomone symbolisait chex eux la fructuation : elle eût souri au nom charmant de notre mois républicain fructidor, Pomone et Vertumne avaient un temple et de communs autels k Rome : le prêtre de la premièro s'appelait flamen potnonaliê. C*est à tort que des antiquaires mythologues sans goût confondent Pomone, simple, rustique, naïve, avec NoKia, déesse étrusque aussi, mais qui n'était, pour ainsi parler, qu'une figurine de la grande figure de l'impérieuse déesse d'Antium, la Fortune, et qui^ comme déesse capricieuse et cruelle, portait des clous de diamant. Nortia était donc la petite FoKune. On représentait Pomone éternellement jeune, avec un frais sourira, une gorge un peu fbrte, une robe longue, tombant en plis légers, dans le giron de laquelle elle a recueilli des rameaux chargés de fruits vermeils; quelquefèis elle les tient dans sa main charmante, ou elle s'en est fait une couronne parfumée autour de la tète. Elle porte parfois aussi dans sa main une corbeille pleine de fruits de nos climats, des grappes mûres avec leurs pampres, ou bien une corne d'abondance. La pomme, qui lui a donné son doux nom, dont la fûrme arrondie est si gracieuse, et dont un côté a Téclat du vermillon et de rauUre la douce teinte de Tambre, est son fruit de prédilection. Dans sa patrie, les Étrusques la couronnaient de myrte sans bandelettes. Quelques monuments antiques la représentent nue. Là, ce nous semble, les artistes, ont commis un contre-sens : c'eût été bon pour figurer TÉté, encora Cérès est-elle toujours vêtue. Les regards de Pomone sont nécessairement tournés vers la saison de Thiver, auquel elle dérobe ses fruits. Elle doit donc être habillée, mais légèrement : c'est un avis aux peintres et aux statuaires. Derii b-Baror.

POMOTOU. f^ox. Darobebux (archipel).

POMPADÛtIR (JBAIflIB-AlITOIRBTTB POISSON,

marquise db), née à Paris en 1720, suivant la plupart des biographes, et en 1723 suivant Soulavie. Son père, François Poisson, était employé dans l'administraiion des vivres des armées. S'il faut en croire les mémoires du temps, il n'avait conservé son modeste emploi, et n'avait échappé à des poursuites rigoureuses que par l'intervention des protections que sa femme s'était ménagées dans la haute finance. Le Normand de. Tourneheim, fumier général, s'adjugea les hon«

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neurs d*une paternité fort équivoque, et fit élever la petite Jeanne comme sa fille. Elle était née artiste. D*habiles maîtres secondèrent ses heureuses dispositions, et ses brillants progrès dans la musique, la déclamation, le dessin et la gravure sur cuivre et sur pierres fines, surpassèrent toutes les espérances. A ces talents précieux, elle réunissait une figure charmante, à la fois belle et jolie, une tournure parfaite, beaucoup d*esprit, et Part de se mettre avec un goût exquis. Elle faisait les délices de la société brillante qui fréquentait les salons du riche financier. Jeanne Poisson se vit entourée de prétendants : ce n*était plus la pauvre fille d*un petit commis, mais Tenfant d'adoption d'un fermier général. Le jeune le Normand d*Étio1es, son neveu, demanda etobtint la main de M^^* Poisson. Il aimait, et n'était pas aimé, c'était un double malheur. Jeune, d'un extérieur agréable, homme d'esprit d'une régularité de mœurs alors inconnue à la cour, et très-rare dans la haute finance, il avait pour sa femme toutes les prévenances, tout le dévouement de l'amant le plus passionné. Sa fortune était considérable, et celle de son oncle lui était assurée. Son épouse lui devait tout. Mais, environnée d'hommages et de séductions, elle oubliait qu'elle était épouse et mère; et l'infâme veuve Poisson lui avait sans cesse répété qu'elle était un morceau de roi. Le vieux le Normand deTourneheim devenait, peutêtre à son insu, le complice de cette femme. Htae d'Étiolés rêvait le même avenir. Elle réunissait dans ses salons toutes les illustrations de la cour et de l'Académie; elle avait appris à apprécier les unes et les autres; et c'est sans doute à ses relations intimes avec les poètes, les artistes et les philosophes de son temps qu'elle doit les sympathies pour les savanls,qu'elle protégea quand elle fut parvenue à cette haute position qui avait été le rêve de sa jeunesse. — La dernière des trois sœurs Mailly, qui avaient été successivement les favorites de Louis XV, H«e de Châteauroux, n'était plus. La place était vacante, et M(no d'Étiolés n'eut plus qu'une pensée qu'un ambition, celle de succéder à M™« de Châtauroux. Elle fut puissamment secondée dans son projet par Binet, son parent, valet de chambre du roi, et agent secret de ses plaisirs. Binet indiquait à sa belle parente les jours, les heures et les lieux de chasse du roi, ses promenades ; il l'introduisait au château les jours de grand couvert, M'"« d'Étiolés ne négligeait rien pour fixer l'attention du monarque par l'élégance recherchée de sa toilette et de son équipage. Elle se trouvait partout sur son passage. Louis XY, blasé, n'avait

pu être fixé par aucune des beautés que lui avaient fourni la cour et la haute magistrature, et la place de M»* de Châteauroux n'était pas remplie. M«« d'Élioles en eût été pour ses frais de coquetterie et ses courses; ses agaceries n'eussent obtenu aucun résultat, si l'officieux Binet ne l'eût rappelée au souvenir du roi. Un soir qu'il allait se mettre au Ut, il dit à son valet de chambre qu'il était fatigué de voir toujours de nouveaux visages, sans trouver une seule femme à laquelle il pût s'attacher. Binet, enhardi par cette confidence, parla d'une personne bien digne de lui pl9ire; mais elle était sa parente; elle était mariée. Elle était éperdument amoureuse du roi, mais singulièrement attachée â ses devoirs. Il rappela au roi une dame qu'il avait souvent rencontrée dans ses chasses au bois de Senart. L'ordre de lui procurer un entretien avec cette belle dame fut le dernier mot du roi. H'°« d'Étiolés fut exacte au rendez-vous. C'était le soir. Le lendemain matin le roi la renvoya, comme il avait renvoyé M"* de Lauraguais, la présidente du Portail, et tant d'autres, qu'il ne revit plus. — Cependant, 1II°>« d'Étiolés, ivre de bonheur, attendait avec Impatience un second rend«z-vous; elle se croyait sûre de son triomphe. Un mois entier s'écoula sans que le roi lui eût donné un souvenir. Enfin, dans une de ses causeries intimes, mais toujours vagues, il s*avisa de demander à Binet des nouvelles de sa parente. Elle ne fait que pleurer, dit l'honnête valet, elle n'aime S. M. que pour elle-même, et nullement par ambition ni par intérêt ; sa position est brillante, sa fortune est considérable. Sans son amour pour S. M., elle serait heureuse : « Eh bien ! si cela est, dit le roi, je serai charmé de la revoir. i> Ce second rendez-vous fut décisif, et M«« d'Étiolés ne coucha plus à son hôtel. Ses fréquentes absences étonnèrent son mari, qui ne larda pas à en apprendre la cause. Il aimait sa femme; il ne négligea rien pour la ramener à ses devoirs. Menaces, prières, tout fut ftautile. L'épouse infidèle cessa de se contraindre et courut chercher un asile à Versailles. M. d'Étiolés reçut l'ordre de se rendre à Avignon, et de ne pas en sortir. Une fièvre ardente mit ses jours en danger. Enfin, rendu à la santé, à la raison, il demanda etobtint la permission de revenir à Paris. Il finit comme tant d'autres. Les plus hauts emplois dans les finances lui furent prodigués; sa fortune s'accrut de 400,000 liv. de rente; il obtenait tout ce qu'il demandait pour lui et ses amis, évitait par ordre tous les lieux où pouvait se trouver son épouse. Il n'existait plus entre eux que des relations épistolaires, et la commn-

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nauté de nom, qui cessa bientôt. H"« d^lioles fut titrée marquise de Pompadour : c^élait le Dom d*une ancienne famille noble du Limousin, dont le dernier héritier mâle était mort en 1710. Sa mère mourut peu de temps après; son père, qui avait obtenu sa grâce avant même qu^èlle fût déclarée favorite, vécut obscur et tranquille, ^ans regret du passé, sans souci de Tavenir. Les grandes dames n^avaient pu sans dépit et sans Jalousie se voir préférer une femme de finance, one petite bourgeoise. La favorite leur ouvrit ses salons, et les plus irritées s*empréssèrent de grossir sa cour; elle comprit que le seul moyen de retenir le roi était de le distraire, de Tarracber à ses préoccupations ; il aimait les réunions intimes; les exigences de Tétiquettelui pesaient. Chaque soir fut marqué par un petit souper, chaque Jour par un concert, une partie de chasse. Alors commencèrent les spectacles des petits cabinets. M°>« de Pompadour choisit les acteurs, ks actrices et les premiers danseurs et chanteurs parmi les notabilités de la cour. Des théâtres s*élevèrent dans les châteaux de Yersailles, de Bellevue. M»« de Pompadour Jouait les principaux rôles dans la comédie et Topera. £a troupe, dont ■»cde Pompadour était la directrice, fit Tou vertore, le 90 décembre 1747, parle Mariage fait et rompu, comédie en trois actes, de Dufresny, et par le ballet d'Ismène. La favorite débuta, le 80 du même mois , par le rôle de Lise dans la comédie de l'Enfant prodigue, et celui de Zénéi'de dans la petite pièce de ce nom. Ces spec* tacles se continuèrent sans interruption les hi- Ters suivants jusque vers le milieu de Tannée 1755. Ces fêtes, ces spectacles, ces concerts, ces petits soupers, ces voyages dans les résidences royales , ces revues, ces plaisirs si brillants, si ▼ariés, fatiguaient le roi sans le distraire. Il paraissait moins empressé auprès de la favorite. Au risque de compromettre sa santé, elle s^était imposé an régime violent , et se nourrissait de chocolat fortement vanillé. Le docteur Quesnay parvint à Ty ftiire renoncer. Louis XV aimait le changement, mais il était retenu par Thabitude. La maréchale de Mirepoix le connaissait bien : « Cest votre escalier, disait-elle à M»* de Pompadour, que le roi aime, il est habitué â le monter et à le descendre Mais, s*il trouvait une autre flemme à qui il parlerait de sa chasse et de ses affiires, cela lui serait égal au bout de trois jours. » La favorite s'inquiétait peu des fréquentes infidélités du prince, elle avait vu sans Jalousie liu« de Romans et d'autres maîtresses du prince. Elle ne redoutait que les grandes dames. Km de CoiiliD Taurait supplantée si eDe ne se

fût perdue elle-même par sa maladresse. Le roi en était fort amoureux ; mais, au lieu d'exciter d'entretenir les désirs du prince, elle se livra contm^ une fille, et fut quittée de même. — M»« de Pompadour se résigna au rôle modeste, mais plus sur, d'amie nécessaire. Elle se fit ministre. Ses relations avec les hommes d'État lui avaient appris quelques mots de la science politique. Louis XV la crut fort habile, et le conseil des ministres' se rassembla dans l'appartement de sa maltresse. Les affaires les plus importantes de l'Eut et de l'Europe se décidèrent dans un boudoir. Le choix des ministres, des ambassadeurs, des généraux, dépendit d'un caprice de femme; Tabbé de Bernis, favori de la favorite entra au conseil. La diplomatie étrangère exploita à son profit la circonstance. Le premier ministre de Marie-Thérèse détermina cette princesse à sacrifier sa fierté aux exigences de sa position, et Timpératrice-reine écrivit à M"« de Pompadour, en l'appelant ma cousine. Ce mot bouleversa la tête de la favorite, et changea le système politique de la France. Le honteux traité de 1756 mit à la disposition de l'éternelle ennemie de la France ses trésors et ses armées. Ce traité était Touvrage de Tabbé de Bernis qui en eut honte et n'osa pas en accepter la solidarité; il devait à M»» de Pompadour sa prodigieuse élévation, mais elle l'avait fait trop puissant pour qu'il ne fût pas ingrat. S'élant montré moins complaisant et moins docile, il fut remplacé par Choiseul, dévoué à la maison d'Autriche, dont il était né sujet. A des traités honteux succédaient de honteuses défaites ; et la déroute de Eosbach ne fut que la déplorable conséquence du mauvais choix des généraux. Une intrigue de femme avait fait remplacer d'Estrées par Soubise. La dilapidation scandaleuse du trésor public était le moindre des malheurs de la France. Cette funeste influence des femmes sur le gouvernement date de François I«r. Depuis Diane de Poitiers jusqu'à la Dubarry, on ne peut citer que de rares exceptions. Mais les ministres dont les favorites n'ont été que les instruments sont plus coupables qu'elles. Il n'a manqué â Louis XV que de sages conseillers pour lui épargner toutes les fautes de son règne. M"» de Pompadour a été traitée par les historiens plus sévèrement que la veuve de Scarron. Celle-ci protégea les jésuiJes, proscrivit les protestants , provoqua la révocation de Tédit de Nantes, et tous les malheurs qui en furent la funeste conséquence. M»»» de Pompadour encouragea les arts, les lettres, les sciences, protégea les philosophes, et soutint de son puissant patronage iVeuvre des encyclopédistes.

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Elle contribua à Texpulsion des jésuites. Elle dut avoir pour antagonistes tous les partis qu*avait soutenus M»* de Maintenon. Moins coupable qu*elle, elle a été plus sévèrement Jugée. Il est focile dans une condition privée de conserver ses gotfts, ses qualités ; mais, quand on peut tout ce qu*on veut, quand les passions ne rencontrent aucun obstacle, on se sent entraîné par un vertige inévitable, irrésistible; il n*est point de vertu humaine à Tépreuve des séductions d*un pouvoir sans limite et sans contrôle. Nos moBurs politiques, nos institutions, nous garantissent de ces fléaux qui ont fait la honte et le malheur des siècles qui ont précédé le nôtre. M»« de Pompadour s^amosait à donner des sobriquets aux ministres qu'elle afiFèctionnait : elle appelait Moras son gro8 cochon, Paulmy d*Argenson sa petite horreur, et le cardinal de Bernis son pigeon pattu. La Dubarry traita depuis avec la même femiliarité les grands seigneurs ; et un noble duc ne se faisait annoncer chez elle que sous le titre de êapnjou de M»^ la comtesêe. — Les historiens contemporains ne sont point d*accord sur les portraits qu'ils ont faits de M»« de Pompadour, que Ton ne peut comparer à celle qui lui a succédé que sous le rapport des sommes énormes qu*elle a coûté k rÉtat. Il y a de la Pompadour à la Dubarry toute la distance qui sépare une bourgeoise spirituelle et de bonne compagnie d'une grisette parvenue et du plus mauvais ton. M. de Lévis refuse à M»* de Pompadour une figure expressive. Il est démenti sur ce point par tous les auteurs contemporains. — L'abbé Soulavie, que l'on accusera peu de flatterie, et qui a tracé d'une manière sévère le tableau de sa vie politique et privée, l'a peinte ainsi dans ses belles années : « Outre les agréments d*uiie belle figure, pleine de vivacité, dit-il, M»» de Pompadour possédait encore au suprême degré Fart de se donner un autre genre de figure ; et cette nouvelle composition également savante était un autre résultat des éludes qu'elle avait faites des rapports de son Ame et de sa physionomie. Ce ton langoureux et sentimental qui plait à tant d'individus, ou qui plaît au moins dans beaucoup de circonstances à tous les hommes sans exception, M»«-de Pompadour savait le créer, le manier et le reproduire au besoin, au point qu'elle avait ce qu'on a le moins à la cour, et ce que Pécriture appelle le don des larmes; mais, ce don, la dame ne l'avait que comme les comédiens habiles en présence d'un public observateur de l'impression qu'ils éprouvent. Louis XY, A cet égard, était la piil>llidaM«*de fioapadoor. Ge«aMBl4oBe poi-

vait résister à l*empire d'une telle comédienne un roi nul et apathique, quand cette femme était, suivant les circonstances , ou même à son gré, belle et jolie tout à la fois... Ces différents caractères étaient, au besoin, les variétés de son visage; elle était à volonté superbe, impérieuse, calme, friponne, lutine, sensée, curieuse, attentive, suivant qu'elle imprimait à ses regards, sur ses lèvres, sur son front , telle inflexion ou tel mouvement, si bien que, sans déranger l'attitude du corps, son visage était un parfiit Protée. » — Elle se multipliait pour plaire à son royal amant; elle se travestissait, suivant les circonstances , en jardinière, en sœur grise, en fermière, en princesse. Ses lèvres étaient pâles et flétries, suite de la triste habitude qu'elle avait

contractée de se les pincer et de les mordre

Ses yeux étaient châtains et brillants, ses dents très-belles, ses mains parfaites... Elle avait inventé des négligés que la mode avait adoptés* et qu'on appelait les robes â la Pompadour, dont les formes, semblables aux vestes turques, pressaient le cou, étaient boutonnées au-dessus dn poignet, adaptées â l'élévation de la gorge, collantes sur les hanches, et dessinaient la taille : costume coquet que Mt^* Mars a reproduit dans La suite d'un bal masqué, et que d'autres ae* trices ont imité. — Sa beauté n'eut qu'un éclat passager. Elle avait vieilli avant le temps , et ne pressentait que trop sa fin prochaine. Sa maladie fut longue et douloureuse ; et si ce fut un poison, comme on le disait d'avance, il fût bien lent. Louis XV vit passer son convoi avec indifférence. L'événement le pkis funeste de la vie de M"« de Pompadour, et qui eut le plus dlnfluence sur le dépérissement de sa santé, fut la moK de sa fille Alexandrine, dont elle avait rêvé le mariage avec le duc de Fronsac ; le refus humiliant qu'elle essuya de la part du père de ce jeune seigneur dut lui apprendre la juste valeur d'un dévouement de courtisan. Elle aimait sincèrement son frère, qu'elle fit marquis de Marigai et surintendant des bâtiments; le grand seigneur improvisé sut du moins justifier son élévation par son zèle pour les progrès des arts, et se concilier l'estime et la reconnaissance des grands artistes de l'époque.— Son testament et son codicile ont été publiés par Saulnier^ la suite des anecdotes de sa vie. Elle avait nommé le prinee de Soubise son exécuteur testamentaire. Son cabinet se composait d'une riche et précieuse collection de livres, de tableaux, de pierres gravées et de curiosités rares. Elle mourut le 16 avril 1764, â l'âge de 44 ans. On a remarqué que le mois d*Avhl avait été IMal aux mallvesseaëaf

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ffoii 4e fraiieê. plane de Poitiers, favorite et François !«* et et son ils, Henri II, était morte le 96 àe ce mois ; ftabridle d^Istrées, maîtresse d*Heari IV, leO; H*" de Haintenon , le 15. — ■"M de Ponpadour, éloignée de la cour, lors de rattcDtat de Damiens, comme H»* de CliateaurouK lors de la maladie du roi à Mets, avait été fhi* heureuse que cette dernière ; son absence n*avaU été qu^un court interrègne, et elle avait bientôt reconquis tout son empire sur le monarque. Elle expira les rênes de TÉtat dans les mains. TranspoKée de Choisi à YersaiUes, elle eut le privilège, réservé aux seules personnes de la lamiHe royale, de mourir dans le palais. Elle ne se dissimula point que sa dernière heure allait tonner, f^ curé de la Madeleine, paroisse de son bétel à Paris, vint lui appoKer les secours de la religion , et, à Tinstant où 11 se disposait à se retirer : « Un moment , monsieur le curi , lui dit-elle, nous nous en irons ensemble. » A peine eot-eUe rendu le dernier soupir qu*elle fut portée sans bruit, sans pompe, à son hôtel à Paris. Son frère Harigni recueillit son immense succes- I. Elle frétait montrée généreuse envers ses \ et tous ceux qui avaient été à son service. £lle avait légué au roi son hôtel de Paris. La davse de son testament était ainsi conçue : « Je supplie le roi d'accepter le don que Je lui fais de ■MB hôtel de Paris, étant susceptible de faire le palais d*un de ses petits-fils. Je désire que ce •oit pour monseigneur le comte de Provence (depuis Louis XYIII). « — Les registres secrets de Louis XV, qui ont été découverts depuis, et publiés ft Toccasion du procès de Louis XVI, et dont rauthenticHé n^est point contestée, énoncent les sommes payées par le trésor à H** de Fompadour et à son frère, le marquis de Marlgni en 1743 et 176S t elfes s*élèvent pour ces deux années à 8,456,000 livres. Elle avait reçu du roi en 1749 un hôtel à Fontainebleau , la terre de Créciy le château d*AuInai, BrinboHon sur Bellevne ^ bftti pour elle à grands frais; les seigneuries de Harigni et de Saint-Remi ; en 179S, ORhôtelàCompiègne,un hôtel à Versailles, ruermitage , qu'elle rétrocéda ensuite à Louis XV, qui y établit le fameux Pare-ntup-CerfÉ ; le château de Bellevue, où la noble troupe des spectadet des petits cabinets donna plusieurs représentations ; la terre de Ménare, lliôtel d^Évreux * Paris. Ce dernier immeuUe eo6U $00,004 fr. Le roi y flt depuis des embeIKssemeots consfdérablet. C*élnit un des plus somptueux bétels de la capitale. Ces hôtels, ces palais, étaient plus ricbemeat meublés que eeux du monarque.

Lonis X¥ ât «n outrecompCer au f rère de H«« de

Pompadour, le 7 mars 1778, 154,004 flrancs pour rente viagère, et le 1 1 juillet de la même année, aussi pour rente viagère, 400,000 fr., et le même Jour, pour Taider à payer les dettes de H»* de Pompadour, f80,000 francs.— Son hôtel à Paris, où furent exposés , au milieu du plus riche mo^ bilier, les curiosités les plus rares, ses tableaux, sa bibliothèque, une vaisselle magnifique, fut ouvert aux amateurs : la vente dura plus d*une année. — On a publié après sa mort, sous la rubrique de Liège (1 746), des Mémeires écrié* par elle-même (un vol. in-13). Ces Mémoires ne sont point autographes. Il a été reconnu qu'ils sont Touvrage de M"* de Vaucluse. Ses lettres, auxquelles on a ajouté une suite, sont aussi d*une main étrangère, mais elles sont mieux écrites que ses MéfHoires, et Tautenr a d*ailleurs parfaitement exprimé les opinions, les sentiments de ■■!« de Pompadour, et ses relations les plus Intimes. Cette connaissance parftiite de la vie intérieure de la favorite a pu faire croire que c*était Touvrage de Crébillon fils, Tun de ses plus fervents et de ses plue obséquieux serviteurs. On a pu se tromper sur le véritable auteur de cette correspondance, mais il est bien certain qu'elle n'est point de ll«« de Pompadour. C'est encore là une de ces fraudes familières aux spéculateur! de la librairie. Bofet.

POMPE. (Hydraulique.) Cest une machine servant à élever l'eau au moyen d'un cylindre dans lequel joue un piston. On attribue l'invention des pompes à Ctésibius, fameux mathématicien d'Alexandrie qui vivait environ 120 ans avant J. C. Il y a plus d'apparence qull perfectionna cette invention, puisque Vitruve et Pline avancent que les pomjpes étaient en usage chex les Grecs et les Romains. On distingue deux es* pèces principales de pompes, les pompet aspi" rantes et les pompes foulantes. Le plus souvent on réunit leurs effets en une ptmpe aspiranU et foulante,

La pompe aspirante se compose d*nn oorps de pompe dont la partie inférieure plonge dans le réservoir contenant le liquide à élever, soit directement, soK plutôt au moyen d'un tuyau d'aspiration qui y est adaptéetqni en est comme le prolongement. A leur réunion est une soupape, s'oovrant de bas en haut, qui permet à l'eau de passer du tuyau d'aspiration dans le corps de poo^ie, et qui, en «l'abaissant, i'empêefae de descendre par cette voie. Le piston est percé d'un trou recouvert d'une soupape semblable, et sa tige est attachée à l'extrémité d'un levier dont le jeu le lait monter et descendre alternativement. On comprend maintenaot que lorsque le

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piston ft*é)ève et fait le vide dans le corps de pompe, réquilibre qui maintenait l*eau de niveau dans le réservoir et dans le tuyau d*aspiration se trouve rompu : la pression atmosphérique pesant davantage sur la surface libre, Teau monte dans le tuyau, elle ouvre la première soupape pour passer , tandis que celle du piston reste immobile par le poids de Pair. Quand le piston descend, le jeu des soupapes est Topposé : rinférieure se ferme et arrête Teau , la supérieure s^ouvre pour laisser passer Tair ou Teau qui se trouve entre le piston et la soupape inférieure; et le fluide est enlevé par lui à Tascension suivante aussi haut que son jeu le permet. Hais comme la pression de Tair atmosphérique qui fait monter Teau dans la pompe est égale à celle d*une colonne d'eau d'environ 32 pieds ou lOn.4 de hauteur, elle ne pourrait en soutenir une que de cette élévation; il est donc nécessaire que le tuyau d'aspiration ait une longueur verticale beaucoup moindre que celle de 10».

Dans la pompe foulante le corps de pompe plonge dans le réservoir. A son extrémité inférieure fermée est une soupape s'ouvrant seulement de dehors en dedans; une autre soupape adaptée à la paroi s'ouvre de dedans en dehors et communique avec un autre tuyau d'ascension. Quand le piston, qui est plein, s'élève, la soupape inférieure s'ouvre, et l'eau entre dans le corps de pompe; s'il descend, cette soupape se ferme et l'eau refoulée s'échappe par la soupape de dégorgement et s'élève dans le tuyau d'ascension. Grâce à cet arrangement, l'eau peut s'élever à une hauteur indéfinie, le piston exerçant sur le fluide un refoulement auquel on peut donner une intensité qui n'a de limite que dans l'énergie de la puissance motrice.

Maintenant si l'on imagine que le corps de pompe, au lieu de se trouver dans l'eau, soit lié à un tuyau d'aspiration^ on a la pompe aspirante et foulante. Tous les systèmes de pompes imaginables peuvent se rapporter à ceux que nous venons d'indiquer; mais leur disposition peut recevoir de notables améliorations par la disposition des soupapes, la forme et le mouvement des pistons dans les corps de pompe.

D'abord dans les pompes ordinaires, le déversement de l'eau ne s'opère naturellement que pendant la marche du piston dans un seul sens : il y a donc intermittence dans le jet d'eau; pour qu'il soit continu, on a trouvé divers moyens, entre autres la combinaison de plusieurs corps de pompe communiquant à un même tuyau montant, et ayant un jeu de piston en sens Inverse; ou bien les deux pistons contraires jouant dans

un mêrae corps de pompe; ou enfin un piston d'effet double, aspirant et refoulant; mais le meilleur procédé est d'employer un réservoir d'air. Ce réservoir est une cavité creuse communiquant par une ouverture avec le fluide de la colonne d'ascension. L'air qui y est contenu éprouve la même pression que le fluide et se contracte notablement. Quand le mouvement du piston est rétrograde, l'air de la cavité se détendant presse le fluide et en foit continuer le déversement, quoique avec une diminution graduelle de force : telle est la pompe à incendie.

Lorsque ces pompes doivent être établies à demeure, et servir à élever l'eau d'une manière constante et en une certaine quantité, on les met en action au moyen de bielles et de manivelles mues par des hommes ou par des chevaux, et mieux par des agents mécaniques inanimés, comme une chute d'eau ou la vapeur; dans ce dernier cas, la pompe prend le nom de pompe à feu. On peut citer dans ce genre les grandes pompes mises en mouvement par une machine à vapeur pour extraire l'eau des houillères, la pompe qui monte l'eau sur les hauteurs deChaillot, construite en 1781 par les hères Périer pour l'usage d'un quartier de la ville de Paris, etc.

On a inventé dans ces derniers temps des pompes à mouvement circulaire continu d'une ex* trême simplicité ; elles sont aspirantes et foulantes, elles donnent un jet continu, sont d'un petit volume, peu pesantes et particulièrement propres à servir pour l'incendie ou pour arroser les jardins, etc.

On ne peut entrer ici dans plus de détails sur les pompes dont l'idée a servi à la construction des machines à vapeurs, si utiles comme moteurs applicables à tous les genres de travaux. Quant à la théorie des pompes on la trouve développée dans la Nouvelle architecture hy» draulique de Prony; dans le Traité des wuichines de Hachette, et dans les Éléments de mécanique de Fraucœur, de Boucharlat et de Poisson. L. LoDViT.

POMPÉE, An de Rome 648. Un coup de tonnerre était venu soustraire Strabon à la haine des Romains. On avait oublié à Rome les services que ce général avait pu rendre à la république : on ne se souvenait que de son avarice sordide, de sa cupidité féroce. La vieille haine des Romains s'assouvit sur des restes inanimés ; on les arracha d'un lit de parade, et on dispersa en lambeaux ce corps que la colère des dieux venait de frapper de la foudre. Tel était le triste et cruel héritage que son fils Pompée semblait être appelé à recueillir; mais des qualités émi-

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Bontés qui révélaient rhomme supérieur eurent bientôt changé cette haine traditionnelle en la popularité la plus grande et la plus constante dont jamais homme eût été encore entouré. Tout rendait légitime cette faveur que le peuple prodiguait déjà au jeune fils de Strabon : sa vie était d*une pureté sévère, sa parole une garantie certaine de la vérité ; son accueil était gracieux et ouvert. Il avait dans les yeux un mouvement doux et séduisant qui le faisait ressembler à Alexandre. A tout le charme d*une parole éloquente et forte , il joignait une apparence de bonne foi et de sincérité complète, un air de loyauté et de conviction; enfin, tout ce qui exerce une séduction puissante, même au delà de l*humble sphère où se renferme trop souvent la popularité. Les femmes admiraient et aimaient le jeune Pompée; mais jusqu*à son mariage Thistoire ne signale qu'une seule de ses maîtresses, la belle et célèbre courtisane Flora. Plutarque, dans sa chaste naïveté, rapporte certains détails de cet amour passionné que notre plume n'oserait pas retracer. Cependant, dès qu'elle fut sérieusement attachée à Pompée, Flora sembla répudier son métier de courtisane. Pompée eut dès sa jeunesse une occasion de déployer cette magnanimité qui devait être une des qualités éclatantes de son caractère. Nous avons parlé de la haine qu'on avait vouée à Strabon son père. Uo jour, dans son camp, un certain Terentius résolut de poKer un coup mortel au père en tuant le fils. Or, ce Terentius était l'ami et le compagnon de tente de Pompée. Celui-ci fut instruit de ce qui se tramait contre ses jours. II n'en laissa rien paraître, et à souper il traita Terentius mieux que jamais. Seulement, quand l'heure de se retirer fut venue, Pompée se glissa secrètement dans la tente de son père, résolu de le défendre au péril de sa vie. Le meurtrier s'avança lentement, et dans les ténèbres, frappa avec son épée sur une couche vide. Quand il vit que le complot avait été prévenu, il ameuta les soldats, qui déployèrent leurs lentes et parlaient de se rendre à l'ennemi. Pompée vint au-devant d*eux et les conjura de ne pas déshonorer ainsi leur capitaine. Hais l'émeute triomphait déjà, et les prières du jeune homme étaient sans efiet, quand il se coucha en travers de la porte du camp : « Que celui qui veut aller à l'ennemi passe sur mon corps, s'écrlat-il. « On fut désarmé par tant de résolution chez un si jeune homme, et l'ordre se rétablit dans le camp dès qu'on sut que le pardon de Terentius était accordé. Ce que BOUS venons de rapporter s'applique au courage et à la magnanimité de Pompée; voici mainte-

nant qui est relatif à la simplicité de ses mœurs« Il était un jour très-malade, et les médecins déclaraient que la seule chose qui pouvait le guérir était une grive. La saison en était passée, et on ne pouvait en trouver que dans les jardins du riche Lucullus. Pompée ne voulut pas absolument qù^on la demandât. « Eh quoi, dit-il, Pompée ne pourraii-il pas vivre si Lucullus n'était pas un gourmand? » Il se recoucha, et attendit en paix sa guérison, qu'un autre remède lui procura. Après la mort de son père, Pompée, comme son héritier, fut accusé de malversation et de rapine. Il était très-jeune encore : mais son éloquence fut si puissante, il prouva si évidemment qu'il n'y avait de coupable en cette affaire qu'Alexandre, un des aflîrancbis de son père, qu'il fut entièrement disculpé, et qu'Antistius, qui présidait les juges, offrit sa fille à l'éloquent accusé. Antistia fut donc la première femme de Pompée. Ce fut à cette époque que sa carrière militaire commença. Cinna avait été assassiné dans son camp : Carbon ie remplaçait. Il était aussi redouté à Rome que son prédécesseur, et tous les honnêtes gens se rangeaient du parti de Sylla, qui allait marcher contre ce nouveau général. Pompée était alors dans les terres de son père. Son activité demandait un aliment sérieux; son génie le portait vers la guerre. Il ne voulait pas arriver auprès de Sylla en fugitif inutile. Il parvint, avec ses propres ressources, à lever une petite troupe dont il se constitua le capitaine. Elle se grossit peu à peu de tous les partisans de Sylla. Les trois nouvelles légions de Pompée furent partout victorieuses : le soldat romain pressentait un grand général dans Pompée, et bientôt une armée tout entière, que le consul Scipion dirigeait contre lui, se rendit sans tirer le glaive, et passa dans son camp. Sur toute sa route il vainquit Carbon : aussi, quand Sylla le vit arriver devant lui, il descendit de cheval, et salua du titre d'ùnperator ce jeune guerrier, qui n'était pas même membre du sénat. Metellus laissait sommeiller dans les Gaules sa vieille gloire. Sylla offrit sa place à Pompée, qui la refusa en disant : a qu'il voulait bien combattre avec lui, mais qu'il ne lui appartenait pas de le remplacer. » Metellus accueillit bien le nouveau comiiagnon qu'on lui donnait. La victoire avec Pompée n'abandonna plus le camp de Metellus ; mais comme des destinées plus grandes vont s'emparer de lui, nous laisserons dans ie demijour ces premiers exploits de Pompée. La Sicile et l'Afrique allaient lui offrir de nouveaux champs de bataille. En Sicile , il triompha de Porsenna et de Carbon, qui termina par une dernière lâ-

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cheté toutes kf turpitudes de sa yie. En Afk'ique, Domitius^ qui avait rassemblé l^armée de Marius, périt dans une sanglante l>ataille où les troupes de Pompée massacrèrent dix-sept mille de leurs ennemis. Le vainqueur ne s'arrêta pas U : il soumit tous les rois barbares, pénétra dans la Numidie, et renouvela pour longtemps cette terreur du nom romain que le temps avait affaibli. 11 voulait tout vaincre sur cette terre d'Afrique, et il délassait son armée de la guerre par la chasse aux lions et aux éléphants. Quarante Jours sufirent pour tous ces exploits à Pompée, qui n'avait eneore que vingt- quatre ans. Or, ^uand après cette course si rapide et si triomphante il reprenait le chemin de l'Italie, il trouva sur le rivage un ordre venu de Home, et signé de Sylla, qui lui ordonnait de licencier toute son armée, et de revenir sur-le-champ près de lui : l'armée romaine subit en frémissant sa part dans l'humiliation imposée à son général : elle poussait des eris de révolte et de haine contre Sylla. Pompée eut besoin de toute son autorité pour la maintenir dans les bornes. Quant à Sylla, cet ordre, qu'il avait donné si brusquement, n'avait d'autre motif que de fa^nner et de plier à son gré la volonté de ses partisans. Il se défiait de ses lieutenants, parce qu'il se souvenait d'avoir, sous Marlus, substitué le rôle d'un rival à celui d'un subordonné. H tint Jusqu'aux portes de Rome, félicita Pompée, et lui donna le surnom de Ma» gnus. Hais quand le Jeune vainqueur parla de célébrer son entrée par les honneurs d'un triomphe, la susceptibilité de Sylla s'y opposa. Pompée avait de nombreux partisans, il comptait sur l'admiration des Romains : « L'insensé, dit-il en parlant de Sylla, ne sait-il pas que plus de gens adorent le soleil levant que le soleil couchant ?t Sylla fut forcé de céder : le triomphe eut lieu. Pompée se présenta monté sur un char traîné par quatre éléphants d'Afrique; les portes de la ville se trouvèrent trop élroites, et Pompée dut se contenter de faire atteler quatre chevaux à son char. Bientôt après Lépide, un des partisans de Pompée, fut nommé au consulat et Sylla mourut. Son testament contenait une vengeance tontre Pompée : il était le seul de ses amis qui eût été oublié dans les legs. Pompée sut de nouveau se montrer magnanime, car il honora les funérailles de Sylla. Cependant Pompée n'eut pas longtemps à s'opposer à Rome à une intrigue de Lépide, qui se détachait de son parti. Metelius avait été envoyé en Espagne contre Sertorius^ qui déjoua par des manœuvres hardies et nouvelles la tactique et la prudence habituelles du vieui fénéral. Tantôt il attaquait HeUUus I la

tète de cent cinquante mille hommes, au dire de Plutarque,puis se perdait dans un défilé de mon* tagne, et, avec quelques cavaliers seulementi dans lesquels il paraissait avoir fondu son armée, tombait inopinément sur les derrières de Metelius. Pompée sollicita et obtint d'aller commander en Espagne avec le vieux général. Sertorius l'accueillit par ce sarcasme : « Je bâtirais cet enfant de verges, s'écria-t-il, si Je n'avais peur de cette vieille, » désignant ainsi Metelius. L'avantage resta longtemps incertain des deux côtés. Au combat qui eut lieu près delà rivière de Sucreo, Pompée eut à payer de sa personne : tombé, presque seul, dans un gros d'ennemis, sa ressource fut de leur abandonner son cheval « qui était magnifiquement sellé et caparaçonné en or. Mais le sort commun de tous ces généraux révoltés atteignit bientôt Sertorius : il fut assassiné par les siens (681). Perpeuna fut un de oeux sur qui les soupçons planèrent. Il prit aussitôt le commandement ) mais avec Sertorius, l'âme de celle armée était morte. Perpeuna n'était pas de taille à se mesurer avec Pompée; aussi fut-il bientôt vaincu, et il paya de sa télé sa révolte el tout le mal qu'il avait fait à Rome. De nouveaux ennemis, ou plutôt d'autres victimes, vinrent s'offrir aux coups du général victorieux. Crassus avait terminé par une bataille en règle la révolte des gladiateurs abrutis dont Spartacus avait fait des héros. Il échappa six mille eschives de of triste champ de bataille. Pompée n'eut qu'un geste à faire, et son armée vengea sur ces débris les terreurs que la guerre des esclaves avait causées à Rome. U eut pour la seconde fois les honneurs du triomphe : on le nomma aussi consul, et on lui adjoignit pour collègue Crassus^ qui faisait tout alors pour traverser cette am* bition naissante. Crassus avait pour lui le sénat; mais le peuple tout entier était du côté de Pompée, qui lui semblait tout dévoué* Il affectait le plus grand respectpour la magistrature qui émtt* naît du peuple. Un vieil usage voulait que les généraux se présentassent devant les censeurs pour rendre compte de leur conduite : cet usage était tombé en désuétude; Pompée le raJeonit« et sut en tirer parti pour sa popularité. Yoiel comment Plutarque, traduit par Amyot, raconte cette cérémonie : « A la fin, le plus asgé d'euxis l'interrogua en cesle sorte : « Je te demande « Pompeius Magnus si tu as été aultant de temps « à la guerre comme il est ordonné par la loi. « — A donc, répondit Pompeius, à haute. voix : « Oui , J'y ai esté voirement autant de temps t comme il faut, et non soubi aullre capitaine I t que sottbf morHnêffle« s Le pêsple ayaat •■!

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cette répoDie, 8*escrla de joye et ne put le tenir de s^etclamer à hauUe voix tout comme il en fut aise, et les censeurs même descendirent de leur tribunal, etTallèrent par honneur reconduire jttsques en sa maison, pour complaire à une multitude grande de peuple qui les suyvoit avec grands battements de mains et démonstrations de réjouissance.» Pompée comprenait bien quUI De fellait pas prodiguer sa popularité pour la conserver longtemps. li sortait peu de sa maison, et quand il se montrait en public, c'était toujours escorté de la foule de ses clients. II disait qu'un homme de guerre se rapetisse dans la vie civile, et qu'il doit peu s'y mêler. Aussi ne restat-il pas longtemps dans l'oisiveté, et nous allons le retrouver dans de nouveaux combats. — Autour de Rome et de ses vastes conquêtes s'étendait un ennemi déjà terrible, et qui menaçait de tout envahir, un ennemi qui enveloppait de tous côtés cet immense royaume, formait toutes SCS issues, anéantissait tout son commerce : nous voulons parler des corsaires. Rome, occupée de tes guerres civiles, allait laisser échapper de SCS mains l'empire des mers. Tout ce qui existait d*adroiU pilotes, de beaux vaisseaux, allaient d*eux-mémes au-devant de cette vie de hasard et de plaisir. La piraterie élait devenue une espèce de puissance constituée. Elle disséminait sur toutes les mers ses mille navires; elle n'avait plus à combattre, il lui suffisait de se montrer; die pillait tous les vaisseaux marchands , et se larguait de générosité quand elle se contentait de les Urifier à un prix excessif. Ces vaisseaux de tous les pays, ces matelots nés partout, avaient organisé, disons-nous, une force homogène et terrible : c'éUit là aussi que venaient se réfugier les grands seigneurs ruinés, et tous ceux qui avaient une fortune à faire ou à réparer. Le luxe dont les pirates s'entouraient relevait aux yeux des peuples l'abjection du métier qu'ils faisaient. Les villes dont les murailles se baignaient dans la mer voyaient avec effroi et admiration passer ces vaisseaux superbes , dont les rames argentées fendaient légèrement la mer, et où le soleil se brisait étinceiant sur des rideaux de pourpre. C'était un concert et un festin éternels. Chaque vaisseau avait à son bord des musiciens et des captives de tous les pays. Ainsi, la piraterie devenait pour Home un ennemi d'aulant plus redoutable qu'à toutes les féductions d'une souveraineté établie, il joignait celles de toutes les délices et de toutes les oisivetés voluptueuses. Il ii*y avait sorte d'affront que les corsaires ne Ssscnt impunément au nom romain. On amenait «a prisoBBlar t « Qui u^l lui deasandaii-ofi.

Je suis citoyen romain, répondait le tremblant captif. » Alors tous les corsaires se mettaient à genoux et baisaient les pieds du prisonnier. On lui apportait un manteau de pourpre et des sandales : « Vous êtes citoyen de Rome, répétaiton . Que ne le disiez-vous plus tèt? Vous êtes notre maître, et nous vous obéirons : seulement, voici une échelle, et si vous ne vous jetez pas de bonne grâce dans la mer, nous vous aiderons à y descendre. » Les pirates menaçaient même la terre. Ils débarquaient sur les côtes d'Italie, pillaient les villes et les maisons de campagne, et reportaient tout sur cette mer qui engloutissait tout. Rome ne s'émut et né s'alarma que quand elle vit tous ses négociants ruinés, et surtout quand l'extrême renchérissement des vivres lui fit pressentir la famine. L'attaque fut résolue. Hais queik puissance, quelle dictature, opposerait-on à un ennemi aussi formidable? Geminius fut le premier à mettre en avant le nom de Pompée. Il follait proposer son édit, lui donner une autorité absolue sur toute la mer qui s'étend depuis les colonnes d'Hercule, lui ouvrir un crédit illimité sur tous les receveurs publics, et mettre à sa disposition quinze membres du sénat qui deviendraient ses lieutenants. Le peuple, que le nom de Pompée entraînait toujours, allait voter avec transport toutes ces mesures; mais de graves susceptibilités s'élevèrent. Qu'allait devenir, disait-on, la liberté romaine, si on confiait à un seul homme un pouvoir si excessif? Quelle garantie aurait-on, qu'après avoir vaincu les pirates, il ne reviendrait pas en maître et en souverain ? La popul^ité de Pompée triompha de toutes ces craintes. Le peuple lui accorda plus même que Geminius n'avait demandéen son nom : cinq cents voiles, cent vingt mille hommes, cinq mille chevaux, deux trésoriers généraux et vingtr quatre lieutenants, tous choisis dans les plus nobles familles. Le hasard voulut que le jour même de l'élection de Pompée les vivres diminuèrent, et le peuple reportait tout à son idole. Pompée divisa en treize régions toute l'étendue de la mer. Les corsaires, pris à l'improviste et séparément, ne purent résister à un armement aussi imposant. Tous ces vaisseaux étendirent leurs ailes, et regagnèrent leur guêpier, la Cilicie. Pompée les y suivit et n'eut pas de peine à les vaincre. En 40 jours, il avait nettoyé les mers de la Toscane, les côtes de la Sardaigne et de la Corse : il reparut à Rome , et repartit bientôt pour les mers de la Grèce. Partout on le recevait comme un libérateur. Aux portes d'A* thènes un écritcau disait de lui« suivant Plu* I tarque i

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D'auUnt M*tu dlea comoM Ta te recogaoU homnc.

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Pompée ne sut pas être impitoyable vis-à-vis de ceux quUl avait vaincus. Il attaqua les corsaires dans la ville de Goracesium en Cilicie, où ils s*étaient retirés dans leurs châteaux. Il prit 90 superbes galères garnies d^éperons, et fit S0,000 prisonniers. Il n^en massacra aucun. Mais, voyant des hommes courageux et forts, et des femmes belles et jeunes, il donna des terres à ces proscrits, et colonisa ainsi la Cilicie. Il fit plus pour rhumanité. Hetellus avait été envoyé de Rome contre les corsaires de Candie, et les massacrait impitoyablement. Il écrivit à Mettellus que sa nomination était postérieure à la sienne; qu'il avait seul plein pouvoir sur les corsaires, etqu^il eût à se départir de cette guerre. Il envoya un de ses lieutenants, Lucius Octavius, défendre les corsaires contre Metellus, dont les cruautés ne finissaient pas. Beaucoup de détracteurs accusèrent alors la politique de Pompée; maisPhistoire, protectrice sacrée des droits de Thumanité, doit Tabsoudre et le défendre. •— Dès que Rome apprit les nouvelles victoires de Pompée, le peuple, sur la proposition du tribun nommé Manilius, lui laissa le commandement de toutes ces armées, le nomma gouverneur de la Bithynie, de la Phrygie, de la Cappadoce et de TArménle, ce qui était lui donner plus de pouvoir que jamais général n*en avait eu à Rome. Plutarque rapporte ici une anecdote qui prouverait qu^il y avait de la comédie dans la conduite de Pompée. Laissons parler Plutarque, et écoutons Amyot : « Quand il reçut les lettres par lesquelles on lui mandoit ce qui avoit été ordonné par le peuple en sa faveur, Ton dit qu*en la présence de ses familiers amys, qui tous estoient autour de luy et s*en resjouissoient, il fronça ses sourcils, et frappa sa cuisse comme estant désormais fasché et annuyé de tant de charges les unes sur les autres, en disant : • 0 dieux , ne serai-je jamais « au bout de tant de travaux? N^eust-il pas mieux « valu pour moi que j*eusse été quelque petite « personne basse et inconnue, que d*estre ainsi « continuellement à la guerre le harnois sur le « dos? Ne verray-je jamais le temps que, me « despétrant des lacs de ceste envie, je puisse « vivre doucement avec ma femme et mes en- « fiants, aux champs dans une maison ! » Telles paroles alloit disant Pompeius; mais ses plus privés amis même ne purent supporter cette trop évidente dissimulation, cognoissant trèsbien que, oultre son ambition naturelle et convoitise de dominer, il estoit très-aise d*avoir

obtenu cette charge pour le différend et la que* relie quUl avoit eus avec Lucullus : aussi le descouvrirent bien incontinent les effets. » — La guerre contre Mithridate avait été glorieusement conduite par Lucullus; aussi sa jalousie s'éveillait malgré lui à rapproche d*un concurrent aussi redoutable. Pompée proclamait partout qu'on n'eût à obéir qu'à lui seul, et il détruisait tout ce que son prédécesseur avait fait. Les deux généraux se rencontrèrent sur la route : l'armée de Lucullus venait de traverser un pays frais et boisé; celle de Pompée avait passé par des terres sèches et arides. Aussi les archers de Lucullus avaient-ils des branches fraîches au bois de leurs lances qu'ils partagèrent fraternellement avec ceux de Pompée. Les deux chef^ imitèrent d'abord la courtoisie de leurs armées; mais bientôt, une discussion s'étant élevée, Lucullus fut traité d'avare et Pompée d'ambitieux. Peu s'en fallut que ces deux armées, formées de concitoyens, ne tournassent l'une contre l'autre ces armes qui étaient destinées à combattre Milhridrate. « Pompée, disait Lucullus, ressemble à ces oiseaux de proie qui ne s'attaquent qu'à des cadavres. Il se vante d'a?oir vaincu Sertorius, mais Hetellus ne lui avait rien laissé à faire; Spartacus, mais Crassus avait abattu la tète quand il a renversé le tronc; il trouve partout des restes de bataille qu'il a l'art d'arranger en victoires pour lui : qu'il s'attaque donc à Mithridate, il trouvera son fantôme; mais Mithridate n'existe plus : je l'ai vaincu. » — Cependant Mithridate, malgré l'opinion de Lucullus, était encore un ennemi redoutable et puissant. De plus, c'était celui qui pouvait le plus lasser la patience des généreux romains. L'artificieux despote paraissait se livrer tout entier aux voluptés orientales, comme pour se distraire du souvenir de ses défaites. Mais, au sein de ces plaisirs qui énervent Tàme, il conservait la vigueur de sa haine et de ses résolutions «e il animait par des largesses intelligentes ses vieux partisans et jusqu'à ses alliés tout fïroissés de sa chute. C'était, en un mot, l'àme invisible qui résidait mystérieusement sur les débris de cet empire. De plus, comme il ne voulait à aucun prix tomber entre les mains d'un ennemi, il avait toujours sur lui un poison violent qui ne le quittait pas, ne voulant pas, disait-il, livrer Mithridate vivant aux Romains. Les manœuvres de Pompée consistèrent donc à chercher à envelopper un ennemi qui se dérobait toujours. Ce fut une pénible course le long de l'Euphrate, de l'Araxe et des vallées qui avoisinent le mont Taurus. Une nuit cependant, comme la lune

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éclairait les deux armées, les coups de Pompée ne frappèrent plus dans Pombre, et ses flèches atteignirent un but. Dix mille barbares marquèrent par leurs cadavres, à Paube naissante, la place où le combat avait eu lieu. Quant à Mithridate, il passa au milieu des ennemis avec 800 cavaliers, trompant ainsi toutes leurs prévisions. La rapidité de sa fuite fut (elle que presque tous ses cavaliers restèrent en chen^in. Le roi ne se trouva plus, quand il regarda autour de lui, que trois compagnons. L*un d'eux était sa concubine Hypsicratia, amazone que rien ne pouvait lasser. Têtue en soldat parthe, elle combattait de pied ferme, soignait elle-même ses chevaux, et n*abandonnait jamais le roi, qui Pappelait Hypsicrates. Hithridate rallia ses amis dans un de ses châteaux qui s^appelait Juvra, leur distribua de nouveau de Por et du poison, et alla demander la protection de Tigranes ; mais Tigranes était du parti de Pompée. Il avait éprouvé la magnanimité d*un tel ennemi, et un traité de paix glorieux pour Rome «vait été conclu. Mithridate 8*était caché du côté du Bosphore, près des marais méotides. Pompée traversa le fleuve Gyrus, et se mit à la poursuite des Albaniens. Il follait 8*enf6ncer dans des pays brûlés par le soleil : on remplit d'eau 10,000 peaux de chèvres, et, après quelques Jours de fatigue, Tarmée romaine rencontra et triompha fecilemeot de 60,000 barbares à pied et de 19,000 à cheval. Dans cette affaire. Pompée fut blessé à Pépaule par le frère dn roi, nommé Cosis; mais il se vengea du barbare, et le perça de sa javeline. Les Romains Toulurent pénétrer jusqu'à la mer Caspienne ; mais les serpents et les reptiles qui dormaient sur le rivage se réveillèrent, et forcèrent les triomphateurs à revenir sur leur pas et à prendre le chemin de PArménie. On amenait en foule à Pompée des concubines de Hithridate. Une seule, Stratonice, parut plaire au général romain. C'était la fille d'un musicien assez pauvre. Un jour, pendant que Hithridate soupait avec ses femmes, on amena devant lui le père et la flUe. Les yeux du roi furent tellement charmés de la beauté de Stratonice et ses oreilles de la douceur de sa voix qu'il voulut que la belle chanteuse entrât le soir même dans sa couche. Le pauvre musicien se retirait tout triste de n'avoir pas été écouté, et Pimprudent ne s'aperçut pas qu'il laissait son trésor, sa fille, dans le palais. Le lendemain , quand U s'éveilla, il se vit sous de magnifiques lambris, entouré d'esclaves : « Est-ce un rêve? demanda-t-il. — Non, lui répondit-on. Tout ceci est à vous. » Le vieillard, ne voyant pu revenir sa fille, devina tout, et

accepta sans rougir ces richesses, que payait l'honneur de sa fille. Telle était la belle captive de Pompée. Dans un autre château nommé C<b« nos, il trouva toute une correspondance secrète de Hithridate , où bien des infamies étaient consignées. Le roi avait empoisonné son propre fils Ariarathe, qui avait eu l'imprudence de remporter sur lui le prix de la course aux chevaux. Puis, c'étaient des projets de faire périr tous les Romains qui étaient dans l'Asie, et tout cela était mêlé de lettres lascives qu'il écrivait à Honime et qu'elle lui répondait. Pompée, voyant que cet ennemi lui échappait toujours, voulut le prendre parla famine. Hais il était dit que Hithridate ne serait pas vaincu et humilié. Un jour que Pompée s'amusait à dresser un cheval arabe, on lui apporta des lettres du royaume de Pont : elles apprenaient que Hithridate, trahi par son fils Pharnace, s'était empoisonné. Pompée reçut en même temps des présents de Pharnace, entre autres il lui fit offrir le corps de son père. Pompée s'en détourna avec horreur. Il reprit en toute hâte le chemin de l'Italie. En passant, il s'arrêtait aux jeux et aux chansons de la Grèce. Cependant, Rome ne voyait pas revenir sans effroi ce vainqueur si puissant. Qui pouvait lui résister ? Ne pouvait-il pas s'installer en maître et plier tout sous la domination d'une armée si dévouée et si forte, et qui avait eu le temps d'oublier sa patrie et de diviniser son chef. A mesure donc qu'il approchait, une inquiétude vague s'emparait des Romains : ils comprenaient que tant de victoires étaient une arme dangereuse contre leurs libertés, et que leur indépendance succomberait sous ungéuéral victorieux. Le riche Crassus s'éloignait de Rome avec ses trésors. Les grands seigneurs se renfermaient dans leurs palais. Que ces craintes furent jugées puériles quand on vit, dès qu'il eut mis le pied en Italie, Pompée, loin de son armée, suivre avec quelques domestiques la route de Rome, comme s'il fût revenu de sa maison des champs! Les populations, joyeuses, s'empressèrent autour de lui, et lui firent une escorte qui n'avait rien d'effrayant pour la liberté. Chacun se plaisait à saluer dans Pompée l'honneur du nom romain, et c'était la gloire de la patrie que Rome accueUlait en ouvrant, pour la troisième fois, ses portes au triomphe d'un seul homme. — Il y avait une ancienne loi à Rome qui défendait aux généraux vainqueurs de mettre les pieds dans la ville avant le jour fixé pour leur triomphe. Pompée, qui voulait avoir des amis dans les consuls qu'on allait nommer, envoya prier le sénat de surseoir h Pélection ju»-

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fpi^à son entrée à Borne. Une prière dans la bouche de Pompée afait une (elle autorité que le sénat allait y obtempérer, lorsque Calon, cette sentinelle toujours en éveil sur la frontière des libertés publiques, se le?a, et, parlant des anciennes coutumes et de Plndépendance de Télection consulaire, fit rejeter la demande de Pompée. Celui-ci essaya de ramener à lui cette vertu incorruptible : il proposa à Caton d'épouser une de ses nièces. Il refusa cette alliance illustre; car il avait pénétré les motifs secrets de Pompée. 8a femme et sa nièce s*en désespéraient, et Ten blâmaient hautement. Peu de jours après, le bruit se répandit dans la ville que, par les ordres de Pompée et dans ses Jardins mêmes, on avait distribué de grandes sommes d'argent pour faire pencher la balance en faveur d*Afranius, une de ses créatures. Cette rumeur excita le mécontentement public. £b quoi I disait-on, est-ce l'argent qui va créer nos magistrats, et le consulat appartiendra-t-ll maintenant au dernier enchérisseur? Caton, dans son humble maison, répétait à sa femme et à sa nièce : « Voyez, si nous avions accepté cette illustre alliance, toutes ces Injures nous atteindraient, et la moitié de ce blâme eût été déversée sur nous. » — Du reste, Jamais les portes de Rome ne s'étaient ouvertes pour un triomphe plus éclatant. Il dura deux Jours entiers, et Plutarque raconte qu'avec ce qu'on omit de montrer en cette fête, on aurait pu faire un triomphe très-imposant. Des bannières précédaient Pompée : elles portaient écrites les noms des nations qu'il avait vaincues, c'est-â-dire le royaume du Pont, l'Arménie, la Cappadoce, la Médie, la Colchide, l'Albanie, la Syrie, la Palestine, la Judée, l'Arabie, les corsaires qu'il avait anéantis, les mille châteaux, les neuf cents villes, les huit cents vaisseaux, qu'il leur avait pris. Il rapportait 30,000 talents en bijoux et en or. Il avait augmenté de 35 millions le revenu de la république. De plus, marchaient k la suite de son char triomphal les fils de Tigranes, avec sa femme et sa fille; le roi des Juift Aristobulus, la sœur de Mithridate et cinq de ses enfonis, et tous les capitaines des corsaires. Mais ce qui rehaussait le plus la gloire de Pompée, c'était ce que chacun répétait autour de lui. Il avait triomphé trois fois : la première de l'Afrique, la seconde de l'Europe, la troisième de l'Asie. Promenant ainsi la terreur de Ses armes, il avait soumis à la domination romaine la plus grande partie du monde alors connu. Que tenterait maintenant cette ambition qui s'était rassasiée de toutes les joies de tant de victoires? où s*arréteriient oes conquêtes qui aTaienttn-

brassé le Aonde? César seul pouvait résoudre la problème. Ces deux hommes sentaient que l'un devait écraser l'autre. César commença par obtenir de Pompée qu'il se brouillât avec Cicéron; puis il le rapprocha de Crassus, double manœuvre qui éloignait de lui un conseiller dangereux et éloquent, et qui, unissant Crassus et Pompée^ n'en faisait plus pour César qu'un seul adversaire qu'il saurait dompter. César était parvenu au consulat : il s'y conduisit, dit Plutarque, comme un tribun du peuple. Il proposa une dis* tribution de terres, qui fut reçue avec transport. Pompée, qui ne vouUiit pas se laisser devancer en popularité, se Joignit à César par l'organe du tribun Clodius,qui mettait sans cessé Son nom en avant au risque de le compromettre. — Jusqu'à présent, nous n'avons vu dans Pompée qu'un général habile qui, par l'éclat et la promptitude de ses succès, fait presque oublier qu'ils lui ont été rendus faciles par les tra« vaux plus savants et plus héroïques de ses prédécesseurs, tels que Hetellus et Lucullus. L'occasion lui est favorable sans doute; mais il ne la manque jamais. On pourrait dire qu'il porte de la grâce dans la victoire. Dans sa vie, ou privée, ou publique, tout est plein encore de dignité et de celte aménité que les deux Scipion avaient fait connaître aux Romains. Maintenant il va décroître et tomber comme l'un de ces grands arbres qui, minés au dedans par un vice secret, sont renversés avec fracas, et écrasent dans leur chute tout ce qui les entoure. Il n'y a pas a dou* ter que dès lors, et Pompée, et César, se demandaient déjà tous les deux à qui appartiendrait l'empire de Rome. Ils résolurent de tâter le terrain, et, pour sonder en toute sécurité, pour avoir le temps de se faire en secret des partisans dévoués, ils contractèrent ensemble une alliance de famille qui semblait devoir f^ire deux parents éternellement liés de ces deux rivaux. Pompée épousa Julia, la fille de César. Pendant quelque temps , il ne fut occupé que des charmes de sa nouvelle épouse. Il l'emmenait avec lui dans ses maisons de campagne, passait tout son temps auprès d'elle, et négligeait absolument les choses publiques. César, de son côté, s'occupait avec de vastes projets de son gouvernement de la Gaule cisalpine. Caton était absent de Rome, et la direction était donnée Uniquement par Glodius, qui avait abandonné le pa^ti de Pompée, et qui l'injuriait du haut de la tribune. Le sénat aussi, irrité de la faiblesse avec laquelle Pompée avait abandonné Cicéron, ne relevait pas toutes les accusations dont Glodius chargeait Ponapée auprès du ptnplt. GelHi-ol Ttt bien que U morra If

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plus sur pour lui était de rappeler Gioéron, eher an sénat, et ennemi mortel de Glodius. Une fois réinstallé, Cicéron ne se montra point ingrat pour Pompée. II fit passer au sénat la proposition de charger Pompée de faire venir du blé à Home, ce qui était lui confier de nouveau ie commandement de forces importantes, tant sur mer que sur terre. Il envoya partout ailleurs ses Ueutenants et ses amis, et partit lui-même en Sicile. Comme la flotte allait remettre à la voile pour revenir et reporter les vivres à Rome, une bourrasque s^éleva : les matelots ne voulurent pas lever les ancres. Pompée donna des ordres positif : « ^important, ditil, n*est pas que je vive, mais que j^arrive. * Le vent s*apaisa s les marchés et les halles se remplirent, non-seulement à Rome, mais aux environs, tellement, dit Plutarque, «qu'il en courdict comme une vive fontaine et un ruisseau qui s^espandit par toute Tltalie. » Cependant, César, du fond de la Gaule, quUl soumettait d*une manière si admirablement racontée dans ses Commentaires f remplissait Tltalie de son nom. Il jouait un double jeu dans sa province; il aguerrissait son armée, la tenait sans cesse en haleine, lui montrant par lui-même l'exemple du eourage et de Théroïsme. Il faisait de ses soldats autant de partisans intrépides, qu'il gagnait par Tor dont il dépouillait ses ennemis, et qu'il s'attachait de plus en plus par ses victoires; mais il n'en était pas pour cela moins actif, moins adroit li Home; ses partisans secrets distribuaient de l'argent au peuple, et donnaient aux sénateurs et à leurs femmes de magnifiques présents, qu'il tirait on ne sait comment d'un état si peu avancé en civilisation. Sa popularité était telle alors que pendant qu'il hivernait à Lucques, tous les hommes illustres de Rome, deux cents sénateurs, ayant en tête Pompée et Crassus, vinrent le trouver, et remercier celui qui se montrait si grand dans ses victoires et si libéral dans ses présents. Ce fut là que fut conclu entre César, Pompée et Crassus, ce traité mystérieux, ce triumvirat, où chacun devait essayer de gouverner à trois avant de gouverner seul; ce triumvirat, qui fit ouvrir le tombeau de la république romaine. U fut convenu que Pompée et Crassus demanderaient le consulat aux prochaines élections, que l'un aurait le gouvernement de l'Afrique, l'autre celui de l'Asie, et qu'ils travailleraient tous dans un but commun. Tous les candidats se retirèrent devant Pompée et Crassus, Lucius Domitius fut le seul que les conseils de Caton engagèrent à ne pas céder : « Reste, lui dlsalt4lt lu ne combats pas pour toi» mais pour

les libertés de Rome ! • Le parti indépendant fut vaincu; on en vint aux mains ; Galon fut blessé à l'épaule, parce qu'il avait abandonné le dernier le lieu de l'élection. Pompée et Crassus furent nommés. L'Asie fut donnée à Crassus, l'Afrique à Pompée. Celui-ci prêta alors deux de ses légions à César, qui avait besoin d'un renfort : fiante capitale dont il eut bientôt à se repentir. Cette élection violente avait porté un coup IScheux à la popularité de Pompée; des jeux qu'il donna au peuple la lui assurèrent de nouveau. Il ouvrit un magnifique théâtre, dont il avait fait prendre le modèle en Grèce; il y fit combattre dans l'arène cinq cents lions et des éléphants: dès lors, sa réputation se rétablit; jamais il n'avait été plus grand , plus juste et plus aimé des Romains. Il fallut toutes ses prodigalités pour faire excuser la conduite actuelle de Pompée. Non-seulement il laissa à ses lieutenants le commandement de ses armées, mais tout son temps se passait à l'intérieur, dans des fêtes où présidait son esclave favori, Démétrius, et dans ses maisons de campagne, où il vivait entièrement occupé de sa ftemme Julia. Pompée, dit Plutarque, était très-séduisant auprès des femmes; sa conversation était vive et entraînante. Julia adorait Pompée. Après quelque temps de bonheur, elle mourut en couche, et son enfant ne lui survécut pas. Ce lien d'amour qui unissait César à Pompée changea en se bri* sant toute la face du monde. En outre, Crassus fut tué en Asie après une sanglante défaite ; il n'y avait donc plus un tiers importun qui put s'interposer entre ces deux rivaux. Pompée fut le premier qui attisa le feu sous la cendre qui le couvrait : il fit une harangue où il rappela qu'il s'était toujours départi des emplois publics et des magistratures qu'il avait exercées, aussitôt que la loi de son pays le lui avait ordonné, laissant entendre par là qu'il était temps que le vainqueur des Gaules licenciât ses armées. Snsuile, les créatures de Pompée parlèrent sourdement de hi nécessité où la république serait bientôt d'élire un dictateur. Cette opinion souleva un violent orage dans l'assemblée du peuple, qui comprenait que de la dictature supi^me à la royauté il n'y avait qu'un pas. Les amis de Pompée retournèrent alors la proposition contre ceux de César, et Ribulus parla d'élire un seul consul. Caton se leva alors : chacun s'attendait qu'il allait tonner contre la proposition; mais, dit Plutarque, il déclara que pour lui il n'aurait jamais personnellement coaselllé cette mesure, que cependant, puisqu'elle venait d'un autre, il éuit bleu d'avis qu'on la suivit } « Pour aultanif

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dit-il, qu*il vault mieux avoir un magistrait qui commande, qui qu*il soit, que de n*en point avoir du tout, et qu'il ne voyait personne qui sût aussi bien commander, en ces temps de trouble, que ferait Pompeius. » Le sénat ratifia cette mesure, et Pompée fut nommé seul consul avec la permission de s'adjoindre un collègue s'il voulait. 11 remerciait Caton : « Je n'ai point parlé, répondit celui-ci par iutérét pour vous, mais par amour pour la chose publique , et je dirai toujours mon avis, que vous me le demandiez ou non. » Pompée épousa alors Cornélie , fille de Metellus-Scipion, veuve de Grassus. Cette dame, très-jeune et très-belle, était dit-on, très-savante en philosophie et en géométrie. Pompée fut de nouveau captivé par elle, et au milieu des graves événements qui se préparaient , il se renferma dans ce nouvel amour, qui le distrayait de la chose publique. Pompée s'attacha cependant à faire quelques améliorations importantes, mais il les détruisait par ses exemples. Ainsi, il voulut proléger l'intégrité et l'inviolabilité des juges, et corrompit ceux qui devaient voir paraître devant eux son beau-père Scipion. Il fit aussi publiquement l'éloge de Plancus, qui fut condamné cependant; et un jour, comme il revenait du bain, et qu'un accusé se précipitait à ses genoux et embrassait ses pieds : « Relevez-vous, lui ditil, vous ne faites que me gâter mon souper ! » Tel était Pompée : avec de bonnes intentions, ce qu*il faisait allait sans cesse à rencontre de ce qu'il y avait de louable dans ses projets. Il s'adjoignit pour collègue son beau-père Scipion, se fit confirmer pour 4 ans dans ses divers gouvernements, et obtint de prélever mille talents par an sur les fonds publics pour entretenir ses soldats. — Une des mesures les plus habiles de Pompée fut de lier à son parti Cicéron, que les manœuvres de César en avaient d'abord détaché. Cicéron était une voix toujours admirée dans le sénat. Le courage de l'orateur et du citoyen venait de délivrer Rome de cette conjuration terrible et atroce dont Catilina était le chef. Cicéron voulut que Pompée se liât à lui par des paroles solennelles qu'il ne pourrait plus révoquer. Voici comment il le raconte dans une de ses lettres à Atticus : « Dans cette vue, j'ai commencé par engager Pompée, qui avait été trop longtemps sans s'expliquer sur mes actions , à déclarer en plein sénat, non pas une fois, mais plusieurs, et fort au long, qu'on m'est redevable du salut de l'empire, c'est-à-dire de toute la terre. Il «ne m'importait pas tant qu'il s'expliquât là-dessus, carmes actions oe sont pas si obscures qu*il faille les faire connaître, ni d'un

mérite si douteux qu'elles aient besoin d'appro« bation, il n'importait, dis-je, pas tant à moi qu*à la république qu'il me rendit ce témoignage, parce que certaines personnes malintentionnées s'imaginaient que ces actions même seraient entre nous deux un sujet de division. Je me suis donc lié si étroitement à lui, que nous en sommes , et plus autorisés dans les affaires publiques, et mieux soutenus dans ce qui nous regarde en particulier. » Quelques années auparavant, Rome avait été témoin d'un grand scandale. Clodius, ce tribun factieux et dissolu, venait d'attenter de la manière la plus flagrante à la religion et à la morale publique. Pendant que l'épouse de César, avec laquelle il entretenait des liaisons coupables, célébrait dans sa maison les mystères de la déesse des femmes, Clodius, sous les habits d'une jeune fille , pénétra dans cette maison, dont les portes, pendant toute la cérémonie, étaient interdites à tout homme. H se réunit aux chœurs des femmes qui chantaient, regarda d'un œil profane ces mystères impénétrables même pour les Romains, fut surpris et reconnu dans la chambre de Pompeia. — Le scandale fut énorme : Cicéron fut un des plus ardents à venger l'honneur de César et la pudeur romaine. Mais les juges furent gagnés; les complaisances de quelques grandes dlames sauvèrent la vie à Clodius. Celui-ci ne tarda pas à se venger sur Cicéron ; il fut exilé, et Pompée donna les mains à cette injustice; plus tard, il reconnut sa faute et rappela Cicéron. Telle fut la source d'une alliance que Pompée sut habilement ménager, et dont le grand orateur s'enorgueillissait. Il insiste dans une autre lettre sur cette amitié politique : « Quant aux reproches que vous me faites tout doucement sur mes liaisons avec Pompée , ne croyez pas que j'aie recherché son amitié parce que j'avais besoin de lui pour me soutenir, mais c'est que les affôires étaient à un point que s'il y avait eu entre nous la moindre dissension, il en serait arrivé de très-grandes dans la république. Pour l'empêcher, je m'y suis pris de telle sorte que, sans me démentir en rien. Je l'ai rendu meilleur et moins dévoué aux volontés du peuple. Sachez qu'il. parle plus avantageusement de mes actions, contre lesquelles tant de gens avaient voulu le prévenir, que des siennes propres : jusque-là qu'il me rend ce témoignage , que s'il a bien servi l'État, je l'ai sauvé. Je ne sais quel avantage Je tirerai de tout cela; mais je sais bien que c'en est un grand pour la république, et si je pouvais réussir de même près de César, qui à présent a si fort le vent en poupe,

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rendniis-Je un mauvais service? Je dis plus, quand je n*aurais pas d^envieux, quand tout le monde me rendrait justice , ne vaudrait-il pas toujours mieux guérir les parties malades que d'être obligé de les couper ?» La popularité de Pompée était égale dans le peuple, que sa loi agraire lui avait gagné , et au sénat , où Cicéron dominait. Il tomba dangereusement malade. Plutarque raconte que toute Tltalie se mit en deuil, supplia les dieux, et fit des réjouissances magnifiques lors de sa guérison. Ces démonstrations publiques furent une des causes de la guerre civile. Pompée était très-accessible à Torgueil; il se disait qu'aucun ennemi ne serait en état de résister à un homme qu'on déifiait ainsi. Gésar arrivait sur Rome avec une armée qu'il avait rendue invincible. LeRubicon était passé : « Qu'importe! disait Pompée, c'est moi qui ai fait César; je mettrai moins de temps à le déftiire. » C'était lui qui avait en main les intérêts de la chose publique. Le sénat, les libertés de Rome,s'appuyaient surson épée;mais lui,plongé dans une mollesse coupable à son âge , et dans les circonstances qui l'entouraient, laissait les populations italiennes s'approcher de Naples où Il habitait, pour jeter de l'encens sur son autel, se renfermait dans sa maison avec sa nouvelle épouse Gomélie, et quand on lui disait que César marchait sur Rome, que César allait étouffer sous ses pieds les dernières libertés romaines , Pompée répondait sans détacher ses yeux de Cornélie : «Qu'importe ! Ne savez-vous pas qu'en quelque endroit de l'Italie que Pompée frappe du pied, il en sortira des légions tout armées et prêtes à lui obéir? » Cette Indolence fut plus fatale à la république que ne l'avait été jusque-là ràmbition du triumvir. Dans ces circonstances. Pompée manqua complètement de cette habileté Aroide et calculatrice avec laquelle il faisait des choses qui paraissent grandes et spontanées dans le lointain. La journée de Pharsale fut la dernière journée de la liberté et de la république romaine. Représentées par un protecteur peu zélé, elles furent vaincues. La faute tout entière est à Pompée : si, au lieu de se renfermer dans les délices de sa maison de Naples, il avait préparé à la guerre tous ces jeunes seigneurs qui n'y avaient jamais été, et tous ces soldats qui se reposaient depuis longtemps , la plaine de Pharsale n'eût pas été aussi funeste à Pompée, et une tombe de moins eût été creusée sur les bords du Nil. Cependant, si César était hors de Rome, si Ton voyait déjà ses dix légions sur les sommets des Alpes , César était dans Rome si, ou du moins son or y était pour lui. il

avait gagné le tribun Curion, dont il avait payé les dettes immenses, Marc- Antoine, Pison.Daris une assemblée du peuple, où l'on avait agité la question de savoir lequel de César ou de Pompée devait poser les armes , un plus grand nombre s'était levé pour César que pour Pompée. Le consul Marcellus était resté le partisan le plus exalté de Pompée; il traitait publiquement César de brigand. Après l'assemblée du peuple, Marcellus, suivi de tout le sénat, qui était resté fidèle à Pompée, se rendit chez ce général : il lui peignit chaleureusement les circonstances qui le menaçaient, et termina par lui dire : « Je vous ordonne Pompée de secourir votre patrie, et de vous servir des troupes que vous avez déjà et d'en lever de nouvelles. » Cependant César n'était plus qu'à quelques journées de Rome : udc terreur panique s'emparait de ses habitants; les plus considérables se portaient chez lui , et là on lui demandait ce qu'il avait à opposer à César. Pompée parla faiblement des deux légions qu'il avait prêtées à César , et d'une force de trente mille hommes. « Où sont, se demandaiton, ces légions qui devaient sortir de dessous terre?»— Caton proposa et fit adopter de nommer Pompée général avec un pouvoir absolu. « Ceux, disait-il, qui font le plus de mal peuvent aussi quelquefois faire le plus de bien. » Pompée déclarait partout que ceux qui resteraient dans la ville, et ne le suivraient pas , seraient considérés comme partisans de César. A la t^le d'une armée forte de sept mille chevaux, et d'un grand nombre de fantassins , au bout de neuf jours de siège il s'empara de Brindes, et fit embarquer pour la Grèce les deux consuls et toute son armée. Ainsi, voilà Rome sans magistrat, sans sénat. Plusieurs historiens font gloire à Pompée de cette fuite, qu'ils appellent une bqnue ruse. Pour nous , il nous semble que ce fut une faute capitale que d'abandonner ainsi le sol de l'Italie et le trésor public , que de céder du terrain sans aucun prétexte à un général qu'on méprisait tant naguère. Cette opinion est éloquemment exprimée par Cicéron : voici comment il en parle à Atticus : « Dites-moi, je vous prie, ce que vous pensez du parti qu'il a pris d'abandonner Rome. Pour moi, je n'y comprends rien. et je n'y vois aucune apparence de raison. Abandonner Rome ! Vous en feriez donc autant si les Gaulois venaient une seconde fois l'assiéger? La république, dit-il, n'est pas renfermée dans l'enceinte de nos murailles; mais notre pairie n'est autre chose que nos fbyers et nos autels. Thémistocle n'abandonna-t-il pas Athènes? C'est qu'une seule ville ne pouvait arrêter ce torrent

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de barbares qui inondait la Grèce. Environ 50 ans après , Périclès sauva Athènes quoiquHl ne lui restât plus que cette place; et lorsque les Gaulois eurent pris Borne, nos pères tinrent dans le CapUole : vous voyez combien nous avons dégénéré. D*un autre côté, il semble qu'il se lirera de ce mauvais pas, si fen juge par la douleur publique des villes de ces quartiers , et par tout ce que Ton dit dans les conversations. Si Ton est fort étonné de voir la capitale de l'empire sans sénat, sans magistrat, Pompée fuyant est un spectacle qui a animé tous les esprits. » La flotte, partie de Dyrrachium, aborda en Ma* cédoine. Brutus, celui qui devait tuer César, Caton, Cicéron lui-même , après de longues et prudentes hésitations , vinrent rejoindre Pompée. Pour César, iLeotra sans difl&culté dans une ville déserte; il ne sp livra à aucune vengeance, et ne fit pas tomber une tète : il menaça seulement le tribun Metellus de le tuer s'il refusait de lui livrer les clefs du trésor public : « Bt remarquez, ajouta-til, qu*il m*est plus difficile de le dire que de le faire. » Il ne s'arrêta pas longtemps à Rome. Il retourna en Espagne, où il s*empara de quelques troupes de Pompée, et de là se mit à poursuivre de près son illustre riva}. La tactique de César fût d'user et d*a£foibiir par des escarmouches savantes le corps formidable de l'armée ennemie, et de prouver à $es soldats qu*il était possible après tout d'attaquer celte masse imposante. Cette conduite faillit lui coûter cher. Dans une de ses défenses. Pompée se battit avec tant de courage que deux mille des ennemis restèrent sur le champ de bataille. César se réfugia dans son camp, où il ne fut pas poursuivi, et le soir, causant avec se$ amis, il dit : « Nous étions vaincus aujourd'hui si nous eussions eu affaire à un ennemi qui sût vaincre. » La disette força bientôt César à aller chercher d'autres ressources; il passa «n Thessalie; là, au-dessus de Larisse, près du fleuve Apidanus, il arriva dans une plaine stérile, et qu'on appelait Pharsale; Pompée le rejoignait lentement. Là fut livrée une des plus sanglantes batailles de l'antiquité (vox* Pbaasalb). Pompée y vit périr sa fortune avec la liberté romaine. Réduit à prendre la fuite, escorté de quelques amis fidèles et de quelques esclaves, il erra pendant longtemps, et quand son cheval fut lassé, il l'abandonna, et, traversant la vallée de Tempe, se mit à genoux sur le bord du fleuve et but de son eau. Il arriva le soir sur le rivage de la mer, et dormit dans une cabane de pécheurs. Le lendemain, il renvoya ses esclaves, et, avec les deux Lentulus, Favonius et quelques autres, noAta

sur un bateau de rivière, aperçut de loin un vaisseau marchand, se dirigea vers lui, et appelant le patron, il lui demanda asile à son bord. « Cet homme, dit Plutarque, était occupé à raconter à ses matelots un songe qu'il avait eu la nuit, dans lequel Pompée lui était apparu vaincu et suppliant. C'était bien lui, c'était le grand Pompée ; c'était la môme ligure, résignée, mais fière, abattue , mais encore noble. Il Et diriger le vaisseau vers Hytilènt, où était sa femme Cornélle. Il restait sur le pont, silencieux et comme perdu dans la contcmplatiou de la mer. Arrivé à l'He de Lesbos^ il envoya un courH«r pour prévenir Comélie. Elle attendait, d*aprèi les dernières lettres de Pompée, le rédt d'une vietohre facile et éclatante, et voilA ce que le messager lui dit : « Si vous voulex le voir encore, il est là sur un seul vaisseau, et qui n'est pas à lui! » Comélie tombe sans connaissance à ces mots; puis bientôt elle revient à elle, traverse la ville en eonrant, et se Jette dans les bras de Pompée : « 0 mon époux, lui dit-elle, ee n'est pas ta mauvaise fortune que je plenre, c'est la mienne : ae comprends -tu? Publius Crassus, mon premier mari, est mort, tué de la main des Parthes, et il fallait seulement que ma vie fût liée à la tienne pour changer en mal* heurs inouïs la fortune du grand Pompée. O Pompée! Pompée I pourquoi t*ai-je connu, et que ne me suis-je concfaée, comme Je le voulais, dans le tombeau du grand Crassus I « Pompée la releva et lui répondit : « N'accuse pas la fortune, Coraélie; il y a peu d'hommes qu'elle ait fav»p> risés aussi longtemps qne moi. Parce qu'elle ne m'avait jamais abandonné jusqu'ici , tu as cm qne je l'avais maîtrisée : voilà ton erreur. Ne In maudis pas, Cornélie, et pense qne, puisque de ee que j^étais eUe m'a lait ce que je tnls main* tenant, de ce qne Je suis elle peut me refoire ee que j'étais. » — Cornélie raseembla ses bUnuxel ses esclaves. Pompée s'embarqua avec ta femme, et fit voile sans s'arrêter jusqu'à Attalie, dans la PamphyUe. Il fut rejoint par soixante sénatènra. Caton, lui apprenaiton, avait rassemblé leséé* bris de son armée. Sa flotte restait encore lent entière. Ces nouvelles relevèrent un peu Pompée : mais il pleura amèrement la faute qu'il avait foite de oomlialtre si loin de sa flotte, ay milieu des terres. Où irait-il ? Oans quelle pro*vince aborderalt-il pour reconstruire une année et rejoindre les forces qui lui restaient? Pompée inclinait pour aller chez les PartlMS. On réunU les opinions, «t le funeste oonsell d'aller en Egypte prévelut. « Vous trouverez, lui dâ-^ 8»it-oo, un jeune roi pénétré de recMumissanee

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fMwr tout ce que tous avez fait pour son père. » Voilà ee qu'oa disait : mais ce qu*OD ne savait p«s, c*est que tout était décidé à la cour d*És^pte par Pbotin, esclave anobli et favori suprême. Lors donc qu*un messager fut venu demander la bienvenue pour Pompée, Photin ressembla son conseil, composé d'esclaves et d'affrancbis. On ne savait quel parti prendre, quand un Grec, Théodole de Cbio, qui enseignait la rhétorique au jeune Ptoléoiée, broda un discours sur ee tlième. « Si vous recevez Pompée, vous avez César pour ennemi et Pompée pour maître : si ▼eus le renvoyez. Pompée se vengera un Jour de ce que vous Tavet chassé, et César de ce que ▼ous D« V9IW91 pas retenu. Vous n*avez donc qu^une ebosc à faire, qu*une ousure à prendre, e*est de tuer Pompée. » Puis, il ajouta en souriant : « Un mort ne mord pas. » L'histoire doit dire que dans cette réunion infâme, il he se trouva pas une votx pour flétrir cette opinion. La mort de Pompée fut résolue, et on en chargea Aoliillas, Septimius et Salvius. Septimius et 8alviiis«vaieot «utrefois commandé des compagnies sous Pompée. Ils prirent une barque, cachèrent leurs épées, et, renforcés de quelques soldats, ils se dingèrent vers la galère de Pompée. Celui-ci, comme par un pressentiment secret, embrassait en pleurant Cornéiie et tous ses amis, qui étaient sur le pont. Achillas s'approcha de la galère : • Mgneur, ditril à Pompée, il Haut que vous descendiez dans cette barque ; les eaux sont basses, et il y a des Joncs le long du rivage qui empêcheraient votre vaisseau d'aborder. » Pompée, voyant la igure sinistre de ces hommes, devina une partie de ce qui l'attendait : il n'était plus temps de reculer; d^à les vaisseaux du roi d'Egypte se dirigeaient tout armés sur lai. Il taafarassa une dernière fois Cornéiie et ses amis, et descendit dans la barque. Sa contenaaee fut calme et digne. « Mon ami, dit-il à Septimius, me me reooanais-tu pas? M'as-tu pas servi sous WÊtÀ ! • N'obtenant point de réponse, il se remit à lire une harangue grecque qu'il avait composée pour Ptolémée. Son supplice ne fut fias long. Comme la barque abordait, et au moment oè il mettait le pied sur la terre d'Égypie, geptiaût» le ftappa par derrière, Achillas et ses compagnons redoublèrent, lès lors un cri déchirant parltt de la galère de Pompée, qui emmenait Cornéiie à fOrce de rames : un homme s'enveloppa dans son manteau sans dire une seule parole; un corps tomba sur le rivage, et c'en était fait du grand Pompée. Son affranchi Philippe resta seul pour veiller auprès de ce 4roMiirflome,doiitles meoitfieBS avaient eaypé

la tète. Quand la curiosité des égyptiens se fut f assasiée sur ce cadavre , il l'enveloppa de sa propre tunique, et, aidé d'un vieux Romain qui habitait rÉgypte, Il rassembla quelques planches de bateau que le flot avait poussées sur 1^ rivage, fit un bûcher et consuma ces restes précieux. A ce moment, un vaisseau passait sur la mer; ua homme était sur le pont : c'était Lentulus, ami de Pompée. Il distingua de loin un bûcher et un esclave qui l'alimentaiL t Qui est, se demaa* dait-il, celui qui est venu se reposer ici de ses travaux? » One voix secrète et le souvenir da Pharsaie le firent penser à Pompée. Il descendit, et de la sorte trois Romains honorèrent les fu^ nérailles de Pompée, et prièrent sur son bûcher, La réoompense de Lentulus pour cet acte da piété fut, quelques instants après, d'être tué par des Égyptiens qui passaient et qui s'indigne* rent de voir un homme qui honorait et qui s'agenouillait devant leur victime.— Jusqu'à présent, pour écrire cette biographie de Pompée , nous avons suivi la trace du burin ingénieux et attachant de Plutarque. Depuis les dix-huit siècles qui se sont écoulés, la vue de l'histoire a grandi, et elle juge autrement Nous allons donc essayer de porter un jugement qui nous soit propre, et nous examinerons sévèrement chacune des actions de Pompée. — Rome touchait à une époque de transformation nécessaire. La républi* que arrivait malgré elle à l'empire. Les lettres grecques, qui détournaient à leur profit cette énergie primitive des Ronsains, les vices da toute sorte, conquêtes déplorables que les vainqueurs avaient rapportées de TOrient; les richeases immenses que tant de dépouilles leur avaient faites, jetaient dans Rome les germes d'une cor^ ruption qui devait être désastreuse pour la liberté. Cette capitale du monde, comme elle s'appelait orgueilleusement , devait cesser de vivre sous un principe d'aristocratie tempérée. 1^ ambitieux habiles devaient exploiter les paasioas démocratiques au profit de leurs espérances, et franchir sans peine les limites qui séparaient le tribunat populaire delà tyrannie suprême. Rome reseentait toujours les effets de cette impulsion que lui avaient donnée les firacques. Marius at êylla. partant chacun d'un principe opposé, devaient se rencontrer au même but, et retarder alternativement leur triomplie par un flot de proscriptions. Telles étaient les circonstances, quand Pompée parut sur l'horixon politique. U se DMMitra le protecteur de Sylla, d^ vieilli, et recneillit son héritage et son paKi, moins sas principes sanglants et odieux. Il comprit qu'il y avait desichangemantsà faift, que le sénat devait

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se résigner à des concessions, et proposa un plan dont Tapplicatlon aurait montré des principes sages et mesurés. Les guerres d'Espagne H d'Afrique vinrent le détourner de ses préoccupations politiques. Après sa campagne contre les pirates et son expédition contre Hithridate, Pompée devait trouver à Rome des rivaux qui, chacun spécialement à la vérité, remportaient sur lui. César devait lui donner une cruelle le« çon de guerre sur le champ de bataille de Pharsale. Cicéron était son maître à la tribune, et Gaton le dominait dans les déterminations publiques et dans la vie privée par toute Taustérité de sa vertu. Pompée, en effet, avait plutôt la pratique et rhabijeté que la spontanéité du génie militaire , plutôt la facilité de parole que Téloquence, plutôt Thonnéteté que la vertu. Il faut lui rendre la justice de dire que, jusqu*à ce qu'il eût abandonné Cicéron pour ne pas perdre la ftiveur du tribun Clodius, on n'eut pas un tort grave à reprocher à la moralité de sa conduite. Dès qu'il fut entré dans ce triumvirait fatal à la liberté, Pompée sembla abdiquer l'honneur de toute sa conduite passée. Il était dévoré d'un besoin Invincible de gouverner, et, ne se sentant pas assez fort par lui-même, il voulait se servir de ses deux plus redoutables rivaux et les réunir à lui Jusqu^à ce qu'il pût les écraser. Rome eut k cette époque la gloire périlleuse d'avoir élevé dans son sein plusieurs grands hommes. Le génie ne veut pas être divisé. Quand il réside tout entier dans un seul homme, comme il est complet, il est nécessairemen t grand et noble ; fractionné, il devient un prétexte et une cause suffisante pour des tyrannies isolées et terribles. Or, à côté de Pompée se trouvaient, à cette époque. César, qui l'effaçait sous tous les rapports; Cicéron, aussi habile politique qu'admirable orateur ; Caton, le modèle de la réunion de toutes les vertus républicaines ; Crassus, le grand général, et Lucullus, qui se réveillait de temps en temps dans ses salles de banquet pour se souvenir qu'il avait vaincu Mithridate. Nécessairement, la ville éternelle était destinée à devenir la proie du plus grand, du plus habile de ces hommes, et ce ne fut pas Pompée que la fortune désigna. Il eut longtemps, nous le répétons, des intentions nobles et généreuses. Il les oublia quand des triomphes nombreux et éclatants eurent fait naître l'ambition , que le citoyen de Rome aurait dû étouffer dans son sein. Nous terminerons par l'accuser une dernière fois de la faute capitale et sans excuse qu'il commit en abandonnant avec une sorte de lâcheté lltalie, pour aller chercher ses légions dans des provinces éloi-

gnées, et en laissant sans défenseur Rome, qui eût été anéantie si elle eût eu affaire à un vainqueur moins clément que César. Quand il quit* tait si déplorablement les portes de sa ville natale, pourquoi une voix prophétique ne lui cria-t-elle pas que ce qu'il laissait dans Rome, c'était sa gloire ; c'était Pompée tout entier, let Sertorius, et les pirates, et Hithridate, vaincus; et que ce qu'il allait chercher au loin, c'était une défaite éclatante, une mort que son courage seul ennoblit, et une tombe creusée par deux esclaves sur les bords du Nil ! Lacbbtblli. . POMPÉI, HiRCDLAiiDH et Stabiis étaient trois villes florissantes de la Campanie, au pied du Vésuve, sur la côte de la mer Tyrrhénienne, dans le golfe même de Naples. Herculanum était k l'ouest du volcan ; Pompéi au sud, et Stables au sud-est. Suivant Strabon (l'^9 P* ^^K ces villes, colonies pélasgiennes, appartinrent d'abord aux Opiques ou Osques. Les Étrusques les pu chassèrent, environ 600 ans avant notre ère, et formèrent un État fédératif de 12 cités, dont Yulturne ( depuis Capoue), fut la capitale. Yers4t0, ces Étrus^iues furent à leur tour soumis par les Samnites, qui prirent le nom de Campaniens. Enfin, de 843 à 514, les Romains se rendirent maîtres de tout le pays.

Herculanum (en grec *Bp6atXuojt) était située à 7 kilom. de Naples, entre cette ville et Pompéi, sur une pointe de terre qui s'avançait dans la mer ; elle passait pour avoir été fondée par Hercule en même temps que Pompéi. L'année 63 de J. C, un tremblement de terre les détruisit k moitié, et, le l«r nov. 79, dans la l^* année du règne de Titus, le reste de ces deux cités fut englouti par une éruption du Vésuve, la première que mentionne l'histoire et la plus mémorable par ses incalculables désastres et par la mort de Pline Tancien {vox* ce nom et les deux lettres de Pline le Jeune, 1. VI, 16 et 30). Il est probable que la matière qui couvrit ces villes était des cendres brûlantes et des pierres ponces qui furent éteintes et délayées par des torrents d'eau pluviale. Ainsi s'explique la conservation des tableaux, des mosaïques, des manuscrits, etc., que la lave aurait consumés, si elle eût coulé dans les rues et sur les édifices. En se refroidissant , elle serait d'ailleurs devenue une masse compacte qui eût rendu les fouilles presque impossibles. Depuis, et par d'autres éruptions, le Vésuve a recouvert Herculanum de plusieurs couches de lave, et c'est sous ce linceul de cendres et de scories, dans une tombe de 34« de profondeur que, pendant 1634 ans, la cité d'Hercule est restée ensevelie. On oe l'a retrouvée

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qu*en 1715 et par hasard. Des ouvriers employés à creuser les fondements d*une villa pour le prince d'Elbeuf, Emmanuel de Lorraine, marié à Naples et établi à Portici, parvinrent à une voûte sous laquelle ils trouvèrent des statues de bronze et des marbres qui furent envoyés au prince Eugène. Les recherches ne semblent pas avoir été poussées plus loin ; mais en 1738, don Carlos, roi des deux Siciles et plus tard roi d*£spagne, les fit recommencer; depuis, on n*a pas discontinué de fouiller ce sol historique et de déblayer cette ville souterraine. On ne peut la visiter qu^aux flambeaux, parce que, enfouie sous une lave très-dure, on n*y pénètre que comme dans une mine; mais de cette mine féconde sont sortis les trésors les plus précieux pour Thistoire des arts et Tarchéologie. On y a retrouvé avec admiration de belles rues alignées au cordeau avec des trottoirs, des maisons pavées de marbre et de mosaïques, quelques-unes avec des fenêtres vitrées, un théâtre, plus intact qu*aucun autre que Ton connaisse, pouvant contenir 10,000 spectateurs, des temples ornés de peintures à fresque et des plus belles colonnes, etc. Tout ce qu*on a retiré des décombres, les mosaïques, les statues, les vases, les ustensiles de ménage en bronze, en fer, la plupart d*un beau travail, les manuscrits ', forment le plus riche et le plus curieux musée du monde. Ce musée, qui était à Portici, petite ville construite sur remplacement d'Herculanum et qui doit son nom à un de ses quartiers appelé Hereulis Poriicus (Pétrone, 100), a été transféré à Naples et réuni au musée Borbonico.

Pompai (en latin Pompeù\ en grec Uo/inala) était entre Herculanum et Stables, à 18 kilom. de Naples , à Tembouchure du Sarnus , fleuve, dit Strabon, llv. Y, sur lequel les marchandises peuvent descendre et remonter. Aujourd'hui, par Teffèt des révolutions du sol, le Sarno, dit Scafali, est plutôt un ruisseau qu*un fleuve. Cette ville servait d'arsenal maritime aux villes d^ la Campanie et d'entrepôt à leur commerce La mer s'en est retirée à près de 5 kilom. Gomme Herculanum, Pompéi rapportait son origine à Hercule, qui y avait célébré avec pompe ses victoires. Ces deux villes, bâties ensemble, périrent ensemble, ensevelies sous les cendres de la même éruption * : seulement Pompéi n'a pas été recou-

* Cn mu. àe papyroa («o/. ) étalent «a nombr* d« 800 «a aofau; rhnmidlté cn •▼•!( poarri nn grand nombre, le» antre* étaient rtioiu «n cbarbon. On n'evt parrenn i d^onlcr et k éi^ dUflrcr qn'nn Traité de la philoMphle d'Épicvre, nn ooTrage de aoralci m poëao nr la mnaiqne, nn firagment d'un antre poëme mt là btttaUle a'Acitnm «t vm rbétorkiue de PbUodânu. f^oir

verte d'épaisses couches de lave et n'est qu'à 3 ou 4n au-dessous du sol. Néanmoins elle n'a été retrouvée que 43 ans après Hereulasnm, en 1755. L'opinion généralement accréditée, que le peuple de cette ville fut surpris et écrasé par le fèu et les pierres du volcan, pendant qu'il était au théâtre, est réfutée par le petit nombre de squelettes qu'on a trouvés. Les premières commotions du sol et l'aspect menaçant de la montagne avertirent sans doute les habitants, ainsi que ceux d'Herculanum, de l'imminence du danger et leur firent prendre la fuite. A Pompéi, les fouilles n'ontété suivies avec persévérance et méthode que depuis 1799. Vu la nature du sol, elles s'y font à ciel ouvert et sans de pénibles travaux. De 1812 à 1814, les remparts de la vUle oât été déblayés et indiquent sa grandeur, environ 6 kilom. de tour. Par son étendue ce n'é« tait qu'une ville de 3« ordre, mais telle était la prospérité de celte commerçante cité, son goût pour les arts et les monuments, que, bien qu'un cinquième en soit à peine déblayé, on connaît d^à 8 temples, 1 basilique, 3 places publiques, des thermes, 3 théâtres, et 1 amphithéâtre im* mense. Les maisons y sont petites, mais la cité est grandiose. L'architecture domestique se rapetisse et s'efface devant l'architecture municipale. Tout se trouve là, tel à peu près qu'il était le jour de la terrible catastrophe : les ornières tracées par les chars sont encore sur le pavé; on se promène sur les trottoirs des rues, sur les places publiques; on visite les temples, on entre dans les boutiques. L'illusion serait cependant plus complète, l'instruction plus grande, si les meubles, les vases, les statues, restaient à leurs places , au lieu d'être portés au musée de Nat>les. On aurait alors sous les yeux l'autiquité palpable et vivante. Auprès de Pompéi s'est élevée la petite ville de Torre dell' An-^ nunziata.

Quant à la ville de Siabies {Stahiœ)^ située à 25 kilom. de Naples, Sylla, dans la guerre so* ciale, 88 ans avant J. G., l'avait à moitié détruite. Il n'y avait presque plus que des maisons de campagne, quand le désastre de l'année 79 l'associa au sort de Pompéi et d'Herculanum. C'est à Stables que mourut Pline l'Ancien. On n'a retrouvé cette ville souterraine qu'à la fin du dernier siècle, près de Castellamare, ville mari-

les FoUmina htmJamtiuia de Rostol et Ciampitto, Naplee, 1809. > Le savant Ignarra, dana m dlMertation latine />« mrtù Ifeéf polis ngioHÊ tunaUntnti, prouve que les déeastrea de ces deux tUIc* furent en partie r^par^ et qu'elles ne disparurent tout k fait que dans l'éniptioa do 471 {itoir U M*g» Em^, deMiUin, 1804).

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tlme et épiscopale qui a été bAtie avec le marbre de ses ruines.

Les prîDcipaui ouvrages publiés au sujet de ces antiques cités sont : Le antichiià di Ercoîano, de Bajrardi, Naples, 1757-1793, 9 vol. in-fo1.; les yolumina herculanenêfa déjà cités, % vol. lu-fbl. ; Les ruines de Pompéi, par Mazois, Paris, 1835 et suivante (vojr- Gao), 4 vol.; lierculanutnet Pomvéf, par Barré, 8 vol. in-4«; Cooke. Delineationêf etc., Londres, 1837, 3 vol. in-fol., etc. F. Dehèqob.

POMPEIUS (CH.) STKàBO, père du grand Pompée, consul Tan 80 avant J. G,, se signala dans la guerre sociale par la défaite d^Afranius (00), la prise d'Asculum (89) et la soumission des f^estint et des Peligni; mais se déshonora en gardant pour lui le produit du butin. Envoyé Tan 88 contre Marins et Cinna, il s*entendit avec eux pour se laisser battre { dans cette campagne, ses soldats révoltés allaient lui 6ter la vie, quand les prières du jeune Pompée les désarmèrent. Pompeius Strabo périt peu après d*un coup de foudre (87). Son corps fut traîné dans les rues de Rome et jeté dans le Tibre. Bouillit.

POMPES FUNÈBRES. Foy, FuRtoiLiLLES, IN- HUHiLTioif et Fabriqci d'églisi.

POMPIERS, Sapiuis-Pohpius. C*est le nom que Ton donne aux hommes chargés de Tentretien et du service des pompes à incendie. Du temps des corporations d*arts et métiers ces fonctions étaient remplies dans les grandes villes dHine partie de l'Europe par les ouvriers maçons, charpentiers, forgerons, couvreurs, etc. En Russie, les troupes étaient chargées du service des pompes à incendie ; à Madrid ce service était confié à la compagnie d'artilleurs royaux ; à Paris, treize pompes furent établies en octobre 1609, dans différents quartiers, et Tadministration de la ville en confia le soin à des ouvriers rétribués et choisis pour ce service. En 1703 ces ouvriers reçurent le nom de sapeurs-pompiers et furent armés de sabres; à Bruxelles, vers le même temps, les pompiers furent formés en compagnies et armés du sabre et du fusil. Enfin par Torganisation du 7 novembre 1831 les sapeurs-pompiers des villes de France ont été placés définitivement dans Parmée ; il en a été de même récemment en Belgique ; mais tout en faisant partie de Tarmée ils sont toujours soldés et entretenus aux frais des villes. Ces institutions sont très-utiles pour arrêter les incendies dans les grandes villes, où une bonne et prompte direction des secours peut seule prévenir les plus grands dangers; aussi rencontre-t-on partout des pompiers plus ou moins bien organisés;

mais il n'est peut-être pas une localité où les secours soient apportés avec une plus parfaite intelligence qu'à Paris, où le corps des sapeurspompiers a acquis, sous le commandement des colonels Plaxanet et Paulin, un éclat tout particulier. — Les feux qui se développent très fréquemment daifs les cheminées peuvent être facilement éteints , dans la plupart des cas, avec beaucoup de facilité, quand on s'y prend à temps; et, comme- on n'a pas toujours le moyen d'appeler des pompiers, il est important de savoir de quelle manière on doit s'y prendre pour parvenir à ce but. — Si on a à sa disposition de la fleur de soufre, au lieu d'enlever le feu de Fàtre, on l'y étale, on y jette une à deux livres de soufre, et on ferme Immédiatement et exactement l'ouverture de la cheminée avec une porte, une table ou tout autre objet semblable que l'on a recouvert avec un drap mouillé, une couverture, un rideau, etc.; le soufre, en brûlant, absorda l'oxygène et produit en même temps un gaz im« propre à continuer la combustion ; le feu peut disparaître par ce seul moyen. Dans tous les cas, et en attendant les pompiers, qu'il ne faut jamais négliger d'appeler, parce que des crevasses ou d'autres conditions défavorables peuvent propager l'incendie, on couvre la cheminée avec un drap mouillé, que l'on maintient sur la tablette au moyen de quelques corps pesants, et^ saisissant le drap par le milieu avec la main, on le fait pénétrer dans la cheminée, et on le retire rapidement en dehors pour produire l'effet d'une pompe ; on fait ainsi tomber la suie embrasée, que l'on éteint en y jetant de l'eau, et on continue de cette manière jusqu'à ce qu'il ne tombe' plus de feu. — Quand l'incendie s'est développé dans un bâtiment, il faut diriger la plus grande quantité possible d'eau sur le point incendié, en se servant de la pompe, dont le jet frappe si fortement les corps qu'il atteint, qu'il peut détacher facilement des parties embrasées.— Dans un trèsgrand nombre de circonstances, le feu se développe dans certaines parties d'un bâtiment qu'il faut traverser pour porter secours à des individus exposés aux dangers les plus imminents ; parmi les moyens sur lesquels des expériences ont été faites, nous signalerons les appareils du chevalier Aldini, professeur de Milan. — Davy a prouvé que les fils métaliques s'opposent plus ou ipoins complètement à la transmission de la flamme; d'autre part, on sait que l'amiante ou asbeste ne peut brûler même en la plaçant au milieu d'un foyer; Aldini a pensé qu'un individu couvert d'un vêtement en tissu d'amiante, protégé en outre par une enveloppe en toile métallique, serait

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à rabri de Tadion de la flamme, elles essais nombreux qu*il a faits, surtout à Paris , ont prouvé que des hommes pouvaient ainsi pénétrer dans un lieu incendié, et traverser les flammes sans éprouver d^accidents. Un bouclier en toile mé* lâuique peut même servir à éloigner suffisamment la flamme pour permettre à celui qui en est muni de traverser une assez grande étendue de flamme qu*il repousse loin de lui. Mais les armures métalliques gênent beaucoup les mouvements, et les tissus d^amiante s'échauffont au point de procurer à ceux qui les portent une chaleur capable de déterminer des accidents; ces appareils peuvent servir dans quelques circonstances, mais, à Texception du bouclier, ils peuvent être bien avantageusement remplacés par l'es appareils dus au colonel Paulin, qui offrent le double avantage quMls permettent de pénétrer dans un espace rempli des vapeurs et des gaz les plus délétères, et de s*y maintenir longtemps sans courir aucun danger. La fumée seule, produite par le bois et un grand nombre d^autres corps analogues, suffit déj^ pour fatiguer la respiration, et mettre bientôt un individu dans Tiropossibililé de rester dans un lieu incendié; mais, comme il se produit souvent en même temps des gaz ou des vapeurs nuisibles, et que la combustion enlève à Tair sa partie respirable; qu*en outre la chaleur elle-même serait un obstacle à la station trop longtemps continuée à proximité d*un point incendié, un moyen qui permettrait à un homme de respirer librement de Tair pu r, sans gêner aucun de ses mouvements, et le soustrairait en partie à Taction de la chaleur, permettrait de porter des secours dans beaucoup de cas où tous les efforts eussent été infructueux : ces conditions, Tappareil du colonel Paulin les remplit complètement. — On a plusieurs fois tenté de faire pénétrer des hommes au milieu de gaz non respirables, en leur fourjiissaut de Tair pur, soit au moyen de pompes, comme dans la cloche du plongeur, soit au moyen d*appareils portatifs renfermant de Tair plus ou moins comprimé. La modification apportée par le colonel Paulin dans rapplicalion de ces principes parait réaliser tout ce que Ton pouvait en attendre. — Une casaque en cuir descendant jusqu'au-dessous de la ceinture et portant des sur-cuisses, pour empêcher Thabillement de remonter, se trouve serrée autour du corps par le moyen d'une ceinture. L'extrémité des manches* est fixée par le même moyen; le capuchon couvrant entièrement la tête porte à la partie antérieure une lame épaisse de verre cintréj qui pe]:met d'apercevoir tous les ol^ets

sans être obligé de tourner la tête ; vers la par* tie inférieure de la casaque, et sur le côté, se trouve une monture en cuivre, SQr laquelle 00 visse un tuyau fixé à la pompe que Ton fait manœuvrer à vide; Tair gonfle la casaque, et, affluant sans eesse, permet au pompier de respirer toujours un air pur. -^ Un sifllet, placé sur la partie antérieure du masque, donne au sapeur la facilité de transmettre des signaux, et le boyau pourrait servir pour aider, avec le cordage qu'il porte avec lui, à retirer cet homme en cas d'ac^ cident. — Revêtus de cet appareil, des sapeurs ont pu rester, 40, 50 minutes, une heure même, dans une cave où Ton avait incendié un mélange de bois, de paille, de résine et de suif; s'y livrer à tous les exercices nécessaires pour éteindre Pincendie, en reconnaître la cause, et n'out été obligés de quitter ce lieu que par la chaleur qu'ils ressentaient aux cuisses et aux Jambes, non préservées, comme le reste du corps, par une couche d'air neuf. — Cet appareil simple , d'une construction facile et peu dispendieuse, a déjà rendu de grands services dans plusieurs incen*dies; il offre surtout cec4 d'avantageux qu'il donne à celui qui en est revêtu toute sécurité, et que l'obligation d'avoir une pompe dans tous les cas d'incendie ne force à remploi d'aucua appareil particulier, et surtout difficilement transportable. — Le vêtement dont nous venoas de parler a également été employé pour pénétrer dans des puits, des lieux profonds ou infects, où tout homme aurait perdu la vie. -*- Lorsqu'un incendie se développe dans la partie inférieure d'un édifice, les Individus qui se trouvent placés dans les parties supérieures courent les plue grands dangers quand ils veulent en sortir : on a imaginé plusieurs échelles à incendie qui permettaient bien de porter des secours dans ces cas; mais leur complication, le pvix élevé de leur construction, la difficulté de les transporter (car il fallait plusieurs chevaux), les rendaient à peu près inutiles; on a, depuis quelques annéce, adopté l'usage d'échelles d'un tout autre genre, qui offrent les plus grands avantages : ces échelles, en bois très-solide, se plient au milieu de leur longueur pour les rendre plus portatives; un boulon qui fbrme l'un des échelons permet de les assujettir très-rapidement quand on les déploie : à la partie supérieure, elles portent deux demi-cercles en fer qui servent à les fixer à l'appui de la croisée du premier étage, en cassant s'il le faut, par leur moyen, les vitres des croisées; deux sapeurs^ parviennent ainsi Jusqu'à ce point, et, en i^açant successivement, et de la même manière, leurs échelles à l^élage

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supérieur, ils aitiyent ainsi jusqu'à la partie la plus élevée; Tuo d*eux, porte attaché à son yétement Textrémité d*un petit cordage, au moyen duquel il amène h lui un tuyau en toile, dont la partie supérieure est garnie de quatre barres en bois, qui s^ouvrent pour former un cadre que Ton fixe dans la baie de la croisée; Textrémité inférieure du tuyau est soutenue au-dessus du sol par plusieurs hommes; les individus qu*il 0*agit de sauver, les objets qui peuvent être enlevés, sont descendus au travers de ce boyau, et les sapeurs eux-mêmes s^en servent pour redescendre s^ils ne peuvent le faire au moyen de Téchelle; en moins de dix minutes, deux sapeurs peuvent ainsi parvenir à la partie la plus élevée d*une maison, y sauver plusieurs individus, et redescendre eux-mêmes. On peut focilement juger par là de Futilité d*un semblable moyen. — Dans les cas d^incendie, la quantité d*eau que Ton peut se procurer est presque toujours insuffisante pour les besoins du service : on ne saurait donc trop multiplier les moyens de s*en procurer. On a depuis quelque temps adopté Tusage de seaux en toile portant une anse en corde, que leur extrême légèreté et la facilité de leur transport, soit avec les pompes, soit dans les chaînes que Ton f6rme toujours en pareil cas, rend d*un usage extrêmement précieux ; au moment où Ton y met de Feau, ils sont exposés à fuir un peu, mais ils s*abreuvent rapidement et font un excellent service. — On s'attache aujourd'hui beaucoup à introduire dans la construction des salles de spectacle des dispositions propres à diminuer les chances d'incendie et à faciliter Tadministration des secours quand il se développe. L'appareil modifié du colonel Paulin pour rester un temps très-long sous l'eau, est également remarqué parmi les moyens les plus certains de sauvetage. H. Gaultur db CiiLUBKT. POMPIGNAN (JiAif-jACQUBS, Li FRANC, marquis bb), premier président de la cour des aides de Itontauban, conseiller d'honneur au parlement de Toulouse, membre de l'Académie française, de celle des Jeux Floraux et des plus célèbres sociétés savantes et littéraires de France et d'Italie, naquit à Hontauban le 17 août 1709. Il était fils de le Franc de Caix; l'abbé le Franc, son onde, était premier président de la cour des aides de cette ville. L'ancienneté de sa famille, les services qu'elle a rendus à l'ÉgUse, à l'ÉUt et aux lettres, sont rappelés au long dans le nobiliaire de France et dans l'acte qui érigea la terre de Pompignan en marquisat. H. le Franc, car c'est ainsi.que l'auteur de Didon fut connu pendant longtemps, commença ses études à Tou-

louse, et les termina à Paris sous le père Porée. Son oncle, ayant témoigné le désir de le voir, comme lui, revêtu des plus hautes fonctions de la magistrature, voulut qu'il apprit la jurisprudence, et en peu d'années le jeune le Franc fut remarqué parmi tous ceux qui étaient destinés à parcourir la même carrière. Il allait obtenir une charge considérable, lorsque , tout à coup, il disparut de la maison paternelle. La culture des lettres, à laquelle il se livrait sans relâche, lui avait attiré une sorte de persécution domestique. On crut que c'était pour s'y soustraire qu'il avait fui ; on ignorait même le lien de sa retraite, lorsque tout à coup le succès de Dtdon vint apprendre à sa famille qu'elle avait acquis une illustration de plus.— Ce triomphe semblait en annoncer de plus brillants encore, et tous les hommes de lettres de celte époque donnèrent à M. le Franc de hauts témoignages de leur estime. Voltaire lui-même, quoique jaloux de celui dont il devait plus tard devenir l'ennemi, le flatta et le rechercha avec empressement. Néanmoins, il ne pouvait consentir à avoir un tel émule, et il saisit la première occasion qui se présenta pour rompre avec lui d'une manière éckitante.— Déjà célèbre à un âge où c'était beaucoup pour un poète de s'être fait distinguer, Voltaire venait de finir Jlzire, tragédie dans laquelle il oppose les mœurs de l'Europe à celles qu'il donne aux peuples de l'Amérique, lorsque le Franc présenta à la comédie française Zoraîde, pièce dans laquelle il fait contraster les mœurs indiennes et les mœurs de l'Europe. Soit qu'ils se fussent rencontrés, non dans la fable dramatique, mais dans le but moral, soit, ce qui ne parait, pas vraisemblable aujourd'hui, que Voltaire fût l'inventeur d'un sujet embelli par son rival , il exigea que sa tragédie fût jouée avant celle de le Franc. Celui-ci, qui, avec moins de fierié dans l'âme, eût pu balancer le crédit de l'auteur d'Alzire, aima mieux abandonner la lice que de s'abaisser en faisant des démarches qui répugnaient à sa délicatesse. 11 retira sa tragédie, qui fut à jamais perdue pour le public. Cet événement le fit renoncer à la partie dramatique, et la faveur avec laquelle on avait reçu Leê adieu» de Mare et Le triomphe de Vharmonie ne put lui faire oublier TafiFront qu'il avait reçu. D'ailleurs, il devait à sa famille, il devait à son nom le sacrifice des décevantes faveurs de la gloire : il venait d'être nommé avocat général à la cour des aides de Montauban, et les fonctions du ministère public exigent la présence j^e celui qui en est revêtu. Il s'acquitta de cet emploi délicat et difficile avec dignité. Qui mieuii qu'un homme

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de génie pourrait-être l*organe des lois et le vengeur de la société ? Le Franc fut considéré dès son début comme Tun des plus éloquents magistrats du midi de la France, et c*est de celte époque que date Tamitié qu'il inspira au célèbre d'Aguesseau. La mort de Tabbé le Franc ayant laissé vacante, en 1745, la charge de premier président de la cour des aides, le Franc, que nous n*appellerons plus que M. de Pompignan, Tobtint de la bonté du roi. Ce choix fut applaudi avec transport par le Querci. Les habitants de Montauban se mirent sous les armes pour le recevoir, et des fêtes célébrées pendant plusieurs jours annoncèrent toute la joie publique ; Tivresse devint même si vive que M. de Pompignan fut obligé de se servir de son autorité pour obvier aux inconvénients causés par la réunion de presque tous les peuples de sa province, qui venaient lui o£Frir le témoignage de leur admiration et de leur amour. Dans la suite, H. de Pompignan se rendit encore plus digne de rattachement général. Grand sans faste et sans hauteur avec rélite de la société, a£Pectueux et bon envers lliommedes classes inférieures et avec le pauvre, il avait le talent assez rare de se placer au niveau de tous ceux qui recouraient à lui; talent qui décèle un esprit souple, aisé, facile, réuni à toutes les qualités du cœur, plus estimables encore. H. de Pompigoan quitta cependant sa charge pour se livrer en entier aux charmes , de la poésie, aux douceurs de Tétude. Le parlement de Toulouse le reçut alors conseiller d'honneur, titre qui n'avaitjamais été donné à aucun magistrat étranger à cette cour. Mais le nom de M. de Pompignan était prononcé avec admiration dans toute la France, et il appartenait à la capitale du midi, qui déjà le comptait au nombre des membres de ses académiciens des Jeux Floraux et des sciences, de se rattacher encore en donnant au grand magistrat une nouvelle marque de Testime qu'elle avait déjà témoignée à rhomme de lettres et au savant écrivain. — M. de Pompignan avait formé le projet de se retirer dans la terre dont il portait le nom; il y faisait élever une somptueuse demeure, et il y avait rassemblé une magnifique bibliothèque. L'Académie de Montauban, qui s'était formée sous ses auspices, lui fournissait d'ailleurs l'occasion de propager l'amour des lettres dans sa province. Mais son mariage l'obligea d'aller résider à Paris, et dès lors son bonheur fut troublé par des persécutions injustes, par des calomnies, par tout ce que la haine pouvait inventer de plus acerbe, par les outrages les plus cruels.— Le succèsde Didon avait révélé l'existence d'un gra^d poète

au pays qui avait produit et Corneille et Racine. Dans ce sujet emprunté à Virgile, l'auteur s'était souvent élevé jusqu'au pathétique. On y avait admiré le caractère tendre et passionné de la reine de Carthage, et l'énergie, la grandeur de celui diarbe. Si Ton était obligé d'avouer que l'auteur avait quelquefois imité ou traduit même Virgile, ou ne pouvait lui en faire un reproche, et si le caractère d'Énée paraissait un peu faible, ce reproche pouvait retomber plus encore sur le poëte latin que sur le poète français. Cette pièce était restée au théâtre, et M. de Pompignan, en renonçant à la muse tragique, n'avait pas abandonné la culture des lettres. U avait donné en 1740, un Fqyage du Languedoc et de Provence, ouvrage charmant, où l'on trouve sans doute moins d'abandon, mais plus de décence, plus de correction que dans celui de Bachaumont et Chapelle. Les Poésies sacrées et philosophi' ques, tirées des Uvres saints, ijoutèrent beaucoup à la renommée de leur auteur. £n vain Voltaire a-t-il dit de ces cantiques :

S«Cffét tu «ont, car personne d'j tottcbe.

On a, comme le dit un écrivain moderne, beaucoup touché à ces belles poésies, et quelquefois avec admiration : d'ailleurs, Laharpe a très-bien dit dans son Cours de littérature qu'un trait de satire lancé par une main ennemie n'est ni le jugement de la raison , ni la condamnation du talent; il est assuré qu'après les admirables, mais trop peu nombreuses poésies que les deux Racine et J. B. Rousseau nous ont laissées en ce genre, rien n'est à la fois plus poétique, plus grand, plus religieux, plus noble que ces poésies contre lesquelles Arouet et ses pâles imitateurs se sont rués avec une rage incessante. Il y a là, même lorsque l'auteur s'écarte de l'original, de ^inspiration et du sublime , et lorsqu'il ne s'élève pas aussi haut, lorsque ses vers n'ont plus autant de pompe et d'harmonie, on ne peut dis* convenir qu'ils offrent toigours la réunion de l'élégance et de la force, de la précision et du coloris. Les autres poésies de M. de Pompignan ont eu un grand succès. Ses odes promues, où il n'a pas eu le secours de la pompe orientale et de la grandeur du style des prophètes, renferment de grandes beautés, qu'il ne devait qu'à lui seul, qu'à son génie vraiment lyrique. Son ode sur la mort de J. B. Rousseau est l'une des plus belles qui aient été faites depuis le grand poëte, et plusieurs de ses strophes sont encore dans la mémoire de tous les amis des lettres. D*autres odes de M. de Pompignan, et surtout celle qu'il adresse à Clémence Isaure, offrent

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anssi dés trâlU admirables. Seê Épîire$ sont écrites atee pureté, grâce, élégance i la saine norftle et le bon goût les ont dictées. Sa Traduction deê Qéorgiqutêf exacte, correcte, ne peat sans doute être placée aussi haut dans Testlme que celle de Delilleé Cesl arec tous ces titres littéraires que M. de Pompignan se présenta à TAcadémie. Saiûte-Palaye lui fut d'abord préféré) mais deux ans après, en 1760, il fut admis dans cette illustre compagnie. Le discours de réception de chaque récipiendaire pouvait, à son choix, rouler sur des matières littéraires ou sur des questions morales. On avait à peu près tout dit sur le goût, sur les divers genres de poésie, sur l'éloquence. H. de Pompignan voulut sortir des sentiers ordinaires et se tracer une route nouvelle, —A celte époque, le philosophisme dominait en France. La religion éUit le but constant, avoué même, de toutes ses attaques, de tous ses efiFbrts. Il foUait la détruire,

il ftdlait l'écraser Le chef de la secte était

l'ancien émule et l'ennemi de H. de Pompignan. Celui-ci osa dans le Louvre , au milieu de ses nouveaux confrères, presque tous philosophes, environné d'un auditoire nombreux, les attaquer avec force, les démasquer, montrer le Vide de leurs systèmes, l'incohérence de leurs opinions, le danger de leurs doctrines. L'effet produit par ces paroles incisives, graves, solennelles, fut immense. La rage des sophistes, poursuivis jusque dans leur palais, dut se taire, d'abord, au bruit des applaudissements prodigués à ce discours, qui avait ébranlé bien des convictions et détruit des préjugés absurdes. D'aillaurs, le triomphe de Pompignan fut complet, et la lecture de la traduction du premier livre de VÉnéidBf par laquelle il termina la séance, excita l'enthousiasme, si Ton en croit et le duc de Nivernaii et Collé. Hais bientôt les dominateurs de l'époque se réunirent; leur chef les encouragea : ils firent entendre des cris de rage. Sans doute H. de Pompignan avait dérogé aux usages reçus, il avait en quelque sorte marqué au front plusieurs de ses nouveaux confrères; maik l'audace de la secte était alors si grande, sa haine pour la religion, base de la morale publique et du bonheur de l'État, si évidente, le danger si pressant, que cette démarche obtint l'approbation des honnêtes gens. « Bn relisant ce discours aujourd'hui, dit un auteur, il n'est aucun homme exempt de partialité qui n'avoue que de Pompignan avait raison quand il proclamait ainsi, avec courage et talent, des vérités utiles; quand il signahiit, en présenee dt toute la France, les efforts •eupt''

blés qui préparaient longtemps d'avance les erreurs, les malheurs et les crimes de la révolution. » On ne désigne pas en vain à la vindicte générale les complots des méchants, et dès lort Pompignan fut en butte au débordement de toutes les calomnies, de toutes les injures. Voltaire envoya de Ferney les Facé/fe«par/«£en»ea, les Quand, les Pour, les Que, les Qi#£, les Quoi, les Car, les Ah I les Oh ! et, dans un rang plus bas, des hommes à peu près oubliés aujourd'hui apportèrent leurs ordurières productions ; Morellet se distingua dans le nombre par les Si et les PourquQi.*..é, Alors on tuait un hènnète homme par le sarcasme et la calomnie; plus tard, ayant plus de liberté , on aurait chargé le bourreau de ce soin. Jamais les pamphlétaires n'avaient montré autant d'activité. H. de Pompignan crut devoir même, non répondre à ceuxci, mais adresser au roi en personne un mémoire pour montrer qu'il n'avait eu aucune intention d'attaquer la religion en essayant une traduction de la Prière uniterêêlle de Pope, qu'il n'avait pas d'ailleurs publiée. Vengé par l'estime publique des traits de ses ennemi^, cet écrivain quitta Paris et se retira dans sa terre de Pompignan : lA, au milieu du calme des champs, au milieu de sa bibliolhèque, composée en grande partie de celle des deux Racine, il cultiva encore les lettres. Ses Mélanges de traduelions, son Essai sur la dernière révolution de l'ordre civil en France, et d'autres ouvrages encore occupèrent ses loisirs. « Il travaillait comme en secret, dit M. Castillon, espérant que la postérité le vengerait un jour. * Cet espoir n'a pas été trompé. L'homme de bien a d'ailleurs laissé des souvenirs non moins honorables que l'homme de lettrés et le magistrat : les biens dont il a comblé ses vassaux, leurs chaumières malsaines transformées en habitations commodes, l'hospice qu'il a construit et doté pour eux, l'église de Pompignan agrandie et où reposent encore ses cendres , la mendicité détruite dans ses terres, non par la force et la persécution, mais en procurant à l'Indigent des travaux utiles, furent les monuments de sa bienfaisance et de sa piété. C'est près d'eux qu'au sein de l'Innocence et de la paix, consolant sa femme et son fils delà perte qu'Us allaient faire, il mourut le l*' septembre 17S4^. Il s'était admirablement peint dans son discours de réception à l'Académie en disant : « Le savant instruit et rendu meilleur par ses livres, voilii l'homme de lettres; le sage vertueux et chrétien, voilà le philosophe. » POMPIGNAN (Jean-GIomx U FRANC, Bl),

frtre du préeédenty naquU àMntaubio, unu*

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Trier 1715. Après aToir commencé ses éludes h Toulouse^ il fut euYoyé à Paris au collège de Louis le Grand. Destiné par son père à embrasser rétat ecclésiastique, il étudia la théologie au séminaire de SaintSulpice. Bien jeune encore, il se distingua par son saroir et par sa piété. A rage de S5 ans , il parut dans rassemblée générale du clergé, et on le remarqua malgré sa modestie. 11 y avait été député par la profince ecclésiastique de Vienne, à raison d'une petite chapelle qu*il possédait dans le diocèse de Grenoble. Dès ce temps, il écrivait sur diverses matières de critique et de religion. Il achevait la dissertation du P. Tournemine sur le fameux passage dans lequel Flavius Josèphe parle de lésus-Christ. Il donnait, en 1744, un EMai critique sur l'étai présent de ta république des lettres, qui a eu deux éditions. Le directeur du séminaire de SaintSulpice Tavait distingué, et à son insu indiqué au cardinal de Fleury comme l*un des jeunes ecclésiastiques les plus dignes de répiscopat. Cette recommandation fut accueillie, et Tabbé le Franc eut bientôt le diocèse du Puy. Hais la vraie piété n*était pas étouffée dans son cœur par Tambilion. Nommé évéque , il voulut se former aux vertus de répiscopat avant de monter sur le siège qui lui était donné, et il fût passer quelque temps chez le vénérable évéque d^Amiens, avant de partir pour le Puy. U crut remarquer en arrivant que la ferveur des temps anciens était presque éteinte ; et, pour la ranimer, il appela près de lui le P. Bridaine, afin de procurer à son diocèse le bienfait d'une mission. Le jeune prélat en fit lui-même Touverture par un discours éloquent ; il prit part à tous les exercices, donna lui-même des conférences et prêcha plusieurs fois. L'épiscopat français reconnut bientût en lui Tune de sesillystrations. Le clergé du diocèse était d'ailleurs l'objet constant des sollicitudes de ce prélat ; il veillait et sur le séminaire du Puy et sur l'instruction du peuple; et dans les retraites ecclésiastiques où il appelait tous ses curés, il leur offrait le modèle de la science unie à la plus haiite piété. Ses visites pastorales étaient fréquentes, et quoique entreprises dans un but religieux, elles amenèrent souvent des résultats importants sous d'autres rapports encore. Nul ne paraissait plus humble, plus charitable, nul n'aima plus que lui à soulager l'infortune. On ne le vit jamais sortir de son évêché que pour s'occuper du bien public. Député à l'assemblée du clergé en 1755, ce fut lui qui prononça le discours d'ouverture ; il entra dans le bureau de juridiction , et son Afémeire contre Us mauvais livres provoqua les

clameurs des philosophes auteurs de ces livres. Des opinions diverses de l'assemblée naquirent deux factions intérieures, qui, de part et d'autre, dressèrent des articles, et ce fut M.de Pompignan qui fut chargé d'écrire au pape en les lui en«voyant. Il fit encore partie de l'assemblée du clergé en 1760, et il y traça les remontrances qui furent alors adressées au roi en faveur des ecclésiastiques que le parlement avait bannis. U écrivit pour justifier les actes de l'assemblée de 1705 j et, dans l'intervalle de ses voyages, de ses travaux apostoliques, il trouva le temps d'écrire plusieurs ouvrages en faveur de la religion. Son Instruction pastorale au» nouveaux conver>tis, ses Questions sur l'incrédulité, son traité sur le Féritabte usage de l'autorité séculière dans les matières qui concernent la religion^ sa Dévotion réconciliée avec l'esprit, son livre intitulé, 1'/ncré</tf/r7é convaincue par lespro^ phéties, et son Instruction pastorale sur Im prétendue philosophie des incrédules moder^ nés, et d'autres ouvrages encore, échappés à SU plume savante et féconde, excitèrent contre lui toute la haine des sophistes de son époque. Yol- Uire ne l'épargna pas, et il dirigea contre lui quelques-uns des nombreux pamphlets qu'il composait avec tant de facilité. Mais l'estime qu'on avait pour l'évèque du Puy s'accroissait dans une proportion égale aux outrages lancés contre lui par les ennemis de la religion. Le roi lui donna en 1774 l'archevêché de Vienne, et unit à ce siège l'abbaye de Saint-Chieffre, que ce prélat possédait depuis l'année 1747. L'éclat de cette nouvelle dignité n'éblouit pas M. de Pompignan ; il fut toujours semblable à lui-même. En 1775, il rédigea VJvertissementaus fidèles, dans lequel il montra tous les avantages qu'offk^ aux peuples l'observation des principes religieux et les maux que produit l'incrédulité. In 1777, il donna un excellent catéchisme à son diocèse; en 1781, il fit imprimer un mandement relatif à l'édition annoncée des œuvres de Voltaire, et, la même année, il en donna un autre contre la lecture des écrits de Raynal et de Rousseau. Plein de bonté, rempli de l'esprit évangélique, M. de Pompignan ne se montra pas hostile aux demandes du tiers état, qui réclamait des droits méconnus, qui présentait des griefk qui ne devaient pas être repoussés, et s'il ne prit point une part très-aclive aux déterminations de l'assemblée de Vizille, il ne les désavoua pas, il ne s'y opposa point. Cette conduite qui honorait son cœur, a fait naître quelques récriminations. Mais son Ame était trop pure pour soupçonner même que, sous des prétextes spéeltuii

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on préparait une révolution dévastatrice. Il fut trompé encore par les apparences lorsque, député aux états généraux , en 1789 , il se réunit au tiers état avec rarche?éque de Bordeaux et les évéques de Goutance, de Chartres et de Rodez. Nommé dans les commencements président de rassemblée nationale, il fut bientôt appelé dans les conseils du roi et devint ministre de la feuille. C*est alors que, sentant quMl ne pouvait plus résider dans son diocèse, il donna sa démission du titre d*archevéque de Vienne. Bientôt après, la religion fut attaquée sans déguisement par rassemblée nationale, et le pape Pie YI envoya à K. de Pompignan, le 10 Juillet 1790, une bulle où , blâmant avec force les nouveaux décrets, il chargeait Tanden archevêque du soin de détourner le roi d*y apposer sa sanction. H. de Pompignan répondit, le 39 juillet, et promit de faire tout ce qui serait possible pour préserver la France du schisme dont elle était menacée. Il ne publia point le bref du pape, et rabbé Barruel lui en a fait un crime. U faut avouer cependant que cette publication n'aurait rien changé aux résolutions des novateurs. Les articles de la constitution civile du clergé étaient adoptés par la majorité de rassemblée; on allait la présenter au roi, lorsque le 17 août 1790, H. de Pompignan fut atteintd^une maladie grave qui ne lui permit plus d*assister au conseil. Sept Jours après, c'est-à-dire le 24 août, le roi sanctionna cette constitution. H. de Pompignan mourut le 39 décembre suivant. Ce prélat est Tun de ceux qui ont le plus honoré TÉglise de France, pendant ie xvm« siècle. Chrétien fervent, orateur distingué, écrivain disert et habile, il se montra toujours digne des hautes et saintes fonctions de Tépiscopat. Il a, comme son frère, été souvent calomnié par les prétendus philosophes de son époque, mais sa vie a édifié tous les gens de bien et sa mémoire sera toujours honorée. En combattant les incrédules, il ne leur a jamais adressé une seule injure, et il ne parut point s'apercevoir de leurs amers persiflages et de leurs sarcasmes odieux. S'il avait eu moins d'humilité, on aurait pu croire qu'il triomphait en secret des injustices de ses ennemis, et qu'U se rappelait ce vers que son frère insérait dans une épitre datée du 5 mars 1768 :

Lm clAmeon des aédiantt lont det bjmne s d« gMre*

Alex, du Mtoi.

POMPONACE (PiBKii), en iUlien Pompa-

nassi, naquit à Mantoue, le 16 septembre 1463,

d'une famille noble. Après de fortes études qu'il

appliqua plus spécialement aux spéculations de

la philosophie, il en professa avec un immense succès l'histoire et les théories à l'université de Padoue d'abord, puis à Ferrare et à Bologne, où la guerre le força de transporter son enseignement. Le philosophe de l'antiquité qui avait excité le plus son admiration , c'était Aristote , et toute sa vie il s'eflbrça d'en rétablir l'autorité qu'on avait affaiblie en l'exagérant. Mais luimême ne manqua-t-il pas de prudence et de réserve? On peut le croire, puisqu'il s'attira des querelles violentes et une accusation d'athéisme. Son traité De imtnortalitate animœ (Bol., 1516 et 1534) fut vivement incriminé. Il y soutenait notamment qu'on ne peut prouver l'inudortallté de l'âme par la seule raison, et qu'il est besoin de la révélation et de la foi pour en donner la certitude, insinuant, en outre, que la politique n'avait pas été étrangère à l'introduction de ce dogme. La subtilité, la hardiesse de son esprit ne l'égarèrent pas moins dans ses explications aristotéliques de l'action indirecte de Dieu sur le monde terrestre. Enfin, subissant à son tour les pr^ugés de son époque, il accordait à l'influence des astres un pouvoir qui compromettrait les droits du libre arbitre et de la Providence. Au reste, si ses idées, si son enseignement accusent trop de témérité , dans sa conduite il fit preuve d'une humilité toute chrétienne ; car dès qu'il fut censuré à Rome, il se soumit au jugement du pape. Ce qui est remarquable, ce qui prouve le respect qu'on portait à la liberté de l'enseignement, c'est que les cours de ce libre penseur ne furent jamais suspendus. Il mourut à Bologne, en 1534 ou 1536. Sa mort, qui fut édifiante , est la meilleure protestation contre les soupçons dont sa mémoire est encore chargée. Ses œuvres, recueillies en 1 gros vol. in-foL, ont eu 3 édiUons (Venise, 1537 et 1567). F. Dkhèqub. POMPONIUS MELA, le plus ancien des géographes romains. F(^. Mêla (Pomponius).

POMPONNE (SiHON Arnavld, marquis de), fils d'Arnauld d'Audilly et neveu du grand Arnauld, né en 1618, mort en 1^99, fut intendant des armées françaises à Naples, en Catalogne, puis ambassadeur en Suède, en Hollande, enfin ministre des affaires étrangères (1671-1679); il fut pendant douze ans éloigné des afiiaires par suite des intrigues de Colbert et de Louvois, mais il fut rappelé au ministère en 1691, et y resta Jusqu'à sa mort. Ce ministre était surtout remarquable par son intégrité. Boduxbt.

PONCE (pierre). Produit volcanique d'une grande utilité dans beaucoup d'arts. Les parcheminiers et les marbriers choisissent les plus grosses et les plus légères; les corroyeurs em*

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ploient les plus pesantes et les plus aplaties; les potiers d'étain font usage des plus petites. — La porosité, la légèreté comparative, et Taspect fibreux du tissu de cette pierre indiquent bien Faction du feu sur elle; c*est en effet une véritable scorie des fourneaux volcaniques. On en tire d*immenses quantités de Candie et de Plie de Santorin, dans Tarchipel grec.

Poncer , c^est se servir d*une pierre ponce pour enlever d*une superficie quelconque les aspérités qui la rendent raboteuse. Ainsi, Torfévre ponce la vaisselle d^argent, le chapelier tond en partie ses chapeaux à la pierre ponce, le corroyeur enlève par le même moyen ce qui reste de parties charnues desséchées sur son cuir, le parcheminier ponce le parchemin pour radoucir.

Le mot PONCB) dans le commerce des toiles, se dit d^une espèce d'encre , composée de noir de fumée broyé à Thuile , qui seK à Pimpression des marques de fabrique au chef de la toile. — C*e8t encore un petit sachet qui sert à poncer, et qui consiste en un morceau de toile claire qu*on emplit de charbon pilé, si Ton veut poncer sur une surface blanche, ou de craie en poudre, de plâtre fiu , si Ton veut poncer sur une surfoce noire. On calque un dessin avec la ponce. PiLOuzB père.

PONGE DE LÉON, ^i^, EspAONOLis ( langue ei liiiérature).

PONCE-PILATE, gouverneur de la Judée pour les Romains, ne doit sa célébrité historique qu*à Finsigne lâcheté qu'il montra comme magistrat quand les Juifb lui demandèrent la mort de Jésus, F'cy* PILATE (Ponce).

PONCES (iLis). f^or* PORZA.

PONCTION {punctio, de pungere, piquer) ou PAiACBiiTtSB (de irapà, à côté, et xfVTtfw, Je pique), opération chirurgicale par laquelle on se propose d'évacuer un liquide d'une cavité qui le contient anormalement. En général, cependant, cette expression a une signification plus restreinte; on désigne par ce mot l'opération au moyen de laquelle on extrait la sérosité contenue dans la cavité abdominale chez les individus atteints d'hydropisie. Celte opération se pratique ordinairement au côté gauche, lorsque quelques circonstances particulières ne prescrivent pas de la foire sur un autre point de la région abdominale. La paracentèse n'est Jamais qu'un moyen palliatif, elle ne touche point à la cause de la maladie : aussi est-il de règle de ne la pratiquer qu'après avoir épuisé les moyens qui ont pour but de déterminer l'absorption du liquide épanché. Lorsque l'épanchement est considérable et qo*il gène à un degré marqué la respira-

tion par l'obstacle qu'il apporte à rabaissement du diaphragme, la ponction abdominale est rigoureusement commandée; il en résulte immédiatement un soulagement notable pour les malades , mais malheureusement ce soulagement n'est que temporaire, le liquide ne tarde pas à se reproduire et à ramener les mêmes accidents. M. SiHoif.

PONCTUALITÉ, dernier degré de l'exactitude. C'est une des qualités les plus utiles de la vie , mais à laquelle , foute d'éclat , on refuse toute espèce d'attention. La ponctualité fertilise le temps; elle en augmente ainsi l'étendue. Le chancelier d'Aguesseau apprit une langue étrangère pendant les vingt minutes d'attente que sa femme lui imposait avant de se mettre àtable pour dîner. De nos Jours, Cuvier a été professeur, homme d'État, a embrassé toutes les sciences et en a inventé une nouvelle, Vanatomie comparée. Nul n'a déployé une ponctualité plus rigide dans la distribution de ses heures de travail : chaque instant avait sa mission à remplir; cette dernière ne variait jamais : une vie strictement divisée suffit à tout. La ponctualité a quelque chose de relatif : elle ne doit pas être la même chez les savants que chez les gens du monde. Néanmoins, tous les plaisirs de la société seraient troublés si chacun ne venait pas à peu près à l'heure ; il faut donc une certaine ponctualité, même pour s'amuser. Saint-Piosper.

PONCTUATION (de punctum, point). C'est l'art d'indiquer dans l'écriture, au moyen de signes convenus , les rapports qui existent entre les divers membres des phrases et des périodes, et par conséquent les pauses que l'on doit faire en lisant, le ton qu'il convient de prendre en prononçant chaque partie du discours. La ponctuation contribue à l'intelligence du sens et prévient l'obscurité du style. Certaines suites de mots n'auraient sans elle qu'une signification incertaine et équivoque. Enfin elle conduit le lecteur en lui indiquant les endroits où il faut se reposer pour reprendre haleine, et combien de temps il doit y mettre, notant pour ainsi dire musicalement le discours.

Le choix des ponctuations dépend de la proportion qu'il convient d'établir dans les pauses; et cette proportion se règle sur les besoins de la respiration combinés avec la distinction des sens partiels qui constituent le discours. U est en effet indispensable de distinguer les rapports des sens partiels et d'en tenir compte par la gradation des signes. Ainsi la virgule, la ponctuation la plus foible, doit être employée seule partout où Ton ne f^t qu'une division des sens partiels

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lans aucune sôufl^diyjsion subalterné ; s'il y a dans un sens total deux divisions subordonnées, il faut employer les deux ponctuations les plus faibles, la virgule et le point et virgule; 11 flaut ajouter les deux points s*il y a trois divisions subordonnées, et ainsi de suite. Néanmoins, ces signes paraissent parfois insuffisants, et Ton peut regretter Pabsence d*un signe encore moindre que la virgule.

flans rappeler ici les règles de la ponctuation, qui n'ont pas toujours des principes bien absolus et qui sont exposés dans une foule de traités spéciaux, nous dirons seulement que la t^tVgule { , ) s'emploie pour séparer entre elles les parties semblables d'une même proposition, comme les sujets, les attributs et les régimes de même nature; pour séparer les propositions de même nature qui n'ont pas trop d*étendue; avant et après toute réunion de mots que l'on peut retrancher ou transposer sans dénaturer le sens des phrases qui les accompagnent. Le point et virgule (;) sépare les propositions semblables qui ont une certaine étendue; les parties principales de toute énumération dont les parties subalternes exigent la virgule , etc. Les deus points (:) se mettent après une proposition qui annonce une citation; après une proposition générale suivie de détails; devant ou après une énumération dont les termes sont résumés dans la proposition principale; avant une proposition qui éclaircit ou développe ce qui précède. Le point ( . ) se met à la fin de toutes les phrases qui ont un sens complet, et qui sont entièrement indépendantes de ce qui suit, ou du moins qui n'ont de liaison avec la suite que par la matière même. Enfin, lorsqu'on veut émettre avec quelques développements une nouvelle suite d'idées encore plus indépendantes de ce qui précède , considérer de nouveaux points de vue, on peut reporter l'écriture à la ligne, et taire un nouvel alinéa. Des divisions plus fortes deviennent des paragraphes (S) 9 des sections, des articles, des versets, des chapitres, des livres, etc.

D'autres signes servent à indiquer certains rapports particuliers du sens, comme le point dHnterrogation (?), qui montre que l'on interroge , que l'on pose une question ayant besoin de réponse; le point d'exclamation (!), qui marque un mouvement de l'àme^ un vceu, l'admiration, la surprise , etc. ; les point» de sus' pension (..»)) qui indiquent un temps d'arrêt prolongé, une réticence, une interruption du sens; les guillemets (« *), qui dénotent un emprunt, ou des paroles d'un autre que l'auteur, ou le «ommeDcement tt la in d*un dialoguei Le itrtt

(— ) sépare les fibrases de chaque interlocuteur. On lui donne aussi quelques emplois abusif», comme la séparation de phrases qui proprement devraient être à la ligne, ou de ceKâines pensées incidentes. La parenthèse ( ) sert à renfermer des mots qui, bien qu'ils puissent être retranchés, sont néanmoins utiles pour éclaircir la phrase. Les crochets ([ ]) ne s'emploient que pour former des parenthèses dans les parenthèses. Le trait d'union (-) marque la division des lettres d'un même mot ou la jonction des mots composés auxquels il donne une plus intime connexion.

Les anciens avaient déjà senti l'utilité de la ponctuation; mais l'usage n'en devint général qu'après l'invention de l'imprimerie. Avant de ponctuer les manuscrits, on commença par séparer les phrases par des blancs, puis des alinéas ou versets. A l'exemple de CIcéron et de Démosthène, saint Jérôme introduisit cette stichomé-^ trie (de vr^^^f , vel*s, et /Ur^, mesure) dans les manuscriU de l'Écriture sainte. Quelques-urts se contentèrent de commencer chaque phrase nouvelle par une lettre plus grande. On attribue à Aristophane, qui vivait deux siècles avant J. C, l'invention de la ponctuation. Alcuin la remit en honneur au ix* siècle. Un point, emprunté sans doute à celui en usage chez les Romains pour séparer leurs mots dans les inscriptions, servait alors pour toute la ponctuation. Placé au bas de la ligne (.), il indiquait une petite pause, nommée comma en grec (comme aujourd'hui en allemand), incisum en latin, virgule chex nous. Dans les éditions du xv« Siècle, elle est désignée piar une petite barre oblique. Placé aU milieu de l'espace de la ligne (*), le point indiquait Une pause plus grande; on l'appelait koion chea les Grecs {item aujourd'hui en allemand), menibrum chez les Latins : c'est notre deux points. Mis en haut de la ligne (*), le point terminait le sens. Dans la suite, on divisa le kolon en demi^ membre ou semi-kolon marqué par notre point et virgule. Le point, que nous mettons maintenant sur la ligne, avait au xv« siècle la figure d'une étoile; quelquefois, on en mettait trois disposés en triangle (.*.).

Les traits d'union ont été employés par les premiers grammairiens. Les guillemets portent le nom de leur inventeur : on les connaissait dans les manuscrits sous le nom à^anti-lambda. Les parenthèses sont aussi connues depuis long^ temps. Enfin des astérisques de différentes formes, servant aux renvois à des notes, ou à des omissions ou restitutions de texte, étaient très-anciennement en usage. L. Louvbt.

POKDilATIOll. Chmsidéré sous un eerliln •!«

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