‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 14 sur 61 · PO N · texte numérisé non relu

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traite, il soutint avec une brillante valeur les effèrts de rennemi, qui avait déjà pénétré dans les faubourgs, et jeté des troupes légères sur Tautre ri?e de TEIster; lorsque, Tun des derniers, le prince dut enfin la passer avec sa suite, le pont avait sauté. Pressé par le danger, Poniatowski s^élança dans la rivière, alors débordée; mais son cheval épuisé ne put la traverser, et il y périt, frappé de plusieurs blessures, dont une mortelle. Son cadavre ne fut retrouvé que le 34. Le 36, on Tenterra avec tous les honneurs dus à son rang; mais en 1816, on transporta son corps à Varsovie et de là à Cracovie dans les tombeaux des rois et des héros de la Pologne; un petit cénotaphe , dans le jardin de Reichenbach, à Leipzig, marque la place d*où 11 s*élança dans rsisler. Il laissa un fils naturel, Josspb PoffUTOwsKi, né en 1790, qui prit part à Texpédltion d*Alger, et fut adopté par sa tan(e, la princesse Tyszkiewicz (morte à Tours, le i novembre 1834).

Un autre frère du roi Stanislas, CASivia» né CD 1731, grand maréchal de la couronne depuis 1744, prince depuis 1764, et mort en 1800, futle fondateur d'une ligne collatérale qui s*éteignit, en 1833, en la personne de son fils Stanislas. Ké le 33 novembre 1754, grand trésorier de la Litbuanie, staroste de Podolie, lieutenant général dans Tarmée polonaise, conseiller privé de Tempereur de Russie, ce prince s*était retiré à Vienne, en 1804, et s'était éUbli plus tard k Rome dans une magnifique villa, près de la voie Flaminienne, qu'il avait vendue, en 1836, avec tous les chefs-d'œuvre antiques qu'elle contenait, à l'Anglais Sykes. Il habitait depuis quelque temps Florence, lorsqu'il mourut le 13 février 1833. Il fut le premier Polonais qui donna la liberté à ses paysans. Cou v. Lbxigor

PONS (LoDis), né à Peyredans le département des ilautes-Alpes,^le 35 décembre 1761. Directeur de l'observatoire de Marseille, il fit des découvertes importantes qui l'avaient déjà placé parmi les pUjs célèbres astronomes de l'Europe, lorsque Marie-Louise lui donna la direction de l'observatoire qu'elle avait fait construire à Parme, en 1819. £n 1835, il échangea cette place contre celle de directeur de l'observatoire du musée de Florence. De 180 U 1837, il ne découvrit pas moins de 37 comètes; mais malheureusement il perdit la vue. U mourut à Florence, le 14 octobre 1831. Coiiv. Laxiooii

PONT (BOTADVx DO), dans l'Asie Mineure, ainsi nommé à cause de la mer sur le littoral de laquelle U s'étendait. Cette contrée, comprise entre le 0euy« 0aly» (t les fronUère» 4e \% Colcbi4e>

était souventfiussi nommée Cappadoce pontique, parce que le Pont avait été réuni à la Cappadoce. Cette dernière avait éléelle*méme divisée par les Perses en deui^ satrapies, qui devinrent deux royaumes distincts sous la domination macédonienne. Les habitants le plus anciennement connus de celte contrée étaient des Tibaréniens et des Ghalybes. Le célèbre Ritter, dans l'ouvrage qu'il a publié sous le titre de Borhaile, soutient que ces populations étaient d'origine indienne. — Artabaze, l'un des fils du roi Darius, reçut en partage cette satrapie, sous la suzeraineté de U Perse, et il en obtint en même temps la transmission héréditaire dans sa famille. Mithridate, un de ses descendants, se déclara en faveur du jeune Cyrus, et refusa de payer le tribut au roi Artaxercès. Son fils, Ariobarzane I«r, lors de la révolte générale des gouverneurs des provinces persanes dans l'Asie Mineure, se proclama indépendant. Milhridate II (l'an 337 avant J. G) fit volontairement à Alexandre le Grand l'abandon de son royaume. Plus tard, après la mort de ce dernier, et lors du partage de ses conquêtes entre ses lieutenants, le Pont fut donné à Antigène (l'an 333). Mais, quand celui-ci voulut faire mettre à mort Mithridate, le prince se réfugia en Paphiagonie, y trouva des partisans, et s'y défendit avec succès. Son successeur, Milhridate III, agrandit le royaume dont il avait hérité. Milhridate IV repoussa les Gaulois ; mais il se vit obligé de cesser la guerre qu'il faisait à Sinope, parce que les Rhodiens avaient envoyé des secours à celte ville. Pliarnace I«r conquit enfin Sinope, et en fit la capitale de ses Étals. Milhridate-£vergètes, père du célèbre Milhridate, donna du secqurs aux Romains pendant la troisième guerre punique et dans celle que la république fit au roi de pergame. En reconnaissance de ces services, il reçut, avec le titre d'ami* et d'allié du peuple romain, la cession de la grande Phrygie, U mourut assassiné l'an 134| laissant la couronne à son fils, Mithridate le Grand. Ce prince eut à soutenir jusqu'à sa mort des guerres sanglantes contre les Romains. 11 fut à la fin vaincu par Pompée, et se donna la mort. Son fils, Pharnace, n'eut en partage que le Rosphore ; et lorsqu'il tenta de reconquérir le royaume de son père, il fut vaincu par César, et assassiné par Assander, qui s'était emparé de ses États. Cependant, son fils Darius obtint d'Antoine la retfUlulion d'une partie du royaume du Pont. U eut pour successeur Polémon, qui réunit sous sa domination le Rosphore, la petite Arménie et la Colcbide. A la mort de Pyihodoris, sa vevvfi Poléwon U mont^ sur le tr^e(39 apHM

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J. C.)« Néron lui enleva le Bosphore; et le Pont, après lui, devint province romaine. Lorsque les Latins(1204) prirent Constantinople, Alexis Gomnène fonda dansle Pont un nouveau royaume, qui subsista jusqu*au règne de Mahomet II, qui le réunit à ses iqimenses conquêtes. DiCT. DE LA Conv.

PONT. (Construction.) Ce sont des ouvrages élevés d*un bord à Taulre d*une rivière, d'un canal, pour les traverser. On les classe, suivant les matériaux employés, en ponts de pierre, ponts de bois ou de charpente , ponts de fer, ponts à chaînes ou suspendus, etc.

Les massifs de maçonnerie qui séparent et portent les arches d'un pont se nomment pt^5. Les culéeê sont les massif qui terminent le pont aux deux extrémités, et soutiennent la poussée ou Teffort général de la construction. Elles exigent encore plus de solidité que les piles. On peut donner moins d^épaisseur aux piles, en augmentant celle des culées. On commença par construire les arches des ponts à plein cintre ou semi-circulaires. Mais ce système avait, entre autres inconvénients, celui de nécessiter, en général, Texhaussement des abords. Plus tard, lorsqu'on eut reconnu qu'une des grandes beautés d'un pont était de présenter une ligne horizontale sur toute sa longueur, on adopta les voûtes à cintre surbaissé, et les arches prirent la forme d*une anse de panier, ou celle d'un arc de cercle moindre d'une demi-circonférence. Nous citerons, comme modèles en ce genre : le pont de Neuilly, commencé, en 1768, par Perronet, et qui se compose de 5 arches de 39» d*ouverture; le pont d'iéna, à Paris, composé de 4 arches de 38» ; le pont de Waterloo, à Londres, construit en granit, et formé de 9 arches elliptiques, de chacune 3d".60 d'ouverture : c'est peut-être le plus beau pont qui existe. On peut encore signaler, le pont de Bordeaux, achevé en 1821, et remarquable par ses proportions monumentales, et surtout par les difficultés que présentait son exécution : il a 17 arches, et sa longueur totale est de 50â».60 ; le nouveau pont de Londres; les ponts de Chester, sur la Dee, et de la Bass&'Terre (Guadelouppe), sur la rivière du Gabion, formés tous deux d'une seule arche.

L'économie que présente la construction des ponts en charpente en justifie encore l'emploi. Mais on a adopté dans les ponts modernes en charpente un système mixte, qui consiste à établir en maçonnerie les culées et les piles, et à n^employer le bois que dans les parties situées au-dessus du niveau des hautes eaux. Il en résulte, sous le rapport de la solidité, un immense

avantage. Un des ponts en charpente les plus anciens est celui de Bonpas, sur la Durance, de 45 travées et d'une longueur totale de 600». Des ouvrages extraordinaires en ce genre ont été faits en Bavière, dans le Wurtemberg, et surtout en Suisse, notamment le pont de Schaffhouse, sur le Rhin, et celui construit, en 1778, sur la Limmat, d'une seule travée de 118n.89 de largeur. On a surtout perfectionné ce genre de construction en Amérique, par des combinaisons ingénieuses qui permettent de n'employer que d'assez petites pièces de charpente.

La nécessité d'allégir les maçonneries de piles et de diminuer leur section a introduit dans la construction des ponts l'emploi du fier et de la fonte, qui présentent sous le même poids , et à plus forte raison sous le même volume, une résistance beaucoup plus considérable que celle de la pierre et du bois, et une durabilité infiniment supérieure à celle de la charpente. C'est aux Anglais qu'on doit la construction de^ premiers ponts en fer. Ils jetèrent sur le Wear, en 1793, le pont de Sunderland , formé d'une arche de 73>".15 d'ouverture, sous laquelle les navires passent à pleines voiles. Paris possède le pont d'Austerlitz, construit en 1804, le pont des Arts, le pont du Carrousel, terminé en 1856, et formé de 3 arches de 47>n.66. Les voussoirs de ce pont élégant sont surmontés de cercles en fente dont les diamètres vont en diminuant à mesure qu'ils se rapprochent du sommet de ces voussoirs : le plancher tangent à tous ces cercles, pèse également sur chacun d'eux. Le pont en fer de Southv^ark, construit à Londres en 1818, est un modèle de grandeur et de hardiesse : il se compose de 3 arches, dont celle du milieu a 73». 15 d'ouverture, et les 3 autres 64». On en voit aussi de très-remarquables à Saint-Pétersbourg et en d'autres lieux.

Dans les ponts suspendus, le plancher ou tablier est soutenu par des tiges, verticales fixées à des cliaînes ou à des câbles en fil de fèr, décrivant le plus souvent la figure d*un arc renversé, supportés par de grands massifs de pierre et fortement amarrés à leurs deux extrémités. Ces ponts, dont on trouve la première idée dans les ponts de lianes ou de cordes que les habitants de certaines contrées de l'Amérique du Sud construisent de temps immémorial , joignent la légèreté à l'économie , et se prêtent«en outre à l'exécution d'ouvertures d'une très-grande dimension. En 1830, Telford commença, sur le détroit de Menai , le pont suspendu qui réunit l'Ile d'Anglesey au pays de Galles : sa longueur, entre les points de suspension, est de 170», son

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tablier est âeYé à 45» au-dessus du niveau des plus hautes marées. Le premier pont suspendu construit en France le fut en 1829, sur le Rhône, entre Tain et Toumon. Pepuis cette époque, ces ponts se sont considérablement multipliés : Paris en compte plusieurs. On dte celui de Gubzac (Gironde), sur la Bordogne. Le pont suspendu le plus étonnant est celui de Fribourg, en Suisse : il a 346» de longueur et 62» d'éléyation. La nature des courants et les besoins de la navigation ne permettent pas toujours rétablissement de ponts fixes; on les remplace quelquefois pardespouts mobiles, qui laissent la faculté d'interrompre à volonté la communication entre les deux rives. De ce genre sont : l» les ponts de bateaux y composés d*un plancher qui repose sur une suite transversale de bateaux, disposés dans le sens du courant et liés entre eux par des câbles ou des poutrelles. On les emploie ordinairement pour les grands fleuves : ils sont insubmersibles et peuvent porter les fardeaux les plus pesants. On replie deux des bateaux, lorsqu'on veut livrer passage à la navigation. On voyait à Eouen un beau pont de bateaux , qui a été détruit depuis peu d'années. Il en existe encore sur le Rhin, à Strasbourg, à Mayence et à Cologne; sur la Neva, à Saint-Pétersbourg, etc. On peut aussi rappeler à cette occasion le pont flottant établi sur la Duna, sous les murs de Riga. 3<» Les ponts-levia s'élevant en tournant autour d'une arête horizontale située soit à l'extrémité, soit au milieu de la plate-f6rme, et perpendiculaire à l'axe du passage : l'extrémité mobile est suspendue à des chalues que l'on fait mouvoir de différentes manières. On place des ponts-levis devant les portes d'une ville de guerre ou d'un château fbrt. S« Le pont à flèche, qui se hausse et se baisse devant un guichet, au moyen d'une flèche, avec une anse de fèr portant deux chaînes. 49 Le pont à bascule, qui ne diffère du pont-levis qu'en ce que le tablier mobile, que Ton nomme volée, est contre-balancé par un faux tablier, appelé ctUéej qui s'abaisse dans une fbsse ou encuvement, pendant que le tablier se relève. Il ne faut pas confondre les ponts à bascule avec les machines du même nom qu'on trouve sur les routes royales, à l'entrée des villes, et qui servent à peser les voitures pour s'assurer si leur charge- Bient n'excède pas le poids déterminé par les règlements. 5» Le pont tournant, tel que ceux du canal Saint-Martin, à Paris, qui reste constamment dans sa position horizontale, pivote simplement sur un axe vertical , de manière à ouvrir le passage en décrivant un quart de cerde, etse range parallèlement au mur qui le sup-

porte, e^ Les ponts roulante et à couUêees, qui se retirent en arrière, en glissant sur des roulettes ou sur des galets.

On appelle passerelle un pont qui ne peut servir qu'aux piétons ; aqueduc, un pont qui sert à conduire l'eau; vigduo, un pont qui donne passage à une route ou à un chemin de fèr; pontcanal, un pont destiné à faire passer un canal par-dessus une rivière. Enfin on peut passer sous un cours d'eau par un tunnel, souterrain pratiqué sous le Ut d'un fleuve, comme celui de H. Rrunel sous la Tamise.

Tout porte à croire que l'art de construire les ponts remonte à une haute antiquité; cependant, l'histoire ne nous fournit à cet égard que des données très-vagues et très-imparfàites. Les premiers ponts furent sans doute en bois. La con* struction , comparativement récente , des ponts en maçonnerie ne pouvait venir qu'après l'art de la coupe des pierres et de la construction des voûtes. Les Romains y excellèrent : aussi , leur attribue-t-on , sinon l'invention des ponts en pierre, au moins le mérite d'avoir les premiers donné de la solidité, et plus tard de la magnificence, à leurs travaux en ce genre. Cest à eux que Ton doit les ponts, en petit nombre, qui existaient en Europe avant le xii« siècle. Au moyen âge, les Mores construisirent en Espagne des ponts qui peuvent rivaliser avec les meilleurs ouvrages des Romains. En France, avant le xu« siècle, on ne franchissait guère les rivières qu'à l'aide de bateaux ou de bacs. A partir de cette époque, le besoin du commerce et le développement lent, mais progressif, de la civilisation firent sentir la nécessité de multiplier les moyens de communication. Une association, dite des pontifices , frères du pont, se forma en France et en Allemagne, ayant pour objet de prêter assistance aux voyageurs pour le passage des rivières, et de construire des ponts, au moyen de fdnds-que ses membres réunissaient par des quêtes. Mais ces ponts, en charpente pour la plupart, réduits aux largeurs les plus restreintes, n'offrent aucun des caractères monumentaux que présentent les ponts plusrécents. Paris même n'avait, avant le xv« siècle, que des ponts en bois, fréquemment emportés dans les fortes crues d'eau et les débâcles. Le premier pont construit en pierre , à Paris , fut celui de Notre-Dame, en 1412, remplacé, cent ans après, par celui qui existe aujourd'hui. Des constructions du même genre se multiplièrent plus tard sur les différents points du royaume. A. Boiqurs.

PONTS, i^rt militaire.)Les ponts que les ar* mées sont forcées de construire par elles-mêmes

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pour franohir les cours d^eau qui s^opposent à leur marche, ponts en quelque sorte improvisés, 8*établissent soit avec les matériaux trouvés sur les bords des rivières, comme au passage de la Béréiina, en 1813, soit au moyen des équipages lie pont que les armées mènent à leur suite.

L'histoire nous apprend que César et Tempereur Julien avaient à leurs armées des équipages de pont, dont le corps de support était une nacelle lé(^e, tressée en osier recouvert à Textérleur de peaux d*aniaiaux. Hais l*usage des équipages de ponts militaires se perdit dans le moyen ftge. Nous les voyons reparaître à l'époque delà guerre de trente ans; ils se composaient «lors de gros bateaux et de matériaux lourds et embarrassants , qui exigeaient par voiture un attelage de 14 chevaux. Les Hollandais les premiers, dans le xvu* siècle, substituèrent au bateau un ponton plus léger en fer- blanc; cet exemple ne tarda pas à être suivi par TAngleierre et par les puissances de TAllemagne ; mais les Francis et les Espagnols adoptèrent, comme plus durable, un ponton formé d*une carcasse en bois recouverte de feuilles de cuivre jaune; chez les Kusses, cette carcasse éteit enveloppée d'une toile goudronnée et poissée ou de peaux d'animaux. Tous ces pontons avaient la forme d'une caisse dont les bouts étaient inclinés sur le fond; on les transportait, ainsi que les poutrelles et les madriers nécessaires au tablier du pont, sur une voiture d'une construction particulière, nommée baquet; chaque baquet portait une travée, e'est-à-dire un ponton et tous les agrès qu'il fallait pour le ponter. A l'époque de la révolution, les Français avaient, outre leur ponton en cuivre, de gros bateaux en chêne susceptibles d'être portés isolément sur des voitures, et destinés seulement aux passages du Rhin. Mais les Autrichiens avaient déjà un équipage de bateaux légers en bois de sapin ; les Français imitèrent cet exemple pour la campagne de Russie; malheureusement, on renforça toutes les parties de l'équipage autrichien; on hii fit perdre une de ses qualités essentielles, la mobilité; il ne put suivre la retraite de l'armée : c'est une des causes des désastres du passage de la BérélUna.

Depuis la paix, toutes les nations d'Europe, profiUnt de l'expérience des guerres passées, se sont occupées avec une vive sollicitude de la recherche de nouveaux équipages de pont pouvant suivre tous les mouvements d'une armée et servir à passer toutes les rivières.

. La France possède actuellement dein équipages de pont de campagne, l'unditifo ré99rve pour

toutes les rivières et le passage des grands fleuves; il se compose de 74 voitures, dont S5 baquets portant 30 bateaux, 4 nacelles et les poutrelles, 35 chariots de parc, chargés de madriers, d'agrès, de cordages, d'engins, etc., et 4 forges de campagne; il permet de jeter des ponts de 204» de longueur. Le second équipage, appelé d'avant^arde, ne comprend que 7 voitures; il sert à Jeter des ponts sur des canaux et rivières de 40 à 45» au plus de longueur.

Les équipages de pont de plusieurs puissances de l'Allemagne ont été construits sur le modèle ft^nçais. L'Angleterre a un système particulier de pontons en fer-blanc et en cuivre ; il est nécessité par l'obligation où l'on est de pouvoir aisément embarquer ce matériel et de le faire servir dans tous les climats du globe. Le nouvel équipage autrichien (que nous avons eu mission d'aDer étudier à Tienne en 1849), dû ft M. le colonel de Birago , a pour corps de supports des parties de pontons indépendantes les unes des antres, mais qu'on peut rassembler en tel nombre qu'on voudra pour former des bateaux de grandeur diverse et des chevalets à parties mobiles d'une grande simplicité, et se transportant aisément sur voiture (ce qu'on n'avait point trouvé Jusqu'ici). Avec cet équipage, on aura les moyens de seconder en tous lieux, en toutes circonstances, les projets d'un général en chef, quelles que soient les irrégularités du fond de la rivière, le plus ou moins de profondeur d'eau et le profil qu'affecte le lit.

Une armée qui transporte à sa suite des équipages de pont bien organisés, franchira où elle le voudra les rivières qu'elle rencontre. Cependant un passage de rivière, effectué en présence de l'ennemi, a toujours été considéré comme une des opérations critiques de la guerre. Notre histoire militaire moderne renferme les plus beaux feits d'armes de cette nature; il suflit de citer les passages du Rhin par Jourdan et par Moreau, les passages du Pô et du Danube par Napoléon , surtout celui qui précéda la bataille de Wagram. Avant d'entreprendre de vive force le passage d'une rivière, on fait une reconnaissance de son cours, afin de trouver l'emplacement le plus avantageux; on choisit ordinairement une partie sinueuse dont la convexité soit tournée du côté de l'armée attaquante; on étoblR sur les deux branches de l'arc des batteries, dont les feux croisés balayeront la rive ennemie et protégeront hi construction des ponts. Plusieurs attaques simulées , Alites au même moment, détournent l'attention de Pennemi et l'obligent, dans l'iscerUtade où on le net sur le f4rttaUe poloido

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paistge» de dlMémiiier ses fotcti. AaMitôt que les premières salves sont tirées el que Topération est démasquée, les bateaux sont lancés à Teau, deê troupes s*embarquent ; on les jette sur le bord opposé pour en déloger Tennemi : on entreprend le plus tôt possible la construction du pont: rbésitation n'est plus permise, tout doit être rapide et instantané. Le passage des troupes en bateaux continue sans interruption pendant la construction du pont. Le pont se déploie, il semble marcher sur Teau, son tablier avance de plus de 9« à la minute; un pànt de 100» se trouve solidement établi en moins de trois quarts d'heure, et donne passage à la cavalerie et à Partillerie de Tarmée.

Lorsqu'une armée qui a une rivière à passer est dépourvue d'équipage de ponts, elle e^t forcée pour effectuer son passage d'avoir recours aux ressources locales. On explore le pays, on utilise ce que Ton trouve, on réunit au point de passage les bateaux, barques, nacelles dont on peut se rendre maître, on remet à flot les bateaux que les habitants auraient coulés, on dispose tous ces corps de support de manière à pouvoir les ponter sans difficulté; on s'empare des dépôts de bois, de fer, de cordages, de tonneaux ; on abat les arbres : les uns sont débités en poutrelles et en madriers, les plus légers serviront à former des radeaux. On démolit les habitations les plus à proximité de la rivière pour en extraire ce qu'elles renferment en bois et en fer, etc., etc. Une fois les matériaux trouvés, on procède, suivant les lieux et les circonstances, t i'établissenent des moyens de passage. Il Aiut pour les fleuves et les rivières larges et rapides des ponts de bateaux solidement ancrés ; on peut se borner, pour des rivières de rapidité moyenne, à la construction de ponts de radeaux formés d'arbres ou de tonneaux; pour les rivières tranquilles et peu profondes, on a recours aux ponts de chevalets. Les ponts militaires prennent le nom des corps de supports dont ils sont construits, de là : ponts d§ batwHff, d9 pontons, de radeaus, do chovaktê, etc., et ponU mixtes quand il y a différents corps de supports. Les années ont aussi construit des ponU do pilotis, de f^UureSj de ffobùms^tic.

Les ponts militaires les plus célèbres qui aient été jetés sont ceux de Darius, sur le Danube; de Xercès, sur l'Hellespont^ de César, sur le Rhin ; du duc de Parme, sur l'Escaut, en aval d'Anvers, en 1585; ceux des Français, sur le Rhin, la

« On Aolt à M. U cooraitoaant HaiHet, rauwr d« cM attIcK

Limmat, le Pô, le Danube, le Niémen,la Bérézina, etc., etc., pendant les guerres de la révolution et de l'empire; celui des Anglais, en 1814, sur l'Adour; et ceux des Russes, en 1887 et 1839, sur le Danube.

On désigne sous le nom de pont oolani une portion de pont construite le plus ordinairement sur deux grands bateaux. Elle est fixée à un long cordage ou à une chaîne qui a son point d'attache dans le lit même de la rivière. La force seule du courant fait passer le pont volant d'une rive à l'autre. C'est le but qu'on se propose en l'établissant Les ponts volants ne peuvent donc s'établir que sur des cours d'eau qui ont une certaine rapidité. Les bateaux qui supportent le tablier ( plancher du pont) doivent être longs, étroits et à bordagcs verticaux, pour mieux se prêter à l'action du courant. La grandeur du tablier et la force des bois qui y sont employés, sont proportionnées à la charge qu'ils auront à porter et à la capacité des bateaux. On donne ordinairement au câble du pont volant une longueur égale à une fois et demie la longueur de la rivière. On choisit son point d'attache (presque toujours une. ou deux fortes ancres), de manière que le pont volant aille et vienne d'une rive à l'autre avec la même facilité et la même vitesse. Ce câble est élevé au-dessus de la surface des eaux par un certain nombre de petites nacelles, < et il glisse, sur le pont volant, le long d'une potence en fbrme de portique. On construit des embarcadères aux points où le pont volant aborde aux rives. Deux ou quatre hommes suffisent à la manœuvre d'un pont volant. Ce moyen de passage prompt et commode, très-aisé à établir, est employé sur les grandes rivières, particulièrement sur le Rhin et sur le Danube. Les armées ont feit un fréquent usage de ponts volants pour passer les rivières : on s'en servait simultanément avec les autres moyens pour accélérer le passage «. C. A. HAiLtoT.

PONTS. {Marine.) Kom que Pon donne aux planchers d'un bâtiment faits en fortes planches de chêne et de sapin douées, en coupant à angle droit tous les baux d'un bout à l'autre. Les petits bâtiments n'ont qu'un pont, les frégates, les corvettes en ont deux, les vaisseaux de ligne en ont trois, non compris les faus ponts et les gaillards. Les ponts sont séinurés entre eux par un espace de deux mètres de hauteur. C'est sur ces ponts que s'établissent les batteries de canon. Le pont Inférieur s'appelle premier pont, c*est

iêê ripArts et U •?ec pUnfeh».

coiutnution ths pwM mSitMnt, raris, 1835,

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celui qai porte la première batterie d*uii vaisseau. Poni sur gueule, c^esi le pont le plus élevé d*uii bâtiment quelconque : il est tout à découvert et de plain-pied,c*est-à-dire sans fronteaux ni passavants. On le désigne aussi quelquefois par le nom de pont courant, — Le mot pont s'emploie souvent au figuré dans une infinité d'acceptions. Nous nous bornerons à citer les principales. Il serait difficile de remonter à 1*0rigine de la plupart de ces acceptions; elles jg[>partiennent presque toutes au langage de la conversation, au langage vulgaire, et sont rarement employées dans le débit oratoire ou dans la correspondance sérieuse. Pont aux ânes, c*est une cbose facile à faire, une chose commune; Pont d'or, grand avantage olffèrt pour faire désister ou retirer; pont -neuf, sorte de chanson triviale, tableau fait à la hâte. Maitiàl Mbblin.

PONTANUS (JBAif-ISAAc) sortit d*une famille établie à Harlem, et naquit en 1571 à Elsingoer, où ses parents étaient par hasard pour quelques alfôires. Il a pris une place distinguée parmi les savants qui illustrèrent la Hollande au xvii« siècle, et il fut historiographe du roi de Danemark et des États du duché de Gueidre. Il professa pendant longtemps la philosophie et les mathématiques à Harderwyk, où il mourut en 1640. On possède de cet écrivain un assez grand nombre d^ouvrages, parmi lesquels on distingue surtout ses travaux d'érudition. Voici la liste de ses ouvrages : Itinerarium Galliœ Narbonenêig, 1606; Historia urbis et rerum Amstelodamenêium, 1611; Disceptationes chorographiœ de Rhenis divortiU atque ostiie et accotis populis adversus Ph. Claverum , 1617; Observationes in tractatum de globiê cœUêtiet terrestri, auctore Roberto Huesio, 1617; Rerum danicarum historia, una cum chorographica ejuedem regni urbiumgue descriptione, 1651; Historia geldrica, 1639; Discutiones historicœ, 16S7; Origines Francicœj Historia ulrica; VHistoire de Frédéric II, roi de Danemark et de Norwége, Cependant les travaux d'érudition n^empéchèrent pas Pontanus de chercher à se faire une réputation dans une autre voie : il se mêla de cultiver la poésie, mais il n'aboutit qu'à fabriquer de mauvaise prose rimée. Ces prétendues poésies ont été publiées par lui, en 1634. Au reste, eUes ont été appréciées à leur véritable valeur par les contemporains mêmes de Pontanus, ainsi que le prouve l'anecdote suivante. Il avaitcomposé sur un trou une énigme ainsi conçue :

DIo nllii qidd mjoi fiât, qao plariaa dcBM?

Le poète Scrivenius compléta ainsi ledystique :

PoDtano dcmH eamlna, najor erlt.

PONTCHARTRAIN (lxs).IIs appartenaient à cette famille de Philippeaux qui occupa divers ministères depuis le règne de Henri lY jusqu'à celui de Louis XYI inclusivement, pendant près de deux siècles. — Pontchartbaih ( Paul PhiUppeaux, seigneur de), né à Blois en 1569. Il entra dans les affaires, en 1588, sous le ministère de Revol, et ensuite sous Yilleroi, secrétaire des commandements de Henri IY,et qui avait exercé la même charge sous les trois rois ses prédécesseurs. Henri lY plaça Paul de Pontchartrain au même titre auprès de Marie de Médicis ; mais il ne commença à entrer en fonctions qu'après la mort tragique de Henri lY. Il fut spécialement chargé des affaires de la religion, et se signala par son zèle contre les huguenots. 11 fut, en 1615, adjoint à Yilleroi, pour négocier un accommodement entre la reine mère régente et le prince de Condé, qui, déjà, s'était retiré de la cour, et avait appelé auprès de lui, à Coucy, les ducs de Longueville et de Mayenne, le comte de Saint-Pol et le maréchal de Bouillon. Il assista à l'assemblée des notables à Rouen, et contribua aux décisions qui furent arrêtées par cette assemblée ; il fut aussi l'un des négociateurs du traité conclu avec la reine mère, en 1619, peu après son évasion de Blois. Il comprima, en 1630, les mouvements des huguenots, qui avaient refusé de se séparer à Loudun, et avaient convoqué une assemblée de leurs coreligionnaires à la Rochelle. Il suivit le roi Louis XIII au malencontreux siège de Montauban ; il y tomba malade, et fut transportée Castel-Sarrasin, où il mourut le 31 octobre âgé de 53 ans. Il avait épousé Anne de Beauharnais , fille d'un gentilhomme de ce nom et seigneur de Miramion. Paul philippeaux de Pontchartrain avait laissé des Mémoires sur les affaires du temps, et qui peuvent être utilement consultés. Ils ont été publiés à la Haye, en 1730, en 3 vol. in-8<», et réimprimés depuis. Il avait eu pour successeur dans sa place de secrétaire d*État son frère puîné Raimond Philippeaux d'Herbaut, mais provisoirement, et pendant la minorité de son neveu, dont le nom suit. — PoNTCHABTBAiN (Louis Philippcaux, seigneur de). Il n'avait que 8 ans à ki mort de Paul de Pontchartrain, son père, et la survivance de la charge de secrétaire d'État lui avait été assurée. Mais, parvenu à sa majorité, il se désista de ses droits en faveur de son oncle. Il fut successivement nommé conseiller au parlement de Paris

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en 1657, et président de la chambre des comptes en 1650. Il mourut, en 1685, à Tâge de 72 ans.

— PoNTCHARTRAiif (Louîs PtiHippcaux , comtc de), petit-fils de Paul, né en 1643. Nommé conseiller au parlement en 1661, il n*avalt pas 18 ans; puis premier président au parlement de Bretagne en 1667. Il joua un rôle plus actif que brillant dans les troubles de celte province. Son zèle pour les intérêts de la couronne ne resta pas sans récompense. Il fut nommé contrôleur général des finances, en 1689, après la retraite de le Pelletier, commandeur et secrétaire des ordres du roi en 1693, enfin chancelier en 1699. Il se retira, en 1714, dans la communauté des prêtres de rOratoire. Lous XIY alla Vy visiter. Il mourut, en 17S7, âgé de 85 aus. Il fut, comme il Tavait désiré, enterré sans pompe et sans cérémonie. — PonTCHARTRAin (Jérôme Philippeaux de), fils du précédent, né en mars 1674, avait, en 1699, obtenu la survivance de la charge de secrétaire d*État qu'exerçait sou père; il avait été reçu, en 1693, conseiller au parlement de Paris, prévôt des ordres du roi en 1709. Il se démit de la charge de secrétaire d'État en 1715. Il avait administré le département de la maison du roi jusqu'en 1690. Il passa à cette époque au ministère de la marine. Il mourut en 1717. Il s'était retiré du ministère en 1715. — PontciARTRAiii ( Jean>Frédéric, comte de Maurepas et de), fils de Jérôme Philippeaux (rox* Maurrpas).

— PoNTCHARTRAiR (Louis Philippcaux de), troisième du nom, avait, à l'exemple de son aïeul, quitté le surnom de Pontchartrain, et pris celui de comte de la Vrillière et de Saint-Florentin {vox- Yrillièrb [duc de la]). Dupet.

PONT DU DIABLE, f^ox. Diable.

PONTS (GiACOMO da), dit le Bassan, né en 1510, dans la ville de Bassano, dont il porte le nom, est Tun des plus grands maîtres de l'école vénitienne. Les premières leçons lui furent données par son père, Francesco da Ponte, qui ne manquait pas d'une certaine originalité, et qui travailla aux fresques du dôme de Saint-Barthélémy de Bassano. On v(»it au Louvre un de ses tableaux : c'est un Marché aus poissom. Giacomo grandit et fit de rapides progrès. On l'envoya à Venise pour continuer ses études sous la direction de Bonifacio. Arrivé près de son nouveau maître, le jeune Bassan se sentit appelé vers une autre route que celle dans laquelle on le dirigeait. Les œuvres des Titien, des Corrége et des Parmesan faisaient ses délices; il s'adonna donc à leur étude avec une assiduité sans égale. Après avoir acquis le degré de perfection auquel il aspirait, il reprit le chemin de sa ville

natale. Lorsqu'U y arriva, son père venait de finir ses jours. Giacomo da Ponte aimait la vie paisible de la campagne. Quand il avait travaillé longtemps, il se délassait en cultivant un petit jardin ou bien en réunissant auprès de lui ses fils, qu'il chérissait, et auxquels il faisait d'intéressantes lectures pour leur former le jugement et le cœur. C'est dans cette existence toute patriarcale qu'il exécutait les belles compositions que l'on place au premier rang d'une des grandes écoles d'Italie. N'est-il pas intéressant de voir cet homme si doux, si naïf, achever en silence des œuvres qui font encore la gloire d'une nation. Comme le Corrége, ennemi de l'intrigue et de la cabale, le Bassan comptait sur son seul mérite pour acquérir la célébrité. Aussi l'histoire de sa vie ne nous est-elle pas parvenue. Mais n'avait-il pas raison, et le nom de Bassan, dont il a formé l'école , n'est-il pas immortel comme ses œuvres? Jacques Bassan eut quatre fils qui furent tous ses élèves. Deux surtout se se sont fait distinguer : l'alné, François, dont on confond souvent les œuvres avec celles de son père, acquit une grande réputation : il décora, en concurrence avec le Tintoret et Paul Véronèse, le palais de Saint-Marc à Venise. D'un caractère inquiet, il croyait sans cesse qu'on voulait lui arracher la vie. Un jour qu'il travaillait seul dans son atelier, il crut entendre les pas de sergenU qui, se figurait-il, allaient le conduire au supplice. Saisi de terreur, il s'élança par Ja fenêtre et se brisa le crâne sur le pavé. Il était* âgé de 40 ans. Le second fils duBassan, Léandre, éUit bien inférieur à son frère aîné. Il excellait cependant dans les portraits. L'Empereur Rodolphe II lui fit don de son portrait dans un médaillon d'or, et le titre de chevalier lui fut accordé par Grimaldi, doge de Venise, dont il venait de terminer un superbe portrait. On voit au Louvre un de ses tableaux : les Juifs surpris de la résurrection de Lazare. Léandre était, comme son frère, dévoré par d'affreuses chimères. Il avait toujours peur d'être empoisonné. Son goût pour la musique dissipa heureusement ces terribles craintes. Les deux autres fk^res, Jean-Baptiste et Jérôme, n'ont exécuté que des copies d'après le^ tableaux de leur père. Us étaient tous deux aussi d'une humeur sérieuse et sombre. Il parait qu'ils tenaient ces accès de folie de leur mère, qui elle-même y était sujette. Giacomo da Ponte mourut dans sa ville natale, en 1592, âgé de 89 ans. — Le musée du Louvre est riche en productions de ce maître. On y voit ces huit sujets : VEntrée des animaus dans rarchCy Moïse frappant le rocher, l'Adora-

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tùm de bergers, les Nùees de Cana, Jisuê accablé sous le poids de la croix, les Apprêts de la sépulture de Jésus : les saintes femmes et saint Jean pleurent Jésus mort, qui Ta être en- $e?elipar Nicodèmeet Joseph d*Arimatbie; Travaux de la campagne pendant la vendange. Portrait de Jean de Bologne, sculpteur célèbre. — Pour nous, il ressort de la contemplation de ces peintures, que le Bassan, doué d*un véritable génie, a su prendre la naïveté du Corrége, la grâce et la force du Parmesan. Ses compositions, franchement ordonnées, manquent peut-être un peu de noblesse, mais elles ont en revanche sentiment et vérité. Il n*était pas seulement peintre d*bistoire, il était encore peintre d'intérieurs, de paysages et d*animaux| son coloris étonne et séduit tout à la fois. Nous ne terminerons pas cet article sans parler de la superbe toile qui se trouvait dans la précieuse galerie de fou le marquis de las Marismas (M. Aguado) : c'est une JdoraHon des Bergers, Cette peinture, d*une grande dimension, est du plus bel effet; chaque figure est d*une exquise vérité. Y. Daiioux.

PONTE-CORYO, principauté italiennede 3 milles carr. géogr. avec 6,000 habitants, enclave du roya'bme de Naples, qui foit partie de la délégation de Prosinone, fut donnée, en 1806, au maréchal Bernadotte, depuis roi de Suède qui la posséda jusqu^en 1810.(f^Qr. Gharus-Jbar XIV.) Slle ne consiste guère qu*en la ville de même nom, dont la population s*élève à 5,400 âmes. On évalue ses revenus à 40,000 florins. . Cou v. Lix.

PONTÉDÉRIACÉES. Pamille naturelle de plantes monocotylédones périgynes, qui a pour caractères : fleurs solitaires ou disposées en épis denses ou en ombelle, qui naissent de la gaine des fouilles. Leur calice est monosépale, tubuleux, à six divisions plus ou moins profondes, égales ou inégales et formant deux lèvres; le nombre des étamines varie de trois à six; elles sont insérées au tube du calice; leurs filets sont quelquefois inégaux. L*ovaire est libre ou semiinfère, à trois loges contenant chacune plusieurs ovules insérés à leur angle interne. Leur style est grêle, simple, terminé par un très-petit stigmate simple ou légèrement trilobé. Le fruit est une capsule quelquefois un peu charnue, à trois loges ou plus rarement à une seule, contenant chacune une ou plusieurs graines attachées à leur angle interne» et s*ouvrant en trois valves septifères sur le milieu de leur face interne. Ces graines offrent un bile ou point d'attache extrêmement petit, et un endosperme farineux qui contient un embryon dressé ayant la même diifGtioQ que la grainei Les deux genres qui for-

ment cette fSsmillc se composent de plantes herbacées, vivaces, croissant en général dans Teau ou nageant à sa surface; leurs feuilles sont alternes, engainantes à leur base, ayant la gaine fendue. Ces deux genres faisaient autrefois partie des narcissées dont' ils ont été retirés pour former une famille distincte. Cette famille a de grands rapports, d'une part avec les commélinées, dont elle diffère par son embryon ayant la même direction que la graine, ce qui est le contraire pour ces dernières, par son bile punctiforme, par son calice tubuleux et uniforme et par son ovaire à loge polysperme. U'une autre part, elle a beaucoup d'affinité avec les liliacées, dont elle ne diffère guère que par le port des végétaux qui la composent, en sorte qu'il serait peut-être possible de les y réunir comme une simple tribu. Elle se compose des genres pontederia, Linné, Iteteranthera, Euiz et Pavon; reussia, Endl. Dk..z.

PONT-EUXIN. rcr* NoiRB (mer).

PONTHIEU. Ce pays, qui avait titre de sénéchaussée, était nommé Pontivus en latin, parce que, comme il y avait beaucoup d'eau et de marécages, on y rencontrait un grand nombre de ponts. Il était néanmoins abondant en grains, en fruits et en pâturages, et il avait le commerce de la mer. Il avait de 16 à 18 lieues du midi au nord, et de 10 à 13 de l'est à l'ouest. La plus grande partie appartenait anciennement à l'abbaye de Centule ou de Saint-Riquier, ou â d'autres monastères. Il fut ensuite gouverné par des comtes qui se rendirent indépendants et héréditaires à la fin du x« siècle. Le comté de Ponthieu passa de leur postérité dans la maison d'AIençon au commencement du xii* siècle, et ensuite successivement dans celles de Dammartin, de Castille et d'Angleterre. Il fut confisqué en 1580 sur Edouard III, roi d'Angleterre, et réuni â la couronne de France, possédé ensuite par la maison de Bourgogne, et réuni une seconde fois â la couronne par Louis XI, et en 1536, par le traité de Madrid. On comptait 250 fiefé, et 400 arrière-fiefs mouvants du Ponthieu. La rivière de Canche bornait le Ponthieu au nord, et le séparait du Boulonais; l'Océan le bornait à l'ouest, et la rivière de Bresle le séparait de la Normandie au midi; il avait l'Artois et le bailliage d'Amiens au levant. La rivière de Somme, qui le traversait du sud-est au nord-ouest jusqu'à son embouchure dans la mer, le divisait en partie septentrionale et partie méridionale. La première était le Ponthieu proprement dit, et s'étendait entre la Somme et la Canche. L'autre, qui était antre la Somma at la Breslai s'appelait If

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Yuigu, Fifmc9n$i$, yinemacemU ou Finamacuê paguê, et faisait ancienDemeDt partie de la Neustrie. Ces deux parties dépendaieot du diocèse d'Amiens pour le spirituel. Les principaux lieux du Pontbieu étaient Abbeville, capitale du pays, Hontreuil, Rue, Saint-Rlquier, nommé anciennement Centula^ et célèbre par son abbaye; le Crotoy, Grécy, les deux abbayes de Saint-Josse, celles de Forèt-Moutiers et de Yalloire, BoufiHers. La principale place du Yimeu était Saint-Yalery; puis venaient Lieudieu, Gamacbes, les abbayes de Seri et de Selincourt, Cayeux. Le Pontbieu et le Yimeu, qui faisaient partie du gouvernement de Picardie, appartiennent aujourd'hui au département de la Somme. Dict. db hk Cou v.

PONTIFE, PoiiTiriCAT. Le mot latin potUffes vient évidemment de pontem faceres en effet, les premiers pontifes à Rome avaient été d'abord chargés de l'entretien du pont de bois Sublicius. C'est par la même raison qu'an moyen âge on appelaitponf t/2c0« desreligieux qui pourvoyaient au passage des pèlerins sur les rivières. Fox» l'article suivant.

En général, un pontife est une personne revêtue d'un saint ministère, et qui a juridiction et autorité dans les choses de religion. Lesiuifs avaient un souverain pontife ou grand prétrej le premier qui remplit cette charge fut Aaron. Nous avons parlédespontifesde l'ancienne Rome, prêtres consacrés au culte des dieux en général, et non à tel ou tel dieu en particulier. Leur collège avait été institué par Numa Poropilius, et ne se composa d'abord que de 4 membres, tous patriciens. Après la guerre des Samnites, les plébéiens se firent aussi admettre aux dignités pontificales. Sylla (37 avant Jésus-Christ) porta le nombre des pontifes à 15, 8 grands (majores) et 7 petits (minores). Le premier de tous (pontifex maximus), élu par le peuple, était inamovible. Son autorité s'étendait sur tous les objets du culte, sur tous les prêtres, pontifes ou autres, et sur les vestales; il réglait les cérémonies religieuses, expliquait les mystères, interprétait les oracles, présidait aux adoptions, réglait Tannée (vox» Fastxs) et rédigeait les grandes annales. Auguste se fit revêtir de la charge de grand pontife, et tous ses successeurs l'imitèrent jusqu'à Gratien. — Dans l'Église catholique , on donne au pape le titre de souverain pontife. Dans la liturgie, le nom < de pontife s'applique aux prélats en général. On appelle pontiflcalun livre dans lequel sont contenues les prières, rites et cérémonies qu'on observe dans l'administration des sacrements, la pontificat était, à

Rome, la dignité de grand pontife. Il se dit encore de la dignité du pape et du temps pendant lequel un pape occupe le saint siège. Z.

PONTIFICES (prèrks), c'est-à-dire faiseurs de ponts, ordre de frères hospitaliers qui s'établis^ salent le long des rivières pour transporter gra* tis les voyageurs sur l'autre rive, ou qui s'associaient pour construire des ponts* Les premiers dont il soit question se montrèrent sur les borda de l'Arno en Toscane. On remarque parmi eux Bénezet ou le petit Benoit, qui, en 1 177, construisit à Avignon, sur le Rhône, un pont de 447 m« de long et de 18 arches; c'est aussi à eux que Von doit le pont Saint-Esprit , construit de 1365 à 1309, et qui avait 840 mètres de long et 36 arches. L'ordre fut sécularisé en 1519. Bovilut*

PONTINS (Marais). Foy. Marais, Cajifaaiir RS RoKB, etc.

PONTIUS (Paul), ou Yan der Brugge, du Pont, naquit à Anvers en 1596. Il cultiva avec un grand succès la gravure, qu'il apprit sous le discipline de Lucas Yosterman. U fut un dec artistes que Rubens avait pris sous sa direction et , qui, guidés par les conseils de ce maître célèbre, reproduisirent avec un art si supérieur un grand nombre de ses tableaux. Les planches de Pon« tins se distinguent par la franèhise et la liberté du foire, par la correction du dessin, et par la vérité grandiose de l'expression qu'il traduisait dans ses ouvrages. Peu de graveurs ont eu un burin aussi savant et en même temps aussi fa« cile, et possédé au même degré le sentiment de l'harmonie et la science du clair-obscur. La nature de son talent le rendit surtout propre à faire de lui l'interprète de Rubens, dont il grava onze portraits in-folio, et seize compositions historiques. Pontius produisit en outre, trentequatre portraits d'après Yan Dyck, qui sont tous de grande dimension; quatre portraits et onze sujets d'après différents maîtres, et enfin deux thèses. Ses plus belles planches *sont les suivantes : Thomyris faisant plonger la tête de Cyrus dans un vase de sang, et les portraits du cardinal-inftint Ferdinand, gouverneur général des Pays Bas, et du marquis de Castel-Rodrigo. Y. H*

PONTIUS HERENNIUS, général des Samnites, enferma dans les défilés de Caudium l'armée romaine sous les ordres de Postumius, la fit passer sous le joug, et lui imposa la paix (331 avant J. C)* Le sénat ayant cassé le traité, Pontius fut vaincu à son tour l'année suivante, et obligé lui-même à passer sous le joug. Yaincu de nouveau et pris par Q. Fabius Maximus et son fils (Fab. Gurgès), U fut mis à mort après avoir orné le triomphe du vainqueur (89a)« B^nuiif 4

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PONTON. (ArHlUrie.) Foy. Pont (Art nUiiiaire).

PONTON, (ilfar^fiê.) Grand bâUment carré, un peu plus long que large, à fond plat et à quatre faces droites , dont on se sert dans les ports militaires pour toutes les opérations de rintérieur. Il est d^une forte construction, porte un grand mât au milieu garni de caliomes, etc., et deux cabestans montés Tun en avant, Tautre en arrière. On peut aussi le remorquer en rade pour senrir à relever un bâtiment coulé , une carcasse, etc. Les pontons pour le carénage servent à abattre les vaisseaux (vqt. Gabèhi). Ce sont de vieux vaisseaux rasés jusqu'au premier pont, et munis de cabestans, mâts de redresse, écoutllles d*appareil, etc. Ils sont lestés en conséquence de reffort que font les apparaux en abattant le bâtiment. Le ponton est garni dans sa longueur de fdrtes caliomes et palans établis sur les eôtes du bâtiment, pour servir à coucber les vaisseaux sur le côté, ou pour les abattre afin d'en découvrir les parties submergées. Il existe encore une autre espèce de ponton, ^lus connu sous le nom de cure-mole, garni de roues, de grandes cuillers et de cbaines, et que Ton emploie à curer Içs ports, au moyen d*hommes que Ton fait marcher dans deux grandes roues de la machine. ^ Nous ne terminerons pas cet article sans parler d'une dernière espèce de ponton auquel les Anglais ont donné une cruelle célébrité. C'étaient, dans les rades de Porsmouth, Plymouth et Chatam, de vieux vaisseaux de ligne désarmés, grillés à tous les sabords, et dans lesquels on avait entassé huit à neuf cents prisonniers français. —Qu'on se figure ces malheureux confinés jour et nuit, pour un temps dont il était impossible d'entrevoir le terme, dans les entre-ponts d'un vaisseau, où chacun n'avait pour se mouvoir et se coucher qu'un espace de dnq à six pieds de long sur deux de large, et pour se nourrir que quatre onces de pain gluant, un peu de mauvaise viande ou de morue avariée, quelques onces de légumes secs ou de pommes de terre; qu'on se représente ces malheureux rationnés d'eau et d'air, ne pouvant monter sur le pont que trois fbis par jour, ayant à subir sans cesse les vexations de détail de misérables agents subalternes qui renchérissaient encore sur la tyrannie des chefâ ; et qu'on se demande si c'est ainsi qu'une nation qui se prétend à la tète de la civilisation et de la générosité devait traiter de braves et loyaux ennemis ! Au moins, y avait-il dans cette tyrannie britannique quelque idée de représailles ? non, ce prétexte même manque; car les prisonniers anglais étaient

traités en France avec tous les égards qui sont dus au courage malheureux, et nous invoquons au besoin le témoignage de ceux de ces derniers qui n'ont emporté de la nation française que le sentiment d'une généreuse hospitalité. Non, nous le répétons , rien n'a pu motiver la barbare cruauté que les Anglais ont exercée sur ces infortunés prisonniers dans leurs prisons flottantes; et le mot de pontons d'An^ gleterre est un stigmate indélébile que l'histoire a imprimé pour toujours sur le front de cette haineuse et envieuse rivale de la France. Habtial Hebuh.

PONTONNIERS. {Artillerie.) MiliUires aN fèctés au service des pontons et à l'établissement des ponts militaires. L'organisation de l'artillerie flrançaise, par la loi du 18 floréal an m (17 mai 1795), comprend un bataillon de pontonniers composé de huit compagnies de 73 hommes chacun. L'ordonnance du 31 août 1815 a conservé ce même bataillon, qui fait encore partie de l'organisation actuelle de l'artillerie. Toutefois, pendant les guerres de la république, un arrêté des consuls (an x) avait organisé un second bataillon de pontonniers. L'un était attaché aux armées agissant sur la frontière du Rhin, Tautre, établi sur le Pô, fournissait aux opérations des armées au delà des Alpes. — Les ponUm^ niers doivent être forts, actife, intelligents et intrépides dans les occasions périlleuses où ils se trouvent souvent à l'armée. Le service des ponts exige de bons bateliers et de bons ouvriers en bois et en fer.

PONTORMO (GiACOKO CARRUCCI, dit), d'un village de Toscane, dans le Florentin , où il vit le jour. Peintre célèbre qui devait, suivant l'expression de Raphaël et de Michel-Ange, reculer Tart jusqu'à ses dernières limites. Malheureusement, l'inconstance et l'irrésolution de son esprit l'empêchèrent d'accomplir cette brillante tâche, qui lui était imposée de si haut. Après avoir adopté vingt manières, il n'en suivit jamais aucune; il passa de l'atelier du Vinci à celui d'Andréa del Sarto, de celui-ci dans d'autres : après avoir fait de grandes et belles choses, il n'en fit que de très-médiocres. La chapelle de Saint-Laurent témoigne assez de l'influence de cette malheureuse versatilité de son esprit, qui causa sa mort. Là,. il efifaçait sans cesse ce qu'il avait commencé, léchait ce qu'il avait ébauché, ne s'arrêtait à rien. On s'attendait à trouver un chef-d'œuvre, et on n'eut qu'une chose très-ordinaire. Le chagrin s'empara de l'artiste, et le conduisit au tombeau, à 65 ans, en 1558. Les habitudes du Pontormo étaient aussi bixarres que

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ses Idées : il refusait de trâyailler pour le granddoc, et se fotiguait à des peintures qu*il donnait en payement à son maçon; il s*était fait construire une maison où il entrait par une éclielle, quil retirait après lui; se serrait lui-même, et se mettait fort mal. Malgré cela, ce peintre avait des disciples, dont le plus remarquable est le Bronzino. — Les premiers ouvrages du Pontormo se distinguent par un dessin pur et un coloris vigoureux; les derniers sont secs, roides^ gothiques , parce quHl se mit en tète, sur la fin de sa vie, de suivre la manière de Técole allemande primitive. La Fierge et le portrait de Giovanni délie Corniole, que possède le musée du Louvre ; la Sainte Famille, que nous avons vue dans la belle galerie de M. le marquis de las Harismas, où Técole italienne est si dignement représentée, sont de la première époque de son talent. La Fierge (du Louvre), assise sur les genoux de sainte Anne, soutient Tenfant Jésus; à leurs côtés, on voit saint Sébastien, saint Pierre, saint Benott et le bon larron. Sous le nuage qui porte la Sainte Famille, le peintre a représenté la seigneurie de Florence précédée de deux trompettes et de trois valets de ville, allant, le 96 juillet, porter à Péglise de Santa- Anna-sul-Prato Toffrande décrétée par la commune en 1343, pour célébrer Tanniversaire de Texpulsion du duc d* Athènes, qui s*était injustement emparé, à pareil jour, du gouvernement de la république de Florence. — Corniole était contemporain du Pontormo ; sa tète , vue presque de face, est couverte d*un bonnet à oreilles : il tient à la main un instrument de son art. Dict. de la Cou v.

PONTS (Deux), en allemand Zweibriicken, ville de la Bavière rhénane, ancienne capitale de la principauté du même nom. Foy. Dbux-

POflTS.

PONTS ET CHAUSStES. On appelle ainsi en France Pensemble des travaux d*ulilité publique qui se rapportent aux voies de communication, et Ton entend par corps des ponts et chaussées le corps d^ingénieurs spécialement et exclusivement chargé de la direction et de la surveillance de ces travaux. Avant de parler de Tétat actuel du corps des ponts et chaussées, et de la science de Tingénieur, nous allons jeter un coup d*œil rapide et général sur le paiisé, pour y découvrir Tapparition des ingénieurs , et pour y suivre les progrès successifs de leur art. — L'homme est fait pour vivre en société. C'est une impérieuse loi de la nature. Ses besoins sont nombreux et variés, et, quel que soit le pays qu'il habite, il est rare qu'il y trouve tout ce

qu'il faut pour les satisfaire. De là la nécessité de communiquer avec ses semblables; de là la création de chemins tracés à travers les campagnes, pour indiquer aux voyageurs la route à suivre d'un point à un autre, et pour en rendre le trajet plus facile aux bétes de somme et aux chars. Tous les peuples, à mesure qu'il se sont civilisés, ont senti la nécessité que nous venons de signaler, et de nombreux témoignages nous restent encore du soin que les Komalns apportaient à sillonner de roules la surface de leur immense empire. Mais, si la civilisation de ce peuple était avancée sur certains points, les moyens de communication des hommes et des choses n'étaient rien en comparaison de ce qu'ils sont de nos jours. Ils ne connaissaient pas encore les canaux ni surtout ces chemins de fer, brillante création 'des temps modernes , qui ont porté à un si haut degré la puissance de locomotion.— Longtemps, du reste, l'art de l'ingénieur est resté dans une profonde enfance. Dans les siècles de barbarie qui ont suivi l'ère romaine, les hommes s'occupaient de tout autre chose que de communiquer entre eux commercialement. Ce ne fut qu'à la renaissance de la civilisation, lorsque les croisades eurent vivement secoué l'Europe et emporté vers l'Orient des populations entières; ce ne fut qu'à la suite de ces grands mouvements guerriers et politiques, lorsque le calme revint et que l'humanité se rassit de nouveau que l'on s'occupa de tracer des routes, et de créer les moyens de franchir les fleuves et les rivières. L'esprit de charité vint à l'aide de ce mouvement, et alors ces compagnies religieuses se formèrent qui, sous le nom de frères pontifes, prirent, comme il a été dit, pour tâche d'établir des ponts ou des bacs aux points de passage les plus fréquentés des fleuves. C'est probablement à cet ordre religieux, successivement transformé par le temps , que l'on doit faire remonter l'origine du corps actuel des ponts et chaussées. Alors , des routes nouvelles se tracèrent, l'existence de moyens de communication en fit sentir le charme et le besoin, et, peu à peu, l'on progressa dans cette voie. Les routes, qui n'avaient d'abord servi qu'aux voyageurs à pied ou aux gens à cheval, furent bientôt fréquentées par les bétes de somme et leurs conducteurs; puis on se servit de chariots pour les hommes et les marchandises, et les roules durent prendre un nouveau développement et s'établir d'après de nouvelles conditions , pour satisfaire à ce nouvel usage. Elles durent s'élargir, et leurs pentes durent être moins nombreuses et moins rapides. Puis

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de nouvelles idées brillèrent. On se servit, pour la locomotion, des rivières, qui, lorsqu^on les descend, sont, d*après une expression bien connue, des chemins qui marchent et portent où Ton veut aller, mais dont il faut vaincre la résistance lors<iuyn en remonte le cours. L'usage facile de ces routes, naturellement établies par la nature, donna Tidée d'en créer artificiellement de semblables. Les écluses furent inventées et les ba* teaux purent gravir les pentes, en passant d*un niveau à un autre, comme par les marches d'un escalier mobile. — Tel était à peu près Tétat de la science de l'ingénieur il y a un siècle environ* Elle avait fait bien des progrès, mais elle en devait avoir de bien plus rapides. Alors comme aujourd'hui, on savait établir des routes, jeter des ponts et creuser des canaux ; alors comme aujourd'hui, on savait établir des constructions solides et propres à résister à l'action du temps; mais les moyens employés pour atteindre ce but étaient d'une longueur et d'uAe complication que la science moderne ne pourrait tolérer. Ces divers ouvrages prêtaient d'ailleurs à bien des reproches. Les roules étaient tracées sans aucune apparence de réflexion sur l'action des moteurs animés. Dirigées en ligne droite d'un point à un autre, elles traversaient à vol d'oiseau les montagnes et les vallées, quelquefois par des remblais et des déblais énormes, mais le plus souvent avec des pentes d'une déclivité extrême. Les ponts étaient solides, mais leur lourdeur était excessive; assis sur de larges piles, appuyés sur d'épaisses culées, ils osaient à peine déployer leurs arches, et, comme le pont Royal et le pont Neuf, à Paris, qui sont des exemples de ce genre de construction, ils occupaient une place énorme dans le lit des fleuves. Pour les construire, on détournait les eaux dans un canal artificiel, et l'on bâtissait dans leur Ut desséché ; si l'on reculait parfois devant ce moyen barbare, on mettait successivement et partiellement à sec la place de chaque pile , ou bien l'on hérissait le fond de pieux et l'on coulait d'énormes caissons pour y asseoir les fondations. Le mortier, ce puissant moyen de liaison, qui, des fragments de pierre qui composent un édifice, ne forme à la longue qu'un seul bloc, le mortier se fabriquait encore d'après les procédés transmis d'âge en âge, d'ingénieur en ingénieur, par une routine qu'éclairaient rarement l'expérience et le raisonnement. Alors enfin, les seuls matériaux employés dans les constructions étaient les pierres. Le bois n'y entrait que rarement et dans quelques cas particuliers ; quant au for, il n'y trouvait Jamaii sa plac«. Cette d«KrlpUon succinctt de

l'état de la science 4oit flaire comprendra que le» connaissances de ceux qui la pratiquaient n'avaient besoin d'être ni bien vastes, ni bien nombreuses , ni bien profondes. Ce n'est pas à dire du reste qu'ils n'avaient pas des difficultés à vaincre et qu'il ne devait pas se trouver parmi eux des intelligences remarquables et des capacités élevées. Certes, en remontant même beaucoup plus haut que l'époque dont nous parlons, les édifices gothiqges , si magnifiques comme masses architecturales, sont là pour démontrer que ceux qui les ont élevés avaient de profondes connaissances dans l'art de réunir habilement la pierre à la pierre. Mais ce que nous avons énoncé n'en subsiste pas moins, et les nouveaux objets d'application dont l'art des constructions s'est enrichi depuis lors entraînent nécessairement à leur suite de nouvelles études plus étendues et plus variées. — Maintenant, on sait développer les routes sur les flancs des vallées, chercher, pour leur faire franchir les montagnes, les points où s'abaissent les sommets des chaînes ; calculer les efforts des hommes et des animaux, et ne pas dépasser certaines limites dans l'action qu'on les oblige à produire. Maintenant, on sait hardiment jeter de grandes arches d'une pile â une autre, asseoir leurs fondations à toutes les profondeurs et dans tous les terrains, 'sans danger et sans énormes dépenses, et, lorsque enfin les distances deviennent trop considérables ou la hauteur trop grande, on sait suspendre de légers tabliers de charpente à des câbles de fer tendus entre deux supports. Maintenant, on sait élever les canaux sur les flancs des montagnes, leur en faire traverser la crête par d'immenses galeries percées à travers des difficultés et des dangers sans nombre, et leur creuser de vastes réservoirs où l'on réunit les eaux de toute une contrée. Maintenant, enfin, on sait, pour diminuer les frottements des jantes des roues sur une voie couverte de pierrailles, élever au-dessus du sol des ornières métalliques ou elles glissent sans éprouver presque aucune résistance, et où elles peuvent se mouvoir avec des vitesses énormes. —De tous ces nouveaux objets de travail résulte pour les ingénieurs la nécessité de connaissances extrêmement variées. U y a trois quarts de siècle, la tradition leur suffisait presque seule, mais, de nos jours, au contraire, ils ne doivent rester étrangers â aucune des sciences naturelles et positives. -Ayant à gouverner les eaux, â creuser dans le sol des galeries souterraines, à ouvrir des tranchées énormes, â lutter sur les côtes contre les efforts de la mer, â manier le I for, le bois et la pierre, â construire ou à mettrf

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eu œuvre des macbines de toute espèce, ili doi< yent connaître la physique et la chimie, aux« quelles se relient naturellement la minéralogie et la géologie ; ils doivent posséder des notions approfondies de mécanique, et pouvoir à leur gré se servir des principes de l'analyse mathématique, pour résoudre les difficiles problèmes qui leur sont posés souvent par les travaux qu*ils dirigent. Sans doute ces diverses sciences ne leur sont pas toutes nécessaires au même degré; sans doute ils pourraient peut-être, à la rigueur, se passer de quelques-unes qui ne se rattachent que rarement et de loin à leur œutre principale; sans doute ils apprendraient pratiquement, dans la conduite des travaux, un grand nombre de laits que ces sciences enseignent; mais maintenant, dans rélat général d'instruction où les hommes se trouvent, dans un temps où Ton marche si vite, où Ton apprend si bien, où Ton perfectionne si rapidement, il faut que les ingénieurs puissent porter, dans toutes les œuvres qui leur sont confiées, le flambeau de la théorie, afin d'être à la hauteur du siècle, — D'ailleurs, oialgré les progrès immenses accomplis depuis une centaine d'années, l'art de l'ingénieur est encore faible à certains égards. Des principes indispensables à la stabilité des constructions de tout genre ne sont pas et ne peuventêtre encore nettement posés. On est obligé de s'en tenir encore, dans le plus grand nombre de cas, à une sorte de jugement instinctif, à une sorte de perception par sentiment, qui n'a rien de précis et d'unifbrme, et qui varie pour chaque intelligence. Quoique les sciences mathématiques, qui, restées longtemps à une grande hauteur spéculative, daignaient à peine jeter un regard vers les applications utiles, aient enfin consenti à s'abaisser jusqu'à elles , très-peu de notions théoriques d'une infaillible exactitude sont acquises à l'art des constructions. Les résultats des recherches de ce genre sont encore vagues et incohérents, et ce serait souvent vouloir s'égarer que de les prendre pour guides et les suivre en aveugles. Mais, quoique ce sol théorique ait été Jusqu'ici peu productif, ce n'est pas une raison pour le laisser inculte, et ce sont surtout les ingénieurs quidoiventletravailleravec persévérance. — A)>rès cecoup d'œil rapide jeté sur l'artde l'ingénieur, nous allons énoncer d'une manière plus précise les divers travaux qui constituent le serviee des ponts et chaussées , et nous dirons un mot de l'histoire et de l'état de ce corps. — Le corps des ponts et chaussées, organisé en 1793 par Trudaine et Perronnet, vit enfin son existonoe sanctionnée par un arrêt du conselT et des

lettres patentes de 1750, qui établissaient un architecte premier ingénieur, quatre inspecteurs généraux, vingt-cinq ingénieurs en commission pour les pays d'élection, et un certain nombre de sous-inspecteurs pour suivre les ouvrages. Les pays d'État avaient en outre leurs ingénieurs ou agents particuliers.— Un arrêt du conseil de 1770 vint modifier ces dispositions. Trois nouveaui^ ingénieurs furent établis pour la généralité de Paris; les sous-inspecteurs furent érigés en iq* specteurs, et leur nombre fut fixé à cinquante. —La loi du 17 janvier 1791 apporta de nouveaux changements à cet état de choses. £lle créa une administration centrale, composée d'un premier ingénieur et de huit inspecteurs généraux. L'as* semblée des ponts et chaussées, aujourd'hui conseil général, était formée du premier ingénieur, des huit inspecteurs généraux, des ingénieurs en chef, inspecteurs de département, et des ingénieurs présents à Paris. Le premier ingénieur était choisi par le roi, parmi les inspecteurs généraux, et ceux-ci, pris parmi les ingénieurs en chef de déparlement, étaient nommés au scrutin par le premier ingénieur et les inspecteurs généraux. Le même décret organisait l'école des ponts et chaussées. — La loi du 19 janvier 1791 fut bientôt modifiée par celle du 18 août de la même année; et, enfin, le corps des ponts et chaussées fut constitué tel à peu près qu'il est aujourd'hui par le décret impérial du 25 août 1804 (7 fructidor an xii). Cinq inspecteurs généraux, quinze inspecteurs divisionnaires, deux inspecteurs divisionnaires adjoints, cent trente-quatre ingénieurs en chef, trois cent six ingénieurs ordinaires, quinze aspirants et soixante élèves sont établis par ce décret. Les ingénieurs en chef et ordinaires sont divisés pour chaque grade en deux classes. Tout ce qui se rapporte au service, aux fonctions et aux résidences des ingénieurs; tout ce qui concerne la composition et les attributions du conseil général des ponts et chaussées, les nominations et les avancements, les titres, les retraites et pensions, etc., se trouve ainsi fixé par ce décret. — De légères modifications ont été apportées depuis aux dispositions qu'il contient, surtout en ce qui concerne le nombre des ingénieurs, qui doit nécessairement varier avec les exigences du service. Quelques-unes de ses bases principales ont été plus fortement altérées par l'ordonnance royale du 19 octobre 1830, mais elles ont été presque entièrement rétablies par celle du 8 juin 1832, en sorte que c'est toujours dans le décret de 1804 qu'il faut chercher les principes gêné'* raux de Torganisation et du seryiee des iogé^

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nieon des ponts et chaussées. -^ Chaque département possède actuellement un ingénieur en chef de première ou de seconde classe, ayant sous ses ordres un nombre d*ingénieurs ordinaires, variable avec retendue du département et les besoins du service. Ces ingénieurs dirigent, sous la surveillance de Tingénieur en chef, les divers travaux de route, de canal, d^améliorations de rivière , qui sont faits sur les fonds de rÉtat ou sur ceux des départements. Sur les côtes, ils sont en outre chargés des divers ouvrages qui se rapportent aux ports de commerce et à la construction des phares. Lorsqu^un département contient un travail très-considérable, dont la conduite par Tingénieur en chef du département demanderait trop de temps et de soins, un ingénieur en chef spécial, auquel sont adjoints des ingénieurs ordinaires, est chargé de la direction de ces travaux. On distingue par répithète d'extraordinaires les services de ce genre des services de département, qui sont nommés services ordinaires. Ces divers ingénieurs ont sous leurs ordres des agents nommés conducteurs et piqueurs rangés en diverses classes, mais ne pouvant jamais arriver au grade d'ingénieur , qui ne peut être obtenu que lorsqu'on a passé à Técole polytechnique.— Les ingénieurs ordinaires sont chargés, chacun pour le service qui les concerne, de la rédaction des projets devant régler la confection des travaux, et devant servir de base aux adjudications qui en sont faites à des entrepreneurs. Ces projets, révisés, s*il y a lieu, par Tingénieur en chef ou approuvés par lui, sont envoyés au conseil général des ponts et chaussées, à Paris, qui doit les examiner et les modifier s'il en est besoin. Ce conseil général, présidé par le directeur général des ponts et chaussées, se compose des huit inspecteurs généraux et d'un certain nombre d'inspecteurs divisionnaires, renouvelés le premier janvier de chaque année. Le'h autres inspecteurs divisionnaires présents à Paris ont droit d'y siéger, et peuvent s'occuper, conjointement avec les aulrtîs membres , de l'examen et de la discussion des grands projets de travaux publics. Lorsque les projets ont été examinés par le conseil général, sur le rapport de l'un de ses membres, ils sont renvoyés aux ingénieurs en chef, et l'on peut procéder à leur exécution. Enfin, pendant la durée des travaux, ils sont inspectés par les inspecteurs divisionnaires, qui doivent parcourir tous les deux ans , par une tournée générale, une des quatorze circonscriptions dans lesquelles la France est divisée pour eux. Tels sont les divers liens de solidarité établis dans

tout le corps des ponts et chaussées pour la parfaite rédaction des projets, pour la surveillance et l'exécution des travaux. — De nos jours, à propos de l'exécution des chemins de fér, une grande question est soulevée, une lutte trèsvive est établie entre le corps des ponts et chaussées et les compagnies concessionnaires. Ce serait peut-être ici le lieu d'en dire quelques mots, mais ces développements appartiennent à l'article Travaux publics. Auoustk Moniher.

PONTUSEAUX. yoy* IifcuifABU», tome xrn, page 520.

PONZA (Ilbs) ou Ponces, Poniiœ insulŒj six petites îles de la mer Tyrrhénienne, à 5d kil. du royaume de Naples : Ponza et Yendotiene en étaient les principales. Lieu d^exil au temps des Romains.

Ponza, la plus grande des six lies Ponces : 20 kil. de tour; 800 habitants. Yin, figues; sel. — Sur la côte £., bourg du nom de Ponza ; port, deux forts, etc. Colonie importante, dès 314 avant J. C. Ravagée par les Sarrasins , et presque déserte jusqu'à Ferdinand IV, qui y envoya une nouvelle colonie (1760). Bouillit.

POOL (Rachsl van) , fille du célèbre anatomiste Ruysch, naquit à Amsterdam, en 1664, et mourut le 13 octobre 1750. Depuis sa tendre enfance elle manifesta un goût irrésistible pour la peinture des fleurs, et elle commença par copier avec tant d'art les gravures et les tableaux qui l'avaient frappée, que son père la mit sous hi discipline de Guillaume van Aelst, peintre de fleurs et de fruits, fort célèbre alors. Elle fit sous ce maître des progrès si rapides , qu'elle approcha bientôt de lui, et qu'on la regarda comme un des artistes les plus habiles de son époque en ce genre de peinture. Aussi son nom ne tarda pas à être cité partout , et ses ouvrages furent recherchés dans toutes les cours de l'Europe. En 1695, elle épousa Juriaen van Pool, peintre de portraits qui ne fut pas sans réputation. En 1701, elle fut reçue, avec son époux, membre de l'Académie des beaux-arts de la Haye, et l'électeur palatin Jean -Guillaume lui envoya, le 7 août 1708, un diplôme qui la nommait peintre de la cour de Dusseldorf, et lui fit présent d'une toilette complète en argent composée de vingt-huit nièces, à laquelle il ajouta six flambeaux du même métal. Ce prince fut, en outre, parrain du premier enfant du peintre.

La plupart des ouvrages que produisit Rachel van Pool entrèrent dans la collection du généreux protecteur des arts, qui ajoutait toujours de riches présents aux prix magnifiques qu'il don* nait à cet artiste. Jean-Guillaume mourut en

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1716; et, dès ce moment, les cabinets particuliers purent espérer d^obtenir quelques productionsde Kachel; les amateurs se les arrachaient à I*envi. Ses tableaux sont bien composés, d*une srande finesse d^exécution, d'une rare fraiclieur de couleur et d'une vigueur de pinceau peu commune.

Rachel van Pool jouit de Testime de ses ri- Taux et du respect des glands. Tous les poètes de son temps l'ont célébrée dans leurs vers, et elle mourut à Tâge de quatre-vingt-six ans, après avoir été veuve depuis 1645. Y. H.

POOT (HoBERT) fut un des poètes hollandais les plus remarquables du commencement du xvn« siècle. Il naquit, le 20 janvier 1689, dans la Hollande méridionale, au hameau d'Abswonde, voisin de Delf t. Issu d'une famille de bons villageois, il était destiné à rester dans Thumble condition qui était la leur. Mais la nature fut plus forte que la fortune : elle avait marqué le jeune Poot du signe du poète. L'instruction qu'il avait reçue s'était bornée à l'écriture,, à la lecture et aux éléments du calcul. II. la compléta bd-méme dans ses heures de loisir. Affilié à une de ces sociétés connues sous le nom de ehamhre de rhétorique, et qui avaient pour objet de composer des morceaux de poésie sur des motifs prescrits, Poot produisit ses premiers essais dans ce cercle modeste. Il s'était d'abord modelé sur le poète contemporain Antonides Yan der Goes, dont le style mou et parfois singulièrement prétentieux ne tarda pas à le dégoûter. Bientôt le jeune Poot s'adressa aux ceuvres de Yondel, dont l'énergie l'attira puissamment, et à celles de Hooft, dont les vers colorés et frappés avec tant de fermeté lui fournirent enfin les modèles qu'il cherchait. Les pièces anacréontiques de Hooft eurent surtout un grand charme pour lui, et il se consacra désormais à ce genre qu'il traita avec une véritable supériorité. Gomme le poète Burns, il fit marcher de pair les humbles travaux des champs et la culture de la poésie. En 1716, il publia à Rotterdam un premier recueil sous le titre de Mélanges (Menge- Ungen). Ce volume produisit un grande sensation. On s'étonna des chants de cette muse inconnue , de la fraîcheur et de la richesse de cette imagination, et de la beauté du style qui rayannait dans tous ces morceaux. Poot, enivré par le succès, quitta Abswonde et alla s'établir à Delfl; ce fut en 17â5. Mais il ne tarda pas à se dégoûter du séjour de cette ville, et à retourner au hameau natal. En 1737, il publia un deuxième volume de poésies , dont le succès ne fut pas moins beau que celui du premier. Cinq années après, c^est-à-dire en 1733, Poot se maria ; mais

il mourut l'année suivante, le 31 déc. 1733. Cette mort prématurée fut pleurée par tous les versificateurs contemporains, et elle a donné lieu à un recueil dans lequel on a réuni un grand nombre d'épitaphes et de complaintes sur ce poète.

L'œuvre de Poot comprend trois volumes in-4o, publiés à Delft, en 1726, 1728 et 1735, et composés en grande partie de poésies élégiaques et lyriques. Il a concouru, en outre, au Grand Théâtre physique et moral de César Ripa, qui parut à Delft, en 1743. Y. H.

POPE (Alxxaudhe), célèbre poète anglais, est né à Londres, le 22 mai 1688. Quoiqu'il ait parlé de sa naissance dans ses vers, on ignore quelle était la condition de ses parents. Il parait cependant que son père, issu d'un sang noble, avait fait sa f6rtune dans le commerce. Cette famille était catholique et très - royaliste. Le père de Pope, quand les Stuarts furent chassés du trône d'Angleterre , se retira à la campagne. Il avait réalisé sa fortune; il vivait sur le capital. Aussi, quand il mourut, son fils n'eut presque rien à recueillir. L'éducation d'Alexandre Pope fut très-soignée ; il apprit de bonne heure et par une heureuse méthode le grec et le latin. Dès son enfance il fit des vers. Il répétait souvent qu'il ne se souvenait pas d'une époque où il ne s'occupât pas de poésie. Son père lui-même encourageait ses essais. Dryden fut bientôt l'objet du culte du jeune Pope : celui-ci, et il était bien jeune (Dryden est mort en 1701), allait regarder ce grand poète, saisir ses paroles, épier ses gestes, dans un café où d'ordinaire il se rendait. Ce dernier ne se doutait pas qu'il se trouvât là un jeune admirateur dont la gloire se placerait un jour à côté de la sienne. A seixe ans, la carrière poétique de Pope a commencé. Il publia ses Pas* torales, et, en 1709, il écrivit VEssai sur la critique, qui, lorqu'il parut, fut loué par Addison, dans le Spectateur. Ce poème suppose une connaissance de l'humanité, une familiarité avec les grands génies de l'antiquité, une netteté de conception, qui surprennent dans un jeune auteur. A VEssai sur la critique succéda la BoU' de de cheveux enlevée. On raconte que lord Pètre ayant, dans un accès de galanterie qui déplut, coupé une boucle de la chevelure de mistriss Arabella Fermer , ce fut un sujet de beaucoup causer dans le grand monde. M. Caryl, qui avait quelque réputation parmi les beaux esprits du temps, engagea Pope à écrire sur ce sujet uû poème. Le poème fut écrit ; il eut un succès prodigieux , et il est encore considéré comme une des productions les plus distinguées de la muse anglaise. Nous reconnaîtrons avec tous les cri-

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tiques que les Teirt de ta Boucle de ohewuâe enlevée sout élégants, yift et précis, mais nous ne pourrons admirer de même la création de ces fades sylphes que Tanteur suppose attachés à la toilette des dames, qui gardent leur pommade et Teillent à leurs papilloites. Johnson ne peut trop s*émerTeiller à la vue de ce petit peuple né du cerveau du poète. Quant à nous, nous ne voyons là que fadeur et afféterie. Et Pope n*a pas craint de donner au chef de ces sylphes le nom d'Ariel ! d*Ariel, cet esprit charmant, enfant de rimagination de Shakspeare, personnification de la bonne pensée, qui fait toujours le bien avec charme, avec grâce, et qui anime une des plus merteilleuses compositions dramatiques qui aient Jamais été écrites, la Tempête t Pope écrivit bientôt après (on ne sait pas précisément la date) PépUre à*Héloïêe à AbeUard, qui certainemeat est son chef^*œuvre. Il y règne une correction élégante, une chaleur de pensée, une vivacité d*expression qu'on ne rencontre pas toujours dans Pope. L*ombre des cloîtres se projette sur tout le poème , et le catholicisme y respire. ICous qui aimons maintenant le réel, et qui cherchons surtout les peintures vigoureuses, si nous interrogeons les lettres d*HéloIse et d'Abeilard, et les articles de Bayle, écrits avec une verve sensuelle, nous trouverons quelque mécompte dans la lecture de Pope. Ce n'est pas là cette passion ardente d'Hélolse qui bravait tout, avouait tout, se rappelant avec délices des choses dont le souvenir ^ferait rougir une mondaine, mais qui enflammait une abbesse. Ce n'est pas sous ce point de vue qu'il ftiut lire l'épltre d'Hélolse à Abeilard. Il s'agissait du temps àe Pope, d'épurer la passion qu'on faisait parler, d'idéaliser ce qui était grossier : il a pleinement réussi. C'est un admirable morceau de poésie, dontcolardeau, il faut le dire, n'a donné qu'une très-pftle idée dans une traduction beaucoup trop vantée.— En 1718, Pope, qui sentait le besoin de l'indépendance et de n'être pas le serviteur des grands avec lesquels il aimait à vivre, se décida à profiter de la réputation qu*il avait déjà acquise pour fonder sa fortune. Il résolut de donner une traduction de V Iliade en vers anglais, et, avant d'avoir commencé son travail, il ne craignit pas d'ouvrir une souscription qui fut immédiatement remplie. Elle suffit pour lui assurer une belle indépendance. Cet ouvrage fut terminé en cinq ans. Il le fit de 36 à 50 ans. Pope n'était pas un savant; la langue grecque ne lui était pas très-fàmilière ; mais comme l'a fort bien remarqué Jonhson, ce n'était pas là un sérieux obstacle* Bomère est si primitif, U y a

tant de simplicité dans ses pensées, tant de naturel dans ses expressions, qu'un esprit Juste est plus sûr de l'entendre qu'un commentateur. La traduction de Pope eut un succès immense : ce n'était point Homère, sans doute, et Bentley eut raison de dire à Pope : « Ne dites pas que vous m'avei envoyé Homère, monsieur, dites que vous m'avez adressé un beau poémé. » Mais c'é^ tait une œuvre gigantesque : les formes poétiques y abondent, et la langue anglaise y a pris une netteté, une clarté, une allure certaine qu'elle n'avait pas jusqu'alors. Cette publication brouilla Pope avec le ftimeux Addison , qui, cédant à un sentiment de jalousie que rien ne peut excuser, se fit le patron et peut-être l'auteur d'une nouvelle traduction de Vlliade en vers. A la traduction de Vlliade succéda celle de VOdxêsée; mais cette traduction fut de plusieurs mains, et très-inférieure à celle de Vlliade, En 1725, Pope donna une édition de Shakspeare très-peu estimée, mais qui est précédée d'une préface bien écrite. Pope était trop élevé comme poète , et II avait un caractère assez difficile, un esprit assez agressif pour ne pas manquer d'ennemis. Il en eut par myriades; et il se décida à leur livrer à tous batail1e> En 1750^ il finit la Dunciade, satire qui eut un grand succès, et qui est un des titres de Pope à l'immortalité. En 1755, parut VEitaieur l'homme, Ce&t par cet ouvrage que Pope fut d'abord connu en France. Voltaire, peu d'années après, publia ses Poémee philosophie quee. En France, avant Voltaire, on avait eu d'admirables écrivains en prose qui avaient parlé morale et religion ; ses vers élégants et sérieux continuaient leur belle prose. La France n'avait eu aucun potfte qui eût raisonné philosophie. Il n'en était pas de même chez les Anglais : Ham* tel avait été écrit, et Shakspeare, dans toutes ses pièces, avait émis en philosophie les pensées les plus hantes, les idées les plus raffinées. Popé ne suivit pas sa trace; il fut sage, libre, mats non profond penseur; il n'entendit pas la voix d*Hamlet, qui lui disait : « Écoutez, Horatio, il y a entre le ciel et la terre plus de choses que n'en a rêvé votre philosophie. » Il écrivit avec méthode et élégance, mais sans génie, sans vi* gueur, et ce qui le prouve, c'est qu'on ignore encore quelles étaient ses opinions véritables, et s'il avait adopté les principes de Bolingbroke sans en avoir pressenti les conséquences. Il était alors au comble de la renommée; il fut même un Jour menacé de la visite de la reine. VEeeai sur l'homme fut son poème fevori ; 11 voulut ravoir traduit dans toutes les langues; il eherdM mênke à le faire traduire en vers latins. U lou-

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tint àrtc bonheur une assez yive polémique contre les détracteurs de cette œuvre ; et 11 continua à écrire arec succès, à régner sur la Parnasse anglais Jusqu*à sa mort, qui arriva en 1744. Lorsqu'il y a peu d'années le docteur Bowles publia une nouvelle édition de Pope , il s'éleva une vive controverse. L'éditeur, dans une biographie qui fit beaucoup de bruit, releva quelques anecdotes peu honorables pour Pope, et fut très- vivement accusé d'avoir calomnié celui qu'il commentait. Et cependant il résulte de la lecture de la correspondance de Pope, et de ses satires, que c'était un homme d'un esprit peu bienveillant et d'un ceeur peu ouvert. Mais ce ne fut pas sur ce point que le docteur Bowles fut le plus attaqué; on prétendit que non-seulement il avait calomnié le caractère de Pope, mais encore son génie. La discussion s'engagea d'une manière assez étroite. Bowles reprocha à Pope d'avoir emprunté ses images plus à l'art qu'à la nature. Campbell, dans son élégant Essai sur la poésfe anglaise, voulut défendre Pope, et il soutint que la nature est partout, même dans les œuvres de l'art , et qu'emprunter de la poésie à tout ce qui nous entoure, à tout ce qui vit dans ce monde, le décore, l'anime, c'est s'adresser à la nature ; que la nature n'était pas seulement dans les campagnes, sous les ombrages des forêts, et qu'il n'est pas nécessaire d'être botaniste ponr être bon poète. Byron survint dans la lutte, et, ce qui peut étonner, il n'agrandit pas beaucoup la question. Cependant Byron avait vécu avec on homme qui lui avait appris le culte de la matière. Le panthéisme de Shelley avait fait connaître à Byron cette communion du poète avec la nature qui anime le poésie de Childe*Uarold, La question n'était pas de savoir si Pope avait étudié la nature, mais s'il avait sympathisé avec elle; la question n'était pas de savoir si telle ou telle de ses comparaisons était heureuse, bien ftiite, naturelle; la question qui se débattait était celle de savoir si Pope avait cette grandeur, cette liberté de génie qui régnait dans Sbakspeare, dans Milton; « si Pope, comme l'a dit Hryden de Ben-lohuson, avait vu la nature avec les hsneiies des livres, * ou à Pœil nu comme ces grands hommes^U ; si les poètes qui ont fini le xvni* siècle en Angleterre n'avaient pas plt» de mélancolie, plos de sensibilité que Popè : c'est li la question. Byron, qui ne la pose pas, Ta résolue par ses CMivres. Sn lisant Childe- Hnrotd, on sent que la poésie anglaise s'est retrempée dans le xvi* siècle, rage d'or, quoi qu'on puisse dire , de la poésie anglaise. Ce qui man- ^oe A Pope, dont le génie est tncenteslable,

c'est une philosophie profonde et une sensibilité Vi^ie. E. DiSGLOtKAUX.

POPRAH (sir HOMi BiGGs), amiral anglais, né en 1762 à Gibraltar d'une famille irlandaise, mort en 1820, avait commencé par être simple matelot. Il devint en 1800 commandant des forces maritimes dans l'Inde. En 1804, il prit à la Hollande sa colonie du Cap ; fut chargé en 1806, sous les ordres de Gambier, de surprendre la flotte danoise, ce qui réussit entièrement; appuya les opérations des Anglais dans la péninsule hispanique, devint contre-amiral en 1814, commandant de la station de la Jamaïque en 1810, puis commandant de la station des Indes occ, et tenta en vain d'accommoder Christophe et Boyer. La marine lui doit plusieurs perfectionnements, surtout dans le système télégraphique.

POPILIUS LSNAS (Câîcs), d'une famille plébéienne, consul l'an de Borne 582 (av. J. C. 173), fut occupé pendant sa magistrature à faire la guerre aux Liguriens : il fut une seconde fois consul, 14 ans après (596 de Rome^ avant J. C. 158); mais les dignités dont il fut revêtu n'auraient pas tiré son nom de Tdàbll sans sa fameuse ambassade auprès du roi de Syrie An tiochusÉpiphanes. Ce prince voulait profiter de la minorité de Ptolomée VI (Philométor), roi d'Egypte, pour s'approprier llle de Chypre et tout le territoire qu'arrosait la bouche pélusiaque du If il. Popilius est envoyé vers ce prince par le sénat avec C. Decimius et C. Hostilius, pour lui enjoindre de sortir de l'Egypte. Les trois ambassadeurs se présentent au monarque comme il était â la tête de son armée victorieuse. Antlochus présente la main à Popilius, chef de i'ambas*sade; le Romain la refuse et, hii remettant le décret du sénat, lui ordonne de commencer par en faire lecture. Le prince Ut et répond qu'il en délibérera dans son conseil. Alors Popilius, qui tenait une baguette â la main, trace autour d'Antiochus un cercle sur le sable : t Avant de sortir de ce cercle, lui dit-il, donnez- moi la réponse que je dois porter aux Romains. « Atterré par cet ordre impérieux, Antiocbtts répond en balbutiant : c Je ferai ce que veut le sénat, n Alors Popilius lui donna la piain comme à l'ami et à l'allié du peuple romain, et dès le jour même Antlochus sortit de rÉgypte. Rome était alors la souveraine des rois, et son langage était d'accord avec sa puissance. L'action de Popilius a donné lieu à une expression proverbiale, qni s'emploie communément dans la conversation rélevée, pour exprimer une situation dont on ne saurait sortir, un dilemme auquel on ne pent répondre. HapoléoB affectionnaii particttUdrement

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cette location, qui se retrouve fréquemment dans les articles de discussion officielle qu^il envoyait au Moniteur; et en effet, cette manière de parler était bien àrusagede celui qui, pendant quinze années, vit à ses pieds les Antiocbus de TEurope. Malheureusement, ils ont eu trop tôt leur revanche; et, par un triste retour, la France envahie a connu le cercle de Popilius aussi bien que les Fourches Caudines. Cn. do Rozoir.

POPPÉE était fiUe de Tit. Ollius, Tun des amis de Séjan et des complices de ses crimes. Comme elle était, par sa mère, petite-fiUe de Poppeus Sabinus, elle préféra le nom le plus illustre au plus obscur. Riche et belle, elle ne pouvait manquer d*attirer Tattention de Néron : elle était douée d'un esprit agréable , et de fausses apparences de modestie cachaient la licence de ses mœurs. Elle était mariée à Rufus Crispinus, chevalier romain, et préfet des cohortes prétoriennes sous Claude, lorsqu'elle fit la connaissance d*Othon : ce fut lui qui se chargea de la vanter à Méron, dont il était le favori. Pour elle, elle sortait peu, et se voilait toujours, comme par un sentiment de pudeur excessif. D*abord, elle feignit l'amour le plus entier pour Tempereur, mais, par un retour de conduite fort habile, elle le traita ensuite avec beaucoup de hauteur. Othon, jeune débauché, rivalisait de magnificence avec Néron. Celui-ci en conçut une jalousie violente, et Teût peut-être fait périr sans le conseil de Sénèque, qui l'engagea à le reléguer en Lusitanie, sous prétexte d'un commandement , dont il s'acquitta à son honneur. — Cependant, Poppée, devenue maîtresse de Néron, aspirait à devenir son épouse ; mais, comment fSaire répudier Octavie tant qu'Agrippine vivrait; elle irrita donc le fils contre la mère, en l'accusant de railleries au sujet de la déférence qu'on lui supposait pour elle ; elle le traitait de pupille, qui, loin de régner, n'était pas même libre comme tout autre Romain, puisqu'on lui défendait de l'épouser; elle le suppliait, pour le piquer au vif, de hi rendre à Othon : ainsi ce fut celte femme ambitieuse qui fraya pour l'empereur le chemin qui le conduisit au plus atroce de ses crimes. Enfin, il prit le parti de répudier Octavie, qu'il haïssait si violemment que, plus d'une fois, il avait eu la pensée de l'étrangler de ses propres mains. Douze jours après s'en être séparé, il épousa Poppée. Celle-ci osa faire accuser la malheureuse OcUvie d'adultère avec un musicien nommé Eucerus ; ses femmes furent mises à la question, et elle fut reléguée en Campanie, et confiée à la surveillance d'une garde. Les statues de Poppée ftirent brisées par le peuple. Le

bruit s'étant répandu que Tempereur reprenait Octavie, une foule empressée se dirigea vers le palais; mais tout à coup les soldats la dispersèrent, et rétablirent les statues renversées. De ce moment, la mort d'Octavie fut résolue; Néron manda Anicet, le meurtrier de sa mère, lui commanda d'avouer un adultère avec Octavie; ce misérable déclara qu'elle avait essayé de le séduire par ce moyen pour pouvoir disposer de hi flotte dont il était le chef, et qui croisait à Misène; il lui imputa aussi de s'être feit avorter elle-même pour cacher ses désordres. On enferma Octavie dans l'Ile de Pandataria , et, peu de jours après, on lui signifia l'arrêt de sa mort. Toutes ses supplications furent vaines; on lui lia les membres, et ses veines ayant été ouvertes, on la mit dans un bain chaud ; mais Poppée ne fut satisfaite que quand on lui eût apporté la tête de sa rivale. Enfin, elte donna une fille à Néron, qui honora la mère et l'enfant du titre d'Augusta. Le sénat vota des actions de grâces aux dieux et un temple à la fécondité, ainsi que des jeux solennels. Souvent cette femme assistait avec Tigellin aux conseils de l'empereur, qu'ils excitaient en commun contre tout ce que Rome avait d'illustre. La peine due à ses crimes vint de ces mêmes fureurs. Dans un emportement, Néron lui donna un coup de pied dans le ventre;elle était grosse ; elle en mourut; il la fit ensuite embaumer à la manière des Orientaux, et porter dans le tombeau des Jules, où il prononça luimême son éloge funèbre. Il consuma dans ces funérailles plus de parfums que l'Arabie n'en produit en une année. Poppée avait poussé le luxe si loin que les mules de ses voitures avaient des sangles dorées, et qu'on prenait tous les jours le lait de cinq cents ânesses pour lui en faire un bain, qui devait entretenir la fraîcheur et la blancheur de sa peau. Db Golbéet.

POPULAIRE, PoPDLAEiTÉ. Les acceptions de ce mot varient comme celles du mot peuple. Et qu'est-ce que le peuple? ou plutôt que n'est-ce pas ? Mirabeau a voulu consacrer solennellement ce grand mot, profané, s'il fallait l'en croire, jusqu'à la date précise où il le prononçait dignement. Depuis cette époque, on l'a moins que jamais respecté. Le peuple, devenu souverain, a pris son nom en dégoût ; il y voit vaguement, constamment, une injure, à mesure qu'on descend l'échelle sociale, et à mesure qu'on embrasse le domaine populaire , on y voit croître une manie aristocratique qui n'a pas encore en de nom dans l'histoire. L'intronisation du peuple a rendu le peuple impossible; comme toutes les puissances trop flattées, il aime à ignorer

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que ses pieds touchent la terre, il dresse sérieusement la tête dans les nuages, où le retient Tencens qui monte dMci-bas en son honneur. Outre ces bou£Fées d*orgueil et de niaiserie, il y a encore pour le peuple une raison de se méconnaître. Chaque jour, on prétend le définir, et par conséquent chaque jour on obscurcit son nom. Le mot peuple s'entend d'autant de manières qu'il y a de systèmes politiques, philosophiques, philanthropiques et autres pour refaire ou pour laire un peuple. Toutefois, en dehors de ces acceptions rafiinées, il y en a une qu'on peut sui- Tre avec confiance, parce qu'aucun homme d'esprit ne se vante de l'avoir découverte. Le mot peuple signifie tout ce qu'on n'a lu nulle part sur le peuple , tout ce qu'on n'a jamais discuté sur son compte, tout ce qu'on s'en représente sans l'aide d'aucun interprète. Le mot peuple est de ceux qui seront à jamais clairs pour les ennemis de la subtilité, à jamais vides de sens pour les commentateurs d'office. Le sens littéral de populaire rentre dans celui de peuple ; c'est pourquoi je ne ferai pas aux esprits droits l'injure de le leur expliquer, ni aux sophistes le plaisir de m'altirer leur démenti. — Le peuple se présente maintenant sous un double aspect qui étonne doublement l'observateur. Le peuple, au premier abord, semble monotone à voir; la prodigieuse bigarrure des mœurs, des costumes, des loi^, des jargons du temps passé, a fait place à un ensemble terne et froid qui éteint toute originalité, même celle de la tristesse. Le peuple n'a plus de physionomie en France; il a fallu une incomparable force de destruction pour e£Facer en un demi-siècle des traits si vifk et si variés, pour faire que la nation ia plus mobile du monde eût l'air d'une grande forêt pétrifiée. Voilà pour l'intérieur. Mais derrière ces bizarres apparences, il y a quelque chose de plus extraordinaire encore. Le peuple compense, par l'effrayante anarchie de ses idées, l'insipide unité de sa contenance extérieure. Si le niveau politique a rendu monotone le contours visible des citoyens, l'indépendance intellectuelle, née dans les mêmes circonstances et proclamée sous la même date, a fait des progrès bien autrement rapides, et raspect moral du pays surpasse en diversité l'ancien aspect matériel préparé par une suite de siècles. — Pour être populaire dans une pareille époque, pour être l'expression de cette masse sans forme, et plein de mille vies qu'indique tout de suite le mot peuple quand on ne veut point raffiner, il fendrait une rare et mystérieuse puissance composée de deux grands élénents difficiles à trouver chacun en particulier,

impossibles sans doute à réunir pour une capacité humaine : il s'agirait d'abord de posséder un vrai principe d'unité pour satisfaire au besoin général d'accord, de fraternité, d'égalité» dont le cours des événements extérieurs, soit politiques, soit civils, soit commerciaux, est un témoignage multiplié; mais ce principe d'unité, qui n'est qu'une des deux conditions, n'est guère mieux connu jusqu'ici que la pierre philosophale, et, ce qui prouve clairement que nos grands hommes en sont loin, c'est qu'ils nous en parlent tous, et tous les jours, comme d'une chose qui leur est familière. Mais, Teussent-ils vraiment rencontré, ils ne seraient encore qu'à mi-chemin du grand but; ils ne seraient pas encore populaires dans la digne acception du mot, ils ne représenteraient que la coh^ion physique dont nous avons parlé, mais non celte autre partie bien plus vivante et plus positive de notre être collectif, la pensée inépuisable dans ses productions, indéfinissable dans ses secrets mouvements, invincible daiis sa liberté. La popularité, objet de tant de vœux, prétexte de tant de phrases, est la chose du monde que l'on comprend le moins aujourd'hui. A le bien prendre, il n'y a peut être, il n'y a sûrement, qu'un seul être capable d'embrasser cette idée, capable de la réaliser ici-bas ou ailleurs, et là-dessus on le croit volontiers lui-même quand il prend soin de nous dire dans le livre inspiré par lui : f^os populi, vos Dei, Parler exactement dans le sens du peuple, ce sera donc parler à la façon de Dieu, ni plus ni moins. Après cela, comment s'étonner que les interprètes du premier aient les prétentions du second ; que pour avoir complété, ou continué, ou commencé force systèmes d'améliorations sociales, ils réclament un culte présent et futur de tout ce qui est censé les connaître. — La manie de la popularité est une des plus communes, apparemment parce qu'elle est fOrt ridicule. Toutes les vertus, tous les talents, toutes les connaissances, épars entre les hommes émlnents, suffiraient à peine pour en former un qui fût littéralement populaire, c'est-à-dire véritablement divin : or, toutes les médiocrités morales et intellectuelles, non pas même réunies entre elles, mais se tenant soigneusement isolées, prétendent à Tbonneur d'exprimer l'intérêt général, de traduire en une seule et belle hingue les innombrables et inexplicables bégayements de la société humaine. Le poète arrive le premier dans la lice. Dans l'ordre des inutilités, il a droit au premier regard d'une époque toute positive; il n'est pas encore au bout de la grammaire et de la prosodie qu*il a déjà passé ces

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dernières limites de la soienoe sociale; il sait rhumanité par cœur, et Tuiiivers, et Dieu, et je ne sais quoi de plus, qu'on se demande encore dans quelle langue il croit parler. Après les forlEuiteries du yersiftcateiir, nous avons celles du philanthrope. iCe sont des plans consolants, moraux, sublimes, sur toutes choses possibles, sans en compter bien d^autres. Le philanthrope n*est pas seulement populaire en gros, d'une façon générale; Il est populaire complètement à propos de la moindre entreprise. Q^^û fasse le prospectus d'un procédé de filtration ou d'une méthode d'écriture, qu'il oublie la société pour le bagne ou les angoisses de l'Europe, pour les griefb des nègres, il est l'écho de la multitude, il exprime l'uniTersalité des idées et des sentiments, il est plénipotentiaire de l'humanité tout entière; car la popularité moderne ne s'en tient pas k une nation. Pepuls que Dieu n'est plus censé se mêler de l'univers, l'ami du peuple k'est acUugé ses droits et ses devoirs, il s'occupe de tout, il fait le présent, l'avenir et même le passé. Cette fièvre biiarre mériterait une proftmde étude I et le diagnostic complet serait un ehef-d'cnivre médical. La société, sous le point de vue Intellectuel, a pris dans les temps modernes des proportions si démesurées que la monographie d'un de ses nouveaux ridicules égalerait l'histoire générale de ses anciens travers. SI cette loi de croissance était maintenue par la Providence, on ne saurait bientôt plus saisir aucun ensemble. Je ne dis pas dans la «larohe de l'espèce humaine, je ne dis pas même dans la marche d'une nation, mais simplement dans Faction d'une classse d'hommes quelconque. Hais cet état maladif semble avoir accompli sa période aKendante. Le peuple ou la nation, comme il vous plaira, tend k rentrer dans le naturel; U secoue la pesanteur uniforme de ses mœurs dVmprunt; U reprend goût au costume varié, aux chants et aux souvenirs du terroir; U secoue tant âoit peu le joug écrasant de la oentrallsation. P*un autre côté, l'anarchie intellectuelle se sent tuée par ses excès mêmes ; une foulede questions rallient les esprits, quelquefois même les cmurs, et l'unité et la variété peuvent, àl'aide de ces dispositions croissantes, reprendre chacune leur rang naturel et désirable, l'unité en s*établlssant dans le domaine moral, où tous périront sans elle; ta variété en régnant dans les classes du dehors, dans les plaisirs, dans les affaires, dans les arts, dans le langage, dont elle est une condition nécessaire. Cette convales* oenoe sociale n'est pas facile à constater, mais ^ ftlH ene^rf plmv WàçH» ^ ukr. Nous voyons

finir les temps de trouble et de bouleversement, de réalités étourdissantes, de songes plus agités encore ; le calme revient, le calme qui fait la fi>rce, la santé du corps social comme du corps humain. Il se peut donc qu'au premier jour le peuple, rendu à son état normal, vive si évidemment, parle si clairement, agisse si naturellement, qu'il n'y ait plus trop de présomption à croire qu'on le comprend et qu'on en est compris. La popularité dès lors sera la meilleure des choses, d'où je conclus par avance qu'on en par* lera moins que d'aucune autre. Quand les hommes sont frères, ils oublient de' se le dire; le cours des sentiments élevés, des pensées saines, de toutes les inspirations précieuses, est doux, profond, oublié dans les âmes, comme le jeu des muscles et le cours du sang dans les corps bien constitués, PHiLAEtra Chiisles.

Un gouvernement, un État populaire^ est une forme de gouvernement, un État où l'autorité est entre les mains du peuple. L'éloquence populaire est celle qui remue les masses. On dit dans le même sens opinion, bruit, erreur, émeute, préjugés populaire9. — Populariser^ c'est ou rendre populaire, vulgaire, ou attirer, mériter à quelqu'un l'affection et la faveur du peuple : il fout chercher à populariser la science par de bons livres; rien ne popularise plus un prince qu'un accès facile et de bienveillantes paroles. x.

POPULATION. Il est difficile de préciser avec exactitude le nombre des habitants qui couvrent notre planète. Les géographes ont émis, à cet ^rd,des opinions très-diverses. On peut cependant assurer qu'en portant ce nombre à un milliard environ, on sera plutôt au-dessus qu'audessous de la vérité. La surface du globe est de 51 milliards d'hectares, c'est-à-dire, mille f6is plus grande que la France, en confondant ensemble les terres et les mers, La surface totale des terres représente à peu près 13 milliards d'hectares. £n admettant une population d'un milliard, on trouve qu*il y aurait en moyenne 77 habitants par 1000 hectares de terre. En tenant compte de l'espace occupé par la mer, on n'aurait que 20 habitants pour mille hectares.— H. Balbi n'évalue la famille humaine tout entière qu'à 737 millions. U répartit cette population de la manière suivante entre les Q parties du monde :

Europe. . . . , , 327,700,000

Asie , 590,000,000

Amérique ,,,.., 59,000,000

Afrique. .,.,,.,,,,,, 60,000,000

Océîuue* • ..♦,..... , 20,000,000

TotaL , . . 79^700,000

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Bo admettant ces chiflFires, on trouverait que pour mille hectares,

L*£urope contient 928 hab.

Vk$ie 89

^Afrique 90

rocéanie 18

L*Amérique 10

Mais révaluation de M. Balbi est trop faible, quoiqu'elle dépasse de beaucoup cependant celle de divers savants. Ainsi, Volney comptait moins de 450 miUions d'habitants sur la surfoce entière de la planète. Il y a trente ans, Malte-Brun n'en supposait que 640 ; mais M. Letrone a estimé que le cbifiFrc de 900 millions était plus exact; M. Hassel avait adopté celui de 940. L'erreur de M. Balbi vient de ce qu'il s'est refusé à admettre des calculs dignes de foi cependant sur la population de la Chine. Il n'attribue au Céleste Empire que 170 millions d'habitants; il parait pourtant positif qu'il n'y en a pas moins de 360, ce qui élèverait la population totale du globe à 990 millions, celle de l'Asie à 580 millions en totalité, ou à cent trente par mille hectares. — Il est remarquable que la masse de la population de l'ancien continent se trouve réunie à ses deux extrémités. L'Europe, dans la partie occidentale, renferme les populations serrées de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la France et des Péninsules. Vers les confins les plus reculés de l'Asie, à l'orient, stationne, dans un mystère presque impénétrable , le populeux empire de la Chine, avec son avant-garde du Japon. Entre l'Europe et l'Asie s'étend , au milieu des mers, la jeune Amérique, qui semble destinée à devenir le forum du genre humain, le rendez-vous des trois grandes races, blancs, rouges et noirs. — Sous les auspices de la paix, à peu près universelle, dont jouit le monde depuis plus de vingt ans, Tespèce humaine pullule. C'est ce que montrent bien clairement les relevés statistiques livrés à la publicité. Ainsi, les dernières publications de M. Porter, du Board of Trade, à Londres, étabUssent que dans le Royaume- Uni, l'accroissement annuel de la population est de 1,58 pour 100 ; d*où il résulte que chai nos voisins la population sera doublée en 48 ans, si rien ne vient troubler sa progression actuelle. Le nombre des habitants de la France parait ne croître que de 4/5 pour 100 chaque année : en supposant cette loi permanente, la population sera doublée chez nous dans 88 ans seulement. Aux Étals-Unis, la population augmente bien plus rapidement encore que chez nos voisins d'outre-Manche, soit en vertu de sa propre force expansive, soit à cause des arrivages nombreux d'émigrants eu-

ropéens. Les recensements décennaux y aeeuseni un accroissement annuel à peu près constant de S,50 pour cent — La question de la popuMian peut être étudiée sous une fèuled'aspects. On peut la considérer sous le point de vue des diverses r«« ces, des religions, des formes du gouvernements On peut rechercher dans l'histoire les caractères physiologiques, intellectuels et moraux qui, h diverses époques, ont assuré la prééminence à divers peuples. Elle a été, ou sera envisagée sous toutes ces faces dans le cours du Dictionnaire. Nous nous bornerons ici à l'examiner dans ses rapports avec le paupérisme etTamélioration du sort des classes labor jeuses. C'est le côté politique de la question, c'est le point par lequel elle se lie à d'autres questions immenses et imminentes, celles de l'avenir, de la démocratie et de la transaction indispensable k opérer, pour le repos et le bonheur du monde, entre la bourgeoisie elles prolétaires.—- Le développement des populations eii* ropéennes ne date pas de quelques années seulement; il est facile d'en retrouver les indices en remontant les siècles. Ainsi, il parait qu'en IO669 l'Angleterre, proprement dite, ne comptait que 9 millions de population. Elle en a 16 aujourd'hui. Les Gaules en avaient 4 millions du temps de César; elles en ont maintenant 40. L'Europe» qui est peuplée maintenant de 930 millions d'habitants, sembledevoirarriveràenavoir500avaoi la fin du xx« siècle. Cependant, de nos jours, en plus d'une occasionnel, par exemple, en 1831, dans nos villes de fabrique, la population a déjà semblé surabondante.— Supposez qu'une oausa quelconque paralyse subitement l'écoulement des produits des manufactures anglaises, et» certes, il y aura transitoirement surabondance de bras , surabondance de bouches surtout, à Manchester et à Birmingham ; 1895 eu a déjà fourni un exemple. U semble donc qu'il y ait du danger, dans l'état actuel de l'industrie, à ce que le genre humain obéisse trop au précepte : « Croissez et multipliez. » Malthus , frappé des maux dont le spectacle se déroulait autour de lui, sonna le tocsin. Il montra, dans un écrit qui a fait époque, la population tendant de plus en plus à dépasser la limite des subsistances. Il attribua à cette reproduction excessive tous les maux contre lesquels les sociétés et les individus luttent sur cette terre. Le sujet appelle les méditations de tous les esprits élevés, de tous les bons citoyens. Rassurons-nous, cependant, ne fût-ce que parce que la peur est mauvaise conseillère. La théorie de Malthus, dégagée des raisonnements spécieux et des foits intéressants dont U l'avait entourée, est inexacte. À plus

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forte raison, les sinistres prophéties de certains publicistes, d^ailleurs distingués, qui ont exagéré tes prophéties de Malthus, ne se réaliseront pas. La cause réelle, intime du mal, n'est pas dans le développement de la population. Le plus pressant de nos dangers n*est pas la famine.— D'après Malthus, pendant que les subsistances tendent à croître suivant une progression arithmétique, la population tend à se développer dans une progression géométrique, c'est-à-dire que les moyens d'alimentation étant représentés par les termes successif delà série 1 , 2, 4, 6, 8, 10, etc., la population le serait par les chiffres 1, 4, 8, 16, 32, etc. Or, il suffit d'ouvrir les yeux pour se convaincre que ce principe est faux, radicalement faux. Car,à ce compte, la quantité moyenne de subsistance dont un homme dispose serait moindre aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, beaucoup moindre qu'il y a un siècle, et infiniment moindre qu'il y a vingt siècles, tandis qu'il est notoire qu'aujourd'hui le genre humain est mieux, plus sainement, plus abondamment nourri qu'il y a cinquante ans, beaucoup mieux qu'il y a un siècle et qu'il y a vingt siècles , même en comparant les pays les plus peuplés actuellement à ceux qui autrefois ont été les plus prospères. Et ce n'est pas seulement notre estomac qui est mieux traité ; le genre humain est de nos jours mieux logé , mieux vêtu que du temps de nos pères. Le confort , l'aisance, et même le luxe, vont toi^ours croissant au lieu de se restreindre. La vie intellectuelle est, comme la vie matérielle, plus complète et plus pleine. M. Everette de Boston, qui a publié une réfutation curieuse de VEssai sur la population de Malthus, remarque avec raison que la multiplication des hommes sur un territoire circonscrit amène la division du travail, et avec elle toutes les découvertes. «Tous les perfectionnements des machines, dit-il, des procédés et des arts nouveaux, ainsi que les sciences qui les éclairent et les dirigent, et'^enfin- la surabondance des produits, viennent infailliblement à la suite. Dans la Grande-Bretagne, la population n'a été que doublée depuis un siècle, tandis que dans le même espace de temps le produit de ses manufactures est peut-être devenu mille fois plus grand. En réduisant ce rapport et en supposant qu'une population double soit en état de décupler seulement le produit de son travail, les moyens de subsistance seraient quintuples pour chaque individu. En poursuivant cette progression pour des populations croissantes comme les nombres 1,3,4,8, etc. , les moyens de subsistance seraient représentés par 1, 10, 100, 1,000, etc. » —

L'hypothèse fondamentale de Malthus est donc démentie par les faits. Cette disproportion entre la population et les subsistances, qu'il présente . comme l'origine du mal dans ce monde, n'existe pas ou existe de moins en moins. L'opinion des pessimistes sur la dégradation dont l'espèce humaine est menacée à raison de sa reproduction exagérée n'est pas mieux justifiée par l'histoire : suivant eux, l'homme réclamerait bientôt la terre entière pour lui seul. Une partie des animaux domestiques, le cheval, par exemple, devrait nous céder la place, afin que le sol employé à la culture de l'avoine et des fourrages fût ensemencé en blé; l'homme, en retour, serait donc réduit un jour à faire les fonctions de bête de somme, et traînerait une existence misérable, écrasée de travail. Or, tout le passé du genre humain atteste une tendance inverse; de plus en plus, l'homme se dégage de la matière, et asservit la nature au lieu d'être asservi par elle. Les progrès de la mécanique et des sciences naturelles multiplient tous les jours la masse de produits qui correspond à une quantité donnée de travail; et ainsi, nous marchons vers un régime où tout homme aura de plus en plus sa part de loisir et d'indépendance matérielle. — Jusqu'ici, nous avons admis avec Malthus et d'autres écrivains que le développement continu et général de la population était un fait au-dessus de toute contestation; mais en est-il réellement ainsi? On a posé cette conclusion générale à la suite de raisonnements très -particuliers, en traçant, par exemple, le tableau de la population anglaise, depuis l'année 1688 jusqu'à présent; mais cette série croissante ne prouve rien, si ce n'est que l'Angleterre a de plus en plus grandi politiquement depuis un siècle et demi. En 1688, l'Angleterre n'était guère qu'une puissance du second ordre. Actuellement elle est à son apogée politique et commercial. Les traités de 1815 l'ont mise au sommetdela pyramide européenne, jusqu'à ce que quelque coup de vent du nord vienne l'en renverser. L'Angleterre ne peut plus monter, elle ne peut que descendre; et d^à sa constitution, qui fit sa prospérité et sa grandeur, semble sur le penchant de sa ruine. L'Angleterre subit la destinée de toutes les choses de ce monde, qui grandissent, sont un moment stationnaires et ensuite déclinent. Tant qu'elle décrivait sa ligne ascendante, elle croissait rapidement en population. Si sa prééminence s'affaiblit, le chi^ fre de sa population subira la même loi. — Pour raisonner sur la population avec quelque certitude, il fout d'autres prémisses que les faits relatifs à un coin do globe placé dans des drcon-

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stances tout exceptionnelles. Les causes qui modifient la population sont très-nombreuses et très-complexes. L*ensemble de ces causes agit de telle sorte qu*en réalité la population ne se développe qu'avec une lenteur infinie comparativement à la puissance théorique de reproduction dont Tespèce est douée. Les Montmorenci auraient en le temps, depuis les croisades, d'atteindre le chiffire de trente ou quarante millions, et il n'y a plus de Montmorenci. Eien donc n'est moins certain que cette multiplication indéfinie de l'espèce dont on nous fait peur. A certains moments, le genre humain procrée en abondance; en d'autres instants il semble frappé de stérilité. Ici la population gonfle, là elle se contracte. Dans le même pays telle classe s'étend, telle autre est forcément restreinte par une force invincible. Hélas! s'il est vrai que pour la gloire de l*espèce, l'on voit de temps en temps, dans la suite des siècles, des peuples nouveaux surgir et propager, en se multipliant, les sciences et les arts sur des terres Jusque-là vouées à la barbarie, n'est-il pas trop vrai aussi que les peuples et les civilisations périssent? Les ressorts de la vie collective des nations sont presque aussi mystérieux que ceux de la vie de l'individu. Ces riches empires de l'Asie, ces admirables colonies dont la Grèce avait bordé l'Asie Mineure, la Grèce elle-même, et l'Egypte sa mère, que sont-elles devenues? et Rome et l'Italie, est-ce l'excès de la population qui aujourd'hui les dévore? Fautil gémir et accuser le ciel lorsque de nouvelles générations, animées d'une ardeur jusqu'alors inconnue, se répandent sur quelques parties de ce globe, dont la race humaine est la dominatrice intelligente et le plus bel ornement, ou plutôt ne devons-nous pas craindre que cette croissance inouïe dont nous sommes les témoins, ne soit qu'un accident passager dont nos plus proches neveux verront la fin ? Il y a de la place encore sous le soleil, même dans la belle France. Au lieu d'accueillir les nouveaux venus par des imprécations et des menaces, recevonsles à bras ouverts, car jusqu'ici les pays les plus peuplés ont été les plus puissants et les plus prospères. — Il est évident que le chiffre de la population a été de tout temps et sera toujours limité par la quantité des subsistances, puisque d'un côté il faut manger pour vivre, et que de l'autre on ne jette jamais de blé à la mer, sauf le cas de la Cérès corrompue de Scarron. Mais, nous l'avons déjà dit, la limite est élastique ; le rapport qui existe entre la population et les subsistances est tel que la quantité ou, ce qui est équivalent, la qualité et la variété des subsistan-

ces allouées à diacun des membres de la ftimlUe humaine, va toujours en augmentant. L'onvrier anglais a un meilleur ordinaire que l'ouvrier parisien, et celui-ci se traite mieux que le paysan de nos provinces. Et cependant, le paysan a une pitance qui, toute maigre qu'elle est, est bien autrement substantielle que celle de l'Ëgyptien sujet des Pharaons. Sans doute, la surface du globe ne peut produire qu'une quantité limitée d'aliments, et, à la rigueur, si la population augmentait simultanément sur tons les points avec rapidité, si la guerre, la peste, le désordre des idées et la corruption des mœurs, les révolutions et les mauvais gouvernements, et Je ne sais quelles autres causes ignorées qui règlent la population, ne défaisaient dans certaines contrées et en certains moments ce que font en d'autres temps et d'autres lieux les habitudes d'ordre et de travail, la sainteté du mariage, le sentiment religieux et les bons gouvernements, nous serions infailliblement réduits un jour à ne plus pouvoir admettre de nouveaux hôtes. Malthus et ses disciples auraient raison. La croissance de la population serait alors l'origine du mal sur la terre. Mais ce jour luira-t-il jamais? et s'il doit venir est-il proche ou éloigné? —De bonne foi, la surface habitable du globe ou seulement celle de l'Europe approche-t-elle de son maximum de culture et de produit? Les économistes les moins enthousiastes reconnaissent qu'en France il serait possible d'élever les subsistances au niveau d'une population double et même triple; disons le double, pour que l'on ne nous accuse pas d"hyperbole. La superficie de la France est de 53 millions d'hectares. Celle des continents et des lies est de 13 milliards d'hectares; pour tenir amplement compte des grands déserts et des terres polaires, réduisons ce chiffre à 9 milliards; il restera une superficie habitable 170 fois plus grande que la France. Si celle-ci peut nourrir sans difficulté 70 millions d'habitants, le globe entier est donc en état d'en héberger 19 milliards. Or, les évaluations les plus hautes ne portent la population du globe qu'à un miinard; il nous reste donc une grande marge. Et, remarquons que les terres dont la capacité nourricière est la plus grande, c'est-àdire les régions équinoxiales, sont demeurées à peu près vides. Jusqu'ici l'homme n'a pas été de . force à lutter contre la vigoureuse nature de ces riches climats; il a fallu qu'il se renfermât dans le Nord , qu'il s'y préparât par l'étude et par le travail à aborder cette rude Jouteuse. Pour dompter les monstres qui régnent en maîtres sur ces terres fertiles, les fleuves impétueux qui

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lei fllléntieiit et y débordent, lei brasqtiês iné^titét de leurs Misons, les miasmes mortels qui y éelosent à côté des Heurs; pour Apprendre à résister aux tentations ardentes qui naissent à abaque pas dans cette atmosphère tiède et emknimée, il a été nécessaire qu*il se tint dans des régions plus froides, moins attrayantes, mais phis salubres, afin de faire provision d'inven* tlons mécaniques, d'expédients scientifiques, de courage calme et d'activité; quil s'y forgeflt un complet arsenal de ci? llisatlon,et qu'il s'y élevAt graduellement, par une longue initiation reli* gleose et poHtlqne à l'empire de soi-même, qui est le commencement de toute domination. Aujourd'hui l'homme est en mesure d'entrer dans la lloa contre la nature tropicale, avec la certitude de la vaincre^ Aujourd'hui , en deçà et au delà des mers, un instinct inyincible commence à pousser les peuples vers le soleil, témoins les tendances des Moscovites vers Gonstantinople et la mer Noire, les nôtres vers Alger, celles des Anglais vers l'Inde, celle des Anglo-Américains vers Tempire de Montéxuma. — S'il est hors de doute que sur le globe, pris dans son ensemble, il y ail pbice pour douse fois au moins autant d'hommes qu'il en existe aujourd'hui, il fiant reconnaître que certains pays, et particulièrement ceux d'Europe, ne sont pas extrêmement éloignés de leur maximum. Mais pour^ceux-lâ mêmes, le commerce et la colonisation peuvent, si l'on sait les régler convenablement, reculer indéfiniment la difficulté. De nos Jours, la navigation et les moyens de transport en général ont reçu des perfectionnements inouïs et sont en train d'en recevoir d'IncalculaMes. Ce que les Grecs et les Phéniciens exécuUient avec succès et sur une grande échelle par mer avec des barques frêles , exiguës, non pontées, par terre en suivant des sentiers escarpés, il serait étrange que nous ne pussions l'accomplir dans de tout autres proportions avec nos magnifiques navires, qui traversent 1* Atlantique en bien moins de temps qu'il n'en hillait aux compagnons d'AebiUe pour se rendre du Péloponèse en Troade et avec nos bateaux A vapeur, nos canaux, nos routes à la Mac-Adam , nos postes, nos messageries et nos chemins de fer. La locomotion des hommes cft l'échange des denrées sont devenus, de nos Jours, de la plus grande simplicité. Ce ne serait pour la Vrance qu'une opération élémentaire que de transporter tous les ans cent mille personnes en Amérique et autant en AfHque. n serait plus aisé encore de tirer des régions équinoxiales des masses de substances alimentaires osuelles. ^ Ii'alimentation humaine se

modifie singulièrement dans le cours des siècles. Les révolutions humanitaires sont toujours accompagnées d'une révolution alimentaire. Comparée, par exemple, le régime des Anglais à celui des Grecs et des Romains : les castanea molles et la ptêâsi copia lactU, et même le pur froment des héros d'Homère, n'occupent qu'une bien modeste place dans le régime britannique. L'Anglais se nourrit principalement de viande et de pommes de terre, produits de son sol. Il y joint les vins de Portugal et d'Espagne, le thé de la Chine , le café et le sucre de ses colonies. Pour l'Anglais, le pain n'est déjà plus qu'un accessoire. Qui sait si le blé continuera à être partout et même en Europe la base principale de la subsistance des populations ? Bien plus, aujourd'hui, hors d'Europe, le blé n'est guère qu'un aliment secondaire, même dans l'ordre végétal. La place qui] occupe chez nous est remplie, en Asie par le riz, en Amérique par le mais, le quinoa, la banane et diverses plantes tuberculeuses, d'où l'on retire des farineux. — ladis le blé a dû Jouer un grand rôle dans l'alimentation humaine pour plusieurs raisons : il renferme en lui plus d'éléments nutritifs que les autres produits végétaux; il a, qu'on me passe l'expression , un tempérament si égal que dans chaque localité, avec le même mode de culture, il se reproduit dans une proportion à peu près fixe, quelles que soient les intempéries des saisons. Enfin, il est d'une conservation facile. Mais le blé a le défaut d'exiger une grande surface de terrain. Pour être conduit à l'état alimentaire, c'est-à-dire pour être converti en pain. Il réclame un travail considérable , ce qui est un inconvénient grave à une époque où, la démocratie s'affranchissant , le prix du travail humain va s'élevant toujours. Le cercle de nos richesses alimentaires susceptibles de suppléer les unes aux autres s'est beaucoup agrandi. Les peuples sont devenus plus carnivores, et il est évident, pour le physiologiste, comme pour l'homme d'État, qu'il y a aTantage à substituer au blé seul un mélange de substances végétales avec la viande. Les substances végétales sont à peu près dépourvues de cet a»otê qui, en dépit de l'étymotogie et de Va privatif, constitue la base la plus vitale de la nourriture; mais la viande en renferme une proportion considérable; c'est parce que le blé, par un privilège spécial, en contient une bonne dose quil a pu subvenir presque seul à l'alimentation des hommes. — Les méthodes de conservation des divers aliments de toute espèce se perfectionnent et doivent s'améliorer de plus en plus. Par la dessiccation à la vapeur, dans nos dlauits

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témpéféft, et pàt la de^^lceattoti âo sotell etitt^ les tropiques, on peut conserrer, sans en altérer le goût, des fruits qui autrefois n*eussent offert de ressources à l^horome que pour une courte saison. La banane, à Tétat sec, peut être gardée pendant plus de huit ans. ta dessiccation â en même temps l^avantage de diminuer considéra* blement le volume et le poids de certaines denrées et de faciliter aiusi les réserves. Cent kilog. de betteraves peuvent être réduits à seiie par un procédé qui ne dure que huit minutes. Ainsi, par une manipulation des plus faciles , on peut amener ce tubercule à uu état tel que rien ne soit plus simple que d*en loger sans peine dans un petit espace d*énormes quantités. — Qu^y at- 11 de déraisonnable à peflser que nous tirerons nn Jour, en grande quantité, d^Amérique, d'Afrique et du grand archipel d*Asie, des farineux nouveaux ou des aliments analogues qui tiendront lieu de blé ou du blé même, en retour des objets manufacturés et des produits d*art et de goût que nous leUr enverrons ? tes régions équinoiiales produisent sans effort, moyennant la culture la plus insignifiante, la banatfie et divers tubercules, tels que Tluca, d*oû s^extrait le manioc; Tigname, la patate. Sur les plateaux exhaussés au-dessus du niveau de la mer, elles fournissent en abondance le maïs et le quinoa. Telles sont dans ces pays la fertilité du sol et la fécondité de la nature qfle la même superficie qui, chex nous, semée en blé, nourrirait un individu, plantée en banana dans les colonies ou sur le continent américain entre les tropiques, en nourrit sans peine cinquante. Au Mexique, le mais se reproduit dans la proportion de500 i 400 pour un, et les champs de blé y donnent communément un produit triple de celui des meilleures terres de France. Képétons-le, tous ces produits du sol, une fois séchés au soleil ardent des contrées équinoxiales, sont aisés k conserver et à transporter. « La banane sèche, dit tt. de Humboldt, est un aliment d'un goût très-agréable et très-sain... Le pain de manioc est très-nourrissant : la fécule de manioc, ripée, séchée et boucanée , est presque inaltérable ; les insectes et les vers ne Tattaquent pas. t Les peuples des tropiques pourraient donc nous approvisionner des aliments les plus usuels. Les terres équinoxiales deviendraient le grenier de l'Europe. Que dis-Je? dans Tétat présent des choses, TAmérique du ITord expédie souvent à l'Europe du Ué, qui est d'une culture bien plus difficile que les plantes citées plus haut, et qui provient d'un sol bien moins fertile que celui des régions tropicatef; et Tan dernier, llorope lui a rendu le

même service I son tour. snÉti no tirohé-noui pas d'Odessa des blés qui, après avoir supporté les frais d'une traversée, aussi longue en temps sinon en espace, que celle d'Amérique, suscitent à nos agriculteurs une concurrence formidable? — S'iry a pour la civilisation un péril à redou* ter, ce n'est donc pas la famine. Admettons^ sans hésiter, que l'état de l'Europe est ftiit potir inspirer de sérieuses alarmes, aussi bien que pour faire concevoir les plus belles espérances. Mais affirmons que si nous avons lieu d'être inquleu^ ce n'est nullement parce qu'en Europe la popu* lation dépasse les subsistances. L'Espagne, qui est relativement dépeuplée, est dans la position la plus criUque; ^le est eeni fols plus proehe de l'anarchie que l'Angleterre, la Belgique el la Hollande, où la population est serrée et se eon^ dense chaque jour davantage. La cause du mal est bien plus dans les exigences de nos cervellei et de nos nerfs que dans celles de notre estomaci Les Aiits ft l'aide desquels lalthus a cm démon-^ trer que la population menaçait de déborder, ^ prouvent seulement la ficfaeuse condition dé l'industrie en général et des manufeetores ett pariiculier. La population parait surabondante seulement parce que, à certains moments, ft cause de l'imprévoyance sociale, à cause de la vicieuse organisation de l'industrie, ft cause de l'imperfection des régla qui gouvernent la re^ lations internationala, un morne sllenoe sue* cède, dans la ateliers, à une activité démanrée^ et que la bras se trouvent sans emploi, sans qne rien ait été préparé pour subvenir à la ftiim et ft la soif du travailleur pendant la durée de ces déplorabla entr'acta. En on mot, ttalthus el sa continuateua ont mis sur le compte de la population ce qui ne doit être Imputé qu'à l'influence exercée sur la condition de la clasëe ouvrière par da lois, da usaga, qui ne conviennent plu^ à notre temps; et le remède aux souffranca qu'ils ont signaléa consistera, non à réduire le chiffre de la population , ce qui d'ailleurs at plus impossible que de faire remonter la fleuva ven leur source, mais à introduire dans la lois qui régissent la constitution sociale des peupla , dans la idéa et la mœurs qui dominent la lois, et dans le code qui régit la rapports de peuple ft peuple, da modi^ fications conformes ft l'importance qu'a acquise l'industrie, aux droits reconnus da classa labo' rieusa, et aux prétentions qui ont été encouragea et même provoquéa chex ella. — Cat en substituant au paupérisme un bien-être permanent et régulier, fondé sur le travail, que l'on verra l'évanouir tous la inconvénienta attii*

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bues à la population par beaucoup d'économistes.^ Le dernier mot de quelques philanthropes , qui consistait à recommander aux classes pauvres de s'abstenir d'avoir des enfonts, répugne à la fbis à la morale et au bon sens. Le pauvre n'a sur la terre d'autre Jouissance que son amour pour sa femme et sa tendresse pour les siens. Les consolations de la famille adoucissent pour lui les angoisses de sa position précaire, et rélèvent par instants au niveau du riche. Et où en serait Tordre public, grand Dieu, si le pauvre n*avait pas de famille ! Quel œil pourrait mesurer les excès dont seraient accompagnées alors les perturbations commerciales! Le travail, qui crée la richesse, en est arrivé à ce point qu*il nous donne aujourd'hui les moyens de sortir des embarras dont Malthus avait été frappé, et seul il en a la puissance. C'est en protégeant le travail, en l'organisant au sein de chaque peuple et entre les nations, que Ton permettra à la population de se développer plus encore que par le passé, sans qu'il en résulte aucun danger pour Tordre social, aucune souffrance pour les hommes. — Pour que le travail ait droit de cité au sein des sociétés modernes, il fout que certains objets, sur lesquels Tattention des hommes d'État ne s'était dirigée qu'accessoirement et par passe-temps, à l'époque où l'immense miyorité des hommes qui travaillent n'était comptée pour rien, soient classés au premier rang dans les préoccupations et la sollicitude des gouvernants. Parmi ces objets, signalons avant tout, !<> les voies de communication par eau et par terre, qui mettent en contact les choses et les hommes ; ^ les institutions de crédit, telles que les banques, caisses hypothécaires, etc., au moyen desquelles les capitaux, s'ils ne se multiplieut pas, multiplient au moins leur action et leur influence fécondante; S» l'éducation spéciale, c'est-à-dire Tapprentissage pour Touvrier et Tenseignement industriel pour la bourgeoisie, c'est-à-dire encore ce qui façonne toutes les classes au travail et aux affaires. En menant de front ces trois espèces d'améliorations, on mettra le travail en branle, on Tinstallera dans les idées et dans les habitudes de tous, on le constituera, on Taffermira. Par là, on aura des moyens de transport qui rapprocheront des producteurs les matières premières, et des consommateurs les produits. Par là, on permettra à la masse de capitaux possédés par le pays de satisfaire uniformément, sans alternative de trop plein ou de disette, au besoin des transactions. Puis, avec ces deux ressorts opérant sur les choses et sur les capitaux, on aura des générations dont Tlnteliigence sera fa-

miliarisée avec ces instruments énergiques, et dont la main ferme et sûre saura les faire jouer. Dans sa marche incessante, le genre humain passe par une série de régime dans chacun desquels il inaugure des institutions qui, dans les ' siècles antérieurs, végétaient à Tétat d'éclipsé ou n'existaient qu'en embryon. Le génie de notre époque, éminemment favorable au travail sous toutes les formes, appelle le progrès et Textension des voies de communication, du crédit et de Téducation industrielle. Ce n'est pas ici le lieu de dire comment et par quel moyen ces trois grands faits arriveront successivement à prendre leur rang. Bornons-nous à affirmer que le problème étant posé, Téconomie publique est maintenant de force à le résoudre. — Il ne suffirait pourtant pas de faire porter, à Tavenir, l'administration intérieure des États sur ces trois pivots. Assise sur un pareil piédestal, l'industrie serait inébranlable au dedans, mais elle pourrait recevoir du dehors de rudes atteintes si son avènement n'était en même temps consacré par les principes du droit international. Les rapports des peuples entre eux sont devenus et si aisés, et si multipliés, que les nations civilisées se trouvent solidaires les unes des autres dans leurs intérêts matériels comme dans leurs idées, et qu'ainsi certains actes de gouvernement, qui^ jusqu'à présent, avaient été considérés comme étant soumis au contrôle exclusif des pouvoirs établis dans TÉtat où ils se passaient, peuvent causer les plus grands dommages aux peuples étrangers, et doivent par conséquent être -classés parmi ceux qui donnent droit à des réclamations énergiques, à des négociations, et, au besoin, à une intervention. Uàtons-nous d^expliquer notre pensée par un exemple. Les préjugés et les passions d'un chef militaire aux États-Unis ont précipité la confédération américaine dans un abîme de maux. Le contre-coup de la désastreuse révolution commerciale qui a désolé les États-Unis en 1836 et 1837, en conséquence de la guerre à mort que le général Jackson avait déclarée à la banque des États-Unis, s'est fait violemment sentir en Europe, à ce point que les hommes sensés et prévoyants ont pu douter un instant que les plus puissantes fortunes du commerce anglais et la banque d'Angleterre ellemême, fussent capables de résister au choc. Si le général Jackson se fût avisé de la moindre agression contre quelque brick de la marine royale, ou s'il eût mis Tembargo sur la plus modeste goélette de la marine marchande française^ l'indignation n'eût pas connu de bornes. On se fût récrié contre cette violation du droit

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