‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 17 sur 61 · SS · texte numérisé non relu

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sept. 1809, et se soumit à TopératiOD de la pierre, à laquelle il succomba le 50 oct. luiyant. Son

ils, WlLLIAH-HjKlfRI-GAYBIfSISH SCOTT-BBNTINCK,

4«duc de Portland, né le 24 juin 1768, fait partie de la chambre des pairs. Il a été président du conseil et lord du sceau prtyé sous le ministère Ganning, en 1837. Ràthbkt.

PORTO, en portugais 0 Porto, c*est-à-dire le port par excellence. €*est la seconde ville du Portugal, dans la province d*£ntre-Duero-e- Minbo, bâtie en amphithéâtre spr deux hauteurs du bord septentrional du Douro. Un pont de bateaux Tunit à Yillanoya, qui forme un des cinq bairroê ou arrondissements de la ville. Sa position est très-agréable; on y comptait autrefois 90 églises et 17 couvents. Parmi les premières, on remarque la Se ou cathédrale, Téglise dos Lerigos surmontée d'un clocher très-élevé, etc. Elle possède de grands édifices; les palais particuliers y sont en assez grand nombre. Mais c'est surtout le commerce maritime qui anime cette ville peuplée de 80,000 âmes, et son port dont rentrée est pourtant très-difficile. C'est par ce port que s*exportent les vins de la province et autres denrées ou marchandises. Porto a beaucoup de maisons de commerce tenues par des étrangers, et l'Angleterre y possède une grande factorerie.

Cette ville a été fondée par les habitants de Cale, dont elle devint une sorte de faubourg sous le nom de Porius Callus, plus tard GaUuê, d*où dérive celui du royaume. Fcijr, Portugal.

Yifis nx Porto. Toutes les provinces du Portugal ont des vignes, et le vin est, comme on sait, un de ses principaux articles d'exportation ; mais les vendanges des diverses provinces diffèrent beaucoup de qualité : ainsi le Minho et TAlem-Tejo ne donnent que des vins très-ordn naires ; TEstramadure produit les bons muscats de Setubal et de Carcavelos, et on récolte de bonnes qualités aux environs de Torres-Yedras, de Lisbonne, d'Ourem, etc.; des vins blancs dé* licats sont le produit des vignes de TAlgarve ; mais ce sont surtout les provinces de Beira et de Tras-os-Montes qui fournissent les vins destinés à Texportalion , et connus sous le nom de vins de Porto, parce que c'est dans ce port qu'on les embarque pour l'étranger. On les récolte sur les bords escarpés du haut Douro, dans un espace d'environ 8 lieues carr. C'est le commerce de ces vins qu'en 1756 le ministre Pombal imagina de confier à une compagnie privilégiée, et cette^ compagnie a exercé son monopole Jusqu'à nos jours, au grand détriment de la liberté du commerce, mais à l'avant^pe du petit pays vinicole

mis sous sa direction. D'après son priviiég^ cette compagnie envoyait, après chaque vendange, des dégustateurs chez les vignerons pour classer leurs vins, les achetait d'i^rès les taux fixés, et se chargeait du débit par elle-même. Ils s'exportaient en grande partie pour la Grande* Bretagne et pour le Brésil. Dans le temps de la guerre entre la France et l'Angleterre, celle-ci en consommait jusqu'à 30,000 pipes par an et même davantage ; et maintenant encore près des */,o*de la récolte sont pris par les Anglais, Ce qui a habitué ceux-ci aux vins de Porto, c'est la quantité d'eau-de-vie que les Portugais y mêlent. DBPPDie.

POBTO-&ICO ou mieux Puirto-Rico (port riche), une des grandes Antilles espagnoles, fut découverte, en 1493, par Christophe Colomb, qui l'appela San-Juan^Bautista, en commémoration du saint que l'on fêtait ce Jour*là. Les Indiens la nommaient Borinquen. Située par 180 de lat. N. et 68« de long, occ., cette De a un« superficie estimée à 4,747 kilom. carr. Son sol, génénéralement fertile, est agréablement entrocoupé de collines et de vallées ; il a été souvent dévasté par les ouragans, notamment par ceux de 1742 et de 1835. La plus haute montagne de l'Ile, la iierra de LuquillOf s'élève à près de 1,137». On y trouve une f6ule de sources d'eaux abondantes. Les prairies sont semées çà et là de lacs limpides. Le pays est exemplde ces animaux nuisiblesqu'on rencontredans d'autres parties du nouveau monde. Il produit des bois de construction et d'ébénisterie, l'indigo, le cacao, le pal* mier, l'oranger, l'ananas, le goyavier, la canne à sucre, le riz, le maïs, le café, le tabac, etc. Les troupeaux y sont nombreux, mais l'industrie se borne aux arts de première nécessité, La population de l'Ile, qui, en 1778, n'était que de 80,650 individus, éUit, en 1834, de 357,086, dont 188,860 blancs, 101,375 mulâtres libres, 41,818 nègres libres et 25,124 esclaves.

Lei principaux ports sont ceux de SathJuan dePuerU) Rico, capitale de l'De, ville de 30,000 âmes, bien bâtie et fortifiée, située sur la côte septentrionale, dans une presqu'De jointe à la grande terre par un isthme étroit; Mayagues, Ponce, AguadilU, Guayama et Faxardo. Leur mouvement, en 1836, a ^té de 1,228 navires jaii« géant 93,477 tonneaux à l'entrée, et de 1,198 de 92,286 tonneaux à la sortie. Les objets d'expor* talion sont surtout le sucre, le café, les bestiaux, le tabac, le rhum et le coton; les importations consistent eu farine, poisson salé et autres arti^ des de subsistances, vins, machines el outiU, ol^ets manufacturés.

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Lors da la décooTerte de Plie par Colomb, les losulaires t'enfoirent dans les bois | un aventu* rier de sa troupe, Juan Ponce de Léon, obtint, en 1508, du gouverneur de Saint-Domingue Tautorisation de Texplorer. Séduit par For qui s*7 trouvait alors en abondance , il résolut d*y former un établissement, projet que Christophe de Soto-Mayor et Gerron s*apprètaient de leur côté à exécuter. Après des disputes entre les Européens et des luttes contre les Caraïbes et les insulaires, llle fut définitivement soumise ; mais n*y trouvant plus d'or, les colons Tabandonnèrent en partie, et de nombreux fléaux la rendirent déserte. Infln rsspagne comprit Timpor^ tance d*une possession qui, située entre Tancien monde et le Mexique et les États-Unis, semble former, par la bonté de ses ports, une échelle naturelle pour les vaisseaux qui parcourent ces régions. Porto-Rico est resté soumis à TEspagne au milieu des troubles qui ont agité les anciennes colonies de cette métropole. Une conspiration tentée en lS9t a complètement avorté. X.

PORTRAIT, imitation par le dessin, la peinture ou la gravure, de la igure d'une personne en grand ou en petit. Le portrait sculpté a reçu le nom de buste, s'il est en ronde bosse, ou de médaillon s'il est en bas-relief. — On disait Jadis pourtraietf pourimire, pourtraioturê, des deux mots latins pro trahere (tirer, ou tracer, pour). C'est sans doute par cette raison qu*on a dit et qu'on dit encore, parmi les gens du peuple, tirer «M portraii. ^ On fait des portraits à la plume, au crayon, au pastel, à l'huile, à l'aquarelle, en miniature, en émail, sur porcelaine, en gravure, en lithographie, etc. — On appelle portrait flaiié celui qui embellit en diminuant habilement les défauts du visage, et portrait chargé celui qui enlaidit en les augmentant. On désigne par le nom de portraii en pied celui qui représente une personne tout entière, soit en grand, soit en petit, debout ou assise. On sait que Néron, au rapport de Pline, eut la fontaisie de se faire peindre en pied sur une toile de 190 pieds, et que cette pourtraieture fut détruite par la foudre. — Chez les anciens, il n'y avait pas de peintres adonnés exclusivement à la peinture de portraits ; cette partie de l'art était exercée par les peintres d*histoire. ApeUes fut celui qui obtint en ce genre la plus grande célébrité. Ce fut seulement pendant le dernier siècle de la république romaine qu'une artiste grecque, Lala de Cyziquc, acquit de la réputation en se bornant à peindre le pMrait. Lors de la renaissanee^ las grands artistes suivirent Texemple de ceux de Pantlquité, ^ les phts beaux portraits

sont dus aux pinceaux de Rapbadl, Titien, Holbein, Léonard de Vinci, Paul Yéronèse. Van Dyclc lui-même fut habile peintre d'h|stoire, et q!est en Angleterre seulement, par suite de circonstances particulières, qu'il se restreignit à faire le portrait d*un grand nombre de personnes éminentes. *- La ressemblance est sans doute le principal mérite d'un portrait; mais, sous le rapport de l'art, la beauté d'exécution tient quelquefois le premier rang. Dans certains cas et selon certaines affections, un portrait mal peint, mais fort ressemblant, sera préféré, tandis que dans d'autres un portrait moins ressemblant, mais traité avec une grande supériorité de talent, sera regardé comme plus précieux. — Les grands peintres d'histoire ont tous traité le portrait avec supériorité, parce qu'Us y ont apporté le même génie que dans leurs tableaux. Mais lorsque l'art a déchu, lorsque les peintres d'histoire, cessant d'étudier rigoureusement la forme, se sont occupés de l'arrangement et de la couleur de préférence au dessin, il a surgi nécessai^ rement une classe de peintres portraitistes, qui ont étudié plus attentivement la figure, et qui sont arrivés à faire le portrait avec un talent et une ressemblance que les peintres d'histoire de leur époque n'auraient pu égaler. A partir de ce point, cet art spécial a eu aussi ses vicissitudes. Après s'être occupé presque uniquement du visage, on s'est occupé, et beaucoup trop, des accessoires : ce fut là principalement le défaut du célèbre Rigaud, peintre de Louis XIV. -* Sous le règne de Louis XV, ce fut une autre manie : on sembla se soucier peu de la ressemblance ; car, d'une part, les portraitistes firent à toutes les femmes de grands yeux, de petites bouches, des joues également roses et rondes, et, d'autre part, on parut s'étudier, pour éviter d'être reconnu dans son portrait, à prendre les déguisements les plus grotesques; toutes les femmes se firent peindre en Dhine, en Flore ou en Vénus« et les hommei en Mars ou en Apollon. Les flatteries que Louis XIV avait eu le tort d'accepter de la main de Lebrun furent sans doute 1% cause de toutes ces sottises. Par une Juste et remarquable compensation, ce fut, 50 ans plus tard, une artiste célèbre du même nom, M»« Lebrun, qui commença la contre-révolution dans le portrait. David et les peintres sortis de son école le ramenèrent à la pureté, à l'exactitude et au bon goût. Depuis, le genre portrait a parfois tergiversé sous le pinceau de peintres plus ou moins habiles qui ont cherché des mamères plutôt que la nature, ou qui se sont laits imitateurs de cer^ taines écoles, soit anciennes, soit étrangères;

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mais la supériorité est restée, comme à Tépoque de la renaissance, aux peintres d^histoire, et à ceux qui, se destinant spécialement au genre portrait, ont cependant commencé par faire sous leur direction des études sérieuses. Il est difficile, scabreux même, vu la susceptibilité des amours-propres, de désigner ceux des artistes contemporains qui tiennent le premier rang sous ce rapport. Si d*utiles enseignements sont à donner au peintre de portrait, des recommandations non moins utiles sont à faire aux personnes qui se font peindre. Toutes les erreurs, tous les ridicules signalés avec raison dans les portraits de certaines époques, amènent à conclure que la personne qui veut être reconnue dans son portrait doit se présenter devant le peintre comme elle se présente habituellement, dans son costume ordinaire, dans son allure ou son attitude naturelle, avec Texpression que ses traits ont de coutume, et non pas avec cet éternel et stupide sourire qu*on se fait une loi d*exagérer et de clouer sur toutes les lèvres. La physionomie, Texpression vraie, sont tellement importantes dans un portrait, elles en sont tellement rame et la vie, qu*on a dit avec raison qu*un portrait peint ou sculpté, où le talent de Tartiste a su rendre la véritable physionomie du modèle , bien que quelques imperfections puissent exister dans Pimitation partielle des traits, est plus ressemblant qu'un portrait moulé sur nature, où les traits sont d*une exactitude qu*on ne saurait contester, mais où la contrainte et Tapréhension ôtent nécessairement à la physionomie son jeu ordinaire. Ch. Fakct.

Portrait au pastbl. Ce genre de peinture, qui s'exécute sur papier avec des crayons de diverses couleurs, ne s'appliqua d'abord qu'à des ouvrages peu finis. Les artistes s'en servirent pour esquisser leurs premières pensées. Il était difficile d'obtenir avec ce procédé des lignes précises : comme les contours s'effaçaient au moindre contact, on imagina de les arrêter à la plume, et de rendre solide la couleur des crayons en la lavant. Il ne resta dès lors qu'un dessin pÂle, mais solide, et qui n'était plus le pastel avec ses qualités premières, la fraîcheur et un certain accent de mollesse harmonieuse. Beaucoup de croquis des maîtres italiens et flamands sont rendus de cette manière. Cependant, le pastel proprement dit se perfectionna par l'usage qu'en firent des dessinateurs soigneux et exercés. Les graveurs, les portraitistes surtout, s'habituèrent à chercher dans le pastel des effets de lumière et de couleur, à y étudier de ces ressources, de ces traits légers et spirituels que jus-

qu^alors on n^avait encore demandé qu'au fini de la peinture à l'huile. De la sorte, on conserva la fougue de la première exécuUon, et d'ailleurs on put retoucher et corriger à son aise les défectuosités, les incorrections, qui, d'ordinaire, accompagnent toute esquisse. On en vint bientôt à obtenir des ouvrages terminés et d'un aspect fort agréable. — Le talent gracieux de la célèbre Rosalba contribua beaucoup à mettre en vogue la peinture au pastel, et Robert Nanleuil, dont le spirituel burin fait tant d'honneur à l'art français, peignait ses modèles aux crayons de couleur avant de les graver : ainsi fut d'abord étudié le beau portrait de Louis XIY. On peut encore juger, par le petit nombre des pastels de ce maître qui sont parvenus jusqu'à nous, de la finesse, de la moelleuse légèreté de son crayon. Puis vint Lalour, illustré par les poètes de son époque, et le prince du genre pastel; il surpassa tous ses devanciers. Son art délicat et périssable nous a transmis les plus jolis visages du xvnie siècle, qui se retrouve tout entier avec ses allégories idylliques, son caractère coquet, frivole, philosophique et spirituellement maniéré dans ses portraits pâlis, qui semblent avoir emprunté au temps une expression qui les complète à nos yeux. — Latour exécutait ses pastels sur du papier gris, un peu roux, qu'il collait sur un cadre de bois léger ; puis il couvrait sa peinture d'une glace qui lui servait de vernis en liant et adoucissant les couleurs. — Greuze et François Boucher ont souvent rendu avec bonheur leurs fraîches carnations au moyen de ce genre de peinture, qui, de nos jours, a repris dans le beau monde une certaine faveur, et se recommande désormais par de nouveaux perfectionnements. — n ne fout pas oublier que le procédé primitif pratiqué vers le milieu du xvn« siècle était fort simple. On déposait seulement sur un papier pelucheux la poussière de crayons de couleurs diverses, et, au moyen de l'estompe, on unissait et adoucissait les teintes. La manière nouvelle est plus compliquée, et parait plus solide que l'ancienne. A. FnLioux.

PORT-ROTAL, nom célèbre dans l'histoire du XVII* siècle, et sous lequel on désigne deux abbayes de religieuses, situées l'une auprès de Chevreuse (Seine-et-Oise), à 5 lieues de Paris, et l'autre à Paris même , dans le faubourg Saint- Jacques. De là vient la double dénomination de Pori-Royal de Paris et de Port-Rojral des Champs. Cette dernière maison, bien plus ancienne que l'autre, fut, dit-on, baptisée par Philippe-Auguste qui, emporté un jour par l'ardeur de la chasse, s'arrêta en ce lieu sur les bords

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d*un étant;, et résolut d*y faire construire un monastère. Quoi qu*il en soit de cette légende, le vœu du monarque ne tarda pas à être exaucé par Matliilde de Garlande, épouse de Matthieu I«r de Montmorency-Marly, qui, assistée de l*éyéque de Paris, Eude ou Odon de Sully, jeta, en 1204, les fondations de Tabbaye de Port-Royal , et y pljiça IS religieuses de Tordre de Saint-Bernard de Citeaux, pour prier à l'intention et à l'heureux retour de son mari, engagé dans la 4* croisade. L^église , confiée aux soins de Parchitecte Robert de Luzarcbes, fut placée (1339) sous Pinvocation de Notre-Dame. Saint Louis donna à Pabbaye naissante une rente sur ses domaines, et, en 1323, le pape Honorius III lui accorda de grands privilèges, parmi lesquels nous distinguerons celui de recevoir des séculières sans prononcer de vœux, faculté qui devint plus tard une des principales sources de sa grandeur et en même temps de sa ruine.

L*abbaye devenue riche, le relâchement survint, et la règle de Saint-Bernard tomba en oubli. 11 était réservé à une jeune fille de 17 ansde mettre seule une digue au torrent et d*attacher à Port-Royal un renom impérissable. Marie-Angélique Arnault, flile d*un riche et célèbre avocat du parlement de Paris, Antoine Arnault, et sœur du grand Arnault (ror.), avait 11 ans lorsqu*on la fit abbesse, le 5 juillet 1603, et elle n*en avait pas 17 lorsqu'elle entreprit (1608) de porter une réforme hardie dans la maison si prématurément confiée à ses soins. Elle commença par élever une barrière entre son couvent et le monde qui n'y avait qn*uu trop facile accès. Une rouraiDe fut construite autour des bâtiments, et la grille du parloir ne s'ouvrit plus devant les visiteurs. En moins de 5 ans, la jeune abbesse, aidée de sa sœur Agnès, qui avait été élevée à Saint-i^yr, et qu'elle avait fait venir auprès d'elle, compléta sa réforme. Les 13 religieuses professes qu'elle avait trouvées en prenant possession de son abbaye, donnaient aux plus novices l'exemple d'une soumission sincère aux austérités de la règle. La mère Angélique fut alors conviée à aller établir cette règle dans diverses abbayes; et plusieurs abbesses vinrent elles-mêmes s'Instruire de leurs devoirs à Port-Royal. Mise par l'abbé de Citeaux, à la place d'Angélique d'Estrées, sœur de la belle Gabrielle , à la tête de l'abbaye de Maubuisson, la mère Angélique Arnault y demeura 5 ans, occupée à y rétablir le bon ordre. C'est pendant ce temps qu'elle eut occasion de connaître saint François de Sales et qu'elle se mit sous sa conduite spirituelle. Vers les derniers temps de son séjour, le roi jugeant

à propos de remplacer Tancieniie abbesso, avait donné Maubuisson à M»* de Soissons , fille naturelle du comte de Soissons et sœur naturelle de la première duchesse de Longueville. La mésintelligence n'ayant pas tardé à éclater entre elle et la mère Angélique, celle-ci se retira enfin à Port-Royal, accompagnée des 30 religieuses fidèles qui s'étaient déjà dévouées à son sort La mère Angélique s'adjoignit alors sa sœur Agnès qui venait de rédiger les constitutions de Port- Royal. C'est aussi â la même époque qu'elle entra pour la première fois en relation avec l'abbé de Saint-Cyran, qui eut une si grande influence sur les destinées de son abbaye; mais ce n'est que 10 ans plus tard qu'il devint son directeur.

En 1635, la maison était beaucoup trop étroite pour contenir les 80 religieuses dont elle se composait. Sa situation d'ailleurs, au milieu de marais et de bas-fonds malsains, était une source incessante de maladies. C'est alors que la mère d'Angélique, qui avait résolu de se faire religieuse sous la conduite de sa fille, acheta à Paris une vaste maison, connue sous le nom d'hôtel de Clagny et située rue de la Bourbe , dans le faubourg Saint-Jacques. Toute la communauté y fut transférée, dans le courant de l'année 1636. Un chapelain resta seul aux Champs avec quelques domestiques. Par le crédit de la reine Marie de Médicis et en vertu d'un bref du pape Urbain YIII (juin 1637), la nouvelle abbaye échappa à la suprématie de Citeaux et passa sous la domination immédiate de l'archevêque de Paris, qui était alors le célèbre Paul de Gondi. En outre, l'abbesse devint élective, et l'élection dut se renouveler tous les trois ans. Pour donner l'exemple de la soumission aux nouveaux statuts , la mère Angélique se démit de sa di. gnité, ainsi que sa sœur Agnès, la coadjutrice. Déjà Zamet, évêque de Langres, qui était l'âme de tous ces changements, avait projeté d'établir une union intime entre Port-Royal de Paris et l'abbaye de Tard, près Dijon, qu'il voulait aussi soustraire à la juridiction de Citeaux. Deux re« ligieuses y furent envoyées; mais l'une d'elles, revenue à Port-Royal lors de la démission de la mère Angélique et choisie premièrement pour la remplacer, apporta dans la communauté des idées novatrices qui firent le désespoir de l'ancienne abbesse. Aussi accueillit-elle avec joie la proposition de commencer un nouvel établissement qui venait d'être autorisé en faveur de Louise de Bourbon-Soissons , duchesse de Longueville, et qui, sous le nom de fille$ du Saint- Sacrement^ M ft>ndé, en 1650, à Paris, dans la

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rue Goquillière. Aogélique Arnault y pafsa , le 8 mai 1633, avec S reli^euses et 4 postulantes. Par malheur, kt prélats chargés de la direction de la maison ne s*en tendirent pas, et la désunion éclata tout à coup à Toccasion d*un petit écrit de la mère Agnès, le Chapelet êecrei, que le pape supprima. D*un autre côté, Tinfluence de révèque de Langres aTait Aiit place, dans la maison, à rinfluenoe d*un homme dont la destinée devait désormais devenir inséparable de celle des religieuses de Port- Royal y Duvergier de Hauranne, abbé de Saint^Cyran, le maître et Tami ou plutôt le 8éide de Jansénius. L*archevôqne de Paris, sur les plaintes de Zamet, se mit en devoir de faire cesser les discussions. La mère Angélique fut renvoyée à Port-Royal en février 1636; et les échanges de religieuses entre cette communauté et celle de Tard cessèrent. La réélection d*Agnès consomma cette révolution intérieure. Toutefois, Zamet n*y gagna rien, et, à Port^Royal, comme chex les filles du Saint-Sacrement, il lui fallut céder à Tinfluence toujours croissante de Saint-Cyran. Rn se retirant, il eut beau entraîner son adversaire, Tesprit deTabbé se perpétua à Port-Royal dans la personne de Tabbé Singlin, qui y fut admis à titre de confesseur. Rt puis, Saint-Cyran n*avait pas quitté Paris^ et il venait deux ou trois fois par semaine réchauffer par sa présence et ses conseils le sèle des religieuses et des solitaires qui commençaient à a£Buer autour de Port-Royal.

Le premier exemple de cette renonciation au monde pour les règles austères de Saint-Bernard fut donné par Tavocat Lemaistre , neveu de la mère Angélique, qui abandonna les gloires du parlement, en 163S, pour aller s'ensevelir à M ans dans la retraite, où il fut bientôt suivi par ses deux frères, Séricourt, officier distingué, et 4e Sacy, le traducteur de la Bible, puis successivement par cinq ou six de leurs amis. Ces pieux solitaires qui, plus tard, furent désignés sous le titre ambitieux de Meêêîeurs de Port-Royal, partageaient leur temps entre le travail des moi-* nés, l'étude et Tinstruction de quelques jeunes gens choisis et confiés plus particulièrement à la direction de Tabbé Singlin et de Tabbé de Saint-Cyran» Cependant Torage grondait sur la tète de ce dernier, et soit qu'il ne fût pas averti des menées de Zamet et des dispositions malveillantes du cardinal de Richelieu à son égard, soit qu'il dédaignât de s'y soustraire, le 14 mai 1638, il fut arrêté chex lui et conduit au doiyon de Yincennes. L'intercession du célèbre Mathieu Mole, son ami, n'eut pas le crédit de lui en faire rouvrir les portes, llien phis, U fut persécuté

jusque dans son œuvre, et 15 jours après son Incarcération , les solitaires étabUs à Paris tarent forcés de se retirer à Port-Royal des Champs, auprès de l'humble chapelain que les reUgiettses y avaient laissé.

Richelieu qui semblait d'abord les avoir oubliés, leur envoya, au mois de juillet, Laubardemont qui les interrogea et les força de se disperser. Les uns vinrent peu à peu se grouper autour de Port-Royal de Paris; les autres se retirèrent à la Ferté-Milon où commencèrent leurs premières relations avec la ftimille de Jean Racine. C'est là aussi que l'avocat Lemaistre écrivit son mémoire contre Zamet, et sa Justification de Saint-Cyran. On ferma les yeux : la sévérité se relâcha â leur égard, et sur la fin de l'été de 1639, ils revinrent au monastère de Paris et à celui des Champs ; car, par un effet ordinaire de la persécution, leur nombre s'était considérablement accru, et Port-Royal étaitdevenu comme un lieu de refuge pour les personnes mécontentes du cardinal et de la cour. Rn rappelant des noms tels que Lancelot, Nicole, Pascal, Arnault et Arnauld-d'Andilly, Lenain de Tillemont, les lumières de Port-Royal, qui vinrent successivement peupler cette retraite, puis les élèves illustres qui en sortirent, les frères Bigoon, Achille du Harlay, Racine, le tendre Racine, que l'on vit plus tard payer sop tribut à Port-Royal par son histoire de cette maison et son mémoire justificatif pour les religieuses de l'abbaye, nous ferons comprendre aisément l'importance religieuse et politique qui pendant si longtemps s'attacha â cette éblouissante réunion d'hommes et de femmes, dont chacun eut sa part de célébrité. Lorsque Pascal, déjà connu, et qui avait sa nièce et u propre sœur parmi les religieuses, vint s'installer auprès des solitaires, la cour elle-même céda au torrent, et de fastueux hôtels s'élevèrent bientôt sur les terrains de l'abbaye de Paris et même de celle des Champs. Ce fut d'abord la princesse de Guéménée, puis les marquises de Sablé et d'Aumont, plus tard les ducs et duchesses de Luynes et deLiancourt, plus tard encore (1673), Anne de Bourbon, sœur du grand Condé et 9* duchesse de Longueville.

A la mort de Richelieu (1648), Mathieu Mole parvint à soustraire Saint-Cyran à l'accusation d'hérésie qui avait été portée contre lui, et sa bourse servit à Timpression des premiers écrits que l'ami de Jansénius consacra à l'exaltation du fameux Jugustinue, Mais Saint-Cyran survécut peu à sa délivrance : il mourut Le 11 octobre de la même année.

La communauté prenait dès Lart une telle ex^

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teluion, qu*eii mai 1648, plusieun relisiMues profeiies et deux converges le Tirent forcéei de quitter leurs sceurs de Paris pour aller s'installer de nouveau aux Champs, sous la conduite de la mère Angélique , alors supérieure par élec* tion. Ce retour inespéré fut une fête pour tous les habitants des environs pour lesquels les filles de Port-Royal, quoique pauvres, en raison de leur nombre, avaient établi une infirmerie destinée aux malheureuses paysannes qu'elles fournissaient aussi de vêtements et de linge, selon leurs ressources.

Cependant, la double renommée des religieuses et des solitaires déplut à la Société de Jésus, qui déjà avait à se plaindre de la famille Arnault. En 1594, Antoine Arnault, le père d'Angélique, plaidant pour l'université de Paris, à la suite de l'attentat de Pierre Barrière, avait gagné un procès contre les jésuites ; de plus , Port-Royal leur enlevait de Jour en Jour l'éducation de la Jeunesse la plus distinguée du royaume. Ils s'attaquèrent d'abord aux religieuses. Le Père Brisacier commença par insinuer qu'elles ne croyaient pas au mystère du saint sacrement, qui pourtant était leur devise, et il crut même pouvoir Jeter des soupçons sur leurs mœurs. L'archevêque de Paris, indigné, les vengea en fulminant une censure; ce qui n'empêcha pas le père Meynier de publier le livre intitulé: Port-Ro/al d'intelligence avec Genève contre le êoint eacrement de l'autel. Ces bruits ne ftirent accuellis qu'avec une trop grande facir lité par un Jeune monarque prévenu défavorablement. Pour achever la ruine de Port-Royal, on alla même fouiller jusqu'au fond de VAU' guêtinui, publié en 1640, et presque oublié depuis la mort de Saint-Cyran. Le 1« juiUet 1649, le docteur Nicolas Cornet commença, devant la ISMulté de théologie, la fameuse querelle des cinq propositions sur la grâce, contenues dans le livre de Jansénius. Antoine Arnault, le bras droit de Port-Royal, imagina, pour la défense des siens, de condamner aussi les cinq propositions, tout en soutenant qu'elles n'avaient Jamais existé dans VJuguitinuê, (Nous renvoyons pour l'histoire de cette dispute religieuse à l'article jAifStmsHs.) On sait que les jésuites l'emportèrent, et firent chasser les solitaires de Port- Royal. Le lieutenant civil se chargea lui-même de l'exécution , et contraignit Arnauld à se cacher. La persécution atteignit les religieuses, qui furent privées de leurs novices et de leurs pensionnaires. Port-Royal ne dut alors son salut qu'à un miracle attesté publiquement par les religieuses : H"* Périer, pensionnaire de ce cou-

vent, et nièce du célèbre Pascal, avait à rceil un mal qui avait résisté à tous les efforts de la médecinei on fit àPort-Royal la cérémonie de baiser nne des épines de la couronne de Jésus-Christ : la malade en ayant touché son'ceil, parut guérir quelques Jours après. La reine mère, édifiée , rendit sa protection à la sainte communauté, leff solitaires reparurent; et hi foule aécourut à Port- Royal pour adorer l'épine de la sainte croix. En même temps, parurent les célèbres £e<lre«provindaleê {vcor, Pascal ) ; et les Jésuites furent condamnés à Rome tout à la f6is par l'inquisition et par le pape. Néanmoins, à leur instigation, l'archevêque de Toulouse, de Marcâ, dressa, en 1656, un formulaire, adopté tout d'abord par l'assemblée du clergé de France, et dans lequel il condamnait les cinq propositions comme faisant partie du livre de Jansénius. Bn 1660 , le formulaire fut imposé, non-seulement à toutes les communautés de religieuses, mais aussi aux régents de collèges et aux maîtres d'école; on enlevait ainsi d'un seul coup à Port-Royal rebelle le droit de faire des élèves. Revenus tout-puissants auprès du roi, après la mort de Mazarin, le confesseur Annat et l'archevêque de Marca envoyèrent le lieutenant civil et le procureur du roi chasser de Port-Royal de Paris toutes les pensionnaires et les postulantes. Un commissaire du Chàtelet eut aux Champs une mission semblable. Le principal épisode de cette nouvelle catastrophe fut la mort de la mère Angélique, qui était accourue à Paris au premier bruit de la visite du lieutenant civil. BUe s'éteignit avec calme , le 6 août 1661 , privée du confesseur qu'elle s'était choisi.

Au fond, les religieuses étaient restées étrangères aux questions controversées. Mais lorsqu'on voulut leur faire signer le formulaire de 1656$ elles cherchèrent à s'instruire, et finirent par refuser de se soumettre, si l'on n'y ajoutait un préambule , dont la cour ne voulut pas entendre parler. Mais les embarras du clergé, par suite de la démission du cardinal de Retz e)t de la mort de Marca, son successeur à l'archevêché, puis les dissensions survenues avec la cour de Rome à propos de l'insulte faite au duc de Cré» qui, permirent à Port-Royal de respirer pendant près de 18 mois. L'afifoire de la signature ne reprit que sous l'épiscopat d'Hardouin dePéréfixe. En vain , le nouvel archevêque offlrit des concessions, les religieuses avaient eu le temps de s'aff^mir dans leurs sentiments de résistance. Alors, il commença par leur interdire les sacrements ; puis, suivi du lieutaumt civil et de la fèree armée, il se rendit à Port-Royal, fit TappeL

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de douze mères , parmi lesquelles se trouvait la mère Agnès, alors âgée de 71 ans, et donna ordre qu'elles fussent disséminées dans des couvents divers. 11 les remplaça sur-le-champ par six religieuses de la VisiUlion. Les fiUes de Port- Koyal voulurent protester; mais l'archevêque leur signifia qu'elles ne seraient relevé^ de leur excommunication qu'après avoir signé le formulaire. L'obstination des religieuses éUit loin d'èlre émousséepar cet échec. Elles osèrent appeler comme d'abus au parlement contre la procédure du prélat. Mais Péréfixe fit évoquer l'affaire au conseil du roi, qui commença par faire jéler à la Bastille l'homme chargé des iniéréU temporels de la communauté. Les religieuses se vengèrent en publiant les procès-verbaux de l'archevêque. Ce nouvel outrage eut des suites terribles. Dès le soir même, les novices furent arrachées de la maison de Paris; les offlcières furent remplacées, et on procéda à l'enlèvement de six religieuses, parmi lesquelles se trouvaient les trois filles d'Arnauld-d'Andilly, qui se porta sur leur passage pour leur donner sa bénédiction. La persécution s'étendit aussi aux filles de Port-Royal des Champs, qui avaient adhéré aux actes de leurs sœurs de Paris. Sur leur refus de signer, l'archevêque en dispersa seize des plus récalcitrantes dans des maisons religieuses (août et novembre 1664). Les soliUires eurent ordre de se séparer. C'est alors qu'Antoine Arnault se retira à Bruxelles, et qu'aidé de Nicole, il publia • V Apologie de Port-Royal, les Imaginaires, et autres écrits, dont le but éUit de prouver l'injustice de la persécution, et qui ne firent que Paggraver.

Au mois de juillet 1665, on réunit à Port-Royal des Champs toutes les religieuses enlevées de la maison de Paris, et toutes celles qui refusaient encore de signer, au nombre de 71 religieuses de chœur et de 17 converses; et elles y furent retenues en captivité par un exempt et quatre gardes. Elles invoquèrent les tribunaux; mais un arrêt du conseil, en date du 11 février 1666, interdit aux juges de connaître de leur cause. Les sévérités redoublèrent; les sacrements furent refusés même aux mourantes; elles n'eurent point de prières après leur mort; défense leur fut faite de sonneries office8,de former chœur, etc. Exaltées par la persécution , elles en appelèrent au tribunal de Jésus-Christ (31 juillet), et mirent dans la main d'une morte une procuration que toutes avaient signée. Cette pièce si originale existe en manuscrite la bibliothèque royale, et on y peut lire encore ces expressions d'un zèle aux abois : «Seigneur, il est temps que vous

agissiez...; nous craignons qu'à la fin le monde ne dise, en insultant à 'nos malheurs : Où est donc leur Dieu ? »

Pendant que ces déplorables événements se passaient aux Champs, la maison de Paris jouissait d'un calme parfait. Le 16 novembre 1665, une nouvelle abbesse avait été choisie par voie d'élection; et 3 ans après, elle Ait confirmée par nomination du roi, qui déclara, à cette occasion, vouloir entrer, comme chef de l'État, dans le droit d'élire. Enfin, le pape Clément IX mit un terme à la persécution. Une modification introduite dans le formulaire permit de penser, tout en condamnant les cinq propositions, qu'elles ne se trouvaient pas dans Jansénius. Dès lors, les religieuses n'eurent plus de prétexte pour refuser leur signature; et l'archevêque leur rendit la participation aux sacrements (17 février 1669). Les solitaires, dont quelques-uns avaient été mis à la Bastille, entre autres le traducteur de la Bible, Sacy, reparurent; et Antoine Arnault fUt même présenté au roi. Son livre de la Perpétuité de la foi vint mettre le sceau à la réputat;^ uc lessieurs de Port-Royal, et la conversion de Turenne compléta la réaction. En 1679, retirés aux Champs, près de la duchesse de Longueville, « ils ne contribuaient pas peu, dit Voltaire, à répandre en France le bon goût et la vraie éloquence; mais malheureusement, ils étaient encore plus jaloux d'y répandre leurs opinions. » Cependant, la présence de la duchesse de Longueville à Port-Royal empêcha pendant longtemps la colère du roi d'éclater. Le monastère et Péôole continuaient de prospérer. Depuis l'époque de l'édit de Clément IX, la maison des Champs n'avait plus rien de commun avec celle de Paris; cette dernière était toujours à la nomination royale; l'autre avait conservé son droit d'élection triennale. Dans le partage des biens, Paris avait été favorisé; mais les Champs se dédommageaient en recevant comme autrefois une fOule de pensionnaires et de novices. Après la mort de la duchesse de Longueville (1679), l'archevêque de Paris, qui était alors Harlay de Chauvallon, donna ordre de disperser encore une fois les pensionnaires et les solitaires. Défense fut faite en même temps aux religieuses de recevoir des novices jusqu'à ce que leur nombre fût descendu de 78 à 50. Arnault, rejeté dans l'exil, sortit de France, et alla vivre dans les Pays-Bas, au f6nd d'une retraite ignorée du monde, et connue de ses seuls amis. Cette fois, les rigueurs de la eour et du clergé durèrent sans interruption jusqu'à la mort de l'archevêque, arrivée en 1695. Son successeur,

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L. Ant. de Noailies, qui fut depuis cardinal, se relâcha de cette grande sévérité, grâce à Tintercession de Racine, dont la tante, Agnès de Sainte-Thède, était alors abbesse de Port-RoyaL Cest aussi aux e£F6rts de Racine que les religieuses des Champs durent Tinutilité ^es attaques de celles de Paris, qui, mécontentes de leur séparation , voulaient achever la ruine de leurs sœurs rivales.

Tout à coup , un problème tbéologique, proposé en Sorbonne, et appelé le Cas de conscience, ralluma, en 1703, la querelle du formulaire. Le pape Clément IX envoya, à ce sujet, une bulle qu'on voulut faire signer aux religieuses. Elles le firent , en 1705, mais avec restriction. La cour irritée leur fit retirer de nouveau l'autorisation de recevoir des novices; et à la mort de Tabbesse, Parchevéque leur enjoignit de n'avoir pas à la remplacer. Enfin, le 11 janvier 1709, survint la suppression définitive de Port-Royal des Champs, dont tous les biens furent adjugés à la maison de Paris. Les religieuses firent un dernier effort, en appelant de cette décision à la primatie de Lyon. Mais pour couper court à toutes les résistances, le lieutenant de police d'Argenson eut ordre de se porter à Port-Royal, le 29 octobre suivant. Il Pinvestit en e£Fet avec la force publique, muni d'un arrêt du conseil du roi, se fit remettre tous les papiers de la communauté, posa les scellés partout, et, en vertu de ses pouvoirs , fit transporter immédiatement dans les différentes maisons les 15 religieuses et les 7 converses qui avaient osé l'attendre. Puis, par arrêt du 32 janvier 1710, la démolition fut ordonnée et aussitôt effectuée. On ne laissa pas même en repos la cendre des Lemaistre, des Arnault, des Racine, etc., qui reposaient sur ce sol sacré. Leurs corps furent exhumés en 1711, et transportés dans les cimetières de Paris ou du voisinage.

Port-Royal de Paris s'enrichit d'une grande partie des dépouilles de la maison des Champs, H continua à subsister sans bruit et sans éclat Jusqu'en 1790. Sous la Convention, il prit le nom de Part'Libre; et par une ironie sanglante, il fut transformé en prison, d'abord pour les suspects, ensuite pour les militaires. En 1801, on y plaça rinstitution de la Maternité; et en 1814, l'hospice de l'accouchement, connu vulgairement sous le nom de ia Bourbe^ à cause de la rue dans laquelle il est situé.

Les querelles de Port-Royal avaient cessé avec la démolition de 1710; mais le souvenir n'en était pas éteint pour cela, et à travers certaines tendances d'opposition religieuse(t^. Qdisnh.),

on peut suivre ses traces jusqu'à la fin du siècle dernier. Aujourd'hui encore, si les esprits se sont refroidis sur les questions qui ont amené la ruine de Port-Royal, ils se gardent bien d'en* velopper dans cette même indifférence les œuvres utiles et sérieuses sorties de cette célèbre officine. Sans parler des livres de controverse dus à la plume de Pascal, de Nicole, du grand Amauld, etc., nous ne pouvons nous dispenser de citer : V Histoire ecclésiastique, de Lenain de Tillemont; les Méthodes grecque et latine, de Lancelot; la Logique, d'Antoine Arnault; la Bible, dite de Sacy ; les Essais de morale, de Nicole; la traduction de V Histoire juive de Joséphe, par Arnauld-d'Andilly, etc.

Beaucoup d'auteurs, appartenant ou même étrangers à la communauté, ont écrit sur Port- Royal. Nous avons déjà mentionné VHistoire écrite par Racine. On peut encore consulter : VHistoire générale de l'abboxe de Port^Royal, par dom Clémencet (Amst. [Paris], 1755-1787, 10 vol. in-lâ); les Mémoires pour servir à VhiS" toiredePort-Bcral(ViTechi^ 174â,5 vol.in-lS); VHistoire de l'abbaye de Port 'Boy al, par Besoigne (1756, 8 vol. in-12); les Mémoires chronologiques et historiques de Port-Boyal, par Guilbert ( l** et S« parties : la 2« manque, Utrecht, 1755-1758, 9 vol. in-12), etc. Au commencement de ce siècle, Port-Royal a trouvé un apologiste dans l'abbé Grégoire, qui publia, en 1801, un livre ayant pour titre : Les ruines de Port-Boxal, que les journaux d'alors eurent défense d'annoncer. La Collection des Mémoires sur l'histoire de France contient une notice de Petitot, sur Les travaux de Porl-B^al, Enfin, de nos jours, un jeune théologien allemand, M. Reuchlin, a entrepris une Histoire de Port- Bcyol (Hamb., 1839 et suiv., 2 gr. vol. in-8»); et M. Sainte-Beuve a déjà publié 2 vol. d'un ouvrage entrepris sous le titre de Port'Boyal (t. l«r, Paris, 1839), et dans lequel il trace un résumé historique et philosophique de toutes les révolutions que nous venons de raconter succinctement. Ce remarquable travail, dont la moitié seulement a paru, est d'autant plus précieux qu'il est naturellement dégagé de toutes les passions qui ont plus ou moins conduit la plume des écrivains des deux siècles précédents. BAaddé.

PORTSMOUTH, le principal port militaire de l'Angleterre, dans le Hampshire, à 116 kilom. S. 0. de Londres, par 50« 48' Z" de lat. N. et 30 36' 93'' de long. occ. Le canal qui sépare Pile de Wight du continent a sa plus large ouverture vers l'orient; là s'étendent la rade de Sainte-

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Hâène et celle de Spithetd, rendet-Tom des flottes iDgliisefl en temps de guerre. Au fond de cette rade, au milieu d*une plage basse, s^ourre une entrée étroite qui donne accès dans une vaste baie enyeloppée par le continent et par rUe de Portsea, etc. Au vi« siècle de notre ère, le lieu le plus important qui s'élerât sur ses rives était Porcbester, placé tout au fond, dans la partie la plus reculée. Mais Tensablement de ses abords lui ayant enlevé peu à peu ses relations commerciales, les habitants Tabandonnèrent en presque totalité et vinrent bâtir, sur le côté oriental de rentrée dont nous avons parlé, une autre ville à laquelle ils donnèrent le nom sl^ gnificatif de Portêtnouih (boucbe du port). Edouard lY Tentoura de fortifications, et sous Henri YIII, on établit sous ses murs un arsenal militaire, qu*ÉlisabeUi et ses successeurs ont tellement agrandi que c*est aujourd'hui le plus vaste de la Grande-Bretagne. Hais plus Portsmouth augmentait en importance et plus son enceinle devenait étroite : aussi le trop-plein de sa population ne tarda-t-il pas à couvrir les terrains communaux, en créant ainsi à ses portes une nouvelle ville, Portêea, aux rues larges et droites, aux places élégantes, aux maisons uniformes, et actuellement cioq ou six fois plus peuplée que sa métropole, qui est restée en dedans de ses bastions et de ses remparU, avec sa vieiUe physionomie. Portsmouth se compose ainsi de trois parties distinctes : Porté' mouth proprement dit; the royal Dock-x^Prd (Tarsenal royal, au nord; et Portêea, k Test des deux précédents. Tout cela est baigné par les eaux de la baie, qui forme un vaste chenal, tellement protégé des vents par les hautes terres voisines que les plus grands vaissMux y sont en repos durant les plus violentes tempêtes, si pro* fond qu*lls y évolutionnent sans gène, si grand qu'il pourrait contenir toutes les flottes de TAngleterre, d*un ancrage excellent, dégagé de tous dangers, et qui a de plus Tavantage d*étre voisin de cette rade de Spithead, où mille voiles peuvent se réunir sans difficulté. Portsmouth renforme quelques édifices dignes d'attention, l'hôtel du gouvernement, ceux du lieutenant gouverneur et de l'amiral, l'hôtel de ville, la douane (élevée en 18S9), l'église gothique de Tous les Saints, ainsi que divers monuments funéraires. Quanta l'arsenal, auquel Portsmouth doit toute sa célébrité, c'est sans contredit l'un des plus beaux établissements de ce genre qu'il y ait en Europe. Un bassin appelé MiU^ê Pond, l'étang du Moulin , vaste retenue dont les eaux font mouvoir un grand moulin dépendant de

roffiee des vitres, le sépare de la ville, n est défondu, au sud et à Test, par une forte muraill^ au nord et à l'ouest, par la baie. 8a longueur eet de 1,060», sa Urgeur moyenne de 000", sa superficie d'un peu plus de 48 bect ; l'entrée est au midi. Voici ce qui dans son enceinte présente le phis d'intérêt : l'hôtel du commiêHonner (directeur général), édifice bâti avec magnificence parce que c'est là que descend le chef de TÉtat lorsqu'il visite Portsmouth ; le collège royal de la marine , et l'école des constructeurs de vaiaseaux; la corderie, qui a 855» de longueur, et l'immense magasin situé vis-à-vis d'une phice sur laqueUe s'élève la statue de Guillaume in, les 5 glandes cales , le petit bassin avec 9 formes, le grand qui a 114» sur 80, et sur lequel s^ouvrent 4 autres formes ; les machines de poulierie inventées par M. Brunel et qui sont devenues aussi célèbres par leur mécanisme ingénieux que par la grandeur de leurs résultats; l'atelier de voilerie et de garniture, superbe édifice qui a 61 fonètres de foce et 200» de développement; enfin les forges et fonderies de cuivre qui sont immenses. Mais tout l'arsenal n'est pas là. A Portsmouth même est l'office des vivres, qui, pour l'étendue des édifices et le nombre des employés, ne le cède qu'à TétabUssement central de Beptford, et le parc d'artillerie, immense dépôt d'armes de toutes espèces, d'outils, de harnais, et qui n'a de rival que celui de Woolwich. yis-à-vis de Portsmouth, de Pautre côté du havre, s'élève à droite Ooêpori, ville de 6,000 à 7,000 âmes, où se trouvent la brasserie et la boulangerie générales ; et à gauche, au milieu de belles prairies, dans une position charmante, le magnifique hôpital maritime de Haslar, qui peut recevoir S,000 malades. Portsmouth, Portsea et Qosport sont enveloppés de fortifications qui, avec les batteries et les forts dispersés aux environs, constituent un système formidable de défense capable de repousser Pattaque la mieux combinée. Le commerce extérieur de Portsmouth consiste principalement en bois de la Baltique et en atuh importés de France, et cette ville est l'entrepôt d'un cabotage très-actif. D'après les derniers recensements, sa population est de 7 ,000 individus, celle de Portsea d'environ 55,000, ce qui fait, avec Gosport, un total de 48,000 âmes, auxqueUes il fout jouter la garnison, les équipages, etc. Environ 4,000 ouvriers sont presque constamment employés aux travaux. M.CAaTHT.

P0RTUGAI$E8 ( LAMOVI ET UTTÉlATOni).

1. Langue. Ainsi que l'espagnol, le portugais est dérivé du roman ou latin corrompu du moyen âge, légèrement modifié par les idionesdes con-

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quéranU germains de la péninsule ibérique. Ce n^éUit même dans l*origine, à proprement parler, qu*un simple dialecte d*une langue » dont le galicien , le catalan et le castillan formaient les autres branches. Mais ce dernier n*était pas encore devenu la langue dominante de l^Espagne que déjà Tidiome du Portugal se constituait à part, grâce à Tindépendance politique de bonne heure acquise par ce pays , et gagnait rapidement du terrain dans les districts enlevés aux Arabes par son roi Alphonse I«r. De cette époque date le mélange de la nouvelle langue avec Tarabe qui la pénétra aussi fortement que ses sœurs d*Ispagne. La douceur des voyelles et les intonations nasales lui étaient communes avec le galicien, la poétique /tiif/tia gallega, dentelle s^éloignait peu primitivement; elle se rapprochait du catalan par les contractions et par la brièveté dans les formes grammaticales et dans le son des mots. Son affinité avec le castillan était aussi très-grande à beaucoup d*égards; néanmoins, elle en différait essentiellement par Tabondance des cousonnes sifflantes, par le rejet des aspirations et par Tintonation nasale. Cette dernière particularité, jointe à la manière d'articuler la lettre^*, la lettre double ch, et les syllabes muettes à la fin. des mots, lui donne avec le français un point de ressemblance qu*on a voulu expliquer en se reportant à Tinfluenoe exercée par les premiers souverains du pays et les nobles venus de France, à leur suite, aux Jours de la fondation de la monarchie en Portugal. Les Portugais et les Espagnols soutiennent respectivement la prééminence de leur langue. Quoi qu'il en soit, ces derniers ont su rendre Justice, sous un certain rapport, à la délicatesse et à Texpression mélodieuse de Fidiome rival, en rappelant la tangue deê fleuré.

Les Portugais se servent peu de la lettre / qu'ils retranchent souvent tout à fait, ou du moins qu'ils aiment à remplacer par une autre consonne dans le corps des mots. Ainsi dolor se contracte en dor, et Alfànêo devient Jffbnso : c'est ce qui a feit dire à Sismondi que le^r langue est un oaitillan désosêi. Il est à remarquer qu'elle est de tous les idiomes romans celui qui s'est le moins écarté de sa souche primitive, le latin. Plusieurs gallicismes s'y sont introduits dès le xve siècle'. L'orthographe portugaise n'est pas encore ûxét parfaitement. Le portugais est d'un usage très-agréable dans la conversation familière, et on ne saurait nier qu'il

* f^0£r un TmAé nr coi gaUlcIanci dA n ctrdfMl p«tH«rtli«

nViit le mérite de plus de concision, de légèreté et de simplicité que l'espagnol, essentiellement pompeux. L'abondance des synonymes, des diminutifs et des augmentatifs lui donne autant d'ampleur que de variété dans l'expression. Bans les contrées lointaines que la nation portugaise remplissait autrefois de son nom, elle n'a laissé que sa langue pour en rendre témoignage : en effet, celle-ci est encore aujourd'hui très-usitée dans le trafic du littoral africain et des ports de l'Inde.

Le premier auteur qui s'est occupé du portugais, c'est Buarte Nunex de Liam, qui vivait au temps de la domination espagnole en Portugal, et dont le livre, On'gem da linguaporiuguesa { Lisb.,1606), est encore consulté avec fruit. On trouve aussi d'excellentes remarques sur les rapports de cette langue avec l'arabe dans les f^e«tfgioê da lingua arabica em Portugal^ par Joâo de Sousa. Le cardinal patriarche de Lisbonne vient de publier des recherches sur les mots empruntés aux langues orientales en général. La meUleure grammaire portugaise est. celle intitulée : Arte da grammatica poriugue%a de Pedro Jo9e de Figueiredo (Lisb., 1799); le meilleur dictionnaire est celui du Brésilien Antoine de Horaes Silva (Lisb., 1789, 9 vol. in-4*) : c'est un abrégé réfondu du Lexique, en 10 vol. in-fol., du p. Bluteau. Il n'a été publié qu'un seul vol., contenant la lettre A, du dictionnaire de l'Académie portugaise (1795, in-fol.). Parmi les gram* maires portugaises à l'usage des Français, on cite celles de MM. Fonseca et Constancio, qui ont aussi publié des dictionnaires de ces deux langues; le dictionnaire le plus récent est celui de B|. l'abbé Roquette, Paris, 1814.

II. LiHéraiure, La direction primitive de la littérature en Portugal fot essentiellement poétique. Les seigneurs du midi de la France, qui avaient suivi Henri de Bourgogne lors de son établissement en Portugal (1090) , devaient naturellement chercher à faire revivre dans leur nouvelle patrie les traditions de cette suave poésie des troubadours qui les avait charmés dans leurs châteaux. Grâce à leur impulsion, l'art lyrique fleurit de bonne heure sur le sol portugais, et dès le xii« siècle, sous le roi Alphonse 1*% on voit paraître deux poètes nationaux, Gonzalo Hemiguea et Egaz Moinz. Toutefois, leurs productions sont peu intelligibles aujourd'hui. A partir de la seconde moitié du xiii« siècle , la culture de la poésie prit un nouvel essor, encouragée qu'elle étaitparl'exemple du roiBenys, fondateur de l'université nationale, et par ses successeurs 9 qui s'y livrèrent eux-mêmes avec

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amour. L^ redondilhas, la plus ancienne des formes de rimes populaires en Portugal et en Castille, s*étaient alors fixées dans ces contrées comme un retentissement des chants militaires des Romains, avec lesquels elles offirent une analogie remarquable; mais dès le xit« siècle commença Tempire de la poésie italienne, qu*on reconnaît déjà clairement dans qudques sonnets portugais de cette époque. L*infant don Pedro, fils de Jean I«r, traduisit lui-même les sonnets de Pétrarque.

Le XY« siècle, qui fut Tâge héroïque du Portugal, vit éclore la première fleur de la poésie nationale, les rotnance$f genre par lequel elle conserve un lien de famille avec la littérature castillane. Néanmoins, les recueils de chansons ou cancioneiroa portugais de cette époque, dont le plus renommé est celui de Garcia de Resende, imprimé en 1516, sont beaucoup plus riches en poètes appartenant au PoKugal, que ne le sont les recueils contemporains de même genre appartenant à TEspagne. Malheureusement pour la poésie portugaise, qui était surtout une poésie de cour, elle aurait cru déroger en s'appliquant, comme Ta fait la poésie espagnole , au perfectionnement'd*un genre populaire, tel que les chacraê, ces chansons originales des pâtres et des laboureurs, fidèles à Tancienne forme des redondilhas. Négligeant ainsi la source vive des impressions de la nature et recherchant de préférence une beauté factice, elle s*égara dans la sensiblerie et dans un genre idyllique larmoyant et de pure convention. Un poète célèbre à la cour d*£mmanuel le Grand, Bernardin Ribeyro, parait avoir surtout contribué par ses églogues, aujourd'hui presque oubliées, à déterminer chez ses compatriotes cette prédilection pour la poésie pastorale romantique, dont la littérature portugaise n*a pu jusquUci'Ke dépouiller entièrement. Avec Saa de Miranda (1495-1558) le triomphe de Tinfluence de la littérature italienne sur Tancien goût national en poésie fut décidé. Saa, chéri et admiré de ses contemporains, appartient en même temps, ainsi que son compatriote Montemayor, à la littérature espagnole, pour la plus grande et la meilleure partie de ses compositions. Les deux comédies que le premier a laissées en portugais ne sont toutefois que de pâles imitations de Plante et de Térence. Néanmoins Antonio Ferreira et, à sa suite quelques poètes plus jeunes, tels qu*Andrade,Caminha, Jeronimo Corlereal et Diego Bemardès, prirent Saa pour modèle et formèrent Técole qu'on peut appeler classique, mais qui ne réussit pas plus que son chef à se populariser. Pourtant Ferreira s^était

montré jaloux de ne faire honneur de sa muse qu'à sa langue maternelle ; mais le ton froid de ses odes, de ses élégies et de ses sonnets, où il ne visait qu*à la pureté du style, était peu propre à émouvoir vivement.

L*art dramatique n*occupe qu*un rang secondaire dans la littérature portugaise. Saa de Hiranda y fut éclipsé par son contemporain Gil Yicente (m. 1557), dont un illustre Portugais a apprécié le mérite et Tinfluence dans cet ouvrage. L'homme qui devait surtout élever un monument immortel à la poésie portugaise fut Camoens, que son poème des Lusiade» place au rang des premiers chantres épiques de tous les âges et de tous les pays. Parmi les poètes qui lui succédèrent, aucun n'hérita de son génie. Francisco Rodriguez Lobo, qui appartient à la seconde moitié du xvi« siècle, est peut-être le seul qu'on puisse encore mentionner, comme auteur d'un poème héroïque : Nuno Alvare% Perdra. Mais bientôt le vieil engouement pour le genre pastoral envahit de nouveau la littérature et se répandit, au xvii« siècle, en un déluge de sonnets. Une collection de ces derniers a été publiée par Mathias Pereira da Sylva sous le titre prétentieux de j4 Fenis r€nasci{ia,'ou Obras poeticas dos tnelhores ingenhos portugueses (9« éd., Lisb., 1746, 5 vol.). On en possède une autre un peu ridiculement intitulée, Eccos que o clarim de fama dà; PostUhao de Apollo, etc. ( Lisb. , 1761).

Au xviii" siècle, les chefs-d'œuvre de dos grands écrivains subjuguèrent à leur tour le Portugal et y introduisirent le goût français. Cette révolution, toutefois, s'opéra trop superficiellement pour affranchir la poésie indigène de son ton de plus en plus langoureux. Le plus renommé des auteurs de bucoliques de cette époque fut le Brésilien Claudio Manuel da Costa, dont les œuvres parurent en 1708 , à Coïmbre. Bans les autres genres, tous faiblement cultivés, il suffira de citer parmi le petit nombre de ceux dont les noms méritent encore d'être sauvés de l'oubli, le général François-Xavier de Meneses, comte d'Ericeyra, qui entretint une correspondance avec Boileau, dont il traduisit VJri poétique en vers portugais, et qui composa le poëme de ia Henriqueida (Lisb., 1741). 11 y chanta le fondateur de la monarchie portugaise, mais sans retrouver aucune de ces inspirations puissantes qui ont fait la gloire de Camoens. A côté de cette œuvre épique, on doit en ranger une autre du même genre, intitulée VUraguax (Lisb., 1769) : elle a pour auteur José Basilio da Gama, et célèbre les exploits auxquels on dut la conquête du

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Paraguay. L*art dramatique non plus ne vit éclore aucune production nouvelle qui pût y déterminer le moindre progrès.

Enfin le vieux style bucolique dut céder aux efiforts réunis de tous les hommes intelligents, qui, au début de Tépoque littéraire actuelle, prirent à tâche de le bannir; mais cette réaction, fruit du goût plutôt que du génie, ne produisit d*abord qu'une foule de traductions des langues anciennes et modernes, et de pAles imitations calquées sur des modèles étrangers. Il faut distinguer comme un des plus féconds et des plus estimés parmi les poètes qui les premiers entrèrent dans la nouvelle voie,Manoel-Haria de Barbosa de Bocage (mort en 1805), dont les Rimas parurent à Lisbonne en 3 vol. (2«éd., 1800-1804). Parmi les hommes sur qui repose aujourd'hui Tespoir d'une régénération de la poésie en Portugal, nous devons citer Luiz da Silva Mouzinho de Albuquerque, ministre de Tintérieur en 1835^ auteur très-fécond que son poème des Georgiques portugaises a surtout feit connaître; puis le poète aveugle Antonio-Feliciano de Castilho; Alexandro-Herculano de Carvalho, depuis 1836 rédacteur du journal littéraire de Lisbonne, le Panorama ; J. B. Leitao d'Almeida-Garrett, ancien chef de bureau au ministère de Pintérieur. Carvalho, esprit éminemment patriotique et religieux non moins que libéral, avait déjà publié un grand nombre de poésies empreintes de ces sentiments , parmi lesquelles on distingue surtout les visions pleines de tristesse sur la destinée future de sa patrie, réunies sous le titre A vos de propheta, lorsqu'il s^unit à Castilho dans le but de tenter une réforme du théâtre portugais. Ils firent paraître à cet effet des traductions de plusieurs drames allemands, et s'essayèrent aussi dans des pièces originales, où ils ont eu le mérite de faire dominer toujours une pensée morale. Garrett, auteur des tragédies médiocres de Colon em Vtica et de Merope, a lut preuve d'un talent infiniment supérieur dans son gracieux badinage lyrique intitulé Betrato de f^enuSf et dans son Camoêns, poème en X chants (Paris, 1825), qu'il publia sous le voile de Panonyme et dans lequel il a chanté la vie et la mort du prince des poètes de sa nation. Mais, de toutes ses oeuvres, la plus remarquable est sans contredit son Jdo»inda, romance, poème en lY chants (Londres, 1828), composé sur un sujet tiré de ces anciennes poésies nationales ou c/iacras, dont il annonçait dans la préface le dessein de publier une collection.

L'éclat dont a quelquefois brillé la poésie en Portugal, y a toujours manqué à la prose. Les

commencements de celle-ci datent de l'apparition des premières chroniques en langue vulgaire, au XIV* siècle. Toutefois, le style des écrits de ce genre ne se relève un peu qu'au xv* siècle, après la renaissance des lettres et l'étude des chef^'œuyre de l'antiquité. La chronique du roi Jean I«, par Fernand Lopes(Lisb., 1644), témoigne de celte amélioration. Les xv« et xvi« siècles furent, comme on sait, très-féconds en romans de chevalerie; quelques-uns des plus célèbres sont revendiqués par le Portugal. Le thème du plus ancien de tous, VJmadis de Gaule, serait, à ce que l'on prétend, emprunté à un écrivain portugais. Un autre, que l'auteur de Don Quichotte indique comme le second à préserver des flammes, Palmerim. d'Oliva, est aussi dû à un Portugais, François de Moraes, attachéà l'ambassade de Jean III auprès de la cour de France, où le goût des romans de chevalerie était alors à la mode. Rodriguez Lobo contribua beaucoup â l'amélioration de la prose portugaise par son ouvrage intitulé Corte na Aldea e noues de in* vemo, où il enseigne les belles manières du monde et l'élégance des mœurs. Parmi les historiens, le premier qui ait acquis quelque réputation est Joâo de Barros, dont VAsia (1553), continuée par Diego de Couto, est encore aujourd'hui le meilleur guide pour tout ce qui concerne l'histoire des découvertes des Portugais dans cette partie du monde. L'âge héroïque de la nation portugaise a d'ailleurs été spécialement traité par Fernand Lopes de Castanheda, par le célèbre Alphonse d'Albuquerque (vo/*.), dans ses Commentaires publiés par son fils, enfin par Bamiao de Goes dans sa chronique du roi Emmanuel le Fortuné. Bemardo Brito marqua le passage du xvi« au xvu« siècle par la publication de sa Monarchia Lusiiana, et dés éloges des rois de Portugal. Enfin nous ne saucions passer sous silence la biographie de Jean de Castro, par Hyacinthe Freire de Andrade, ouvrage postérieur que les qualités du style recommandent surtout â ceux qui veulent étudier la langue. Les découvertes et les explorations des marins et des missionnaires portugais, ont également donné lieu à de bonnes descriptions en prose. La mémorable relation de voyage de Fernao Hendez Pinto se dislingue parmi les livres de celte classe et de cette époque. Cependant, beaucoup de ces relations sont encore à l'état de manuscrit. M. le vicomte de Santarem, auteur d'une Histoire des cartes de son pays , en a publié une collection (Usb., 1829) tirée en partie des bibliothèques de Paris. On sait que depuis son séjour dans cette dernière capitale, notre savant collaborattur

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utUise ses loisirs to contiBuaot ces travaux si importants pour Thistoire portugaise, et celle de la navigation en général.

La décadence littéraire du Portugal date surtout de rétablissement de la domination espagnole dans ce pays, à la fin du xvi* siècle. Après sa délivrance, le gouvernement national chercha à relever la littérature, et, en 1714,11 f6nda dans ce but TAcadémie portugaise. On établit aussi, en 1779, sur la proposition du duc de Laf6es, une Académie royale des sciences composée de trois classes; mais les.troubles qui ont tant de fois agité le pays ont empêché Jusqu^à présent ces heureux germes de porter tous leurs fruits. Cependant, d*après le rapport du secrétaire perpétuel pour 1843, elle a déjà publié ââ4 volumes.

Le plus important des livres à consulter relativement à rhistoire de la littérature portugaise, est toujours VHiêloire de la poésie ei de l'élO" quence che% le$ peuplai modemei, de Boutervrek. On trouvera aussi de précieux renseignements dans Touvrage de Sismondi ayant pour titre : De la lillérature du midi de l'Europe. Le Bésumé de l'hietoire littéraire du Portu» gai, etc., par M. Ferd. Denis (Paris, 1896), mé>rite encore d'être cité. Quant aux sources nationales, les plus instructives à cet égard sont la Biblioteca luiilana, hiêtorica, critica et cronologica, de Diego Barbosa Machado (Lisb., 174M753, 4 vol. in>fol.), et pour U Uttêrature historique en particulier, la Biblioteca hiêtorica de Portugal e seuê dominioê ultramarinos, eid. (Lisb., 1801). Enfin r^Matc/'une itatistiquedu Portugal de M. A. Balbi (Paris, 1892, ^ vol.) contient aussi une histoire abrégée de la langue et de la littérature de ce pays. Ch. Yoobl.

PORTUGAL. Ce nom de Tantique Lusiianie, fermé de la contraction de Portus Gallus, ancienne dénomination de Porto, désigne aujourd'hui iQ plus petit des deux royaumes entre lesquels est partagée la péninsule ibérique.

I. Géographie et êtatiitique. Le Portugal s*étend sous la ferme d'une large bande à Touest de l'Espagne, dans une longueur dé 195 lieues du sud au nord. Baigné par l'océan Atlantique, au sud et à l'ouest, il a pour limites la province de Galice au nord, et celles de Léon, d*Ëstramadure et d'Andalousie à l'ouest. On évalue sa superficie continentale à 1,793 milles carr. géogr. * Depuis 1835, le Portugal avec les Açores et

1 D'âpre I« noBTean Élimêntt de Géographit, éeU. Btibi, à 90,966 kfloB. carrés, avec les Açorca. Cat cnriron 1/5 de !'£•• pagM, 1^ mimé atattitlclcn, dont non* aloMiis à nconnaltra Véwiamtt mkim^âommmm énmtân» 4a 1,S77,S92 kll«B. catréa muc pawaMloi portBf abat »m éék dm mtn» 8.

madère, est divisé en sept grandes provinees, savoir : Minho (chef-lieu Oporto) et T^as*os<- Montes (chef-lieu Bragance) , au nord ; le haut Beïra (chef-lieu Yiseu), et le bas Beïra (chef-lieu Gastello-Branco, et non plus Goïmbre), et l'Es- Iramadure, avec la capitale Liêbonne, au milieu; l'Alem-Tejo (cheMieu Evora), à Test; enfin, la petite province des Algarves dont le chef-lieu est'Faro, et qui porte le titre de royaume, embrasse la côte méridionale.

Généralement montagneux, le Portugal ne possède que deux plaines étendues, dans'l'Alem- Tejo et dans le Beïra. Les chaînes de montagnes qui le parcourent dépendent du système hespérique, qui couvre l'Espagne. Elles atteignent leur plus grande hauteur dans la Sierra d'Estrella (province de Beïra), qui s'élève à plus de 9,000">, et dans le Gaviam dont on évalue les points culminants jusqu'à 9,400». C'est également d'Espagne que le pays reçoit ses principaux fleuves : Tage (en portugais Teijo), qui le baigne au milieu; la Guadiana qui marque, sur la fin de son cours, la limite entre l'Algarve et l'Andalousie; le Duero ou Douro, dans les provinces septentrionales, et le Minho, limitrophe de la Galice. Malgré la situation méridionale du pays, on B*y ressent point les chaleurs qui accablent d'autres contrées sous les mêmes latitudes. La fraîcheur des brises de la mer, aur les côtes, et le souflle du vent du nord, à rintérieur, tempèrent l'ardeur naturelle du climat. Le froid n'est sensible que dans les provinces du nord.

Le sol est riche en productions de toute espèce; mais l'agriculture y est encore peti avancée. Néanmoins^ les vallées du Minho sont aussi remarquables par leurs produits que par leurs beautés pittoresques. Les montagnes cachent dans leur sein du cuivre, du fer, de l'arsenic, du bismuth, etc., et l'on y trouve des marbres précieux d'une grande variété de couleurs; mais toute l'industrie minérale du pays se réduit è l'exploitation de quelques mines de fer dans l'Estramaduré, des mines de houille de San Pedro da Cova, et de celle de mercure, depuis peu exploitée à Almada, vis-à-vis de Lisbonne. Les sources minérales et thermales sont nombreuses, et on recueille sur les côtes une prodigieuse quantité de sel marin. Le règne végétal fournit des céréales, du vin, du riz, du maVB et les plus délicieux fruits du Sud ; oomme aux temps de sa prospérité, le Portugal n'est plus obligé (depuis environ 15 ans) de recourir à l'étranger pour subvenir à sa consommation de grains. Les oliviers donnent beaucoup d'huile; mais la préparation défectueuse en rend la qua-

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lité mauvaise : celle des Algarres est seule estimée. Les Tins rouges de Porto méritent leur baute réputation. Les oranges de Portugal sont fort recherchées. La production en chanvre et en Uji ne suffit pas aux besoins du pays. L^ignorance des principes de Téconomie forestière a occasionné une grande disette de bois de chauffage dans beaucoup de cantons. BUlgré Texcellence des pâturages, Téducation du bétail rencontre des éoueils sérieux dans la fréquente sécheresse et dans le manque absolu de prairies artificielles. La laine des moulons approche pour la finesse de celle d*Bspagne. Les porcs appartiennent à une espèce qui a de la ressemblance avec ceux qu*on trouve en Chine. L'éducation des vers à soie tend à se relever. Les fleuves et les rivières, surtout le Tage, sont très-poissonneux : aussi les produits de la pèche fônt-ils Tobjet d*une très-grande consommation intérieure.

Le recensement de 1880 indiquait pour cbi£fre de la population du Portugal 8,994,474 Ames >. Les Portugais sont une race mixte plus mêlée encore que les Espagnols. In eux Félément celtique primitif, c*est-à*dire le sang des anciens Lusitaniens, est cqnfèndu avec celui de tous les peuples conquérants ou opprimés qui ont successivement habité leur pays, Carthaginois, Romains, tribus germaniques, Arabes et même Jnift. Cette population qui, au commencement du xvi« siècle, était d*un tiers plus considérable qu*auJoord*hui, a diminué surtout par suite des émigrations trop fk^entes pour les régions transatlantiques. XUe est répartie dans 8 villes de plus dé 10,000 habiUnts, 18 autres qui n'atteignent pas à ce chiffre, 747 villas ou bourgs ; en somme, dans 4,084 paroisses (1886). U noblesse portugaise se divise en tituladoê ou grands du royaume, revêtus de titre nobiliaires, et en fidalgoa (vqjr. Hibaloo). La religion catholique est professée par la totalité des indigènes. Le patriarche de Lisbonne et les archevêques de Braga et d*Svora se partagent la suprématie sur le clergé, autrefois pourvu dans ce royaume d'immenses bénéfices, qui lui ont été retirés. Le triomphe du régime constitutionnel a amené la suppression de cette multitude de couvents dont le pays était autrefois couvert. La masse du peu-^ pie est encore plongée dans l'ignorance; cependant l'éducation populaire s'est beauconp améliorée dans ces deroion temps. Il n'y a pour tout

> M. BdU ioMM w flàlftt pks 4kT4» a^SKMlOO Am<, Um ^11 M f<a>« i l'»i«éi IS». n'afHt «M caM, Oy « as kd4. Mal» fêr kil. €uté* S,

le royaume qu'une seule université, à Goïmbre. Quelques autres établissements scientifiques et littéraires ou d'enseignement supérieur existent dans la capitale et à Porto.

L'industrie n'est pas plus avancée que l'agriculture. Il existe bien quelques fabriques de lainages, de cotonnades et de soieries, mais les produits n'en soutiennent pas la comparaison avec ceux de l'étranger et sont d'ailleurs insuffisants pour la consommation. Le manque presque absolu de routes et de voies de transport en général a été Jusqu'ici le plus grand obstacle au commerce intérieur. Le commerce extérieur se trouve en majeure partie entre les mains des Anglais, qui, depuis le traité de Methwen (1708), fournissaient presque à eux seuls au pays les articles manufacturés dont il avait besoin. La marine portugaise, jadis la gloire de la nation, a suivi le déclin du commerce, surtout depuis que le Brésil s'est séparé de la métropole.

Les sept provinoeê formant la division géo<graphique du Portugal se partagent, en vertu d'une subdivision toute récente, en 12 districts administratif. Les lies portugaises de l'Atlantique, admises, depuis 1885, à jouir des mêmes droits que les provinces continentales d'Europe, forment 4 districts, savoir : 1» les Açores orientales; 9o les Açores occidentales; 8» Madère et Porto-Sanlo; 4» Iles du Cap- Vert et établissements de Sénégambie (Cacheu, Bissao), ayant en tout i94 '/• milles carr. géogr. de superficie et 892,100 habitants. Les autres colonies, admises à la même faveur, en 1888, sont divisées en 6 gouvernements, dont 8 en Afrique ; l» les lies San-Thomé et do Principe, et autres établissements sur la cdte de la haute Guinée (10 '/a milles carr., 30,000 habitants); 2o les poussions delà basse Guinée, Angola, etc. (14,750 milles carr., 376,000 habitants; 8» les possessions de la côte orientale, Hoxambique, etc. (18,500 milles carr., 386,700 habitants). Les 8 autres gouvernements, en Asie, sont : 1» Goa et Diu (223 milles carr., 417,900 habiUnU) ; 2o Delli, dans l'Ue de Timor (85 milles carr., 120,000 habiUnU); et 8» Macao (4 '/, milles carr., 88,400 habiUuU ). La plupart de ces colonies, auxquelles nous consacrons des articles spéciaux, n'ont plus qu^uue médiocre importance aujourd'hui, malgré leur étendue, qui est un total de 28,800 '/• milles carr., peuplés de 1 ,651 ,100 habitants. La suppression de la traite des noirs a notamment privé celles du continent africain de leur principale ressource, qui depuis longtemps consistait dans les profits de cet infâme trafic.

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La charte octroyée par don ' Pedro, le 10 avril 1836, que le revirement du 10 février 1843 a remise en vigueur dans le royaume de Portugal, est calquée sur le modèle de celle du Brésil. Elle distingue quatre pouvoirs : le pouvoir législatif, exercé par la chambre des députés, élus pour 4 ans, concurremment avec celle des pairs, héréditaires ou nommés à vie parle souverain ; le pouvoir exécutif et le pouvoir dit modérateur, qui constituent la base très-large de Tautorité royale, armée d^un^veto absolu ; enfin le pouvoir Judiciaire, attribué à des magistrats indépendants ou au jury. Une cour suprême établie à Lisbonne fonctionne comme tribunal de cassation. Les députés aux certes acquièrent leur mandat par la voie du suffrage indirect et reçoivent des traitements.

La succession au trône est réglée de telle manière que les mâles n'excluent les femmes qu'au même degré. Le monarque est honoré, dans la diplomatie, dv titre de Hsgesté Très-Fidèle. (Il y a en Portugal 6 ordres de chevalerie. Ce sont, outre les anciens et célèbres ordres militaires d'Avis et du Christ : Tordre du mérite civil de Saint-Jacques, dont l'origine remontée 1388; l'ordre militaire de la Tour et de l'Épée, fondé en 1459 et renouvelé en 1808 ; l'ordre d'Isabelle, créé, pour les dames seulement, en 1804; et l'ordre militaire de la Sainte-Vierge de Yillaviçosa, ou de Notre-Dame de la Conception, institué à l'occasion de la cérémonie de l'hommage prêté au roi Jean YI, à Rio- Janeiro, le 6 février 1818.

On évalue la dette du Portugal, reconnue seulement en partie, à environ 540 millions de fr. Les vicissitudes politiques ont souvent empêché l'État de tenir ses engagements les plus formels. Le budget des dépenses de 1841-1843 s'élevait à 63 millions de fr., mais les recettes étaient insuffisantes pour couvrir cette somme. L'armée a dû récemment être poriée à 33,000 hommes ; cependant à peine la moitié de ce nombre se trouve sous les drapeaux. La flotte ne comptait plus, en 1835, que 34 bâtiments, dont 3 vaisseaux de ligne et 4 frégates, armés en tout d'environ 500 bouches à fèu. Elle est dans un mauvais état d'entretien et équipée seulement pour les besoins du service des colonies. — Le meilleur ouvrage à consulter sur tout ce qui précède est toujours l'ouvrage de M. A. Balbi : Esiai êkUiiUque sur le Portugal (Paris, 1833, 3 vol.).

> KoM nova eonfornoM i l'aMgt eti éerhrant 4»ii PédrOt àtm Uigtitlf etc., bien que la formt portogabe toit éhm (ihmnv).

II. Hiêtotre. Le Portugal, patrie des anciens Lusitaniens, avait d^à été visité à différentes époques, dans un but commercial, par les Phéniciens, par les Grecs et par les Carthaginois, avant d'être enveloppé dans le vaste réseau de la domination romaine, avec les autres parties de la péninsule ibérique. Plus tard, il eut encore sa part des vicissitudes de cette contrée lors de l'invasion des barbares, Vandales, Alains, Suèves et Visigoths, et à l'époque de la conquête des Arabes, qui la soumirent en 713. Lm rois chrétiens des nouveaux États de CastiUe et de Léon étant parvenus ensuite à recouvrer par leur valeur le pays situé entre le Hinho et le Douro, des comtes particuliers furent par eux délégués au gouvernement de ce district. Henri le Jeune de Bourgogne, descendant de Hugues Capet, dont son aïeul, Eobert !«', duc de Bourgogne, était petit-fils, se rendit, vers 1090, en Espagne pour y chercher fortune en combattant les Mores. Alphonse YI , roi de Caslille et de Léon, en récompense des services du chevaleresque étranger, lui donna sa fille en mariage et le créa, en 1004, comte et gouverneur de cette même portion du pays agrandie d'une partie du Betra, et qui prit dès lors le nom de PortugaL £n mourant, Alphonse déclara le pouvoir de son vassal héréditaire (1109). La fortune sourit à l'élévation de la dynastie nouvelle. Henri fit de rapides conquêtes, et son fils Alphonse I*' fut encore plus heureux. Menacé par les Mores, en 1139, il marcha au-devant d'eux, les défit complètement à Ourique, et fut proclamé roi sur le champ de bataille par les Portugais reconnaissants.

Les cortès ou états de la nation, assemblés A Lamego, en confirmant solennellement (1145) le choix de l'armée, fixèrent aussi l'indépendance du nouveau royaume. Alphonse, souvent en guerre avec ses anciens suzerains, se déclara vassal du saint-siége, pour se fortifier contre leurs prétentions. La lutte que d'un autre côté il poursuivait contre les Mores fut couronnée d'un plein succès par la prise de Santarem, en 1143; puis, en 1147, par celle de Lisbonne, dont il s'empara avec le secours de quelques navires anglais et des villes Hanséatiques qui se trouvaient dans le Tage. Après avoir étendu sa domination jusqu'à la frontière des Algarves, il mourut en 1185. Ses plus proches successeurs, Sanche !•' (mort en 1311), Alphonse II (mort en 1333), Sanche II, qui perdit le trône par an arrêt d'Innocent lY, en 1345, et Alphonse m, qui acheva la conquête des Algarves, eurent tous à lutter, pour défendre la dignité et les prérogatives de

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leur couronne, contre les empiétements de TÉglise. Benys, surnommé le Juste et Colonisateur (Labrador)^ justifia pleinement ces honorables épithètes par la sagesse et par les bienfaits nombreux de son administration. Ami des sciences et poëte lui-même, il fonda d*abord à Lisbonne une université, transférée en 1508 à Goïmbre, encouragea puissamment Tagriculture, et s*appliqua à diriger Tactivité de ses sujets vers la navigation et le commerce, qui devinrent, à la fin du siècle, les deux grands éléments de la prospérité du Portugal. Une guerre avec la Castille, de 1995 à 1997, et d*amers chagrins que lui causèrent vers la fin de ses jours des révoltes au sein de sa famille, troublèrent seuls son règne. Grâce aux progrès de la richesse matérielle du pays, les Tilles, prenant rang dans les assemblées des cortès à côté de la noblesse féodale et du clergé, y fermèrent un ordre à part. Alphonse lY, fils coupable, laissa le trône en 1357 à Pierre I«r, dit le Justicier, célèbre surtout par les liens qui Punirent à la belle et infortunée Inès de Castro. A la mort de son successeur, Ferdinand, s^éteignit, en 188S, la postérité mâle légitime de la maison de Boiirgogne. En droit, la couronne appartenait à la fille de ce dernier, Béatrix, mariée au roi de Castille; mais Taversion des Portugais pour la domination castiHane fut cause qu*on lui préféra Jean I«r, fils naturel du roi Pierre I«».

Proclamé roi par les cortès, Jean !«% souche de la branche mâle illégitime de la maison de Bourgogne, appelée branche d* Avis, ajffèrmit son trône par la victoire qu*il remporta, en 1385, sur les Castillans à Aijubarota. Ce prince gouverna avec sagesse et modération et transféra sa résidence de Coîmbre à Lisbonne. C^est principalement de son règne que date Pessor de la puissance maritime etcoloniale du Portugal. Ses fils, par de vaillants exploits , et particulièrement l*un d'eux par son génie entreprenant, Henri le Navigateur, concoururent de toutes leurs forces â Pœuvre de la grandeur nationale. La prise de Ceuta sur la côte septentrionale de PAfHque (1415), rétablissement des Portugais dans les lies récemment découvertes de Porto- Santo (1418) et de Madère (1419), marquèrent les débuts de ce peuple dans la carrière brillante où il venait d'entrer. La peste enleva Jean l** en 1433. Les règnes, de son fils Edouard et de son petit-fils Alphonse y (1438), surnommé TAfricain d'après le théâtre principal de ses expéditions militaires, n'eurent pas tout l'éclat de celui qui les avait précédés; mais à Pavénement de Jean II (1481), le phis énergique de tous les sou-

verains dont s'honore te Portugal, la monarchie atteignit le comble de sa force. La découverte du cap de Bonne-Espérance par Barthélemi Biaz eut lieu au commencement de son règne, pendant lequel lé pape Alexandre YI, pour prévenir le conflit que menaçaient de feire naître les ambitions rivales de la Castille et du Portugal, traça la fameuse ligne de démarcation.

Jean II mourut, en U95, sans laisser d'héritier légitime direct. Avec Emmanuel le Fortuné, son cousin et successeur, s'accomplit l'âge d'or du Portugal. La découverte de la route maritime aux Indes par Vasco de Gama, en 1498, dirigea vers ces régions Pesprit aventureux de ses compatriotes. Dès le commencement du xy\^ siècle, François d'Almeida, premier vice-roi portugais dans l'Inde, où déjà sa nation s'était emparée par les armes du monopole commercial, fit la conquête de Pile de Ceylan, peu d'années après que Pedro Alvarez Cabrai eut été poussé par un heureux hasard à la découverte du Brésil (1500). Le célèbre Alphonse d'Albuquerque, successeur d'Almeida (1508), fit de Goa l'entrepôt du commerce avec les Moluques et le siège de son autorité dans l'Inde, dont presque tous les princes reconnurent la suprématie du roi de Portugal. Lopez Soarez, 3« vice-roi de l'Inde, ouvnt, en 1518, des relations avec la Chine. Les richesses de tout l'Orient affluèrent alors à Lisbonne, qui devint le port le plus florissant de l'Europe; le plus puissant prince des côtes d'Afrique , le roi du Congo, reçut le baptême et rendit hommage à Emmanuel. Hais au milieu de ces triomphes, on pouvait aussi déjà pressentir les symptômes d'un prochain déclin. Les expéditions d'Emmanuel contre ses voisins du nord de l'Afrique, les Mores, n'eurent point le succès des autres entreprises de son règne, et Pémigration occasionna dans la métropole une dépopulation funeste. Déjà sous le premier successeur d'Emmanuel, Jean III (1521), l'industrie indigène eut à soufi^rlr de la diminution de bras. L'introduction (1536) du tribunal de l'inquisition dans le royaume et la faveur accordée aux jésuites furent d'autres fautes du règne de ce prince. L'influence de la compagnie de Jésus s'étendit promptement sur toutes les colonies. Chargés de l'éducation du petit-fils du roi, don Sébastien, les jésuites tournèrent vers le zèle religieux la bouillante imagination de ce jeune prince qui, devenu roi en 1557, se jeta dans une expédition téméraire en Afrique, où il fût complètement défait et disparut dans la mêlée à la bataille d'Alcazar (1578). Dans la personne de son oncle, le vieux et fkible cardinal Henri, qui lui succéda, s'éteignit sur le trône

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(1580) la tige masculine de la maison de Bourgogne. La décadence du Portugal allait s'achever sous une domination étrangère. Un petitfils d'Emmanuel le Fortuné, Antoine, prieur de Grato, essaya de prendre la couronne, mais il ne put tenir contre son puissant antagoniste, Philippe II, roi d'Espagne, qui étouffii par la force des armes tous les doutes sur la légitimité de ses prétentions. Voy. Albb (duc d%

Cette réunion forcée (15S1) ayec une monarchie que le fonatisme religieux, des guerres malheureuses et une administration déplorable poussaient vers sa ruine, devint aussi fatale au Portugal. D'inutiles révoltes s'y succédèrent, excitées à divers intervalles par des imposteurs qui se firent passer pour don Sébastien , que la multitude s'obstinait \ croire en vie. Au dehors, les catastrophes de la guerre entre l'Espagne et ses infatigabies ennemis, les Hollandais et les Anglais, eurent pour résultat la destruction de la puissance coloniale des Portugais. Les Hollandais leur arrachèrent les Moluques, conquirent sur eux la moitié du Brésil (1694), leur enlevèrent les établissements de la cdte de Guinée (1657), et les chassèrent peu à peu de tous les marchés de l'Inde.

Cependant, la fiscalité avide de l'Espagne devait briser sa domination en Portugal, et les rigueurs du comte Olivarez, ministre de Philippe IV, déterminèrent l'explosion du mécontentement, longtemps contenu. Les grands du royaume tramèrent un complot, dont tous les fils furent conduits par Pinto Ribeiro ' avec une grande habileté. Ils élevèrent sur le trône (t640) Jean, duc de Bragance, descendant de la branche d'Avis, connu comme roi sous lé nom de Jean IV. Cette révolution rétablit l'indépendance du Portugal, mais elle fit passer en même temps ce royaume sous l'influence de l'Angleterre, dont la protection lui fût dès le commencement nécessaire. La paix de Lisbonne mit fin, en 1668, à la guerre avec l'Espagne, qui, de toutes les possessions portugaises, ne conserva que la ville de Geuta en Afrique. Sous le règne d'Alphonse lY, qui avait succédé à Jean IV, en 1656, et que son frère Pierre II obligea d'abdiquer, en 1667, la lutte avec les Hollandais approcha également de son terme, et le traité de la Haye (1669) valut au Portugal la restitution du Brésil. Jean Y, fils de Pierre n, ne régna pas sans quelque distinction (1707-1750), mais il épuisa le trésor par des entreprises et par des constructions dispendieu-

ses. Cependant une sorte de léthargie s'empara de la nation portugaise, plongée dans les ténè* bres de l'ignorance et de la supersitition, pendant que d'innombrables abus rongeaient l'État et paralysaient l'action de la couronne. Une referme devenait nécessaire : un homme la tenta et réussit à l'exécuter sous Joseph I*', fils de Jean Y. Cet homme fut le marquis de Pombal^ qui tint d'une main ferme et vigoureuse les rênes du gouvernement. Il fit expulser du royaume les Jésuites dont on confisqua les biens ^ il abattit l'orgueil de la noblesse ; et une armée, disciplinée par les soins du comte de Lippe-Schaumbourg, fut: victorieusement opposée à l'Espagne (1760). Malheureusement, les bons résultats obtenus n'eurent qu'une durée passagère. L'avénement (1 777) de la fille aînée de Joseph, Marie V^ unie depuis 1760 à son oncle paternel, qui partagea le trône avec elle sous le nom de Pierre III ôta le pouvoir à Pombal, dont les institutions utiles tombèrent en partie dans l'abandon. Soua le règne de Marie, une noblesse imbue de -pré* jugés et un dergé ignorant recouvrèrent tout leur crédit. Une grave altération s'étant déclarée, en 1792 , dans l'état mental de la reine, veuve depuis 1786, le prince du Brésil, Jean- Marie-Joseph son fils, futur héritier de la cou» ronne, prit les rênes du gouvernement, et le titre de régent en 1799.

La longue période d'administration de oa prince fut une époque des phis agitées pour le Portugal ainsi que pour l'Europe entière, secouée jusque dans ses derniers fondements par le choc de la révolution fk^nçaise. Le régent Jean YI, après avoir renouvelé l'alliance avec l'Angleterre et recherché celle de la Russie, parut vouloir se rapprocher de la France victorieuse. Mais son refus d'adhérer au système continental détermina l'invasion du royaume {^ûoy, Johot) ; et la cour de Lisbonne, dans l'impossibilité de résister, s'embarqua pour le Brésil (39 novembre 1807). Le lendemain l'armée française fit son entrée dans la capitale da royaume, qui fut traité en pays conquis. Mais une armée anglaise ne tarda pas à débarquer; des troupes nombreuses de patriotes s'insurgèrent dans les provinces du nord, et une junte nationale se réunit à Oporto. La victoire du général Wellesley (voy. Wblliuctoh) \ Yimeiro (91 août 1808), suivie de la convention de Cintrât décida l'évacuation du Portugal par les troupes françaises. Pendant que l'armée portugaise, sous

foroe d« l'iga, a

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let ordres déf généraitx Btresford et Gomèi Freyre, et réunie aux forces britanniqueSy con^ tinuaitde prendre une part active à la lutte en* gagée dans la Péninsule contre la domination française, le gouvernement, prorisoirement transféré au Brésil, y conserva son siège, même après que le danger de Tlnvasion ftit entièrement passé dans la métropole. Il en résulta que celle-ci resta tout à fait abandonnée à Tinfluence anglaise, tandis que le Brésil prit peu à peu la lèrme d*un État régulier et distinct. Jaloux de maintenir son indépendance. Cet isolement de part et d'autre devait bientôt conduire à la rupture définitive du lien entre les deux contrées.

Onvitnéanmoitts Jean YI ordonner dans toute la Bonarcbie un grand nombre de mesures et de réformes salutaires. Mais les progrès de Tesprit public, ainsi i|ue Texemple de l*Ispagne et de rAmérique, poussaient à réclamer des cbangements plus complets. Une première révolution édaU à Porto (S4 août 18M), d*oà eUe s'étendit sans effiision de sang dans tout le royaume. La junte instituée réclama hautement les oortès et une constitution pareiUe à celle de TEspagoe; lord Beresford étant revenu du Brésil avec les pouvoirs de vice-régent, elle Tempécha de débarquer (10 oct.) et le contraignit k se retirer en Angleterre. Des mouvements analogues dont Tinitiative était partie, ainsi que dans la métropole, de la claise mardiande et des troupes, se déclarèrent Tannée suivante au Brésil et dans les autres colonies. Ces complications décidèrent enfin le retour du roi. Bébarqué au port de Lisbonne, le g juillet 1 891 , dès le lendemain, Jean YI prêta serment devant les oortès à la constitution qu^elles avaient proclamée. Mais les fautes de cette assemblée, qui refusa d'admettre le Brésil au bénéfice de cette égalité dont elle se montrait si jalouse pour les Portugais d'Europe, provoqua le cri d'indépendance de cette vaste contrée, qui choisit pour empereur constitutionnel Tintant don Pedro, fils atné de Jean YI. Ce prince avait accepté de bonne loi le nouvel ordre de choses établi en Portugal, mais il était circonvenu par le parti apoiMique, dont la reine Carlotta et Tinlant don Mi^el, son second fils, étalent les chef^ à l'intérieur, tandis que sur la fh>ntière do nord le comte d'Amaranthe, créé |dus tard marquis de Chaves, cherchait dans l'insurrection militaire le moyen de faire triompher la cause absolutiste.

L'intrigae et la violence accomplirent la cobtroHrévolutieaau Boisde mal 1895. Le roi obsédé, M parvint à échapper à la contrainte qu'en se

réfugiant à bord d'un bâtiment adglaisi mais bientêtramené dansson palais et rétabli dansTin* t^^té de ion pouvoir, il pardonna à sa femme et à son fiJs, adopta différentes mesures de %t* reté et d'amnistie, et publia, le 4 Juin 1834, un décret qui ne reconnaissait valable que l'ancienne constitution féodale des certes de La* mego. Afin de se dégager de l'influence de tous les partis, le monarque crut devoir s'entourer de nouveaux ministres (voy, Palmilla) ; mats ses mesures conciliatrices n'empêchèrent point les hommes de la réaction de recommencer leurs intrigues. Accablé de dégoûts, Jeim YI mourut, le 10 mars 1836, après avoir conféré la régence, en l'absence de son fils aine et héritier de droit, l'empereur don Pedro, à sa fiUe chérie Tinfante Isabelle-Marie.

Obligé de se conformer aux vœux des Brési* liens, contraire à la réunion des deux couronnes^ don Pedro ne profita de l'autorité qui venait de lui échoir en Portugal que pour doter ce royaume, le 36 avril 1836, d'une nouvelle constitution, la Caria d€ Leiy (charte des lois), dont il accompagna Toctroi de plusieurs autres décrets portant nomination de 86 pairs héréditaires et publication d'une amnistie générale ; puis il renonça formellement à sa couronne d'Europe en faveur de sa fille, Tinfante dona Maria da Gloria, qu'il se proposait alors, afin de concilier tous les partis, d'unir à son frère don MigueL Ces dispositions obtinrent Tassentiment des cinq grandes puissances, et, au mois de février 1837, les constitutionnels parvinrent à triompher d'une nouvelle insurrection tentée par le marquis de Chaves, à Tinstigation de la vieille reine et du parti apostolique, que favorisait aussi la cour d'Espagne. Mais les menées des absolutistes continuèrent, et leurs clameurs séditieuses appelaient hautement don Miguel à la couronne* Ce prince se trouvait alors à Ylenne. Don Pedro crut pouvoir apaiser les esprits en conférant la régence à son frère. Don Miguel, déjà fiancé à l'avance avec sa Jeune nièce, arriva à Lisbonne, le 33 février 1838, et y prêU serment à la constitution devant Taisemblée des certes. Mais à peine les troupes anglaises qui avaient soutenu par leur présence la cause constitutionnelle, se fûrent-eUes rembarquées, que cet infant, excité de nouveau par sa mère, jeta le masque, renversa la charte et se fit déclarer, le 90 Juin, roi légitime et absolu par les anciens états. Ces actes ne furent que le prélude d'une sangtonte réaction. Les troupes constitutionnelles furent battues dans leur marche de Goimbre sur Lisbonne, et, au mois de juillet 1838, le régime de

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la terreur et des proscriptions s^étendit aussi de la capitale à Porto. Hais hors des limites du royaume, à Terceire, Ie\ comte de Yillaflor repoussa yaillamment la tentative des miguélistes contre les Açores, et Madère fut la seule colonie dont ils réussirent à s*emparer. La mort de la reine mère (6 janvier 1830) n*apporta pas dV doucissement à la tyrannie sous laquelle le fils qu'elle préférait continua de faire gémir le Portugal. Les prisons s*emplirent ; une foule d*exécutions eurent lieu ; Témigration devint trèsgrande. La France et TAngleterre furent obligées de recourir à la force pour protéger leurs nationaux. Enfin don Pedro, après avoir été lui-fnéme forcé par une révolution d'abdiquer la couronne du Brésil, entreprit en personne de reconquérir pour sa fille le trône dont son frère, en accordant qu*il y eût des droits, se montrait si peu digne, et il atteignit son but à force de courage et de persévérance. Avec quelques levées qu'il s'était procurées en France et en Angleterre, rex«empereur s'empara, le 8 Juillet 1883, de Porto, principal foyer du mécontentement contre l'oppresseur, et y repoussa pendant 15 mois toutes les attaques des miguélistes. Secondé par les talents de l'amiral sir Charles Napier et du fidèle Yillaflor, aujourd'hui, duc de Terceire, U parvint enfin à entrer à Lisbonne, le 24 Juillet 1838 {vox* Cadaval). Solennellement reconnue par la France et l'Angleterre, doua Maria II reçut la couronne de son père, le 93 septembre suivant. Les conventions du traité de la quadruple alliance, conclu à Londres le 33 avril 1834, pro= curèrent à l'armée constitutionnelle le renfort d'un corps auxiliaire espagnol, commandé par le général Rodil. Don Miguel, d'abord refoulé à . CoYmbre, puis forcé dans ses dernières positions à Santarem, fût obligé, le 36 mai suivant, de souscrire à la capitulation d'Evora, par laquelle il s'engagea à quitter le pays avec l'infant d'Espagne don Carlos. Les certes, que don Pedro s'était empressé de convoquer en rétablissant la charte de 1836, le confirmèrent, le 17 août, dans la régence du royaume. La suppression des couvents, dont on vendit les biens pour remédier à Pextréme pénurie des finances, fut un des premiers actes de son gouvernement. Le 34 septembre 1834, une mort prématurée l'enleva au Portugal.

Avant de mourir, don Pedro avait nommé pour conseil à sa fiUe, qu'on s'était bftté de faire déclarer majeure par les cortès pendant la dernière maladie de son père, un cabinet dont les ducs de Palmella et de Terceire étaient les chefto; mais la Jeune reine ne put s'accorder avec ses

ministres, et le maréchal Saldanha, qui s'était misàla tétedes libéraux, devint, le 37 mars18859 le chef d'une nouvelle combinaison ministérielle qui n'eutencore qu'une durée éphémère. L'irritation soulevée dans le parti démocratique devint de plus en plus menaçante, et, dans les provinces du nord surtout, elle se manifesta avec tous les symptômes d'une prochaine insurrection.

Peu de temps après son avènement, dona Maria s'était unie au duc Auguste de Leuchtenberg. Mais la mort du Jeune prince (38 mars 1835) ayant rompu presque aussitôt ce mariage, elle épousa en secondes noces le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Cohari {vox. Cobouio). Malheureusement la popularité dont avait joui le premier époux de la reine ne se transmit point au second, et le refus des cortès d'adhérer à sa nomination comme généralissime de l'armée portugaise détermina deux fois leur dissolution. Enfin, le 9 sept. 1886, la crise, Jusque-là difficilement contenue, éclata, et la plupart des troupes ayant aussi passé du côté du mouvement, la reine se vit obligée de congédier son ministère et d'accepter la constitution de 1833 proclamée par l'insurrection. Une tentative de contre-révolution, dirigée par les chefk de l'aristocratie, échoua le 4 novembre. Depuis lors^ le gouvernement fut enUèrement dominé par l'influence de la garde nationale de Lisbonne et des clubs. Ce fut en vain que les ehartistes, pour en ressaisir les rênes, organisèrent dans le nord, sous la conduite de Saldanha et du duc de Terceire, de nouvelles forces qui menacèrent la capitale ; ils furent obligés de battre en retraite et de capituler, le 30 sept. 1837. Au milieu de ces troubles, les cortès, extraordinairement assemblées pour refondre la constitution, surent néanmoins garder une certaine modération dans l'accomplissement de leur œuvre. Elles y maintinrent le mode d'élection et les autres bases entièrement démocratiques de la constitution de 1833, mais en concédant à la reine un droit de veto absolu. Celie-cl dut prêter le serment à la nouvelle loi fondamentale, le 4 avril 1838. Cependant les écarts violents des plus exaltés parmi les démocrates et plusieurs complications graves survenues dans la politique extérieure amenèrent de nouveau la chute du parti ultralibéral. Un différend s'était élevé avec l'Angleterre que des aggravations de droits très-pr^udiciables à son commerce, adoptées en 1837, avaient déjà mécontentée. Cette puissance, interprétant peutêtre d'une manière trop absolue le sens des traités existants entre elle et le Portugal, relativement à la suppression de la traite des noirs,

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en eiigea ligoureusemenl Pexéculiou. L*exaiU. tion à laquelle ce démêlé avait porté la majorité des cortès pouvait faire éclater la guerre, et pour réviter il fallut prononcer leur dissolution, le 95 février 1840. Sous Timpression des craintes que devait inspirer une lutte aussi inégale, les élections prirent une tournure généralement favorable aux pédrUtes ou partisans du régime aristocratique, regardés d*un œil plus favorable par le cabinet britannique. Aussi ces derniers reprirent-ils le dessus dans les chambres ainsi que dans le ministère, malgré la coalition des tniguéliêteê et des tepiembriêieê. Ce changement ramena Taccord dans les relations avec PAngleterre, qui bientôt après prêta même sa médiation au gouvernement portugais, lorsque la question du règlement de la navigaUon du Buero devint à son tour un sujet de difficultés avec KEspagne. La réconciliation du salnt-siége avec la cour de Lisbonne et la reconnaissance du gouvernement de la reine par les trois cabinets du Nord, qui suivirent dans le cours de 1841, contribuèrent plus encore à fortifier à Tintérieur le trône de dona Maria. Bientôt la profonde indifférence politique des populations dans les provinces, fermant un contraste singulier avec Pagitation perpétuelle entretenue dans les grandes villes, où des émeutes renaissaient sans cesse, fit Juger aux chariisteê Poccasion favorable pour tenter le rétablissement de la charte de don Pedro. Après avoir eu pour prélude plusieurs insurrections à Porto et sur divers points des provinces du nord, un mouvement décisif, secondé par la troupe, réussit k Lisbonne, et se termina, le 10 févr. 1843, par la restauration de la charte de 18S6. Un nouveau cabinet fut organisé sous la direction du duc de Terceire et du principal instigateur de la révolution, Costa Cabrai, Pâme des clubs maçonniques. L*ascendant que le premier exerce sur Parmée, et Pénergie, Pactivité déployées par le second, chargé du portefeuille de Pintérieur, les ont Jusqu^ci maintenus tous les deux à la tête des affûres, malgré divers remaniements qui se sont encore opérés depuis dans le cabinet. Les résultats des nouvelles élections des certes, qu*un décret royal avait convoquées pour le 10 juillet suivant, se montrèrent en général favorables au maintien des faits accomplis. Aussi, malgré les difficultés nombreuses qui entravent encore sa marche, le gouvernement actuel du Portugal promet-il, en se conso-

* Oa pMtt c«M«lttr Uê «mua^M'wdttti ; mtrqoU 4t Fortte iHrUa «t llkU*, Histoire éê Pêrtugml itfaiê Vorigim» iê$ Lmêitmmitnsjmêfm'à U Hgnm it dm Mipml, Pari», 1828-1830, 10

lidant, de ramener graduellement ce pays vers un état d*ordre et de repos qui seul pourra guérir les plaies que tant de révolutions lui ont causées'. Ci. Vogbi.

PORTULACiES. Famille de plantes dicotylédones, polypétales, à étamines périgynes, ayant pour type le genre pourpier. Les plantes qui composent cette famille sont herbacées ou sous- Arutescentes : leurs feuilles sont opposées, rarement alternes, simples, épaisses et charnues, sans stipules; les fleurs sont terminales ou axillaires. Leur calice se compose de deux sépales opposés, concaves, souvent réunis par leur base et formant une sorte de tube; la corolle est pentapétaie, et quelquefois les pétales se soudant entre eux constituent une corolle monopétale, plus ou moins régulière. Les étamines, en même nombre que les pétales, leur sont opposées; dans quelques genres, elles sont en plus grand nombre. L*ovaire est libre ou quelquefois semi-infère, à une seule loge contenant un nombre variable d*ovules, naissant immédiatement du fond de la loge ou attachés à un trophosperme central. Le style est simple et se termine par trois ou cinq stigmates filiformes. Le fhiit est une capsule recouverte par le calice, à une seule loge polysperme, s*ouvrant soit en trois valves, soit par le moyen de deux valves superposées et en ferme de boite à savonnette. Les graines offrent un tégument propre, souvent cmstacé et comme chagriné, et un embryon cylindrique, roulé sur un endosperme Aurineux. Les genres principaux de cette famUle sont : porMaca, L. ; montia, Michel!; trianthema, L. ; elqyionia, L.; coian-drinia, Kunth.; teiragonia, L.; aîMOon, Linné; anaoampieroê, L.; grahamia, Gell.; taiinum, Adans.; monoco$}nia, FenzL; cafrpiridium, Nutt.; otygia^ Forsk.; gUnas, Loeff.; tnaUugo, Linné; phamaceum, Linné; hyperielis, Mey.; pêomtnoiropha , Eckl.; cœianihrum, Mey.; acroêanthes, Ickl. ; schiedea^ Gham. ; colobtmthuêy Barth. ; polpoda, Prest.; adenogrammOf Reich. DR..S.

PORTULAN. On désignait par ce mot au moyen flge, principalement en Italie, les cartes nautiques sur lesquelles se trouvaient marqués les ports de mer, et les fleuves dans lesquels les navires pouvaient stationner. Les rumbs des vents y étaient également indiqués. Dans le ConsulaiodelMare^ on UiiLibrodaveêonodeêcrUH porti del mare.

Yol. inS\ tt SémSbr, Bittoirê iê Portwgttl, tn aUcatiid, 1. 1 et II, HodK, 1836 et 1889.

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La plus ancienne charte que nous connaissions où il soit question des portulans, est celle de Benri IV de Naples, datée de 1985 : on y fait mention des portulans pour les ports de Naples et pour les Iles.

Le nom italien se généralisa, et on désigne maintenant par portulan les atlas ou collections de cartes marines dessinées soit sur peau de yélin, soit sur papier, à partir du moyen âge Jusqu'au commencement même du xm* siècle.

Les cosmograpbes en construisaient de différentes manières. Quelques-uns étaient très-grossièrement dessinés et servaient à Tusage des pilotes sur mer; tandis que d*autres, ornés de belles enluminures, étaient destinés à être gardés dans les archives, ou k être dédiés aux souverains ou à de grands personnages. Quelques-uns (et ce sont les plus estimés) étaient accompagnés de mappemondes, de planisphères, et le plus souvent de tables astronomiques et de calendriers.

Ce n^est point ici le lieu de discuter si les Arabes et d*autres peuples navigateun ont possédé des poKulans antérieurs à ceux des Italiens. Constatons seulement que le plus ancien portulan arabe que nous connaissions a été pressé par Ali Ibn-Ahiped el-Gherki (rorienUl) dans Tannée de rbégire 968 (nous en possédons un calque); tandis que les plus anciens dltalie sont, k notre connaissance, celui du cosraographe génois Petrus Visconti, daté de 1S18, conservé à la bibliotbèque impériale de Vienne; celui de Marlno Sanuto, de 1SS0, dans le manuscrit.de la Bibliothèque royale de Paris, intitulé : Chroni' con ad annum MCCCXX, et celui de la bibliothèque Pinelli '. Les recherches récentes de plusieurs savants ont fait découvrir quelques monuments de ce genre dressés dans le xv« siècle : il suffit de citer oélui de Pasqualini, de 1408; celui de 1494, dressé par un Portugais; ceux de Gracioso lenincasa, exécutés avec un très-grand soin vers les années 1467, 1460; 1471'; enfin cehii de Christoforo Seligo de Venise, de 1489.

Les cartes qu*on trouve dans les portulans construits avant 1438, c*est-à-dire avant Tépoque du pasuge du cap Bojador par les Portugais, se bornent au tracé des côtes et ports de la Méditerranée et de la mer Notre, aux côles et ports de rsurope occidentale et à une portion des côtes de la partie septentrionale du même continent. Avant les découvertes des Portugais, on

* Foir notr* jétitu et no* Redureh** sur rA/riqM*

* Les àtiax praaien Mwt eonMnr^ à la BlbUodbiqiit roytlt àê Pwb; la 3« & RooM, du» la bU»liotbâq«c do VàCtcan. No«s aT<Mu pablié dan cartca de c« dcralar portulan.

n*y voit aucun tracé de la côte occidentale de PAfHque au delà da cap Bojador '

Ces monuments, rares et la plupart inédits, sont précieux pour Tbistoire de la science géographique. L*étude de leur nomenclature hydro-* géographique, rapprochée des passages des ouvrages des cosmographes du moyen Age et des historiens, sert à résoudre une foule de problèmes que nous offlrait Jusqu*à présent rhistoire de la navigation et des découvertes. Ce n*est que depuis peu de temps qu*on a oommencé k exploiter cette mine. Nous nous estimons heureux d*j avoir contribué pour notre part. Di Sântàxih.

P0RTUMNU8 , dieu des ports chei les Romains, le même que Mélicertes, Mélicarthus ou Palémon chex les Grées. Il avait un petit temple sur le Tibre, et des fêtes, appelées Fariumnaieê, qui se célébraient chaque année le 17 août. X.

PORUS était, au temps d'Alexandre le Grand, roi de la partie des Indes qui s'étendait sur la rive gauche de raydaspe, entre cette rivière et TAoésine, autre affluent de llndus. Il défendit contre le conquérant macédonien le passage du fleuve qui formait la limite occidentale de sei États, et le défendit en brave. Son histoire ne forme toutefois qu'un bien court épisode dans oelle du vainqueur de l'Asie : et n'est-ce pas souvent là le sort de bien des gens de tête et de ooBur, lorsque, amis ou ennemis, leur fortune lea^ a faits contemporains d'un de ces hommes appelés par leur destinée à être les ravageurs et les civilisateurs du monde? Toutefois, l'éclat dont brillent les satellites, ils le doivent souvent à cet éblouissant soleil dans les rayons duquel leurs rayons s'absorbent et se perdent. L'Occident, sans Alexandre, ignorerait Foras. Sa gloire, c'estd'avoir arrêté Alexandre; c'est mieux que cela i c'est d'avoir teit dire au macédonien que « en cet homme il trouvait pour la première fois un antagoniste. » La lutte Ait. grande entre eux, mais elle ne fût pas acharnée. Une seule bataille , longtemps retardée par la bonne contenance de l'Indien, une seule bataille où la victoire Ait bravement disputée, soumit au Macédonien Porus et ses États. Avec cela, c'est une des figures historiques les plus nobles et les plus caractérisées de l'époque. « Gomment voulezvous être traité , » demanda le vainqueur au vaincu couvert de blessures ? — « £n roi. » Voilà pour l'Ame. Porus avait, disent les historiens, quatre coudées et une palme de haut, et quand

> fVr Boa Rêthêrekês sur U décainttfH tUsp^jrs situés nr la eâtê ouidtntaU d^Jfrifu, et sur Issprogr^ di U ssitnoê féographifuê apris hs im¥iiéiAiii 4u Pomgaii ms xv* sMs {HtU, 1842, liK»>).

fl était Mf ion éMpbaiit, n haute lUture B*était |Mi8 en disproportion aTee sa gigantesque monture. Toiià pour le corps. Ces deux traits ont graTé Porus d*une manière ineffiiçable dans la mémoire de tous les lecteurs de Thistoire d*Alexandre. Le conquérant ne toulut pas se taisser surpasser en magnanimité : il laissa la couronne à Porus, et, se contentant de son iMmimage, il le dédommagea de IMndépendance en agrandissant les États soumis à son sceptre vassal Yoyes Arrien, Ouinte-Curoe (Tin* iivre)^ Plu* tarque {f^i9 d'JlêsanUrê). Diqt. bi là Cont.

POSEN (otÀivB-BVQit Bi) '. La proTince incorporée sous ce nom à la monarchie prussienne est un démembrement de Tancien royaume de Pologne, connu alors sous le nom de grande Pologne, Dans le partage de 1779, la Prusse n*aTait obtenu que Tancienne Prusse royale ou le pays situé au nord du Notets (Netse) ; dans les deux autres (1795 et 1706) , tout le reste de la province actuelle de Posen, et de plus tout le pays qui s*étend à Test de cette dernière en remontant la Yistule Jusqu'à Varsovie inclusivement, furent incorporés II cette puissance, sous le titre de Pruê$e méridionale; mais, en 1807, Napoléon fit oitrer celle-ci tout entière dans la formation du grand-duché de Varsovie, et, en 1816, Tacte du congrès de Vienne ne rendit définitivement Il la Prusse que ta partie occidentale de oetta province, soiu le nom de grandnluché de Posen, tandis que ta partie orientale, avec ta capitale, Varsovie, resta unie au nouveau royaume de Pologne, sous ta domination russe.

Le grand-duché de Posen est borné à l'est par ce royaume, au nord par ta Prusse occidentale, i Touest et au sud par les provinces de Brandebourg et de ailésie. Il a 836 mUles carr. géogr. de superficie, est partagé entre les deux régences de Posen au sud et de Bromberg au nord, et compta (1888) 1,189,706 babitanta, au nombre desquels sont plus de 66,000 \\AH. La principale rivière est ta Wartha, qui vient de la Pologne et qui, traversant tout le pays par le milieu, court à rouest vers le Brandebourg, où elle se Jetta dans l'Oder, après sa réunion avec le Noteta. Le sol de ta province , généralement uni et fertile quoique sablonneux, n'est entrecoupé que de quelques collines. L'agriculture fournit des céréales en quantité, des légumes secs, du lin, etc.; réduiatlon du bétail est très-considérable. Les

* C«l Mt u MM oaidd alUmma <|ii'll Mt d« «otrt AmA» à» rapwMr, mUn» «■ priUnat l'aiidMiM forae firm^alM dt Po»* ntmiê, plof eonfeme ao rral oon 6m c«tt« contré* polooalM. En tflSit, b irflU dont et son «tt tlr4 a'tppdla PoaiUm t ce Mat Uê kXkmmà% yl ■■ wrt fait P—tm* S.

ftNrèta occupent une raste étendue. L'industrie consista principalement dans la fabrication des draps communs, de ta toile, de la grosse dentalle, du tabac, ete. Les Polonais forment la masse de ta poputation du grand-duché, mais, outre les juifs, un grand nombre d'Allemands se sont établis parmi eux, surtout dans les villes.

La ville de Poeon ou Ponnân^ capitale du grand-duché, est située sur la Wartha. Elle a beaucoup gagné en régutarité depuis l'incendta qui ta consuma en 1805. Plusieurs forta de construction nouvelle ta défendent. On y comptait en 1886 environ 53,600 habitante, dont plus de 6,600 Juif». Sur ta grande place du marché s'élève l'hôtal de ville, bel édifice gothique du xvi« siècle, surmonté d'une très-hauta tour. La ville est aujourd'hui le siège du haut président de ta province, d'une régence, du tribunal supérieur et des étate provinciaux du grand-duché, et de plus, ta résidence de l'archevêque de Gnexne et Poznan, et d'un évèque protestant. Cetta ville possède un théâtre, une bibliothèque publique de 20,000 vol., très-richement dotée.

Poznan, une des cités les plus anciennes et les plus importantes de la ci-devant Pologne, a marqué depuis l'introduction du christianisme dans cette contrée, au x« siècle, comme siège d'un évècbé. Devenue, au xni*, ta résidence de plusieurs souverains de ta Pologne, elle prenait rang alors immédiatement après Cracôvie. En s'unissent Il ta ligue banséatique, au moyen âge, elle attira dans ses murs beaucoup de commerçante allemands, angtais et écossais, qui s'y fixèrent. Gnezne, ville beaucoup moins considérable, dans ta régence de Bromberg, mérite pourtant d'être citée pour avoir éta ta plus ancienne capitale de ta Pologne et le si^^e de l'archevêque primat de ce royaume. Ci. Voeu*

POSIDONIUS, philosophe stoïcien, était d'Apamée en Syrie ; mais on l'appeUe plus souvent /• Rhodien, du nom de ta ville où il fonda son école. Ce fut l'un des plus illustres organes de cetta philosophie, que la Grèce semble avoir inventée pour Rome. Il compta Cicéron parmi ses disciples, et son éloquence fut une des distractions dont Pompée, à son retour d'Asie, amusa ses victorieux loisirs. Il avait eu pour maître Panetius, nom également inséparable de celui de Cicéron; car cet autaur, nourrit de sa doctrine, inspira de son génie le beau traité De$ do* voire (De officiis). Posidonius continua, après Panetius, d'adoucir ta sévérité du dogme stoïcien, et le disciple alta même dans cette voie plus avant que le maître. Il essaya une fusion des principes de Zenon et de Chrysippe avec ceux

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de Platon et d'Aristote, signalant ainsi le nouveau Portique comme une sorte d^éclectisme entre deux sectes longtemps opposées, plus encore dans leurs principes que dans leurs conséquences effectives. L'tiommen'a-t-il pas en effet, sous toutes les théories qu'enfante son imagination, un fond dé philosophie, de sens commun, de raison instinctive, qui commande sa vie et dirigé ses actes vers le but marqué de toute éternité par le doigt de la Providence, qui est la perfection indéfinie de la société humaine? Quelques modifications que Posidonius ait apportées aux systèmes primitifs de Zenon et de Chrysippe, et, bien qu'il ait cru que la vertu ne suffisait pas pour le bonheur, il fit mieux qu'enseigner, il praUqua cette fermeté stoïque, que l'histoire nous représente incarnée en Caton. Cicéron rapporte que, le Jour où Pompée entendit Posidonius à Rhodes, ce philosophe souffrait de la goutte. Son éloquence n'en était pas altérée. Seulement, la souffrance, arrivée à son paroxysme, l'interrompit un moment , et lui arracha cette exclamation : • Tu as beau faire, douleur, tes tortures ne me feront pas convenir que tu sois un mal. » Cette protestation du stoïcisme contre le mal physique a, dans sa forme, le défaut de sentir un peu son rhéteur. C'est qu'en effet le talent de Posidonius portait ce caractère, et son style était moins sévère que sa morale. Sur la psychologie, U se sépare de Chrysippe, et, se rapprochant de Platon, il fait de l'homme un être composé obéissant à plusieurs fèrces distinctes, au lieu de le faire dépendre d'une fOrce unique et centrale. Sa philosophie, comme celle de tous les anciens, embrassait la physique, les mathématiques, l'astronomie, etc. : en physique, il suit souvent Aristote, et s'en écarte quelquefois; en astronomie, on connaît de lut un calcul Ibrt erroné sur le contour du méridien, sur le diamètre de la terre, sur celui du soleil, et des notions assez Justes sur les marées. Posidonius était en outre versé dans l'histoire, dans la géographie, dans la politique, et le Portique n'eut pas deux hommes aussi savants. Malheureusement, aucun de ses ouvrages ne nous est parvenu, et il avait écrit sur toutes les sciences qu'il possédait. Pour se faire une idée de ses doctrines, il fallait feuilleter Cicéron, Sénèque, Slrabon, Biogène de Laerce, Sextus Empirions, Galien, etc., avant la publication qui a paru sous ce titre à peu près : Posidonii rhodii docirinœ reliquiaê collegit et iliustravit J. Bake, eum adnotatione Wyttenbachii (Lugd. Batav.,

1810). DiCT. DE LA COITV.

POSITIF. Ce mot, adopté par les sciences

exactes, n'y a pourtant pas un sens aussi bien déterminé que dans lef discours ordinaire, où il n'est appliqué qu'à ce qui est réel, constaté ou susceptible de l'être par des preuves complètes, des témoignages irrécusables. En mathématiques, il ne s'agit point de la réalité des quantités introduites dans les formules qui expriment leurs relations mutuelles et les lois de leur combinaison, mais du sens suivant lequel on les a mesu* rées : ainsi, par exemple, la mesure du temps peut être comptée dans l'avenir ou dans le passé, car le présent n'est pas autre chose que le point qui sépare ces deux parties de la durée : si l'avenir est positif, le passé sera négatif. Comme les directions du mouvement peuvent être opposées, en choisissant à volonté celle qui sera positive, l'autre deviendra négative, et il est évident que l'espace parcouru en arrière doit être retranché de celui qui mesure la marche en avant. Le chaud et le froid sont aussi réels l'un que l'autre, et déterminés par la quantité plus ou moins grande de calorique contenue dans les corps; mais, lorsqu'il est question d^échauffèment ou de refroidissement, ou ne tient plus compte que des acquisitions ou des pertes de calorique, et si les corps éprouvent alternativement ces variations, on voi( clairement que le résultat dépend de l'excès des unes sur les autres, etc., l'expression algébrique est correcte, mais le langage ne l'est pas, car les mots positif et négatif ne présentent nullement à la pensée les idées que l'on y attache, et très-souvent leur obscurité a fait trébucher l'intelligence des étudiants, même ceUe de quelques professeurs plus métaphysiciens que géomètres. — Les changements politiques survenus en France ont produit le singulier effet d'introduire le motpost'^dans les sciences morales, et multiplié s^ emplois sans tracer les limites de chacun. Avant 1789, une classe très-nombreuse se contentait d'une instruction très-superficielle ; actuellement , on veut faire provision de connaissances positives, c'est-à-dire que, sans aspirer à un savoir profond, on n'estime plus que celui dont on peut faire des applications utiles. On n'a pas une idée aussi claire de ce positif recherché en tout et partout; mais on conçoit qu'il affaiblit de plus en plus l'empire des illusions, et qu'il peut disposer le sol pour la culture de quelques vérités de plus. Jusque-là, le xix* siècle paraitrait plus digne d'éloges que de blâme; mais des observateurs d'une grande perspicacité savent y découvrir la pernicieuse influence de cette philosophie du siècle précédent, accusée de si nombreux méchefis. Ils reprochent à leurs contem-

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poraifiB une trop forte prédilection pour les choses posiiiws; cette épithète est très-Justement appliquée aux intérêts matériels, et nos docteurs modernes regardent cette disposition des esprits comme une contagion morale qui envahit les sociétés humaines dès qu'elles se laissent entraîner par des vues de perfectionnement. En efFet, lorsque Rome eut penlu les yertus républicaines, rayarice y devint si commune que, loin de la signaler comme un vice, on Pestimait comme une preuve de sagesse. L*avare, dit Horace,

. • . • . Iiuaaiu paoeb TldMtnr, ta qaod llaxima pan hoalanm morbo jacutnr codem.

Serait-ce par le même motif que Ton ne refuse aujourd'hui ni estime ni confiance aux hommes pontifst Dans ce cas, notre siècle ne mériterait point la mauvaise renommée que certains caractères moroses voudraient lui faire; car» pour constituer un homme de cette sorte, il faut un assortiment de connaissances et de capacité morale qui fasse préjuger le succès de tout ce que cet homme entreprendra. — Que les sciences morales et politiques conservent le mot positif, mais qu'elles le définissent avec une précision que Ton n'a pu mettre dans cette dissertation à cause de la nouveauté du sujet. Quant aux mathématiciens, on regrette que la multitude des ouvrages consacrés à renseignement ne leur permette pas encore de changer les dénominations incorrectes de quantités positives ou négatives, et quelques autres que les sciences exactes désavouent, quoiqu'on les ait contraintes de les employer. Fkibt.

La théologie positive, ou simplement la positive, es^ cette partie de la théologie qui comprend l'Écriture sainte, l'histoire ecclésiastique, la doctrine des Pères, les décisions des conciles sur les dogmes de la fui et sur la pratique de l'église. ^ Positif, en grammaire, est le premier degré dans Ijcs adjectif^ et les adverbes qui admettent comparaison. Le second est le comparai! f: le troisième, le superlatif, — Positif, en murique', est un petit buffet d'orgues qui est au-devant du grand orgue, et qui en est séparé. X.

POSITION (de positus, placé), mot par lequel on désigne, en métrique, un accident relatif des syllabes, qui, longues ou brèves de leur nature, peuvent avoir, par la manière dont elles sont placées, une quantité autre que celle qui leur est propre. Ainsi, chez les Grecs, la finale longue devenait brève devant un*mot commençant par one voyelle, et la brève devenait longue devant deux consonnes ou une lettre double. En consé-

quence de ce principe, fùndé sur la natui^e même de l'oreille, les poètes latins, surtout ceux qui précédèrent le siècle d'Auguste, supprimèrent le B final pour abréger la syllabe qU'eùt allongée le concours des consonnes. L'accent que donne à certaines syllabes leur position dans le vers explique d'autres licences : une brève finissant un mot devenant longue devant un mot qui commence par deux consonnes ; une brève allongée par la césure; une longue abrégée devant un mot commençant par une voyelle en supprimant l'élision, etc.

POSPOLITE {pospolité rusMénié, mouvement général). On appelait ainsi, en Pologne, la levée en masse de la noblesse, quand tous les nobles, sans exception, étaient obligés, à l'appel du roi, de monter à cheval : la peine de mort, dans les plus anciens temps, celle de la confiscation des biens, depuis, frappait le contrevenant à la loi. Après une revue faite par les castellans dans les districts, et par les palatins dans les palalinats, toute cette masse de cavaliers, conduits par les oflSciers de leur choix, et divisés en districts et palatinats, passaient sous les ordres du roi, qui seul, sauf le cas de maladie, avait le droit de les commander. La pospolité offrait autrefois une armée de 200,000 hommes et au delà, ce qui explique l'ancienne puissance militaire de la Pologne, alors que les armées régulières étaient peu nombreuses. Mais phis tard, quand les diètes acquirent le droit de donner leur consentement préalable à la convocation de la pospolité, qu'il fallut ensuite que ce consentement fût unanime, qu'il fût rendu obligatoire par tirois appels consécutifs de quatre en quatre semaines, cet ancien mode de créer une armée dut nécessairement tomber en désuétude, d'autant plus que les diètes obtinrent, en outre, que la pospolité ne fût pas employée hors du pays et que la durée de son service ne dépassât point quinze jours. Loin d'être un moyen de défense, la pospolité ne fut dès lors qu'une occasion de troubles et de guerre civile. Depuis 1679, il n'en a plus été question. Cependant le lois cardinales de 1768 s'en occupèrent pour placer le droit de convoquer la pospolité parmi ceux qui exigeaient l'unanimité de la diète.

La dernière pospolité parut en 1807. A l'appel de Napoléon, toute la. noblesse des provinces polonaises occupées par les Français prit les armes, parée des couleurs distinctives de chaque palatinat, et organisée d'après les anciennes lois. Les levées généralesde 1819 et de 1880 n'avaient plus que le nom de l'ancienne pospolité. MoBÀvrsxi.

POSSELT (Ernkst-Loois), né à Durlach (Bade)

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en 1768, embraiu d'abord la carrière du barreau ; puis il accepta la place de professeur d'histoire et d'éloquence au gymnase de Carlsruhe, en y joignant celle de secrétaire particulier du margrave. Dans le but de dépouiller la science de ce qu'elle a d'aride, il entreprit la publication du Magasin êcienliflque (1785-1788); mais il échoua, et il se consacra tout entier dès lors aui études historiques qui lui ont donné de la célébrité. Il est mort à Heidelberg, le 11 Juin 1804. On lui doit une Histoire des èvènemenU de 1793, qu'il écrivit en latin sous le titre de Bel* lutn populi gallioi advereus Hungariœ Borussiœque reges, eorumque «oo^o« ( Gœtt. , 170S ), et l'jilmanach hiitorique, qu'il continua pendant une série d'années à partir de 1708, et auquel les événements de la révolution française, dont il retraçait le tableau , donnaient un haut degré d'intérêt. Nous citerons de plus de lui les ouvrages suivants : Histoire des AUômands (leipz., 1789, 9 vol., contin. par Pœlitz, t. m et lY, Leipz. , 1808 et 1819) ; Histoire de Charles Xll (Carlsr., 1791); Histoire de Gustave III (Carlsr., 1798); Guerre des Francs (Leipz., 1794). Ce Ait aussi lui qui, en 1799, fonda avec le libraire Cotta (wiy.) Isi GaMette universelle. Coiiv. Lnc.

POSSESSION. La possession, dans son sens primitif, n'est autre chose que le résultat du fait qui consiste en ce qu'une personne a dans sa puissance une chose corporelle de manière à pouvoir s'en servir' et empêcher qu'une autre s'en serve. Ce rapport de feit d'un individu avec une chose s'appelle détention, et celle-ci est le fondement de toute idée de possession. Hais dans kl législation positive, la possession n'est pas limitée aux choses corporelles, elle s'étend encore aux choses incorporelles, et notre Code civil déclare expressément qu'elle s'applique à la Jouissance d'un droit; elle consiste alors dans l'exercice de ce droit. On distingue deux sortes de possessions, la possession civile et la possession fta^Mre/te. La première est celle qui procédé d'un Juste titre, c'est-à-dire d'un titre qui transfère la propriété; elle n'a lieu qu'à la condition que le possesseur soit de bonne foi. C'est là le ftiit de tous ceux qui possèdent, soit en vertu de succession, ou de donation, ou d'un acte d'acquisition, ou par suite des actes de mutation autorisés par les lois. — La possession naturelle est fondée, comme nous l'avons dit plus haut, sur le fait même de la détention, en dehors de tout titre légal. Envisagée sous ce point de vue, elle n'est donc qu'un acte matériel, maisjoutes les législations ont cependant reconnu dans cet acte.

tout matériel qu^il est, un principe qui a son Importance, et qu'elles se sont appliquées à r^lariser dans l'intérêt social. Ainsi, la possession naturelle peut devenir légale, et par conséquent une source de droits aux conditions suivantes. Ainsi, il faut que le détenteur de la chose ait l'intention reconnue de la posséder comme sa propriété. Il doit être de bonne fol, ne pas agir par violence ou par ruse, car autrement sa possession serait viciée dans son principe. Si l'intention de celui qui détient une chose est seulement de l'employer comme propriété d'un autre, il ne possède pas légalement, aliène nominepossidet, disaient les lois romaines, et il est toujours censé posséder au même titre s'il n'y a preuve contraire. — La possession qui réunit toutes les oonditions de la loi est d^à une présomption grave du droit de propriété, et lorsqu'elle est continue et non interrompue , publique et non équivoque, elle donne droit à ]a prescription, par laquelle la propriété se trouve définitivement constituée sans qu'il soit besoin d'invoquer d'au» tre titre. -* On voit donc quelle place la possession occupe dans la législation, puisqu'un simple fait matériel peut s'élever à toute la hauteur du droit le plus solidement établi. De là sont nées deux sortes particulières d'actions qu'on nomme possessoires. La première est fondée sur ce que celui qui possède une chose depuis plus d'un an en est, par provision, réputé propriétairo; il a donc le droit, s'il est troublé dans sa possession par un acte quelconque, de s'y l^ire maintenir : c'est ce qu'on nomme l'action en oomplainte. — La seconde espèce d'action se nomme réintégrande : elle a lieu de la part du détenteur actuel contre celui qui, de son autorité privée, s'empare d'un héritage qu'il croit lui appartenir. Ainsi, la complainte a pour but de feire maintenir le détenteur actuel dans une possession qu'il exerce; la réintégrande a pour objet de revendiquer la possession dont on aurait été momentanément dépouillé.

Possession nlrràT. On appelle ainsi rensenible des fàiU qui établissent des rapports de filiation et de parenté entre une personne et la famille à laquelle elle prétend appartenir. La possession d'état peut être invoquée dans certains cas à défaut d'acte de naissance, f^our. les

mots FlUATIOlf , PÀTlllflTi.

Possissioif PBtOAiaB. C'est celle qui S'exerce à tout autre titre qua celui de propriétaire : ainsi, le fermier, l'usufiruitier, le dépositaire, possèdent à titre précaire. Cest un principe que la possession précaire ne peut servir de base à la prescription , et l'article S237 du Code dvil dé-

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dire que les bAritien de ceux qui tenaient la eboae à titre précaire ne peuTent paa plus prescrire que leurs auteurs. Néanmoins, il se peut que la possession à titre précaire éprouve quelques modifications, et la loi décide que ceux dont le titre se troure ainsi yicié peuvent cependant prescrire si le titre de leur posseMion se trouve interverti, soit par une cause venant d*un tiers, soit par la contradiction qu*il ont opposée aux droits du propriétaire. — De même, ceux à qui les fermiers, dépositaires et autres détenteurs précaires, ont transmis la chose par un titre translatif de propriété peuvent la prescrire (Code civU, articles 9358 et 9S50). 1. ni CiàBEOL.

POME88I0N (BU BftHOR) , DftHOllOHiUlU, Lu-

VÀTiQUis, variété de la monomanie qui consiste à se croire sous la puissance et sous Timpulsion d*un être surnaturel malfaisant , ou exposé aux attaques et aux maléfices des sorciers, des magiciens ou devins. Quelques malades se refprdent eux-mêmes comme des démons ou des sorciers; et on en a vu qui ont payé de leur vie cette erreur de leur imagination dans des époques d*ignorance et de fanatisme. Vt^y. Ixotasu, Folib, Haoib, etc. X.

P088KSS01M. On nomme ainsi une espèce d'action qui a pour seul et unique objet la possession d'un héritage ou d*un droit réel immobilier dont on ne Jouit pas, ou dont on ne jouit pas paisiblement et sans trouble. Si elle a pour objet de faire cesser le troublC) eHe se nomme oompiainiê, et réiniégrande si die tend à faire réintégrer quelqu'un dans la possession. Elle s'appelle dénonciation de nouvel ontvre si elle est dirigée contre un propriétaire qui iàit sur son fonds, contre Tandenne disposition des lieux, un ouvrage qui préjudicie k Théritage Toésin, et si ce voisin demande la cessation du trouble ainsi fait à sa propriété ou à Texerdce de son droit réel. 1. bb Ciabbol.

POSTI. On donne ce nom au service public qui, dans toutes les contrées un peu civilisées, a pour objet d'assurer le transport des personnes et cdui des correspondances. Il vient évidemiMUt de ce que, dans le principe, on se contentait de poêterk certaines distances des chevaux pour transporter les personnes et les paquets. Si ce service est resté longtemps avant de parvenir au degré de progrès et de perfectionnement où nous le voyons aujourd'hui dans les États européens, il n'est pas moins vrai qu'il faut remonter à l'histoire des Perses pour en trouver les premières traces dans l'antiquité. Vais sans en rechercber l'origine dans des temps si couverU

encore de ténèbres', voyons seulement quels furent les commencements de cette Institution dans nos États modernes.

Charlemagne, ayant compris de quelle utilité eOe devait être pour ses vastes possessions, étabut des lignes de postes pour faciliter ses communications avec l'Italie, l'Allemagne, et une partie de llspagne ; mais elles disparurent après sa mort, et pendant <M>0 ans au moins, il n'y a pas trace d'une semblable institution ; car on ne peut regarder comme un établissement réel et sérieux que les postes organisées en France par l'édit de Louis XI du 19 Juin 1464, rendu à Luxies près DouUens, et qui a pour titre : IneHUUion et establiêêement que le roi Louis XI, noetre être, veut et ordonne estre fait de certains coureurs et porteurs de ses depesches en tous les lieus de son rcijraume, pays et terres de son obéissance, pour la commoditéde ses affaires, et diligence de son service et de sesdites affai" res. Ce document, en 38 artides, créait sur les grandes rdutes de France, de 4 en 4 lieues, des maîtres tenant les ehqvaujf courants du roi, qui portaient de relais en rdais toutes les dépêches ou paquets qui leur étaient adressés sous le cachet du conseiller grand maitre des cou^ reurs de France. Us devaient de plus conduire les courriers aux lieux indiqués par leurs passeports* Louis XI prit sur les revenus de la couronne les sommes fort considérables pour l'époque que devait coûter l'entretien des coureurs et des chevaux. Dès lors on put regarder comme assuré l'avenir de cette Institution.

Telle est la double origine de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux en France, rienri III en rendit l'usage public parla création, en 1570, des messagers royaux qui se chargèrent des paquds des particuliers. Quant au service des messageries, il ne fut établi qu'en 1507. Cette année, Henri lY, voyant que pendant les troubles dvilsles gens de guerre avaient partout enlevé les chevaux, et qu'on ne pouvait voyagerions les plus grandes difficultés, rendit, le 1t mars, un édit qui organisait un service de relais. Il fut mis en adjudication , et les adjudicataires durent payer au trésor la somme de 8 1/i écus par cheval et par an. Sully^rendit au roi, pour prix du brevet d'engagement qu'il ob* tint (51 mars 1597), 59,500 écus. Les mattres des relais devaient pourvoir au transport des voyageurs et de leurs bagages au moyen de che-

» O» ptt f—dUr Ttmnfê tSJmÊmJ d*A«alwKt EMmum de tkêi Uê Ptrm» Ldpsn 1774. a.

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taux parcourant 13 à 14 lieues par jour. Les matlres coureurs ou maîtres de poste aTaient seuls ie droit de fournir des chevaux propres à courir le galop durant le chemin de leur traite. L^institution des maîtres des relais ne ftit pas de longue durée : elle fut supprimée par un édit du mois d'août 1602 ; mais cependant pour que les particuliers ne fussent pas privés de ce nouveau moyen de transport, on réunit et on incorpora aux charges des maîtres de poste les chevaux de relais. Vers Tannée 1637, des courriers ordinaires, partant et arrivant à jour fixe, furent substitués aux estafettes ou courriers extraordinaires qui parlaient souvent à Timproviste pour le service du roi. Aussi, le 16 octobre 1637, puton commencer à établir un tarif légal pour la taxe des lettres. Par ce règlement aussi il est enjoint aux commis des postes de recevoir des remises à découvert jusqu'à concurrence de 100 liv. Richelieu supprima le contrôleur général des postes et des relais, et le remplaça par trois surintendants généraux qui devaient exercer alternativement et faire une finance de 250,000 liv. Bientôt le besoin d'argent fit créer de nouveaux offices en hérédité et moyennant finance. Enfin, en 1663, Louvoisfut nommé surintendant général des postes, et en 1672, deux arrêts du conseil, en date des 15 et 19 mars, conférèrent pour 6 années le bail et l'exploitation des postes et des messageries de France à un nommé Lazare Patin , moyennant la somme de 1,200,000 liv. par an. Le fermier général fut dès lors substitué aux droits des maîtres des courriers établis en 1630, et le surintendant général fut autorisé à prendre avec eux des arrangements pour le remboursement du prix de leurs charges. L'université faisait seule quelques difficultés à cause du privilège qu'elle avait eu jusqu'alors de pourvoir, au moyen de ses messagers volants, au transport des dépèches et de l'argent dont la présence de tant d'étudiants venus de toutes les contrées de l'Europe nécessitait la circulation ; on lui accorda sur la ferme des postes une rente annuelle de 300,000 liv. qui lui fut payée jusqu'à la révolution. De 1672 à 1789, le service des postes fut tantôt donné à bail, tantôt mis en régie. Le prix du fermage montait en 1786 à 10,800,000 liv., sans compter les messageries qui étaient exploitées à part pour un million. Le prix du bail fut même porté, en 1788, à 12 millions, à cause de la suppression d'un grand nombre de franchises.

A ce moment, les postes subhrent une transformation pour ainsi dire générale. La révolution supprima la régie nationale des messageries, et

priva les maîtres de postes des bénéfices qu^ils retiraient de la conduite exclusive des voitures; mais on les dédommagea en obligeant par la loi du 15 ventôse an xiii les nouveaux entrepreneurs à payer une indemnité aux relais dont ils n'emploieraient pas les chevaux. L'établissement des chemins de fer, qui porte^un coup terrible à l'industrie des maîtres de poste, devra nécessairement modifier les rapports quiles lient à l'Eut.

Dans l'état actuel, la France compte environ 1,757 relais où doivent être entretenus, pour le service de l'État et des particuliers, au moins 18,000 chevaux. Biais le nombre est par le foit bien plus considérable. Chaque maître de poste étant obligé d'exploiter avec sa poste une industrie accessoire, telle que celle de cultivateur, de relayeur ou d'entrepreneur de diligences, chacun d'eux possède presque toujours un nombre de chevaux au moins triple de celui exigé par le brevet.

Its lettres sont transportées par la poste dans toute rétendue du royaume, moyennant l'acquittement d'une taxe proportionnelle au poids et à la distance des villes en ligne droite. Des voitures dites malles-postes ou malles-estafettes, et qui partent tous les jours de l'hôtel des postes de Paris , effectuent le service sur toutes les grandes lignes. D'autres malles-postes parcourent les lignes secondaires. Depuis la création du service rural, toutes les lettres sont distribuées à domicile dans toutes les localités. L'affranchissement est toujours fticultatif, excepté pour certains pays étrangers et dans l'intérieur pour les chrculaires imprimées, dont le poK à bon marché est à la charge de l'envoyeur, et pour les lettres dites chargées, dont la taxe {kus forte doit être acquittée d'avanCe : ces lettres ne sont remises qu'avec des formalités qui assurent leur arrivée. La poste transporte aussi, mais sous bande seulement, toute espèce d'imprimés à des prix modérés. Enfin, sous le titre de service des articles d'argent, la poste se charge, moyennant un droit de 5 p. «/o , de faire tenir sur tous les points du royaume les fonds remis dans un des bureaux de poste. Ce service occasionne dans les bureaux des agents des postes un mouvement de fonds de 16 à 30 millions par an. Le nombre des lettres soumises à la taxe s'élève à plus de 100 millions par an; en 1885, ont été taxées ou affranchies par jour, 205,554 lettres. Celles adressées aux fonctionnaires, et que la loi du 18 fructidor an viu exempte de la taxe sous certaines con<litions, peuvent monter à 50 ou 60 millions. Le nombre de feuilles iminrimées.

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Journaux et antres, s^élevait, en 18S6, à près de 05 millions. En 1838, les dépenses ont été de 33,510,000 fr.; les recettes de 43,070,000 fr.; les bénéfices de 19,560,000 fr. Il y a en France 1,700 directions de postes aux lettres, 5,700 bureaux , et euTiron 15,000 employés de tous grades.

L*administration des postes comprend, outre tous les services que nous avons déjà énumérés, celui des paquebots-postes qui font le service en Corse, en Algérie, en Angleterre, dans la Méditerranée et les écbeUes du Levant. La construction des nouveaux paquebots et rétablissement des grandes lignes transatlantiques va encore ajouter à son importance. A la tête de cette administration est un conseil dont le président , qui porte le titre de président du conseil des postes, sl le rang de directeur général. Les postes ressortissent immédiatement au ministère des finances.

La France a des conventions postales avec presque tous les pays de TEurope. Une nouvelle convention conclue avec TAngleterre, en 1843, doit faciliter les relations de ces deux pays. La Nourais.

On appelle petite poste celle qui s'occupe de la distribution des lettres dans les villes. A Londres, on lui a donné le nom de penny -post ^ parce que la taxe n*était que d*un penny ^ taxe fixe qui, comme on sait, a été étendue ù tout le royaume. L*exemple de TAngleterre vient d'être suivi en Russie, et le sera aussi en Belgique; il a eu peu de partisans en France; mais il est du moins certain qu'un abaissement du tarif augmenterait considérablement les relations épistolaires et par conséquent les bénéfices de la poste. Le transport des lettres par les chemins de fèr et à meilleur marché doit occuper vivement Tadministration.

En Angleterre, où les postes sont parfaitement organisées, on en fait remonter Tétablisaement au temps d'Edouard III , qui en aurait ISait usage pour le service de ses armées ; mais Jusqu^aa règne de Charles !«' les postes furent réservées pour le gouvernement et les hautes dasses. En 1636, ce prince établit, de concert avec Louis XIII, une grande poste entre Londres et Paris. Les règlements, laissés en suspens durant la révolution d'Angleterre, furent remis en vigueur k la restauration par Charles II. Sous Guillaume m , le parlement passa le premier bOI pour l'institution d'une poste en Ecosse; mais ce fût la reine Anne qui établit l'administration des postes de la Grande-Bretagne telle qu'dle existe encore aujourd'hui. Avant l'éta-

blissement d'une taxe fixe et uniforme, le post^ office rapportait à l'Angleterre une somme de plus de 43 millions de francs.

En Allemagne^ dès 1376, l'ordre Teutonique établit un service des dépêches dans ses vastes domaines; mais la première poste régulière fut organisée dans le Tyrol par le comte Eoger de la Tour et Taxis, dont le fils François fut nommé par l'empereur Maximilien, en 1516, maitrc général des postes, après avoir monté un service permanent entre Vienne et Bruxelles. Charles- Quint accorda à un au^re membre de cette maison le privilège de grand maître des postes de l'Empire ( 1543), et l'on sait que cette commission devint dans la suite un fief héréditaire dans son sein. Même aujourd'hui les postes de la Tour et Taxis, dont Francfort est pour ainsi dire le centre, pourvoient aux transports des dépêches et des personnes dans une grande partie des États de la confédération germanique. Cependant, de bonne heure, différents États de l'Empire réclamèrent le droit d'avoir leur propre administration des postes, droit qui est maintenant universellement reconnu. L'Autriche, la Prusse, la Bavière, la Saxe, le Hanovre, Bade, etc., pourvoient par eux-mêmes à ce service. Dans l'Orient, des courriers font le service des postes, qui paraissent parfaitement tenues en Chine.

Outre le transport des nouvelles par courrier, on a souvent recours à un moyen plus expéditif que nous ne pouvons que rappeler ici : c'est la poste aux pigeons. Cette coutume commença , dit-on, en Orient, dans un temps très-reculé. Ces messagers ailés dont on se sert encore beaucoup dans celte contrée , sont surtout employés en France par les banquiers pour se communiquer les nouvelles de bourse. Z.

POSTE. {Art militaire,) Ce mot a plusieurs acceptions. On donne en général le nom depO5/0 aux lieux occupés par un corps de troupe auquel on en a confié la défense ou la garde. — Dans les villes de guerre et dans celles de garnison, on place autant de postes qu'il y a d'établissements militaires à garder. Aux uns, sont confiés la surveillance et la conservation des magasins, des portes, des remparts, des passages dérendus, du matériel et de l'armement ; aux autres , la surveillance delà police de la place et des casernes. — Chaque poste a des consignes particulières, et une consigne générale commune pour les cas d'alerte, d'incendie, etc. Les chefs de poste doivent exercer une surveillance active et vigilante : ils sont responsables de l'exécution des consignes, ainsi que des objets contenus dans les corps de garde. Ces objets consistent ordinai-

rement en un lit de camp, un râtelier d^armes, un ou plusieurs bancs, un chandelier, une paire de mouchettes, un poêle et ses accessoires, etc. Les corps de garde d*officiers ont de plus un fouteuil k bascule, une table et une chaise. -^ Dans les garnisons où il y a plusieurs régiments, des sous-officiers sont envoyés, chaque matin, à rétat-nu^or de la place , pour tirer les postes au sort. — A Tannée, il y a des potiês avancés, des posées d'observations et des posées fortifiés susceptibles d^une longue résistance. Uun et Tautre imposent des devoirs aux officiers qui les commandent, ainsi qu'aux troupes placées sous leurs ordres. Il y a aussi des postes d'honneur, des postes d'avani^arde et des postes avancés. Ces derniers sont généralement occupés par les voltigeurs. Les postes d'honneur sont de deux espèces : ceux qui sont fournis par les compagnies d'élite aux princes et aux officiers généraux, et ceux où le péril est jugé le plus imminent. — A la guerre , les postes sont plus ou moins avantageux^ suivant la nature du terrain. C'est dans ces deux hypothèses que l'on dit :'ce poste est bon, ou ce poste n'est pas tenable* Un poste est bon et avantageux lorsque la défense en est aisée et la retraite sûre ; il est mauvais et n'est pas tenable lorsque l'attaque en est fticile, qu'il est commandé, qu'on peut l'envelopper sans sans difficulté.— Les postes sont ou doivent être fréquemment visités par les officiers généraux, par les commandants de place , par les officiers de leur état-magor, enfin, par des officiers de service des corps de la garnison désignés à tour de rôle. Le jour, ces visites ont pour objet d'inspecter les hommes de service, de surveiller la stricte exécution des consignes et la tenue des corps de garde ; la nuit, elles prennent le nom de rondes, et ont pour but de s'assurer si le mot d'ordre est exactement parvenu, et d'habituer les troupes à prendre les armes à l'improviste. ^Bans l'intérieur du royaume, on désigne sous le nom de postes militaires des toris isolés, des châteaux, ou autres postes fortifiés, dont le commandement est confié à des officiers subalternes, qui prennent le titre de commandants de postes. Ils ont le même pouvoir et la même responsabilité que les commandants de place. — On nomme aussi poste le lieu où un soldat est posé en faction. Toute sentinelle qui, devantl'ennemi, ' abandonne son poste sans ordre, est punie de mort. SiGARD.

POSTÉRITÉ, être de raison dans lequel se personnifient tous les siècles, tous les peuples, tous les hommes qui succèdent à l'époque dont on a parlé. La postérité commence > pour un événe-

ment, au moment où il vient de 8*acooBplif ; pour un homme, à l'instant où il a cessé d'exliter. L'opinion de la postérité est le jagemest que portent sur les hommes et sur les choses tous ceux qui leur survivent. Ce Jugement est d'abord variable; tant que les passions contemporaines ne sont pas éteintes, leur influence se fait sentir dans l'appréciation des foits que ces passions ont dénaturés. Mais, à mesure qu'elles s'amortissent, l'examen vient au seoours de la vérité | les préventions, les préjugés, s'effscent, la vérité se lait jour, la postérité dit son dernier mot, et l'opinion se fixe. Ce juge n'est pourtant pas infaillible; ses arrêts sont pariais ii^justes; elle donne du crédit, de la force, k maints pr^ugét qu'elle a négligé d'examiner de près, à des naensonges qui échappent à son investigation. La postérité répète encore la fable de la couronne déposée par Philippe-Auguste sur un autel avant la bataille de Bouvines; elle redit les mots : Toutest perdu fors l'honneur, que François I*' n'a jamais prononcés ni écrits, et quoique l'original de sa lettre aoit à la portéede tout le monde. Elle persiste à mettre sur le compte d'Omar la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; mais, sur tantde milliers de faits qu*eUe a recueillis, et d'hommes dont elle a gardé le souvenir, ses erreurs sont en trop petit nombre pour qu'on hi dépouille de son caractère de justice et d'impartialité. Laissons4ui le privilège de juger en dernier ressort et de reviser les jugements des contemporains. Où serait la consolation des illustres malheureux que méconnaît leur ^ède? L'honnête homme que l'intrigue repousse, que la calomnie afflige ; l'artiste, l'écrivain, le poète, que l'envie et la sottise persécutent, dont les honneurs, la renommée, sont usurpés, édipsés par l'industrieuse médiocrité ; le grand ministre, qui lutte péniblement contre les vices et les abus de son siècle, auraient-ils le courage de poursuivre leur tâche, s'ils n'espéraient dans l'avenir, s'ils n'attendaient de la postérité la récomr pense de leurs travaux, le triomphe de leur gloire ? Je ne parle point ici des hommes d'État dont la Providence a gratifié notre époque; aucun d'eux ne pense à la postérité : matérialistes positifs, ils riraient de mon spiritualisme politique. Nous sommes tels que Tacite a dépeints les Romains du premier siècle de l'empire : Neuiris cura posteritatis ; et cependant, sans oette pensée, il est impossible de faire de grandes choses. Malheur k l'homme qui, dans une grande entreprise littéraire ou politique, au milieu des ennuis, des dégoûts qu'elle entraîne avec elle, dans 1^ moments de tofiiti^iV* et de décomrage-

ment qa*il rencontre, ne yoit pas detant lui cette grande et imposante figure de la postérité qui lui dit : « Marche, persiste, je te Tengerail » Ménandre, tictime de Tinjustice de ses contemporains, se repose sar la justice des siècles à venir : il dispute cent lois la palpne de la comédie, et n*obtientque huit couronnes du caprice de ses juges { des rivaux obscurs, des concurrents indignes, triomphent de lui par la cabale et par Tintrigue : « Ne rougis-tu pas, Philémon , dit-U à run d'eux, toutes les lois que tu es déclaré mon vainqueur? » Il compte sur la postérité, et la postérité le venge : la fetaltté le poursuit en vain; ses œuvres ont péri, mais son nom est répété d'âge en âge, protégé parles éloges de Plutarque, de Denys d'Halicarnasse, dHorace, et de tant d'autres écrivains plus heureux que luimême. C'est surtout dans la carrière des arts et des lettres que cette pensée d'un avenir rémunérateur est nécessaire à l'homme qui les cultive : c'est là que les jugements sont si bixarres ; le goût du jour est si capricieux, si incertain! Depuis Sophocle jusqu'à nous, on a vu des engouements si étranges, des enthousiasmes si peu fondés, des vogues si ridicules et si ridiculement soutenues ! L'histoire et la poésie ont cent fois raconté les malheurs des plus illustres poètes; mais ils n'ont pas toussoufiPert dans leur renommée. Camoens et le Tasse ont été persécutés, tourmentés dans leurs personnes; comme poètes, ils sont morts en possession de toute leur gloire. Us n'ont pas eu besoin d'en appeler à la postérité; et les misérables critiques qui les ont assaillis pendant leur vie ont à peine ébranlJl'admiration de leurs contemporains. Mais Milton, colportant son Paradiê perdu de boutique en boutique, et recevant par grâce 150 fr. du libraire Thompson pour un manuscrit qui a fût depuis la fortune de tant de libraires, n'auralt-il pas brûlé cent fois son cuivre admirable, si la pensée de la postérité n'avait soutenu son courage? N'avons-nous pas vu Corneille , le grand Corneille négligé, dévoré de soucis et de besoins, dans un siècle où Chapelain était comblé d'honneurs et de richesses; Molière, rabaissé au-dessous de Desmarets, et forcé de retirer son Mi' êanirop\s à la troisième représentation; Kacine, décrié par l'hôtel de Kambouillet, sacrifié à Pradon , et doutant au Ut de mort du mérite à^AthaUef mais la postérité les a vengés des injustices de leur temps. C'est l'imagination de la postérité qui soutenait les Colomb, les Cortex, quand, tourmentés de Tunique pensée d'affermir leur étonnante conquête, ils luttaient péniblement contre la féroce cupidité de

leurs compagnons, «t, plus tard, contre Ilnfàme ingratitude de leurs rois. C'est dans ces circonstances d'un grand homme aux prises avec son monarque ingrat que la postérité me sem-. ble iiguste; elle ne flétrit point assez les mal-* très de la terre qui oublient à ce point les services des plus illustres de leurs SHjets. Mais Ferdhiand et Charles-Ouint ont été si grands d'ailleurs que ces aberrations de vanité se perdent dans l'immensité de leur gloire. La postérité demandera compte à Napoléon du sang du duc dinghien; mais, le feuillet tourné, elle ne pensera plus qu'au législateur, au conquérant qui d'une main renversait les empires, et de l'autre relevait les ruines de la monarchie; elle trouve même déjà que le grand homme a trop cruellement expié ses fautes. La postérité met tout à sa place, et fait à chacun sa part d'éloge et de blâme, de gloire et de honte. Que lui importent les rivalités contemporaines et leura luttes passionnées? Elle a des admirations pour le héros qui, cerné dans Utique, ne veut pas survivre à la liberté de sa patrie, et pour celui qui le réduit à ce grand sacrifice, et sous qui périra bientôt cette liberté dont Caton faisait son idole. C'est que la postérité est frappée de tout ce qui porte en soi un caractère de grandeur, et que, à la distance où elle est des événements qu'elle juge,elle ne distingue ni les vainqueurs ni les vaincus : cette règle n'est pas sans exception. U est des temps où se renouvellent les opinions politiques des temps antérieurs, où se reproduisent les mêmes factions, les mêmes intérêts; alors se modifie le jugement de la postérité sui* vant les principes dominants de l'époque; alors, elle prend parti tour à tour pçur César et pour Pompée, pour Charles et pour Cromwell. N'avonsnous pas vu relever de nos jours les statues de Cassius et de Brutus? Dix ans après. Napoléon plaide pour César, et l'on ne voit plus en lui l'ambitieux qui a livré le peuple romain au sanguinaire Octave, et aux quatre inftùnes successeurs d'Auguste, mais le grand homme qui a délivré ce même peuple des Marins, des Sylla et des Antoine. Il est aussi des événements et des hommes sur lesquels la postérité hésite encore : le jugement du premier des Brutus la lieut et la tiendra toujours dans l'incerUtude. Elle n'admirera jamais sans réserve cet acte de rigueur; et, chose étonnante! elle semble pardonner le même acte à la sévérité de Manlius Torquatus, tandia qu'elle le condamne dans Pierre le Grand. Ce n'est point bizarrerie ; c'est que chacun de ces actes, pris à part, a une cause particulière; que le motif de Manlius est le seul qui ne soit pas

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controversé par deux passions contraires, et que le but où le czar aspire ne semble point exiger des moyens aussi violents. Les Jugements de la postérité peuvent dépendre aussi de la manière dont les questions lui sont posées ; et les avocats de Tantiquité sont plus habiles, plus séduisants que ceux des temps modernes. Je ne sais, par exemple, comment elle Jugera les hommes de répoque actuelle, comment elle démêlera la vérité au milieu de tant de documents contradictoires, comment elle distinguera Thonnéte homme, le véritable ami de la patrie dans cette cohue de charlatans, de saltimbanques et et de caméléons qui s*agitent, bavardent et se culbutent aujourd*hui Tun sur Tautre. Espérons qu'elle fera Justice à tous, et qu'elle saura mieux que nous louer ou blâmer à propos. Il est étonnant que ce Juge suprême n'ait pas été divinisé par les anciens, qui taisaient des divinités de tous les personnages allégoriques. Leurs premiers écrivains ne nomment pas même la postérité. Horace ne parle que des Âges futurs, des neveux, de la gloire posthume, laude poêterâ, Ovide est, Je crois, le premier qui lui ait adressé des vers du fond des pays barbares où Auguste Tavait exilé. En revanche, les modernes en ont fait un grand usage ; mais la postérité ne parlera point de tous ceux qui ont parlé d'elle; et j*en vois beaucoup dansce mondequi s'en inquiètent fort peu. Nos grands auteurs en vogue aiment trop à Jouir de leur vivant pour s'occuper de l'avenir. Ils travaillent moins pour la postérité que pour leur carrossier, leur tailleur, leur tapissier et leur maître d'hôtel. Ils se fùnt louer pour mieux se vendre, et ceux qui les louent leur vendent leurs éloges. La renommée est devenue métier et marchandise. Il n*y a que la gloire véritable qui ne se vend ni ne s'achète; et, celle-là, c'est la postérité qui la donne. Yibrrbt.

POSTHUME (GASSiAims-LÀTiNTiis Posthvhius), est le plus célèbre de ces nombreux compétiteurs à l'empire qui troublèrent le règne de Gailien, et que l'histoire désigne sous le nom des trente tyrans. Né d'une famille obscure, de bonne heure il se fit soldat, et son rapide avancement ne tarda pas à le faire remarquer par Tempereur Yalérien, qui lui confia le commandement des légions de la Gaule : Gallien dut ses succès contre les Germains aux conseils de Posthume qui, par son intégrité, s'attachait le cœur de ses soldats. L'empereur, appelé en Pannonie par la révolte d'Ingenuus, confia le Jeune Auguste Salonin aux soins de Sylvanus. Cet affront irrita vivement Posthume; néanmoins, il con-

tinua, au service de Gallien, le cours de ses vic« toires contre les Germains, dont il distribuait les dépouilles à ses soldats. Salonin ayant ordonné qu'elles lui fussent apportées, les légions se soulevèrent, et proclamèrent Posthume empereur (257) : il marche aussitôt vers Salonin et Sylvanus, qui se réfugient à Cologne. Mais les habitants lui en ouvrent les portes, et le prince et son gouverneur sont égorgés. Cependant Gallien accourut de la Pannonie, et la victoire avait passé dans son camp quand une invasion de barbares l'appela soudainement en Germanie. A la faveur de cette diversion, Posthume établit son autorité dans les Gaules et l'Espagne, introduisit dans ses troupes l'ordre et la discipline, en même temps qu'il battait les Germaiqs et fortifiait les bords du Rhin. De nouveau attaqué par Gallien, il fut redevable de son salut à la révolte des légions de Byzance, qui força l'empereur à rétrograder. Posthume eut le loisir d'affermir sa puissance, et s'associa Yictorin, qui passa à lui avec ses légions. Malgré les périls incessants que lui suscitait Gallien, Posthume sut accroître la prospérité de ses États, où florissaient le commerce et l'abondance , quand il lui fallut combattre la révolte d'un de ses lieutenants, Coelius, qui se fit proclamer empereur. Posthume l'assiégea dans Mayence,qui tomba entre ses mains. Victorieux, il fut égorgé par ses soldats, auxquels il refusait le pillage. Il avait régné 10 ans; et, durant les agitations perpétuelles de son règne, il avait déployé, avec le courage du guerrier, je caractère et l'habileté d'un sage et vertueux administrateur. DuFàiLLV.

POSTHUME, du mot latin poslhumus ( posi patrem inhumatum natus), qui est né après la mort de son père. Ce terme n'a dans notre langue que deux applications : il se dit, au propre, des enfants qui viennent au monde après que leur père est mort, et, au figuré, des livres qu'on publie lorsque leur auteur ne vit plus, autres enfants pour lesquels on n*a pals moins de tendresse. Il y a discussion sur la véritable étymologie de ce mot, que d'autres font venir de l'adjectif postumus (dernier); mais il faudrait alors écrire postume, et non posthume. Cette dernière orthographe indique évidemment que le terme appartient à la famille qui nous a d^à donné les mots inhumation et exhumatiou, qui, tous deux, emportent avec eux une idée de mort. — A l'égard de Venfant posthume j que l'on nomme aussi un posthume, la législation ne considère ses droits que relativement au père, et bien qu'à proprement parler, l'enfant puisse être posthume, relativement à sa mère, lors-

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qu*elle meurt avant raocouchement, comme la naissance de Tenfant est alors k peu près instan- (anée, il n> avait pas de dispositions spéciales à prendre : les deux règles de droit, que le mort misit le vif et que Venfani conçu est répuié né toutêi les fois qu'il s'agit pour lui de ra- 'i)a»et//(r,sufltoientpour prévenir toutes les difficultés. Hais il n*en est pas de même en ce qui concerne le père, parce qu*il peut alors s'écouler un temps assez long entre la mort du père et la naissance de Tenfent; il n*y a d^autre limite que celle admise par la loi pour la filiation des enfants légitimes, c'est-à-dire 800 Jours, ou 10 mois de 80 Jours chacun. Et même, dans ce cas, le législateur n'a pas voulu pour une règle absolue, il se contente d'établir une simple présomption : « La légitimité de l'enfant né 800 jours après la dissolution du mariage, pourra être contestée (article 816 du code civil). • Il n'y a donc contre la légitimité de l'enfant posthume, né après les 10 mois accomplis depuis la mort du mari, que l'action en désaveu, qui doit être intentée à peine de déchéance dans les deux mois, à compter de l'époque où le posthume se sera mis en possession des biens du mari, ou de l'époque à laquelle les héritiers seraient troublés par l'enftint dans cette possession. A l'égard de l'enfant posthume, né dans les 10 mois depuis la mort, il a en sa foveur la même présomption légale que si le père eût vécu jusqu'au jour de sa naissance, sauf aux héritiers l'action en désaveu fondée, non plus sur la tardiveté de la naissance, mais sur rune des catues générales admises pour légitimer le désaveUf c'est-à-dhre l'impossibilité physique de cohabitation du mari avec la femme, depuis le 800«* Jour jusqu'au 180b« avant la naissance de l'enfont, soit par cause d'éloignement, soit par l'effet de quelque accident (article 813). — OEuvres posthumes. On comprend sous cette dénomination tous les ouvrages qui sont publiés pour la première fois après la mort de leur auteur. Cette publication pouvait donner lieu à de graves difficultés pour ce qui concernait la question de la propriété littéraire. On sait que, dans l'état actuel de la législation les héritiers conservent pendant 10 ans la propriété des ouvrages publiés du vivant de l'auteur : comment cette règle devait-elle s'appliquer à la publication des oeuvres posthumes? A cet égard, un décret du premier germinal an xni a décidé que celui qui publiait une œuvre inédite devait en être considéré comme le véritable auteur, et jouir du privilège que l'auteur aurait pu exercer Itti-mélne, si Je livre ekiité mis au jour de son vivant. Maia y. fi^ui que l'osuvre posthume ait

Si

été publiée séparément, car, si elle est jointe à d'autres ouvrages du même auteur, déjà tombés dans le domaine public, ce n'est plus qu'un simple accessoire de l'œuvre d^à connue; il n'y a plus alors de droit de propriété à con* «erver. Teulkt.

POSTULAT {postulatum). On appelle ainsi la demande que l'on fait qu'un principe non démontré soit admis, afin d'en tirer les conséquences. C'est au f6nd la même chose que Vaxiome et la pétition de principe; la différence consiste en ce que VaxUme est un principe si évident qu'on n'a pas besoin de le démontrer. La pétU tion de principe est un postulat dissimulé, et sur lequel on raisonne comme s'il était démontré, sans avertir qu'en effet on en a besoin pour établir ses conséquences, et qu'on ne saurait le démontrer. Le principe que tout effet suppose une cause est un axiome pour la plupart des philosophes; pour les sceptiques, et en particuUer pour Hume, c'est une pétition de principe; si Ton discute contre quelqu'un de cette école , fl en ftiut faire un postulat, sans quoi toute discussion devient interminable, puisque ce seul point mis en question arrête immédiatement toutes les déductions possibles.' B. Julubn.

POSTULATION, du verbe latin i^o^^titore, demander, solliciter. Ce terme est consacré en procédure pour désigner le droit exclusif de certains officiers ministériels qui seuls peuvent sol* liciter jugement, ou, comme on le dit au palais, postuler devant les tribunaux. Le droit de postulation appartient aux avoués, qui sont précisément institués auprès des tribunaux civils pour conduire la procédure; eux seuls ont le droit de rédiger les actes qui doivent servir à l'instruction de la cause devant le tribunal auquel ils sont attachés. Quiconque empiéterait sur leurs droits , même de leur consentement^ commet un délit qui est également connu au palais sous le nom de postulation. Ce genre particulier de délit , qui est une sorte d'entreprise sur l'autorité publique, a été de tout temps puni par des peines assez sévères. — La chambre des avoués est armée d\in grand pouvoir à l'effet de rechercher toutes les preuves qui sont capables d'établir son existence. Ce délit peut même être poursuivi d'office par le ministère public; mais la connaissance en est toujours portée devant le tribunal auprès duquel la postulation a eu lieu; c'est à lui de décider si les circonstances du fait constituent le délit et exigent l'application de la loi pénale, n serait assez difficile en effet de définir d'une manière bien rigoureuse le déUt de postulation; on peut dire en général'

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