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arU et des sciences. Véreetion du dodié de Ta^ i sovie le rappela dais sa patrie. Nc^mmé président 1 de la commission supérieure des écoles, il s*ap- I pliqua avec un lèle infatigable à répandre Tinstruction parmi le peuple. En 1815, Tempereur Alexandre le nomma ministre des cultes et de rinstruction publique dans le royaume. Il mourut en 1899. Son talent oratoire lui a valu le surnom de prinee 49 l'étoquence, IX est auteur de plusieurs ouvrages, dont les plus estimés sont un Truite $ur l'éloquence fl le efyle (Vars., 1815, 4 vol) et une traduction polonaise (mais inacbevée) du grand tn^vail de Winckelmann sur rartanUque (1815).
Le comte I^n Potoçu, né en 1761, fut un des bistoriens slaves les plus remarquables» quoique fort paradoxal. De bonne beure, cette brancbe des études Tattira. Il s*y prépara en étudiant les langues orientales et en visitant tous les pays babités par les Slaves, depuis la Poméranie jusqu*à Kialdita. Nous avons parlé de cette dernière partie du voyage aux art. Golovuni et KLÀPtoTH, U visita aussi le Caire. Il s*éUblit ensuite i^ Pétersbourg, et y resta Jusqu^en 1813; puis il partit pour la Podolie et la Yolbynie,où il mourut (à Oladowloi), le 12 décembre 1816. Ses principau3( ouvragés sont un Voyage en Turquie et en Éçypie (Yars., 1788), un Euaiêur l'histoire universelle et Hecherchea sur la Sarmutie (1789, 4 voK), une Histoire primitive des peuples de la Russie (Pétersb., 1803). Comme recueils de matériaux ces ouvrages ne sont pas sans importance. Us n*ont été tirés ebacun qu*à 100 exemplaires ; mais le dernier a été reproduit par Klaprotb, son compagnon de voyage en Asie, avec le Vcgrage dans les steppes d'Astrakan et du CauoasSf Paris, 1839, 3 vol. in-S». Ce savant à donné le nom du comte, son bienfaiteur, à un arcbipel de la mer Jaune qu'il avait trouvé dans les cartes cbinoises. Goav. Lxx.
POTOROO ou PoToaou. Hypsxprymnus, Genre de mammifères, de Tordre des marsupiaux, et très-voisin des kanguroos avec lesquels ils ont les plus grands rapports ^ et par la fbrme et Toi^nisation de leurs dents, ils font le passage des pbalangers à ces derniers, Ce qui les distingue surtout, est Tappareil dentaire. Voici ce que 4it à ce sujet ï. Cuvier (Dents, p, 133) : « dents au nombre de trente; à la mftcboire supérieure, six incisives, deux canines, deux fausses molaires et buit vraies; à la mâchoire inférieure, deux incisives, point de canines, deux fausses molaires et buit vraies. A la mâchoire supérieure, la première incisive est forte, plus longue que les autres, à trois ftiçef amm-
dies en avant, et droite sur ses deux autres côtés; elle est en outre enracinée pn^ndément, et la capsule dentaire reste libre; la deuxième est une petite dept semblid)le à Tanalogue des pétaurus et des pbalangers ; la troisième, un peu plus grande que la précédente, est trandiante et se rapproche de la forme normale des dents de son ordre. Après un petit intervalle vide, vient une petite dent mince, comprimée et crochue, qui est hi canine, et qui, comme Tanalogue des pbalangers, dépend presque autant de Tos incisif que du maxilUiire. Un large vide suit, et la première mAcbelière est une fausse molaire, roinarquable par sa forme singulière, mais dans laquelle on trouve modifiée Tanalogue des pbalangers; elle est longue, mince, en forme de coin, striée sur ses deux faces et dentelée sur son bord. Les quatre molaires qui viennent immédiatement après, se ressemblent entre eltes, si ce n'est que la dernière est plus petite que les autres, et elles ont absolument les formes des molaires des pbalangers. A la mâchoire inférieure, les inoisives ressemblent à celles des deux genres précédents , et les fausses molaires sont, comme les molaires, sans aucune exception, semblables à leurs analogues de la mâchoire opposée. Dans leur action réciproque, ces dents n'offrent rien de particulier, si ce n'est que la face externe de la fausse molaire inférieure correspond à la fkce interne de la fausse molaire supérieure, » Les caractères extérieurs des potorous sont principalement les suivants : leurs Jambes de derrière sont beaucoup plus grandes à proportion que oelles de devant, dont les pieds manquent de pouce, et ont les deux premiers doigts réunis jusqu'à l'ongle; en série, dit Cuvier, qu'on croit d'abord n'y voir que trois doigts, dont rinteme aurait deux ongles. Leur queue est ordinairement longue et robuste; la poche abdominale est complète et renferme deux mamelles. Leur estomac est grand, divisé en deux poches, et muni de plusieurs boursoufflures; le ccscum est médiocre et arrondi. Les poterous ne se nourrissent que d*herbes qu'ils paissent avec leurs longues incisives coupantes. Ils se tiennent dans les broussailles et dans les buissons, où ils poussent de petits oris asses analogues à ceux des rats. Ils sautent avet: force.
La seule espèce qui soit jusqu'à présent bien connue est le potorou de White, i^jrpsyprytn" nus fVhitei, Zool. de TUranie, pi. 10; elle a la tète triangulaire, large et un peu aplatie par derrière, pointue en avant; le mufle et les narines sont placés à l'extrémité du museau et sont séparés ^sm y^w mUieii par un sillon longitudinal;
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les moustaches sont d'une médiocre longueur; la bouche est petite^ et la mâchoire supérieure s*aTance un peu plus que Tinférieure. Quelques poils noirs surmontent Toeil ; les oreilles sont courtes, très-larges et velues à leur partie postérieure. La grosseur du cou donne à cette espèce quelque ressemblance avec les rats. Leurs pattes antérieures sont petites, pourvues d'ongles blanchâtres, longs, grêles et arqués. L'ongle du milieu est plus saillant. Les membres postérieurs sont proportionnellement plus longs et plus déliés que dans les kanguroos. La queue est presque aussi longue que le corps ; elle est grêle, écailleuse, presque nue, flexible, et porte à terre : son extrémité est terminée par un bouquet de poils. La couleur du pelage de cet animal est unlfèrmément d'un gris roux; la gorge, la poitrine, le ventre et Tin teneur des membres sont d'un blanc sale ; le dessus de la tète, le dos, une partie des flancs et des cuisses, sont d'un gris brun. Le bout de la queue est brun. Les poils sont de deux sortes : les plus profonds sont courts, doux, moelleux et un peu floconneux. Ils présentent une teinte gris de souris lorsqu'on les écarte; les extérieurs sont plus longs, roides et plus rares. Les tarses sont recouverts de poils longs, rudes et ftiuves, dirigés d'arrière en avant, et s'étendant Jusqu'à l'extrémité des ongles. Ceux des pattes antérieures, plus doux, recouvrent les ongles. Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la queue, un pied cinq lignes; de la queue, .un pied ; de la tête, du bout du museau à l'occiput, trois pouces; des membres antérieurs, trois pouces six lignes; des membres postérieurs, huit pouces dix lignes. Bn général, la taille du potorou est celle d'un petit lapin. Les potorous ont des mœurs très-douces et moins timides que celles des kanguroos. Ils sont trèsagiles et fuient en faisant des bonds considérables lorsqu'on les inquiète. De la Nouvelle-Hollande. Quoy et Gaymard rapportent qu'un de ces animaux vint enlever familièrement des restes d'aliments, au milieu d'une cabane bâtie pour les abriter, dans une excursion dans les montagnes Bleues, et qu'il s'est enfui par un trou à la manière des rats. I>b..z.
POTOSI, ville péruvienne aujourd'hui comprise dans la république de Bolivie, autrefois le chef-lieu de l'intendance du même nom dans la vice-royauté espagnole de la Plata. Située à plus de 4,SO0b au-dessus du niveau de la mer, iur le flanc méridional du mont Gerro de Potosi, dont la cime, qui s'élève à une hauteur de5,397n, présente le cratère d'un volcan éteint, cette Ville, fondée en 1547, a eu autrefois Jusqu'à
150,000 hab.; mais elle n'en a plus guère que 13,000 aujourd'hui. Ses environs sont arides : ses mines d'argent, si célèbres Jadis, qui s'étendent dans un cercle de 6 lieues alentour, font seules sa richesse. D'après M. de Humboldt, ces mines ont fourni, depuis leur découverte Jusqu'en 1789, la quantité énorme de 107,756,299 marcs d'argent; de 1544 à 1820, leur rapport a été évalué à plus de 5 milliards de tr. Cette exploitation avait attiré un grand nombre d'Indiens et d'étrangers à Potosi; mais depuis que les mines ne sont plus que d'un très-faible rapport, le nombre des habitants décroît rapidement. Coiiv. Lexigou.
POT-POUEBI, nom qu*on a dtebord donné à un ragoût composé de différentes sortes de viandes et de légumes, assaisonnés et cuits ensemble, et qu'on faisait pour ainsi dire pourrir à force de cuisson. Ce saltnigondia était servi sur la table dans le pot même où il avait cuit. Ensuite on a appliqué ce terme à un vase renfermant diverses sortes de fleurs ou d'herbes aromatiques, avec des clous de girofle, des sels et du vinaigre, destiné à parfumer les chambres. Au figuré, ce nom se donne à tout mélange sans choix, et c'est dans ce sens qu'il s'applique à tout ouvrage d'esprit composé de plusieurs morceaux sans liaison et sans ordre, à une pièce de musique instrumentale oujocale formée de morceaux connus, mais unis par le seul caprice de l'auteur. Il se dit aussi surtout d'une chanson dont les divers couplets sont sur des airs différents. Z.
POTSDAM, ville de Prusse, résidence du roi, chef-lieu d'un district de gouvernement ou régence de la province de Brandebourg, etc., est située sur le Bavel, à 4 milles de Berlin. C'est, après cette capitale, la plus belle ville de la monarchie; mais elfe est déserte malgré ses 54,000 habitants. Elle se compose de deux parties principales, la vieille et la nouveUe ville, et de quatre faubourgs. Frédéric-Guillaume I et II, et surtout le grand Frédéric, ont dépensé des sommes considérables pour son embellissement. On y remarque sur le vieux marché, entouré de beaux édifices, un obélisque en marbre rouge et blanc. Le château royal, dans la vieille ville, commencé par le grand électeur et terminé par ' Frédéric le Grand, est un bâtiment magnifique. Il forme un carré oblong à S étages. Sa fiçade principale est tournée vers le Jardin et le Havel, que l'on passe sur un beau pont de 600 pieds de longueur, achevé en 1825. Deux riches péristyles, formés l'un de 20, l'autre de 52 colonnes d'ordre corinthien relevées par des groupes et des statues, rehaussent l'aspect de ^ette demeuiy
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royale. L'hôtel de Tille de PoUdam a été érigé, en 1754, par Frédéric II, sur le modèle de celui d'Amsterdain. Le cayeau où reposent les restes du grand roi et de son prédécesseur, se trouve dans réglise de la cour et de la garnison. L'église du Saint-Esprit a une belle et haute tour. La maisoïkdes orphelins militaires entretient 600 de ces enftiuts et fournit à l'éducation de 2,000 autres fils de militaires hors de rétablissement. La porte de Brandebourg est une espèce d'arc de triomphe imité de celui de Tn^an.
Potsdam possède un grand nombre d*établissements d'instruction et de bienfaisance, une manufacture d'armes à fèu et quelques febriques. On y trouve le château de Sam-Souci, séjour favori de Frédéric II, le Château-Neuf et le Palais de marbre, maisons royales avec de beaux Jardins, ainsi que la charmante lie des Paons {Pfttueninael), dans un lac, avec une autre maison de plaisance qui ftîisait les délices de la reine Louise. Gb. Yooil.
POTT (J. B.), chimiste et médecin allemand, né à Halberstadt en 1693, mort en 1777, membre de FAcadémie des sciences de Berlin, fut professeur de chimie au collège médico-chirugical de cette ville, améliora plusieurs procédés, notamment pour la rectification de l'acide sulfurique, trouva aux environs de Berlin une terre propre à la confection de la porcelaine, et publia beaucoup d'ouvrages scientifiques (en latin et en allemand). Bouillit.
POTTER (Paul), peintre et graveur hollandais, naquit à Enkhuisen, en 1635, et mourut à Amsterdam, le 15 Janvier 1654. Élève de son père, Pierre Potter, il vint s'établir à la Haye, et se vit bientôt accablé de commandes; mais Penvie Tobligea de quitter cette ville. Son assiduité au travail abrégea ses Jours. Il excellait dans le paysage, où il occupe un des premiers rangs; mais il est surtout célèbre comme peintre d'animaux. Parmi ses chefiMl'œuvre, on cite : un Taureau de grandeur naturelle conduit par un berger (estimé 400,000 fr. sur les inventaires du musée), qui a mérité à Potter le surnom de Raphaël des animaus. Le Louvre a possédé ce tableau, qui a été rendu en 1815 au royaume des Pays-Bas. La Fâche qui pisse, autrefèis comprise dans la collection de la Malmaison, a été achetée par l'empereur Alexandre : on la voit à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Le même musée possède encore. Un chasseur devant un cabaret. Il existe de Paul Potter deux petite tableaux au musée du Louvre. Z.
POTTER (Louis-JoraMrARToiifi m), un des chefii du parti républicain en Belgique, est né à
Bruges, le 96 avril 1786. Pendant un séjour à Rome et en Toscane, il recueillit des matériaux pour les ouvrages qu'il acheva depuis son retour à Bruxelles, en 1817. Il s'est fait connaître par son Esprit de l'Église, et par d'autres attaques contre le saint-siége et l'Église catholique; la F'ie de Scipion de Ricci (Brux., 1835, 3 vol. in-8o) fit surtout beaucoup de bruit. M. de Potter travailla aussi à plusieurs feuilles politiques. Quoique lié avec différents ministres du royaume des Pays-Bas, il ne parvint à aucun poste important. A la fin, il se mit à la tète d^une société à laquelle appartenaient les principaux collaborateurs du Courrier des Pays-Bas, et il commença à faire de l'opposition contre le gouvernement, en 1838. Deux articles énergiques dans le Courrier, dirigés contre la loi exceptionnelle qui donnait aux ministres le pouvoir de punir arbitrairement les auteurs de libelles, et contre le bannissement de deux Jeunes Français qui publiaient un Journal trop indépendant, lui attirèrent un emprisonnement de 18 mois et une amende de 1,000 florins. M. de Potter, qui Jusque-là avait été un adversaire déclaré de TÉglise, écrivit alors dans le sens politique du parti catholique antihollandais , et se mit à la tète de l'union dite des républicains ou du parti philosophique et des catholiques. Son Projet d'association pour réaliser les libertés écrites dans la loi fondamentale des Pays-Bas, publié par le Courrier, le fit condamner à 8 ans d'exil, le 30 avril 1850. Il alla s'établir à Lausanne , et le 3 août il écrivit d'Aix-la-Chapelle au roi des Pays-Bas une lettre dans laquelle il lui donnait le conseil de profiter de la leçon des Journées de Juillet en France, et de prévenir la perte de la Belgique pendant qu'il en était temps encore. . Lors de la révolution de septembre, M. de Potter se rendit de Paris à Lille, et, sur la nouvelle de la victoire du peuple, il courut en hâte à Bruxelles. Aussitôt après son arrivée (27 septembre), il fut nommé membre du gouvernement provisoire.
Dans le comité central, il proposa une nouvelle constitution, et lorsque, le 10 nov., se réunit le congrès national, il parla avec chaleur, mais en vain, pour la création d'une république sous un président. La minorité des membres du gouvernement provisoire se décida, contre son opinion, à remettre ses pouvoirs aux mains du congrès national; alors il donna sa démission, le 15 nov. 1850, et, comme elle fut accueillie avec indifférence, il se rendit bientôt après à Paris. Avant Pélectlon du régent belge, il retourna à Bruxelles, mais quand elle fut décidée il revint à Paris. Il a publié dans cette ville un ouvrage étendu et
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plein de recherches, mais qui a fait peu de sen*sation, sous le titre A'Biêtoire philoiophique, politique et critique du chriêtianiime depuis Jésus-Chriit jusqu'au %!!• êièole (1856-1837, 8 vol. iii-8o).L*auteur n*a pas reparu sur la scène politique. Coht. Lixigoh.
POU ipediculus), insecte aptère, de Tordre des parasites, et dont le corps déprimé, ovalaire, presque transparent, est muni de six pattes terminées par des ongles ou des crochets très-forts. La bouche est formée d*un petit mamelon en forme de trompe, renfermant le suçoir à Taide duquel ils pompent le sang, après avoir peroé la peau au moyen d*un aiguillon que ranimai porte à Textrémité du ventre. Les œufe {lentes) éclosent au bout de 5 à 6 jours; les petits changent plusieurs fois de peau ; cependant telle est la rapidité de leur croissance, qu*au bout de 10 jours ils ont atteint tout leur développement Ces insectes pondent un nombre si considérable é'œuH que deux individus suffiraient, selon le calcul qu*on en a fait, pour produire, au bout de 3 mois, 18,000 de ces parasites. Cette fécondité extraordinaire, jointe à des habitudes de malpropreté, expliquent suffissanunent le développement de la phthiriasef ou maladie pédiculaire dont Tintensité est quelquefois assez grande pour amener un dépérissement mortel. Trois espèces de ce genre sont propres à rhomme. On prétend que certaines peuplades d*Af)rique mangent avec délices ces dégoûtants parasites, contre le développement desquels le meilleur re* mède est, après les soins de propreté, remploi d'une pomnôade mercurielle. G. Saugieotti. POUCE (ano^., 9nétrol,).yox»T^i^ti^i^, etc. — Pour ce qu*on nomme pouee ftmtainierf vcor* PonTAini.
POUDING, f^qr. PuDDUio.
POUDINGUE. {Géologie*) Cette expression, d'origine tout à fait anglaise, indique une substance minérale dont Taspect se rapproche |rfus ou moins de ce mets favori des Anglais connu sous le nom de plum-pudding. En effet, le poudingue minéral n*est qu*un assemblage de cailloux roulés, agglutinés avec un ciment naturel. Cette substance se trouve abondamment dans la nature et partout où coulent des fleuves ou des rivières; mais une petite quantité seulement mérite notre attention ; une seule variété même peut être de quelque emploi dans les arts. — L*éclat, la finesse, le poli de certains poudingues les ont fait prendre pour des porphyres par quelques minéralogistes; toutefois, les caractères qui les distinguent çont trop évidents pour que la confusion puisse exister; il n'y « pas mène
entre eut de rapports d'origine, puisque M linfl sont de première formation, les autres au cou» traire sembleraient appartenir aiix terrains d'aïluvion, mais non pas exclusivement4— La nature des poudingues peut être extrêmement variable : tantôt le ciment qui entoure le galet est siliceux, tantôt il est calcaire^ le galet lui-même présenté une foule de modifications qui ne permettent paà de leur assigner une composition générale. ^— De toutes les variétés, la plus remarquable est celle qui a servi de type aux Anglais pour leut puddingstone / il se rencontre dans le comté d'Hereford, en Angleterre. Son noyau n'a que le volume d'une amande ou d'une noix ; il est de nature siliceuse, présentant des couleurs trèsvariées, quelquefois assex vives et tranchant bien sur le fond. Son ciment est sablonneux, gris ou rougeàtre, de nature silioée, comme le noyau lui-même, et susceptible d'un beau poli. Malheureusement, ce poudingue est extrêmement rare^ et encore ne le rencontre-t-on que sous forme de petites masses de quelques pouces de diamètre, dont on ne peut faire que des plaques, des boites et autres menus objets. — On rencontre quelquefois, particulièrement en fibérie, des poudingues d'une formation tout à fait différente : ils présentent dans leur intérieur des couches concentriques toujours parallèles à leur surface, ce qui semblerait indiquer que ce n'est point au frottement qu'ils doivent leur forme arrondie. — Ce que les poudingues oArent de plus singulier, c'est qu'ils se réunissent quelquefois les uns aux autres de manière à former de véritables murailles de plusieurs centaines de pieds d'élévaUon, et d'une épaisseur proportionnelle. Il en existe une sur les côtes occidentales de l'Ecosse qui a «)0 pieds de haut sur 60 d'épaisseur; elle est adossée à des montagnes taillées à pic. Souvent, ces murailles, minées à leur base parles eaux, s'écroulent en se déchirant, de sorte qu'une moitié reste debout, pendant que l'autre se renverse. Ce phénomène est surtout remarquable sur les bords des grands fleuves, des laos ou de la mer. Parmi les autres variétés dont on cite également la teinte et le poli, se trouve celle de la vaUée de Cosseyr, dans la haute Egypte, très-esttmée des marbriers iUliens. Les Égyptiens en ont fait de magnifiques sarcophages, entre antres le tombeau de CléopAtre, qui se trouve maintenant à Londres. Cti poudingue se rapprotiie beauooup du porphyre antique vert, et sert aussi à des vases et à ûté ornemente d^ne grande beauté. Il en est éé même des poudini^es du Algi, en Suisse, devenu célèbre par §w banes, qui, en 1807^ écrasèrent
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et ensevelirent le village de Goldau. Mous devons encore citer celui que Ton rencontre en couches épaisses dans Tintérieur de Isthme de 8uex, à la montagne Kouge, et dans la vallée qui conduit de Tancienne Memphis à la mer Rouge. Les anciens Égyptiens en taisaient des statues colossales, comme celle de Memnon* U est composé de galets, de jaspe Jaune et brun, connu sous le nom de oaiUoug d'Égypie, réunis par un grès quartaeux lustré exceuivement solide. » Il ne faut pas confondre les poudingues avec les brèoheê, qui sont aussi des agrégats composés de fragments de roches préexistantes, réunis par un ciment t on les reconnaît à leur forme anguleuse, qui exclut toute idée de transport éloigné; il en est même que Ton dirait formées sur la place même qu'elles occupent, puisque leurs fhigmentg anguleux appartiennent ik la roche qui les supporte^ fsit très-commun dans les filons. G. Faviot.
POUDRE, atome, poussière, petites particules de terre desséchées qui s*élèvent à la moindre agitation, au moindre vent. Au figuré, Jeter de la poudre aux yeux, c*est imposer, éblouir par ses discours, par ses manières. Les érudits ont fait remonter ce proverbe aux Jeux Olympiques; ils prétendent qu*on disait de ceux qui avaient gagné les devants : Us Jettent de la poudre aux yeux des autres.
Povaai désigne aussi différents corps» différentes substances solides qn*on a broyées ou pilées et réduites en molécules très-ténues : de la poudre diris, de corail, de violette ; du suare, du tabac, du café en poudre.
Povaii, divers médicaments, simples ou composés, ayant fbrme de poudre 9 poudre médicale, purgative, vermifuge, pectorale, sternutatoire, denlifHce, antispasmodique; poudre d*ipécaouanha, de magnésie; prendre des poudres.
PosBAi, ce qu*on met sur récriture pour la sécher, pour empêcher qu*elle ne s^effaioe : pou* dre de buis, poudre de bois de Brésil.
Pouaai à poudrer, amidon pulvérisé dont on s*est servi et dont on recommence à se servir encore pour les cheveux. Un mil de poudre, un petit mil de poudre, c*est une teinte légère de poudre. Poudrer quelqa*un, poudrer sa perruque, se poudrer^ c*est couvrir légèrement de poudre. Poudré à blanc, extrêmement poudré. Lescheveux sont la parure naturelle de rhomme : i(*est pour cette raison qn*on a cherché à corriger ce qu*lls pouvaient avoir de défectueux. Les anciens les teignaient en blond, quelquefois même ils ta couvraient de poudre d*or« On Ut dans Brantôme, que Marguerite de Valois, qui
était désespérée d^avoir les cheveux très^noirs, recourait à toute sorte d*artifices pour en adoucir la couleur. Le premier des écrivains de France qui parle de la poudre est TÉtoile, dans son journal, sous la rubrique de 1593. Il rapporte qu*on vit alors trois religieuses se promener dans Paris frisées et poudrées. Depuis, la poudre devint peu à peu à la mode en ïrance, et passa ensuite chei les autres peuples. Sur la fin de Pavant-dernier siècle, Il n*y avait guère encore que les comédiens qui fussent poudrés et seulement à la scène. X.
POUDRE ATIRER. ( Technologie.) G*est un mélange Intime de salpêtre, de souflïre et de charbon, qui s*enflamme aisément et sert à charger les canons, les fusils et les autres armes à féu* — Ou prétend que les Chinois connaissaient la poudre et se servaient du canon dans leurs guerres plusieurs siècles avant notre ère. Cette assertion ne s*appuie pas sur des ftiits positifi, et Pépoque de la découverte de la poudre reste eucore incertaine* Cependant, les historiens 8*accordent à dire que la poudre fut pour la première fois employée en 1858 dans les guerres de PSurope.— Le salpêtre ou nitrate de potaue est un sel blanc, d*une saveur fraîche et salée. Il cristallise en prismes ou aiguilles profondément cannelées; celui qu*on recueille sur les murs est sous forme d*efflorescences composées de petits cristaux très-déliés, et prend le nom de salpêtre de houssage. U se dissout bien dans Peau, mais en plus grande quantité à chaud qu*à froid. Une forte chaleur le fond d*abord et le décompose ensuite en potasse, oxygène et aiote. Projeté sur des charbons ardents, il fuse en produisant de vives scintillations. Il entre dans la poudre pour les trois quarts de son poids environ. La fabrication des acides sulfurique et nitrique en consomme d*énormes quantités. -^ Le salpêtre est un produit naturel, dont le mode de génération est encore inconnu. Les uns prétendent que Paxote fourni par la décomposition des matières végétales ou animales s*unit à Poxygène de Pair pour former Pacide nitrique. En effet, le salpêtre se forme dans les lieux habités par les hommes ou les animaux, dans les caves, les étables, les bergeries. D*autres prétendent que Pacide nitrique est produit par hi combinaison des éléments de Pair, sous Pinfluence de certaines circonstances inconnues sans le secours des matières organisées. En effet, on a rencontré le salpêtre dans des lieux entièrement incultes, dans des grottes où n'apparaissait «icun vestige de débris animal; on Pa trouvé en masse sous la sole épaisse d'un four de boulanger , et J*ai vu ces efflorescences
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couvrir les murs de Pescalier du clocher de Toul, à près de 80 mètres de hauteur, loin du voisinage de toute matière animale ou végétale. Ces deux opinions contraires sont peut-être également fondées, et il se peut que le salpêtre se forme dans des circonstances très>variées. On se contente de recueillir le salpêtre naturel ; cependant, on en fabrique aussi artificiellement. — Les nitrières artificielles sont établies dans le nord de TEurope. En France, en Prusse, on les a abandonnées comme donnant un produit peu abondant et trop coûteux. La production du nitre factice a lieu quand on expose au contact de Fair un mélange de matières azotées et humides avec des carbonates dont les bases sont puissantes, ceux de potasse ou de chaux. Pour cela, on prépare une terre en mêlant intimement du fumier et de la terre meuble ordinaire ; on dispose le mélange sur une aire d*argile bien battue , qu*on recouvre d*un toit pour que les eaux pluviales n*entratnent pas les sels formés. Si la terre ne contient pas de carbonate de chaux, on y ajoute un calcaire quelconque , ou de la marne ou de la cendre de bois. On arrose de temps en temps avec de Turine ou de Teau de ftimier, en ayant le soin aussi de remuer le mélange pour renouveler les surfaces et faciliter Taccès de Pair. Au bout d*un certain temps, les terres sont assez salpêtrées pour être lessivées. ^ Dans les pays chauds , TEspagne, Tlnde, TÉgypte, le salpêtre se produit abondamment et vient s*efileurir à la surface du sol. On enlève la couche de terre superficielle , qu*on lessive ensuite. Les eaux de lessivage sont concentrées, soit à la chaleur du soleil , soit dans des chaudières placées sur des fourneaux, et déposent par le refroidissement de nombreux cristaux de nitre. Ce salpêtre est ordinairement assez pur. —En France, on retire le salpêtre des matériaux de démolition, du sol des caves, étables, bergeries, granges et autres lieux humides et habités. Il s*y trouve en petite quantité et mêlé à d*autres sels, les chlorures de potassium, de sodium, le nitrate de magnésie, et surtout le nitrate de chaux et le chlorure de sodium ou sel marin. On entasse les matériaux ou les terres dans des cuviers en bois, et on les lessive de manière à les épuiser avec le moins d*eau possible. Quand les eaux de lessivage marquent de 8 à 19» de Taréomètre de Baume, on y verse une dissolution de potasse 'du commerce, qui transforme les nitrates terreux en nitrate de potasse, en déterminant un précipité abondant. La liqueur est décantée et portée dans de grandes chaudières en ouivre, où elle est évaporée. Pendant Tévapora-
tion , les chlorures de potassium et de sodium se précipitent et sont enlevées avec soin. Quand les eaux concentrées marquent 45 à 48» de Taréomètre, on les verse dans de petits bassins en cuivre ou en bois, appelés criatallisoin ; et par le reflroidissement,*le salpêtre se dépose en nombreux cristaux : ceux-ci sont recueUlis et lavés, soit avec de Teau pure, soit avec de Peau saturée de salpêtre, pour dissoudre les cristaux de sel qui les environnent et enlever les eaux mères qui les mouillent. — Ce procédé d*extraction du salpêtre est remplacé maintenant, et tout récemment, par un autre, qui consiste à transformer en salpêtre, au moyen du chlorure de potassium, le nitrate de soude, dont on a trouvé un gisement considérable au Chili. Ces deux sels, dissous ensemble, font échange de base, et se séparent par la cristallisation en salpêtre et sel marin. Le chlorure de potassium se trouve dans les sels que Ton obtient en lessivant les cendres provenant de Tincinération des varechs, qui croissent abondamment sur les bords de la mer. C*est en faisant réagir les quantités déterminées de nitrate de soude et de sels de varech qu*on prépare maintenant de grande quantités de salpêtre. On peut aussi traiter par ce procédé les eaux provenant du lessivage des terres et des matériaux de démolition. En y versant du suN fate de soude, on change les nitrates terreux en nitrate de soude, qu^on transforme ensuite en salpêtre au moyen des sels de varech. ~ Quel que soit le mode de préparation du salpêtre, il n*est pas assez pur pour servir à la fabrication de la poudre : il contient encore 10 à 20 pour cent de sels étrangers, surtout de sel marin. C*est par une opération appelée raffinage qu*on le purifie complètement. On étend dans un vaste bassin de cuivre peu profond, appelé crkâallisoir, environ 4,000 kilogrammes de salpêtre brut, sur lequel on verse assez d*eau salpêtrée, provenant d*autres opérations, pour Ten recouvrir complètement. Cette eau s^oume pendant un jour : on a soin de remuer le salpêtre pour renouveler les surfaces et faciliter Pactioh dissolvante. L*eau saturée de salpêtre dissout une grande quantité de sel marin, sans dissoudre le salpêtre; ce dernier est ensuite relevé sur les bords du bassin, égoutté, et jeté dans une grande chaudière en cuivre avec environ 1,900 litres d*eau de fontaine. On met le féu sous la chaudière. Quand le salpêtre est dissous et écume, on verse une dissolution de 1 Idl. 50 de colle forte dans le bain, qu^on agite fortement: on voit alors surnage une écume épaisse, formée par les matières insolubles et terreuses, que la
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colle, contmeun réseau, rassemble à la surface, et qu*on enlève avec soin. Quand le liquide est bien clair et bien limpide, on le yerse dans le grand cristallisoir, où le salpêtre se dépose pendant le refroidissement ; on a le soin d*agiter sans cesse la liqueur avec des rabots en bois, tant pour bâter le refroidissement que pour empêcher le salpêtre de se prendre en masses cristallines, et le forcer à se précipiter sous forme de poussière fine et ténue. Au fur et à mesure de cette précipitation, le salpêtre est relevé sur les bords et porté dans des caisses en bois de forme prismatique, où il subit Topération du lavage. Il est alors toute fait pur, parce que les eaux mères ou surnageantes retiennent tout le sel marin quMl contenait encore ayant d^être mis dans la chaudière, mais il est mouillé par des eaux trèsimpures dont il faut le débarrasser. A cet efifet, on verse sur les caisses de lavage pleines de salpêtre 600 litres d'eau de fontaine, en trois arrosages successifs et égaux : ces eaux entraînent les premières et le salpêtre est purifié. On le porte alors au séchoir, où il est étendu sur le fond d*un bassin en cuivre, plat et peu profond, chauffé, soit par un fbyer particulier , soit par la fumée et Tair chaud du fourneau de la chaudière. On renferme ensuite dans des barils, qui sont envoyés aux poudrières. — Le salpêtre raffiné ne doit, d*après les règlements, contenir ^e Vsooo àe sel marin : il est ordinairement beaucoup plus pur et ne contient quelquefois que Vt 5000 de sel. On en fait Tanalyse avec le nitrate d^argent. Pour cela, on dissout dix grammes du salpêtre à essayer daus de Teau distillée, et on y verse avec une pipette graduée un centimètre cube d'une dissolution de nitrate d'argent , préparée de manière que cette quantité précipite '/sooo de sel marin : la liqueur filtrée ne doit plus se troubler par une nouvelle addition de la liqueur d'épreuve. — Le salpêtre brut est livré par des salpêtriers, qui le récoltent. Ils sont munis d'une commission du ministre de la guerre, qui leur donne le privilège, d'après la loi du 13 fructidor an v, d'enlever les matériaux de démolition, sous la condition de les remplacer par des matériaux de même volume. Une épreuve particulière détermine le degré de pur du salpêtre livré par eux, et le prix leur en est payé immédiatement. Le prix du kilogramme de salpêtre pur a été de 1 fr. 80 c. de 1830 à 1836; il a été abaissé à 1 fr. 10 c. en 1837, et subira sans doute encore une réduction. L*épreuve du salpêtre brut est très-simple :eile consiste à en laver 400 grammes avec sept décilitres et demi d*eau parfaitement saturée de salpêtre : les sels étran-
gers sontseulsdistous par ce lavage, et lesalpêtre pur restant est pesé et indique le degré de pureté. Le gouvernement fait son approvisionnement en achetant à la fois du salpêtre indigène et du salpêtre exotique. Si l'on prend la moyenne des achats de cette matière faits de 1830 à 1835, on trouve que l'administration en a acquis annuellement 1,334,000 kilogr., dont 1,138,000 d'indigène et 196,000 d'exotique.
On fabrique des poudres de guerre, de chasse, de mine et de commerce extérieur. Leur dosage, ou la quantité des matières composantes, varie avec chacune d'elles. La même poudre se divise aussi en plusieurs espèces ; en voici le tableau :
Salpêu SoaCre. Charbon.
Poudred. guerre j*^,°^„,j^ 75 13.50 M.50
I fiae,
Poudre .
(de I de< e:
78 10 là
tnoe, superfine, royale, de mine, ' i commerce 63 extérieur.
La différence entre les espèces d'une même poudre ne réside que dans la grosseur du grain, et quelquefois dans un plus grand soin apporté à la fabrication. ^ On fabrique les poudres par deux procédés différents : le premier et le plus ancien emploie les moulins à pilons; dans le second, on se sert des meules, laminoirs, mélangeoirs, etc.; nous les examinerons tous les deux. Quel que soit le procédé, on commence toujours par préparer avec soin les matières premières. Le salpêtre raffiné est tamisé pour en séparer les corps étrangers, bois ou cailloux, qu'il peut contenir. Le soufre est préparé dans un établissement spécial à Marseille ; il est extrait par distillation du soufre brut du commerce, et coulé daus des barils qui sont envoyés aux poudrières. Le charbon se fait dans les poudrières, soit à l'étouffé, dans des chaudières en fonte enfoncées en terre, soit par distillation, dans des cylindres en tôle ou en fonte. On n'emploie que des charbons de bois blanc préparés avec le saule, le peuplier, l'aune et le noisetier; celui de bois de bourdaine est réservé pour les poudres de guerre et de chasse superfine. La qualité du charbon influe beaucoup sur celle de la poudre ; il doit être léger, sonore, poreux et cassant; le charbon roux obtenu par distillation, et qui convient bien aux poudres de chasse, est le produit d'une carbonisation incomplète. Le charbon est trié à la main , au sortir de Palelier de carbonisation, pour en séparer les corps étrangers et fumerons; on n'en fait jamais d'approvisionnement, parce qu'à l'air il perd de set qualités. — Nous allons
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ençpûser avec détail la fobricatton de la poudre de mine au moyen des moulins à pilons; et comme elle est presque la même pour les autres poudres, nous nous contenterons pour ces dernières de signaler quelques différences.
Poudre de mine* On se sert pour cette poudre de charbon de bols blanc. Le soufre et le charlH>n sont d'abord triturés ensemble. A cet effet, on met dans une tonne en cuir, contenant des Çobilles en cuivre, 18 kil. de charbon et 30 kil. de soufre en morceaux; la tonne est montée sur rarbred*une roue hydraulique, qui lui donne un mouvement rapide de rotation; les gobilles en se choquant entre elles opèrent une pulvérisation complète. Après une trituration de 5 heures, la matière est réduite en poudre impalpable; elle est retirée de la tonne et versée dans un roaye avec 63 k. de salpêtre et 8 k. d*eau : Touvrier en commence le mélange avec la main, et le termine avec un crible en toile métallique. La matière ainsi préparée est portée dans les moulins à pilons : ce sont dès ateliers bâtis ou seulement recouverts en planches, pour offrir moins de résistance et occasionner moins de dégâts parune explosion. On y compte ordinairement 30 mortiers, qui sont creusés en forme de poire dans une grande pièce en chêne; les pilons sont soulevés par des cames adaptées à un arbre horizontal , que fait tourner une roue hydraulique, par Tintermédiaire d*une lanterne et d*un rouet. Chaque mortier reçoit 10 kil. de matière, et 3/4 de litre d*eau; on donne Teau à la roue, et les pilons battent pendant 5 heures, à raison de 55 coups par nûnute. On fait un rechange après chacune des trois premières heures : par cette opération essentielle, on transvase la matière d'un mortier dans un autre, et on détache avec soin, au moyen d*une main en cuivre, les croûtes qui se sont attachées au fond et qui n'obéissent plus à l'action du pilon. La matière battue est retirée du mortier et portée dans un atelier appelé grenoir: elle est en vmorceaux denses et fermes, qu'il faut concasser et réduire en grains. Cette opération se fait sur un crible en peau, dont les trous ont deux millimètres de diamètre, à Taide d'un tourteau ou disque en bois dur et pesant, qui, glissant sur la matière, l'écrase par son poids et la brise, en la heurtant contre les parois du crible. L'ouvrier imprime â la fois un mouvement de va-et-vient au crible et de rotation au tourteau. Le grain passe avec de la poussière ou poussier; on les sépare sur un crible ou grenour à trous plus petits, qui ne laisse passer que le poussier et retient le grain. Ce dernier est encore passé dans un grenoir à trous plus
gros, pour retenir les croûtes ou gros fk^gmentg qui ont échappé au tourteau. La poudre ainsi préparée est portée au séchoir.
Poudre de guerre. Dans la fabrication de cette poudre, on n'emploie que le charbon de bois de bourdaine; et le soufre est trituré à part pendant 2 heures dans la tonne à gobilles. Les mortiers sont d'abord chargés en charbon seulement, avec un peu d'eau, et reçoivent, après un court battage , le souflre et le salpêtre en quantité convenable. Le battage dure 8 heures; il était jadis de 13 heures : la poudre est ensuite grenée, soit en canon, soit en mousquet, tamisée et égalisée.
Pondre de chaste fine. La fabrication de cette poudre est la même que celle de la poudre de mine. Les matières sont battues sous les pilons pendant sept heures et demie, ensuite grenées, tamisées, égalisées, et enân lissées. Le lissage a pour but de détruire les aspérités des grains, en les faisant glisser les uns sur les autres, et de leiir donner un certain lustre qui les rend plus résistants. Cette opération se fait en mettant la poudre encore humide dans une tonne en bois, montée sur l'arbre d'une roue hydraulique, qui lui imprime un mouvement lentde rotation pendant 13 heures. £q sortant du lissoir, la poudre est tamisée de nouveau, pour la débarrasser des croûtes qui se sont formées. Le lissage donne à la poudre plus de densité, qualité très-précieuse.
Poudre de chasse superfine* On emploie pour cette fabrication du chart>Qn de bourdaine. La matière est battue pendant 13 heures, et grenée en poudre de chasse fine : ces grains sont battus pendant 3 heures sous les pilons et grenés de nouveau en chasse fine; les grains sont de nouveau battus pendant 3 heures, grenés de nouveau, puis rebattus encore pendant 4 heures environ, et enfin grenés en poudre superfine : ces divers battages et grenages ont pour but de mélanger plus inliinement les matières composantes. Celte poudre est lissée : son grain est plus fin que celui de la poudre de chasse fine, et elle est bien plus fbrte. — La poudre de commerce extérieur se fabrique comme celle de mine, et n'en diffère que par la grosseur du grain; quelquefois elle est lissée pour lui donner un aspect plus agréable.— Nous allons maintenant décrire le procédé de fabrication de la poudre de chasse, à l'aide des meules et mélangeoirs; il parait que ces machines douuaieut des poudres de guerre torp fortes. — On commence par triturer le charbon seul pendant 13 heures dans la tonne à gobilles; on y ajoute ensuite le soufre en morceaux, et le tout est trituré pendant 6 heures. On retire
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la matière parfaitemeDi pulYérUée, et ob ^jquU le Mlpétre en quaoiité convenable. Le mélange de ces treis matières est fait dans une tonne en cuir, appelée tnélangeoir, contenant des gobiUes en bronze, qu'une roue hydraulique fait tourner pendant 12 heures. Au bout de ce temps, le mélange est parfait; il est arrosé de â p. <»/o d*eau et porté sous dea meules en fonte, mues par des arbres d« couche, et qui compriment la poudre dans une auge circulaire en bois d^orme; un mécanisme particulier relève la matière derrière les meules pour renouveler les surfaces : au bout d*un certain temps, la galette est dense, ferme, et assez dure pour être grenée : eUe est concassée en morceaux avec un marteau de bois et portée au grenoir. Le grenage se fait dans les cribles ordinaires; mais eeux-d ne sont pas mus par les ouvriers : ils reposent en nombre sur un châssis auquel une roue hydraulique imprime un mouvement convenable de rotation. Par une disposition particulière et ingénieuse , le grain se dépouille à la fois des ramandeaux et du poussier, se divise selon la grosseur voulue, et sort du grenoir tout préparé et en peu de temps. Le poussier recueilli est passé sous des laminoirs qui le compriment et lui donnent assez de dureté pour être grené; le laminoir se compose de trois cylindres superposés, dont les deux extrêmes sont en euivre, et celui du milieu en boia, et qu*enroule une toile sans fin, sur laquelle est placé le poussier. Cette compression se f^t aussi à Faide d'une presse hydraulique. Le grain enoore huiQide est lissé, puis porté au séchoir.
Séciuige. Les poudres grenées sont séchées, soit au soleil, soit à Taide d'une chaleur artificielle. Le séchoir à Tair se compose de tables en bois reposant sur des murailions de 1 mètre de hauteur, et sur lesquelies on développe des draps. La poudre est étendue en couche mince, remuée de temps en temps pour renouveler les surfaces, et sèche parfaitement à une douce chaleur. Quelquefois les rayons du soleil sont assez ardents pour volatiliser sensiblement le soufre et ne pas permettre de continuer le séchage. Dans la sécherie artificielle, un ventilateur pousse Tair dans de gros tuyaux en cuivre, contenant intérieurement de petits cylindres creux chauffés par un courant de vapeur d'eau; Tair chaud traverse, par l'action du ventilateur, la couche de poudre étendue sur un drap qui recouvre la caisse dans laquelle sont les cylindres* Les poudres sèches sont mélangées de poussier, qu'on sépare sur un tamis fin : cette (^ration s'appelle ipousMêiage.
Empaquetage et etnbarillage. Les poudres
fabriquées sont enfermées dans des barHs, des sacs, ou des cartouches. La poudre de mine est mise dans des sacs de toile, contenant 50 kil., qu'on enferme dans un baril. Celle de guerre est mise dans des barils de 50 kil. ou 10» kil., qui sont enfermés dans dea chapes : ce douUe barillage est nécessaire pour conserver la poudre dans les transports. La poudre de chasse fine est mise dans des cartouches de 1/4, l/fi, l/16dekil., qui sont renfermées dans des caisses. La poucire de chasse superfine ne se met que dans des cartouches de 1/3 kil., où elle est enveloppée dHina feuille de plomb.
QitaHéés et épreuves. Totttes les poudres Uh bnquéea subissent des épreuves avant d'être livrées à la oonsommatiOB : elles doivent avoir uft grain égal, dur çt bien dépouillé de poussier. L'égalité du grain se juge à la vue. La dureté est convenable si le grain pressé fortement par les doigts dans le creux de la main ne s'écrase que difilcilement; le grain est bien épousseté s'il ne laisse pas de trace en glissant sur le dos de la main. La poudre de guerre est essayée dans un mortier; 99 grammes de poudre doivent lancer à 335 mètres de distance un ghibe en cuivre pesant 30 kil. : la poudre de mine ne doit le porter qu'à 180 mètres. Les poudres de chasse sont essayées, soit dans un fusil -pendule, soit dans une petite éprouvette à ressort, dite de Régnier. Le ressort à la forme d'un Y; une de ses extrémités porte une petite chambre en cuivre, que ferme un obturateur fixé à l'autre extrémité: la pou<hre placée dans la chambre rapproche deux branches par l'explosion, et le rapprochement, indiqué par un index mobile, mesure sa force. Le ftasU-pendule est tm canon de fusil suspendu horizontalement par son centre de gravité à des tiges verticales en fer qui lui permettent d'osciller; le recul de l'arme pendant l'explosion , mesure la fèrce de la poudre. — Nous dirons quelques mota de la poudre ronde: ses grains sont parfaitement sphérlques et bien lustrés; l'aspect en est très-agréable. Sa forme est bien ceHe qui ofi^ le plus de résistance au choc et à la pression, mais son mode de fabrication lut donne une porosité et une faible densité qui ne lui permettent pas de supporter de longs transports. Sa fabrication est très-simple : les trois matières bien pulvérisées et mélangées dans une tonne à gobiUes sont humectées de 10 p. •/<> d'eau, tamisées et enfermées dans une tonne tournante; il se forme par le frottement de petits grains irréguliers appelés noyawp : ces derniers sont recueillis avec un tamis, et remis dans la tonne avec une certaine quantité du pre-
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mier mélange. Pendant le mouvement de rotation, les noyaux grossissent en s^enveloppant de matière, et finissent par prendre une forme sphérique.
Adtniniêtration, La fabrication des poudres est confiée à une administration particulière, dont un lieutenant général d*artillerie est le directeur. Sous ses ordres, les commissaires des poudres et salpêtres dirigent les établissements qui leur sont confiés. Us sont divisés en trois classes, et pris parmi les élèves des poudres, qui sortent tous de Técole polytechnique. Ils sont nommés par le ministre de la guerre; dans chaque établissement réside un officier d^artillerie avec le titre d'inspecteur. Les produits fabriqués sont livrés à rarlillerie, à la marine et aux contributions indirectes , dont les agents vendent aux particuliers les poudres de chasse et de mine. — L^administration des poudres compte 91 établissements, dont 11 poudrières, 9 raffineries de salpêtre et une soûlerie. Chaque établissement reçoit au commencement de Tannée une commande, soit en poudres, soit en salpêtre : ces commandes sont calculées d*après les besoins des divers ministères. En prenant la moyenne des quantités de produits fabriqués de 1830 à 1835, on voit que Tadministration a fabriqué annuellement 1,637,000 kilogrammes de poudres , dont 728,000 kil. poudre de guerre, 461,000 kil. poudre de mine, 340,000 ^1. poudre de chasse fine ou ordinaire, 61,000 kil. poudre de chasse superfine, 32,000 kilog. poudre royale, et 15,000 kilogrammes poudre de commerce extérieur. — La poudre, en s'enflammant, donne naissance à plusieurs gaz, Tacide carbonique, Toxyde de carbone, Tazote, la vapeur d*eau, et à un résidu solide de sulfure de potassium, qui croise les armes. Un litre de poudre produit 450 litres de gaz à 0»; mais ce volume devient peut-être vingt fois plus grahd, à cause de Ténorme température qui se produit dans rexplosion. C*est cette prodigieuse et rapide extension des gaz qui explique la force de la poudre. La poudre la plus ft)rte n*est pas la meilleure, parce qu*elle réagit sur les armes et les détruit, sans porter plus loin le projectile. On sait que le mouvement ne se communique pas instantanément, et une inflammation trop prompte aura produit une partie de son effet contre Farme quand le projectile commencera seulement à se mouvoir. Elle doit être telle que tous les grains s^enflamment successivement tant que le projectile est dans Tarme, et que la combustion soit complète au moment où il la quitte. La densité de la poudre a une grande in-
fluence sur ses effets : une poudre légère et po« reuse est brisante, parce qu'elle s'enflamme trop vite; si elle est trop dense, son inflammation est lente et difficile, et le projectile a quitté l'arme quand tous les grains ne sont pas brûlés. U existe donc une densité convenable, qui donne la portée la plus longue sans endommager l'arme. Un mot sur les poudres particulières et généralement peu en usage. On fait une poudre à tirer blanche, en triturant ensemble 10 p. salpêtre, 1 p. soufre, et 2 p. sciure de sureau : elle est moins f6rte que l'autre. On compose une poudre blanche fulminante en pulvérisant et mêlant 3 p. salpêtre, 1 p. soufre, et 2 p. crème de tartre : ce mélange, chauffé légèrement dans une cuiller en fer, détone avec violence. On ftiit de la poudre cuite en faisant bouillir dans Peau un mélange convenable de salpêtre, soufre et charbon réduits en poudre, évaporant à siccité, etgrenant la matière sèche : elle a moins de force que la poudre ordinaire. Les amorces des fusils à piston se font avec de la poudre fulminante ; cette poudre était faite jadis avec du chlorate de potasse, mais elle oxydait promptement les armes : on la fait maintenant avec de l'argent ou du mercure fulminant. On prend, pour la composer, une partie de cette substance détonante qu'on mêle avec trois parties de poussier de poudre ordinaire ; on l'humecte avec de l'eau légèrement gommée, et l'on en forme ainsi de petits grains que l'on laisse bien sécher avant d'en faire usage. La poudre fOîminante n'a pas été inconnue à Roger Bacon , et c'est de cette poudre et non de celle à tirer qu'il parle dans un de ses ou* vrages. H. Yiolbttk.
POUDRES (coNSPiRJLTioii des). Le roi Jacques I«' d'Angleterre, qui était monté sur le tr^ne en 1603, après la mort d'Elisabeth, se montrant moins ardent à protéger la religion protestante que son prédécesseur, les catholiques en conçurent de grandes espérances, qui cependant ne tardèrent pas à s'évanouir. Quelques-uns d'entre eux conçurent la pensée d'un des plus atroces projets d'assassinat. Ils se proposaient de faire sauter le roi et les membres des deux chambres au moyen d'une mine pratiquée sous le local des séances du parlement au moment où le cortège s'y rendrait, le 5 novembre. Les conjurés devaient ensuite proclamer reine la princesse Elisabeth, fille de Jacques I», réunir tous les catholiques sous leurs drapeaux et déclarer cette religion dominante. Ils étaient peu nom? breux. L'un d'eux, Thomaê Percy, loua une cave sous le palais du parlement, et un bâtiment voisin. Il remplit la cave de poudre et creusa avec
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les complices une mine dont rentrée conduisait au bâtiment qu*ils avaient loué. Tout était prêt pour Fexécution, lorsque Monteagle, ami de Tun des conjurés, reçut une lettre anonyme dans laquelle on le priait de ne pas se rendre au parlement, parce qu^un coup terrible devait être frappé par une main invisible. Il montra cette lettre au secrétaire d'État, comte de Salisbury, qui la fit voir au roi. Jacques soupçonna sur-le-champ Texistence d*une mine de poudre. Il fit visiter toutes les caves pendant la nuit sous prétexte d*un vol, et arriva ainsi à la découverte du complot. On trouva dans la mine, Fawkes, domestique de Percy, qui était chargé d*y mettre le feu, et qui devait y périr lui-même. Par lui, on-connut le nom des conjurés. Ils furent arrêtés, et on tua ceux qui essayèrent de résister. Le plus grand nombre, parmi lesquels figurait le recteur des jésuites, Henri Harnet, furent décapités et ses confrères bannis du royaume. Jacques déclara les autres catholiques innocents; mais comme ils pouvaient être dangereux pour la sûreté de rÉtat, il exigea que tous ceux qui obtiendraient un emploi ecclésiastique, et depuis 1640, tout autre emploi, fussent astreints à prêter serment de fidélité , et à renoncer à la suprématie du pape. C^était prononcer Texclusion des catholiques de toutes les fonctions de rÉtat. DiCT. DE LA Coifv.
POUDRETTE, poussière obtenue par la dessiccation des matières fécales séparées des urines, et qui jouit de qualités importantes comme engrais.
POUGATCHEF (Éhuibn), imposteur qui, se faisant passer pour Pierre III, mort en 1762, joua en Russie un rôle important mais de courte durée. Fils d*utt Cosaque, il naquit, en 1736, dans un village du pays de la milice du Don, non loin de Tcherkask. La guerre et la rapine occupèrent sa jeunesse, et bientôt il devint chef d^ne bande. Pendant la guerre de sept ans, il prit du service dans Tarmée prussienne; puis, passant dans Tarmée autrichienne, il alla combattre les Turcs, et se trouva, en 1770, au siège de Bender. De retour dans sa patrie, il chercha à faire naître parmi ses compatriotes des idées de révolte ; mais sa conduite séditieuse le fit reléguera Maïkowka sur le Volga, d'où il fut envoyé en prison à Kasan. Cependant il recouvra sa liberté, et se rendit alors dans une contrée plus à Test. Il s'établit près des Cosaques du fort laltzkol, et comme il y trouva beaucoup d'hommes de sa trempe, turbulents et résolus, il conçut le projet bizarre de se faire passer pour le défunt empereur, avec qui ou lui trouvait de la ressemblance. Ses par-
tisans répandirent le bruit qu*on avait sur le lit de mort substitué à Pierre III un soldat qui lui ressemblait; mais que l'empereur s'était enfui à l'aide d'un déguisement, et qu'après avoir longtemps erré çà et là, il avait reparu parmi ses fidèles Cosaques, avec l'assistance de qui il espérait recouvrer sa couronne. La révolte éclata en août 1775, dans cette contrée depuis longtemps agitée. Pougatchef publia un manifeste au nom de Pierre III. Neuf hommes composaient d'abord tout son parti ; mais, dès le mois de septembre, il s'augmenta jusqu'à 300. Partout on voyait se joindre à lui les paysans, à qui il promettait appui et vengeance contre l'oppression de la noblesse. Sa troupe se grossit de 500 déserteurs de la forteresse d'Iattikoï, et bientôt les Raskolniks, sectaires si nombreux parmi les Cosaques, affluèrent vers lui. Il s'empara de plusieurs forts, se livra à d'horribles cruautés, et lorsquUl se vit à la tête de 5,000 hommes et de 36 canons, il poussa l'audace jusqu'à assiéger, mais en vain, la forteresse d'Orenbourg. Cependant le nombre de ses partisans grossissait toujours. Les Baschkirs, les Yotiaks, une multitude de Tàtars, etc., accoururent se ranger sous ses drapeaux. A la fin, il parvint à s'emparer de Kasan ; puis, en passant le Yolga, il se rapprocha du centre de l'empire. Plusieurs détachements de troupes furent alors envoyés à sa rencontre ; le chemin de Moscou lui fut coupé, mais il s'empara de Saratof. Il était alors à la tête de 20,000 hommes. Néanmoins le colonel Michelson lui livra avec succès plusieurs combats, le traqua longtemps et finit par le cerner complètement. Abandonné et trahi par ses partisans, Pougatchef fut liVTé enchaîné au général Souvorof, et, le 10 (31) janvier 1775, il fut exécuté à Moscou avec les principaux auteurs de la rébellion : ce fut, diton, la seule application de la peine de mort qui eut lieu sous le règne de Catherine II {vox-). Telle fut la fin de cette révolte, qui ne put être domptée qu'après une campagne des plus sanglantes. Si la prudence de Pougatchef avait égalé sa bravoure et sa résolution, on ne sait quel résultat eût pu amener ce terrible épisode de l'histoire de Russie au dernier siècle. Pougatchef a eu pour historien le célèbre Pouschkine {vcx* plus loin). Coiiv. Lexicor. Hompit.
POUGENS (Mabie-Chables-Josbpb, chevalier DE), membre de l'Académie des inscriptions, né à Paris le 15 août 1755, est mort à Yauxbrim près Soissons, le 19 décembre 1833. — La naissance de ce savant et spirituel académicien n'a jamais été un secret pour ses nombreux amis; plusieurs biographies ayant à peu près déchiré
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leTOile, on peut dire aujourd'hui qu*il était fils du comte de la Marche , le dernier prince de Conti : nous tairons le nom de sa mère. — Élevé dans la tour du Lay, au château de Chanlilii, sous la surveillance d*un gouverneur austère, le jeune chevalier en a éprouvé des effets qu'il a décrits ainsi. — « On m'avait accoutumé à supporter la faim et la soif : c'est bienj mais ce qui, selon moi , était d'une sévérité exagérée , c'est que je n'ai jamais eu un camarade de mon âge; je n'ai jamais connu les jeus de l'enfance, ni ceux de la première Jeunesse; je n'ai jamais joué au petit palet ni aux barres... Cette austérité de mœurs m'a laissé des impressions, j'oserais presque dire de tristesse, que je ne puis vaincre; aussi n'ai-je de gaieté que dans l'esprit, mon caractère est naturellement mélancolique. Quelques philosophes, et même d'assez bons littérateurs, prétendent que, sous le rapport du talent, il n'y a pas de mal à cela. « — Son éducation, suivant la coutume de ce temp»-là, fut complétée par un voyage en Italie. Cette excursion lui fut ftitale. Atteint à Rome de la petite vérole en 1779, il y perdit la vue. — A ce malheur se joi* gnirent les cruelles épreuves que lui fit éprouver la révolution. Charles de Pougens se consola au sein des lettres de toutes ses disgrâces. Aidé par de laborieux et intelligents secrétaires , il menait de front des travaux qui eussent fait pâlir tout un couvent de bénédictins, et les productions les plus frivoles. Dans l'éloge prononcé par M. de Sacy à l'Institut , et inséré au Moniteur du 31 août 1837, l'austère secrétaire perpétuel a jeté quelque blâme sur ces compositions folâtres. Ce jugement ne serait pas trop rigoureux si l'on s'en tenait au seul titre de l'un de ces ouvrages : Entretien d'un jésuite avec un tigre, un papillon, un puceron et un polype d'eau douce. Mais dans ces ouvrages badins eux-mêmes, tout imbus qu'ils sont de la philosophie du xviii« siècle, M. de Pougens avait peint son inépuisable bienveillance et l'aménité qui faisait le fond de son caractère. Longtemps avant la révolution, dans la Religieuse de NimeSf il avait célébré une anecdote touchante de la vie de Fléchier. Cette anecdote a été depuis attribuée àFénelon par Chénier,dans son drame des Religieuses de Cambrai. — Les écrits dont nous venons de parler n'étaient pour notre érudit qu'une distraction au milieu de plus importants et de plus arides travaux. L'étude de toutes les langues modernes et des anciens idiomes du Nord lui avait fait sentir qu'un dictionnaire étymologique complet de notre langue était une entreprise d'une indispensable néces-
sité. VEssai sur les antiquités du Nordy le Vocabulaire des privatifs {vox» PinvATit ) et VJrchéoiogie n'étaient que le prélude à deux immenses ouvrages dont le Spécimen a para en 1819. Le Trésor des origines de la langue française et le Dictionnaire gmm*natical raisonné formeront, si jamais on les publie, dis volumes in-fol.!! — M. de Pougens avait épousé, â5 aus environ avant sa mort, une Anglaise, miss Soyer, qu'il avait connue dans ies voyages h Londres. Il vivait dans son ermitage de Taux-* brim dans un cercle fort restreint d'amis intimes. Une des personnes qui lui ont été le plus sincèrement attachées , M»» de Saint-Léon , a publié ou plutôt complété en 1834 les Mémoire$ et souvenirs de Charles de Pougens en un vol. in-8o. BikKTOiT.
POUILLE, autrefois ^/m/to, en italien Pitglia, ancienne province du royaume de Naples, comprise aujourd'hui dans celles de la Capitanate, de la terre de Barri et de la terre d'Otrantt. f^qjr. Apuub.
POULE, f^or. Coft.
POULE-SULTANE, rqy. Talèvi.
POULIAS. f^cr. INDB etCASTIS.
POULIE. {Marine.) Les poulies qu*on emploie à bord des vaisseaux sont composées d'une caisse ou moufle en bois d'orme, d'un rouet et d'un axe ou essieu; la caisse est enveloppée d'une estrope en fer ou en cordage avec croc, ou â boucle seulement garnie de cosses, selon l'usage qu'on en veut faire. Il y a un grand nombre d'^pèces de poulies dans le gréement d'un vaisseau, qui diffèrent soit par la forme de la caisse, soit par la disposition et le nombre des rouets. La poulie simple, ou à un seul rouet, a la forme d'une sphère aplatie, creusée d'une mortaise entre ses côtés plats, pour recevoir le rouet cylindrique sur lequel doit tourner la corde. Ce rouet est ordinairement en bois de gayac, et l'essieu de la poulie se fait en chêne vert.
Dans les fortes poulies à plusieurs rouets, surtout celles servant dans les ports aux grosses manœuvres, ou à bord comme poulies d'embossage, les caisses sont en une seule pièce de bois d'orme bien maintenues par des bandes de fer, les rouets sont en gayac garni d'un dé de bronze, ou tout en brc^ze, et les essieux sont en fer. La poulie double à canon a ses deux rouets sur le même axe; les Anglais en font beaucoup usage dans leur gréement, parce qu'elles paraissent plus légères que les poulies doubles à palan dont les rouets sont sur deux essieux différents , ce qui leur fait occuper deux f^is autant de surfaee I
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Les poulies de grande drisse sont à trois rouets; on les frappe à un pendeur tenu sur le cbouquet du bas mât. Les poulies doubles à tourniquet sont garnies en fer et munies d*un croc qui tourne dans la garniture; ces sortes de poulies sont faites ainsi à tourniquet afin que les cordages qui passent dans les rouets ne se tordent pas, ou, quand cela arrive, qu*on puisse les détordre facilement. La poulie coupée est celle dont la caisse est ouverte d*un côté, de façon qu*on peut ôter la corde de dessus le rouet sans quMl soit nécessaire de la dépasser jusqu'au bout. La poulie de capon est à trois rouets avec un très-gros croc de fér servant à saisir Tancre par son organeau, lorsqu'on veut relever contre le bossoir, ce qu'on nomme caponner l'ancre. Toutes les poulies que Ton vient de décrire sont loin encore de compléter la liste du grand nombre de ces machines employées dans le gréement d'un vaisseau; et comme il en faut de rechange, il a fallu chercher le moyen de les fabriquer promptcment et avec la précision de mesures, l'exactitude de formes, qui garantissent leur bon service. Cet art est maintenant aussi avancé en France que dans la Grande-Bretagne; mais ses procédés, ses machines, la multitude de ses instruments, ne pourraient être décrits sans le secours de figures très-nombreuses et très-compliquées. L'ingénieur Hubert est le premier qui soit parvenu à créer à l'arsenal de Kochefort un assemblage de mécaniques qui ne laisse rien à désirer pour la bonne fabrication des poulies. DUB...
POULIE. (Mécanique,) C'est une sorte de roue mobile sur un axe dont la surface courbe est creusée en gorge pour recevoir une chaîne ou une corde. Il y a des poulies en bois ; d'autres en métal. Leur axe est supporté par une barre de fer recourbée ^ue l'on nomme chape. On distingue deux sortes de poulies, la poulie fixe et la poulie mobile : la première est celle dont la chape est tenue par un point fixe; la seconde est celle où le fardeau à élever est attaché à la chape. Dans la poulie fixe, la puissance qui agit à l'extrémité de la corde, quelle que soit sa direction, doit être égale à la rétiistance pour lui faire équilibre. Dans la poulie mobile, en supposant la corde qui l'entoure attachée par une de ses extrémités, on démontre en mécanique que la puissance appliquée à l'autre extrémité peut vaincre une résistance double. La poulie est principalement utile quand il y en a plusieurs réunies ensemble, et cette réunion fournit le moyen d'élever des fardeaux énormes avec une très-petite piiissance* Une machine composée de plusieurs
poulies disposées sur une même chape s'appelle tnoufle. On assemble ordinairement une moufle mobile avec une moufle fixe, en sorte qu'ude même corde passe par toutes les poulies. On démontre alors que la puissance doit être égale à la résistance (le poids à soulever) divisée par le nombre des cordons qiii aboutissent à la moufle mobile ; mais la résistance des cordes, le frottement des axes, le propre poids des poulies, etc., modifient ces conditions d'équilibre. L. Lovvkt. POULO-PENANG. ^, Qkitu{(le dupHncede), POULPES. Mollusques de l'ordre des céphalopodes, qu'on reconnaît aux caractères suivants: corps plus ou moins globuleux, sans expansion natatoire du manteau, ni corps protecteur dorsal, avec une tête fort grosse, pourvue, autour de la bouche, de quatre paires seulement d'appendices tentaculaires très-considérables, garnis d'un ou de deux rangs de ventouses dont le bord est constamment musculaire. Les mœurs des poulpes ne paraissent pas différer beaucoup de celles des sèches et des calmars; cependant les premiers sont moins bien disposés pour la nage, mais ils sont mieux organisés pour la marche; aussi se tiennent-ils presque toujours au fbnd de l'eau, près des rivages, recherchant le creux des rochers. Ils se cachent ou gagnent la haute mer en hiver, car on n'en trouve presque pas pendant cette saison ; on dit pourtant que c'est le temps de leur accouplement, ce qui est peu probable. Vers le printemps ils sont très-abondants sur 1^ côtes, où ils font une très-grande destruction de crustacés, ce qui fait un véritable tort aux pêcheurs, parce qu'ils se jettent de préférence sur ceux qui sont les plus recherchés pour la nourriture de l'homme. Ces mollusques eux-mêmes servent de nourriture, si ce n'est délicate, du moins copieuse. Comme la chair en est ferme et dure, elle a besoin d'être fortement battue pour devenir plus tendre et de plus facile digestion. Certains poulpes peuvent, à ce qu'il parait, atteindre à une taille asseï grande, mais il y a loin de là à la taille vraiment gigantesque qu'on attribue à quelques-uns d'entre eux. Montfort s'est plu à rechercher tout ce qui a pu être dit sur ces animaux fabuleux, soit chez les anciens, soit dans les temps de barbarie du moyen âge. Aidé de son imagination, il les a comparés à des lies» à des montagnes, surpassant en taille les plus grands cétacés, capables en un mot de se jeter sur un navire et de le faire sombrer sous voile, tant par leur force que par leur pesanteur. On a dit qu'il y avait des poulpes assez grands pour faire périr un homme à la nage en empêdiant tes mouvements par l'enlacement de ses bras i c^
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ne préiente rien dUmpossible, d^auUntquHl est assez facile de s^effrayer Iorsqu*on se sent en contact avec un animal contre lequel il existe des préventions. On a assuré aussi que le contact de leurs ventouses occasionnait à la peaii des irritations pustuleuses, quelquefois dangereuses; cela a pu avoir lieu, mais il arrive plus souvent que la peau conserve seulement un peu de rougeur.
Le nombre des espèces connues de ce genre est encore peu considérable. Il n^est pas douteux quHlnes^augmente considérablement, puisqu'on en trouve dans toutes les mers. Lamarck en a décrit quatre seulement. BlainviUe en indique un plus grand nombre dont quelques-unes semblent douteuses. Si ce que dit Raffinesque est vrai, les auteurs auraient confondu jusqu*à neuf espèces bien distinctes dans le seul ocioptu vulgaris; cela parait peu probable; il Test moins encore que toutes soient de la même mer.
POULS, PoLSATioii (du latin pulstêê)^ impulsion donnée au sang par le cœur et qui se fait sentir dans les artères superficielles jusqu'à leurs dernières ramifications. Bien avant la découverte de la circulation, ce phénomène avait été remarqué, et on en avait même tiré des inductions relativement aux maladies dès le temps d*Hippocrate. Mais ce fut surtout au xvii« siècle que les médecinscommencèrent à lui donner une grande attention et à vouloir en faire même toute la base de la médecine. Ce qui est vrai, c'est que le pouls fournit une indication de Tétat du cœur, mais qui ne suffit pas d'ailleurs pour dispenser de l'examen direct de cet organe.
On peut tâter le pouls partout où une artère se trouve à la fois placée sous la peau et sur un os capable de fournir un point d'appui au doigt qui la presse. C'est au poignet que ces conditions se trouvent réunies le plus commodément et qu'on a coutume de faire cette exploration. On tâte le pouls de la main droite au bras gauche et réciproquement, le doigt indicateur étant placé au point de flexion du poignet, vers le bord externe de l'avant-bras, les trois autres doigts à la suite. Lorsque la main est ainsi posée, on compte, au moyen d'une montre à secondes, le nombre des pulsations, qui est, comme on sait, d'environ 60 par minute chez un adulte bien portant, moindre dans l'âge avancé, de plus en plus considérable à mesure qu'on se rapproche de l'époque de la naissance. Outre le nombre des pulsations, on doit encore constater si elles sont régulières, quel degré de plénitude et de résistance présente l'artère, son rapport avec les battements du cœur et avec les mouvements de
la respiration, en un mot toutes les modifications que peut ofiRrir le pouls comparé aiî type normal dont nous venons de parler ; sans oublier néanmoins que ce type n'est pas unique et qu'indépendamment de l'âge , le sexe , le tempérament, la constitution et même des dispositions tout à fait individuelles, dont il faut tenir compte, peuvent aussi susciter de notables variétés.
Considéré isolément, l'examen du pouls n'aurait assurément pas la valeur qu'on a prétendu lui attribuer et que le public semble lui accorder encore, car c'est une pratique obligée de toute visite du médecin. Hais en même temps celui-ci constate la température de la peau, son état d'humidité ou de sécheresse, apprécie l'aspect général du malade et recueille une fbule de renseignements qui lui servent à établir son diagnostic et son pronostic. Ce n'est pas cependant que certains états du pouls ne soient de nature à donner quelques lumières sur les phénomènes critiques prêts à se manifester : ainsi le pouls dicroie ou rebondissant pourra annoncer les hémorrhagies nasales; la disparate entre le pouls et les battements du cœur, de même qu'entre le pouls de l'un et l'autre bras, signalera les affections du cœur et des gros vaisseaux. Dans ce dernier cas et dans les affections graves du système nerveux, le pouls est souvent intermittent; enfin il devient insensible dans la syncope età la fin de l'agonie. F. Ratikk.
POUMON (dérivé du mot latin puimo, provenant lui-même du mot grec pneumôn, organe respiratoire). Les poumons, au nombre de deux, sont situés dans la cavité de la poitrine pour y accomplir les phénomènes essentiels de la respiration. On les distingue en droit et gauche, séparés par une cloison médiane nommée médiastin. Leur forme est celle d'un cône irrégulier, tronqué à sa base, qui repose obliquement sur le diaphragme, tandis que le sommet correspond au point le plus élevé de la poitrine, c'est-à-dire au niveau et même un peu au-dessus de la première côte. Ils présentent deux faces, l'une externe, qui est convexe et se trouve en rapport avec toute la cavité latérale de la poitrine, et l'autre interne, légèrement concave, à cause de la présence du cœur. Ce dernier organe, quoique situé entre les poumons, est cependant incliné et placé un peu à gauche de la poitrine. Le bord antérieur des poumons est mince, aplati, et situé en arrière de l'insertion des côtes au sternum ; tandis que leur bord postérieur épais, très-saillant, et plus prolongé, correspond à la profonde gouttière formée par
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poir
b réunion des côtes à la colonne dorsale. — La face externe du poumon gauche présente un sillon très-profond, oblique de haut en bas et d^arrière en avant, divisant cet organe en deux lobes, un supérieur et Tautre inférieur. La face externe du poumon droit offre deux sillons également profonds, qui le divisent en trois lobes, un supérieur, un moyen et un inférieur. Le poumon gauche est moins large que son congénère, à cause de la présence du cœur, dont la pointe, surtout, empiète surle cdté gauche de la poitrine. Le poumon droit est, au contraire, moins prolongé que le gauche, à cause du voisinage du foie, qui, refoulant en haut le côté correspondant du diaphragme, diminue d^autant la cavité droite de la poitrine. En somme totale, le poumon gauche est remarquablement plus petit que le droit. Les poumons, quoique séparés dans presque toute leur étendue par le médiasiin, le thxmuê et le cœur, sont cependant réunis vers leur partie supérieure et interne par la trachéeartère, conduit aérien qui, d^abord unique, se divise en deux branches, une pour chaque poumon. Les cavités pulmonaires communiquent par conséquent entre eUes par Tintermédiaire de la division bifide de la trachée-artère. Outre ce moyen d*union, il en existe un second, formé par la division dichotomique de Tartère pulmonaire, qui pénètre aussi dans les deux poumons, et par les quatre veines pulmonaires, qui proviennent de rintérieur de ces organes. La réunion de ces conduits aériens, artériels et veineux, qui s^insèrent aux poumons à peu près vers le même point, constitue ce que les anotomistes ont appelé les racines des poumons.
La couleur des poumons est rose foncé chez les enfants, grisâtre chez les adultes, parsemée de taches bleuâtres ou brunes durant Fâge viril, et marbrée de noir chez les vieillards. La densité et la pesanteur spécifique des poumons est moindre que celle des autres organes, â cause de Tair qu*ils renferment, et qui les fait surnager lorsqu*on les plonge dans Teau. Toutefois, nous ferons remarquer quUl n*en est pas de même à regard des poumons du fœtus, dont le tissu n*a point été pénétré par Tair : ils sont d*une couleur livide, présentent peu de volume, sont d'une consistance remarquable, et ne peuvent surnager â la surface de Teau. G*est sur la différence de pesanteur spécifique que présentent ces deux sortes de poumons qu*est fondée la docimasie pulmonaire, expérience qui a pour objet de constater si Tenfant dont on examine le poumon a respiré ou non. Le volume des poumons est toujours relatif à la capacité de la poitrine^ dont
les dimensions varient suivant Page, le sexe, là constitution primitive, ou bien certains états morbides. Dans Tétat normal, les poumons, y compris le cœur, remplissent exactement la cavité thoracique. Ainsi, durant les moivements de la respiration, quel que soit le degré d*ampliation et de resserrement qu'éprouve I9 poitrine, il n'existe pas le moindre intervalle entre les côtes et les poumons. Cette disposition est constante, sauf quelques cas de maladie, tels que des épanchements pleurétiques, sanguins ou purulents, des plaies largement pénétrantes dans la poitrine, etc.
Les poumons sont formés de conduits aériens gardis de quelques fibi:es musculaires, de vaisseaux artériels et veineux, de filets nerveux, de vaisseaux et glandes lymphatiques, le tout réuni par du tissu cellulaire très-fin. Une membrane muqueuse les tapisse à Tintérieur, et une autre séreuse, noïnmke plèvre, les recouvre dans toute leur face externe. Les canaux aériens, désignés sous le nom de bronches et de ramiftcations bronchiques, proviennent de la division extrêmement multiple qu'éprouve la tranchée-artère en pénétrant dans les poumons : ses dernières subdivisions s'y terminent par une petite ampoule, qu'on nomme vésicule aérienne, dont le volume est celui d'un grain de cliènevis. Les artères des poumons sont de deux sortes, les unes fournies par l'artère pulmonaire, qui conduit le sang veineux dans ces organes pour y être artérialisé ; les autres sont les artères bronchiques, uniquement destinées â la nutrition des poumons. Les veines pulmonaires sont également de deux sortes, et portent la même dénomination adjective. Les nerfs des poumons sont fournis par le pneumo-gastrique et par le grand sjrmpathique. Quant aux vaisseaux lymphatiques, les uns sont superficiels, prenant naissance â la plèvre pulmonaire ; les autres sont profonds, et accolés sur les divisions bronchiques. La membrane muqueuse des poumons est formée par un prolongement de celle qui tapisse la bouche, les fosses nasales, la gorge et les organes digestifs. Elle a pour usage de sécréter une mucosité plus ou moins abondante qui sert â humecter l'intérieur du poumon, que le passage continuel de l'air tendrait sans cesse â dessécher. L'enveloppe séreuse pulmonaire est fournie par la plèvre, qui, après avoir tapissé la face interne de la cavité thoracique, et après avoir formé le médiastin, vient se réfléchir sur toute l'étendue des poumons : elle est destinée par ses sécrétions séreuses â lubréfier la surface de ces organes, afin d'en faciliter les mouvements con-
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tinuels durant PinspiratiOn et rexpiration.L*enfleoàble de toute cette organisation si complexe donne lieu à la formation des lobes et des lobules pulmonaires : les premiers, faciles à distinguer, à* cause des profondes scissures qui les séparent; les seconds, qu*on peut reconnaître par la dissection et même par la seule inspection des figures hexagonales qu'ils dessinent à la surface externe des poumons.
Les poumons sont les principaux agents de \a respiration^ fonction qui a pour objet important de conTertir le sang veinetix en sang artériel. Cette transformation s'effectue de la manière Suivante : le sang veineux porté dans les poumons par Tartère pulmonaire cède son excès d'hydrogène carboné à Tair contenu dans les vésicules aériennes, et lui emprunte une portion à peu près égale d'oxygène. Par suite de cette double opération chimique, 16 sang veineux perd sa couleur noire, et acquiert en s'artérialisant une couleur rouge vermeille. Redevenu propre à la nutrition et à la calorification, ce sang artériel est ramené au coeur parles veines pulmonaires pour reprendre ensuite le cours de la circulation générale. Telle est la fonction vraiment admirable que le poumon est destiné à remplir dans l'économie animale : son importance est telle pour les phénomènesdela vie que son moindre dérangement compromet l'existence, et que la suspension un peu trop prolongée de ses fonctions doit inévitablement être suivie de la mort.
Les sympathies des poumons avec les principaux organes sont aussi nombreuses que variées. Ces sympathies éprouvent un surcroit d'action durant l'excitation que ressent le système pulmonaire au retour du printemps , et principalement à l'époque où les feuilles, véritables poumons des plantes , prennent un rapide accroissement. Mais c*est surtout l'irritation morbide des poumons qui exagère leurs sympathies d'une manière vraiment surprenante. On dirait que le principe de la vie attiré et vicieusement concentré dans les poumons irrités du phlhisique s'y exalte pour s'échapper de sa poitrine haletante, ou bien pour porter son surcroît d'action nerveuse au cerveau^ au cœur et sur tous les organes des sens. Son soufiBe brûlant et précipité, accompagné d'un crachement continuel, ressemble à la flamme trop vive d'une lampe qui épuise trop vite son réservoir. L'extrême délicatesse, ou, pour mieux dire, l'exagération de ses sens , semblent lui prédire que sa vie doit s'user^plus vite que chez les autres. Pour lui, les instants sont précieux; il a besoin de vivre à la fois di tous les genres de viCi On a considéré les
poumons eomtne le balancier des organes : eh bien ! che£ lé pulmonlste le balancier se meut plus rapidement que chez les autres. Heureusement que la nature, dans son immuable sagesse, a vouhi qu'un voile d'illUsion pût cacher au phthisique le terme prochain de sa vie. Ses projets ne sont jatnais plus beaux, le monde et ses jouissances ne lui paraissent jàtnais plus ai" gne^ de regrets qu'au motnént où il a déjà un pied dans la tombe. Voyez cotidbien est vif en lui le besoin d'aimer, et combien est incessante l'impulsion qu'il éprouve à se repi^duire dans de nouveaux êtres ! Son oeil brille et étincelle sur sa pâle et maigre figure; ses afi^ections sont passionnées, et ses passions sont toutes meurtrières pour sa frêle existence. Le malheureux porte en lui-même sa blessure mortelle; il brûle d'un feu intérieur qui chauffe et agite son cœur, qui excite son imagination fiévreuse , et le consume enfin au milieu de séé plus beaux rêves d'avenir. L. Labât.
POUPE, Ipuppis), arrière du navire. Pour le constructeur la poupe d'un vaisseatt sur le chantier est la pdHie de la carène comprise ^ntre le maître couple de l'arrière et l'étambot. C'est de cette partie de la carène ayant plus ou fnoins d'acculement que dépend la qualité de bien gouverner. Polir le marin, la poupe d'un vaisseau à flots est la partie du vaisseau qui est au-dessus de la barre d'hourdl, et que Voû voit d'un point éloigné dans le prolongement de la quille & une eertdine distance derrière le vaisseau. Cette partie élargie par la saillie des bouteilled est ornée de sculpture, de croisées et de supports difl^ remment contournés et peints : les plus slmt^les sont les meilleurs. Ces nnciennei poupek carrées ofi^rent beaucoup de résistance au vent et fatiguent l'arrière des bâtiments; aussi dans les constructions modernes les rempîace-t-on par des poupeâ rondes qui n'ont point les mêmes inconvénients, mais qui diminuent l'espace intérieur destiné à la galerie; à la chambre du conseil et aux bouteilles. L'expérience avait déjà d'ailleurs confirmé le bon usage des poupes rondes, jusqu'en haut de la dunette^ dans les flûtes du Nord ainsi construites depuis longtemps. DtB...
POUPÉE^ Ce mot, qui sert à désigner un des principaux jouets de l'enfance, vient, suivant la plupart des étymologistes, de Poppœa, femme de Néron, qui, de toutes les Romaines, eut le plus de soin de son ajustement , et se servit, dit-on, la première d'un masque pour conserver la délicatesse des traita du visage. •- Pêupéê sa nonmail aussi p^l^ Aans la batte
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latinité : e*est, comme on sait, une petite figure de bois^ de carton ou de cire travailiée avec plus ou moins d*art et de goût, il y a en France des magasins de bimbelolerie qui ne laissent absolument rien à désirer en ce genre, tant sous le rapport du goût que sous celui de TaH, de la variété, de la richesse : aussi les Français passentils pour exceller dans Tartde faire les poupées : il est au moins certain que leurs dames excellent dans celui de les ajuster; car elles s*en servent à faire parvenir et à répandre chez leurs voisins le goût des élégantes modes françaises. Ce genre de bimbeloterie était très-usité chez les Romains, au rapport de Perse^ et les Jeunes filles nubiles allaient 9 suivant cet auteur, suspendre leurs poupées ou autres amusements de leur enfance aux autels de Vénus, témoignant par là qu*elles étaient dans un âge et dans des dispositions à se livrer aux occupations sérieuses du mariage. On sait aussi que les Romains ensevelissaient les enfants morts avec leurs jouets, coutume dans laquelle ils furent imités par les premiers chrétiens, ce qui fait qu'on a souvent trouvé dans les tombeaux des martyrs près de Rome de petites figures, des grelots et autres joQjoux , avec des ossements d*enfants baptisés.— La petite figure, ordinairement en plâtre, qui sert de but au pistolet dans les tirs, se nomme aussi poupée. L^art d*abattre de pareilles poupées n*est pas tant le fruit de Thabitude ou dSin long exercice que d*un mode particulier de tirer avec désarmes dans des conditions données. y€(y,Titk. Dict. di la Corv.
POUQUEYILLB (FBAnçots-CiARLBsHuoiiES- Lavimt ), historien, membre de TAcadémie des inscriptions, né à Merlerault (Orne) en 1770, mort en 1838, étudia la médecine sous Dubois, qu'il accompagna dansTexpédition d'Egypte, fut k son retour pris par les Turcs et resta prisonnier jusqu'en 1801. Rentré en France, il fit paraître eu 1805 son yqyage en Morée et à Conêlantinople, 3 vol. in-8o, qui eut beaucoup de succès et lui valut la place de consul à Janina. Il résida près d' Ali-Pacha jusqu'en 1815, revint en France en 1817, y publia son f^cijr âge en Grèce, 1830-1823, 5 vol. in-8o, ouvrage remarquable par l'exactitude des descriptions et la nouveauté des aperçus ; puis son Histoire de la régénération de la Grèce, 1835, 4 vol. in-8o. On doit encore à M. Pouqueville une Fie d' Ali-Pacha , V Histoire et la description de la Grèce ( dans l'Univers pittoresque)^ une foule de mémoires pour l'Académie des inscriptions. Bouillit.
POURPIER, f^qjr- PoBTULACtxs.
POURPRE. Liqueur colorante qui provient d'une coquille unlvalve^ I laquelle les anciens
avaient donné les noms de tnufeâp et de bueei' ftttm. Il en existe de plusieurs espèces. Le réservoir de la liqueur destinée à donner la couleur pourpre est placée autour du cou comMe un petit collier. Si l'on imbibe de cette liqueUr une étofi^ de soie ou de laine, elle prend d'abord une couleur jaunâtre qui, par son exposition ft la chaleur modérée des rayons solaires dû matin, devient d'abord verdâtre, ensuite violette et d'un beau pourpre. Ces changements s'opèrent plus ou moins vite suivant la chaleiir du soleil ; quand elle est trop forte, bn les distingue à peine; nous devons ajouter que lorsqu'on ne soumet à Cette action solaire qu'une partie de l'étofi'e imbibée de cette liqueur, cette même partie devient pourpre, tandis que l'autre , qui est à l'ombre, reste verte. La chaleur du feu produit aussi ces changements; mais il faut qu'elle soit phis forte que celle du soleil. Réaumur a observé sur les côtes du Poitou de petits grains qu'il soupçonne être des œlifS de poissons qui teignaient le linge en pourpre.
PooiPRx. (Couleur. ) La connaissance de cette couleur animale remonte aux temps les plus reculés; chez les Hébreux, on la remarque parmi les ornements du grand prêtre et du tabernacle. La pèche de ce murex se disait sur les côtes d'Afrique, de la Grèce, de la Phénicie et de divers points de la Méditerranée. GeUe couleur éUil alors destinée spécialement à la royauté e les plus grands seigneurs portaient aussi des robes teintes d'un pourpre moins éclatant. Les Tyriens excellaient dans l'art de teindre en ce genre. C'est pour cela que les poètes disaient : Tjrrioqueardebat tnurice lana, Horace appelle le pourpre par excellence lana tyria^ Virgile sarranum ostrum, Juvénal sarrana purpura. La beauté et la rareté de cette couleur l'avaient rendue propre aux rois de l'Asie, aux empereurs romains et aux premiers magistrats de Rome. Les dames n'osaient l'employer pour leur habillement. Elle était réservée pour les robes prétextes des premiers magistrats. De là vient cette expression de vestis purpurea pour désigner un sénateur, un consul. Il y avait alors des pécheurs de pourpre, des magasins et des teinturiers en pourpre. On lit dans les mémoires de Catel, dans la Gallia chrisliana, etc., qu'il existait dans tout l'empire romain neuf teintureries en pourpre, dont la direction était une des grandes dignités de l'empire. Celui qui dirigeait celle de Narbonne, dont nous avons retrouvé les vestiges en 1810, prenait le titre de procuralor haphiinarbonensis in GaZ/tYs. Lorsque Alexandre s'empara de Suie, il y trouva 5,000 quintaux
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de la riche pourpre d'Hermion, qui, à 800 francs la livre, font 150 millions de notre monnaie. Nous devons ajouter que les anciens préparaient diverses nuances de cette couleur pourpre. A Panama, on lirait une couleur semblable de la vogue persique, qu*on nomme pourpre de Panama* On trouve aussi dans les mers des Indes occidentales un poisson à coquille, de la bouche duquel on tire une couleur pourpre qui n*esl pas inférieure à celle des anciens. Les Antilles françaises ont encore leur pourpre marine. De nos jours enfin, on obtient cette couleur aussi belle et à bien meilleur marché an moyen de la cochenille.
Ponipii. (Blason.) Dans la science héraldique, le pourpre est composé d*azur , de gueules, de sable et de sinople; il est en ])arre dans les arbres. Lorsqu'on parle blason ,'on dit : Parti de pourpre et d'hermine.... Il porte de pourpre au chevron abaiêsé d'or.
PouEPBi HiRÉB^L OU de Cassiuê. On Tobtient en faisant réagir le deutochiorure d*or avec une solution de protochlorure d*étain. Il en résulte aussitôt des effets différents suivant Tétat de concentration des deux solutions, le rapport des deux chlorures et leur neutralisation. Si ces solutions sont concentrées , le précipité est brun, et composé en grande partie d*or métallique; si elles sont plus ou moins étendues d*eau, il est violet, rose ou pourpre. Ce précipité, dont la composition, quoique étudiée par plusieurs chimistes, n*est pas encore bien connue, est employé dans les arts sous le nom de pourpre de Caêêius, pour former des fonds roses ou pourpres sur la porcelaine.
PooBPRi. En médecine, on désigne sous ce nom un exanthème offrant de petites taches pourprées et nettement circonscrites , que quelques auteurs regardent comme produites par une hémorrhagie cutanée sous-épidermique. Le vulgaire nomme ainsi quelquefois la millaire.
Pourprée (Fièvre). On appelle ainsi des affections morbifiques dont la nature est bien différente, mais qui sont accompagnée d*un exanthème analogue au pourpre. Ces taches ressemblent aux piqûres fraîches des puces, mais elles ne présentent à leur centre aucune marque de la piqûre ; elles n'excèdent pas le niveau de la peau. Les taches de pourpre sont le cortège de ces maladies dangereuses qu'on désignait jadis sous les noms de fièvre maligne, fièvre adxnamigue, etc. Elles semblent annoncer un danger imminent. Julia. de Fontenellb.
POURRITURE. Fqy. Pctréfactioii , Ferhen- TATioify etc.
POURSUITE. {Jurisprudence.) La poureuiie est la mise en action d'un droit. Tout fait qui blesse un intérêt protégé par un contrat ou par une loi sert de principe à des réparations. Les réparations s'établissent par une demande judiciaire : si c'est un intérêt privé qui réclame, et que le dommage dont il souffre soit appréciable en argent, la poursuite se nomme civile; s'il s'agit d'un délit et d'une réparation pénale , la poursuite s'appelle publique. Ces deux poursuites émanent de la même source, la violation d'un droit; mais elles diffèrent dans leur but : l'action civile frappe surtout l'homme dans sa fértune, l'action pénale dans sa liberté. Une autre distinction repose sur les personnes qui ont qualité pour agir. Tout intéressé peut demander des réparations civiles, mais la garde des intérêts publics n'est pas en France un droit reconnu à tous. On n'y peut pas, comme à Rome, prendre de sa seule autorité le rôle d'accusateur, et cette disposition est prévoyante; car l'histoire est là pour dire combien le droit d'accusation devint funeste à Rome quand il fut exercé par des hommes de parti ou par des hommes vénaux. En France, l'exercice des actions publiques a été remis au ministère public. — Les actions civiles et les actions publiques se produisent d'ordinaire devant des tribunaux différents: Les actions publiques s'appliquent aux délits; les tribunaux qui en connaissent sont les tribunaux de police, les tribunaux correctionnels et les cours d'assises. — Il ne faut pas confondre la poursuite d'un délit avec sa recherche. La recherche précède la poursuite , rassemble les preuves, consulte les témoins, et donne à l'action son point de départ et ses moyens de succès. Elle est nécessaire à la poursuite, mais en demeure indépendante. D'un autre côlé^ la poursuite n'arrive pas de prime abord à une accusation. Les tribunaux ont mission de la régler, de l'arrêter même si elle leur paraît mal fondée. Il ne suffit pas qu'un fait soit incriminable aux yeux du ministère public pour qu'il puisse par citation directe et sans transition appeler son auteur devant des juges. Il y a un examen préalable, et cet examen est soumis aux chambres du conseil et aux chambres d'accusation. Elles apprécient l'acte commis , décident de sa gravité, et renvoient à la juridiction compétente : ce n'est qu'en vertu de leur décision que le ministère public agit enfin directement. Dans ce premier examen des juges, l'accusé n'est point appelé, la discussion est toute de doctrine : on ne recherche pas si un fait est vrai, •mais bien si ce fait est un délit, si tefou tel tribunal doit en connaître; l'accusé n'est pas encore
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pris à partie. On conçoit donc qu^il suffise de lui signifier la sentence pour qu*il connaisse le tribunal qu^on lui donne, et soit à même de réclamer contre ce renyoi. Après ces formalités préalables, le débat contradictoire s*QUvre. Quel que soit le tribunal saisi, trois parties peuvent être en présence, Taccusé, le plaignant et le ministère public. En principe, il est vrai, le plaignant doit s*adresser à des juges civils ; mais il y a ici une dérogation : elle est fondée sur la communauté des instances, et sur la prééminence de Faction publique, qui entraîne devant sa juridiction Faction civile qui s*est jointe à elle. Toutefois, ces deux actions conservent leur nature et leur objet propre : Tune conclut à des dommages-intérêts; Tautre à Tapplication de la loi. — Après le jugement définitif, il y a encore des poursuites pour arriver à Texécution ; mais ces poursuites fondées sur un titre judiciaire ne peuvent plus rencontrer d'obstacles. — Disons un mot des poursuites civiles en particulier. Slles naissent en général de faits étrangers à la loi pénale, et tendent, soit à Pexécutioo d*une obligation, soit à la reconnaissance d'un droit absolu. Ce double caractère amène des conséquences nombreuses qu'il serait trop long de détailler ici. Une observation seulement sur les poursuites relatives aux obligations; elles ont pour but d^obtenir que le défendeur donne ou agisse. Dans le premier cas elles peuvent arriver à une exécution réelle, dans le second elle se résolvent en dommages-intérêts : (on peut bien en effet contraindre à un payement , mais non pas à un acte personnel.) Les personnes qui ont l'exercice des actions civiles sont les parties lésées ou leurs représentants. Elles sont exercées par ceux qui ont à se plaindre d'un acte ou de l'inexécution d'un engagement. Hors le cas de délit, elles sont nécessairement portées devant les tribunaux civils ou devant les tribunaux de commerce. La marcbe qu'elles doivent suivre varie selon les cas. En principe , elles sont appelées à se produire devant deux degrés de juridiction. Toutes sortes de preuves ne peuvent pas venir à l'appui des poursuites civiles : ordinairement, les témoignages ne suffisent pas, il faut prouver leur légitimité par des écrits. Nous avons dit en commençant que les poursuites civiles n'attaquaient la personne que pour arriver à ses biens. Quelquefois cepcQdant elles emportent avec elles la contrainte par corps {v(>y.). Ce moyen d'exécution , rare dans des matières purement civiles, devient de droit commun quand des intérêts commerciaux sont en jeu, ou que le défendeur est un étranger. — Quand les pour-
suites ont amené une condamnation, on cherche à l'exécuter sur les biens ; de là les saisies (ro^.). Elles sont soumises à des formalités différentes selon qu'elles ont trait à des meubles ou à des immeubles. A. Dieczeidb.
POURVOI. C'est l'acte par lequel on attaque devant la cour de cassation les jugements ou arrêts rendus en dernier ressort pour violation des formes ou pour infraction à la loi (vc^y. Cassa- Tioif ). — En matière de Justice administrative, on donne, en France, le même nom au recours formé devant le conseil d'État contre les décisions des juridictions administratives, f^ox* CoifsiiL d'État.
Pourvoi en grâce. Acte par lequel un condamné^fait un appel à la clémence du souverain pour obtenir soit une commutation , soit la remise entière de sa peine, f^o^. Grâce.
POUSCHKINS (Alexandre Serghéiévitcb), le plus grand poète, l'écrivain le plus fécond de la Russie, descendait d'une ancienne famille de boyards '. Il naquit le 26 mai 1799,à Pskof, dans la Russie septentrionale, et reçut son éducation au lycée de Tsarskoïé-Célo. Dès sa première jeunesse, la facilité brillante de son esprit lui valut une réputation qui ne tarda pointa être justifiée par les essais dans lesquels Pouschkine préludait à des compositions plus importantes. Rouslân et Ludmitta (1820) fut le premier de ces romans en vers où la trace des études étrangères était facile à retrouver, mais aussi où l'originalité qui, plus tard, devait donner à l'œuvre de Pouschkine un attrait si puissant, s'annonçait déjà par le choix du sujet non moins que par rhabileté avec laquelle les traditions nationales de la vieille Russie étaient tissues dans la trame légère de l'invention. Le Prisonnier du Cauc4ue (1824) est un récit d'une facture plus sévère. La peinture des mœurs demi-sauvages , mais chevaleresques, de ces montagnards qui, maintenant encore, luttent avec intrépidité contre les meilleures troupes de l'empire russe, frappa vivement l'attention; la satire mordante du Graf Noutine(cotnte Zéro) piqua la curiosité; la verve tragique que Pouschkine déploya dans le récit des Brigands, la chaleur patriotique avec laquelle il célébra le grand triomphe national de Poltava, accrurent la réputation de Fécrivain que, dès lors, on commençait à mettre au premier rang parmi les maîtres de la lyre russe.
Cependant l'existence du jeune poète avait été
^ Son tdat, cllt M. Kaaig, annoii^t an alllafe ék Mog more on DJgre. Eo efFet, mm aitol aTtU éfooté la fiUe d'Aniiibal, le favori noir de Pierre le Gnad, S.
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troublée par les passions qui acoonpagnentd^ordinaire une nature ardente et fière; il s^abandonnait à Tattrait du plaisir, à Tentralnement du jeu, à Texercice d'une verve satirique qui lui attira de dangereux ennemis. Les idées généreuses, mais irréfléchies et certainement inapplicables à rétat social de la Russie, idées qu'il développait avec éclat dans la conversation et qui perçaient dans ses premiers ouvrages, lui valurent une disgrâce dont son talent a beaucoup proité. Vers 18^,Pousch]dne fut envoyé à Odessa pour y remplir un emploi qui ne le fixa cependant pas dans ^ette ville, mais qui le retint pendant plusieurs années dans les limites du gouvernement général de la Nouvelle-Kussie. La nature grandiose de ces contrées , les vestiges de la somptuosité musulmane qui subsistent à Baktchi-Saraï et près de Tantique Théodosie, le spectacle de villes écloses de la veille sous le soleil d'une civilisation hâtée, l'opposition pacifique et le contraste vraiment poétique de peuples si différents de races, de religions, de mœurs et d'institutions civiles, prospérant et s'agitant sur un même sol : tels furent les matériaux abondants et nouveaux dans lesquels Pouschkine puisa largement pour la continuation de ses travaux. Le cadre si pittoresque des Tsiganes (Bohémiens) s'était offert à ses yeux dans les steppes de la Bessarabie ; l'anecdote touchante de la Fontaine de Baktchi- SaraïXnï fut racontée par les gardiens du harem désert de Ghiraï '. Les premiers chants d'fu^éite Onéghine furent composés pendant le séjour. d'Odessa, et l'impression qu'ils produisirent sur le public russe était sans exemple dans les fastes littéraires de ce pays. On ne peut guère comparer ce poète qu'au Don Juan de lord Byron. II renferme le miroir fidèle de la vie russe dans les classes supérieures de la société ; le mélange de gaieté et de mélancolie, de malice cruelle et de touchante indulgence, de négligence etde verve, qui se soutient et se renouvelle dans tout le cours de cette longue composition (car Pouschkine a poussé les aventures de son héros jusqu'au terme d'un yill« chant), foui à' Onéghine le monument le plus attachant de la poésie russe, et lui vaudront, dans la postérité , une importance sérieuse comme tableau très-exact de mœurs qui déjà commencent à subir de notables altérations. La figure de Tatiana, qui domine de sa grâce moUe et candide toute cette galerie de portraits, n'a rien à craindre de la comparaison avec les plus suaves créations de de Shakspeare et de W. Scott. Jamais inspiration
* Kans hëràUMira de Crim^.
pareille ne fut retrouvée par Pouschkine hiimême; et, d'ailleurs, son génie allait prendre une direction nouvelle, en même temps que sa position venait de changer.
Bn 18^, il ar retira dans sa terre patrimoniale, voisine de Pskof : quelques-uns assurent que ce fut par ordre ; il y demeura jusqu*à l*avénement de Tempereur Nicolas. Ce prince rendit aussitôt ft Pouschkine la faculté d'habiter à son gré Saint-Pétersbourg, Moscou, ou le reste de la monarchie ; il lui déclara qu'en outre U n'aurait plus désormais pour ses écrits d'anire oenseor que la personne même de son souverain. Pouschkine s'attacha, eu 1898, comme volontaite , à l'expédition du fèld-maréchal Paskévitch dans la Turquie asiatique : il vii en soldat et en poMela Géorgie, l'Arménie, les populationi nomades et sédentaires du vénérable Orient. Depuis son retour d'Erseroum, tt ne s'éloigna plus guère d« Saint-paersbourg, où le retendent les étudet auxquelles il se livrait. Il était devenu historiographe de la couronne, et son ardeur patrtotiqne» qui l'accompagna jusqu'au bout de sa carrière, lui fit reprendre à chaque instant la plume pour célébrer ou défendre sa nation.
Le drame historique 4t Boris GùdQuwof{\9A\) égale en mérite les tragédie» contemporaines de Manzoni, La fbrme consacrée par Skakspeare est celle que Pouschkine a judicieusement adoplée pour sa pièce, laquelle, toutefois, n'a jamaîe été destinée à la représentation | c'est une étude, mais éloquente autant qu'érudite, de l'époque la plus dramatique des fastes de Moscou (voy, noa art. GojM)Diiof et Faix DtKiTaies). Pouschkine n'a reculé devant aucune des difficultés de son sujet. Son dialogue est écrit avec une facilité entraînante; les caractères de Boris, du feux Démétrius, de Ghouiski, de Marine, sont peinta avec les couleurs les plus vives et les plus vraies. In écrivant ce drame, Pouschldne justifiait hautement le choix qui lui avait imposé, avec la charge d'historiographe, la tâche d'élever enia à Pierre le Grand un monument historique digne de ce fondateur de l'empire russe.
Cependant la carrière poétique de Pouschkine n'était point encore fermée. Après l'historiette gracieuse de la Maison de Kolomna, où les mœurs provinciales de la grande Russie sont esquissées de la manière la plus gaie ; après le récit italien d'jéngelo, écrit en alexandrins avec une pompe dépourvue de roideur, vinrent des compositions lyriques que les connaisseurs préfèrent souvent aux ouvrages de pUis longue haleine, et dans lesquelles, effectivement, Pouschkine laisse échapper à flots les trésors de son inspicattoo«
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alimentés par une imagination vive encore, et par une sensibilité qui prenait chaque jour plus de développeipen^. On admire surtout dans cette collection, les Stance$ à la n^r, la peinture des Steppes d'Olchakof, celle de la Chaîne du Caucase, qH*il franchit au pied du Kazbek, l'harmonieux sonnet intitulé Mota Madonna, dans lequel, récemment uni à Tune des plus belles et des plu$ gracieuses personnes de (a Russie, le poète exprimait ayec une délicatesse exquise le doux bçinheur de vœux satisfE^its.
La part de Pouscbkine comme prosateur est belle aqsii dans la littérature russe. Un toI. de Notivelles,û9iï\s lequel on distingue l'Ouragan (Metel)y digne de W. Scott par le pathétique des scènes et la simplicité du récit ; le Maître de post^, où (*on Retrouve la touche de Fielding ; le Fc^icant de cercueils {Grabovnik)^ qu^on dirait sorti de Timagination sombre, bizarre, énergique de Hoffmann ; ce volume , avidement lu dans toutes les parties de Tempire, préludait à la publication (1835) de la Révolte ife Pougatchef, épisode si remarquable du règne de Catherine II, qui fut pour la première fois exposé avec lucidité, dans un style simple et nature), à Taide d'une narration large et bien soutenue ; on Y trouve des portraits bien tracés, et surtout une intelligence profonde du caractère fondamental, des dispositions naturelles du peuple russe. Pouscbkine le çonnaisailbien,ce peuple ; et il sympathisait de cœur avec lui. Cette puissante impulsion lui fit reprendre, en 1831, la lyre, que des études plus graves l'avaient engagé à mettre de côté; elle dicta Tode sur la Prise de Varsovie, Vode aux Détracteurs de la Eussie, morceau d'un patriotism^e généreux, et dominé après tout par un amour sincère pour l'humanité en général ; c'est principalement dans le Festin de Pierre /«' que Pouschkine s'abandonne pleinement à ce noble sentiment, qui lui suggère les paroles les plus touchantes de réconciliation et de concorde, adressées à toutes les branches de la grande famille slave, divisées par de si anciennes et si déplorables oppositions.
Les dernières années de Pouschkine furent absorbées par les travaux préliminaires auxquels il lui fallut se livrer pour son histoire projetée de Piere le Grand ; il s'était affectionné à son sujet avec tout l'enthousiasme d'un poète. Un grand changement intérieur s'opérait dans l'âme de l'écrivain : il suivait désormais sa nouvelle tendance, grave, patriotique; il s'avançait, par la
force de la vérité révéléeau génie, vers une haute moralité. Les idées religieuses, auxquelles il avait été trop étranger pendant sa fougueuse jeunesse, se glissait avec une douce puissance dans son cœur ; on en trouva les preuves les plus touchantes, comme les plus brillantes, dans les fragments connus seulement après sa mort, et parmi lesquelles on distingue surtout les strophes exquises : intitulées Prière {MolUva),
Vais Pouschkine succomba, en février 1827, dans un duel avec son beau-frère (le baron Yan Heeckeren) dont le bruit retentit douloureusement par toute l'Europe. Il mourut calme, résigné, fortifié par lessecoursde la religion, consolé par les assurances généreuses de protection que l'empereur )ui fit parvenir pour sa famille, et qui ont été réalisées avec la magnificence la plus délicate. La sympathie profonde, et jusqu'alors sans exemple, que le peuple de Saint-Pétersbourg fit éclater durant sa longue agonie et lors des funérailles de son poète favori, montra tout à la f6is quelle est dans ce pays la force du sentiment vraiment national, et combien Pouschkine avait réussi à s'identifier avec les idées de la puissance intellectuelle, de la renommée littéraire de sa nation.
L'édition complète deti œuvres de Pouschkine a paru, en 1837 et ann. suiv., à Saint-Pétersbourg) aux frais de U couronqi) et parles soins de l'illustre ami du poète si prématurément enlevé h la Ru^ie, Yassili Andréiévitch Joukofskii- On les connaît peu en France, si ce n'est par des articles de critique littéraire ' ; car les fragments qui en ont été traduits suffisent à peine pour en donner une idée. Outre l'épisode du !«' chant de Rouslân et Ludmilla^ qu'on trouve dans V Anthologie russe de M. Dupré de Saint-Maur, on ne peut çuère citer que la Fontaine des pleurSi trad. par M. Chopin (Paris, 1826, in-8o), et quelques Nouvelles imprimées dans le recueil intitulé : Conteurs russes (1833, 3 vol.»
in-8o). C^ A, DE CiBGOCRT.
POUSSÉE DES TERRES. {Construction.) C'est l'effort que les terres exercent contre les murs de revêtement destinés à les soutenir. L'expérience a démontré que les terres nouvellement remuées prennent un talus naturel dont la surface est plane et dont l'inclinaison sur le plan horizontal varie en raison de l'adhérence et du frottement des molécules. Si l'adhérence des mo-* lécules terreuses était, comme dans les pierres, plus grande que leur pesanteur, la masse res-
' Foir, entre aatrca, un traT«U intéreuaot de Tautear àt en •rtide» fur Borû Gothumo/^ d«tu U Rtvmt/ranfoUt et itrangev»
1837, et an «ecood tor ane appréçUtioo de PquKkkinc, en aUeimiid, par M. Varnhagen too Euae. S.
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tant verticale n*exercerait aucune poussée con* tre le mur de reYéleroent; au lieu qu*une masse fluide exercerait le maximum de pression contre ce mur. Hais le talus que prend du sable sec, dont on peut considérer Tadhérence des grains comme nulle , est parvenu à son degré naturel quand les grains qui tendent à glisser sur le plan incliné, demeurent en repos par le seul effet du frottement. LUnclinaison du plan du talus est alors indépendante de la hauteur du déblai , et se trouve uniquement donnée par la valeur du frottement, de sorte que c*est l'angle de frottement, dont la tangente exprime le rapport du frottement à la pression.
Il résulte de ces notions générales que lorsqu'un revêtement vient à céder, Téboulement des terres s*étend jusqu'au talus naturel. Mais on conçoit que la plus grande poussée qui renverse le mur n*est pas produite par ce prisme de terre glissant sur le plan du talus ; il y a ici une question de maximum à résoudre, que Coulomb a considéré le premier, e^ qui peut seule donner la solution complète du problème de la poussée deê terrée. C'est en suivant cette marche que Prony & donné le théorème suivant dans sa mé^ canique philosophique : l'angle du prisme de plus grande poussée, qui tend par conséquent à se détacher le premier, est la moitié seulement de celui formé par le plan du talus naturel des terres él par le parement intérieur vertical du revêtement. Ce prisme est le même pour les terres rassises et pour les terres fraîchement remuées; mais cependant la poussée maximum est plus grande pour ces dernières.
Le point d'application de la poussée des terres se trouve un peu au-dessous du tiers de la hauteur du revêtement intérieur (à partir d'en bas); et sans l'adhérence, il se trouverait exactement au tiers comme pour les fluides. Ddb...
POUSSIN (Nicolas) naquit aux Andelys (Eure), en 1594, d'une famille originaire de Soissons. Son père élait noble^ mais sans fortune. Le jeune Poussin, pendant le cours de ses études littéraires, manifesta son goût pour le dessin, et il y fit des progrès rapides dès qu'il eot obtenu de son père la permission de s'y livrer. Il quitta la Normandie, vers l'âge de 18 ans, pour venir à Paris chercher des maîtres; mais l'art y élait alors dans un état de langueur. Poussin prit successivement les leçons de deux peintres dont l'un était sans talent, et l'autre avait seulement quelque habileté dans le portrait. Ayant bientôt reconnu le peu de fruit qu'il pourrait recueillir sous de tels instituteurs, il les quitta au bout de quelques mois. U avait appris sous eux la manœuvre de
l'art, et il n*eutplus d*autres maîtres que des es^ tampes gravées d'après Raphaël et Jules Komain. Ses désirs s'élançaient vers Rome. Deux fois il en entreprit le voyage; différents obstacles le forcèrent de l'interrompre. Enfin, aprèsavoir achevé le tableau représentant ta mort de la Fierge, qu'il faisait pour l'église de Notre-Dame, il s'achemina de nouveau vers la ville éternelle, où il arriva, à Tâge de 30 ans, au printemps de 1634.
Il y rejoignit le cavalier Marin, auteur du poème û'' Adonis, qu'il avait connu à Paris et qui lui avait offert de l'emmener en Italie; mais ce protecteur partait pour Naples, où il mourut bientôt. Poussin se trouva ainsi dans une ville étrangère, sans connaissance, sans appui, sans aucune autre ressource qu'un talent qui devait être mal apprécié, parce qu'aucun prôneur ne le faisait valoir. Réduit à un état de misère qui aurait plongé dans le désespoir une âme faible, pouvant à peine tirer de ses ouvrages le prix que lui coûtaient les toiles, les couleurs et une misérable subsistance, il se trouvait heureux parce qu'il pouvait étudier l'antique et Raphaël. C'est ainsi qu'avec une passion vive et facile à satisfoire , on peut trouver le bonheur dans le sein de l'infortune, comme les âmes vulgaires que ne transporte aucun goût dominant n'éprouvent qu'une langueur douloureuse dans le sein de la prospérité.
Au lieu de travailler â multiplier le nombre de ses ouvrages pour suppléer par la quantité à la faiblesse du prix qu'il en recevait. Poussin, animé de ce courage que donne un violent amour des arts, consacrait la* plus grande partie de son temps â l'étude. Lié avec le sculpteur Duquesnoy, si connu sous le nom de François Flamand, il copiait les antiques au crayon, les modelait en bas et en plein relief, et les mesurait dans toutes leurs parties. Il se promenait dans les vignes et dans les lieux les plus écartés de la campagne de Rome, considérant et dessinant les statues des Grecs et des Romains, fixant dans sa mémoire ou sur le papier les vues les plus agréables, et saisissant les plus beaux effets de la nature. Il esquissait tout ce qui pouvait lui servir un jour, arbres, terrasses, accidents de lumière, composition d'histoire, dispositions de figures, i^ustements de draperies, armes, vêtements et ustensiles des anciens. Pouvait-il se plaindre de la pauvreté, lorsque chaque soir il rentrait dans son humble logis pour cjjouter de nouvelles richesses au trésor qu'il accumulait? Il ne faut pas croire qu'il perdit pour l'art les instants où il ne maniait ni les pinceaux, ni le crayon, ni l'ébauchoir.Il appliquait alors son esprit â chercher la raison des beautés qu'U avait observées; il
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approféndissait par la méditation la théorie de son art; il étudiait la géométrie et surtout l*optique; il reprenait arec un savant chirurgien les anciennes études anatomiques quil avait faites à Paris ; il les repassait dans les écrits et sur les planches de Yesale. Il mettait à profit le temps même où il marchait dans les rues, observant les passants, leurs physionomies, leurs attitudes, les plis de leurs habits, le jeu de leurs passions qui se peignaient sur leurs visages ; et si quelques-unes de ces observations lui semblaient dignes d*ètre conservées, il en faisait des esquisses légères.
Son génie avait de trop grandes conformités avec celui de Raphaël pour que ce ne fût pas le maître auquel il donnât la préférence sur tous les autres. Le Dominlquin recevait son second hommage; il étudiait le Titien pour le coloris: on assure même qu'il copia quelques tableaux de ce maître ; et si, dans la suite, il négligea d'observer ses principes, ce fut sans doute par une détermination réfléchie.
Le cavalier Marin avait présenté son protégé au cardinal Barberin , neveu d*Urbain YIII, au moment où ce prélat partait pour ses légations de France et d'Espagne. A son retour, il employa, il fit apprécier les talents du Poussin ; et si ce grand artiste ne parvint pas alors aux richesses qu'il méprisait, il cessa du moins de connaître l'infortune. La mort de Germanicus fut le premier tableau qu'il peignit pour ce cardinal. Il ne fixait jamais d'avance le prix des ouvrages qu'on lui demandait; il écrivait derrière la toile celui qu'il mettait à son tableau quand il était terminé, et cette valeur était toujours modique eu égard au talent et à la réputation de l'artiste. Il refusait constamment de recevoir aucune somme supérieureàl'estimation que lui-même avait faite. On lui avait envoyé 100 écus pour le Ravissement de S, Paul^ il en renvoya 50. Aussi arrivat-il que des ouvrages dont il n'avait demandé que 60 écus, en furent vendus 1,000 peu d'années après.
Sa réputation vint de Kome en France. Il y fut mandé par le ministre des Noyers, qui avait la surintendance des bâtiments du roi, et ne se rendit qu'avec peine à cette invitation. Il eut un logement aux Tuileries et le titre de premier peintre du roi ; mais ces honneurs furent bientôt empoisonnés par les manœuvres de l'envie. Vouet, ses élèves, et jusqu'au paysagiste Fouguières, critiquaient amèrement les ouvrages qu'il mettait au jour, et même ceux qu'il n'avait pas encore faits ; on cabalait contre lui auprès du ministre. Il obtint un congé pour aller à Rome chercher sa
femme et arranger ses affaires, et il se promit bien en partant de ne plus revenir. Il mourut à Rome, le 19 nov. 1665, à l'âge de 71 ans. Il lui aurait été facile de s'enrichir, s'il eût voulu profiter de l'empressement avec lequel on cherchait à se procurer de ses tableaux ; mais il avait choisi par goût l'état de médiocrité: il avait inspiré à sa femme, Anna-Haria, sœur de Gaspard Dughet (t7{tr-)) quMls adoptèrent, la même modération, et ils n'avaient pas même un seul domestique pour les servir.
Quoiqu'il soit aisé de distinguer ses tableaux de ceux de tous les autres maîtres, il s'étudiait cependant à en varier la manière et le ton, leur donnant une touche plus ferme ou plus molle, une teinte plus gaie ou plus austère, un site plus riant ou plus sauvage, une lumière plus large ou plus resserrée, suivant les sujets qu'il avait à traiter et l'impression qu'il se proposait de faire. Il avait appliqué à la peinture la théorie des modes que les Grecs avaient introduits dans la musique. Ses compositions, toujours profondément et judicieusement pensées, lui ont mérité le titre de peintre des gens d'esprit» Son attention à observer rigoureusement toutes les parties du costume pourrait lui faire donner aussi le titre de peintre des savants.
Le but qu'il se proposait constamment, et qu'il croyait être celui de Tart, était de parler à l'âme : aussi quand on a vu une fois le Testament d'Euilamidas, la Mort de Gertnanicuif, rjrcadie, on s'en ressouvient toujours, et ce n'est jamais sans éprouver une sensation forto et se livrer à des réflexions profondes. On peut même avancer que ce principe lui avait fait négliger non la couleur (car il avait celle qui convenait à son sujet), mais les alléchements du coloris : il aurait craint de distraire le sentiment et la réflexion par la sensation passagère du plaisir des yeux; il se proposait d'attacher, et non de briller. Le coloris du Poussin a été souvent critiqué, mais il faut convenir que jamais artiste n'a mieux connu que lui le devoir du peintre qui ne se propose l'avantage de plaire que comme un moyen qui conduit à instruire. Il avait observé que les carnations n'ont toute leur fraîcheur et les couleurs toute leur vivacité que vues de près, mais qu'elles s'éteignent lorsqu'elles sont vues à une certaine distance, et que c'est par un mensonge et pour satisfaire plutôt les yeux que la raison que les peintres donnent à des objets qui sont censés à une distance considérable de l'œil le brillant qu'ils ne peuvent avoir que lorsqu'ils en sont voisins. Il eut donc la satisfaction de rendre la vérité, en
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même temps qu*U rejetait une sorte de coquets terie coqtriiire à la sagesse de ses ?ues. Toi^ours fidèle au principe dUqspirer au spectateur du recueillement et non de la distraction, il n'a ré« pandu dans ses compositions que des richesses nobles et simples, de belles masses d*architec« ture et non d^ ornements de détail, de «u* perbes paysages et non des jardins de plaisance, des draperies nuyestueuses et non fies parures.
Quand on pense à Textréme profondeur de jugement qu*ont montrée les Grecs dans toutes les choses sur lesquelles nous pouvons les juger, on est tenté de croire que les beautés dont ils n'ont pas fait choix n'étaient que des beautés in^ lérieures qui auraient nui h celles dont ils fai^ saient les objets de leurs travaux, et Ton n'est pas loip de prononcer que le poussin, en cherchant k ressusciter Tart pittoresque des Grecs, a ou«> vert aux artistes la plus belle route qu'ils puis^ sent se proposer de suivre. Mais éloigné de la France, et plus admiré qu'imité, il n'a eu aucune influence sur l'institution de Vécole frunçaiie («qr . l'article). C'est l'un de ses ennemis et de ses persécuteurs qu'on peut regarder comme le fondateur de cette école, parce que ce senties élèves qui, dans le beau siècle de nos arts, ont jeté le plus d'éclat. Hibl.
On vient de lire un fragment dû à la plume savante de M. Hiel qui a laissé inachevée la no* tice du Poussin, à laquelle il attachait plus d'importance qu'à aucune autre; la mort ne lui a point permis d*aborder l'e^^amen des principaux tableaux de ce maître, où il eût encore une fois trouvé l'occasion de montrer son goût épuré et la sûreté de ses jugements. Nous n'essayerons pas de combler cette lacune } nous rappellerons seulement par leur titre quelques-unes des ceu- Très les plus célèbres du Poussin,
On sait que ce grand artiste revenait avec complaisanc^sur un sujet d^jà traité par lui; et que chaque fois, il retrouvait des inspirations nouvelles, n peignit même plusieurs fois son portrait pour différents amis, afin, disait-il, de ne pa$ faire 4ejqlowB, Deux fois, il reprit la suite destS'ep^ êOcrem^nUi la sainte Famille, la Cène, le Bavissemeut de S. Paul, Mme «otioé de$ eaua, le Fiappefnçnl du rocher, leê Ber^ gers d'Jrcadie, Écho et Narciêêe, 4rmide et Renaud, etc., etc., ont été f épétés par son pinceau toujoursd'une manière originale. Le musée du Louvre possède 89 tableaux du Poussin, parmi lesquels on remarque les quatre tableaux connus sous les titres des saisons, et exécutés, de 1660 à 1664, pour le duc de Eichelieu. Daii^
ces compositions, où l'on passe du riant au tou* chant, puis au grave et au terrible, le Printempe est représenté par Adam et ive dans le paradis terrestre; l'Été par Ruth ramassant des épis dans le champ de Booz; l'Automne par les Israélites rapportant du raisin de la terre promise; et V Hiver par le déluge. Ce dernier tableau est un de ceux qu'on admire le plus. Parmi les autres sujets tirés de l'histoire sainte , il faut nommer Rebecoa et Éiiézer, peint pour Pointel, qui, charmé des Coueeuseê, du Guide, avait demandé un semblable tableau de femmes au Poussin; la Manne du désert, les Philistins frappés de la peste, le Jugement de Salomon, plusieurs saintes Familles, Jésus guérissant les «oet*** gles, la Mort de Saphire, enfin , l'admirable Assomption delà Fierge.Le Poussin ne s'était décidé qu'avec peine à aborder, en 1643, le Ba* vissement de S, Paul, sujet demandé par son généreux ami de Chanteloup pour servir de pendant à la f^ision d'ÉJséchiel, par lUphael, dent le modeste artiste craignait la comparaison, quoiqu'il n'y soit pas inférieur à oe maître. On voit encore au Louvre Saint Frstnçois Xavier ressuscitant une jeune fille au Japon, commandé par des Noyers pour le noviciat des jésuites. Bans les sujets proftines, on cite particulièrement : l'Éducation de Baechus, le Triomphe de Flore, Pyrrhus, Mars et Rhea ^Ivia, Éeko et Narcisse (déjà nommé), l'enlèvement des Sabines, le Maître d'école renvoyé aûs FaUS' ques, la Mort d' Eurydice, Diogène jetant son écuelle, les Bergers d'Areadie (déjà nommé), l'allégorie du Triomphe de la yétiié soustraite par le Temps aux atteintes de llnvie et de la Calomnie, etc. On conserve en Italie (e Martyre de S, Érasme, la Mort de Oermanicus, S* Mat' thieu, l'Image de la vie humaine, le Martyre de «9. Laurent, etc. Les Sacrements ont passé en Angleterre. L'Ermitage de Saint-Pétersbourg s'est enrichi d'un Frappement du rocher, d'Esther devant Assuérus, d'Armide et Renaud, de la Continence de Scipion, et de plusieurf autres chefS-d'muvre.
Gonune on voit , le Poussin a traité avec la même supériorité les sujets les plus divers. Il savait unir toutes les parties de ses compositions^, de façon à les fïiire copoourîr au but de l'ensemble. Point de personnage qui n*ait son r61e, qui n'intéresse, qui ne parle à l'esprit, qui ne serve à étendre ou à ei^pliquer l'action. La nature eUe-méme est asservie à rendre la scène plus saisissante ; ainsi, dans le Diogène jetasU son écuelle comme superfis^, les sites les phii naturels et les plus riches, sans art et sans ap-
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préd, NmbleDtiustiier Taeilon du philofoph«| aiDsi, dans /a Mort d'Eurydice, Orphée ignore encore »od malheur; mais le ciel se couvre de nuages. Aussi le Poussin peut*il ^tre cité à Juste titre comme le premier peintre de paysages bis* toriques. Souvent encore, il appelle rallégorie h son secours, et sous un yoile transparent, elle aide à faction i elle fait penser, B'Argonne lui ayant demandé un Jour par quelle yoie il était arrivé au haut degré d9 vérité où il avait porté la peinture, il répondit simplement; « Je n*ai rien négligé ! »
On consultera sur le Poussin les Vies des peintres de Bellorj, Passer!, rélibien, de Piles; Ch. Per« rault, Éloge$ des hommu illu$ire$ du xvii* êiéaie (Paris, 1696, in-fol.); JAn%u Storia pmorica dalla JkUia (Bassano, 1796); Maria Graham, Mémoires êurlaviedu Pçu$Min (trad. de Fangl., Paris, 1891, in-8»); Cambry, Ei»ai sur la vie et les tableaux du Pçussin (Rome [Paris], 1783); les Éloges du Poussin, par Guibal (Paris^ 1783, in-8«)), etRuault (Paris, 1809, in-8«); de TouloO"* geon. Manuel du Muséum français (Paris, 1803); Gault de SaintrGermain, rie du Poussin considéré comme c/ief de l'école française (Paris, 1806, in-8«); Landon, OPuvres du Poussin, avec une notice par Gastellan (Paris, 1811, 4 vol. in-fôl.). La ville natale du Poussin, les Ândelys, a ouvert une souscription pour éle» ver au célèbre peintre un monument digne de lui. Z,
POUVOIR. Ce mot exprime le droit, la faculté d*agir pour un autre, en vertu de Tordre ou de rautorlsatlon qu*on en a reçu. U se prend aussi pour Pacte par lequel on donne pouvoir d*agir, et en ce sens, U se met quelquefois au pluriel, A Touverture d*une chambre élective, on pro« cède a la vérification des pouvoirs des députés nouvellement élus. On entend par p/ein pouvoir un pouvoir entier, absolu. I«es ambassadeurs, avant de traiter, échangent leurs pleins pou^ voir s. Dana une autre aeceptloi^, pouvoir signifie puissance, autorité, droit de commarfider (voy. ADToaiTft, SonviBiJifBTa, Goinr«tiiExiiiT, etc.). Le powooir arbitraire est celui qui n*a d*autre règle que la volonté du prince et de ses agents {poy. Absolutis»). Dans les États constitution^ nels, le pouvoir, toujours légal, c*est-à-dlre fondé sur la loi, est limité ou tempéré de di* verses manières; de plus, il est divisé, tel pou^ voir étant exclusivement réservé au prince, et tel autre exercé concurremment avec lui par une ou par plusieurs assemblées, ^ous avons conaa<^ des articles spéciaux aux mots po%iivoir XxÉcuTiv, LÉoisLATir et Jvmciaub, ainsi qu*au
pottfTOfrDiSQBtTieifWAiBX des présldentsde cours d^assises. On appelle fondé de pouvoir la per* sonne chargée par une autre de suivre une affaire à sa place. £. Riovabd.
POUZZOLANE. (Construction.) C*est une terre volcanique rougeâtre qui, mêlée avec de la chaux, donne un excellent mortier se durcissant dans Peau, lUe tire son nom de Pounoles (PobbuoU)^ ville de 10,000 ftmes, sur une baie du golfe de Naples. Vondée par les Cumans, 999 ans avant J. G., et détruite dans les ravages des peuples qui se ruèrent sur lltalle au moyen âge, cette ville estf en outre, célèbre par son vin et ses eaux thermales. ^ On trouve encore la poHzzo<* lane en différents endroits, et son nom s*est même étendu à toutes sortes de compositions artificielles capables de la suppléer. Sn Relgique et en Hollande, on remplace la pouzzolane, dans la composition des mortiers hydrauliques, par la pierre d'Àndemach réduite en poudre; cette pierre se trouve dans un terrain qui parait avoir été volcanisé, sur les bords du Rhin, près de la petite ville d^Andernach. On la réduit en pou* dre fine dans des moulins , et elle prend alors dans le pays le nom de trase. n a été reconnu, dans ces derniers temps, que les pouzzolanes étalent presque généralement des argiles vaseu* ses ou des schistes altérés par le feu des volcans; aussi remplace-t-on la pouzzolane naturelle par des argiles vaseuses ou des schistes calcinés à la manière de la pierre à chaux ; en les pulvérisant ensuite on obtient une pouzzolane àrtiftcielle, qui est employée avec suocès en Angleterre, en Suède et en Hollande. l»
POZNAN» PoiwAïiix, rotr. Posai! ,
POZZO (Anna*), né à Trente, en 1649, peintre distingué de paysages, d^histoire, de marines, de fruits et de fleurs. U se fit remarquer surtout dans la perspective, dont il publia un traité (Rome, 1605-1700, 9 vol., souvent réimpr.); et lorsqu'à fut entré dans Tordre des jésuites, en 1665, il donna des preuves de son talent en peignant les plafonds de plusieurs églises de cet ordre, dans lesquels 11 est allé jusqu'à produire rillusion de feintes coupoles. Les principales villes dltalie et yienne possèdent de ses ouvra* ges. Malheureusement, dans la plupart ses cou«> leurs sont devenues noires. Il mourut a Vienne, le 31 aoOt 1709.
POZZO DI RORGO (CnMiLXS-AxDaa, comte), naquit le 8 mars 1768 dans les rudes montagnes d'iÛaccio. La temlUe des Pozzo appartenait à cette âpre noblesse de la Corse; ses ancêtres réiaidaient depuis le xii» siècle dans le petit fort de Hontichi; puis ils vinrent habiter le village Pouo
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di Borgo, dont on trouye les ruines à quelques lieues d*Ajaccio. Le voisinage de la cité adoucit bientôt leurs habitudes d*indépendance. Peu à peu, ils se rapprochèrent du centre, et enfin, en 1775, après la réunion de la Corse à la France, ils furent reconnus nobles de vieille origine par arrêt du conseil supérieur de Tlle. — La révolution française éclata. En 1788, Louis XYI avait convoqué rassemblée de la noblesse corse à Ajaccio, pour rédiger le cahier des doléances que Pile avait à présenter. Pozzo di Borgo, alors âgé de vingt-deux ans, fut nommé secrétaire de cette assemblée; il le fut ensuite de celle des notables de la province d*Ajaccio, puis député extraordinaire à TAssemblée nationale, pour lui exprimer la reconnaissance des populations corses, qu*un décret appelait à faire partie intégrante de la France. — La Constituante, cette assemblée brillante et désordonnée, s*était prise à tout démolir de droite et de gauche; elle amoncela les ruines, et quand il fallut reconstruire, elle laissa pour toute base du nouvel édifice je ne sais combien de systèmes populaires et de théories sans application : elle constitua administrativement un grand désordre. Quand la législative ftit convoquée, Charles Pozzo di Borgo en fut nommé membre par le corps électoral d*AJaccio, et ici commence la carrière du Jeune corse sur le terrain des affaires générales. Un fait curieux signala sa vocation, c*est que, arrivant à TAssemblée législative, Thomme qui se devait dévouer tout entier à la science de la diplomatie, science dont la principale base est le religieux ménagement des opinions, se trouva d*abord classé dans le comité diplomatique sous la présidence de Brissot. — Pozzo di Borgo ne parut que trèsrarement à la tribune. Il paya son tribut à cette éloquence du temps, un peu déclamatoire : quel était rhomme alors qui pouvait se défendre de subir les influences de la phraséologie contemporaine? Beux partis poussaient à la guerre contre l^Europe : Louis XYI, qui comptait y trouver le moyen de ressaisir un peu de pouvoir ; la Gironde, qui espérait qu*une grande commotion populaire enfanterait la république. Pozzo fut Texpression du comité diplomatique qui conseillait la guerre. Son mandat expira avec le pouvoir de PAssemblée législative. Le lien qui Pavait attaché à la France fut ainsi affaibli. Be retour en Corse, il se mit au service des idées d*lndépendance nationale que nourrissait Paoli. Il s*associa désormais à Tadministration du pays. L'esprit des vieilles races s*était réveillé avec ses haines. Toute la montagne appelait Pémancipation du sol; et Paoli, le vieux Paoli, son idole,
ne lui promettait rien moins qu*une république corse : c'était alors la manie des esprits. Mais les Arena, les Bonaparte, les hommes de la plaine et des villes, chefs du parti français en Corse, et affiliés aux clubs de Paris, n'avaient pas vu sans inquiétude ces espérances et ces tentatives de révolte. Salicetti fut leur organe à la Convention nationale : il dénonça Paoli et Pozzo di Borgo comme coupables de projets de séparation de la Corse. Paoli et Pozzo di Borgo furent mandés à la barre de l'assemblée, pour y présenter la justification de leur conduite. Là fut le germe de la haine profonde et corse que se vouèrent dès lors Pozzo di Borgo et Bonaparte ; de là cette inimitié qui, enfouie dans leurs poitrines, prit plus tard l'Europe pour théâtre : cette puissance de la vendetta influa plus qu'on ne pense sur les événements de 1814. — Le décret de la Convention fut notifié à Paoli et à Pozzo di Borgo à Corie, capitale de la montagne. Ils savaient les suites d'une désobéissance. Que feraient-ils? Avant qu'ils se fussent décidés euxmêmes, le mouvement national les avait entraînés. La commission départementale s'était déclarée en permanence. Il y eut une assemblée populaire à' Corte. Les troupes tumultueuses des montagnards qui la formaient décidèrent d'une voix unanime que Paoli et Pozzo di Borgo seraient invités à continuer leur administration , sans tenir compte des ordres de la France. Quant aux familles Arena et Bonaparte, il fut dit qu'il n'était pas de la dignité du peuple corse de s'occuper d'elles, et qu'on les abandonnait à leurs remords et à l'infomie publique *. (Ce décret, si singulier quand on le compare à la fortune de Napoléon, fut couvert de 1,300 signatures). L'ambassadeur en conservait l'original; il aimait à raconter cet épisode, si petit quand on le compare à la grandeur des destinées : Bonaparte devint empereur du monde, et l'on sait la triste fin d'Arena son ami. — Bésormais on ne pouvait plus reculer. Comment maintiendrait-on cette Indépendance du peuple? On entretenait bien quelque intelligence avec les Anglais; mais Toulon, qu'ils occupaient, était vivement pressé par les armées de la république dont on bravait la loi. Bonaparte, que la Corse vouait à l'infamie, dirigeait ce siège. Une fois la rade en son pouvoir, en quelques heures, une escadre française pouvait arborer le drapeau de la révolution devant Ajac-
' Che non «ra ddla âignlti dd popolo eono dl occapucc dcU« àmt Camiglle Boonapaitc ed Ai«m, onde 1« abbaadoM al loro r»> mortl cd alla poblica inramia.
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€10. En ces difiSciles circonstances, la flotte anglaise parut en vue de la Corse. L'amiral ofiFrit sa protection sous la suzeraineté du roi de la Grande-Bretagne. Paoli se rendit à son bord pour traiter au nom du peuple ; une assemblée générale fut convoquée. Le 10 Juin 1794, elle posa les basses d*une constitution fondée sur les principes de la grande charte d*Angleterre : c*est-à-dire avec deux chambres, un conseil d*État, un vice-roi, des ministres responsables. Paoli proposa Pozzo di Borgo pour la présidence de ce conseil d'État. Mais, lorsque le jeune Corse au teint basané, à Toeil vif, à la corpulence maigre et élancée, lui fut présenté par Paoli, le Commodore Eliott s*écria : ^Est-ce là votre président de conseil d*État ? — Je réponds de lui, dit Paoli : c'est un homme aussi habile à conduire un gouvernement qu'à garder les chèvres des montagnes, et à débusquer Tennemi à coups de carabine.» C'était l'âpre et agreste langage de la montagne. Pozzo di Borgo eut donc à organiser toute Padministration de la Corse, et il s'en acquitta avec une grande habileté. L'ambassadeur possédait le Code qu'alors il donna à sa patrie, mélange de lois étrangères et de lois nationales primitives, appliquées aux plus menus intérêts des populations de pasteurs. Cependant, l'appui lointain de l'Angleterre fut insuffisant contre la république; quelques régiments tirés de Gibraltar ne pouvaient contenir la population des villes dévouées à la France. Une crise était imminente: les trois couleurs de la république allaient être arborées à Ajaccio. Pozzo di Borgo n'attendit pas le jour où il les verrait flotter : il s'embarqua avec les Anglais pour éviter la vengeance de Bonaparte. L'escadre quitta les parages de la Corse, emmenant avec elle tous les débris du gouvernement déchu. Elle toucha à l'Ile d'Elbe, vogua vers Naples, et de là vers l'Ile d'Elbe encore. Pozzo di Borgo eut le loisir d'examiner cette petite souveraineté de Porto-Ferrajo, où Napoléon devait subir l'exil au moment où grandissait la puissance de Pozzo di Borgo, alors lui-même exilé. La frégate la Minerve transporta à Londres les proscrits de la Corse. Pozzo di Borgo y passa 18 mois parfoitement accueilli du ministère anglais, qui lui savait gré de l'esprit d'ordre et de la capacité dont il avait fait preuve durant son administration. Il se lia avec quelques émigrés français, et entra dès lors dans cette carrière de diplomatie et de négociations secrètes qui, plus tard, s'ouvrit pour lui sur un immense théâtre. De Londres, Pozzo di Borgo vint à Vienne; il se jeta corps et âme dans l'actif mouvement diplomatique qui accompagnait l'action militaire de
l'Europe contre la France; il était dans la force de l'âge et de la vie ; il avait SO ans : infatigable, il courait l'Allemagne et l'Italie, secondant partout de ses intrigues le succès des armes de la coalition; mais, la victoire de Zurich ayant repoussé les Austro-Russes hors des frontières, Pozzo di Borgo retourna à Vienne , et y demeura en rapports intimes avec le cabinet et son ministre dirigeant alors. Bonaparte n'oublia pas ses vieux amis d'Ajaccio ; mais il ne se souvint d'eux que pour les proscrire. Les Arena furent exilés par lui, ou livrés aux commissions militaires : il se rappella aussi cet autre compatriote , son ennemi déclaré, ce Pozzo di Borgo, qui ameutait déjà les opinions des cabinets : celui-ci avait dû sentir ses ressentiments s'accroître, en voyant le jeune consul victorieux imposer de si haut à l'Europe la paix d'Amiens. La guerre n'avait pas tardé à se rallumer. Pozzo di Borgo entra au service de la Russie, et se voua dès lors ouvertement et complètement à la diplomatie. Il avait la souplesse du caractère et la pénétration de l'esprit. L'étude des faits , l'expérience des hommes et des choses , avaient développé chez lui ces heureuses qualités natives. L'habileté dont il avait fait preuve dans ses premières négociations avait montré ce qu'il valait : son avenir politique était assuré. Il obtint le titre de conseiller privé de l'empereur. Pozzo di Borgo fut envoyé à Vienne, où il eut à resserrer plus étroitement l'alliance entre la Russie et l'Autritriche ; il dut représenter le czar , comme son commissaire, près de l'armée anglo-russe et napolitaine, qui commençait ses opérations par le midi de l'Italie dans la campagne de 1803. Celte mission ne fut qu'un voyage. Les troupes alliées, à peine réunies à Naples, furent contraintes de se dissoudre ; la victoire avait dicté la paix de Presbourg. Ce traité séparait l'Autriche de la coalition. Pozzo di Borgo retourna à Vienne, mais il n'y s^ourna pas. Il se rendit à Saint-Pétersbourg, où de nouveaux mouvements militaires se préparaient par suite d'un traité signé avec la Prusse, qui se déclarait alors contre Napoléon. Le comte Pozzo dit Borgo accompagna son maître à l'armée, où le czar lui donna un rang et le fit colonel à sa suite, poste qui l'attachait à la personne même d'Alexandre : on sait que dans la coutume russe, il n'y a d'avancement possible que dans la hiérarchie militaire. Envoyé une quatrième fois à Vienne après la bataille dléna, Pozzo di Borgo essaya de réveiller l'Autriche de la torpeur où l'avait plongée la paix de Presbourg. L'Autriche voulait la paix à tout prix : elle ne bougea pas. Alexandre envoya son
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agent aux Dardanelles traiter ayeo les Turcs, assisté du ministre anglais. Pozio arrira li Te« nedos, où il assista, à bord de la flotte de Tami^ rai Biniayine, au combat du mont Athos, entre la flotte russe et celle du sultan t il obtint là sa première décoration militaire, que Tempereur Alexandre lui envoya gracieusement* La lutté sanglante et acharnée oû les armées russes et françaises s*étaient si brftyement mesurées k Eylau et à Friedland arait abouti au traité de Til*sitt. les conférences qui furent ouvertes avaient réuni les deux empereurs , qui se virent fréquemment $ ils échangèrent des projets de commune ambition ; et^ bientôt, Napoléon dorainn de toute la puissance de son génie Tesprit en*thousiaste du ozar, au fond, aussi habile et aussi délié que celui de son allié. L*admiration involontaire qu*Alexandre éprouvait depuis si longtemps pour Ion illustre ennemi devint une amitié exaltée, et qui se manifestait par de tels témoignages publics que les vieux Russes com»mençaient à en murmurer, comme si c*eût été une trahison envers le pays. L^iotime rapprochement des deux souverains ne permettait plus à Pozio di Borgo de rester au service de la Russie. Il eut à Saint-Pétersbourg une longue audience de Tempereur, où il exprima avec une grande franchise ce qu*il pensait de ralllance française ) et comment elle le forçait de s'éloigner. Alexandre essaya de le retenir ; il affirma que la paix ne lui avait imposé le Sacrifice d'aucun de ses serviteurs. ^ * Loin de vous être utile maintenant, Je ne vous serais qu*un emba^ ras, répondit le coloneL Bonaparte n*a point oublié ses haines; quelque Jour, il demanderait mon extradition. Votre Majesté, Je le sais, serait trop généreuse pour raccorder ; mais Je deviendrais alors une difficulté, une cause de collision peut-être : c'est ce que Je veUx éviter. AU reste, ajouia-t41. Je doute que l'harmonie soit durable entre Votre Majesté et KapoléôUi Vous connaîtrez plus tard cette ambition effrénée, qu'aUcuné conquête n'est capable d'assouvir. Vous âve£ la Perse ei la Turquie suf les bras, Bonaparte sur la poitrine t eh bien î débarrassezvous les bras d'abord, et une forte secousse après vous débarrassera de Bonaparte. Je tae cesse point, d'ailleurs, d'être aux ordres de Votre Ha" Jesté. Avant qu'il se soit passé beaucoup d'an^ nées. Je le prévois , elle aura daigné me rappeler. » Il fallait voir avec quel feu, avec quelle vivacité, l'ambassadeur rappela plus tard ces souvetairs. Alexandre comprit cette situation, et le colonel Pozzo di Borgo obtint l'autorisation de voyager. Il se retrouvait A vienne en 1808>
alors que PAutriche venait de rompre éhcore avec la Vrance : il y demeura également durant toute la campagne de 1800, faisant de son côté une campagne diplomatique fbrt active. Après la paix signée, Kapoléon réclama rextrdditioii du colonel, comme sujet français; on prévint Pozzo di Borgo, qui reconnut bien que TAutriche ne lui serait pas désormais un séjour plus convenable et plus sûr que la Russie. A cette époque, la terre manquait sous les pieds à tout ce qui était ennemi de Napoléon ; le colonel prit le parti de Se rendre kConstantinople, seul point qui otMi une issue par où il pût quitter l'Europe continentale; le voilà donc proscrit politique maintenant : il se réfugie en Asie, poursuivi par la vieille haine corse de Napoléon. Il parcourt la Syrie, il visite smyrneet Malte; de Malte il passe à Londres, où il débarque en octobre 1810. Ses missions nombreuses avaient fait de lui un agent importanti L'Angleterre n*avalt plus avec le continent que de rares et difficiles rapports. Cet isolement lui rendit surtout précieuses les révélations qu'apportait un homme d'affaires et d*expérience arrivant des grandes capitales. Le marquis de Wellesley et Pozzo di Borgo eurent de fréquentes conférences. Ce dernier l'entretint des espérances de l'Europe, d'une croisade nouvelle contre le gigantesque empire de Napoléon. Plus le colosse avaît grandi, plus son armure lui était devenu insuffisante, plus il offrait de points vunérables. Quel autre eût mieux Indiqué où était le défaut de la cuirasse de l'empereur ? quel autre mieuk que son ennemi d^AJaocio? La paix de Tilsitt n'était qu'une trêve. La guerre éclata plus terrible en 1819 1 les armées françaises passèrent le Niémen. La Russie était envahie. Les batailles de Mojaïsk et de la Moscowa avaient refoulé les troupes d*Atexdndre Jusque sur Moscou : la vieille capitale, Moscou la sainte, était réduite en cendres, et toute la haine des Russes s'était réveillée! Pozzo dl Boi^ n'avait pas quitté Londres. Il s'était rattaché, par négociations, au service d'Angleterre; il avait stipulé au nom d*Alexândre et efficacement aidé son alliance avec l'Angleterre. Toutefois, il ne retournai pas immédiatement près du czar. A l'heure du danger, Alexandre avait senti le besoin d'appeler à son aide le vieil esprit russe, mais pour le réveiller, ce n'était pas assez d'évoquer les traditions nationales, ce n'était pas assez de relever au pied du Kremtin la bannière de saint Nicolas ; on n'eût pas intéressé les seigneurs moscovites A la défense du pays si l'on n'eût fait quelques concessions à leurs Jalousies et à leurs animosités : il avait fallu leur rendre une part
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de leur pouvoir d^&utreféis; il avait ftiUu leur sacrifier la plupart de ces étrangers, Français, Italiens ou Allemands, qui étaient en possession des premières dignités civiles et mili* taires, et s^enveloppaient du manteau impérial : c*est ce qui avait empêché de rappeler le colonel Pouo di Borgo. Il ne rejoignit son empereur qu'à la fin de la campagne* Le grand mouvement de résistance du Kord devenait plus excentrique, et se dirigeait vers la Pologne et la Prusse. Bernadotte lui-mémé commençait à y accéder ; déjà il prêtait Toreille aux ouvertures que lui faisait le cabinet de Londres. Le colonel Pozzo di Borgo, se rendant à Saint-Pétersbourg, passa par Stockholm, afin de mûrir ces fiavorables dispositions du prince royal de Suède. -^ Bans leur entrevue, ils parlèrent de Napoléon comme deux vieux ennemis. A Kalisch, Pozzo di Borgo revit pour la première fois Alexandre : après une absence de cinq ans, tant dMmmenses événements s'étaient acconplis ! Les armées de Napoléon venaient d'être englouties sous la Bé« résina ) le czar se montrait moins joyeux que frappé de ce désastre inouï; ses impressions de Tilsitt le dominaient encore ; et puis il y avait dans TAme d'Alexandre une modestie religieuse qui le ftiisait tout rapporter à Dieu. » Ce n'est pas moi qui ai vaincu Napoléon, disait-il, ce sont les tempêtes du ciel ! c'est l'esprit-saint de la Russie I * Il y avait quelque hésitation au cceur d'Alexandre pour poursuivre sa victoire; il ne voulait point se jeter sur l'Allemagne. Le colonel Pozzo di Borgo ne songea qu'à ramener le czar aux idées d'une politique plus saine et plus in^ téressée. Une occasion s'offïrait, lui dit Pozzo, qui ne se présenterait plus ; les sociétés secrètes d'Allemagne s'ébranlaient aux cris de Teutonia et de Germanfa. Les mécontents surgissaient même en France. 11 fallait profiter, et sans taN der, de cet élan universel, il fallait étoufiTer la puissance ftintastique de Napoléon, sans lui lais^ ser le loisir de se relever.—- Une fois qu'Alexan-* dre voulut la ruine de Napoléon, il en voulut les moyens. On avait besoin de Moreau pour soûlever en France le parti républicain ; on avait be* soin du prince Bugène et de Murât pour diviser l'armée ; on appelait le prince royal de Suède pour fortifier la coalition de ses talents et de ses vingt mille Suédois. Une triple négociation s'ou« vril simultanément à l'effet de les gagner i on fit briller aux yeux de chacun l'appât le plus capable de le tenter. A Moreau , on fit valoir toutes les chances qui pouvaient surgir pour lui à la suite de la ruine de Napoléon : A Murât et au prince Bugène, on montra la souveraineté
de l'Italie, partAgéë entre eux) on flatta tternadotte de l'espoir de revêtir un jour la pourpre impériale dont on dépouillerait Bonaparte (la ruine de Napoléon plaisait à tous). C'était Pozzo di Borgo que le czar avait chaire lui*mênie de convaincre le prince royal. Ce deimler hésita longtemps avant de céder, et taudis qu'il embarquait à Kalschrona, le canou victorieux de Lutzen et de Bautzen avait retenti jusqu'à lui. L'armée russe était en pleine retraite à travers la haute Sllésie, et Bernadette savait la fortune et la hardiesse de Napoléon, fintré en ligne avec les Prussiens et un corps russe, il attendait à Stralsund les événements. Le colonel Pozzo di Borgo courut Vy rejoindre; il triompha des irrésolutions du prince royal, et parvint à l'emmener avec lui au congrès militare de Traokemberg. Ils y trouvèrent Moreau : ce fut là que ces trois ennemis mortels de Napoléon échangèrent leurs vieux ressentiments, Moreau contre le consul, Bernadette contre l'empereur, Pozzo dl Borgo contre le Corse, le consul et l'empereur. Ce fut là que, sur leur commun avis, il fut décidé que la coalition marcherait droit à la capitale, afin de frapper Bonaparte au cœur même de sa puissance et de sa ftiiblesse. Le congrès de Pra-^ gue n'avait été que le prétexte d'un armistice devenu nécessaire à toutes les armées. Jamais les propositions des parties belligérantes nV valent été sincères : les aillés pouvaient désirer la paix, mais Us la voulaient sur le Rhin, dictée sous leurs épées, et ils étaient sûrs de la conquérir àces conditions. L'ardente jeunesseallemande accourait sous leurs drapeaux; chaque jour leurs armées se grossissaient de légions nouvelles; chaque jour au contraire , Napoléon s'afibiblissait davantage, au milieu de l'Allemagne soule> vée. son armée, sa glorieuse armée allait même lui manquer : conscrits, officiers généraux, tous étaient las et excédés. Le bâton pesait au maréchal comme au soldat son fusil. Que lui restait-il? U eût été sauvé peut-être par la médiation armée qu'offrait l'Autriche; les alliés s'étaient vivement inquiétés de cet obstacle | c'était pour l'écarter surtout qu'ils avaient tàii cette halte du congrès de Prague. Avec quelle Impatienceles souverains alliés n'attendaient-ils pas la résolution du cabinet de Vienne? n était onze heures du soir; tous étaient réunis dans une grange : sur lé sol, MM. de Nessefarode, Pozzo dl Borgo, Hardenberg; au premier étage, Alexandre et le roi de Prusse. Tout à coup, arrive un courrier porteur d'un billet de M. de Mettemich pour M. de Nesselrode; il portait x « L'Autriche s'est prononcée et met son armée à la disposition
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de ralliance. » L^empereur Alexandre se jeta aux bras du roi de Prusse, et s*écria que TEurope était sauvée ! Avec quelle Joie Pozzo di Borgo voyait se développer son vaste plan politique ! sa carrière grandissait. U était général maintenant, et, comme si la guerre incessante des négociations n*eût pas suffisamment secondé son impatience, il avait demandé à être employé activement dans la lutte des camps. II fut envoyé par Tempereur en qualité de commissaire près du prince royal de Suède qui couvrait Berlin avec 90,000 hommes. Prussiens,' Russes et Suédois. Il fallait amener cette armée sur le théâtre de la guerre. La défense de Dresde fut un des prodiges du génie guerrier de Tempereur. La coalition avait été refoulée avec des pertes énormes, et Moreau était resté sur le champ de bataille. L'admirable manœuvre de concentration sur Dresde fut suivie de grandes fautes. Les corps d'armées françaises s'étaient témérairement éparpillés; celui de Yandamme fut coupé et fait prisonnier. Les tristes défaites à Grosbeeren et à Delwich achevèrent de compromettre la ligne de Napoléon, obligée de se retirer sur TElbe et de chercher le Rhin. Alors vint la funeste journée de Leipzig. La coalition était victorieuse sur tous les points : déjà son avant-garde se mirait aux flots de ce grand fleuve, que la monarchie de Louis XIY avait pris pour limite. Les alliés n*approchèrent qu'avec une secrète terreur de cette terre de France où tant d'autres avantrgardes de ^Europe avaient trouvé leur tombeau. L'armée de Bernadotte s'était dirigée sur le Holstein, elle devait occuper le Danemark et préparer de là un mouvement en Hollande.' Le général Pozzo di Borgo fut détaché de ce corps et appelé à Francfort pour y régler, avec Talliance, la marche des opérations ultérieures de la campagne. — Ce fut donc de Francfort que l'habile diplomate épia les mouvements de son vieil ennemi corse; il put correspondre avec Tintérieur et se mettre en intimité déjà avec le parti politique en France. Tant était puissant le mouvement qu'avait imprimé le génie organisateur de Napoléon, que tout marchait encore dans l'empire. Le sénat avait voté tout ce qu'on lui avait demandé d'hommes. Les préfets continuaient de fournir rigoureusement leur contingent d'imp6ts et de conscription. Les rouages du pouvoir s'engrenaient obéissants, mais l'esprit public était éteint. C'était en vain que l'enthousiasme officiel des pamphlets, des chansons et des opéras avait tenté de réveiller la résistance nationale : trop d'intérêts Croisses, trop de misères, trop de lassitude générale l'avaient détendu. Il avait fallu
dissoudre le corps législatif. Les membres de la régence étaient incertains, timides, quelquesuns, comme Talleyrand, tout prêts à délaisser une cause chancelante, et qu'au fond ils détestaient profondément. Pozzo di Borgo savait tout < cela, et sa sagacité contribuait à éclairer les alliés dans leurs desseins. Les cabinets étaient-ils bien d'accord sur l'opportunité et sur le but d'une invasion en France? Avaient-ils tous un intérêt identique? A présent qu'elle avait reconquisses territoires usurpés, l'Autriche voudrait-eUe renverser le gendre de son empereur? Laisseraitelle dépouiller la France au profit de la Prusse et affaibUr outre mesure une puissance si nécessaire à l'équilibre européen? L'Angleterre ellemême, tout acharnée qu'elle était contre Napoléon, ne voyait-elle pas avec jalousie le rapide accroissement de l'influence russe? Au parlement, chaque jour, les ministres anglais étaient vivement interpellés sur l'objet de la guerre. Et que pouvaient -ils répondre quand les alliés étaient prêts à passer le Rhin ? — De grandes difficultés pouvaient surgir à Londres : le général Pozzo di Borgo y fut envoyé comme ministre d'Alexandre, au commencement du mois de janvier 1814. Sa mission était délicate : il s'agissait de convaincre le régent et le parlement de la modération du czar, et d'obtenir que lordCastlereagh, le chef du cabinet anglais, se rendit au quartier général pour se concerter lui-même avec la coalition; c'était dire que l'Europe voulait faire un immense lot à l'Angleterre dans le mouvement d'invasion. Dans un des premiers entretiens du général Pouo di Borgo avec lord Castlereagh, ce ministre anglais lui avait communiqué la pensée d'une restauration possible de la dynastie des Bourbons. « Vous savez, milord, lui répondit le général, qu'il ne faut jamais présenter aux souverains qu'une idée simple : ils ne saisissent point les choses complexes. Songeons d'abord à renverser Bonaparte, nous ferons comprendre cela facilement au roi de Prusse et à l'empereur Alexandre : quand nous aurons table rase, nous verrons ce que nous pourrons y mettre, et l'on s'entendra facilement sur d'autres questions. » Le général Pozzo di Borgo visita les princes français : le comte d'Artois lui parla du projet de se rendre au quartier général des alliés. « Gardez-vous-en bien, monseigneur; ne venez pas brouiller nos cartes; nous avons encore une rude partie à jouer; nous avons à tourner le roi. Dès que nous aurons pris Bonaparte, il faudra bien qu'on songe à quelque chose : alors le nom de Bourbon s'offrira tout naturellement, parce que l'ancienne dynastie
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doit nrriver comme consécration de Tancien territoire. » Dans un dîner cliez lady Casilereagh, au dernier toast porté à I*envoyé russe : « Eh bien ! mon cher Pozzo, 8*écria le premier ministre, il est décidé que je vous accompagnerai sur le continent. Tout est dit. J*ai une lettre autographe du prince régent pour Tempereur Alexandre. Nous agirons tous de concert. » Les deux diplomates 8*embrassèrent, et, au bout de trois semaines, ils avaient rejoint les souverains au quartier général de Baden. Bernadotte et Pozzo di Borgo avaient conseillé de séparer Napoléon de la France : c*était à ce but que tendaient toutes les proclamations du prince Schwartzenberg et de tous les corps d*armée qui passèrent le Rhin. On marchait successivement et avec prudence dans Tidée diplomatique d^en finir avec Napoléon. — Pozzo di Borgo demeura près de la personne d* Alexandre pendant toute la campagne de 1814. Les négociations de Châtillon Réouvrirent, mais les propositions de Tempereur y furent rejetées. « Point de trêves, ne cessait de répéter Pozzo di Borgo; il faut marcher sur Paris en masse, en ligne droite sans s*arrêler! » Et quand il parlait ainsi, déjà des ouvertures directes lui avaient été faites de la capitale par Talleyrand et le parti des mécontents, qui grandissait. La Russie prenait la haute main dans toute la campagne; elle dominait la Prusse, et une situation secondaire avait été faite à TAutriche. Dans rincer titude de la campagne, il est possitif qu'à Châtillon on eût traité avec Napoléon s*il eût accepté à temps les préliminaires de paix qu'imposaient les alliés. Caulaincourt fut autorisé trop tard à s'y soumettre; Pozzo di Borgo ne partageait pas l'opinion commune de la paix. « Il faut renverser Bonaparte, disait-il, la paix que vous lui accorderiez ne serait qu'un moyen de recrutement pour lui; avant un an, vous le verriez déborder de nouveau sur l'Europe. Le traité de Chaumont fut signé : il resserrait plus étroitement l'alliance, et la guerre fut poussée avec une vigueur nouveUe. La pointe sur la capitale, recommandée si incessamment par Moreau, Bernadotte et Pozzo di Borgo, eut Veffei fotal qu'on en devait attendre : les armées coalisées campèrent sur les places publiques de Paris, et la cause de Napoléon fut perdue ; sauf quelques soldats groupés encore autour de leur empereur, et résolus à mourir sous leurs aigles, tous l'avaient abandonné. Il avait contre lui républicains et royalistes, et, il faut bien le dire, la masse des intérêts, menacés par la guerre. Celte universelle réprobation, qui demandait la fin de Tem-
pire, était fort énergiquement exprimée par le gouvernement provisoire, auprès duquel Pozzo fut envoyé en qualité de commissaire par l'empereur Alexandre. Plusieurs maréchaux avaient tenté d'amener le czar à traiter avec la régence; Alexandre, encore dominé par le souvenir de Napoléon, allait peut-être écouter son émotion personnelle ; Pozzo di Borgo arriva , le gouvernement provisoire l'avait averti ; « La régence, s'écria-t-il, c'est toujours Napoléon ! et la France n'en veut plus. Lui dicter une paix, si dure qu'elle soit, c'est s'exposer à une reprise d'armes. » Le général Pozzo connaissait parfaitement le génie de l'empereur, qui eût étoufiPé dans la limite de l'ancienne France. Le général demeura deux heures près du czar et ne le quitta pas qu'il n'eût obtenu de lui la promesse qu'on ne traiterait plus avec l'empereur ni avec sa famille. Maître de l'irrévocable proclamation , il court, tout exalté de son triomphe, auprès du gouvernement provisoire, et là, avec un accent de joie inexprimable : « Mon cher prince, dit-il à Talleyrand, ce n'est pas moi sans doute qui ai tué seul politiquement Bonaparte, mais c'est moi qui lui ai jeté la dernière pelletée de terre sur la tête ! » Ici, toute les haines corses se réunissaient à toute la prescience politique. Pozzo le montagnard retrouvait le Bonaparte d'Ajaccio ; l'ami de Paoli saisissait au corps l'ami des Salicelti et des Arena. — L'ancien territoire et l'ancienne dynastie, telle fut la pensée du gouvernement provisoire. Le général Pozzo di Borgo fut chargé par les souverains alliés d'aller recevoir à Londres le roi Louis XVIII. Il avait à exposer au prince l'état réel des esprits en France , et la nécessité d'adopter des formes de gouvernement en harmonie avec les idées et les intérêts nouveaux. On n'ignorait pas que le parti royaliste n'épargnerait rien pour circonvenir le nouveau monarque et le jeter dans un système peut-être trop ardent pour les esprits. Pozzo di Borgo, qui avait tant fait pour la restauration, était éminemment propre à suivre cette négociation délicate. J'ai entendu raconter par l'ambassadeur une des plus piquantes anecdotes sur les retours d'opinion et la fragilité des convictions humaines. Pozzo di Borgo, arrivé à Calais, avait à la hâte frété un paquebot et se rendait à bord : un étranger de distinction vint vers lui, et lui demanda de le recevoir sur son bâtiment pour aller au-devant de Louis XVIII. Le général reconnut le duc de la Rochefèucauld-Liancourt, qui allait, disait-il, reprendre ses anciennes fonctions auprès du roi. Qu'on juge de la surprise du général? Le duc de Liancourt n'avait pas
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blessé la monarchie seulement à TAssemblée constituante $ il avait encore profondément offensé Louis XVIII depuis, en lui renvoyant des États-Unis le cordon de ses ordres, à Tépoque des grands dédains pour toutes les distinctions de la noblesse. Ces manquements^Ui, Louis XVIII ne les pardonnait pas à un gentilhomme. Il concevait un bourgeois révolutionnaire , mais un noble qui manquait à ses titres, à son blason, il ne Poubliait Jamais. Le diplomate russe admit toutefois fort courtoisement le noble révolutionnaire venu & repentance. £t le premier soin du duc de Ltancourt, en mettant le pied Sur le yacht royal, fUt de se parer de ce cordon quUI avait si dédaigneusement traité. Louis XVIII, ne voulut pas même le recevoir ; et de là peut-être la première cause de cette grande opposition libérale de M. de Liancourt. Le roi accueillit au contraire Po2zo di Borgo comme un ami. Le général revint à Paris avec Louis XVIII, et le voyage fournit au diplomate le temps d'accomplir la mission que Tempereur Alexandre et le gouvernement provisoire lui avaient confiée. Il faut rapporter à ce voyage la déclaration de Saint-Ouen, base de la charte de 1814, concession immense à la liberté au sortir du despotisme de Napoléon. Ce fut pour suivre son ouvrage que Votzo di Borgo demeura à Paris comme le représentant de hi Russie. Il se rendit ensuite aux conférences de Vienne, où toutes les sommités diplomatiques avaient été appelées. Ai-je besoin de dire que le général Pozio tournait souvent alors, avec une vive préoccupation, ses regards vers 111e d*£lbe? il épiait les mouvements de Tempereur prisonnier : connaissant toutes les ressources de Bonaparte, sa prévoyance demandait à TEurope une captivité plus lointaine. Lorsqu'on apprit le débarquement de Napoléon au golfe Juan, Pozzo di Borgo comprit la portée de cet événement : « Puisque Bonaparte a débar* que, c'est qu'il marche à Paris ; point de trêve alors pour lui : c'est à TEurope à se remettre en marche ; il faut le renverser dans trois mois, et cette fois sans retour! » La sainte alliance s'avança compacte : ce fut vainement que Napoléon essaya d'en détacher la Russie, en envoyant à l'empereur Alexandre le traité secret et éventuel conclu au mois de mars 1815 entre l'Angleterre, l'Autriche et la France contre le czar. Cette communication n'eut d'autre effet que de foire nai'tre l'antipathie du czar pour Talleyrand. A l'aspect] de son vieil ennemi de Corse, Tactivlté de Pozzo di Borgo s'était réveillée : le général fut envoyé par son souverain en qualité de commissaire près de l'armée anglo-prussienne, qui for-
mait IVant-garde de la coalition. La Russie ne pouvait encore entrer en ligne avec Ses grandes masseli, lorsqu'on apprit que Napoléon était tombé comme la foudre sur la frontière belge. Au milieu d'un bal, à Bruxelles, Sous les mille lustres du palais de Laeken, le duc de Wellington entendit le coup de tonnerre. L'armée anglaise fut réunie en toute hâte. Un premier échec avait fhippé les Prussiens de BlUcher. Le Vieux général fut forcé à la retraite et l'armée anglo-belge prit position au Mont»Salnt^Jean. Pozzo di Borgo vint trouver le duc de Wellington assez inquiet : « Jusqu'à quelle heure croyez-vous pouvoir tenir? dit-il. — Je ne compte pas trop sur les Belges, répondit le duc de Wellington, mais J*ai avec mol une vingtaine de régiments anglais et écossais; adossé à la colline, Je réponds de résister toute la Journée , mais il faut que Bulow m'aide avant cinq heures du soir. « Et le général Pozzo partit sur le champ pour rejoindre les Prussiens. -^ Au milieu de la bataille vers 11 heures du matin, un billet du Bulow annonça son arrivée avant trois heures; la nouvelle passa de rang en rang ; l'armée anglaise résista avec cette puissante ténacité qui fit sa victoire, le général Pozzo fut blessé assez grièvement dans les glorieuses funérailles de la France. La victoire était à ralliance, et pourtant Pozzo dl Borgo s'Inquiétait encore, et non sans raison. L^armée d'Alexandre n'avait pris aucune part aux événements militaires ; à peine avait-elle atteint l'Allemagne : Blttcher et Wellington n'allaient-ils pas profiter de leurs succès pour décider seule des destinées de la France? En 1814, Alexandre avait tout fait; en 1815, la Russie serait-elle exclue de toute né^ gociatlon? Pozzo di Borgo appela un Jeune officier russe employé dans l'armée prussienne : Tuez des chevaux, lui dit le général, et que dans quarante-huit heures le czar soit instruit de la victoire! Votre fortune est au bout de votre course. » Et le diplomate, quoique malade et blessé, se rendit à Paris sur les pas du duc de Wellington. Il reprit ses foutions d'ambassadeur près de Louis XVIII. Comme il l'avait prévu, Toccupation de la capitale par les généraux anglais et prussiens lès y avait rendus tout-puissants ; le duc de Wellington avait à peu près fait lui-même le ministère Fouché et Talleyrand, et ces deux hommes politiques étaient tout dévoués de longue main à l'alliance anglaise. Le mouvement libéral eu 1814 avait entouré l'empereur Alexandre ; les Jacobins de 1815 s'étalent emparés du duc de Wellington, et c'est ce que l'histoire ne doit point oublier pour expliquer
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bien des éféDements. Poxzo pressa donc la mâr* che de rempereur Alexandre. L*armée russe, formant 350,000 baïonnettes » changea bientôt cette situation des affaires» — Trois influences parurent alors : celle de rAngleterre^ qui pous^ sait Talleyrand et Foucbé; celle de la Russie, qui n*en voulait A aucun prix ; Tinfluence enfin de M. de Mettemich et de PAutricbe, sorte de ternie moyen. L^empereur Alexandre ne voulait entendre parler d*aucune négociation conduite par Talleyrand. La médiation d*Alexandre était pourtant bira nécessaire aux intérêts français dans la discussion du traité de paix i TAngleterre, la Prusseet rAllemagnemontraientdes exigences exorbitantes ; elles voulaient exploiter sans pitié leur victoire et dépouiller à Tenvi la France* J*ai publié les premières notes secrètes de lord Gastlereagh : elles réclamaient la cession d*une ligne de forteresses du cOté de la Belgique {HiBtaire de la reêiauraiion, tom. iv), depuis Calais jusqu*à Maubeuge» Les Allemands et les Prussiens demandaient TAIsace et une partie de la Lorraine. Qui pouvait défendre la France de ces avidités de vainqueurs armés, si ce n'était Tempereur Alexandre, pour ainsi dire désintéressé dans la question par Téloignement de son em*» pire? Talleyrand tenta de gagner son appui en assurant ft son ambassadeur une haute position politique en France. H offrait à Potto di Borgo le ministère de Tintérieur, que la démission de Fouché avait laissé vacant, et obtint pour lui de Louis XTIII des lettres de grande naturalisation et de pairie | elles n*ont Jamais été publiées, non plus que le projet d'ordonnance signé de Talleyrand, qui nomme Pozxo di Borgo ministre de rintérieur. ^ Cette singulière combinaison échoua devant Tinvincible aversion de Tempe* reur pour Talleyrand. Alexandre déclara qu*il avait été trofbpé par le vieux diplomate et persista à vouloir que les affaires étrangères fussent confiées A un homme de son choix, avec lequel il pût traiter en toute confiance. Il indiqua le duc de Richelieu^ qu*il appelait le meilleur Français et le plus loyal des hommes. Il ftillait entendre raconter par Louis XYIII lui-même, avec son ton railleur, la figure que Talleyrand avait faite en lui remettant son portefeuille. Rich^eu fut chargé de composer un nouveau cabinet, et, avec le duc de Richelieu, Tinfluence russe reprit sa prépondérance. Le ciar se porta mé* dialeur dans toutes les négociations; H importait aux Russes que la France se maintint, au midi de l*Europe, puissante et homogène. Potzo di Borgo vit son action grandir avec celle d'Alexandre, et cette action fat favorable et
salutaire à la France et à ses Intérêts. lé traité de paris fut une dure loi du vainqueur, mais qu'aurait- Il été si ^Angleterre et la Prusse l*eussent dicté seules! La France perdait quelques fragments de ses frontières \ elle était mise sous la surveillance d'une haute occupation militaire ; on lui prenait 700 millions, mais enfin on ne se la partageait pas. Bllè gardait la Lorraine et l'Alsace} elle restait grande nation. Le duc de Richelieu se louait toujours du bon et loyal se» cours que lui avait prêté le éomte Poz20 di Borgo; le traité eût été impitoyable sans cette intervention, et, bien qu'il eût tait d'immenses effbrts pour sauver sa patrie, le duc de Richelieu ne parlait Jamais de cette circonstance de sa vie sans verser quelques larmes ; J'ai recueilli de lui une admirable lettre qui folt voir quelle était cette âme si haute, si patriotiquement inspirée; elle est du Jour même de la signature du traité; la voici ! « Ce 31 novembre 1816. Tout est consommé : J'ai apposé 4iier, plus mort que vif, mon nom A ce ftital traité. J'avais Juré ne ne pas le faire, et je ravais dit au roi : ce malheureux prince m'a conjuré, en fondant en larmes, de ne pas l'abandonner, et dès ce moment Je n'ai pas hésité. J'ai la confiance de croire que sur ce point personne n^aurait mieux fait que moi, et la France, expirante sous le poids qui l'accable, réclamait impérieusement une prompte délivrance ; elle commencera dès demain, du moins A ce qu'on m'assure, et s'opérera successivement et promptement.--Riche]ieu. »— Pozzodi Borgo avait vu grandir son influence par le triomphe de ses conseils dans l'ordonnance du 5 septembre, qui fut plutêt une mesure financière que politique; elle continua de s'exercer au profit de la France. Ce fUt l'active intervention du diplomate russe qui obtint de l'empereur Alexandre et du duc de Wellington qu'un terme fût enfin fixé A l'occupation; ce fut elle qui valut au pays obéré quelque allégement dans le poids monstrueux des contributions militaires, et une plus équitable liquidation des créances étrangères.-— La libération de la France fut le résultat principal du congrès d'Aix-^la-Chapelle. Pozzo di Borgo y assista A la suite de l'empereur de Russie, et il ne fut pasle dernier A rendre témoignage de l'état de paix et d'ordre public qui dominait la France» Après les conférences , le czar fit une courte visite A Paris : il s'entretint avec Louis XYllI des craintes que lui causait surtout la fermentation des universités allemandes, et, avant de partir, il enjoignit A son ambassadeur d'arrêter désormais le mouvement libéral plutôt que de le favoriser. Le cabinet tint peu compte de ses avis, et
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le général DessoUes remplaça le duc de Richelieu. Pozzo di Borgo ne heurta pas encore de front les principes qui avaient présidé à la composition du cabinet. Hais, lorsque le triste nom de Grégoire sortit de Turne électorale, lorsque le duc de Berri fut tombé sous le poignard de Louvel , le représentant du czar dut s^associer aux justes efiPorts de TEurope, et il ne fut pas étranger au mouvement politique qui constitua le second ministère Richelieu. Il fallait, sous peine de périr, s*occUper d*un grand système de répression ; le comte Pozzo di Borgo Pavait compris. La jeunesse des université^ s*agitait impatiente en Allemagne; Rotzebue avait été assassiné. En Russie, c*était Tannée ; en Angleterre, les révoltes d^ouvriers de Manchester; à Paris, les émeutes des écoles. Béjà Naples, le Piémont et l^Espagne avaient mis à leurs rois des menottes constitutionnelles. Jamais tant de trônes n'avalent été ébranlés à la fois et si profondément. L*attaque démocratique provoqua une résistance monarchique plus vigoureuse et plus hostile. La sainte alliance resserra ses noeuds relâchés : M. de Corbière et M. de Yillèle avaient pris le ministère des mains de Richelieu. Pozzo di Borgo vit sans doute avec quelque peine Tavénement au pouvoir du côté droit, qu'il avait frappé dans Tordonnance du 5 septembre; mais, interprète de la volonté de son souverain, il les appuya. Il seconda également Toccupation du Piémont par rAutriehe, et il poussa la France à la guerre d'Espagne, selon la détermination des congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone. Dans toutes ces questions si graves, le rôle du comte Pozzo di Borgo consista surtout à modérer les résolutions trop impétueuses de son cabinet, et à rassurer l'Europe sur l'état de la France. Le comte Pozzo di Borgo reçut alors une mission particulière pour Madrid. Alexandre, qui se croyait bien quelque droit à la reconnaissance de Ferdinand VII, ne négligea pas d'établir son influence sur lé midi de l'Europe, aux dépens de l'action anglaise. Pozzo dl Borgo fut envoyé auprès du roi d'Espagne afin d'y frayer le chemin du ministère à M. de Zéa, tout acquis aux intérêts du cabinet de Saint-Pétersbourg, où il avait été longtemps consul général. La mission de l'ambassadeur réussit en plein ; le roi congédia le ministre Saez et donna le pouvoir à M. de Zéa, l'homme prudent de l'Espagne ardente, où la modération est une faute. Dès lors fut fondée cette étroite union entre les deux cours, que la mort de Ferdinand VII et la réaction qui la suivit purent à peine rompre après dix ans. Les Bourbons d'Espagne et la Russie ont des intimités qui ne
peuvent se briser. Cependant, le comte Pozzo di Borgo perdit son principal appui. Alexandre expira dans un voyage en Crimée : l'empereur Nicolas aurait-il les sympathies de son frère? M. de Nesselrode restait à la tête du cabinet. Les pouvoics de l'ambassadeur russe à Paris furent continués; mais le comte de Pozzo ne posséda jamais absolument la confiance de l'empereur. Il remit & Charles X ses nouvelles lettres de créance, et lorsque le ministère de M. de Villèle fut renversé, et que Chares X composa l'administration Martignac, Pozzo di Borgo s'employa très-activement à y faire entrer le comte de la Ferronnays, l'ami du czar Nicolas , alors ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. A cette époque , il importait beaucoup au cabinet russe que le ministre des affaires étrangères français lui fût bienveillant; car, en signant le traité du 6 juillet 1897, qui constituait l'indépendance de la Grèce, la Russie avait profondément ulcéré la Porte. L'occupation de la Moldavie et de la Valachie était devenue bientôt l'occasion d'une rupture. L'ambassadeur du czar avait quitté Constantinople. Une guerre éclatait entre les deux empires; elle pouvait devenir générale, si l'Angleterre prenait fait et cause pour le sultan. La France allait ressaisir une grande prépondérance diplomatique. Je dois résumer ici les preuves secrètes d'une belle négociation qui rendait à la France sa glorieuse splendeur. D'après les instructions de M. de Nesselrode, Pozzo di Borgo fit de sérieuses ouvertures au cabinet français ; il demandait à la France, non pas une coopération active en Orient, mais une neutralité armée, capable au besoin de tenir en respect l'Autriche et l'Angleterre. Pour prix de cette alliance, il montrait en perspective la restitution de la fh>ntière naturelle du Rhin ^ qu'on saurait bien obtenir de la Prusse et de la Hollande, en indemnisant la Prusse par une portion de la Saxe et des villes hanséa tiques. On doit se rappeler que la marche des Russes dans les Balkans ne fut ni rapide, ni toujours triomphante; il y avait eu des sièges meurtriers, des batailles douteuses. La situation de Pozzo di Borgo à Paris devenait difficile; on exagérait les échecs des armées du czar; mais son ambassadeur étalait partout une inaltérable assurance, et je ne sa'che pas de diplomate qui ait jamais montré plus de souplesse et de dextérité. Les salons étaient anUrusses; les journaux dirigés dbntre Nicolas : « Attendez, disait-il, attendez, vous verrez si nous ne savons pas le chemin de Constantinople. » Et en effet, l'année suivante, l'avant-garde de l'empereur menaçait la capitale de Mahmood. Je le dois dire Ici haut :
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la plus belle histoire à écrire, ce serait celle de la diplomatie pendant la restauration : depuis le congrès d* Aix-la-Chapelle, la France joua un rôledigne d*elle,aYec une fierté et une indépendance qui rappellent la hauteur d'étiquette de Louis XYXII prenant le pas aux Tuileries sur tous les rois, quand Paris était occupé par les armées alliées. Le prince de Polignac avait remplacé la Ferronnays aux affaires étrangères; les torys avaient favorisé ce nouveau ministère, afin de combattre Tinfluence russe. Pozzo di Borgo vit d*abord quel abtme la royauté avait creusé sous son trône ; il expédia coui;^ ier sur courrier à son gouvernement pour lui signaler une catastrophe imminente; il montra le danger si évident, que le czarâ*en ouvrit à M. de Mortemart, ambassadeur français à Saint-Pétersbourg. J*efiEleure une masse de faits et d*événement3 que je ne puis toucher qu'à demi; le terrain tremble sous mes pas. Les rapports diplomatiques vont être bouleversés par les plus terribles événements de Thistoire; car la révolution de Juillet éclate. Le diplomate russe avait eu vent de ces mesures, mais il ne connut les ordonnances que le 35 au soir, et seulement par un bruit de salon ; le ministère ne Pavait averti ni ofilciellement ni confidentellement. Lorsqu'elles parurent dans le ifoi»/teur, et qu'il vit l'incurie du gouvernement au milieu de son immense témérité, l'absence des forces militaires, l'oubli de toutes les précautions, il exprima sa surprise et son effroi : «Quoi, s'écria-t-il, ils se mêlent de coup d'État, et ils n'ont point de troupes ! Les ponts ne sont pas occupés; aucune mesure défensive! — Tout est tranquille, répondit-on. ~ Tout est tranquille ! répliqua-t-il, aujourd'hui peut-être ; mais demain les coups de fusil, après demain, qui sait? je serai forcé de demander mes passe-ports, et la guerre se rallumera. » Le corps diplomatique était plongé dans une grande perplexité. Le 28 juillet, M. de Polignac ne lui avait fait encore aucune communication officielle. Les am'bassadeurs ne savaient à quoi s'arrêter : ils se réunirent pourtant chez Pozzo di Borgo, afin de convenir d'une résolution commune. Le représentant de la Russie estima « que les événements n'avaient pas encore un caractère tellement décisif qu'il y eût à prendre une résolution diplomatique; il pensait qu'il fallait attendre la fin de la lutte, et qu'il n'y aurait lieu à intervenir qu'autant que le gouvernement serait sérieusement ébranlé dans ses principes légitimes. » Gel avis fut adopté presque à l'unanimité : il ne fut combattu que par M. de Lowenhielm, ministre de Suède, qui pensa qu'accrédité auprès de Char-
les X, le corps diplomatique devait suivre le roi à Rambouillet. On décida qu'on resterait à Paris, et qu'on ne se mêlerait en rien des affaires, à moins qu'on ne reçût de Charles X quelque notification officielle : des courriers furent expédiés aux cours respectives pour les avertir, et demander des instructions.— Ce ne fut que le SO juillet que de premières communications faites par Talleyrand sondèrent Pozzo di Borgo sur la lieutenance générale du royaume confiée à M. le duc d'Orléans. Talleyrand annonça au corps diplomatique les raisons qui déterminaient le duc d'Orléans à se laisser investir de la lieutenance générale du royaume : c'était de la part de ce prince une démarche purement provisoire; on maintenait par là tous les droits, on opposait une digue au peuple débordé; d'ailleurs, on se faisait fort d'obtenir l'abdication de Charles X et de soii fils : les chambres en décideraient. ~ Le moyen était habile. On sentait l'importance de garder près de soi le corps diplomatique *. le nouveau pouvoir s'y prenait avec lui plus adroitement que ne l'avait fait M. de Poliguac, laissant les ambassadeurs sans direction. — Pozzo di Borgo approuva la mesure, qu'il croyait prudente : les démarches de quelques amis du duc d'Orléans décidèrent en outre l'ambassadeur à ne point demander ses passe-ports et à rester, afin de fortifier de son appui la barrière élevée contre l'irritation des masses. Mais quand le lieutenant général eut pris la couronne, quand les chambres l'eurent proclamé, la question de séjour devint plus délicate pour le représentant du czar. Ici se place la grande question de l'ambassade de M. de Mortemart à Saint-Pétersbourg. Est-il vrai qu'il y reçut la mission intime de certaines communications qui touchaient à la dynastie? Je m'explique. Après les fatales journées de juillet , M. de Mortemart s'était retiré dans ses terres, lorsque M. de Coigny, son camarade d'armes aux champs de la Moskowa, vint l'y trouver de la part de M. Sébastiani, qui demandait à le voir : après quelques difficultés, l'entrevue eut lieu. M. Sébastiani, avec ce ton solennel que tout le monde lui connaît, déclara que la guerre serait générale si M. de Mortemart ne se chargeait de la mission d'éclairer l'empereur Nicolas. M. de Mortemart invoqua son insuffisance en vain; mais, après avoir consulté Pozzo dl Borgo et M. de Nesseirode, il crut dans les intérêts de son pays de lui éviter une guerre générale; et tel fut l'objet de sa mission, le seul objet : il r^igna son poste quand le but fut accompli. Il est certain qu'une ligne d'opérations était déjà tracée de Saint-Pétersbourg aux frontières
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prussiennes; Tannée polon9i86 devait former Tavani-garde de la grande armée russe* Pozzo di Borgo avait reçu Tordre de se tenir prêt à demander ses passe«ports. C*est à ce moment que la révolution de Yarsovie fit à son tour son explosion. Une nouvelle dépêche de l'empereur Nicolas enjoignit à l'ambassadeur de tem* ^poriser, et.6urtout d'empécber Tintervention de la France dans une telle lutte politique. Ce fut un des moments les plus difficiles de la vie dl^ plomatique de pozzo di Borgo, car la cause po* îonaise avait éveillé une grande sympathie : elle avait remué violemment le peuple de Paris. L'é* meule recommençait à gronder. On se rappelle ces nombreux rassemblements qui se portèrent sous les fenêtres de l'ambassadeur russe, avec les cris de Five la Pologne I à bas lei Buêses / Bes pierres furent lancées aux carreaux de l'hôtel. Tous les agents de l'ambassade entourent leur chef et le pressent de se mettre en sûreté, de f^ire demander ses passe-ports, car il y avait bien des moscovites impatients dans cette ambassade* Pozzo dl Borgo opposa son ^expérience i cet entraînement : « La situation de notre empereur est difficile; ne l'aggravons pas par une rupture inopportune avec la France; attendons les satisactions qui nous seront faites ; la canaille n^est pas le gouvernement; nous ne résidons pas au* près de la rue, mais auprès d'une autorité constituée. » La maxime de Pozzo di Borgo était qu'il faut tourner les faits populaires, mais ne jamais les attaquer de front. Le lendemain, le ministre des aifoires étrangères vint lui offrir réparation de la part du gouvernement, et un poste de sûreté fut établi k son ambassade, et on lui fit toutes les excuses les plus soumises. Pozzo di Borgo demeura froid avec le nouveau gouvernement; mais il exerça néanmoins son Influence habituelle. Il dut s'abstenir souvent de toute visite : il lui fallait être malade ou se plaire à la campagne dans les occasions solennelles, quand le corps diplomatique portait ses félicitations. Toutefois, l'ambassadeur s'en tenait là : il lui en eût trop coûté de quitter Paris. Loin de provo^ quer une rupture, il s'efforçait plutôt d'opérer un rapprochement. Ses rapports continuaient de présenter sous un jour favorable la prudence du gouvernement et sa bonne Intention pour rétablir l'ordre; mais le diplomate expérimenté n'inspirait plus une entière confiance; ses tempéraments et sa modération le rendaient presque suspect; on ne s'en rapportait plus à lui seul; des Busses de distinction étaient envoyés de Saint-Pétersbourg, diplomates au petit pied, chargés d'observer la marche des choses, d'ob-
server l'ambassadeur lui-même peut-être. -^ On a toujours considéré en diplomatie comme une foute de laisser un ambassadeur trop longtemps au même poste; on craint qu'il ne se rouille dans des habitudes prises. La guerre allait se rallumer entre la Porte et la Bussie. L'alliance de la France et de l'Angleterre, resserrée par Talleyrand, pouvait arrêter les desseins du ezar sur l'Orient. Pozzo di Borgo dut reparaître au ehàteau et complimenter le pouvoir nouveau dans les grandes solennités; il s'agissait d'obtenir la neutralité de la France, trop diplomatiquement annulée par la révolu^n de juillet. Les Busses jiortèrent leurs drapeaux k Gonstantinople t on ferma les yeux, on les laissa Aûre, et on les seconda par l'inertie. Pozzo di Borgo continua son rôle officiel aux Tuileries; il en naquit quelque intimité, un échapge de paroles et de bons secours. Alors, le maréchal Maison fut envoyé à Saint-Pétersbourg sur su instances, parce que le maréchal avait connu, en 18H« à Paris, le czar Nicolas, alors simple grand-duc. -^ Gomme la guerre d'Orient finissait, l'ambassadeur reçut mission d'aller k Londres pour juger par luimême de la véritable situation des afliidres. Après avoir empêché la France de prendre parti contre la Bussie, U s'agissait de sonder le parti tory, et de savoir quels seraient ses desseins au cas d'un triomphe; on ne se fiait pas complètement au prince de Lieven, et l'on sait que l'habileté de la Bussie consiste à faire surveiller ua diplomate par un autre diplomate. Pozzo vit peu les hommes politiques du parti whig, alors liés avec Talleyrand. U n'eut de fréquents rapports qu'avec le duc de Wellington et le comte d'Aberdeen, qui tenait le portefeuille des a£foire4 étrangères pour le parti tory; car ce parti, eu dehors du cabinet, avait ses ministres officiels. hes conversations de Pozzo avec le duc de Wellington furent un échange de souvenirs et d'es* pérances* Us s'entretinrent des probabUités de Tavénementdestorys; on y songeait d^à,quoip que l'esprit public fût alors vivement animé contre une première tentative que le due de Wellington avait faite pour reprendre le ministère. Le voyage de Pozzo n*eut point de résultats effectifs; peu de mois après, fut conclu le traité de la quadruple alliance, qui rapprochait si in* timement la France du cabinet whig, traité qui fut comme le testament politique de Talleyrand* Dans toutes les missions qu'on avait données à Pozzo en dehors de ses fonctions oflcielles è Paris, il avait toujours conservé le titre d'anir bassadeur auprès de la cour de France, titre qu'U préférait k tout autre. Quand U était allé à
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Madrid en lass, ^ Londres dix ans plus tard, gon souverain ne lui ayait point relire ses lettres de créance. Tout k coup, une lettre de M. de Nesselrode lui annonça que Tempereur avait l)esoin de ses services à Londres ; Terapereur lui adressait de nouvelles lettres de créance et une autogra* pbe flatteuse. Je voyais souvent à cette époque Fambassadeur : il était visiblement ému ; les dépêches de H. de Ifess^lrode indiquaient qu*il était urgent d*appuyer les torys menacés par les wbigs et les radicaux. Un titre provisoire ne suffisait pas pour donner tout Téclat et tout Tascendant moral nécessaires ^ un ambassadeur; il fallait donc lui attribuer la mission officielle et définitive, Quand on aurait détourné le duc de Wellington de la velléité de se rapprocher de FAutriche dans la question d'Orient, quand on aurait secondé les torys et assuré leur pouvoir, on lui faisait espérer de le rendre à ses habitudes chéries de Paris. Cette dépêche consola un peu rambassadeur, tristement affecté de rompre h son âge les anciennes relations d'une société intime et choisie^ car c*est en France seulement, c^est dans les salons de Paris, qu'il pouvait déployer à Taise toutes ses rares focuUés. C'est en 1835 qu'il quitta le s^our de Paris^ mais les prévisions du cabinet russe ne se réalisèrent pas; et rambassadeur, arrivé à un âge où il devient difficile et dangereux de changer toutes ses habitudes, ne tarda pas à donner sa démission, afin de pouvoir retourner en France. Depuis, il 7 vécut en simple particulier, mais avec Topulence que lui permettaient la fortune et les grands biens qu'il avait acquis en Corse. Il est mort à Paris le 15 février 1843. Quand je Técoutais causer, il me semblait voir toutes les hautes têtes de rsurope depuis quarante ans! Son discours, firoid et réservé d'abord, s'épanchait bientôt plus confiant et coloré d'images. C'était une ardente imagination du Midi qui débordait. Son accent corse donnait à sa parole quelque chose de mordant. Lui parlie^-vous de son pays, l'interrogie^-vous sur Corte ; le rameniez-vous dans la montagne : alors il vous disait l'histoire de Paoli et des Assemblées nationales de sa république de pasteurs; son geste était animé, sa voix était émue, son œil était enflammé. Vous aviez réveillé le patriote et le montagnard. -^ J'ai beaucoup vu et beaucoup touché d'hommes sérieux et politiques dans ma vie ; le comte Pozzo a laissé sur moi la plus profonde empreinte, et je ne sais pourquoi j'éprouve, au temps vide où nous vivons, un indicible plaisir k rapporter ces imr pressions de causeries intimes avec ces hoiam^ histoires qui durent depuis cinquante ans dans
les révolutions du monde. Je m'explique corn* ment les vieux compagnons de l'empereur Napoléon aiment tant à conter les moindres anecdotes de la grande épopée. Et moi je paye ma tâche â l'histoire contemporaine ; je rectifie les pauvres pamphlets que les passions ignorantes ont publiés sur les caractères et les destinées des hommes politiques. Capvvioue.
PRACRIT. rqjr, iNDivvifSS (langueê), et San- 8GBIT,
PRADO {Bhkê Dx), né â Tolède, est du petit nombre des artistes espagnols qui ont travaillé hors de leur patrie. Il vivait sous le règne de Philippe II, dont il fut le peintre. Ce prince l'envoya à Maroc sur la demande de l'empereur, qui en avait entendu parler. L'artiste, ayant exécuté un fort beau portrait de la fille de ce souverain, se vit l'objet des plus bienveillantes attentions. Il resta longtemps dans ses États, et revint dans sa patrie comblé de richesses. Son séjour en Afrique l'avait tellement familiarisé avec les mœurs et les usages de ce pays que, longtemps même après son retour, il portait le costume moresque , et mangeait les jambes croisées sur un divan. D'après Palomino, le maître de Blas de Prado fut Pedro Berruguete, père du célèbre sculpteur Berruguetei Cean Bermudez le dit élève de Francisco de Comontes. Quoique forcé de résider â Madrid, comme peintre de la cour, il s^ouma plusieurs fois â Tolède, et l'on voit dans cette ville, et dans la plupart des lieux voisins, plusieurs de ses tableaux. Les ouvrages les plus remarquables qu'il ait terminés sont la Vierge </e Suini^Côme et Suint-Damien, une JHêcenie décrois, â Tolède ; la iainte Famille du couvent de Guqdalupe, une autre Descente de croùf, ia Vierge et sainte Catherine, k Madrid. Toutes ces peintures, grandes et simples de composition, sont aussi d'un dessin très-pur. Les mêmes qualités brillent dans la belle et large toile de Blas de Prado que possède le musée espagnol de Paris : elle représente saint François et la Vierge adorant l'enfant Jésus. Cet artiste a peint souvent des fleurs et des fruits, qui, par la légèreté de la touche et la transparence, l'éclat du color^, ne le cèdent pas à ce que les Flamands ont laissé de plus partit en ce genre. Prado mourut vers le commencement du xvii« siècle, et non en 1557, comme l'avance Palomino I il avait 60 ans, Dicr. dk il Corv. PEADON. Pendant tout le temps que la langue d'un peuple met à se former définitivement , il règne dans la littérature de ce peuple un état de doute et d'hésitation qui fait que le génie est souvent confondu avec la médiocrité orgueil-
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leuse et emphatique : c^est que la critique n'est pas encore assise sur des bases solides, et qu'elle manque de lumière ; elle manque aussi d'indépendance, car il fout observer que toute révolution même littéraire, en s'accomplissant, partage les novateurs et les partisans de Pancien ordre de choses en deux camps hostiles qui s'attaquent toujours avec fureur. Il est donc focile de comprendre jusqu'à un certain point que Corneille, par exemple, ait souvent lutté avec un désavantage marqué contre Scudéri, dernier représentant de Técole greco-latine de Ronsard; mais qu'à une époque où la langue parait avoir trouvé, pour ne plus la quitter, la voie qu'elle doit suivre, à une époque où le procès entre Corneille et Scudéri était définitivement jugé, il se soit élevé une nouvelle lutte du même genre entre Racine et Pradon, et que cette lutte ait été assez grave pour décourager quelques instants l'auleur à^Athalie, voilà ce qui ne s'explique guère, même en supposant que certains mauvais vouloirs , certaines rivalités de protection qui firent grand bruit dans leur temps, aient eu sur le goût public une pernicieuse influence. Certes, entre Scudéri et Pradon, la difl^rence est grande selon nous; Boileau accorde du génie au premier, et se montre avec raison impitoyable pour le second. L'auteur ù^Alaric, poème de plusieurs milliers de vers, où se rencontrent souvent d'admirables beautés, aurait pu, dans une certaine limite, lutter avec Corneille, sans trop d'infériorité, s'il se fût moins enivré de sa propre gloire. Ou ne peut en dire autant de Pradon par rapport à son immortel rival, et aujourd'hui que la postérité a dicté son inflexible arrêt, on a quelque droit de s'étonner que ce soit dans un temps où les meilleures tragédies de Racine avaient offert d'inimitables modèles de poésie dramatique, et obtenu les plus brillants, les plus unanimes suffrages, qu'ait éclaté ce véritable scandale du triomphe littéraire de Pradon. — Ce poète, sur lequel les biographes n'ont pu réunir qu'un fort petit nombre de documents authentiques, naquit à Rouen en 1653; toutefois, cette date est controversée. On s'accorde à penser qu'il vint à Paris de bonne heure. Sa première tragédie, Pyramo et Thf$bé, fut jouée en 1674, et reçut l'accueil le plus flatteur. Dans ce moment. Racine était dans toute sa gloire, et ses ennemis, qu'il avait eu le tort de provoquer souvent par de sanglantes épigrammes, n'attendaient qu'une occasion pour se venger de lui. La tragédie de Pradon leur fournit cette occasion. Ils se portèrent en foule à la première représentation, et, pour nous servir
d'une expression technique et consacrée, ils en» levèrent le succès. Pradon, ainsi encouragé par une cabale puissante qu'il n'avait point sollicitée, et qui rélevait jusqu'aux nues, put se croire et se crut en effet destiné à balancer au moins la grande renommée de Racine; il se remit aussitôt à l'œuvre, et, l'année suivante, il donna au théâtre Tamerlan ou la Mort de Bajaset, que quelques critiques ont trouvée supérieur à sa première tragédie, et qui nous a semblé également illisible. Malgré les efforts de la cabale, Tamerlan ne fut joué que rarement, et avec une défaveur de plus en plus marquée. Pradon s'en vengea, eh accusant amèrement des ennemis qu'il n'avait pas encore, et l'envie qn'il n'excita jamais. On raconte qu'à l'issue de la première représentation ; l'alné des princes de Conti lui faisant observer qu'il avait placé en Europe une ville située en Asie, 11 répondit : « Je prie votre altesse de m'excuser, car je ne sais pas trop bien la chronologie. » Pi'adon (et il avait avec Scudéri cette ressemblance de plus), tenait ses ouvrages en haute estime. Bans une de ses préfaces , toutes curieuses par l'esprit de vanité puérile qui les a dictées, il s'exprime ainsi en parlant de Tamerlan : « Ma pièce vivra peutêtre autant sur le papier que certains ouvrages qui ne tirent leur succès que de la déclamation, dont les acteurs sont les maîtres, et qui ne réussit que pour eux. » C'était une allusion à Racine , qui déclamait admirablement, et donnait aux comédiens de précieuses leçons; c'était insinuer en même temps que ceux-ci ne voulaient consacrer tout leur talent qu'aux tragédies de son rival. En 1677 parut la Phèdre de Pradon. La puissante cabale de l'hôtel de Bouillon lui fit un succès scandaleux. Pour assurer ce succès au moins pendant quelque temps, elle retint à l'hôtel Guénégaud et à l'hôtel de Bourgogne, où se jouaient concurrement la Phèdre de Racine et celle de Pradon, une grande partie de la salle pendant leS six premières représentations. — On comprend qu'en se portant exclusivement à l'hôtel Guénégaud, on laissait le théâtre rival dans une solitude à peu près complète. Boileau évalue à 15,000 livres, c'est-à-dire à près de 30,000 fr. de notre monnaie, l'argent que ces messieurs consacrèrent à cette loyale dépense; toutefois, la pièce de Pradon n'eut que 10 représentations, tandis que celle de Racine fournit une longue et brillante carrière. On raconte que le premier eut beaucoup de peine à trouver une actrice qui consentit à se charger du rôle de Phèdre et à soutenir la redoutable concurrence de la célèbre CharopmêSé. Pradon,
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fdrcé de se contenter de Tun des talents les plus obscurs de Thôtel Guéné^aud, ne manqua pas de s*en plaindre amèrement, et d'accuser Racine de son malheur. « Ces messieurs, écrivit-il dans ses Nouvelles remarques sur Boileau, voyant qu*ils ne pouvaient plus apporter d'obstacle à ma Phèdre du côté de la cour, par des bassesses honteuses, indignes du caractère qu'ils doivent avoir, empêchèrent les meilleures actrices d'y jouer. » Toutefois, les applaudissements prodigués à Pradon pendant les 6 premières représentations de sa tragédie furent tels (et on en sait la cause) que Racine s'en alarma sérieusement. Il s'attrista surtout du succès de vogue qu'obtint un sonnet satirique sur sa Phèdre, sonnet attribué d'abord à M. le duc de Nevers, et dont W^ Deshoulières se reconnut plus tard coupable. Ce sonnet, qui n'est que trop connu, malheureusement pour le goût ou la probité littéraire de son auteur, avait abattu le courage de Racine, et blessé sa juste fierié. Mais faut-il croire avec la Harpe que c'est à cette occasion qu'il prit la triste résolution de se retirer du théâtre, comme Achille du camp des Grecs, pour venger l'affront fait à son chef-d'œuvre. Nous ne le pensons pas. Et en effet, sa Phèdre nt restât-elle pas victorieuse de ses ennemis; et s'il y eut un instant d'hésitation dans le public, ébranlé par les bruyants suffrages décernés à Pradon, ce public ne revint-il pas à Racine avec un enthonsiame qui avait quelque chose du repentir? Ouvrons le recueil de ses lettres, dans lesquelles son âme s'épanchait tout entière : y trouvonsnous quelque révélation qui nous permette de croire que le scandale d'un triomphe de quelques jours aurait été seul capable de l'éloigner, à l'âge de 38 ans, d'une carrière où tout avait été gloire et succès pour lui? Non; on y voit seulement la preuve que des motifs de conscience et de religion ont déterminé Racine dans la douloureuse résolution qui nous a privés de tant de chefs-d'œuvre. Ne faisons donc pas à Pradon plus d'honneur qu'il n'en mérite, et surtout ne faisons pas peser sur sa mémoire une injuste responsabilité. — Subligny et après lui le EHc- Uonnaire historique avaient dit «que, pour avoir une Phèdre complète, il faut le plan de Pradon et les vers de Racine. » La Harpe, dans une discussion semée trop souvent de railleries de mauvais goût, combat, après Voltaire, cette opinion, et (démontre avec raison que sous tous les rapports la tragédie de Pradon mérite le mépris ou plutôt le ridicule dans lequel elle est tombée. >- Cependant, il y a quelques années, une nouvelle controverse s'éleva sur le même
sujet; pour trancher complètement la question, en prenant le public pour juge, le directeur du Théâtre-Français, à cette époque, M. Jouslin de la Salle, eut l'idée de faire jouer les deux Phèdres dans une représentation à bénéfice. Notre mémoire ne nous sert pas assez pour nous rappeler quelle fut la décision du parterre, et d'abord s'il eut la longanimité d'entendre les deux parties jusqu'à la fin. — Boileau, eu voyant le découragement de Racine, lui avait dédié une épître sur les fruits que l'on retire de l'envie. Pradon écrivit, à cette occasion , que la satire est une bête enragée, et qu'on pourrait bien lui faire subir le sort qui est réservé aus chiens malades , etc. Présqu'en même temps. Racine, comme pour faire ressortir tout ce qu'il y avait d'odieux et de brutal dans ce langage, disait à ses amis : « La différence qu'il y a entre Pradon et moi, c'est que je sais écrire, » c'est-àdire, à en croire Racine, que Pradon aurait eu les mêmes inspirations, autant d'invention, autant d'habileté dans la création de ses personnages que lui, mais que seulement la versification lui aurait manqué. La critique est bien loin d'accepter un pareil jugement! « La Troade, jouée en 1679, attira, dit Pradon, l'attention particulière de Louis XIT; » mais le public eut le malheur de n'être pas de l'avis du grand roi; Pradon s'en consola par une préface fastueuse dans laquelle il est souvent tenté d'en appeler à la postérité de l'arrêt d'un parterre malveillant ou endormi. Statira (fille de Darius, veuve d'Alexandre) est la seule des tragédies de Pradon qu'il n'ait pas cru devoir annoncer au public dans des formes épiques. Il se contente de dire, • que la lecture pourra n'en pas déplaire, puisqu'elle a semblé assez bien écrite aux plus délicats. » ReguluSy qui parut en 1688, eut 27 représentations. Pradon écrivit aussitôt une autre préface où nous lisons : « Le succès de ma pièce a été si grand que son titre seul peut servir d'apologie pour répondre à quelques critiques. >» Remise au théâtre en 1722 par Baron, qui fit du rôle principal une de ses plus belles créations, Regulus fut assez favorablement accueilli. Si l'auteur n'avait pas, obéissant à l'usage et à la mode des temps, rendu son héros amoureux, il aurait pu espérer des suffrages solides et de plus longue durée; car sa tragédie, qui ne manque pas d'un certain art dans le plan, et même de quelque habileté dans la conduite des scènes, permet de supposer que Pradon, moins infatué de son génie, moins égaré par ses amis, aurait pu, à l'aide du travail, prendre à la scène un rang estimable; malheureusement sa facilité,
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qui était extrême, Pabusa toujours sur le mérite de ses productions. Les premières représentations de Scipion VJfrttain, joué en 1697, entretinrent quelque temps les illusions de notre poète; mais il ne put se méprendre sur les dispositions du public à son égard quand il vit tomber successivement, et pour ne se relever Jamais, Antigone, Electre, Oermanicm et Tarquin, qui furent si impitoyablement sifiBlés que Pauteur n^osa pas les faire imprimer. Nous ne connaissons même Germantcus et Tarquin que par deux épigrammes, Pune de Racine sur la première d^e ces tragédies, Pautre de Jf . B. Rousseau sur la seconde. •— On trouve à Particle pRADON, dans les Anecdoteê dramatiques, le jugement suivant, qui diffère singulièrement de celui que nous venons d*exprimer : « On ne peut sans injustice, y est-il dit, refuser à ce poète dePesprit, de Pimagination , de lafecilité;il savait conduire régulièrement une tragédie, en ménager les incidents, y placer des peintures vives, des traits heureux, des situations intéressantes. » Cette appréciation critique de Pradon est à peu près reproduite dans les Annales poétiques, dont les éditeurs semblent s^être donné pour mission de réhabiliter, souvent aux dépens du goût et de la vérité, les renommées littéraires les plus compromises. Pour nous, dont ce concert d*éloges avait au moins éveillé Pattention, nous voulûmes, il y a quelques mois, nous assurer de leur sincérité, et en même temps donner place à Pradon s*il y avait lieu, dans nos Leçons et modèles de littérature. Nous devons avouer qu*aprèft avoir lu la Phèdre et le Regulus, les ibrces nous manquèrent entièrement pour achever une lecture fatigante à Pexcès. — On a dit que Pradon avait quelque talent pour la poésie légère, et « que plusieurs de ses madrigaux sont encore lus. » Cette opinion, que nous trouvons dans les Trois Siècles de la littérature française de Pabbé Sabatier, ne soutient pas la discussion. Pradon a dans ses petits vers des défauts encore plus graves peut-être que dans ses autres ouvrages. — Il est assez curieux , après avoir étudié Pradon comme poète -dramatique, de le Juger comme critique. Boileau, comme on sait, Pavait cité dans quelques passages bien connus de ses satires à côté des noms littéraires les plus méprisés de Pépoque. L*auteur de Regulus, après avoir prodigué les injures à notre grand Aristarque dans plusieurs de ses préfaces, résolut de Pattaquer corps à corps. Dans ce but, 11 publia d*abord un examen du discours au roi et des trois premières satires (16S4, in-12). Ce livre, intitulé le Triomphe de Pradon, et bien
connu des commentateurs de Boileau, portait pour frontispice un mercure fustigeant un sa'tyre par ordre de la justice. L*année suivante, il fit paraître ses Nouvelles remarques sur tous les ouvrages du sieur />*** (1685, in-12). Tout ce que la plus grande prévention , Pignorance, Pesprit de vengeance, peuvent imaginer de ridicule et d*odieux se rencontre dans ces deux volumes, où la bassesse du langage n*est surpassée que par la nullité ou la sottise des idées. On lui attribue encore le pamphlet intitulé ie Satirique français expirant. Ce pamphlet de 198 pages environ signale plus de 6,000 fautes dans les ouvrages de Boileau. Pradon, dont la bile ne tarissait pas, imprima en outre contre son ennemi plusieurs pièces de vers injurieuses. Dans une ÉpUre à Alcandre, il dit :
Si BoUean de RbcIim cmbrMse rintérét, A AéSeoàrt Bollet« Rseine «st toajoara prÀ; Ces rimeurs fanfilÀ l'un l'aatM M chatoatUent, Et de leur fade encens tour i toar se barboallletft.
Il trouva encore Poccasion d'attaquer Boileau en publiant une comédie contre Racine, intitulée le Jugement d'Apollon sur la Phèdre des anciens. — Un pareil acharnement, une si insigne mauvaise foi , devaient susciter à Pradon de grands ennemis. Il en eut en effet, et ne put se consoler de leurs railleries. On croit qu*il mourut d'apoplexie à Paris, en janvier 1698, dans un âge probablement avancé. Son épitaphe, qui avait circulé dans le public quelque temps avant sa mort, mérite d'être rappelée:
Q-gtt le poëte Pradoa, Qmit dorant qurante ans, d'ane ardenr sans panlUc, FitàUbarbcd'ApolloB, Le mèBC néticr qac CorneUle»
P. F. TiSSOT.
PRADT (DoMiNiOuï buFOUR, abbé de), né à Allanches, en Auvergne, le 23 avril 1759, était, avant la révolution , grand vicaire' du cardinal archevêque de Rouen, de la Rochefoucauld, son parent éloigné. Homme éminemment spirituel, il jouissait alors dans le clergé d'une grande considération, et il lui fut facile de se faire nommer député de son ordre aux états généraux de 1789. On n'a conservé aucun de ses discours ; mais 11 excellait à lancer de sa place , à travers les plus sérieuses discussions , ou d'amers sarcasmes ou de véhémentes protestations de dévouement à la monarchie. Dès la réunion de son ordre à celui du tiers état, réunion à laquelle il s'était vainement opposé, il siégea parmi les députés les plus prononcés contre le nouvel état de choses; puis, quand l'inutilité de son active