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résistance devint manifeste à ses yeox, quand le danger qui menaçait ses collègues du côté droit lui parut imminent, il songea à émigrer, et alla, après la session, se fixer à Hambourg, où il publia sous le voile de Tanonyme, en 1798, VJfUidoie au congrèê de Rasiadt : c^était une attaque combinée contre le gouvernement républicain de la France et les puissances étrangères qui traitaient avec lui. Dans La Pruêêe et sa neutralité quUl fil paraître d ans plus tard, toujours sans y attacher son nom, il prêchait la croisade contre la république. Après la révolution du 18 bmmaire, il obtint Tautorisation de rêve* uir à Paris. Son s^our y donna naissance k un nouvel ouvrage intitulé Le$ trois âges descoloniée, qu*il fit paraître sous son nom et qui eut peu de succès. L*auteur y développait pour la preaûère fois son système de majorité et d'émancipation. Revenu de Témigration presque sans ressourcés, ayant peu à se louer de son dévouement à la monarchie, il songea à servir une autre cause. Buroc, son parent, le présenta au premier consul. La conversation spirituelle de Tabbé, ses éloges adroits, séduisirent Bonaparte, qui le nomma d*abord son premier aumônier et le combla depuis de faveurs. £n 1809, il fit paraître un travail sur VÉtat de la culture en France, et en 1803 un f^oxage agronomique en Auvergne,
Après avoir assisté au couronnement de Tempereur, eu décembre 1804, il reçut le titre de baron avec une gratification de 40,000 fr., fut élevé au siège épiscopal de Poitiers et obtint d*ètre sacré à Paris par le pape Pie VU en personne, le 3 février 1806. Il accompagna lîapo* léon à HUan lorsqu'il aHa 8*y faire couronner roi dltaUe, et officia pontificalement à cette occasion. En 1808, il fut obligé de devenir un des négociateurs des conférences de Bayonne qui dépossédèrent du trône la branche des Bourbons d'Espagne. De plus en plus satisfait de ses services, Hapoléon lui en témoigna sa reconnaissance en k nommant, en février 1800, archevêque de Malines. Mais en 1811, l'abbé de Pradt fut envoyé à Savone, auprès du pape, et sa fhiveur déclina bien vite à la suite de sa mission, n finit même par être invité à aller passer quelques aM>is dans son diocèse. Cependant sa disgrâce fut de courte durée : Tannée suivante, il reçut Tordre de suivre Napoléon à Dreade. La guerre contre la Russie étant décidée, les talents diplomatiques du prélat devaient être employés sur un nouveau tbéAtre. Nommé ambassadeur de France dans le grand -duché de Varsovie, fl occupa ce poste pendant k flmeste
campagne de 1819, et s'y conduisit de manière à trouver peu d'approbateurs : les Polonais se sont pkints de lui amèrement,- les militaires ftrançids ont eu peu de remerclments à lui faire, et Napoléon doit avoir dit ( c'est de Pradt qui l'affirme) que eane cet homme (l'archevêque de Malines) il eût fait la conquête du «wnde. Il quitta Varsovie au moment où les Busses s'approchaient de cette capitale, et de retour en France, il fut accueilli par une disgrâce éclatante : k grande aumônerie lui était enlevée; il reçut Tordre de quitter la capitale et de se retirer dans son diocèse. Il partit aussitôt pour Malines et ne revint à Paris qu'au commencement de 1814. Changeant alors d'opinion, il se montra ouvertement royaliste, et il a prétendu depuis, dans un Jlécii hietorique »ur la res^ tauration de la royauté en France le 81 mare
1814, « que ce fut par ses avis que les souverains alliés se déterminèrent à rompre entièrement avec Nap<aéon et sa dynastie, et à rétablir les Bourbons. » Quoi qu'il en soit, ses services furent récompensés par sa nomination à k chancellerie de k Légion d'honneur. Mais une décision un peu brusque au sujet de Tétablissement de Saint-Cyr le fit déchoir de ce poste, et il alk chercher des consoktions dans ses terres d'Auvergne, qui devinrent dès lors son refuge de prédilection. U s'y trouvait au moment du retour de Napoléon en mars 1815 : il ne crut pas prudent de se montrer à Paris durant les cent-Jours. Après k seconde restauration, il ne recouvra pas sa chancellerk, et renonçant à des droits fart compromis, il abandonna son archevêché de Malines moyennant une rente viagère.
Réduit à une nullité politique désespérante pour son activité, il fit paraître son Histoire de l'ambassade dans le grand-duché de Varsovie en 1819 (Paris, 1815, in-8o.) Cette publication, où il attaque une foule de personnages de l'époque, français et étrangers, et qui lui attira des réponses assez vives, fut accueillie avec transport par les ennemis de l'empereur et eut 9 édit. consécutives. Puis il donna une longue suite d'ouvrages, qui pour k plupart sont déjà oubliés; mais au moment de leur publication, ils excitèrent vivement l'attention et quelque^uns eurent plusieurs éditions. Nous ne citerons que les plus importants : Du Congrès de f^ienne (Paris,
1815, 9 vol. in-8o); Mémoires historiques sur la révolution d'Espagne (1816); Des colonies et de la révolution actuelle de l' Amérique (1817, 9 vol.); i>aa progrès du gouvernement représentaii/ en France (1817); Les quatre concordats (1818-1890, 3 vol.); L'Europe après
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le congrès d^Ms-la-Chapelie (1819); Le congrès de Carlshad (1819); De la Belgique depuis M^ jusqu'en 1794 (1820). Dans tous ces ouyrages, écrits d*un style diffus , mais original parfois et spirituel, on découvre autant d^tior* reur pour Tarbitraire que la conduite de Tardievéque de Matines pourrait faire présumer, de sa part, d'amour pour le pouvoir. Traduit en 1890 devant les tribunaux pour un nouveau volume, intitulé De l'affaire de la loi des élections, il se défendit lui-même avec éloquence et dignité , et se vit honorablement acquitté. Ensuite il fit paraître différents autres travaux : Parallèle de la puissance anglaise et russe relativement à l'Europe (1835) ; L'Europe et l' Amérique (\9^^\ etann. suiv.); Du jésuitisme ancien et moderne (1825); Le congrès de Panama (1825), etc.
Nommé député de Clermont (nov. 1827), il siégea du côté gauche jusqu'au 14 avril 1828, Jour où il donna sa démission dans une lettre peu logique, mais qui fit beaucoup de bruit. Plusieurs fois il s'était plaint du peu de cas qu'on faisait de ses lumières dans les comités. Rentré de nouveau dans Tobscurité, il tenta vainement un dernier effort pour sortir de Toubli à la révolution de juillet. Il fit d'abord paraître Un chapitre (inédit) sur la légitimité (1830), retranché, disait-il, d'un de ses ouvrages par l'effet de la censure; puis il publia encore divers écrits de circonstance j tels que De la presse et dujour» nalisme (1852); Du refus général de l'impôt (1852) ; De l'esprit actuel du clergé français (1854), etc.; mais sa polémique était passée de mode. L'ancien archevêque de Malines mourut d'une attaque d'apoplexie, le 18 mars
1857. E. DE MONGLAVS.
PRAET (Jo8. Bas. Bebn. Van), conservateur de la bibliothèque royale à Paris , vit le jour à Bruges, le 29 juillet 1754.
Son père Joseph Van Praet était un imprimeur-libraire versé dans l'histoire et la littérature. II a publié les Fastes du serment de Saint- George, ouvrage qui, pour rouler sur un sujet subalterne, n'en renferme pas moins des données précieuses.
Né dans la ville où Colard Mansion avait établi ses presses, et où Jean Briton avait exercé la calligraphie, entouré de livres, formé par l'exemple et les leçons de son père, le jeune Van Praet était un bibliographe assez exercé à l'âge où l'on est à peine un écolier. Revenu du collège en 1772, il fut, après sept années d'apprentissage, envoyé une seconde fois à Paris et placé chez M. Desaint, puis chez M. Guillaume Debure
l'aîné. Où il acheva de se perfectionner dans tout ce qui tient à la librairie ancienne. Alors commença entre lui et la famille Debure une amitié qui n'a fini qu'avec sa vie. Il s'acquit bientôt une certaine réputation, et quelques articles insérés dans V Esprit des Journaux, qui s'imprimait en Belgique, ne firent que la fortifier. Le volume de février 1780 contenait ses premières recherches sur la personne et les éditions de Golard Mansion, recherches qu'il reprit plus tard en sous-ceuvre. L'abbé de Saint-Léger, dont le nom se rattache à presque tous les problèmes d'histoire littéraire, venait d'effleurer le même sujet dans le même recueil.
Bans ce temps, il disait pour V Esprit des journaux, un extrait curieux de la description du tournois, donné à Bruges, vers l'an 1489, par Louis de la Gruthuyse, le magnifique protecteur de Mansion ; s'occupait des chansons des ducs de Brabant Henri III et Jean I** et préparait des publications plus considérables.
Le duc de La Yallière, petit neveude la femme intéressante dont il portait le nom, avait recueilli la bibliothèque la plus belle et la plus riche qu'aucun particulier eût jamais possédée en France. De son vivant il en avait vendu les doubles jusqu'à trois fois. Après sa mort on mit en vente les manuscrits, les éditions rares et les livres imprimés sur grand papier et sur vélin. L'abbé Rive, naguère bibliothécaire du duc, avait désiré être chargé du catalogue, mais la duchesse de Ghatillon lui préféra Guillaume Debure l'aîné, cousin germain de l'auteur de la Bibliographie instructive, et Van Praet. Ce dernier fit la description des manuscrits ; il déploya en littérature romane une érudition vraiment étonnante, à une époque où cette littérature n'était pas cultivée avec le zèle que l'on met ai^ourd'hui à dévoiler ses moindres mystères.
L'abbé Rive, qui cherchait dans les livres bien moins des jouissances paisibles et une instruction solide que des moyens d'attaque, et qui s'acharnait avec une joie féroce sur des vétilles et des fautes dans lesquelles il tombait hii-mème à chaque ligne, l'abbé Rive, doué d'un caractère bourru, hargneux, et dont l'orgueil était facile à irriter, prétendit que, par ce choix, on avait insulté, en sa personne, à la bibliognosie ellemême, car il ne se contentait pas d'être bibliO" logue ou bibliographe, et se posait fièrement le maître absolu des bibliognosies. Violent et jaloux, il poursuivit de ses invectives et de son mauvais style, Debure et Van Praet, qui s'honorèrent par leur modération et leur silence.
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Ce fut à pen près k cette époque, que Marie- Antoinette demanda quelqu'un qui pût mettre en ordre sa bibliothèque particulière; car cette princesse infortunée, qu'on a représentée livrée entièrement à la dissipation, cherchait souvent dans la lecture des plaisirs que lui refusaient les pompes et la splendeur des cours. On lui désigna Van Praet, qui remplit parfoitement ses intentions.
Le mérite de ce jeune homme et la protection de la reine furent cause qu'en 1784, M. Lenoir, devenu de lieutenant de police chef de la bibliothèque du roi, le comprit au nombre de ses employés avec deux mille livres d'appointements et le titre de premier écrivain.
Il l'attacha au département des imprimés de la bibliothèque royale, division dont l'abbé Besaulnays était chef.
Van Praet préféra ces modestes fonctions aux offres plus brillantes que lui avaient faites Strattmann, l'un des conservateurs de la bibliothèque impériale à Tienne, attiré à Paris par la vente du cabinet du duc de la Yallière.
Il se trouvait là dans son élément. Les trésors qu'il adorait, ils étaient sous sa main ; désormais il lui était permis de les contempler à chaque heure de la Journée et de les scruter dans tous leurs détails. Que de fois, plongé dans une délicieuse préoccupation, il oublia, comme ce personnage crayonné par Walter Scott d'une manière ravissante, qu'il restait suspendu au sommet d'une échelle !
La révolution n'interrompit point le labeur assidu de Van Praet. Quand tout s'écroulait autour de lui, il se consolait en considérant que le dépôt auquel il avait consacré ses affections, sa vie, s'enrichissait de quelques-unes de ces ruines. Vers la fin de 1791, le bibliothécaire M. d'Ormesson de Noiseau, le nomma second commis, et son traitement, porté dès lors à deux mille' deux cents francs, s'accrut de deux cents autres l'année suivante, lorsque Chamfort, créé administrateur de la bibliothèque nationale, lui fit donner par le ministre Koland, les titres de secrétaire de tout rétablissement et de sous-garde des livres imprimés.
Mais la révolution, par une force Irrésistible, ne tarda pas à être entraînée au delà du but. Van Praet, en 1795, resta caché durant deux mois chez M. Théophile Barrois , parent de M. Debure. Au mois de novembre de cette année, on le retrouve cependant sous-garde secrétaire et trésorier de la bibliothèque, avec un traitement de trois mille francs, fonctions où il sut se maintenir malgré une dénonciation du
traducteur Lefebvre de Villebrune, successeur de Chamfort, et qui n'avait pas rougi de l'accuser du double crime d'être Belge et de manquer de civisme.
On avait entassé avec des. barils de poudre quinze milliers environ de salpêtre , dans le réfectoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; cette abbaye si opulente, si puissante naguère, conservait toujours sa superbe bibliothèque, accrue successivement de celles d'Antoine Baudrand, de l'abbé d'Estrées, de l'abbé Renaudot, du président de Harlay, du chancelier Séguier, du cardinal de Gesvre, de l'évêque de Metz, Coasiin, ainsi que des antiquités réunies par Montfàucon, cet OEdipe de l'art antique.
Voilà que dans la soirée du 19 août 1794, on selon le jargon de Fabre d'Églantine, du â fructidor an II, une détonation épouvantable ébranle Paris jusqu'en ses fondements, et éveille les échos de ses catacombes. On eût dit qu'un volcan longtemps caché venait de foire éruption au centre de cette capitale. Les quinze milliers de salpêtre avaient sauté et avec eux la bibliothèque.
Au premier bruit de l'incendie. Van Praet s'élance dans les rues, il est au milieu des flammes, et, grâce à son dévouement, quantité de manuscrits précieux sont sauvés.
Toutefois la France avait commencé à secouer le joug de ses bourreaux. Lorsque la bibliothèque de Saint-Germain périt, depuis vingt-deux jours Robespierre avait expié par une mort affreuse des forfaits dont rien ne saurait affaiblir l'horreur, quoiqu'en disent des écrivaius amoureux du paradoxe, qui s'amusent à traîner aux gémonies de l'histoire les renommées intactes, essayant, en revanche, l'apologie des plus grands coupables.
Le 31 août 1794 la Convention , un peu tard à la vérité, fixa son attention sur Tanéantissement d'une infinité de monuments et d'objets relatifs aux arts, et songea à opposer une digue au vandalisme. Le 10 octobre de la même année, un conservatoire des arts et métiers fut établi à Paris.
Be semblables mesures étaient de nature à plaire à Van Praet, et la part qu'y prit Grégoire, évêque de Blois par la permission très-profane de l'abbé Sieyès et consorts, ne contribua pas médiocrement à l'attacher à cet homme singulier, qui, en poussant à toute outrance la haine de la hiérarchie civile et religieuse, tenait singulièrement à sa mitre constitutionnelle, et se faisait monseigneuriser en secret par ses gens, quand on se tutoyait en public.
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Au mois de ooyembre 1794, il fut nommé avec CapperoDnier, garde par intérim des imprimés, fonctions qu'un des derniers décrets de la Convention leur conféra définitivement à Tun et à Tautre, en octobre 1705. Pendant sa gestion il doubla les richesses de ce dépôt.
La suppression des maisons religieuses et des corporations avait, malgré d'effroyables dilapidations, fait refluer dans la bibliothèque nationale une multitude d'ouvrages précieux. La vie* toire que Van Praet sut quelquefois diriger par ses Judicieux conseils, en accrut encore le nombre.
Aussi queron se figure sa désolation lorsqu*en 1815, les commissaires des puissances alliées vinrent revendiquer tous ces trophées scientifiques enlevés à leur pays. Kalgré la justice de ces réclamations, dont il eut l'adresse de tromper l'exigence. Van Praet fut frappé au cour. Mais les premiers moments de douleur passés, il s'appliqua à combler les lacunes qui offensaient ses regards, et bientôt il n'eut plus rien à regretter.
Par lui la collection des premiers monuments de rimprimerie que les Allemands appellent incunables, celles des éditions princept et des ouvrages imprimés sur vélin, surpassèrent toutes les merveilles dont le reste du mondepouvail se vanter en ce genre. Il avait commmencéde plus 4in album autographique, et avait rassemblé au bout du rez-de-chaussée, les volumes remarquables par les reliures historiques qui portent la salamandre de François !«', les chiffres entrelacés de Henri II et de la belle Diane de Poitiers, les deux C renversés de Charles H, le chiffre du célèbre de Thou, la devise de Colbert; tous ces livres, que fit orner Grolller ou qui sortirent des mains exercées de Derome et de Pasdeloup. C'était là que son ami Van Hullhem venait le relancer en traître; c'était là qu'on le trouvait souvent pendant les vacances même de la bibliothèque, car il se tenait constamment prêt à répondre à toutes les questions, à satisfaire à tous les besoins. Sa vie n'était qu'un long et continuel sacrifice. Il regardait un bibliothécaire comme un homme immolé par état au public, renonçant aux travaux qui donnent la gloire pour faciliter ceux des autres, et ressemblant à Moïse qui conduisit les Hébreux jusqu'à l'entrée de la terre promise, mais auquel il ne fut pas donné d'y pénétrer lui-même.
Quand j'ai fait sa connaissance intime, il avait un peu plus de soixante-huit ans : un vieillard de taille médiocre fort vert, f6rt alerte, fort propre, à la mine prévenante quoique distraite ;
je le vois encore poudré à blanc, en pintaHm et en habit bleu à la boutonnière duqud était noué imperceptiblement un ruban ronge souvent oublié. Je le vois harcelé par une foule d'individus plus ou moins importuns, donnant des ordres à une demi douzaine d^employés, montant vingt fdis de suite dans les galeries supérieures et dans les combles, et disparaissant par un passage dérobé pour reparaître quelques instants après par une autre porte secrète, un livre à la main. U est peu d'hommes de lettres parmi ses contemporains qui ne lui aient dû un renseignement précieux ou la solution d'un doute, et qui n'aient eu à se louer de sa politesse et de son infatigable complaisance.
Admis forcément dans la confidence des écrivains du jour, il savait le f6rt et le faible de leur érudition, et aurait pu faire sur ce chapitre les plus piquantes révélations.
Mais rarement U se permettait des Joyeusetés de ce genre ; son bonheur était de montrer aux étrangers quelque rareté telle que la première édition d'fiustatbe ou de Pline sur vélin. Aux Belges, ses compatriotes, il étalait avec complaisance les impressions de Martin d'Alost, de Jean de Westphalie, de Colard Mansion, le premier volume exécuté par Plantin, à Anvers, le premier volume mis au jour en Belgique avec des planches de cuivre '•
A la vente de Meerman H avait fait acheter à un prix très-élevé l'exemplaire unique de l'impression attribuée à Jean Briton, calligraphe de Bruges, exemplaire qu'on croyait perdu, et que M. Van Hulthem avait retrouvé derrière des rayons. 11 m'écrivit aussitôt pour m'inviier à venir me mettre à genoux devant cette reUque. J'arrivai sans tarder à Paris; eUe se trouvait dans je ne sais quel tiroir^ et ce ne fut qu'à mon troisième voyage qu'il parvint à mettre la main dessus et à me la faire voir. Pour m'indemniser il m'avait donné une comédie inédite de Laujon, /es Première imprimeurê, me sommant de la faire jouer en Belgique, mais cet essai bibliologique en dialogues n'était plus propre à figurer sur la scène.
La bibliothèque royale de Paris (elle avait repris ce titre après la restauration) était le centre de tous les savants étrangers.. Par l'entremise obligeante de Van Praet, ils entraient en relation sans aucune des formalités qui empêchent les hommes de se connaître et de profiter de leurs ressources naturelles. Il était ingénieux à leur rendre miUe petiU services, U K mettait en
i Voj. met Jrcfttv, pkaot., 1, 60^ SI, ft2» SS^ ^
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quête pour leur procurer soit rentrée du cabinet de Denon^ ^oit une admission au& soirées de MilUn ou de Langlès, soit un billet pour les séances de llnstitut, et tout cela avec une simplicité charmante.
Le peu dUnstants qui lui restaient il les donnait à Tamitié et à d'innocents plaisirs. Le dimanche il dînait presque régulièrement chez M. Debure; chaque soir il allait aux; Italiens se reposer des fatigues de la journée, puis il visitait Lambrechts, Grégoire ou Lanjuinais.
Quand Lambrechts approcha de sa fin, Tévéque de Blois (il tenait à ce titre) le pressa tellement de revenir au bercail ou plutôt de passer dans le camp janséniste, que Tancien ministre de la justice, fotigué de cette obsession, fit refuser sa porte à Tobstiné convertisseur. Mais comme il ne vouhiit pas mourir brouillé avec son ancien ami, il chargea Yan Praet d'une lettre pour Grégoire, lettre qui ne devait être remise qu'après qu'il aurait fermé les yeux, et où il disait à l'abbé qu'il regrettait de l'avoir écarté, mais qu'il l'at^ tendait sans rancune chez le Père Lachaise.
Grégoire ne se fit pas attendre et se montra fidèle au rendez-vous. Parmi ses legs il y en avait un pour son cher Yan Praet : il peint le caractère sec de ce prêtre bizarre; c'était tout bonnement un exemplaire du Salluste d'Ibarra.
Condamné aux galères du savoir, Yan Praet n'avait guère le loisir de se servir de hi plume pour son compte. Il publia néanmoins, dans l'espace de quatorze années, plusieurs ouvrages importants : ses deux catalogues de livres imprimés sur vélin, chef^'œuvre de patience et de minuUeuse exactitude ', dont Peignot parlait d^à en 1804 * et dont l'auteur avait donné des essais en 1811 et en 181â ^j des notioes sur Golard Hansion 4 et sur Louis de la Gruthuyse % sujets qu'il avait traités dans sa jeunesse, et l'inventaire de l'ancienne bibliothèque du Louvre fait en 1373 par Gilles Hallet, avec des notes historiques et critiques \ Il appartenait à MM. Debure d'être les éditeurs de ces doctes écrits.
Pleine d'estime pour son talent et pour son cactère, l'Académie royale de Bruxelles avait tenu à honneur de l'inscrire parmi ses corres-
« s taon M 6 tP»l. «Tw U aappl., 1813 et ISSS-^ vol., 1824, #11826.
. a Soppl. w Dùtiomt. rmiuumé th HUiolagù, «rtfclc Vas Paast. m. Van Pnct avait d^]& recucUll alors plusda 2000noticM.
3 Ce ne fureot d'abord qu'une vlnguloe de pages In-fol., remplace» hait ans apr^ par nn volume du même format, et beau, coop plus «oBSidérable, qui ne concernait ponrtant qn« des livres linpffW» nt v«In d«pils 1457 in«|«'«n 1472, car l'onlre cbro. Mogiqua av»{t été adopta d'abord.
pondants dès le 8 mai 1823. Plus tardive, l'Acadénûe des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France ne rappela dans son sein que le 19 mars 1830, un peu avant la révolution qui changea le gouvernement de la France.
Doué d'une grande indépendance, un peu républicain plutôt parles habitudes de sa vie privée que par ses doctrines, Yan Praet s'applaudit de ce changement politique. Il ne se doutait pas que son pacifique empire allait à son tour être bouleversé, et que la bibliothèque royale aurait aussi sa révolution.
Depuis longtemps il s'élevait des plaintes sur le service de cette bibliothèque; la rédaction des catalogues, disait-on, traînait en longueur, une multitude de livres n'étant pas inventoriés, devenaient par là même introuvables. On ne considérait pas que cette rédaction de catalogue est une œuvre lente, ardue, épineuse, et que l'exiguïté du local, la multiplicité des étages ne pouvaient manquer de prêter à une certaine confusion. D'ailleurs, Yan Praet se retrouvait parfaitement dans ce désordre inévitable; et l'on devait des égards à son âge et à ses antécédents.
Ce nonobstant, il fut arrêté qu'on changerait le régime représentatif de la bibliothèque, administrée jusqu^alors par un conseil composé des conservateurs de chaque département. Ainsi l'avait voulu le règlement ampliatif de la loi du 25 vendémaire an iv. L'ordonnance royale du 14 novembre 1852 en consacra les principes. Mais insensiblement on chercha à y porter atteinte et à arriver tout doucement à une centralisation bureaucratique qui fut enfin consommée momentanément, malgré des réclamations générales 7, par l'ordonnance du 22 février 1839.
Yan Praet s'en affligea, il se sentait blessé intérieurement dans sa dignité personnelle, et puis par l'institution du cabinet de lecture et d'une librairie usuelle, on lui gâtait sa bibliothèque.
Il ne pouvait prévoir que M. YiUemain ferait bientôt réparation à ses collègues.
Cependant les infirmités qu'il bravait commençaient à prendre le dessus. Depuis dix-huit mois il était moins assidu à Tlnstitut, moins ponctuel à la bibliothèque; il avait cessé d'en arpenter prestement les vastes salles, et une ma-
4 1829, in^.
5 1831, iD-8o.
« 1836, tn^.
7 Voy. L«ttrts Je* eonsêrratnrs tU U h'N. rojrmlê sur tor^ dotummê» dm 22 /fvn'sr 1839, nltnt» à ast é$0kliu4mênt. Parts, H. Foumier, 1839, in<8v.