L. L. Yautubr
PRISOH (mot dérivé de pris, prendre, prehendere)^ lieu où l'on enferme des hommes pour les garder ou les punir. Si l'on reconnaît à la société le droit de châtier les auteurs des infriicttons contre ses lois, on ne saurait lui refuser celui de priver de sa liberté l'homme qui l'a trou*
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blée. Lefi prisons sont done le corollaire de toute législation pénale. Mais d*abord, il est juste de distinguer entre Thomme que la vindicte publique accuse et celui que la justice a frappé. De là, la distinction établie par les lois entre les inculpés^ les prévenus ou accusés, et les condamnés. Les premiers sont détenus par mesure de précaution pendant que le juge dMnstruction informe sur leur position : on peut alors, dans certains cas , mettre le prisonnier au secret, c*est-à-dire lui interdire toute communication avec d^autres que son gardien, pour empêcher qu*il ne reçoive quelque renseignement du dehors qui le mette à même d*échapper aux in-' vestigations de la justice. Les prévenus ou accusés sont ceux qu*une décision judiciaire renvoie soit devant les tribunaux de police correctionnelle ou devant les cours d^assises. Les condamnés sont ceux qui, ayant passé en jugement, subissent leur peine. Il faut encore distinguer les prisonniers pour dettes (vo}^, Dittbs), détenus dans un lieu de sûreté pendant un temps déterminé par la loi lorsqu*ils ne peuvent rembourser leurs créanciers. On nomme prisonniers d^Étatj des personnes que Ton retient sans jugement pour raison d*État; quant aux prisonniers de guerre, nous en avons déjà parlé au mot
GUEIRB.
Dans le but de séparer les diverses catégories de prisonniers, la législation actuelle divise les prisons en différentes espèces. Les maisons de police municipale, établies dans chaque arrondissement de juge de paix, servent à enfermer les individus condamnés à Temprisonnement par les tribunaux de simple police. Les maisons d'arrêt, situées dans chaque arrondissement, sont destinées à recevoir : !<> les inculpés contre lesquels une information est dirigée; 2« les prévenus , jusqu*à ce que le tribunal correctionnel ou la chambre des mises en accusation ait statué sur leur sort; 3» les condamnés à un emprisonnement de moins d*un an et un jour. Les maisons de justice, placées au chef-lieu judiciaire de chaque département, reçoivent : 1<< les individus q«i se pourvoient par appel devant les tribunaux de chef-lieu ou devant les cours royales ; S« les individus condamnés par le tribunal ou la cour d*appel, lorsque Temprisonnement prononcé ne doit être que d'une très-courte durée ; 8« les individus sous le poids d*une ordonnance de prise de corps et renvoyés devant la cour d'assises en attendant leur jugement. Les maisons de correction sont destinées à recevoir les enfants condamnés par les tribunaux, et ceux que les pères et mères sont admis, dans
quelques cas, à y faire enfermer : il existe im très-petit nombre de ces maisons dont les maisons d'arrêt tiennent généralement lieu. On enferme dans les maisons de détention ou deforce^ dites aussi maisons centrales : 1» les individus condamnés correctionnellement à plus d'un an de prison ; 2» ceux qui ont été condamnés par les cours d'assises à la réclusion; 5o les femmes condamnées aux travaux forcés : il y a 19 maisons centrales en France. Les hommes condamnés aux travaux forcés sont gardés dans les hagnes, auxquels nous avons consacré un article particulier.
La surveillance et l'entretien des prisons en France et en Belgique, sont confiés à l'administration, qui est en outre chargée de l'exécution des peines, lorsque la condamnation a été. prononcée. Les peines disciplinaires établie» dans l'intérieur des prisons sont le cachot et les fers. Des ateliers y sont établis, et les prisonniers touchent une partie de leur salaire, qu'ils dépensent la plupart du temps à la cantine, l'autre est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Hais jusqu'ici tous les moyens de répression ont peu contribué à l'amélioration des prisonniers. Une réfbrme est devenue urgente. On trouvera les éléments du système pénitentiaire savamment discutés dans l'article qu'on va lire, dû à un membre de la chambre des députés qui honore le nom célèbre qu'il porte par des travaux pour l'amélioration de la condition des hommes du peuple.
Comme toutes les institutions sociales, la prison a subi de nombreuses vicissitudes. Elle a changé de caractère , et elle a dû changer de forme extérieure pour s'adapter à des intentions nouvelles. De nos jours , elle éprouve à la fois , sous le rapport moral et sous le rapport matériel , les plus grandes transformations dont elle ait encore été l'objet : elle n'était qu'un lieu de détention et d'expiation ; elle devient avant tout un lieu de correction.
Dans le principe , on ne s'est préoccupé que d'une pensée : venger l'injure faite à la société par quelqu'un de ses membres. Les fréquentes applications du supplice capital devaient rendre la prison peu nécessaire; celle-ci même, avant de devenir une commutation de peine, a pu être considérée comme un moyen de prolonger les tourments de la victime. Certaines prisons plus modernes, comme les Plombs de Venise par exemple, pourraient foire croire qu'un tel raffinement de cruauté n'a pas exclusivement appartenu aux siècles reculés.
Quand les mcours se sont adoucies, quand la
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société 8*e8t jMntie assez forte pour être généreuse, elle a moins pensé à sa yengeance, elle a plus songé à sa sûreté. Les prisonniers ont cessé d^tre torturés à plaisir ; mais , renfermés dans des espaces étroits , privés d*air et d*exercice , soumis aux plus dures privations, en proie à la brutalité de geôliers inhumains , leur position n*avait que peu gagné. Pour qu^ils ne fussent plus traités comme des animaux malfaisants, il fallut rintenrention du christianisme et de la philanthropie. Il était réservé à notre temps (et c*est un de ses titres d*honneur) de comprendre qu*il peut y avoir pour la société une garantie préférable à la détention ; c^est la réforme morale du détenu.
La civilisation, de plus en plus exigeante envers les prisons, veut aujourdliui qu'elles présentent un triple caractère : sévérité pour Texpiation du crime, sûreté pour la garantie publiffue, moralité afin de régénérer le coupable et de le rendre au monde sans honte et sans danger. Le problème des prisons s'est donc singulièrement compliqué ; il est devenu celui de réducation elle-même appliquée aux natures les plus rebelles. Aussi un savant allemand a-t-il pu donner le nom de science à Tensemble des connaissances qui se rapportent aux établissements de détention.
Les prisons de Rome étaient affreuses, si nous nous en rapportons au tableau qu'en ont tracé Qicéron et Salluste peu d'années avant rère chrétienne. C'est aux chrétiens que l'on doit les premiers adoucissements de la détention : l'initiative de la charité appartenait de droit à ceux qui avaient tant souffert. Lucien, le salyrique, donne à ce sujet des renseignements qui ne sont pas suspects dans sa bouche. On voit, dès le n« siècle , les chrétiens composer une association de secours mutuels. Des hommes et des femmes, qui prennent les noms de diacons et diacones- $eê, achètent à prix d'or la permission de visiter les détenus ; ils les encouragent par des exhortations, par des conseils, par la lecture des livres sacrés. Tel est le germe de ces confréries fermées en Italie vers le xiv* siècle, qui se répandirent ensuite dans toute l'Europe, et parmi lesquelles on distingue celle des frère$ de la miséricorde.
Un usage antique, observé chez les Juif^, chez les Grecs et chez les Romains, ordonnait de délivrer des captifs dans certaines assemblées solennelles. Des empereurs transportèrent cet usage dans le monde chrétien et voulurent qu'à l'occasion des fêtes de Pâques, tous les prisonniers fussent mis en liberté, à l'exception de
ceux qui s'étaient rendus coupables de Pan des six crimes capitaux. La législation se pénétra peu à peu de l'esprit de l'Évangile, dont l'influence se fit particulièrement sentir dans l'organisation des prisons. Les lois promulguées par Constantin et ses successeurs , rassemblées et coordonnées dans les Codes Théodosien et Justinien, renouvelées au x« siècle dans les basiliques de l'empereur Léon, contiennent presque tout ce qu'on peut exiger d'un bon règlement pour les établissements de détention. Non-seulement des mesures y sont prescrites pour activer la mise en jugement des prévenus, pour assurer la nourriture et la propreté des prisonniers, pour les exempter des fers et particulièrement pour empêcher tout acte arbitraire de la part de leurs gardiens, enfin pour tenir les deux sexes séparés ; mais il est encore enjoint aux juges de se rendra chaque dimanche à la prison, de se faire présenter les détenus, de les interroger et de s'assurer si le traitement prescrite leur égard est observé avec exactitude. Les évêques et autres ministres du culte sont investis de la même mission. Le concile de Carthage, tenu en 253, leur adjoint les anciens des communautés ; celui de Nicée, en 525, établit des procureurs des pauvres, soit laïques, soit ecclésiastiques, chargés de s'employer pour la délivrance des chrétiens illégalement arrêtés, et de procurer à ceuxlà mêmes qui ne seraient pas sans reproche, les vêtements, la nourriture et les moyens de se défendre devant les tribunaux. Des institutions analogues se retrouvent plus tard à Rome, à Gênes , dans la Lombardie. Les rois de France , éclairés peut-être sur ces utiles créations par les événements qui conduisirent leurs armes en Italie, publièrent successivement des ordonnances qui prescrivaient aux présidents et conseillers des cours de justice, puis aux procureurs du roi , à ceux des seigneurs et enfin aux évêques, de visiter les prisons pour y recevoir les plaintes des détenus.
Mais cette œuvre doit surtout son avancement à deux hommes célèbres par leur ardente charité, et qui ont mérité par elle les honneurs que l'Église décerne à ses héros. Saint Charles Bor- 'romée, évêque de Milan vers la fin du xvi« siècle , dans les six assemblées générales de son diocèse, provoqua et rédigea une série de dispositions qui forment une espèce de Code de charité , destiné à fixer les devoirs des protecteurs et des avocats, des administrateurs et des gardiens des prisons. Saint Vincent de Paul, esclave lui-même en Afrique , puisa dans son malheur la vocation de sa belle vie; il se consacra au sou-
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lagement dit èhrétieof captidi et des elekvei desgalèret.
Jusque-là Tciuvre des prisons était demeurée dans le domaine de la charité religieuse. Vers le milieu du xtiip siècle, nous la voyons entrer dans celui de la philosophie. Cette impulsion fïit donnée par Técole française; l*un de ses disciples, Beocaria, jeta le cri de Phumanité ofifensée par les barbaries de Tancienne législation criminelle I son traité De» délité et des peina le rendit presque chefd^école à son tour. A peine ces nouyelles théories eurent-elles pénétré dans les esprits, qu*un homme de bien vint les compléter par ses études pratiques. John Howard, comme Vincent de Paul {w^, tous ces noms) , avait appris la philanthropie à Técole de la captivité. Il consacra une portion de sa fortune et de sa vie à parcourir TEurope , visitant les prisons et recueillant les matériaux de son grand travail The étale of theprisonê, etc. (1777), dont la publication produisit d'immenses résultats. Partout rattention publique fut éveillée, et les gouvernements commencèrent à s'occuper sérieusement de raméûoration du soK des détenus.
Il en était besoin : les prisons de l'Europe entière, et particulièrement , il feut le dire, celles de hi France, offraient un spectacle déplorable. Les accusés et les condamnés, les novices et les endurcis , souvent les simples débiteurs et les criminels, tous étaient confondus dans un pèleméle indigne; une paille humide et malpropre leur servait de couche dans des cachots obscurs, privés d'air respirable , et en hiver privés de féu; la nourriture était en harmonie avec un pareil domicile, dont Thorreur était presque toujours complétée par des chaînes pesantes et par la présence d'un fouet dans les mains du geôlier. L'atmosphère en était si malfaisante, qu'Howard, à l'époque de ses premières recherches , raconte que son flacon de vinaigre luimême contractait en peu de temps une odeur insupportable. Aussi les makidies les plus dangereuses décimaient-elles les prisonniers. On connaît l'histoire des asiises noirci {Black as- 8i*e9)j en 1557 : les détenus amenés au tribunal
* Un fait curieux qui rcMort da Rapport de IL Cerfbar ao mlntttre de llotériear snr Ws prUoM de ritalle (1889)i e'cet qne le sjal^c cellslalre qal , avaat dTavolr iU mU ea pradqM aa Âmtiri<|M, M tronraltMéj! •ppllqvc à Oaad , paratc en réalité awir été iQTtnté pov la praBière fbla 1 Roae, «n 1703, so«t le ponUficat de Clément XI , où la maUon pénitentiaire de Satot»llichel fat cfiÎFCtlTcment fondée et coneacrée 1 la correcUon det jeqoc» détennt. L'Isolement cellalatre rt l'eiisdgnnnent rellgleax formaient la base de rincUtatlon. Cett , i et qn-U parah, enr le ao>
communiquèrent parmi les Juges, les Jurés et les spectateurs, une fièvre qui, en moins d*nn mois, enleva, à Oxford et dans les environs, 510 personnes. En un mot, le régime des prisons était alors tel que les prisons de la Turquie, récemment décrites par un voyageur (M. Blanqui), en donneraient une idée presque exacte. Toutefois, il est Juste de dire que dès la fin du xvi* siècle et le commencemant du xvn«, les Hollandais à Amsterdam , les Danois à GlUckstadt , les Allemands à Hambourg, à Brème , à Halle, avaient créé des établissements de correction remarquables par leur bonne tenue , et où l'usage du travail était introduit. La maison de force de Gand, bâtie en 177d, et qui fait époque dans l'architecture des prisons, réalisait le principe de l'isolement cellulaire pendant la nuit , de la réunion silencieuse pendant le jour; c'était en un mot l'application presque entière du s^gitème pénitentiaire, qui a pris le nom d'Auburn lorsqu'on l'a généralisé en Amérique ■.
Presque en même temps qu'Howard accomplissait sa mission charitable, ses coreligionnaires américains , les quakers, formaient à Philadelphie ( 1776) une société pour secourir les prisonniers, et une assemblée de philanthropes, réunis dans la maison de Franklin, provoquait de nombreuses réformes aux lois pénales de l'Angleterre, transplantées avec toute leur rigueur dans son ancienne colonie. Grâce à ces réformes , des prisons nouvelles devinrent nécessaires pour contenir les criminels dont on épargnait hi vie. C'est alors que furent fondées les maisons pénitentiaireê décrites par le due de Larochefoucault-Llanoourt, tentative bien imparfSiite encore , mais la première qu^eut Inspirée la pensée d'une éducation morale pour les détenus. Elles ont d'ailleurs servi de point de départ au système qui préoccupe aujourd'hui les esprits.
La Grande-Bretagne marcha dans les mêmes voies. Howard ayant déterminéle gouvernement à l'adoption du régime pénitentiaire, BlacksCone rédigea la loi qui devait l'instituer, et Bentham développa son plan panoptique pour la construction des édifices destinés à rassembler un
déle de la RBabon de Rome, qne l'archlteeta Françola Gtdm • pris lea démina d*aprit lc«incla U noMtralsIt.ea I7s6, rSrgÊMtU da Mllaa. Ca m fnt qne SO au plaa tard et égabamM amw l« ingne de llaria>Théréw , qne fnt conatmlt* !• maison de Qmid , décrite et vantée par Howard et raconnne anjonrdluii ooauan l'aïenle légitime dn péoltender de Cherry-HlU en Penfjhranie. Maie 11 fant dire encore qne l'idée d'une icmblable priaoa ae tronre déji dam le tophroniêt^rt Imaginé par Platoa. V^ojr» notre article réfvJUif»* n.ATo»iovn.
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