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vécut sous Justin II, et auquel on éleva une statue :.eUe portait une Inscription en vers grecs» qu*on peut lire dans VJnthologie, J. M. Boistil.
PROGNÉ. Ce genre qui appartient ft Tordre du insectivores présente pour caractères : bec plus large que le front, dur, robuste, dilaté sur les côtés, déprimé au centre, mais très-comprimé vers la pointe qui est un peu écbancrée ; arête faiblement élevée à la base. Narines placées près du fh>nt, à la partie supérieure du bec, un peu tubulaire, bordées par un cercle membraneux. Tarse plus long que le doigt intermédiaire; quatre doigts : trois en avant, soudés k la base, les latéraux égaux ; un pouce libre. Le genre procné est un démembrement du genre cotinga { il a été proposé par Illiger et adopté par la plupart des méthodistes. Du reste, les habitudes des procnés paraissent en tout semblables à celles des cotingas, qui sont originaires comme eux, de TAmérique méridionale.
PEOCONSUL, mot dérivé deprv et de comul, indiqua d*abord les consuls dont on prorogeait le commandement quand le temps légal de leurs fonctions était expiré; puis ceux qui étaient investis de Tautorité et non du titre de consul, soit qu'ils fussent d*un rang inférieur, tels que Marcellus après sa préture, es prœturà, soit qu*ils fussent simples particuliers, comme P. Cornélius^Scipion TÂfrlcain, qui, sans avoir passé par aucune charge, et n*ayant encore que 94 ans, fut envoyé en Espagne avec une autorité absolue, Tan de Epme 549, av. Jésus-Christ 919. On eut d*abord recours à la nomination d*un proconsul dans les circonstances critiques, alors que les magistrats ordinaires étaient insuffisants. U en était de même pour les propréteurs {WX' le mot PitTiva). T. Quinctius, ancien consul , fut le premier nommé proconsul (pro con$ulB)y Tau de Rome 990, avant J. G. 469, pour aller dégager le consul Sp. Furius, assiégé dans son camp par les Eques. Le premier consul dont on prorogea le pouvoir fut Q. Publilius Philo (an de Eome 497, avant J. C. 397). Il assiégeait Palcepolis en Campanie. Ce siège n^étant pas terminé ft la fin de Tannée consuhiire, le sénat et le peuple prorogèrent è Publilius, en qualité de proconsul, son commandement militaire Jusqu'à la fin du siège. Palœpolis Ait prise Tannée suivante, et Publilius reçut les honneurs du triomphe le 1« mai de Tan de Rome 499 : ce fut le premier triomphe d'un proconsul. Les comices par centuries prorogeaient aux consuls le commandement militaire sous le titre de proewMuU, mais quand la république eut étendu au loin ses limites, on envoya régu-
lièrement des magistrats pour gouverner les provinces conquises. Le sénat, lors de Tentréi en charge des consuls et des préteurs, déterminait les provinces consulaires et les provinoes prétoriennes (an de Rome 6B1). Dès lors le ooosulat, après Tannée d'exercice dans Rome, entraîna nécessairement la dignité proconsulaire pour Tannée suivante. Les proconsuls n'avaient pas plus que les préteurs le droit de prendre }m auspices : auêpieia non kabebant, dit Cioéron. D'abord l'administration des provinoes était annuelle ; mais, vers la fin de la république, cette loi fut souvent transgressée. LucuUus fit pendant plusieurs années la guerre, comme proconsul, contre Mithridate. César garda pendant dix ans le proconsulat des Gaules. Chaque proconsul ou préteur avait un certain nombre de lieutenants (/epo/t) nommés par le sénat» soit spontanément, soit sur la désignation du proconsul lui-même. Leur nombre était proportionné à l'importance de la province. Ainsi, dans la Cilicie,Cicéron avait quatre lieutenants. César, dans la Gaule, dix, et Pompée, en Asie, quinie. Le même en eut Jusqu'à 18 lorsque, pour Textermlnation des pirates , il obtint le prooonÊuiai dn mers. Le nombre ordinaire des lieutenants dim proconsul était de trois. Les proconsuls avaient encore sons leurs ordres un questeur. La plus étroite liaison régnait entre ces deux magistrats: Cicéron, dans un de ses discours» atteste que les sentiments d'un questeur envers son chef devaient être ceux d'un fils envers son père. Les préteurs ou propréteurs avaient également nn questeur sous leurs ordres. La maison du proconsul était composée de ses officiers militaires {prœféotii et de tous les autres officiers et serviteurs de sa suite. Il avait aussi auprès de lui déjeunes pa<Kcteiis(9(;;^.)ou nobles, quiallaient sous ses ordres se former au métier de la guerre ou à l'administration. L'intimité de leurs rapports avec le général les faisait appeler coniubemaUê, comme qui dirait commenêaus. Avant de sortir de Rome, le proconsul, après avoir of* fèrtses vœux au Capitole, se revêtait de Thabit de guerre {paludamentufn)^ douie licteurs le précédaient au sortir de la ville, d'où il se rendait immédiatement dans sa province. S'il était retenu par des affaires , par l'opposition des tribuns du peuple ou par des présages sinistres, il s'arrêtait à quelque distance de Rome, ne pouvant y rentrer revêtu d'un commandement militaire. Arrivé dans sa province, le proconsul prenait en main l'autorité civile et militaire. Il y réunissait la puissance de toutes les magistratures romaines, celle même du sénat, cdle i
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du peuple ; car, en entrant dans m province, il faisait les édlts diaprés lesquels il se proposait de gouremer. En un mot, les proconsuls , selon les expressions de Montesquieu « exerçaient les trois pouvoirs; ils étaient les pachas de la république. » Ce que j*al dit dans un article précédent sur le despotisme des préteurs s'applique à plus forte raison aux proconsuls, puisque Tap-' pareil de leur puissance était encore plus redoutable. Une seule barrière arrêtait la tyrannie des proconsuls, c'était le titre de citoyen romain. Il ne pouvait le juger, le faire battre de verges. Ce fut pour avoir méconnu cette loi que Verres parut plus coupable aux Romains que pour avoir spolié, torturé la Sicile. Ce fût en disant au proconsul Gallion : Ego êum civiê roptanuê, que saint Paul obtint d'aller à Rome pour être Jugé par l'empereur. Le proconsul, dans l'étendue de son gouvernement, s'occupait plus volontiers d'afifoires militaires pendant l'été, et de l'administration de la justice pendant l'hiver : il tenait successivement at$ assises dans les principales villes de la province. Il décidait lui-même les causes publiques et renvoyait les autres à ses lieutenants et à son questeur. Il choisissait ordinairement vingt des personnes les plus recommandables de la province pour s'en former un conseil {consilium); on nommait cette espèce de jurés asêeêêores, recuperatoret. Comme il était ordonné aux proconsuls de ne ftiire usage que de la langue latine, ils avaientà leur suite des interprètes. Le proconsul avait la disposition du blé et des taxes. On nommait konorarium le blé que la province était tenue de lui offrir en présent. Si la conduite d'un proconsul était irréprochable, on lui rendait de très-grands honneurs, tels que l'érecUon de statues, de temples; mais la flatterie fit depuis élever ces monuments à tous les gouverneurs, quelqu'oppressive qu'eût été leur administration. On instituait même des fêtes en leur honneur, entre autres pour Marcellus en Sicile, pour Mucius Scœvola eu Asie. Pour ces deux magistrats, cet honneur héroïque était vraiment la récompense de leur équité, de leur désintéressement, de leur douceur. SI un proconsul avait prévariqué , on pouvait , lorsqu'il sortait de sa charge, le citer en jugement, et les lois romaines avaient porté fort loin la prévoyance à cet égard; mais presque toujours l'intrigue décidait l'issue de ces grands procès; le crédit et la faveur faisaient taire la justice, et les excès les plus criants demeuraient impunis. A l'expiration de son gouvernement, le proconsul remettait le commandement à son successeur s'il était arrivé, et il
devait, dans l'espace de trente Jours, sortir de son gouvernement. Si le successeur n'était pas encore arrivé, le proconsul n'en quittait pas moins la province, laissant le commandement à son questeur ou à l'un de ses lieutenants. Il rentrait dans Rome comme un simple particulier, à moins qu'il ne prétendit au triomphe. Dans ce cas, il s'arrêtait près de la ville {ad urbem e^e), et y demeurait jusqu'à ce qu'il eût obtenu du sénat cet honneur : alors il faisait sa rentrée dans Rome avec toute la pompe triomphale. Ce qui vient d'être dit du proconsul s'applique également au préteur ou propréteur, excepté que le proconsul avait 12 licteurs, et le propréteur seulement six. L'armée et le cortège de celui-ci étaient ordinairement moins considérables que les troupes et la suite du proconsul, de même que les provinces prétoriennes étaient de moinpre importance que les provinces consulaires.
— Sous Auguste, les provinces dont le gouvernement demeura attribué au sénat et au peuple furent gouvernées par des magistrats qui prenaient le titre dç proconsuls, bien qu'ils n'eussent été que préteurs. Ils avaient les mêmes marques d'autorité que les anciens proconsuls; mais ils n'exerçaient que le pouvoir civil ; ils n'avaient ni le commandement militaire , ni la disposition des impôts. On trouve dans le Digeste (livre l«r) un titre sur Vofflce da proconsuls,
— En France, durant le régime de la Convention, les commissaires qu'elle envoyait dans les départements insurgés, dans les pays conquis ou aux armées, furent pommés proconsuls^ quelquefois par flatterie, plus souvent par réprobation. En effet, si quelques-uns montrèrent du courage, du talent et de l'énergie, combien, comme les Fouché, les Collot-d'Herbois, les Joseph Lebon, effacèrent les excès des Verres et des Catilina. Ch. nu Rozoir.
PROCOPE, né à Césarée en Palestine, à la fin du v« siècle, est, de tous les historiens byzantins, celui qui, par son style, son talent et par sa manière d'envisager les faits, se rapproche le plus des écrivains grecs des temps classiques. Il exerçait à Gonstantinople l'état de rhéteur ou de sophiste, lorsque l'empereur Justin I»', vers l'an 526, le donna comme secrétaire et conseiller à Bélisaire, qui commandait alors un corps de troupes en Mésopotamie. Procope accompagna ce général dans ses campagnes contre les Perses; il le suivit, en 533, pendant l'expédition qui anéantit Tempire des Vandales et replaça l'Afrique sous l'autorité impériale; enfin, restant auprès de Bélisaire et de la femme de celui-ci, Antonina, depuis 539 jusqu'en 540, il fut chargé
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de plusieurs missions importantes durant la guerre contre les Goths, qui se termina par la captivité de leur roi Yitigès, et rendit Justinien maître de Tltalie. Nommé plus tard sénateur et, vers Tan 562, préfet de Constantinople, Procope doit être parvenu à un âge avancé, bien qu^on ne connaisse pas exactement Tannée de sa mort. — Nous avons de lui les trois ouvrages suivants : i^ une Histoire de son temps, grande composition divisée en vni livres, dont les deux premiers, les Persigues, traitent des guerres soutenues par Justinien sur la frontière orientale de Tempire. Dans les deux suivants, les Fandaliques, Procope raconte les événements qui eurent lieu en Afrique depuis Tinvaslon de Genséric jusqu^à la pacification entière de cette contrée, par Jean Troglita (439-550). Quant aux quatre derniers livres, ils portent, dans les éditions, le titre de Gothiques; toutefois, trois seulement contiennent la relation de la guerre que Bélisaire fit en Italie au roi Yitigès et à Totila, son successeur (535-550) : le quatrième est un supplément général, publié plus tard, dans lequel Procope rend compte des événements arrivés en Afrique, sur le Danube, en Italie et dans rOrient, jusqu*à la fin de Tannée 553. 2» Un ouvrage en YI livres, intitulé Des édifices : c*est une description des palais, églises, forteresses et ponts construits par Justinien à Constantinople et dans les diverses provinces de son vaste empire; ce traité, trop négligé par les auteurs modernes, est d*une grande importance pour la géographie. 30 Les éloges que Procope j donne à la piété, Thabileté et la magnificence de Tempereur, contrastent singulièrement avec les invec* tives dont il Taccable dans le troisième et dernier de ses ouvrages, V Histoire secrète, publiée selon toute apparence , après la mort de Justinien (565). Ce prince y est représenté comme le tyran le plus vil; sa femme, la belle Impératrice Théodora, était, suivant notre historien, ce que le vice et la perversité peuvent produire de plus hideux; Bélisaire lui-même, le célèbre vainqueur des Goths et des Yandales, est accusé d*avoir été dans son intérieur Tesclave d*une épouse intrigante et débauchée. Malgré ces honteuses variations, on doit convenir que les ouvrages du rhéteur de Césarée abondent en faits curieux : ils sont aujourd'hui la source principale où nous puisons pour bien connaître le règne long et important de Justinien. Procope en a écrit successivement, pour nous servir des expressions d'un auteur moderne, « Thistoire, le panégyrique et la satire. » Élégant, clair. Judicieux et, malgré une malice circonspecte, assez impartial
dans sa grande composition historique, il tient dans Touvrage Des édifices le langage d'un courtisan, dans VHistoire secrète celui d'un pamphlétaire aigri et passionné. Plaidant ainsi le pour et le contre, il a fourni, sans le savoir luimême, de riches matériaux à la critique désintéressée et calme de la postérité. Ajoutons que loi et Agathias sont les seuls de tous les écrivains byzantins qui professent une grande tolérance en ce qui concerne la religion. Yivant k une époque où des disputes violentes sur le dogme troublaient l'Église et l'État, Procope déclare qu'il connaît les tristes dissensions de ses compatriotes, sans partager leurs animosités, et qu'il ne veut point reproduire les subtils arguments des théologiens touchant la nature de \a divinité, « puisque nous avons déjà assez de peine « à bien connaître la nature humaine. » Cette impartialité, ou cette indifférence, a fait douter à plusieurs auteurs modernes que Procope fût véritablement chrétien. La manière dont plus d'une fois, surtout dans le livre Des édifices, il parie de la religion triomphante , doit éloigner de lui tout soupçon de paganisme. Hais il parait en efi«t que nourri de la lecture des écrivains de l'antiquité, fetigué des interminables querelles entre les ariens, les nestoriens et les orthodoxes, il avait adopté cette idée philosophique et séduisante que, malgré la différence des noms, des sectes et des cérémonies, tous les hommes adressent également leur hommage au père et au créateur unique de l'univers. — Il existe trois éditions principales des œuvres de Procope. La iw», donnée par Cl. Maltret, Paris, 166Î, 2 vol. in-fol., fait partie de la Collection byzantine du Louvre. La 2«, Yenise, 1729, 2 vol. in-fol., n'en est qu'une réimpression assez fautive. On doit à M. Guillaume Dindorf la 3«, qui a para à Bonn, 1833, 3 vol. in-80 : elle est fort supérieure aux deux précédentes; le texte et la traduction latine y ont été corrigés à l'aide de manuscrits. Cette édition appartient à la nouvelle publication des historiens byzantins. Hasi.
PROCOPE (ANDBt), surnommé le Grand, et par d'autres ie Tonsuré (Hoir, Rasus)^ parce qu'il avait été moine avant d'endosser la cuirasse, général taborite depuis la perte de Ziska (vorO* le 12 octobre 1424, jusqu'à sa propre mort, arrivée sur le champ d'honneur, le 80 mai
PROCOPE (cAFt). Le Sicilien François Procope remit en vigueur, au xvn« siècle, la mode du café, qui commença à passer à Paris. Il s'établit d'abord à la foire Saint-Crermain , orna magnifiquement sa boutique, et attira beaucoup
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de monde par la bonne qualité du café qu*il servait Puis, yers Tan 1689, il fixa sa demeure et ouvrit son café dans la rue des Fossés-Saint-Germain, et en face du théâtre de la Comédie-Française. Ce voisinage y attira plusieMrs auteurs dramatiques et autres gens de lettres; il devint le plus célèbre café de Paris. Là se disaient ou se disaient les nouvelles du jour; de là se ré- ^pandaient les anecdotes de toute espèce. Au xvnr siècle encore, ce café était le fbyer des discussions littéraires, surtoutde la critique dramatique; on y jugeait auteurs et pièces. Voltaire, Piron, bien d^autres encore, y discutèrent plus d*une fois. A. Savagnse.
PROCURATION, de curare pro, prendre soin pour un autre. On nomme ainsi le pouvoir donné par une personne à une autre d*agir en son nom comme elle pourrait faire elle-même. Ce mot désigne aussi Tacte qui constate que ce pouvoir a été donné, yqjr. Mandat.
PROCUREUR. On nomme procureur celui qui agit, soigne ou gère pour autrui, en vertu d*un pouvoir ou procuration à lui donné. — Les mots procureur et mandataire sont donc à peu près synonymes; mais le mandat peut être tacite ou verbal, tandis que le procureur tient ses pouvoirs d^un acte écrit. — Les devoirs et les droits du procureur fondé sont ceux du mandataire en général.
Procureur ad lites. Cette expression, empruntée au droit romain, désignait, avant la révolution, des officiers établis pour postuler et agir en justice ou non, et dans Tintérêt des plai> deurs; c*était une espèce particulière de procureurs investis du mandat spécial de procéder en justice pour leurs constituants. On les appelait aussi procureun postulants, et plus ordinairement procureurs. L'institution de ces officiers est fort ancienne; des lettres de Philippe YI, du mois de février 1597, attestent Texistence à cette époque des procureurs au Châtelet; en 1391, on voit également la compagnie des procureurs au parlenient passer un traité relatif à Tinstltution d*une confrérie dévote. La loi du 30 mars 1791, qui abolit la vénalité et Thérédité de tous les offices ministériels près des tribunaux, supprime les procureurs, mais les remplace par des avoués placés auprès des tribunaux avec la mission exclusive de représenter les paKies, d'être chargés et responsables de leurs pièces et titres; de faire les actes de forme nécessaires pour la régularité de la procédure, et de mettre l'affaire en état. Fcijr. Avoué.
Procureur fiscal. Les procureurs fiscaux étaient des officiers établis dans chaque justice
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seigneuriale pour y défendre les intérêts publics et seigneuriaux : ils remplissaient près d'elles les fonctions dont s'cquittaient les procureurs du roi près des justices royales.
Procureur géiiérai.. C'est le titre que portait anciennement l'officier principal chargé des intérêts du prince et du public dans l'étendue du ressort des anciennes cours souveraines ; c'est aujourd'hui celui du magistrat principal qui exerce près de la cour de cassation et près de chacune des cours royales (ou d'appel) les fonctions du ministère public. Au dessous de lui , sont des avocats généraux chargés du service des audiences , et des substituts pour le service du parquet; le plus ancien des avocats généraux prend le titre de premier avocat général. Les avocats généraux sont dans chaque cour en nombre égal à celui des chambres qui la composent; ils ne sont plus simplement, comme autrefois, les collaborateurs du procureur général, mais bien ses subordonnés; c'est lui qui les attache comme il l'entend aux diverses chambres, de même qu'il distribue aux substituts les travaux du parquet. Tout procureur général doit avoir 30 ans accomplis, et prêter serment entre les mains du roi, ou entre celles d'un commissaire royal délégué à cette fin.
Procureur du roi. L'institution des procureurs du roi existait dès le xni« siècle comme le prouvent les registres du parlement de Paris : subordonnés au procureur général de la cour supérieure à laquelle ressortissait le tribunal près duquel ils siégeaient, ils étaient, avant la révolution, qualifiés de?ant cette cour de substituts du procureur général. — Aujourd'hui, un procureur du roi, placé sous la dépendance hiérarchique du procureur général, mais gardant partout et toujours son titre, siège auprès de chaque tribunal d'arrondissement , assisté d'un nombre de substituts proportionné à celui des chambres qui composent le tribunal. Le service des audiences et les travaux du parquet sont divisés entre les substituts par le procureur du roi. Nul ne peut remplir les fonctions de procureur de roi s'il n'a 25 ans accomplis, ni celles de substitut s'il n'a 33 ans : les procureurs du roi et les substituts prêtent serment devant la cour royale à laquelle ressortit le tribunal près duquel ils siègent. ~ Tous les magistrats qui exercent les fonctions du ministère public sont amovibles. — Quant aux fonctions diverses qui appartiennent, soit aux procureurs généraux , soit aux procureurs du roi, nous devons, pour éviter des longueurs inutiles, renvoyer à l'article BbniSTiRi PUBLIC, et nous borner à dire ici
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qu*en général elles consistent, à surveiller, requérir et maintenir, au nom du roi, Texécution âes lois, arrêts et Jugements; à poursuivre d'office cette exécution dads les dispositions qui intéressent Tordre public et le gouvernement, à veiller à tout ce qui intéresse le domaine de Imitât, les droits du monarque et ceux des personnes incapables de se défendre elles-mêmes, telles que les femmes, les mineurs, les absents, etc. Ch. Lbmornibb.
P&OGRUSTE ou Proguste (celui qui met à la torture), nom d*un brigand appelé encore Polypémon par Pausanias, et Damastus par Plutarque. Il foisait son séjour ordinaire à Corydallus, dans PAttique, et dévastait toute la contrée. L'invention d'un nouveau genre de supplice fa surtout rendu célèbre. Il consistait à coucher sa victime sur un lit de fer, et, jusqu'à ce que son corps s'y tint en de justes proportions, à le raccourcir par d'horribles mutilations, ou à l'étendre par des tiraillements plus afFreux encore. Il fut tué par Thésée près d'Hermione. Ce brigand, avons nous dit, est le même que Damaste. M. Bœttiger a établi sur des probabilités assez fondées que ces noms de Procruste, Damaste, Sinis, Philyocampte, désignent le même personnage, et n'emportent qu'une désignation spéciale aux divers supplices qui lui étaient familiers.
Progustb (Le lit de), au figuré. Si nul ne s*est avisé d'en renouveler physiquement les horribles expériences, au figuré, en revanche, il est Joutnellement en usage. Une traduction, par exemple, est un véritable lit de Procuste où le copiste mutile impitoyablement son modèle pour le raccourcir à sa taille. Les journaux ne sont-ils pas des lits de Procuste où, bon gré mal gré, doivent s'encadreries articles, longs ou courts, des collaborateurs aux abois? — M"«de Staël a dit encore (De l'Allemagne, t. 5) : « Les moralistes allemands ont relevé le sentiment et l'enthousiasme des dédains d'une raison tyrannique, qui mettait sur le lit de Procuste l'homme et la nature, afin d'en retrancher ce que la philosophie matérialiste ne pouvait comprendre. > DUFAILLT.
PRODIGALITÉ, défaut de mesure dans les dépenses auxquelles on se livre, ou bien encore dans les dons ou les récompenses que l'on distribue; en d'autres termes, c'est une mauvaise administration de son argent ou de sa fortune. Aussi, comme il est de règle générale de marcher en toute chose à la voix de la raison, la morale réprouve la prodigalité : voilà son premier arrêt; mais elle l'infirme dans bien des cas, et passe du blÂme à l'admhration. £n ceci, la mo-
rale est conséquente avec elle-même; elle le montre sévère où indulgente suivant les objets auxquels s'attache la prodigalité. Celui qui dans une catastrophe publique se dépouille de ce qu'il possède pour venir au secours des malheureux, ou qui accomplit sa ruine complète, afin de sauver la patrie d'un grand péril, mérite des applaudissements : ce sont là des prodigalités sublimes devant lesquelles toute pensée d'avenhr personnel doit disparaître. Mais il faut prononcer anathôme lorsque, pour satisfaire les caprices des sens, on jette l'or à pleines mains : od est encore coupable lorsque,, pour attirer les regards de la foule, on entretient un luxe somptueux dont on fait peser les dépenses sur ses créanciers. De nos jours, la prodigalité n'est pas un vice à la mode ; on gagne sa fùrtune à la sueur de son front; on la ménage, on ne respire même que pour l'augmenter, U est vrai que la nécessité nous soumet quelquefois à des dépenses de représentation; maison reprends» revanche le lendemain; l'ouvrier qu'on a employé, on le poursuit dans ses moindres gains; et si on le paye comptant, tandis qu'autrefois on le faisait attendre , c'est pour l'atteindre dans son dernier rabais. Dans un sens, on trouve parmi nous, je veux dire au sein des classes aisées, plus d'ordre que jadis, mais moins d'élévation : ce que nous avons retranché sur la prodigalité, nous l'avons ajouté à l'avarice. Bref, nous avons changé un vice souvent admirable contre un autre qui ravale tout. Saist-Psostse.
PRODIGE, du latin pro (en «vaut, devant) et dicere (montrer, indiquer). Dans le nombre infini des termes qui, de prime abord, semblent se confondre dans une quasi-synouym|^, il en est trois dont il est nécessaire peut-être d'établir la dififôrence respective : ce sont les motspmfiye, miracle et merveille. Quoique ces deux derniers aient été traités à leur place, ils doivent néanmoins figurer dans cette petite discussion philologique. Qu'est-ce que le prodige? un phénomène éclatant qui sort du cours ordinaire des choses. Le miracle^ au contraire, est un étrange événement qui arrive contre l'ordre naturel des choses, tandis que la merveille est simplement une œuvre admirable qui efFace tout un genre de choses. Ainsi , le prodige surpasse les idées Communes ; le miracle toute notre intelligence; la merveille notre attente et notre imagination. Sans cause connue, le soleil perd tout à coup sa lumière, c'est un prodige. Un mort secoue les vers du sépulcre et renaît à la vie, c'est un mi" racle. Un inventeur puissant fabrique des ailes et s'élance dans les airs, c'est une w^erveille. —
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U nous semble assez mutile d'ajouter qu*aujourd*hui les prodiges, les merveilles et les miracles ont complètement disparu devant le flambeau de la science, des arts, de la raison ou de la foi. X. X.
PRODROMB, mot tiré du grec oà il signifie ayant-coureur (de ir^, devant, et ipi/^è^ je cours), et qu*on emploie pour désigner une sorte de préface. On donne quelquefois ce nom pour titre à certains traités, surtout d^histoire naturelle, servant comme d'introduction à Tétude de la science. X.
PRODUCTION, PROOUGTBim, PaoDiriT. Toutes les fois qu^un homme, par remploi de s^ facultés morales, intellectuelles ou physiques,obtient un résultat que les autres hommes sont disposés ' à payer ce qu'il coûte, le phénomène de la produciion s'accomplit : cet homme est un producteur, et Tœuvre exécutée par lui un produit. Le savant qui, dans la solitude du cabinet, ou devant les fourneaux du laboratoire, consume ses jours et ses nuits à la recherche des lois qui constituent la vie du monde extérieur ; l'agriculteur qui applique à la meilleure culture des champs les découvertes de la théorie; le commerçant qui double et quelquefois centuple la valeur des choses par un simple déplacement; le manufacturier qui, par d'habiles transformations, change en objets précieux les matières les plus viles; l'artiste dont le pinceau, la plume, la parole, les chants, le ciseau, le geste, délassent les autres hommes, les arrachent ail cercle étroit de leur spécialité pour réveiller dans leur cœur etdans leur esprit, à la lèis, les idées générales et les sentiments généreux; l'administrateur dont la vigilance assidue procure l'exécution des règlements; le magistrat qui sur^ veille, maintient et dirige l'application de la loi, tous ces hommes sont des producteurs. Lesproduitê du savant sont les connaissances i^outées aux trésors de la science, ou vulgarisées par l'enseignement; des fhiits, des légumes, des grains, des bestiaux, des laines, des bois, des minerais, des marbres, des pierres à bâtir, etc., voilà ceux de l'agriculteur ; des draps, des toiles, des teintures, des quincailleries, des meubles, des comestibles, des habits, et toute la multitude des objets indispensables aux nations civilisées, composent les produits du manufacturier;. tout comme les sentiments d'enthousiasme, de dévouement, d'ambition, que les chants, lesdanses, les drames, les sculptures, les monumenu, les peintures, inspirent aux travailleurs, sont les produlU de l'artiste. Mais dans la sévérité du langage éooBoniqae, te réfttUatqueloonque d*un
travail humain ne mérite le nom de produit qu'autant qu'il vaut ce qq'il coûte, c'est-à-dire autant que les autres hommes sont disposés à payer, pour en jouir, les dépenses de son établissement. L'homme qui détruirait une valeur égale à cent fkancs pour en créer une autre égale à quatre-vingts francs ne serait pas un produc» teur, mais un consommateor improductif; il est même évident qu'il ne pourrait continuer un travail aussi dispendieux sans se ruiner, c'est* à-dhre sans détruire à hi h>ngue son capital. Cette remarque mène droit à l'une des questions les plus importantes de l'économie sociale. U peut arriver qu'un homme qui méritera un jour le nom de producteur, parce qu'un jour les résultats de son travail payeront bien au delà ce qu'ils auront coûté, poursuive infructueusement durant de longues années, que dis-je? pendant sa vie entière, un but que ses contemporains mépriseront comme chimérique 1 il est tel produit que deux ou trois vies d'homme seraient nécessaires pour conquérir, et dont la recherche persévérante, après avoir valu le titre de ftma aux deux premiers inventeurs, procurera des richesses immenses au troisième, qui ne sera pourtant que le continuateur et l'héritier. Les produits scientifiques ne sont point les seuls qui se fessent souvent acheter au prix de tels sacrifices; il est beaucoup d'csuvres industrielles dont l'utilité demeure longtemps inférieure à la valeur des capitaux, perdus en apparence à les accomplir, et qui plus tard rendent au centuple les firais énormes de leur établissement. C'est estimer bien bas les services productifs du canal du Midi que de les porter au chiffire annuel de 30,000,000 de francs, et malgré les subventions des états du Languedoc, malgré les secours de Colbert, Riquet, son Immortel fondateur, a laissé en mourant des dettes si grandes qu'il fallut un siècle et demi pour les acquitter! Sst-ce que Paul Riquet n'était pas un producteur? Ce n'est donc point exclusivement au goût, à la volonté, à l'intérêt des individus, qu'il faut abandonner le soin d'estimer et de payer certains produits; de grandes associations d'hommes, des gouvernements, peuvent seuls rétribuer convenablement ceux qui se dévouent à les créer; mais il demeure exact que les œuvres du travail de l'homme ne sont des produits que lorsque, individuellement ou collectivement, les autres hommes estiment qu'elles valent ou vaud^>nt ce qu*elles coûtent. — H. J. B, Say, et les économistes de son école, comptent au rang des producteurs les proprié^ taires fonciers et les capitalistes, quand même ils ne se livrent de leur personne à aucun tnr
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gtêtpB. ^ lonqm, mir aie poursuilê à fin d*0xproprlation, le bien du débiteur ayant été saisi et adjugé selon les termes voulus, il s^agit d*opérer entre les créanciers la distribution du prix en proTenant, faute par eui de s^ètre réglés avec la partie saisie, sommation leur est faite de pro' duire entre les mains d^un Juge-commissaire, chargé d^ouyrir Tordre, leurs titres de créance, acte de produit signé de Tavoué, et contenant demande en eollocation. Produire , c^est donc, en général, dans le langage de b procédure, remettre au greffé ou entre les mains du Juge des titres et pièces. Gn. LiaoNirin.
PKOmJIT. (^rMmM^iie.)C*estcequl résulte de la multiplication de deux nombres l*nn par Tàutre : il peut arrirer, comme dans les multiplications de fractions, ou d^entiers par des Actions, que le produit soit moins grûid qu*nn des facteurs. Z.
PROFANE, PROiÂiTAnoiT (de pro, devant, et féntifn, temple). Gbex les païens, on appelait profanes ceux qui se tenaient devant le temple et en dehors, et qui n*avaient pas le droit d*y entrer, droit que conférait rinitiation. G*est dans ce sens et par allusion aux cérémonies mystiques que Horace a dit {Od., m, 1) : Odi profanum vulgus et arceo; et Virgile (JBn,, VI, S58) : Proeul eêie, profttnil Loin d*lei, profanes! Cette exclusion des profanes les a feit considérer des impies, et l^f^^ise chrétienne emploie souvent ce mot dans cette signification. Une irrévérence dans les temples ou contre les objets du culte, un abus des choses de la religion , est une protenatiott qui souvent a donné Ueu à des purifications. Par extension et métaphoriquement, faire un mauvais «sage de ce qui est rare et précieux, c^estaussi le profaner. F. Bratora.
PBOFÈS, PnorBSSB, Paorissioii. Se dit de celui on de celle qui s*iengage par des vœux dans un ordre religieux quelconque, après Texpiratlon du temps du noviciat : on dit ainsi religieux profèê, religieuse proféêee. Ce mot est aussi substantif, nn Jeune pro fie, une Jeune professe: il a dans son acception comme dans sa construction littérale, et dans son origine, beaucoup d^nalogie avec le mot profession ; tous deux dérivent en effet de profUeri (avouer), et ce dernier dans son sens le plus général, désigne aussi une déclaration publique, sinon de quelque engagement par lequel on se lie, au moins des principes qu*on professe, des sentiments dont on est pénétré ; les sentiments dont cet homme fait profession; Gaton faisait profsssièn de principes fort sévères ; c'est une marque de peu de sens et de peu de Jugement que de faire pro-
fession d^thélsme; on a ex^ de ce député pour rélhre une prifession de ses principes politiques. La locution, faire pro^seion d*une chose, veut dire 7 mettre de la prétention, t'en piquer particulièrement : faire profession de bel esprit, de haïr, de mépriser le genre humain, etc. Une profession de f6i; en style litui^pique, est b déclaration publique de ce que lV>n croit; quand eHe est couchée par écrit, on rappelle symbole ou confession de foi. Quand on baptise les enfants, les parrains et marraines font profession de foi au nom du bapUsé; on Texige aussi des hérétiques qui veulent se réconcilier à l*ÉgIlse. La plus ancienne profession de fDiqu\>n connaisse est le symbole des apôtres. Les ariena eurent i^usieurs professions de fbi auxqudles ils ne surent pas se fixer. L'Église catholique, plus constante, conserve encore aujourd'hui le symbole de Nicée, qui n'est que le dévdoppement de celui des apôtres. Profession se dit aussi de tous les différents états ou emplois de la vie : embrasser la profession d'avocat, de médecin, des armes, etc. On nomme Joueur, ivrogne, liberHn de profession, celui qui s'adonne au Jeu, à llvrognerie, au libertinage. Un dévot de profèsion est celui qui affecte de passer pour dévot; un athée de profession celui qui se dit athée, qui afBche l'athéisme. Dicr. Goirv.
PROFESSEUR, celui qui fait profession d'enseigner une science ou un art. Ce titre ne s'accordait autrefois qu'à ceux qui donnaient Feurs leçons dans certains établissements publics; aujourd'hui, il est attribué même à ceux qui vont débiter en ville, à tant le cachet, leur science nomade. Ainsi, un maître dé danse prend et reçoit dans le monde le titre de profésseor, aussi bieft que tel éloquent hlstor^n, philoaophe ou rhéteur de la Sorbonne et du collège de France. Les choses allaient bien autrement sons rancien régime : nous voyons dans Molière un musicien, un danseur, et même un philosophe, mis en scène sous le simple titre de matiro, tandis qu'au commencement du xix* siècle,c'6tait comme professeur de déclamation que Gadet-Roussel-Brunet donnait au théâtre Montansier des leçons si bouffonnes de Tari tragique. Quel professeur en robe et en bonnet carré eat Jamais plus de succès qu'Agamemnon en manteau écariate et en chapeau à trois cornes ? Bans l'ancienne université, le titre de professeur ne s'aecordait oflldellement qu'aux maîtres qui occupaient des chaires en théologie, en droit et au collège de France. Les professeurs en droit Joignaient à cette qualité celle d^assesseurs^ et les professeurs royaux celle de lecienrs. Dans
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la faculté de médecine, il nV avait (jue des docieura régents. Quant aux professeurs de collège, ils 8*appelaient purement et simplement régenU, et ce n*était que lors de Véméritai, au lK>ut de 90 ans de service, qu'ils s'intitulaient officiellement professeurs émérftes : du reste, dans le monde et dans les livres on les appelait presque toujours professeurs, et cette courtoisie n'était que Justice. Aujourd'hui, l'éméritat ne s'achète que par 50 ans de service, et c'est beaucoup trop : car rien n'use tant un homme au physique comme au moral que le métier fatigant de professeur de colléepe. A une foule d'établissements publics, depuis l'école polytechnique jusqu'au Conservatoire, sont attachés une foule d'instituteurs sous le nom non contesté de professeurs, mais, pour ne parler que du corps universitaire, il s'y trouve des professeurs de plusieurs degrés, et sous diverses dénominations. Dans les collèges royaux, il y a trois degrés de professeurs titulaires : 1« degré, professeur de rhétorique et de philosophie ; 2« degré, professeurs de mathématiques spéciales, de physique, d'histoire, de seconde, de troisième (humanités) ; 3« degré, professeurs de grammaire, depuis la quatrième Jusqu'à la septième inclusivement. A chaque degré du professorat sont attachés des agrégés professeurs; enfin, au-dessous sont les maîtres élémentaires , qui n'ont que le rang de maîtres d'études, et qui sont chargés des classes de huitième. Dans les collèges communaux, et même danli les collèges royaux de départements, les professeurs qui ne sont pas agrégés ont le titre de régents. Au-dessus des professeurs des collèges royaux , sont les pAfesseurs de facultés : ces professeurs, dans les écoles de droit et de médecine, sont nommés au concours ; dans les facultés de théologie, des sciences et des lettres, ils sont choisis par le ministre sur une double liste d'élection, émanées l'une des professeurs de la faculté, Pautre du conseil académique. Pour devenir professeur de faculté, il faut être docteur. Dans les facultés, il y a des professeurs adjoints, superfétation souvent abusive; enfin, II y a des suppléants. Le sort de ces derniers est fixé par des règlements dans les facultés de droit et de médecine ; mais il n'en est pas de même dans les facultés des sciences, et surtout des lettres; et tel professeur, après avoir suppléé pendant dix années un titulaire sinécuriste, n'en a pas même recueilli un remerclment. Les professeurs de faculté portent la robe et la toque de soie, aurore, violette, cramoisie ou pourpre, mais seulement dans les solennités universitaires. Les professeurs de collège n'ont que la
robe de Voile et la toque noire; et le règlement, qui n'est pas toujours observé, exige qu'ils la • portent en classe. On tient beaucoup moins à la robe qu'autrefois, et c'est en simple frac que les Rollln modernes peuvent se faire écouter. On ne peut être professeur titulaire dans un collège sans avoir passé par l'agrégation; et les épreuves pour être reçu agrégé sont très-rigoureuses. Que de choses à dire sur les devoirs du professeur! mais je renvoie le lecteur à Quintilien et à Roilin , qui ont si éloquemment épuisé la matière. Au temps du bon Rollin, et même jusqu'en 1789, les professeurs de collège n'étaient pas hommes du monde; et Voltaire avait fait du père Forée (fCtr.), son mattre, l'éloge le plus éclatant en disant qu'il était du petit nombre des professeurs qui avaient eu de la célébrité parmi les gens du monde... Dans ce temps-là, l'ignorance et la mauvaise foi accusaient les professeurs même de Paris de n'enseigner que du latin; mais on n'avait pas tort de reprocher aux professeurs de philosophie de rester en arrière des nouvelles connaissances; et rien n'a plus favorisé la propagation des idées de l'école antireligieuse. Aujourd'hui les choses vont autrement : on se pousse dans le monde par le collège, à peu près comme dans l'ancien temps certaines coquettes allaient passer quelques mois au couvent pour reparaître avec plus d'éclat dans les cercles. Il est même bon nombre d'hommes politiques qui ont commencé par occuper une modeste chaire d'humanités. Ces fortunes, du moins, sont le prix d'un talent incontestable, aidé de cc^tte grande hal)ileté de conduite , qu'on appelle le savoir-faire, et qui domine la fortune. Les professeurs de sciences ont les premiers mis en vogue le professorat dans le monde : nos pères et même nos aïeules avaient fait foule aux leçons du chimiste Rouelle et du bon abbé Nollet, physicien , avant que les professeurs de l'Athénée eussent exploité si heureusement cette nouvelle branche de célébrité. Sans son cours appelé Lycée^ qui se souviendrait de Laharpe? Sous l'empire, un despotisme ombrageux permit au moins cette gloire aux littérateurs. Les cours brillants de Fourcroy, de Cuvier, de Thénard, de Delille, de Lemaire, de Laromiguière, d'Andrieux, de Lacretelle, ont illustré le berceau de l'université impériale. Heureux toutefois quelques-uns de ces professeurs, poètes ou historiens, s'ils n'eussent pas terni la pureté de l'enseignement par d'abjectes flatteries envers le pouvoir ! Hais tous n'avaient pas l'indépendance d'un Andrieux ou la judicieuse réserve d'un Lamoriguière. Plusieurs de ces cours se conti-
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nuèrent avec éclat sous la restauration, et une certaine nuance d*opposition donnait un prix inestimable aux leçons , d^ailleurs si belles, de MM. Giiizot, Cousin et Villemain. Aujourd*hui, ces illustres professeurs ont des émules, ou des suppléants, qui ne sont pas indignes de leurs devanciers; et renseignement public en France n*a pas cessé d*étre européen. — Après avoir cité tant de noms glorieux, fout-il parler de ces professeurs qui se mêlent d*enseigner ce qu*ils ne savent pas, ce quMIs ne sauront jamais, et qui pourtant ont quelquefois des auditeurs et des prôneurs : tant il est vrai que le public qui écoute n*est^pas une race moins moutonnière que le public qui lit. — Souvent on emploie proverbialement et en mauvaise part le mot processeur pour indiquer un auteur qui fait profession d*une doctrine : ainsi Ton dit professeur d*alhéisme, d*incrédulité, etc. Les jeunes esclaves des riches citoyens avaient au temps de la corruption romaine de véritables professeurs d*impudicité : ces instituteurs étaient eux-mêmes des esclaves vieillis dans la pratique du vice^— Dernière acception : pour désigner un homme très-profond dans un art, en musique par exemple, on dit, par opposition à un amateur qui n*a que des connaissances superficielles : « C'est un professeur. » Ch. du Rozoir.
PROFESSO (xx). f^ox» Ex pbofesso.
PROFIL. {jérchitecture,)Cesi un dessin offk'ant la coupe ou section verticale d'un bâtiment qui en laisse voiries dedans, la hauteur, la largeur, la profondeur, Tépaisseur des murailles, etc. — Profil se dit aussi du contour d*un membre d*ar« chitecture, base, corniche ou chapiteau. — Le goût, en architecture, se manifeste surtout dans les profils^ dont les proportions et les rapports doivent être calculés pour produire un bon e£Fet. Ces proportions sont, ou générales, pour Tédifice entier, ou particulières, pour chaque partie ou chaque membre d'architecture. C'est par les profils que se distinguent d'une manière notable les caractères d'architecture des diverses nations. Il y a de grandes dissemblances sous ce rapport entre les architectures égyptienne, indienne, i^ecque, romaine, du moyen âge et de la renaissance. Chacune a, sans doute, un mérite qui consiste dans des qualités spéciales qui lui sont propres; mais, malgré les efforts qui se renouvellent à diverses époques pour modifier ou altérer les opinions généralement adoptées sur le beau, l'architecture grecque est celle dont les profils ont le goût le plus pur et le plus conforme aux règles de convenance et d'utilité puisées dans la nature même. — Profil s'emploie aussi
pour les dessins de travaux de fortifications et de terrassement qui nécessitent des coupes de terrains dont il faut signaler les divers mctuvements, les hauteurs relatives , etc. — En peinture, profil signifie le contour des objets. On s'en sert presque exclusivement en parlant d'une tête qu'on voit de côté : profil du visage, tète vue de profil, comme sur les monnaies et les médailles. — On appelle profil perdu celui qui est légèrement tourné de manière qu'on voit un peu moins du visage et un peu plus du derrière de tête. — C'est par le profil que l'art du dessin à commencé; l'histoire de Dibutade, vraie on fausse, en est la preuve, en ce qu'elle contient l'expression d'un fait généralement reconnu. En effet, il est plus facile de tracer un portrait de profil qu'un portrait de face, et il est naturel que les premiers essais aient porté sur ce qui offrait le plus de facilité. Il faut observer en outre que le caractère distinctif du visage se fait mieux sentir par le profil que par la face, et que c'est ainsi que nous est parvenue, sur les médailles antiques, l'effigie des grands hommes dont on a voulu léguer les traits à la postérité. De même que les profils servent à établir des différences dans le style d'architecture de peuple à peuple, de même les profils du visage servent, du moins en partie, à différencier et à classer les races humaines, et il est à remarquer encore que le profil grec, qui rentre dans la race caucasienne, est celui qui offre le plus beau type. Ch. Fabct.
PROFIT. C'est la part que chaque producteur retire de la valeur d'un produit créé en échange du service qui a contribué à la création de ce produit. — Le possesseur des facultés industrieiles retire les produits industriels, le possesseur du capital les profits capitaux, le possesseur du fonds de terre les profits territoriaus. Chaque producteur rembourse à ceux qui l'ont précédé, en même temps que leurs avances, les profits auxquels ils peuvent prétendre. Le dernier producteur est à son tour remboursé de ses avances et payé de ses profils par le consommateur. ^ La totalité des profits que fait un producteur dans le cours d'une année compose son revenu annuel, et Ja totalité des profils faits dans une nation le revenu national. — Quand le producteur (industrieux, capitaliste ou propriétaire foncier) vend le service productif de son fonds, il fait une espèce de marché à forfait dans lequel il abandonne à un entrepreneur le profit' qui peut résulter de la chose produite, moyennant : un salaire, si son fonds est une fticuité industrielle; un intérêt, si son tonds est un capital;
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un fermage, ti son fonds est une terré. La totalité de ces profits à forfait se nomme aussi revenu, J. B. Sat.
PRoriT est en général synonyme de gain^ bénéfice^ émolument, avantage, utilité. Les profité des domestiques sont les petites gratifications qu^ils reçoivent, les petits avantages quUls se procurent. — En jurisprudence féodale, \t&profit8 de fieft étaient les droits de quint, requint, reliefs, lods, ventes, qui revenaient au seigneur à raison des mutations de vassaux ou de censitaires. — Profit se dit, au sens moral, du progrès qu*on fait dans les études, de Tinstruction qu*on acquiert par des lectures, du fruit qu*on en retire, etc. X.
PROFUSION, excès de libéraUtés de nos dépenses. Foy, PlOBIGALIta.
PROGNÉ, sœur de Philomèle, toutes deux filles de Pandion II, huitième roi d* Athènes.
y(^, PlILOHÈLI.
PROGNOSTIC, Jugement, conjecture sur ce « qui doit arriver. Kqt. Pronostic. •
PROGRAMME ( npàypti/i/ict , placard , mot que les Grecs ont formé de ypàff», j*écris), sorte d*annonce détaillée, et, d'ordinaire apologétique, dont la publication a pour but de foire valoir à Tavance toute entreprise qui, pour réussira besoin de la faveur du grand nombre. Dans les établissements supérieurs d'instruction, chaque professeur publie ordinairement le programme du cours qui lui est confié, c*est-àrdire qu'il indique le sujet de ses leçons , et Tordre suivant lequel il en traitera les diverses parties. Lés programmes des cours et des solennités universitaires étaient autrefois accompagnés, et le sont encore en divers pays, de savantes dissertations ou expositions (inest disaertatio, etc.) qui se faisaient rechercher des érudits. Dans d'autres circonstances, les programmes sont de simples annonces ou tables des matières : on donne ainsi le programme d'un concert, d'une soirée littéraire, d'une représentation à bénéfice, et souvent, au début de l'année théâtrale, un directeur de spectacle met au jour le programme des travaux qui doivent la remplir.
Mais à cela ne se borne pas aujourd'hui la destination du programme , et l'esprit mercantile du siècle en a étendu l'usage à une foule d'entreprises industrielles et commerciales. Les spéculateurs en tous genres d'industrie y étalent leurs promesses à grand renfort d'hyperboles.; et à voir quelles déceptions suivent souvent ces fastueuses assurances , on peut s'écrier à bon droit : Menteur comme un programme i p. A. VUILLAl».
PROGRÈS. Tout progrès constitue un changement successif, soit en bien, soit en mal. Progresser, c'est se porter en avant dans telle ou telle direction. C'est ainsi qu'on fait des progrès dans les sciences, dans les arts, toutes les fois que l'on ajoute à la masse des connaissances humaines, à leur portée, par la découverte de faits qui sont de nature à améliorer la condition de l'homme. Le progrès dans les mœurs, c'est tout ce qui mène l'homme à la consécration, la plus exacte que possible, des lois de son organisation. Cette consécration , elle est dans l'harmonie universelle ; c'est le monde extérieur suffisant à tous les modes de l'activité humaine , de manière à présenter l'image du plus grand accord possible entre ce qui est en nous et ce qui est hors de nous. De cet état résulte le bien-être de l'humanité. — Or, l'humanité tend inoeêsamment (w^. PKaricriBiLiTa) vers le mieux, c'està-dire vers la plus grande masse de bien-être possible. Tout ce qiii ajoute au développement de son activité, selon les lois de cette tendance suprême, constitue un changement en bien, un progrés. Considéré sous ce point de vue , le progrès donc est un avancement vers le mieux. En ce sens, l'on peut dire que l'homme se complète par le progrès. Cela reconnu, il faut d'autre part teuir pour constant ce point à peu près incontesté, c*est qu'il n'est pas donné à l'homme , par suite de l'action à laquelle il est soumis, de se compléter, par le progrès, d'une manière définitive, et de constituer un terme de perfectionnement immuable. La raison de cela est dans ce qu'a d'indéfini cette action continue du monde extérieur sur l'homme , action sans cesse réflédiie, et dont à divers titres les effets échappent k tous les calculs. C'est ce qui explique comment la somme de bien-être à laquelle l'homme est réservé est susceptible d'augmenter indéfiniment, et d'une manière de plus en plus relative. S'il est vrai , ainsi que tout concourt à le prouver, que le progrès se manifeste par une tendance yers le mieux incessamment favorisée, il résulte de cette observation que le passé doit présenter, sous forme d'enchaînement, l'image d'un perfectionnement en quelque sorte successif. Cela ne veut pas dire que le degré d'amélioration sociale auquel est parvenue de nos jours la condition humaine doive constituer un état de perfectionnement sans exemple; on comprend en effet , que l'état présent pourrait offrir les caractères de la civilisation des xi» et xii« siècles, par conséquent constituer un mode de perfectionnement moins avancé que celui auquel parvinrent, dans leur temps, l'Inde et la civili-
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fatiOB gNOD-romalDe, mm qu*!! en résultât que le progrès n^existe pas an sein de l*bamanité. Mais , eu revanche , établir, par une exacte appréciation des temps présents, que le degré de civilisation auquel certains peuples sont arrivés de nos Jours constitue un état meilleur, un fait dont le passé n*oifre pas d'exemple ; prouver que la condition humaine s*est véritablement améliorée, ce sera déinontrer que, loin qu'elle s'agite dans un même cercle, loin qu'elle subisse sans avancer d'un pas et à titre de vicissitudes de nombreuses transformations, l'humanité est douée de Téminente ficulté de marcher vers le mieux et de se porter en avant : c'est là qu'on est conduit lorsqu'on examine la constitution de notre société moderne. -- Sans parler des immenses développements que la science et l'art ont acquis de nos Jours, et qui ont conduit rhomme de la découverte de la boussole à la connaissance exacte des lois de l'univers ; sans nous appesantir sur le fiit générateur qui mit dans nos mains l'imprimerie, création puissante qui rend impérissable l'action de la pensée, qui j^oute à sa portée, à son activité, et qui fait que roMivre du passé se tient debout, dans toute la forée traditionnelle de sou enseignement, nous constaterons , ce qui est autrement important, les changements admirables que les siècles ont opéré dans la conscience de l'homme, dans la manière dont il sent son individualité. — H est un fiit immense et désastreux dont la société antique fut affligée, fait qui ternit Péclat de la civilisation grecque et romaine; car 11 eut les sympathies des hommes les plus phis éclairés, les plus distingués par leurs vertus , et qui , après s'être dressé par la conquête sur les flancs de la civilisation moderne, a fini par tomber sous les anathèmes de la conscience et des nobles inspirations. Ce foit , c'est Tesclavage. Quelque ori-» gine que l'on donne à cette grande impiété qui viole te loi naturelle, on ne peut nier que l'humanité n'ait fait un pas immense dans les voies de la vérité le Jour où la thèse de l'égalité entre les hommes a été proclamée et véritablement comprise. Thèse sublime , née du sentiment de la dignité humaine, qu'elle développe incessamment, et qui, faisant du droit de chacun à la plus grande somme possible de bien-être la base de Tordre social , a placé l'association sous rinflnence d'une loi de vie et d'avenir. Ce n'est plus en effet une portion d'élite qui semble investie du privilège d'améliorer sa condition : le bien-être, les Jouissances sociales, sont aujourd'hui regardés comme le lot commun des membres de l'association, et chacun est des-
tiné ft prendre u part de ces avantage*^ dreonstance qui seule peut i^outer aux conquêtes do b civilisation, et qui tourne ainsi au profit de tout le monde. Cest là un changement notable, qui élève l'homme à ses propres yeux, et qui, développant en lui le sentiment du vrai, ajoute à la puissance de son entendement. -- Le diicrédit profond dans lequel l'esclavage est tombé devait aboutir an mépris du fait qu'on est ooovenu d'appeler le droit Au plus fort. C'est ce qui est arrivé. Ainsi, la guerre est aujourd'hui privée de toute sympathie, et avec elle s'en vont successivement, et la nationalité étroite et ftotagonismeau sein d'une même société; l'antagonisme qui conduit à la suprématie du plus éclairé, du plus riche, du plus habile, c'est-à-dire à la consécration du droit du plus fort; état de hitte qui constitue la guerre au petit pied. Or, comment concilier le principe de Tégalité avec un semblable état de choses? Rien ne prouve an surplus combien la cause de Tantagonitme a perdu de son importance comme de voir à quel état de discrédit est tombé son moyen d'action le plus manifeste : le droit de libre concnrrenee. — Et cependant, cfest sur le principe du droit du plus fort que les sociétés anciennes ont véea : ce fait a dû toutefois paralyser leur e«or, car fl était la négation de l'homme et de ses hautes destinées. — Le Jour où l'homme est parti de l'égalité, 11 a marché dans les voies du bien, car ce Jour-là seulement il a eu conscience de aet devoirs et de ses droits. Cest ce Jour qui éclaire pour b première fois le monde, et qui s'est enfin levé sur l'époque actuelle. — Ainsi, ce qui distingue la société moderne, ce qui la détache en quelque sorte des temps anciens, c'est quo l'empire de \a force est moralement mort ; et cette circonstance prouverait seule que la science humaine a marché. Formulé d'abord humblement et à l'occasion de Tesdavage, ce n'est que d'aujourd'hui que le principe saint de l'égalité est compris et accepté. Tel est Touvrage de dixhuit siècles, car il faut des siècles pour mettre une grande vérité dans tout son Jour et la placer à la portée de rentendement humain. F. Coq.
PROGIESSION {Mathématiquêê). CM une suite de quantités , ordinairement des nombres, qui observent entre eux une même loi, teUe qve chaque terme est formé de la même manière par celui qui le précède. Le mode de formation détermine le genre de la progression. Kous ne nous attacherons en cet article qu'aux progressions numériques du genre élémentaire.
SI, dans une suite de nombres, chaque terme dllfère autantde celui qui le précède que de celui
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qtiilefiiityOïi ditquelaprogrettfonesttfK/Améiique ou par différence, La suite naturéHe desnombres : 0, 1, 9, 8, 4, S, etc.; ceUe des nombres impairs: 1,5,5,7,9, etc.;cenedes nombres pairs : 9, 4, 6, 8 10, etc., sont les exemples les plus simples de ce genre de progression. Pour exprimer qu*nne suite de nombres est en progression arithmétique, on l*écrit ainsi : 4- 8. 6. 9. 13. 15..., c*est*à-dire4u*on y applique, d'une manière continue, le signe de la proportion arithmétique. La di£Férence commune, on le rapport commun, s'appelle fxtieon de la progression; dans Texemple ci-;dessus b raison est 8.
Si, dans une suite de nombres, chaque terme contient celui qui le précède autant de fois qu'il est contenu dans celui qui le suit, on dit que la progression est géométrique ou par quoiient. En y appliquant le signe de la proportion géométrique continue, une progression de ce genre sera représentée comme il suit : -rr 8 : 6 : 19 : 94 : 48 : ...; Où c'est le rapport commun 9 qui est la raison.
Arithmétique ou géométrique, la progression est dite croissanle lorsqu'à partir de son premier terme, les nombres successif^ Tont en augmentant; elle est dite décroiêêante , lorsqu'ils Yont en diminuant, comme serait la progression: 4f 48 : 94 : 19 : 6 : ... Il nV a point de bornes à une suite croissante : nÀcessairement elle se poursuit indéfiniment; au contraire, elle doit s'arrêter si elle est décroissante, à moins qu'on ne la prolonge en termes négatift on fractionnaires.
De la constitution même des progressions, Il résulte qu'une progression est entièrement déterminée, aussi loin qu'elle peut aller, lorsque l'on connaît son premier terme et sa raison; car il suffit d'ajouter la raison au premier terme, puis à celui qu'on a obtenu, et ainsi de suite, on de multiplier successivement le premier terme par la 1'», la 9», la 9* puissance, etc., de la raison, pour obtenir autant de termes que l'on veut de l'une ou de l'autre espèce de progression. De là suivent ces deux règles connues : 1« Dam une progression arithmétique, un terme quelconque est égal au premier terme, plus fa raison ajoutée à eUe-même autant de fois qu'il y a de termes ««an/ lui; 9o Dans une progression géométrique, un terme quelconque est égal au premier terme multiplié par la raison élevée à une puissance marquée par le nombre des termes qui le précèdent. Au moyen de ces deux principes, on peut arriver facilement à la solution de diverses questions usitées dans le calcul des progressions.
L^influenca des progressioiis m révèle f^ qoemment dans les résultats mathématiques. Kous avons expliqué ailleurs comment les logarithmes leur doivmt leur origine. Le système de la numération n'est autre chose qne la combinaison de deux progressions, l'une arithmétique^ dont le nombre des termes est Ihnité, et qui se rapporte aux chiffres ou caractères emf^oyés pour représenter les nombres simples; l'autre géométrique, qui est indéfinie, et dont la raison est précisément le nombre de ces caractères. Généralement, les rapports de progressions entrent pour beaucoup dans la constitution des nombres et y déterminent certafaies propriétés particulières; c'est principalement par l'intervention des progressions que les géomètres célèbres qui les premiers ont cultivé cette branche délicate des mathématiques, sont arrivés à des résultats très-remarquables dont Panalyse algébrique n'est pas toujours parvenue à rendre compte. L'influence des progressions s'étend Jusque dans les phénomènes physiques; Galilée a le premier démontré que l'accélération des corps graves erolt dans la progression de la suite naturelle des nombres impairs. J. But.
PROHIBITION, St^tèib phoiibitii . La prohibition (de prohibere, empêcher ) est la défense de faire entrer, pour quelque cause et à quelque condition que ce soit, une marchandise étrangère dans le royaume. Prohiber une marchandise, c'est, pour ainsi dire, avouer implicitement que llndustrie nationale est incapable de la produire aux mêmes conditions que l'étranger, et quil a fallu par conséquent fermer la frontière pour réserver exclusiveinent le marché national aux producteurs privilégiés de la denrée prohibée. Un pareil état de choses est nuisible aux consommateurs, sans amener aucun avantage notable , soit pour le producteur , soit pour le pays. Les premiers en effet payent toujours plus cher les objets dont l'importation est prohibée; encore, la plupart du temps, cenx-d sont-Us d'une détestable infériorité : aussi a-t-on fini par reconnaître que le plus sûr moyen de développer une industrie est de la forcer à lutter avec ses rivales et à ne Jamais compter que sur elle-même. Cest ce que, de nos Jours, notamment, on a vu en France pour Tlndustrie des châles, en Angleterre pour celle des soieries. Cependant on n'apprendra pas sans étonnement que le tarif fï;ançais contient encore 70 prohibitions, tant à rentrée qu'à la sortie. Un grand nombre de produits étrangers sont en outre grevés à rentrée de droits telleraent élevés qu'ils équivalent presque à une prohibition et que, par leur élévation
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même, ils nuisent d*une manière notable à Taccroissement des échanges et au développement des relations internationales. C*est une riche prime offerte à la contrebande. Au reste, nous sommes loin de confondre ayec le système prohibitif, certainement suranné, le système protecteur, qui, sagement combiné, peut être encore une nécessité et sert de transition à une liberté commerciale plus complète.
Toute cette matière étant sufilsamment traitée au mot Douanes, nous y renvoyons le lecteur, ainsi qu*à Impoetatiors, Expoetatiors, Huskissoif, CoifTiiiKNTAL («^s/éifte), ctc. LA NOUIAIS.
PROJECTILE. {Mécanique.) ^om que Ton donne à un corps pesant, lancé dans une direction par un mouvement ou une impression quelconques, et abandonné à lui-même dans cette direction. On comprend dès lors que tous les corps mobiles peuvent devenir des projectiles à Toccasion. Les plus communément employés sont les pierres, les flèches, les boulets, etc.
PROJECTILES. (Artillerie.) On entend parce mot les boulets, bombes, obus, greiuates, balles (vox* ces mots). La théorie du mouvement de ces projectiles est Tobjet de la balistique; nous nous occuperons uniquement ici de la manière de les disposer au moment d*en faire usage. — B^abord, on les passe aux lunettes de réception. Ce sont des pièces rondes en fer battu, avec une poignée, et d*un diamètre un peu plus grand ou un peu plus petit que les projectiles dont elles servent à vérifier les dimensions. Tous les projectiles sont présentés aux deux lunettes : ils doivent passer sans aucune difficulté et dans tous les sens dans la première, et, au contraire, ne passer en aucun sens dans la seconde. Les bombes ne peuvent, à cause de leurs anses, être présentées dans tous les sens. Cette eipérieiu^ a pour but de faire rebuter les boulets qui ont des cavités ou soufflures de plus de deux lignes de profondeur; ceux qui ont des bavures et inégalités ; ceux qui ne passent pas en tous sens dans la grande lunette et qui passent dans la petile. On rebute les bombes, les obus et les grenades qui ont des soufflures ou des cavités masquées. C*est surtout vers Tceil qu*on trouve les soufflures; on doit les marteler tout autour et passer le doigt dans Tintérieur. Si Ton est obligé de se servir de bombes défectueuses, on garnit en cire ou en mastic les fentes et les trous afin de préserver la charge du feu de la fusée. Pour reconnaître au son si les projectiles creux ne sont pas fendus, on les frappe avec un marteau. Après cette vérification, on ensabote les boulets et les obus. Le sabot est une pièce cylindrique en bois
bien sec de tillettl, d*orme, de frêne ou d^aone. La surface de la base supérieure est creusée d'une quantité égale au quart du boulet; sa base inférieure est légèrement arrondie afin d'entrer plus focilementdans le boulet. A deux pouces de cette base, on pratique une rainure pour Tétranglement du sachet. — Ensaboter le boulet, c^est le fixer dans le sabot à Taide d*une croix de deux bandelettes de fer-blanc, ayant quatre lignes de largeur, et assez longues pour que leurs extrémités soient attachées par deux petits clous à la partie inférieure du sabot et au-dessous de la rainure : Tune d'elles est fendue en long vers le milieu pour y passer la seconde en croix. Les sabots des obusiers de six pouces sont hémisphériques, les autres sont cylindriques, comme ceux des boulets. — Le projectile une fois ensabote, on emplit le sachet de poudre, que Ton tasse convenablement en frappant latéralement dessus avec la main. Ensuite, on pose d'aplomb le boulet ensabote, le plat du sabot sur la poudre. On lie fortement par un nœud d'artificier croisé, le sachet dans la rainure du sabot; on rabat ensuite la serge sur la charge, et on fait une nouvelle ligature au-dessous du sabot. Cette seconde ligature sert à empêcher, non-seulement le sachet d» quitter le sabot, mais encore la pqudre de se loger entre le sachet et le sabot, et d'y fermer un bourrelet capable d'empêcher la charge d'entrer dans la bouche à feu. Chaque cartouche finie doit être présentée à là grande lunette de son calibre et y passer avec facilité. — Les bottes à balles, improprement appelées boites à «utraille, se composent d'un cylindre en fer-blanc, d'un culot en ter battu et d'un couvercle en tôle. Le haut du cylindre se découpe en franges rabattues sur le couvercle; le bas du cylindre est fixé par six clous sur le sabot en bois. Le couvercle porte un anneau en fil de fèr. On calibre les boites en les passant à la grande lunette. . Elles sont chargées avec des balles en fer battu. La boite remplie, on couvre la couche supérieure de sciure; on la tasse en la couvrant du couvercle et d'un culot, et, en frappant du maillet, on enlève le culot et on rabat les franges avec le marteau. La ligature du sachet se fait sur la rainure du sabot comme celle du sachet à boulet. En sortant de la bouche à feu au moment de l'explosion, la boite éclate et laisse passage aux projecliles qu'elle contient, et qui, en s'écartant, atteignent à une petite portée un front assez étendu. — Le bisanjœn est un nom que l'on donne improprement au projectile contenu dans la boite à balles. — Enfin, les pierres, comme r nous l'avons dit aux mots Fouqassi et Pjireiu,
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sont souvent employées comme projectiles par Fartillerie. Maitial Mkrlin.
PROJECTION. (Géomé/rté descriptive.) Cest la représentation sur un plan d*une figure située hors de ce plan, par la trace quV déterminerait les intersections des droites que Ton peut mener de tous les points de la figure sur le plan. Si toutes les droites sont perpendiculaires à ce plan, la projection est dite orthogonale ou à angle droit; elle est centrale ou conique si ces lignes concourent au contraire vers un seul et même point. Les projections centrales sont le fondement de la perspective; les projections orthogonales servent particulièrement dans les éléments de géométrie descriptive, dans la théorie des ombres, la coupe des pierres, la charpente, etc.; éléments dont Tillustre Monge a posé les jprincipes. La projection de la sphère est la représentation sur un plan de la surface d*un globe, comme la terre ou la voûte céleste, et des divers cercles qu*on peut y supposer tracés. Alors la projection orthographique est celle qui est faite sur un plan passant par le centre de la sphère, Tceil étant supposé à une distance infinie; la projection atéréographique est faite sur un grand cercle de la sphère, Tceil étant supposé au pôle de ce cercle; dans la projection gnomontque on suppose Toeil au cehtre de la sphère. Le plan de projection est ordinairement celui du méridien, et alors les pôles de la terre sont deux points du cercle principal de projection. Lorsqu*on prend au contraire le plan de Téquateur, le pôle est au milieu de la carte, et c*est ce qu*on appelle une mappemonde polaire. On a imaginé ensuite des cartes qui supposent Téquateur déroulé en ligne droite et tous les méridiens perpendiculaires à ce plan coupé par les parallèles : Mercator a apporté une certa'ine amélioration à ce système en essayant de donner une grandeur variable et propoKionnelle aux différents degrés terrestres. Cette projection artificielle, où la surface de la sphère est représentée telle que la verrait un œil qui parcourrait successivement chacune de ses parties, a reçu le nom de son inventeur. . L. Locvir.
PROLÉGOMÈNES {itpoXtyé/uva, de icpb, avant, et ><y«, je dis ), explications préliminaires qui fixent le sens de termes spéciaux, et renferment les notions les plus nécessaires à Tintelligence de ce qui suit; c*est une espèce dMntroducUon plus ou moins étendue, mise en tête d'un ouvrage, et plus particulièrement d*un traité didactique. J. TRAvns.
PROLEPSE, figure de rhétorique par laquelle on prévient une objection pour la réfuter dV
vance, ainsi que Tindique son nom qui vient du mot grec protep^/s (anticipation). Au moyen de cette figure, on affaiblit, en les éludant, les raisons de son adversaire ; on lui fait tomber pour ainsi dire les armes des mains avant qu*il ait pu s*en servir, et Ton se ménage une transition facile pour les nouvelles attaques qu*on va diriger contre lui. Quintilien signale la prolepae comme susceptible de produire un très-bon effet dans les plaidoyers, particulièrement dans Texorde, quand Torateur juge cette espèce de précaution utile à sa cause. C*est ainsi que Cicéron, plaidant pour Ccecilius, pré?ient dès Tabord rétonnement où Ton pouvait être en le voyant accusateur, lui qui nes*était occupé jusque-là que de défendre les accusés. On sent facilement quel peut être Tavantage delaprolepse; un coup prévu ne ferait plus la même impression. « On pouvait, dit Tabbé Girard, reprocher à Boileau son goût pour la satire et la manière dont û traitait Cliapelain. Aussi le poète prévient-il cette objection, et, sous prétexte de se justifier, il achève d*accablerle malheureux auteur du poème de la Puoelle. » Voyez la fameuse tirade de la satire 9«, commençant par ces deux vers :
n a tort, dir»4<oo; pouqnoi fmit4lqa'n mibbm? AtUqncr Glup«laia! «h ! c'est an A bon hoBin*!
— Quelques rhéteurs donnent encore à la prolepae le nom de antéoccupation, Champâon ac. PROLÉTAIRE. Les Romains appelaient pn>létairea les citoyens qui, possédant moins de 11,000 as, composaient la dernière des six classes dans lesquelles Servius Tullius distribua selon les fortunes la population romaine : dispensée de tout impôt et même du service militaire, qui se fit longtemps à Rome aux frais particuliers de chacun , la république , grande consommatrice d*hommes, ne leur demandait que de la race, prolem, et de là leur nom de proletarii (prolétaires). Les prolétaires formaient donc à Rome la dernière et la plus nombreuse classe de citoyens mais bien au-dessous d'eux, et dans une position dont rhumiliation ne trouve heureusement plus d'analogue dans notre société moderne, se tourmentait l'innombrable et vile multitude des esclaves, qui ne jouissaient d'aucun droit civil, qui ne comptaient ni parmi les citoyens ni parmi les libres ou ingénus, et que, malgré leur titre d'homme (homo), titre fort peu respecté des premiers Romains, on rangeait dans la classe des propriétés. Plus tard, quand les liens de fer de l'antique constitution romaine cédèrent peu à peu jus-
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quî'k 66 rompre entièremeot sous le poids croissant des peuples et des pays acquis { quand le droit des gens, faisant irruption dans le vieux droit civil, engendra le droit honoraire du préteur; plus tard encore, quand la puissante parole du christianisme sanctifia, par le dogme de rincarnation, le titre d^hatnme^ que la philosophie païenne avait enfin commencé à mettre en honneur, Homo $um nihU huputnià me alie' num puio , les fers de Tesclave ton^bèrent, sa position changea , le servage s'établit : il n^ eut plus d^esclaves (Mrrt), mais des colons (tnqiiiUni)^ attachés à la glèbe, faisant partie du liiMl dA tem aveo lequel on les vendiut, jouissant de droits plus étendus et mieux définis, passés, pour ainsi dire, de la condition de meubles à celle d*immeubles, et, chose étrange ! trouvant dans cette immobilisation de leur personne, qui semblait les identifier au sol, une garantie tutélaire contre les convulsions violentes qui déchirèrent Tempire romain à Tagonie. fin Occident, le servage, introduit par la conquête, par les lois romaines, par le christianisme, qui consacrait en lui un progrès réel vers la liberté, prit une constitution ferme et régulière dans i*élabli8sement féodal. Quelques siècles plus tard, quand le tumulte de peuples et les flots de conquérants qui précédèrent et rendirent même nécessaire la féodalité se furent calmés sous le réseau pesant de sa vigoureuse organisation, à Tabri du clocher et du doiyon, naquit un fait social à peu près inconnu de l'antiquité, rindustrie, que ne pouvait créer Tabrutissement de Tesclave ancien, qui voulait pour naître au moins la demi -liberté du serf. Mère des richesses et surtout des richesses mobilières, Findustrie mit aux mains du serf une puissance inconnue; les communes se rachetèrent, se formèrent, s*afFranchirent; les corporations d'arts et métiers, les jurandes et les maitrisses, parurent, et leurs modestes bannières furent autant de drapeaux qui, soutenus de Tinfluence royale, menèrent tout d|pucement les dernières classes du peuple du servage à la liberté. On sait enfin comment nos mœurs et nos lois révolutionnaires, préparées par les prédications de Luther au xvi« siècle et de Voltaire au xviu«, proclamèrent le droit de tout homme à rentière liberté, le droit de tout Français au titre de citoyen, l'égalité civile et politique, la destruction du régime féodal, etc., sauf le principe d'hérédité par droit de naissance, resté debout parmi tant de ruines pour lier l'avenir au passé, l'effacement complet de tout privilège de race. C'est de cejour que data véritablement le prolékuritU
moderne. Successeurs directs du serf, comme le serf lui-même l'était de l'esclave antique, les prolétaires forment parmi nous la classe la phis pauvre et de beaucoup la plus nombreuse; égaux en droit aux autres citoyens, libres comme eux, comme eux appelés, s'ils peuvent y parvenir, aux plus hauts emplois, aux fortunes les plus opulentes, les prolétaires que tant d'avantages relèvent au-dessus de la position avilie de leurs prédécesseurs esclaves ou serft, ont pourtant de moins qu'eux la certitude d'avoir toujours du pain. Deux choses font et caractérisent le prolétaire : 1« il n'a point par le fait seul de sa naissance la propriété d'un fonds de terre ou d'un capital dont le fermage ou le loyer assure son existence, indépendamment de tout travail ; il ne vit que de salaire; 9<» quels que soient si bonne volonté, sa moralité, son dévouement, il n'a point la garantie d'obtenir chaque jour par son travail un salaire qui suffise à ses besoins et à ceux de sa famille. — L'indépendance, inévitable condition de la liberté qu'il a conquise, a brisé tout lien personnel et durable entre lui et les classes riches. Le propriétaire foncier, le possesseur de capitaux, l'entrepreneur d'industrie, qui lui-même n'est ordinairement qu'un prolétaire moins misérable, emploient les bras ' du prolétaire en guise d'instrument ; quand ces bras leur sont nécessaires, c'est-à-dire quand ils leur rapportent plus qu'ils ne coûtent, ils les salarient, et ils les salarient le moins possible j dès qu'ils coûtent plus qu'ils ne rapportent, dès qu'une machine peut les remplacer avec économie, ils les congédient : ce que deviendront les malheureux ainsi brusquement licenciés, Fentrepreneur d'industrie ne s'en inquiète point, ce n'est point son affaire, et nous ajouterons, pour être vrai, que, s'il en faisait son affaire, il se ruinerait infeillibleihent lui-même sans apporter un remède efficace aux maux qu'il voudrait soulager. Telle était au contraire l'organisation de la société antique et de la société du moyen âge que l'esclave et le serf étaient individuellement et directement rattachés, bien qu'à titre de chose plutôt qu'à titre d'homme, à l'existence même de cette société; un lien particulier existait entre chaque esclave, chaque serf et chaque membre des classes privilégiées , lien durable , constant, garanti à la fois par la loi, par les mœurs et par l'intérêt réciproque. Le maître nourrissait et entretenait l'esclave, parce que l'esclave était sa chose, et que sa mort, ses infirmités, sa maladie, sa faiblesse, étaient pour le propriétaire une diminution de fortune. De même, une impérieuse néces-
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site obligeait le seigneur, le maître du serf, à le nourrir, à le défendre, à le protéger. Être puis* sant par les armes, s*eotourer constamment de moyens d^attaque et de défense toujours prêts, se procurer, à prix de sang et par la force dans un certain rayon, la paix, qui na pouvait alors s^acheter autrement, c^étaient les premiers besoins de la vie dans le monde féodal : de la nécessité d*une association étroite entre le plus . fier baron et le plus humble yassal; la terre appartenait au seigneur ^seul, et avec li^- terre le serf attaché à ses glèbes; mais sur cette terre, 8*il voulait la conserver, il lui fallait des gens de guerre, des laboureurs, quelques artisans; les revenus du sol 'devaient donc payer ces hommes, véritables compagnons de sa fortune, associés'par le même intérêt à la même CDuvre. Aussi le luxe des temps féodaux consistait plus dans le nombre dliommes que Ton nourrissait que dans Topulence et la magnifleeoce personnelle; le riche n*avait pas mille emplois à faire de ses trésors ; il ne pouvait guère 8*empêcher de les consacrer à Tentretien de ceux qui Tentouraieut. D'ailleurs, au moyen âge et dans Tantiquilé, les rangs sociaux étaient régulièrement alignés, les places assignées toujours, la carrière de Tambition déterminée pour chaque individu selon sa naissance : il était facile de se compter, aisé à chacun de faire son bilan de son présent et de son avenir, et de calculer par eonsé^ quent sa consommation sur ses ressources; mais aujourd'hui que la plupart des barrières sont abaissées, que le dogme de Tégalité souflBe dans tous les cœurs une ambition sans limite; aujourd'hui que les rangs sociaux sont assex mêlés et assex flottants pour que toutes les des^ tinées aient quelque chose d*aventureux ; ao^ jourd'hui que le même homme peut rapidement monter ou descendre tous les degrés de l'échelle, depuis la misère jusqu'à l'opulence, depuis la plus* humble jusqu'à la plus haute position, la patience,rhumilité,la résignation, qui firent les mœurs du moyen âge, deviennent des vertus à peu près impraticables, et sur les fendements desquelles la société ne saurait plus bâtir. Aussi, le prolétariat, tel que nous venons de le peindre, est-il évidemment un fSsût transitoire. Tant quela société portera dans ses flancs des millions d'hommes auxquels les mœurs et les institutions promettent une égalité de droits qu'elles ne donnent point, auxquels toute l'éducation inspire une ambition qui manque de carrière et d'essor, elle ne jouira point d'un repos plus assuré que ne Test elle-même l'existence de ces millions d^hommei : ce qu'il y a de précaire dans la vie
de chaque prolétaire individuellement se retrouvera dans la vie générale île la société même. Considéré comme terme de passage entre le serv vage et une nouvelle organisation des filasses laborieuses, le prolétariat est certainement un progrès; mais, considéré dans ses eflFets présents, c'est un danger grave, c'est une plaie saignante, dont il faut hâter la disparition. Si nous pouvions indiquer avec précision l*époque et le mode de cette cure importante, caractériser dans ses détails la grande évolution sociale qui en sera tout à la feis l'effet et la cause, et dont les phénomènes politiques, économiques et religieux dont nous sommes témoins depuis cinquante années annoncent l'approche, ce ne serait point dans un simple article que nous voudrions essayer d'accomplir cette tâche. Mais par cela même qu'il nous a été facile de dire en quoi consiste le prolétariat, il devient aisé d'indiquer d'une manière générale les institutions dont l'établissement ou le développement le f^ra disparaître. Si par cela seul qu'un honune vient au monde la société lui donnait, dans toute l'étendue que ces mots peuvent comporter, l'éducation et l'instruction, et plus tard, quand il serait vieux ou infirme, la retraite et l'hospice; si, en second lieu, le travail, qui ne manquera jamais aux bras de Phomme, était assex régulièrement organisé pour que chacun fût employé selon ses forces, et payé selon l'utilité de son œuvre, il n'y aurait plus de prolétaires ! — Hais la société n'est pas encore assez riche pour réaliser un si beau programme! — Non, sans doute, et voilà pourquoi le progrès le plus urgent, c'est d'augmenter la richesse générale par l'accroissement de la production, ce qui ramène en première ligne l'organisatidti du travail et la nécessité de fevoriser les efforts des travailleurs; voilà pourquoi les vrais amis du prolétaire lui défendront toute violence, toute révolte, et maintiendront avant tout l'ordre, la paix et la trapquillité publique.— Mais la réalisation d'une amélioration pareille serait une transformation sociale complète et par conséquent impossible! Ne voyez-vous donc point que ce programme, qui parait une pure théorie, une rêverie inventée à loisir, nous l'avons tracé l'œil fixé sur nos institutions actuelles, et, pour emprunter l'expression de Bacon : «Sous la dictée même du fait?» — Donner à tous, hommes et femmes, l'éducation et Tinstruction I et que signifient les salles d'asil^ les écoles primaires, les écoles secondaires, les écoles d'adultes, les écoles professionnelles qui se multiplient si rapidem^t? Assurer aux infirmes et aux vieillards le repos
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après le travail et la satisfaction des nécessités de la Tie ! Et que se proposent les hospices, les retenues pour retraite, les caisses d*épargne? Organiser le travail, associer les productions aux fruits de leur labeur en proportion de Tutilité de leur œuvre ! Et que font les banques qui sont nées d*hier, et qui déjà surgissent en feule sur tous les points de la France? Que produiront les chemins de fér, les routes, les ponts, les canaux, les chemins, qui vont sillonner le territoire? quels fhiits ne doit-on pas attendre d*une application plus large des principes de la société en commandite, si Ton parvient à régler leur développement sans gêner leur essor? Toutes ces institutions ne sont que des germes précieux dont nous ne pouvons encore ni calculer la fécondité ni mesurer les résultats. Une chose certaine, c^est que tous les mouvements de la société moderne, tous ses instincts, tous ses travaux, tous ses désirs, toutes ses recherches, vont à rétablir entre tons ses membres la solidarité brisée par le mouvement révolutionnaire. Un monde nouveau s*élabore et se constitue dans les flancs du monde vieilli : la démolition est à peine finie ; hier encore, nos mains tenaient la hache et le marteau ; c'est d'aujourd'hui que nous nous sommes mis à reconstruire : nous manions mal encore, et comme d'inhabiles architectes, mais nous aimons à manier le compas et l'équerre ; nous sommes fatigués du Aracas des édifices tombés, nous désirons le bruit régulier des monuments qui sortent avec har^ monie des mains actives d'ouvriers empressés. Avant la fin du siècle, la face matérielle de l'Europe aura complètement changé ; sa constitution intellectuelle et morale n'aura point subi de modifications moins profondes 3 sans bruit, sans secousse, des institutions nouvelles se seront assises sur des bases inébranlables d'ordre et d'union, œuvre immense , qui veut un long temps et surtout une longue paix, dont le programme cependant se résume en deux mots : Travail/ association t . Ch. Lemoriiisi. PROLOGUE. C'est la préface d'un drame mise en action ; il puisa son nom dans l'idiome de la Grèce, son berceau : c'est le substantif pn>/o^o« (avant-propos). H y avait un acteur spécial pour jouer ou réciter le prologue; il s'appelait de son rôle même prologue: ainsi, l'on disait: Le prologue a bien ou mal déclamé aujourd'hui. Le prologue parait remonter aux débuts de l'art dramatique. X cette époque, le pœte se méfiait sans doute dé la paresse et parfois de l'ignorance de ses additeors. Son avant-propos scénique était uneespèced'affiche, par laquelle il annonçaittou-
jours le sujet de son drame; quelquefois même, il y développait le fil de l'action. Ce dernier usage ôtaitainsi aux auditeurs la surprise des incidents, des dénoûments et des péripéties ; mais des poètes plus sages s'en sont abstenus; en tout ce qui nous reste d'AgUtophane, on ne voit pas un seul prologue. A la vérité, dans V Amphitryon de Plante, le prologue Mercure fait une brève analyse de la pièce, mais son sujet était depuis longtemps si populaire, si trivial, que le poète luimême, par la bouche du fils de Maia, ne craint pas de rappeler une vieille fable. Le prologue était si bien une annonce, une affiche verbale, que, dans VÀsinaire de Plante, l'acteur s*exprime ainsi : « Je vais commencer à vous dire ce qui m'amène et pourquoi je suis ici : c'est pour vous apprendre le nom de la pièce, car pour le sujet il .est fbrt court. Ce que je V/Oulais donc vous dire, c'est qu'elle s'appelle en grec d'un nom qui signifie ânier. Il y a du jeu et de l'agrément dans cette comédie ; elle est tout à fait divertissante. Écoutez -la favorablement.» Ne croirait-on pas entendre , au pied des tréteaux dramatiques des boulevards de Paris, les annonces des bas spectacles du jour? Bobèche aussi faisait des prologues à l'antique. Bobino du Jardin du Luxembourg, à Paris, commença par des prologues à la Plante. Toutefois, on admire jus<^ue dans ses prologues le génie naturel et rude du comique tourneur de meule, la seule vraie gloire de la scène latine. On aime à voir Plante s'y déchaîner contre les cabales et les intrigues, et du théâtre, et des comédiens ; il y signale les spectateurs qui ont été appostés par tel ou tel acteur pour l'applaudir; U n^ épargne pas non plus les édiles qui présidaient aux Jeux publics, jnettaient le prix aux pièces, et les payaient. Parfois aussi , dans le prologue , le poète versifiait son apologie, ou demandait l'indulgence du public, ou réfutait les critiques passées, ou prévenait celles à venir. Tel est celui de Vjtndrienne de Térence, où il se plaint de per^ dre son temps à écrire des prologues pour se justifier. Les critiques ont divisé ces divers prologues en six espèces. Les deux dernières comprennent le prologue monoprosopos (à un seul personnage), et le diprosopos (à double personnage). Molière, au génie duquel il appartenait seul de fixer sur notre théâtre, où il excite encore un ftànc rire, la vieillerie mythologique de la mésaventure d'Amphitryon, donne, dans sa scène de Mercure et de la Nuit, un exemple du prologue antique monoprosopos. Le vieux théâtre anglais accepta aussi le prologue ; Shakspeare a les siens. Mais là, cet accessoire ne tient
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nullement à Taction : ce n*es( point un perspnnage du drame qui en entretient le public : c'est comme si Tauteur devisait devant le parterre sur ce que bon lui semble. On ne lève même pas le rideau. Ces prologues étaient ordinairement IV pologie de Tauteur dont on allalt'jouer la pièce; aujourd'hui, c'est l'office d'un complaisant feuilleton. Dans une grange de Saint-Maur, sur un tréteau un peu plus orné que le tombereau de Thespis, fut joué à Yincennes, en 1398, le premier mj-Btère, Ce fut là le berceau de cette scène française si splendide au xyii« et au xvni« siècle, et qui, comme celle d'Athènes, servit depuis de modèle, comme malgré eux, à des voisins Jaloux de sa gloire. Vinrent bientôt les moraUtés les âoUies, les farces, où des poètes ignorants, mais spirituels pour la plupart, épandirent leur verve grossière. Aux anciens, qu'ils ne pouvaient lire, ils empruntèrent toutefois le prologue : sa trivialité était de leur goût. Dans les mystères, c'était ordinairement une espèce d'oremua ou d'homélie : celui de l'Incarnation et Nativité de N. S. J. C, représenté à Rouen en. 1474, nous féumira un exemple de la foi naïve à cette époque, tout ensemble des auteurs et des acteurs : il y est dit :
ITow reqwAronj vniTertdlencnt
À tow Mignevra d'ëgltae ou aatrcnMDt,
Et aa commao, bref i toaU pcnoaoe,
SI conmettloM faate, qo'on nous pardoant,
BtchacoD, Dlta de prier d'hamble ccrar,
Qn« par «a grAcc 11 noos aolt adjatcor.
—Voici un autre exemple de prologue tiré d'une comédie des Escoliera de Pierre l'Arrivey le Champenois; c'est une préface, un bénévole lector : « Mais je laisseray cela, mes dames, pour vous supplier au nom d'eux (des escoliers) que s'ils ne vous sont desplaisants, il vous plaise les écouter, laissant causer ces flriquenelles et gens de peu, qui, metlans leur nez partout, se meslent de blasmer un chacun comme s'ils estoyent seuls censeurs du labeur d'aulruy, et sçavoient quelque chose davantage que ceste paisible compagnie, qui desia s'accommodant, se dispose pour nous écouter, et vous prier avec nous prester quelque bénigne audience. » Des acteurs partieullers étaient chargés, comme chez les Grecs et les Romains, de prononcer ces harangues devant le public : les plus fameux portèrent les noms burlesques de Gros-Guillaume, Gaulthier-Garguille, Guillot-Gorju, Briscambille et Turlupin, le plus célèbre d'entre eux, qui enrichit le Dietionnaire de l'Académie d'un néologisme alors, du mot de iwlupinade. Ils étaient les Debureaux, les Bobèches de l'époque. Sous le siècle
de Louis XIV, les prologues avaient disparu des drames; ils restèrent toutefois dans les drames chantés, les opéras. Quinault s'en servit merveilleusement à son profit, à la louange du-prince, en tète de chacune de ses pièces lyriques. Il y compare Louis à Mars : la Vertu, la Sagesse, la Gloire, la Fortune, la Victoire, la Paix, la Renommée, Vénus, Saturne, les divinités de l'âge . d'or, y viennent rendre hommage au vainqueur du Rhin. Enfin, chaque prologue^ qui le plus souvent n'a aucun rapport avec la pièce, est comme un autel à part et obligé, où le poète brûle un encens au grand roi , que ce dieu de Versailles venait respirer tous les soirs avec un voluptueux orgueil. Le temps a fait justice de ces adulations inouïes; les prologues sont à peine lus, et les opéras font encore les délices des oreilles délicates et poétiques. Le prologue semblerait vouloir reprendre, de nos jours, ses prérogatives dramatiques : un poète romantique, M. Dumas, dans sa Christine, le fait revivre avec un grand talent. Nous ne sommes pas de l'avis de Marmontel, qui donne le nom de prologue à ces brillants ou ingénieux frontispices de poésie qui ornent les chants de Lucrèce, d'Aristote, de Milton, dans sa belle invocation à la lumière, et de la Pucelle de Voltaire. Ces morceaux tiennent trop au sujet pour ressembler au prologue antique; ils y tiennent par un fil imperceptible, mais fèrt, qui, une fèis rompu, laisserait des lacunes désagréables à la vue, sur les magnifiques trames ourdies par ces grands poètes. DerreBàeon.
PROLONGE. {Artillerie,) Nom que l'on donne à des cordages dont on se sert dans les manœuvres de TartiUerie. Il y a des prolonges doubles et des prolonges simples. On se sert des premières dans les manœuvres de force, lorsqu'il est nécessaire d'équiper la chèvre à haubans ; dans les manœuvres du cabestan, du vindas, etc., elles ont 24 met. de longueur et 3 cent, de diamètre. — Les secondes sont employées dans les manœuvres des pièces de campagne. Dans les mouvements de retraito^ et lorsqu'il est nécessaire de perdre le moins de temps possible pour s'arrêter, faire feu, et se remettre en route, ou place la prolonge, qui joint l'avant- train à la pièce, au moyen du crochet de prolonge, qui est fixé à l'affût. Dans le système de Gribeauval, on déployait la prolonge pour le passage du fossé; le nouveau système de l'artillerie française a rendu cette disposition inutile. Ce passage s'effectue avec aisance et rapidité sans qu'il soit besoin de décrocher l'affût de l'avant-train. La prolonge du système Gribeauval, lorsqu'elle ne
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servait pas, restait ployée autour des armons, où, elle était retenue fvr des crochets à patte, placés à leuM bouts pour rempécher de glisser. — Oa4k>nne aussi le nom deprolonges à des chariots servant^u transport des munitions ou des agrès, à de petites distances. Martial Merlin. PROMENADES. (Architecture.) Ce sont des espaces de terrain plus ou moins vastes, et du domaine public , qu' , ménagés aux abords ou dans les parties centrales des villes, les assainissent, les dégagent, et servent je lieu de réunion ou de plaisance à leurs habitants. Les promenades diffèrent des places publiques, en ce qu^elles ne sont pas dessinées sur un plan circulaire, carré ou en polygone régulier, mais de forme oblongue. — Dans un parc, un jardin, un champ destiné à des courses, à des manœuvres ou à des fêtes populaires, on donne le nom dQ promenades à des allées sablées, droites et larges,régulièrementplantéesd*arbres, quelquefois ornées de statues, de vases, de fontaines et d*arbuste8 étrangers. — L'art de la composition des promenades est aujourd'hui très-négligé en France, et n*a plus de représentants dans notre époque. MM. Percier et Fontaine, qui ont raccordé quelques portions de nos jardins, quand on a voulu les modifier, n'ont certes pas la prétention d'être regardés comme les continuateurs et les émules des Mollet, des le Nôtre, des Leblond, des Dufresnoye , célèbres architectes ornemanistes et dessinateurs de jardins, qui, tous, appartiennent aux trois derniers siècles.— On peut, sans crainte d'être contredit, avancer hautement que les promenades qui ont été plantées de nos jours n'offrent aucune trace de l'art de le Nôtre, et ne se distinguent pas des avenues en ligne droite, qui, d'ordinaire, conduisent à une maison de campagne. — *Les boulevards intérieurs de Paris, qui, à la révolution de 1850, ont vu tomber sous la hache populaire leurs vieux ormes si touffus, pourraient, à peu de frais, êlre transformés en la plus délicieuse promenade du monde. Ce ne sont plus que des chaussées arides et sans ombrage durant la belle saison, sales et boueuses en hiver. — Dénuées de tout aspect pittoresque, et offrant pour tout agrément aux promeneurs quelques bancs de pierre placés de loin en loin, il faudrait y élever des fontaines jaillissantes et des statues, y planter, entre des arbres d'espèces variées, et à l'abri de quelques treillages, des haies d'arbustes vivaces qui produiraient un très-bon effet, en interrompant les lignes tristes et sèches des trottoirs d'asphalte. Ces boulevards si fréquentés, mais si mal entretenus, et susceptibles d'embellissements qu
ajouteraient beaucoup à l'effet de leurs riches perspectives, occupent en longueur une étendue de près de deux lieues, et ne sont pas les seules promenades publiques de Paris. Cette ville en possède beaucoup d'autres que peuvent lui envier les capitalefrdes principaux États européens : citerons-nous les Champs-Elysées qui, foisant suite au jardin des Tuileries et à la place de la Concorde, traversés par la grande avenue de Neuilly, ferment une perspective imposante que termine dignement l'arc de triomphe de l'Étoile; il n'y a rien au monde qui puisse être comparé k ce vaste ensemble de clairières aux surfaces bien aplanies, et propres à toute sorte de jeux et d*exercices, de routes spacieuses où peuvent circuler les gens à cheval et les voitures, de sentiers ombragés et de grands massifs d'ormes et de tilleuls. — Les jardins du Luxembourg et des plantes sont d'une ordonnance fort élégante, mais manquent de fontaines et de pièces d'eau, comme les Champs-Elysées et les boulevards. Les jardins des Tuileries et du Pahiis-Royal sont les deux promenades les plus fréquentées à Paris. La première est le rendez-vous du monde élégant; la seconde, plus confortable, en ce qu'on y trouve des cafés, des restaurants, des cabinets de lecture; en ce qu*on y peut goûter à la fois le frais et la chaleur, éviter la pluie et jouir de températures variées selon les saisons, est exécutée dans le goût de celles qui accompagnaient les palais arabes. Bien arrosé pendant le jour, bien éclairé pendant la nuit, le jardin du Palais-Royal est le rendez-vous des gens d'aflfoires, des bourgeois, des commerçants et des artistes. Il n'est pas interdit aux fumeurs. — Londres a son parc Saint-James, aux vastes et sombres allées plantées sous le règne de Jacques II par Un célèbre artiste français, notre Claude Perrault ; ses jardins de Kensington avec leurs parterres bigarrés, leurs arbres singulièrement taillés, dans le goût qui était en grande faveur du temps de la reine Anne; son Regentpark, son Hyde-park, son Green-park et ses nombreux squares, charmantes petites places ombragées, qui, situées aux débouchés des rues, donnent de l'air et quelque fraîcheur à cette immense ville, où le peuple étouffe. Madrid a son Prado, promenade étroite et longue, ruban vert que sillonnent quatre allées de platanes et de sycomores, qu'arrosent de nombreuses fontaines d'un joli goût, qui furent construites sous le règne de Charles II ; ses grands jardins de Buen- Retiro et ses belles nappes de verdure étendues surlesbordsdu Manzanarès.— Saint-Pétersbourg a ses jardins d'été et d'hiver, et son boulevard
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de rAmiraiité, qu'ombragent de magniâques hêtres, plantés par le czar Pierre !«'. — Berlin a son Unter (kn Linden (sous les tilleuls)» son Wilhem-Strasse, et le Tbiergarten, cré4 isous Frédéric II. — Vienne a, tout au milieu du Da* nube, son délicieux Prater, â! calme, fertile comme toutes les lies des grands fleu?es, et couvert de massifs superbes, où sont percées de larges avenues de marronniers. —Venise a son cbaud Lido, et ses promenades en gondoles sur les canaux et les bords de rAdria.— Florence a ses merveilleux jardins Boboli» et Rome sa villa Borgbôse, qui occupe deux collines et une val* lée. — Enfin, Bruxdles a son Parc, vanté par tous les étrangers comme une des plus belles promenades de TSurope et son jiUée verte qui se dé?eloppe sur une étendue de plus d^une demi-lieue, en ligne droite, au milieu de quatre rangées de magnifiques arbres. A. Fnuoux. PROBONABES. (ArtmiUMre.) Il y a des usages qui, étant le fruit d*une idée simple, nous avons presque dit d*une nécessité, sont de tous les temps. Dans cette classe , il faut ranger les promenades militaifes, et pourtant, dans le dernier siècle, les règlements français n'avaient pas encore prononcé ce mot. Que le lecteur nous pardonne de citer sans cesse les Romains I mais dans quels récits prendrions-nous date, oi!i cbercherions-nous des points de comparaison, si ce n'est en évoquant les souvenirs des milices classiques? Au temps où les liions romaines faisaient rétonnement et TefFroi de l'univers, leur vigueur, leur agilité, étaient entretenues, aux époques des repos et dans les saisons propicesi au moyen de promenades en troupes etconfor** mément à des règles dont les auteurs anciens nous entretiennent. Dix mille pas, le retour non compris, paraissent avoir été le maximum de cette fatigue d'étude, de ce genre d'exercice avec armes et bagages. Tite-Live rapporte que Scipion obligeait les légionnaires placés sous son commandement à faire à la course quatre mille pas sans halte : un tel effort passe toute croyance, surtout si le légionnaire avait sur lui le pesant bagage que la loi et l'usage lui imposaient. Les ordonnances d'Auguste et d'Adrien exigeaient que trois fois par mois, hormis en temps de guerre, les promenades militaires fussent une image des manœuvres sérieuses et des ao* tions d'une campagne. Au commencement du xviii« siècle, il n'y avait pas encore une seule infanterie européenne qui , en temps de paix, connût et pratiquât la méthode des promenades, comme simulacres de marches de guerre. Les troupes de cavalerie, dans rintérèt delà santé et
de la conservation des chevaux, faisaient , il est vrai, d'insignifiantes excursions à poil et haut le pied I mais l'infanterie n'était pas assiy ettie à ces pérégrinations, comme si les ordonnances eussent attaché plus d'importance à l'éducation des chevaux qu'à la vigueur et à la santé des hommes. Si quelques régiments, gouvernés par des colonels xélés ou exercés par detn^Jors habiles, faisaient des tournées le fusil sur l'épaule, c'était le petit nombre, et par exception. Le ministre Choiseul, à qui l'armée française fut redevable de tant d'améliorations, prescrivit le premier aux corps à pied d'exécuter de petites marches-routes les Jours de beau temps. L'or* donnance du l** janvier 1766 en délimitait la durée entre le minimum et le maximum d'une heure et de trois heures. Saint-Germain, par son ordonnance du 95 mars 1776, détermina que ce serait avec armes et bagages que l'infenterie se livreraitàoetapprentissagedes marches; jusquelà, elle n'y portait pas le havre-sao. 5ous le régime impérial, les déplacements de troupes étaient assez réels, assez fréquents, pour que la législation pût se dispenser de s'expliquer sur des détails qu'on eût regardés oomme déHsoires. La paix étant revenue, ce qui avait sagement été prescrit le fut de nouveau. Les instructions sur l'inspection et des ordonnances ou règlements de 1816, 16S3, 1851, 1855, renouvelèrent les anciennes dispositions et prescrivirent les pro* menades militaires, auxqu^es devaient être exercés les hommes de pied et de cheval pen« dant les beaux Jours de l'automne et de l'hiver. G^ BÂXDUf .
PROHSNOIR. (ArchUeoiurê,) Cette désignation s'appliquait, dansle langage d'autrefois, aux Ueux découverts que nous nommons ai^ourd'hui promenades publiguee. On en trouve de fréquents exemples dans les ouvrages des écrivains fkvnçais du xvi« et du xvu* siècle. Nous ne prétendons pa's discuter l'autorité de l'usage, ce tyran absolu, qui a modifié et restreint assez mal è propos, il nous semble, le sens général du mot promenoir, en n'en faisant qu'un synonyme, dont, à la rigueur, on eût pu se passer, puisque nousavons les motÂpéri$fyie,gaierie, portique, cloUre, etc., qui, tous, s'appliquent k des ouvrages d'architecture, supportant un toit, et destinés à servir de lieu de promenade. Ainsi, ce terme serait tout à fait impropre pour caractériser des allées plantées d'arbres ou un Jardin public; il ne convient qu'è un vaste local couvert et bien aéré, tantôt ménagé sur le pourtour extérieur, tantôt dans l'intérieur même d'un mo« nunent, pour y servir de salle d'attente, de dé-
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gagement, de lieu de refuge contre le mauvaU temps ou le froid. LUndustrie fhmçaise a su ti« rer un grand parti de ces sortes de constructions en leur donnant un triple but d*utîlité. Ainsi, nos passages, nos galeries, nos bazars, sont à la fois des marchés publics, des lieux de promenades, et des voies de communication qui suppléent à rinsuffisance des rues. Ces monuments d*un style nouveau diffèrent, comme on le voit, a beaucoup d*égards, des portiques de Tanti* quité, et des promenoirs, qui ne sont considérés que comme des accessoires plus ou moins importants dans un ensemble architectural, indispensables toutefois aux édifices publics très-fréquentés et habités par un grand nombre de personnes, tels que collèges, casernes, hospices, couvents, séminaires, prisons, palais de justice, théâtres, etc. — tes anciens, qui, en fait de luxe bien entendu , en architectonique civile comme en beaucoup d*autres choses, sont nos maîtres, envisageaient l'exercice de la promenade comme agrément et principe d*hygiène. L'industrie a su remplacer dans la civilisation moderne les gymnases, les xystes, les stades, les portiques, les thermes, qui ofliraient des promenoirs à ceux qui nVaient pas de maisons assez spacieuses pour s*y procurer de pareils locaux. — Grâce à rindustrie, les philosophes promeneurs de nos Jours ont à leur disposition des galeries plus vastes que celles qui furent ouvertes aux disciples de Zenon. — A Rome, les promenoirs, tantôt disposés en portiques, tantôt en colonnades, étaient d*un usage général, et décoraient Tintérieur ou Pextérieur des constructions publiques et particulières. Pline le Jeune, dans ses descriptions des villes ou maisons de plaisances romaines, parle de plusieurs espèces de galeries destinées à servir de promenoirs. Il esta remarquer que le mot latin ombulatto a une signification double, et veut dire tout à la fois un lieu de promenade et Taction de se promener. Néanmoins, il n*est pas synonyme du mot am' bulacrum, qui indique de préférence un lieu couvert, et se traduit parfaitement par le mot promenoir. — Les constructions modernes, qui pourraient prendre ce nom, sont très-nombreuses : nos galeries de peinture et de sculpture, nos musées, sont, aussi bien que nos passages, des promenoirs; et Ton ne peut pas appeler autrement les grands portiques de la cour des Invalides, du Jardin du Palais-Royal, des rues Castiglione et Rivoli, du théâtre de TOdéon.— La nouvelle bourse, la grande salle des Pas-Perdus, au palais de JuRtice, à Paris, sont de magnifiques promenoirs publics qui peuvent donner
une idée de ceux qui embellissaient Athènes et Rome. FiLUoux.
PROHÉROPS, Promerops. Oiseaux de Tordre des anisodactyles, dont les caractères sont : bec beaucoup plus long que la tète, grêle, fendu jusque sous les yeux, plus ou moins arqué,' comprimé dans toute sa longueur; mandibules acérées, la supérieure faiblement édiancrée à la pointe, plus longue que Tinférieurei arête s*avançant entre les plumes du front; narines placées de chaque côté du bec et à sa base, ouvertes par devant, en partie recouvertes par une membrane emplumée. Tarse de la longueur du doigt intermédiaire; quatre doigts : trois en avant, dont Texteme, plus long que Tinteme , est soudé à sa base ; un pouce muni d'un ongle long et robuste. Les récits contradictoires que plusieurs historiens nous ont donnés^ concernant les mœurs et les habitudes des prômérops, tendent à faire croire que Ton manque encore d'observations exactes pour établir avec certitude les généralités de cette petite famille ; il fout espérer que les naturalistes qui se proposent de parcourir TOcéanie et l'Australie, parviendront à concilier des opinions qui peuvent n'être divergentes que parce qu'elles sont basées sur des observations partielles et momentanées. Plusieurs méthodistes ont établi différentes coupes dans le genre prômérops, d'où est résultée la création des genres epimachuSf Cuv.; falcimeilus, Vieill.; rhinopomastus, Jard, etc. Da..s.
PROBIESSE. Ce terme, désigne tout engagement contracté, soit par parole, soit par écrit. Je promets de faire telle chose avait, dans le langage formulaire du droit romain, la même force que cette autre locution, Je m^engage à faire telle chose. Lorsque dans la suite les contrats écrits ont été substitués aux paroles données devant témoins, on a désigné naturellement sous la dénomination de promesse l'acte même qui contenait la preuve de l'engagement, mais bientôt aussi on a équivoque sur la valeur des termes, et Ton n'a pas tardé à distinguer la promesse du contrai; on a soutenu que l'acte était nécessaire pour constater l'existence de la promesse aux yeux de la loi, et que Técriture seule pourrait former le lien de droit, et qu'ainsi, jusqu'à la signature du contrat, la simple promesse n'engageait pas. U a fallu enfin préciser la valeur de ce terme, et Ton a dû reconnaître qu'il y avait sui?ant les circonstances promesse et promesse, c'est-à-dire dans tel cas une promesse qui n'engage pas, et dans tel autre une promesse qui engage. — Dans le langage usuel comme dans les relations sociales, on est assez dans
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lliabitiide de prodiguer les promettes qui n*engagent pas : on fait de belles promesiêi à quelqu'un pour réconduire, et, comme on le dit proverbialement, on se raine en promesses, mais promettre est un et tenir est un autre. Toutes ces promesses sont attez ordinairement des protestations auxquelles il ne faut pas attacher la moindre importance : ce sont promesses de bouche, autant en emporte le vent — Dans la langue plus rigoureuse du droit, il faut savoir bien discerner quelle est la valeur d*une promesse, et la première chose à considérer pour en déterminer la nature, c*est Tintention que chacune des parties a pu avoir en concourant à la former; car il s'agit de décider s*il y a eu entre elles convention arrêtée ou simple projet mis seulement en discussion. Lorsque Tune des parties argué é*une promesse verbale dont Pexistence est déniée , elle est tenue de Justifier par des preuves légales qu'il y a eu en effet engagement contracté à son profit. Bile sera donc admise à faire cette Justification, soit par témoins dans les cas où cette preuve est autorisée, soit par un' commencement de preuve par écrit, soit par Tinterrogatoire sur faits et articles, soit par le serment décisoire ; mais cette preuve portera toujours sur le fait de rengagement, et non pas sur la question de savoir s'il y a eu promesse, car nous ne connaissons plus l'emploi de ces formules sacramentelles, qui étaient autrefois la marque décisive d'une stipulation parfaite. Lorsque la promette a été fiiite par écrit, il y a beaucoup moins de difficulté, car on peut décider, d'après les termes dans lesquels elle est conçue, s'il y a eu intention d'arrêter le lien de droit, ou si l'on a voulu seulement Jeter les bases d'un acte qui avait encore besoin de recevoir un complément nécessaire. Le titre que porte l'écrit est à peu près sans influence sur la décision, c'est par son contexte qu'il doit être Jugé. La seule question est toujours de savoir s'il y a eu convention : aussi, l'on réserve en droit l'application du terme promesse à certains actes à qui cette dénomination convient plus particulièrement, parce qu'en effet l'habitude s'est conservée de les rédiger suivant cette ancienne formule : Je promets payer^ etc. Il est certain qu'une telle promesse équivaut à un engagement formel dont l'exécution ne peut être éludée sous aucun prétexte. On se sert encore généralement du mot promesse comme synonyme de billet'j on emploie même quelquefois ce terme pour distinguer les simples billets des lettres de change ou des billets à ordre. C'est ainsi que la loi déclare que toute lettre de change qui renfermera
supposition de lieu sera considérée comme um simple promesse, c'est-à-dire que le créancier perd tous les privilèges attachés à la lettre de change, mais la convention n'en subsiste pas moins. — La promesse de donner ou de constituer, lorsqu'elle est faite dans un contrat de mariage, emporte aussi l'idée d'une convention irrévocable I elle forme une institution ooittraetuelle. — A l'égard de la vente, la promesse a un caractère tout spécial : il est de principe que la promesse de vente vaut vente lorsque les parties sont d'accord sur la chose et sur le prix, parce qu'en effet le contrat, qui est purement consensuel, se trouve alors complet : le mot promesse ne peut rien y ajouter, comme il ne peut rien en retrancher. Hais si la promesse de vente a été faite avec des arrhes, on suppose aîors que la convention n'a pas reçu toute sa perfection, et Ton décide que chacun des contractants est maître de s'en départir, celui qui a donné les arrhes en les perdant, et celui qui les a reçues en restituant le double. — Les promesses de mariage, que l'on peut ranger aujourd'hui dans la classe de ces vaines promettes qui ne constituent pas une obligation légale, étaient autrefois d'une grande importance, elles constituaient ce que l'on nommait les fiancailles. Tsulit.
PROMÉTHiB, l'un des quatre fils du Titau Japet , et Titan lui-même , représente, selon le mythe grec originaire , de concert avec ses frères, Atlas , MenoBtius et Épiméthée , les principaux attributs de la race humaine, dans son opposition avec la race divine des enfants de Kronos, ou avec les dieux olympiens. H eut pourmèrebuKIymène,ouAsia,ouThémis, personnifications diverses de la terre, mère commune des hommes, tandis que leur premier père, Japet , précipité du ciel dans le Tartare , figure le principe divin de l'humanité déchue par l'orgueil et enfentée dans la douleur. Le nom de Proméihée, qui veut dire le prévoyant, Vavisé, par contraste avec Épiméthée, VimprévQjrant , montre en lui le symbole de l'esprit humain élevé au plus haut degré de son énergie et de sa puissance; sa légende, qui nous le fait voir comme en lutte réglée avec Jupiter, auteur et conservateur de l'ordre éternel du monde, n'est autre chose au tond que l'histoire des conquêtes de l'esprit sur la nature , et de ce combat sans cesse renaissant où il triomphe et succombe tour à tour. Les dieux et les hommes, dit cette légende mêlée de circonstances locales d'un caractère fort antique , réghiient entre eux leurs différends à Mécone, qui fut plus tard Sicyone,
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tofKiUd Prométhée, toi^un «mpretté d« bmourtr lei hommes, esttya de donner le change à Jupiter en loi ftdsant prendre comme la meil* lettre la moins bonne part d'une tictime. Le dieu s*ett aperçut et , dans sa colère , retira aux hommes le feu: Hais Prométhée le leur rendit par un nouvel artifice, et avec lui tous ses bien* ftdts , en le dérobant dans la tige creuse d*une férule. Alors le maître des dieux, pour se yenger à la fois sur les mortels et sur leur protecteur, envoie Pandore à ipiméthée dont rimprudence •ocueille, dans cette séduisante ive de la Grèce, tous les iéaux qui désolent Thumanité, et, quant à Prométhée, il le fhit enchaîner à une colonne, où un vautour vient sans relâche lui dévorer le foie. C*esl Tesprit qui se cpnsume dans les liens indestructibles qui retiennent son essor ; c'est remblèma des peines, des fegrets, des cuisants remords qui lui I6nt expier ses triomphes et empoisonnent ses Jouissances. Il ne faut rien moins qu*Hercule, le héros sauveur, le ils que Jupiter voulait glorifier, pour délivrer Prométhée, dans la suite des temps, en brisant ses chaînes et en perçant Toiseau fatal. Alors le patient titanique rentre en grâce avec le maître des dieux et des hommes; la liberté réfractaire de Tesprit, aN franchie des suites de Torgueil hérédiUire, reconnaît les lois nécessaires de la nature, se soumet à Tordre étemel du monde; Prométhée se réconcilie avec Jupiter, la Providence humaine avec la Providence divine , par Pintervention d*un médiateur héroïque qui fiéchit la volonté rebelle et met fin à Texpiation.
Toilà la grande idée, cachée sous les voiles du mythe primitif, tel qu*Hésiode le raconta naïvement à ses contemporains , tel qu^Eschyle le développa plus tard , avec un art si profond et une énergie si dramatique, dans les trois parties de sa trilogie de Promé/Aée, dont il nous reste la seconde ou le Prométhée enehatné. On y entrevoit quelque chose d*analogue aux dogmes biblique et chrétien de la chute de Thomme et de sa rédemption. Les Pères de TÉglise ont été Jusqu^à soupçonner dans Prométhée Tune des figures du Christ; la critique plus éclairée des modernes se contente d*y reconnaître , selon le point de vue où nous nous sommes placé dans cet article, le type de la force libre et intelligente , mais finie , de Thomme , aux prises avec la puissance infinie qui gouverne le monde , et qui apparaissait aux anciensplutôt encore comme une fatalité Jalouse et irrésistible que comme une providence suprême et tutékiire. Sur les monuments figurés relatifs à Prométhée, qui devint dans Tart ainsi que dans la mythologie,
non-seulement le génie secourable, mais lé eréi« teur des hommes, et qui eut à ce titre Deuenlloa pour fils , on ne consultera pas sans fmit Pouvrage intitulé Beiigionê de l'anU^ité, t. IT, partie 1^, explication des planches, p. 951-187, et partie 9«, pi. CLYII et suiv. GoieifUO.T.
PROMOIITOIIUS. Ce mot n*est qu*une mo** diflcation , selon le génie de la langue, du latin promontorium. Toutefois, nous en faisons un usage beaucoup moins fréquent que les Latins, qui rappliquaient dans tous les cas où nous nous servons du mot eap. Pour nous, promontoire est presque du style élevé, c'est un terme de haute et élégante géographie, qui prend même fort souvent place au milieu des pompes de la poésie : aussi est-ilà peu près inusité dans le langage ordinaire, excepté lorsque Técrivain a besoin d'uta synonyme de cap, pointe de terre, etc. Mais id, Je répéterai encore ce que J'ai dit à l'article PtNiifSCLi : lorsque l'on fixera définitivement les termes de la langue géographique, lorsque l'on voudra leur ôter le vague qui les caractérise, il faudra établir une diflFérence bien marquée entre cap et promontoire. D'ailleurs, cette différence a été en quelque sorte déjà établie, ainsi qu'on peut l'observer dans les nombreux passages descriptif, poétiques ou autres, où il en a été fait usage ; bien plus, elle existe dans le mot même, si on le décompose dans ses éléments étymologiques. Ainsi, il faudra définhr le promontoire, « une masse de terre élevée ou une montagne formant saillie dans les eaux », en un mot un cap montagneux ou dominé par un plateau élevé. Les promontoires les phis connus sont : le fameux cap Hisène, qui ouvre le golfe de Naples, le promontoire delà Chimère, sur la côte d'Épire, que le navigateur ne voyait pas sans effiroi; le cap Colonna, l'ancien Sunium promontorium, au-dessus duquel brillent encore quelques colonnes du temple de Minerve; le cap Matapan, que l'on appelait dans l'antiquité Tenarium promontorium, dernière assise du continent européen au Midi ; le cap de Leucade, promontoire élevé, si tristement célèbre; le cap de Bonne-Espérance, dont les ondes furieuses n'arrêtèrent pas l'intrépide Yasco de Gama ; le promontoire de Hom, que l'on double toujours pour aller d'un côté de l'Amérique à l'autre. Oscài MàC CànnY.
PROMOTION. Action par laquelle on élève, on est élevé à une dignité, â un grade supérieur, âirae position plus avancée. Ainsi, on dit que le roi a foit une promotion de pairs, d'officiers, de magistrats ; que le pape a ftiit une promotion de cardinaux^ etc. — Comme on le
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voit, diiis le lens actif, on né dit promoHon qoe de plusieurs personnes. — Une promotiùn de lords est considérée en Angleterre, en quelque sorte comme un c oup d'État, lorsqu*elle a pour motif apparent la modification de Tesprit politique de la chambre haute. En France, une promotion de pairs a beaucoup moins de portée, surtout depuis que rhérédité de la pairie a été abolie par la charte de 1850. Hartul Merlin. PKOMULGATION. ràcadémiedéfinit ce mot:
publication d'une toi faite avec leê formalitéê requiaei. Tel était en effet le sens qu*on attachait au mot promulgation ayant la réfolntion de 1789. MaisrAssemblée constituante, par son décret du 9 noyembre 1789, crut devoir établir une distinction entre la proniulgation et la publication. Suivant ce décret, la promulgation est Tacte par lequel le chef de TÉtat atteste Texistence de la disposition législative, et la publication est le moyen employé pour porter cette dispoisitlon à la connaissance des citoyens. --• Dans ces temps de rénovation ou d*innovation, on n*était pas toujours assuré des bons effets d\ine loi nouvelle ; et d'ailleurs, les brusques et violents changements de gouvernement amenaient presque toujours de nouveaux systèmes de lois : aussi voyons-nous que la distinction, entre la promulgation et la publication ne survécut pas à la royauté constitutionnelle. Dès le 14 frimaire an n, et dans Tarticle 9 de la loi de ce Jour, nous trouvons ces deux mots confondus et identifiés : « Dans chaque lieu (y est-il dit), la promulgation de la loi sera ftiite, dans les vingt-quatre heures de sa réception par une publication à son de trompe ou de tambour, et la loi deviendra obligatoire à compter du Jour de la proclamation. «—La distinction fut rétablie par la constitution du Sfructidor an in : celle-ci mit entre la promulgation et la publication la même différence qu*entre la cati^e et Veff^ti elle appela promulgation Pacte par lequel le Directoire exécutif ordonnait la publication d'une loi. — La constitution du S9 frimaire an vin attacha la même idée au mot promulgation. Le Code civil dut régler le principe et faire connaître avec précision ce qui donnait aux décrets législatif le caractère de loi ; aussi le premier article de ce Code est-il consacré à cette explication : « Les lois sont exécutoires dans tout le territoire français en vertu de la prO' mulgation qui en estftiite par le roi; elles seront exécutoires dans chaque partie du royaume, du moment où la promulgation en pourra être connue. La promulgation faite par le roi sera réputée connue dans le département de la rési-
dence royale un Jour après celui d^ la promul* gation; et dans chacun des autres départements, après Texpiration du même délai, augmenté d'autant de Jours qu'il y aura de fois dix myriamètres (environ SO lieues anciennes) entre la ville où la publication en a été ftiite et le cheflieu de chaque département. » — Ainsi, la pro<mulgation est bien distincte de la publication, puisque celle-ci en forme le complément, et que la première n'est parfaite qi^autant qu'elle a ^vl parvenir à la connaissance des personnes qui doivent être soumises à son action. On sent en efi^t que les lois ne peuvent obliger les personnes pour qui elles sont faites que du moment où ces personnes ont pu connaître ce qui leur est prescrit ou défendu. — La charte de 1814 n'a pas changé ces dispositions : elle a confié aux deux grands corps de l'État le pouvoir de foire les lois, mais au roi seul ont été réservées la sanction et la promulgation (article S9). — La charte de 1880 a consacré la même règle, dans les mêmes termes et avec les mêmes effets (article 18). — Au surplus, les principes relatifs à la promulgation et à la publication des lois, ainsi que la différence qui existe entre l'une et l'autre, ont été parfaitement résumés dans le passage suivant du Répertoire de jurisprudence : « On dit d'un acte qu'il est exécutoire quand il est dans la forme requise pour que l'exécution puisse en être commandée : ainsi , une loi est exécutoire lorsqu'elle est revêtue du caractère d'où dérive pour les citoyens l'obligation de s'y conformer, et, pour les organes ou agents de . l'autorité publique, le pouvoir de les y contraindre, et c*est la promulgation qui lui imprime ce caractère. — Mais, de même qu'il ne suffit pas qu'un Jugement ou un contrat soient exécutoires pour qu'on soit tenu de l'exécuter à l'instant même où il est devenu tel par l'apposition ' de la fbrmule impérative qui y est ajoutée au nom de chef du gouvernement, et qu'il faut préalablement que la partie par laquelle il doit être exécuté soit légalement avertie de sa teneur, pour qu'elle n'en puisse pas prétendre cause d'ignorance, de même aussi la promulgation qui rend une loi exécutoire ne suffit pas pour que l'exécution en soit obligée sur-le-champ : il faut préalablement que les Citoyens , qui doivent en exécuter les dispositions, soient I^alement présumés en avoir acquis la connaissance, et que par conséquent elles soient parvenues à un degré de publicité tel que nul ne puisse être censé l'ignorer. — La promulgation diffère donc essen- Hellement de la publication : Tune est à la loi ce qu'est à un contrat ou â un jugement la formule
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mandotia et ordonnons, qui en termine Pexpédition; Tautre est à la loi ce qu'est au contrat ou au jugement revêtu de cette formule le commandement qui est fait en vertu de l*un ou de l^autre, à la partie obligée ou condamnée. » Bdbàid.
PRONE, espèce de sermon qui se fait tous les dimanches dans les églises paroissiales pour instruire les fidèles de leur religion et de leurs devoirs, pour les avertir des fêtes et jeûnes de la semaine, et foire les publications des choses qu'il est nécessaire qu'ils sachent. Figurément, c'est une remontrance importune qu'une personne fait à une autre.
pBOifsuft, PBOifEusB. Cc mot ne s'emploie plus qu'au figuré, et il désigne celui ou celle qui loue avec excès. X.
PRONOM, Prohoiiliiial. Il y a eu, à l'occasion de la nature du pronom, de nombreuses disputes entre les grammairiens. Le savant Vossius, entre autres, a fait une définition du pronom qui a rencontré beaucoup de contradicteurs; ce qui devait être, car il définit le pronom : « Un mot qui, en premier lieu se rapporte au nom, et qui en second lieu signifie quelque chose. » Comprenne qui le pourra cette définition obscure; quant à nous, toute notre bonne volonté n'a pu y pairvenir; et nous allons nous efforcer de donner à nos lecteurs une idée plus nette du pronom. Voici ce que dit au suj^^ ^^ cette partie du discours l'auteur de V Histoire de la parole : « Les discours qui ne sont composés que de noms, d'articles et d'adjectif^, sont tous étrangers aux personnes qui tiennent ces discours, et à ceux auxquels on les tient; mais si la parole se bornait à cela, elle serait très-imparfaite. Lorsqu'on parle, ce n'est pas toujours d'objets étrangers que l'on s'entretient. On a sans cesse occasion de parler et de soi et de ceux auxquels on s'adresse. Ici un père et une mère s'adressent à leurs enfants; là un ami parlera à un ami; paKout des hommes s'entretiennent avec des hommes; il faut donc des mots au moyen desquels celui qui parle se désigne luimême, et puisse désigner, et ceux auxquels il parle, et ceux dont il parle, et qu'on voie à l'instant à quelles de toutes ces personnes se rapporte le reste du tableau. Ces mots indispensables existent dans toutes les langues. C'est ce qu'on appelle pronom, c'est-à-dire mots qui désignent les personnes sans le secours des noms, et dans des occasions où il serait impossible d'employer ceux-ci. Cela revient à peu de chose près à la définition vulgaire énonçant que le pronom est un mot qui tient la place d'un nom et qui en évite la répétition. Sans le secours du
pronom, on serait obligé de répéter un nom chaque f6is qu'on a quelque chose à en dire : ce qui ferait languir le discours et le rendrait obscur et confus ; enfin , à peine serait-il possible de se faire entendre. On distingue plusieurs espèces de pronoms : pronom personnel, pro^ noms possessifs, pronoms relatifs, pronoms absolus, pronoms démonstratifs, pronoms indéfinis. Le pronom personnel est celui qui désigne une personne. Il y a trois personnes : la première est celle qui parle : je, me, moi, au singulier, nous au pluriel; la seconde est celle^ qui l'on parle : tu, te, toi, pour le singulier, vous pour le pluriel; la troisième personne est celle de qui l'on parle : il, elle, ils, eUes, lui, eux, le, la, les^ leur, se, soi. Le pronom possessif est celui qui, en rappelant l'idée d'un nom, marque la possession ou la propriété d'une chose : mon, ton, son, ma, ta, sa, mes, tes, ses; le mien, la mienne, etc. On appelle pronom relatif celui qui a rapport à un objet dont on a déjà parlé, et qui a été désigné par un nom ou par un autre pronom dont, qui, que, quel, /equel, duquel, etc., sont des pronoms relatifs; le pronom absolu est le même que le précédent, avec cette différence que les pronoms relatifs se rapportent toujours à un antécédent, et que le pronom absolu n'a rapport à aucun nom déterminé : qui, que, quoi, sont des pronoms absolus: « Qui vous a dit cela? Que faites-vous? A quoi pensez-vous? » On entend par pronom démonstratif un mot dont on se sert pour indiquer ou pour montrer un objet : ceci, cela, celui-ci, celui-là, sont des pronoms démonstratifs. Enfin, le pronom intléflni désigne une personne ou une chose d'une manière vague et indéterminée, comme on, quelqu'un, rien. On se sert de l'acljectif pronominal pour désigner un mot qui appartient en quelque chose à la classe du pronom. On dit dans ce sens, une «jppression pronominale, un verbe pronominaL Foy. Vbbbb. Champagnag.
PRONONCIATION , action d'exprimer ou de faire entendre quelque chose par le moyen de la voix; articulation des lettres, des syllabes dans les mots; manière de réciter ou de lire à haute voix. On distingue la prononciation familière et la prononcf'a/ûm oratoire. La prononciation familière , c'est-à-dire celle qu'on aime dans la conversation, doit être correcte, claire, sans affectation, sans éclat de voix, ni trop lente, ni trop précipitée. Quant à la prononciation oratoire, nous allons l'examiner comme une partie importante de la rhétorique. Démosthènes en faisait le plus grand cas et la cultivait sans cesse.
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Cicéron regardait la prononciation comme une sorte d'éloquence corporelle : en effet, une prononciation animée pallie les imperfections d*un discours faible, tandis qu'une lecture simple et monotone dérobe souvent les beautés de la pièce la plus éloquente; les principales qualités de la prononciation oratoire sont la correction et la clarté. Elle est correcte, quand le son de la voix a quelque cbose d'aisé, de naturel , d'agréable, joint à un certain air de politesse et de délicatesse qui constitue l'urbanité; elle est claire, lorsqu'on articule nettement toutes les syllabes, et qu'on sait soi^tenir et suspendre sa ?oix de manière à marquer différentes pauses dans les divers membres des phrases et des périodes. Ce n'est pas par de violents efforts qu'on parvient à se faire entendre, mais par une prononciation nette, distincte et soutenue. L'habileté consiste à savoir ménager avec art les ressources de sa voix; à commencer sur un ton qui puisse hausser et baisser sans contrainte et sans peine; à conduire sa voix avec sagesse , de manière à ce qu'elle puisse se déployer tout entière dans les endroits qui demandent de la force et de la véhémence. La bonne prononciation n'est pas moins nécessaire pour se rendre intelligible que pour parler avec grâce et avec noblesse. Or, elle sera telle si l'on donne à chaque syllable le son que l'usage lui assigne; si l'on évite de faire entendre les finales qui doivent ne pas se prononcer, comme, dans une foule de mots, l'r et le / final ; si l'on ne fait pas brèves les syllabes longues, et longues les syllabes brèves; en un mot, si l'on s'éloigne de tout accent vicieux, en se conf6rmant à la prononciation de la bonne compagnie. Voici les conseils que donne aux jeunes orateurs le cardinal Maury , au sujet de la prononciation : « Articulez nettement vos paroles, dit-il, soyez même attentif à les relever par une plénitude ascendante de ton aux finales de chaque période, ponctuez, et, toutes les fois que l'exactitude ou l'usage l'exige, orthographiez, en quelque sorte, le langage; faites vibrer à l'oreille toutes les consonnes qui doivent frapper les voyelles; appuyez sensiblement sur la chute de vos phrases, sans la moindre affectation, mais en même temps, sans vous permettre ces aspirations gutturales, dont les vagues désinences ne forment qu'un bruit sourd et confus, sans descendre à ce demi-ton prolongé et inarticulé qui , en laissant tomber les syllabes, engloutit les mots , et suKout sans aucune des prononciations négligées ou avortées de la société. Ne craignez jamais qu'une articulation pleine et exacte, pourvu qu'elle ne blesse aucune
règle de la prosodie, vous donne un mauvais accent de province, que les grands acteurs prennent pourtant quelquefois à leur insu, dans des situations très- animées, parce qu'il est alors le véritable accent de la nature, des passions et de l'éloquence. » Pour acquérir une bonne prononciation, il est indispensable de bien connaître la t>rosodie, c'est-à-dire l'art de donner à chaque syllabe le ton qui lui est propre {voy. Piosodie). Un des plus grands obstacles à la douceur de la prononciation est la rencontre de deux sons voyelles appartenant à deux mots qui ont entre eux un rapport grammatical , et qu'il n'est pas possible de couper par cette raison. Il se fait alors un hiatus toujours fatigant pour les oreilles de ceux qui écoutent, et pour les organes de ceux qui parlent (t7<^.HiATUâ).Sn général, toutes les fois que l'on peut ou que l'on doit établir des repos dans la prononciation, indépendamment même de ceux qui sont déterminés parla ponctuation, il faut se dispenser de lier les mots entre lesquels on fait ce repos. Si on les liait dans ce cas, il en résulterait qu'on serait obligé de détacher en quelque sorte la consonne finale du mot auquel elle appartient, pour l'attacher, après un intervalle, à la voyelle initiale du mot suivant, ce qui rendrait la prononciation traînante, désagréable et souverainement défectueuse. — Il y a une prononciation conventionnelle propre à chaque langue. Cette prononciation varie à l'infini, suivant la différence des habitudes nationales et des climats. La difficulté de saisir les inflexions de la voix propres aux langues de chaque nation est un des grands obstacles pour les parler avec perfection. Les défauts que nous trouvons dans la prononciation des langues étrangères ne naissent que de l'habitude que nous avons contractée de parler une autre langue; toutes sont soumises à des règles différentes dans la composition de leurs mots et de leurs syllabes , et dans l'arrangement de ces mots. Néanmoins, on peut donner à l'anglais toute la douceur de la langue italienne; il est certain que la langue anglaise ne parait point rude dans la bouche des femmes, non plus que l'allemand; au contraire, elles peuvent prononcer ces langues avec tant de délicatesse que les oreilles les plus sensibles n'y trouvent rien qui les choque. Champagnac.
PRONOSTIC. {Médecine.) Ce mot, traduction littérale du substantif grec proguôsticon, désigne la prévision de l'avenir, mais l'usage en a limité l'acception : ainsi, la prévision des événements futurs, dictée par l'inspiration divine, est spécifiée par le mot prophétie; les prévisions
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deg iitrologuês sont des prédietloni : telles sont celles de Matthieu Lœnsberg, vieillies, et les prédictioDS récentes de M. Murpby. Aujourd'hui, le mot pronostic s'applique principalement aux prévoyances des médecins relativement aux chances de la santé. L'étude, si vaste et si variée des conditions de la vie, Tobservalion et Texpérience, dotent effectivement le médecin de connaissances suffisantes pour porter des Jugements rationnels et certains sur un avenir sanitaire. L'ensemble de ces connaissances est de la plus grande importance pour la pratique; c'est une boussole à l'aide Qe laquelle il peut régler son langage et sa conduite; c'est pour le public une pierre de touche, qui aide à reconnaître la valeur d'une instruction médicale. Hâtons-nous cependant d'avertir que ces notions, toutes rationnelles qu'elles puissent être, ont des bornes qui doivent inspirer à tous la plus grande réserve. Il est bon qu'on sache qu'il n'est presque aucun cas dans lequel un médecin, vraiment digne de sa profession, puisse porter un Jugement absolu. Que les malades et leurs assistants lui épargnent donc des instances pressantes pour connaître ses espérances et ses craintes; qu'ils ne s'étonnent point de recevoir de sa bouche des réponses ambiguës et évasives : ce sont les marques 4'une prudence éclairée. Ce n'est point ainsi que le vulgaire nous comprend : il accorde sa confiance et son admiration au médecin qui hésite le moins à lui peindre l'avenir, et principalement avec des couleurs séduisantes; aussi le charlatanisme réussit-il mieux que la science, surtout depuis qu'il s'appuie sur des somnambules ( les devins du Jour. La réserve dans les pronostics relatif à la conservation de la santé, ainsi que de la vie, est surtout un fruit de l'expérience, et c'est pourquoi les vieux médecins hésitent beaucoup plus que les Jeunes à porter leurs Jugements. Si les remarques que nous consignons ici Inspirent à nos lecteurs une Juste défiance sur le pronostic médical, nous croirons avoir accompli utilement notre tâche. Charbohnih.
PKONT (Gaspâid riche, baron m), ingénieur et mathématicien, né en 1755, à Chamelet près de Lyon, mort en 18S9, étudia à l'école des ponts et chaussées, concourut en 1787 â la construction du pont Louis XYI, fut choisi en 1796 par la Convention pour composer de nouvelles tables logarithmiques suivant le système décimal, fut nommé professeur de mécanique â l'école polytechnique dès la fondation, puis directeur de l'école des ponts et chaussées; fit de 1803 à 1812 d'importants travaux en Italie, amé<
liora les ports de Gênes, Ancône, Venise, tenta le dessèchement des. Marais Pontins; s'occupa aussi avec succès de prévenir les débordements du Rhône (18S7), et reçut en récompense le UCre de baron (1828). Prony était membre de PAcademie des sciences. 8es principaux ouvrages sont : Architecture hydraulique, 1790-1790, 9 vol. in-4o; Mécanique philOêophique ^ 1800; Coure de Mécanique concernant îee solidee^ 1813; Description hydrographique et histori-que des Marais Pontins, etc. Bouillit.
PROPAGANDE. Sous cette qualification on comprend généralement les institutions qui ont pour but la propagation de la foi chrétienne parmi les nations païennes, et surtout ceUes qui se formèrent dans ce but durant le cours da xvu« siècle. Sous un rapport plus spécial, le nom de propagande a été donné au collège fondé vers la même époque par le saint-siége pour travailler à la propagation du christianisme. Ce collège, connu sous le titre de congregaiio de propagande fide (congrégation pour la propa^ galion de la /bO, ftit établi en 16t9, par le pape Grégoire XV. Il se composait de 18 cardinaux et de quelques agents du pape, ayant pour mission spéciale de converthr les idolâtres et de combattre les hérétiques. En 1698, le pape Vr» bain YIII réunit à cette corporation le eoiùgimm seu seminarium de propagande fide (collège ou séminaire de la propagation de la /W), qoi n'était qu'une institution préparatoire où se fermaient les missionnahres. La congrégation 8*aasemble chaque semaine, sous hi présidence dn pape, dans un palais qui a été bâti pour elle. Elle secourt les personnes qui ont récemment embrassé la fOi catholique, les prêtres et les évèques bannis de leur pays. Lors de la fête de la propagande (h l'Epiphanie), elle tient une séance solennelle, dans laquelle les élèves de l'institution récitent des morceaux de poésie dans la langue de leur contrée (igypte, Syrie, Perse, Chaldée, Albanie, Allemagne). La propagande possède une imprimerie célèbre par la variété de ses caractères. Elle publie des bréviaires et des missels pour toutes les contrées du monde connu.— A l'imitation de la propagande de Rome, il s'est également formé dans les pays protestants des institutions qui portent le même nom , et qui tendent au même but. Tel est, en Angleterre, le collège fèndé en 1648, et confirmé en 1663 par le roi Chartes U. Il eut pour premier directeur Royle, etplus tard pour présidents les archevêques de Cantorbery . Cet établissement obtint de riches dotations sous le règne de Guillaume lU. Il comptaitalors Jusqu'à 90 membres»
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8ei diorto tendaient surtout à ntticher nndel TADgleterre par les liens de la religion. Une association semblable a été fondée en 1705 par le roi de Danemark, pour la propagation de la toi évangelique sur les côtes de Tranquebar. — A l'époque de la révolution française, on donna le nom de propagande aux associations secrètes qui avaient pour but de répandre les principes démocratiques. Aujourd'hui encore, on croit à Texislence de semblables propagandes, et elles servent merveUleusement de texte aux déclamations de ceux qui se décorent du titre pompeux de oomêrvaUurê pour mieux masquer la tendancede leur politique. Dior. nxLAComr.
PROPÊDEUTIQUS, mot emprunté du grec, et dérivé de irai^e^, ermdio, J'élève. H signiËe préparatoire. On applique cette épithète à un ensemble de notions préliminaires nécessaires à rintelHgence et à la culture d'une science ou d'un art. Il y a donc une propédeutique de la théologie, du droit, de la médecine, etc. Elle ftdt connaître le contenu et le but de ces sciences, enseigne la meilleure méthode à suivre pour se l'approprier, et aide à les comprendre. Dans la classe des traités propédeu tiques rentrent, non-seulement les introductions proprement dites (90jr. IiiTioavGTioii , etc.), mais les livres de sciences auxiliaires. Les Encyclopédies, qui , par un rapide résumé de toutes les sciences, en tedlitent l'étude, peuvent être considérées comme d'excellentes propédeutiques aux études spéciales ; seulement, il fout que ces résumés soient foits par des hommes qui possèdent à fond la science dont il s'agit. Ck>NV. Lxx.
PROPEHSION, pente, tendance naturelle d\in corps vers un autre corps, vers un autre point : tous les corps pesants ont une propension naturelle à descendre. «-^ Ce mot se prend au figuré pour inclination, penohani* On dit dans ce sens la propemion au bien, la propension au mal. Foy. Pxnchaiit. X.
PROPERCS. SiXTus AvEiLivs PtorttTnis, l'un des représentants les plus célèbres de l'élégie erotique chei les Latins , naquit dans l'Ombrie, l'an de Rome 709, selon Schœll et les critiques les plus estimés. Neuf villes se disputent rhonneur de lui avoir donné naissance ; mais si Ton veut lire avec attention la \^ élégie de son Vf livre , on reconnaîtra que cette prétention n'est raisonnable que pour Mevania ou l'ancienne Hispelhim (aujourd'hui Spello). Cette mime élégie nous apprend que sa fomille était
t Cdi Ht il vnl qat povr evprlm*- \*\Ah qvt no» attarhong Mjotnrdlial •■ BM propbà», MatHi, àmè U Ckàrmiéêt, ré«»li
connuedanslepa78,iiofi>pMiali6iM;qQ*enfontf il perdit son père, fot dépouiUé de son riche patrimoine, et qu'au moment où il allait débuter au barreau, Apollon lui fit quitter l'éloquence pour la poésie. Le véritable Apollon de Properce fot l'Amour. Son cœur une fois pris , sa tète s'exalta. Poète briUant, érudit, quelque peu lyrique, 11 chanta les phases principales de sa passion pour Hostia ou Hostilia, qu'il a immortalisée sous le nom de Cynthie. S'il fout l'en croire sur le mérite de son amante , eUe ne brillait pas moins parles talents de l'esprit que par la beauté du corps . Mais l'imagination est la foculté dominante de ce poète, et ses Jugements peuvent n'avoir pas plus d'exactitude que ses sentiments n'ont parfois de délicatesse. Sa lyre ne trouve guère les accents d'une sensibilité vraie : les voluptés sensuelles sont tout pour lui , et l'on dirait à chaque instant qu'il se préoccupe moins d'exprimer sa passion que d^imiter les Grecs. Il tend surtout à mériter le surnom qu'il se donne quelque part, de Callimaque romain; et l'abus qu'il foit d'une mythologie savante nuit singulièrement à ses peintures, généralement tracées avec une grande richesse de couleurs. Il a plus d'art que Tibulle, mais on s'en fotigue; et Ton s'étonne que les anciens aient tenu la palme inceriaine entre ces deux rivaux. Quoique le moins lu des élégiaqnes latins , Properce est un des grands poëtes de l'antiquité. Favori de Mécène, U fot l'ami de Tibulle et d'Ovide. On croit qu'il mourut à 40 ans, 19 ans avant J. C.
L'édition princepê de ses ouvres est de 1479. Les bonnes éditions modernes, celles de Kuinoel (Leipf. ,1804,9 vol.), ceUedeJakob(Leipf.,1897), et celle de Lachmann (Berlin, 1890), contiennent 09 élégies , divisées en IV livres , dont il existe en français plusieurs traductions en prose et en vers, nommément celle de M. Mollevaut. J. TB4vns.
PROPHÈTE ( TtpdfiftrriÇi de vpofém^ verbe qui signifie plutôt J'e»po$e, fatiesie, propono, eloquor * , que je prédiê ). Les Septante ont rendu ce mot qui, en hébreu signifie orateur, inierpreê, intemuntius, et plus spécialement interpreê Det, interprèles des volontés de Dieu, qualification que reçoivent déjà, dans la Bible , Abraham et tous les patriarches. Pour les Hébreux, un nabi était un intime de Dieu, un sage, le plus souvent orateur populaire, ayant pour mission le maintien de la religion de Moïse, des mœurs et du bien-être du peuple. Sous Samuel ,
In mot! ItpO^TPCI tAv /UcAA^rMV, cmz i|«l procUrnsnt In cbctMi à ff«hr*
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nous trouYonê la premiè^ mention des écoles de prophètei, confréries où les jeunes gens d'élite, les hommes les pins intelligents de toutes les tribus vivaient auprès des docteurs de la loi et de la poésie , à la manière de la société pythagoricienne ; ils étudiaient Tesprit de la loi et Texprimaient dans des chants sacrés. Il y avait de ces écoles dans plusieurs villes du pays : à Rama , à Jéricho, à Béthel et à Guilgal. Leurs membres habitaient ensemble et mangeaient à la même table. Ils portaient un manteau d*étoffé grossière, retenu par une ceinture de cuir. De ces écoles sortirent ces orateurs qui prirent à tâche d*épurer et d*étendre la science religieuse et morale; de maintenir Tidée mosaïque du règne de Dieu contre les empiétements des rois et contre la tiédeur des prêtres, lesquels ne s*occupaient que des formes de Tesiercice religieux ; enfln de prédire les destinées des États dans des oracles tantôt sévères, tantôt consolateurs. L'instruction , la profonde intelligence et Tinspiration religieuse de ces hommes , qui s'élevaient au-dessus de leur siècle, ont impressionné si vivement Timagination des Israélites , qu'ils n'en ont trouvé l'explication qu'en admettant une intervention particulière de la Divinité. Les prophètes eux-mêmes se présentaient comme des envoyés de Dieu, comme des sages inspirés par lui, dont lesdiscours et les chants pouvaient être regardés comme la parole divine. L'effet de ces oracles fut encore agrandi parla poésie et la musique dont ils les accompagnaient. Aujourd'hui même, par l'élévation, l'abondance des pensées et leur caractère particulier, ils font l'admiration des hommes dont le jugement n'est pas feussé par d'absurdes préventions. Du présent qui leur apparaissait sombre et inquiétant, les prophètes élevaient souvent leur regard vers un avenir éloigné, meilleur, où la toute-puissance et la sagesse de Dieu feront triompher la vérité et la vertu. Telles étaient nommément les prophéties messianiques (itoi;^. Messie), dans lesquelles, dirigeant l'attention de leurs auditeurs sur cet avenir idéal où un sauveur du peuple ramènerait l'âge d'or et répandrait l'adoration du vrai Dieu parmi les autres peuples de la terre , ils opéraient plus puissamment sur l'esprit de la multitude et donnaient à la vie religieuse un él^n particulier. Nous avons des discours de plusieurs prophètes dans les livres prophétiques de l'Ancien Testament {vqy. Bible). On les distingue en grqndê et petits prophètes, suivant l'importance de leur mission, ou aussi suivant celle des livres qui nous restent d'eux. Les premiers sont Isale, Jérémie, izéchiel et Daniel. U y a eu
19 petits prophètes ; ce sont : Osée, loâ, AflMi, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacnc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachias. D'antret prophètes ne nous sont connus que de nom. — Foir Stœudlin, Nouveaus matériaus pamr Vexplication des prophètes (Gœtt., 1790), et lichhom, Les prophètes hébreu» {(bid., 1819» i vol.).
Dans TAncien Testament , la femme d*lsale s^attribue le nom de prophétesse ; dans le Nouveau Testament, il est aussi donné à Anne, fille de Phanuel. David est souvent désigné par le titre de roi prophète. En parlant des gentils, oq donne le nom de faux prophètes aux devins on ministres des feux dieux. Mahomet est regardé comme le prophète de Dieu par les musulmans. Enfin, dans les temps modernes, le terme de prophétie s'est étendu à toutes sortes de prédictions. 8. CàMMH.
PKOPHtTES. J'aborde ce vaste champ sans hésitation, mais avec douleur. Jamais l'esprit humain n'a répudié avec plus d'orgueil la vérité des miracles et la sincérité des prophètes. Je me trompe : Rome ofiHt une époque aussi déplorable. De Lucrèce à Cicéron, la reine du monde perdit sa foi religieuse; de Marias à César, le peuple roi perdit sa foi politique; les dieux s'en allèrent, puis la liberté, puis la gloire, pois la nationalité : un tyran et des esclaves, voilà tout ce qui resta des vieux Romains. Tandis qu*elle tombait d'autant plus bas qu'elle était jadis montée plus haut, Rome crut pouvoir remplacer la religion par la philosophie qui avait détruit la religion. Ici éclate l'impuissance de l'intelligence humaine : la philosophie ne put tenir lieu du polythéisme, la plus misérable des religions ; et le monde vécut d'incrédulité, de despotisme et de servitude, jusqu'au jour où la parole du Christ vint rattacher la terre au ciel. Nous tendons vers une pareille décrépitude, et un autre Christ ne saurait venir r^eunir l'univers et consoler l'humanité. — Fille de la philosophie des Grecs, et semblable à sa mère, la phUosof^e moderne a flétri ce qu'elle n'a pu détruire. Elle ouvrit la révolution du monde intellectuel par sa révolte contre l'ordre religieux. Avec Luther, la liberté se place fece à face de l'autorité, et l'homme commence sa lutte avec Dieu : la liberté engendre l'examen, l'examen engendre Panalyse, l'analyse engendre la dissolution. — Les réformateurs ne tendaient pas à ce fruit amer de la réforme; ils voulaient opposer l'autorité qu'ils tentaient de construire à l'autorité qu'ilstentaient d'abattre ; ils eurent longtemps leurs confessions et leur doctrine ; mais la liberté des
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proteitants devait détruire Tautorité du protestantisme; et leur principe générateur devait nécessairement se transformer en principe destructeur. — A son tour, la vieille et sainte autorité de riglise catholique s*égare dans le combat, elle nie la liberté de Thomme, c'est-à-dire rhomme même, et soulève contre elle Tindépendancede Tesprit humain. Spinosa la pousse vers une licence panthéiste, Hobbes vers la servitude matérialiste, Collins et Tolland vers le doute et la négation de Tinfini. Au combat des Titans modernes contre le ciel, succède une bataille rangée contre la morale. Vissue était facile à prévoir; il n*est pas de morale possible sans religion. C*est dans la fOi qu*est la morale; c'est là qu'est sa source, sa sanction et sa fln ; hors de là , il existe des lois et des peines , une opinion et des convenances qui peuvent conduire vers une mort lente les peuples incrédules, mais qui ne sauraient leur <iire : relevez-vous et marchez ! La base ébranlée, Tédiflce fut chancelant. Montaigne avec le doute, Kabelais avec le ridicule, la Mothe le Yayer avec le raisonnement, portèrent dans la philosophie morale la guerre que Luther et Calvin avaient portée dans la philosophie religieuse; ils furent comme les héritiers des deux grands réformateurs. A la guerre succéda l'anarchie; Voltaire termina cette lutte par le triomphe de l'incrédulité. Après le pouvoir religieux, après le pouvoir moral, restait le pouvoir politique. On le fait à son tour descendre dans l'arène. Abandonné par la religion qu*il avait abandonnée, répudié par la morale qu'il avait flétrie, seul et sans défense, il ne pouvait que tendre la gorge au couteau ; le duel engagé par Bodin fût terminé par la passe-d'armes de Mirabeau. Robespierre ne se mesura pas contre des assaillants, il tua des vaincus. — Sans foi religieuse, sans toi morale, sans foi politique, que reste-t-il à un peuple? Il doit voir incessamment tomber toutes les hiérarchies humaines ; la famille même doit disparaître. L'homme doit rester seul avec son égolsme et son intérêt. Ces deux vices deviennent alors des vertus : comme la science de l'homme, par l'homme et sans Dieu, le conduit à l'isolement, il faut qu'il s'aime seul, puisqu'il est seul. Comme il a brisé tous les liens qui rattachent le fini à l'infini, il ne reste de l'homme que ce qu'il a de terrestre et de grossier; et dès lors le bien-être matériel et l'or qui le procure sont le but unique d'une existence qui sort du chaos et retourne au néant. Gomme il croit à l'intelligence et non à l'âme, le cri de la conscience, l'attrait de la sympathie, tous ces trésors de Joies et de larmes qui sur-
gissent de la sensibilité , cèdent la place à ces émotions grossières de la sensation, qui pousse au plaisir et repousse la douleur. Alors naissent les théories sensuelles que Locke renouvelle d'Aristote, que Condillac embellit, et que les saints-simoniens ont traduites dans toute leur brutale naïveté. Alors, naissent les théories d^utilité privée, qui, fondant l'homme sur son organisation matérielle, ne le poussent que vers la satisfaction de ses besoins et de ses plaisirs. Alors naissent les théories générales d'utilité qui, dans les pays protestants et dans les pays philosophiques, ont répudié tous les principes pour placer l'homme et le peuple sous la fatalité des événements, en substituant la nécessité à la Providence. — Lorsqu'on est parvenu à ce déplorable état, et nous y sommes, que peut-on dire des prophètes sans s'exposer à la risée de tous, au risque de ne pas trouver un regard qui nous rassure , et une âme qui réponde à notre âme. Sans doute, il est des hommes qui se croient supérieurs, parce qu'ils ontWu que la terre dépeuplée de Dieu est stérile et déserte ^ et qui voudraient refaire une religion, à charge de ne pa^ y croire eux-mêmes. Ils bâtiraient volontiers une basilique, comme ils élèvent une caserne; et comme ils peuplent l'une de soldats, ils voudraient peupler l'autre de croyants. Mais à ceux-là on peut leur dire : marche ! et à ceux-ci on ne saurait leur dire: crois! Les mouvements de l'âme ne sont pas des manœuvres de régiment, et le pouvoir exerce sur les actions une autorité qui lui échappe sur les sentiments. Il faut que les philosophes dévorent avec effroi le fruit de leurs œuvres. — De nos Jours, l'esprit prophétique est incompréhensible aux esprits tels que la philosophie du sensualisme et de l'égoïsme les ont faits. — Quand on répudie la prophétie et le miracle, l'esprit de Dieu animant l'esprit de l'homme, on ne peut faire sur les prophètes que de la science, et de la fausse et déplorable science. Naguère encore, on parlait des oracles avec une foi qui se trompait sans doute, mais qui était du moins de la foi, toute superstitieuse qu'elle pouvait être. On voyait la funeste prévision de l'ennemi du genre humain dans les prophéties des religions étrangères. C'était le génie de $atan, plongeant dans les ténèbres de l'avenir pour y surprendre les mystères de la Providence. Mais s'agissait-il de son Dieu, de sa religion, de sa secte, un éciair d'en haut venait illuminer l'homme d'en bas ; il marchait guidé par le doigt de Dieu ; il parlait, inspiré par l'esprit de Dieu! L'homme croyait encore, et il rattachait, selon les forces de son intelligence, le <x>nnu à
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rinconnu, le fini k Tinfini, les formes de Tétre àTétre lui-même! La scieDce, froide, loanimée, manque du sentiment, de la conscience, de rame, en un mot, seule puissance humaine qui rattache la terre au ciel. Aussi^ est-il curieux de la voir, armée de Terreur, du sophisme et du menson^^e, pénétrer dans ce champ sans limites du croyant, attaquer la foi passive comme superstition, la foi active comme fanatisme, se servir du faux pour détruire le vrai, et du crime pour nier la vertu. Pour la science tout est analyse; et ce qui ne laisserait pas un résidu dans le creuset ne saurait exister. Pauvre science I Admirable par le raisonnement et la dialectique, par la clarté, Tordre, la méthode qui a fait des pas immenses, par Finvention et la perfection de tous les instruments qui pourrait conduire à la science réelle, si Tarbre n*en était resté dans rÉden. Pauvre science! qui nie rinfini avec une parole altière, et qui, stationnaire depuis Aristote et Platon, ne peut pas nous dire encore ce que peuvent être le temps et Tespace, la vie et la mort; qui veut étaler tout Thomme à nos regards et qui ne peuvent nous dire ce qu*est Tintelligence , le sentiment, comment Pâme existe, comment «lie s^unit au corps, com* ment die se manifeste à Textérieur. Pauvre science! qui, avant de passer à Tâme, devrait bien commencer par connaître le corps, et nous dire ce qui constitue la respiration, la circulation, la génération ; ce qui produit la peste, le choléra, la variole. Pauvre science! si habile dans la description des e£Fets, à systématiser les réfultats, si impuissante à s'élever à une cause» à une idée première quelconque. C'est pourtant la science qui, sans la foi, veut nous expliquer, depuis cent ans, ces mystères de rinfini, ces ténèbres de Tinconnu , où Ton ne peut parvenir que par Tintuition. La science a vu des jongleurs, des médecins, des sibylles. C'est là quelle a trouvé les prophètes. Tout est mensonge, escamotage, art d'empoisonner ou de guérir, tout est prestidigitation. Illusion, fourberie, tout est homme, rien n*est Dieu dans la religion. Motse savait la fonUine qu'il fit jaillir du rocher; Élie montait au ciel sur un char d'opéra ; Elisée marchait sur les eaux avec des patins de liège; le malade guérit par un remède; le mort ressuscite parce qu'il n'était pas mort; et celqi qui meurt a reçu le poison qui le tue. Comment la raison humaine n'a-telle pas suffi pour montrer à ces esprits forts que le crime ne se commet pas en vain, qu'il y faut être poussé par un intérêt personnel ou par un intérêt de caste, et que les prophètes étaient
isolés et solitaires, vivant persécutés et pauvres, mourant pauvres et martyrs, ne demandant ni la puissance ni l'or, montrait leur tête quand Dieu leur commandait d'aller porter sa parole dans le temple, dans le palais, sur la place publique ; et, leur mission accomplie, cachant ensuite dans les rochers et les déserts cette même UU que l'amour de la vie, inséparable de l'huinanité, les poussait à conserver jusqu'au moment où Dieu leur disait : l'en ai besoin ! — Non, rien aujourd'hui ne peut être dit sur les prophètes parce que rien ne peut être compris. L'oreille ne peut entendre, l'œil ne peut voir,lec(Burne peut sentir. On appelle la religion comme un instrument dans les affaires publiques ; on ne s'aperçoit pas du vide qu'elle laisse dans les âmes. Malheur à elle si, au lieu de briser par U main de Dieu la porte qu'on lui ferme, elle entrait, aidée du pouvoir, par la porte qu'on loi ouvre ! ce ne serait plus la fille de Dieu, l'ange du malheur, la reine du monde. Prostituée de l'homme, flétrie par ses caresses, elle tomberait bientôt à la fin de son orgie politique. Silène peut être que ce qu'elle est, et si elle n'est pis ce qu'on la croit, elle n'est rien. C'est dans cet esprit qu'il faut lire et méditer les prophètes; c'est dans cet esprit que les Sébreux ont écouté Moïse, et qu'après trois miU^ ans ils vivent encore de sa vie et de sa parole. C'est dans cet esprit que les chrétiens ont a<loré l'Éfangile, et que, pleins de confiance dans ses promesses, ils ont enduré le mariyre et souffert roppression; qu'humbles dans la grandeur, résignés dans li souffrance, ils ont accompli ce rêve qu'on appelle la vie, que quelques illusions sillonnent, que tant de cauchemars frappent de douleur et d'effroi, et qui finit à la tombe, séjour de mort où le chrétien commence à vivre et où les autres croyances cessent d'exister. -- Les philoso* phes hébralsants se refusent à Tlnspiration. C'est par la physiologie et la psychologie qu'ils veulent l'expliquer. Au milieu d'un monde qui se croit animé du sentiment religieux, le tm intime de la religion a perdii toute sa puissance. On sent qu'il e$t un Dieu, une âme; on éprouve le besoin intérieur de croire ; on est travaillé du péril de l'ordre social jeté en pâture à Tincrédiilité. Mais la philosophie, teUe que le xtui" siède etla révolution l'ontfaite, pèse sur le monde comme une fotalité ; et, â part quelques hommes que le presifiage de l'esprit fèrt n'a pas encore eflrayés, ii faut une autre génération, une autre instruction, d'autres lois, d'autres instilulions pour mettre un terme à la révolte du monde matériel contre le monde spiritneL Les âmes qui
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tâchent de croire vont même de nos Jours chercher la foi hors de la religion. :Swendemborg et Saint-Martin cherchent Dieu à travers le [délire de leurs fantastiques visions : ils ont vu ce que Fœil ne peut voir, ils ont entendu ce que Toreille ne peut entendre. Eux qui ne peuvent appréhender par les sens Pâme captive et souveraine dans leur corps, veulent, à Taide d^organes matériels, traverser FabUne qui les sépare de riiifini. Leur folie ne manque ni de zèle ni d*onction, mais elle ne peut mener à rien parce que c*est la folle. D'autres mystiques, renouvelés delt«« Guyon, cherchent les mystères par la contemplation; ils lèvent tous les voiles par intuition* Leur âme, qui ne peut sortir d^elleméme pour se manifester par elle-même, leur âme, qui, se ramenant en soi, ne peut se révéler à elle-même, ils veulent qu'elle puisse attirer à elle rinvisible, l'inconnu, l'infini. La psychologie n*est jamais parvenue à une idée première, à une idée simple, à une idée nécessaire ; et le rêve des mystiques ne sera jamais qu^un rêve. Le prophète Ta dit avant nous à ceux qui chei^ cbent ce quMls ne peuvent trouver dans ce monde : « L'homme ne peut me voir et vivre. » — Ceux-là mêmes qui cherchent avec la foi ne peuvent s'empêcher de chercher avec leur esprit : ils portent l'examen dans la recherche et le libre arbitre dans le jugement. De là la diversité des commentateurs. Est-ce figure ou réalité? sens littéral ou sens allégorique? parabole ou histoire directe? Le prophète qui dévoile l'avenir a la prescience de l'incrédulité qui l'attend : a Écoutez et ne comprenez pas, dit Isaïe.» Mais, lorsque les temps sont accomplis, les voiles soulevés, les mystères révélés à l'homme, alors Tapôtre dit de l'Évangile : « Que cehii qui Ut comprenne !» — Au premier aspect, la prophétie directe semble commander la fui. Qui peut résister à la clarté de ces paroles : « Une vierge concevra. » Les Hébreux les admettent et ils en nient l'accomplissement : « Le Christ sera mis à mort. » Ils admettent encore, et ils attendent celui qui doit naître de la vierge et qu'ils doivent livrer à la mort. Ainsi, les Jmh ne croient pas aux prophètes en ce que le christianisme a accompli} les protestants n'en veulent que ce qui ne blesse pas leurs doctrines; les catholiques seuls prennent le livre de Dieu comme les Hébreux jusqu'à l'avènement du Christ, comme l'universaKté des fidèles depuis l'ivangile. Ainsi, tous sont d'accord sur ces magnifiques promesses , sur ces terribles menaces de la voix de Dieu tonnant par la bouche des i^ophètes sur la ruine de Jérusa-
lem, sur la captivité de Juda,6ur les soixante et dix ans de servitude , la chute des Chaldéens, les victoires de CyruSiles conquêtes et les désastres des Perses, des Grecs, des Romains; sur Tabomination et la perte des Moabites, des Tyriens, des Philistins, des Égyptiens. Les faits sont venus justifier les paroles, et le doute a disparu. Mais les Juifs ne peuvent admettre Taccomplissement de leurs prophéties dans notre religion qu'en abdiquant la leur ; les protestants ne peuvent avoir notre intelligence des prophéties qu'en cessant d'être protestants. Ainsi, discuter avec eux sur les prophètes n'est pas chose de science, d'érudition, d'examen et de controverse, c'est le fond même de leur religion qu'on débat, et ils ne pourraient convenir d'un tort historique sans avouer en même temps le mensonge de leur croyance. ^ Dans notre pauvre scolastique, les commentateurs ont été rarement d'accord : plusieurs abandonnaient le sens littéral pour le sens mystique ; et plusieurs variaient encore sur l'allégorie qu'ils imaginaient. Mais ici, tout est d'une sainte loyauté : personne ne peut être surpris à ces interprétations dont la subtilité ne blesse pas la piélé naïve. Saint Jérôme n'hésite pas à dire, dans la pureté de son cœur : « Ce que j'ai appris, je le communique avec simplicité à mes frères. Ils sont très-libres certainement de choisir l'interprétation qu'ils veulent suivre. » En effet, le texte hébreu, quelquefois mal iranêmi$, quelquefois mal compriê, la version grecque, quelquefois abrégée, quelquefois infidèle, ouvrent la lice à des interprétations diverses pour tous ces esprits à la fois sublimes et simples, pour toutes ces âmes à la fois austères et naïves , qui, s'abreuvant à leur soif au fleuve des prophètes, se laissaient entraîner par le courant. — Mais comment oser de nos jours livrer à la risée de l'incrédule ou au dédain de l'indifférent, l'esprit des voyants, tel qu'il apparaissait jadis à l'esprit des croyants (vcor, Malacbu)? On ne peut aujourd'hui que faire de la science sur les prophètes, c'est^-dire répéter ce que les autres en ont dit, en groupant les mêmes foits dans un système différent, car voilà ce qu*on appelle science de nos jours ; elle ne nous enseigne pas ce que nous ne savons point ; mais ce que nous savons, elle nous l'aprend autrement, voila tout. Les païens avaient des temples spéciaux où des prophètes et des sibylles proclamaient leurs oracles : là se signale l'œuvre de l'esprit sacerdotal. Le sacerdoce hébreu fut toujours étranger et souvent ennemi de l'esprit prophétique. L'esprit de Dieu se reposait sur un homme, et
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l*hoinine prophétisait. On a divisé les prophètes fD grands et en petits : tous sont égaux entre eux; et ce qui les distingue, c*est que ceux-là ont laissé un plus grand nombre de prophéties. Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel sont nos quatre grands prophètes; Ozée, Joël, Amos, Abdias, Michée, Jonas, Nabum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie sont les petits. Mais les hommes, à qui Tesprit de Dieu a touIu apparaître, forment d'Adam à Moïse une suite non interrompue de vrais prophètes. Ce n'est qu'après Moïse que les prophètes suscités écrivirent leur prédictions; et de Samuel à Malachie la parole de Dieu sur son peuple et sur le monde nous a été conservée. L'écriture cite des prophètes, des prophétesses , des associations de voyants. Saint Épiphane en compte une succession de 73 d'Adam à Marie, les Juifs en comptent 48. Les commentateurs des prophètes sont innombrables ; et leurs dissentiments ont soulevé la colère des philosophes. Il était facile d'éviter cette controverse. Bossuet avait dit avant eux : « Le concile de Trente n'établit la tradition constante, ni l'inviolable autorité des saints Pères, pour l'intelligence de l'Écriture; que dans leur consentement unanime, et dans les matières de la foi. Les explications littérales et historiques ne sont pour la plupart ni de dogme ni d'autorité. » Le champ est libre et vaste, comme on voit, pour les conjectures. Mais ce qui a été cru toujours, pour tout et par tous, est aux yeux du chrétien hors de toute discussion. C'est là ce que l'universalité des fidèles, c'est-à-dire l'Église, a cru jusqu'à ce jour; c'est à cette croyance qu'il faudra revenir, parce que là, et là seulement est la vérité. L'anarchie des opinions isolées, la licence du droit d'examen, qui plie le sens de l'Écriture à la merci des passions, au gré des sentiments; la révolte du crime qui nie la puissance qui le condamne ; la folie de l'homme, qui cherche Dieu hors de Dieu, ou qui veut se faire un Dieu à sa guise, toutes ces saturnales philosophiques auront leur terme. La nature vraie de l'humanité la ramènera dans la voie d'où l'orgueil de l'intelligence et les émotions de la chair l'ont chassée. Le jour du prophète arrivera. « Dieu créera un nouveau ciel et une terre nouvelle. Le soleil ne resplendira plus dans le jour, la lune ne luira plus dans la nuit, Dieu seul sera éternellement notre lumière et notre gloire. » J. P. Pages.
PROPHYLAXIE, de x/>b, et fvXâ990è , je veille, garde ) , Mtoiciiii phophylactiqui , médecine préservative ou de précaution, partie de la médecine la plusutilede touteset pourtantla moins
connue et la moins pratiquée. En effet , comme elle est essentiellement individuelle, elle suppose que chacun possède des connaissances sur sa propre organisation, sur les agents susceptibles de la modifier d'une manière fovorable ou fâcheuse ; ou bien qu'il se met sous la direction d^une personne plus éclairée dont il réclame incessamment les conseils : ou bien enfin qu'une autorité bienveillante et sage veille continuelI^ ment à écarter de lui tout ce qui pourrait loi nuire. La diffusion des connaissances relatives aux sciences naturelles et à l'hygiène, en suscitant des habitudes plus intelligentes et plus régulières, amènerait certainement une amélioration de la santé publique et une augmentation de la vie moyenne. De toutes les maladies {vojr.) qui sévissent sur l'humanité, il en est un grand nombre qui pourraient être prévenues ou singulièrement amoindries si Ton accordait plus d'importance à l'étude du mot physique , ou si l'on consultait le médecin sur les incommodités supportables qui sont les avant-coureurs ordinaires des afiPections sérieuses , et si l'on se disait indiquer les précautions qu^elles nécessitent, au lieu d'attendre qu'elles nous donnent un rude et souvent trop tardif avertissement, f^o/. KloiMB, Hygiène, etc. F. Rati».
PROPITHÈQUE , mammifère quadrumane, appartenant à la famille des lémuriens, constituant un genre auquel Bennett assigne pour caractères : quatre dents incisives aux deux mâchoires : elles sont dilatées et rapprochées vers la couronne, et écartées vers la base, à la mâchoire supérieure, rapprochées et proclives, à la mâchoire inférieure où les deux externes sont plus grandes; une canine de chaque côté, en haut comme en bas ; huit molaires à la mâchoire supérieure, dont les deux premières de chaque côté, pointues, la troisième et la quatrième allongées et bituberculées extérieurement; six seulement à la mâchoire inférieure, dont la première a une pointe et les autres plusieurs tube^ cules; rostre médiocre ; jambes de derrière plus longues que celles de devant; index court; queue longue et poilue. L'espèce qui forme le type du genre, et la seule connue jusqu'ici, a été obse^ vée par Telfair à Madagascar; elle porte le nom de propilhèque diadème {propithecus diadefM)' Le pelage des parties supérieures est cendré ; I« membres, la queue et une bande frontale sont blanchâtres ; la face interne des cuisses est nuancée de roux ; le vertex, la nuque et les mains sont noirs. Il a vingt et un pouces de lon-
gueur.
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PROPONTIDE. Les anciens avaient donné ce
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nom à la mer qui baigne les côtes de l^ancien royaume de Pont, et qui communique à la mer Egée et à la mer Noire par l^Heltespont et le Bosphore de Ttirace. Cette mer porte aujourd'hui le nom de mer de Marmara, à cause de 111e ainsi nommée qu'environnent ses eaux. X.
PROPORTION. (Beaux-arts, Technologie.) Ce mot a le même sens dans le discours ordinaire et dans tous les arts où il est employé : il désigne les relations de grandeur, soit entre les dimensions d'un objet, soit entre ses parties comparées entre elles ou à leur ensemble. Il n'est pas nécessaire dans tous les cas que les relations soient déterminées par des opérations de mesure, que l'on puisse les exprimer par des nombres : on se contente le plus souvent des impressions produites par la vue des objets, lorsque le coup d'o»l est suffisamment exercé. — Dans toutes les applications de l'art du dessin, il est rigoureusement prescrit de conserver dans les images les proportions des choses représentées, quelle que soit la réduction des grandeurs réelles. Dans la peinture, quelques artistes médiocres ont eu la prétention de se soustraire à cette loi constamment observée par les grands maîtres. Selon ces partisans de l'indépendance des beaux-arts, le génie ne se prête pas à cette régularité, qui ressemble trop à la marche du calcul, aux opérations faites avec le compas; mais il est évident que si les proportions des objets ne sont pas transportées dans leur image, les formes sont changées, il n'y a plus de ressemblance. Que penserait-on d'un portrait si le visage était trop long, les yeux trop petits ou placés autrement que ceux de l'original? On convient que la peinture serait froide, si elle ne Joignait pas à Texacte représentation des formes l'expression de la physionomie, de tout ce qui caractérise Tétre intelFigent, sensible, passionné ; on exige même que le sculpteur sache animer le marbre, le bronze. Celte source de perfection des beauxarts ne reçoit rien des proportions; mais l'architecture, soumise aux lois du bon, plus sévères que celles du beau, tire toutes ses ressources des propriétés des formes et de leur assortiment, et rétude des proportions peut seule révéler à l'architecte les secrets de son art. Firkt.
PROPOKTION.(ilf a^/iéma/t^ties.) Lorsque l'on compare deux quantités de même espèce, ou plus exactement les deux nombres qui les représentent , le but de cette comparaison peut être de savoir combien l'une surpasse l'autre ou est surpassée par elle ; ou combien l'une contient l'autre ou est contenue en elle. Le résultat de ces deux manières de comparer 6*appelle rap-
port ou raison (ces mots sont synonymes), avec cette distinction que , dans le premier cas, c'est un rapport de différence^ et dans le second un rapport de quotité. Le premier genre de rapport ou raison s'obtient en opérant la soustraction du plus petit nombre sur le plus grand ; le second genre s'obtient en opérant la division du plus grand nombre par le plus petit. Il suit de là que ces deux genres de rapport sont essentiellement différents : un seul exemple pris au hasard suffira pour confirmer ce principe. Soit à comparer les deux nombres 5 et 15, leur rapport de diffé-^ rence ou par diffétence est 10; leur rapport de quotité ou par quotient est S. Il est encore admis, en langage mathématique, d'appeler un rapport par différence rapport arithmétique, et d'appeler un rapport par quotient rapport géométrique.
Pour indiquer que Ton compare arithmétiquement ou par différence deux nombres donnés , on les sépare par un petit trait horizontal qui est le signe de la soustration : ainsi 15 — 5 exprime le rapport ou la raison arithmétique de 15 à 5 : sa valeur absolue est 10. Pour indiquer que l'on compare géométriquement ou par quotient deux nombres donnés , on les sépare par deux points, ou on les écrit sous forme de fraction : ainsi 15 : 5 ou 7 exprime le rapport ou la raison géométrique de 15 à 5, ou 5.
Deux nombres entiers sont toujours susceptibles d'un rapport arithmétique en nombre entier, parce qu'on peut toujours opérer la soustraction entre eux ; mais deux nombres entiers ne sont pas toujours susceptibles d'un rapport géométrique en nombre entier, parce que leur division ne s'opère pas toujours sans reste. Lorsque la division peut se faire exactement, on dit que leur rapport est entier; si le quotient n'est pas exact, le rapport est fractionnaire. Les rapports entiers ou fractionnaires sont dits commensurables , etloTsqu^on ne peut pas les exprimer de cette manière , ils sont incommensurables. Ces dernières qualifications ne s'appliquent donc qu'à des rapports géométriques. Dans tout rapport arithmétique ou géométrique,comme15— 5 et 15 : 5, le nombre que l'on écrit le premier, ou le premier terme , s'appelle antécédent; le nombre que l'on écrit le second , ou le second terme, s'appelle conséquent.
Maintenant, si nous comparons deux rapports entre eux, composés chacun de son antécédent et de son conséquent, mais en observant de les prendre tous deux de même espèce, soit arithmétique, soit géométrique, nous en tirerons les remarques suivantes : le premier antécédent
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étant plus grand ou plus petit que son conséquent, si le second antécédent est aussi respectivement plus grand ou plus petit que son .conséquent, on dit que ces rapports sont directs entre eux, parce que le plus correspond au plus et que le moins correspond au moins; le premier antécédent étant plus grand ou plus petit que son conséquent, si le second antécédent est respectivement plus petit ou plus grand que son conséquent, on dit que ces rapports sont inverses l'un de l'autre, parce que le plus correS' pond au moins et que le moins correspond au plus. Si les deux rapports sont arithmétiques et que leur raison soit la même ; autrement dit, que les différences de chaque antécédent à son conséquent soient égales, on dit que ces deux rapports sont égaux, et que les quatre termes qui les composent, sont en proportion arithmé^ tique. Par exemple : les rapports 3—5 et 7—9 ont la même raison 3; on indique cette circonstance en les écrivant à la suite Tun de Tautre et en les séparant par deux points : 3 : 7 : 7 : 0, que Ton énonce 3 est à 5 comme 7 est à 9. Cet assemblage constitue une proportion arithmé^ tique. Une proportion arithmétique ou par di^• férence résulte donc de la réunion ou, plus exactement, de la comparaison de deux rapports arithmétiques égaux.
Si les rapports comparés sont géométriques et que leur raison soit la même ; autrement dit, que les quotients de chaque antécédent par son conséquent soient égaux, on dit que ces deux Rapports sbnt égaux, et que les quatre termes qui les composent sont en proportion géométrique. Par exemple, les rapports 15 : 5 et SI : 7 ont la même raison 3 ; on indique cette circonstance en les écrivant à la suite Tun de Tautre, et en les séparant par quatre points, ainsi qu'il suit; 15 : 5 :: SI : 7 que Ton énonce 15 est à 5 comme âl est à 7. Cet assemblage constitue une proportion géométrique. Une proportion géométrique ou par quotient résulte donc de la réunion ou, plus exactement, de la comparaison de deux rapports géométriques égaux.
Bans toute proportion, arithmétique ou géométrique, les deux termes situés aux extrémités sont nommés les extrêmes; les deux termes du milieu sont nommés les moyens.
De la constitution même des proportions il résulte, dans chaque genre, une propriété générale et fondamentale qui consiste en ce que, savoir : lodans toute proportion arithmétique quelconque,la somme des extrêmes est toujours égale à la somme des moyens ; d» dans toute proportion géométrique quelconque, le produit des extrê-
mes est toujours égal au produit des moyens* Les propositions inverses sont également vraies{ savoir : 1» si quatre nombres pris dans un ordre consécutif sont tels que la somme des extrêmes est égale à celle des moyens, il y aura proportion arithmétique entre eux ; â» si quatre nombres donnés sont tels que le produit de deux d*entre eux soit égal au produit des deux autres, il y aura proportion géométrique entre eux.
Ces propositions ont des conséquences nombreuses qui sont fréquemment employées dans les calculs arithmétiques. Nous nous bornerons ici à indiquer les principales.
1« Toute transposition de termes, et même toute transformation qu^on peut faire subir à deux ou aux quatre termes d*une proportion, savoir : dans une proportion arithmétique, de manière que la somme des extrêmes reste égale à hi somme des moyens^; dans une proportion géométrique, de manière que le produit des extrêmes reste égal à celui des moyens, ne trouble point la proportionnalité spéciale des quatre termes de cette proportion.
Trois termes d*une proportion étant connu, le quatrième s*en déduit, savoir : si c^est un extrême, dans une proportion arithmétique, en formant la somme des deux moyens connus, puis en en retranchant Textrême connu ; si c*est un moyen dans une proportion de même genre, eu formant la somme des deux extrêmes connos, puis en en retranchant le moyen connu ; si c*est un extrême, dans une proportion géométrique, en formant le produit des deux moyens connus, que Ton divisera ensuite par Textrême connu ; si c*est un moyen, dans une proportion de même genre, en formant le produit des deux extrêmes connus, que Ton divisera par le moyen connu. L*opération par laquelle on obtient le quatrième terme d*une proportion au moyen des troisautres, s^appelle régie de trois ou simplement régie de proportion. Diaprés ce qui précède, le procédé de calcul qui s^y rapporte est des plus simples; mais dans toutes les questions dont la solution dépend de cette règle, avant que d^exécuter le calcul, il s*agit d*eu établir judicieusement les éléments, d*en poser convenablement les termes.
3o On dit qu^une proportion est continue, lorsque, de ses quatre termes, deux moyens on deux extrêmes sont égaux, comme seraient, par exemple, les proportions : arithmétique, 8 : 5 : 5:9ou5:8:3: 5; géométrique, 4: 8:; 8: 16 ou 8 : 4 :: 16 : 8, que, par abréviation, on écrit en trois termes , comme il suit et respectirement : f 8 . 5 . â, ^ 4 : 8 : 16, où le 4* terme est