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yemenU oratoires, le ityle théière bien an-deuut de rélégance didactique; maie il y a toi^oan entre le poète et Torateur une TUte dif tance, et nom derons dire avec M. J. Ghénier (Essai êur lêsarts):
AImI qa'au wmn bte CilU, U firat à l'doqMocc
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De CM trhtm d« ttyl* ont paré lann onTraget;
MaU TOUS n*jf tronTea paf tont ce pompeux jargon.
Tons eee lambeanx de ver* eana rime et lana raison,
Ibwe oe» omwti Cm», ■<■ yanâ le goét a'édipea.
6i Ton a bien saisi le caractère de la prose, on ne sera pas étonné qu'elle n'apparaisse qu'après la poésie dans les littératures anciennes. L'organe de l'imagination a dû se faire entendre dans l'enfonce des peuples avant celui de la raison. Aussi voyons-nous partout des odes sacrées, des chants populaires, des récits épiques, avant qu'on sente le besoin de la prose. Celle-ci naît en Grèce au vi« siècle avant notre ère. Pline, le naturaliste, en attribue le premier emploi à Phérécide et à Cadmus; Strabon, à Cadmus et à Hécatée : une foule de poètes étaient connus quand écrivirent les logographes,- quand Hérodote mérita le nom de père de l'histoire, et ouvrit la carrière à Thucydide, à Tbéopompe, à Xénophon; quand l'éloquence connut Gorgias, I.ysia8, Isocrate, Ischine, Démostbène; quand la philosophie se fit entendre par la voix de Platon, d'Aristote, d'Ëpicure, et d'une foule d'autres. Même antériorité de la poésie chei les Romains : les premiers monuments que nous connaissions de la langue latine, ce sont les chants des Arvales et des Salions ; le premier prosateur est rannaliste f abius Pictor qui ne précède guère J. C. que de deux siècles : les chroniqueurs en vers l'avaient prévenu. Des cycles de poèmes avaient également devancé chex nous Vilie-Hardouiu, Joinville, Froissart, MonsUelet, Commines, Calvin, Rabehiis, Amyot, Montaigne, 8. François de Sales, Duvair, Yaugelas, Patru, Baixac, ces précurseurs de Descartes et de Pascal, philosophes dont l'esprit méthodique fut un flambeau pour le goût fhmçais, et qui donnèrent à notre prose ses princijpaux caractères, la darté, la correction, l'exactitude, sans en exdure toutefois aucune des qualités qui font le grand style, l'audace Jointe à la simplicité, la
naltetéan snbnme,niarmonte à lam^esté. Gel aventureux métaphysidens étaient tenus en bride par la rigueur des sciences matbémati* ques, et la source de leurs immortels écrits est la source même de la prose, à savoir t une raison forte et très-culUvée.
Après eux, les grands prosateurs ne furent plus en quête d'un idiome, et bientêtla religion eut pour interprètes Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier, Massillon ; la philosophie, la Ro* ehefoucauld, Malebranche, la Bruyère; l'histoire, le cardinal de Retx, Saint-Réai, d'Orléans, le duo de Saint-Simon; le genre épistolaire, M«« de Sévigné ; l'éloquence Judiciaire, Pélisson. Tels furent les succès de la prose, qu'au xviii* siè* de, on voulut établir sa prééminence sur la poé* sle. La Mothe avança ce paradoxe, Fontenelle l'appuya, Trublet le défendit, Marivaux, Montesquieu, Condillac, se rangèrent parmi les agresseurs de la poésie ; BuCfon eut la prudence de ne rien écrire contre ce grand art; mais il se signala de vive voix parmi ses détracteurs, et n'eut pas d'autre éloge pour des vers sublimes que cette formule de Dudos : C'est beau comme de la prose. Le génie le plus complet de l'époque, Voltaire défondit la poésie qu'il représentait; et souvent, il dit en plaisantant : «Je ne fois à pré*» sent que de la vile prose. » C'était presque un argument de la part de l'un des quatre grands prosateurs du siède. S'il n'a pas la force de Montesquieu, la pompe de Buffon, l'éloquence de J. J. Rousseau , Voltaire a une clarté, une lim** pldité, une variété, qui. Jointes à l'esprit léger, indépendant, moqueur, en font l'écrivain français par excellence, et le mettent bien au-dessus des prosateurs, ses contemporains, d'Aguesseau, RoUin, Yertot, d'Alembert, Diderot, Thomas, Helvétius, Fréret, Lebeau, Raynal, Marmontel, Servan, Cazotte, Bailly, Condorcet, Barthélémy, la Harpe, etc.
La révdution Arançaise dut beaucoup influer sur les formes de la prose, si modifiées déjà par les déclamations des philosophes : il follut à l'énergie de la tribune une langue insoucieuse de la grammaire; à Texaltation des Journaux et des clubs, le vocabulaire des carrefours et des halles. Du chaos sortit la lumière. M. de Chateaubriand et M"« de SUèl brillèrent comme deux phares à l'aurore de noire siède : on sait quelle a été leur influence. La noblesse de leurs pensées, l'élévation de leur style, ouvrirent de splendides horizons; et depuis 40 ans, ils ont guidé les premiers pas de tous les hommes de valeur qui sont entrés dans la vie littéraire. Peut-être que trop d'édat extérieur Jaillit de leurs oeuvres; et
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leur exemple a contribué fans doute à confondre, comme Ta fait leur école, les tons, les nuances des divers travaux de Tesprit; mais quels que soient les torts des imitateurs, ces deux génies du premier ordre, généreux éclios de leur temps, marqueront une nouvelle et grande pliase de la prose française. J. Tiaviis. PROSE D*ÉGLIS£. On se douterait peu que la dénomination de sermo pedeitrii, dont parle Horace dans son jirt poétique, ait été donnée par rÉglise à certaines hymnes latines composées de vers non rhylbmés , mais terminées par des rimesobligées, comme le vers gaulois, et n'ayant, ainsi que lui, pour prosodie, qu*un certain nombre de syllabes. Ces hymnes, qui se chantaient aux messes solennelles après le graduel, étalent par leur nature à peu près rhythmique, mais par la rime surtout, une transition grossière à la versification française, qui, sans longues et sans brèves aussi subitement appréciables que celles des idiomes grecs et latins, mais servie par Técho de la rime, n*en est pas moins montée à un haut degré d'harmonie. Dans quelques missels, les proses ont le nom de séquence (sequentia), parce qu'elles se chantaient après Valleluia (le louez Dieu). Les beaux rhythmes d'Homère, de Virgile, de Pindare et d'Horace sommeillaient, manuscrits, dana les humides caveaux de quelques couvents illettrés, mais il faut toujours que l'homme chante , et avant tout les louanges de Dieu; et dans cette nécessité la prose, fille du moyen âge, remplaça, dans ces temps de barbarie, la pompeuse prosodie des bymmes d'Orphée et du Carmen secuiare d'Horace; il lui suffisait pour toute beauté d'être pleine de l'esprit de la fol et de l'amour du vrai Dieu. Cette prose rimée et chantée précéda l'an 840, car à cette époque on sait que le moine Nolker de Saint-Gai en composa plusieurs, les premières ayant été brûlées dans le saccage de l'abbaye de Jumiéges, incendiée par les Normands : il n'en était échappé qu'une seule aux flammes, dans un antiphonalre. Depuis, on en composa beaucoup d'au* très : il y en eut pour toutes les fêtes et dimanches de l'année, excepté depuis la Séptuagésime jusqu'à Pâques. Les chartreux, par austérité, et les bernardins , sans doute par révérence pour la philologie latine, n'en voulurent pas admettre dans leurs missels ; sous ce dernier point, ils eussent dû excepter de la proscription le Labénie jam êolis fvlâ, composition si pure, si douce, si religieuse, si mystique d'une jeune reine de France. Presque à l'exemple de ces abbayes, l'Église romaine n^admet que quatre bynmes principales, les autres sont comme ac-
cessoires : ce sont celle de Pâques, Fieiimœ pat' co/t; celledelaPentec6te,f^ent; SancteSpirihus celle du saint sacrement, Lauda, Sion: et celle qui se dit pour les morts , Die$ irœ. Selon la chroniqueurs, le roi Robert, au xi« siècle, aurait été l'auteur de la seconde, mais on attribue plus généralement à ce roi dévot le SanctiadsitnO' bis gratta/ la troisième est du fameux saiat Thomas d'Aquin, et la dernière est attribuée an cardinal Frangipani, qui mourut en Italie, Tu 294. Il n'est rien moins que ceitain queeette prose funèbre soit de ce cardinal. On lui donne une origine plus merveilleuse et plus pathétique (vox* Diis iijb). Cette hymne est une eff^yanle image du jugement dernier, un thème au tabletn de Michel-Ange. Toutefois, elle ne fut d'un conmun usage qu'au commencement du xvn« siècle. Depuis, il en fut composé de plus correctes, de plus philologiques, de plus poétiques, mais non parfumées de cette conviction sainte, de cette foi naïve, seule félicité de cette époque où les rois de France, portant chape, cbantaientan lutrin : c'était pour Charlemagne, qui avait ue voix colossale, un délassement à ses conquêtes; celui de LouU XIY, à la si noble taUle, était de danser dans les ballets à l'Opéra. Duisi-BAioir. PROSSCTEUR. C'est celui qui est chargé de disposer les pièces anatomiques qui doivent foire le sujet de la leçon du professeur : cette préparation, abandonnée ordinairement à de jeunes élèves, exige cependant de profondes connaissances et une grande habitude des dissections. ^ On conçoit, toutefois, que de sembUbles préparations ne sauraient être confiées à des hommes qui, malgré leur vaste savoir médical, n'ont pas acquis par une pratique de chaque jour l'habileté que nécessite une opération aussi délicate. Tout dans les commencements arrête le jeune anatomiste, et devient une source de difficultés pour lui. La manière d'enlever hi pean, de la détacher des muscles et des autres parties; la direction à donner aux diverses incisions; l'emploi à foire des divers instruments usités; b manière même de tenir le scalpel, présente des difficultés pour celui qui n'est pas habitué à s'en servir. On se tromperait fort, si l'on pensait qu'il suffit de consulter les ouvrages, ou d'étudier l'anatomte dans les manuels : certes, ces ouvrages sont d'une utUité incontestable; mais, qui pourra nier que lorsque le sujet n'accompsgne pas les descriptions, celles-ci sont souvent bien difficiles à comprendre. C'est dans les amphithéâtres, c'est sur le cadavre même, qa« ^ jeune anatomiste qui ambitionne hi pi»^ ^ prosecteur devra se livrer à l'étude de Wa^'
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mie. G*e8t en suivant pas à pas le corps humain depuis les parties les plus simples jusqu'à celles qui présentent Torganisation la plus compliquée quMl parviendra à connaître son anatomie sous le double rapport théorique et pratique. — Depuis la réorganisation des écoles de médecine, on a donné aux fonctions de prosecteur une tout autre importance : c*est à lui qu'est confiée la direction des élèves dans leurs éludes de dissection; il doit les faire opérer sous ses yeux, et préparer devant eux des pièces anatomiques. Certes, voilà une tâche' honorable. Elle égale celle du professeur, elle la surpasse même quelquefois, car une leçon ainsi donnée est, sans contredit, préférable à la leçon publique d'un professeur, laquelle ne peut souvent éclaircir les doutes qu'elle fait naître, faute de les soupçonner.—Là ne se bornent point les travaux des prosecteurs : nous venons de les voir diriger les âèves dans leurs premières études anatomiques; plus tard, sous la direction du chef des travaux anatomiques, ils seront chargés de répéter devant eux les diverses opérations de la chirurgie et de l'art des accouchements; ils les feront même exécuter sous leurs yeux, pour que les élèves ne les pratiquent qu'après s'y être exercés longtemps. On comprend tous les avantages que présentent des études médicales faites de la sorte. Le cours d'anatomie n'est pas le seul qui appelle le talent du prosecteur; ceux de pathologie externe, de physiologie, d'opérations, d'accouchements et de médecine l^le, réclament aussi ses soins, et quelquefois même plue encore que celui d'anatomie. — Quand les cours sont terminés, les prosecteurs s'occupent de la préparation de pièces anatomiques destinées à être conservées dans les collections de Pécole, pour servir plus tard à la démonstration dans les cours. — L'anatomie pathologique est celle qui laisse sous ce dernier rapport le plus à désirer; c'est dans le but d'exciter l'émulation entre les prosecteurs et d'accélérer la marehede la science que le célèbre Dupuytren a fondé le musée qui porte son nom. — On le voit, les nombreux devoirs que les prosecteurs ont à remplir près des facultés sont pénibles : c'est une vie de travail, et ceux qui ont le courage de s'y résigner doivent , outre des talents et de l'instrottion , y apporter un xèle infatigable et un ardent amour de la science. -^ Hais, n'est-il pas de récompense pour tant de dévouement, et les avantages attachés à la place de prosecteur ne dédommagentils pas les jeunes anatomistes que leur mérite et le choix des professeurs font jouir de cette distinction honorable! Les émoluments attachés à
ces fonctions ne sont regardés que comme un accessoire par ceux qui sont véritablement animés du désir de s'instruire et de parvenir. Mais ces fonctions ne les mettent-elles pas chaque jour en rapport avec leurs professeurs , et ne leur fournissent-elles pas le moyen d'acquérir dans ces causeries scientifiques de nouvelles connaissances ! et si nous nous reportons aux conseils, aux soins même que réclament des prosecteurs l'ignorance et le peu d'habitude des jeunes élèves, ne voyons-nous pas dans ce nouveau travail un moyen d'acquérir cette habitude de la démonstration qu'ils seront peut-être appelés à pratiquer un jour en public ! — Le prosecteur est donc un jeune professeur qui foit sou apprentissage; timide encore, Il essaye ses forces avant de monter dans cette chaire qu'il doit illustrer un jour, et ce que nous disons là n'est point une idée chimérique; c'est que nous avons sous nos yeux dans le sein même de la faculté des hommes éminents qui, de l'amphithéâtre du prosecteur, se sont élevés jusqu'au professorat. — Les prosecteurs des diverses facultés sont nommés au concours : c'est, sans contredit, le meilleur moyen de reconnaître le vrai talent, mais que de fois cette formalité est devenue illusoire par la partialité des juges en faveur d'un protégé ! heureux encore quand celte partialité ne confie pas à des ignorants des fonctions qui exigent tant de talent et de zèle! C. Favrot.
PROSÉLYTE (du grec proêélutos, étranger). Sous le rapport religieux, on désignait ainsi l'homme qui abjurait sa religion pour en embrasser une autre. Sous le point de vue général, on nommait prosé(r(ef ceux qui changeaient de parti, quelle que fut la nature de ce parti, fût-il religieux ou politique. Les Juifo distinguaient deux espèces de prosèlytesy ceux de la porte et ceux de justice. Les premiers, qui avaient abjuré le paganisme pour adopter la croyance d'un seul Dieu, et vivre conformément aux sept lois des fils de Noé, refusaient cependant de se soumettre à la circoncision et aux prescriptions de Moïse. Hs ne pouvaient pénétrer que dans la cour antérieure du temple; la place qui leur était assignée avoisinait la porte extérieure. De là leur nom de proiéfyies de ta porte. Ils avaient l'autorisation de vivre en Judée ; mais seulement dans les faubourgs et dans les villages. Sous le règne de Salomon, on en comptait 50 mille qui travaillèrent au temple, et qui tous étaient d'origine chanauéenne. Les prosélytes de justice, en se convertissant, s'engageaient à observer toutes les lois de Moïse. Avant de les circoncire, on examinait les motifs qui avaient amené leur
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conversion ; puis on les purifiait en les plon« géant dans une piscine en présence de trois juges. Ceci avait toujours lieu un jour de fête. Cette al>lutton, connue tous le nom à^abltUion des proêélxtBs, n*était renouvelée que quand les enfants avaient une mère païenne. Les enfants prosélyteê âgés de moins de 15 ans ne pouvaient être admis parmi les prosélytes que du consentement de leurs parents, et en cas de refus de ces derniers, qu'avec Tassistance des Juges. Pour les filles, Tablution seule remplaçait la circoncision. A la suite de cette cérémonie, le prosélyte était considéré comme admis à une vie nouvelle; Tesclave devenait libre de droit. On a beaucoup discuté sur Tâge que les prosélytes chez les Juifâ devaient avoir atteint pour être aptes à recevoir Tablution. Les rabbins enseignent qu'aux prosélytes de justice y le ciel donnait une Ame nouvelle. Du reste , la loi de Moïse exclut certains individus du prosély tisme, tantôt à jamais, tantôt pour un certain temps. 11 est évident qu'il y avait des prosélytes de la porte du temps de J. C. : cela résulte du reproche qu'il adresse aux pharisiens, de parcourir 4a terre et la mer pour faire des prosélytes, et de les rendre plus grands pécheurs qu'ils ne l'étaient auparavant (Malth. xxiii). BlAme sévère et juste, applicable non-seulement à toute espèce de convertisseurê , mais aux prosélytes politiques travaillant pour le compte de telle ou telle opinion, et aux prosélytes de la philosophie, partisans de tel ou tel système. DiGT. BB LA CORV.
PROSERPINE, en grec Perêépfioné ou Ck>ra (la Fille), était, selon les uns, fille de Jupiter et de Styx, selon le plus grand nombre, de Jupiter et de Cérès. Pluton l'enleva, du consentement de son père, et l'épousa. Les poètes qui ont traité ce mythe le racontent diversement. Selon l'hymne à Cérès, Proserpine dansait un Jour dans une verte prairie, au milieu d'une troupe de nymphes, conduites par Pallas et Artémis. Elle s'éloigna de ses compagnes pour cueillir des fleurs. A la prière de Hadès» et par ordre de Jupiter, la Terre en fit naître dont la beauté et le parfum ravirent les dieux et les hommes. Proserpine se mit à les cueillir diligemment, et, fescinée par leur vertu magique, elle s'écarta de plus en plus. Tout à coup, la terre tremble; Pluton s'élance de l'abîme sur un char d'or traîné par des chevaux immortels, la saisit et l'enlève malgré ses cris, qui ne furent entendus que par Hécate et HéUos. Claudien raconte cet enlèvement avec encore plus de détails. La beauté de Proserpine, dit-il, enflammait tous les dieux,
mais surtout Mars et Apollon, Pour la soustraire à leur poursuites, Cérès la cacha en Sicile, dans une caverne gardée par un dragon. Pluton l'ayant demandée en mariage à Jupiter, Ténus reçut rordre de l'attirer par ruse hors de ceUe caverne. Elle se rendit donc en Sicile, accompagnée de Minerve et de Diane; et elle n'eut point de peine à engager Proserpine à venir se promener avec elle. Escortées de nymphes et de xéphyis, elles allèrent cueillir des fleurs dans une prairie. Tout à COUP, la terre trembla, et Pluton enleva sa fiancée, tandis que Jupiter témoignait son approbation par son tonnerre. En valu, le ni des dieux essaya-t-il de f^Ure consentir Gérés à ce mariage : il dut lui permettre de descendre aux enfers, et d'en ramener sa fille, à «condition qu'elle n'y eût pris encore aucun aliment. Mais pendant une promenade dans l'Ûysée, Proserpine avait mangé dhme grenade ; tout ce que Jupiter put faire alors pour consoler Cérès, ee fut de lui promettre que chaque année sa fille passerait le printemps et l'été sur la terre. Les hymnes d'Orphée appellent Proserpine la aèie des Euménides et d'Ébulée ou Bacchus, la fille unique, la reine des ombres, la compagne des Heures, la jeune fille toute-puissante, la déene désirée du printemps, etc. Son mythe est des pins compliqués, et l'art lui-même participe à cette obscurité mystique. Proserpine fait tout naître à la lumière ; eUe aime à courir à travers les prairies couvertes de rosée, à orner son corps de plantes verdoyantes. Sous le nom de Misé, elle est honorée comme la mère de Bacchus, la déesse chaste et sainte, la reine inelfoble à la fois hooune et femnie. Dans les mystères, elle était aussi le symbole de l'Ame emprisonnée dans le corps. Proserpine n'eut point d'enlant de Pluton ; laais Jupiter, sous la forme d'un serpent, l'avait rendue mère de Zagreus. Le même dieu lui avait fait don de la Sicile, et Agrigente lui était particulièrement consacrée. On la représentait assise sur un trône, à côté de Pluton, et tenant à la main un narcisse ou une grenade. On l'adorait encore à Locris et à Mégalopolis; un bois célèbre lui était consacré sur les bords de l'Aveme; à Rome, elle avait avec Cérès un temple où les hommes n'entraient qu'une fois par an. On lui sacrifiait des vaches noires et stériles; la grenade, la chauve-souris et l'hiver, lui étaient consacrés. Elle était adorée avec Gérés dans les mystère d'ileusis. Pirithotts et Thésée, ayant voubi l'enlever, furent condamnés, selon quelques poètes, à rester dans les enfers. D'après la tradition, elle coupe aux morts une boucle de cheveux, espèce de consécration aux enf^. Aux
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enterrements, on se frappait la poîtrine en son honneur. Pour Tapaiser, les amis et les serviteurs du mort se coupaient les che?eux et les jetaient dans le bûcher. On confond souvent Proserpine avec Hécate.— fo/r Gerhard; Fenere Proierpina illHêiraia, Fiesole, 18S6. CoHV. Lix. PROSODIS, partie intégrante de Part grammatical , qui traite de la prononciation accentuée des syllabes, et, selon d*Olivet, de leur aspiration, et surtout de leur quantité, c*est-à-dire des brèves, des longues et douteuses qu^un mot renferme, et qui sont ses propriétés phoniques (vocales) marquées quelquefois par raccen t aigu, ou grave, ou circonflexe. Le substantif prosodie tire son étymologie de la crase ou fUsion grecque, para-to-adéin (ractionde chanter). Il D*y a guère de prosodie bien déterminée et fixe que dans Fidiome des Grecs et des Latins : o*est aussi la plus mélodieuse, la plus magnifique, et la plus riche : aussi dit-on que c'est une prétresse même d*Apollon , une pythonisse, qui en fut rinventrice. La prose a aussi sa prosodie, jnais libre, ainsi que le récitatif en musique. Certains orateurs, surtout Cicéron , affectaient de rhythmer leurs discours, afin de séduire roreiUe en même temps que Tesprlt Nous ne soames pas de Tavis de Marmontel, qui prétend que c*est la musique qui donna ses nombres à la poésie : nous pensons tout le contraire. La voix de rhomme est naturellement une succession de notes ou degrés musicaux, lors même qu'il parle ou émet sa pensée. C'est la plus grande preuve de la présence d'une Ame qui donne ses passions à la matière. Il est impossible, si la première langue parlée par le premier homme fut l'bébraïque , qu'Adam, dans cet idiome, ait manifesté son admiration pour les merveilles de la création , et son amour pour ive, la plus belle des femmes, sans accentuer vivement sa parole, sansTanimer de longues et de brèves, tantôt plus lentes, tantôt plus rapides, enfin, sans la chanter en quelque sorte. La musique fut depuis une extension de cette prosodie naturelle x elle se sert même quelquefois du verbe prosodier pour exprimer les diverses mesures et rhythmes de son chant. Toutefois, la musique, par son art, perfectionna et fixa depuis la prosodie innée dans chaque Idiome : c'est ce qu'on ne peut nier. Certes, les vers et la musique sont le dépôt conservateur de la prosodie générale de tous les peuples. — Be tous les idiomes qui ont donné une Ame à la langue humaine, le français est peut^tre celui où se fasse sentir davantage l'absence de pro' sodie. Cela est vrai ; mais, si elle existe quel-
quefois presque A l'insu de l'oreille, quelquefois aussi elle s'élève A un accent, A un diapason, si je puis ainsi m'exprimer , si extraordinaire, si plein, si fort, qu'elle ébranle les sens les plus endormis; puis, selon le lieu de la scène, elle redescend A son gré A cette mollesse de sons qui enchante ou feit rêver les esprits : nous en donnerons quelques exemples incontestables. Des grammairiens ont été jusqu'A avancer que le français n'a point de syllabes qui soient longues ou brèves par elles-mêmes : certes, il faut qu'Apollon ait bouché avec de la cire les oreilles de ces malheureux lettrés. Citons seulement deux vers du poète qui contribua A fixer la langue française, et dont l'ouïe rbythmique était si délicate. Boileau a dit d'un ambitieux :
Le tliagriB motit* en groiip«t et galope avee lui.
It ailleurs, de la terre, dans l'Age d'or, qu'elle
ITetteadef t pM qu'un benf prcM^ de ralgnOkyi Traçât k paa tardlfi un pénible cUIm.
Dans le premier vers, qui ne voit, qui n'entend, le galop du coursier et tous ces rapides dactyles fuir avec lui dans la plaine? Dans les deux derniers, qui ne voit le taureau, bien qu'aiguillonné, traîner péniblement avec le soc tous ces lourds spond^? Voltaire veut-il peindre la mollesse des cardinaux, sa plume laisse doucement aller ces deux vers : Rome ne voit plus, dit-il, que
Dee pHtrea fartoAie fooler d'«n pied tranqnIDt Lca tonbeanz dca C^re ef la pendre d'éaile.
Toutes les liquides de ce distique ne coulentelles pas insensiblement comme le fleuve d'huile le Léthé? Et dans ces vers de Racine, lugubrement prononcés , au sujet de M ardochée , par Aman, dans Esther •*
Je l'ai tnmré coovert d'nne effrénée ponaeUra, Rerêtu de lembcaux , tout pAle : mais eon obU Cooscrrait sons la cendre encor le mtee orgncll.
Quelle oreille peut nier l'effet terrible de ces deux extra-longues, toui pâle, isolées avec tant d*art, et rejetées au second hémistiche? A elles seules, elles sont un fentôme. Restons donc persuadés, tout amour-propre national A part, que l'idiome italien, si accentué, et l'anglais, avec ses étemels et inévitables trochées (pied d'une longue et d'une brève), n'ont nul droit de se prévaloir de leur prosodie sur la prosodie française. Les grands poetesde France ont merveilleusement Joué de leur instrument. Cette défense, ou plutôtcet éloge de la prosodie française, m'a été inspiré par un passage très-inconvenant
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de lord Bfron, où il jette un regard dédaigneux sur la versification française. Mettant à part les douteuses, Quintilien a dit que « les Latins avaient des longues plus longues , des brèves plus brèves,Iesunes que les autres, mais que les poètes ne laissaient pas de leur attribuer une valeur égale. » LMdiome français est dans le même cas, et c'est ce qui fait la ricfaesse de sa prosodie, qui devient ainsi pleine de ressources variées pour Tinstrument du poète. C*est dans Malherbe, Boileau et Racine qu*est toute cette prosodie, le Gradus ad Pamasêum des muses françaises. Ces poètes Font à Jamais fixée : cela seul les rendrait immortels. Ce qui place Horace bien au»dessus de Virgile, c'est d'avoir, le premier, transplanté de la Grèce en Italie la poésie lyrique avec ces rhythmes magnifiques des Sapho, des Alcéeet desPindare. Le cygne de Mantoue, d'ailleurs si harmonieux, était loin d'être doué de cette puissance musicale. De nos jours, l'usage mobile ne peut être l'arbitre de la prosodie; Je le répète, les grands poètes l'ont fixée, et le théâtre français en est le sacré dépositaire; ce legs des Richelieu, des Corneille, des Molière et des Racine ; cette gloire, ce sanctuaire de la langue française , parlée aujourd'hui sur toute la face du globe, ne saurait trop éveiller la sollicitude, et concentrer la protection et l'amour du gouvernement et du prince : quand les langues s'en vont, les peuples s'en vont aussi. Denive-Baroiv. PROSOPOGRAPHIE, terme de rhétorique, servant à désigner une espèce particulière de description, qui a pour objet de représenter les traits extérieurs, la figure, l'air, le maintien d'un homme ou d'un animal (du $recprosôpùn, physionomie, et graphein^ décrire). En un mot, par protopographie, on entend l'art de tracer des portraits, soit en vers, soit en prose. Beaucoup d'auteurs ont abusé de cette faculté de décrire les personnages qu'ils veulent faire connaître à leurs lecteurs. Souvent ils les rendent méconnaissables à force d'esprit mal employé, de recherches minutieuses ou d'exagération. Le bon goût doit être le principal guide de l'écrivain qui veut faire usage de la protopographie. En général. Il ne fout peindre que les individus qui figurent en première ligne dans une action, et ne les peindre qu'à propos. Les portraits inutiles surchargent, refroidissent et entravent l'exposition des faits, et les portraits qui ne sont pas à la place qui leur convient dépareraient, loin de les embellir, les ouvrages d'ailleurs les plus remarquables. On trouve des exemples de proMopographie dans nos maîtres en histoire, en éloquence et en poésie, qui nous ont trans-
mis les traits des héros qu'ils ont câébrés. Bans un autre genre, Virgile, l'Écriture ( au livre de Job), Bossuet, Buffon , BeliHe , et d'autres encore, ont fait diverses prosopographiet du cheval, dont l'étude et la comparaison, très-intéressantés pour l'art, peuvent encore apprendre en quoi diffèrent l'esprit , le talent et le génie. CHAH?Â6RiG.
PROSOPOPÉE, c'est le nom de la figure de rhétorique la plus hardie, la plus frappante, la plus magnifique, et aussi la plus difficile à mettre en œuvre. Son nom vient du grec prosàpopoUaj formé deprosôpon (personne), et pot^d (je suppose), parce qu'en effet la prosopopée a en qndque sorte le pouvoir de faire une personne de ce qui n'en est pas une. Elle fait agir ou parler,en leur prêtant du sentiment, tous les êtres, quels qu'ils soient, soit animés, soit inanimés, absents ou présents, réels ou imaginaires. Magicienne puissante, à sa voix, les tombeaux s'ouvrent, et les morts évoqués se dressent du fbnd de leur cercueil, et font entendre aux vivants d'instl1l^ tlves et solennelles paroles. L'éloquence et la poésie ont seules le privilège de la prosopopéef encore ne peuvent-elles y recourir qu'en des âtconstances particulières et rares. Si la protopopée n'est pas de nature à produire un grand efrt, elle tombe dans le ridicule, ou glace les auditeurs au lieu de les électriser. Il y a dans la première Catilinaire un bel exemple de cette figure : Cicéron y fait parler l'Italie, la patrie, la république entière. C'est aussi une saisissinUprotopopée que celle qui signale le premier chant de li Pharsale de Lucain, où la patrie, sous la forme d'un ftintôme lumineux, dont le flront est couronné de tours, et montrant les débris de ses cheveux blancs qui tombent sur ses membres dépouillés, apparaît tout à coup devant César, prêt à franchir le Rubicon, et le supplie, d'une voix gémissante, de s'arrêter et de renoncer à la guerre civile. Nos grands orateurs de la chaire ont quelquefois employé la prosopopée avec succès. Bossuet en offre plusieurs exemples, notamment dans l'oraison funèbre d'Henriette, où il ranime les cendres de cette princesse. Tout le monde connaît la prosopopée que Fléchier sutsi habilement introduire dans l'oraison ftinèbrede Montausier : il est fâcheux que ce morceau soit déparé par des antithèses. On trouve aussi dans toutes les rhétoriques l'éloquente prosopopée de Fabricius, dans le discours de J. J.Rousseau contre les arU et les sciences : cette tirade chaleureuse serait parfaite si eUe éUit mieux placée, c'est-à-dire si eUe ne servait à étayer un paradoxe, et si sa concision n'était point ua
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sophisme. Nous pourrions citer des exemples de cette figure pleine d*animation dans les œuvres de Boileau, de Racine etd*autres de nos meilleurs poètes des deux derniers siècles ; mais nos lecteurs, nourris pour la plupart de la lecture de ces auteurs classiques, aimeront mieux sans doute une citation d*un poète contemporain. Lamartine, après avoir ftiit parler les novateurs du siècle dernier, qui croyaient voir dans leurs utopies le bonheur du monde à venir, leur répond ainsi :
Ek bien 1 le temp* sur toi pouMicrci A pdD« encore • fait un p««; Sortes, 6 mAaee de aot parce.
Sortes de la nuit Au trëpee l Venes coDtesipler Totre oavrege!
' Venes partager de cet âge Lagloireetlafdicitël G race, en promeese féconde.
Paraisses, blenfidtenra du monde!
Voilà Totre postérité !
Que toto^? ils dëtonment la we.
Et, se cadiant ions Icnrs lambeaai.
Leur fonle, de honte ëperdne.
Fait et rentre dans lenrs tombean.
Non, non, restes, ombres coupables; Antenrs de nos jours déplorables, Rcstesl ce supplice est trop doux; Ledd, trop lent i tous poursuivre, Devait TOUS condamner à vivre Dans le si^le enfante par vous.
Voici une prosopopée aussi neuve que philosophique et touchante, que nous trouvons dans Touvrage de Hontlosier, intitulé : Des mystères de la vie humaine, hauteur voulant caractériser le suicide , cet attentat si fréquent de nos jours, décrit Tespèce de lutte qui, dans cette crise fatale, doit s^établir entre Tâme et le corps. Il lui semble entendre un frère demander grâce à son ftrère. La victime dit à son bourreau : « Encore, si c*était un ennemi ou un étranger! mais moi, votre compagnon dans la vie, moi qui me suis prêté autant que Je Tai pu à vos fantaisies et à vos caprices ! vous voulez m*assassiner ! Que vous ai-Je fait! Je n*ai pas été destiné, comme vous, à une belle et glorieuse immortalité ! Peu de temps m*a été donné ; mais le temps enfin m*appartient. Laissez-moi en Jouir, et, pourvolre propre intérêt, ne terminez pasparun crime une existence déjà vide d*honneur et de yerlu. » — Les rhéteurs distinguent une autre espèce de prosopopée, qu'ils appellent diaiofftsme, parce qu'elle a la forme du dialogue. On en voit un admirable exemple dans le morceau du prophète Isaïe, traduit par Louis Racine, et commençant par ce vers :
CoBBMit fit dlsptn ce BMhn lapltoyable? «le.
— Il faut regarder aussi comme des dialogfsmes la fiction où Boileau met en scène un auteur qui défend ses vers, et celle où il représente TAvaricCy excitant le marchand à courir sur les mers. CHAnvAcifAC.
PROSPECTUS, mot latin signifiant vue, per^ spectite, espèce déprogramme, qui se publie avant qu'un ouvrage paraisse, et dans lequel on eh donne une idée, on en annonce le format, le caractère, l'étendue, on dit le nombre des volumes, les conditions de la souscription, etc. On ne doit pas avoir grande confiance dans les pro^ messes des prospectus. Il y a aussi des prospectus de Journaux qui ne sont pas moins menteurs, et des prospectus d'entreprises qui, depuis quelque temps surtout^ le sont beaucoup plus encore. X.
PROSPER D'AQUITAINE (saint). Une opinion qui n'est que probable fait naître saint Prosper en 405, et lui donne vaguement pour patrie «la province d'Aquitaine, faute de pouvoir indiquer un lieu plus positif. D'ailleurs, absolument rien de connu sur les parents et les premières années de ce saint personnage; car si l'on nous dit qu'il s'appliqua, dès sa jeunesse, à l'étude des belles-lettres, et qu'il y fit de surprenants progrès, c'est par une coi^ecture à laquelle ses ouvraged ont aidé. Hais nous savons que saint Prosper alla vivre quelque temps en Provence, et qu'il s'y trouvait encore lorsque saint Augustin adressa au clergé de cette province les deux livres de la Correction et de la Grâce, Ces deux ouvrages ayant été vivement critiqués par quelques ecclésiastiques, Gaulois de renom, comme tendant à détruire le libre arbitre, saint Prosper et HUaire, homme instruit et pieux, crurent devoir en informer saint Augustin, qui répondit par ses traités de la Prédestination et de la Persévérance, où les objections de ses adversaires sont si complètement et si solidement réfutées. Après la mort de l'évêque d'Hippone, saint Prosper fit avec Hilaire le voyage de Rome, afin de tourner la vigilance du pape sur les erreurs des semi-pélagiens. GélesUn I«% qui alors occupait le siège pontifical, s'empressa de condamner la naissante hérésie, dans une lettre aux évèques des Gaules, adressée nommément à Yenerius, évèque de Marseille. Au début de sa lettre, saint Célestin cherche paternellement à prémunir les fidèles contre les dangers de la nouvelle doctrine, et puis il manifeste avec solennité ses sentiments pour l'évèquc d'Hippone : « Cet homme de sainte mémoire, dit le pontife, resta toujours attaché à notre communion, qu'il édifia par ses rares vertus ; Jamais soupçon, même léger, ne put l'atteindre et le flétrir. Sa
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science était si profonde que mes prédécesseurs Pont mis au rang des plus éminents docteurs de l'Église. Il était aimé, honoré de tout le monde. C'est pourquoi vous devez résister à ceux qui oseraient attaquer sa mémoire, et faire tous vos efforts pour les réduire au silence. » — Cédant aux instances d'Hilaire, saint Prosper entreprit aussi de combattre le semi-pélagianisme, qu'il jugeait dangereux : ce fut à cette occasion qu'il composa son beau poème Contre les ingrats* Plus tard, vert l'an 440, sur l'invitation du pape, saint Léon le Grand, il revint à Rome, et acheva d'écraser le pélagianisme, qui recommençait à lever la tête, malgré les rudes coups que lui avait porté saint Augustin. Une con* testation s'étant élevée (444) touchant le jour auquel on doit célébrer la fête de Pâques, saint Prosper y prit part , et dans cette circonstance» montra des connaissances très-étendues en ma* thématiques et en chronologie. Il avait même composé sur ce si^et un cycle pascal de quatrevingt-quatre ans, curieux monument que le temps nous a dérobé. Quoique saint Prosper ait été jugé digne de prendre place parmi les Pères de Vir glise, on s'accorde à croire qu'il resta toujours laïque, et l'on rejette comme fabuleux tout ce quedisent de son épisoopat,UghelIus, Trithème et quelques autres écrivains postérieurs. L'époque de sa mort est incertaine; mais on voit, dans la ohroniqnedeHar€e]lin,qu'ilvivaitencoreen463.
— L'historien de l'Église, Mosheim, en parlant des œuvres de saint Prosper, dit « qu'elles plaisent par l'élégance et la vérité des sentences morales ; mais qu'elles manquent de précision , de méthode et de raisonnement. » Cette restriction, destructive de l'éloge, ne peut être admise à l'égard d'un père que saint Augustin appelait un autre tuv-même et que Joseph Scaliger proclamait le plus savant écrivain de son siècle : aussi les théologiens éclairés n'estiment pas moins dans les écrits de saint Prosper la méthode , la distribution et la disposition du sujet que l'élégance , l'énergie et la chaleur du style. Voici la liste exacte des ouvrages que lui attribuent les critiques les plus judicieux : I. Lettrée à mint Augustin et à Enfin (428). Il y conjure l'évéque d'Hippone de mettre sa doctrine dans le plus grand jour possible, et de prouver conunentle libre arbitre s'accorde avec la grâce qui le prévient; Rufin est chargé d'appuyer cette prière. On sait que saint Augustin répondit par les deux traités de ta Prédestination des Saints,eidu Donde la Persévérance. II. Poème contre les ingrats (430). Ce poème , véritable résumé de la docirime de saint Augustin, est di-
visé en quatre parties, précédées d*ane préitoe, où l'auteur déclare qu'il écrit contre les semipélagiens, qui se montraient ingrats enven la grâce de J. C. De tous les ouvrages de uiiit Prosper, ce fut le plus goûté \ c'est aussi celui où l'on voit le mieux la force et la beauté de son génie. L'Épitaphe des hérésies de Nestoriu» et de Pelage (430) n'est qu'une bagatelle éeha|h pée â un esprit transporté de joie, qui, dans no style ironique et plaisant, célèbre le triomphe de l'Église sur deux trop fomeux hérésiarques. III. Réponses aux Objections des prétresganlois (431). Ici , saint Prosper, entrant lui-même en lice contre les ennemis de la grâce , ne ftdt que répéter sous des formes nouvelles les arguments que saint Augustin avait employés dans ses livres de la Prédestination et de la Perséyérance. IV. Réponses à Vincent (431). Au nombre de ces prêtres gaulois était un nommé Vincent, qui, désespérant de vaincre saint Prosper avec les armes loyales de l'argumentation , eut recours à une lâche perfidie : il fit une liste de 16 propositions insoutenables, qu'il répandit comme les opinions de ce père. Dans ses réponses , saint Prosper prend ces propositions une à une, en démontre l'extravagance, et leur oppoce ses propres sentiments t c'est ainsi qu'il confond son téméraire calomniateur. V. RèptmsM aux prêtres de Gênes (439). Après la mort de saint Augustin, deux prêtres génois, l'un app^é Camille, l'antre Théodore, envoyèrent à Biint Prosper quelques propositions du livre de k Prédestination et de celui de la Persévérance, en priant ce père de leur en donner la véritable intelligence, qu'ils craignaient de ne pas bien saiiir eux-mêmes. Leurs questions sont empreintes d'autant d'humilité que de bonne fbi , et saint Prosper n'en fait pas moins paraître dans lel éclaircissements qu'il donne sur les difficultés proposées. VI. Commentaire sur les Ptaumet (434). Il embrassait , dit-on , tout le Psautier; nuiis nous n'en possédons que ies cinquante etun dernier^ , moins le cent septième , perdu pins tard. Au reste , ce commentaire est basé sur le sens allégorique et moral, et ne s'occupe presque jamais de la lettre. VII. Livre des sentences tirées de saint Augustin (451 ). Ces sentenceSf au nombre de 890, forment un abrégé de tbéo* logie que saint Prosper s'était fait pour son pfO' pre usage, afin de se rendre plus familière li doctrine de saint Augustin. ÉpigrammesiUi)* Le mot épigrammes étant pris dans son antique acception, ce nesontque les sentences dont nous venons de parler, traduites en vers iMiks et même assez élégants. CArofiigtie. Elle commence
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à la création da monde « et finit à la priie de Eome parGenséric, roides Vandalei,en49tt. Jnt' qu*à Tannée 396, saint Prosper copie la chronique d^Eusèbe, terminée à oette époque ; alorf il transcrit la chronique de uint Jérdme , qui le conduit Jusqu*en S79; toutefois» même dans cette première partie , il ftiut reconnaître comme ap* partenant à saint Prosper les lutei des consuls, depuis la quiniième année de Tibère, document de grand intérêt pour la chronologie, mais dont on ne troure rien dans Busèbe ni dans saint Jérdme. Ainsi ^ le traTail le plus important de saint Prosper se renferme dans la période de 079 à 455* I. Latishb.
PROSTHlSB, ignre de diction, qui consiste à i^outerune lettre au oommencementd'un mot, sans en changer lesens,du gncprosthêsii,àériré de proêtUhémi <iJonter, apposer) : cette figure est donc i«ie espèce de métaploime. Cest par proêthèm que le mot français grenouille^ par la simpleaddition d^un ^, Tient du latin rannnou* luê! nombrild% HflUd^/i^tM^eny ifloutantuttii» Notti sommes redevables à la même figure des mots alkali, olmanach, etc. Nous avons ftdt re* marquer que la proiihèeê se lait par une addition au matériel du mot, sans rien changer au sens de ce mot; cela n*était pas indifférent , parce qu*il ne tant pas regarder comme des exemples de cette figure les mots qui commencent par quelque particule significative, susceptible d'altérer d^ne manière quelconque le sens du mot simple, comme dans comprendre, dé^ fiiire, tneinuer, etc. CiAarAoïiAG.
PftosTiÉsi, en termes de chirurgie, addition artificielle d'une partie sur le corps humain , à la place de celle qui manque. On dit aussi Pao- Tiksi {voy.),
PKOSTKATION (depro^lemere, abattre, Jeter par terre). On appelle ainsi un état de feiblesse, extrême et dans lequel le sujet peut à peine se mouvoir. C'est un signe fâcheux au début d'une ipialadie, et l'un des caractères de la fièvre typhoïde : à une époque avancée, la prostration est du plus défevorable augure, n ne fttut pas confondre avec la prostration la faiblesse apparente connue sous le nom é*oppre$êion de$ fOrteê et qui se dissipe sous l'influence du traitement débilitant, essentiellement contre-indtqué dans le premier cas. 9. KATiia.
PROTAGOKAS, philosophe grec de la secte dite des aAE>ffi<t^, appelée mieAnoutell» école d'Élée, est moins célèbre pour avoir modifié et propagé les doctrines philosophiques de Démocrite et de Leudppe q^e pour avoir, le premier, iilt abui de la dialeetiqne, t&vettlée, dit-on^ par
Zenon d'âée. U était d'Abdère; et si le tragédien Supolis l'appelle Téiên, c'est parce qu'Abdère était une colonie de Téos, ce que Biogène Laêrce aurait pu remarquer. C!omme Protégeras était compatriote de Démocrite, et que leurs principes étaient les mêmes, on a dit qu'il était son élève, son auditeur, comme s'exprime Diogène; mais de Ritter en doute, invoquant la chronologie, qui semble, en effet, mettre une trop grand distance entre ces deux hommes ce- ' lèbres. Il faudrait alors rejeter au rang des fsbles l'anecdote d'Aulu-Oelle sur la vocation de Protagoras. Celui-d aurait été primitivement portelUx; Démocrite l'aurait rencontré marchant avec une charge de bois sur le dos, mais si artistement arrangée, si parAiitement équilibrée, que le philosophe géomètre en aurait été ravi, et aurait tiré le crocheteur de oette abjection pour l'élever aux spéculations de la science. Il y aurait bien loin d'un pareil commencement à la condition où parvint Protagoras; car il fût l'un des hommes les plus habiles de son temps dans l'art de la parole, et tira de son talent une grande fbrtune. Le premier il exigea des honoraires de ses disciples; le premier, aussi, 11 fit consister la philosophie dans les mots plutôt que dans les choses; il pervertit la raison huniaine en la faisant descendre à de subtiles arguties, et il pervertit le langage, dont il accroissait les ressources et perfectionnait l'élégance, en le fsiisant servir à l'indigne usage de dénaturer ou de combattre la vérité ; enfin, U atUra sur lui, dans la puissante raillerie et l'argumentation pressée de Socrate, les seuls ana thèmes que le bon sens devrait Jamais lancer contre l'erreur. Ce sophiste (telle est la dénomination sous laquelle l'histoire l'a flétri, lui et la fbule de ses imitateurs), n'était pas resté confiné dans sa patrie ; il était venu se fixer à Athènes, déjà centre de la philosophie, de la littérature et de Tart grecs; mais il finit par s'en faire chasser comme athée, pour avoir commencé un livre par ces mots : « Je ne puis rien affirmer de la Divinité, ni même dire si elle existe ou non ; plusieurs raisons m'en empêchent, telles que l'incertitude de la chose en elle-même, et la brièveté de la vie humaine. » Le livre fut livré aux flammes, après qu'on en eut réuni tous les exemplaires qu'on put trouver. L'auteur exilé parcourut les différentes lies de la Méditerranée. Il aralt longtemps enseigné à Athènes avec un grand succès, et c'est là qu'il avait développé sa doctrine : « Que rien n'a Pexistence en propre, une existence immuable; que tout se borne à une série de phénomènes qui se produisent incessamment; que tout est appa-
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rence, que rien D^est réalité dans toute la force du mot; que Tinstabilité est le caractère commun de toutes choses; qu'il n*y a pas de vérités indépendantes, absolues; que toutes sont relatives à Tesprit de Thomme, de Tindividu. » De là cette conséquence : que le vrai peut être rendu faux, le faux rendu vrai par le talent de celui qui parle ; de là tout cet arsenal de sophismes qu'il ouvrait si largement à ses disciples, et dont son talent avait porté le prix si haut. Il en aurait été puni, s*il fallait croire Tanecdote qu'on rapporte. Un de ses disciples, qui se destinait au barreau, lui avait promis d'achever de le payer s'il gagnait sa première cause; comme il tardait à plaider, Protagoras le cite en justice, et lui pose ce dilemme devenu si fameux depuis lors; l'élève lui en rétorque aussitôt la contrepartie; les juges, ditron, remirent la cause à cent ans. Du reste, Protagoras ne se donnait pour maître en aucune science spéciale ; parler sur tout, habituer ses disciples à en faire autant, et les rendre ainsi hommes d'État et citoyens, tel était le programme ambitieux et vague de son enseignement, plus superficiel que solide : on y voit, toutefois, percer quelque chose de cette influence qu'eurent les sophistes sur la politique dans cette ville d'Athènes, où leur art fut un des produits, comme une des colonnes de la démocratie. Protagoras avait même donné des lois aux Thuriens, d'après Héraclide le Pontique, cité par Diogène de Laerce. Protagoras périt, dit-on, dans un naufrage, comme il se rendait en Sicile : c'était la mort des athées. Il peut revendiquer une large part et du mal et du peu de bien qu'ont fait les sophistes. La rhétorique (qui, de son temps, se confondait avec la sophistique) lui doit l'invention et la pratique des lieux communs. Aucun de ses ouvrages n^est parvenu jusqu'à nous : on en peut, du moins, voir les titres dans Diogène Laerce. Protagoras florissait vers 400 avant Jésus-Christ. J. B. Boisnt.
PROTE (du grec prôioi, premier), titre que porte, dans une imprimerie, celui qui, sous les ordres du maître, dirige, conduit et surveille l'exécution typographique des ouvrages. Le proie est exactement le premier des ouvriers, le chefouvrier d'une imprimerie ; il est la cheville ouvrière qui mène tout. Il a des fonctions fort étendues, qui demandent beaucoup de soin, de l'activité, de Tordre et ^ Tinstruction. En Tabsence du maître, il le remplace, soit pour entreprendre des impressions, soit pour en établir le prix avec les éditeurs. Au prote appartient la surveillance des ateliers ; il doit tenir la main à ce que chaque chose soit bien en place, afin que
les ouvriers ne perdent point leur temps à cher* cher ce qui leur est nécessaire pour travailler. C'est à lui que sont confiés les caractères et les ustensiles; c'est par lui que l'ouvrage est distribué aux compositeurs; il dirige leur travail, lève les difficultés qui s'y rencontrent, aide à déchiffrer la lettre et le sens des manuscrits peu liai-* blés. Ordinairement, la première fouille de chaque labeur est imposée par le prote lui-même, qui apporte tous les soins à proportionner la garniture au format demandé pour l'ouvrage et à la grandeur du papier choisi pour Timpression. Autrefois, le prote devait lire sur la copie toutes les premières épreuvet, les faire corriger par les compositeurs; mais aujourd'hui, c'est le plus généralement la besogne des correcteurs d'imprimerie. Il a bien assez de revoiries secondes épreuves, à leur retour des mains du correcteur et de l'auteur. Après cette révision, il les fait corriger s'il y a lieu, et en donne les formes aux imprimeurs pour les mettre sous presse et les tirer. Il procède ensuite à l'examen des fierces, c'est-à-dire qu'il voit, sur une première feuille tirée, si toutes les fautes marquées par l'auteur sur la seconde épreuve ont été exactement corrigées, s'il n'y a point dans la forwte de lettres mauvaises, tombées, dérangées, hautes ou basses. Il est encore de son devoir de visiter plusieurs fois dans la journée l'ouvrage des imprimeurs, et de les avertir des défauts qu*il y trouve. Enfin, il est aussi dans les attributions du proie de faire la banque aux jours fixés par l'usage de chaque établissement pour la paye des ouvriers; il détaille sur le registre de l'imprimerie le nombre des fouilles par signatures, qui ont été composées et imprimées depuis la dernière banque, et met le prix à la fin de chaque article. C'est ce qu'on appelle, en termes d'imprimerie, faire ta banque. Le maître remet le montant général de tous ces articles au prote, qui distribue à chaque ouvrier ce qui lui est dû. Dans les fortes imprimeries, où le prote seul ne pourrait suffire à tout, il a à sa disposition une ou plusieurs personnes capables et instruites qui le secondent dans ses fonctions. CiAMPàaiiAC. PROTÉACÉES. Famille de plantes dicotylédones apétales et hypogynes. Les fleurs sont hermaphrodites, rarement solitaires, plus souvent réunies en épis, ou en capitules, ou accompagnées quelquefois de bractées très-grandes et formant des espèces de cônes; chacune d'elles se compose d'un calice à quatre sépales distincts ou plus ou moins soudés entre eux, et formant quelquefois un périanthe tubuleux, à quatre découpures, itamines en même nombre que ICg
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«étMilef , sessiles et placées à la parité supérieure de la ftice interne de chaque sépale; leur anthère est k deux loges, s*ouvrant chacune par un sillon longitudinal. Ovaire libre, tantôt sessile, tantôt stipité, un peu oblique, à une seule loge, contenant un seul ovule attaché par le milieu de sa hauteur au côté de Tovaire où correspond le sillon longitudinal, qui règne sur le style ; celui-ci est simple, plus ou moins allongé,- terminé par un stygmate discoYde et un peu oblique. Le fruit est une sorte de capsule uniloculaire, s*ouvrant d*un seul côté par un sillon longitudinal. La graine, qui est quelquefois membraneuse et ailée, contient, sur un tégument propre extrêmement épais, un embryon dressé, dont la radicule est inférieure et placée au-dessous du point d^insertion de la graine. Les protéacées sont tantôt des arbres extrêmement élevés et d*un port très-majestueux, tantôt des arbrisseaux ou des arbustes très-petits; leurs feuilles sont alternes ou éparses, sans stipules, et leurs fleurs, tantôt axillaires, tantôt terminales, offrent une inflorescence très-variée. Aucune espèce de cette famille ne croit en Europe; elles abondent au contraire et forment un des caractères particuliers de la végétation au cap de Bonne -Espérance et à la Nouvelle -HoDande. Cette famille a été Tobjet de travaux importants de la part de Salisbury et de R. Brown. Voici le tableau des genres présenté par ce dernier botaniste dans le dixième volume des Transactions de la Société llnéenne de Londres.
*{* Fruit indéhiscent.
«. Anthères distinctes. Les genres : aulax^ Berg. f leucadendron j Hérm.; peirophila^ Brown ; isopogon, Brown ; protea^ L.; teuco^ âpermum^ Brown; serrurtaj Salisb.; mîmeteê^ Brown; nnfênia^ Brown; sorocephaluê^ Brown; BpateUa^ Brown; adenanthoê^ Labill.; guevina^ Molina; brabeium^ L.; pertoonia^ Smith; cenarrhenet, Brown; agastachys^ Brown ; âymphionema^ Brown; bellendena, Brown; frank" landia, Brown; êiirlingia^ Endl.
/». Anthères soudées. Les genres: êimsia^ Brown; conoêpennum ^ Smith; fiynaphea^ Brown ; mangleêia^ Endl.;
"H* Fruit déhiscent.
«. Uniloculaire. Les genres : anadenia , Brown; grevillea^ Brown; hakea, Schrad.; tembertia^ Smith; xylomelum^ Smith; oritea^ Brown; rhapala, Aubl.; knightia^'BTovm; emhothrium^ Forster; oreocaUii^ Brown; telopea^ Brown; lomatia^ Brown; êtenocarpus, Brown; heliciay Lour.
/S. Billocnlaire, Les genres : hankêia^ L. fils; dryandra^ Brown. Biciaib.
PROTECTEUR, celui qui aide et soutient une autre personne de sa recommandation, de son crédit Rien n*est plus rare qu*un protecteur désintéressé: dans les régions deTintrigue, dans les grandes affaires de ce monde , chacun foit payer ses services :
...... TtDt e'«rt eh^ àtasU
<^*im prouettor........
a dit la Fontaine. D^autres, qui ne mettent pas k prix leur protection, la font acheter bien cher à leurs obligés, en prenant avec eux ce qu'on appelle Vair protecteur. Enfin, il est des hommes sans crédit, mais ayant accès chez les grands, qui se donnent à tout venant des airs de protecteur, et ils ont leurs dupes : c'est une vérité que Gresset a résumée dans ce vers si connu :
Dm protcctnn A bat, des prot^<« si bécet.
Il faut se méfier des protecteurs mielleux dans leurs paroles : les protecteurs bourrus ont été comparés par je ne sais plus quel auteur à ces nuages noirs et brûlants qui menacent les campagnes de la foudre , en les fertilisant par des plulesabondantes. L*homme obscur, isolé, trouve rarement des protecteurs ; Thomme important que vient frapper une demi-disgrâce ne manque pas de gens qui lui prêtent leur appui. Sous ce rapport, les protecteurs sont comme les amis du grand monde. Combien de fois dans nos révolutions la protection d*un homme pauvre et obscur a été utile à de hauts personnages ! Un auteur qui débute sans protection a bien de la peine à percer dans le monde littéraire, où les amis et les prôneurs font tout. La Fontaine ne l'ignorait pas, lui qui, en mettant les six derniers livres de ses fables sous la protection de M"* de Montespan, lui disait :
Oljnpc, e*«ft •«••• qa'à «oa damier onTng* Votre Doa acrvt an jour à* renput «t cl'abrl;
ProUgrs (MtoraMls U livr* bvorl.
Par qui j'oac aapërer un* aaeoada vie.
Au temps des preux, le gentilhomme investi de Tordre de la chevalerie était le protecteur né des veuves et des orphelins. Aujourd'hui, ce beau titre se donne à l'avocat qui les défend gratuitement, au magistrat du parquet, qui stipule et soutient leurs droits en Justice. On a tout dit de certaines femmes quand ou a dit : Elle a H. un tel pour protecteur.
PiOTiCTiiim , était un titre que portaient à Rome les cardinaux, sous la protection desquels étaient certains ordres, et même chaque nation.
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On disait U cardinal prohdeur d*lfpagne, de France. In Angleterre, le Utra de lord protee^ ttur de la couronne d*Aogleterre M porté, au commencement de la querelle de la roie rouge et de la rose blanche, par Richard, due d*Tork, qui espérait par U atteindre à la couronna déjà chancelante sur la tèU du feihle Henri VI, Porté par Cromwell, mais comme prùtêcUur de la ré* publique d'Angleterre, ce titre était devenu Tégai de celui de monarque; mais son.Âls Kichard fut trop heureux de pouvoir s*en démettre pour rentrer dans la vie privée. Enfin, Napoléon, dans toute sa puissance, ne dédaigna pas la qualification de protecteur de la confédération du Rhin. Ci. du Rozoia.
PROTECTION (stSTtii M). Relativement à l*admlssion des marchandises étrangères dans un pays , c'est un milieu entre le système prohibitif et la liberté absolue du commerce. Foy. Douanes, Ixtokiatiohs et PaoiiBiTiv(irratôme).
PROTÉE (dieu marin), était fils de Neptune et de Phénice, et selon d'autres de TOcéan et de Thétys. La cruauté de ses deux fils le fbrça de se réfugier en Egypte, où Neptune lui confia la garde des phoques Ou veaux marins. li reçut du dieu, en récompense de ses soins, le don de prophétie, et sa pensée embrassait toute chose :
Qa« «iai, ^Mi fiMiint, qui nos voUar* «shmim»
Haii, au rebours de la plupaK des prophètes, qui rendent volontiers leurs oracles, Protée se faisait arracher les siens, fie transformant à volonté, il se dérobait, sous la variété infinie de see figures empruntées, aux poursuites des solliciteurs : il fallait répuiser pour le vaincre. C'est ainsi qu*à rinstlgation de la sœur de Protée, lidothée, Ménélas, poussé par des vents oontraires sur la côte d'Egypte, apprit de lui la route nouvelle qui devait le conduire à Troie : Virgile a popularisé ces traditions sur Protée, dans l'épisode d*Aristée, quisetrouveau vi« livre des Géorgiquê9. — A part ces détails fabuleux, le nom de Protée appartient à l'histoire : c'est celui d'un roi de Memphis, renommé par la prudence de ses desseins et sa profondeur dans les sciences astronomiques* Cette connaissance et le caractère impénétrable de ce prince, dont les pensées secrètes défiaient la sagacité des cour* ttsans; de plus, sa puissance sur les mers, sont des faits qui expliquent suffisamment les attribuU divins dont le gratifie la mythologie t o*est encore ce Protée qui passe pour avoir retenu en Egypte Hélène, qui avait débarqué avec Paris, tandis qu'on se battait ft Troie pour un fontôme, — L'excessive routabililé du Prolée de la fable
est devenue proverbiale pour désigner ces es* ractères, ces esprits mobiles, qui ne eessent de s^oifHr aux yeux, sous des laces nouvelles. Byroa a nommé Voltaire le Protée du génie, eiptm^ sion à la foU heureuse et Juste. Souvent, oa compare les eourtluns à Protée. Comme lui. Us savent au besoin modifier leur visage, ou en cacher l'expression sous un masque Itetioe. La mode, la littérature, sont deux Protée, car le changement est la condition essentielle de leur existence. DovAnxT.
PROTESTANTISME. Ai^ourd'hiii le nom de protestante est donné indistinctement à tous les sectateurs de la réforme religieuse opérée soit par Luther, soit par Calvin et Zwingle, soit sons la fbrme adoptée par l'Église anglicane s et, dans cette acception, on divise les protestants en luthériens, réformes, anglicans, etc. Ce sont en général ceux qui ne reconnaissent d'autre autorité en matière de foi que celle de la Bible.
Protestantisme et libre examen en fait de religion sont maintenant des expressions à peu près synonymes.
Le nom de protestants fttt donné aux partisans de la réforme de Luther, à la suite de lenr protestation solennelle contre les décisions de la diète de Spire de 1510, portant qu'aucune innovation ultérieure ne devait être permise à l'égard du culte jusqu^à la réunion d'un ooncUe national tenu en présence de l'Empereur. La minorité des états, composée de l'électeur Jean de Saxe, George de Brandenbourg-Anspach, le landgrave Philippe de Hesse, le comte Wolfgang d'Anhalt, auxquels se réunirent ensuite, pour en appeler à l'Empereur» le duc iric de Lunebourg et 14 autres membres du corps germanique; cette minorité, en formant opposition au recex de la diète de Spire, formula trois principes dans sa protestation. Le premier aU«^ quait l'autorité de l'Église catholique , le second celle des conciles et des évéques ; le troiaième rejetait la tradition , et n'admettait pour la Bible que l'interprétation d'un texte par un texte. Sans avoir souscrit la protestation de Spire , les réformés de la Suisse , de la Vrance , de l'Angleterre, de l'Ecosse et de la Hollande en ont adopté les principes.
Le protestantisme, comme le catholicisme, tient la religion chrétienne pour une révélation divine; U croit, comme lui , que cette révélation est consignée dans l'Écriture sainte. Hais le protestantisme considère celte révélation eonuae close aux apôtres, la regarde comme contenue tout entière dans la BiMe; et va Jusqu'à ne pas admettre qu'elle ait été complétée par la
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tradUion, par lei Pères tC par les oonoUes di?i< nenent inspirés. Le protestantisme est done basé sur les révélations historiques par les pro* pliètes , le Christ et les ap^^tres , et s*autorise de rlcriture sainte.
Les réformés et les luthériens, quoiqu'ils aient des confessions très-différentes , sont protestants au même titre; car ils professent les trois principes fondamentaux du protestantisme. En vertu de ces principes, quelques sectes rejettent certains dogmes, comme ceux du péché originel, de la trinité , etc.
Les confessions de foi, par lesquelles les réformateurs avaient cru fixer la doctrine nouvelle , furent peu à peu abandonnées au sein des communions protestantes. On a pensé qu'elles ne pouvaient avoir pour but d'arrêter le libre examen dans son essor, de poser des bornes à la foi ou à renseignement religieux, qu'elles ne pouvaient être que l'expression de ce que l'on regardait , à l'époque où elles furent formulées, comme l'interprétation la plus saine de rÉcriture.
Les réformateui^, élevés dans le catholicisme, avaient admis sans examen le principe de l'inspiration divine delà Bible : pour eux, les livres saints étaient, en ce qui concerne le contenu et la forme, Tœuvre du Saint-Isprit lui-même, et par conséquent d'une vérité absolue. Mais bientôt des théologiens protestants s'égarèrent Jusqu'à penser que la Bible elle-même D'est pas la révélation ; qu'elle contient seulement la révélation et son histoire , et qu'en conséquence ce n'est pas comme livre qu'elle jouit d'une autorité souveraine, mais que celte autorité ne peut appartenir qu'à la révélation qu'elle contient. Dos lors , il s'agit donc de déterminer ce qui dans la Bible est révélation. Pour répondre à c^e questipn , il fallut nécessairement interroger les idées religieuses déposées par le Créateur lui-même dans la raison hunuiine. C'est là ce qui constitue le rationalisme {tfcx») chrétien, différent du rationalisme phUosophique ou naturalisme, en ce qu'il ne nie pas, comme lui, toute révélation de Dieu dans le temps, et en ce qu'il ne regarde pas ia religion comme un simple produit de la pensée de l'homme.
In face du parti rationaliste s'en sont formés, dans ces derniers temps, trois autres : le parti symbolique, le parti piétiste et le parti panthéiste. Le premier revendique, pour les symboles ou confessions de foi, une autorité absolue, et lutte encore contre l'union des réformés et des luthériens. Le second, appelé aussi méthodiste, est également grand partisan des anciennes conf^-
4|pns de foi, el défend avec vivadté surtout les dogmes du péché originel, de la corruption totale de la nature humaine, de la satisfaction par le sang de Jésus-Christ, et de la Justification par la foi, tels qu'ils ont été formulés par Luther et Calvin. Le troisième, préparé par l'école de He» gel, est entièrement étranger à l'essence du protestantisme, bien qu'il paraisse être entré en alliance avec le piétisme.
Pour les différentes sectes protestantes, vcy. AifÂBArriSTis, QuAKsas, MniHOinTBS, Moeatis ifrèreê), etc., etc.
La constitution de l'Église protestante est loin d'être uniforme dans les différents pays où ses principes ont triomphé. Cependant tous les protestants s'accordent à laisser le pouvoir exéco« tif au chef du gouvernement, en réservant à rËglise une part plus ou moins grande de la puissance législative. Nous avons fait connaître ailleurs l'organisation intérieure des Églises, tant luthériennes que calvinistes, celle de TÉglise anglicane ou épiscopale, de l'Église d'Ecosse ou presbytérienne, etc.
Quant à la position du protestantisme vis-à-vis du catholicisme, elle est à peu près restée ce qu'elle était aux premiers Jours de la réforme. Le protestantisme reconnaît l*Église catholique pour une Église chrétienne, et aigourd'hui plus que jamais il y a lieu d'espérer un rapproche* ment, grâce à la salutaire influence de tant d*hommes éminents nés et élevés au sein de l'É* glise catholique, et qui proclament avec ardeur leurs sentiments religieux. La supériorité du catholicisme sur le protestantisme, au point de vue de la moralisation des hommes, de leur civir lisation en général, de raffermissement des so* ciétés au moyen de ces trois principes fondamentaux, la foi, Tespérance et la charité, vient d'être encore une fois soutenue par M. l'abbé Jacques Balmes, dans un ouvrage intitulé : Le proteê^ tantième comparé au çatholicieme dant ses rapporte avec la dvilieation européenne, Pa* ris, 1845, 9 vol. X.
PKOTESTAUTS £N FRANCE (tiAT Bis). Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'histoire de la réforme en France, ni des doctrines religieuses qui ont prévalu parmi les réformés; le lecteur peut consulter sur oes points nos art. Cait VIII, CALVimSTSS, HUOUSIIOTS, Nantss {édit de), Lk ROCHBU.S, PioTiSTAiiTisni cu général, Me C'est uniquement la constitution des églises protestantes dans ce pays que nous voulons faire connaître.
Sous le rapport administratif, les affaires des Églises protestantes en France sont encore ré-
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gies par la loi du 18 germinal an x, complétée par un grand nombre d^ordonnances réglementaires. Cette loi n'est point contraire aux principes du protestantisme; mais elle est vague, incomplète, insuffisante dans une foule de cas. Quelques-unes de ses dispositions sont même tellement inapplicables, que, d*un commun accord, le gouvernement et les consistoires les considèrent comme abolies par le fait. Aussi a-t-on Aréquemment exprimé le désir que Ton soumit de nouveau cette loi aux délibérations des chambres pour en faire disparaître certains articles incompatibles avec Tensemble de la législation.
Par cette loi, les Églises calvinistes ou réformées ont reçu une organisation basée sur la division territoriale. Six mille âmes de population forment une église consistoriale qui peut être composée de plusieurs églises éloignées les unes des autres et desservies chacune par un pasteur. Les consistoires, au nombre de 90, sont composés du pasteur ou des pasteurs desservant Téglise, et d*iificteits ou notables laïques, choisis parmi les citoyens les plus imposés, au nombre de six au moins et de douze au plus. Représentation légale et officielle de Téglise, ils sont chargés de veiller au maintien de la discipline, à radministration des biens des églises et à celle des deniers provenant d*aumdnes. Aux consistoires appartiennent la nomination et la déposition des pasteurs, sauf Tapprobatiôn du gouvernement. Cinq églises consistoriales forment rarrondissement d*un synode; mais la loi avait entouré la convocation de ces synodes, qui devaient être fermés du pasteur ou d*un des pasteurs et d*un laïque de chaque église, de tant de précautions méticuleuses que depuis longtemps on a renoncé à les assembler. Quant aux synodes généraux ou nationaux, ils furent totalement passés sous silence.
Les Églises luthériennes furent placées, par la même loi, sous un régime moins démocratique, mais empruntant plus de force à l*unité. Outre les consistoires locaux, au nombre de 51, elles ont des inspections, des consistoires généraux, et un directoire chargé de Padministration supérieure de toutes les églises dans les intervalles des sessions des consistoires généraux. Quatre ou cinq consistoires forment une inspection, composée d*un pasteur et d*un ancien de chacun des consistoires, et dont les fonctions sont de veiller sur les ministres et éur le maintien du bon ordre dans les églises particulières. Le choix de rinspecteur doit être confirmé par le roi. Les consistoires généraux, réduits à un seul depuis
que Mayence et Cologne n*appartienneiit plot i la France, sont formés d*un président laïque, à la nomination du roi, de deux inspecteurs ecclésiastiques et d*un député de chacune des six inspections.
Les églises réformées, desservies par 497 pasteurs, sont disséminées d'une manière fort inégale sur le territoire fhinçais. Ce sont les départements du Gard, de TArdèche, de rHéranlt, de la Lozère et du Tarn, qui aujourd'hui encore, comme autrefois, en comptent le plus grand nombre. Les églises luthériennes, desservies par SS4 pasteurs, sont groupées, au contraire, à l'exception des deux églises de Paris, de ceUes de Metz et de Nancy, autour de Strasbourg, de Colmar et de Monlbéliard, dans les départements du Haut et du Bas-Rhin et du Doubs» Ces dernières églises sont presque toutes pourvues de temples convenables; mais il n'en est pas de même des églises réformées. Dans les départements de la Drôme, de la Lozère, de l'Ardèche, de l'Isère, de la Haute-Loire, des Deux-Sèvres, et dans plusieurs autres, les protestants n'ont d'autre sanctuaire que la voûte des deux en été ou quelque grange en hiver.
Les traitements des pasteurs des églises prolestantes ont été réglés par ordonnances et forment un chapitre spécial du budget. La loi des dépensesdel'exercicede 1845 alloue 1,196»450 tr. pour les frais du culte protestant. Les pasteort sont divisés en 4 classes quant an traitement qui leur est accordé, selon l'état de la population de la commune. Ceux de la l^* classe, qui ne comprend que les pasteurs de Paris, reçoivent 5,000 fr.; ceuxdelaî», 2,000;ceux delà 5», 1,500; ceux de la 4«, qui n'avaient reçu jusqu'ici que 1,300 A*., rétribution trop faible pour un pasteur souvent chargé de famille, ont vu leur traitement porté cette année à 1,500 fr., tandis que celui des pasteurs de la 5« classe était porté à 1,800 flr. Suivant les lois du 5 mai 1806 et du 15 sept. 1807, les communes doivent procurer en outre à leurs pasteurs un logement et un jardin. D'un antre côté, dans la plupart des grandes villes, les pasteurs reçoivent, des conseils municipaux et des consistoires, un supplément qui augmente ordinairement d'un tiers ou de moitié leurs honoraires, et qui, quelquefois même, les double; Du reste, toutes les fonctions des pasteurs sont essentiellement gratuites dans la majorité des églises; mais l'usage ninterdil point les cad^ux entièrement facultatifs que les fidèles font à leurs pasteurs, surtout après les instructions catéchétiques.
Deux facultés de théologie, l'une à Strasbourg,
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rautre à Montanban, servent de hautes écoles d*en8eigDement aux Jeunes protestants qui se destinent à la carrière ecclésiastique. Douze professeurs les desservent.
En ce qui touche la popukition totale des Églises protestantes en France, il est d*autant plus difficile de la fixer d'une manière précise, qu*à chaque instant on retrouve des groupes de protestants perdus en quelque sorte dans les endroits écartés. On adopte généralement le nombre rond de 1,500,000 à 2 millions.
La confession officielle et légale des Églises réformées est encore, comme autrefois, la confession de foi de Calvin et la discipline adoptée par les synodes nationaux , notamment par celui de la Rochelle tenu en 1571; celle des Églises luthériennes est la confession d*Augsbourg et les autres confessions des Églises protestantes de TiUlemagne. Cependant le calvinisme rigoureux, aussi peu que le luthéranisme du xvi« siècle, n*est plus la fOi de la majorité des Églises de France ; et chaque jour le rationalisme gagne du terrain, en dépit des e£Forts du méthodisme. X.
PROTESTATION , de testaripro (être en témoignage de...)) témoignage public, déclaration publique que Ton fait de ses dispositions, de sa volonté : protestation de fidélité au roi; promesse, assurance positive : protestation d'amour^ de fidélité ; MoUère a dit :
Mot, j« n* haU riea tant ^t les contonlona De tow c«s grand* faUenn àepntestmtiomi.
Et Corneille :
Fajes en vagabonda dont ramonr trop fertUa n* fon$ protesté rian qo'U na proUsta à mille.
Protestation est aussi Taction de déclarer qu*on ne laisse faire une chose que parce qu*on ne peut pas Tempècher; qu*on tient un acte pour nul, qu*on lui refuse son assentiment, qu'on entend 96 pourvoir contre. Les protestations qui sont faites contre un acte, contre un jugement, par celui à qui il est signifié, sont conservatoires de ses droits. Le défaut de protestations, au contraire, peut rendre non recevable à Taltaquer.
— En cas de perte d*une lettre de change par celui qui en est porteur, un acte de protestation de sa part, notifié aux tireurs et endosseurs, dans les formes et délais prescrits pour la notification de protêt, lui conserve tous ses droits.
— Protester de violence, déclarer que c'est par yiolenee, par force, que Ton condescend à quelque chose. Protester de nullité, d'incompétence, déclarer que Ton regarde une procé-
dure comme nulle, un juge comme incompétent.. DiCT. ni LA. CORV.
PROTÊT, terme de banque et de commerce, acte par lequel celui qui est porteur d'une lettre de change, d'un billet à ordre, fait constater le refus de les accepter ou de les payer, de la part de ceux sur qui la lettre de change a été tirée ou par qui le billet a été souscrit. Le premier refus est constaté par un protêt faute d'acceptation, le second par un protêt faute de payement. Les protêts doivent être faits par deux notaires, ou par un notaire et deux témoins, ou par un huissier et deux témoins. Le Code de commerce en règle les formalités et les efi^ts. Nul acte de la part du porteur de la lettre de change ne peut suppléer le protêt, hors le cas où elle a été perdue, cas auquel il peut s'en faire payer par une seconde, une troisième, une quatrième, etc. f'or. Chaiwji. X.
PROTHÉEITE. Substance minérale observée dansle Tyrol, et qui s'ofiFre presque toujours sous la forme d'un prisme rectangulaire à faces striées. La cassure est lamelleuse dans le sens longitudinal etconcholde transversalement; sa couleur est le vert foncé se dégradant jusqu'au blanc ; elle est opaque ou transparente; sa dureté est assez grande pour rayer le verre; sa fusibilité résiste à l'action du chalumeau. Le chatoyement de cette substance égale celui de l'opale,' ce qui lui a fait donner le nom de protbéeïte. Bb.. z.
PROTHÈSE (en grec prothesis, addition, venant de pro, au lieu de, et de tithêmi,ie place, je pose). On nomme ainsi en chirurgie la branche de la thérapeutique qui a pour but de remplacer par une préparation arllficielle un organe, une partie quelconque du corps qui a été enlevée en toutou en partie, ou de cacher une difformité : ainsi, l'on fait une prothèse en posant un obturateur au palais, en plaçant une jambe de bois, un œil artificiel, etc. Quelques praticiens ont fait des établissements où ils se livrent exclusivement à cette partie de la thérapeutique chirurgicale , en corrigeant tant bien que mal les difformités, au moyen d'appareils ad hoc— Les Grecs, en style liturgique, nomment autel de ^othèse un petit autel sur lequel ils préparent tout ce qui est nécessaire pour la messe, le pain, le vin, les vases, etc., puis ils portent le tout en procession et avec beaucoup de respect sur l'autel principal où l'on doit célébrer. — Quelques dictionnaires appellent aussi la prothèse chirurgicale, prosthèse^ et désignent encore sous ce dernier lAot une figure de grammaire qui consiste à ajouter au commencement d'un mot une
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lettrt qui nt dianga rien au leni , eomme, par exemple» dans gnûius, latin, pour natus* Z, PROTOCOLE. U mot protocole a été usité dans la langue du palais ayant de passer dans la langue diplomatique. Il désignait autrefois des recueils d*actes à Tusage des officiers ministériels. On doAnait le même nom à des registres tenus par les notaires, et qui offraient dans un ordre clironologique la série de leurs actes. Mais, aux hommes de notre temps, le mot protocole ne rappelle que les actes du congrès de Lon-* dres, la création de TËtat de Belgique et le souvenir de H. de Talleyrand. Par quelle étrange fortune ce mot est-il sorti du style du greffe pour prendre sa nouvelle signification? c^est ce qu*il est facile d*expliquer. — Lorsque des personnes négocient, il doit rester trace de leurs demandes, de leurs concessions, de leurs offires : les aflaires publiques sont sur ce point soumises à la même loi que les aflbires privées. Or, on ne peut négocier que de deux manières, oralement et par écrit. Quand on emploie des pièces écrites, ces pièces font foi par elles-mêmes : signées et notifiées aux parties lutéressées, elles deviennent la meilleure preuve d*un engagement pris. Mais quand on procède par conférences, il faut recourir à un autre moyen pour donner de la fixité aux résolutions et rendre irrévocables les paroles une fois échangées i c*est à quoi servent les procès- verbaux. Ajoutons que ceux qui reproduisent des séances diplomatiques sont appelés protocoles, — Les protocoles ne sont pas en général destinés à la publicité : nécessaires pour Tordre intérieur des audiences , ils retracent aux parties la marche de la discussion et les points désormais constants, offrent le résumé des opinions , et préparent un traité définitif, après lequel ils vont se perdre dans des archives. — Quelquefois cependant les protocoles changent de rôle : Ùs cessent d*étre des actes de procédure, sont détachés des registres et paraissent avec les noms des plénipotentiaires comme arrêtés souverains du congrès. Ce parti est adopté quand une mesure prompte est réclamée, quand des faits étrangers viennent traverser les voies diplomatiques et compromettre les négociations : ainsi, qu*un des États dont on| ^ règle les intérêts rompe avec les moyens pacifi-^ ques et en appelle aux armes, le congrès assemblé prendra les mesui-es propres k réiablir son autorité, et ces mesures seront déclarées par la promulgation d*un protocole» — Les protocoles en devenant publics n*empruntent aucune forme solennelle : ils gardent la même rédaction que sur les feuilles d*audience où ils étaient con-
servés. A la dlMrenee des traités qui déslsasat avee apparat les noms des souverains qui viM&t à un long avenir et se formulent en artidei comme les lois, les protocoles ne font msatisB que des membres du congrès : ils portent un cachet de circonstance, et ofA*ent seulement li récit des propositions, des aveux, des rétioeneu des plénipotentiaires entre eux. — Pour IMrt mieux connaître Tacte diplonutique qui nooi occupe, nous allons analyser rapidement un da protocoles de la dernière conférence de Londres U fut rendu en août 1851. Yoici dans quella coi^onctures : la séparation de la Belgique et de la Hollande, consommée en fait, laissait encore divers points litigieux k décider. La eonfirenee de Londres, 'saisie de cette grande afliiire, en poursuivait la solution. Un armistice avait été imposé aux puissances oontendantes, et i*on pouvait espérer d*amener entre elles une amiable composition, quand tout k coup eut lien II reprise des hostilités. Une armée hollandaise, ea* vahissant la Belgique , mit ce royaume en péifl et amena le mouvement d*une armée fftinçaiie: ces nouvelles, parvenues à Londres, occupèrest le congrès. Nous arrivons au protocole qui a retracé sa délibération. « Présents les pléaipotes* tiaires d*Autriche, de France, de la Grande-Us* tagne et de Prusse. — Le plénipotentiaire de Si Hi^esté Britannique a ouvert la séance en frisant aux plénipotentiaires des quatre coure h déclaration suivante : « que les hostilités ayant recommencé entre la Belgique et la Hollande, Sa Mi^esté Britannique a ordonné à une flotte de croiser vers les Dunes, où elle sera à portée de donner des secours et de travailler au rétablissement de Tarmistice* » — Le plénipotentiaire de Sa Hs^esté le roi des Français a déclaré: « que, & la demande du souverain de Belgique le gouvernement français avait envoyé une amée vers Bruxelles » —Ces déclarations entendues, la conférence, convaincue que la missioB de l*armée française se bornera à Texécution dei oonventions, reconnaît d*un oommun aecord que Turgence du cas a seule empêché le cabinet français de consulter au préalable la conférence, approuve la mesure du gouvernement français, convient néanmoins que le séjour des troupes en Belgique sera réglé, quant à sa durée, par lei cinq puissances, et que dans aucun cas la Arestière hollandaise ne sera dépassée. » Yiennent enfin les signatures. — Ce protocole porte ea tête le no SI. Ce numéro répond évidesunentà une collection de procès-verbaux, dont quelque*uns seulement ont été publiés, parce qu*ils retraçaient des résolutions qui n^admetUient ni
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âmùMn Bi leertt. Les autres, n^étant pat r4digit fôUf Pempira des mêmes besoins, nous ne pensons pas qu*Us aient été oonvertis en aetes ottciels. -^ elles les Eomalns, on appelait pro* ioooUê, oertains nomenclateurs qui savaient le nom de tous les eitoyens, et qui le sou^ fiaient à leurs maltnts, afin qu^en abordant ehacun d'eux ils pussent le saluer nominati* ▼ement A. Dmuinî.
PROTOGÈNV, peintre et sUtuaire, naquit à Caune, euTiron 560 ans sTant J.G.,d*uBe ftimille pauvre et ineonnue; on Ignore aussi quel Ait son maître, mais on sait que le besoin lui fit con* tracter Thabitude d'une sobriété qu'il conserva toute sa vie. Protogène fut d*abord peintre de vaisseaux, mais il Aiui se rappeler que les navi« res grecs étaient décorés magnifiquement. Le vaisseau de Plolémée-Pbiladelphe était orné de statues d*ivoire et de superbes peintures. Savant et correct, délicat et plein d*énergie, notre artiste voulait exceller en tout, mais il ne put outre-passer les forces naturelles de son talent : en effet, chercbant toujours à perfectionner, il oublia le point auquel il devait s'arrêter , et il mettait trop de temps à finir ses tableaux. Apelles Tavertit de cet excès. Cependant 11 appréciait rbabileté de Partiste, puisqu'il offrit 50 talents d'un de ses ouvrages, et fixa ainsi Tattention des Rhodiens sur la valeur des peintures de leur compatriote. Pline rapporte que Protogène fut sept années à faire son tableau représentant lal^êuB et la nymphe Rkodo$i au bout de ce temps, la figure principale était la seule que Tauteur considérât comme terminée. C'est, sans aucun doute, une méprise de la part de Pline, qui raconte aussi que ce même tableau fut peint quatre fois l'un sur l'autre , et que ce procédé fut imaginé par son auteur pour donner plus de durée è son ouvrage, parce que si le temps enlevait les coucbes supérieures on retrouverait alors celles de dessous. On doit également r^eter une autre anecdote aussi rapportée par Pline, qui prétend que Protogène, impatienté de ne pouvoir réussir è bien imiter la bave écumeuse du cbien placé près d'Ialysus, Jeta vivement sur son tableau Téponge avec laquelle il nettoyait ses pinceaux s ce basard lui fit obtenir un succès inespéré. Valconet, traducteur de Pline et malin critique, demande si Protogène, en refaisant quatre fois son tableau, lança aussi quatre fbis son éponge avec le même succès. Ces ridicules plaisanteries, que Ton rencontre souvent dans les biograpbies, font voir que ceux qui les ont Agites cbercbaient à dissimuler leur ignorance en offrant au lecteur quelques anecdotes comi-
ques» sans s'Inquiéter ni de leur véradté, ni de leur vraisemblanoe. On ne sait pas dans quel monument fut placé d'abord le JÔbnuê de Pro« togène, mais Pline nous apprend qu*0Ba vu ce tableau dans le temple de la Paix à Rome, Un tableau également remarquable de ce peintre, et dont le sujet était tiré de VikfyMêée, représen* tait Nauêioaa conduisant un char trainé pmr de$ mukê. Il était placé dans le vestibule du temple de Minerve à Atbènes, ainsi que celui de Paralus, inventeur des vaisseaux è trois rangs de rames. Il a peintaussi plusieurssujets de rhistoire d'Alexandre, puis un êotxre tenant une flûte, et désigné sous le nom d^Ânapautnenoê, parce que ce virtuose aux pieds de bouc était représenté dans l'instant où il reprend baleine. Pro* togène était occupé de ce travail lorsque Demetrius de Pbalère vint assiéger la ville de Ebodes; mais, par égard pour l'auteur d'/a(r«i««^ le quar* lier qu'il babitait fut épargné ; le prince alla le voir et lui laissa une sauvegarde, ce qui fit dire è l'artiste : « Je vois que vous êtes venu pour foire la guerre aux Ehodiens, mais non aux beaux-arts. » Les autres peintures citées par Pline sont les portraits de Paralus, Cydippe, Tlépolème, Philiscus, poète grec, composant une tragédie; du roi Antigone et de la mère d'Aris* tote. Protogène exécuta aussi en bronxe quelques figurée d'atblètes, de cbasseurs et de sacrifice* teurs, mais il parait qu'elles n'existaient déjft plus du temps de Pline. — C'est à tort qu'on a paru douter du talent de Protogène ; aucun au* teur ancien ne peut faire naître une seaablable idée, tandis que Pausanias, Cicéron , Pline et Quintiiien lui donnent beaucoup d'éloges; Pé« tronemême va Jusqu'à dire : « Je vis des tableaux de Protogène qui, par leur vérité, luttaient avec la nature, et Je ne pus placer mon doigt sur ses figures sans éprouver un certain frémissement. » DuQiisifi atné.
P&OTOATNB. Eodie talqueuse, à oontexture granitolde, remarquable par sa grande ténacité; elle est essentiellement composée de fèldspatb,'< de talc et de quarts ; le féldspatby est souvent rougeêtre, le quartz gris et le talc, k l'état compact ou cbloriteux, communique à la niasse une teinte verdêtre. Cette rocbe est peu si^ette à la décomposition; elle contient peu de minéraux accidentels : on y a observé, mais rarement, du spbène, des pyrites de fèr, du sulfure de molybdène, etc. La protogyne est stratifiée d'une manière distincte; elle ne renferme presque point de filons, mais des coucbes subordonnées de talc scbistoïde, de pétrosilex, de diorite, etc. lile parait appartenir k la partie supérieure des ler-
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rains talqueùx, et se montre dans deux localités principales, en Corse ( au Violo ), et dans les Alpes du Mont-Blanc au Pormenaz, vallée de Servez; au Talèfre. Da.. z.
PROTONOTAIRE (empire romain), premier notaire des empereurs romains et des rois de France de la première race, dont les secrétaires s*appelaientc/drc« Jti roi, ou référendaires, sous la seconde. Quelques auteurs affirment que le chancelier dans Torigine n^avait que le titre de protonotaire ou grand référendaire. Ces auteurs n^ont fondé leurs opinions que sur Panalogie des fonctions attribuées aux uns et aux autres, et cette analogie peut être contestée.
PBOTOifOTAiBE (gouvcmement papal). Ces officiers, dont le nombre a été porté à douze, ont été institués par le pape Clément I», à la fin du premier siècle de rÉ^^Use. Ils étaient chargés d*écrire la vie des martyrs. Leurs attributions, d^abord si restreintes , ont été depuis plus étendues. Ils ont été chargés d^écrire toutes les délibérations et les décisions des consistoires publics. Le protonotaire prend le titre de pon^ tificiuê notarius. C'est une des premières charges du saint-siége. Le collège des potonotaires participante forme une corporation spéciale ; ils ont rang de prélat, ils en portent le costume et les insignes. Ils précèdent dans les assemblées et les cérémonies les prélats non consacrés et les abbés i ils ont séance à la chapelle du pape. Une partie des droits d'expédition à la chancellerie leur est affectée. Ils expédient dans les causes majeures les actes que les notaires apostoliques expédient dans les causes ordinaires. Eux seuls rédigent les procès-verbaux d'intronisation des papes. Ils assistent aux consistoires et aux canonisations. Ils peuvent créer des docteurs et des notaires pour exercer hors de i'enceinte de Rome. Mais ceux qui n'appartiennent pas au collège des protonotaires ne jouissent pas des mêmes privilèges, et n'ont de commun avec les premiers que l'habit épiscopal.
Pbotorotaibe (Église d'Orient), officier ministériel du patriarche de Constantinople. Il fait la correspondance officielle de ce pontife, et transmet ses missives et ses ordres aux autres patriarches et aux prélats qui reconnaissent sa suprématie. Il se tient debout dans le sanctuaire pendant que le patriarche officie, pour lui donner à laver les mains quand il se dispose à élever l'hostie. Il a le droit de visite sur les praticiens, gens de loi, et tous ceux que leurs charges ou leurs emplois attachent à l'ordre judiciaire. Les contrats d'achat et de vente, les testaments, les affranchissements d'esclaves j sont soumis à sa
censure, et il en fait le rapport au patrlardie*
Pbotoicotâirb (France), titre sans fonctioiii, que l'on obtenait facilement par un rescrit du pape, et dont la finance était tarifiée à un prix peu élevé. Dcpkt.
PROUE. {Marine,) Pour le constructeur, qui considère le vaisseau syr le chantier, la protte es| la partie de la carène comprise entre le maître couple de l'avant et l'étrave. C'est de la ferme de cette partie de ki carène que dépend la qualité de bien ou mal marcher ; aussi les constructeur! doivent-ils y foire la plus sérieuse attention. Pour l'officier de marine, qui considère le vaisseau à flot, la proue désigne simplement l'éperon; cet assemblage de charpente, en saillie sur l'avant de l'étrave et du taille-mer, est ordinairement orné de moulures et d'une figure en bois sculpté , en rapport avec le nom du vaisseau. Moins l'éperon a de saillie, plus il est avantageux, parce qu'il fatigue moins alors dans les mouvements du tangage, qu'on peut lui donner plus de solidité, et que le vaisseau en a plus de grâce. Une gorgère de trois ou quatre pieds de sortie, pour y établir les liures du beaupré, pourrait remplacer avec avantage l'éperon, si l'usage n'avait pas fait adopter cette partie du bAUment pour l'orner d'une figure; aussi ne doit-on pas espérer de réforme dans la construction désavantageuse de l'avant des vaisseaux qui a peu changé depuis un siècle. Bira...
PROUTH (mieux que Pboth), rivière navigable et très-rapide , qui, descendue des monts Rarpathes, en Galicie, coule à l'est jusqulia point où, non loin de Rhotine, il quitte la Bukovine ; prenant alors sa direction vers le sud, il sépare la Bessarabie de la Moldavie et se jette dans le Danube, à l'est de Galacz. En 1711, Pierre I«r, après trois jours de combats , se trouva enfermé dans la petite ville de Hussi (Husch), sur le Prouth, et fut obligé d'acheter la paix au prix de la restitution d'Azof. Par le traité de Boukbarest (%S mai 1813), signé entre la Russie et Ui Turquie, le Prouth, depuis son entrée dans la Moldavie jusqu'à son confluent avec le Danube, a été fixé comme la limite des deux empires. Conv. Lex. aon.
PROYÉDITEURS. On nommait ainsi les gouverneurs des provinces dans l'ancienne république de Venise. Il y avait de plus, dans Venise même, le provéditeur commun, chargé du soin des bâtiments et d'une partie de la police, et le provéditeur de la mer, caissier et payeur de la flotte , chargé de suppléer le capitaine général de la marine. Booiluet.
PROVENGE, ancien comté, puis l'un des 13
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gouvernemeiiU de la France, et cehii qui s'a- Taoçait le plus au midi. Elle se divisait en haute et boêse Provence. Séparée du Languedoc par le Rhône, au couchant; de la Savoie, par les Alpes, au levant; baignée au midi, par la mer Méditerranée, elle était bornée au nord par le Dauphiné et le comtat Yenaissin, qui y fût enclavé. Elle f6rme aujourd'hui 4 départements : ceux des Basses-Alpes, du Yar, des Bouches-du-Rbdne et de Yaucluse. L'ancienne provinda romana, à*où lui vint son nom, et même le royaume de Provence, étaient bien plus étendus que le comté qui leur succéda, puisqu'ils s'étendirent successivement à tout le pays compris entre la mer, le Rhône, le Léman et les Alpes. Raymond d'Agiles, chroniqueur du xi« siècle, s'exprime ainsi : « Omnes de Burgundiâ, et Jrverniâ, et Fasconiâ, et Gothi, provinciales appeUabantur, ceteri vero Francigenœ. «
La Provence fut de tout temps célèbre par son beau ciel, ses productions, la vivacité d'esprit de ses habitants, et par son contact avec trois grandes civilisations, celles de la Grèce, de Rome et de la France. Le Rhône , la Durance, le Yerdon et le Yar, répandent la fertilité dans ses campagnes, tandis que la Méditerranée ouvre la route du monde à ses enfants. Sur ses côtes se trouvent les lies d'Hyères, renommées par leur salubrité, celles de Lerins, aujourd'hui de Sainte- Marguerite et de Saint-Honorat , où fut fondé, en 405, le premier monastère des Gaules ; celle de la Camargue, formée par le delta du Rhône, nourrit d'innombrables bestiaux. Partout, le pays produit en abondance vignes, figuiers, melons, prunes, dattes, abricots, etc. L'olivier et l'oranger croissent en pleine terre sur la côte de Toulon à Nice. Du côté des Alpes, on trouve des grains et des pâturages. Aix fournit ses huiles, Grasse ses parfums, Marseille ses savons, ses liqueurs, ses conserves de fruits. Depuis quelque temps, on cultive avec succès le mûrier et l'on élève des vers à soie dans plusieurs cantons. Les principales villes sont Marseille, Aix, Arles, Tarascon, Toulon et Antibes.
Il y avait en Provence 12 évèchés et S archevêchés. L'archevêque d'Aix était président-né des états de Provence, comme celui de Narbonne rétait des états de Languedoc. Les états, qui se tenaient à Aix, à Tarascon, etc., avaient seuls, d'après l'ancienne convention provençale, le droit d'imposer le pays. Après la réunion à la France, la cour tenta plus d'une fois de porter atteinte à leurs privilèges, notamment vers la fin du règne de Louis XIU et au commencement de celui de Louis XIY. De là des troubles aux-
quels le parlement d'Aix prit une part active. Les états de Provence s'assemblèrent pour la dernière fois le 5 janvier 1750.
Les premiers habitants de la Provence furent les Celto-Ligures. 11 y avait aussi plusieurs peuplades, telles que les TricasUns , les Yoconses , les Meminiens, les Oxibiens, les Dicéates, les Saliens, les Reiens Apollinaires, etc. Conquis le premier par les armes des Romains, ce pays fut le dernier qu'ils possédèrent dans la Gaule, et il devait conserver longtemps dans ses monuments, dans sa langue, dans ses lois, dans l'organisation de ses cités, l'empreinte de ses anciens professeurs. Caïus Sextius y fonda la ville d'Aix ; Marins y vainquit les Cimbres et les Teutons. Il fut compris par César dans la Gaule narbonnaise, et plus tard dans la section méridionale dite des Sept-Provinces. Au milieu de la lutte de la religion latine et du culte gaulois, le christianisme y pénétra à son tour. Trophime et Paul y prêchèrent l'Évangile. Saint Honorât y fonda le plus ancien monastère de la Gaule. Les sièges d'Arles et de Yienne durent leur origine aux associations orientales. Après la prise de Rome par Odoacre, les Bourguignons et les Goths dominèrent dans ces contrées. Euric, roi de Toulouse, étendit son pouvoir sur la Provence. Elle passa ensuite aux Ostrogoths, qui en furent chassés par Bélisaire. Les princes mérovingiens la partagèrent; sous la 9« race, l'empereur Lothaire, dans le lot duquel elle s'était trouvée comprise , l'érigea en royaume pour son fils Charles.
Lors du démembrement de l'empire, sons les faibles successeurs de Charlemagne, les Bosons, comtes de Yienne , s'emparèrent de la Provence en vertu des pouvoirs qu'ils prétendaient tenir d'une assemblée des principaux seigneurs du pays , réunis au château de Mantaille, en 879. Mais ils eurent à la disputer aux empereurs d'Allemagne et rois de la Bourgogne transjurane, qui y avaient des prétentions. De leur côté, les rois de France n'avaient pas cessé de s'en regarder comme les légitimes propriétaires. Depuis le x« siècle jusqu'au commencement du xii*', elle fut possédée de fait par plusieurs seigneurs, dont les droits se trouvaient représentés, à cette dernière époque, par les comtes de Barcelone et par ceux de Toulouse. D'après un partage qui eut lieu en 1125, la portion appelée com/é de Provence ou d'Arles échut aux premiers , les Raymond Bérenger; tandis que les seconds eurent l'autre partie, qui prit le nom de marquisat de Provence. Tous dem passèrent séparément, par mariage, à deux fjrères de saint Louis, le comte
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d^ADjou et le comte de Poitiers, puis se réunirent successivement entre les mains d*un prince de la première maison , qui se trouva ainsi posséder toute la Provence. Dès lors, Pinfluence française alla toujours croissant, et Tun des derniers troubadours s*écriait douloureusement, en voyant s'avancer une révolution facile h prévoir : « Les Provençaux, au lieu d*un brave seigneur, vont avoir un sire. On ne leur bAtira plus ni villes ni forteresses. Subjugués parles Français, ils ne porteront plus ni la lance ni Tépée. Plutôt la mort qu'un tel affront! » Toutefois cette révolution ne fut consommée qu'après la mort de Charles de Sicile, et le règne paternel de René le Bon Jeta quelque éclat sur la dernière période de la nationalité provençale.
Le dernier prince de la maison d'Ai^ou , en léguant à Louis XI le comté de Provence (1481), avait stipulé le maintien de ses libertés. Ce fiit en vertu de cette promeue que les arrêts du parlement d'Aix furent toujours suivis de la formule : par Ib roi comte de Provence^ et que eelnl-ci prenait le même titre dans tous les actes qui concernaient cette province* Mais, k part ce vain protocole, elle eut le sort de toutes celles qui vinrent successivement s'absorber dans la monarchie française. Ses états, son parlement subirent des modifications , et son histoire se confondit désormais avec celle de la France.
On peut consulter sur la statistique et l'histoire de cette province : Papon, Hi$Mre gênérate de Provence (1775, 4 vol. in-4o); JOid/îdiinaire de la Provence (lùirseille, 1785, 9 vol. in-4o) ; Rèêumé de l^ Histoire de Provence, par Ronchon (Paris, 1898, in-19); Statiêtique du département dee Bouchee^u^RMne ^ % vol.
ln-8*.
Yiiis il PaoviiiGB. Un des produits les plus importants de la Provence , auxquels pour cette raison nous avons réservé un article spécial , consiste dans ses vins et spiritueux. Qn évalue à 08,871 le nombre d'hectares cultivés en vigne dans cette province, et à 1,745,700 leur produit en hectolitres, en j comprenant l'ancien comtat Yenaissin. Les départements du Var et des Basses-Alpes figurent parmi les grands ateliers de distillation de la France. Les vignobles les plus estimés sont ceux de Braguignan, d'Antibes, de la Malgue près de Toulon, de Blvesaltes (Iles d'Hjères), ^e% Mées, dans les deux départements que nous venons de nommer; d'Aix, d'Arles, de Marsellle dans celui des Bouches^lu-Rhône; de Chàteamieuf, d'Api, de Carpentras et d'Orange, dans oeltti de tauchise. On y possède en général me qualité de raisins excellente, dont le climat
fevorisela maturation, et qu'il suffirait do trier et de manipuler avec plus de soin pour produire des vins exquis. Mais la routine, la crainte de ne pas voir hausser lel prix en proportion de la qualité , le goût du pays qui préfère les vins les plus noirs, et la cupidité des débitanti qui s'en servent pour les mélanger avec d'autres crus plus faibles en couleur, toutes ces causes 4»! contribué k Aiire des vins de Provence un produit plus abondant que déUcat. On en expédie la plus grande partie par Marseille , pour Paris, Rouen, les colonies, la Hollande, Gènes et autres ports d'Italie.
Lakoub rKoviRÇAiB (car c^étalt phii qu*ui dialecte). Sous lenom de langue d*0Cf catalane, limousine, romane, etc., elle easbrassait une partie du midi de l'Europe, et elle disputa long* temps k l'idiome du nord Phonneur de devenir en France la langue nationale. Bn arrivant dans le midi de la Gaule , les Visigoths j trouvèrent le latin fdrt altéré dans les basses classes , d^à fort entremêlé de mots des anciennes langues du pays, du gaulois proprement dit, dn eeitl* que , de l'aquitain , du ligurien , et du grec des colonies phocéennes. Ilsy ajoutèrentun élément de plus 4 mais au bout d'un siècle de s^our en Gaule, Ils avaient déjà plus pris des Gallo-Bomains qu'ils ne leur avaient donné. De ee mélange, où dominait Pélémoit latin, naquit 11diome provençal, le premier de la grande ftmiille romane, qu'on volt éclore dès le ix« siède, se former au x«, se perf^tionner aux xi« et xii«, et atteindre k cette époque un degré de doycenr, de délicatesse et de raffinement qui ne semble appartenir qu'aux civilisations les plus avancées. On parlait et on écrivait cette langue à la cour des comtes de Barcelone ; elle influait sur la formation de la littérature italienne; Dante s'y exerçait en vers , et Brunetto LatinI en prose. Ses troubadours cultivaient de préférence le genre lyrique dans toutes ses variétés de tons, de formes et de rhythmes. Mais le poème de Boêce, l'iin des plus anciens monuments de cette littérature, ceux de Flamenca, de Fierabrae (publié par M. Bekker, Beriin, 1820), la légende de Philoména en prose , la Chronique ai vers desAlbigeaie, publiée par M. Faurid, etc., prou* vent que les autres genres ne leur étaient pas inconnus. On composa des grammaires proven* cales telles que celle de Baymond Vidal, le Do^ natuê Provincialie, VJrte dé troèar.
Le provençal moderne ou vulgaire a conservé avec moins de délicatesse et de régolarité pta* sieurs des caractères do l^nclenne langue des troubadours. On a écrit, dans cet Idiome qui
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D^est plus qu^un patois, des comédies, des chansons, des noels, des poèmes descriptlfe ou satiriques , etc. Voir Lou jardin deis mousos provençaioê (Aix, 1618, 3 vol. iD-16$ 9« éd., 1665)| les Dictionnaires provençaux de MonlyaUon, P.Puget, Pellas. Sur la langue et la littérature provençales en général, on consultera : Raynouard, Choim de poèêieê des troubadourê (Paris, 1816- 1899, 6 vol. in-8«; des 6 autres vol* qu^il a laissés, 4 ont d^à paru depuis 1838); Sismondi^ lÀtiérature du midi de l^ Europe (4* éd., 1899, 4 vol. in-8«)| Schlegel, Oheervaiione eur la langue ei la littérature provençales (Paris, 1818, grand in-8«); Papop,Diâ«erla/i(mà la fin du 9« volume de son Histoire de Provence; MUlin, Essai sur la langue et la Utêérature provençales^ et yoxsige dans les départements du midi de la France. Eatiibt.
PROVERBSS, sentences vulgaires et concises destinées à donner un enseignement moral ou à formuler les résultats de Tobservation et de Pezpérience. Le sens, la brièveté, le sel sont les caractères du proverbe. Il faut qu*il soit concis, àftn de pouvoir, comme son nom Tindique ( pr^ vorbo)^ tenir lieu de longs discours s Un mot suffit au sage. Il se distingue du simple dicton par Tutilité pratique, et de la mamime ou de Vapophthegme par le piquant de la forme. Quel* fuefois même, pour mieux se fixer dans la mémoire, il affecte la mesure , la rime ou TalUtéralîOD s Jamaie cheval ni méchant homme n^amenda pour aller à Bomci Qui terre a, guerre a{ Secret de deux, secret de Dieu: secret de trois, secret de tous, etc. Le motpn>verbe ne s'introduisit en France, avec sa forme latine, que dans le cours du xin« siècle; on disait auparavant respit ou reprouvier; mais la choae que ce mot exprime est vIeiUe comme le monde. Les proverbes furent le code et la poésie des anciens peuples, et sont encore proclamés par les modernes la sagesse des nations. Salomon, Pilpal, Aristote, ne dédaignèrent pas de recuillir les proverbes des Indiens, des Hébreux, des Grecs, et les sentences proverbiales: ConnaiS'tei toi-même s Bien de trop, furent jugées dignes d*ètre inscritef sur Tautel du temple de Delphes, comme celles du Ck>ran le sont encore sur les mosquées musulmanes. Les Triadee galloises et le Uavamaal Scandinave renferment les plus anciens proverbes de llurope moderne. Il en est qui sont communs à tous les peuples, d'autres dont le fond ou la forme varie suivant le génie de chacun d'eux, c LëUtaliens, dit V. P. Denis, s'y montrent rosés, gracieux et moqueurs; les
Anglais graves et rieurs par boutades; les Fla«» mandi ivrognes et gens connaissant le bonheur du cbex soi ;... les Français naïh et goguenards , malins et philosophes insouciants; mais c'est aux Espagnols qu'appartient le véritable slyle des proverbes, dont Sancho semble la personnification vivante. * Les proverbes d'un peuple peu* vent servir à deviner, non-seulement son esprit, son humeur et son intelljgence, comme l'a dit Bacon , nuils encore ses coutumes , se^ habitudes domestiques, le milieu dans lequel il vit. Le génie patient du Chinois revit dans son adage favori : En limant , on fait d'une poutre une aiguille! celui de llspagnol, mélangé d'un peu de fatalisme more, dans celui-ci : Quand tu verras br4ler ta maison, approche-toi pour t^X chauffer. On reconnaît une race antique, un peuple croyant et marin dans ces proverbes bretons : La terre est trop vieille pour être généreuse; Si tu veuw apprendre à prier, va sur la mer. Tomber de Charybde en ScyUa, devient en Hollande t Tomber de la digue dans le fusse. Le dicton fhmçais : Quand on parle du loupf on en voit la queue, est remplacé chex les Anglais par une image empruntée à un ordre d'idées qui leur est plus familier : Parlée du diable, et vous verreM ses cornes. Le Bourguignon dit t Fin versé n'est pas avalé, et le Normand : Fleur n'est pas pomme, et pomme n'est pas bére.
yoir pour les proverbes orientaux, le Pant- Cha4rantra^ les Paroles retnarquables , bons mots et maximes des Orientaux^ par Galland. Plutarque, Pylbagore, Théognis ont recueilli les proverbes des Grecs ; Publius Sysus, Érasme, ceux des Latins ; Cornazxano a fait un travail analogue pour l'Italie; Gruter, pour la Hollande et TAllemagne ; HoweU, Ray, Fielding, Kelly, pour l'Angleterre et PÉcosse. Nunes Pinciano a publié, en 1616, un recueil de proverbes espagnols , dont il a paru une nouv. éd. à Madrid , 1804 , 4 vol. in-8o. On trouvera une liste assex complète des auteurs français qui se sont occupés ûe parémiographie ' (littérature des proverbes) dans les ouvrages suivants : Maiinées eenonoises. Essai prélim., pag. 45-56, et le Livre desproverbes, par Leroux de Lincy, 1849, 9 vol. gr. in-18. Presque en même temps que le précédent ouvrage, a paru un Dictionnaire dee proverbes, par M. QuiUrd, in-8». Ratiixt.
PROYKRIIS. (Art dramatique,) Vers le milieu du zviii* siècle, le plaisir déjouer la comédie en société était devenu une sorte de passion.
* D« pfte napetfiitt, framW, «l y^éfU , l'écrit.
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Les grands seigneurs avaient dans leurs hôtel ou leurs châteaux des salles de spectacle , dans lesquelles on pouvait représenter les pièces de nos grands théâtres. Des amateurs aisés, mais qui ne pouvaient se permettre ce luxe, imaginèrent de transformer leurs salons en théâtres, en remplaçant les coulisses et les décorations par des paravents et quelques tentures. Il fallait trouver des pièces en rapport avec ces modestes scènes, et, pour cela, on traça de légers canevas, dont Taction peu compliquée servait de développement à quelque proverbe populaire. Comme les anciens comédiens italiens , les acteurs amateurs improvisaient ensuite leurs rôles d'après le scénario convenu. Toutefois, cette facilité d^improvisation s*étant trouvée le partage de trop peu de personnes, et néanmoins le goût de la comédie proverbe se propageant de plus en plus, un homme d*un esprit naturel et facile, Garmontelle, vint au secours des imaginations paresseuses, et composa plusieurs volumes de proverbes dramatiques, qui devinrent bientôt le répertoire de tous les théâtres de société. Ces jfTOfjerbes ont eu d^e nombreuses éditions ; peutêtre trouverait-on aujourdliui que leur dialogue manque un peu de trait, mais la vérité n'y fait jamais défaut, non plus que la gaieté.— Les succès de Garmontelle lui attirèrent de nombreux imitateurs; mais ce genre, qui semble d^abord facile, a sans doute plus de difficultés qu'on ne pense, puisqu*à une seule exception près tous les proberves qui ont succédé aux siens sont tombés dans Toubli. Qui se souvient, en effet, aujourd'hui de ceux que firent paraître Sacy, Gosse et quelques autres? Un écrivain de nos jours a été plus heureux : les Proverbes drames tiques de M. Théodore Leclercq ont renouvelé la réussite de ceux de Garmontelle. Le nouvel auteur, se conformant au goût de son époque, a. mis dans son dialogue plus de sel et de malice, comme il a jeté dans ses sujets une action un peu plus intriguée; plusieurs de ses proverbes se sont trouvés de petites comédies toutes faites, à peu de chose près, et qui ont coûté peu de travail à nos arrangeurs pour les transporter sur les théâtres publics. H. Théodore Leclercq aurait pu faire un proverbe de plus sur ces spéculations dramatiques. Ces nombreux emprunts, au surplus, étaient autant d'hommages à son talent, plus fécond encore que celui de son devancier, car ses Proverbes dramatiques forment déjà une douzaine de volumes, et souvent encore il fait insérer dans nos revues, pour lesquelles ce sont autant de bonnes fortunes, quelques nouvelles et piquantes productions de sa Thalle en
négligé. —Nous ne terminerons pas cetartide, sans signaler la belle et correcte édition da œuvres complètes de H. Leclercq qu'a publiée M. Aimé André. Grâce à cet intelligent éditeur, qui a su si habilement employer le crayon spirituel de MM. Jobannot, les bibliophiles pourront, sans crainte de déparer leur collection, y placer au premier rang un monument typographique digne en tout de l'écrivain distingué auquel il a été élevé. Dict. db Là Gom.
PROVERBES (Livu des). C'est un des livres canoniques de l'Ancien Testament, un recueil de sentences morales et de maximes de conduite pour tous les états de la vie, généralement attribué à Salomon. En effet, son nom paraît à b tête de l'ouvrage, et il est encore répété dans le corps du livre, c. x, v. 1, et c. xxv, v. 1. Daos le 3« livre des RoiSj il est dit que ce prince anit composé trois mille paraboles (c. iv, v. 83). Les anciens Pères appellent ce recudl Panante (trésor de toutes les vertus). Les docteurs juiftf comme l'Église catholique, en ont toujours fSiit honneur à Salomon et Font mis au nombre des livres saints. Cependant, quelques critiques ba^ dis, Grotius entre autres, ont douté que Salonoo en fût l'auteur. Us ne nient point que ce prince n'ait fait foire un recueil des maximes de morale des écrivains de sa nation, mais ils prétendent que sous Ézéchias, Éliacim, Sobna etJoalcé,! ajoutèrent ce qui avait été écrit de mieux depuis Salomon ; que c'est une compilation puisée à plusieurs sources. Grotius en donne pour preuve la différence de style qu*il a cru y remarquer. «Les neuf premiers chapitres, dit-il, sont écrits en forme de discours suivi. Au chapitre 10 jusqu'au chapitre 22, v. 16, le style est coupé, sentencieux, rempli d'antithèses. Au v. 17 et dans les suivants, 11 ressemble davantageaux premiers chapitres. Biais au ch. xxiv, v. 23, ilredeyicnt court et sans liaison. Au c. xxv, on lit : f^wei les paroles recueillies par les gens d'Étèchiati roi de Juda; au c. xxx, Discours d^Jg^r^fil* de Joaké; au xxxi«, enfin. Discours du roil^ muel.9 — Ces conjectures doivent-elles prévaloir sur la tradition constante qui attribue ce livre à Salomon? La différence de style proutet-elle autre chose, sinon que ce livre n'a pas été composé d'un seul jet, mais par fragments. Dailleurs, le c. xxv, v. 1, ne porte-t-il pas textuellement : P'oici les paroles de SaUmon r^ cueillies par les gens d'Éstéchias? Et depuis quand recueillir est-ce produire? jigureUoaké
ne sont-ils pas plutôt des épithètes que des nom* propres, et ne signifient-ils pas, l'un, celui q^* recueilU, Pautre, celuiquirei9ttertDÈD,i1àk^
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toire ne faisant mention d*aucun roi du nom de Lamuel, n*e8t-ce pas un surnom, une éplthète donnée à Salomon? — Bans les anciennes Tersions, la grecque et la latine, il y a quelques additions, quelques transpositions, qu^on ne remarque pas dans lliébreu. A saint Jérôme est tlue la gloire d*aYOir rendu la Yulgate plus exacte. L*abbé B. H.
PROYIDEKGS. On désigne par ce mot, ou Dieu lui-même , ou le soin qu*il prend du monde. En ce second sens, c*est Faction permanente de la volonté de Dieu sur les choses qu'il a créées, action par Tefifet de laquelle le monde continue à subsister, et tend sans cesse au but pour lequel il a été créé. En d'autres termes, la Proyidence se manifeste par la conservation et le gouvernement du monde. Lorsqu^on dit que Dieu conserve le monde, on indique par là qu*il le maintient dans sa matière et dans sa fbrme, et qu'il fait cela non-seulement médiatement, mais aussi immédiatement. Cette action de Dieu a été diversement expliquée. Selon les uns, il ne conserve le monde que médiatement par le moyen des propriétés et des forces dont 11 a , dès le commencement , doué les créatures pour en assurer la conservation et la propagation. D'autres admettent bien une conservation médiate par le moyen de ces forces et de ces propriétés , mais avec le concours particulier et actuel de Dieu. Selon une autre opinion, c'est immédiatement qu'il maintient ce qu'il a créé, en veillant tout à la fois à la conservation des choses ellesmêmes et des propriétés qu'il y a attachées. Ce qu'il faut conclure de ces divergences , c'est que comprendre^ expliquer \e comment de la Providence sont choses au-dessus de l'intelligence humaine; c'est une idée qu'elle peut aussi peu approfondir que l'essence de Dieu même. Cependant, on ne saurait s'empêcher de croire à une conservation directe et immédiate. Si l'on suppose, en effet, que le monde continue à subsister uniquement en vertu des forces propres à la matière, c'est en faire une machine mise en mouvement par un ressort qui lui est inhérent, c'est rabaisser Dieu au rôle d'un artiste qui , après avoir achevé son ouvrage, ne s'en occupe plus. On est donc conduite admettre que Dieu opère immédiatement la conservation des choses, ou qu'au moins il y coopère. Ce dernier point de vue paraH être celui de la Bible quand elle dit {Hébr., 1 , 3) : « Le Fils de Dieu soutient toutes choses par sa parole puissante. > Certains hommes, tout en croyant que Dieu conserve le monde en général, ont prétendu qu'il était indigne de Vt^ parfait de descendre jusqu^aux détails des
moindres pbjets. A cela, on peut répondre qu'un tout ne peut subsister que par ses parties et avec ses parties, et que si Dieu veut conserver le monde, il doit aussi nécessairement prendre soin de tous les âéments dont il se compose. D'ailleurs , s'il a été digne de Dieu de s'occuper de la création de tant d'objets divers , comment serait-il indigne de lui de s'occuper de leur conservation 2 La Providence s'étend à tout sans exception; elle embrasse les plus petits détails de la vie matérielle et spirituelle de chaque homme, aussi bien que les lois générales qui règlent la marche de l'univers. Aussi la Bible dit-elle : a Les cheveux même de votre tête sont comptés... Dieu donne la pâture aux petits du corbeau qui crient. »
Les théologiens distinguent la Providence en ordinaire on médiate, et en extraordinaire ou miraculeuse, selon que son action se renferme dans les lois ordinaires de la nature et se cache sous celle des causes secondes, ou qu'elle agit par une intervention directe. Us l'appellent aussi Providence dans l'ordre delà nature ou dans l'ordre de la grâce, selon qu'ils l'envisaj^nt comme n'employant pour arriver à ses fins que les propriétés naturelles des choses, ou venant au secours de l'homme par la révélation ponr le convertir, le régénérer et le sanctifier. Considérée dans son objet, on l'appelle générale, partU culière ou spéciale, selon qu'on veut dire que toutes les créatures, ou l'homme en particulier, ou plus spécialement les gens de bien, sont les objets de ses soins. Hais c'est improprement qu'on s'exprime ainsi, et cette distinction est purement arbitraire, puisqu'à proprement parler l'attention et la sollidtude de Dieu s'étendent également à toutes les créatures, et qu'il n'est pas juste de dire qu'il s'occupe plus des unes que des antres : à chacune il donne ce qu'il lui faut.
La foi à la Providence se justifie par différentes espèces de preuves. L'idée de la Provi» dence est inséparable de Tidée de Dieu. Les mêmes raisons qui nous obligent à croire à un Dieu créateur, bon, sage et saint, nous obligent aussi à croire qu'il conserve et gouverne le monde. Nous ne pouvons nous représenter une intelligence infinie, une charité, une sagesse et une sainteté parbites , sans en conclure que l'Être qui réunit ces perfections s'intéresse à ses créatures et veille sur elles. Si son intelligence est infinie, il ne peut rien arriver qu'il ne connaisse; il ne peut rien ignorer. S'il est la charité infinie, nous ne pouvons admettre qu'après avoir appelé ses créatures à l'existence, il les abandonne complètement à leur sort; nous en
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eonduons ao contraire qu*il lei a destinées à être heureuses, et qu*il a disposé les choses de telle sorte que chacune Jouisse de la mesure de bonheur qui lui convient. S*il est souverainement sage, il doit s^étre proposé un but et avoir pris les moyens nécessaires et convenables pour Tatteindre. S*il est tout saint, il doit avoir donné à ses créatures raisonnables la faculté de distinguer le bien du mal, de choisir Tun et de rejeter Tautre; par conséquent, il doit veiller sur rusage qu^elles font de leurs tecultés, et leur dispenser une rémunération proportionnée à leur état moral. Si n*en était pas ainsi , il faudrait refuser à Dieu ces perfections. LUdée d*iin Dieu conservant et gouvernant le monde est donc nécessairement et implicitement renfermée dans ridée de Dieu : c'est ce qu*on appelle la preuve ontologique. L*ordre et Tharmonie qui éclatent dans les causes et dans les effets des phénomènes naturels décèlent un plan et on but, et attestent ainsi Taction d*une intelligence souverainement sage et puissante: c*est la preuve télèologique. On cherche aussi à démontrer la Providence en s*appliquant à foire ressortir les traces d*une sagesse supérieure dans les grands événements de Thistoire des hommes ; c'est la preuve historique, qui offre nécessairement de sérieuses difficultés , et laisse beaucoup > 4l*incertitude. Il y a enfin la preuve tirée de l'Écriture, qui enseigne positivement le dogme d*une Providence.
L'idée de la Providence a, dans tous les temps, donné lieu à beaucoup d'objections et soulevé des doutes , tirés de l'existenoe du mal moral et physique dans le monde. Les épicuriens et les sadducéens la niaient péremptoirement. Les gnostiques enseignaient que le monde a été créé par un être imparfait, un éon ou démiurge émané de Dieu (vQjr, Ëors). D'autres, comme Zoroastre et les manichéens, admettaient un bon et un mauvais principe , attribuant à l'un le bien, à l'autre le mal dans le monde (vqr.DoAUSHB). On a aussi prétendu que tout dérive fortuitement d'un aveugle hasard, qu'aucune règle fixe, aucun dessein provenant d'une intelligence raisonna* ble, ne présidée l'enchaînement des événements. On a soutenu d'un autre cdté le fatalisme, en affirmant que tout est soumis à une nécessité purement matérielle, à laquelle il est impossible de résister et de se soustraire, et qu'il est également Impossible d'expliquer. La science, qui a pour objet de lever ces difficultés et de réfuter ces objections en faisant l'apologie de la sagesse divine, s'appelle théodicée, La plus ancienne théodioée est leUvre de/o6 dans la Bible. Son
système est celui de la volonté absolue de Dies et de la résignation à ses impénétrables décrets, motivée par la considération de seA perfeetions. R. Girviu.
PROVINCE. C'est le nom que l'on donne aux gouvernements politiques en lesquels sont divisés les grands États pour l'administration civile, judiciaire, militaire, financière, ecdésia»tique, etc. Ce nom nous vient des Romaini, qui le donnaient, comme l'indique l'étymologie {pro-Pincere)^ aux pays qu'ils réunissaient par droit de conquête k leur empire. Les provinces romaines étaient soumises aux magistrats qu'on y envoyait, et leurs peuples n'étaient pas toujours jugés suivant les formalités usitées entre citoyens. Les magistraU envoyés annnelleiBent de Rome, sous le titre de consulaires, proconsuls, préteurs et propréteurs, avaient un poovoir absolu. Us éUient désignés par le sort cm par le choix du sénat Us traînaient à leor suite un troupe de licteurs, de vlateors, d'appariteurs, de questeurs, de lieutenants, de sciibes, et une foule d'employés subalternes qui, presque toujours, sous les empereurs surtout, foulèrent et opprimèrent les provinces. Dans quelquesunes de celles-ci se tenaient des espèces de diètes dont l'influence, en général, fut illusoire. Ces gouverneurs, selon les cas, décidaient par décret, par jugement et par diplôme; leurs décisions avaient force de loi. Sn quelques lieux, les peuples pouvaient demander un jugement conforme aux formalités et aux coutumes de leur pays; ils pouvaient aussi choisir la juridiction de préteur. Les causes embarrassées étaient renvoyées au sénat, ou a'b tribunal supérieur de la nation. Auguste nomma des propréteurs pour lltalie et des préfets pour les provinces. Adrien confia la juridiction de l'Italie à des consulaires, et celle des provinces à ceux qui avaient le titre de spectabiles ou dHUustret : c'étaient là les juges suprêmes, ce qui n'excluait pas les juges ordinaires. Harc^Antoine substitua à ces magistrats des jurisconsultes pour le civil seulement. Alexandre Sévère nomma des orateurs avec une autorité aussi étendue. On nomnaait consulaires les provinces gouvernées par des consuls après l'exercice de leur consulat. Le Grecs appelaient la province eparchias les Allemands ont le mot landëchafft ; les Français, les Anghiis, les Italiens et les Espagnols ont oon* serve le mot province. Le nombre des provinces fut variable dans l'empire romain. Les dIvisloBt ecclésiastiques ont conservé le nom de proviace. Indépendamment de ceux d'archevêché et iPévêché. Jadis la France était divisée en jrro-
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vincea; elle Test aujobrd*hui en départements. Quant aux dénominations particulières données aux provinces dans les États modernes ( voiy, Ck>BTi, DocHi, Gbbcli, etc.)--Le moi propincial désigne tout ce qui vient de la province ; on dit dans un sens ironique d*un homme qu*il a Pair, le ton, les manières d*un provincial, pour indiquer qu*il n*est pas fait aux usages et à la tenue des capitales. — Dans quelques ordres monastiques, on appelle provincial le personnage qui a la direction et Fautorité sur plusieurs couvents d*une province, selon la division établie dans ces ordres. Le général a sous lui plusieurs pro* vinoiaum: le provincial a sous lui plusieurs prieurs. A. Savagrie.
PROYINGES-UNIES. f^(^. Pats-Bas.
PROVINCIAL. f^<^. Pbovuigb.
PAOYISEUE, titre d*une dignité de Tancienne et de la nouvelle université, vient du mot latin providere (pourvoir); en effet, le proviseur était jadis, et encore plus aujourd'hui, chargé de pourvoir à toutes les nécessités, soit temporelles, soit spirituelles , de la maison. Le supérieur de la Sorbonne et celui du collège d*Harcourt portaient autrefois ce titre. Le proviseur de Sorbonne était ordlnairemant un homme fort important dans le clergé. Je lis dans Talmanach royal de 1753 que la maison de Sorbonne avait pour proviseur le fameux cardinal de Tencin. Dans Talmanach de 1788, on ne trouve point le titulaire de cette dignité. Le proviseur de Sorbonne avait une grande part à toutes les affiedres qui concernaient cet établissement; mais il ne nommait point aux chaires vacantes. La maison de Navarre avait aussi un proviseur, mais ce n*étaitqu*un officier comptable, chargé de recevoir les revenus et de gérer les affaires temporelles de la société : cet office répondait à celui des économes dans les collèges actuels. Le proviseur d*Harcourt appartenait k la faculté des arts; il nommait aux bourses affectées à son collège et administrait en chef les biens de la communauté; il avait aussi la nomination des professeurs, rinspection sur eux et la direction des études. Il était élu par les boursiers de son collège, était tenu à résider, et ne devait point se marier. Un monument, détruit récemment par le vandalisme des architectes, attestait le zèle et la munificence du proviseur Fortin pour son collège d'Harcourt : c'était une assez belle porte sculptée, en bois, dont il avait fait don à cette maison, et qui portait une inscription attestant cette libéralité. Assez longtemps elle a servi d'entrée principale au collège de Saint-Louis, ^bli dans les bàtimenti d'Hareourt; mais elle
a disparu pour faire place à une de ces portes, moitié en menuiserie, moitié en serrurerie, qui, fabriquées sur un modèle assez beau, mais uniforme, ne disent rien k Pimagination, ne rap« pellent aucun souvenir. Le dernier proviseur d'Harcourt fut M. Dairaux, qu'on a vu, en 1815, proviseur de Gharlemagne et membre de la chambre des représentants. Lors de la formation des lycées impériaux, le chef de ces établissements reçut le titre de proviseur, qui, depuis la restauration, est demeuré aux éhds des col' léges royaux. Le traitement des proviseurs, à Paris et ft Versailles, est de 5,000 fr. fixe, outre une remise de 8,000 f^. chaque année, dès que le compte de l'année précédente a été vérifié et approuvé par l'autorité supérieure. Le traitement fixe est de 4,000 fr. dans les collèges royaux de Rouen, Strasbourg, Lyon, Marseille et Bordeaux; de 8,500 dans ceux de Reims, Caen, Amiens, Douai, fletz, Besançon, Dijon, Grenoble, Nîmes, Montpellier, Toulouse, Orléans, Angers, Nantes, Rennes; enfin de 8,000 fr. dans ceux de Nancy, Avignon, Tournon, Rhodes, Cahors, Pau, Poitiers, Bourges, Pontivy, Limoges, Clermont, Moulins. La remise éventuelle pour les proviseurs de ces trois différentes classes est, comme de raison, proportionnée à l'importance de leur collège. Enfin, tous les proviseurs ont le logement, le chauffage, l'éclairage, les gens de service et le linge, mais seulement pour ce qui concerne le service de la maison : pour leur intérieur et leur personne, ils sont comme les autres fonctionnaires, vivante leurs dépens. Le proviseur n'est plus, comme dans l'ancien régime, le premier entre ses égaux {primus inter parts); tons les autres fonctionnaires de la maison, savoir : le censeur, Taumônier, l'économe, les professeurs, les agrégés, les maîtres d'études, lui sont subordonnés; mais il faut rendre cette justice aux hommes de l'université, c'est que les proviseurs ont toujours mis un tact infini à faire sentir le moins possible cette subordination aux professeurs, qu'ils se plaisent à qualifier, dans leurs communications officielles et par écrit, du titre de cfwrs collègues. Je ne crains pas d's^outer qu'une conduite différente réussirait fort peu; car il y a généralement plus d'indépendance et de dignité, jointes à l'amour de l'ordre, dans le corps universitaire que dans toute autre corporation. Jadis, le principal de chaque collège avait la nomination des professeurs. Les proviseurs ont seulement la nomination des maîtres d'arU et d'agrément et de toutes les personnes nécessaires au service du collège. L'annOnier, l'économe, les maîtres de langue,
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le médecin, le chirurgien , sdnt nommés par Tautorilé supérieure, sur la présentation du proviseur. Ce fonctionnaire dresse, à la fin de chaque année scolaire, et transmet au recteur, le tableau des fonctionnaires du collège , en y joignant les notes si/r les talents et les succès de chacun d*eux. Il exerce dans le sein de rétablissement une suryeillance générale sur tout ce qui intéresse la religion, les mœurs. Tordre et les études. Il notifie et fait exécuter les ordonnances, arrêtés et décisions de Tautorité supérieure relatifs au collège. Il visite et inspecte Tinfirmerie, le réfectoire, les cuisines, etc. Ces détails, qu*il me serait facile de multiplier, prouvent combien sont importantes les fonctions du proviseur, surtout dans les collèges à pensionnat. Joignez à cela ses relations avec les familles, qui ne sont pas toujours raisonnables, avec les fonctionnaires de la maison, dont il faut concilier les prétentions, et quelquefois stimuler le zèle sans les blesser, enfin, avec Tautorité supérieure, qui parfois aussi écoute ses préventions et n'attache pas assez d'importance à des questions de détail. Un excellent proviseur serait capable de diriger la plus vaste administration. Il faut qu'il soit à la fois ferme et paternel, affable et digne, plein de zèle et de sang-froid, décisif et patient; enfin, si avec un bon proviseur un établissement prospère à kl longue , quelques mois suflisent pour le faire tomber avec un mauvais. Les exemples ne me manqueraient pas, s'il pouvait me convenir de donner dans le blâme ou dans l'éloge personnel. Quant aux proviseurs des collèges à externes dans Paris (ceux de Bourbon et de Charlemagne ), leurs fonctions se bornent à la haute direction des études; et ils jouissent à peu près des mêmes avantages que les proviseurs des collèges à pensionnat. Ce sont véritablement les deux pliis belles et douces places de l'université. Quant aux proviseurs des collèges réunissant à un externat nombreux un pensionnat considérable, leur place est aussi pénible qu'honorable : pour eux, point de repos, point de vacances, il fautqo'ils soient chaque jour les premiers levés et les derniers couchés de leur établissement. Quelle est donc leur récompense? Une honnête aisance , la considération publique et la conscience d'être vraiment utiles. Ch. du Rozou. PROVISION. {Économie domestique.) Nom collectif de tout ce qui est compris dans la consommation alimentaire, Tusage et l'entretien de la vie domestique des individus d'une ville, d'une province, d'une place de guerre, pour un temps déterminé ou indéterminé. On distingue dans ce dernier cas les provisions de bouche et
les provisions de guerre, qu'on appelle aussi munitions,
Pbovisioh (style commercial), fonds desUoé au remboursement d'une traite, d'un billet, d'une lettre de change, en cas de non-payement par les endosseurs et .le tireur. Le négociant indiqué dans l'effet pour payer au besoin n'est . pas tenu de le faire s'il n'a fOnds ni provision. yox» Billet, Lettbb db cbargb, Rbibouisi- ■BNT, Pbotèt.
Pbovisioh, rétribution due à im courrier, ï un focteur ou à un commissionnaire de commerce, qui a foit, par ordre ou pour compte d'un commettant, une vente ou achat de marchandises. Ce droit est de même nature que celui de courtage ou de commission.
Pbovisioh (style judiciaire), somme allouée avant jugement définitif à une partie dont le droit parait certain, et lorsqu'il n'y a contestation que sur la quotité de la valeur principale demandée. Une veuve qui réclame son douaire, un mineur qui demande ses droits acquis, mais dont la liquidation n'est pas encore réglée; un créancier qui réclame une somme dont le chiffre capital est contesté , obtiennent ordinairement des juges une somme par provision, et pour suffire à leurs premiers besoins. L'enfant dont la légitimité est contestée, mais qui a possession d'état ; celui qui n'a rien reçu sur ses droits héréditaires, et dont les sœurs et les flrères ont reçu déjà tout ou partie de leur légitime, sont dans le même cas.
PBOvisioir ALniEifTAiBB , allouéc par justice aux veuves ou aux femmes séparées surles biens de leurs époux, aux pères et aux mères sur les biens ou revenus de leurs enfants. L'intervention des tribunaux, dans ce dernier cas, est un scandale heureusement très-rare. — En matière criminelle et correctionnelle, l'individu blessé dans une rixe ou dans une attaque violente et préméditée, ou par la négligence d'un tiers, peut, avant le jugement de la cause au fûnd, obtenir une provision pour fournir aux frais de sa maladie et à ses besoins.
Pbovision (Jugement exécutoire par), avec on sans caution. Voy. Pbovisoibb (exécution).
Pbovision sub lbs biens beubles ou ibxs^' BLES, somme allouée au failli ou à sa famille pour leurs besoins, jusqu'à ce qu'il y ait concordat ou syndicat définitif.
Pbovision (matière bénéficiale). On obtenait la provision d'un bénéfice par résignation, par dévolution, par prévention. Toute provision de ce genre accordée sur un foux exposé est nnU^* Ce mode de transmission des bénéfices était sou-
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vent entaché de simonie. •— Au figuré, on dit : faire ou devoir provision d^esprit, de talent, d*érudition, de courage, de patience, etc. Mais ces locutions diverses ne sont admises que dans la conversation ou dans le style familier.
PiovisioNS (Lettres de). La vénalité des charges, érigée et soutenue parle gouvernement sous François I^^, contre laquelle les publicistes, les états généraux , ont vainement protesté , avait pris un tel accroissement que le chifiPre de celles qui conféraient la noblesse s'élevait à quatre mille. Toutes ces charges étaient des propriétés : on appelait lettres de provisions Tordre royal qui les conférait aux titulaires : ces lettres du grand sceau étaient nécessaires à chaque mutation. Le titulaire ou les héritiers pouvaient les vendre. Le vendeur donnait à son acquéreur une procuration ad resignandum. L*acquéreur n'avait par cette procuration qu'un droit à Tofflce acheté par lui. Il ne pouvait entrer en possession qu'après avoir obtenu des lettres de provisions, et ces lettres ne pouvaient être expédiées que dans le cas où il n'y aurait pas d'opposition, soit sur le titre, soit sur le prix. Les créanciers du titulaire vendeur ou de ses ayants droit pouvaient y faire opposition, et. Jusqu'à ce que ces oppositions fussent vidées, le titre restait in bonis du vendeur ou de ses héritiers. L'expédition des lettres de provisions purgeait les hypothèques foites auparavant, et celles qui étaient postérieurement formées étaient nulles de plein droit quant aux prétentions des opposants sur le prix de l'office. Onappelaitaussi lettres de provisions ou simplement proot«ioii« l'ordre royal qui conférait un ministère , même celui de chancelier. Le ministre révoqué devait remettre ses provisions, La démission volontaire se faisait par la remise ou le renvoi des provisions.— Les prot7isions pour les charges dans les juridictions seigneuriales étaient données par les seigneurs, et sous leur sceau particulier : ces provisions étaient révocables.
Provisions Btirtnci^iss. Les provisions expédiées au nom du pape se distinguaient en provisions en cour de Borne et en provisions de cour de Rotne, Les premières étaient expédiées par les officiers de la chancellerie du saint-siége pour les bénéfices à la nomination du pape 3 les secondes pour les bénéfices ordinaires.— On appelait bulles les provisions pour les bénéfices consistoriaux. Bufit.
PROVISIONS B'OXFORD, statut provisoire dressé en 1958 par les 94 commissaires du parlement d'Oxford, dit mad parliament (parlement enragé), et Jugé par Henri Illetson fils Edouard.
Ce statut ordonnait l'observation de la grande charte (souvent violée par le roi), l'élection d'un grand Juge national et de quatre chevaliers par comté pour recevoir les griefs des habitants, la convocation régulière du parlement (trois fois par an), etc. L'acceptation par Henri des provisions d'Oxford amena le gouvernement des 24; le pape Alexandre lY cassa le statut par une bulle (1 261), et le roi rétracta son serment (1 262)« De là une guerre civile que signalèrent l'arbitrage de saint Louis (1264), les batailles de Lewes et d'£vesham (1264-1265), et le triomphe mo* mentané de Leicester. La paix ne fut bien rétablie qu'en 1267, et les provisions furent abolies. BOOULKT.
PROVISOIRE, dérivé ûe provision, synonyme de provisionnel, par provision, mot d'un fréquent usage en matière Judiciaire. Bans son acception spéciale, il s'applique à un acte, un établissement, une transaction d'urgence, et qui exige célérité. Ce terme a été appliqué à l'iii/érim gouvernemental. Un gouvernement provisoire est un gouvernement improvisé et destiné, soit à être plus tard reconnu dans les mêmes formes où il a été primitivement institué, soit k céder la place à un gouvernement plus régulier. Les gouvernements provisoires sont toujours formés à la suite de révolutions ou de grandes crises politiques. Ainsi, dans les phases de la révolution française, et pendant l'intervalle d'une déchéance au rétablissement du gouvernement déchu, ou à son remplacement par un autre, l'autorité intérimaire a été qualifiée gouvernement provisoire. C'est ce qui est arrivé en 1701, lors de l'arrestation de Louis XVI à Varennes, jusqu'à l'acceptation de la constitution, et après le dix août jusqu'à la création de la république. Le premier consulat fut également un gouvernement provisoire. En 1814, après l'abdication de Napoléon, et avant l'arrivée de Louis XVIII, un gouvernement provisoire fut installé (vox» Tal- LBTBARD, FoucBt, Balbebg , Jaocoubt, ctc.) ; à une époque plus récente, celle de la révolution de Juillet, aussitôt qu'il eut été décidé que la branche aînée des Bourbons avait cessé de régner, une commission fut créée pour s'occuper des afi^res les plus urgentes. Celle-ci décréta un gouvernement provisoire à la tête duquel elle plaça le duc d'Orléans avec le titre de lieutenant général du royaume. Ce gouvernement dura quelques jours seulement, Jusqu'au moment où la chambre des députés offrit au lieutenant général la couronne, avec le titre de roi. La Belgique a eu aussi , en 1830, un gouvernement provisoire \ mais celui-là fut de plus longue du-
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rée; car il Be continua pour ainsi dire dans la personne du régent, M. Surlet de Cbolder, qui l^rda les rênes de Tadministration Jusqu'à Tarrivée du roi Léopold.Il eu futde même en Grèce et dans d'autres Étals, tant de l'Europe que de 1* Amérique, notamment en Espagne où, il y a quelques mois, le ministère Lopez a été un gou* yernement provisoire qui a présidé aux affaires /lu pays dans rinterraile de la régence du duc <le la Victoire à la déclaration de la majorité de la Jeune reine Isabelle II. X.
. Pbovisoirb (Exécution), terme de Jurisprudence. Les Jugements pour provision alimentaire , pour réparation urgente et pour tous les cas exceptionnels qui exigent célérité, sont exécutoires par provision. Bans ceux des tribunaux de commerce, quel que soit le cbiflPre du principal, rexécution provisoire peut être ordonnée avec ou sans caution. Les Juges d'appel peuvent, en certains cas, accorder des arrêts de surfis à l'exécution provisoire ordonnée par les premiers Juges. — Provisoire est aussi employé comme substantif. On dit le provisoire, pour un provisoire, pour une matière, une chose provisoire,
PtovisoniMiifT, agir, faire, ordonner provisoiremeni. Les Jugements de référé ne statuent que provisoirement, et ne préjugent rien sur le principal. 11 s'emploie aussi familièrement. DUIBT.
PROVOCATION (du mot latin provooare, appeler, exciter, pousser à faire quelque chose). La provocation présente presque toujours à l'esprit un caractère odieux ; c'est un terme qui se prend ordinairement en mauvaise part; on suppose que celui qui provoque est toigours dans la nécessitéde s'adresser aux mauvaises passions pour pousser au mal. Dans le sens propre, on provoque à la révolte en appebint à grands cris le peuple aux armes ; dans le gens figuré, on provoque quelqu'un à commettre un crime par dons, promesses, ordres ou menaces; l'agent provocateur n'est pas seulement alors le complice du crime, il en est l'auteur et le fauteur, et, dans la répartition des peines, il doit être considéré comme le plus coupable. On connaît, en politique surtout, une autre espèce é^agents provocateurs : ce sont les gens de police qui se chargent euxmêmes d'organiser un complot, en faisant naître un espoir chimérique dans des têtes exaltées : lorsque les preuves sont à peu près faites, les agents provocateurs, ceux qui ont poussé avec le plus de violence à l'exécution de projets dangereux, disparaissent tout à coup de la scène, et leurs complices sont tout surpris d'apprendre
par rinstruction que ces hommes qui montraient tant de ferveur pour une régénération politiqiae n'étaient que des émissaires de police. — Dans le langage usuel , provocation se prend auiii comme synonyme de bravade : on provoqus quelqu'un à la colère en l'irritant, à la vengeance en l'insultant ; il s'agit encore d'exciter lesmauvaises passions, qu'il est toujours facile de foalever, parce qu'elles aveuglent. Le mot provoeetien se prend aussi cependant quelquefois en bonne part, comme dans cette locution, provoquer au sommeil; il se prend alors dans le seni ordinaire que l'on donne au mot esciter. Tiuur. PRUDENCE. Ce mot, abréviation de prooi' dence, vient du latin providere (prévoir). In effet, cette vertu est la providence humaine. Son essence est d'éclairer la route de la vie, de toos faire discerner le bien avec le mal, le vrai d'avec le fSaux. Elle vous sert & agir convenablement à l'égard des autres , à saisir les o& casions, les circonstances propices, à user de b parole avec circonspection, des choses avec sa* gesse; à mettre tous ses soins, à employer toutei les heures de son existence, à peser ses actions, et relativement celles des autres , quoique avec réserve et décence. Socrate a dit : « Bien que la prudence ne soit pas à elle seule tontes les vertus, il n'y a pas sans elle de vertus complètes. • Rarement, la prudence brille de toute sa perfection dans la raison humaine, dont l'essence, esclave dans l'argUe vivante qui lui sert d'enveloppe et de prison, est de se tromper et de fiiiUir à chaque pas. Aussi Boéce dit-il avec Justesse qu'il y a beaucoup de savants hommes, mais tnen peu qui soient doués de cette vertu qu'on nomme prudence. On a aussi défini cette vertu comme étant l'expérience du passé appliquée à raveoir. Cette définition ne peut être prise d'une manière absolue; car bien qu'en ait dit le moraliste auteur de cette pensée , rien quelquefois ne ressemble moins au passé que l'avenir, que modifient tant decirconstances qui échappent souvent à toute prévision humaine. L'homme le plus pnident doit avoir toi^ours présent à l'esprit ce vers de Boileau :
SooTcnt la p«ar d'an mal fait tombtr dana an pin.
Toutefois, il y a plus de chance de réussite poor le prudent que pour l'imprudent : laissons rimpétueux Oreste répliquer à Pyrrhus :
Seignrar, uat «la pradenca entraioa trop da ioia; Ja ne lais pas prérolr les malhaart da A loin.
L'orgueil, la vanité, senties plus terribles écueUs de cette vertu; la méfiance de soi-même, mais toutefois avec une connaissance raîsonnée de
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ses torées, ime énergie mattreste des premiers mouvemeDts de son âme, un regard calme pro* mené sur la mer houleuse de nos propres passions et des passions d*autrui, qui Tiennent battre incessamment notre cœur; une langue discrète et tempérée, font yéritablement de la prudence un faisceau de yertus. Elle est la force du feible et le trésor du sage; et si ses fins étaient toujours sûres, si elle ne manquait jamais son but, elle serait la Providence divine. Les anciens l'ont symbolisée dans le célèbre personnage de Prométhée (la prévision), auquel ils opposèrent son frère Épiméthée (l'imprévoyance). Privés qu'ils éUient du flambeau de la révélation, que le Christ devait bientôt allumer, ils ne voyaient dans la prudence qu'une espèce de vertu mondaine, qui, escortée de la méfiance et de la crainte, préparait et déUayait les sentiers difficiles qui menaient à leurs intérêts particuliers. Hais l'Évangile fit de cette vertu un don de Dieu appliqué à notre salut et à celui de notre prochain ; il nous invite à Joindre la prudence du serpent à la simplicité de la colombe. D'après cette image orienUle, concluons, de l'opposition du rusé serpent à la timide colombe, que la prudence est la plus difficile et la plus rare des vertus. — Les mythes en firent une divinité allégorique : ils lui donnèrent, comme à Janus, deux visages, un tourné vers le passé, l'autre vers l'avenir. Les Égyptiens la représentèrent sous l'emblème d'un énorme serpent à trois tètes, une de chien, qui flaire ; une de lion, dont la gueule puissante est près d'agir, et une de loup, qui médite une retraite en cas de besoin. Cette prudence brutale a quelque chose d'effirayant. Admirons la religion du Christ, qui, épurant toute chose, a donné à cette vertu, avec la finesse du serpent, la douceur de hi colombe. L'Évangile, trésor de morale, est aussi un trésor d'images et de poésie. Dhiici-Bàboh. PRUDBNCE. Amiuna Piudirtius Clshuis, poëte chrétien, né en Espagne, nous a laissé presque tous les éléments de sa biographie dans ses préfaces. On y voit que sa naissance est de l'année où Salia fut consul, c'est-à-dire de 348 ; que sa Jeunesse fut consacrée au barreau et plus encore à des platoirs dont il rougit plus tard ; que , nommé gouverneur de quelques villes, il fut la terreur des criminels; qu'U passa dans l'armée, où il occupa des postes honorables ; et qu'appelé enfin à U cour, il devint l'un des grands de l'empire : Pieiatprinoijrit extuUt, auumpium propiuê êtare Jubens ordine proanmo. Arrivé à 67 ans, il sentit dans son cceur un vide que Dieu seul pouvait combler; et résolu de consacrer à
la religion ses dernières années, il fit en, 405 ou 407 un voyage à Rome , se pénétra d'une sainte ferveur en visitant les tombeaux des mar-* tyrs, et partit pour l'Espagne, où il composa, dans la solitude , les ouvrages qu'il nous a laissés. On ne sait quand il mourut.
La piété qui lui avait révélé son talent lui dicta des pommes et des hymnes qui se ressentent de l'époque de décadence où il écrivait. Ces différents ouvrages sont rangés dans l'ordre suivant par l'éditeur que nous suivons : 1» la Pmxchomachie .-c'est peut-être le modèle de ces personnifications bizarres dont nos poètes du xu« au XV* siècle ont fait un si fréquent usage ; les assauts que se livrent dans notre âme la foi et l'idolâtrie, la pudeur et la débauche, \st patience et la colère , l'orgueil et l'humiUté , l'intempérance et hi sobriété, l'avarice et la prodigalité, la concorde et la discorde, tel est le sujet du poème, où Prudence arme ces vertus et ces vices à la feçon des héros d'Homère, et décrit leurs combats comme s'il s'agissait de vrais paladins; 30 les Caifiémères, ou hymnes de chaque jour, pour le matin , pour le soir, avant et après le repas, etc., au nombre de 15; 3» les Péristéphanes, ou des Couronnes : ce sont 14 hymnes en rhonneur de certains martyrs , surtout de martyrs espagnols ; 4» V Apothéose, poëme destiné à défendre la fOi contre certaines hérésies; 5'* VHamartigènie , ou De l'origine du péché , contre l'erreur des marcioniles ; 6" Deux livrée contre ^mmaque, composés à l'occasion du rétablissementde l'autel de la Victoire, demandé par ce dernier ; Manuel de l* Ancien et du Nouveau Teitament, collection de quatrains en hexamètres, sur un choix de passages de l'Écriture sainte. Leclerc et Bayle reprochent à Prudence quelques opinions peu orthodoxes; les critiques les plus indulgents trouvent de la dureté , de l'incorrection dans son style , et de grandes négligences dans sa versification. On voit cependant par quelques passages de ses flsuvres qu'il avait l'enthousiasme du poète : il ne lui a manqué que de venir â une époque moins défavorable. La première édition de cet auteur est de 1499. Les meilleures sont celles d'Elzevir, 1667, avec les notes de Heinsius ; de Chamillart, 1687, ad uêum Delphini\ d'Arevalo, 1788, 9 vol. in-4<> ; de Bodoni, 1789, 3 voL in-go. J* Tbavus.^
PRUDERIE, affectation de sagesse, de décence, de délicatesse dans le langage et dans le maintien, dictée par le désir d'obtenir une bonne réputation pluidt que par celui de la mériter. La I pruderie joue les vertus morales, cooune l'hypo-
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critie Joue les Tertus religieuses : la première est plus ridicule, la seconde plus criminelle. Les femmes galantes que la société n*a pas encore rejetéeSkde son sein, et qui veulent réunir les plaisirs du vice aux honneurs de la vertu, sont nécessairement prudes, c*est-à-dire qu'elles outrent la modestie dans leurs paroles et dans leurs gestes, par la crainte de laisser pénétrer leurs pensées, et pour réprimer en présence de témoins le ton familier que les hommes contractent avec elles dans Tintimité : toute femme qui a des amants, et qui n'exerce pas la profession de courtisane, doit remplacer la chasteté par la pruderie. Si la pruderie n*est pas toujours une preuve de la corruption du cœur, elle en est une de vanité prétentieuse à Testime qu'inspire le genre de vertu dont la pruderie n'est point l'image mais la caricature. On ne peut allier à la pruderie de la probité et un bon naturel, puisque l'on exagère jusqu'au mensonge les habitudes d'une sévérité qui exclut l'indulgence. Les prudes sont ennuyeuses dans le monde par leurs exigences, et dangereuses par leurs observations et leurs jugements dépourvus de charité ; elles cherchent à rehausser leur mérite en publiant les torts qu'elles découvrent ou créent, et passent rapidement de la médisance à la calomnie. Le manque de naturel rend insipide et pénible dans leur bouche l'éloge de la vertu, et elles en flétrissent la beauté auxyeuxdu vulgaire. Mais si ce travers, comme toute fausseté, est éminemment répréhensible, les femmes, surtout dans la jeunesse, n'en doivent pas moins être en garde contre la crainte d'être acsusées de pruderie. Les hommes ont intérêt à leur persuader que Textrême réserve, hi vigilance scrupuleuse, rembarras, l'inquiétude, la fuite à la simple apparence du mal, sufiBsent pour les faire appeler prudes , et leur représentent ce nom comme synonyme de sottes : que les femmes n'en con- . çoivent aucune frayeur! Être jeune, belle, et s'attirer de certaines gens le reproche de pruderie, c'est remplir ses devoirs et ne pas s'exposer à les enfreindre en vivant avec des personnes légères et peu mesurées dans leurs discours et dans leurs actions. La conscience, quand on l'interroge de bonne f6i, n'abuse point sur les intentions, et il est facile de s'assurer si l'on hait le mal ou si l'on veut seulement persuader aux autres que l'on ressent cette haine. S'encourager à se bien conduire et à vaincre de funestes inclinations en faisant hautement profession de principes austères, que l'on reconnaît difficiles à suivre, n'est pas pruderie, mais courage, si l'on est vraiment dans Tintention d'employer
toutes ses forces à résister. Les dames tagiaisM passent pour être les femmes les plus prudes de l'Europe , non-seulement parce qu'elles oe reçoivent point dans leur chambre à coucher, mais encore parce que la rencontre d'un homme et d'un lit dans la même chambre les trouble Jusqu'à l'effroi ; parce que le nom de plusieurs Tétements leur parait un attentat à la pudeur, et qu'elles portent si loin la délicatesse de l'expression quand il est question du corps qu'elles ne disent jamais qu'une jambe de poulet ou de pe^ drix pour en désigner la cuisse : ce n'est point la pruderie, mais la coutume qui a décidé es cela. Nulle part la mode qui découvre les bras, les épaules et la poitrine n'a fait autant de progrès qu'en Angleterre; nulle part le théâtre n'est moins châtié ; nulle part les mères ne manifestent plus franchement le désir de marier les filles; nulle part ces dernières ne déguisent moins les sentiments qu'on leur inspire : les dames anglaises ne sont donc point prudes quand elles observent les vieux usages de leur pays, et en parlent la langue avec les mots choisis et consacrés par la bonne compagnie ; car, il faot le répéter, la prude est celle qui, substiUiant la ferme au fond, paye seulement de maintien et de paroles, ou qui, ne se contentant pas d'être chaste , veut encore que sa chasteté f^sse da bruit. Les moralistes ont toigours montré on juste mépris pour la pruderie ; les poètes, la confèndant avec l'hypocrisie, en fond le smjet de leurs railleries, et les honmies sans rnoors s'efforcent de la signaler dans toute conduite régulière, et tâchent de la confondre avec la vertu pour se dispenser de rendre hommage à cette dernière. G^e bs Iuml
PRUD'HOMME, Pftuo'noKiB (en latin hmo prudens)^ l'homme prudent et probe qui a Fexpérience des affaires, et qui peut être pris ponr juge d'un différend. Le substantif prud'kh mie s'employait autrefois comme synonyme de probité, mais il emportait avec lui plus spécialement l'idée d'une grande sagesse de conduite. La probité est de tous les âges, la prud'homie ne convient qu'à l'expérience de la vieillesse ou de l'âge mûr; ce mot n'est plus aujourd'hui en usage, mais le terme de prud'homme a conservé dans le langage l^islatif l'une de ses anciennes significations : c'est la dénominatioB donnée à certains juges qui exercent une juridiction en quelque sorte toute paternelle et de famille, connue sous le titre de conseil de prud'hommes. — Bans l'origine, tout homme de bien et d'expérience avait droit d'être qualifié prud'homme : aussi ce mot est-il devenu la
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Bouctte d*utt nom de famille assez répaadir. Les auteurs de VEnqyclopédie f6nt remarquer que ce titre était accordé alors, dans les différentes classes de la société, à ceux qui jouissaient plus particulièrement de Pestime et de la confiance publique. Les prud*bommes étaient les hommes de paix : c*est la désignation que leur applique Tancienne coutume de Laon ; tous les anciens titres font mention de ces hommes d*expérience, auxquelles était remise la décision des affaires importantes ; ils y figurent sous les dénominations suivantes, qui étaient indifféremment employées comme des synonymes absolus : hotninés boni, probi, prudentes; et Ton voit dans les anciennes formules quUls étaient appelés tantôt comme témoins, tantôt comme conseils, comme experts, et comme juges; mais c*est principalement dans les chartes des communes que ces qualifications se retrouvent, et elles désignent alors les officiers municipaux, chargés plus spécialement de veiller à la conservation des intérêts communs, parce que, en effet, Télection devait nécessairement se porter sur les plus sages, les plus expérimentés, les plus prudents : c*étaient les mayeurs ou maires, les jurés, les consuls, les prud'hommes. Le titre de prud'homme a reçu ainsi une foule d*applications diverses, mais il a été surtout consacré pour désigner des experts : de là cette ancienne locution, à dire de prud'hommes, qui répond parfaitement à la locution actuelle, à dire d'experts, 11 était de principe, dans Tancienne jurisprudence, que les rachats de fief» se fixaient au dire de prud'hommes, ou, comme le portaient les coutumes d*Aiyou et du Maine , au dire €le preudes gens. Une délibération du conseil de la ville de Paris, déclarait « que, à Tavenir, on donnera le service de prendre garde que ceux qui font les chaussées (e*est-à-dire le pavé) fassent bonnes journées et suffisantes, à un prud** homme qui sera déchu de son état par fortune; » et, pour le choix, il est dit « qu*on ne regardera point au lignage ni au service qu'il aurait fait au prévôt et aux échevins, mais, seulement, qu'il ait été prud'homme et de bonne vie» » Puis; la même délibération ajoute qu'on élira 34 prud'hommes de Paris, qui seront tenus de venir au parloir aux bourgeois, au mandement du prévôt et des échevins; qui conseilleront les bonnes gens, et iront avec le prévôt et les éohe- Tins chez les maires, le roi ou ailleurs, à Paris ou dehors, pour le profit de la ville. On voit que, dès cette époque, les prud'hommes de Paris étaient déjà transformés en inspecteurs du pavé et en conseillers de préfecture. Les jurés-mar-
ehandâ étaient aussi des prmPhommes; dans chaque eorps de métiers, on devait faire choix aussi des plus expérimentés et des plus sages; et ce fut à eux que dut être remis le pouvoir de juger les différends qui s'élevaient dans la corporation : de là l'origine des conseils de prud'hommes. — La juridiction la plus ancienne qui paraisse avoir été établie sous cette dénomination est celle des prud'hommes-pêcheurs de Marseille. Ils étaient au nombre de quatre , et, chaque année, ils étaient élus par les pêcheurs, qui les choisissaient entre eux. Aussitôt après que ces quatre prud'hommes avaient prêté serment, ils devenaient juges souverains pour tout ce qui concernait la police de la pêche. Les audiences se tenaient tous les dimanches : le demandeur, avant de faire donner citation par le garde de la communauté, était tenu de déposer deux sous dans une boite; le défendeur, pour être entendu, déposait aussi ses deux sous ; et les prud'hommes, après avoir écouté les explications données par les parties en personne, sans assistance de procureurs ni avocats, prononçaient immédiatement leur sentence, qui était exécutoire, sous peine de la saisie de la barque et des filets appartenant à la partie condamnée. Cette juridiction , établie en 1453 pnr le bon roi René, comte de Provence, a été successivement confirmée par différentes lettres patentes des rois Louis XII, François 1«% Henri 1 F, Charles IX, Louis XIII, Louis XIY et Louis XV. Depuis la révolution, hi juridiction des prud'hommes a été établie par une loi formelle, en date du 18 mars 1806, dans la ville de Lyon, pour laquelle il a été créé un conseil de prud'hommes, composé de neuf membres, dont cinq négociants-fabricants, et quatre chef d'ateliers. Ce conseil a été institué pour terminer par la voie de conciliation les petits différends qui s'élèvent journellement, soit entre des fabricants et des ouvriers, soit entre des chefs d'atelier et des compagnons ou des apprentis. Il est également autorisé à juger jusqu'à la somme de 60 francs, sans forme ni frais de procédure , et sans appel, les différends à l'égard desquels la vole de conciliation aura été sans effet. 11 est, en outre, spécialement chargé de constater les contraventions aux lois et règlements concernant la fabrication. Cette loi, qui, d'après son titre, ne paraissait avoir qu'un intérêt local, est devenue d'une application usuelle , par suite de la disposition que renferme son article 54, portant « qu'il pourra être établi, par un règlement d'administration publique délibéré en conseil d'Étal, un conseil de prud'hommes dans les villes
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de Mirlque où le souyernement le Jugera eon* veoable. » Partout où ceg conseils existent, il fout donc se reporter à la loi que nous Tenons de citer pour connaître les attributions des conseils des prud'hommes : quant à la composition même de ce conseil, c'est là une affaire d'administration qui se trouTe réglée par chaque ordonnance. Le décret du 5 juiUet 1806, qui règle le mode de nomination des membres destinés à composer le conseil des prud'hommes de la ville de Lyon, ordonne que les marchandsfabricants seront réunis en assemblée générale, sous la présidence du préfet ou d'un conseiller de préfecture, pour éUre les cinq membres du conseil; les chefs d'atelier doiyent aussi être convoqués séparément en assemblée générale pour élire, de leur côté, les quatre membres nécessaires pour compléter le conseil. Tout marchand-fibricant, tout chef d'atelier, tout ouvrier cité devant les prud'hommes, sera tenu de s'j rendre en personne au jour et à l'heure fixés, sans pouvoir se faire remplacer , hors le cas d'absence ou de maladie : alors, seulement, il sera admis à se faire représenter par un de ses parents, un négociant ou marchand exclusivement, porteur de sa procuration. Txulit.
PEUDHON (Piuix-Paul), peintre, membre de l'Institut de France et de la Légion d'honneur. --Parmi les grandsartistes qui ont honoré la France, Prudhon tient un rang distingué. Joignant à la profèndeur de la pensée une vigueur et une grâce peu communes; traduisant tour à tour sous son savant pinceau la Aireur, la joie, l'amour, avec une rare facilité, Prudhon s'est foit une réputation durable. — 11 est des hommes privilégiés auquel Dieu a tracé une route, U leur a dit : « Marchez à ce but; # et ces hommes, franchissant des barrières à tout autre insurmontables, accomplissent leur destinée malgré les obstacles etlesentraves que leursuscite la société, marâtre qui étoufFèsi souvent ses plus nobles enfants. — Treiiième et dernier fils d'un pauvre maçon, Prudhon naquit à Cluni (Saône et Loire) le 6 avril 1760. Il avait à peine vu le Jour que son père mouAit, et il resta dès lors sous la direction de sa mère. La pauvre veuve aimait son fils par-dessus tout; elle concentrait toute sa tendresse sur son petit Pierre, qui lui rendait bien tout son amour. Parvenu à rage de 9 ans, Prudhon n'avait pas quitté un instant sa mère : la bonne femme avait-elle le pressentiment que son fils serait un Jour un homme? Ce fût H l'enseignement gratuit des moines de Cluni que Pierre fit ses premières études. Vers ce temps commencèrent à se développer avec impétuosité
ses extraordlnalret dispositions pour b peinture. On a rarement vu un enfant se livrer avee autant de persévérance à la recherche d*an art dont il devinait déjà toute la portée. C*est eo vain que par des punitions réitérées on cherchait à combattre le penchant irrésistible de l'écolier. Au lieu de faire »e» devoirs, il remplissait ses cahiers de dessins à la plume. U slmproviaait même sculpteur; il taillait avec son canif dans du savpn tous les personnages de la passion de J. C, e^ sa mère conservait avec soin toutes les œuvres de son fils. Plus tard, à son retour d'Italie, il se prit à considérer avec étonnement ces premières productions d'un génie naissant, et y fut frappé de la manière dont elles étalent exécutées. Manquant de tout, il suppléait à tout par ses inteUigentes inventions. N'ayant pas de couleurs, il exprimait le suc des heÂes, des fleurs, et se composait de cette manière une palette variée; privé de pinceaux, il trouvait moyen d'en fermer en réunissant ensemble des brins de poils qu'il arrachait des harnais des chevaux. Les tableaux de l'abbaye de Cluni excitaient son admiration. U résolut de les copier. Vn moine bd dit : « Vous ne réussirez pas, ifi sont peints à lluiUe. » Ce nouvel obstacle enflamma le Jeune artiste, il résolut de les vaincre, et après des travaux inouïs il trouva seul le secret de peindre à l'huile. Les bons moines de Cluni, surpris et touchés d'une telle ténacité, pensèrent alors que Dieu l'avait destiné à de grandes choses. Us se rendirent auprès de M. Moreau, évoque de Maçon, et lui révélèrent les prodiges dont Us étaient témoins chaque Jour. Le digne prélat comprit la noble tâche qui lui était réservée. U prit le Jeune Prudhon sous sa protection, et l'envoya étudier le dessin dans l'ateUer de M. de Vosges à D^oa; Ses progrès y furent rapides; mais ce n'était pu assez pour Prudhon le peintre. Gomme laphaSl, il avait besoin d'aimer; mais hi fniu&edontll fut épris à 18 ans était indigne de lui, et par sa position, et par ses mauvais penchants. On mit tout en œuvre pour le détourner de sa funeste passion. U était trop tard, un faux point d'honneur l'emporta sur les supplications de ses asiis : il épouM sa maîtresse. Le premier Jour de son mariage fut le dernier de son bonheur. Il n'en retrouva phis de fugitives étincelles que dans quelques bonnes actions, et dans le travail assidu de son art. Le ciel l'avait doué d'une douceur et d'une patience sans égales. U résista aux souffrances morales qui l'assiégeaient UneâsM de fier se fût brisée sous le choc, Il souflHt et ploya sans se plaindre. — Concourant à IHion pour le prix de peinture établi par les états de
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Bourgogiiei et dont le Tainqueur était envoyé k Eome, il vit un de ses camarades se désespérer de oe pouvoir réussir. Ses plaintes émurent rame de Prudhon, il s^oublia pour ne penser qu*à son émule : il enleva une planche de la cloison qui les séparait, prit sa palette et fit son tableau. Au Jour du Jugement, Taréopage artistique se prononça en foveur de Tami de Prudhon. Le prix allait lui être adjugé lorsque, poussé par la reconnaissance, et ne voulant pas d*une gloire acquise au prix d*une injustice, il dévoila tout, et demanda que la précieuse couronne fût placée surle f^ont du véritable vainqueur. Les états de Bourgogne réparèrent Terreur commise, et la pension de Eome fut accordée à Prudhon. Tous les jeunes artistes de la ville se réunirent pour le porter en triomphe. En Italie, il étudia Raphaël, Léonard de Yinci, André del Sarte; mais son maître par excellence fut le Gorrége. Peut-être, en admirant ses belles productions, pensait-il à la malheureuse existence que ce grand peintre avait traînée dans la misère et Toubli. Prudhon vit Canova àRome; leurs mains se rapprochèrent instinctivement, et bientôt ils se lièrent d*une étroite amitié. Canova voulait retenir auprès de lui son Jeune ami : il voulait lui payer ses ouvrages, et les exposer dans son atelier pour le foire connaître. Il semblait pressentir tout ce que Prudhon aurait à sou£Frir en retournant dans sa patrie.— Il revint à Paris en 1789. Les sinistres prévisions de Canova ne tardèrent pas à se réaliser. Accablé de misère, Prudhon fut obligé de peindre la miniature pour vivre. A force d*économie et de travail, il parvint à réunir quelques épargnes; mais sa femme les eut bientôt dissipées. La misère hideuse frappa de nouveau à sa porte. La famille augmente à mesure que les ressources s*épuisent, et, par surcroît de malheur, 1794 arrivait escorté de la famine. Pressé par ses amis, Prudhon fuit la capitale et va vivre deux ans à Rigny. U y a laissé une foule de délicieux portraits au pastel et à l*huile. G*est là aussi quUl a achevé pour M. Bidot rainé les dessins de Daphnie et Cloé, et de Gentil Bernard, U revint à Paris, et bientôt ses épargnes eurent de nouveau disparu. Il fit alors les dessins de Racine et de VJminte du Tasse, et grava Phroeine et Mélidor, Car, pour satisfaire aux besoins de sa nombreuse famille, il ne pouvait entreprendre de grands travaux ; il follait vivre avant tout. Il exécuta néanmoins un dessin représentant ta Fèrité dencendant des cieus, guidée parla Sagene, Le gouvernement lui commanda d*exécuter ce sujet en grand, ce qu*il fit avec beaucoup de succès. L*envie ne
tarda pas ft se dresser sur ses pas« Ses ennemii publiait qu^ excellait dans la vignette et dans les petites choses, mais qu*il y avait témérité et fèlie à lui de viser plus haut. Le malheureux Prudhon se laissa influencer par ces basses attaques : il abandonna les grandes compositions, et perdit ainsi ses plus belles années. Ce ne fut que dans un âge plus avancé quUl essaya de nouveaux pas dans sa noble carrière. Chargé de décorer rhôtel de M. de Landy, il fit édore sous ses pinceaux tout ce que peut enfanter rimagination la plus suave et la plus gracieuse. Mais sa femme était toujours là, semant sa vie de nouveaux chagrins : cette mauvaise mère abandonna plusieurs fois ses enfonts, et leur excellent père essayait en soupirant de la remplacer; souvent on Ta surpris travaillant avec les plus jeunes sur ses genoux. Hais, malgré sa résigna* tion, une triste mélancolie minait ses jours; réclat de ses yeux s*éteignait; ses lèvres nV vaient plus que d^amers sourires ; on craignit un Instant qu'il ne mit fin à ses jours. On eut beaucoup de peine à le décider à donner des 1^ çons à J|H« Mayer, élève de Greuze, qui désirait vivement Tavoir pour maître. Douée d*une âme sensible et pure, cette vertueuse femme sentit un sentiment profond se glisser dans son cœur; Prudhon, de son côté, touché des soins et de l'attachement qu'elle lui témoignait, se laissa aller à ses doux penchants. Tout le monde a connu leur liaison, et tout le monde se trouvait honoré de recevoir ces deux êtres si intéressants. Cette période de la vie de Prudhon a été la plus heureuse. Ce fut vers cette époque qu'il entreprit ses jprands travaux. Il exposa au salon de 1808 sa belle composition du Crime pour-suivi par la Justice et la FengeancCf qui lui valut la croix de la Légion d'honneur. Il n'est personne qui n'ait vu au Musée cette sublime page, reflet brillant du génie de Gorrége. Il exposa encore cette m^mesjkni^V Enlèvement de Pêxché par les Zéphyree, composition gracieuse qui dénote la focilité avec laquelle Prudhon savait aborder tous les sujets. Plusieurs années se passèrent pendant lesquelles les succès qu'il ne cessa d'obtenhr désarmèrent enfin la critique, et en 1816 il obtint un fauteuil à l'Institut de France. Comblé d'honneurs et d'hommages, le pauvre Prudhon aurait dû jouir longtemps de cette vie honorable et paisible, acquise aux prix de tant de fatigues et de tourments; il n'en devait pas être ainsi : il lui foUait boire le calice Jusqu'à la lie. La compagne chérie de ses travaux, de ses succès, de ses chagrins, Mile Mayer, âgée seulement de 40 ans, fut subi-
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tement attaquée d^ime sombre folie, et se donna la mort, le 36 mai 18â1. M. de Boisfremont, le digne ami du malheureux artiste , Tarracha à grand^peine à ce corps inanimé, le ramena chez lui, lui prodigua les plus douces éonsolations. Il était trop tard, Prudbon ne reprit ses pinceaux que pour achever une esquisse commencée par celle dont il pleurait la perte : Une famille au désespoir y entourant un père mourant au êein de la miêère, scène de désolation qui fait frémir; et le Christ qui vient d'espirer pour racheter les homtnes, œuvre où il y a de belles parties, mais qui cependant est inférieure à ses autres tableaux. Puis il posa sa palette, et écrivit à sa fille, établie à 100 Ueues de Paris : « Oh ! que la chaîne de la vie est pesante ! seul sur la terre, qui m*y retient encore ? Je n*y tenais que
|>ar les liens du cœur, et la mort a tout détruit
Ma vie est le néant.... L'espérance ne détruit point rhorreur des ténèbres qui m'environnent.... Elle n*est plus, celle qui devait me survivre... La mort quej'attends viendra -t-elle bientôt me rendre ce calme auquel J'aspire?... C'est à ta tombe, à mon amie, que s'attachent toutes mes pensées, tous mes vœux!...» Comme on s'a£Bigeait de ses souffrances : « Ne pleurez point, dit-il à ses amis, vous pleurez mon bonheur, je vais rejoindre cet ange de bonté, cette amie dont les suffrages étaient si doux à mon cœur. « ^ Cette mort tant désirée le frappa enfin ; il rendit le dernier soupir dans les bras de M. Boisfremont, le 16 février 1823. « Mon Dieu, dit-il, je te remercie !... la main d'un ami fidèle me ferme les yeux ! » M. Votart a publié un curieux travail sur la vie et les œuvres de Prudbon : c'est à ce travail que nous avons emprunté la plus grande partie de cet article. Le musée de Paris ne possède que deux peintures de ce maître : le Crime poursuivi par la Justice et la f^engeanccy et sa dernière composition , Jésus sur la croix. V. Dabroux.
PRUNELLE, ouverture qui paraît noire dans le milieu de l'œil, et par laquelle les rayons passent pour peindre les objets dans la rétine^ ou membrane formée dans le fond de l'œil par une expansion du nerf optique. Proverbialement, jouer delà prwne/te,c'estjeter des œillades, faire quelques signes des yeux : il se dit communément des signes qu'un homme et une femme se font quand ils sont d'intelligence. Conserver quelque chose comme \sl prunelle de ses yeux, c'est la conserver soigneusement, précieusement. X.
PRUNIER, genre assez considérable d'arbres fruitiers de la famille des rosacées ( tribu des drupacées ou amygdalées), et dont les cerisiers,
les pêchers, ainsi que rabricolier, ne diffèrent que par des caractères purement conventionnels. Le caractère essentiel du genre prunier {prunus, Tourn.) réside dans le ftruit, dont to surface, toujours parfaitement lisse, se couvre aux approches de la maturité, d'une poussière fine et glauque, et dont le noyau est en général plus ou moins aplati, ni poreux, ni sillonné, à bords tranchants: l'un creusé d'un sillon, l'autre relevé de trois angles saillants. Tous les praniers habitent les contrées extra-tropicales de rhémisphère septentrional.
Le prunier commun {prunus domeêiiea, L.), qui passe à tort ou à raison pour le type originaire de tous les fruits connus sous le nom collectif de prunes (les variétés les plus estimées sont, comme l'on sait, les reines -Claude, les mirabelles, les damas, les perdrigoos , les bricettes, la prune monsieur, la prune royale , etc.), croit, à ce qu'on assure, spontanément et en forêts dans la Hongrie, la Croatie, la Moldavie et autres contrées du sud-est de l'Europe, ainsi qu'en Orient. Le bois de cet arbre est dur, veiné de rouge, d'un grain fin, serré, et susceptible d'un beau poli; les ébénistes, les menuisiers et les tourneurs en f6nt une consommation considérable. Il découle souvent du tronc da prunier une gomme qui participe à toutes les propriétés de la gomme arabique. Personne n'ignore l'emploi alimentaire des prunes : séché au four ou au soleil , ce fruit reçoit le nom de pruneau ; toutefois on emploie plus spécialement à cet usage certaines variétés à fruit allongé, telles que la quetsche ou Zwetsche des Allemands, la prune d'Agen, la diaprée violette, rtle-verte, etc.; dans les contrées où ce fruit est très-abondant, on en extrait des boissons alcooliques, et on l'utilise même à hi nourriture des porcs.
Le prunier épineux {prunus spinosa, L.)> plus communément connu sous les noms de prunelier ou épine noire, abonde dans toute l'Europe , au bord des bois et dans les buissons. Toutes les parties de cet arbrisseau , et surtout ses fruits, ont une saveur fortement astringente; la pharmaceutique en préparait autrefois un extrait, appelé suc d'acacia indigène, qui s'administrait à titre de tonique. L'écorce jouit de propriétés fébrifuges; sa décoction dans nue dissolution alcaline fournit une teinture rouge. Les fleurs sont purgatives. Les fruits , appelés prunelles ou senelles, servent à faire du vinaigre. Le prunelier fOumit d'excellentes défenses en haies vives. On cultive, comme arbuste d'ornement, le prunelier à fleurs doubles : variété
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cbarmnate ti remarquable par la profusion de ses fleurs, qui paraissent dès le commencement du printemps. Plusieurs espèces de pruniers de TAmérique septentrionale, se cultivent aussi dans les plantations d*agrément.
Le prunier de Briançon, ou prunier des Alpes (prunus briganiiaca,\ï\]an)^ qui abonde dans les Alpes du Dauphiné , fournit une huile grasse, contenue dans Tamande de son fruit, et qui, à ce qu*on assure, ne le cède en rien à celle d*amandes douces; cette huile est connue dans le payssous le nom d'huile de marmotte, Spagh.
PRUSSE, nom dériyé par les uns de Borussia, ou plutôt Porussia {po, sur, et Russ, rivière de ce nom), et par d'autres de Prussi, Prucsi, les anciens Prussiens ,' d*où les Allemands ont fait Preussen et les Français Prusse. C'est à la fois le nom de la contrée, sur la mer Ballique, qui était anciennement le siège de ce peuple, et celui de toute la monarchie dont le vrai centre est pourtant le Brandebourg. Nous le prenons ici dans son acception la plus étendue.
I. Géographie et statistique. Ceiie monarchie, la plus jeune et la plus restreinte des cinq grandes puissances de TEurope, ne ferme pas un ensemble continu , mais se compose de deux masses entièrement distinctes et d'inégale grandeur. La première, et de beaucoup la plus grande, à Test, comprend tout le vaste corps de domination qui s'étend entre les montagnes du Harz à l'ouest , celles de la Thuringe , le royaume de Saxe et hi chaîne des Sudètes au sud, les plaines de la Pologne à l'est, et la mer Baltique au nord ; à part pourtant les deux grands -duchés de Hecklembourg, vers l'angle occidental de cette dernière , ainsi que diverses autres enclaves de moindre importance, telles que les duchés d'Anhait et certaines parcelles de celui de Brunswick, enclaves qui donnent au territoire prussien une apparence excessivement morcelée de ce côté-là. Du reste assez compacte , cette région, baignée par le Niémen inférieur ou Memel et la basse Vistule, embrasse aussi le bassin de l'Oder presque en entier, et tout le cours moyen de l'Elbe, dont la Saale et la Spree, qui se réunit avec le Havel, sont les principaux tributaires. On trouvera, sous leurs noms respectifs, la description de chacun de ces quatre fleuves, dont trois se jettent dans la Baltique, tandis que le quatrième, après avoir quitté la Prusse, court se décharger dans la mer du Nord.
L'autre partie de la monarchie, à l'ouest, Iieaucoup moins étendue que la précédente dont elle est entièrement séparée par divers territoires de la confédération germanique, est en outre
conlignë au duché de Nassau, au grand-duché de Hesse et à la Bavière rhénane, et bordée du côté opposé par la France, le Luxembourg, la Belgique et le royaume des Pays-Bas. Le Rhin la parcourt dans la direction du sud au nord, ens'inclinant légèrement vers l'ouest. Ce fleuve que viennent y rejoindre les eaux de la Moselle, le plus important de ses a£Buents de gauche, est vériUblement l'artère vivifiante de cette contrée, à laquelle il prête aussi ses charmes pittoresques. Enfin, le Weser arrose un petit coin de la monarchie , vers l'extrémité nord-est de ce même territoire.
Les côtes de la Prusse , sur la mer Baltique, présentent un développement de 110 milles géographiques. Ce littoral estéchancré d'un grand nombre de baies et de golfes qui en séparent l'ile de Rugen et celles de Wollin et d'Usedom (cesdeuxdernièresauprèsdes bouches del'Oder). Plus loin, sur lestïôtes de la Prusse proprement dite, province limitrophe de l'empire russe, on remarque les deux bras de mer appelés Frisch- Ha£P et Kurisch-Hafi^. La région orientale de la monarchie, depuis le Hanovre jusqu'aux fTontièresdu royaume de Pologne et de la Samogitie, est tout entière une vaste plaine d'un aspect généralement monotone, entrecoupée par intervalles seulement de quelques ftiibies collines. Le pays n'est montagneux que dans les districts avoisinant les limites de l'ouest et du midi , où s'élendent les ramifications des chaînes mentionnées au commencement de cetarticle. Cependant même la Schueekoppe dans le Riesengebirge , renommée comme le point culminant de toute l'Allemagne septentrionale, ne s'élève point audessus de 1,603 mètres.
Quant à la partie occidentale du royaume, communément appelée Prusse rhénane, elle ressemble peu, dans sa constitution physique, à la région plus vaste que nous venons de décrire. Le caractère montagneux y domine ; et le Rhin, encaissé dans son cours moyen entre les escarpements de cette vallée romantique , si célèbre sous le nom de Rhingau , y baigne le pied de deux admirables rangées de hauteurs desquelles s'échappent une foule de vallées transversales. Le Westerwald , sur la rive droite du fleuve , entre les rivières de la Lahn et de la Sieg, et la chaîne âpre du HundsrUck, plus distante sur la rivegauche, sontles appendices les plus saillants de ce système.
La monarchie prussienne est un composé d'éléments en partie très-dissemblables , que rhé« ritage,la conquête et la politique ont successivement réunis sous un même sceptrcLes provinces
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dao8 lesquelles se partagent ces éléments sont au]ourd*bui les 8 suivantes : l» le Brandebourg, au centre de la monarchie, a?ec la capitale Berlin, et qui, outre les Marches, contient encore la basse Lusace; 9^ la Silésie prussienne accrue de la majeure partie de la haute Lusace, à Test ; S*" la province de Saxe , en partie formée de démembrements du royaume de ce nom, assez bizarrement découpés, à Touest de la Marche électorale ;4<' la Poméranie,au nord de cette dernière le long de la Baltique ; 5*" la Prusse proprement dite, divisée naguère en orientale ou en occidentale, provinces occupant à Test de la Poméranie tout le reste du littoral baltique jusqu*à la fh>ntière russe; 0« le grand-duché de Posen, autre province polonaise, au sud de la Prusse et , qui, comme la dernière, est en dehors de la confédération germanique à laquelle appartiennent les autres provinces , contrées toutes dépendantes autrefois de Tempire d'Allemagne { 7° la Westpbalie, sur le Weser } et 8* la riche province du Rhin, formée de hi réunion de celle dite de Juliers, Clèves et Berg avec le grand-duché du Bas- Rhin : cette magnifique contrée, en majeure partie nouvellement acquise à la Prusse par les traitésde 1815, est regardée par elle, ajuste titre, comme le plus beau fleuron de sa couronne. Tout Tensemble de ces provinces , dont la plupart ont des articles dans cet ouvrage, présente une superficie de 5,077 milles carrés géographiques ', dont 855 seulement appartiennent à hi Prusse rhénane. Il a un contour de 841 milles géographiques, c'est-H-dire de 840 milles plus étendu que celui de la France, dont la superficie, sur un territoire beaucoup mieux arrondi , est pourtant presque double de celle de hi Prusse. La principauté de NeufchAtel sur laquelle le roi de Prusse n*a qu'une souveraineté limitée par la constitution républicaine de ce petit pays , qui forme en même temps un capton de la Suisse, . est naturellement restée en dehors de ces chifheB.
Le climat en Prusse, sous une latitude qui varie de 50o H 50o N., entre 4° et SI» de longitude orient à compter du méridien de Paris , est naturellement plus rigoureux que dans la France septentrionale. Dans la province du Rhin, il est généralement beaucoup plus doux que dans le reste de la monarchie. Les provinces les plus
* D'aprk M. Bdbi, «rw NMcliât«l, 276,406 knoajim cwiÀ. La cvmfdiUnClon gtmaalqar, mm la Mrritolrct pnmIcM et MlHdU«M q«l «■ dépcudMl, • , raivaat 1« mIb* miorit^,
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firoides sont celles de la Baltique, où les hivers se rapprochent déjà de ceux de la Pologne et de la Russie. La qualité du sol varie beaucoup aussi dans une aussi vaste étendue. Dans les pays fermant le corps principal de hi monarchie ainsi qu'en Westphalie, il est en grande partie sablonneux, marécageux ou couvert de fôrèts; mais à c6té de ces terrains rebelles , où le labeur opiniâtre des habitants lutte contre une nature avare de ses dons , on rencontre beaucoup de districts éminemment propres à l'agriculture , où mûrissent de riches moissons. La province du Rhin figure au premier rang de celles que distingue un caractère de fécondité plus général.
La Prusse est une des contrées de l'Europe où la population augmente le plus rapidement. Le mouvement progressif en est constaté par des recensements ofiBciels, opérés régulièrement et avec le plus grand soin. Tandis qu'en 1810 on ne comptait encore que 10,540,081 habitants, ce nombre s'est élevé à la fin de 1840 à 14,098,501 âmes.
Près des trois quarts de cette population sont disséminés dans les campagnes ; le reste est concentré dans les 079 villes du royaume. Cependant la capitale, Berlin, atteint seule le chiffre de 800,000 âmes ;Breslau en renferme 00,000; Eeenigsberg, 05,000; Cologne, 68,000; Dantzig, 56,000 ;Magdebourg, 54,000 *;on compte en outre 1 1 villes ayant de 90,000 à 50,000 âmes, dont plusieurs, teUes qu'Elberfeld, Rrefdd et Stettbi voient augmenter leur prospérité et le nombre de leurs habitants avec une rapidité extraordinaire.
Les-^ de la popubtion de la monarchie appartiennent â hi race germanique pure , avec laquelle néanmoins se trouvent aussi confondus, dans les provinces orientales, des Slaves germanisés. Toute cette minorité ne parle d'autre langue que l'allemand , qui est celle de PÉtat; elle constitue un peuple qui s'est placé par son esprit éclairé, actif et industrieux, par la profoodeor de son instruction et par les hautes lumièfes qu'il possède, au premier rang parmi les natioas civilisées, et qui marche â la tète dumouvenest intellectuel de l'Allemagne.
Après les Allemands, viennent environ 9 oiillions de Slaves qui continuent de former des populations distinctes, pariant leurs propres idiomes, et qui sont plus généralement r^andaf
*0a coriigw d'aprit e« qo'tMlfMM à la pop«httai4t
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dans le grand-duché de Posen , dans la Prusse proprement dite, et dans une partie de la Silésie. Ils appartiennent à différentes branches de hi nation polonaise, à Texception d*environ 150,000 Lithuaniens ou Lettons dans la régence de Gumbinnen ( Prusse orientale ), d'à peu près 80,000 Vénèdes qui se sont maintenus dans la Lusace, et des foiUesdébrisde la tribu desGassoubesdansIa régence de Kœslin(Poméranie). Quant à celle des anciens Prussiens, ftrères des Lithuaniens, il n*en reste pLuÈ aucune trace, quoiqu'ils aient donné leur nom à tout le pays. Ajoutons que la langue française aussi est en usage dans quelques can-
tons limitrophes de la France et de la Belgique. La densité de la population offre de grandes Inégalités. Elle est la plus forte dans la province du Rhin, et dans les rapports les plus faibles en Poméranie et dans la Prusse proprement dite. Sn nous arrêtant au nombre rond de 14 '/, miK lions d'Ames, actuellement dépassé, nous ferons voir par le tableau ci-dessous comment il se répartit approximativement entre les 8 provinceSy en indiquant aussi, outre la superficie de chacune, ses subdivisions administratives formant un total de 95 régences, nommées d'après leurs chefs-lieux. Voici ce tableau :
L Étais non comprû dam la confédération germanique (l^TH milles carr. géogr.; 5,400,000 hab.).
Piovtnn.
PlUSSl
|occid«.Ul..|grr„«;erfer-.
Posui.
I Posen. . .
'iBromberg,
8«p«rfie. «B a. c g^ogiw Piopalatloo.
I. Élaiê aUemandê (5,565 milles carr. géogr.; 11,100,000 hab.).
B sPotsdam. .
BaAilDBBOUiG. . . . . I Francfort.
PoMiaARii
Siiisui
Saxb. • .....
WlSTMAUl. • • f
Stettin
Stralsund
Kœslin ...••... i
Breslau. • • • • . ,
Oppein '.
Leignitz ••«•..
I Magdebourg. •..•.•••••
Mepftf»hAiiPcp. -.-.------'
PiovmcB au Rnm. •*
Mersebourg.
Erfurt
Minden
Munster. . . • • Arensberg. • . • Dusseldorf. . • .
Cologne
Aiz-ia-Ghapelle.
Coblentz
^Trêves
Total. ..... 14,500,000
m. Prmc^aulé de NoufçhâUl (14 miUes carr. géogr.^ 61,884 hab.).
Sous le rapport des cultes, on compte en Prusse près de 9 millions de protestants de différentes communions, et à peu près 5 '/i millions de catholiques. L'Église dominante, dont les principes sont professés par la dynastie régnante ainsi que par la grande majorité des habitants, est l'Église évangélique chrétienne, formée de l'union des diverses communions protestantes ( rqr. ÉVAifoiLiQUis). Tous les cultes Jouissent d'ailleurs d'une égale liberté ; il n'y a de privilège pour aucun. La religion catholique est professée par hi presque totalité des Slaves et par une partie considérable de la population allemande
de la Prusse rhénane, de la Westphalie et de la Silésie. La secte des mennonites et les communautés de frères bohèmes et moraves sont peu nombreuses et très-disséminées. Enfin les juifs, au nombre de près de 900,000, établis principalement dans les provinces ci-devant polonaises ainsi que dans toutes les villes de commerce, ont la Jouissance de presque tous les droits civils, mais sans pouvoir néanmoins prétendre k des fonctions publiques autres que municipales.
Halgré hi nature ingrate d'une partie de son sol, la Prusse, fertilisée par le travail infetiga-
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