‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 41 sur 61 · TEU · texte numérisé non relu

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J)Ie de ses habitants, est un pays florissant par Tagriculture. Parmi les districts plus fovorisés parleur féconditénaturelle, il fautmentionnerici les plaines basses {Niederungen) et les terrains endigués < Werder ) de la Prusse proprement dite. Les récoltes en froment et en céréales de toute espèce excèdent de beaucoup la quantité jiécessaire à la consommation du pays. On en fait de non moins abondantes en pommes de terre, dont une grande partie sert à la distillation de l*eau-de-Tie, en légumes de toute espèce, «n graines oléagineuses , plantes de teinture et d^assaisonnement, lin, tabac, houblon et betteraves. La plantation de la vigne prend tous les jours plus d'extension sur les collines qui bordent le Rhin et la Moselle, renommées pour Texcellence de leurs crus. Les arbres fruiiiers sont généralement très-répandus et d*un rapport considérable; et les forêts parfaitement aménagées, qui occupent un sixième du territoire, assurent au pays une grande abondance de bois, en même temps qu'elles invitent par leur gibier aux plaisirs de la chasse.

L'éducation du bétail , si étroitement liée au perfectionnement de Fagriculture, a fait depuis la paix d'immenses progrès en Prune, surtout dans les 6 provinces de l'est, où elle trouve plus de ressources qu'ailleurs, dans l'étendue des pâturages. Le nombre des moutons, de 8,241,436 en 1817, s'est accru jusqu'à 15,011,453 dont 3,617,469 mérinos, en 1837, où la valeur totale de la production des laines, en partie très-recherchées, surtout celles de la Silésie, fut est!-: mée à 30,775,000 thalers '. On comptait, d'après le même recensement, 4,838,633 iétes de gros bétail, 1,936,304 porcs, 337,535 chèvres et 1 ,473,901 chevaux. La race de ces derniers est excellente ; les plus recherchés sont ceux de la Prusse orientale. La volaille ne manque pas, et la pêche est lucrative^ur les côtes de la mer Baltique, où se recueille aussi l'ambre jaune.

Dans ses districts montagneux, la Prusse possède des richesses minérales très-variées , dont l'exploitation a fait dans les derniers temps de notables progrès. La Silésie, la province de Saxe, la Westphalie et la Prusse rhénane renferment les foyers principaux de l'industrie métallurgique. La production de l'argent est en moyenne d*environ 34,000 marcs par an; celle du fer de toutes qualités, de l'acier brut, etc., qui a plus que doublé depuis 1817, était, eu 1837, de 3,564,000 quintaux (non métriques); celle du plomb, encore insuffisante pour les besoins du

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pays, de 34,500; celle du cuivre, de 35,595; celle du laiton, de 18,544; celle du zinc, de 331,103 quintaux. L'extraction de la houUle, la même année^ a rendu 10,393,479 tonneaux; cdle de l'anthracite, 3,613,630. La Prusse proprement dite fournit de la tourbe, et le sel de cuisine abonde en Saxe, de même que l'alun et le salpêtre. En somme ronde, la totalité des produits minéraux, à l'état brut, -présentait une valeur d'au moins 11 millions de thalers.

L'industrie manufacturière et le commeree, entourés par le gouvernement d'une protection non moins efficace que l'agriculture, ont également foit des pas immenses depuis 1820, bien que les tarifs, exempts de prohibitions, n'excluent d'une manière absolue la concurrence d'aucun produit étranger sur les marchés du pays. L'édit du 38 octobre 1810, en proclamant le principe de la liberté industrielle en Prusse, a débarrassé le royaume de toutes les entraves de Tancien système des corporations. C'est dans la province du Rhin que l'industrie manufacturière a pris son plus grand développement ; elle est . éjgalement très-importante dans la Silésie, après laquelle viennent le Brandebourg, la Saxe et la Westphalie, où néanmoins l'intérêt agricole manifeste une|;rande prépondérance, ainsi que dans le reste du royaume. Pour la consommation intérieure, la fabrication de la bière et la distillation de l'eau-de-vie forment deux branches très-considérables. L'industrie linière, la plus anciennement renommée de*la Silésie et de la Westphalie, quoique bien moins lucrative aujourd'hui;que jadis, à cause du mouvement inprimé à la filature mécanique dans d'autres pays, donne pourtant encore lieu à une exportation évaluée à plus de 10 millions de th. par an. Les manufactures de draps et d'étoffés de laines fines et communes du district d'Aix-la- Chapelle et de la Silésie ont repris en peu de temps une grande activité; depuis 1835, ils livrent annuellement à l'exportation pour plus de 5 millions de th. de produits. La manufacture de la soie, dans laquelle se distinguent Blberfeld et Krefeld, a participé à l'exportation, dans la même année, pour une valeur de 13,868,000 th.; celle des tissus de coton , qui fleurit dans les mêmes localités, pour un chiffk'e à peu près égal à celui des soieries, et résultant d'une importation d'environ 6 millions de th. en cotons bruts et fils anglais. Parmi les industries secondaires, il faut mentionner la préparation des peaux et des cuirs (Malmédy), la teinturerie de fil rouge (Elberfèld), la fabrication du tabac, libre depuis 1796, celles du sucre de betterave,

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de la chicorée, et l*amidon, de Tacide sulfurique (Nordhausen), de la potasse, et d^autres produits chimiques; enfin, les ouvrages renommés en fer de Berlin et de la Silésie, ceux en laiton, et les fabriques d'aiguilles d'Aix-la-Chapellè et des environs, la quincaillerie, les outils aratoires et les armes blanches de Solingen et de la Westphalie, auxquelles s'attache une réputation ancienne et bien méritée. On évalue à plus de 3 millions de th. l'exportation annuelle de ces divers articles métallurgiques.

La situation géographique de la Prusse, l'état de ses fleuves, l'excellence de ses routes, et l'organisation postale dont elle jouit depuis 18S4, contribuent beaucoup à y vivifier le commerce, que les grandes lignes de chemins de fer en partie déjà exécutées dans plusieurs directions, ne manqueront pas d'activer encore. La création de l'union douanière allemande, appelée le ZoUverein (vox. Douaiies), a été une des combinaisons les plus heureuses de la politique contemporaine : les progrès de cette union, depuis 1 833, ont été si rapides qu'elle embrasse aujourd'hui dans son vaste réseau toute l'Allemagne, à l'exception de l'Autriche, des villes hanséatiques et des autres États du littoral de la Baltique et de la mer du jford, c'est-à-dire un territoire de plus de 8,000 milles carr. géogr., habité par plus de 27 millions d'âmes. C'est le commencement d'une ère nouvelle dans le commerce de la Prusse, à laquelle un débouché considérable est assuré par ce moyen pour les produits de ses fabriques. L'adoption d'une législation douanière uniforme pour tous les États compris dans l'association et les conventions passées entre eux en 1838 et en 1839,<lans le but de fixer l'unité de monnaies et de poids, ont été des conséquences naturelles de ce pacte salutaire. Des traités spéciaux règlent les rapports de la navigation du Rhin avec la Hollande. Le mouvement de transport des marchandises sur ce fleuve a triplé depuis 1839. Vingt ports sur la Baltique se partagent le commerce maritime et possèdent une marine marchande qui se composait, au commencement de 1840, de 683 navires. La plus importante de ces places est Dantzig ; puis viennent Kœnigsberg, Hemel, Pillau, Elbing, Stettin, principal port d'importation. La capitale Berlin, Breslau, Posen, Francfort-sur-l'Oder , où se tiennent des foires très-visitées, Magdebourg, et dans la province rhénane, Cologne, le grand entrepôt de la navigation du Rhin, Elberfeld et Barmen, Aixla-Chapelle, etc., marquent comme centres du commerce intérieur. U est difficile d'arriver à une évaluation précisedu commerce de la Prusse

prise individuellement. A une époque déjà bien éloignée, en 1833, la valeur des importations s'élevait à 78,476,868 th., celle des exportations à 91,185,678 th.; mais il est hors de doute qu'il y a eu depuis, dans les unes et dans les autres, un accroissement très-considérable. Les principaux articles de l'exportation sont, outre ceux des manufoctures déjà indiquées, qui trouvent en partie un large débouché en Amérique, mais y sont dirigés pour la plupart par la voie des villes hanséatiques et des Pays-Bas, les grains et autres produits du sol, les laines, des bois de construction, certains métaux, tels que le zinc, etc. L'exportation des grains par les ports de la Baltique a présenté, en 1839, une valeur de près de 20 millions de th.; l'exportation généraledes laines, en 1837, un chiffre de 9,400,000 th.

On distingue en général 3 classes d'habitanU;, dans l'ordre social, en Prusse. La première com* prend la noblesse, composée d'environ 130,000 individus, et qui peut se séparer en haut et petite noblesse, bien que celle division ne se fonde en droit sur aucune démarcation rigoureuse. A la tête de la haute noblesse figurent comme une caste à part, munie d'importants privilèges, les princes médiatisés, avec les tilres de ducs, de princes, de comtes, etc., qui autrefois relevaient immédiatement du saint -empire, et ont passé depuis sous la suzeraineté du roi de Prusse. La plupart d'entre eux ont leurs possessions en Westphalie, en Saxe, en Silésie et en Lusace. Ils jouissent de l'exemption de l'impôt territorial, qui se perçoit à leur profit dans le ressort de leurs principautés, et y exercent la juridiction en première et quelques-uns même en seconde instance. La noblesse inférieure comprend en général tous les propriétaires nobles de terres seigneuriales, qui, sans former un corps privilégié, ont néanmoms encore leur représentation et leurs prérogatives spécialement déterminées par les statuts de chaque province. Plusieurs droits importants, tels que la juridiction inférieure, le patronage des églises, etc., sont souvent inhérents à la propriété des terres seigneuriales (RUtergûter)\ mais les roturiers, par suite de l'édit du 9 oct. 1807, peuvent également acquérir de pareils domaines ; seulement les députés envoyés par eux à l'assemblée des États provinciaux n'y prennent rang qu'avec ceux de la bourgeoisie.

Celle-ci, jévaluée à environ 3,650,000 indivi* dus, forme le second ordre de l'État et renferme, outre les grands propriétaires ruraux de la catégorie indiquée en dernier lieu, la masse des habitants des communes urbaines. L'organisation

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muDicipale {Stœdte-Ordnung) de la Prusse remonte à une loi du 19 nov. 1808, basée sur des principes très-libéraux, mais modifiée depuis par celle du 17 mars 1851, dont les dispositions, conçues dans un sens plus aristocratique, n*ont pas été toutefois admises par toutes les municipalités, ^administration des villes, d*après ce régime, est confiée à des magistrats ou délégués choisis par les citoyens eux-mêmes.

Le troisième ordre et le plus nombreux, celui des paysans, entièrement émancipé dans la province rhénane par suite de la réunion passagère de celle-ci avec la France, n*est généralement pas encore arrivé à une condition aussi favorable dans les autres parties du royaume, malgré les améliorations notables introduites dans cette dernière depuis la réorganisation intérieure de la Prusse, commencée, en 1807 (vQjr. Hardehbseg). L^abolition du servage, préparée dès lors, put être regardée comme entièrement achevée par redit du 35 sept. 1820, qui déclare toutes les corvées rachetables.

La Prusse est une monarchie absolue. Le roi estle chef suprême de l*État, et son pouvoir n*est limité par aucun pacte constitutionnel. La promesse contenue dans un édit de finances du feu roi, du 37 oct. 1810, n*a point encore été réalisée. Le royaume est toujours privé d*états généraux ; on s*y est borné à Torganisation d'états provinciaux, institués par Tédit du 5 juin 1823; ces assemblées, organes élus des provinces qu'elles représentent, n*ont point d'attributions législatives proprementdites; elles peuvent émettre des propositions et former des plaintes, et participent directement à Tadministralion des communes et des cercles de leurs provinces respectives. Tous les projets de lois administratives doivent leur être soumis. Le roi actuel, depuis le mois de février 1841, a donné un peu plus d'extension à l'action de ces assemblées, en autorisant la publication de leurs débats et la fèrmation de comités permanents tirés de leur sein, et qui, convoqués tous ensemble, figurent un simulacre de représentation générale du royaume.

Malgré la nature absolue de son principe, qui n'admet point de contre-poids à l'autorité royale, il faut reconnaître que le gouvernement prussien s'est toujours distingué par un grand amour des lumières et par un libéralisme pratique trè^ prononcé, qui lui a constamment concilié les sympathies dans une partie notable de la nation allemande. Aux tempéraments que, dans les ^ts constitutionnels, les institutions parlementaires opposent à l'arbitraire monarchique, la

Prusse a suppléé jusqu'ici par des règles gouvernementales habilement tracées et rigoureusement maintenues, ainsi que par sa forte et excellente organisation administrative et militaire. La promotion aux fonctions publiques est subordonnée, à tous les degrés, à des épreuves de capacité très-sérieuses, et la stricte observation de ces conditions n'admet à coopérer à l'action du gouvernement, dans toutes ses branches, que des hommes dans lesquels on! se plaît à reconnaître l'élite de la nation. La Prusse seule nous offre peut-être une image de la monarchie telle que la concevait Montesquieu. Une haute intelligence, un ordre et une discipline exemplaires se manifestent partout dans l'administration. Le gouvernement prussien a cru devoir donner aux actes et aux résultats de cette dernière une publicité assez large. Une grande latitudea toujours été laissée dans ce pays à l'examen de toutes les questions élevées sur le domaine de la recherche philosophique ou de l'utilité pratique. Néanmoins la censure, bien que récemment un peu mitigée, est maintenue en pleine vigueur à l'égard de la presse périodique.

Un haut président est placé à la tète du gouvernement dans chacune des 8 provinces. Chacune des 35 régences ferme une espèce de collège, composé des chef^ des diverses branches de l'administration dans chaque ressort. Les districts de régence sont subdivisés en cercles, à chacun desquels est préposé un Landraih, magistrat désigné par le roi parmi des candidats qui lui sont recommandés par le choix des grands propriétaires, dont les délégués concourent à former autour de leur élu le conseil supérieur du cercle; mais leur autorité administrative ne s'étend pas sur les villes d'une importance majeure.

La législation et l'organisation Judiciaire en Prusse sont loin d'être uniformes. Le Landrechi de Prusse publié en 1794, et qui n'est plus le Code Frédéric, est en vigueur il est vrai, dans la majeure partie de la monarchie, mais sans préjudice des coutumes et statuts particulien à quelques provinces, et n'a d'ailleurs aucune autorité dans la province du Rhin, non plus que dans la Poméranie citérieure. Celle-ci continue d'être régie parle droit commun allemand, tandis que celle-là a conservé les Codes français, en matière civile et criminelle, et s'est très-récemment encore prononcée avec chaleur pour le maintien de cette législation. Un tribunal suprême de révision pour les provinces soumises au droit prussien et une autre cour de révision ou de cassation, spécialement établie pour la province du

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Rhio, en I8IO4 occupent à Berlin le gommet de la hiérarchie judiciairCé Le Kammergerichi, institué en 18S5, siège également dans la capitale, et connaît exclusivement des crimes et délits politiques* Outre 9 cours d*appel supérieures, créées à Kœnigsberg et à Posen pour les deux provinces dont ces villes sont les diefe-lieux, et le tribunal souverain delà Poméranie citérieure à Grieftwald, on compte dans tout le royaume, la province rhénane exceptée, 19 tribunaux supérieurs {Oberland$8geriohte) iugeaini au civil et an criminel, et dont les attributions ont de Tanalogie avec celles des cours royales en France et des cours d*appel en Belgique. La cour supérieure d*appel pour la province du Rhin a son siège à Cologne. Les Juridictions ou tribunaux des degrés inférieurs, dans lesquelles la justice est rendue soit coUégialement, soit par un seul juge, sont en partie royales, en partie patrimoniales. La procédure orale, généralement usitée dans la province du Rhin n*a reçu encore qu*une application extrêmement restreinte dans le reste de la monarchie, où quelques essais pour Tintroduire ont néanmoins été laits.

Le temporel de TÉglise évangélique, dont les premiers pasteurs sont en partie revêtus du titre d*évéques , est administrée par des consistoires et par des surintendances. Quant aux intérêts de l'Église catholique, ils sont régis par un concordat qui date de 1831. Parmi les grands dignitaires de cette Église, il faut distinguer les archevêques de Cologne et de Posen, dont les dissentiments, aujourd'hui apaisés, avec le gouvernement, ont, dans les dernières années, vivement occupé Topinion publique.

Il n*est point de pays où Tinstruction publique se montre plus florissante qu'en Prusse. Les écoles primaires, secondaires ou gymnases, spéciales de tout genre, industrielles et commerciales, s'y rencontrent partout en grand nom* bre, et méritent pour la plupart d'être citées comme des modèles d'organisation. Six universités complètes, dont plusieurs ont un nom célèbre dans le monde savant se partagent le haut enseignement à Berlin, Bonn, Koenigsberg, Breslau, Halle et Greifkwald. Concurremment avec elles, une foule d'académies et d'instituts divers donnent de l'impulsion au mouvement littéraire, ou travaillent an progrès des sciences et des arts.

Malgré l'infériorité de ses ressources, compa* rativement à celles des autres grandes puissances au rang desquelles elle s'est placée, la Prusse a su mettre un ordre admirable dant ses finances, dont la situation est des plus prospères. Sans

entrer dans le détail des éléments dont se compose son revenu, faisons une simple mention de l'impôt des classes comme d'une particularité. Depuis 18â2, le budjet des recettes et des dépenses est régulièrement publié de 5 en 5 ans. D'après celui de 1838-1840, les premières s'élevaient à 55,181,000 th., ce qui revient à peu près à 8 1 th., par tête. La dette publique, dont l'amortissement se poursuit avec habileté, se trouvait réduite, en 1840, H 105,113,583 th., et sur ce nombre 19,742,000 en assignations au porteur sur le trésor (Casêenêckeine), remboursables sans intérêt*

Plus qu'aucune autre puissance, la Prusse, à raison du vaste développement de sesflrontières, présentant une fdule de points vulnérables, avait besoin d'une.lorte organisation militaire. Elle se Test donnée en adoptant pour principe de son système Tobligation rendue commune à tous les citoyens de contribuer de leur personne à l'armement et à la défense de l'État. L'armée active, dont l'entretien absorbe tous les ans environ fdu budjet, est répartie en autant de corps d'armée qu'il y a de provinces; la garde, rangée à part, forme le neuvième corps. Chaque corps d'armée se partage en 3 divisions; chaque division se décompose en trois brigades. L'état complet de l'armée active, sur le pied de paix, est ûxé à 155,909 hommes dont 30,000 comptent pour la garde, composé de 4 régiments d'infanterie ordinaire, 3 autres de grenadiers, 3 bataillons de tirailleurs, 4 régiments de cayalerie légère et 3 de grosse cavalerie. Le .reste de l'armée comr prend 33 régiments d'infanterie de ligne, 8 de grenadiers, 4 bataillons de chasseurs-tirailleurs, et 33 régiments de cavalerie, hussards, uhlans, dragons ou cuirassiers. Il y a de plus, auprès de chacun des 9 corps d'armée, 1 brigade d'artillerie comprenant 13 compagnies à pied et 3 escadrons à cheval, un détachement de inonniers, 1 bataillon de garnison, 1 brigade de gendarmerie et 3 compagnies d'invalides. La Landwehr ou milice de réserve^ en deux bans,liinités maintenant chacun à une force de 118,330 hommes, mais qu'il est facile de porter au double, se ré* partit de même entre les 9 comoiandemeuts militaires déjà mentionnés. Un grand nombre de forteresses, en partie de premier ordre, échelonnées en cordons parallèles, le long des grands fleuves qui traversent la monarchie, en couvrent les di£Férentes lignes de défense. On distingue en Prusse 4 principaux ordres militaires; ce sont ceux de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge, celui de SainWean de Jérusalem et celui du Mérite; il en a été question aux mots Amu, JiAii DK Jiiv-

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8ALIH et MÉRITE. Quoique pourvue d'un littoral assez étendu, la Prusse n*a point de marine, à rexceplion de quelques petits bâtiments armés sans importance.

L*ouvrage de Mirabeau, De la monarchie pruisienne (Paris, 1788, 4 vol. in-4o, et 7 vol. in-8o, avec atlas) , n'a plus guère d'utilité pour celui qui veut se rendre compte de l'état actuel de cette puissance ; voici les ouvrages qui sous ce rapport méritent d'être recommandés : Yoigtel, Staiiêtik des preusiiêchen Staats, 2« éd., Halle, 1850^ Rumpf, VoUêtœndtges topograpkischei Wcerterbuch des preusêischen Siaats, Berlin, 1830-1826, 4 vol. in-8o; Cannabicb, StatistischgeographischeBeschreiifungdesKœnigreich's Preussen, Halle, 18S1-1826, 6 vol. in-4o; Fœrster, Ausfiihrliches Handhuch der Geschichte wnd Statisiîkdes preussischen Siaats, Berlin, 1823-1834, 4 vol. in-8«. Il fout citer en outre les ouvrages de Dieterici, de Hœfken et autres, sur le Zollveretn; et relativement à la situation morale de la Prusse, un ouvrage français récemment publié isous ce titre : De la Prusse et de sa dofninatîon sous les rapports politique et religieux, par un inconnu, Paris, 1843, in-S».

II. Histoire. Le royaume de Prusse est pour ainsi dire enté sur l'électorat de Brandebourg, dont on a déjà feit l'histoire dans un article particulier. Frédéric TI, de la maison de Hohenzollern, burgrave de Nuremberg, avait été le premier investi en 1417, par l'empereur Sigismond, à titre héréditaire, de ce fief de l'Empire, simple margraviat auquel cependant était attachée la dignité électorale. Un siècle plus tard, en 1535, il arriva qu'un prince de cette maison, issu de la branche collatérale d'Anspacb, Albert, grand maître de l'ordre Teutonique, ayant embrassé la réforme de Luther, sécularisa à son profit la province de Prusse, principal établissement des chevaliers. Celle-ci, comme on sait, tenait son nom d'un peuple idolâtre et de race lettonne, les anciens Prussiens, que ces moines guerriers, dans leur ardeur de conversion , avaient exterminé tout entier, en s'emparant de son territoire, dont ils achevèrent définitivement la conquête en * 1383, mais qu'eux-mêmes eurent souvent ensuite de la peine à défendre contre l'ambition des rois de Pologne. Aussi le monarque polonais, Sigismond l^, dont Albert tenait à obtenir l'appui pour la révolution qu'il venait d'accomplir, en érigeant pour lui la Prusse en duché héréditaire, reçut-il l'hommage de ce prince, qui se reconnut son vassal. La mort du fijs imbécile de ce dernier, Albert-Frédéric (1613), fit passer la Prusse ducale (ainsi nommée par opposition à

la Prusse royale soumise directement à la Pologne), au pouvoir de son parent collatéral, l'électeur Jean-Sigismond de Brandebourg, auquel sa femme, fille aînée du défunt, transmit en même temps, du chef de sa mère, Marie -Éléonore de Clèves, ses prétentions à l'héritage de cette maison, éteinte dans la ligne masculine depuis 1609. Ainsi se forma le noyau de l'État prussien, qui toutefois ne joua encore qu'un rôle insignifiant au milieu des sanglants désordres de la guerrede trente ans. Les ravages de cette effh)yable tempête, qui désola toute PAllemagne, s'étendirent sur les Marches, bien que la maison électorale, qui adhérait aux doctrines de Calvin, s'abstint de prendre une part directe à la lutte. Aussi n'estce que vers la fin de celle-ci, à partir de l'avénement, en 1640,deFrédéric-Guillaume, surnommé le grand électeur, petit-fils et deuxième successeur de Jean-Sigismond, que date, au milieu de la confusion de l'époque, l'importance naissante de la maison de Brandebourg.

Le récit des faits, arrivés depuis le règne du grand électeur jusqu'à nos Jours, a déjà trouvé place dans une série d'articles consacrés à tous les souverains qui se sont succédé sur le trône de Prusse, et qui ont tous porté le nom de Frédéric-Guillaume ou simplement celui de Frédéric. Dans cette esquisse, nous voulons nous borner à présenter le résumé succinct des vicissitudes et des agrandissements principaux de leur monarchie, une courte appréciation de sa marche politique et l'aperçu rapide des phases les plus marquantes qu'a jusqu'ici présentées son développement.

Le grand électeur, capitaine expérimenté, profond politique et plein de prévoyance et d'habileté comme administrateur, fut, soas tous ces rapports, le digne précurseur de Frédéric II. Malgré la difficulté des circonstances, la position du Brandebourg, entre des itals beaucoup plus puissants, mais séparés par de vives inimitiés , ne laissait pas que d'ouvrir des chances de fèrtune à un prince entreprenant, en même temps que circonspect et habile à tirer parti de la rivalité de ses voisins. L'épuisement de la Suède et la lassitude de l'Autriche, condamnée à voir expirer dans le traité de Westphalie toute l'autorité du chef de l'Empire sur le corps germanique, la timidité des électeurs de Saxe dont aucun, depuis Maurice, n'osa plus s'élever à l'idée de soustraire sa politique à 1"'"" fluence du cabinet de Vienne; enfin, la foiblesse interne de la Pologne, déjà minée par les vices de sa constitution, tout concourait à déterminer une situation favorable à l'essor de la maison de

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Brandebourg. Cette dernière, par la possession de Clèves et du comté de Marck qui Tenait enfin de lui être confirmée, se rapprochait en outre des Pays-Bas, où Tambition croissante de Louis XIV allait jeter le gant à toute l*£urope. Les complications dMntéréts qui en dérivèrent pour Télectorat, en procurant à celui-ci une sphère d*action plus large, le rehaussèrent considérablement aux yeux des puissances belligérantes. En variant habilement son jeu , dans lequel il ne déploya pas moins d*énergie que d*adresse et de perspicacité, Frédéric-Guillaume sut le faire tourner au profit de Tagrandissement de son territoire. Le traité de Welau, quUl conclut avec la Pologne, en 1057, dégagea formellement le duché de Prusse de ses liens de vasselage, et, en 1660, la paix d'Oliva confirma rentière indépendance de ce pays. En 1675 , la victoire de Fehrbellin lui procura le triomphe le plus complet sur les Suédois, qa^elle obligea de se renfermer désormais dans la partie de la Poméranie restée sous leur domination, comme le dernier retranchement de leur puissance naguère si fèrmidable en Allemagne. Outre la portion de cette province dont il fit la conquête, le grand électeur réunit encore avec ses autres États les évêchés sécularisés de nalberstadt, de Minden et de Kamin , et se fit assurer de plus Texpectative de Tarchevêché de Hagdebourg, qui plus tard fut joint à Télectorat avec le titre de duché. Par cette réunion de possessions diverses, la place de Frédéric-Guillaume se trouvait tout à la f6is marquée parmi les plus grands feudataires de Tempire germanique , et parmi les souverains indépendants de TEurope. Prince absolu, mais éclairé, les soins qu'il donna constammentauxintérêts matériels de ses sujets Tout fait justement honorer comme le premier fondateur de leur prospérité agricole; et, toujours attentif H tirer profit, dans la paix comme dans la guerre, de toutes les fautes commises autour de lui, on le vit accueillir avec empressement les religionnaires français persécutés par Louis xrv, et 8*assurer par leur établissement dans ses États, pour prix de sa généreuse hospitalité, une ample récompense, par Taisance que rindustrie des fies étrangers répandit dans les provinces.

Au grand électeur succéda, en 1688, son fils Frédéric III, prince ami de la paix, des sciences et des arts, mais dominé plus vivement encore par le goût du faste et de la splendeur. Sa vanité le pressait de changer son titre de duc de la Prusse en celui de roi ; et l'Empereur, qu'il servit toujours en fidèle vassal, consentit, sous certaines conditions, à se rendre à son vceu. En

conséquence, Frédéric I«% comme on l'appela dès lors, se fit couronner à Kœnigsberg, avec une pompe inouïe, le 18 janvier 1701. Quelle qu'ait été la frivolité des motifs qui portèrent ce monarque à rechercher une distinction purement nominale dans l'origine, et qu'il n'avait même pas craint d'acheter par la renonciation à des droits d'une valeur plus réelle, l'érection de celte royauté nouvelle n'en doit pas moins être considérée comme un événement remarquable, par la tendance qu'elle fixa dans l'esprit de tous ses successeurs , de pousser sans relâche à l'agrandissement de leur domination, afin de justifier au plus têt, par l'étendue de leur pouvoir, l'éclat de leur haute dignité. Bien qu'on ait avec raison reproché à Frédéric !«' une prodigalité qui tenait à son amour excessif de la magnificence, les défauts de ce prince n'allèrent pas jusqu'à lui faire perdre de vue les intérêts plus sérieux de sa puissance. Il parvint même, sans effusion de sang et sans augmenter le poids des charges de son peuple, à gagner pour sa couronne, partie par élection, partie par achat, partie en exécution d'anciens traités ou par la conclusion de nouveaux, la souveraineté de Neufchâtel en Suisse (1707), la Gueldre et plusieurs autres principautés et seigneuries, voisines des Pays- Bas.

En apportant sur le trône des qualités et des défauts qui contrastaient d'une manière frappante avec le caractère de son père , Frédéric- Guillaume lor, son successeur en 1713, eut bientôt réparé les fautes du règne précédent. De moeurs simples, rudes et austères, despotique et tranchant dans ses moindres volontés, mais en même temps, strict observateur de la justice et d'une sévère économie, et rempli de sollicitude pour le bien matériel de ses États, on ne saurait nier que ce prince éclairé, roi bizarre d'ailleurs, n'ait tout fait pour mériter de la postérité l'éloge d'un administrateur des plus remarquables. Mais elle ne le qualifiera pas pour cela de grand homme, pas plus que de grand capitaine, malgré sa passion connue pour les soldats et sa prédilection déclarée pour le régime militaire. Le travail constant de sa vie fut de préparer les moyens à l'aide desquels son plus illustre fils , par des faits d'armes aussi éclatants qu'inattendus, devait plus tard consommer l'élévation de la Prusse du rang d'un État secondaire à celui d'une puissance du premier ordre. Sans aimer beaucoup la guerre, Frédéric-Guillaume I^*- sut s'en tirer avec bonheur, lorsqu'il y fut entraîné parles circonstances. Moyennant une indemnité de 9 millions d'écus qu'il s'obligea de payer à la

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Soède, Ion de la paix de 1790^ il se maintint en pof session de Stettin et de toute la partie de la Poméranie oitérleure comprise entre TOder et la Peene, qu*il afait fait occuper par ses troupes. En mourant en 1740, il transmit à son ils un royaume de 3,975 mlNes carr. géogr., avec à peine 91/5 millions d'habitants, mais parfaitement organisé et docilement soumis au pouvoir absolu de ses souverains; un trésor de 8,700,000 écus et une armée de 79,000 hommes, supérieurement exercée et disciplinée, et qui, sous le commandement d*un guerrier de renom, le prince Léopold de Dessau, avait déjà obtenu une certaine réputation.

L'élévation de la Prusse an rôle de grande puissance a été entièrement Tœuvre de Frédéric II, auquel l'admiration de l'Europe décerna le surnom de Grand, tandis qu'à son peuple enthousiasmé l'épiihète d'Unique parut seule digne de lui. Nous ne redirons point ici les immortels exploits du héros prussien, qui fkit à la fols le plus illustre capitaine et le prince le plus accompli de son siècle. Par la conquête de la Siiésie, qui avait tenté sa Jeune ambition , et dans laquelle il se maintint victorieusement à travers tous les périls de trois luttes succes8ives(1 740- 1742, 1744-1743 et 1756-1765) , non-seulement contrera maison d'Autriche, mais contre les attaques réunies de toutes les grandes puissances du continent, Frédéric couvrit son nom d'un tel prestige et gagna sur toute l'Europe un tel ascendant moral qu'il finit par en devenir un des principaux arbitres. La'plupart des guerres de cette époque, mystérieusement soulevées du fond des cabinets par les ressorts capricieux de la diplomatie, ne remuaient qu'extérieurement les États ; comme elles avaient leur raison dans les intérêts de ces derniers moins souvent que dans l'ambition des cours, elles n'effleuraient que médiocrement les sentiments nationaux des peuples qui néanmoins en subissaient les maux. Dans de telles circonstances, les intentions belliqueuses des gouvernements ne pouvaient pas facilement excéder la mesure des eîVorts que permettait l'état ordinaire du trésor et des forces du pays. Il faut bien se rendre compte de la situation où étaient encore les peuples pour s'expliquer comment un État aussi frète que l'était alors la Prusse, put, par cela seul qu'il était bien conduit et bien organisé, au milieu de l'aftiissemeut général de toutes les vieilles monarchies du continent de l'Europe, résister à tous ses adversaires, dont chacun en particulier aurait semblé capable d'écraser le petit royaume naissant. Mais les crises diverses qui s'opéraient dans leur

sein les empêchèrent tous d^eieicer llbrament leur puissance an dehors. L'Autriche, abandonnée sans trésor et sans défense par llnhabilt Charles YI aux mains encore inexpérimentées de sa fille Marie-Thérèse, qui ne parvint qu'au bout de mille dangers ft relever l'éclat de sa mai* son, prêtait d'elle-même le flanc à l'agressioB hardie d'un prince aventureux, tel que le^poi de Prusse. La France exploitée par dHndignes favorites et par des courtisans qui ne méritaient guère plus d'estime, sous le faible etvoluptaeax Louis XY, n'avait plus de système et passait tonr à tour de l'antagonisme traditionnel de son cabinet contre la maison de Habsbourg H une animosité peu réfléchie contre Frédéric qu'il eût été dans son intérêt constant de seconder contre sa rivale, au lieu d'engager contre lui une partit peu profitable à l'honneur de ses armes. La Russie, puissance nouvelle qui, par la rudesse de ses coups, mit le plus en péril la fortune de Frédéric, n'avait été amenée sur le terrain de la lutte que par un vague besoin d'essayer sa fèree en se mesurant corilre un adversaire d'une si grande réputation militaire. La Suède n'avait plus de rôle important à Jouer, et l'impuisunce de la Pologne était encore plus évidente. Quant à l'Angleterre, elle ne pouvait qu'être chaméd de réiévation de la Prusse qui venait apporter tm élément de division nouveau dans le partage de l'influence politique sur le continent. In Allemagne même, l'électeur de Bavière, couronné empereur sous le nom de Oiarles YU , malgré le peu de succès avec lequel il disputa l'héritage de la maison d'Autriche à Marie-Thérèse, avait pourtant, dans les commencements, ménagé contre elle au roi de Prusse une utile diversion. L'ancienne constitution germanique n'était plus au reste qu'un lantOme depuis que la guerre de trente ans, en rompant tous les liens de siifiétion, avait de fait rendu tous les États indépôidanU du chef de l'Empire. La maison électorile de Saxe, en embrassant de nouveau la religion catholique, lors de son avènement au trône de Pologne, s'était ainsi privée de tout moyen de ressaisir Jamais son ancienne influence sur le parti dont elle venait de se séparer par le culte. Non-seulement les princes protestants, mais en général tous ceux qui, même parmi les catholiques, avaient à cr^ndre, pour des usurpations antérieures, que la maison d'Autriche ne songeât ft reconquérir son autorité perdue, se félicitèrent des éclatanU succès de Frédéric H. Enfin chef tous les espriU clairvoyants et afaaeés de l'Europe, le génie novateur et hardi d'un prince dont les prédécesseurs ééik s'étalent IWt

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