‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 42 sur 61 · PRIT · texte numérisé non relu

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remarquer par lenr tolérance religieuse, ne pouvait manquer d*exciterdes sympatliies nombreuses. Ami des plus libres penseurs et des plus grands écrivains deTépoque, et se plaisant dans leur commerce femilier, le roi de Prusse était devenu leur béros par excellence. Répétant sa louange à Tenvi Fun de Tautre, ils le citaient partout comme le modèle des rois ; et tel fut Tentbousiasme que son nom provoquait en tous lieux qu*à une bataille gagnée par lui, le public battait des mains dans les pays mêmes que la défaite bumiliait. Habile à juger toules les situations, Frédéric s'attacha successivement à trois alliances : celle de TAngleterre d'abord , puis celle de la France et en dernier lieu celle de la Russie. Mais, quoiqu'il combattit rAutriche avec acharnement, tant qu'il s'agissait entre elle et lui delà possession d'un riche territoire, il ne se prêta jamais à devenir l'instrument aveugle de la jalousie d'aucune autre puissance contre son ennemie, et sut toujours à cet égard conserver l'attitude qui convenait aux intérêts de sa couronne.

Il put, en 1744, ajouter pacifiquement à sa domination le comté d'Ost-Frise, tandis qu'il ne fut redevable qu'à son épée et à son admirable tactique de l'acquisition définitive de la Silésie, la plus Importante de ses conquêtes. Si les droits qu'il prétendait avoir à cette possession étaient contestables, au moins les mémorables campagnes qu'il soutint à son sujet avec tant d'éclat, leur donnèrent-ils une sorte de consécration. Lors du premier démembrement de la Pologne, en 1773^ Frédéric II obtint toute la Prusse polonaise ou royale et une partie de la grande Pologne, réunies depuis sous le nom de Prusse occidentale, les villes de Dantzig et de Thorn exceptées.

A la mort du grand roi, en 1786, la Prusse, sur une étendue 5,515 milles carr. géogr., présentait une population de 6 millions d'âmes. Un trésor de 70 millions d'écus était disponible dans les cofifres de l'État, qui pouvait s'appuyer pour sa défense sur une armée de 200,000 hommes, la plus aguerrie de l'Europe. Sans presque rien changer au fond du système administratif établi par son père, qu'il se contenta de perfectionner, Frédéric II, pendant la longue période de paix dont il put faire jouir ses sujets après la paix de Hubertsbourg, en 1765, jusqu'au terme de sa carrière, mérita d'être appelé le père de son peuple. Après lui avoir donné le baptême de la gloire, il voulut encore assurer de même son bien-être matéciel. Cependant, malgré tous les progrès de la Prusse, il est certain que rinfluence

qui échut à son cabinet, dans la décision des affaires générales de l'Europe, dérivait surtout d'un grand empire moral. Ses excellents principes d'administration, cet esprit judicieux d'exa* men, d'ordre et de justice qu'il avait comme inoculé à la Prusse , dépendaient pourtant encore trop étroitement de l'impulsion directe du grand roi. Le génie qui présidait à tout venant à manquer, l'édifice de sa monarchie , construit sur une base flragile, avait plus qu'aucun autre État à craindre des vicissitudes de la fortune.

Cette expérience, la monarchie prussienne la subit promptement sous le règne de son neveu et successeur immédiat Frédéric-Guillaume II. Par suite du gouvernement capricieux de ce pnnce , le crédit politique de la Prusse déclina rapidement. Le gaspillage et les dilapidations succédèrent à l'économie. L'accroissement territorial que les derniers attentats contre la Pologne valurent à* la Prusse, dont ils porièrent la domination jusque dans Varsovie , ne compensèrent pas le préjudice moral que causait à TÉtat les revers qu'U éprouvait d'un autre côté contre la France, rajeunie par la liberté. L'affiiblissement et ki désorganisation étaient les suites naturelles du désordre et de la folle gestion des affaires. L'expédition envoyée par le roi contre la Hollande, pour y réintégrer le stathouder, en 1787, malgré le prompt et plein succès qu'elle obtint, n'avait pas néanmoins été de nature à rien ajouter à la vieille réputation militaire acquise à son armée. Les conventions de Pilnitz et de Berlin (179M709), où la Prusse se chargea imprudemment de l'initiative dans la lutte déclarée par la coalition à la révolution flrançaise, donnèrent lieu, en 179S, à la campagne malheureuse en Champagne, sous la con*duite du duc^erdinand de Brunswick. Si le traité de Bàle, en 1795, peut être reproché au cabinet de Berlin comme une assez brusque désertion d'une cause qu*il avait d'abord embrassée avec une fougueuse précipitation, il est certain aussi que ce cabinet, après avoir eu si peu de succès dans ses opérations militaires, n'eut qu'à s'applaudir d'avoir obtenu la paix et la neutralité pour lui-même, ainsi que pour tout le nord de l'Allemagne, au prix de Pabandon de ses possestionsde la rive gauche du Rhin. Mais toutes ces Inconséquences politiques et les déplorables abus dont l'armée commençait à ressentir l'atteinte aussi vivement que l'administration, n'avaient pas encore porté tous leurs mauvais friiits. Fatalement emporté dans la fausse route où son père avait poussé le char de l^tat, Fré^ déric-Guillaume III, qui hérita de sa couronne,

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en 1797, eut à traverser la rade école da malheur, avant d'arriver à la jouissance honorée et paisible de son trône restauré, dont il se montra digne par ses lumières et par ses vertus. Tant que put se maintenir encore , durant les premières années de son règne, Tapparence du bon accord entre la France et la Prusse, la conduite de celle-ci porta Tempreinte de Tindécision et de la faiblesse : témoin ses tergiversations dans Tadopliondu projet d'alliance qu'elle méditait, en 1805, avec TAutriche et la Russie, mais dont l'issue de la bataille d'Austerlitz la fit promptement revenir. L'occupation de l'électorat de Hanovre qu'elle consentit, en 1806, à recevoir de Napoléon, en échange de Glèves, du margraviat d'Anspach et de la principauté de NeufChàtel, aurait infoilliblement brouillé la Prusse avec l'Angleterre si, par un passage subit de l'hésitation à une extrême présomption, la première ne s'était brusquement déterminée à tirer l'épée contre la France elle-même. Cette rupture tardive, bien qu'elle pût se justifier par des raisons légitimes, n'en fut pas moins un acte de témérité impardonnable. Aussi le châtiment en fut-il prompt et terrible. Les victoires d'Iéna et d'Auerstœdt mirent la Prusse à la discrétion de Napoléon. Il fallut l'intercession de la Russie, qui, en entrant alors dans la lutte avec plus d'opiniâtreté et de vigueur , parut mériter plus de ménagements au vainqueur d'Eylau et de Friedland, pour sauver, à la paix de Tilsitt, en 1807, l'existence de la monarchie de Frédéric II, réduite à la moitié de son territoire, par la perte de toutes ses possessions en Pologne, sur l'Elbe et en deçà de ce fleuve. L'épreuve était cruelle et l'humiliation profonde; mais la leçon n'en fut point perdue pour la Prusse. En blessant la nation jusqu'au cœur, elle enflamma aussi son patriotisme, et l'adversité, supportée par le roi avec une noble résignation, pénétra le gouvernement de la nécessité d'une réforme complète de l'État. Frédéric-Guillaume III s'empressa d'appeler à la tète des affaires des hommes éclairés, sages et dévoués aux intérêts nationaux, dans le choix desquels le mouvement patriotique qui s'opérait alors au sein de son royaume le seconda puissamment. De cette époque d'une régénération laborieuse s'açcomplissant en silence pendant l'occupation française qui continua de peser sur le pays, datent la plupart des institutions actuelles de la Prusse, les bases nouvelles de son organisation civile, militaire, administrative, municipale, l'abolition du servage dans les campagnes, et jusqu'à la restauration de ses écoles (voy. ce mot, et les

art. Stbin, Altehstun, HAiBiiniDG, Souui- HOEST, etc.). Dans les universités, au milieu d'une jeunesse d'élite , bouillonnèrent surtout, au foyer d'une philosophie mâle et idéaliste {voX' Fichte), ces idées magiques d'unité germanique, qui, de la Prusse, ne tardèrent pas à se propager dans toute l'Allemagne. Lors dn désastre inattendu qui frappa la grande armée française dans les neiges de la Russie, en 1812, tout se trouvait déjà prêt pour la résurrectioii dont cette catastrophe devint le signal ; le goavernement prussien fut obligé de se rendre à l'appel irrésistible du peuple et de irarmée. Dans les divers actes de la lutte terrible qui s'oovrit l'année suivante et dans laquelle se brisa deux fois la fortune extraordinaire de Napoléon, la Prusse déploya d'héroïques efforts, acheva U délivrance de l'Allemagne , et n'eut pas moiai de part au succès de l'invasion des alliés eo France. Toujours promptes à marcher en avant, ses troupes formèrent constamment Favantgarde de la coalition , dont elles contribuèrent puissamment à décider la victoire à Leipzig (1813), à Paris (1814) et à Waterloo (1815), sans compter une multitude de batailles et d^actioos secondaires , où elles combattirent avec noo moins de bravoure, et le plus souvent avec un égal bonheur ' . Aussi le congrès de Yienae s'empressa-t-il de stipuler en foveur de la Prusse un agrandissement territorial proportionné à l'étendue des services qu'elle avait rendus à U cause commune. Elle dut, il est vrai, du côté de la Pologne, se contenter de la restitution du grand-duché de Posen, puis renoncer en outre à ses droits sur l'Ost-Frise et sur quelques autres territoires qui lui avaient autrefois appartenu; mais on lui fournit d'amples dédommagements, en lui adjugeant toute la Poméranie suédoise avec l'ile de RUgen, des démembrements considérables du royaume de Saxe, une grande partie de la Westphalie et tout le pays formant aujourd'hui la province rhénane. La monarchie ainsi reconstituée a gagné bien au delà de ce qu'elle avait perdu en étendue, en population et en ressources, quoique le manque de cohésion déjà signalé entre ses anciennes et ses nouvelles provinces , et l'extension démesurée de ses frontières , portent un préjudice notable à la force de sa position militaire.

Mais cette circonstance même, en vertu de laquelle oue fOule de petits États allemandf se

> Fox, les non* de« hataillcs de Lvtbbv, BAvnra. Kvuc. KAnsACB, Dmaxinn, Liovr, etc., cmz àm g^B^ran Toak, Bbâcasa, Boi^w, ttc.

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