‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 44 sur 61 · MO · texte numérisé non relu

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Elle descendit furieuse sur les lieux mêmes qu^embellissaient les charmes et les yeux de sa rivale, une indigne mortelle, aux lèvres de la* quelle était interdit le nectar de TOlympe, qui donne seul la vraie beauté et une jeunesse éternelle. Là, elle médita sa vengeance. Les parents de Psyché, qui avaient pourvu leurs deux aînées de riches maris, allèrent consultera Hilet Toracle sur le sort de leur fille bien-aimée, elle, dont la beauté divine, éblouissante, ineffable, inspirant encore plus de respect que d*amour, semblait dire à tous prétendants, de quelque haut rang qu*ils fussent, qu*ils étaient indignes de posséder ce trésor deperfection. L'implacable ressentiment de la mère de Cupidon avait secrètement inspiré au prêtre fotidique cetta réponse : « Exposez cetta Jeune fille, parée comme pour le lit nuptial sur une roche escarpée, n'espérez point pour elle un époux du sang des mortels, mais un monstre de la race des vipères, cruel, affreux, porté sur des ailes à travers les airs, se servent du fér et' du feu pour ravager le monde ; enfin, un monstre, la terreur de Jupiter et Teffroi du Styx. » Le peuple, ses parenta, ses adorateurs, sous Tinfluence de l^oracle, conduisirent, au son des flûtes funèbres, la malheureuse Psyché, yoilée, comme en un jour d'hymen, sur la roche fatale. Quand au soir ils Fabandonnèrent, leurs adieux ne furent qu'un bruit de pleurs et de sanglots. Toutefois, la victime, plus belle encore par sa pâleur, s'était profondément endormie sur le sommet aigu de celte roche. A son réveil, elle se trouve dans un jardin merveilleux^ ombragé de mille arbres divers, au milieu duquel s'épanchait en nappes une fontaine transparente comme le cristal. Elle s'y mira, car l'art et la mode n'avaient point encore invente ces glaces mobiles et élégantes qui depuis ê^appeléreniPtychés, de son doux nom. Un palais magnifique, d'une architecture inconnue aux hommes, s'élevait non loin de ces ondes murmurantes et fugitives. Les murs de ce palais étaient revêtus d'or et d'albâtre, ses parvis incrustes de perles et de diamanta, dont chacun était un soleil qui l'éclairait. Une couche parfumée des plus rares c^ences était dressée au milieu'; l'aiguille de nymphes habiles y avait brodé de voluptueuses images , dont l'argent, l'or et les pierreries qui s'y relevaient en bosse étaient bien loin de surpasser par leur richesse, sans égale toutefois sur taterre, cette main-d'œuvresurnaturelle.Ajoutez à ceUdes bains ambrés, qui pénètrent lâchait et l'âme d'une joie pareille à celle des immortels. Dans ce palais enchante, nul être vivant ne se montrait; iln'était habite que par des voix: une d'elles dit tout d'abord à Psyché: « Tout ce qui

est ici est à vous. * La belle princesse ne te fit point prier, elle demandait^ et les voix accouraient, repondaient et ta servaient. La nuit se précipitait du ciel ; le crépuscule étendait son voile douteux sur le palais ; seulement çà «tU, quelques escarboucles de ses plafonds Jetaient encore des flammes; à cette lueur rosée et magique. Psyché entra dans sa couche, qu'enveloppèrent bientêt d'odorantes ténèbres. Elle allait s'endormir, quand auprès d'elle, de cette âmt enfin, puisque c'était son nom, se glissa un corps qu'elle sentait, sans le voir, et qui lui recomr mandait sur toute chose de ne pas chercher k k connaître : charmant sans doute, puisque sci lèvres avaient la fraîcheur des lèvres de l'Aurore, puisque sa voix était mélodieuse comme le Zéphyre soupirant dans les rameaux, et que sei étreintes étaient douces comme la couronne de lis qui ceint le frontd'une vierge. Chaque matin, avant le lever de l'aube, l'époux mysterieux avait disparu. 11 laissait Psyché le cœur inondé, mais non las de volupté et d'amour. L'âme ait curîeiise, c'est son essence : donc Psyché se demandait quelle était ta nature de cet époux, si riche, si puissant, si tendre, mais invisible. U ne peut être un monstre afiFreux, vieux et velu, car si peau est plus douce que la soie même, se disaitelle. Toutefois, le prétendu monstre permit â Psyché de voir ses sœurs ; Zéphyre les transpoiia sur ses ailes dans le patais magique. A l'aspect de ces éblouissantes richesses et du bonheur indicible de leur cadette, une noire jalousie s'empara de leur cœur : elles résolurent de perdre Psyché, et lui insinuèrent à ce dessein le désir de s'assurer, par quelque moyen que ce fftt, de la nature de son époux. Hélas ! ta curiosite naturelle de la pauvre Psyché ne l'y portait d^ que trop. Sans plus tarder, ta nuit suivante, dèi qu'elle sentit son époux endormi auprès d'elle, se levant doucement, elle allume une Umpe, la tient suspendue sur sa couche : qu'y voit-elle ? un adolescent, aux ailes de rose, au corps blaac comme un lis, au fhint pur, à demi voilé des boucles d'or de sa chevelure, et dont l'haleine paisible exhatait.un parfum céleste, inoonon, d'ambroisie sans doute. Psyché, hors d'ellemême, tout émue de désirs, d'amour, de honte et de crainte, sentit la tampe trembler dans sa main. Une goûte brûlante d'huile tomba sur répaolc droite de son époux. Il s'éveiUa, lui fit quel^ légers reproches, et s'envota, car c'était Ciifi* don, le plus beau des immortels, et, avec luit disparut le palais. N'est-ce pas là le magiqai palaisd'Alcine ou d'Armide, le jardin tantastique d6 talampe merveiUeusePPsychése trouva seule,

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et abandonnée dans une vaste pleine, aCF^euse solitude, et portant dans son sein un fruit de son étrange hyménée. Yainement^dansson désespoir, s*est-eUe précipitée dans les ondes écumeuses d*un torrent : le torrent s^apaise, et la dépose doucement sur le gazon d*une prairie émaiDée.— Ses indignes soeurs, voulant savoir le résultat de leur perfidie, se mirent en route pour le palais ; elles montèrent sur la roche d*où Zéphyre les avait déi)A transportées dans ee délicieux séjour; elles rappellent, et. Joyeuses, s'élancent dans Pair ; mais Zéphyre eut garde de prêter ses ailes à ces infâmes ; elle tombèrent dans des précipices, où Ton retrouva à peine quelques-uns de leurs membres broyés par les rocs. Cependant la haine de Vénus n*était qu*à moitié assouvie. Un jour que Psyché errait désolée dans les fbréts, rêvant à cet époux si beau, si tendre, <^tte joie de la terre et du ciel dont elle avait encouru la disgrâce, et peut-être, hélas! Tindifférence, ou plus encore le méprisj la Coutume, une des ser^ vantes de Vénus, la rencontrant, la saisit par les cheveux, et la traîna aux pieds de sa mal tresse. Vainement Psyché, soumise, les embrassa-t-elle, les baigna-t-elledeses larmes; Timplacable déesse la repoussa, et commanda à deux autres de ses servantes, la Tristesse et la Sollicitude, de fustiger cette abandonnée des dieux et des hommes. Puis elle la surchargea de travaux inouïs plutôt dignes des Danaldes que d'une pauvre femme imprudente. Ce fut d'aller puiser à une fontaine infecte, gardée par des dragons fUrieux, une onde noire comme celle du Styx; de courir chercher à travers des roches aiguës, des sables tranchants, un flocon de laine d'or sur le dos d'une brebis sacrée ; de trier, dans un délai de quelques minutes, dans une immense tas de 0rains, le blé, l'orge et l'avoine, et enfin de descendre aux enfers, demander à Proserpine une boite de beauté, et qui n'était pleine que d'une fumée stygienne. Cupidon,quiaimaittendrement Psyché, sur laquelle il veillait nuit et jour, l'aidait en secret à surmonter ces travaux insignes. Après tant d'épreuves, certain de l'amour de sa vertueuse et belle épouse, Cupidon obtint de Jupiter qu'il forcerait Vénus à consentira ses noces avec Psyché. Le dieu de la foudre appelle Mercure, et lui commande de transporter cette princesse dans roiympe. L'hymen des deux époux se célébra avec une ineffable joie; jamais alliance dans l'Olympe n'avait été plus pure et mieux assortie. Psyché, prenant des mains d'Hébé U coupe de nectar qui rend immortel, la vida tout entière; et depuis, eUe jouit d'une jeunesse et d'une beauté étemelles. Peu de temps après.

elle mit au monde la Volupté, ce fhiit sans doute de ses terrestres amours, qu'elle portait dans son sein au temps de sa persécution. ^ Sur les monuments antiques, Psyché ou l'ftme est représentée avec des ailes de papillon qui frémissent sur son dos. Nous avons déjà dit que P^ché, en grec, signifie âme, et par analogie papillon t cet emblème convient donc merveilleusement à cette jeune déité. Quelquefois, elle est voilée comme les nouvelles mariées, et cache un papillon dans son sein : allusion à son hymen avec Cupidon, et à l'âme de son époux, qu'elle semble vouloir toujours retenir. Ce mythe est un des plus purs, des plus mystiques de l'antiquité. Il n'est donc pasétonnaniqu'Apulée, platonicien, et par conséquent psychologue, l'ait caressé avec tant de prédilection; il y a épuisé toutes les grâces de son style étrange et de son imagination. Les scBurs aînées de Psyché ou de l'âme, ces filles charnelles et infâmes, ne sont-elles pas ces passions viles, méchantes compagnes de Pâme, et qui en sont comme les sœurs envieuses? L'essence de l'âme est d'être curieuse des belles choses, des choses d'en haut : c'est Psyché émue, tenant la lampe suspendue sur son immortel époux. Cette âme enveloppée de son argile terrestre, n'est point encore digne d'un tel hymen t . l'époux céleste l'aime, plaint son indiscrétion et la repousse, mais pour l'éprouver, et vivre avec elle, uni par des noces mystiques, dans une éternité de délices. Ces épreuves de Psyché, si douce, si résignée, ne sont-elles point enfin celles de l'âme chrétienne sur la terre, et ces danses nuptiales dans l'Olympe, le prix de sa force, de sa vertu et de son martyre ? Qui serait assez aveugle pour ne pas voir dans ce mythe platonique^ dans l'hymen de Psyché et de Cupidon, ralliance de rame et de l'amour divin, qui, se dégageant des vapeurs de la terre, dont la boite stygienne de Proserpine, est l'emblème dans cette feble, vont enfin s'enivrer, dans les palais de l'éther, d'amour et d'immortalité ? Dhiu-Baboh.

PSYCHOLOGIE. La définition de ce mot est dans son émythologie (loços, discours, traité, pauchêy âme). En effet, la psychologie est la science qui traite de l'âme humaine, de son principe, des phénomènes qu'elle présente à son état actuel, et de sa destinée : science immense par l'étendue des taiis et des questions qu'elle embrasse, science la plus importante de toutes, puisqu'elle doit résoudre pour l'homme les problèmes qui l'intéressent le plus immédiatement, celui de sa nature et celui de son avenir ; science la plus difficile et la plus mystérieuse entre toutes les sciences, puisqu'elle a pour mission de péné-

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(rer dans les abîmes du cœur, de suivre dans ses innombrables détours le dédale de la pensée, et de percer le voile épais qui dérobe cet avenir, objet de doute et d*anxiété pour la plupart des bumains. Et en effet, la psychologie s*occupe de toutes ces choses. ~ Cependant, on ne lui a pas fait toujours une part aussi large; on la borna longtemps à un traité sur les facultés de Fâme, et beaucoup d'autres questions, qui sont évidemment de son domaine, avaient été inscrites sous d'autres titres. Ainsi, une partie de la psychologie intellectuelle faisait partie de la logique, et Ton -comprenait dans la métaphysique toutes les questions sur le principe et la destinée de l'âme. Je ne parle pas des parties de la psychologie qui ont été passées sous silence. Il est donc essentiel de déterminer d'une manière précise les limites que l'on a dû assigner à son domaine, depuis que les progrès de la philosophie ont introduit des divisions plus exactes et ont appliqué des dénominations plus convenables aux diverses branches de la science.— La psychologie se divise en deux parties bien distinctes. Dans la première, on s'occupe de tous les faits observables de l'esprit humain, et des principes ou facultés auquelles on rapporte ces faits. Aussi cette partie prend-elle le nom dep^choiogte expérimentale. Dans la seconde, on traite toutes les questions sur l'âme humaine qui ont rapport à son origine, à son avenir, à la nature de son principe. L'ensemble de ces questions forme la p$xcholog{e ultérieure ou rationnelle. Ces dénominations sont motivées par la différence des méthodes qu'on est obigé d'appliquer à chacune de ces branches de la psychologie. En effet, pour celle qui s'occupe des faits ;actuels de l'esprit humain, c'est la méthode d'observation qu'il convient spécialement d'appliquer : or, la méthode d'observation, c'est la méthode expérimentale. Quant aux questions relatives aux faits de l'âme que l'observation ne peut atteindre, ce n'est plus à elle seule, c'est â l'induction, au raisonnement, qu'il faut avoir recours ; de là le nom de psychologie rationnelle, — La psychologie expérimentale se divise elle-même en trois branches, puisque l'esprit humain présente à l'étude du psychologue trois faces différentes, l'intelligence, la sensibilité, l'activité. La science est si peu avancée ou du moins si mal déterminée que ces théories spéciales nont point encore reçu de nom particulier : J'ai indiqué ailleurs le mot noologie comme le plus convenable pour la théorie de l'intelligence. Le mot idéologie a bien été employé déjà pour désigner à peu près le même objet; mais on en a abusé en lui donnant une

signification beaucoup trop étendue; et d'ailleurs il me parait moins propre à^ l'objet qu'il vent désigner. On s'est aussi servi des mots logique théorique; mais le mot logique, dont nous parlerons plus tard, a surtout été assigné à l'étude pratique de l'entendement, il me parait aussi moins bien approprié à son objet que le mot noologie. Quand à l'étude de la sensibilité, conune elle n'existe pas encore à l'étude de théorie, il est naturel qu'elle n'ait point encore de nom. Le mot esthétique ne lui convient pas, par la raisoa qu'il désigne encore une science pratique, qui doit être fondée, il est vrai, sur la théorie de la sensibilité, mais qui en est plutôt l'application et s'occupe du beau, c'est-à-dire d'un des objets de la sensibilité plutôt que des phénomènes de la sensibilité elle-même. J'avais pensé au mot pathologie, en y ajoutant l'épithète de psychologique, pour distinguer cette théorie de celle des physiologistes, qui a usurpé ce mot. Je ne permets cette expression, car les physiologistes ne s'occupent point des phénomènes proprement dits de la sensibilité, mais des désordres organiques qui en sont la cause. Cependant, il y a id le droit de premier occupant, droit qui, sans être fondé en lui-même, doit être néanmoins respecté si l'on veut être clair pour tout le monde. Jusqu'à ce qu'un étymologiste plus heureux ait trouvé une meilleure dénomination, nous serons obligé de nous contenter des mots théorie de la sensibilité, pour désigner cette partie de la psychologie. L'étude de l'activité manque également de nom. Le mot de morale théorique répond fort mal à son objet, vu que, d'après l'acception généralement adoptée du mot morale, il ne s'applique nullement à la description d'une fèole de phénomènes de l'activité. J'ai proposé, je ne sais où, le mot prassologie , dont on fera ce que bon semblera : quoi qu'il en soit, je me recommande encore ici à la sagacité des étymologistes, et, pour n'effrayer personne, je me contenterai de la dénomination dethéoriede Vactivité, — Pour ce qui est de la psychologie ultérieare ou rationnelle, ses divisions ne sont point aussi importantes, et elle se compose d'autant de parties qu'elle renferme de questions difFérentes. Or, ces questions se réduisent à peu près àceileci : 1» savoir quelle est l'origine de nos connaissances, c'est-à-dire comment procède la nature pour pourvoir de connaissances l'esprit humain à une époque où l'observation est impossible ; 2o distinguer l'esprit de la matière; 5o connaître sa destinée ou son état futur. Ces trois questions faisaient autrefois partie de la métaphysique, ancienne division de la philosophie, où l'on ayait

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