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-*-C6 fleuve rencontre sur ion coun Turin, ville d*ordre et de richesse, ville spontanée, qui naquitd*une seule idée, et qu\e i'œii peut embrasser d'un seul jet; Plaisance, qui tire son nom de la beauté de ses alentours, et Crémone, qui donna le jour au poète Vida. La vallée du Pô est d*une fertilité que rien n*égale; ses plaines se couvrent de mûriers, de riz, de blé, de vignes, de gras pâturages et de nombreux troupeaux. Il en était déjà ainsi dans Tantiquité, car Virgile dit encore :
Et gemina anratut tanrlno cornna ToUa Bridanat, qno non alliu, ftrpimguÎM emltm^ \m mar* parpnreom Holeatior dflalt amnl*. (C?«or^«.«llT.4.)
L*abbé Rirou.
POCHABB, terme dont les peintres se servent pour caractériser une peinture faite vivement, sans recherches ni études. Il faut distinguer la pochade d*une esquisse et d'une ébauche. L'esquisse est, pour le peintre, une manière de traduire sa pensée, de lui donner une forme, de se rendre compte de l'effet qu'elle peut produire, telle qu'il l'a conçue. C'est le plan ou, pour mieux dire, l'idée première d'une tragédie, d'un poème, d'un monument. Ce premier jet de la pensée suffit déjà au peintre pour voir ce qu'il devra ajouter pour la développer, ou en retrancher comme inutile ; c'est aussi une manière de se rendre compte si les personnages concourent bien à l'action qu'il veut représenter, s'ils ont bien, comme effet, comme situation, la relation d'importance qu'ils doivent avoir entre eux. — Souvent, après cette première esquisse, le peintre renonce à sa conception. 8i, au contraire, elle lui parait heureuse, il aura bien des études à Aiire avant de transporter son sujet sur la toile où il doit être exécuté; là, après avoir arrêté le trait, le contour de chaque figure, il prend ses pinceaux, et il ébauche, c'est-à-dire qu'il couvre toute sa toile d'une manière à peu près égale, comme rapport et valeur de ton et d'effet, afin de se ménager les moyens de revenir sur son ébauche, et de pouvoir la pousser à la vigueur qu'il veut donner à son tableau. La pochade n'est rien de tout cela : c'est une petite débauche d'artiste, qui représente chaudement et rapidement un sujet qui lui a plu , une tète qui a un certain caractère, sans s'occuper ni de la correction du dessin ni de l'élégance de la touche; enfin, c'est une saillie ou un mpromplu, P. A. Coupnf.
POCOCK (ÉaoDAio), orientaliste, naquit à Oxford, le 8 novembre 1604, et étudia dans cette viUe. In 1080, U parttt pour Alep en qoaUté de
chapelain de la fectorerle anglaise. Il mit cette occasion à profit pour faire une étude plus approfondie de l'arabe, langue dont, en 1636, il fut nommé professeur à Oxford. L'année suivante, il fût autorisé à faire un voyage à Constantinople, en société avec son ami J. Greaves. A son retour (1640), la guerre civile le chassa d'Oxford; il vécut dans la retraite; mais il revint dans sa ville natale, et obtint, en 1648, la chaire de langue hébraïque. Cependant il eut encore à souffrir à cause de ses opinions royalistes ; mais rien ne put l'empêcher de consacrer tous ses instants à l'étude. Il mourut dans un âge avancé, le 10 septembre 1691. Parmi ses écrits, nous mentionnerons une édition syriaque des Épttres de saint Pierre, de saint Jean et de saint Jude, qu'il publia d'après un manuscrit de la bibliothèque Bodlelenne (Leyde, 1630, in-4o); le Spécimen historiœ Arabum (Oxf., 1640, in-4o), un de ses meilleurs ouvrages ; six discours du rabbin Maïmonide, sous le titre de Porta Mais (Oxf., 1655, in-4o); Carmen Jbu lêmaélis Tograï (arabe et latin) ; et Gregorii Abul FarajU Hia^ toria dynastarum ( arabe et ialtn, Oxf. 1665- 1674). Il prit une part active à la Polyglotte de Walton, et traduisit en arabe l'écrit de Hugo Grotius, De vertlate Religioniê chriêtianm (Oxf., 1660). Ou lui doit encore des commentaires sur quatre petits prophètes.
Edouard Pocock eut plusieurs fils qu'il ne faut pas confondre avec Richaed Pogoou, qui, né en 1704, fit ses études à Oxfdrd, parcourut (1757* 1741) la Grèce et l'Orient, et mourut évêque de Meath, en 1705. Sa Description ofiheEasi, and iome olher couniries, traduite en plusieurs langues, est encore estimée (Londres, 1743-174$, 3 vol. in-fol.) Coif V. Lu. aon.
POCQUELIN. f'ctr* Moutei.
PODAGRE, f^oty* Goum.
PODAEGI. Oiseaux de Tordre des chéUdons, ayant pour caractères : bec dur, robuste, entièrement corné, beaucoup plus large que haut, très-dilaté, surpassant aussi le front en largeur; arête de la mandibule supérieure ronde, courbée dès son origine , fortement fléchie à la pointe ; bords des mandibules très-dilatés ; l'angle fônné par leur jonction plus reculé que les yeux; mandibule inférieure cornée, asseï large, droite , faiblement courbée à la pointe qui se forme en gouttière pour recevoir le crochet de la mandibule supérieure; narines cachées parles plumes du front, fendues longitudinalement à quelque distance de la base du bec et à sa sur^ face, linéaires, presque entièrement fermées par une plaque coroéei fosse nasale (rès^peCÛei
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Une ooarl ; qaatre doigU, dont trois en ayant ; rintenie réuni à rintermédiaire jusqu'à la pre- Bièfe articulation ; Texteme presque libre ; le pouce en partie roTersible; ongles courts, courbée ; celui du doigt du milieu non pectine. Les espèces qui constituent ce genre étaient inconloes ayant que Humboldt et Horsfield eussent donné la description de celles qu'ils ont obser- Tées, Tun dans le nouyeau monde , Tautre dans rAustralie; leur nombre est encore extrêmement borné; mais il est à présumer qu'il s'agrandira à mesure que des communications plus fticiles s'établiront par la civilisation des peuplades sauyages, dont les habitudes féroces ont été jusqu'ici de puissants obstacles à l'étude de la nouyelle et intéressante partie du monde. Les podarges sont des oiseaux crépusculaires; ils ne quittent les retraites où ils passent les journées, soit dans l'obscurité des cavernes , soit dans l'épaisseur des fèréts, que lorsque la vive lumière a disparu ; ils chassent alors les insectes, dont ils font leur unique nourriture. La vie très-retirée que mènent ces oiseaux, les soins qu'ils mettent à fuir l'bomme et à lui dérober leurs retrailes, n'ont pas moins contribué que les autres difficultés locales, à tenir jusqu'ici ce genre complètement ignoré. Dr..z.
PODESTAT (en italien pode$tà)^ magistrat, oiBcier de justice et de police dans quelques villes de la péninsule italique. Les podestats qui ont figuré le plus dans l'histoire sont ceux de Gènes et de Venise. Leurs fonctions répondaient à celles de préteur à Rome. Il y avait appel de leurs sentences aux auditeurs nouveaux et à la foarantie civile nouvelle. Ce nom a été transporté plus tard dans quelques villes de Provence, particulièrement à Arles, Cette charge était ordinairement annale. Bicr. db la Conv.
PODIEB&AO, femille illustre de Bohème, qui tire son nom d'une petite ville du cercle de lIcxQir, sur l'Elbe, où l'on voit encore un vieux château. Originaire, à ce qu'on prétend, du comté de Bereeck et Nidda sur le Rhin , cette taiille se serait établie dans la Bohème et la ■oravie, en 1S37. Parmi ses membres les plus célèbres, nous citerons Bogzko de Podiebrad, Gioaai qui monta sur le trône de Bohème, et HTmK ou HiiOLO l^y qui fut la souche des ducs de MOnsterberg, comtes de Glati. Ce dernier échangea la principauté de Podiebrad contre celles d'OEls et de Wohlau. Ses successeurs prirent le titre de ducs de Mûn$terberg OEl$ et 9Fohlau et comtes i/e Glat%. Us se divisèrent en plusieurs branches, dont la dernière s'éteignit, m IM/y en la personne de GiAïus-FEÉtUic*
Après quelques contestations, Qils et Bemstadt échurent à la ligne collatérale de Wurtemberg, alliée par les femmes à la famille de Podiebrad; et à son extinction, elles passèrent sous la domination du Brunswick. Hynek de Podiebrad a pris rang parmi les poètes de sa patrie. X.
PODLAGHIE. Foy. Pologrb et Litvuaiiib.
PODOCE. Fischer a décrit, dans les Mémoires de la Société des naturalistes de Moscou (tome vi, p. 951 , pi. 21 ), un genre d'oiseaux, qu'il a nommé podocei (du grec, coureur), et qu'il place à côté du genre corvus. L'espèce unique qu'il y range, habite les déserts des Eirguises, où l'a découverte le docteur Pander. Elle vole peu; mais elle marche avec une grande vitesse, et vit par grandes troupes, à la manière des corbeaux. Les caractères du genre sont : un bec médiocre, de la longueur de la tète, déclive au sommet, sans échancrure, peu anguleux; la mandibule supérieure recevant l'inférieure, qui est plus courte; narines basâtes, arrondies, grandes, recouvertes de soies tombantes; pieds robustes, à tarses allongés, à doigts armés d'ongles triangulaires, aigus, presque droits, et bordés d'une membrane granuleuse, plus large que les doigts; queue régulière. Le podoce de Pander a les parties supérieures d'un gris verdâtre, tirant au glauque; les joues noires; deux traits blancs, en forme de sourcils, au-dessus de l'œil; le bec et les ongles noirâtres ; les pieds verdâtres. Da..s.
PODOGTNE, de noix, iro^of , pied ou support, quelconque, etdeyvyi),femme ou organe femelle. Les botanistes appellent podogxne un amincissement de la base de l'ovaire, qui élève un peu le pistil au-dessus du fond de la fleur. Il fait partie du pistil et l'accompagne dans toutes les époques de son développement; au lieu que le cynophore (avec lequel on pourrait le confondre) est un prolongement du réceptacle, n'appariient pas essentiellement au pistil, et reste au fond de la fleur.quand celui-ci s'en détache. Il y a un gynophore dans la fraise, la framboise; un podogjrne dans le pavot. Le PoBOsrsanB est un petit prolongement qui naît de la surface du trophosperme, et porte la graine, dans certaUis péricarpes.
PODOLIB. f^oir* PoLOonaet Bossu.
PODUEELLES. Famille d'insectes de l'ordre des thysanoures, établie par Latreille, et com* prenant le grand genre podure de Linné et des autres entomologistes. Ses caractères sont : corps aptère; tète distinguée du corselet, portant deux antennes filiformes, de quatre articles simples, ou dont le dernier est composé; mâchoires, lèvres et palpes peu distinctes ; corselet portant
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slxptttes; abdomen terminé par une queue fonrcbue, appliquée, dans I*inaction, sous le ventre et servant à sauter. Cette femille se divise ainsi qu*il suit, diaprés Bourlet :
t Corps couvert d'écaillés. — Antennes longues, composées de trois articles, dont le dernier beaucoup plus long que les autres; yeux formés de six ocelles : genre macrotome. Antennes courtes , de quatre articles ; huit ocelles : genre LApidoctethi.
+t Corps nu. — Antennes de longueur moyenne; deux à cinq articles inégaux; six ocelles : genre HtTÉaosTOHx.— Antennes courtes, constamment de quatre articles; six ou huit ocelles : genre Isotohk.— Antennes très-courtes, de quatre aKicies ; corps fort petit ; organe du saut attaché sous le ventre, et non à son extrémité ; huit ocelles : genre HTPOOAsrtiJtx. Di..z.
POÊLE, PoÈLiRix. {Technologie.) Tusage des poêles était connu des anciens ; on sait que les Romains en avaient de deux sortes : la première consistait en fourneaux souterrains qui avaient à chaque étage de petits tuyaux chargés d'échauffer chaque pièce d'une maison : c'est à peu près le système de nos calorifères modernes. La seconde consistait dans des poêles portatifs que Ton changeait de place à volonté. Cette industrie a fait de nos jours d'immenses progrès, et elle a été mise à la portée de toutes les fortunes. Il y a des poêles de plusieurs espèces, en terre cuite, en briques, en faïence, en fonte de fer ou en tôle. Le métier de poêlier consiste à les construire, les ajuster, les placer et les entretenir. On fait aujourd'hui, surtout dans les pays du Nord, des poêles mobiles et isolés des planchers. Pour les cafés et les appartements de rez-de-chaussée, on construit des poêles dont les tuyaux, non apparents, sont dirigés souterrainement dans un tuyau de cheminée. Il existe aussi des poêles dans lesquels on peut brûler de la houille, et dans ce demiejr cas, on pratique, dans le piédestal du poêle, un cendrier qu'on sépare du fbyer par une grille en fér. C'est surtout en Russie et en Suède que l'art de la poêlerie a été poussé au plus haut degré de perfection : des poêles énormes en briques ou en faïence n'y sont guère chauffés qu'une fois par jour et entretiennent, hermétiquement fermés ensuite, une chaleur douce dans les appartements.
On donnait anciennement le nom de poêle aux chambres chauffées par ces appareils : ainsi à Strasbourg, on appelait et l'on appelle encore poêle des bouchers, poêle des vignerons, poêle des marédiaux, les salles où se réunissaient ces maîtrises.
POSLKNBURG. Parmi les peintres hollandais formés à l'école de l'Italie, mais qui ne purent jamais perdre le laisser aller de la terre natale, on di^ngue Cornélius Poelenburg, dont les productions, aussi recherchées à Rome qu'à Florence, furent l'un des ornements de la riche demeure de Rubens. C'est là le plus bel éloge de l'artiste. — Né à Utrecht en 1586, Poelenburg fit ses premières études sous les yeux de Bloemaert, dont il quitta bientôt l'atelier pour aller demander des inspirations aux campagnes de Rome, et la pureté du dessin aux œuvres de ses immortels artistes; mais, quant à la correction, sa main trahit toujours sa volonté ; il ne put jamais rendre que la nature. Et, il faut avouer qu'on ne l'a jamais mieux comprise et mieux reproduite. Qu'on se représente de petites toiles largement massées, terminées et retouchées avec soin, où un clair-obscur magnifique fait ressortir des fonds vagues et délicieux, presque toujours ornés de fabriques empruntées aux sites des bords du Tibre, peuplées de satyres, de nymphes et autres figures mythologiques ; qu'à cel» on joigne un coloris suave, harmonieux, une touche pétillante d'esprit et de finesse, et on aura une faible idée des productions de Poelenburg. Voilà tout ce que l'on trouve dans les huit tableaux que possède le musée du Louvre, et surtout dans les cinq paysages. Des trois autres, l'un est assez grand, et représente un ange qui annonce aux bergers la naissance du Christ; Abraham et Sara, plusieurs femmes nues, sujet que l'artiste affectionnait, et qu'il a toujours rendu avec autant de goût que de grâce, sont les sujets des deux derniers. Du reste, sa manière a certains rapports avec celle d'Elzhaimer, dont il suivit les leçons en dernier lieu. Malgré tout l'enchantement qu'il éprouvait au milieu de la nature du Midi, il revint au bout de quelques années dans sa patrie, et y jouit de l'estime gérale. Son nom parvint aux oreilles de Charles I«s qui le fit venir à Londres ; mais l'ennui qu'U ressentit bientôt loin des sites de son pays le rappela à Utrecht. C'est là qu'il mourut dans un âge très-avancé, en 1056. De même que presque tous les anciens artistes, celui-ci a gravé quelques-uns de ses tableaux ; les épreuves en sont rares et très-recherchées. Dict. dx la Corv.
PCELITZ (CHAtLis-Hxif ti-Louis) , économiste et historien allemand, naquit, le 17 août 1779, à Ernstthal, où son père était pasteur luthérien, tl fit ses études à Leipzig, et fut successivement appelé aux universités de Dresde, de Wittenberg et de Leipzig. Dans cette dernière, il occupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1843, la chaire des
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iciences politiques. Conseiller de cour saxon depuis 18%, il obtint en onire ( 1835) du grandduc de Hesse le titre de conseiller privé. L*Institut le eomptait au nombre de ses membres étrangers. Quoique Pœlitz, polygrapbe babile, ait beaucoup écrit sur la pédagogie, Testhétique et la philologie, ce sont principalement ses ourrages historiques et politiques qui ont fondé sa réputation. Parmi les plus remarquables, nous citerons son Manuel d'histoire universelle (6«éd., Leipz., 1830,4 Tol.); sa Pelite histoire universelle (7« éd., Leipz., 1834); son Histoire ei statistique du royaume de Saxe et du duché de Varsovie (Leipz., 1808-1810, 3 vol.); ses Histoires de laSaxe(\%\l)^àe l'empire d'Autriche (1817), de la Prusse (1818) etc. Aucun de ces ouvrages cependant n^a Fimportance de son traité des Sciences politiques éclairées des lumiières de l'époque actuelle (Leipz., 1823-1835, 5 yoL), où il examine séparément toutes les branches de la politique et les présente sous un jour tout nouveau. On j>eut mentionner encore ses Constitutions européennes depmis 1789 (2* éd., Leipz., 1833-1834, 3 vol.). Ces ouvrages se distinguent en général par une grande impartialité, un style clair et facile et une sage dassification des matières. Outre les écrits originaux de Pœlitz, il s*est fait éditeur des ouvrages de Schrceck, de Posselt, de Heinrich, etc. Sa Vie de Beinhard, 1813-1815, 3 vol.,mérite également des éloges. Depuis 1838, il était le principal rédacteur des Annales d'histoire et de politique, recueil mensuel paraissant à Leipzig. Goifv. Lsx.
POËMS {noivi/uLy de itoUt», je fais), ouvrage en ▼ers. L*Académie n'eu donne pas d*autre définition, et efle ajoute : « Il ne se dit proprement que des ouvrages d*une certaine étendue. » Boileau Tentend de même dans ces vers :
lia poiwB «scellent ok toat marche et m coït, K*ctt pM de cet travaux qu'on caprice produit : n Trot dn tempe, des soin», etc.
Toutefois ce législateur du Parnasse français re-' garde conune des poèmes le rondeau, la ballade, le madrigal:
TooK poème est brillant de sa propre beauté : Le roodenv, ad gaulois, a la naïveté, etc.
n tat donc admettre au rang des poèmes toute «ovre en vers, sauf à établir entre les créations du poète des divisions fondées sur leur différence, et à reconnaître ce qu*on appelle des genres en littératnre»
I le principe, Pélément lyrique dominait
sans doute dans la poésie; mais, en exaltant Pau-» dace du guerrier, on racontait ses actions, et Ton pouvait entrevoir la poésie épique dans ce récit. Puis le récit s^animait par des dialogues entre le héros et ses compagnons; de la divergence des pensées, de Topposition des caractères, de cet antagonisme encadré dans cette espèce d*épopée lyrique, devait tôt ou tard naître le drame : il suffisait pour cela que le poète cédât entièrement la place aux personnages. Ce développement eut lieu , et Ton connut des poèmes lyriques, des poèmes épiques et des poèmes dramatiques, trois grandes divisions auxquelles il ne serait point impossible de rapporter tous les autres genres.
Hais avant que Fépopée déroulât ses merveilles, bien avant qu*une action dramatique fût représentée, la poésie qui s*était livrée à Tenthousiasme dans Texpression du sentiment, replia ses grandes ailes; et, s*attachant à des pensées utiles, se faisant Tinterprète des législateurs, des prêtres, des moralistes, elle jeta ces pensées dans le moule du vers, et les frappa au coin d*une énergique précision. Depuis lors, le but des poèmes a été rinstruction ou le plaisir, ou Tun et Faulre à la fois :
AtaprodêUê wliait, aitt dtUetan poeta, jémt Mtmml ttjmmmJa et idomtéi dietrt vitm,
HoaACB.
Pour atteindre ce but, le génie a tenté les voies les plus opposées, depuis les chantres primitifs, dont il ne reste que les noms, jusqu'aux Schiller, aux Byron, aux Lamartine, Nous n'essayerons pas une nomenclature complète de toutes les sortes de poèmes, caractérisées d'ailleurs dans des ariicles séparés de ce Dictionnaire, et sur lesquelles il faudra encore revenir dans l'article suivant.
On distingue aussi les poèmes, suivant l'objet dont ils s'occupent, et la manière dont cet objet est traité : ainsi un poème peut être héroïque, hérot' comique, didactique, historique, philosophique, pastoral, burlesque, badin, etc. On donne encore particulièrement le nom de poème au libretlo d'un opéra que le compositeur met en musique. Ces compositions littéraires avaient autrefois toute l'importance d'une œuvre dramatique; ce n'est le plus souvent aujourd'hui qu'un assemblage de vers et de scènes arrangés pour le musicien, et^upportant difficUement la lecture.
Il nous reste à parier des poèmes en prose, alliance de mots qui semblent se repousser, et qui pourtant resteront unis. Nous n'avons, en
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effet, aucune autre dénomiDatlon pour caractériser cet ouvrages pleins de fictions morales du plus grand prix, releyées par un style en* chanteur, comme Télémaque et les Martyre; récits merreiUeux où se trouve souvent à un haut degré ce qui constitue Tessence de la poé* sie, mais où manque sa forme essentielle, le vers. Tout en estimant à leur valeur ces belles compositions, nous ne saurions les mettre au rang de ces admirables épopées où, comme dit M. de La* martine,
L* poitc m UIlM tes iMnt» «tatvca
Dmm 1« monl* da ▼•», d« rbythmM nr^tiiM;
Car ce qu*il ajoute est bien vrai :
LMnoMrUlle peméa a m fora* let-bM, Lmgue ImmortdU mmI que rhooiaM b*«m pM. Tout et qui Mit d« l'homaïc wt npldc et fragile; Mate le vcn Mt de broiiM «t U proM Mt d'argile.
Sn supposant une trop grande dépréciation de la prose à ce dernier hémistiche, il faudrait toujours admettre la distance qui sépare le plus noble, le plus hardi prosateur du vrai porte : le premier peut s*élever au-dessus de la terre, le second seul est dans les cieux. J. Travers. POÉSIE. Jean-Paul Richter dit vrai lorsqu'il affirme que la poésie ne se peut définir, mais qu*elle est plus facile à comprendre au moyen d*une similitude. D'une nature impalpable, éthérée, la poésie échappe à toute définition rigoureuse; chaque penseur, selon qu*ll étendra ou qu'il rétrécira le domaine de la poésie, donnera de cet art une explication différente ; et nous serions presque tenté de nous eu tenir au jugement du po€te que "nous venons de nommer, et de répéter après lui : « La poésie est à la proie ce que le chant est à la parole ; '• ou bien : « La poésie, c'est le monde idéal, transporté, par la libre pentée, au milieu du monde réel : » Essayons toutefois, à l'aide de l'étymologie, de donner de la poésie une définiUon plus précise. Que signifie ic«<nv((? TacUon de faire, de créer. La poésie serait donc, dans son acception la plus large, la capacité ou l'art de produire; et, dans un sens plus restreint, ce même art attribué à l'esprit humain. Que demandons-nous aux créations, aux CNivres d'art de l'esprit humain ? De présenter, soit aux yeux du corps, soit aux yeux de resprit, une idée revêtue d'une l^rme parfaite. La poésie serait donc en ce sens l'art de revêtir d'une forme l'idée conçue dans l'âme du poiHe. Sn effet, tout artiste est créateur ou potfte, et la poésie se trouve être le fondement de tous les arts} car la pensée première» la conception de
l'artiste créateur peut se manifester par le ciseau ou au moyen des couleurs, ou par les sons mélodieux, aussi bien que par la parole. Le domaine des arts est essentiellement celui de la poésie, et l'architecte, le sculpteur, le peintre, le musicien, le poète sont au service d'une seule et même divinité, d'une muse, symbole de l'inspiration , mère des grandes et des nobles pensées qui germent dans l'intelligence de quelques êtres privilégiés, et que ceux-ci se chargent de traduire en signes intelligibles pour le vulgaire des hommes.
Mais dans un sens plus restreint encore, la poésie, manifestée par la parole libre ou écrite, comment se peut-elle définir? Ne serait-ce point l'art d'exprimer dans un langage rhythmique, vivement coloré, et saisissant par sa justesse, une série d'idéei empruntées au domaine de la pensée, de l'histoire, ou de la nature extérieure? Un poème serait donc une création où l'intelligence et le jugement s'allient à l'imagination, pour réaliser daQ3 un beau style, dans un langage harmonieux, une série d'idées enchaînées avec un art parfait. Le poète, c'est l'être heureusement doué, qui parvient à concevoir, puis à mettre au jour, dans un beau langage, une création neuve, de manière à s'emparer avec^un irrésistible attrait de l'admiration d'un peuple entier.
On l'a souvent répété : le domaine de l'art, c'est le beau. La poésie est soumise à la loi du beau : un poème doit plaire; la théorie du laid ne saurait se soutenir. Mais comment se manifeste le beau dans un poème? par la forme, par le style d'abord ; et ici nous nous trouvons en face de deux systèmes diamétralement opposés.
Les uns, s'ils n'assimilent pas complètement le style p(H§liqueàcelui de la prose, essayent du moins de l'en rapprocher par des restrictions de tout genre : ils demandent à l'expression dont se sert le poète la même exactitude qu'à celle dont le prosateur fait usage; ils proscrivent, même dans la poésie lyrique, l'usage trop fréquent de la métaphore, et appliquent à cette dernière les lois inflexibles delà logique; ils éliminent sans pitié les images trop hardies qui oseraient faire invasion dans le discours ; ils proscrivent, d'une façon quelquefois arbitraire, une foule de locutions, en les accusant d'être triviales; ils n'accordent au poète, pour distinguer son langage de celui du prosateur élégant, que la seule ressource du rhy thme et de l'Inversion. D'autres critiques, au contraire, sont d'avis que le rhythmt ou le vers sont loin de suffire au poète, dont le langage, tout en reataBl limpide et dair, ne tau-
voi
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rtit renoncer ni à la hardiesse ni à la naïyeté; que la métaphore est pour lui ce que la couleur est pour le peintre, et que la logique a le droit de guider, mais noD pas celui d*enchainer Thomme domioé par rinspiralion et qui lui emprunte son langage.
Ces deux systèmes, dont le premier est représenté surtout par les critiques français, le seoood par les critiques allemands et anglais, tiennent au génie primitif et au développement historique de leurs langues respectives. En théorie, les deux tendances hostUes semblent ne point admettre de médiation; mais le grand poète, de quelque camp qu*il sorte, parvient toujours à les concilier, en ce sens qu'il arrache des ^plaudissements même à ses ennemis '.
Un point sur lequel s'accordent les critiques de toutes les écoles, c'est la nécessité du rhythme» La poésie est la sœur du chaut i au chant il faut me mesure quelconque; il en faut une à la poésie fidèle k son origine. L'enfant vivement imprestioniié, et qui cherche à rendre par des paroles réfflotion ou l'enthousiasme dont il est saisi, trouve par instinct des expressions cadencées; le vers se prête à la pensée du poète, comme le ■Mnteau suit les ondulations du corps auquel il sert de vêtement. La pensée poétique, exprimée dans le langage prosaïque le plus noble et le |dus heureux, manque toujours d'un complément indispensable ; on dirait que le sens intérieur, lorsqu'il est impressionné par l'idée du beau, demande à traduire ses vibrations par des for^ mnles harmonieuses et sonores, ^ciy. Rbttux, Piosonii, Ruix, HÈTâi, PoatiQiiB, etc.
' 1« palilt, iâmê ton MCfptioii pn«I^ «on pM c«ne qal, k Cmot de travail, rtrllil'wM fonu mdtrtj— 4m concepHooi plu oa m^m Unin à* rcapiit, mal* celle ^1 «t aa« effatlon cpoofaaét 4» Vima «t poar alasi dire l'écKo da diea qai m takt «ntradia aa paâc^ cette po<sl»4a, solvant bob», est fiUe de l'ioiaginaUon et en dife parier le laagage libre et kardl, qaoiqae aan« dooM loajoar* rl|lé par lc« lots da bon goût. Ce langage inaplr^ proc^nt en qerffae earta de riataltioD, d*aM second» var, doit SToIr son ea* Aakhé propn» hkem dlflkeat des aUores syadtriqaas et do» paairfcs de b praee, i^pelaat le vol da giate et nan les habiiades kawgaeiscs de la vie ordinaire. Le s^le da vrai poêle est toajoars ftnarcsqae : U pciat bien plas qa'U n'ëcrit; et, soos ce rapport, la riapk iUfoe» da langage, & notre sens, ne fait pas encore le atjk podtiqaa. Sans donte, il j a po^e et po^ie ; une lable on mtmm ape éfton dcrHa dans le style des psaames paraîtrait une «àaaa afciaiJs, de mkm qa'aae ode, na liyMie, om diUiyrasibe, mk las hr— a da laafafe ne s'didverelant pas a»daasiis àe callas la la faUe oa de l'épkre oa de qwlqae autre peéaie didactique, «■aient la dioae la plas plate du nande. Toajoars est- il qae la laapt poMqae diflère de la langue nauelle, quelque châU^ ^atlqae {WganU et gradeaac qa*on snppoM cette dcrai^. Ce qui la dbitaifiat cntatiaiWanac, c'est qu'elle UUw deviner phu qa'elle ■•aiHfll y'eBa aiaili fflaafUmt-ptaaalo— àwnsplOla
Mais le beau style, la forme parfaite, le rbythme ne sauraient suffire pour constituer un poème ; car, à ce titre , des idées empruntées à des objets ignobles , pourvu qu'elles fussent re^ vêtues d'une forme brillante, acquerraient droit de cité dans le domaine de la poésie. Nous pen^ sons que l'idée inspiratrice ne doit partir que d'une âme épurée. Le poète est pour ainsi dire le pontife du beau ; pénétré de cette mission , il tiendra en main le fil conducteur qui ne lui peN mettra point de s'égarer dans le labyrinthe des formes que le monde extérieur et le monde de l'Ame feront surgir devant les yeux de son imagination. Lorsque cette idée première, émanant d'un cœur pur, circule comme d'un principe vital et fécondant à travers toutes les parties d'un poème, lorsque la langue rend palpable cette idée, et la transforme en image, le poète arrive à montrer aux mortels l'essence idéale que nous nommons le beau , et dont nous plaçons l'origine auprès de la source de toute beauté, dans le ciel qui échappe à nos regards.
Ce n'est pas que l'art doive renoncer à rendre autre chose que la nature grande et belle. Souvent au contraire, l'opposition d'un objet ignoble contribue à relever, par l'effet du contraste, la beauté que le poète a créée. It comme l'a dit le législateur de notre Parnasse :
11 n'est point de serpent, ni de moastre odieax. Qui, par l'art iifeité, ne puisse plaire aux yeox.
Mais l'art transforme ce qui est ignoble, et, taisant son choix relativement au laid comme pour ce qui est beau, il le présente de manière à
sap^rlcarc k la nôtre. Méma aatèieneneat, /ma certaines Iltt^ratures, la laagae paftiqae est toata dlffiéreato de la prose : elle ae comptait dans las Inwsions, elle reeherclie les laMgcs, elle affecta l'arehaisaM daas les mou oamm^ dans le to«r des pkrases, elle est plus énergique et plus sonoca. Volet ce que nous avons la quelque part k ce sujet ; « J'entends par langage poÀique un Idlooie qui offre à l'épop^ on au genre lyrique des couleurs ou des traits que la prose n'admet pas et dont le cachet spécial est oa la majesté, oa la grAce, aa l'éaergte. C'est riaveraloat c'est la fccalté de formev des aMts ceaipoaéa, e'aat l'emploi da certains termes et de certainai locutioas plas aoblas oa plas élevées, plas élégantas on plus gr» denses. Ainsi se compose un idiome choisi, une langue divine, destinée k reproduire les émotions de l'Ame, ou i faire briller aux jeux de l'esprit les tableaux de la nature. Cette ligne de démarcation «nire le langage da poite et le langage du prosateur existe dans le grec aadeai d'âne mantàre aa p«a plas fklble daas le latin t daM l'ItaUett, par Femplal deo dlmlnatifs et des ellipees; dans l'allemand, par l'extrême facilité d'iailter toates les sjntasci étrangères; dans l'espagnol, de la nuniére la pins prononcée* et enfin dans l'anglais. » 11 y a du vague dans cette esplication, mais die suffit pour caractériser la langue poétique, unique objet qoe ftow tfnm toala atteindre par «ena aoia. i. H. B,
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frapper péniblement, mais sans exciter le dégoût.
La poésie , grâce à la pensée et au langage, son instrument ailé, grâce à Timagination surtout, est de tous les arts celui dont le domaine est le plus étendu. Elle dispose du temps et de Tespace (du moins de Tespace abstrait ). Ce fait seul nous indique que pour mettre en Jeu tous ses moyens, la poésie doit être ou dramatique, ou épique ou fyrique; elle devra nous montrer les hommes en action, ou chanter leurs hauts faits, ou donner libre cours aux émotions intimes du poète. La poésie descriptive ou didactique n*est qu^un genre bâtard ; car la première se borne à rénumération des objets; elle recompose par des procédés presque mécaniques les parties d*un ensemble ; en un mot, elle n*est point créatrice. La partie descriptive ne peut former que Taccessoire d*un poème; ce sera le cadre du tableau. La poésie didactique manque aussi de ce mouvement qui forme le caractère essentiel d*un poème; pour la plupart du temps, ce n^est qu*un assemblage méthodique de sentences ou d*ab8tractions versifiées. Non pas que nous entendions reléguer les sentences hors du domaine de la poésie ; mais elles devront jaillir d*une âme enthousiaste, et ne point ressembler au produit systématique d*un philosophe versificateur.
Ainsi, sans proscrire la poésie didactique et descriptive, nous lui assignons du moins un rang inférieur; et nous enveloppons dans cet interdit les genres partiels que Ton est convenu de ranger sous Tune de ces catégories. La fable, V apologue, la satire didactique y Vépître didaC' tique, yépigramme, ne sauraient aspirer au même rang que Vode, V hymne ou V élégie {poésie lyrique)^ la tragédie ou la comédie {poésie dramatique)^ Vépopée, là ballade épique, le roman (poésie épique ). Il est bien entendu que le génie, dans quelque moule qu'il jette sa pensée, n'y reste point emprisonné : il étend, il ennoblit la forme dont il daigne se servir. La postérité rangera toujours le naïf fabuliste de Château-Thierry à côté des plus hardis inventeurs, à côté des chantres les plus sublimes.
Nous arriverions focilement à multiplier ces subdivisions de la poésie, qui, de fait, est une et indivisible, dans quelque forme qu'elle se manifeste ; nous pourrions opposer la poésie okjec^ tive (celle où le poète prend son inspiration dans le monde extérieur) à la poésie subjective (celle ôû le poète dépeint Tétat de son âme). La poésie artistique^ mise en regard de I9 poésie instinctive, fournirait encore matière à un long parallèle ; puis nous aurions à examiner U question
du mérite relatif de la poésie classique et de la poésie romantique; mais nous pouvons renvoyer à ces deux mots pour cette partie du sujet et nous avons hâte d'ailleurs d'arriver à l'histoire de la poésie, et de tracer, en quelques contours, les évolutions qu'a suivies le développement du sentiment poétique dans le monde antique et chez les peuples modernes.
L'origine de la poésie se confond avec Torigine même des langues. Les premières impressions que reçoit un peuple jeune sont nécessairement vives. Elles s'expriment par des images, par des sons imitatifs ; la métaphore , l'onomatopée régnent dans les langues parlées par les peuples adolescents; la poésie,, en un mot, se développe avant la prose Encore aujourd'hui, prenez les peuples que nous appelons sauvages : ils ont uQe poésie lyrique en germe ; les nègres chantent et improvisent; sous les glaces du pôle, le Lapon anime son renne par des chants ; les peaux-rouges interrompent en chantant la monotonie de leurs courses dans les savanes ; car toujours dans l'origine la poésie est alliée à la musique.
A un degré de civilisation un peu plus avancé, les chants informes prennent des contours plus précis, une forme rhythmiqne un peu plus sévère. A la poésie du pâtre, du nomade, du chasseur succède la poésie gnomique ou sentencieuse. Les premiers préceptes de la morale et de la religion, les règles fondamentales de la société, se transmettent en sentences ou oracles rhythmiques. C'est le sentiment religieux surtout qui déborde dans l'âme des peuples jeunes et naïfs : la religion, origine et point de départ de toute civilisation , devient le premier sujet que traite la poésie naissante. Les poésies nationales et primitives sont presque exclusivement des hymnes, des légendes, des mythes, qui enveloppent l'histoire de la fondation des ÉlaU ou de l'établissement des races. Les chants guerriers aussi abondent dans ces poésies primitives; car â côté de ce besoin du merveilleux, qui tourmente les peuples, à côté du besoin de croire, se trouvent celui de la défense nationale et le sentiment de la force; enfin le besoin d'aimer crée les chants d'amotfr.
Toute poésie primitive est vraie ; elle coule de source, elle est naturelle, car elle part d'un cœur franchement ému, ou d'une imagination réellement frappée; les poètes qui s'ignorent ne songent qu'à satisfaire leur cœur. Plus tard, lorsque l'écriture donne un caractère stable aux traditions, aux sentences rhythmiques, aux légendes, aux chants individuels du poète, la poésie de*
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Tient un art. hans la pins ancienne poésie écrite, roeil exercé du critique retrouve encore des traces à demi effacées de la poésie primitive; mais déjà le rapport intime entre le poète et la nature, déjà la douce familiarité qui unissait le chantre aux divinités invisibles par lui célébrées, déjà ces liens charmants n*existent plus : la poésie a gagné en étendue ; elle perd en intensité et en naïveté. Peu à peu le poète invente : au lieu de dire ce qvCil a vu et senti, il cherche à produire de Teffét; et lorsque les moyens simples, puisés dans les sentiments vrais, ne suffisent plus, il a recours aux sensations maladives.
Les littératures qui sVrétent le plus longtemps sur cette pente, et qui savent, au milieu du développeuient artistique de la poésie, retourner aux sources premières de tout art et de toute poésie, pour s*y rajeunir, offriront nécessairement les fruits les plus abondants et les plus variés. Mais presque tous les peuples ont tour à tour subi la loi fatale qui accorde au développement intellectuel, comme à l'organisme physique, un seul instant de floraison ; presque tous ceux qui ont jeté quelque éclat dans Thistoire littéraire n*ont eu qu'un court printemps, suivi d\in inévitable déclin.
Dans le monde patriarcal et mystérieux de rorient, cinq peuples fixent surtout notre attention au point de vue poétique ou littéraire : ce soot les Indous, les Chinois, les Hébreux, les Arabes et les Perses.
La poésie sanscrite de Tlndoustan se produit dans des proportions colossales comme ses monuments, comme la nature luxuriante du sol. Bes poèmes épiques où Ton compte les vers par miniers, le Mahabharata et le Ramaxana effrayent notre imagination plus qu'ils ne la séduisent; cette mythologie, qui croit déifier et peut-être embellir la nature en multipliant les tètes et les membres de ses idoles, ne produit à ■os yeux que des monstres ; et cette philosophie panthéistique qui écrase l'individu répugne à la fois à notre égoïsme et aux plus purs besoins de noire coeur. La poésie dramatique de l'Inde n'est guère plus conforme à nos goûts ; c'est l'enfance de l'art, étouffé par le luxe d'une poésie lyrique dont nous entrevoyons l'édat^à travers le voile des traductions, sans parvenir à nous assimiler les sentiments étranges exprimés par les personnages de ces drames informes.
La civilisation formaliste et empesée de la Chine se reflète dans ses productions dramati- ( on romanesques. La littérature chinoise se )mme celle de l'Inde, dans un ordre d'idées fort diffîéreiit de notre manière de Juger le
monde et les hommes : il y a toutefois des rapprochements possibles entre les conceptions poétiques de ce peuple et celles de l'Europe littéraire. Rien dans la tradition chinoise ne ressemble aux gigantesques cosmogonies indiennes; dans la constitution politique et sociale de la Chine, les rouages fonctionnent avec une régularité tout européenne. L'existence d'une classe lettrée, qui arrive aux emplois, établit une analogie de plus entre les idées, les sentiments, les passions des Chinois et les idées de l'Occident.
La poésie hébraïque, dont l'incontestable antiquité inspire à elle seule un sentiment de respect, continue à exercer sur les nations modernes l'action toute-puissante qui émane des croyance^ religieuses. La cosmogonie de la Genèse, si simple à la fois et si grandiose, ouvre la série de ces livres poétiques et historiques, connus sous le nom d'Ancien Testament (voy. Bible); des chants guerriers, des hymnes et des odes (psaumes), des élégies nationales, des vers prophétiques annonçant la venue d'un sauveur, des vers gnomiques, constituent le fond de cette poésie solennelle, qui arriva sous le roi Salomon à son plus haut point de développement , et traîna , depuis le Christ, sa lente agonie dans les argutieuses élucubrations du Talmud.
La poésie arabe, sœur de la poésie hébraïque, aime autant qu'elle les oracles et les sentences, l'ode religieuse ou guerrière, l'apologue et le chant pastoral. Plus mondaine toutefois que la poésie des Juifs, elle ne se met point exclusivement au service du Dieu vivant; elle charme par des contes l'imagination de ses auditeurs , accroupis sousune tente ou couchés sur les divans d'un palais. Les courses des sectaires de Mahomet répandent le goût de hi poésie arabe dans une portion de l'Europe chrétienne, et la poésie espagnole garde l'empreinte du goût poétique des Mores. De nos jours, les tribus de l'Arabie comptent encore parmi elles des poètes lyriques et épiques.
La Perse aussi a eu son âge d'or littéraire ; une pléiade de poètes se montre à l'horizon de Persépolis, d'Ispahan et de Chiraz. Une vaste épopée, supérieure aux chroniques rimées de notre moyen âge, occupe les loisirs de nos orientalis {vox* Firmuct); les noms de Sadi et de Hafiz ont retenti en Europe.
Dans la poésie des Juif^, des Arabes et des Persans, la métaphore domine ; elle emprunte son plus grand chai;pie à la majestueuse nature des régions orientales; mais trop souvent elle devient emphatique et verbeuse ; la poésie persane surtout tombe dans la boursouflure et l'afféterie*
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La poésie grecque, fine d^iine religion à la fois gracieuse et sensuelle, née sous le beau ciel de TAfie Mineure et dans les lies de la mer Egée, a prêté un corps à cesadorables divinités païennes, qui, après 3,000 ans, n*ont rien perdu ni de leur jeunesse ni de leur beauté. Gomme la statuaire de ce pays privilégié, la poésie grecque est vraiment ploêiique; elle a créé des formes immortelles, qui personnifient avec un rare bonbeur les phénomènes et les charmes de la nature, les passions, les vertus et les vices de TAme humaine.
Trois époques distinctes marquent les évolutions de la poésie grecque. Épique et gnomique à son début, elle conserve ce caractère pendant plusieurs siècles ; la poésie lyrique se développe presque simultanément sous la forme de rhymne et de rode. Pendant la guerre des Perses (480 avant J. G.), la poésie dramatique prend naissance. G*est le siècle de Périclès qui s*annonce. Le mouvement ascendant se soutient jusqu'à Tépoque macédonienne (300 avant J. G.) ; mais dès lors commence dans Técole d'Alexandrie un déoUn sensible; et la longue époque byzantine n*offire plus que des poètes d*un rang très-inférieur. Dans la langue romaïque (oqr. Gtic ho- »niiB),les poètes sont presque revenus au point de départ de toute poésie; les ohants des Klephtes et des Palicaresont été les produits ou les avantcoureurs de la lutte entre la Turquie et la Grèce moderne.
La poésie latine ne prit son essor qu*àu contact de la poésie grecque. G*est à Tépoque de la seconde guerre punique et après la prise de Gorinthe, que les arts d*Athènes , transplantés à lome avec une foule de Grecs malheureux ou oisifs, mais tous lettrés, réagit puissamment sur Tart poétique des Komains. Les atellanes firent place à des essais dramatiques calqués sur la comédie des Grecs; le poème philosophique précéda, dans ce développement ftictice, le poème épique sur les origines romaines {w^. Tiaoïu). Sous les premiers empereurs, la muse lyrique trouva ses plus beaux accords; ensuite, ce fut une dégénérescence rapide, interrompue par les accents d'une véhémente colère contre les mœurs abâtardies. Lorsque le christianisme s'empara de la langue latine, il en fit la langue de l'Église ; la poésie religieuse et mystique forma une branche de littérature inconnue au monde païen de la Grèce et de Home. Plus tard, les savants se servirent de la langue latine pour imiter les modèles antiques ; mais leurs oeuvres ne sont guère que des pastiches où le mérite de la difiiculté ▼aincne remplace cehii de la création et de la ipOBtaiéilé.
Sur les ruines de la poésie et de la langue latines, se développèrent cinq rejetons nouveaux d'un tronc vieilli. Dans la poésie provençale, l'esprit de la chevalerie se créa un organe pour répandre dans le monde chrétien les sentiments de la vaillance , du respect envers Dieu et les rois, de l'adoration pour les dames. La fleur de cette branche, entée sur le vieux tronc latin, fut de courte durée ; née à peine dans le xi« siècle, avec la langue d'oc, elle dégénère déjà avant la fin du xn«, et se perd dans une versification artificielle, sans nerf, sans idées, et sans inspiration.
Plus tardive, mais plus heureuse, et destinée à une longue existence , la poésie française incorporée dans la langue d'oil, eut d'abord ses trouvères; une longue série d'épopées, de chroniques ou de romans rimes, de fabliaux nalifs, de contes moqueurs et narquois, remplit les pre* miers siècles de son développement, qui arrive, vers la fin du xv* siècle, à une phase nouvelle. L'influence des études classiques réagit alors d'une manière presque merveilleuse sur le langage et les mœurs de l'époque privilégiée connue sous le nom de renaissance. La muse lyrique prit, au xvi« siècle, un remarquable essor, et il ne fallut rien moins que l'éclat du siècle de Louis XIY pour jeter dans l'ombre bien des noms justement célèbres dans le siècle précédent. A partir de Aichelieu , l'imiUtion de l'antique, adapté aux mœurs de la cour, prévahit; la simplicité mariée à l'élégance devint la r^e normale du bon goût. L'étude de la société fut une source dMnspiration dont les poètes des Ages précédents avaient bien soupçonné l'existence, mais dont le créateur du Tartufe découvrit le premier toute la mystérieuse profondeur.
Après la mort du grand roi et de son cortège d'hommes de génie, Pesprit français sembla slncamer et se résumer dans un seul homme ; sous son influence, la philosophie matérialiste devint la muse des poètes, et le persiflage mit en Alite la douce ironie et la gaieté. La versification un peu flasque de la révolution et de l'empire remphiça plus tard l'épknrélsme dur xvin* siècle; et depuis une vingtaine d'années, nous assistons, au milieu de nombreux écarts , à une seconde renaissance dont les productions poétiques, riches et variées, ne sauraient être dédaignées que par des esprits prévenus ou chagrins.
La poésie italienne qui, dans l'origine, s'était constituée l'héritière des troubadours provençaux, se fit catholique dans la DifdM Comédie, platonique dans Pétrarqae, chevaleresque dans l'AriofU et le Tasse. Cest avnc cm dm der-
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mkn «pi^dle «ttdot son âge d*or, qui fil place éÊBÈ les lièdes suivanUà dei périodes Utténires où donine Tafféterie , puis rimitatton de la Vnnee. La poésie italienne du xn* siècle célèbre, comme la poésie française, une seconde niialisaBce. U foi cathoUqae, rétude des modèles et les émotions contemporaines forment le triple foyer auquel les poètes de ce beau pays ont rallumé le fou sacré.
U poésie espagnole, sœur d'abord delà poésie proTençale, emprunta d*autre part aux Influences arabes le luxe d'un langage métaphorique; la romance épique forme un genre ■atioMl, qui dorait prendre racine sur un sol oA la lutte séculaire aTecrennemi du cfaristia- ■isoM enlSintait TasMur des ayen tures et du merveilleux. Hais, par une contradiction bizarre, nspagne poétique, laalgré ces premiers élémenU d'une épopée nationale, n'abouUt point à la création d'une cmvtt pareiUe; car lesaTentoresdu héros de la Manche, racontées en prose, se ronplissent point le programme de l'ép<^ classique. Soos Charles-Ouint et ses successeurs, le théâtre espagnol arriva à son plus haut point de développement; ven la fin du règne de Philippe lY, se manifosto le déclin général de la poéaie, qui, de nos Joun seulement, semble rqireodra un nourei essor.
La poésie portugaise se résume dans un seul homme : arrivée à son apogée avec Camoens, le ehaotredes gloires nationales, eUe ne cessa de lugalr après lui.
Loin des influences de k poésie latine, et en defaon du carde d'idées dans lequel tournaient ks peuples d'origine romane, lapoésiedu Nord, la poésie Scandinave, qui fleurit en Islande et en Vorwé9e,an xm et au xiii» siède, s'empare des légendes et des traditions indigènes (sagai), et hs transmet à la postérité dans un langage ahmpc, âpre et mystérieux comme la nature sep- •sBtriwmle (vor. iBOâ). An xm siècle déjà, cette filtérature polaire marche vers son déclin, et depuis Ion elle n'a point eu de réveil; carte chantre de la Frfikier mço (wy. Tiomt) n'est point on descendant des scaldes; sa muse suédoise, qnoiqu'elte s'inspire des traditions du sol natal, est flUe de la muse germanique.
La poésie allemande a pris son origine dans teméBMs traditions du Hord. Les bardes, ses fremien poètes, étalent en contact avec les chantres delà Semidinavte ; lesmythologies des deux peuples sont scenn («y. Hibilviioiii). a phirtcofs époques (sous Chariemagne, sous les em- Verauvs de la maison de Souabe, au temps de k réforme, vera k fin du xvui» siècle), eUe flemrlt, |
puis tombe pour reverdir eneore. A plus dhine nprise, elle adopte les formes les plus diverses; quelquefois imitatrice, elle n'arrive A son plus beau développement que lorsque, libra de toute contrainte et de toute imitation, elles^abandonne à son génie natif, à k rêverie mélancolique, au culte relic^ieux de k nature , aux sentiments pieux et résignés, â l'amour pktonique, à l'Idéalisme. En ce moment, eUe semble, du moins par» tieUement, ranoncer à ces saintes traditions; et )tL jeune Allemagne a donné, par ses écaru matérklistes, gain de cause aux critiques sévères dont k voix flétrissait ses tendanees antlnalionales.
Le point de départ de k poésk anglaise se trouve aussi dans k poésk des bardes. SUe se développe d'abord sous l'influence des conteurs français (9()r* GHAVoia); puis elk découvre, sous le H^ne d'Elisabeth, une source abondant^ d*èmotions dans Thistoira nationale , dans les légendes, et dans l'humour populaire. Un grand poète traduit en formes visibles sur le théâtre, élargi grflceà son audacieux génie, le speoUde mouvant de la vie royale, de la vie bourgeoise, et de k vk du ccsur. A peine un demi-«ièek plus tard, les discordes dviks inspirent au chantre de Satan et du paradk terrestra k prcBûère épopée chrétienne. Après Milton, k Parnasse angkk est envahi par les poètes frivoles ou pédantesques, et cet état d*intennittence cesse au nuKment où k paix continentak dévekppe des maladks nouvelles, k septtcisme et l'ennui. Le nom du poète touriste et aventureux qui a trouvé dans ce filon, en apparence ingrat, une mine lëconde, est sur toutes les kvres. Il a fait éook ches toutes les nations européennes ; les peuples skves eux-mêmes n'ont pu édiapper â son iofluence directe et indirecte; k lussket k P^ logne, où k poésie n'a encora produit aucune de ces créations sublimes dont le monde entier s'empara, ont eu cependant des disciples de Byron, le plus grand peut-étra des poètes contemporains et oelui qui semble oArir k personnification k plus complète du génk poétique de notra époque. L« 8f aax.
POÉTIQUS9 ^tté de l'aH de k poésk. Un art, suivant k définition si daira de lénelon^ est une eoUectioa de moyens cholsk tout expNs pour arriver â une fin prédse« L'art poétique est k théorie de k poésie, comme k rhétorique est k tiiéork de l'éhM|ttenca; fl estl'ensembk des règles, k coilectkn des préceptes qui peuveot aider k poète dans ses diverses oompodtkM. il k poek dott écrire en vers, k prosodk se rapporte â k poétique; maktoutoequitkatâta
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métrique ne regarde que la forme, et n^est qu^une des moindres portions de l*art : la poétique s'occupe surtout des divers genres de poésie, de leurs caractères et de leurs nuances :
Dttripfê Sênârt «mm optnatqu eoUru»
Hoa.
Le code poétique est-il immuable? ou ses lois ont-eUes la variété des opinions humaines? question sérieuse, qui nous élève tout de suite à des considérations d*un ordre supérieur. Qu'est-ce que les règles? ne sont-elles pas, du moins dans nos poétiques classiques, des observations judicieuses philosophiquement généralisées, des prescriptions d'après la marche du génie, des abstractions tirées des faits? Or les faits littéraires, ce sont les chefs-d'œuvre. De nouveaux chefs-d'œuvre Jetés dans des moules nouveaux, inspirant l'enthousiasme par des moyens inconnus, doivent nécessairement agrandir le cercle des règles. La poétique doit donc reculer parfois les limites de son domaine, et s'applaudir devoir couvertes de moissons les plaines qu'elle avait crues stériles.
U suit de là qu'une raison supérieure ne reconnaît pas l'autorité absolue de tefle poétique, et l'on doit sentir que la littérature étant l'expression de la société, les sociétés diverses des divers temps et des divers pays auront une assez grande variété de littératures et par conséquent de codes littéraires. Certains principes seront sans doute partout les mêmes, puisque partout rhomme naît avec les mêmes fàcuUés fondamentales; mais ils offiriront tant de variantes dans leurs développements, qu'ils sembleront parfois contradictoires et d'origine opposée. Une poétique universelle et définitive ne saurait donc être que l'œuvre dd temps et de la philosophie. Il ftaut que l'esprit humain arrive à son apogée sur tous les points du globe, qu'il s'épanouisse en créations sous toutes les latitudes, pour que des critiques exempts des préjugés d'écoles trouvent dans leurs méditations des principes assez élevés pour tout dominer, assez larges pour tout contenir. Quelques-uns de ces principes sont connus depuis des siècles ; mais , défigurés par les commentateurs, ils ont besoin d'une restauration qui les mette dans un jour nouveau. La poétique en fera toujours sa pierre angulaire : c'est notre foi • et comme c'est aussi notre foi qu'ils seront la base d'un plus vaste édifice que tous ceux dont la didactique nous a donné les plans, nous ftOsons ici toutes réserves en faveur de l'avenir.
Parmi les codes littéraires du passé, il en est plusieurs qui servent de phare à ceux qui «e ha-
sardent sur les flots orageux de la poésie. Depuis que Batteux a réuni celles d'Aristote, d'Horace, de Vida et de Boileau, en donnant une traduction des trois premières, on parle des quatre Poétiques. Vida gagne et perd à ce voisinage : on le connaît plus, mais son infériorité ressort de ce rapprochement. L'ouvrage d'Aristote, précieux à tous égards, n'est malheureusement qu'une ébauche, ou un fragment, peut-être aussi un extrait d'un autre ouvrage. VÉpttre ausPisoni est la quintessence des principes de la raison. Point de plan, comme on l'a dit, point de méthode apparente; mais choix heureux de maximes générales, d'axiomes justes et féconds, de vues fines, d'observations applicables à tous les arts; et, dans l'exposition, style précis, alliant avec un rare bonheur la concision et la clarté, la sobriété et l'enjouement, la brièveté et l'abandon. Cette épitre devient un poème sous la plume de Boileau, et ee poème est véritablement un jirt poétique. Sous le rapport du plan, Boileau l'emporte sur Horace, et l'on ne pouvait employer pour le remplir plus d'imagination et de style. De là, dit Auger, ces heureux épisodes qui rompent l'uniformité du sujet; ces métaphores nobles ou gracieuses qui en ornent la simplicité; ces traits malins qui^gayent l'aridité des règles, sans en afl^ibjfr l'autorité; cet art d'identifier le précepte eti'^emple, en décrivant chaque genre de poésie du ton qui lui est propre, et en y employant, pour ainsi dire, la couleur locale. Nous ne discuterons pas le reproche fait à Boileau d'être trop exclusif, de ne trouver de sources d'inspirations, pour la poésie et pour les beaux-arts, que dans des temps, des mœurs et un culte étrangers aux nôtres. Son poème est encore le code le plus complet et le plus digne des sérieuses études du jeune littérateur.
Un savant du xvi« siècle, J. C. Scaliger, avait feit paraître une poétique en latin, ouvrage de beaucoup d'érudition et de peu de goût Elle est divisée en VII livres, qui ont chacun leur titre. Dans le I«, Hiitoricus, l'auteur traite de l'origine, des progrès, de la fin et de l'usage de la poésie; dans le U«, Hxle, de la prosodie ; dans le III«, Idea, de la forme de la poésie; dans le rv«, Paroêceve, des caractères du style qui lui convient; dans le V*, Criticus, il compare quelques poètes et leur manière différente sur les mêmes sujets; dans le VI«, Hxpercriticuê, il juge une fouie de poètes en remontant de ses contemporains au siècle d'Auguste; dans le VU«, EpinamiSf il aborde des questions élevées, et finit par des observations sur la métrique de Pkute et de Térence.