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protection que furent élus les deux derniers rois, Auguste III, électeur de Saxe, fils d^Auguste II (1733), et son successeur Stanislas-Auguste Poniatowski (1764|.
Malgré les avertissements donnés par plusieurs de ses rois ou de ses hommes d*Élat, la nation courait aveuglément vers Tablme. Il était clair que le mal gisait surtout dans la licence tribunitienne de la noblesse , qui eut pour conséquence rimpuissance complète du gouvernement, ainsi que dans la servitude du peuple , cause principale de la misère du pays. Instituer un pouvoir fort, capable de se faire obéir, et rendre ses droits au peuple , telles étaient les grandes mesures quHI allait adopter sans délai. Halheureusement, la classe privilégiée dont dépendait toute réforme, était trop nombreuse et trop forte pour s*en laisser imposer une, et il foUait que beaucoup de préjugés fussent d*abord vaincus, pour que , éclairée enfin sur la situation du pays, elle fit spontanément le sacrifice de privilèges que deux siècles de possession lui avaient fait regarder comme des droits acquis, et que, dans sa totale erreur, elle proclamait sa liberté d'or,
L*ère de la régénération morale de la nation polonaise date du milieu du xviii« siècle. A la tète de ceux qui commencèrent Fœuvre, il faut placer Stanislas Leszczynski. De roi de Pologne, devenu duc de Lorraine et de Bar, il n*oublia point sa patrie. C*est à sa cour et dans les établissements fondés par lui, que se formèrent ceux qui les premiers songèrent à corriger les vieux abus des institutions polonaises. Après Stanislas , vinrent les princes Gzartoryski, Michel et Auguste, qui eurent le courage d'affronter rimpopularité en abordant franchement la source du mal. Après avoir participé puissamment à rélévation de Stanislas-Auguste, leur parent, Ils employèrent leur influence auprès de lui pour assurer un meilleur avenir à la patrie. Ainsi, dès les premiers jours du règne de ce roi, les revenus du pays furent augmentés, le /e- Wtim«e/o restreint aux seules questions politiques, le pouvoir des grands dignitaires réduit, et par conséquent Tautorité suprême un peu relevée. Stanislas établissait en même temps une école militaire et la première fonderie de canons en Pologne. D*autres mesures non moins importantes devaient suivre celles-ci : la diète de 1766 allait abolir complètement le liberum veto, augmenter les impôts et Tarmée régulière. Cest alors que Catherine II signa, avec Frédéric II, un traité secret (1764) par lequel ils se promirent mutuellement « de prévenir et anéantir par tous
les moyens possibles, et d'avoir même, en cas de besoin, recours à la force des armes, pour garantir la république polonaise du renversement de sa constitution, de son droit de libre élection et de ses autres lois fondamentales.» Le cas prévu étant arrivé , les troupes alliées envahirent aussitôt la Pologne, et le ministre de Timpératrice (voy. Refuhtb), après avoir fait enlever de Varsovie (13 octobre 1767) trois sénateurs des plus opiniâtres, qui furent déportés en Russie, obtint de la diète de 1768, la promulgation des fameuses lois cardinales et de celles concernant les matières d'État, qui non-seulement remirent en vigueur le liberum veto, mais consacrèrent encore en 37 articles, d'autres dispositions qu'aucune loi écrite n'avait sanctionnées jusqu'alors. Huit jours après cet acte, les plus exaltés parmi les patriotes arborèrent le drapeau de la fameuse confédération de Bar et quoique le pays fût occupé par les armées étrangères, tenant entre leurs mains les arsenaux et toutes les positions militaires , les confédérés, conduits par Pulawski, luttèrent pendant 4 ans. La France leur envoya quelques officiers expérimentés; la Turquie déclara la guerre à la Russie. Mais bientôt le ministère du duc de Choiseul ayant été renversé en France, et l'armée turque baUue par Roumantsof, les confédérés finirent par succomber.
Ce fut le signal du premier démembrement de la Pologne. Frédéric le fit proposer à Catherine par l'entremise de son frère, Henri de Prusse : elle n'y^acquiesçait qu'à regret. Ce furent les efforts des confédérés, ainsi que les nouvelles tendances de l'esprit national en Pologne, qui l'engagèrent à accueillir la proposition de Frédéric. 11 follait encore obtenir le consentement de l'Autriche, et vaincre la répugnance de la pieuse Marie-Thérèse. Les trois cours publièrent alors leurs déclarations de 1772. La Russie poussa ses limites à la Duna et au Borysthène; la Prusse étendit les siennes au Notée (NeUe), et l'Autriche s'étant emparée de l'ancienne Russie Rouge ou Galicie, la Yistule et le San devinrent ses frontières. Marie-Thérèse a dit avec raison qu'elle avait demandé une part exorbitante dans le partage, espérant, affirmait-elle, de rompre ainsi les négociations. Sa part fut effectivement immense, et la perte éprouvée de ce côté fut la plus sensible pour la Pologne : avec le territoire le plus riche et le plus populeux, elle perdait à la fois sa frontière la plus forte, celle des Karpathes. Au moins, du côté de la Russie, restait-elle gardée par la Duna et le Borysthène.
La situation du pays était devenue des plus
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critiques. Humilié, et prévoyant sa fin, il sentait plus que Jamais l*urgence des réformes. L'ordre des Jésuites ayant été supprimé à cette époque, ses immenses fonds furent consacrés au profit de réducation nationale : une commission d'éducation publique fut instituée à cette occasion. Bientôt les lumières du siècle des Jagellons commencèrent à reparaître en Pologne. La jeunesse remplit Técole militaire : son commandant, le prince Adam Czartoryski, envoyait à ses frais les meilleurs sujets à Tétrangerpour y achever leurs études. Sorti des écoles mililaires de Varsovie et de Versailles, Kosciuszko alla faire ses premières armes en Amérique; le neveu du roi, Joseph Poniatowski, depuis maréchal de France, se mit an service de TAutriche ; Dombrowski , à celui de Saxe. A la même époque, le chancelier Zamoyski (André) fut appelé à préparer le projet d'un nouveau code de lois.
Quinze années s'étaient ainsi écoulées quand vint le moment où la Eussie eut à soutenir une guerre contre la Turquie et la Suède. Les Polonais résolurent de profiter de ce moment pour tenter la réforme de leur organisation politique. Une assemblée constituante fut alors convoquée, et une double représentation de la noblesse adopta à l'unanimité, le 5 mai 1791, une constitution dont les bases ne laissaient aucun vieil abus. Ainsi, le trône fut rendu héréditaire dans la maison de Saxe; les minisires. Jusqu'alors nommés à vie, furent subordonnés à l'autorité royale; le Uberum veto et les confédérations furent abrogées; la bourgeoisie, admise à l'exercice des droits politiques, devait par degré être élevée au niveau de la noblesse; on reçut le reste du peuple sous la protection de la loi ; l'armée régulière devait être portée à 100,000 hommes, et la noblesse s'engagea à payer annuellement on dixième de son revenu au trésor public. En même temps, un grand nombre de nobles, sans attendre le terme de 95 ans, marqué par la constitution pour opérer cette nouvelle réforme, roioncèrent à leur antique prééminence pour se faire recevoir bourgeois; d'autres émancipèrent complètement leurs serfiB, et, dans plusieurs localités, ib partagèrent même leurs terres entre leurs anciens vassaux. Et, de même que l'anarchie polonaise n'avait été ni sanguinaire ni pernicieuse aux États voisins, toutes ces réformes ftorenl faites spontanément, sans verser une goutte de sang.
Cest alors que Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, conclut avec la Pologne ( 1700) une alliance offensive et défensive. La Russie, ayant fiait la paix avec la Suède et la Turquie, refusa
formellement de reconnaître la nouvelle constitution, et appuya le parti des mécontents qui protestait contre elle, et qui est connu sous le nom de la confédération de Targowiça. Aussitôt, Frédéric-Guillaume déserta la cause polonaise. Alors en guerre contre la révolution française, il s'enfuit des champs de Valmy pour se joindre à la Russie. L'organisation de l'armée polonaise venait seulement d'être commencée. Rassemblée sous les ordres du prince Joseph Poniatowski, elle arrête un moment les agresseurs à Zielencé et à Dubienka; mais bientôt eut lieu le second partage ( 13 juillet et 25 septembre 1793). Catherine porte alors les frontières de la Russie Jusque sous les murs de Vilna et de Dubno, et Frédéric-Guillaume, après avoir envahi Dantzig et Thom, pousse celles de la Prusse jusqu'à la Piliça et presque Jusqu'aux portes de Varsovie.
Ce qui restait de l'ancienne Pologne fut occupé par les troupes moscovites. Le ministre de Catherine, qui gouvernait en proconsul le pays, venait de faire désarmer la plus grande partie des troupes de la république, quand celle-ci leva témérairement le drapeau de l'insurrection. Par l'acte de confédération signé à Cracovie, le 24 mars 1794, le général Rosciuszko fut mis à la tète des révoltés. Le 7 mai, il proclama l'égalité de tous les Polonais. Cependant 150^000 Prussiens. Russes et Autrichiens se réunirent. Vainqueurs à Raçlawicé et à Varsovie, qui fut assiégée pendant deux mois par les troupes réunies, les Polonais ne purent résister longtemps. Toutefois, la lutte dura huit mois. Après la déftiite de Rosciuszko à Macielowicé , Souvorof parut devant le ftiubourg de Praga, qu'il prit d'assaut. Varsovie fut occupée le 9 novembre
Par l'acte du dernier partage, signé à Saint- Pétersbourg, le 24 octobre 1795, les rives de la Piliça , du Bug et du Niémen marquèrent les frontières de la Prusse , de l'Autriche et de la Russie. Stanislas-Auguste signa son abdication, le 25 novembre, à Grodno, et mourut trois ans après à Saint-Pétersbourg.
La France, à cette époque, était en formenlation révolutionnaire , et un grand nombre de Polonais vinrent se ranger sous les drapeaux français. Des légions polonaises se formèrent d'abord auprès de l'armée d'Italie (1796), ensuite auprès de celle du Rhin (1790), à la voix de Dombrowski, leur chef. Cependant les traités de Câmpo-Formio,de Lunéville et de Presbourg furent signés sans qu'aucune mention fût faite de la Pologne. Après la bataille d'Iéiia seule
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meot, à rappel de reaperewr dec FrançaiB, j$0/M)0 Paloaais des proTinces pruMienDes prirent lei armes pourcombattre sous ses drapeaux à Daotzig, à Eylau et à Friedland. Les Polonais des provinces occupées par les Russes allaient suiYM le même ezeni»le, quand la paix de Tilsitt (1807) mit un terme à la guerre. L'existence politique fut alors rendue à la pivtie de la Pologne que les Prussiens avaient envahie lors du second et du troisième partage, moins le district de Bialystok qui Ait cédé à la Russie, et la ville de Dantzig qid fut déclarée libre. Napoléon supprima le nom de Pologne, et le nouvel État reçut celui àeduohé de f^mrsovie. 2,500,000 âmes de population, sous le sceptre de Frédéric- Auguste, roi de Saxe, que la constitution de 1701 avait une lois déjà appelé à ce trùne, formèrent ainsi le noyau d*une Pologne restaurée.€ette restauration commencée, ToccasioD de revendiquer les autres portions de Tandenne Pologne se (arda pas à se présenter. 30,000 Autrichiens envahirent le duché de Varsovie, en 1800. Ses fhis beaux régiments étaient alors en Espagne. A la tête de 8,000 hommes, le prince Joseph Poniatowski pénétra à son tour dans les provinces polonaises d'Autriche, et, un mois après, tout le pays jusqu*aux pieds des Karpathes arbora le drapeau natioAaL Le traité de Tienne ne réunit cependant que la aoilié de cette conquête et la ville de Cracovie au duché de Varsovie ; Tautre moitié et Léopol lurent restituées à TAutridie par Napoléon. La Russie obtint les districts de Tarnci^l et de Zalosiczyki.
Le duché comptait ainsi au delà de 4 millions d'ànMS. Par un article secret du traité conclu le 14 mars 1819 avec rAutriche, Napoléon promettait à celle-ci la restitution de miyrie, en échange du reste de la Galicie.Le duché de Varsovie avait adopté le code français et une charte dictée par Napoléon lui-même ; êes diètes, guéries de la vieille imHmlence polonaise, épuisaient à Ihmanimité toutes les ressources du jNiys, afin de mettre sur pied 80,000 hommes; le 28 juih 1812, Tindépendance de Vmmcienne Pologne fut proclamée solennellement à Varsovie, avec rassentiment de Tempereipr des Francis. Mais entraîné par la victoire, Napoléon rejette le conseil de s'arrêter à 6molenslc, poor organiser 100,000 Polonais avant de s^avancer sur Moscou. Les Lithuaniens avaient à peine formé quelques régiments pour augmenter les •phalanges nationales, quand il fallut déjà battre en retraite, i^ès les premiers Jours de 1818, les troupes tusses oecupèrent letduehé de Varsovie; et lorsque la «oalition eut vaincu la France, les
Pol<mais, fidèles jusqu'au dernier moment à leur alliée, retournèrent à leurs anciens maîtres.
L'empereur Alexandre parvint à se concilier l'esprit des populations qui lui échurent en pai^ tage, car il n'épargnait aucun soin, aucune pn^ messe pour se les attacher. C'est en tirant parti de cette disposition du cxar que les patriotes, tels que le prince dartorysld, purent impunément nourrir l'esprit national parmi leurs compatriotes. Le moment d'accomplir ses promesses était venu pour Alexandre : le congrès de monarques s'était assemblé à Vienne (1815) < pour rétablir les principes de la justice étem^e âminlée par la révolution française.* Alexandre ne pensa plus qu'à satisf^re à ses promesses. Le royaume de Pologne fut donc reconstitué ; mais, pourtant des dix départements du duché, deux furent livrés an roi de Prusse, sous le nom du grand-duché de Posen, les salines de Wiélicffka ftirent données à l'Autriche , et la ville de Cracovie fut élevée au rang d'État likre , indépen^ dant et etrictemeut neutre. Le reste reçut le nom de royaume de Potogne, et fut réuni à l'empire de Russie. Le territoire de ce royaume ne fut pas augmenté par l'adjonction de la Uthuanie et des antres provinces pol(maiaes de l'empire : seulement, le même traité qui créaie royaume, garantit à ces provinoes, ainsi qu'aux provinces polonaises laissées entre les audns des deux autres puissances , une représentation et des institutions nationides.
Le nouveau royaume obtint d'Alexandre une charte libérale : c'était une satisfaction accordée à l'opinion , dont la puissance lui avait ouvert les portes de Paris. Mais bientêt , le congrès de Carlabad (1810) donna à l'Europe le signal d'une nouvelle politique. Le grand-duc Constantin, jusqu'alors chef de l'armée polonaise, devint de fait gouverneur militaire du pays. Bes idées 4le révolteavaiemt continué de germer dans qudques têtes : un grand nombre d'associations secrètes se formèrent; et la révolution ftançaise étant survenue, le lieutenant Pierre Wysoçki, l'un des chefs de l'école militaire de Varsovie , leva, le âO novembre 1630, l'étendard d'une nouvdle insurrection. Le^^énéral (Alopiçki fut aussitât reconnu dictateur d'un accord unanime.
Vingt-»huitmillehomroes de troupes, lOOpièces d'artillerie et environ 60 millions de Ir., telles fturent les ressources que l'insurrection polonaise eut d'abord à sa disposition ; mais elle eut d'autres besoins auxquels elle ne pouvait nullement satisfeire. La Pologne ne possédait ai dépôts ni manuAictures d'aimes.; et aussitôt le mouvement eommoioé, la Prusse et l'Autciolie
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luuèiiLiii bttméUqaêiMBt leofs frontMf m pour ^*waiti tnini|»ort àe VétHn^çtr nt pfA aniver ma iiumi^is^ L*anftéc T«ift (Mtf. mumcfl)) agMttie liant la cuapa^we 4e Tuffme, «t fortt de tu baUiHoBi, é% IM «mëra», ^ It régi* WÊeÊH d« GtiaqiMS, de 400 pièces d^arlillerie> ane 10,0#0«a«oaiHtr8,«i?afaÉtlepetKroyBme a« «MMÉeaeenitBC de férrier Itfl. Le 10 du mise mois, elle déboucha sur les plaines en foee de YaratfMk Ators comoença eetle liUe ^ui isk «ix jom aiprèi par la eaigtete Joaniét de «f«eliow>«àiO^OOO»oleMis,etde«xféii an* tant de ftasaea> tarent «de èen de coniMU
lie dielatenr, Tleux aeidal de IVnpire, tu it petit Doontoe de «es troupes, avait réseia d'eiH treprendre «le guerre offemiTe alors eoiileflieat fn*il aomlt remporté une Tietoftre complète dans une gronde tetaUlo. La bataille de Qroctaow n^fernat fNdnt ou «e résultat, il s^ensniTit que les ittsurreetions foeales dans les andomies pro* TÎBces polonoiseD, laissées sans appui et nirtout sansoraKS^ ne pondant se dérdopper, forent dans la snile iicilemont étouffées, et ^[oe la guerre oe réduisit à la défeuie stratég^fo^ de Vai ourle, ce ioyerde rinsurrectton, <A à la fols aou «nique dépOt d*annes et le toutes ses resioureeo. Les Eusses attendirent des renforts cfant de passer la Ylstule. Os voulaient «ttaquer la Tilie de son eèté le plus faible, on bien la eemor, la bloquer, ot la prendre pur la feim, lorsque, préfuuus par le -nouveau géu^ratosime pokmais ^oxyne^, uuosMt que le printemps M ont peruiiB de se mottre en campagne, ils eosufèrent des éebecs à Waw4r, à Bembé et à igaiiié,«ù ils pcrdlroMt 16,^00 prisonniers.
Bn attendunt , Peiiq>ereur Nicolas lait ruunsaer toutes les garnisoiis des ailles, les^étérans^ les troupes de la marine ot les matelots; H oppeDelos dépdts lointoinB des régiments degibérie et du Caucase, met on campagne le reste des garées impériales, complète en toute hOte les iéaeifes,-ot envoie tons ces raiforts «n Pologne, gkmyneçlii, après avoir masqué son mouvement à Tannée du feM-maréôhal DlcMtsofa, sV vnnceau«iolsdemai,àia tète de^gO,000 hommes, pour attaquer le grOnd-duc Michel, qui amenait —c punie de ces renforts. Les Polonais allffieitt oe trouver -on nombre plus fort que les Russes. Lu victoire paraimalt certaine. Hais le grand- , dae et son corps parvinrent à s*éclmpper. IMebitscli out alors le temps d*accourir avec toute rarmée ; et le 90 (mai, dans les plaines d^Ostroknlm, s'engngsa une lutte non moins sanfiante ^pw celle de «rocbov^, et où il n*y eut mon ifiÛB >i*nnliei prisonnieit de guerre que
les blessés ramassés sur le champ de bataille. Les Eusses se décidèrent, à la fin de juillet, à efVMstuer le passage de la Tistule à IVibri des frontières prussiennes. Leur ligne de communication avec la Eussie fot alors rompue. Bans une parrtile situation, toute autre armée eût été perdue sans ressource; mais la Prusse était fidèle aHièê des Easses : annes, arauKions, vivres, hôpitaux, tout y était préparé pour eux ; «ft au besoin, ils pouvaient même compter sur un secours effectif; car les troupes prussienues, réunies en corps d\>bserva^onenr les rmntièresde Pologne, n*attendaieRt qu^un signal pour envahir oe pays.
Bloquée hermétiquement par les alliés de la Russie, d%n autre cOté, cernée par les troupes de IVmipereur, Pinsurrection tirait tontes ses ressources, depuis le mois de Février Jusqu'au mois d*aoùt, de la rive gancbe de la Yistule. La VIstule une fols franchie par les Eusses, bientôt cette partie du pays fot occupée et dévastée. Yarsovie, réduite à eHe-mème ', ne renfermait que pour 11 jours de vivres quand Tarmée ennemie y mit le siège. H follut, pour s'approvisionner, renvoyer une moitié des troupes sur la rive droite ée la Tistule, que le gros de l'armée russe Tenait d'abandonner. Le feld-marécfaal Paské^ ▼itoh profitai moment : le 0 septembre, il attaqua la ville, à ni tète de 80,000 hommes et 400 pièces d'artfRerie. L'assaut dure deux jours, la ville tomba entre les mains des Eusses.
Le 8 septembre, l*armée de Yarsovie se relira eous les remparts de Hodlin , sur la rive droite de la Vistule. Quelques semaines après, les divers corps polonais, privés de subsistances et de nranitiens , séparés Pun de Hautre par le fait mêmederoccupalion de la capitale, furent forcés à faire leur retraite et à déposer Teurs armes en Autriche et en Prusse. Ainsi se termina l'insurrection polonaise qui fot suivie de mesures dictées par une juste sévérKé. La eharte du royaume, octroyée par Alexandre, fut remplacée par le statut organique du SO février 1889. 9ès lors, les revenus du royaume sont yersés dans le trésor impérial de Saint-Pétersbourg ; l^dmlnistralion est confiée aux fonctionnaires russes; la langue moscovite rendue obligatoire dans toutes les écoles, et l'ancienne division territoriale assimilée à celle delà Eussie.
€omme après la défaite de 1794, 0,000 Polonaia transportèrent leurs pénales en France, en
■ On trovreni le récit des vféntMmênU qui tarent lien àmm» «on •do, DôtamnMiit éaas U fiincvM irait au 15 août, an artldet
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Angleterre , et jusqu^n Amérique. Une représentation nationale, formée d*aprè8 la loi, suivit dans Texil les émigrés. En ctc. ms gbits »o hoitm. Les deux principaux historiens de la Pologne, Blugosz et Naruszewicz, ont des articles spéciaux dans cet ouvrage; on verra plus loin, à Tarticle de la littérature polonaise, qu'il feut y j^outer Mathieu Gholewa, Martinus Gallus, Yincent Kadlubek etBogufal pour les temps les plus anciens; Bielski,Stryikowski et&romer pour les époques suivantes; et de nos jours MM. Lellewel (f><^,)ei Bandtké (2 vol. in-8«). On peut consulter en outre : de Solignac, Histoire générale de la Pologne, Amsterd., 1751, 0 vol. in-12; Al. Bronikowski, Geschichle Poletu, Presde, 1837, 4 vol. ; Zielinski, Hiêtoire de Pologne, Paris, 1830, 2 vol.;Rœpell, Geschichle Polens, 1. 1», Hamb., 1840. Et pour certaines époques seulement : de Salvandy, Histoire de la Pologne avant et sous le roi Jean Sobieskî, Paris , 1823, 8 vol. in-8o; Rulhière, Histoire de l'anarchie de Pologne et du démembrement de cette république, Paris, 1807, et ib., 1819, 4 vol. in-8o; comte Ferrand, Histoire des trois démembrements de la Pologne, pour faire suite à Touvrage précéd., Paris, 1820, 3 vol. in-8o; M. Oginski, Afémo£ret sur la Pologne et les Polonais, depuis 1788 jusqu'en 1815, Paris, 1827, 4 vol.; L. Chodzko, Histoire des légions polonaises en Italie, Paris, 1829; et une multitude d*ouvrages publiés depuis la dernière émigration. Pour le tableau géographique et statistique du pays, nous citerons en outre des ouvrages d^à indiqués à la page 85 : Malte-Brun, Tableau de la Pologne ancienne et moderne, Paris, 1807, in-8o; éd. refondue et augmentée par M. L. Chodzko , 1830, 2 vol. in-8o. snfin, sans rappeler que nous avons nousmême consacré à la Pologne de nombreuses pages dans notre ouvrage La Russie, la Polbgne et la Finlande (dont nous préparons une nouvelle édition ) , nous mentionnerons encore la Géographie de l'est de l'Europe (en polonais), par le comte Stanislas Plater, et les excellentes esquisses renfermées dans Touvrage anonyme suivant : Reise eines Lieflœnders von Riga nach fFarschau, Berlin, 1795, 6 livraisons
in-12. SCHRITZLBK.
POLONAISE (po/occa), danse nationale des Polonais, d*un caractère grave et solennel, dont la mesure est toujours à trois temps et le mouvement modéré. Le principal caractère de cette danse est un rbytbme boiteux que marque la syncopation de la seconde note du premier temps et la cadence finale du motif qui, au lieu de tom- f ber comme de coutume sur le temps fort, vient I
se terminer sur le temps faible. Ces anomaliea ont quelque chose de si gracieux, que les compositeurs se sont emparés de cette forme, à laquelle ils ont appliqué la coupe du rondeau et dont ils ont fait le même usage que de celui-ci. On a d*abord introduit les polonaises dans la musique instrumentrale , puis dans la vocale ; certains opéras en renferment de délicieases. J. A. ai la Fagb.
POLONAISES (LAIIGIJI XT LITTiXATUAl). La
langue polonaise, répandue depuis TOder Jusque vers la Duna et le Borysthène, depuis la mer Baltique Jusqu*aux Karpathes , appartient à la famille des langues slavonnes. Mais, formée, pour ainsi dire, depuis rintroduction du christianisme dans ces régions, et par le clergé romain, elle a une construction imitée du latin : sa grammaire est parfaitement calquée sur celle de cette langue ancienne. Les substantifs et les adjectifs ne se modifient point, dans la langue polonaise, à Taide de Tarticle, mais par le changement de la terminaison; on modifie les temps du verbe par remploi des auxiliaires, des prépositions et des particules; on peut Aicilement déplacer les mots sans rendre la phrase équivoque ni confuse. Les Polonais ont aussi adopté Talphabet latin, en y ^Joutant deux voyelles : a (on) et f (tit), et deux consonnes; -i (l guttural), dont la prononciation ressemble assez au double / des Anglais, et w, qui, emprunté aux Allemands, doit toi^ours être prononcé comme le V simple ; ils prononcent o comme tsé , /comme t,et souvent s comme j. L^orthographe de la langue polonaise n*est pas difficile à apprendre , chaque mot étant écrit comme il se prononce, et toutes les lettres étant toujours prononcées; seulement il y a quelques diphthongues qui, quoique d*une prononciation assez facile, effrayent les étrangers par Taccumulation de plusieurs consonnes dans une même syllabe. Ces dipbthoqgues sont : ch (h aspiré), «je {tch), dM, rM ige), sm (cA), smcm (chtch), La prosodie consiste dans la prolongation de la pénultième; on accentue les monosyllabes.
Les premières lumières furent répandues en Pologne, avec le christianisme, par les béuédiclins. Chrétienne vers la fin du x* siècle, elle put statuer, en 1070, qu*aucun étranger n*y serait plus nommé évêque. Les livres y étaient connus alors. II nous reste de ce temps un monument littéraire, le chant d'église Boga Rodëçia, attribué à S. Adalbert, et chanté Jusqu'à aujourd'hui dans les églises de la métropole de Gnezne. Au XII* siècle, la Pologne eut son premier chroniqueur, français d'origine, Martin dit le Gaulois
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(Galluê). Outre celui-ci, il y eut à la même époque, un autre chroniqueur, Mathieu Gholewa ; au xni« siècle, en parurent plusieurs autres encore, nommément, Kadlubek, Bogufàl ou Boguchwal, Baszko et Martin le Polonais; au xiv« siècle, Jean et Tanonyme archidiacre de Gnezne. Mais tous ces chroniqueurs se servirent de la langue latine. Cesl en cette langue qu*écrivirent encore Thistoire nationale, au xv« siècle, Dlogosz; au xti« siècle, Mathieu de Miechow (Miechovita), Rromer, Herburt, Neugebauer, Goagnin, Samiçki, et plus tard Fredro. Dans la même Ungue aussi parurent les ouvrages des mathématiciens qui fleurirent à cette époque. Cétaient entre autres : Jean de Glogau, philosophe et astronome, Martin d*OIkusz, qui, un demisiècle avant la réforme grégorienne, rédigea sa Nova catendarii romani refonnatio; et Tauteur de Timmortel livre De revoluifonibus orbium cœleslium, Kopernik (f ctr- Copstinc). En Blême temps, Grégoire de Sanok, Gorski, Bupski et autres, publièrent, également en latin, leurs essais philosophiques ; et Strulhius, Villichius, Sinon de Lowicz, Scbneeberger, Johnston et ftzonczynski, leurs travaux sur les sciences naturelles. La Pologne eut même alors des poètes latins, comme Korwin, au xv» siècle ; au xvi«, Krzyçki, tant vanté par Érasme, Dantiscus, laniçki, et puis le célèbre Casimir Sarbiewski, THorace du xyii* siècle, comme il fut surnommé à cette époque.
La langue polonaise devint littéraire au comnencement du xvi« siècle. L*université de Gracovie, qui fut fondée (1347) avant celle de Prague et de Vienne, aidée de deux succursales, celles de Poznan et de Lwow ou Léopol (Lemberg), avait déjà rendu les lumières plus général^ dans le pays. Une première imprimerie venait d*être éUblie à Cracovie (1474). A la fin du ivi« siècle, la langue polonaise parvint à un tel degré de perfection, que, de nos jours encore, le style des écrivains de cette époque sert de modèle pour la pureté, la concision, la vigueur. Les premiers ouvrages écrits dans la langue nationale, furent les traductions des auteurs de Tantiquité : d'abord les psaumes de David, quelques poésies de Pindare, de Sapho, d*Horace et d'Ovide, quelques fragments d*Homère, de Virgile, de Lttcain; puis les œuvres d'Aristote , de Cicéron, de Sénèque. Vinrent après les productions originales. Nicolas Rey fut le premier écrivain distingué qui s'essaya dans sa propre langue. Son Miroir des usages et des mœurs du pays, pubUé en 1567, est une œuvre inappréciable. Les fMres Kodianowski s'exercèrent après lui
dans tous les genres de poésie ; Jean, surtout, était un poète du premier ordre. Quand en France, les mystères et soties faisaient encore les délices du public, Jean Kochanowski publiait son Congé des ambasêotleurê (1554), qui, quoique la plus médiocre parmi ses œuvres poéti-> ques, peut cependant être regardé comme un des chef-d'œuvre dramatiques du temps. Puis vinrent d'autres poètes : Semp, Szymonovricz, d'abord; ensuite Kocbowski, Klonoviricz, Zimorowicz, Gawinski. Parmi les écrivains en prose de cette époque, nous citerons en première ligne, les historiens et pubiicistes : Gorniçkl, Orzechowski, Slryikowski, Murinus, Bielski; suivis depuis par Paproçki, Koialowicz, Niesieçki; l'éloquent traducteur de l'Écriture sainte, Wuïek; Grzebski qui publia, en 1566, la première Géométrie en langue polonaise; Glaber, Koszuçki, Budny, Piotrowicz, Petrici, traducteurs des œuvres philosophiques de l'antiquité, et Falimierz, Spiczynski, Martin d'Urzendow, Syrenski, auteurs des premiers ouvrages polonais sur les sciences naturelles. La Pologne produisit, en même temps, un grand nombre d'hommes d'État et d'orateurs illustres, tels que Tarnowski, Ocieski, Tomiçki, Gosliçki, Zamoyski, Modrzewski, Warszewiçki, Skarga, le Bossuet polonais, et autres.
Malheureusement, au xvii* siècle, tout changea de face en Pologne. L'anarchie et les guerres bouleversèrent le pays. Devant ces terribles fléaux tout disparaissait : les écoles et les établissements scientifiques furent détruits ou abandonnés. Un petit nombre excepté, entre autre les œuvres poétiques de Twardowski et de Druzbaçka,tous les monuments littéraires de cette triste époque, signalée seulement par des discussions religieuses, ne semblent être faits que pour attester la corruption du goût et les pas rétrogrades de la civilisation.
La renaissance des lumières en Pologne date du milieu du xvin« siècle. Le clergé, qui guida les premiers pas de la nation dans les voies de la civilisation; qui, au xli« et xiii« siècles, sauva la nationalité polonaise des envahissements du germanisme, dont les conquêtes, poussées de rjElbe à l'Oder, s'avançaient déjà à cette époque vers la Vistule; le clergé, disonsnous, vint encore en aide au pays, pour le tirer de l'abîme de ténèbres où il était tombé. Alors que l'impuissance du gouvernement privait celui-ci des moyens de s'occuper de l'instruction nationale, deux ordres religieux, les jésuites et les piaristes veillaient sur l'éducation de la jeunesse. Par malheur, le plus puissant des deux
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s*était préoccupé trop exclusivement peut-être des iuléréU politiques. Les études profanes, qui furent Tobjet principal de sa création, durent s>n ressentir. Pour les relever, il était urgent de réformer le plan de Téducation publique. €e fut Tœuyre d^im règne malheureux sous d*autres rapports, mais qui contribua puissamment à la renaissance des lettres en Pologne. Stanislas-Auguste Poniatowski était un protecteur généreux des lettres et des savants. Appuyé par lui, Tabbé Konarski, qui se trouva alors à la tète des piaristes, mit la première main à Tœuvce. Ters la même époque, deux citoyens illustres, les frères Zaluski, qui, en se refusant jusqu'au nécessaire, formèrent une bibliothèque de f00,000 volumes. Pavaient oflFerte généreusement à leur pays. Quand ensuite, lors de la suppression des Jésuites, tous leurs biens furent consacrés à Téducation de la jeunesse, qu*on eut formé une commission régulière pour veiller à réducation publique, une autre pour la publication des livres élémentaires, et que Tuniversité de Cracovie ftit organisée, les sciences et les lettres ne tardèrent pas à renaître en Pologne.
Indépendamment de la publication de livres élémentaires, les piaristes répartirent entre eux d*autres travaux plus élevés. Le besoin urgent de retirer le pays de Tanarchie, poussait alors les esprits à s'occuper surtout des études politiques. Konarski publia une collection de toutes lés lois nationales {f^olumina legum). L*abbé Dogell réunit dans son Code diplomatique polonais toutes les chartes, traités, privilèges, etc. Les abbés Ostrowski et Skrzetuski publièrent des travaux importants, Tun sur le droit public, Tautre sur le droit civil et pénal. C*est dans la même vue, que, sur Tordre de Stanislas-Auguste, révèque Naruszewicz entreprit la précieuse publication, qu'il n'a pu achever, de son histoire nationale. Plusieurs publicistes distingués, entre autres Rzewuski, Kollanty, Staszyç ' se firent aussi remarquer à cette époque. Les autres connaissances humaines, les belles-lettres surtout, ne furent pas non plus négligées. Toutes jes œuvres des principaux auteurs anciens et modernes furent traduites en polonais.
Ce mouvement intellectuel de la nation ne fut point interrompu par le partage du pays entre les puissances étrangères; seulement, il se proposa depuis pour premier but la conservation de la langue et des monuments nationaux. L'influence que le prince Adam GzaKoryski exerça d'abord dans le cabinet d'Alexandre, tourna
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particulièrement au profit de ce mouvement. C'est alors que, dans la partie de la Pologne qui échut à la Russie, l'université de Tilna, où les deux f^res Sniadeçld se rendirent célèbres par leurs travaux philosophiques et littéraires, prit rang parmi les établissements scientifiques les plus renommés en Europe. Une société littéraire, présidée depuis par Tillustre abbé Stasziç, se forma à Varsovie (IkoO) pour cultiver la langue et la littérature nationales, qui plus tard trouvèrent dans cette partie du pays une protection puissante en la personne du ministre Potoçki. Dans la Pologne autrichienne, Thonneur du même patronage appartient à Ossolinski, qui dota d'une riche bibliothèque la ville de Léopol. Le comte Edouard Raczynski , fondateur de la bibliothèque publique de Posnân et éditeur de plusieurs œuvres précieuses, exerça aussi ce patronage honorable dans la partie polonaise de la Prusse. Entre autres travaux utiles^ la société littéraire de Varsovie avait résolu de compléter i*histoire nationale de Naruszewicz. Plusieurs de ses membres s*acquittèrent avec honneur de rengagement. Le savant Albertrandy recueillit 390 volumes de matériaux pour cette histoire. Niemcewicz publia le règne de SIgismond Wasa; Kwiatkowski, celui de Ladislas Wasa. Les rigueurs de la censure empêchèrent d*autres publications. Les œuvres savantes de rillustre Czaçki, des frères Bandtké, de Lelevrel et de Macieïowski, méritent une mention particulière parmi les travaux historiques de cette époque. Soltykowicz, Ossolinski et Bentkowski publièrent leurs recherches sur l*hi»toire de la littérature polonaise : elles sont complétées aujourd'hui par Jocher et Wiszniewskl. En même temps parut le grand dictionnaire des langues slaves, œuvre de Térudition du savant Linde. On prit aussi à tâche de relever la scène nationale : ce fut surtout Pœuvre de Bogusiawski, directeur et créateur du théâtre de Varsovie.
A la tète des écrivains de l'époque de la renaissance, dont nous venons de retracer Thlstoire, figurent les deux évêques Krasiçki et Naruszewicz, tous les deux poètes et prosateurs distingués, dont les œuvres illustrèrent le règne de Stanislas-Auguste. Krasiçki, essentiellement poète, aborda plusieurs genres, fables, satires, poèmes sérieux et comiques, et réussit dans toutes ses compositions si liiverses. Ses satires et ses fables, ainsi que ses poèmes comiques, comme La guerre des souris j et celle des moines^ où il ridiculise les travers nationaux, ont un mérite réel. Naruszewicz se fit admirer plutôt comme prosateur : son histoire des Piasts, et ses ewvres
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historiques sont remarquables sous tous les rapports; sa traduction de Tacite est un vrai cliefd^œnrre. Après les deux clieft, il faut placer d*abord leurs contemporains : Trembeçki, Télégant chantre de Zo/îoirAra et de Powon%ki (deux magnifiques jardins); les poètes lyriques, Kniaznin, Karpinski, Wengierski, Szymanowski; le poète comique Zabloçki; puis les écrivains qui appartiennent à notre siècle : Niemcewicz, poète, historien et publiciste à la fôls; Woroniez, Tauteur du Temple de la Sibylle • et de la Dlèie de fFiêliça, deux poèmes fort remarquables; les poètes tragiques, Pelinski, Wenzyk, Eorzeniowsld ; le poète comique Fredro; enfin d*aatres écrivains distingués, comme Dmodiowski, le plus fécond parmi les traducteurs des œuvres poétiques anciennes et modernes, Godebski, Osinski, Kozmian, Brodzinski, le général Morawski, Croreçki, Kicinski.
Au xvt« siècle, les poètes polonais avaient pris pour modèle les écrivains de Tantiquité; au XTin«, ils imitèrent plus particulièrement ceux de la franco : c*était la suite de relations plus iatiflues que les épouses des Wasa et de Sobieski, puis Stanislas Leszczynski, avalent établies entre ce pays et la Pologne : c*était aussi la conséquence naturelle du lustre dont brilla la lltlérature française depuis le siècle de Louis XIY. Il a liailiu du temps pour que le génie national se débarrassât des entraves que la nécessité d'étudier Tari sur les modèles étrangers lui avaient imposée. La gloire d*avoir le premier secoué ce Joug, appartient à notre contemporain Hlçkie^ wicz. Les ceuvres de Brodzinski, il est vrai, pourraient déjà être regardées comme les premiers monuments d*une nouvelle ère, mais Fauteur inspiré de Grasf fin, de Dsuadx, de M^o/lenrod et des Sonnets, est incontestablement le ▼rai guide de Técole. Comme Gœthe et Byron, M. Miçkiewicz se livre à la magie de son insp> ration, sans se laisser arrêter par les lois de fancienne école. Les sujets qu*il traite sont en général tirés des traditions populaires du pays. Imagination vive, ardente, grandeur de langage, esprit philosophique et patriotique, tout y est combiné.
A son apparition, Hiçkiewicz rencontra des adversaires redoutables. Celui dont la plume contribua, presque autant que les enivres mémes du poète, à rendre son école populaire, fut Mochnaçkl, Jeune littérateur et publiciste, qui
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ne laisse après lui que ses œuvres de polémique, et que la Pologne n*en compte pas moins parmi ses meilleurs écrivains. AuJourd*bui toute discussion a cessé. L'exemple de M. Hiçkiewicz est recommandé invariablement par tous les littérateurs qui tiennent en Pologn^Ie sceptre ^e la critique. Son école forme une brillante période pour la poésie. Nous devons la première mention à deux jeunes poètes morts à la fleur de leur âge, Haleszewski et Garczynski : le premier a laissé un poème d*un grand mérite, Marie; on a de Garczynski 2 vol. de poésies diverses, inspirées par un esprit philosophique qui le distingue entre tous les poètes polonais. Les émules actuels de M. Hiçkiewicz sont : HH. Zaleski ( Bohdan ) , Goszczynski, Slowaçki, Sigismond Krasinski, Wasilewski, Olizarowski et autres. H. Hiçkiewicz cherchait ses inspirations dans les traditions populaires de la Lithuanie : HH. Zaleski et Goszczynski se firent les chantres de la Russie polonaise. Goszczynski est au premier rang des poètes nationaux. Il cède cependant le pas à Zaleski, plus correct et plus fécond à la fois, et que le génie religieux qui Tinspire élève au-dessus de tous ses rivaux. Le scepticisme de Slowaçki, an eontraire, nuit à ses inspirations d*ailleurs vraiment poétiques. Krasinski débute à peine, et déjà sa Comédie infernale le place à côté des chefk de Técole.
Parmi les prosateurs dont s*honore actuellement la Pologne, nous citerons entre autres HH. Kraszewski, Grabowski, Holowinski, Kzewuski, Skarbek, SienkieWicz, Witwicki, Lukaszewicz, ainsi que H«« Hofman (Tanska).
La Pologne n*avait point jusqu'ici d*école philosophique proprement dite. Alors même qu*au xvn* siècle les discussions religieuses avaient réveillé dans ce pays quelques penseurs plus ou moins hardis, ils ne se laissèrent pas entraîner à chercher la vérité en dehors de la révélation chrétienne. Avec la fin du dernier siècle seulement, quand le scepticisme voltairien, qui se répandit en Europe, gagna aussi tant soit peu la Pologne, les idées philosophiques allemandes y trouvèrent, à leur tour , quelques disciples. Szaniawski d*abord, Goluchowski depuis, furent les premiers qui s*en occupèrent. Les deux poètes nationaux Hiçkiewicz et Zaleski ramenèrent ensuite Pesprit national dans les voies purement religieuses. Aujourd'hui, nous assistons à une espèce de compromis entre Técole philosophique allemande et les idées essentiellement religieuses du pays; le résultat de la discussion ne nous parait pas pouvoir être douteux : La Pologne aura •on école phiosopMqae dent la religion catho-
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lique formera la base essentielle. Parmi ceux qui s*occupeDt actuellement de la philosophie, nous nommerons d*un côté MM. Cieszkowski. Trentowski, Liebelt; de Tautre côté, MM. Wronski, Bukaty, Bochwiç M»* Ziemieçka.
On peut consister pour Tétude de la langue polonaise : les grammaires au P. piariste Kopczynski (m. en 1817), de George Bandlké (Breslau, 1824),. de Mrozinski (Varsovie, 1823), et de Poplinski (Lissa, 1829). La meilleure grammaire polonaise à Tusage des Français est celle de Yaler (Halle, 1809, in-8<»). Nous avons parlé du grand Dictionnaire de la langue polonaise à Tartide Lindb; Bandtké (Breslau, 1806, 2 vol.) et Mrongovius (Kœnisgl^., 1835) en ont donné de bons, polonais et allemands. Celui de Trotz (Breslau, 1832, 2 vol.) est à la fois polonais, allenuind et français, et nous citerons en outre, à Tusage des Français, le dictionnaire publié récemment à la librairie polonaise de Paris. Pour les travaux sur Thistoire de la littérature polonaise, on consultera les ouvrages de Benlkowski, Jocher, Wiszniewski. M. Podczaszynski en a donné un aperçu assez étendu dans le Tableau de Malte-Brun et de M. L. Cbodzko cité plus haut (t. II, p. 815- 532). Nous ajouterons enfin que dans le même ouvrage (t. II, p. 254-313) on trouve l'Essai historique sur la législation polonaise civile et criminelle, de 930 à 1430, par M. J. Lellewel. Th. MoKAvrsxr.
POLTAYA (bataille m). Poltava, qu*on écrit Pultawa, est une ville de 10,000 âmes, cbeMieu d*un gouvernement du même nom dans la petite Russie, sur la Yorskla. C*est sous les murs de cette ville que, le 8 Juillet 1709, les troupes de Pierre le Grand firent éprouver une sanglante défaite aux Suédois, commandés par Charles XII, qui dut alors chercher un refuge sur le territoire ottoman. Une colonne érigée sur une place publique de la ville, et un obélisque sur le champ de bataille, ont été consacrés à la mémoire de ce grand événement dont on fait connaître les importantes conséquences à Tarticle Pixbki I*'.
POLTBON,PoLTftOiii|EiiB, lâche, pusillanime, qui manque de courage. Il y a cette différence entre le lâche et le poltron, que le lâche recule, tandis que le poltron n*ose avancer : le premier oe se défend pas, i| manque de valeur ; le second n*attend point, il pèche par le courage. Il ne faut pas compter sur la résistance d*un lâche ni sur le secours d*un poltron. G.
POLUS (lb cabbinal). Bxnaiib Poolb naquit en mars 1500,àStowerton-Castle(Stafliordshire). Il était allié à la famille royale par sa mère
Marguerite, comtesse de Salisbury, fille du duc de Clarence, frère d*Édouard lY. Après avoir foit ses études à Oxford, il devint chanoine de Salisbury, doyen d'Exeter, etc. Il fit un voyage en Italie, et revint en Angleterre où il vécut retiré ; mais la crainte d*être obligé de prendre part à la fameuse affaire du divorce de Henri VIII, rengagea à se rendre â Paris (1529). De retour dans sa patrie, le roi lui ayant deinandé son avis sur son mariage avec Anne de Boulen, Polus le désapprouva courageusement. Il dut alors sortir du royaume, et se relira en Italie. Pendant son séjour â Padoue , Henri VIII le fit sommer de reconnaître sa suprématie , et sur son refus le priva de ses bénéfices. C*est â cette époque que Polus écrivit son livre intitulé : Pro uniiate Ecclesiœ ad Henricum FUI (Rome, sans date, in-fbl., édition rare, mais réimprimé sous d'autres titres). Le pape dédommagea Polus, qui n*était que diacre, en relevant à la pourpre romaine et en le nommant son légat en France et en Flandre. Cependant Henri VIII le fit déclarer coupable de haute trahison par le parlement, et fit condamner et exécuter la comtesse de Salisbury sa mère, son fk'ère lord Montaigu, et plusieurs de ses amis. A la mort du pape Paul III, en 1549, Il était désigné pour lui succéder; mais la cour de France, qui le croyait dévoué aux intérêts de Tempereur, fit échouer son élection. Polus se retira dans un monastère, où il resta Jusqu'à Tavénement de Marie \^ au trône d'Angleterre. Il reçut alors le titre de légat ; mais Charles-Quint le retint Jusqu'à la consommation du mariage de son fils avec la reine, qui aimait, dit-on, Polus, et avait songé à solliciter une dispense du pape pour l'épouser. Il entra enfin à Londres le 24 novembre 1554, reçut l'abjuration des membres du parlement, fut ordonné prêtre et sacré archevêque de Cantorbery. Il montra beaucoup de tolérance dans cette dernière partie de sa vie, et mourut le 18 novembre 1558. Outre l'ouvrage mentionné, il en a laissé plusieurs autres dont les plus remarquables sont : De summi pontiftcis offlcio et potestaie (Louvain, 1569); Reformatio Angliœ (Rome, 1556-1564 ; Louvain, 1569. ) X.
POLYADELPHIE. Dix-huitièipe classe du système sexuel de linné, caractérisée par des é(amines en nombre variable, et réunies par leurs filets en plusieurs faisceaux ou andropbores distincts. Cette classe, peu nombreuse en genres, a été divisée en trois ordres , suivant le nombre des étamines ; ces ordres sont : 1» polyadelphie pentendrie, exemple : le cacao; 2» polyadelphie icosandrie, exemple : les orangers ; 5« polya-
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delphie pofygxnie, exemple : les millepertuiSf FqjT' Système sbxvbl. Richabd.
POLYANDRIE. Linné a donné ce nom à la treizième classe de son système sexuel, caraclérisée par nn grand nombre d*étamines réunies dans une même fleur et hypogynes. Cette classe se divise en sept ordres, savoir : 1» polyandrie monogxnie, exemple : le pavot, les cistes ; 3» polyandrie, digxnie, exemple : les pivoines; S» polyandrie irfgxnie, exemple : les pieds d^alouette ; 4» polyandrie tétraçynie, exemple : le teiracera\ 5<> polyandrie pentagxnie, exemple : les ancolies ; 6» polyandrie hexagjmie, exemple : le êiraifotes ; 7» polyandrie pol/gynie, exemple : les renoncules, ^o/. Ststèmb sxxvel. Richabd.
POLYRASITE. Substance minérale qui se rencontre au Mexique, dans les mines de Guanaxuato, et on Ta depuis observée dans les mines du Hartz ; elle est ou massive ou en groupes de cristaux prismatiques réguliers, terminés par des plans perpendiculaires à Taxe, striés transversalement et se rencontrant sous Tangle de 120o. Leur couleur est le noir de fer; la cassure est inégale, jouissant d*un éclat vif, ainsi que la surface extérieure. La dureté est intermédiaire de celle des divers cristaux de chaux carbonatée. Sa pesanteur spécifique est 6,3. L'analyse a donné : argent, 04; soufre, 17; antimoine, 5; arsenic, 5,5; cuivre, 10; ffer, 0,5, Db..z.
POLYRE. Plusieurs personnages ont porté ce nom dans Tantiquité : 1» Polybe , né comme Iliistorien à Mégalopolis, mais plus ancien d*une génération, avait combattu avec Philopœmen contre Macbanidas, roi de Sparte, à la journée désastreuse de Mantinée. — Polybe de Cos, disciple et gendre d*Hippocrate , florissait vers le milieu du v* siècle avant J. G. Il est Tauteur d*un traité intitulé : De iolubri diœtà libelluê, qui fait partie des œuvres d*Hippocrate. — Josèphe cite un autre Polybe, également originaire de Mégalopolis, qui écrivait une histoire des Juifi. Lucien appelle de ce nom un médecin ridicule, Bion-Cassius un affranchi d*Auguste, Sénèque et Suétone un affranchi de Claude ; saint Ignace et saint Épiphane donnent aussi le nom de Polybe à plusieurs évéques de Florence et de Madrid , et, dans les catalogues des bibliothèques, on retrouve encore sous le même nom un grammairien. Polybe le célèbre historien naquit à Mégalopolis , en Arcadie, dans la 144* olympiade, c^est-à-dire vers Tan 905 avant Tère chrétienne à peu près. Casaubon le feit naître en 204 ou 205, Tossius en 205, Suidas vers 225. Mais cette dernière opinion est évidemment ftiusse, et le savant M. Daunou établit d*une ma-
nière positive que Polybe ne peut être né avant Tan 210, ni après Tan 200 : ce qui restreint à dix années, tout au plus, Tincertitude des biographes. Les calculs de M. Daunou sont confirmés, à peu de chose près, par le savant philologue Schweigbseser, qui, au lieu des années 210 et 200, propose d'autres limites qui n'en différent pas beaucoup, 204 et 108. Polybe était fils de Lycortas, un des personnages les plus distingués de cette époque, et qui se montra le digne successeur d'Aratus et de Philopœmen, en défendant avec énergie les intérêts de la ligue achéenne. C'est par les leçons et les exemples de son père que Polybe fut fermé de bonne heure aux fonctions publiques, et c'est à l'école de Philopcemen qu'il apprit l'art de la guerre ; Plutarque ajoute qu'aux funérailles de ce grand homme (l'an 185 av. J^ C), il porta l'urne qui renfermait ses cendres.— Doué d'heureuses dispositions naturelles, versé dans l'étude de la philosophie et de la littérature antique, initié à tous les secrets de la politique, et vivant sans cesse dans la société des hommes les plus remarquables de la Grèce^ il était appelé à fournir une brillante carrière. Dès l'année 181, il fut, avec Aratus et Lycortas, son père, député auprès Ptolémée-Épiphane, quoiqu'il n'eût pas encore l'âge prescrit par les lois. (L'âge de trente ans suffisait chez les Achéens pour prendre part aux affaires de l'État, et Polybe en avait à peine 24.) Mais la mori de Ptolémée surprit l'ambassade au moment où elle se disposait à partir. Lors de la guerre survenue entre les Romains et Persée, roi de Macédoine, il vota d'abord la neutralité, ainsi que son père, mais ensuite, quand ses concitoyens eurent embrassé la cause de Rome (174), on le vit jouer un rôle important dans l'histoire de cette guerre, d'abord comme chef de la cavalerie achéenne, puis comme député auprès du consul Marcius. Plus tard (168), Eumène et Dionysodore étant venus en ambassade solennelle implorer l'appui des Achéens au nom d'Évergète, deuxième du nom, et de Philométor, Polybe fut d'avis d'accorder le secours demandé, et sa parole chaleureuse aurait triomphé de l'opposition de Callicrates, si ce dernier n'eût pris le parti de dissoudre l'assemblée au moment où elle allait, par un vote favorable aux deux rois d'Egypte, couronner l'éloquence de son adversaire. De 166 à 150,Polybe habita Rome ; il y était venu à l'âge de40 ans environ avec 1,000 de ses compatriotes, accusés, comme lui, par Callicrates, de s'être montrés peu dévoués aux intérêts des Romains pendant la guerre contre Persée. Tandis que ses compa- I gnonsd'infortune étaient dispersés dans les villes
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dltalie, Polybe seul obtint la permiision d*babiter Rome, faveur insigne qu*il dut à Tamitié de Fabius et de Publius-^milianus-Scipion. Ces deux jeunes fils de Paul-Éroile s*attachèrent au banni d*Acbaïe, trop heureux de prendre les leçons d*un homme aussi distingué, comme politique et comme militaire : ainsi commença cette liaison qui devait exercer une si grande influence sur la destinée de Polybe et d*JEmilianus-Scipion. — Précepteur par aiffeclion , par dévouement, Polybe sut développer Tesprit de Scipion, for* mer son cœur à toutes les vertus, endurcir son corps aux fatigues de la guerre; en un mot, il prépara la gloire du futur destructeur de Carthage.» Scipion avait dans sa jeunesse contracté avec son maître une liaison si intime qu'il préférait ses entretiens à tous les plaisirs. Cependant rinjustice de la république contre Démétrius soulevait Tindignation de Polybe. En vain la mort d*Autiochus rendait la liberté à Démétrius son frère ; en vain elle rappelait au trdne de Syrie, qui lui appartenait de droit : le sénat s*opposait à son départ, et voulait le garder éternellement en otage pour faire passer le sceptre de la Syrie dans les mains d*un jeune pupille qu*Antiochus avait nommé son succcesseur, et sous le nom duquel il comptait bien être roi luimême et lui seul. Dans ces conjonctures délicates, Polybe oublia qu'il était captif, lui aussi, et sous la main de la république, pour ne songer qu'à soustraire Démétrius à une détention arbitraire. 11 le décide à prendre un parti énergique, et lui facilite les moyens de s'évader. Il avait, par l'entremise d'un de ses amis, frété un vaisseau carthaginois à Ostie. « Au jour fixé pour le départ, Démétrius donnait un festin, au milieu duquel il reçut de Polybe un billet qui le pressait de saisir, sans aucuu retard, une occasion qui ne reviendrait plus. Le prince, sous prétexte d'une incommodité, quitta la table, sortit de la maison, courut à Ostie, s'embarqua ; et quatre jours se passèrent sans qu'on sût à Rome qu'il était parti. « — Il y avait déjà six ans que Polybe était gardé comme otage , lorsqu'en Tannée 160 les Achéens envoyèrent des députés le redemander à la république romaine; mais ils échouèrent dans l'objet de leur ambassade , et cependant, chose étrange ! lui qu'on refusait de rendre aux vœux de ses concitoyens, il avait assez de crédit pour faire, trois ans plus tard (157), dispenser les Locriens de porter la guerre en Dalmatie. Il y avait environ 17 ans qu'il habitait Rome lorsque, cédant aux vives instances de Scipion, l'austère Caton se laissa fléchir en faveur des Achéens, et, sur sa proposition , le
sénat permit aux vieillards grecs d'aller se faire emevetir par les fossoyeurs d'Achaïe; mais, hélas I cet acte de justice arrivait bien tard. La mort avait déjà moissonné la plupart des malheureux bannis , et trois cents d'entre eux seulement eurent la consolation de revoir leur patrie. Redevenu maître de sa liberté, Polybe en profita pour rassembler les matériaux du grand ouvrage historique dont il avait depuis longtemps conçu l'idée : il entreprit des voyages audelà des Alpes, dans les Gaules, en Ibérie et sur l'océan Atlantique, dans le désir de corriger les fautes des descriptions publiées par les anciens, et d*o£Frir aux Grecs de plus sûres connaissances; il vikita les Alpes pour étudier sur les lieux mêmes les moindres circonstances du passage d'Annibal en Italie, aussi « il en parle avec plus d'assurance, c'est lui qui le dit, parce qu'il a interrogé et les témoins et le théâtre même des événements. » Il n'est pas bien certain qu'il ait profité alors du sénatus-consulte qui rendit la liberté aux otages achéens. Sans doute il ne voulait pas revoir sa patrie désolée et abattue; il prit du service sous Scipion, et, s'il revit l'Achaîe & cette époque, toujours est-il qu'il ne put y faire qu'un très-court séjour, puisqu'en 147 et 146, nous le voyons assister avec Scipion à la prise et à la ruine de Carthage. Néanmoins, un témoignage irrécusable , celui d'Orose, affirme que, bien qu'éloigné de sa patrie, il savait ce qui s'y passait, et que la distance ne l'empêcha pas d'être utile à ses concitoyens. Hais ce fut en vain qu'il leur conseilla de ménager Rome; ils n'écoutèrent pas ses avis, et l'orage ne tarda pas à fbndre sur leur tête. Il était en Afrique, comme nous le disions, quand la guerre éclata entre les Romains et la ligue achéenne. A cette nouvelle, Polybo quitta Scipion , acoourut en Grèce, et se rendit en toute bâte au camp du consul Mummius pour conjurer le danger. Il n'était plus temps, il n'arriva que pour voir la ruine de Corinthe et Tin fortune de la Grèce, dès lors réduite en province romaine. — Un ardent amour de la patrie le rendit encore utile à ses concitoyens. N'ayant pu les sauver, il sut du moins soulager bien des misères et fermer une partie de leurs plaies. Bientôt il eut l'occasion de défendre la mémoire d'Aratus et celle de Philopœmen, son ancien maître, accusés tous deux d'avoir été les ennemis de Rome. Animé parla reconnaissance et le patriotisme, il plaida avec tant de succès qu'il fut décidé qu'on ne toucherait pas aux statues de ces grands hommes. Quand les dix commissaires romains mirent à l'enchère les biens de Diœus et de ceux qui avaient été oondannés
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«TM lui eomme complices de sa rébellion, Us autorisèrent Polybe à prendre ce qui lui con- Tiendrait, mais U refusa nettement leur offre, et engagea virement les Acbéens à ne pas se présenter comme acquéreurs : les plus gens de bien suivirent un si noble exemple , et Topinion publique fit Justice de ceux qui ne rougirent pas d*acheter à bas prix les dépouilles de citoyens morts pour la patrie, quoique victimes d'un zèle imprudent et malheureux. Ce désintéressement lui mérita la confiance des commissaires romains. Avant de quitter FAchaïe, en 145, ils le chargèrent d*établir la nouvelle forme de gou- Temement. Polybe s'acquitta de cette délicate mission à la satisfaction du sénat et des Acbéensj il parcourut les villes conquises, réglant les différends, réparant les pertes, établissant avec douceur le nouveau régime politique, et méritant par son zèle éclairé les témoignages publics de tout le Péloponèse. La reconnaissance de ses concitoyens- lui éleva plusieurs statues dans différentes villes de la Grèce et de TArcadie. — Vers Tan 145, une ou deux années après avoir terminé la rédaction de son grand ouvrage, il fit un voyage en Egypte, où régnait alors Ptolémée- Pbyscon. Ce qui se passait alors dans ce royaume, au dire de Strabon, était comme un prélude de cette administration tumultueuse qui devait, deux cents ans plus tard, peser sur Tempire romain. Physcon est le type de ces empereurs abâtardis, prétendus maîtres du monde, qui faisaient trembler le peuple et tremblaient euxmêmes devant leurs soldats. Autour de Physcon, qu'on pourrait presque appeler le Claudius égyptien, nous retrouvons aussi une garde de soldats mercenaires, nombreux et mutins, véritables tyrans de leur maître : c'est la milice prétorienne des Romains, les janissaires des Turcs. Aussi est-il bien probable que Polybe quitta bientôt l*Égypte et Alexandrie, dont le s^our ne devait pas être sans danger, à cause des séditions continuelles que Physcon devait y entretenir forcément, pour dominer le peuple par les soldats et les soldats par le peuple. L'an 134 (c'est-àniire l'an 030 de Rome), il accompagna son ami Scipion su siège de Numanœ : c'est du moins ce que donne à penser un ouvrage qu'il avait laissé sur l'histoire de cette guerre. Ce traité était uniquement consacré à cet événement, et distinct de son histoire générale* Il n'existe plus aujourd'hui, mais Cicéron en fait mention dans une lettre à L. Lucceius. Le grand orateur demande à son ami de détacher l'histoire de son consulat du corps des annales romaines, comme l'avaient lui araot lui plusieurs historiens grecs, CaUis- ,
thène pour la guerre de Troie, Timée pour celle de Pyrrhus, et Polybe pour celle de Numance. Quelque tempj^ après, Scipion, son ami, son bienfaiteur, mourut , et cette perte lui rendant le s^our de Rome insupportable, il retourna dans sa patrie, A dater de cette époque, on u*a guère que des données, au moins fort incer^ taines, sur les dernières années de sa vie; on sait seulement qu'il mourut dans un âge très-avancé, d'une chute de cheval, au dire de Lucien : il avait quatre-vingt-deux ans. On peut fixer la date de sa mort , d'après le calcul qui nous a servi à préciser celle de sa naissance, à Tan 133 avant l'ère vulgaire. Polybe avait publié divers écrits historiques, qui sont entièrement perdus, à l'exception de son histoire générale 'Itr^pm t.$L96Xutj (Hiitoria catholiché)^ le plus important de tous ses ouvrages, auquel U travailla près de 30 ans; car il commença vraisemblablement à en rassembler les matériaux en l'année 166, époque où il vint à Rome en qualité d'otage. Scipion lui fit communiquer les registres connus sous le nom de Libri censuales, que Ton conservait dans le temple de Jupiter, au Capitole, et d'autres monuments historiques, probablement inédits jusqu'alors. Ensuite, il voyagea sur le théâtre même de toutes les guerres qu'il avait à décrire, et termina sa rédaction, comme nous l'avons dit plus haut, vers l'année 145. Les années 330 et 167 avant J. C. sont les limites de l'espace qu'il parcourt, c'est-à-dire qu'il avait renfermé dans son ouvrage une période de cinquante-trois années, depuis le commencement de la seconde guerre punique (l'an de Rome 535) jusqu'à la défaite de Persée et la soumission de la Macédoine par les Romains, l'an de Rome 587. Le nombre des livres était de quarante. Trentehuit étaient destinés à rapporter en détail les événements de cette époque : ils étaient précédés de deux autres , qui leur servaient d'introduction, et dans lesquels Polybe parcourt rapidement ce qui s'est passé depuis la prise de Rome par les Gaulois, jusqu'à la première descente des Romains en Sicile; il expose avec un peu plus de détail les causes de la première guerre punique, et fait un précis de cette période, qui dura vingt-quatre ans à peu près, c*est-à-dire de 364 à 341 ayant J. C. ^ Dans le second livre, nous trouvons les guerres des Étoliens, des Ulyriens, des Achéens; les campagnes des Romains en Illyrie et contre les Gaulois; les exploits d'Antigone, successeur de Démétrius sur le trOne de Macédoine, et de Cléomène, roi de Sparte. Son histoire est générale, parce qu'il ne s'occupe pas seulement des (Éits relatif auji; RomainSf
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mais qu*il embrasse aussi, par de continuels synclironismes, tout ce qui s*est passé à la même époque chez toutes les autres nations connues. Malheureusement, des quarante livres dont se composait Touvrage, le temps n'a épargné que les cinq premiers; des suivants, jusqu'au dix-sepliëme, nous n'avons que des fragments, à la vérité assez considérables; mais rien des livres suivants, excepté ce qui s'en trouve dans deux maigres abrégés que l'empereur ConsUnlln-Porphyrogénète fit faire de tout l'ouvrage au X* siècle, par un certain Théodose le Petit, l'un, intitulé, Det Ambassades, ou Histoire des traités de paix, et l'autre, intitulé. Des vertus et des vices. V^TXD\\%s principaux débris de l'histoire de Polybe, sont les chapitres 17 à 40 du sixième livre, qui traitent de la milice romaine, et ont même été quelquefois publiés à part sous ce titre, noUmment à Venise, en 1529. La partie qui nous manque embrassait les' événements dont Polybe avait été lui-même témoin oculaire : perte irréparable pour l'histoire, car jamais historien n'apporU plus d'attention à s'assurer des faits; perte irréparable, disons-nous, quoique Tite-Live en ait fait un fréquent usage!— Outre son histoire générale, Polybe avait écrit quatre autres ouvrages , dont aucun n'est parvenu, même mutilé, jusqu'à nous. C'étaient une Fie de Phiiopœmen, qu'il cite lui-même (livre x de son histoire), et des Commentaires sur la tactique, qu'il cite également dans son livre ix. Nous ne parlerons pas de ses lettres, d'une entre autres sur la situation de la Laconie, adressée à Zenon de Rhodes Qïy. xvi) : quel homme d'État, quel écrivain n'a pas eu de corespondance? Mais il ne parait pas qu'on ait jamais réuni les épttres de Polybe en un corps d'ouvrage : donc, on ne peut dire qu'elles ont été perdues. Probablement, la notice que Pausanias nous donne sur Phiiopœmen, dans son huilième livre, et surtout la biographie de ce grand capitaine, que nous devons à Plutarque, sont tirées des mémoires de Polybe, lesquels, à ce compte, ne seraient pas tout à Mi perdus pour nous. Le troisième ouvrage était l'^j^/otre de la guêtre de Numance, dont Cicéron parlait à L. Lucceius avec une si grande envie de voir cet historien suivre l'exemple de Polybe. Sans doute le voyage qu'il fit en Espagne, lors du second consulat ^e Scipion, lui en donna l'idée en lui en fournissant les matériaux : il n'en subsiste plus d'autre souvenir que la lettre de Cicéron. Enfin, le quatrième ouvrage perdu de Polybe faisait voir, dit Geminus {Elem. astron,, c. xiii), que les terres australes ne sont pas Inhabitées. Certains commentateurs
pensent que Geminus avait en vue simplement le trente-quatrième livre de l'histoire générale, tout consacré à la géographie; cependant, il donne à l'ouvrage dont il parle ce titre bien significatif : Péri tés péri ton isêmerinon othéseôs (des habitations autour de la ligne équinoxiale). La composition historique de Polybe se distingue de celle de tous les historiens qui l'ont précédé. Il sut donner à l'histoire un caractère entièrement inconnu avant lui : c'est lui qui créa l'histoire raisonnée ou pragmatique.— Non content de raconter les événements dans l'ordre où ils se sont passés, Polybe remonte aux causes qui les ont préparés et amenés; il développe les circonstances qui en ont accompagné et modifié la marche, enfin, leurs résultats et leurs conséquences. N'est-ce pas là la vraie philosophie de l'histoire? Jamais l'histoire n'a été écrite par un homme d'un plus grand sens, d'une perspicacité plus profonde, d'un jugement plus sain et plus libre de tout pr^ugé. Peu d'écrivains ont réuni à un plus haut degré les connaissances militaires et politiques ; aucun n'a poussé plus loin l'impartialité et le respect pour la vérité. Le style dePolybe n'est pas sans taches. Le temps n'était plus où la langue attique était parlée dans toute sa pureté ; Polybe écrivit dans ce nouveau dialecte qui se forma après la mort d'Alexandre le Grand. Un long séjour hors de sa patrie, et quelquefois parmi des peuples barbares, l'iuibitude de parler latin et même le carthaginois, tout cela l'avait peut-être rendu un peu étranger à sa langue maternelle. Bien que sa diction soit toujours noble, il y mêle des termes étrangers, des latinismes (mais n'oublions pas qu'il avait passé 17 ans de sa vie à Rome sans revoir la Grèce). On y trouve des phrases puisées à l'école philosophique d'Alexandrie, et des passages empruntés à divers poètes. Il aime aussi un peu les digressions, mais celles qu'il se permet, on doit le dire, sont toujours instructives. — Beaucoup $ d'auteurs anciens, historiens ou autres, ont porté leur jugement sur Polybe. Tite-Live le copie souvent et presque mot pour mot. Denys d'Halicarnasse dit tout crûment que Polybe n'entend rien à l'art d'écrire, et que personne n'est capable de supporter d'un bout à l'autre la lecture de ses livres ; mais il faut de l'indulgence pour un guerrier : il y a peu de Césars. D'ailleurs Marcus Brutus n'en jugeait pas ainsi : il en faisait des extraits, et s'en occupait encore la veille de la bataille de Philippes. Il est vrai que Longin, dans son Trailé du sublime, et Quintilien, dans une longue nomenclature d'historiens grecsi ne citent même pas le nom de Po-
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lybe; Pbotius ii*en parle qulnddemment et sans s*y arrêter; Lucien ne dit que ces mots dans son livre des longues vies : « Polybe, fils de Lycortas, Mégalopolitain, revenait de la campagne; il tomba de cheval, fut malade, et mourut à Tâge de 89 ans. » Hais Cicéron le proclame toulhaut : bonus auctor in pritnU; Yelleius Paterculus dit expressément que c*est un homme d*un esprit distingué; Pausanias a pourlui la plus grande estime, et Plutarque enfin le cite souvent et volontiers. — Hâtons-nous de le dire cependant, c*est aux modernes surtout quUl appartenait, non pas de louer dignement Polybe (il a trouvé dans Tantiquité des admirateurs sincères) , mais de Dons le montrer comme un des plus grands écrivains de Pantiquité, comme le modèle des historiens. Voici comment Tél^quent historien de la Suisse le caractérise en peu de mots : « En lui, dit le célèbre Jean de MUiler, on ne trouve ni Tart d*Hérodote, ni la force de Thucydide, ni la concision de Xénophon, qui dit tout en peu de mots. Polybe est un homme d*Êlat plein de son objet, et qui, peu sensible à Tapprobation des hommes de lettres, écrit pour les hommes d^ttat; la raison est son caractère distinctif. »— M. Daunou a tracé du célèbre historien un portrait frappant, chef-d*œuvre d*érudition, de bon goAt et de vérité. — Les cinq livres qui nous restent de lliistoire de Polybe ont été imprimés d*abord dans la traduction latine, plus élégante que fidèle, de Nie. Perotti (Rome, 1473, in-fol., par Conr. Sweynheim et Arnold Pannartz). Le style de la traduction latine est bien supérieur à celui du texte grec; mais en voici la raison : quand Tite-Live écrit d*après Polybe, Perotti copie lliistorien latin, sans plus s*occuper de roriginal. Sa version avait eu trois éditions avant l*année 1500. — Le texte grec n*avait pas encore été imprimé lorsque le fragment du sixième livre, qui traite de la milice romaine, parut chez Jean-Ant. de Sabio, à Venise (in-4o), avec la traduction latine de Jean Lascaris, en 1599. L*année suivante, 1530, Vincent Obsopœus d'^Anspach fit imprimer à Haguenau (in-fôlio) le texte des cinq premiers livres, avec la traduction de Perotti, mais sans le fragment du sixième livre, qui sans doute, n*avait pas encore passé les Alpes.— Après cette première édition, Lazare lalf fit connaître, dans son ouvrage intitulé : De re navali veterum (Paris, 1556, réimprimé à Bile, 1537), nn fragment de huit chapitres du seizième livre.— Le fragment du sixième livre qui avait déjà paru en 1599, fut publié cette même année, 1557, par Jean Oporin. Ce n*élait peutêtre qu^une reproduction de Tédition de Venise.
—Les cinq premiers livres et plusieurs débris des suivants, Jusqu*au dix-septième, dont Baïf n*avait connu qu*un fragment, sont entrés dansPédition de 1549,pubiiée par Jean Herwag à Bâle,avec la traduction latine de Perotti. On avait trouvé ces débris dans un manuscrit venu de Corf6u, et Woirgang Musculus les avait traduits; le texte grec était soigné par Arnold Paraxylus Arlenius. Cette édition remplit aussi une lacune qui existait au chapitre 19 du premier livre.— £n 1589, Fi/lvio Orslni publia (Anvers, in-4o) un volume intitulé : Es libris PolybH selecta de legationibus, et alia. C*était tiré de la grande compilation feite par les ordres de Constantin-Porphyrogénète, et dont nous avons déjà parlé. Ce qu*Orsini en a publié appartient à la section intitulée : Extraits des ambassades (Eklogai péri presbéiôn) : c*était le vingt-septième delà collection. Il y avait ajouté quelques autres fragments et des notes sur Tédilion de 1540 par Hervrag. — Celle de Paris (in-f61., 1609), donnée par Isaac Casaubon , qui était bien supérieure à toutes les précédentes , est devenue la base de toutes celles qui ont suivi. Elle renfermait tous les fragments et extraits connus alors, avec une nouvelle traduction latine, moins élégante , mais beaucoup plus fidèle que celle de Perotti. Ce grand helléniste corrigea pour la première ft)is le texte, et s*occupa d'un commentaire sur Polybe ; mais il mourut (1614) avant d'avoir été au delà des vingt premiers chapitres du livre 1«'. Cette partie imparfaite du travail de Casaubon fut publiée à Paris en 1617, in-8o. — Henri Valois est le premier qui ait puisé dans la seconde des deux sections conservées (la 50» du recueil) des extraits de Constantin-Porphyrogénète ; elle est intitulée : Des vertus et des vices. Il y joignit d'autres fragments de Polybe, cités çà et là en divers anciens livres, une traduction et des notes. Il les fit imprimera Paris (1634, in-4o) sous le titre de Poixbii, DiodoH Siculi, etc., etc., excerpta ex collectaneis Constantini Aug, PophyrogenetCB, Ce livre, Des vertus et des vices, est aussi connu des érudits sous la dénomination de Fragments de Peiresc, parce que le seul manuscrit qui nous ait conservé ce recueil appartenait à ce grand Mécène des littérateurs de son temps, Nicolas- Claude Fabre de Peiresc. — L'édition de Jacques Gronove (Amsterdam, 1670, 3 vol. in-8o) profita de toutes les découvertes antérieures. L'éditeur y joignit encore, outre ses propres notes, celles que Méric Casaubon avait recueillies dans les papiers de son père, celles d'Orsiul sur les Extraits des ambassades; enfin le commentaire
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ébauché d'Isaac Cataubon , et pluiieurs autres travaux de Henri Valois et de Paulmier de Grentemesnil. — Nous avons oublié de mentionner plusieurs traductions en langue vulgaire, une en italien par Domenichi , une en français par L. Maigret, et une en allemand parXyIander,qui 8*étaient fort répandues depuis 1546 Jusqu'en 1574. Il est inutile d'ajouter qu'elles étaient fort incomplètes, et que de nouvelles traductions les firent hientâl oublier : c'étaient celle de du Ryer, publiée en France en 1655, et qui en était à sa quatrième édition en 1670; celle de la Motbe le Yayer, à peu près vers la même époque, et celle de l'Anglais Sbeers (3 vol. in-d», Londres, 1690), avec une notice biographique et une appréciation très-favorable par Dryden. — L'édition de J. Gronove a été réimprimée à Leipzig en 1763, augmentée d'une préface et d'un glossaire par le célèbre philologue J. A. Ernestî, qui en corrigea les épreuves. — Le Polybe du chevalier Folard (Paris, 1727-1730, 6 vol. in-4o) a été réimprimé & Amsterdam en 1750 et en 1774, avec un vii« tome. — La dernière grande édition de Polybe, et la meilleure de toutes, est due à M. Scbweigbœser de Strasbourg; elle a été publiée à Leipzig, de 1780 à 1793, en 0 vol. in-S» : le neuvième est un Lexicon Polxbianum, ébauché par les deux Casaubon (Isaac et Méric), retouché par Ernesti, et considérablement augmenté par M. Schweighœser. Le texte est accompagné de la version de Casaubon, qu'on peut regarder comme une traduction nouvelle, à cause d'un grand nombre de corrections et de variantes. — On a rangé par ordre chronologique les extraits et fragments des 35 livres perdus ; on y a joint une table historique et géographique qui contribue beaucoup à rendre cette édition très-commode. — On a .plusieurs fois parlé de nouveaux fragments de Polybe découverts, et les journaux ont annoncé ,- vers la fin de 1830, que le célèbre bibliothécaire Angelo Mal a trouvé dans un manuscrit palitnpseiie du Vatican, de nouveaux extraits de la collection faite au x« siècle par Théodose le Petit : ils renferment, dit-on, plusieurs morceaux tirés des livres perdus de Polybe. — Enfin, l'édition de M. Geel, avec celle de M. Schweighsser, sert de base à la nouvelle édition de Polybe publiée par MM. F. Didot, Béthune et Duckett. Il fait partie de la grande collection intitulée : Bibliothèque des classiques grecs, ouvrage vraiment monumental, accueilli par lesérudits de tous les pays avec une faveur marquée. Dict. Conv. POLT CARPE (sài:<it), disciple de saint Jean l'ÉvaDgéiiste, selon la traditiou, Ait un def pre«
miers évéques de Smyme. Arrêté pendant la persécution de Tan 167, il sou£Frit courageusement le martyre. L'Église romaine célèbre sa mémoire le 36 janvier. 11 nous reste de lui une épltre aux Pbilippiens, qui a été insérée dans les apostoliques , ou collections des Pères de l'Ëglise. X.
POLYCHROMIE, de ttoAûc, beaucoup, et xp&ttm^ couleur. L'étude de l'antiquité nous a appris que les peuples les plus anciens, et même les Grecs, avaient l'habitude de peindre en tout ou en partie , à une ou plusieurs couleurs, leurs monuments d'architecture ou de sculpture. Cet art s'appelait lithochromie ( UBoi^ pierre) ou poi^^ chromie, et, quand il s'appliquait aux statues, agalmatochromie (d'(2yoeJi/t«t image, statue). Ce n'est donc point un art nouveau; la connaissance scientifique de la polychromie des anciens peut seule être considérée comme une conquête de l'art moderne, bien que Pausanias, dans ses écrits, eût parlé de statues peintes, et que Pline et Yitruve nous eussent laissé sur ce sujet de précieuses indications. La réaction opérée dans le domaine de l'art par Winckelmann et ses disciples laissa le public inattentif aux ouvrages spéciaux qui essayaient de lui révéler les secrets de la polychromie des anciens, tels que ceux de François Junius, et postérieurement les mémoires de Caylus, où ce savant indiquait les moyens de faire mordre les couleurs sur le marbre. Plus tard, des études faites sur les monuments artistiques des Égyptiens, des Indiens, des Perses et des Chinois, ne laissèrent plus de doutes à cet égard. Déjà dans le siècle dernier, le fragment de la frise du Parthénon apporté par le comte de Choiseul-Gouffier, avait excité une attention universelle. Avant même que le marbre fût nettoyé, on remarquait avec étonnement les traces d'une couleur peinte à l'encaustique ou autrement, sur quelques-unes de ses parties. En 1811, Bœttiger, dans ses idées sur /'^rc/iéologie de la peinture, s'occupa aussi de cette intéressante matière; mais ses travaux furent surpassés par ceux de M. Quatremère de Quincy, qui , dans son ouvrage intitulé : Le Jupiter olympien, ou l'art de la sculpture aniiquê, prouva de la manière la plus complète, et par des aperçus entièrement nouveaux, l'existence de la polychromie plastique. MM. Yœlkel, et J. M. Wagner, contribuèrent aussi à fixer les idées sous ce rapport. La lithochromie architecturale trouva un chaud et intelligent défenseur dans L. de Rlenze, dont les écrits parurent en 1823 et 1827. Dans son architecture antique do ia SiçU9 (Paris, 1837), 1. Oittorff réunit
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tout ee qae le public ami des trts avait appris depuis plusieurs années sur la peinture monumentale des sculptures et des édifices de Tantiquité, notamment du temple de Selinonte, et contribua beaucoup par cet important travail à accroître le domaine des connaissances artistiques. Ensuite, dans son ouvrage sur L'architeet%ire polychrome che% les Grecs, il essaya d*éciairer les tbéories par fhistolre. En 1833, parurent les grands travaux de M. le duc de laiynes sur Métaponte. Alors le débat changea de foce, et Ton agita la question de savoir si les Grecs avaient peint sur leurs murailles de grands tableaux historiques. Ce point, longtemps controversé, surtout entre MM. Raoul^Rochette et Letronne , finit cependant, grâce aux efibrls de ee dernier, à être hors de toute contestation.
On n*a point élevé de doutes sur la polychromie architectonique ou plastique des sculptures ou des monuments égyptiens : les preuves abondent à Tappui. Les Éthiopiens, comme on le sait, peignaient leurs divinités avec du minium ; les Perses, les Phéniciens, avaient donné aux monuments d^art les formes les plus éclatantes et les plus splendides. Les ouvrages en relief des Babyloniens étaient revélus d*un vernis de couleur. On a voulu contester remploi de la polychromie chez les Grecs, mais cet art existait chez eux comme chez les autres peuples, seulement lis procédaient par des moyens différents. La plastique {vcur.) des Grecs est très-ancienne , et quanta la polychromie architectonique, le choix, la division ^ Tarrangement des couleurs nous prouvent suffisamment quel était le système par eux suivi. Du temps de Praxitèle, on cite un certain Nicias qui s*était rendu célèbre par son habileté à enduire les statues d'un encaustique composé de cire et de couleurs. Le temple de Minerve à Égine, celui de Selinonte en Sicile, nous donnent les plus purs modèles de cet art, dans la période de 580 à 460 avant J. G. Chez les Eomains, le système polychromique dominait dans leur architecture; ils ont même été en ce genre plus loin que les Grecs, car ils ont peint la façade de leurs maisons sur lesquelles on trouve encore des restes d'ornements plastiques. Us nous ont également laissé plusieurs modèles de leur agalmatochromie : tous les jours, on eu retrouve des vestiges dans les débris d'Uerculanum et de Pompeia. L*art romain qui employait la cire, Tor, faisait aussi usage de la mosaïque comme moyen de décoration. Les arts poly chroniques passèrent de là dans Tart chrétien, qui Irur imprima un cachet spécial, dans celui des Bysaotins, en Italie, et même dans le Mord. C'est
aussi à la polychromie chrétienne qu*on peut rapporter Tinvenlion et remploi des vitraux de couleur. Quant à Tarchitecture arabe, elle suivit un système particulier dans la décoration polychromique de ses édifices. Ency. dxs gbrs ou h.
POLYGLÈS, sculpteur grec qui florissait vers 180 avant Jésus-Christ, passe pour être Fauteur de V Hermaphrodite Borghèse; il fit avec Dionysius, son frère, une Junon et un Jupiter magnifiques.
POLTCLÈTE, dit de Sicyone, disciple d'Agelade, que M. Émeric-David croit né à Argos, vers 480 avant J. C, rivalisa dignement avec Phidias et remporta même en quelques points sur lui. On citait comme un chef-d'œuvre de la statuaire, son jeune homme se couronnant du laurier des vainqueurs. SonDorxphore passait surtout pour admirable. Winckelmann présume que cette statue fut celle que Ton surnomma le Canon, parce que ses proportions la rendaient digne de servir de modèle aux artistes. Cet ouvrage fit appeler Polyclète lui-même, le Canon, Comme pendant du Jupiter de Phidias , il fit la Junon d'Argos, qu'il représenta sans voile, assise sur un trône d'or, dans une attitude majestueuse; la tête, la poitrine, les bras et les pieds étalent en ivoire, les draperies en or ; elle portait sur la tête une couronne d'or, sur laquelle Tartiste avait sculpté les Heures et les GrAces; la déesse avait un sceptre surmonté d'un coucou dans la main gauche, une grenade dans la droite, ses pieds reposaient sur une peau de lion. M. Émeric-David donne 3â ou 34 pieds de proportion à cette statue de Junon. Lorsque, longtemps après la mort de Polyclète, il s'agit de placer dans le temple d'Éphèse restauré cinq statues d'Amazones, dont une était de Phidias, celle de Polyclète fut regardée comme la première par les statuaires appelés à juger de leur mérite. Ou dit que cet artiste avait écrit sur les proportions un traité où il faisait consister la beauté en une stature moyenne unie à la symétrie des membres. X.
POLTCRATE, tyran de Samos, vécut du temps de Cyrus et de Pythagore, (vi« siècle av. J. C.)« Pour afi^ermir son pouvoir usurpé, il s'allia avec le roi d'Egypte Amasis. Le bonheur extraordinaire qui le suivait dans toutes ses entreprises engagea Amasis, à ce que nous raconte Hérodote, à lui écrire de prévenir, par quelque malheur volontaire, ceux que la fortune pouvait lui réserver. Voulant mettre cet avis à profit, Polycrate jeta une bague d'un grand prix dans la mer. Quelques jours après, le sort la lui fit retrouver dans le corps d'un poisson que des pêcheurs lui avaient apporté en présent, à cause
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de sa grosseur extraordinaire. Effrayé d'une prospérité si constante, Amasis rompit son alliance avec lui. Le malheur qu*il prévoyait ne tarda pas effectivement à arriver. Polycrate était sur le point de s'emparer de toute Tlonie et des Iles voisines, lorsque le satrape perse, Orœte, l'attira chez lui et le fit crucifier, 539 ans avant Jésus-Christ, pour se venger d'une injure qu'il prétendait en avoir reçue. Tout tyran qu'il était, ce prince parait avoir eu, à un haut degré, le sentiment des arts et des sciences. Anacréon fut son favori. Conv. Lbx.
POLTDECTE, roi de llle de Sériphe, recueillit Danaé et Persée, livrés à la mer dans un coffre; mais plus tard , ayant voulu faire violence à Danaé, il fut pétrifié par la tête de Méduse que lui présenta Persée, vainqueur des Gorgones.
POLYDORE-YIRGILE ou Ybbgilb, né à Urbin en Italie vers 1470, embrassa l'état ecclésiastique et professa les belles-lettres à Bologne. Chargé par le pape Alexandre YI d'aller en Angleterre pour y recevoir le denier de saint Pierre, tribut qu'on payait alors au saintsiége , Henri YIII , charmé de son esprit, le retint près de lui, él le nomma, en 1507, à l'archidiaconé de Wels. Mais le climat d'Angleterre étant contraire à sa santé, il obtint la permission d'aller respirer un air plus chaud dans son pays natal, où il mourut, en 1555 au plus tard, après avoir publié plusieurs ouvrages en latin. Nous citerons 1» une Hiitoire d'Atigleierre^ qu'ildédia à Henri YIII, et qui va jusqu'à la fin du règne d'Henri YII (Bâle, 1534) : cet ouvrage est aussi curieux qu'intéressant ; 3» un Traité des prodiges, Ub, m (Amst., 1671, in-12), dont nous devons une traduction française à Belleforest (Paris, 1576, 1582, in-go), et enfin des Corrections sur Gildas, Cet historien écrit avec une élégante pureté; il narre assez bien, mais il est quelquefois inexact , et souvent superficiel. Élevé sous une domination étrangère, on peut lui reprocher encore de n'avoir pas assez connu l'état des affaires d'Angleterre ni la police de ce royaume. X. X.
POLYÈDRE. (Géométrie.) Du grec noXvç, plusieurs et l^pa, base. C'est le nom qu'on donne aux corps terminés de tous côtés par des surfaces planes. Ces surfaces sont les faces du polyèdre. Les lignes droites que forment les intersections de deux faces adjacentes, sont dites les arêtes. Chaque point où plusieurs faces se touchent et forment un angle solide, se nomme sommet. Dans tout polyèdre, le nombre des sommets ou des angles solides est égal au nombre des arêtes, moins celui des faces, plus deux. Quant au nombre des arêtes, il est naturellement
égal à la moitié de celui des côtés de tous les polygones qui composent la surface entière du polyèdre.
Les polyèdres prennent une dénomination spéciale du nombre de faces qui les entourent. Ces noms sont formés du grec iipa, précédé de l'adjectif numéral exprimant ledit nombre dans la même langue. Ainsi, le polyèdre de quatre faces est dit tétraèdre; celui de cinq, pentaèdre; de six, hexaèdre; de huit octaèdre; de douze, dodécaèdre; de vingt, icosaèdre. Le tétraèdre (pyramide triangulaire) est le plus simple de tous les polyèdres ; car il faut au moins quatre plans pour renfermer un espace solide.
Un polyèdre est dit régulier lorsque toutes ses faces sont des polygones réguliers, égaux, et que tous les angles solides sont égaux entre eux. Il ne peut y avoir que cinq sortes de ces corps réguliers, savoir : trois formés par des triangles équilatéraux, le tétraèdre, l'octaèdre et l'icosaèdre ; un qui se termine par des carrés, l'hexaèdre ou cube; et enfin, un dont les faces sont des pentagones, le dodécaèdre. Ces cinq solides réguliers, nommés aussi platoniques, parce qu'on attribue à Platon la découverte de leurs propriétés , peuvent être exactement inscrits à une sphère, c'est-à-dire qu'une sphère dans laquelle ils seraient renfermés toucherait tous leurs angles solides ; il en résulte, entre le rayon de la sphère et les dimensions des polyèdres inscrits, certains rapports qui permettent de les déduire les uns des autres, et de les comparer entre eux.
La superficie totale d'un polyèdre se termine en ajoutant les différentes aires des faces les unes aux autres, ou, s'il est régulier, en multipliant la surface d'un de ces plans par le nombre de ses faces. Le volume se trouve en décomposant le polyèdre en d'autres corps, comme des primes ou des pyramides dont on réunit ensuite les solidités. L. Locvbt.
POLTEN {PofjrtiBnus) naquit en Macédoine, et de bonne heure vint à Rome, où il exerça la profession d'avocat et de rhéteur. C'est là, vers l'an 161 de J. C, qu'il composa, à l'instar de Frontin, mais sans lui rien emprunter, les YIII livres de Stratagèmes qu'il dédia aux empereurs Antonin et Yérus , et que nous avons encore. Seulement quelques livres sont incomplets , et des 900 exemples de stratagèmes que contenait primitivement l'ouvrage, il n'en reste plus que 835. On reproche à Polyen d'y avoir fait entrer des actes de perfidie et de cruauté qui ne méritaient pas d'être nommés des ruses de guerre, et des anecdotes^ des apopbthegmes tout à fait
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étraDgers au sujet. Malgré ce défaut (Tunité de ; plan, les Stratagèmes de Polyen ne sont pas sans Qlilité pour Thistoire; ils renferment des choses curieuses qu*on ne trouve pas ailleurs, entre autres les règlements de Cyrus sur les repas des rois de Perse (lY, 3.52). Cet écrivain avait encore composé une histoire des révolutions de la Macédoine. Trois ou quatre réflexions qui nous en restent dans le FlorUegium de Stobée(XLIII, 41.53.55; CXXIY, 31 ), attestent un esprit Judicieux. Le style de Polyen , rapide et figuré, se ressent toutefois d^une époque de décadence, et plus encore peut-être de Tincurie des copistes. Casaubon en a fait paraître la 1'» éd. à Lyon, 15a9« in-12; Maasvicius, la â«, Leyde, 1691, in-8«; Mursinna, la 3«, Berlin, 1756, in-12; la dernière et la meilleure est celle de Coray, Paris, 1809, in-8<». Le bénédictin dom Lobineau en a donné une trad. ft. fort estimable, Paris, 1743, 2 vol. in-13. F. Dkhèqub.
POLTEUGTE (saiht), martyr d'Arménie, vivait avant le iv» siècle et servait à Mélilène dans rannée romaine, lorsqu'il fut converti par son ami Néarque. Ayant confessé J. C, pendant une persécution, il eut la tète tranchée. On le fête le 23 février. Les actes de ce martyr sont peu avérés. Polyeucte a inspiré à Corneille une de ses plus sublimes tragédies. Bouillbt.
POLTGALÉES. Famille de plantes élablie par Jussieu pour recevoir les genres qui présentent Pensemble des caractères suivants : fleurs her. maphrodites, quelquefois renversées. Le calice se compose de quatre, ou plus souvent cinq sépales égaux ou inégaux, deux étant en général phis intérieurs et plus grands et sous forme d*ailes. Ce calice est ou persistant ou caduc. La corolle se compose de cinq pétales, dont un à quatre peuvent avorter. Ces pétales, en général inégaux, sont plus ou moins soudés à leur base, et imitent une corolle monopélale, irrégulière ; Pan de ces pétales est souvent plus grand, concave, glanduleux, relevé d'une crête et fimbrié sur son bord. Souvent les étamines varient de deux à huit; elles sont monadelphes, forment «I tube fendu dans toute sa longueur et divisé supérieurement en deux faisceaux. Les anthères sont uniloculaires, et s'ouvrent en général par leur sommet et au moyen d'un petit opercule. Ces étamines, de même que les pétales, sont hypogynes. L'ovaire est libre , à une ou deux loges ; dans le premier cas il contient deux ovules collatéraux et pendants ; dans le second chaque loge contient un seul ovule suspendu. Le style est plus ou moios recourbé, quelquefois élargi, teraiiié par un stigmate simple ou irrégulier et
à deux lèvres inégales. Le fruit est une capsule comprimée, quelquefois mince et membraneuse dans son contour, à deux loges monospermes, ou une sorte de drupe sèche ou charnue , indéhiscente et monosperme. Les graines, qui sont pendantes, sont quelquefois munies à leur base d'un arille bilobé. Leur tégument propre recouvre une amande, tantôt formée par un endosperme charnu, contenant un eqobryon homotrope et inclus, tantôt fermée par l'embryon seul, dont les cotylédons sont alors plus épais. Les plantes réunies dans cette famille sont tantôt des herbes, tantôt des arbustes et des arbrisseaux; leurs feuilles, généralement alternes, sont quelquefois opposées ou verticillées. Les fleurs, rarement solitaires et axillaires , forment en général des épis simples ou des espèces de corymbes. On trouve dans cette fomille les genres pofxgaia, Tourn. ; $aiomonia , Lour.; comenpertna, Lavill. ; badiera, D. C; ioulamea, Lamk.; tnuraliia, Necker; mundia, Kunth; monnina , Ruix et Pavon ; securidaca, L. ; kro" meria^ Lœfl. Les polygalées forment une famille très-naturelle, mais dont la place n'est pas facile à déterminer dans la série des ordres naturels. Par l'aspect de sa fleur elle a des rapports avec les légumineuses et avec les furaariacées, et nous pensons qu'elle ne saurait être trèséloignée de cette dernière famille. Cependant la plupart des auteurs placent des polygalées auprès des violacées. Db..z.
POLYGAMIE, (terme dérivé de deux mots grecs polus, plusieurs, et gamos, mariage), et désignant la coutume de se marier avec plusieurs femmes : « cas pendable parmi nous, dit Molière, mais fort usité dans beaucoup de contrées. » La femme qui peut prendre beaucoup de maris, comme il arrive au Thibet et ailleurs, et comme le fait la reine des abeilles, exerce la po- Ixandrie, On appelle, au contraire, polxgxniey en botanique, la pluralité des parties femelles chez les plantes, comme on pourrait le dire également de l'espèce humaine, polygame, ou pour les divers animaux prenant plusieurs femelles, tels que les ruminants, les oiseaux gallinacés, etc. — Établissons donc les proportions relatives des sexes et leurs alliances dans les deux règnes organisés.
% I. Chez les végéiaus, la polygamie constitue la vingt-troisième classe du système sexuel établi par Linné. Elle comprend les plantes dont len organes sexuels ne sont point réunis dans une même fleur, et dont les fleurs sont tantôt, ou mâles, ou femelles, ou hermaphrodites, sur un, ou deux, ou trois individus de la même espèce.
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C*e8t pourquoi cette classe se subdivise en trois ordres : 1« la monœcie à fleurs mâles, placées en haut, et à fleurs femelles distinctes, sur un seul pied, comme dans le blé de Turquie (Mea), Tortie, le mûrier, le noyer, et d*autres arbres à chatons : chênes, noisetiers, buis, pins, et les cucurbitacées , etc.; 9» la diœeie, ayant des mâles sur un individu et des. femelles sur un autre : tels sont les saules, le chanvre, le houblon , les épinards , la mercuriale , le genévrier, le pistachier, etc.; 5» la triœcie, chez les figuiers, les caroubiers, etc., dont les fleurs, étant polygames , présentent les trois sortes de fleurs sur trois individus. On comprend que la plupart de ces combinaisons arrivent d'ordinaire par Tavortement de Tun des sexes dans ces fleurs qui seraient hermaphrodites (ou pourvues de parties mâles et femelles) dans leur état normal. Aussi voit -on éclore quelquefois des fleurs ou mâles, ou femelles, ou hermaphrodites, sur des pieds qui n>n portent pas d'habitude. — Parmi les fleurs composées ou $xngénè$eê (appelées aussi txnunthérèe» ^ â cause de Tunion de leurs anthères ), le calice commun qui les rassemble présente également des exemples de ayngènésie polygamie. Ainsi, lorsque toutes les fleurs y sont hermaphrodites, il existe une polygamie égale (dans les artichauts, la chicorée, le pissenlit, la laitue, les chardons). Il y a polygamie superflue lorsque les fleurons du centre sont hermaphrodites et ceux de la circonférence sont femelles (comme aux absinthes, armoises, pâquerettes, matricaires, chrysanthèmes, années, séneçons, asters, œillets d'Inde et zinnia, millefeuilles, etc. ). La polygamie flruitranée a lieu chez les fleurs composées à fleurons centraux hermaphrodites et à fleurs marginales stériles, par exemple, le soleil, le contopsis, La polygamie nécessaire existe lorsque jes fleurons marginaux sont les seuls fèrti les, comme dans le souci, Voihonna , etc. Enfin, la polygamie séparée se présente lorsque les fleurs, quoique séparées dans un involucre commun, possèdent encore, chacune leur calice propre, tels que les echinops, les sloebe. Vêlephantopus, etc. Des plantes ombelUfères présentent quelques a vortements analogues à ceux des syngénèses, ainsi que les plantains, les rumeSf les sumacs, les nerpruns. On rencontre des fteurs ou mâles ou femelles sur d'autres plantes hermaphrodites, les silène , les cucubalus, les valérianes, les lauriers, dans nos jardins comme à l'état sauvage. Ainsi, il y a des hermaprodites et des femelles chez les arroches, les pariétaires, etc. Tontes ces diffdrences sont exposées
avec soin dans la Dissertation des noces des plantes (Sponsalia plantarum ) de Linné.
% II. Dans le règne animal , la polygamie on l'union ?ague est plus commune que la monogamie, même chez les singes, qui sont peut-être le type originel de l'homme à l'état de nature. La plupart des carnassiers et des rongeurs n*ont même aucune femelle attitrée , mais fécondent, au temps du rut, toutes celles dont ils peuvent Jouir. On a dit cependant que le castor, l'éléphant, les rhinocéros et les hippopotames étaient monogames, mais les autres genres, soit de pachydermes (comme les cochons, les chevaux), soit de rongeurs, ne le sont nullement. Au contraire, beaucoup d'herbivores ruminants sont polygames : aussi, dans ces espèces, le nombre des femelles natt plus considérable, pour l'ordinaire, que celui des mâles, et, par une admirable prévoyance, la natufe a rendu les premières chastes et les seconds très-ardents. Les phoques étant polygames et même très-jaloux, se font une sorte de sérail de leurs femelles, dont ils deviennent les gardiens et les tyrans. Parmi les oiseaux, le plus grand nombre est polygame, surtout chez les gallinacés, les palmipèdes, etc. Mais on trouve des exemples de monogamie dans la famille des colombes, des cigognes, dés hirondelles, des pies, et peut-être de tons les oiseaux rapaces, aigles, faucons, etc., qui s'apparient au printemps. Cette monogamie ne subsiste pas toujours après la couvée , excepté chez les pigeons. En général, tes races qui vivent en troupes sont polygames, tandis que les espèces solitaires se marient y ou sont monogames. D'autres, sans l'être, n'ont que des unions indéterminées, on prennent , sans choix , ce qu'ils trouvent à leur portée ; car, parmi les animaux, les individus utérins se mêlent entre eux , et les pères avec leurs descendants, sans aucune répugnance, quoiqu'on ait supposé, sans preuve, que le cheval refusait de couvrir sa mère. Les chiens, les chats , ne font aucune distinction â cet égard. Toutefois, chaque espèce préférant les individus de même âge, il s'ensuit que les accouplements entre les ascendants et les descendants sont moins communs qu'entre contemporains. Les reptiles n'ont aucune femelle assignée ; toutes celles de leur espèce leur conviennent au temps du rut. Les poissons ne s'accouplant pas , pour la plupart, ils ne sont ni monogames, ni polygames. Il y a des espèces chez lesquelles on n'a Jamais trouvé que des femelles , comme les anguilles, les fistulaires, les kimproles, etc. Lorsque les femelles sont plus nombreuses que les mâles, parmi les insectes, eDes hareellent cen-
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ci, plus inertes, pour les exciter à les féconder : ainsi les mouches-asiles , et d'autres, font eo quelque sorte violence à leurs mâles ; c*est le contraire dans les espèces où les femelles sçnt peu nombreuses; en général, la provocation appartient an rôle masculin et au sexe surabondant. Parmi les républiques d*abeilles etd*autres hyménoptères, les mâles prédominent en nombre, mais les femelles ont besoin de plusieurs accouplements pour féconder Ténorme quantité d*œufs qu*dles déposent. Ainsi s'établit la polyandrie.— La nature a donc distribué à chaque sexe les qualités capables d'augmenter leur propagation dans la grande proportion possible. Chez les végétaux, le nombre des organes masculins est le plus considérable ; ils sont situés autour des organes femelles placés au centre de la fleur, comme étant phis robustes et destinés à leur défense. Chez les animaux, la proportion du sexe féminin prédomine plus souvent dans une foule de classes.
$ m. Dans Tespèce humaine, on appelle polyffome rhomme qui prend plusieurs femmes en mariage, selon la coutume de tous les peuples mahométans, indous et autres, quoiquMI n'y ait parfois que bigamie : c'est plutôt une po/xgX' nie. — Il est une autre sorte de polygamie in- Terae, ou plutôt de poljrandHe^ dans laquelle une seule femme peut prendre plusieurs maris à la fois ; ce qui est contraire à la nature, car, évidemment, la volupté, alors, est plus consultée qiiM llntérét de la propagation. En effet, un homme peut féconder plusieurs femmes, mais ose femme avec plusieurs hommes n'engendre presque Jamais d'enfants , comme on le remarque dans les prostituées. Cependant, cette coutvme est adoptée au Thibet, au Boutan, et dans qvelqoes castes maiabares de l'Indoustan, par des raisons particulières, comme nous le dirons. — Dans B06 régions tempérées et les climats polaires, la nature n'accorde, pour l'ordinaire, qu'une seule femme à chaque homme : le nombre des individus de chaque sexe nait à peu près égal. Sous des deux plus ardenU, elle institue la polygamie, soit en créant plus de femmes que dliorames, soit en hâtant la précoce floraison des premières, et en usant trop tôt les mâles. Le b«l de ces différences parait manifeste, car les habitants des pays froids sont plus lents en amour, leurs femmes plus longtemps fécondes, et moins expotées aux avoKements que dans le Midi. Dans les contrées brûlantes , Tamour s'éveille de bonne heure, s'enflamme avec violence, et s*ttse bientôt : toutes les floraisons y sont rapides. D fiot donc que les hommes prennent à la M m pins ffrtnd nombre de femmes, puis-
qu'un seul homme en peut imprégner plusieurs en peu de temps, et épuise rapidement toutes ses facultés prolifiques. D*ailleurs , ces femmes si précoces, ou pubères à 10 ans, sont vieilles et stériles à 80 : il faut donc compenser ce défaut de durée de leur fécondité par leur grand nombre. Aussi les générations se succèdent plus rapidement sous les tropiques, et plus lentement sous les deux froids du septentrion ; aussi les Méridionaux sont déjà vieux dès le temps de leur Jeunesse, et les septentrionaux encore jeunes dans l'âge de la caducité. — La grande ardeur des Méridionaux, toutefois, et la polygamie, paraissent moins favorables à la multiplication de l'espèce que le chaste amour et la monogamie sous nos deux plus froids. Les premiers cherchent plutôt à assouvir leurs voluptés; les seconds ne pensent qu'à satisfaire tranquillement un besoin : de là vient que les uns s'énervent, tandis que les autres n'outre-passent pas Tinslinct. C'est encore pour cela que les premiers engendrent plus de filles,et ces derniers plus de garçons. % IV. La cause de la surabondance du nombre des femmes sous des deux ardents (et dans les grandes villes à mœurs corrompues), et celles des hommes dans les pays froids (et les villages à mœurs plus pures), dépend ainsi de deux sources principales : 1« de raffaiblissement des hommes du Midi ou de leur énervation , et de leur vigueur dans les pays froids et les lieux chastes; 9« de l'usage de la polygamie et de la monogamie, qui s'entretiennent par leur cause même. Il est reconnu que les hommes robustes ou d'une constitution virile engendrent communément plus de garçons que de filles : Tétre relativement le plus fort prédomine dans la reproduction. Sous la zone torride, les hommes sont efféminés par la chaleur, la précocité et la multiplicité de leurs jouissances, au contraire : donc, le sexe féminin obtiendra la prépondérance. Une autre cause concourt à la multiplication des femmes dans les climats chauds : c'est que la chaleur accroît l'amour chez elles, et énerve aisément les hommes. Aussi l'on a remarqué depuis longtemps que les femmes ayant le tempéramment froid devenaient plus amoureuses pendant Tété, qui exalte leur sensibilité; tandis que la constitution plus sèche de la plupart des hommes Jouit d'une plus grande énergie en hiver, époque qui énerve moins les facultés. Or, le plus amoureux des deux sexes, toutes conditions d'ailleurs égales, doit obtenir plus d'inflnence dans la propagation. Ainsi, les mâles étant vigoureux au Nord comme en hiver, produisent plus d'individus de leur sexe; un effet semblable a lieu pour les femmes ea été , et dans
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les contrées équatoriales.— Chez les animaux, de même la polygamie entretient la polygamie, comme on le remarque, soit dans les poules, soit parmi les brebis, chèvres, génisses, biches, etc.; un étalon fécondant plusieurs cavales s'affaiblit, tandis que la jument, qui ne possède pour ainsi parler, qu'un tiers ou un quart du mâle, doit dominer dans la génération. En fournissant une plus forte part de son sexe, elle prévaut nécessairement, comme Tout observé les médecins depuis Hippocrale jusqu'à nous. — Lorsque des peuples vivent sans guerre, sans émigrations, sans la marine et le commerce, ou d'autres arts qui enlèvent tant d'hommes, alors, la surabondance des mâles, commune parmi les monogames sous des cieux froids, s'accroît indéfiniment. S'il y a trop peu de femmes, la polyandrie s'établit, comme chez les habitants du Tbibet, du Boulan, du royaume de Népaul, au centre de l'Asie, chez quelques tribus malabares, et des sauvages du nord de l'Amérique, tels que les Iroquois de la nation des Tsonnontouans. Les anciens Bretons, au rapport de César, se contentaient quelquefois d'une femme pour deux hommes, et les Naïres de Çalécut n'ont souvent que quelques femmes qu'ils se partagent entre eux. — En effet, la justice distributive veut que, si plusieurs femmes sont le lot d'un seul homme dans les harems ou sérails indous et musulmans, une femme sous des cieux plus froids devra obtenir plusieurs maris, puisque les mâles y surabondent. Mais, le maintien de l'ordre social et le droit de paternité s'opposent d'ordinaire à cet arrangement. Qui remplirait les devoirs de père, lorsque personne ne serait sûr de l'être réellement? Celle-là l>ourrait-elle être respectée dans la famille qui deviendrait tour à tour la possession de plusieurs, et ressemblerait ainsi à une prostituée à gages? — Nous avons montré, dans notre Histoire naturelle du genre humain, que la polygamie avait été en usage parmi tous les peuples de la terre, sans exception, à l'état sauvage. Pelloutier et d'autres auteurs l'ont prouvé à l'égard des Celtes ou Gaulois, nos ancêtres, ainsi que des * peuples de la Germanie ; ils ont prouvé en outre qu'elle existe encore de fait dans les trois quarts de la race humaine, bien qu'en réalité un grand nombre d'hommes vivent dans la monogamie. Les Athéniens ont été bigames, d'après leurs lois, et Socrate même avait deux femmes : ce qui est beaucoup pour un sage. Parmi tous les barbares, dit Tacite, les Germains étaient monogames; encore quelques princes ou chef^ prenaient-ils plusieurs femmes. C'est d'ailleurs l'état originel des premiers humains de s'emparer de
plusieurs femelles, dit Aristote {Poliiic.)^ et Théophilus Alethœus (nom supposé de Pierius Yalerianus), dans sa Polxgamia triumphatris (Londini, 1682, in-4o). La polygamie s'étend même jusque sous les glaces du pôle, chez les Esquimaux, les Kamtschadales, etc.
§ V. Au contraire, la monogamie ne s*étend guère au delà des nations civilisées de l'Europe et de leurs colonies ou émanations dans les deux Indes, où le christianisme maintient cette loi. Une religion de chasteté et de modération met un obstacle à sa propagation dans les contrées chaudes d'Asie et d'Afrique, comme l'avouent naïvement ces peuples : ils ne peuvent se résoudre à quitter leurs femmes. Aussi le christianisme n'a pu prendre racine que sous des cieux froids, où les sexes sont moins fougueux dans leurs voluptés, tandis que l'islamisme, promettant son paradis avec les houris voluptueuses, s'est facilement propagé dans les climats brûlants. La religion du dalaïlama ou le schamanisme, au milieu des plus rigoureuses contrées de la Sibérie, ne s'oppose point à la polygamie, car les prêtres schamans des Samoïèdes et des Ostiaques, jusque sous le pôle arctique, prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir.—La monogamie est fondée sur l'égalité presque parfaite des sexes, la polygamie sur l'inégalité et l'esclavage des femmes. Il faut que le polygame possède seul tous les biens et toute l'autorité ; qu'il achète ses femmes, les renferme dans un sérail, les nourrisse et obtienne sur elles des droits trèsétendus : tel a été l'esprit des codes civils et religieux de l'Asie : celui de Manou, leZend-jévesla de Zoroastre, les cinq King de Confucius parmi les Chinois, le Coran de Blahomet, etc. : la femme n'y est considérée que comme une propriété, un instrument de Tolupté. Ainsi, la plus douce, la plus belle moitié du genre humain, est immolée aux plaisirs de l'autre par l'abus de la puissance. — Nous devons à la monogamie une plus grande vigueur de courage et de liberté, car il y a moins de cause d'énervation. Nous lui devonsles lois de galanterie, puisque les femmes étant maltresses de leurs faveurs, il faut que les hommes se fassent préférer et choisir par le beau sexe. Nous devons aussi à la monogamie l'usage du duel chez les peuples du Nord. En effet, les Tâtars, les Turcs, étant tous polygames, ne suivent point cette coutume cruelle du point d'hon» neur. Celui-ci, toutefois, est si puissant qu'aucune femme ne consentirait à donner sa main à un homme déshonoré; et l'on sait combien la rivalité engendre de duels pour les femmes : celles-ci sont toutes comme madame de Sévigné, qui
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fi*aîinaii rien tant que iei grands coupi d^épée» Il est dans le cœur de la femme, comme dans celui des femelles d*animaux, de préférer les mâles les plus belliqueux ou les plus vigoureux, soit qu^ils promettent plus de plaisirs, soit qu'ils deviennent pour un être délicat des défenseurs plus intrépides, et un secours plus assuré. Ainsi, quoique le duel ait Tbonneur pour objet, cette sorte de considération imposée à autrui devient encore un titre en amour, afin d*obtenir la préférence sur ses rivaux. Les femmes, en effet, montrent toutes un penchant pour les militaires, comme Vénus pour le dieu Mars. *- Il suit encore, des différences entre les monogames et les polygames, que beaucoup d*bommes n*étant point pourvus d'une femme dans les froides régions où domine le plus grand nombre de mâles, ceux-ci tiennent moins à la société, à la patrie, sont disposés aux migrations, aux voyages dans des colonies lointaines, à refluer, les armes à la main, comme le Tâtar mongol, dans les contrées méridionales. Le polygame des régions tropicales, au contraire, chargé de plusieurs femmes et d'une nombreuse famille, dès son Jeune âge, dans son barem , s'éloigne peu, car son énervation corporelle lui permet peu la volonté et le pouvoir de ces entreprises. Il se laissera donc opprimer, parce qu'il adhère à trop d^intéréts.— Enfin, le despotisme qui s'introduit nécessairement dans la famille par la sujétion des fenunes dans les sérails du polygame ne manque pas de s'établir dans le gouvernement dvil des peuples soumis à cette coutume. Il faut que la puissance du prince et des lois prête fbrce aux particuliers pour maintenir l'esclavage d'une moitié tout entière de l'espèce humaine. Les pays polygames sont donc des climats de servitude, tandis que le respect pour les femmes, et leur liberté, sont de puissantes garanties pour l'indépendance et la liberté civile. C'est encore par le même principe que les mœurs des monogames se conservent plus pures; car, en laissant à la femme cette confiance, cette faculté de se donner, elle sent le besoin de se faire respecter et considérer; tandis qu'une femme vendue, en Asie, au plus offrant, qu'elle ne connaît pas, et qn*elle ne peut aimer peut-être, ne se croit tenue à rien par celui qui l'achète pour son propre plaisir. Elle le trompera, si elle le peut, à la première occasion favorable : de là viennent la nécessité de la clôture et la jalousie. Puisque rhomme polygame ne cherche qu'à satisfaire sa volupté, la femme esclave ne peut point avoir d'autre morale.— Il suit de ces faits que la présence simultanée de plusieurs épouses est con-
traire au bonheur domestique, et entraine le despotisme social. La succession de plusieurs femmes parait, au contraire, la condition la plus favorable à la production d'un grand nombre d'individus : elle constitue la véritable polygamie naturelle. Enfin, la monogamie nous semble l'état le plus propre au grand développement de la civilisation, par l'égalité des sexes, l'émulation qui s'établit entre les individus. De plus, la conservation des mœurs et la vigueur du corps et de l'esprit qui en résulte sont encore des avantages que ne peut présenter la polygamie. J. J. VIBBT.
POLYGLOTTE (traduction exacte du grec poluglôsêos, racines, po/us, beaucoup, et ^/o«5é ou glotte, langue), indique, dans son acception la plus générale et la plus ancienne , un ouvrage qui est écrit et imprimé en plusieurs langues. Il y a plusieurs WAe^ polyglottes; la première en date est la Bible impr. en 1515 à Alcala de Hénarès (Nouv.-Castiile), sous les ordres du cardinal Ximénès, un des plus grands ministres qu'ait eus l'Espagne. Celte Bible , appelée indifféremment la Bible d'Alcala ou de Complute, renfermait le texe hébreu, la paraphrase chaldaïque, la version grecque des Septante, à laquelle on a joint une interprétation littérale en latin ; enfin, l'ancienne édition latine. Le texte grec du Nouveau Testament y est imprimé sans accents pour représenter plus exactement le texte original des apôtres, où ces accents n'étaient point marqués. La seconde Bible pofjrgiotteou Bible royale a été imprimée par Plantin à Anvers en t572, par 'l'ordre de Philippe II, et sous la direction du savant Arias Hontanus. Elle contient tout ce qui était déjà dans la Bible de Complute, avec d'importantesadditions, et surtout des vocabulaires et notes grammaticales, qui rendent la Bible royale aussi précieuse qn'utile pour éclaircir les diflScuUés des différents textes. La troisième po^ fy-glotte est celle de Paris, imprimée en 1645, sous la direction de le Jay. Elle contient, en fait de textes et d'interprétations, tout ce qui se trouve dans la Bible de Philippe II, et, de plus, une traduction arabe avec une interprétation latine ; mais il y manque un apparat et des dictionnaires, qui sont dans la polyglotte de 1573. La quatrième polyglotte est celle d'Angleterre, imprimée à Londres en 1657 : on la n<nnme aussi la Bible de ff'alton, du nom de son éditeur. Elle n'est pas si belle que celle de le Jay, mais plus ample et plus commode. On y a mis la Yulgate, selon l'édition revue et corrigée par le pape Clément YIII (vqy.) ce qu'on ne trouve pas dans la polyglotte de Paris, où la Yulgate est telle
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qu'elle était dans la Bible d^Anvers avant la correction. La polyglotte d'Angleterre contient en outre une version latine inlerlinéaire du texte hébreu. Le grec des Septante, qui est dans la polyglotte de Wallon, n*est pas celui de la Bible d'Alca1a,qu*on a conservé dans les éditionsd*Anvers et de Paris, mais le texte grec de Tédition de Rome, auquel on a joint les diverses leçons d*un autre exemplaire grec fort ancien, appelé o/ejrantb-in, parce qu*il est venu d* Alexandrie. La version latine du grec des Septante est celle que riaminius Nobilius a fait imprimer à Rome par Tordre du pape Sixte Y. On trouve de plus dans la polyglotte d'Angleterre quelques parties de la Bible en éthiopien et en persan; enfin, elle a Tavantage de contenir des prolégomènes sur le texte des originaux et sur les versions, avec un volume de diverses leçons de toutes ces différentes éditions ; enfin, Ton y a joint un dictionnaire en sept langues, composée par Castel, en 3 volumes, ce qui fait un total de 8 vol. in-fol. Bayle, dans les Nouvelles de la république des UilreSf parle plusieurs fois du projet d'une nouvelle Bible polyglotte, conçu par quelques érudlts protestants, dans l'intérêt de leur communion. Ce plan fut imprimé à Utrecht en 1684, in-8o, sous ce titre : Novorum Bibliorum poixglottorum synopsis* Bayle présente à ce sujet des vues très-Judicieuses : il veut voir élaguer dans cette nouvelle polyglotte une foule d'inutilités qui se trouvent dans les précédentes, et désire en même temps qu'elle renferme des pièces importantes qu'on y cherche en vain ; en un mot, qu'elle soit à la fois plus courte et plus complète. Ce projet ne fut point exécuté. On peut aussi mettre au nombre des polyglottes deux Pentateuques que les Juifâ de Constant!nople ont fait imprimer en quatre langues, mais en caractères hébreux. La première de ces éditions est de 1647, la seconde de 1551. La Bible de Hutter, imprimée à Hambourg Tan 1599, en 19 langues, hébreu , chaldéen, grec, latin, allemand, saxon ou bohème, italien, espagnol, anglais, français, danois, polonais ou slavon, occupe aux yeux des protestants un rang distingué parmi les Bibles en plusieurs langues. En 1616, il parut à Gènes, par les soins d'Augustin Justiniani, évèque de Nébo, un psautier en quatre langues, hébreu, grec, chaldéen, arabe, avec les interprétations latines et des gloses. On a encore la belle polyglotte de Yatable, en hébreu, grec et latin ; celle de Yolker, en hébreu, grec, latin et allemand ; celle de Polken, imprimée en 1646, en hébreu, grec, éthiopien et latin. Jean tndconitx 4omia, Tan vm, les Psaumes^ les
Proverbes de Salomon, les prophètes Michée et Joël, en cinq langues, hébreu, chaldéen, grec, latin et allemand. Le premier modèle de toutes ces Bibles se trouvedans les Hexaples d'Origène, qui, le premier, avait placé sur six colonnes parallèles six textes différents de l'Ancien Testament. Le père le Long, de l'Oratoire, a fait un traité curieux sur les polyglottes. On voit que ce fut le zèle religieux qui inspira les premières publications polyglottes. Une singularité de ce genre, qui doit être remarquée, c'est l'impression de l'oraison dominicale, en 90 langues, et en caractères propres à chacun de ces idiomes, qui fut faite en 1805 par M. Marcel, alors directeur de l'imprimerie impériale. C'était un hommage qu'il destinait à Pie YII, lorsque, pendant son séjour à Paris, ce vénérable pontife visita ce bel établissement. Celte publication in-4o est un chefd'œuvre typographique. L'imprimerie royale est en effet la plus riche de toutes celles qui existent en caractères étrangers. La science n'est point demeurée en arrière de la piété pour mettre au jour des éditions polyglottes. En 1551, le frère Ambroise d'A Calepio, si connu en France sous le nom de Calepin, publia la première édition de son dictionnaire en sept langues, latine, hébraïque, grecque, française, italienne, allemande, espagnole et anglaise. Ce lexique, rempli de fautes, a été réimprimé en 1681 : il ne jouit plus d'aucune estime. En 1595, avait paru un Dictionarium latino-lusitanioum ac Japonicum, tiré de celui de Calepin, pour les deux premiers de ces idiomes. En 1704, sous le titre de Dictionnaire en trois langues, on a imprimé un lexique en langue slavone, grecque et latine. Dans ces dernières années, on a publié plusieurs dictionnaires polyglottes pour faciliter l'intelligence des langues modernes. Nous citerons celui du prince Alexandre Handjéri, français, arabe, persan et turc (Moscou, 1841 et suiv., in-4<»). On doit à M»* de Genlis un Manuel du Voyageur, d'abord en quatre, puis en six langues. Les traductions polyglottes d'auteurs anciens ne sont pas rares. L'Hésiode traduit en latin et en italien avec le texte grec occupe un rang parmi les livres de ce genre les plus estimés. En 1833, M. d'Altet de Lutange a publié les odes d'Anacréon, traduites par lui en vers français, avec le texte en regard, et suivies de cinq traductions aussi en vers des mêmes odes, et par divers auteurs, en latin, italien, espagnol, anglais et allemand. Ce livre, imprimé grand in-8o et avec luxe, est orné du )[>ortrait de l'auteur. — Il me reste à parler d'une acception nouvelle dii mot polyglotte s pn l'appli^e Iro-
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Bifuemciil, fi Von en croit 1h dictloBBairM, à eelui qui affscte la connaissance de plusieurs laagues : par exemple : Cet homme est un vrai pofy'gloite. J*ai peine à m*expKquer ce dédain des Icxicogfapbes pour un mot si utile, et qui manque TéritableraeBtdans notre langue. Ca. bu Roxo».
P0LT6N0TE, de Tbasos, peintre grec de pre- BBler ordre, vivait entre 4S0 et 410 avant J. G., à Athènes où il avait re^u le droit de cité. Cimon, le rival de Périclès, le chargea de décorer le pescile d^Athèaes. Ami de cet illustre général, et amant heureux de sa channanle soMir Elpinice, il voulut imoiortaliser sa maltresse en la plaçant 3a nombre des Troyennes emmenées en captivité avec Gassandre, un des deux tableaux qu^il peignit pour le pcKlIe. Le second représentait rassemblée des ehefii, après Tenlèvement de la fille de Priam. Il peignit aussi , pour la Lesché de Delphes, la prise de Troie, le départ des Grecs et la visita d^Dlysse aux enfers. On admirait, en outre, dans un des portiques du Parthénon, pluaieurs tableaux du même peintre , que Périples y avait fait suspendre; dans le temple des Dloscnres, Tenlèvement et le mariage des filles de Leocippe; et dans les propylées, plusieurs autres tableaux, à ce qu*il parait, sur bols. Polygnote lut le premier, dit-on, qui $ut donner de la vie et du mouvement, de Texpression et di|-caraclère à la peinture, servile imitatrice Jusque-là de la sculpture, varier les draperies, grouper les figures, et employer avec art les dl£férentes couleurs. Goav. Lks.
POLTGOMS iOéoméiriê)^ du grec ifoAùc, plusieurs, et yAitfi, ywUj angle, nom que Ton donne à toute figure plane terminée par des lignes droites. Ces lignes sont dites les cétéê du polygone. Ils forment en se rejoignant une série d^nglfis intemel, dont le nombre est toujours égal à celui des c6tés,
1^ polygones reçoivent des dénominations distinctes^ suivant lair nombre de côtés ou d*angles. Ces noms sont tirés ou du latin laims, l9#erfa,eôté,ou du grec y«yH,cofli4>osé avec les adUeetifli numéraux de ces langues. Ainsi, la sur- Caee renfermée dans trois c6tés, qui est la plus simple des figures rectilignes, c'est-à-dire celle dimt le nombre de càtés est le qioindre possible, se nomme trUt^tère ou plus souvent triamgie; celle de quatre, qu^drilatim celle de cinq, pêwimgomê} de six, hMOf^ne; de sept, hepêugone; de tait, ooJèyoMe; de neuf, efinéa^ofiej de dix, Mcmfonê; de onie, htmdèeagame ou ^ndècmfO«e; de douxe, éodèea^ne; de quinze, l'eiMnééemgêmiB ou quindéomfOiney e|e.
ta appelle polygones régulière ceux dont
tous les ailles et tous les eétés sont respeetive^ ment égaux. La valeur d*nn angle da ces poly* gones s'obtient en divisant la somme totale des angles par le nombre d'angles de la figure. Tout polygone régulier peut être inscrit ou circonscrit au cercle; c'est-à-dire placé de manièfe, dans le premier cas, que tous ses angles soient appuyés à leur sommet sur la circonférence d'un BÎème cercle; ou de manière, dans le second cas, qu'une circonférence vienne toucher le milieu de tous les côtés du polygone. Cette propriété est féconde en résultats : elle donne lea moyens de tracer exactement tous les polygones réguliers, de connaître les rapports de leurs angles et de leurs côtés, et de ausurer facilement leur surface.
Pour trouver le e««le dans lequel un polygone r^ulier peut être inscrit ou celui qu'il peut circonscrire, Il sufit d'élever une perpendicutaire sur deux côtés adjacents : le point où ces lignes se rencontrent sera le centre des cercles cherchés, le rayon du premier sera la distance de ce point à un sommet quelconque des angles du polygone, le rayon du second sera la longueur de la perpendiculaire, du centre au côté sur lequel elle est élevée : c'est cette dernière ligne qu'on nomme apothèw$e.
Les lignes tirées du centre à tous les sommets des angles d'un polygone régulier étant les rayons d'un même cercle, elles sont toutes de même longueur, et forment, avec les côtés, autant de triangles isocèles égaux entre eux que le polygone a de côtés. Les rapports angulaires des rayons avec les côtés pourront déterminer la nature du polygope. La surface d'un polygone se conqMMe de la réunion des surfaces partielles des triangles fermés sur ses côtés; il suf* fit donc de réunir la longueur du périmèire, en BMittipUapt la longueur d'un côté pw le nombre des côtés do polygone, puis de auiltiplier te produit par la moitié de l'apothème, pour avoir l'aire totale d'un polygone régulier quelconque* Voilà pourquoi pour avoir la surfuse d'un cemle, qui est regurdé comme un polygone réguliœ d'un nombre infini de côtés , on multiplie la longueur de sa drconférenee, qui est son périmètre, par la moitié de son rayon, qui reprér sente Fapothème. Pour avoir la surface des polygones irréguliers, on les divise, au moyen de diagonales, en triangles dont on recherche s^ parénwnt les sorfsces que l'on additionne ensuite.
Pour tracer des polygones réguliers, on diviso ordinairement la eirconférence d'un cerde en autant de parties égales que le polygone doit
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avoir de côtés; les cordes qui réunissent un à un les points de division forment les côtés du polygone cherché. De même, si à chaque point de division on construit une tangente au cercle (perpendiculaire au rayon qui aboutit à ce point), ces tangentes en se coupant formeront un polygone régulier circonscrit au cercle.
L*Huillier a donné le nom de Polygonométrie ^ un traité qu*il a publié (Genève, 1789) sur la branche de la géométrie qui a pour objet les polygones en général.
On appelle nombre polygones les nombres figurés formés par Taddition successive des termes d^une progression arithmétique commençant par IHinité. Suivant que la différence de la progression arithmétique est 1 , ou â , ou 5, eu 4, etc., les nombres polygones prenant les noms particuliers de nombres Man^/atre« (1, 3, 6, 10, etc.), quadrangulairea (1 , 4, 9, 1 6, etc.), pentagones (1, 6, 12, 29, etc.), hesagones (1, 6, 15, 28, etc.), heptagones (1,7, 18, 34, etc.), etc, L. Lodvbt.
POLYGONE. (Art fniUtaire,)On nomme ainsi le lieu où les artilleurs s*exercent, en temps de paix, au tracé et à la construction des batteries,' au tir des diverses espèces de bouches à féu, au Jet des bombes, et à tous les genres de manœuvres que comporte le service de Tartilierie, en appliquant à ces différents exercices les principes de la théorie. H y a un polygone attaché à chaque école d*artillerie.
L'étendue du polygone est fixée actuellement de manière qu'elle puisse fournir au besoin une ligne de tir de 1,200» dans le sens de sa longueur, sur une largeur moyenne de 600». Il se compose, autant que les localités le permettent : lod*un bâtiment destiné à l'atelier de réparation des voitures et des attirails d'artillerie, et d'un logement pour un garde d'artUlerie; 2» d'un bâtiment servant de magasin aux voitures, et d'un corps de garde pour un poste de canonniers; 5» d'un salle d'artifice; 4<» d'un magasin à poudre; 5« d'une butte; 6« de deux aidants pour le tir à ricochet, l'un situé â 300» des batteries, et l'autre à 850»; 7» d'un terrain assez vaste pour les manœuvres d'ensemble des pièces de campagne. Les batteries fixes sont au nombre de 3, dont une pour les mortiers, une pour les batteries de siège, de place et de côte, et la troisième ppur le tir à ricochet. Le polygone est entouré de haies et de palissades, fermé de barrières, et planté d'arbres sur tout son pourtour. Carittb.
POLTGONÉES. Famille naturelle de plantes dicotylédones, à pétales et à étamines périgynes,
ayant pour type et pour genre principal, le po* lygonutn^ et présentant les caractères suivants : un. calice monosépale plus ou moins profondément divisé; des étamines variant en nombre de quatre à neuf, ayant leurs filets libres, leurs anthères à deux loges s'ouvrant chacune par un sillon longitudinal. Ces étamines sont insérées à la base du calice ; il n'y a pas de corolle; l'ovaire est libre, à une seule loge contenant un seul ovule dressé; le style, qui est court, se termine par deux ou trois stigmates quelquefois peltés; le fruit est une cariopse recouverte par le calice qui persiste ; le graine se compose d'un embryon à radicule supérieure, appliqué sur un endosperme farineux , autour duquel il est plus ou moins recourbé. Les polygonées sont des plantes herbacées ou des arbrisseaux à feuilles alternes, présentant à leur base une gaine stipulaire, qui embrasse la tige. Ces feuilles, avant leur développement, sont roulées en dessous contrôleur nervure médiane. Les fleurs sont petites, disposées en. grappes plus ou moins rameuses. Les genres qui composent cette famille sont : polygonum^ L. ; rumex, L. ; coccoloba, Plum ; atraphaxis, L. ; Brunntchia, Gsertner; polygonella, Rich.; frogopyrum, Marsch. \oisyria, Miller; ertogonum, Rich.; triplaris, L.; podopterus, Runth; pallasia, L.-; kœnigia, L.; p/eros^e^i'a^ Fisch.; mticronea, Bent. ; chorijsanthe, R. Br. ; rheum, L.; fagopyrum, Tourn.; oxygonum, Burch.; calligonum, L.; ceratogonum^ Meisn.;emea7, Neck.
Cette famille a de très-grands rapports avec les chénopodées, mais elle se distingue surtout par la graine stipulaire de ses feuilles, leur enroulement à leur face inférieure, et leur embryon renversé. Richarb.
POLTGRAMMOS. La pierre désignée sous ce nom par Pline, est tantôt un Jaspe vert rayé de rouge, tantôt un Jaspe rouge varié de taches blanches et vertes. II parait qu'il existait en Grèce plusieurs carrières d'exploitation de ce Jaspe.
POLTGRAPHE, mot dérivé du grec iroAù, beaucoup, et 7/Méf (tv, écrire, ne se trouve pas dans nos anciens dictionnaires; il indique un auteur qui a écrit sur plusieurs matières : les polygra* phes font une classe à part dans les bibliothèques. Les principaux polygraphes grecs sont Aristote, Platon, Xénophon, Plutarque, et surtout Lucien, que l'on a comparé à Voltaire. Il parait que Théopbraste, dont nous n'avons que les Caractères, avait écrit sur toutes les branches connues de la science. Le roi des Hébreux, Salomon, qui avait tout vu et tout connu, depuis le cèdre jusqu'à Thysope, l'auteur des Proverbes eidu Cantique des Cantiques, ne peut-il
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pBî être mis au nombre des poly graphes? Gaton rancien, dont nous ne possédons que des fragments, le docte Yarron, dont un ou deux traités nous sont seuls parvenus; enfin, Cicéron, dont les cliefe-d^ceuvre ont triomphé de IMnjure du temps, furent aussi des poixgraphes. Ce grand orateur était poète; il fit un poème sur son consulat; il traduisit en vers latins les Phénomènes d*Aratus, comme il a?ait interprété dans sa prose admirable les traités philosophiques de Platon. Sénèque, qui a composé des consolations, des traités de morale, une satire contre Fempereur Claude, des lettres philosophiques; qui enfin a écrit sur lliistoire naturelle, mérite bien aussi ane place distinguée parmi les poixgraphes, furtout s*il est, comme la chose parait prouvée, Tanteur de la plupart des tragédies qu*on a attribuées à Sénèque le tragique. Lors de la décadence de la littérature romaine, il y eut des compilateurs qui avaient quelque affinité avec les poly graphes : tel fut Solin, surnommé Poixhisior. Plusieurs Pères de TÉglise, aussi savants qu*éIoquents, sont d*éminents polygraphes. Après la chute de Tempire d*Occident, je trouve Ausone, Isidore de Séville, le vénérable Bède, Cassiodore, etc., qui réclament ce titre. Au moyen âge, Alcuin, le savant Gerbert, le moine Bacon , écrivirent sur toutes les sciences conflues. Lors de la renaissance, la plupart des éru* dits se piquaient d*étre des hommes universels. Aussi, à Pexemple de Pic de la Mirandole, eurent-ils la prétention d*écrire de omni re scihili (sor tout ce qu*il était possible de savoir). Aujourd'hui les limites des sciences diverses sont trop étendues pour quUl soit permis à un polygraphe de donner une carrière si vaste et si facile à son érudition et à son Imaginative. Les grands auteurs du siècle de Louis XIY ne cherchèrent point Tuniversalité du talent et de la science, ils s'attachèrent seulement à exceller dans une partie; et c*èst à cette sage détermination que la France est redevable de tant de cbefe'd'ceuvre. Le xviii* siècle, époque d'érudition superficielle, a produit une foule de polygraphes. Après la Mothe et Fontenelle, dont on lit aujourd'hui si peu de chose, nous pouvons citer Voltaire, Montesquieu, J. J. Rousseau, Budos, Diderot, D'Alembert, Thomas, Condillac, Mably, et plusieurs autres. Les trois premiers sont la gloire de ce siècle : quelques-unes des productions des autres préserveront à jamais leurs noms de l'oubli; mais qui n'admire la fécondité et l'étendue dii génie de Voltaire? Si l'on excepte ses comédies et ses traités scientifiques, il a été pour tout le reste l'émule, sinon
l'égal des premiers génies dans chaque genre. Deux femmes de nos jours ont mérité d'être mises au rang des poixgraphes, madame de Staël et madame de Genlis, qui, pour la personne comme pour le talent, fut si fort au-dessous de sa rivale. Les divers genres dans lesquels a excellé M. de Chateaubriand lui mériteront sans doute l'honneur d'être rangé un jour sur les catalogues dans la série des poixgraphes. Mais qu'a-t-il produit de mieux que son Génie du Christianisme, ce chef-d'œuvre qui marqua si glorieusement sa véritable vocation littéraire? A voir la manière audacieuse et facile avec laquelle déjeunes et brillants journalistes, à peine échappés des bancs de l'école, jugent les vivants et les morts, et décident de tous les genres de littérature et de science, qui ne prendrait ces Aristarques à moustaches etèn gants jaunes pour des poixgraphes aussi doctes que les Scaliger, lesHuet,les la Mothe le Vayer? Mais cette érudition ne doit tromper personne; elle est toute d'emprunt; ce n'est que de la fausse monnaie, ayant cours parmi ce monde superficiel qui ne demande à ses journaux que des jugements, des préventions et des admirations toutes faites.
POLTGRAPHE. (Technologie.) C'est un procédé au moyen duquel on peut écrire simultanément une lettre et son fac simile. Deux moyens sont depuis longtemps en usage en Angleterre pour atteindre ce but. Le premier consiste à placer une feuille à calquer chargée de noir des deux côtés entre le recto d'une feuille de papier de poste et le verso d'une feuille de papier légèrement huilée et rendue ainsi transparente. On couvre le tout de la demi-feuille de papier de poste qui doit être envoyée, et sur laquelle on écrit avec une plume d'acier un peu dure; les caractères s'impriment à la fois dans leur sens sur le recto de la première feuille de papier de poste, et à contre-sens, sur le verso du feuillet transparent; en sorte qu'ils reparaissent et se lisent dans le sens ordinaire au recto de ce dernier. On obtient donc à la fois trois épreuves du même écrit, deux sur papier de poste et une sur papier transparent.
La composition du papier noir est telle qu'il peut servir à plusieurs centaines de lettres, et les caractères tracés avec ce polxgraphe résis- , tent à un frottement plus fort que celui auquel sont ordinairement exposées les écritures ; ensuite ils s'impriment tellement sur le papier, qu'au bout de peu de jours le grattoir ne peut les effacer entièrement. Enfin ces caractères sont partout nets et lisibles, lors même que l'écriture est très-fine.
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Ce p^jrgmphê eftt d*un usage général âads les bureaux des ccNomerçants anglais ; il pettnet de ftiire soi-même sa correspondance sans être obligé de la confier à un commis pour en faire la copie; il est de plus expédiUf et très-peu dispendieux. On peut en outre remployer partout, même en TOyage, puisque tout Tappareil oonsiste en un portefeuille, contenant du papier préparé comme on Ta dit plus haut, en une plume d*acler dure et de Tencre ordinaire.
U 7 a aussi une seconde espèce de pofyyrth phe avec lequel i>n peut écrire deux lettres à la fois; il a la forme du pantograpbe; deux plumes sont fixées dans de petits tuyaux en cuirre réunis par deux traverses parallèles de même métal qui laissent entre les plumes un espace de quatre lignes d*écriture. Une botte cubique, s*ou?rant à charnière, forme un pupitre dont la surface inclinée intérieure est re?êtue de drap. Un petit rouleau de bois s*engrène dans les deux crémaillères adaptées aux côtés du pupitre. Une pince à boucle peut retenir le papier qui entoure le rouleau. Enfin une règle en bois attacbéeau bas du pupitre, et sur laquelle est collée une feuille de papier rayé, sert de réglet et d'appui à la seconde feuille inférieure, sur laquelle la main se porte pour écrire.
Lorsque les deux fouilles de papie^8ont bien disposées, on tient la plume inférieure entre les doigts à la manière ordinaire, et on l*aocorde atec la plume supérieure de sorte qu'elles puissent porter ensemble leur bec sur leur feuille respective. A mesure qu'on a écrit deux lignes on déroule la feuille supérieure, on remonte la feuille inférieure et l'on continue ainsi Jusqu'au bas de la page.
On conçoit qu'un polygraph» mécanique demande de l'habitude; la meilleure main qui s'en sert n'obtient Jamais une aussi bonne écriture qu'en employant une seule plume. Ctpoljrgra' phe est le plus simple de tous ceux qui ont été feits Jusqu'à présent, et encore est-il loin d'offrir les avantages de celui décrit au commencement de cet article. Doi...
POLTGKAPfilE, dont Tétymologie s'aperçoit dans les deux articles qui précédent, signifie aussi Part d'écrire de plusieurs manières secrètes, qui, potir être lues, supposent une clef ou la connaissance d'un chiffre convenu. Polygraphie signifié également l'art de déchiffÉ^r l'écriture poixgraphique, La polygraphie a précédé chei les modernes la sténographie, que le dictionnaire de Trévoux appelle la stéganograpkie» Trithème, Porta) Yigénère et le père iTIcéroti ont
écrit de la polygraphie ou des chiffresi Les Grecs ne connaissaient point cette science; \iÈ n'ont jamais su employer que la êtutaln lacédémonienne. On prenait deux rouleaux ou cylindres de bois entièrement égaux, dont chacun restait en la possession de l'un des deux correspondants. Celui qui écrivait tortillait autour d'un de ces rouleaux une êcutale (lanière) de parchemin fort étroite, et écrivait dessus ce qu'il avait à mander, puis 11 la détachait en l'envoyant k son correspondant, lequel, en l'appliquant sur le rouleau qu'il ;avait en sa possession, replaçait les mots et les lignes dans la même disposition qu'Us avaient été écrits et les lisait facilement. C'est au moyen de la ecutale, qu'ail temps de la guerre de Xercès, le Lacédémonien Pansanlas, qui commandait l'armée des Grecs, entretenait k Sparte des Intelligences hostiles k la liberté de la patrie; Le secret de sa êcutale, livré aux éphores, découvrit ses criiÉlnels prc^ets, qu'il expia par une mort cruelle. — Les Romains ne connurent pas davanta^ la polxgraphie, ou écriture en chiffres; mais Ils faisaient usage de notas. sténographiques pour recueillir les discours de leurs orateurs. Cn. bu Roxoia.
POLTHALITS. Substance minérale que l'on trouve en masses tantôt fibreuses, tantôt corncompactes, de couleur rouge obscure, disséminées dans les mines de sel gemme. Wemer trouva qu'elle avait beaucoup de rapport avec la chaux anhydrosulfàtée, à laquelle il la réunit sous le nom d'anhydrite fibreuse. Ce rapprochement fot adopté par Karsten, Mohs et d'autres minéralogistes. HaUy se fondant à la fois et sur le résultat de la division mécanique du polyhalile et sur celui de son analyse, Ta regardé comme n'étant pas autre chose qu'un mélange d'anhydrite et de trois autres sulfetes, auquel celle-ci avait imprimé sa forme, et p l'a décrit sous le nom de chaux anhydrosulfatée éptlnhalite, c'est-à-dire avec additions de trois sels. Le polyhalite a une tendance au clivage qui perce à travers son tissu fibreux; quelques morceaux fibro-laminaires se laissent diviser asseï nettement en prismes rectangulaires. Son édat est résineux. U raye la chaux carbonatée, et il est rayé par la diaux fiuatée. Sapesanteur spécifique est de 9,709. U se dissout aisément dans l'eau, et fond à la flamme d'une chandelle en un glo- .bule opaque. Il est composé, suivant' Stromeyer, des proportions suivantes : sulfete anhydre de chaux, 44,7429; sulfate de potasse, 27,7067; sulfate anhydre de ihagnésle, 90,0547; muriate de soude, 9,1910; eau, 5,9M5; peroxyde de fèf, 9,8979. VnuMt
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POtTAÉKlSME, de itoXvi, plusieurs, et /a«/5o«, partie : monstruosité qui consiste dans l'existence d*organes surnuméraires, comme quand il y a plus de cinq doigts aux mains, plus de cinq orteils aux pieds, etc.
POLTXNIE, POLTlIfÉTK, ou POLRYIIIIE, la
Muse des hymnes, et, par la suite, la Huse de la rhétorique , Part de bien dire, et de la pantomime, fut Ilnventrice des rbythmes mélodieux de la poésie lyrique, ce qu*atteste la lyre ou barbytOD, un de ses attributs. Fille de Mnémosyne, Plutarque tire le nom de cette divinité de noXb, beaucoup, et de /Mia^ mémoire, comme qui dirait la déesse des grands souvenirs. Muse bienlimée d*Horace, le lyrique romain, il est plus naturel dé faire dériver Tétymologle de ce nom de poht, beaucoup, et de humnon^ hymne. Sur des monuments antiques, elle est représentée debout, la main droite élevée, enveloppée dahs sa draperie et son menton reposant dessus; c*est Taltilude de la méditation. Le fameux sarcophage du Capitole et les fresques d*Herculanum la figurent de même, dans les chœurs des Huses, ses sœuirs. Parfois elle est représentée avec une simple couronne de fleurs dans ses cheveux modestement disposés ; les perles leur prêtent parfois leur candeur, et parfois aussi les pierreries leur éclat ; emblèmes des suaves ou pompeuses paroles qui sortent de ses lèvres. Elle est habillée d'un vêtement blanc sur lequel le laurier d'Apollon tombe en élégantes guirlandes ; le blanc est, comme Ton sait, la réunion de tous les rayons colorés de Tastre du jour; les anciens qui ignoraient ne pouvaient rencontrer une couleur plus symbolique des riches et magnifiques nuahces de la poésie. Elle tient aussi un sceptre de la main gauche, non celui de la royale Melpomène, du commandement, mais le sceptre qui soumet les esprits, et impose l'admiration à ceux qu*il subjugue. Che2 les Latins, ses figures ou ses statues tenaient, ainsi que nous le voyons par ce qui nous en reste, un volume, ou rouleau, sur lequel étaient tracés ces illustres noms : Cicero, Duostatifts, et quelquefois le mot svaderb (persuader). Cette Muse empiétait alors sur la déesse Pith6 (la Persuasion). Avec de tels attributs, Polymnie devait être la Muse de la rhétorique ; quand elle avait un masque à ses pieds, ainsi qu'elle est figurée dans un bas-relief antique, elle était la Muse de la pantomime, ce que justifie un vers d'AUsone, dont le sens exact est : « Polymnie exprime tout de la main, et parle du geste. • DEifivE-BAROpr.
POLTMOtPRISME. État particulier d'isomérie par lequel lis mtatti substances affectent des
formes cristallihes ou particulières très-différentes entre elles.
POLYNÉSIE. La Polynésie, dans les limites que nous lui avons assignées dans notre ouvrage intitulé Océahfe, renferme les lies Mariaunes, celles de Péliou, Peli ou Palaos, des Matelotes, des Guèdes ou Saiut-David ou Freewill, nie Nevil, le grand archipel des Carolines, y compris les groupes de Ralik et de Radak, celui de Gilbert et Marshall, le Grand-Cocal et les autres lies de cette chaîne, et enfin toutes les lies de la mer du Sud ou du grand Océan , depuis l'archipel d'Haoual ou de Sandwich, au nord, jusqu'aux lies de l'Évêque-et-êon-Clerc, au midi, et depuis l'Ile Tikopia, près de Vanikoro, à l'ouest, jusqu'à l'Ile Sala y Gomès, à l'est, en s'approchant de l'Amérique. De cette sorte la grande division de la Polynésie, telle que nous Pavons établie, aurait pour limitçs, au nord, la Micronésie et Tocéan Boréal, au nord-ouest la Malaisie, au sud-ouest la Mélanésie, à Test la côte occidentale de l'Amérique, et au sud l'océan Austral. Des quatre grandes divisions de TOcéanie, la Polynésie occupe le plus grand espace en mer, et, après la Micronésie, la plus petite superficie en terre. Ses lies innombrables couvrent l'immense étendue du grand Océan, ou mer du Sud. Ses terres sont généralement èxi-* guès, si on en excepte les deux grandes lies qui composent la Nouvelle-Zélande, les lies célèbre^ d'Haoual et Oahou, de Pola, de Tonga-Tabou et de Noukahiva, l'île curieuse de Vaïthou, et TUé plus célèbre et plus curieuse encore de Taïti, qui a mérité le titre de Reine de l'océan Pacifique. — Les nombreux archipels et attelons de la Polynésie, également placés entre les tropiques, depuis les Mariannes Jusqu^à Vaïthou, éloignées de 9,000 lieues, et de Houal i la Nouvelle-Zélande, également éloignées de 2,000 lieues, se ressemblent, à peu de chose près, par leur climat, la nature de leur sol, leurs productions, leur aspect général, une même race d'hommes, une langue à peu près semblable, des mœurs, des traditions et une civilisation presque identiques. Quoique sous la zone torride, ces jolies petites lies, caressées jour et nuit par les brises rafraîchissantes de mer et de terre, partagent la température de l'océan sur lequel elles sont assises avec tant de grâce. Elles jouissent d*un printemps perpétuel, rarement troublé par les ouragans, les volcans et les tremblements dé terre. Partout elles présentent les scènes les plus ravissantes. Lorsqu'on aperçoit du haut de la dunette d'un navire, à travers les vapeurs dd soir, leurs rivei entourées d'une ceinture Êê
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madrépores, on croit voir des émeraudes enchâ$$ée8 dans le corail, balancées entre les vents et les ondes par une fée mystérieuse. La mer Tient se briser en écume blanchâtre sur les récifs qui les protègent, et retombe comme des arceaux brillants de lumière, tandis que déjeunes femmes nagent et se jouent dans ses eaux, semblables aux nymphes de la Fable, et se suspendant aux arbrisseaux dont les branches sont inclinées ?ers le rivage, plongent, se relèvent et replongent, comme si elles n*avaient pas connu d*autre élément. Au milieu de ces amphithéâtres de verdure, de ces bosquets arrosés par des eaux fraîches et limpides, entendez le joyeux cultivateur soigner en chantant ses arbres nourriciers, sur ce sol qui produit dans chaque saison, et n*exige aucun soin pour produire. Le jour, il marche sur des herbes parfumées, la nuit, il est éclairé avec des résines odorantes. Sur cette terre généreuse , Varalta, Visora, le bauhinia et Verithrina déploient avec magnificence leurs brillantes couleurs, la grâce ou la singularité de leurs formes. Le bananier forme des bocages enchanteurs; ses rameaux sont le symbole de la paix; ils protègent les tombeaux, s*inclinent en signe d'hospitalité devant Tètranger pacifique, et ses fruits d*or peuvent suffire à la nourriture de rhomme. Le majestueux cocotier , que les Orientaux nomment le roi des palmiers, réjouit partout la vue du Polynésien, soit qu'il s'élève hardiment sur les rochers, soit qu'il ombrage les solitudes de sable ou les plages humides de la mer. Sa noix lui offre une tasse et du lait, du vin, du vinaigre, de l'huile et de l'alcool. L'igname, la patate douce, le macrorhyston, deux espèces d'arum et Vesculentum , nourrissent la plus grande partie de ces insulaires. Ils emploient l'écorce du mûrier â papier, de Varlocarpus et d'autres arbres à fabriquer une étoffe légère et chaude, qu'ils teignent de diverses couleurs, et dont on forme des vêlements. Enfin, le précieux arbre à pain {artocarpus), à notre avis le premier des arbres, l'arbre à pain, modèle de grâce et de majesté, dont quatre plants peuvent nourrir un homme pendant une année,s'élève à cinquante pieds de hauteur , et donne son fruit nourrissant et farineux, dont le goût ressemble à la fois à celui du pain de froment et de l'artichaut. Ses feuilles servent de nappe, de serviettes, de seaux et de parapluies; elles ombragent la cabane du pauvre, le palais des rois et les temples des dieux : chez quelques-uns, avec un stylet en bois , on y inscrit les annales , les lois et le culte des nations. Sa sève laiteuse etglutineusè remplace la glu et le ciment; son écorce
fournit la matière d'une étoffe légère. Du tissu filamenteux on tire de la bourre et de la filasse, dont on fait des nattes, des cordages, des câbles, des toiles à voile, et dont on calfeutre les pirogues; enfin, son tronc, converti en navire, transporte rhabitant d'Ouahou à Taïti, le naturel de Setoual â Gouahan, et celui de Tonga â la Nouvelle-Zélande. Les grands quadrupèdes, les animaux féroces, les reptiles venimeux, les insectes nuisibles, n'infestent pas ces beaux climats comme en Amérique, dans l'Inde , dans la Malaisie et dans les plus belles contrées du globe. On y trouve les poules, les pigeons, les cochons, le chien, une multitude d'excellents poissons et d'admirables coquillages, le chat, et quelques animaux utiles, transportés par des navigateurs amis des hommes. Telle est la profusion des excellents fruits qui y croissent sans culture et l'abondance des cochons, des poules et des poissons que les indigènes, bien différents des sauvages de l'Amérique et de plusieurs tribus de l'Afrique, et même de l'Asie centrale, n'y sont jamais embarrassés de pourvoir â leur subsistance. La guerre seule vient quelquefois troubler le repos et l'harmonie de ces admirables panoramas. — La plupart des Polynésiens, doux, simples, hospitaliers, gais et insouciants, ne semblent respirer que pour l'oisiveté. Nous, Européens orgueilleux , qui blâmons tout ce qui n'est pas nous , nous considérons cette oisiveté comme le vice qui engendre tous les autres. Mais si nous jouissions de leur doux climat, si nous avions comme eux la nourriture, le vêtement et le logement sans efforts, est-il bien sûr que l'amour du travail fût notre première vertu? et, sans sortir de notre Europe , les laz^aroni ne font-ils pas consister le suprême' bonheur dans le dolce far niente, la douce oisiveté ? Les Polynésiens chérissent leur mère et leurs amis, respectent les vieillards, et ont beaucoup de déférence pour leurs conseils , vertu qui manque aux Européens. La nature hâtive rapproche de bonne heure les deux sexes dans ces régions équatoriales et intertropicales, qui semblent être la patrie naturelle et privilégiée des hommes. L'amour, ou plutôt la volupté, est leur constante occupation. L'homme cherche à plaire aux femmes par son courage et son adresse ; la femme emploie tous les charmes et la coquetterie dont la nature et l'art l'ont douée pour fixer son amant, et ils se voient l'un et l'autre reproduits, jeunes encore , dans une postérité nombreuse. Heureux peuples, à qui la nature fournit avec tant de générosité la santé, la joie et l'abondance de tout ce qu'il faut pour se nour-
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rir, 86 Tétir et se loger, ces trois premiers besoins de rhomme, où le ciel, le sol, les productions, les habitants, tout forme une harmonie charmante, jusqu*à rarchitecture^ qui prend ici un caractère gracieux, inconnu dans le reste du monde. — Tant d*a?antages, comparés aux besoins infinis et progressifs des peuples de Flurope, aux peines, aux travaux, aux difficultés sans nombre qu*il nous faut supporter pour pourvoir à ces besoins, ne rendent-ils pas les Polynésiens Infiniment plus heureux que nous ? Le fier Européen n*a-t-il pas souvent trouvé aussi le bonheuf parmi eux? ne doit-il rien aux enfants de la Polynésie? La Providence semble avoir placé ces lies charmantes au milieu du grand Océan pour mettre leurs habitants à même d^exercer rhospitalité envers les navigateurs qui les parcourent : elles leur offrent d*espace en espace des caravensérais commodes, où ils peuvent tout à la fois reprendre haleine, s^approvisionner et se distraire; elles sont pour eux, au milieu des solitudes immenses de la mer Pacifique, comme ces oasis qui charment le voyageur fatigué au mUieu des déserts de TÉgypte. Aussi, les premiers navigateurs furent-ils traités par eux comme des dieux ou des monarques. En échange de leur afiPèction et de leurs dons, nous leur avons porté les vices et rarement les bienfaits de notre civilisation : ils doivent maudire aujourd'hui cette hospitalité sans bornes que nous accordèrent Jadis leurs pères, moins prudents en cela que les Chinois. Ces peuples étaient autrefois très-nombreux : ils ont été décimés par nos armes à feu, par les besoins factices et les maux réèb , et les maladies honteuses , et tant de causes de divisions que nous avons semées parmi eux; aussi croient-ils aujourd'hui, en apercevant un navire européen, que tous les fléaux vont s*élancer de ses flancs et s'attacher à eux comme à une proie pour tourmenter leur existence. — Une langue première , divisée en divers dialectes, dont le tonga, le plus poli et le plus harmonieux de tous, est enrichi de ces formes grammaticales qui annoncent une civilisation assez avancée; des institutions et des cérémonies semblables; une interdiction presque générale ; souvent les mêmes lois et le même culte, te rencontrant dans ces terres , si éloignées les unes des autres, tout m'autorise à conclure que les habitants de toutes ces Iles ont tiré leurs usages et leurs opinions d'une même source , et qu'on peut les regarder comme des tribus dispersées d'une même nation, qui se sont séparées à une époque où les idées politiques et religieuses de cette nation étaient déjà fixées.—
Ces idées, ces moeurs et cette langue ont dû nat- Ire dans un État central , au sein d^un peuple puissant et navigateur. A mon avis , cet Ëtat central, ce foyer, c'est l'Ile Kalémantan ou Bornéo, et les Dayas-Bouguis sont ce peuple. Quelques hommes parmi ce peuple , naturellement navigateur, auront quitté leur antique patrie, auront poi:té le surcroit de leur population en suivant la mer qui est entre l'Ile Kalémantan (Bornéo) et Maïndanao, et par cette voie auront pénétré dans le grand archipel des Carolines , d'où ils se seront établis successivement dans d'autres Iles, à mesure que les polypes et les volcans auront placé de nouvelles terres sur l'océan. Je fonde au reste mes preuves sur la comparaison suivante entre les Dayas et les Polynésiens, comparaison que je crois devoir fournir un témoignage d'un grand poids. Le teint blanc jaunâtre, plus ou moins foncé, des Polynésiens et des Dayas de Kalémantan; l'angle facial presque aussi ouvert que celui des Européens; leur stature passablement haute, la physionomie régulière, le nez et le front élevés, les cheveux longs, roides et noirs, et l'usage de l'huile de coco pour les adoucir et les rendre luisants ; la beauté, la grâce, les manières souples et lascives de leurs femmes et surtout des danseuses ; les rapports, quoique altérés, de leurs langues; l'habitude de l'agriculture, de la chasse et de la pêche; l'habileté à construire leurs pirogues et à fabriquer leurs ustensiles; leurs immenses cases, leurs croyances religieuses, les sacrifices humains, leurs coutumes et une sorte particulière de consécration ou tabou; le régime féodal à peu près semblable à celui qui est en usage dans laMalaisie; le salut de deux personnes en se frottant le nez l'un contre l'autre, tout indique la plus grande ressemblance entre les Dayas et les Polynésiens. La comparaison serait même plus exacte entre ceux-ci et les Touradjas et les Bouguis des Célèbes; mais les Touradjas et les Bouguis, chez lesquels les propriétés des grands et des prêtres sont réputées sacrées, ainsi que dans la Polynésie et parmi les Dayas , nous paraissent, ainsi que nous l'avons dit ailleurs , appartenir à la race daya, de même que les Balinais, les peuples des îles de Nias, Nassau ou Poggy, les Ternatis, les Guiloliens et ceux d'une partie des Moluques, de l'archipel de Soulong,des Iles Philippines et des Iles Palaos. Ces trois derniers surtout paraissent être originaires de Célèbes et de Kalémantan ou Bornéo; mais la ressemblance des Taïtiens, des nouveaux Zélandais et surtout des Battas avec les Dayas, est remarquable. Nous ajouterons que leur langue f6rme en quelque sorte le