‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 3Chapitre 15 sur 63 · BÂ Y · texte numérisé non relu

BÂ Y

BAY

prépara les voies à la chimie moderne. Juste envers toute sorte de mérite, Bayen cita Eey, médecin du Périgord, qui avalit consigné ce plié- Domène dans un mémoire imprimé en 1620, mais alors totalement oublié.

Henckel et ]Kargra£F, dans un mémoire sur rétain, reconnurent que ce métal contenait toujours une certaine quantité d*arsenic ; Tétain, si utile dans nos usages domestiques , fût sur le point d*en être banni. Cliargé par le gouyernement de répéter les expériences des chimistes étrangers, Bayen, dans ses recherches sur Tétain, prouva que ce métal ne contenait pas un atome d^arsenic. Les craintes du public furent calmées.

A la formation de Tlnstitut, Bayen fut nommé un de ses membres. U mourut à Paris en 1798, âgé de 73 ans.

Les œuvres de Bayen, sous le titre d^Opuacwle$, forment deux volumes in-ë». X.

BATLE (PiBiu), Tun des hommes qui ont le plos illustré les lettres et leur pays et que leur sîède a le plus persécutés, précisément pour les travaux que la postérité admire le plus en eux, naquit au Carkt, dans le comté de Foix, le 18 novembre 1647. Son père, ministre protestant, hil donna les premières leçons, et s*il fut d'abord surpris de te vivacité de son intelligence et de retendue de sa mémoire, il le fut bientôt de ses progrès, et renvoya au collège de Puylaurens pour lui donner des maîtres plus savants. Là, conune dans la maison paternelle , rinsatiable avidité de Bayle pour rinstnictton faillit compromettre sa vie, et cette même ardeur raccompagna à la campagne d'un parent où il fut obligé de se rendre pour prendre quelque repos. Il y trouva des livres et lut tout ce qui lui tomba sous la main : théologie, morale, histoire, philosophie, controverse. Cependant il distingua dans le nombre des ouvrages qu'il dévorait; le Ptutarque d'Amyot et Montaigne étaient ses lints favoris. Cette lecture décida de sa carrière littéraire ; elle forma le futur professeur de philosophie et d'histoire. Bayle ne commença ses études de logique qu'à 21 ans ; mais il s'y appliqua comme un homme qui voulait réparer le temps perdu. 11 avait d'ailleurs les maîtres les plos habiles du temps, les jésuites de Toulouse^ Cependant les argumentations auxquelles il se livrait, soit dans ses cours, soit dans ses relations intimes avec les prêtres d'une ville jadis si dévote, ébranlèrent ses croyances ; il abjura et se mit aussitôt avec un zèle extrême à vouloir ecmvertir son fk>ère, déjà ministre au Cariât. Ce ftit un vrai zèle de néophyte, qui ne larda pas à se refroidir et qui même fit place aux regrets.

En effet, Bayle rentra brusquement dans le pro« testantisme, et se réfugia à Genève pour échapper à la peine du bannissement perpétuel que les lois portaient contre les relaps. A Toulouse le jeune étudiant n'avait connu que cette vieille philosophie du moyen âge que l'on prenait alors pour la doctrine d'Aristote. A Genève il connut la doctrine de Descartes, qu'il préféra dès lors et dont il ne dépassa jamais les principes. Dès cette époque, comme pendant toute sa vie, son ambition se réduisait au bonheur de pouvoir étudier les sciences sans souci. Mais il fallait gagner sa vie, et il fut successivement précepteur dans Ui maison du syndic de Genève, dans celle du comte de Dohna, à Copet, dans celle d'un n^ociant de Rouen , dans celle d'un M. de Beringhen à Paris. Il s'était hasardé de rentrer en France, espérant que sa double abjuration resterait inconnue dans la partie du royaume qu'il irait habiter.

L'an 1675, à une époque où il prétendait ne plus savoir les éléments de la logique, il disputa et obtint au concours, par des thèses sur le temps j la chaire de philosophie à l'Académie protestante de Sedan! La philosophie, qui est redevenue enfin ce qu'elle a été dans son origine, une science indépendante, une douce et haute spéculation, était alors une affaire fort grave, pleine de soucis, hérissée de questions épineuses, surchargée de discussions polémiques. Bayle la comprenait suivant les besoins de son temps. La rédaction de son cours l'occupa pendant 2 ans à tel point qu'il négligea même ce qui était pour lui la source des seuls plaisirs qu'il connût, sa correspondance avec ses amis. Son travail de professeur débutant n'était pas encore terminé que déjà il se sentit entraîné, par une publication mystique et un procès ridicule, à prendre la parole au nom de la philosophie. Le duc de Luxembourg était accusé, non-seulement dans l'opinion populaire, mais devant un tribunal composé de conseillers d'État et de maîtres dès requêtes, d'avoir fait un pacte avec le diable, d'entretenir avec lui des relations fréquentes el d'en tenir des pouvoirs immenses. Ce procès était honteux pour le siècle et cela parut grave à Bayle; il composa et mit dans la bouche du duc un discours également propre à montrer rextravagance de sa renommée et celle de la cour qui prétendait le juger. Ce fut un premier combat. Bayle bientôt en livra un second et un troisième. Un mystique, le ministre Poiret, grand enthousiaste de MUeBourignon et de H«« Guyon asservissait à son système et foussait les plus saintes I notions de la philosophie sur Dieu, rftme, le

BAT

BAT

monde et le mal) Biyle se fit un devoir de le redresser dans son traité qui a pour titre t CogU iationeê rationaleê de Deo, animé et malo. Une comète apparut en 1680, et l*alarme fut générale. Bayle crut encore devoir éclairer son siècle à cet égard; mais ses Penséêê êur ia comète n'étaient pas encore tracées sur le papier que déjà Louis XIY, avait supprimé TAcadéroie protestante de Sedan, en dépit des garanties données au duc de Bouillon, quand il céda sa principauté à la France. Bayle, alors accepta avec joie la position que la ville de Rotterdam, toujours flère de la gloire littéraire qu'elle de* vait à Érasme, s'empressa d'olBPrir, dans sou École illustre, aux professeurs exilés de la France. Dans ce pays de liberté, Bayle se flattait de pouvoir dire et imprimer tout ce que lui inspirait son génie ou son amour de l'humanité. Il y acheva d'abord son livre sur la comète, dont il eut la douleur de voir le manuscrit repoussé par la police de Paris, mais qui n'en fut pas moins lu en France. Un théologien, homme de talent, écrivain élégant, le P. Maimbourg, venait alors de publier une histoire du Calvinisme où les faits étaient représentés soùs le point de vue le plus défavorable aux réformateurs et à la réforme. Dans le court espace de 15 jours, Bayle, qui était professeur d'histoire aussi bien que de philosophie, écrivit une critique générale de ce livre (1683). Son ouvrage, estimé même de son adversaire, fut brûlé en Grève à Paris, mais il parvint en peu de temps à sa troisième édition. Ce succès établit la réputation de l'auteur; mais il blessa l'amour-propre et la jalousie du plus irritable des hommes, de son ami Jurieu, qui avait voulu réfuter aussi l'ouvrage du P. Maimbourg, mais dont la réfutation ne Ait pas lue et qui désormais fut l'ennemi implacable de son collègue. Bayle, tout aux études, conçut bientôt (1684) le plan d'une publication périodique intitulée : Nouvellee de la république des lettres, qui obtint un succès universel et lui assura une sorte de dictature dans cet empire idéal. Mais eniKpris à cette époque encore peu éclairée, un travail de ce genre entraîna nécessairement l'auteur dans une foule de démêlés fastidieux, et il ne sortit pas de tous ces débats aussi agréa^ blement que de celui qu'il eut avec la reine Christine. Cette princesse , lui fit une affaire parce qu'il lui avait supposé quelques restes de protestantisme; mais elle voulut bien sacrifier sa colère aux spirituelles flatteries de Bayle. Jurieu ne se laissait pas désarmer ainsi. Un ouvrage de Bayle, son commentaire sur ces paroles de l'Évangile : contrains-les d'entrer, fournit au

rancaneux ministre l'occasion de laisser éclater sa colère. Bayle y recommandait la tolérance : son ennemi l'accusa d'y prêcher l'indifférence. Bayle répliqua. Alors Jurieu, pour mieux le perdre, lui attribua une brochure ironique qui venait de paraître (1600) sous le titre d'avis ans réfugiés sur leur prochain retour en France. Usant de cet écrit, Jurieu peignit son adversaire comme l'âme d'une cabale dévouée aux intérêts de Louis XIY et hostile à ceux des puissances protestantes, surtout à la Hollande et à l'Angleterre. Bayle se flatta trop aisément de montrer la fausseté de tout cet échafaudage d'accusations dans son livre intitulé la Cabale chimérique. En effet, des accusations d'irréligion déduites de son livre sur la comète s'étant mêlées aux grieft; politiques qu'on élevait contre Bayle , et quelques changements ayant eu lieu dans la composition du magistrat de Rotterdam, cette ville supprima à la fols la chaire et la pension de Bayle et lui êta Jusqu'au droit d'enseigner en particulier (1605). La mesure était rigoureuse, car Bayle , qui achetait autant de livres qu'il en pouvait payer, était sans fortune; il s'émut peu de cette situation. D'autres académies l'eussent accueilli; mais heureux d'une indépendance qui lui permettait de réaliser le plan depuis longtemps conçu d'un dictionnaire historique, il se livra désormais à peu près exclusivement à oe travail. Il put le donner dès l'an 1606, en 2 vol. in-fol. Le succès qu'obtint oette première édition surprit Tauteur lui-même, qui traitait son ouvrage de compilation informe, composée d^ar» ticles cousus les uns à la queue des. autres, et lui imposa l'obligation de perfectionner son recueil. Il lui eût donné sans doute, dans plusieurs éditions nouvelles, un plus haut degré de mérite sans les tracasseries qull lui attira, à l'occasion des articles David, Pyrrhonisme, Manichéene et autres. Ces querelles , dans lesquelles on alla jusqu'à lui donner des injonctions délibérées en consistoire sur les changements à introduire dans son livre, injonctions auxquelles il répondit par une docilité extrême et par des mémoires sans nombre, épuisèrent sa vie. Il mourut le 38 septembre 1706. Les Jurieu, les Leclero, les Jacquelot, et une fbule d'hommes obscurs avaient dérobé les derniers moments de Bayle aux écrivains célèbres qui Tbonoraient de son amitié. Bayle avait été en correspondance avec Maiebranehe, Bignon, Lamy, Benserade, Fontenelle, Buddnghamy Shaftesbury , Burnet, Abbadie, Saint-Évremond, Leibnitf, ThomasiuSyBuddeus, GrsBvius, Lenfant, Huet et Basuage.

Sobre et chaste, modéré dans tous bh désirs,

BAT

BAY

doaéd^BDe prodigieuse capacité de traTail,Ba7le s*éfait partagé entre Thistoire et la philosophie, qui, de son temps, embrassait beaucoup de questions qui sont du domaine de la théologie. Pro* fasseur d*hi8toire et de philosophie, il ne Ait ni un historien , ni un philosophe éminent ; il fut en philosophie un $xncrétiêi9 penchant pour le scepticisme, en histoire un compilateur d^ine critique sévère. Son principal ouvrage , le DiO' tionnairè historique^ qu*il Jugea lui-même avec trop de rigueur, renferme une foule d'articles sans intérêt, qui ne sont que le prétexte des notes si prolixes qu*y rattache Tauteur; mais beaucoup d'autres sont pleins de sens , de raison, de critique, d'érudition. Sans doute on n'y trouve ni un système de philosophie, ni un sys* tème de religion ; mais on y rencontre à chaque pas ka indications d'une haute raison, les lumières d^in homme de bien, universellement instruit; cet ouvrage a exercé une influence immense sur les lettres et la philosophie de l'Europe. Un grand nombre d'éditions , dont celles de 1607 et 17âO sont les plus recherchées , plusieura traductions, des additions et des remar* quif , ont 9}ovX^ à la célébrité de celte grande eompilation. Une édition française a été publiée dans les années 1830 et suivantes , en 16 volumes in-S*i cette édition est enrichie de notes extraites des auteurs qui ont critiqué Bayle. Ses OEuvres diverges, la Haye, 1797-1751, 4 volu* mes in-fol., ont perdu de leur prix ; son cours de philosophie, imprimé en latin et en français, n'est qu'un exposé général des principales opinions des philosophes, accompagné de remar* qnes critiques. La vie de Bayle a été écrite par de la Monnoye et par des Haizeaux, Hattsk. BATLEN (CAPiTOLikTioii Di). Cet événement, que le sort des armes a jeté au milieu des triomphes de l'armée française comme un avertissement des inconstances de la fortune, a toujours été considéré par Napoléon comme l'origine des désastres par lesquels s'est terminée la guerre de la péninsule hispanique.

Tandis que s'étendait de toutes parts l'insurrection fomentée par la junte d'Aranjuez, ellemême excitée contre la France par la politique anglaise (voy. Akanjou), les divers corps de l'armée d'occupation s'apprêtaient à déjouer ces mancravres par de prompts succès contre les ineurgés. C'est ainsi qu'en dispersant les bandes du général Cuesta devant Médina del Rio-Seco ( 14 juillet 1808), le maréchal Bessières venait de ramener à la soumission les villes et les pro- Tinees de Léon, Palencia, Valladolid, Zamora et Salamanque. Cest dans ces circonstances que,

cinq jours après, le général Dupont signait lV>tt« trageuse capitulation de Baylen.

Parti de Tolède vers la fin de mai, à la tête de 7,000 à 8,000 hommes, pour de là se porter sur Cadix, ce général avait eu d'abord quelques succès, malgré la supériorité numérique de set forces. Après s'être avancé jusque sur Cordoue, en poussant devant lui les bandes du général Eschiavari, il était entré de vive force dans cette place le 6 juin ; il n'attendait pour se porter sur Séville que l'arrivée d'un renfort que devait lui envoyer Hurat, commandant en chef à Madrid. Cependant , à la nouvelle de l'occupation de Cordoue et des excès qu'on disait y avoir é(é commis contre les habitants dans leurs personnes et dans leurs propriétés, la junte de Séville, qui venait de rassembler 40,000 hommes, les dirigea sur ce point, sous les ordres du général Castanos.

Dupont, à l'approche de ces forces, se reploya vers Andujar et se porta sur les deux rives du Guadalquivir, pour demeurer en communication avec Madrid, d'où Savary, qui remplaçait Murat, lui envoyait enfin un renfort de 8,000 hommes, et en même temps pour se tenir maître de la route de Séville, où il se porterait s'il se sentait en force. Un autra corps de 8,000 hommes, commandé par le général Vedel, avait eu ordra d'avancer aussi de Tolède au secours de Dupont ; ce eorps prit position à Baylen, à 4 lieues d'Andujar; enfin, è pareille distance de Baylen et toujours sur la route de Madrid, un fort détachement de la division du général Gobert occupait la Caroline, de telle sorte qu'en quelques heures de marche ces trois corps pouvaient fbire leur jonction.

L'avantage de ces dispositions allait êtra perdu par la précipitation des généraux. Néanmoins les circonstances ne justifiaient pas la résolution désespérée que prit le général Dupont, à la suite d'un échec dont la constance et le courage des soldats pouvaient encore changer l'issue.

Menacé dans Andujar, Dupont avait appelé à lui, le 18 juillet, l'une des brigades de Yedel. Aussitôt celui-ci part avec tout son monde, moins deux bataillons qu'il laisse pour garder le gué de Mangibar, par où, bientôt après, les Espagnols franchissent le Guadalquivir. A la vérité, Gobert, qui avec ses 1,600 hommes, a remplacé Yedel à Baylen, bat et disperse l'ennemi; mais, supposant qu'il s'était réfugié à la Caroline,poste qu'on avait laissé découvert, les deux généraux s'y lancent l'un après l'autre sans s'être concertés et ne trouvent nulle part les Espagnols qui, instruits de ces mouvements, s'étaient

BAY

BAY

aussitôt reformés à Baylen. Be son côtéBupont, après avoir attendu vainement la brigade de Yedel à Andujar, la croyant engagée avec Tennemi dans Baylen, s*y porta par une marche rapide qui exténua sa troupe de ftitigue; et au lieu des corps avec lesquels il croyait faire sa Jonction, il se trouva en face d*une armée supérieure en nombre, commandée par le général Reding. Forcé d*accepter le combat dans de telles conjonctures, il ne put relever le moral de sa troupe, ni tenir plus longtemps devant Tarmée ennemie, qu*il aurait pu placera son tour dans une position plus critique que la sienne, puisque, par Tarrivée du général Yedel et de sa brigade, elle se serait trouvée prise entre deux feux.

Yedel accourait en e£Fet. Il attaqua avec impétuosité les Espagnols etleur fitd*abord 800 prisonniers; nvis alors déjà Dupont parlementait avec le général Reding. Il fit cesser le feu de la colonne victorieuse, et par la capitulation qu*il signa le lendemain , 20 juillet 1808, il se rendit prisonnier de guerre avec les 8,000 hommes qui formaient son armée.

De plus honorables conditions furent accordées à Yedel : on convint que sa division serait renvoyée par mer à Rochefért; mais c*est au bagne de Cadix que le% vaisseaux espagnols conduisirent ces braves bataillons. Le reste, transporté à rile-de Cabrera, passa plus tard, sur la réclamation des Anglais , dans les pontons de Plymouth.

Pendant les pourparlers de cette capitulation arriva vers Baylen Tannée conduite par le général Castanos, et ce dernier recueillit tout rbonneur du facile triomphe des Espagnols qui lui a valu le titre de duc de Bc^len. Son résultat explique Timportance donnée à cette capitulation qui , ouvrant aux insurgés la route de Madrid, contraignit Joseph Bonaparte à se retirer à Burgos, dix jours seulement après son entrée dans la capitale du royaume d*£spagne. P. db Chamrobiit.

BATONNE (département des Basses-Pyrénées) est la ville la plus importante du pays des Basques. Elle est située à la gauche de TAdour, au confluent de cette rivière avec la Nive, à une lieue de la mer, à environ 56 lieues du sud-ouest de Bordeaux , et à 6 lieues des frontières d*Espagne et de la rivière de Bidassoa qui sépare les deux royaumes. — L'ancien nom de Bayonne est Lapurdum (en langue basque, lerre^ténïe), d*où le pays de Labourd a pris le sien. Celui de Baoronne ne remonte qu'au milieu du xii« siècle; il vient du basque Baïa-Onaj bonne baie. Le pays qui entoure celte ville a été gouverné par

des vicomtes, sous la mouvance des ducs de Gascogne, depuis le milieu du xi« siècle jusque vers la fin du xn«ou le commencement du xin*, époque à laquelle eut lieu sa réunion au duché d'Aquitaine. U fut possédé par les rois d'Angle^ terre jusqu'au milieu du xv« siècle , qu'ils en furent dépouillés par le roi Charles YII. Le roi anglais Jean sans Terre avait donné, en 1214, à la ville de Bayonne, des privilèges qui en firent une vériUble république, jusqu'à l'année 1451. Du V* au xix« siècle Bayonne a été quatorze fois assiégée. Comme beaucoup de nos anciennes cités, Bayonne prend le nom de ville vierge, itimais conquête étrangère ne l'ayant souillée. Le vicomte d'Orthe y était gouverneur à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemi ; tout le monde connaît la belle réponse qu'il fit aux ordres de la cour, qui lui enjoignaient d'égorger aussi les protestants de son gouvernement. Bayonne eut des évéques dont on ne connaît la suite que depuis le x« siècle.

La population actuelle de Bayonne est d'environ 13,000 habitants; cette place est le si^e d'une sous-préfècture du département des Basses- Pyrénées. A. Savagiibi.

BATONNETTE OU Baiohnxttb. La baïonnette est une espèce d'épée dont le manche s'adapte à l'extrémité d'un canon de fusil. Elle tire son nom de la ville de Bayonne, où ont été fabriquées les premières baïonnettes.

Cette arme a, depuis son origine, subi d'importantes modifications. Elle fut ajoutée au fusil, qui laissait sans défense, au moment où il avait ftdt feu, celui qui en était armé. La baïonnette, d'abord montée sur un manche de bots qu'on enfonçait dans le canon du fusil , avait l'inconvénient d'empêcher de charger ni de tirer. On y remédia en ajoutant à la lame une douille coudée qui enveloppe le bout du canon et une virole échancrée qui entre dans un tenon et arrête la baïonnette. Par cette disposition le fusil devint à la fois une arme dejet et une arme d'escrime. Mais dans une bataille le soldat ne garde pas constamment la baïonnette au bout du fusil ; elle le rendrait pesant et difficile à charger et exposerait même les militaires placés aux premiers rangs à être blessés par ceux du second et du troisième.

Le fUsil sert donc d'abord , comme arme de jet, à combattre de loin, et c'est lorsque les balles, lancées avec profusion , commencent à jeter le désordre dans les rangs de l'ennemi que l'on ordonne de mettre les baïonnettes au bout du fusil. Alors le fusil devient arme d'escrime, et le soldat, animé par l'odeur de la poudre.

BAT

BAZ

échaufiépar Taction du féu qu*il vient de ftiire, s^élance avec ardeur sur son adversaire, qu*il combat corps à corps, jusqu'à ce qu*il l*ait ren- Tersé ou mis en fuite.

L*armée française, si impétueuse dans Tattaque, foit presque toujours, avec le plus brillant succès, usage de la baïonnette, non-seulement contre Pinfanterie mais encore contre la cavalerie. La longueur du fusil, armé de sa baïonnette, permet au fantassin d'atteindre le cheval du cavalier sans se laisser approcher, et à moins de Teffort produit par une charge violente, que nnfanterie la plus vigoureuse a peine à soutenir, elle résiste le plus souvent avec le seul secours de la baïonnette aux attaques de la cavalerie. Caaettb.

BATOHNETTE (rABRicànoif dkla). Cette arme se compose de trois parties, qui se fabriquent séparément, la douille et la' virole, qui sont en fier, et la tome, qui est en acier. •— La douille se Ibrge sur une enclume sur laquelle sont pratiquées deux gouttières demi-circulaires, et deux rainures à queue d*aronde, dans lesquelles on Sxe successivement les étampe$ (rqrej ce mot), au nombre de sept, au moyen desquelles on donne la régularité et le diamètre nécessaires à la douille; tout à côté se trouve un tas (enclume carrée) traversé d'un mandrin rond et un peu conique, sur lequel on roule et soude la plaque de fèr destinée à faire la douille. Le forgeur de cette partie de la bayonnette est encore muni d'un étau dont les mâchoires présentent, quand elles sont fermées, une ouverture circulaire. Il a aussi trois mandrins de différentes grosseurs, qu*il passe successivement, à commencer par le plus petit, dans Tintérieur de la douille pour donner à son ouverture le diamètre nécessaire. — ^ Un ouvrier aidé de son compagnon forge ordinairement trente-six douilles dans sa journée ; Il emploie de 1S à 14 kilogrammes de fer, et 36 kilog. de charbon de terre de bonne qualité. — Quand la douille est forgée, elle passe à l'examen de nnspecteur, qui la rebute ou la reçoit : dans ce dernier cas, on la porte à VcUésage (aléêer, rectifier l'intérieur d*un tuyau). C'est un appareil qui fait tourner des sortes de cônes d'acier angulaires; il y en a de six grosseurs différentes qui passent successivement dans l'intérieur de la douille : deux enfants, à l'aide de cette machine, peuvent en aléser 300 dans la journée. — La bayonnette proprement dite se forge aussi ao moyen de deux étampes : une sert à former répaulement de la lame et l'autre la nervure ou Paréte qui règne dans toute sa longueur. Avant de terminer la forge de la lame, on y soude la

douille, sur laquelle on a eu soin de ménager une sorte de queue de fer, qui, étant courbée, après l'opération de la soudure, forme le coude de la bayonnette. — Après que Parme est forgée et trempée, on la porte au polissage, qui s'opère d'abord sur une meule ordinaire, puis sur des meules cannelées, sur lesquelles on présente la bayonnette en long; des meules d'un très-petit diamètre sont encore employées pour évider ses faces. — Des roues de bois cannelées, sur lesquelles on répand de l'émeri délayé dans de l'huile, terminent l'opération du polissage ; on brunit la pièce sur une autre roue de bois saupoudrée de charbon ; enfin, on donne le dernier lustre avec la pierre sanguine dure, etc.. Nous ne dirons rien de la forme de la virole, tout le monde la connaît, ni de sa fabrication. — Une bayonnette toute terminée doit peser un peu plus d'un demi-kilogramme. Dicr. dk ll Conv.

BATREUTH. f^O)r» Bairbdth.

BAZAR (bastari), mot arabe qui signifie trafic de marchandises, et se dit, par extension, des endroits où a lieu ce trafic. C'est un lieu destiné en général au commerce parmi les Orientaux, et surtout chez les Persans. Il y en a de deux espèces : les uns sont découverts comme les marchés d'Europe et servent aux mêmes usages, mais seulement pour y vendre les marchandises les moins précieuses et de plus grand volume. Les autres, construits comme des cloîtres, sont couverts par des voûtes élevées et percées par des espèces de dômes ou coupoles, dans le milieu, d'où arrive le jour; c*estdans ces derniers que les marchands de pierreries, de riches étoffés, d'orfèvrerie, et d'autres semblables marchandises, ont leurs boutiques. La construction de ces bazars, sous le rapport de la température, est admirablement adaptée au climat. En toutes saisons les marchands s'y rassemblent, et l'on y voit même des juifis des classes inférieures s'y promener en criant le prix des objets qu'ils colporient. On s'y réunit aussi, comme à la bourse, pour parler d'affoires, de courtage^et de banque. Quelquefois même on y vend des esclaves, quoique ce barbare commerce se fasse particulièrement dans les bazars découverts. Le bazar ou matdan d'Ispahan est une des plus belles places de toute la Perse, et surpasse, dit-on, toutes celles qu'on voit en Europe ; mais, quoique cette place soit d'une grandeur immense, on cite le bazar de Tauris comme l'emplacement le plus vaste que l'on connaisse; on y a plusieurs fois rangé 30,000 hommes en bataille. Il peut contenir 15,000 boutiques.

En Russie, les Gasiinoi^ Dvor sont de vérita*

BEÂ

bles baxan . On a commencé aussi à les naturaliser en France. A Paris on voit plusieurs baiars à rinstar de ceux de l*Orient. L'exposition des produits de Tindustrie française, celle de Tindustrie belge qui a lieu à Bruxelles, tous les cinq ans, ne sont autre chose que de yastes bazars où les principaux industriels de chacun de ces deux royaumes et des hommes de tons les pays se donnent rendez-vous k certains intervalles de temps. X.

BAZOCHE. f^ox. Basocbb.

BD£LLOMiTR£,dei8^aA«,lasangsue(/9^(&AAM, sucer), instrument imaginé il y a quelques années pour remplacer les sangsues dont il se disait alors une ef^yable consommation. Il se composait d*une cloche de verre à laquelle était adaptée une pompe pneumatique et un scarificateur porté sur une tige mobile. La cloche appliquée sur la peau, on y faisait le vide avec la pompe ; puis avec le scarificateur on entamait la peau sans retirer Tinstrument, et, la pompe continuant d*agir, le sang coulait avec plus ou moins d'abondance. Cet appareil, compliqué et difficile à manier, a fait place aux ventouses qui, lorsqu'elles sont adroitement appliquées, ne sont ni plus douloureuses ni mpins efficaces. Quant à la préférence que peuvent mériter sur les sangsues le bdellomètre et les ventouses, elle n*est pas suffisamment prouvée ; et ces insectes seront difficilement remplacés dans le cas où Ton a besoin d'une saignée locale accompagnée d'un certain degré d'irritation. F. Eatibr.

BiARN. Ancienne province de France, située sur les confins de TEspagne; elle prenait son nom de l'ancienne ville de Benehamum, et avait pour bornes à l'O. la Navarre française et la Soûle, à 1*2, le Bigorre, au N. la Chalosse; elle avait pour cheMieu Pau. Sous les Romains elle fut comprise dans la Novempopulanie; elle appartint ensuite aux Goths, puis aux Francs, aux Yascones ou Gascons (en 600) qui reconnaissaient toutefois hi suprématie des ducs ou rois mérovingiens, et fit ensuite partie de l'empire des carlovingiens, comme toute l'Aquitaine. Le Béam devint vicomte héréditaire en 810, dans la personne de Cen tulle !•% deuxième fils de Loup, duc de Gascogne. Après l'çxtinction de cette première maison, en 1134, il passa dans la maison des vicomtes de Gabaret, puis dans celle des Moncade (1 170), et dans celle de Foix (1 390). Les vicomtes de Béam et de Gabaret suivant alors les destins du comté de Foix, finirent par entrer dans la maison d'Albret,puls de Bourbon, et furent réunis à la couronne de France par Henri IV» en 1504. L'édit de réunion ne fut pu-

blié néanmoins qu'en 1650, sous Louis XIII. En 1790, le Béam fut enclavé dans le département des Basses -Pyrénées où il fbrme les districts d'Oloron, d'Orthez et de Pau. X*

BÉATlipiGATION, acte solennel par lequel le souverain pontife déclare, suivant les fermes usitées dans ces circonstances, qu'il y a lieu de penser que l'âme de telle personne jouit dans le sein de Dieu du bonheur éternel, et qu'il est permis de lui rendre un culte religieux. La béatification est une espèce de préliminaire à la canonisation (vcx» )• Un décret d'Alexandre YII, de l'année 1659, défend absolument d'étendre aux béatifléêles honneurs rendus aux canonfséi. Les hîBfiheureus ne reçoivent en quelque sorte que des honneurs provisoires, limités quant aux lieux et quant aux personnes. Il font un Induit du pape pour ériger des autels en leur nom, pour exposer leurs images ou leurs reliques dans une église. Jamais le pape n'accorde la permission de les porter en procession. La béatification n'a été introduite que pour satisAiire l'empressement d'un ordre religieux, d'une communauté, à honorer le personnage qui lui avait appartenu, ordre qui n'aurait pas voulu attendre la fin des longues procédures que nécessite la canonisation. On a été un peu étonné du culte rendu dans le diocèse de Paris à la bienheureuse Marie de l'incaraation,et de l'office public qui est célébré en son honneur le 18 avril; on ne sait à quoi attribuer ce privilège singulier.

Tout ce qui concerne la béatification a été savamment traité dans l'ouvrage de Benoit XIY ; De êervorum Dei beaiiftoaiione, Laboubbeib*

BEATTIE (Jahis), poète et philosophe écossais, né en 1785 dans le comté de Kincardine^ professeur de philosophie morale à Edimbourg^ plus tard â Aberdeen, où il mourut en 1803. Gomme philosophe il appartient à celte noble école écossaise qui, sous la direction de Dugald- Stewart et de Thomas Eeid, défendit les droits de l'idéalisme, des sciences morales, de la phy* siologie, contre les doctrines matérialistes du xviu« siècle, et qui fut naturalisée en France par MM. Royer-GoUard et Jouffnj. Beattie fit surtout une guerre acharnée au scepticisme de Hume, qui niait l'esprit et la matière et jusqu'aux axiomes mathématiques; il cherche moins à entraîner par des arguments basés sur une méthode rigoureusement philosophique, que par sa chaleur d'âme et sa conviction personnelle ; volontiers il s'adresse à cet instinct général de l'esprit humain, instinct qui lui fait accepter, admettre comme vrais, certains faits évidents ou généralement reconnus, tels que l'existence

BEA

du monde matériel, du bien et du mal, de Bieu, du libre arbitre. Si cet appel au sens commun ne satisfait pas toujours les philosophes de profession, dont Tesprit rigoureusement logique réclame une manière de procéder plus savante, phis méthodique, du moins a-t-il conquis à Beattie un public très-nombreux et lui at-il valu le renom de phiioêophê populaire. Dans ses Essais criiiqueê (Londres, 1784, in*4o),on apprend à Testimer comme bon esthéticien; ses remarques sur le beau, le sublime, Tart, la nature, la langue, sont très-Judicieuses. Ses ouvrages philosophiques consistent en un Traité sur la nature immuable de la vérité, Edimbourg, 1770; en des Éléments des sciences morales et p^chologiques^ 1790; et en une Théorie de la langue, 1788.

Conune poète, il brille plutdt par sa diction élégante, toigours égale, et par sa tendance didactique, que par un talent créateur. Le philosophe moraliste perce partout dans ses réflexions; une contemplation calme, une suave mélancolie répandent un grand charme jur ses élégies et sur un poème descriptif en deux diants, intitulé : le Méne$trel, ou Us progrès du génie ( The Minstrel, or the progress of genius). Ce dernier ouvrage contient plus d*un tableau qui rivalise de fraîcheur et de coloris avec les vers descriptife de Walter Scott; on j respire partout Tair poétique de la Calédonie. Beattie a peutrétre confusément pressenti combien cette brise devait vivifier quelque poète plus heureusement doué que lui. Il seinble avoir tracé son propre portrait et sa destinée dans les strophes du début, où il se répand en plaintes harmonieuses sur les influences ennemies gui eonsumeni tant de nobles cœurs dans levaûon solitaire, au pied du mont escarpé que eou' ronne le temple de la gloire.

Ses ouvrages poétiques qui renferment encore un poème moitié allégorique, moitié didactique, intitulé le Jugement de Paris, ont été réunis dans plusieurs éditions, entre autres dans celle de 1799, S vol. in-8«. L. Spacb.

BEAU. On nomme ainsi ce qui, dans la nature et dans les arts, donne un plaisir mêlé d*admiration. Le beau n*est pas tout ce qui plaît, il D*est pas tout ce qui impose ; il est ce qui réunit ces deux conditions : il associe Tagrément à la grandeur. Un sentiment est beau, une action est belle, quand on y rencontre à la fuis de Télévation et de la bonté; un animal, une plante, on monument sont beaux, lorsque à la grâce des formes ils joignent le grandiose des proportions.

On distingue plusieurs sortes de beau : le beau matériel, qui appartient à la nature physique, inerte ou organisée; le beau moral, qui se révèle dans nos actions et dans nos sentiments; le beau intellectuel, qui réside dans la pensée, dans les enivres de Tesprit humain. Rien'de plus divers, assurément, que les impressions "^produites par la Vénus de Hédicis, par le dévouement de Léonidas ou par les découvertes de Newton; cependant, ces impressions si différentes ont un rapport commun entre elles : toutes produisent ce mélange d*admiration et de plaisir qui manifeste la présence du beau et qui caractérise spécialement son existence. Il arrive aussi parfois que ces divers genres de beauté se réunissent dans un même objet et doublent ainsi leur puissance. Dans la figure d*une belle femme, vous admirez à la fois des lignes gracieuses et une impression touchante, spirituelle ou naïve ; dans les scènes de la nature, Teffet d'une vue pittoresque s'accroît des impressions riantes, mélancoliques, terribles ou voluptueuses qu'elle éveille dans notre âme.

Le beau émane de deux sources différentes : il est donné par la nature, il est produit par les arts. Ce serait une erreur de penser que l'un de ces genres de beauté ne soit que l'imitation de l'autre : les arts ont des effets qui leur appartiennent et dont le type ne préexiste point dans la nature. Une belle mélodie n'imite rien : elle touche cependant. C'est que les arts sont en euxmêmes une sorte de nature merveilleuse, qui a des points de contact, sans doute, mais aussi des points de divergence avec la nature réelle. Aussi, quoique l'imitation entre fréquemment dans les procédés des arts, nous croyons nous mieux exprimer en disant que leur objet est, non l'imitation, mais la création du beau. Cette simple définition nous révèle assez la double erreur de quelques modernes littérateurs, peintres ou sculpteurs, dont les uns font consister la mission de l'artiste dans l'imitation de la nature pauvre et vulgaire, les autres dans la création fantastique de la laideUr physique et morale. De ces deux systèmes, l'un est la dégradation, l'autre est la subversion de l'art.

A la notion du beau artificiel se rattache celle du beau idéal; des critiques, des écrivains distingués en ont contesté l'existence. Suivant eux, tous les types du beau nous sont offerts par la nature : les modifier, c'est en altérer les rapporU, c'est en détruire l'harmonie. C'est lA, ce nous semble, une erreur. L'expérience nous montre que l'art a plus d'un procédé pour embellie les Imagei de la nature.'Il peut rectifier

(lie)

BBA

ou voiler les imperfections ; il peut accumuler les beautés* Zeuxis veut peiodre une déesse ; son imagination d*artiste voit encore au delà des perfections du modèle charmant qu'il a sous les yeux : en le copiant, il le corrige par mille changements imperceptibles, qui, respectant les proportions de Tensemble, créent de légers défauts ou ajoutent de nouvelles grâces. Il rend cette ligne plus moelleuse, il adoucit ce ton un peu trop vif, il donne plus de noblesse à ce sourire, il met plus de poésie dans cette pose ou dans ce regard. Rien n*est sensiblement changé dans chaque trait, et pourtant d*une mortelle le peintre a fait une divinité. Tout ce qu*un grand citoyen ferait éclater de nobles mouvements, de sentiments magnanimes dans une année de la vie réelle, Corneille le concentre en deux heures dans le rôle du vieil Horace, et son pinceau sublime, au lieu de peindre un patriote, semble avoir évoqué sur la scène le patriotisme luimême. Zeuxis et Corneille n'ont-ils pas atteint ici le beau idéal?

Pour rendre plus vives les impressions du beau, l'art a souvent recours aux contrastes qui le font ressortir; mais remarquons (ce qu'on oublie trop aujourd'hui) que le secret du génie n'est point de faire contraster le beau avec le laid, qui doit toujours être banni des arts; ce secret, c'est d'opposer entre eu^ deux genres contraires de beautés. Ainsi Milton fait contraster la beauté calme et majestueuse de l'ange de lumière avec la beauté ftirouche et tenible de Satan, et non avec la difformité hideuse des diables de la tentation de saint Antoine ; les grâces molles et naïves de la première femme avec la mâle et noble fierté de son époux, et non avec la disgrâce d'un être grotesque ou contrefait. Aux doux accents de la flûte, Haydn et Beethoven opposent le bruit guerrier des trompettes et des timbales, et non les cris de la crécelle ou de la cornemuse. Ces contrastes heurtés et grimaçants, ces dissonances déchirantes peuvent servir à provoquer le rire dans les ouvrages comiqjues; il faut les bannir des compositions sf rieuses et touchantes, où doit sans cesse dominer le sentiment du beau.

Sn déterminant les conditions essentielles du beau, nous croyons avoir, du même coup, défini ses effets : plaisir, admiration, telle est la double impression qu'il est appelé à produire. Aussi le privilège du beau, surtout du beau moral, n'estil pas seulement de charmer, mais d'élever l'âme. Lorsque cette impression est portée au plus haut degré, le beau prend le nom de êublime.

Les mêmes notions nous serviront à distin-

guer le beau de quelques autres attributs qui s'en rapprochent, mais qu'il ne faut point confondre avec lui. Le joli ressemble au beau par l'agrément, il en diffère par la grandeur; le grand, au contraire, ressemble au beau par l'étonnement qu'il inspire et en diffère par le sentiment de plaisir que le beau seul a le don de feire éprouver. Parmi les animaux, le chat, l'écureuil, malgré leur gentillesse; l'éléphant, malgré les vastes dimensions de sa stature, ne pouvent passer pour beaux ; ce titre est réservé à ceux qui, comme le cheval, le cerf, le lion. Joignent à l'élégance des formes la noblesse des proportions. De même au moral. « J'accepterais ces offt^s si j'étais Alexandre, — Et moi si j'étais Parménion. » Cette réponse est grande ; peut-on dire qu'elle soit belle ? Non, car sa grandeur est plutôt celle de l'orgueil et de l'ambition que celle de la vertu. Nous n'en dirons pas autant de cette autre réponse de Porus à Alexandre : « Comment faut-il f>ous traiter f — • En rot » Ici, je sens l'accent d'une belle âme qui devine une belle âme. Cela est noble , cela est sublime.

Vous contemplex avec ravissement le magnifique spectacle de la mer irritée : qu'à l'instant, dans une barque battue des flots, apparaissent des malheureux menacés du naufirage, soudain la scène, en conservant sa grandeur, a perdu sa beauté; elle n'est plus que douloureuse et terrible. Elle ne fait plus plaisir, elle fait mal.

On serait, dans beaucoup de cas, tenté de con*fondre le bon avec le beau. Il y a cependant entre eux une différence du plus au moins. On goûte, on approuve le bon, on ne l'admire pas; un bon poème, un bon tableau peuvent être l'œuvre d'un talent ordinaire; un beau poème, un beau tableau sont toujours Pœuvre du génie. Pour qu'une action soit belle, il ne suffit pas qu'elle soit bonne ; il faut qu'elle ait exigé dans son auteur de la force, de la grandeur d'âme. Un riche qui aide les malheureux de son superflu foit une bonne action ; un pauvre qui se prive du nécessaire pour d'autres infortunés fSait une belle action.

Dans l'ordre inteHectuel et moral, le beau est inséparable de la vérité ; dans l'ordre physique, il est inséparable de la simplicité. Boileau a dit avec raison ; rien n'est beau que le vrai»- tous les grands artistes, tous les Juges éclairés ont ajouté : rien n'est beau que le simple*

Le beau ne saurait exister sans l'harmonie, ni l'harmonie sans l'ordre ; mais Perdre ne suppose pas tot^urs la symétrie : souvent un désordre apparent recèle une harmonie réeUe, un assor-

fiEA

BEA

timent de convenances mieux entendu que ne fierait la disposition la plus régulière. C'est en ce sens, et seulement en ce sens, que Boileau a pu dire encore qu*tiii beau désordre est souvent un effet de l'art.

Dans une acception moins étendue, le mot de beauté s^emploie pour désignet les charmes du corps chez Thomme et surtout chez sa compagne. L'aspect de la beauté est le plus doux qui puisse ravir le ccnir; mais ce sont là de ces jouissances qu'il est plus aisé de sentir que d'analyser. Nombrer les éléments qui concourent à former la beauté, classer ses variétés infinies, sont deux tâches que nous n'oserions nous flatter d'accomplir. La suavité des contours, la fiûesse et la fraîcheur du coloris , la Juste proportion des membres du corps et dés traits du visage, et l'harmonie de l'ensemble qui en est le résultat, Texpression folâtre ou touchante, fine ou naïve, gracieuse ou noble , pudique ou voluptueuse ; enfin, la grâce plus belle encore que la beauté, tout cela présente à l'imagination mille idées charmantes, mais que nulle théorie ne peut espérer de préciser ni de définir, et que chacun devra toujours appliquer d'après sa manière particulière de sentir.

Sst-il vrai cependant que la beauté soit le résultat d'une convention arbitaire, que modifient incessamment les temps, les coutumes, les pré- Jugés, les climats? Quelques-uns l'ont prétendu ; nous ne pouvons le croire. Seulement, nous admettons que le sentiment de la beauté peut légèrement varier avec les convenances qui président aux rapports des deux sexes entre eux. Le sentiment de la beauté est un sentiment de relation, et des relations immuables dans leurs conditions essentielles peuvent cependant recevoir des circonstances sociales quelques modifications secondaires. L'homme tire sa beauté des qualités qui dépareraient la femme, et réciproquement. Pourquoi? C'est que leur destination est di£férente. Par une raison analogue, on conçoit que, chez un même sexe, tous les caractères de la beauté ne soient pas toujours appréciés absolument de même. Ainsi, chez les peuples nomades, où la femme est appelée à partager les fatigues de l'homme, on attachera plus de prix aux formes robustes, qui annoncent la force et l'énergie, qu'à ces grâces molles et délicates qui ont tant de charme pour les peuples sédentaires et eivIUsés. Dans un climat et dans une société où roD ne connaît que les Jouissances matérielles de Tamour, l'embonpoint, même excessif, devra passer pour une beauté ; c'est ce que nous voyons chez les Orientaux, tandis qu'une taille svelte

et des proportions élégantes plairont davantage à des hommes moins avides des plaisirs des sens que des plaisirs de l'imagination. Le beau, pour être estimé tout son prix, doit être rare; aussi le Grec aux cheveux d'ébène se peindra Vénus blonde, et l'Anglais Byron célébrera les brunes Espagnoles aux dépens des pâles beautés de son pays. Mais ces légères différences d'appréciation, dont il est aisé d'assigner les causes tout accidentelles, ne prouvent point que la beauté soit chose arbitraire ; elles prouvent seulement que, sur ce point comme sur tant d*autres, les circonstances influent pour quelque chose sur nos impressions. Ce ne sont point ici nos jugements qui varient, ce sont nos sentations.

La beauté, comme la laideur, a différents degrés. Une taille élevée , des formes pures, des traits réguliers et nobles constituent une belle f^mme. Moins de perfections, mais animées par une physionomie heureuse; moins degrandiosc^ mais de la grâce, de la finesse, du charme, f6nl une jolie femme; avec de la fraîcheur, un air d'esprit ou de bonté et une figure ordinaire, une femme est agréable. Enfin , des traits irréguliers peuvent encore, par une expression enjouée ou bienveillante, former ce qu'on appelle une tailleur aimable. N'oublions pas de remarquer, en terminant, que les trois genres de beauté que nous avons signalés, la beauté physique, morale, intellectuelle, se montrent tour à tour, séparés ou réunis, sur la figure humaine. La beauté physique brille dans V^IntinoOs ; sur le front de Napoléon rayonne la flamme de l'intelligence ; enfin (qu'on nous pardonne le rapprochement de ces trois noms), la beauté morale respire pure et sublime dans les traitsdel'Homrae* Dieu dessiné par Raphaël. S. A. Bbivillb. Le sentiment du beau, régardé comme invariable et absolu , comme sujet à des lois, à des conditions précises, a donné lieu à une science philosophique qui, jugeant par l'idée ce qui apparaît aux ^ns, en d'autres termes mesurant co qui plait à ce qui nous est révélé sur la perfection, réduit à des règles, formule en termes précis, ce qui n'était jusqu'alors qu'une impression. Cette science, d'origine allemande, est Veathétique; elle a eu pour fondateur Baumgarten, mais c'est Winckelmaun qui l'a mise dans tout son jour. Peut-elle se vanter d'être certaine, positive? Il est permis d'en douter. Quant à nous, au lieu de rapporter le sentiment du beau à une révélation intérieure de la perfection, aux sou^ venirs d'un dieu déchu, nous trouverions plus simple de l'expliquer par l'abstraction combinée avec la synthèse. Certains caractères de beauté,

BEA

BEA

dUtraiU d'une fôuIe d*objet8 où ils étaient unis, soit au laid, soit à l'indifférent, et auxquels ensuite rimagination donne corps, qu'elle réunit et façonne, forment ridée du beau et nous donnent cette mesure que nous appliquons aux percq>tions des sens. Euctcl. des ams dv hondb. BEAUCAIRE, sur la rive droite du Ehône, cheMieu de canton du département du Gard, rUffernum des anciens, à 6 lieues de Nîmes. Population, 10,000 habitants. Elle est située entre le Rhône, le canal de Beaucaire et une belle chaîne de rochers. Un pont suspendu de quatre cent cinquante mètres la réunit à Tarascon. Cette ville est célèbre par la foire qui s*y tient depuis le !« Jusqu'au 38 juillet, et qui y attire en temps de paix Jusqu'à trois cent mille personnes. C'est le rendez-vous des plus riches marchands et négociants de l'Europe, et même du Levant et de l'Afrique. Beaucaire possède une bibliothèque de 14,000 volumes. X.

BEAUCE, BeUia, BeUa. De temps immémorial on a donné le nom deBeauce à une étendue de pays assez considérable, comprenant le pays Cbartrain, le Dunois, le Yendômois, le Mantois et le Uurepoix. Ce sont de vastes et fertiles plaines parsemées de villes, bourgs, villages, habitations, où respirent partout l'aisance et le bonheur. Ce pays, renommé par son abondance en toutes choses, l'était aussi autrefois par ses nombreux troupeaux. La ville de Chartres était regardée comme la plus importante de la Beauce. X. BBAUFFREMONT OU BBAoriBHOiiT, famille française très-ancienne, longtemps soumise à l'empire d'Allemagne, et qui tire son nom d'un village avec un château en Lorraine, à 9 lieues de Neufchâteau, mais qui acquit ensuite des possessions dans la Bourgogne. Il est fait mention d'un baron de Beauffremont à l'année 1203; cette maison se divisa bientôt en deux branches, dont l'ainée ne tarda pas à s'éteindre. Elle en eut deux autres, notamment celle de Scey (de Scey-sur-Saône), qui fit l'acquisition de Senéscey, entre Chàlons et Tournus. Mais c'est la branche cadette de la ligne directe qui est la plus célèbre; elle comptait parmi les plus nobles familles du duché de Bourgogne et un ancien adage très-connu dans cette province portait : « Riche de Châlon, noble de Vienne, fier de Meuchâtel, preux de Yergy, bons barons de Beauffremont. » La principauté de Listenais, le duché de Pontde-Yaux, le marquisat de Marnayla-YiUe, etc., entrèrent successivement dans cette famille, héritière par alliance des Gorrevod et des Courtenayj ces derniers descendaient en ligne droite du roi Louis YI, dit fo 6fv«. En 1757,

l'empereur François I*' conféra à Louis, fils de Louis-Benoit ou Bénigne de Beauffremont et d'Hélène de Courtenay, pour lui et pour tous les mem* bres de sa famille de l'un et de l'autre sexe, la dignité de prince du saint-empire qui avait d^à été accordée aux Gorrevod en 1638 ; cependant le dernier prince a accepté de Napoléon le titre inférieur de comte. Le même a été nommé pair de France en 1815. J. H. Sgbritzlbe.

BEAUFORT (HBiiBi ob), cardinal évéque de Winchester, fils naturel de Jean, duc de Lancaster et de Catherine Ro^t, veuve d'Olhon de Swinford, et frère de Henri lY de Lancaster, roi d'Angleterre, reçut son nom de Beaufôrt, bourg de l'Anjou où il était né. Homme d'État et prince de Rome, trois fois chancelier d'Angleterre, ambassadeur en France, légat du pape en Allemagne, il a son rôle dans tous les grands faits de l'époque contemporaine déchirée par la guerre, par le schisme, par d'affreuses discordes de maisons royales. D'ailleurs âme dure, esprit délié et pénétrant, sa vie pleine de passions, d'ambition et de violence, a été un singulier mélange de desseins bien menés et d'inconséquences, d'affaires temporelles et d'affaires religieusei, d*audace et de remords.

Il reçut l'éducation forte du temps à Oxford et à Aix-la-Chapelle. 11 n'y avait point de trône pour lui dans la famille; on lui donna toute la science anglaise et allemande pour en faire le premier prince de l'Église et le mettre â la tète du clergé d'Angleterre. Évéque de Lincoln en 1307, il le devint de Winchester en 1414. Cependant il avait déjà pris part aux afEaires, et sa capacité l'avait fait d'abord arriver à la première magistrature politique de l'État et à l'ambassade de France. Alors l'avènement des Lancaster avait interrompu la guerre de 100 ans ou la lutte d'extermination entre la France et l'Angleterre. Tout à coup il ne se montre plus que pieux prélat et catholique à foi ardente; il se met en route pour la terre sainte. Mais il tombe au milieu du concile de Constance , et son esprit d'habileté et d'intrigues le reprend. Il ne contribue pas peu â la nomination de Martin V, et, sans mission apparente, à l'improviste, il entraîne à une décision ses collègues. Martin Y reconnaissant le crée cardinal en 1436. De retour en Angleterre, il y ressaisit son influence politique, et c'est par lui que Jacques I*' d'Ecosse obtient sa liberté. L'homme d'État cependant n'oublie point qu'il est prince de l'Église, et il s'oppose â la levée, sur le clergé, de nouvelles décimes que réclamait le roi Henri Y» son neveu, pour subvenir à la guerre contre la France;

BEA

BBA

mais il donne 30,000 livres sterling de son propre coffre. Martin Y Jeta les yeux sur lui, comme sur le plus énergique et le plus renommé champion du saintrsiége, pour être son légat en Allemagne, où rÉglise avait deux grandes blessures à guérir, le schisme et Thérésie des Hussiles de Bobèoie. Il ne feUait rien moins qu'une croisade contre Thérésie» et oe fut le cardinal anglais qui partit pour la publier ei la prêcher, emportant comme auxiliaires d'énormes sommes d'argent (1499). 11 échoua et remporta l'argent, non pour le rendre au saint-pére, mais pour le donner à FAngleterre et le changer eu levées de troupes contre la France.

Sa carrière politique s'achève en France. Le duc de Bedfôrd, qui occupait alors ce pays au nom du roi d'Angleterre enCant, eut besoin de ses services. Ce fut lui qui couronna le Jeune Henri YI, et qui le même Jour où ce prince était proclamé roi d'Anglerre à Londres, le proclama roi de France à Paris, dans l'église de Notre- Dame, au mois de novembre 1431. Ce fut Beaufort qui s'entremit, vainement il est vrai, entre le duc de Bedfôrd et le Jeune duc de Bourgogne, pour opérer une alliance qui eût été si précieuse à l'Angleterre. Ce fut lui encore qui siégea à Rouen parmi les juges de Jeanne d'Arc ei la fit monter sur le bûcher, après être descendu dans sa prison comme un mauvais génie et l'avoir torturée de sa présence pour lui arracher des avenx. Depuis, quoique retiré dans son évéché et y fondant un hôpital, il se mêla sans doute k ces tragédies sanglantes des deux roses, à ces ineurtres de famille qui déjà commençaient leur cours. Il parait certain que le remords d'avoir trempé dans l'assassinat tiu duc de Glocester, son nevea, le rendit fou, qu'il voulut s'empoisonner, et qn'U mourut dans d'horribles terreurs, le 11 avril 1447. Les drames de Shakspeare, biographies si vraies, chroniques si fidèles, peuvent être cités même en matière historique; nous renvoyons à la deuxième partie de Henri Vf, acte m, scène 3. HA^ss^an.

BSAUFORT (miG oi), le roi deê halleê, Foy. YajnÔHi.

BSAUFORT (Louis Di), savant historien fhinçais, gouverneur du prince de Besse-Hombourg et membre de la Société royale de Londres, mort à Maastricht en 1705. Bans son petit livre Sut ^incertitude du cinq premiers siècles de l'histoire romtaine, 1738, il porta le premier une nain courageuse sur l'échafaudage de romans qa*on était convenu Jusqu'alors d'appeler l'histoire des premiers temps de Borne. Sa critique |Beirive dévoila les contradictions et tes falsifia

cations que les auteurs anciens s'étaient permises sur cet objet, et Niebuhr, ainsi que Michelet^ ont suivi ses traces en tAchant de réédifler là où l'élève du sceptique Bayle n'avait feit que dé^ truire. — Le second ouvrage de Beaufôrt, intitulé : De la république romaine, ou plan général de l'ancien gouvernement de Rome, 1766, 2 vol. in-4o, augmenta encore sa réputation. Nous savons aujourd'hui Jusqu'à quel point il s'y est appuyé des travaux du Jurisconsulte italien Sigonius, mais cet ouvrage n'en reste pas moins un livre classique pour tous ceux qui veulent étudier les mœurs et la forme de gouvernement de l'ancienne Rome. Il est écrit d'un style simple, élégant, et mériterait d'être consulté plus souvent qu'il ne l'est de nos Jours. X. BRAUHARNAIS (EcaiiiiDB), duc deLeuchtemberg, prince d'Eichslœdt, vice-roi d'Italie, né à Paris le 8 septembre 1781 , du mariage d'Alexandre vicomte de Beauharnais et de Joséphine Tascher delà Pagerie,depuis Impératrice des Français. Eugène était âgé de 13 ans quand il perdit son père. Celui-ci lui avait laissé de beaux exemples, tant par les services qu'il avait rendus à la cause de l'indépendance américaine dans l'armée de Rochambeau et à celle de l'indépendance et de la liberté nationales dans les deux premières assemblées, qu'à la tète de l'armée du Rhin. Condamné par le tribunal révolutionnaire, du fond de sa prison, la veille de sa mort, il avait légué son fils au général Hoche, et ce fat sous ce grand capitaine qu'Eugène Rt ses premières armes. Mais il était destiné à apprendre la guerre sons un plus grand maître encore. Après la Journée de, vendémiaire 1705, qui plaça tout à coup le général Bonaparte à la tète de l'armée de l'intérieur, la Convention avait ordonné la saisie de toutes les armes dans les maisons de la capitale. L'épée du général Beauharnais, que possédait son fils Eugène, lui avait été enlevée par cette mesure, mais il se présenta chex le général Bonaparte, r^lama l'épée de son père, l'obtint, et, de ce Jour, commença pour Eugène la destinée qui l'attacha Jusqu'au dernier moment à la gloire de la France et à la grandeur de Napoléon. Frappé de la générosité des sentiments de cet enfant, le général Bonaparte alla le lendemain féliciter sa mère d'avoir un tel fils. Il fut à son tour séduit par hi grâce et l'amabilité de madame de Beauharnais, et bientôt après lui offrit sa main. Telle fut la cause de ce mariage, qui éleva aux honneurs souverains une partie de la famille Beauharnais, l'impératrice Joséphine, le vice-roi d'Italie, sa soeur la reine de Hollande, ses deux filles, la princesse héréditaire de Suède,

BEA

BEA

et Pimpératrice du Brésil, et enfin la grande-duchesse douairière de Bade. Napoléon regarda les enftints de sa femme comme les siens, et s*occupa de perfectionner l'éducation d^Eugène, que les orages de la révolution ayaient laissée incomplète. Kommé au commandement de Tarmée d*Ilalie, il ne tarda pas à Ty appeler, et reconnut bientôt en lui le germe des talents quHl devait développer plus tard avec tant de supériorité. Après le traité de Gampo-Formio, Eugène fut envoyé à Corf6u en mission, et, passant par Rome à son retour, il faillit périr dans Témeute populaire qui coûta la vie au général Dupbot. L*éducation militaire d'Eugène, si brillamment commencée aux journées à jamais mémorables de la campagne d'Italie , devait s'achever sous un autre ciel, et aussi sous les yeux de l'homme delà victoire. U suivit en qualité d'aide de camp son beau-père à l'expédition d'Egypte. Débarqué à Malte l'un des premiers, il enleva de sa main un drapeau à l'ennemi. En Egypte, Eugène se trouva aux actions les plus meurtrières et mérita par sa bravoure l'estime du général en chef et cette amitié des camps, qui malgré ses grandeurs n'a cessé de l'unir par un lien fraternel à nos plus illustres généraux, sortis comme lui des bivacs de l'armée d'Italie et des tentes de celle d'Egypte. Son courage et son intelligence le firent remarquera l'assaut d'Alexandrie, à la bataille des Pyramides, à la révolte du Caire, au combat d'El-Aricb, à la prise de Jafifa , au siège de Saint-Jean-d'Acre, et à la célèbre baUille d'Aboukir. Au premier assaut de Saint- Jean-d'Acre, Eugène, blessé à la tète d'un éclat de bombe, resta longtemps enseveli sous les décombres d'une muraille écroulée. Cet accident lui fut commun avec l'officier d'artillerie Digeon , aujourd'hui lieutenant général. A cette époque de la plus grande gloire militaire de la France, on ne gagnait ses grades que par ses faits d'armes. Eugène revint d'Egypte capitaine de cavalerie, et reçut le grade de chef d'escadron sur le champ de bataille de Marengo. Les promotions que Napoléon consacrait ainsi par la victoire et sur les lieux mêmes où il les remportait, associaient personnellement à ses triomphes ceux qui en étaient honorés. Il renouvelait ainsi cette inféodation primitive des titres de noblesse décernés aux plus braves des armées de la Gaule. Il est vrai que sous la république un décret portant ces mots : L'armée d'Italie a bien mérité de ta patrie, donnait le titre de cette noblesse à toute cette armée. Deux ans après, Eugène fut nommé colonel commandant de ce fameux régiment des chasseurs de la garde, qu'il avait formés lui-

même, et qui sous le nom de Guides du général en chef avaient été placés dans les premiers temps de la campagne dltalie sous les ordres du colonel Bessières. Les années du consulat furent la troisième époque de l'instruction militaire d'Eugène Beauhamals. Il étudia la pratique de son métier et y acquit cette habileté qui le faisait distinguer parmi les premiers colonels de l'armée. Napoléon l'appelait sans cesse au commandement des manœuvres , à des inspections, et, après huit années d'épreuves, dont les deux tiers sur les champs de batailles, nomma en 1804 général de brigade l'enfant de son adoption, et l'élève de sa gloire. Parvenu à la dignité impériale. Napoléon conféra au général Beauhaniais le titre de prince français. Eugène n'en demeura pas moins l'ami de ses compagnons d'armes et continua d'être le père de ses soldats. Après l'organisation du royaume d'Italie, le prince Eugène en fut nommé vice-roi, et resta à Milan revêtu de tous les pouvoirs civils et militaires. Il avait à peine 24 ans, mais il avait vu de si près le grand homme , il avait été formé à une telle école, que malgré sa jeunesse il ne tarda pas à justifier le choix de Napoléon. Toutefois, il ne s'agissait plus pour lui de l'art de la guerre, mais de l'art de régner, science dont 1^ lieutenants de l'empereur se croyaient suffisamment instruits par leurs exploits, parce qu'ils n'avaient connu du génie de Napoléon que le côté militaire. Mais Eugène, qui l'avait vu plus souvent, et peut-être avec de meilleurs yeux, Eugène, que Napoléon appelait souvent aux confidences de son cabinet et à la connaissance des éléments politiques de son gouvernement, se livra avec une ardeur infatigable à l'adminislration du royaume d'Italie. Il était beau pour lui de fonder la prospérité d'un trône dont la gloire de son père adoptif avait doté la couronne impériale, et de préparer la fortune de cette Italie, où il avait reçu ses premiers grades militaires, et dont la destinée future, sa réunion en un seul État sous la protection et l'amitié de la France, ne pouvait lui être inconnue. Aussi, bientôt les branches de l'administration publique furent réglées avec ordre et économie; il en fut de même pour l'organisation des cours de justice et des tribunaux inférieurs. Peu d'années sufllrent pour mettre l'armée italienne sur le même pied que l'armée française , et lui donner les moyens d'atteindre à cette fraternité de gloire que notre justice a proclamée tant de fois. De grands encouragements furent donnés à l'agriculture, au commerce, à l'industrie; d'utiles travaux furent exécutés sur tous les points du

BEA

BEA

royaume. Assise sur des bases convenables, Tinstruction publique donna un nouvel essor aux Inlelligences. On vit refleurir les célèbres universités de Pavie, de Bologne et de Padoue. Les grandes villes reçurent des collèges. La mendicité disparut : cette lèpre de Tltalie, produit de la barbarie des siècles et de la domination monacale, était également extirpée dans les États romains sous Tempire du gouvernement français. Les établissements de bienfaisance , dont une sage institution rouvrit les secours à la pauvreté véritable, ne contribuèrent pas faiblement à la destruction de la mendicité. Des ateliers de travail reçurent les indigents dont la fainéantise était le crime; le régime des prisons obUnt aussi des améliorations dictées par Thumanité. La loi ftit impitoyablement appliquée aux vols, aux assassinats et aux meurtres qui ensanglantaient de tout temps les querelles particulières. Les mendiants des villes et des grands chemins forment la classe des fainéants paisibles, et les voleurs celle des fainéants audacieux : ce sont des mendiants à main armée. Le travail, sagement imposé aux classes pauvres, sous la surveillance rigoureuse de la loi, suffit alors au gouvernement d*Italie comme à celui des États romains, pour rendre la sécurité aux villes et aux campagnes. La protection des beauxarts ne pouvait échapper au vice-roi d'Italie, qui avait contribué à la conquête des che6-d*œuvre de la Grèce et de Rome. Il fonda le beau musée de Brera , établit un conservatoire de musique et de déclamation, qui donna aux théâtres une foule de sujets distingués , fit revivre Tart antique de la mosaïque en grand, et fit exécuter à ses frais le beau tableau de la Cène, qui, par droit d^oGCupation, estaii^ourd'hui à Tienne, en Autriche ! Les admirables fresques d*Appiani et la façade du dôme de Milan sont des monuments qui témoignent de Tadministration du vice-roi et de son amour pour les arts. Ce fut par de telles dispositions, par de tels travaux, que ce prince parvint en peude temps à faire une autre France du royaume d'Italie. Telle était aussi Tintention du fondateur des deux États, unis à Jamais, malgré le sort qui les sépare, par les communs souvenirs conune par le juste orgueil de la plus brillante civilisation et. d'une amitié impérissa- J}Uf. Couvert des lauriers d'Austerlitz, Napoléon avait élevé à la royauté, le 1*' janvier 1806, Télecteur de Bavière, prince excellent, dont la France avait accueilli et protégé la jeunesse, et qui ne l'avait point oublié. Napoléon lui demanda sa fille pour son fils adoptif et l'obtint. C*est cette princesse Auguste-Amélie , que dans

ses Hémoires il nomme ia plus belle et la plus vertueuie princesse de son temps. L'Europe ne vit dans cette union qu'un arrêt de la victoire et la redevance de la royauté nouvelle de Maximilien, tandis que la France y entrevit l'idée d'un essai sur l'opinion par rapport au parti qu'un jour Napoléon pourrait prendre pour lui-même, car la stérilité de l'impératrice Joséphine était un chagrin que le maître du monde ne se donnait plus le soin de garder pour lui seul. Mais ce problème ne devait se résoudre que par une autre victoire, qui le ramènerait encore dans les murs de Vienne. Pendant la guerre de 1806 et 1807 contre la Prusse, le royaume d'Italie fut représenté dans cette glorieuse campagne par une partie de son armée, qui mérita par sa discipline et par ses succès l'aflFection et l'estime de celle de l'empire. Le prince Eugène avait dû rester à Mihm pour y surveiller lui-même, indépendamment des travaux de son administration naissante, la foi toujours douteuse de la maison d'Autriche. Et en effet, deux années après la paix de Tilsitt, cette puissance, profitant du séjour en Espagne de Napoléon, et d'une partie considérable de ses forces , envahit soudain la Bavière sans déclaration de guerre, et fit marcher sur l'Italie l'archiduc Jean, avec une armée nombreuse. Le prince vice-roi n'avait que 40,000 Italiens de nouvelle levée à opposer à l'invasion de vieilles bandes autrichiennes. Aussi son début ne fut pas heureux. U perdit la bataille de Sacile, et, comme il l'avouait lui-même, jamais bataille ne fut plus complètement perdue; mais son génie militaire, livré à lui seul, se développa soudain avec la supériorité qu'il conserva dès lors, et il prit une revanche éclatante aux combats de la Piave, de Saint-Daniel, de Ratvir et de Saint-Michel, qui lui ouvrirent les portes de l'Autriche , et bientôt après les avenues de sa capitale. Rien ne put arrêter désormais sa marche rapide; il détruisit tous les corps qui lui furent opposés, et opéra sa jonction avec l'armée française sur les hauteurs du Sommering. Cette jonction exécutée avec tant de bonheur fut annoncée à Napoléon, qui se préparait à livrer la terrible bataille de Wagram : // n>avait qu'Eugène, dit l'empereur en recevant cette nouvelle, qui fût capable d'arriver aujourd'hui à Bruch : il n'x o que le cœur qui puisse opérer ces prodiges. Cependant, digne élèvé*de Napoléon, le vice-roi parvint enfin à attirer l'archiduc Jean sur le terrain, et la mémorable bataille de Raab plaça justement son nom après celui du grand capitaine. Cest une petHe-fllle de Marengo^ dit Napoléon à la nou-

BEA

BEA

velle de la Tidoire de Kaab. Jt iapafê bien en quelles maine j'avais remis mon épèe. Aussi, pea de jours après, il associa le prince Eugène au triomphe de Wagram. Après la paix, le viceroi fut nommé lieutenant de Tempereur et reçut Timportante mission de pacifier le Tyrol en retournant en Italie. Rien ne manquait à la gloire et au bonheur du vice-roi, à qui la vice-reine venait de donner un fils. Mais une cruelle épreuve lui était réservée. Appelé à Paris pour être témoin du divorce de Napoléon , il fut de plus chargé d^ disposer sa mère. Jamais la reconnaissance et le dévouement n*avaient été appelés à un semblable sacrifice. Il fut accompli dans toute sa rigueur. Ainsi le voulait Taustérité du devoir qui avait été imposé au fils de Joséphine. Cependant son âme généreuse voulut que le sacrifice lui fût encore plus personnel en y ajoutant celui de ses grandeurs et de Tavenir de sa vie. Ainsi le vouhiit Torgueil de sa piété filiale. Hais, vaincu par les instances de sa mère ellemême, et par les sollicitations de Tempereur, Eugène, en consentant à garder le dépôt de la souveraineté de Tltalie, crut répondre par un sacrifice égal à celui qui avait été exigé de lui. Il déclara toutefois refuser à Jamais toute faveur nouvelle de Napoléon , parce que, disait-il, on y verrait peut-êlre le priw du divorce de ma mère. De retour en Italie, le vice-roi pourvut à Torganisation des nouveaux départements que la paix de Vienne venait d*aJouter au royaume. Mais Marie-Louise étant devenue mère, le viceroi fut encore obligé de se rendre à Paris pour assister aux couches de la nouvelle impératrice et au baptême du roi deRome. Ainsi, ce royaume dltalie, dont la prospérité était son ouvrage, ne devait plus être le prix de tant de services rendus à la gloire de Napoléon. Ce fut pendant ce voyage, où hi sensibilité de son Ame fut mise à de nouvelles épreuves, que Napoléon lui confia les projets de guerre dont Tattitude de la Russie depuis la victoire de Wagram lui imposait les préparatifs. Le vice-roi pariit pour Tltalie, où il organisa un corps italien et français destiné à coopérer aux travaux de la grande armée. Ce corps, qui en forma le quatrième, se couvrit de gloire pendant cette terrible campagne, sous les ordres du vice-roi , et plus pariiculièrement aux combats d*Ostrowno et de Witepsk, à hi grande bataille de la Moskowa, mais surtout à la bataille de Malojàroslawetz, où seul il soutint avec une intrépidité héroïque le choc de toute Parmée ennemie. On connaît les désastres de la retraite de Moscou. C*étaU une épreuve, disait Napoléon, au-dessus de toute organisation

humaine. Elle ne fut pas au-dessus de la fèroe d*Ame du vice-roi; et quand à Posen il succéda au roi de Naples pour le commandement des débris de Tannée, en qualité de lieutenant de Tempereur, dès ce moment tout changea de face. Vingt-six jours passés dans cette ville, en présence de la poursuite ennemie, imprimèrent à la fois le respect aux Russes et la confiance aux Français ; Tannée y fut reposée et réorganisée. Les places de TOder reçurent leurs approvisionnements de défense. A la tête de 10,000 à 12,000 hommes, pendant quatre mois, par une marche belliqueuse et savante, le vice-roi occupa et retint les vainqueurs sur les deux rives de TElbe, et préserva Berlin des horreurs du pillage. Il ne quitta cette ville qu^en présence de Tennemi, dont il contint encore les mouvements, jusqu'à ce qu*il eût pu rejoindre Napoléon, à qui son admirable retraite, Tun des plus beaux faits de l'histoire militaire, avait donné le temps de reparaître avec une nouvelle grande armée. Les débris de Moscou rejoignirent Taigle impériale, toujours sous la conduite du vice-roi, non loin de la pyramide funèbre élevée sur le champ de bataille de Lutxen à Gustave- Adolphe , par les Suédois vainqueurs de TAutriche. Eugène arrivait A temps pour prendre part A une victoire. La hardiesse avec laquelle il exécuta une manœuvre périlleuse sur le flanc droit de Tennemi décida probablement le succès. Chargé du commandement de Tavant-garde, il éclaira Jusqu*A Dresde la marche deTempereur, par les avantagea qu'il remporta successivement dans sa route A Colditz, A Wildrulf et au passage de TElbe. Dresde vit les adieux de Napoléon et d'Eugène. Ils ne devaient plus se revoir! Le vice-roi repartit pour TItalie, où Joachim Murât l'avait précédé : il était urgent d'arrêter les dispositions que la politique de Vienne, surprise en flagrant délit depuis la retraite de Moscou, devait inspirer pour la défense commune, et notamment pour celle de l'Italie. L'on savait que l'Autriche n'y avait Jamais renoncé, ni sur le champ de bataille d'Austeriitz ni même sur celui de Wagram. La politique a faille mariage do Napoléon, disait A Paris, deux Jours avant la bauille de Lutzen l'ambassadeur ftchwarxemberg au duc de Bassano, la politique peut le dissoudre. In revoyant TItalie le vice-roi fut frappé douloureusement de l'épuisement de tous les moyens de conservation miliUire. Rien de ce qui en était sorti pour la guerre de Russie n*y était revenu. Il ne trouva ni oAeiers, ni soldaU, ni magasins, ni ressources disponibles. C*est dans de telles circonstances que se développent les grandi carac-

BBA

BBà

lèret. H fiUaU lutter avec la néceisité et en triompher. Sans cela, ntalie était envahie, et^ par suite, la France. Le génie et Tinlatigable activité du prince Eugène 6*élevèrent au-dessus du péril. In moins de deux mois 40,000 conscrits étaient rassemblés sur sa frontière, et prêts à entrer en campagne. Il avait d^à résolu de porter la guerre sur le pays ennemi. Il franchit les Alpes et menaçait rillyrie, quand il apprit que 60,000 hommes, sous les ordres du général Hil- 1er, occupaient déjà cette province. Dès lors il se vit réduit à une guerre purement défensive, et prit toutes ses dispositions pour se maintenir sur la haute Save. Mai» l'accession de la Bavière à la coalition européenne, en détachant tout à coup ce royaume de Talliance de Napoléon, ouvrit à rennemi la route du Tyrol, et le vice-roi dut se replier successivement sur llsonio et sur TAdige. Enfin, la défection du roi de Naples vint compléter Tinvestissement du royaume d*IUilie, et ce fut désormais derrière le IHiucio qu'il fut possible au vice-roi d'attendre les événements. A cette époque, où il s'agissait pour la France et pour ritalie d'être ou de ne plus être, le viteroi ne négligea aucun moyen de retenir dans Talliance et l'amitié française le roi Joachim. Plusieurs lettres, plusieurs missions directes font foi de ces généreuses instances. Il offrit au roi de Naples de marcher sous ses ordres avec son armée contre les ennemis de la France. Mais dès lors fut expliqué le brusque départ de Joachim du quartier général de Posen. Une négociation sacrète avec l'Autriche avait déjà eu lieu de la part de ce prince avant la guerre de Russie. Cette guerre étant devenue désastreuse pour la France, et menaçante pour ses alliés, Joachim avait quitté le commandement de la retraite de notre armée pour aller renouer celte odieuse Bégociation. Cependant, 'malgré l'inégalité de §e$ forces, et les difficultés toujours croissantes de sa position politique et militaire, le vice-roi liattit les Autrichiens à la bataille du Mincio, et las Napolitains sous les murs de Parme. Pressé entre ces deux trahisons de famille, ce prince, digne de. la France et de Napoléon, était de plus an butte aux tentatives de séduction les pUis outrageantes pour son caractère et sa conduite. Bien ne fut négligé pour ravir à Napoléon la fidélité de son fils ^doptif . On s'y trouvait suffisamment autorisé par la défection de son beaul^ère, contre lequel Eugène défendait si loyalement la cause à laquelle l'un et l'autre devaient leur élévation et uniquement l'espoir de la con** ferrer. Un grand personnage fut envoyé au viceroi pour le décider à réunir ses armes à celle de

rétranger contre sa patrie et son bienfeiteur, tant on était pressé d'en finir avec Napoléon, en faveur de qui l'armée dltalie seule offrait une diversion importante. Le vice-roi répondit : L'empereur Napoléon a reçu mee eermenU, et tant qu'il ne m'en aura pai dégagé, je lui serai fidèle. J'ignore le $ort qui m'est réservé; mais je connais mon beau-père, et, quoi qu'il arrive, je suis s4r qu*il aimera mieux relrou^ ver son gendre simple particulier, mais Aotinêle homme, que de le voir assis sur un trône acheté par le parjure et la trahison l Ces belles paroles n'ont pas besoin de commentaire. En effet, le négociateur offrait une couronne au vice-roi. La vérité de ce foit a été confirmée à l'auteur de cette notice, en 1816, par le roi de Bavière Maximilien, qui ne lui parlait du prince Eugène qu'en l'appelant son fils bien- aimé, f^ous apprendre» bientôt ce que je ferai pour lui.,. En effet, peu de temps après, le prince Eugène reçut les titres et les apanages du duché de Leuchtemberg et de la principauté d'Eichstœdt. Honneur et fidélité fut la devise du vice-roi jusqu'au dernier moment de sa vie. Elle servit de texte à sa belle proclamation à son armée. Enfin, sa mission en Italie se trouvant terminée, non par la chute, mais par l'abdication de Napoléon, il dut s'éloigner de l'Italie, et se rendit à Munich, où il se livra au repos at aux consola* tions d'une vie de famille. Appelé bientôt à Paris par les instances de sa mère et de sa smur, le prince Eugène y fut traité avec la plus grande distinction par l'empereur Alexandre, et une étroite amitié ne tarda pas à se former entre eux. Ce sentiment ne fut pas stérile, ni le résultat fugitif d'une première impression; car ce fut à la pressante intervention de l'empereur de Eus* sic au congrès de Vienne, que le prince Eugène dut la conservation de ses dotations en Italie, seule fortune ^u'il ait laissée à ses enfants. Il était encore à Vienne quand la nouvelle du débarquement de Napoléon y parvint. Il repartit alors pour Munich, où il retrouva dans raffection du roi son beau-père, et dans la tendre amitié du prince Charles, second fils du roi, tous les adoucissements qu'appelait sur les nouvelles difficultés de sa position le retour imprévu de Napoléon. La proscription germanique, qui se réveilU alors avec une nouvelle fUreur contre Vennemi commun, ne pouvait épargner celui qui lui était resté fidèle jusque dans ses adieux à son armée. Dans le but alors de concilier, par rapport à l'Allemagne, ce qu'il devait à sa propre dignité età la position de sou beau-père, le duc de Leuchtemberg se renferma plus étroitement que jamais dans les

BBA

BEÂ

devoirs intérieurs d*un père et d^n époux. Il continua ses habitudes de cette vie de famille, qui avaient bientôt désarmé Tinquisition antifrançaise des ennemis de4Capoléon, et l'avaient entouré du respect de tous les habitants de la Bavière, jusqu'âf^ce que la mort vint le surprendre le 21 février 1834. Quelques mois auparavant, le prince avait pu Juger lui-même de l'attachement profond que lui portait la Bavière, par la joie universelle donnée à son rétablissement. Il avait été au moment de succomber à une attaque violente d'apoplexie. Trois jours avant sa mort, le prince Eugène fit avec la plus grande tranquillité ses dernières dispositions. Quand il expira : Je perds, dit le roi, un excellent fils, et mon meilleur ami, et lorsque Ton vint prendre ses ordres pour les honneurs funèbres : Je veus^ dit ce prince, qu'il soit enterré comme si c'éiail mon propre fils. Le prince Eugène a laissé des documents importants, qui appartiennent à l'histoire de la France, tels qu'une nombreuse correspondance de l'empereur Napoléon, sur de hautes questions politiques et militaires. L'auteur de cet article avait été choisi par le prince Eugène en 1833 pour rédiger ses Mémoires. Si cette volonté avait été exprimée dans son testament, elle eût sans doute été remplie par la religion de sa famille, à qui cette intention du prince a été siffisamment connue. On ne peut donc attribuer qu'aux infliiences de la politique de certains cabinets le parti qui a été pris d'éluder des réclamations dont l'hommage avait paru accepté, honorées qu'elles avaient été de la vive protection de madame la duchesse de Saint-Leu, dépositaire de cette volonté de son frère. Telle est la cause de la lacune existante dans l'histoire contemporaine sur les affaires d'Italie. Les Mémoires du prince Eugène auraient jeté sur ce bel épisode de l'empire français une grande lumière,'et c'est sans doute ce que des intérêts contraires, mais puissants, sont parvenus à empêcher en mettant leur interdit sur l'exécution des intentions d'un prince à qui l'honneur de la France et de l'Italie était non mohis cher que le besoin de faire connaître à ses enfants et à l'Europe, par la publication de ses Mémoires, les droits qu'il avait au respect de la l>ostérité. J. diNoivins.

BEAUHARNAIS(FAifiiTMOUCHAED,dameDi), née à Paris vers le milieu du xviii* siècle. Son père, receveur général des finances, lui avait fait donner une éducation brillante. On ae connaissait alors d'autre pensionnat pour les demoiselles que les couvents; mais on y admettait des maîtres d'agrément de tous les genres. Fanny

fut auteur à l'Age de 10 ans : c^était rimpatience d'un jeune talent, tourmenté d'un besoin précoce de se produire. Les religieuses lui enlevèrent son poème, et le malencontreux manuscrit fut brûlé; mais le talent qui l'avait créé lui resta, et quelques années après Fanny put se livrer à ses inspirations sans avoir à craindre la censure de ses scrupuleuses institutrices; elle fut citée dans les salons de la capitale ; elle était jeune, riche et jolie : ces avantages rehaussèrent l'éclat de ses succès. La Société patriotique bretonne, l'Académie de Lyon, celle des Arcades de Rome et d'autres sociétés littéraires s'empressèrent de l'admettre dans leur sein. En l'an viii, le lycée de Toulouse, qui remplaçait l'ancienne Académie des sciences et celle des Jeux floraux de la même ville, la reçut au nombre de $eB associés. Elle épousa le comte de Beauharnais, oncle d'Alexandre et de François. Cet hymen ne fut pas heureux : les époux se séparèrent après quelques années d'union. Fanny Beauharnais s'était retirée au couvent des Yisitandines de la rue du Bac. Devenue libre, elle put se livrer à son c^ût pour la littérature. Elle réunissait chez elle Mably, Bitaubé, Bailly, d'Arnaud, Mercier, Dorât, Cubières-Palmézeaux, Rétif de la Bretonne, etc. En 1788, elle put réaliser un projet conçu depuis longtemps ; elle quitta Paris pour aller visiter la terre classique des arts. Son voyage fut une nouvelle étude dont elle sut profiter. Elle avait déjà publié plusieurs ouvrages en prose et en vers, et elle arriva en Italie précédée d'une brillante réputation. Les éloges et les critiques sévères ne lui ont pas manqué. Le poète Lebrun a fait contre elle quelques épigrammes plus poignantes qu'ingénieuses. Madame Fanny Beauharnais eut le bon esprit de ne pas s*en Mcher, et d'en rire la première. Elle partagea avec mesdames d*Haupoult et Pipelet les honneurs du lycée Thélusson. Les poésies légères, les concerts, les bals, avaient succédé aux cours graves et parfois monotones de la Harpe. Les rapports de famUle, une conformité parfaite de goût et de caractère l'unissaient à Joséphine, veuve d'Alexandre Beauharnais, son neveu, et qu'attendaient la plus haute fortune et les plus déplorables revers. L'ancienne noblesse, dans les jours fastueux du consulat et de l'empire, assiégeait les salons de Joséphine et de sa tante. Les soirées de madame Fanny Beauharnais réunissaient les notabilités d'autrefois et celles du jour. Le siècle qui commençait et celui qui venait de finir s'y trouvaient représentés. Elle conserva dans un âge d^à avancé beaucoup de fk>alcheur et des traits brillants d'expression et de bonté.

BEA

BEA

Les hommages qu'elle recevait n*éCaient pas désintéressés, et ses nombreux admirateurs étaient plus politiques que sincères. A Tune de ces fastueuses soirées, l*on célébrait Tanniversaire de la bonne, de l'escetlenie Fannx, par l'inauguration de son buste; une main ennemie avait placé un billet entre le buste et le piédestal. Un des heureux conviés s'en empara ; nul doute que ce De fût quelque impromptu galant en Phonneur de la belle comtesse. On demande qu'il soit lu à haute voix ; tous les regards sont fixés sur le mystérieux billet; un profond silence règne dans le salon ; on entend :

É(M, MU et pocic, • deu petite tnTcr* :

Le lecteur, désappointé, s'arrête; on le presse de continuer : c*était le premier vers d*une épigramme fort connue; mais le second pouvait avoir été changé, et le trait satyrique remplacé par un madrigal. Le lecteur avait eu le temps de le lire pour lui seul et s'était empressé de déchirer le ftital billet. Bien n'avait été changé, et voici le second vers, qui ne fut pas lu :

BtU Cdt MO TiMf e, et DC (ait pM Mt vert.

L'application était flagrante. Ce petit incident n*apporU pas le moindre trouble à la fête; mais madame Fanny Beauharnais dut être plus sévère pour ie$ invitations. — Ses nombreux ouvrages appartiennent par leur genre et par leur style à récole de Borat, de Marivaux et de Demoustier, que quelques médiocrités contemporaines ont voulu continuer; elles n^ont pu obtenir que des succès de salon. Tous les ouvrages de madame Fanny Beauharnais, d'ailleurs très -variés, ne doivent pas être confondus dans la même critique. On remarque dans quelques-uns une certaine élévation de pensées et une observation approfondie des mœurs et des tendances politiques de l'époque, et ses ouvragés survivront à leur auteur, qui occupe un large espace dans le r^iertoire de la librairie : 1» OEuvres de madame la comieêse de Beauhamaie, 2 vol. in-8«, Amsterdam, 1773, 1776. La seconde édition, sous un nouveau titre, comprend deux féeries, la Haine par amour eile Rosier par tant, •iojious les pen$eurê, $alui. C'est une apologie des femmes et un spirituel et gai plaidoyer en leur faveur contre les injustes prétentions des hommes. Si elle eût vécu Jusqu'à nos Jours, madame Fanny Beauharnais eût été quasi aaint-iimonienne, So Leiire$ de Stéphanie, roman historique, 1778, 5 vol. ln-19; 4fi VÀbailard iuppoaé ou le Senti- $nent à l'épreuve, roman in-8o, Amsterdam, Lyon, Paris, 1780, 1781, \79\\1S^ l'Aocugle par

amour, in-8o, dédié à madame de la Fayette, 1781, 6» FaUidor et Zulménie, féerie; 7o Lettres de femmes : ce sont les mêmes que celles que Dorât a publiées dans ses romans, les Mal* heurs de l'inconstance et les Sacrifices de l'amour; 8o Mélanges de poésie ou les Amants d'autrefois, 1787, 5 vol. in -12; ^ la fausse Inconstance ou le Triomphe de l'honnêtetéi comédie en 5 actes et en prose, imitation de l'ouvrage anglais de Boberston : cette pièce n'a pu soutenir l'épreuve de la représentation ; lOo l'Jle de la Fèlioéêé ou Anasis et Théone, in-go, an ix. L'auteur n'a point recueilli en corps d'ouvrages beaucoup de lettres ou pièces de vers qui ont été publiées dans les journaux littéraires. On a contesté à madame Fanny Beauharnais la plupart de ses ouvrages ; on en attribue une partie à Dorât, à Cubières et à d*autres gens de lettres, qui composaient la société intime de cette dame. 11 est du moins certain qu'elle avait pris rang parmi les notabilités littéraires longtemps avant ses premières relations avec eux. C'est un problème dont la solution n'offre plus d'intérêt. Elle n'a pas été témoin de la fin déplorable de rimpéralrice Joséphine, à laquelle elle avait voué un amour de mère; elle mourut en 1813. DiCT. di la Conv.

BEAUJEU. yox» Aiiiil BE Beadjbu.

BEAUJOLAIS (lb), Beliqjocensis tractus, petite province de France, bornée au nord par le Charolais et le Hâconnais, au sud par le Lyonnais et le Fores, à l'est par la Saône, qui le séparait de la principauté de Bombes, et à Touest par le Forez, dont il était en partie séparé par la Loire. On donnait au Beaujolais environ 10 lieues de long et 8 de large. Sa capitale était dans les premiers temps Beaujeu, qui a donné son nom à la seigneurie même dont les possesseurs figurent dans nos annales sous le titre de sires de Beaujeu; plus tard ce fut Yiilefranche qui tint le premier rang. Le pays était, avant la révolution, du gouvernement du Lyonnais, du ressort du parlement de Paris, du diocèse et de la généralité de Lyon, élection de Yiilefranche; il fait maintenant partie des départements du Rhône et de la Loire.

Au temps de Jules-César le territoire beaujolais était habité par les Segusiani; sous Honorius, il fut compris dans la première Lyonnaise; de la domination des Romains la province passa sous celle des Bourguignons, puis des Francs, après la destruction du royaume de Bourgogne par les enfants de Clovis. Sous les empereurs carlovingiens, lors de l'établissement du régime féodal, le Beaujolais se trouva compris dans

fiEA

BEA

rÉUt de Guillaume I«r,^omte du LTonnais et du Forez, qui reconnut pour roi le fondateur du nouf eau royaume de Bourgogne, Boson. Gecomte étant mort vers l*an 000, après avoir partagé sa vaste seigneurie entre ses trois fils, Tun d*eux, Bérard I«r, eut en partage le Beaujolais et fut la tige des sires de Beaujeu. Le 8"m sire, Humbert IV, fut, à la fin du xii* siècle, le fondateur de Villefrancbe dont il fit la capitale du Beaujolais; il épousa Agnès de Tliiern, héritière de la seigneurie de Montpensier, qui se trouva ainsi apportée dans celte Raison. Son fils, Gui*> cbard III, lui succéda dans ces deux baronnies, mais après sa mort elles furent de nouveau séparées et Tun de ses fils, appelé comme lui Guichard, devin tla tige des seigneu rs de Montpensier . Le même Guicbard III, qui avait été chargé d*UDe mission auprès du pape Innocent III, vit, en passant à Assises, saint François et en obtint trois religieux de son ordre, quMl conduisit en France et avec lesquels il fonda à Villefk'anche la première communauté de cette règle. En 1S05, Isabeau, héritière du Beaujolais, le transmit par mariageà Renaud,comte duForez, dontlesecond fils devint Tauteur d*une nouvelle suite de sires de Beaujeu ; le dernier, Edouard II, épris, vers Tan 1598, d*un fbl amour pour une jeune fille de Villefrancbe, la fit enlever violemment et conduire dans son château; ajourné au parlement pour ce rapt, qui avait excité contre lui Panimad* version publique, il fit précipiter par les fenêtres de son manoir le malheureux huissier qui avait osé lui faire la citation. Alors des troupes furent envoyées, et le sire de Beaujeu fait prisonnier fut conduit à Paris. Le double crime dont il s*était rendu coupable lui faisait encourir la peine capitale : Il implora le crédit de Louis II, duc de Bourbon, son oncle. Celui-ci lui fil payer sa protection par la cession du Beaujolais et de Bombes; Tacte est de Tannée 1400. Edouard reçut sa grâce et mourut peu de temps après sans héritiers. Ce fut ainsi que le Beaujolais se trouva compris parmi les vastes possessions de la maison de Bourbon. En 1593, Louise de Savoie, mère de François I*', se fit adjuger cette province qui avait été confisquée sur le connétable de Bourbon; en 1531, François I«'la réunit à la couronne ainsi que le pays de Bombes; mais en 1560 François II rendit le Beaujolais à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, dont le petit-fils, Henri, mort en 1008,1a transmit à Marie de Montpensier son unique héritière. Cette princesse le porta en dot, en 1626, à Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII; à son tour, la fille de Gaston, la célèbre Mademoiêt:Ue, légua le Beaujolais avec

tous ses autres héritages à Philippe, Momieuff f^ère de Louis XIV, premier duc d*Orléaiis et tige de la branche actuellement régnante. Depuis cette époque, le BeaujoUis,«vec titre de comté| a souvent été Tapanage de quelqu*uu des princes de cette maison ; le dernier comte de Beaujolais, troisième frère de Louis-Philippe I«r, roi des Français, était né à Paris en 1779 ; il subit une dure capitivité pendant le régime révolutionnaire, fut rendu à la liberté sous le gouvernement directorial, voyagea avec ses frères en divers pays de TEurope, et mourut, en 1808, en Sicile, où il était allé chercher le rétablissement de sa santé détruite par de nombreuses vicissitudes. DtàBDi.

BEAULIEU ( JiAif-PiERiB, baron di) naquit, en 1725, d*une ancienne famille du comté de Namur. Après s'être distingué dans Tartillerie autrichienne pendant la guerre de sept ans, il se retira dans sa famille avec le grade de lieutenantcolonel. Promu depuis par le chef de TEmpire à la dignité de général major, en récompense de ses anciens services, il fut investi, en 1789, du commandement des troupes envoyées pour combattre les Brabançons révoltés. Après les avoir vaincus dans toutes les rencontres, il étouffa leur révolte par son courage , sa persévérance , ses opérations stratégiques, et par son humaaité à laquelle les insurgés eux-mêmes rendirent rhommage le plus éclatant. Plus tard, en 1792, Beaulieu ne fut pas moins heureux contre les armées de la république française qui avaient envahi les Pays-Bas. Avec une armée de 4,000 hommes et deux pièces de campagne, il tint tête au général Biron qui lui opposait 12,000 hommes, obtint des avantages marqués à Marcbe-en-Famenne, à Templeuve, à Furnes où il fit sa jonction avec l'armée anglaise sous le duc dTork, et s'empara de plusieurs places, entre autres de Menin qu'il prit d'assaut. Commandant ensuite le Luxembourg, il continua de se signaler et gagna la bataille d'Arlon.

Cependant, cette vieille renommée militaire finit par succomber aux talents supérieurs d*un jeune guerrier. Nommé, en 1796, commandant en chef de l'armée d'Italie contre les Français sous le général Bonaparte, il s'empara à Volbie de tous les retranchements de leur ligne d'avantposte; mais ne pouvant se rendre maître de la redoute de Mondovi, il fut complètement battu par le général français, près de MontenoUe. Enfin, après plusieurs autres défaites et des revers continuels attribués par lui à la jalousie du général d'Argenteau, revers qu'il essuya surtout àia défense du passage de l'Adda et du Mincio,

BBA

BEA

il fut forcé de gagner le Tfrol, Là il quitta, le S6 Juin 1796, le commandement qui fut confié an général Wurmser, et le retira à Lintx où il mourut dans sa 05« année, en 1890. Zat.

BEAUMANOiR (JiAïf, sire Di), quUl nefaut pas confondre avec le mar^lial de Larardin, aussi appelé Jean de Beaumanoir, était issu d*une des premières fàmilies de Bretagne. Dans les guerres civiles qui décliirèrent ce duché au xir» siècle, lorsque Gliarles de Blois et Jean de Hontfort s*en disputèrent la possession , Jean de Beaumanoir se déclara pour le premier de ces princes. Il mérita par des traits d^une bravoure éclatante Thonneur d'être armé chevalier, et, en 1347, après la bataille de la Eoche-Derrien, il succéda à Robert de Beaumanoir son père, dans la dignité de maréchal de Bretagne. La trêve qui fut conclue quelque temps après n*empêcha pas des combaU singuliers où les chevaliers des deux partis tlgoalèrent inutilement leur bravoure et leur dévouement. La plus célèbre de ces actions individuelles fut le Combat de$ trente, Jean de Beaumanoir (nous ne savons sur quelle autorité M. de Sitmondi nomme Bobert Beaumanoir, père de Jean, Histoire des Français, t. î, p. 397) alla défier le châtelain anglais de Ploérmel à jouter de fer de glaives pour Tamour de leurs dames. Trente champions contre trente en vinrent aux mains, en 1351, le 37 mars, au pied du chêne de Mi-Yoie, à égale distance entre Josselin et Plodrmel. Huit des Anglais furent tués, les autres se rendirent, et ce combat des trente fut un des laits d^armes les plus célèbres dans le temps, parce "qu'il donnait quelque satisfaction de Ta- Bour-propre des Français, si souvent vaincus dans cette guerre. Beaumanoir reçut plusieurs bleflsures et fit preuve d*un rare courage dans cette rencontre. En 1554, il fut envoyé en Angleterre pour négocier la mise en liberté de Charles de Blois. U continua de Jouer un rôle trèt-actif dans cette lutte si désastreuse pour les deux partis. En 1364, il parut avec éclat à la ba- Uille d*Aurai, où il fut fait prisonnier après des prodiges de valeur, tandis que Charles de Blois tombait sous les coups de Tennemi. Enfermé dansle château d' Aurai, Jean de Beaumanoir fut rendu bientôt après à la liberté, lorsque les Français eurent repris celle place. 11 figura comme négociateur à la conclusion du traité de Guérande, en 1636, et mourut peu de temps après. A. S^vAttiiiR.

BEiLCMARCHAlS. Beaumarchais, c*est Vigaro; e*ett lliomme sorti du peuple qui devient grand setirneur tout en restant peuple, et qui est toujours à dire : et moi, morbleu / même quand il

a remplacé par les rubans de soie et Thabit de velours les galons de la livrée. Beaumarchais est le représentant plébéien de Topposition plé-* béienne du xviu* siècle. Ceux qui ont combattu dans le corps d'armée philosophique et libéral dont Beaumarchais était Tavant-garde et la sen« tinelle perdue étaient tous, chacun dans son genre, des aristocrates qui tenaient à Taristocratie par quelque vanité ou par quelque habitude. M. de Buffon était un grand seigneur philosophe; M. de Voltaire était un poète grand seigneur et chambellan ; J. J. Bousseau était un grand seigneur citoyen de Genève. Les autres étaient des grands seigneurs camarades du baron d*flolbach ou amis de M»* de Genlis ; ils marchaient dans la compagnie des grands seigneurs. Beaumarchais, morbleu 1 Beaumarchais tout seul, dans la foule, hors de la foule, coudoyant, cou* doyé, par terre, au ciel, à Saint-Lazare, â la cour, marchand de livres, marchand de fruits, avocat, poète dramatique, spadassin espagnol, négociant en tout genre, Beaumarchais est Tenfant du peuple, Télève du peuple, le poète du peuple, récrivain du peuple surtout; mutin, railleur, souple, méchant, patient surtout comme est le peuple ! Quel esprit! quel courage I quelle verve! Quel grand révolutionnaire!

Cet homme est né plus tard que Voltaire qui était né trop tôt pour être témoin de son triomphe et s*asseoir heureux et triomphant sur les ruines amoncelées par son génie. Beaumarchais, né à Paris en 1732, est mort en 1709. Ainsi il a recueilli toutes les tempêtes que ses devanciers avaient semées. Il a porté tout le faix de cet immense héritage de révolutions. Beaumarchais pour derniers amusements de sa vieillesse a été le témoin de la révolution française. C*était là un repos digne de Tactivité de sa Jeunesse. Horloger d'abord, musicien ensuite, non pas musicien par folles bouffées comme Figaro, mais musicien sérieux et ambitieux, il devint ainsi homme de cour chez Mesdames, filles de Louis XV. Tout servait à cet homme pour se produire : sa harpe le fit entrer dans les petits appartements de Versailles ; son procès Gœtzmann le montra à la France sous un point tout nouveau en France, c'est-à-dire com^ie un orateur qui n'appartenait ni au barreau, ni à la chaire , les deux seuls genres d'éloquence que Ton connût alors. Le procès Gœtzmann est trèscurieux. Le premier bienfaiteur de Beaumarchais, Pâris-Duvernay, étant mort, le légataire de Duvernay réclaihait à Beaumarchais 150,000 fr. De là procès. Beaumarchais, selon Tusage, offrit à Gœtzmann, rapporteur du procès, 115

BEA

louis et une montre à brillants. Quaod le procès fut perdu, le rapporteur Gœtzmaon rendit à Beaumarchais 100 louis et la montre. Beaumarchais réclama les 15 louis. Gcetzmann se crut calomnié , et il intenta un procès en calomnie. Voilà qui va bien ! Notre horloger de tout à rheure, notre musicien de la veille, Tattaque au parlement corps à corps pour 15 louis. Ce que Beaumarchais a dépensé d*esprit, de saillies, de verve, d'imagination, d*ironie surtout, pour défendre ces 15 louis, est à peine croyable, bien que nous ayons encore les pièces du procès sous les yeux. Béjà, en effet, dans cette cause, et à propos de ces 15 lonis , Beaumarchais ouvrait une large voie aux orateurs qui devaient plus tard renverser la vieille France, qui avait Pair si bien portante encore et qui était ruinée de toutes parts. Ce fut là une grande découverte que fit cet homme le Jour où, pour entrer dans Topinion qui commençait à être la reine de celle époque, Beaumarchais trouva son véritable titre dans cette société qui ne savait pas encore pourquoi elle s'intéressait à Beaumarchais. — Je suis un citoyen ! s'écrie Beaumarchais, je suis un citoyen ! c'est-à-dire Je ne suis ni un courtisan, ni un abbé, ni un gentilhomme, ni un financier , ni un favori , ni rien de ce qu'on appelle puissance aujourd'hui. Jesuis un citoyen! c'est-à-dire quelque chose de tout nouveau, quelque chose d'inconnu, d'inouï en France. Je suis un citoyen ! c'est-à-dire ce que vous devriez être depuis deux cents ans, ce que vous serez dans vingt ans peut-être! A ce nom, si nouveau en 1774, la société resta attentive et muette. On comprend que Beaumarchais jouait un Jeu qui n'avait encore été joué par personne. La France de ce temps-là se rappelle bien qu'elle a vu des princes du sanl^ élever l'étendard de la révolte, des pariements s'opposer à la justice des rois ; mais ce que n'a jamais vu la France, c'est un homme tout seul, un simple accusé de la foule, un pauvre diable sans aïeux, sans famille, sans entourage, sans protection, moins que rien, relever la tète tout à coup, se grandir tout à coup à la hauteur du parlement, lui parler face à face et tout haut, et d'égal à égal, sinon en maître. Non, la France n'avait jamais vu rébellion pareille; et comme c'est un noble pays, qui respecte tous les courages, la France, elle applaudit au courage de ce ver de terre qui ne voulait pas être écrasé par le conseiller Gœtzmann. Elle reconnut ce titre de citoyen que se donnait Beaumarchais , plus fier en ceci que Figaro qui se disait /?/t d'un prince et enfant perdu, Be ce Jour donc, Beaumarchais fut un gentilhomme,

tout comme ce Montmorency qu'on appdait le premier baron chrétien; Beaumarchais fut le premier citoyen français; et quand le parlement Maupeou, tremblant enfin devant cette nouvelle puissance dont il n'avait aucune idée, eut rendu cet arrêt qui donnait tort à tout le monde, il se trouva que le public cassa l'arrêt du parlement.

Tout Paris se fit écrire chez le citoyen Beaumarchais. Le prince de Conti, un des plus grands seigneurs de ce temps-là, l'invita à dîner; H. de Sartines, lui-même, tout lieutenant de police qu'il était, se conduisit en homme d'esprit et félicita le haijdi plaideur. Et voilà comment le public saisit cette admirable occasion de flétrir le parlement de Maupeou, qui avait remplacé ses vieux parlements si respectés. Ce fkit là une immense gloire pour Beaumarchais, une gloire qui a survécu aux passions de l'époque. On lira toujours avec admiration ces Mémoires si remplis de faits et d'idées, à l'aide desqueb la philosophie du xviiie siècle pénétra enfin, et par la brèche, c'est-à-dire par la bonne voie, dans la magistrature qui était restée inattaquable jusqu'alors.

Après ce procès si plein de bonheur de toutes sortes, Beaumarchais en eut deux autres qui ne peuvent pas soutenir de comparaison avec le premier. Le second de ces procès est le procès Bergasse. C'éUit en 1781. Béjà à cette époque k France était moins fk>ivole ; elle commençait à ne plus rire que du bout des lèvres. On prétait l'oreille avec inquiétude aux grands bruits qui allaient venir. Beaumarchais accusé d'avoir aidé à la séduction de M«« Kornman, n'était guère digne d'intérêt pour une époque qui avait d^à mis en pièces le manteau couleur de murailles sous lequel elle cachait ses bonnes fortunes, et qui n'estimait plus guère que les grandes passions, le dernier excès raisonnable et innocent auquel pouvait se livrer la France en attendant les horribles et sanglants excès qui la menaçaient. Donc cette fois Beaumarchais n'eut pas pour lui l'opinion qui lui avait donné tant d*éloquence à son premier procès. Cette fois son rire parut déplacé, sa colère parut feinte, sa verve s'émoussâ contre la parole abondante et chaleureuse de son adversaire Bergasse. Et puis l'éloquence de Beaumarchais, cette éloquence de la place publique, n'était plus une nouveauté; et puis cette publicité donnée aux procès était devenue commune; et puis ce titre de ciiqyen ftançait était à présent un titre vulgaire. Beaumarchais gagna son procès devant la cour et le perdit devant l'opinion. Son dernier procès, à

BEA

proprement dire, n*est qii*uDe a£Faire comme toutes les affaires d*argent. Il s'agissait de 15,000 fusils achetés en Hollande pour le compte de la république , retenus en HoHande feute de payement, et que Beaumarchais, disait-on, voulait Tendre aux ennemis de la république. Cette fois ce n*est pliis Tennemi de Haupeou,de Gœlzmann ou de Bergasse; ce n'est plus l'écrivain satirique 1, infatigable, disant tout, parce qu'il n*a peur de rien : c'est un plaideur modeste, réservé, respectueux devant son Juge, qui sait fort bien que ce Juge est sans appel. La Convention * était un antagoniste trop redoutable pour Beaumarchais. D'ailleurs à la Convention sa mission était finie. U avait livré sa puissance destructive à de plus fins que lui qui devaient ne la porter qu'un Jour, à Mirabeau, par exemple. Gomme je le disais tout à l'heure , la vie de Beaumarchais se retrouve fort bien, avec toutes ses nuances, dans les divers procès qu'il a plaides ; son caractère est parfaitement représenté par son héros, son fils adoplif, son enfont, Figaro. Figaro est une biographie tout entière. D'abord, ce héros, pauvre barbier de village , déclame contre llnégalité.des conditions, comme déclame J. J. Boosseau, mais plus directement et plus à brûlepourpoint , si je puis dire. Bientôt, de pauvre barbier qu'il était, Figaro devient un homme du tiers état; U a grandi avec le peuple. 11 ne débite plus de maximes philosophiques, parce que le peuple n'en est plus aux maximes philosophiques, mais à l'action. Le Mariage de Figaro, qu'est ce autre chose que la lutte heureuse du peuple contre l'aristocratie, du valet contre le maître ? Almaviva est un grand seigneur trèsbien foit, très-spirituel, très-généreux, un Castillan en un mot. Comment est-il Joué par Figaro? Figaro lui dispute ses amis, Figaro est sur le point de lui enlever même madame la eooatesse, Figaro n'a qu'à vouloir , mais Figaro ne veut pas ! Dans la pièce de Beaumarchais, Figaro est un honnête homme renforcé : honnête homme avec tout le monde, fidèle etdé- Tooé \ aventurier d'abord, excellent mari, excellent fils ensuite. Enfin , au dernier acte de ce grand drame, dans la Mère coupable, Figaro est tout à fait devenu ermite ; c'est un véritable saint, digne d'être canonisé. Pour ma part il me semble que Beaumarchais a pris trop de précaution : Il se méfie trop de la vertu de son héros pour qu'on y ajoute une foi entière. Mais que lui importe? son héros sera vertueux, à la bonne heure : la vertu ne peut pas nuire, et puis il aura tant d'audace et tant d'esprit ! Vous savez que ce qu'il 7 eut de plus difficile ce ne fut pas d'é-

crire U Mariage de Figaro, quoique la chose eût été impossible à tout autre qu'à Beaumarchais ; ce fut de le faire Jouer. Tout l'ancien régime chancelant s'opposait à la représentation de ce drame, qu'il savait par cœur, pour en avoir entendu parler confusément, et qui l'épouvantait à l'égal de la prise de la Bastille. Le roi Louis ÎYI, roi malheureux, qui prévit tous ses malheurs sans avoir le courage d'y mettre obstacle, s'étant fait lire le manuscrit, s'écria que la pièce ne serait Jamais Jouée sous son règne ; voilà pourquoi peut-être elle fut Jouée six mois plus tard.

La représentation du Mariage de Figaro est un des faits les plus importants de la révolution française. Les premières représentations de cet ouvrage, qui renversa la Bastille à lui toutseu), bien plus que le foubourg Saint-Antoine réuni, a laissé dans l'esprit des contemporains une impression ineffaçable. Qu'on nous permette de de citer ici l'analyse du Mariage de Figaro; l'auteur a essayé de rendre en même temps l'étonnement d'une grande dame d'ancien régime, assistant pour la première fois à la philippique de Beaumarchais.

« Je me rappelle encore le premier Jour où J'eus l'honneur de conduire ma mèreau Théâtre- Français. Il fallut de vives protections pour nous procurer une loge; nous fûmes rendus au théâtre de bonne heure, c'était la première fois que ma mère attendait. Quand nous entrâmes, la salle était remplie Jusques aux combles. L'attente était grande; une curieuse attention se lisait déjà sur tous les visages; on disait même que quelques-uns des spectateurs, pour être plus sûrs de leurs places, avaient passé la nuit dans leurs loges, et il me semblait les voir réveillés en sursaut par la foule, plongés encore dans l'accablement du premier sommeil. C'était plaisir de les voir, leurs yeux ébahis, cherchera rajuster leurs coiffures, remettre en ordre leurs vêtements, et se préparer, de toute la puissance de leur réveil, au spectacle qui les attendait.

« L'habitude de ma mère était d'être impassible; c'était pour elle un devoir sacré, un devoir d'étiquette : ma mère attendit patiemment jusqu'au lever de la toile; après quatre heures d'attente la toile se leva enfin.

« Alors nous assistâmes à un drame inouï, que nous n'avions pas soupçonné, même dans nos songes. D'abord parut un valet doré, fringant, beau parleur, amoureux en homme comme il faut. Ce valet parle de tout, de son maître plus que de personne : il fronde, il intrigue, 11 ne respecte rien, pas même sa maîtresse; effh)nté fai-

BEA

seur de calembours, pariant beatwoup pour ne rien dire; libertin, joYïal, osant tout, prêt à tout, même à Tadultère; poète, orateur, diplomate, jouant la Justice, ancien Journaliste, et médecin de cavalerie, musicien et barbier, politique effréné, toujours sautant, riant, gambadant, le héros de la pièce. Ma pauvre môrc ne comprenait rien.

« Puis Tenait un grand seigneur, un Espagnol, noble même pour un Espagnol, un très-bon seigneur, élégant, bien fait, affable, un peu philosophe, bien mis, sachant le prix d'une femme, excellent maître d*un excellent château, ayant le droit de justice haute et n*en abusant pas quand il est sans passion, en un mot un bon seigneur. C*est justement ce bon maître que son valet insulte. Son valet Tattaque, le presse, le pousse, rintrigue, le réduit à rien; son valet lui dispute jusqu'à une servante dont le pauvre comte Aimaviva prend envie; son valet lui dispute Jusqu'à la comtesse elle-même. Quoi donc? à entendre Timpertinent, vous n*avez eu que la peine de naître, monseigneur. La peine de naître!... Quelle phrase, quel contre-sens pour une femme à trois quartiers comme ma mère, une princesse de Wolfenbuttel !

« Ma mère était hors d'elle-même : Quoi donc ! et la soubrette aussi qui dédaigne monseigneur; la soubrette qui redit tout à son époux futur! incivile vassale, égrillarde espiègle, si facile en apparence; élégante comme une dona, belle parleuse aussi, folle d'amour, et ne le cachant pas. Quelles mœurs chez un grand d'Espagne^ chez un seigneur de la Toison d'or! Quelle maison; et comment tenue! Ma pauvre mère n'en revenait pas.

« Alors, léger et brillant comme un papillon à son premier vol, se posant à peine, insouciant et volage , joli et frais, parfumé, chantant, rêvanttouthaut, Ignorantet naïf, et courantaprès les femmes, poussé par Tlnstinct; mon Dieu! voilà Chérubin, Chérubin transparent. Chérubin qui raconte chaque battement de son cœur aux nuages, aux arbres, aux fleurs, à la source limpide, à Marceline I Garde à vous si vous êtes une femme! Enfant folâtre? redoutez son premier feu, ses lèvres de flamme, ses caresses incertaines; redoutez son sourire, son regard, sa voix, son geste, sa vague passion. Voyez, Suzanne l'embrasse avec peine et rembrds. Voyez madame la comtesse; oui, une comtesse, une femme mariée à un grand seigneur, la comtesse le regarde en soupiranu Voyez; il embrasse la vieille Marceline; voyez comme on le dépouille dans le boudoir, comme on regarde sa main blanche,

son bras si frais, son sein qui bat si fort. Voyez, cet enfant, on l'adore; il a des envieux, des ennemis, des jaloux, mais on l'adore. Voyez, ces femmes qu'U enveloppe d'amour n'osest pas lui apprendre ce qu'il apprendrait avec tant d'ardeur; mais aussi si tu savais cela. Chérubin, Chérubin d'amour !

« Et cependant à cdté de Chérubin il existe un être encore pl^s ignorant; une petite fille qui ne sait rien, qui se laisse instruire, mais qui n'apprendrait rien toute seule. C'est avec Fanchette queChérubin répète les leçons qu'il dérobe çà et là; avec Fanchette il est hardi comme un homme. * Il prend à Fanchette tous les baisers que Suzanne lui refuse. Veillez sur Fanchette; Fanchette, c'est la jeune fille, la jeune fille qui soupire tout bas, qui se cache pour soupirer, qui attend, qui rêve, qui devine, qui mourra plutôt que de faire un pas vers la science, mais pour qui la science est délicieuse.

« Or, toutes ces passions diverses, la passion de Figaro, la passion instruite de Suzanne, la passion craintive de madame la comtesse, la passion niaise de Fanchon, la passion ardente etcurieuse de Chérubin, la passion intéressée du docteur Bartholo, la passion incestueuse de Marceline, confondues, mêlées, pressées l'une contre l'autre, arrivent enfin au résultat le plus immo* rai, le plus intéressant, le plus antisocial, que jamais poète ait osé concevoir, ait osé exécuter, ait osé reproduire en plein jour, en présence des hommes assemblés. Tel était ce drame infernal!

• Bans ce drame, tout l'édifice social était ruiné de fond en comble, toutes les vertus domestiques étaient vouées au plus atroce ridicule. Là, le valet trompe son maître, le mari trompe sa femme, la femme trompe son mari; là, une femme est mère sans être mariée, un père a un enfant à reconnaître, fruit des débauches de sa jeunesse; la mère veut épouser son fils, le fils insulte sa mère; là, le Juge est vénal, le paysan raisonne, la petite fille fait l'amour; le jeune eB* fbnt est libertin avant toute science du bien et du mal; l'homme d'Église joue le rôle d'entremetteur pour plaire à son maître; là, chacun raisonne, chacun parle de ses droits et de ses devoirs; là, on se tâtonne, on se coudoie, on se tutoie, on se prend au hasard dans la nuit, oo ne se choisit pas, on se saisit, on se mêle; il y a une nuit sombre, des cabinets sombres, des pères crédules, des valets fourbes; c'est l'intrigue da siècle, c'est le pouvoir du siècle, ce sont les femmes, ce sont les mcnirs, c'est l'amour, o*eit l'esprit du siècle. Que la vielUe comédie dispa*

nisse a?ec ses valets meneurs dMotrigues ! les Talets soDt montés en grade, ce sont eux à présent qui font les passions, eux qui forment les intrigues, ce sont eux qui aiment et qui se ma* Heat, ce sont eux qui sont les maîtres absolument, et sUls gardent encore la livrée, ce n*est que par pure vanité.

« La ville et la cour applaudissaient à cet étrange spectacle. Le peuple, auditeur actif et IMSslonné, s*amusait, à en mourir de joie, de ce grand seigneur si cruellement bafèué; le peuple était heureux de voir enfin arriver sur le tbéAtre le tour, non plus de Tavare, non plus de Thypecrite, non plus du misanthrope, non plus du ridicule et du vieux, mais bien cette fois du fort et du poissant. La comédie avait fait de singuliers progrès à cette époque. La comédie s*attaquait au trène, aux croyances, à la force; elle brisait les sceptres et les couronnes, elle renversait des châteaux forts; elle marquait ses victimes au fer chaud, elle les marquait au front; la comédie, c'était une lutte tout en fiiveur des pas^ns populaires, des émotions populaires; la comédie, c'était une flatterie perpétuelle, adressée au pauvre aux dépens du riche, au faible aux dépens du puissant; le peuple alors jouait le beau rôle; Thabit de cour s'éclipsait devant l'habit bourgeois; le marquis, fustigé |)ar Molière, était frappé au cœur par Beaumarchais; aussi le peuple applaudissait k outrance, sa joie était sérieuse comme une justice; il y avait de grandes prévisions à faire au parterre, mais on ne savait rien prévoir dans ces temps-là !

« Aux premières loges, les femméS étaient attendries i elles pleuraient, elles suivaient, la bonche entr'ouverte et haletante, les maux de cet cinq femmes; elles les accompagnaient de leurs voMix. Les femmes de ce temps ne voyaient que l'amour; pour les femmes, l'amour c'est la grande affaire; et comme elles sentaient, elles aussi, que la fin des temps était proche, elles se bâtaient d'aimer, de même que la cour se hâtait de commander, le mousquetaire de se battre, le Jeane homme de s'enivrer, le poète de faire des vers. Le peuple seul, comme je l'ai dit, était patient. U savait confusément pourquoi.

« Le peuple se disait tout bas, comme Figaro : « SI moi, morbleu ! » Les grands seigneurs, saignés â blanc, imaginèrent de sourire. Cela leur parut beau de ne pas sentir le supplice. Les petits marquis de Louis XIY en avaient agi aulrenittit : ils se plaignirent â outrance quand le' roi eut ordonné à Molière de les fustiger. Ainsi la cour se plaisait à ce spectacle, par vanité; elle riait â gorge déployée du comte AhnaviTa, plus

spirituel, plus habile, plus aimable et plus fin à lui seul que toute la cour. Voilà qui est bien ! Puiscet assemblage de jolies femmes sur le théâtre faisait tout pardonner. Inconcevable licence! Pendant que les grandes dames des loges s'obstinaient â faire de Chérubin un jeune homme, le parant ft loisir d'élégantes dentelles, de riches broderies, des plumes légères et des éperous d'or d'un jeune page, les hommes du parterre dépouillaient Chérubin de son habit de cour, les hommes voulaient â toute force que Chérubin ne fût qu'une femme. Ils lui rendaient, comme au troisième acte, sa cornette, son jupon de gaze, sa couronne de fleurs, ses fines dentelles attachées au bonnet de la nuit. Être double des deux parts, dangereux hermaphrodite qui peuplait la ville de Chérubins de quinze ans, fatale passion qui se ruait où elle pouvait, qui se dédommageait de mille manières! Mais qu'y faire? Lf s femmes tenaient à être sensibles; elles voulaient â toute force que Chérubin, le Chérubin qu'elles se faisaient en rentrant chez elles, osât oser. Quant aux hommes, n'est il pasditdans la pièce: Il n'y a que les petits hommes qui s'effirayent des petits écrits?

« On voyait aussi, étalés aux places les plus apparentes, de petits abbés, de riches dignitaires de l'Église, gros, fleuris, â la main blanche, qui s'amusaient fort de Basile. Le moyen, en effet, de reconnaître l'Église de France, si riche, si magnifique, si aimable, dans ce cuistre crasseux et sans style, échappé tout au plus aux cuisines du cardinal de Rohan!

« Je ne saurais vous dire quelles furent l'indignation et la stupeur de ma mère. Ma mère assista â cette pièce comme si elle eût été sous le poids d'un horrible cauchemar. Elle était là, essoufflée, colère, indignée, jetant mille exclamations et inille soupirs. A chaque instant elle était sur le point de crier â l'incendie et au meurtre; mais la crainte ia retenait. Longtemps elle attendit une réaction à tant d'infamie, une peine â tant de forfaits ; longtemps elle appela le spectre qui emporte don Juan dans les flammes. Le spectre ne vint pas; la pièce se termina par un tranquille mariage. Ma pauvre mère cacha sa figure dans ses mains.

« Slle pensait â ce que dirait l'Allemagne, si l'Allemagne venait â savoir qu'elle était venue à ce spectacle en pleine loge avec son jeune fils. Puis elle me regardait en rougissant, avec un air indicible de regret et de pitié. Son regard suppliant avait l'air de me dire : Pardonne-moi, mon fils! Elle attendit que la ft>ule se fût retirée pour se retirer eUe-iNme. SUe qui marchait tou-

BEA

Jours le corps si droit, la tète si haute, corame une noble dame, je la traînai hors de la salle, courbée, la tête penchée, chargée dliumiliations et de honte; on eût dit qu'elle avait été insultée et que je ne Pavais pas défendue ; moi-même j'étais honteux de voir à ma mère tant de honte, sans pouvoir en demander raison à personne.

« En rentrant chez elle, elle chassa son intendant, qu'elle ne trouva pas assez respectueux; elle tenait beaucoup à cet intendant.

« Elle ne me dit que ces mots, avec un soupir de terreur : « Je le dirai à la reine ; la reine le saura demain ! »

« En effet, je ne crois pas que jamais terreur ait eu une cause plus juste que la terreur de ma mère, à présent que j'y réfléchis mûrement. •

Au Mariage de Figaro s'arrête la toute-puissance de Beaumarchais. Il lui arriva ce qui arrive à tous les gens de cœur et d'esprit qui entreprirent et qui servirent de toutes leurs forces la révolution de 1789 : celte révolution les eut bientôt appréciés, et ceux qui n'en furent pas les victimes, réduits au silence et à la peur, moururent obscurs et ignorés, s'arrétant, pour la d40nition de la liberté, à la définition de Brutus pour la vertu.

Beaumarchais est mort à l'âge de 69 ans, subitement et sans maladie. Ainsi sa vie embrassa toute la fin du xviii« siècle et il mourut sans pouvoir se douter de nos destinées à venir. J. Jaivih.

Pour compléter cet article sur Beaumarchais (PiEBii ADGDSTiif CâROif ob), oous ajouterous à ce qui a été dit sur son début dans le monde qu'ayant eu des succès dans les affaires auxquelles il se livrait sous les auspices du financier Paris -Duvernay, il trouva assez de loisir pour chercher à se faire connaître comme écrivain. Les deux drames Eugénie (1767) et les Deux amie (1770) sont presque ou*b!iés aujourd'hui, mais le premier réussit pleinement à cette époque. La comédie d'intrigue le Barbier de Séville (1775) fit déjà beaucoup de sensation et parut très-originale; mais le Mariage fie Figaro ou la Folle Journée (1784) la laissa loin derrière elle. Tarare, «péra (1 787), et la Af ère cotipo^^, drame (1792), n'ont pas paru dignes de l'auteur de Figaro dont les aventures sont continuées dans la troisième pièce de celte grande trilogie. Ayant acheté les manuscrits de Voltaire, Beaumarchais entreprit la fameuse édition de Kehl des OEuvreê complètes de ce grand écrivain (1773), « monument, est-il dit dans la Biographie universelle, dont l'exécution très-imparfaite ne répond pas à l'énorme dépense dont il fut l'objet * et qui ne fut pas profitable pour ce- i

lui qui avait voulu l'élever. Les OEuvres complètes de Beaumarchais ont paru à Paris, 1780, en 4 vol. in-8o, en 1809, 7 vol. in-8«, en 1821, 6 vol. in-8», et en 1826, 6 vol. in-8o. L'édition de 1780, dit M. Quérard , est la moins complète. J. H. SaiIfITU.BR.

BEAUMELLE (Ladrbiit ANGLIYIEL bb Là), savant liltérateur et critique judicieux, né à Yallerangue, ville du bas Languedoc, le 28 janvier 1727, et mort à Paris le 17 nov. 1775, à l'âge' de 47 ans, fut appelé en Danemark à l'âge de 24 anS| en 1751, pour être professeur de belles-lettres françaises. Ce fut dans celle ville qu'il publia son premier ouvrage intitulé : Mes pensées dans lequel on trouve, à la page 38, le passage suivant, relatif à l'accueil et aux bons traitements que les littérateurs français, et principalement Voltaire, recevaient à la même époque du roi de Prusse Frédéric II : « Qu'on parcoure l'histoire ancienne et moderne, on ne trouvera point d'exemple de prince qui ait donné 7,000 écus de pension à un homme de lettres, à titre d'homme de lettres. Il y a eu de plus grands poètes que Voltaire; il n'y en eut jamais de si bien récompensés, parce que le goût ne met jamais de bornes à ses récompenses. Le roi de Prusse comble de bienfaits les gens à talents, précisément par les mêmes raisons qui engagent un petit prince d'Allemagne à combler de bienfaits un bouffon ou un nain. » On conçoit que cette comparaison et cet éloge, au moins singulier, ne pouvaient être beaucoup du goût d'un homme aussi gâté que Voltaire l'était par $e% compatriotes et par les étrangers; et, toutefois, la Beaumelle, désireux de voir la cour de Prusse, ayant demandé son congé au roi de Danemark (Frédéric V), qui le lui accorda avec une gratification considérable et la liberté de venir reprendre son poste quand il le jugerait à propos, s'en vint à Berlin, où il n'eut rien de plus pressé que de se présenter chez Voltaire, auquel, par un inconcevable défaut de jugement ou du moins de mémoire, il remit un exemplaire de ses Pensées, Ce fut là l'origine de celte guerre sanglante de personnalités et d'injures, qui exista dès lors entre ces deux écrivains, à la honte des lettres et des llUérateurs, et qui ne s'éteignit en quelque sorte qu'à la mort de la Beaumelle. Vaincu par le crédit de son antagoniste, ce dernier txi bientôt obligé de quitter Berlin. Il vint à Paris au mois de mai 1752, et y publia l'année suiirante ses Notes sur le siècle de Louis XIF, critique de l'ouvrage de Voltaire, qui augmentèrent le nombre des ennemis que lui avaient fait déjà plusieurs réflexions hardies cootenues

BEA

dan» 065 Pensées, et qui le firent même enfermer, le 50 avril 1753, à la Bastille, d*où il sortit au bout de six mois, pour y rentrer bientôt après, par suite de la publication de ses Mémoires de Maintenon, Nous roulons croire, pour l^honneur de Voltaire, et malgré ce qu*en ont dit ses ennemis, qu*il resta étranger à toutes ces persécutions suscitées contre la Beaumelle; c*est bien assez des torts de son esprit en cette affaire, sans avoir encore à y reconnaître ceux du cœur. Quoi qu*il en soit, il rejeta toujours la paix que son critique lui o£Frit à plusieurs reprises, en traitant avec lui, il est vrai, de puissance à puissance, ce qui ne pouvait qu*o£fen8er Torguea et la susceptibilité de Voltaire. Retiré fort jeune à Toulouse, la Beaumelle y avait épousé la sœur du jeune Lavaisse, compromis dans la malheureuse affaire de Calas. Il oublia un moment sa querelle pour embrasser cette cause, dont la défense devait être un jour un des plus beaux titres de gloire de son antagoniste, et composa le premier mémoire qui appela Tattention publique en feveur des accusés. Bict. db la Coifv. BEAUMONT (JBAnifs lb PRINCE os), sœur de Jean le Prince, peintre, naquit à Rouen eu 1711. ■ariée à Lunéville, elle fit déclarer son mariage nul pra de temps après ravoir contracté, sous le prétexte d*un défeut de forme; mais dans le fait, comme elle récrit à son avocat, pour ne point devenir mère d*enfants que Tinconduite de son mari lui laissait peu d^espoir d*élever. Ce fut par un roman intitulé le Triomphe de la vérité que M"M de Beaumont débuta, en 1748, dans la carrière littéraire. Ce roman, imprimé à Nancy, fût présenté au roi de Pologne par Tauteur même, qui, peu de temps après, passa en Angle-' ferre, où elle se chargea de plusieurs éducations. Elle écrivit alors, sous le titre de Magasins, un traité complet d*éducation à Tusage des jeunes personnes. Cet ouvrage dialogué contient une courte instruction religieuse, morale, historique, géographique, et quelques notions sur la physique du temps. Be petits contes (dont plusieurs, tels que la Belle et la Bête, Blanche et yermeille, ont été arrangés pour le théâtre), égaient ces magasins. Le style manque quelquefois de couleur; mais on ne peut trop louer la pureté de principes, la droiture et la force de raison, qui ont dicté ces livres, les plus excellents peut-être que Ton puisse mettre entre les mains des filles. Tous les ouvrages de M"« le Prince de Beaumont ont ce cachet religieux, moral et sensé, qui distingue ses premiers ouvrages. Outre les Magasins des Enfants, des Adolescents, des Pauvres, etc., qui ont d*abord

paru périodiquement à Londres, elle a fait imprimer un grand nombre d*autres ouvrages. Elle s^était mariée en secondes noces à un.de ses compatriotes, dont elle eut six enfants. Le climat de TAngleterre ne convenant point à sa santé, elle repassa en France à 51 ans, où, du fruit de ses nombreux travaux, elle acheta, près d'Anneci, la petite terre de Chenavod; elle s'y retira en 1768 et y mourut, en 1780, à l'âge de 70 ans, laissant nue réputation Intacte de probité et de bienfaisance et des livres faits pour inspirer des sentiments tels que ceux qui avaient été la règle de sa vie utile et laborieuse. C^e DE BbaDI.

BEAUMONT (Jban-Baptïstb-Abmaii d-Élib de), membre de l'Académie des sciences, ingénieur en chef des mines, professeur de géologie à l'école des mines et au collège de France, naquit, le 25 septembre 1798, à Caen. Après avoir fait ses premières études au collège Henri IV à Paris, il remporta en 1817, au concours général des collèges, les premiers prix de mathématiques et de physique. Il entra ensuite à l'école polytechnique et en 1819, à l'école des mines. En 18â1, il commença ses voyages géognostiques et fut nommé en 1824 ingénieur des mines. Depuis cette époque il a fourni une série d'ouvrages remarquables dans la partie scientifique qu'il cultive. En 1833 avaient déjà paru dans les Annales des mines ses Notices sur les mines de fer et les forges de Framont. En 1824 il publia son Coup d'œil sur les mines, et, avec la collaboration de Dufresnoy, un Forage métallurgique en Angleterre. L'année précédente il avait été chargé de faire avec ce savant un voyage scientifique en Angleterre et en Ecosse, pour se préparer à la rédaction d'une carte géologique de la France. L'immense travail de cette carte fut commencé en 1825. Ëlie de Beaumont y prit la part la plus active, et publia, en outre, les ouvrages suivants : Notice sur un gisement de végétaux fossiles etdebélemnitessitué à Petit- Cœur près Moutiers (1828); Faits pour servir à l'histoire des montagnes de l'Oisans; Recherches sur quelques-unes des révolutions de la surface du globe; Mémoire sur les groupes de Cantal et du Mont-d'Or, et enfin des Recherches sur la structure et sur l'origine du mont Etna.

Dans ses différents écrits, Élie de Beaumont a combiné de la manière la plus ingénieuse la théorie déjà précédemment exposée par Saussure, Fichlel, Heim, Van Buch et d'autres géologues, de l'origine des montagnes avec l'histoire du développement des formations sédi-

BEA

menUIres, et en mtoie temps il a cherché à prouver le BTnchronisme des chaînes de monta' gnes qui présentent une direction parallèle. Telle est la théorie qui a donné une si grande eélébrité à Elle de Beaumont, dont le nom est placé aujourd'hui à la tête des géologues européens. V. H.

BEAUPRÉ, yoy. Mât.

BBAUBBPAIRB atait servi dans les carabiniers avant la révolution de 1789. n fut élu chef du premier bataillon de Maine-et-Loire, n commandait la ville de Verdun lorsque cette place fut sommée de se rendre par le prince de Bruns* wlck le 81 août 170â. Le conseil de défense , composé de municipaux et d'autres habitants influencés par la peur et par les Intrigues de quelques traîtres vendus à Tétranger, proposa de rendre la ville, sans attendre qu'elle fût sérieusement attaquée. Des groupes parcouraient les rues et les places publiques et demandaient à grands cris que Ton capitulât sans nul délai. La garnison brûlait de combattre; elle éUit déterminée à opposer une vigoureuse résisUnce. Le commandant Beaurepaire partageait son dévouement. Il s'était hâté d'aller exprimer au conseil et à la municipalité la généreuse résolution de la garnison et de la plus grande partie de la garde nationale. — Vainement 11 annonça que la ville serait promptement secourue, que l'armée na- ' tionale serait bientôt sous ses remparts, qu'il suffirait de contenir l'ennemi par une courte ré* sistance» — Le conseil persista dans sa détermination. « Bh bien! s'écria l'intrépide et loyal commandant. Je fais le serment de mourir plutôt que de me rendre. Survivex, vous» à votre honte et à votre déshonneur, puisque vous le voulex^mais, moi, Je reste fidèle à mon serment Voilà mon dernier mot : je meurs libre. » Et il se brûle la cervelle. ^L'ennemi prit possession de Verdun, mais il en fut bientôt chassé par l'armée nationale. Digt. ni la Gorv.

BBAUVAISI8, ancienne lieutenance générale qui appartenait d'abord au gouvernement de Picardie, d'où elle fut distraite pour être attribuée à celui de l'Ile-de-France. Ce pays, qui pouvait avoir 15 lieues d'étendue du levant au couchant, et 19 du midi au nord, était borné au nord par la Picardie, au couchant par la rivière d'Epte, qui le séparait de la Normandie , et par le Vexin français , qui le bornait aussi au midi avec le diocèse de Paris , et au levant par ceux de Soissons, de Sentis et de Noyon \ il fut habité autrefois par les Beiiwaei, peuple le plus brave de la Belgique. U fit partie du comté de Vermandois, et il échut, avec la Champagne, k Eudes !•%

comte de Blois et de Chartres, tige des comtes de Champagne. Budes II, fils d'Eudes l^^ l'échangea, en 1015, contre le comté de Sancerre, avec Boger, évéque de Beauvais, son flrère, qui en fit donation k son église; ce que le roi Robert confirma deux ans après. Depuis ce temps les évoques de Beauvais se qualifient comtes de cette ville, dont ils étaient seigneurs temporels et spirituels, et vidâmes de Gerberoy. Ils furent mis au nombre des douxe pairs de France et eurent le premier rang parmi les trois comtes pairs ecclésiastiques. A. Savagiiba.

BEAUVBAU. La maison de Beauveau, d'origine chevaleresque dans l'ancienne province d'Anjou, naturalisée depuis en Lorraine, est une des plus illustres Itemilles de France» Des lieutenants généraux, des dignitaires de l'ordre de Malte, des ambassadeurs , des ministres, des prélats, des chambellans, des sénéchaux, des gouverneurs, des hommes d'État, des écrivains estimables sont sortis de son sein , et depuis le x« siècle elle figure avec éclat dans les annales de la France. Ses armes sont d'argent, à quatre lionceaux de gueules, lampassés, ornés et couronnés d'or. Dans le cours du xiii* siècle on voit un Biifi, baron de Beauveau, figurer parmi les plus vaillants chevaliers de l'époque, mêler ses couleurs k celles de Charles d'Anjou , fl^re de saint Louis, prendre une part glorieuse à l'expédition de Naples, en 1905, devenir connétable du royaume des Deux-Sidles, et mourir peu de temps après, victime de la bravoure qu'il avait déployée. Deux siècles plus tard, Louis db BeauviAu, héritier des dignités et de la réputation diplomatique de son père , qui avait été à la fois gouverneur d'Anjou et du Maine, sénéchal de Provence, exécuteur testamentaire de Louis II, et ambassadeur de Louis III, rois de Sicile, devient le confident et l'ami du bon roi René, et partage avec lui les vicissitudes de la fortune , jusqu'à ce qu'ayant laissé le trône de Lorraine k son fils Jean, duc de Calabre,il voulut que le sénéchal de Beauveau restât près du jeune prince, pour l'aider de ses conseils et de sa valeur. Ce seigneur mourut en 1473, à Rome, où U avait été chargé de plusieurs ambassades importantes. Une de ses fiUes, mariée k Jean de Bourbon, comte de Vendôme, est devenue, de la sorte, trisaïeule de Henri IV. A la fin du xvi<> siècle Hxif RI, baron de Beauveau, doué d'une imagination vive, d'un caractère ardent, aimant l'éclat des cours, le bruit des armes, les voyages et la littérature, combat successivement sous l'empereur Rodolphe II, sous l'électeur de Bavière et sous le comte de Mansfeld, prend pari k plusieurs

BEA

BEA

vidoirts oontre les Turcs, devleot ambassadeur do duc Benri de lorraina à la cour de Rome; quitte la pompe nuptiale de Catherine de Bour^ bon, «a cousine, pour marcher de nouveau contre les Turcs, a? eo le duo de Mercosur; contribue à pacifier rAllemagne, et après avoir parcouru l*lurope, TAsie et rAfHque, revient en Lorraine B^asseoir au oonieil du prince, écrire une rela* tion de ses campagnes et de ses voyages (Nancy, 1010, in-4% flg.), et veiller à réducaUon d*un fils unique, Hbibi, marquis de Beauveau, qui fût à son tour gouverneur du prince ducal et auteur de Mémoir^ê estimés, imprimés à Cologne en 1000, in*6«.

■aio »i BftAOViAu, prince de Graon et du saint-empire, grand d*Sspagne de première classe, chevalier de la Toison d*or, vice-roi du grand-duché de Toscane, Ait redevable de cette haute fortune plutôt encore à son mérite qu*à sa naissance. Petit-fils de Henri, marquis de Beau^ veau, né eu 1070, élevé avec le duc Léopold qu*il aeeompagna en Hongrie et qu*il n*a Jamais quitté depuis, il prit p#rt à toutes les grandes aflhires de la maison de Lorraine, éleva le fils de Léopold avec un soin particulier, et lorsqu'une mort prématurée eut enlevé ce prinoe à ramour des Lorrains, il devint le conseiller intime de son royal élève, le suivit k Vienne, lut chargé de diverses ambassades, s^attira la confiance de tous les souverains, et gouverna la Toscane avec une sagesse dont le souvenir ne 8*ost point encore effiioé, après que François de Lorraine eut été contraint d'échanger la couronne ducale contre le brillant sceptre des Césars. Le prince de Craon mourut en 1754, à Florence, avec la réputation de Tun des beaux espriU de Tépoque. Il a eu M enfants; run d*euz, CuAttLas-JosTB, due de Beauveau, né à Lunéville en 17S0, entré à Tàge de 15 ans dans la carrière des armes, colonel ft 90, surnommé le>ifime brmvê sous les remparts de Prague, qu*il défendtt avec une brillante valeur contre le prince Charles de Lorraine, aidB 4ê camp de tout os qui marche à l^ennemfy selon Texpression pit-^ toresque du maréchal de Belle-Isle, vainqueur au passage de la Bormida, i Tassant de Bahon, dans les plaines de Corback , cudllant des lauriers partout où la fortune lui présentait des périls, gagnant ses grades à la pointe de son épée, estait toujours Achille au combat, Ulysse au conseil» Il venait de recevoir le commandornent d^ne armée de 96,000 hommes, destinée contre l*lspagne, lorsque la paix de 1765 Tempècha de déployer ses talenU militaires. Nommé ^rs gouverneur du Languedoc, il fit voir au-

tant d*habUeté courageuse dans Tadminislration qu'il avait montré de valeur sur les champs de baUille. Plusieurs fsmUles protestantes qui gémissaient depuis nombre d'années au fond d*un cachot infect, lui durent la liberté et la vie. On le menaça de destitution ; mais la colère ministérielle vint se briser è ses pieds ; elle fut également impuissante lorsqu'au fameux lit de justice tenu en 1771 il refusa de prêter appui aux projets du chancelier Maupeou. Beauveau, en agissant ainsi, s'exposait à une disgrèce presque certaine; cette fois, hâtons-nous de le dire pour l'honneur du monarque, Louis XY sentit tout ce qu'avait d'honorable la conduite de cet officier et lui donna des témoignages non équivoques de son estime. Commandant d'une des premières divisions militaires en 1777, gouverneur de Provence en 1782, maréchal de France quelques mois plus tard, le prince de Beauveau marqua toutes ses actions du cachet de la probité U plus sévère, de la philanthropie la plus sage ; par inê soins kl Provence vit ses états rétablis, son académie florissante, sa navigation perfectionnée; elle se couvrit de monuments, et la citadelle de Marseille allait être remplacée par un vaste forum où les cultes et le commerce devaient jouir d'une entière franchise, lorsque la révolution, éclata. Ennemi du despotisme , mais défenseur de rinf6rtune, Beauveau, tout en applaudissant aux réformes qui s'opérèrent en 1 750, ne cessa de prodiguer è Louis JLYI des témoignages d'intérêt et de véritable affection ; il l'accompagna en volontaire dans son voyage orageux de Versailles k Paris, le 16 juillet 1759, accepta le portefeuille de la guerre qu'il avait refusé le jour où MaleS' herbes n'avait pas voulu accepter les sceaux, se réservant toutefois la liberté de quitter le conseil dès qu'il verrait l'impossibitité d'y opérer le bien; et lutta pendant 5 mois contre la démagogie qui s'introduisait déjA partout Fatigué de cette position incertaine entre deux pouvoirs qui cherchaient A se détruire, prévoyant la triste catastrophe qui allait arriver, il abandonna le tumulte des affaires et vécut respecté de tous les partis, jusqu'au 51 mai 1705, époque de sa mort. Littérateur aimable, écrivain élégant et pur, Beauveau avait pris place à l'Académie française en 1771. Boufllers y a prononcé l'éloge de son oncle en 1505. Bmgtc ms «ms au uoiiDa. BSAUX-ART8. Ce nom indique sufisammeot que leur essence consiste dans la réunion de travaux agréables et utiles. A une époque où le sens attaché aux mots était plus limité et plus précis que de nos jours ^ les beBUX*«rts avaient reçu la dénomination d'arts libéraux, parce

BEA

BEA

qu*ii6 étaient enfonU de la liberté et de Timaginatlon.

La sculpture, Tarchitecture, la peinture et la musique, fbnt partie des beaux-arts. Jusqu^à présent on n*a guère fait entrer d^autres spécialités daus cette division qui semble un peu restreinte. N*7 a-t-il pas, en effet, telle branche de notre industrie qui , au point de'perfeclion où elle est parvenue, ne mérite de figurer au nombre des arts libéraux? Sans doute les produits des manufactures de Sèvres, des Gobelins, d^Aubusson, ont tous, plus ou moins, pour principes les arts du dessin ; mais les porcelaines magnifiques, les tapisseries admirables qui sortent de ces établissements ne sont pas sans rivaux d*une nature différente. La fabrication de nos meubles, Tart du tapissier, du doreur, du mécanicien, de rborloger, etc., réclameraient aussi, ce nous semble, une classification nouvelle et des encouragements spéciaux. Ceux qui cultivent aujourd'hui ces arts sont des artistes remplis souvent de rindépendance du génie; leurs productions exigent des études et un travail auxquels tous les hommes ne sauraient se livrer, et. qui réunissent comme nous venons de le dire , ces deux caractères qui constituent les beaux-arts, utilité et plaisir.

On comprend qu'à plus d*une époque, sous Finfluence du génie des peuples de Tantiquité, la théorie des beaux-arts a dû subir une fbule de modifications. Les Égyptiens, les Grecs, les Étrusques, ont eu des principes tort différents dans la théorie des beaux-arts. Il y avait sur le sol du Delta, aux plaines de Memphis, ou dans les montagnes de Thèbes , une pensée orgueilleuse qui animait despotes et esclaves, lorsqu'ils fondèrent pour Tavenir des monuments d'une si colossale proportion. Ce n*est qu'à l'aide d'immenses populations serviles que les arts de l'Egypte nous ont légué quelques débris, il est vrai, souvent gigantesques. Ces arts se reproduisaient sous des formes destinées à émouvoir un peuple soumis à la misère et à une autorité despotique. Le génie des Grecs ne se traduit pas moins ostensiblement dans Tensemble de leurs beauxarts. La statuaire sort des langes où les Égyptiens et les Étrusques la tinrent toujours. Elle est gracieuse, forte, grande, impassible, iuspirée d'une religion couronnée de fleurs et de la liberté absolue du génie. H y a perpétuité dans l*Égypte, les arts y sont constitués pour vivre longtemps,* chez les Grecs, le développement, le choix, un rapide contact , leur acquièrent une perfection spontanée, conmie tout ce qui est poésie.

Ce fut après la prise de Corinthe, après le triomphe de Paul-Émile et celui de Pompée, que le peuple romain emprunta à la Grèce sa théorie perfectionnée des beaux-arts. Mais Us devaient végéter au milieu de ces hommes ambitieux, de ces guerriers arrogants, comme une plante exotique sur un sol étranger. Rome cherchait plutôt le luxe que la beauté. Les beaux-arts y devinrent esclaves , avec les artistes qui les cultivaient. Le goût général fût lourd, incertain , sans délicatesse et sans inspiration. Sous les empereurs, les Grecs leur rendirent une sorte d'élégance : Trajan, Adrien, firent briller la dernière étincelle du foyer éteint; mais les révolutions fréquentes, une nuée de souverains éphémères qui inondaient le monde, amenèrent promptement la décadence des beaux-arts. Le Bas-Empire se traduisit par des œuvres méprisables, véritable physionomie de son existence. Les iconoclastes survinrent : on aurait dit une guerre de l'impuissance contre le génie. Pour rallumer le sentiment des hommes pour le perfectionnement et pour diriger leurs efforts vers des productions dignes d'être admirées. Il fallut une régénération sociale, une poésie fondée sur des croyances nouvelles, les influences d'un climat différent, des mœurs et des habitudes étrangères à l'antiquité. En jetant un coup.d'ceil sur l'histoire du développement des beaux -arts, nous examinerons le caractère de cette nou- * velle révolution et nous compléterons ainsi cet aperçu des principes et de la théorie des beauxarts.

La vanité a guidé la plume de plusieurs artistes, comme celle de beaucoup de biographes, lorsqu'ils ont voulu trouver l'origine des beauxarts, dans le 35* chapitre de l'Exode. Philostrate, Scamozzi, Lomaxzo, expriment à cet égard des opinions aussi ridicules qu'inconséquentes. Ce dernier cependant considère avec quelque raison le monument de Bagistone, rocher de 17 stades, taillé de manière à représenter la statue de Sémiramis avec 100 figures d'esclaves, comme l'un des premiers qui puissent être mentionnés dans l'histoire des beaux-arts. Diodore de Sicile et Vitruve (livre II) s'accordent assez avec cette indication, en citant vers cette époque des monuments d'art différents. Le troisième Ag^ du monde, vit, selon Pline, s'élever les pyramides de Giseh, le sphinx et le labyrinthe (Pline, livre XXXVI, chap. 10). Au quatrième, les Israélites fondirent le veau d'or. Bersel et DoUat sculptèrent les anges et tous les ornements du tabernacle. Enfin, trois sièdes plus tard, le temple de Salomon fut édifié. Mais l'époque où les

BEA

BEA

beaux-arts ftirent véritablement cultivés, où ils devinrent populaires, ne remonte pas au delà de la IS^olympiade (environ Tan 700 avant J. €.). Depuis le règne des Pisistratides jusqu*au moment de la liberté d*Athènes, les arts restèrent endormis dans la Grèce. Ce fût à Texpulsion de ces tyrans, et surtout depuis les batailles de Salamine et de Platée, que le génie de la Grèce, enflammé par la liberté prit tout son essor. A cette époque appartient Agéladas, maître de Phidias. Ici commencent les chefed'œuvre des beaux-arts. Il faut lire dans Plutarque, dans Pline et dans les iliaques de Pausanias, la description des merveilles qui sortirent de son ciseau. Glicon, Alcamène ftirent ses rivaux. Miron, Polignote, Zeuxis, Timante, Parrhassius, et plus tard Apelle, célébraient dans un autre genre, par des combinaisons et des peintures brillantes, la gloire de leur patrie. Praxitèle vint ensuite : il fit deux Vénus, destinées aux temples de Gnide et de Coos, statues dont Lucien donna la description dans son dialogue des Amours. Lisippe, sculpteur d'Alexandre le Grand, eût, comme ce conquérant, une immense renommée. Il fondit 760 figures de bronze. Alors non-seulement la peinture et la sculpture florissaient dans TAttique, mais les architectes les plus habiles fendaient le Parthénon, les temples de Pallas, de Diane, ceux de Gyzique, d*Olympe, la chapelle Éluzine, etc. Polyclète, Démétrius, Philon, rivalisaient avec les philosophes et les poètes, et la musique, animée par cette fbule de sensations nouvelles, se développait rapidement. La lyre et la cythare firent entendre un plus grand nombre de sons. On vit éclore des accords inconnus. L'harmonie dorienne et phrygienne produisit de nouveaux effets. Mélanipède, Cinésias, Polyades, et leurs successeurs, nous léguèrent des chants d'une beauté simple et grandiose qui, suivant l'auteur du Devin du village, servent encore d'accompagnement à nos prières, lorsque, du parvis de nos temples, nous les élevons vers le Créateur.

L'esprit de conquête du peuple romain devait le rendre maître, dès son berceau, des richesses d'une civilisation plus avancée. Aussi voit-on, dès l'an 247 de la fondation de Rome, Horatius Codés immortalisépar une statue (Tite-Live, 1, 2). Jlarcus Scaurus construit un théâtre qu'il couvre, s'il faut en croire les historiens, de 3,000 statues de métal. Les triomphes des consuls servent à repaître la vanité romaine de la vue des chefsd^ceuvre, dépouilles de nations conquises. L'ovation de Fabius Maximus, de Marcellus, de Scipion, de Paul-imile, introduit parmi le peuple

de Eome le goût des arts. Fabius élève au Capitole, à côté de la sienne, une effigie colossale d'Hercule; Marcellus, rappelé de Sicile à Rome, y traîne à sa suite les statues et les tableaux de Syracuse. Enfin Paul-Émile fait durer son ovation pendant trois jours, et il emploie â50 chariots à prouver à ses compatriotes qu'il méritait de semblables honneurs. Enrichie des chefsd'œuvre des arts, Eome attire bientôt tout ce qui restait d'artiste au monde. La sculpture est employée à un grand nombre d'ornements de luxe. L'architecture se développe à son tour, non pas comme aux beaux siècles de la Grèce, mais sous des rapports en harmonie avec le génie de la nation. Les amphithéâtres, les arcs de triomphe, les aqueducs, les voies publiques, deviennent autant de créations inconnues Jusque-là. Quelques-unes portent les caractères d'une grande perfection. Le goût étrusque qui avait d'abord prédominé chez les artistes, s'épure jusqu'à un certain point, au temps de Sylla. Ainsi, aux premières époques, les constructions architecturales n'étaient composées que de grandes pièces placées l'une sur l'autre, sans ciment, réunies quelquefois avec des tenons de bois, tandis que, sous la répubUque, on adopte l'usage de bâtir en briques d'égale dimension (opue reUculaium); le marbre ne Ait employé que dans les derniers temps. Les habitations particulières, les maisons de campagne, dont Pline le Jeune nous a conservé la description, sont élevées avec un luxe et une perfection remarquables. La paix constante dont Eome Jouit sous le règne d'Auguste devint surtout favorable aux progrès de l'architecture. Auguste avait conçu le projet de faire de cette capitale la plus belle ville de l'univers; ses encouragements trouvèrent plus d'un génie disposé à le seconder. Eome fut dotée du Panthéon, d'un temple d*Apollon, d'aqueducs, de bibliothèques ; les favoris du prince voulurent partager ce noble amour des beaux-^urts. Stasile, Agrippa, Balbo consument à édifier de vastes monuments des richesses immenses. Hérode construisit Césarée; il acheva le temple de Jérusalem, pleuré par Titus. Partout cette poétique terre d'Italie semble répondre à l'appel du génie des beaux-arts. Poètes, architectes, sculpteurs, immortalisèrent le siècle d'Auguste; Yitruve lui dédia des livres. Protecteur d'Horace, de Virgile, Auguste fut l'ami de Mécène. A sa mort il dit ce mot : « J'ai trou?é Eome en briques, je l'ai rebâtie en marbre. »

Nous l'avons dit plus haut : avec la corruption des mœurs arriva chez le peuple romain la rapide décadence des arts. L'architecture ne dé-

BEA

BEA

clina cependant qu*aprè8 Constantin, quoique la peinture et la sculpture fussent tombées au« parafant. Byiance deyint la tombeau du génie, comme elle était Tasile de la corruption, de la ruse, de la cruauté. La religion chréUenne» h son berceau, ardente, persécutée, contribua aussi au bouleversement des arts. Yasari, le Biondo, racontent la guerre que les croyances nouTalles livraient aui che0id*ouvre du culte paYen. Les invasions des peuples barbares achevèrent cette croisade dirigée contre les productions du génie. Il devient nécessaire de 8*arréter ici quelques instants. Tout le monde connaît les ravages des Goths, d*Odoacre, de Qenserio, chef des Yanda* les. Un précis de Thistoire des beaux»arts n^aurait rien à revendiquer pendant le déluge de barbarie qui alors affligea le monde civilisé. Ou-* blions ces révolutions désastreuses, et jetons les yeux sur Thistoire des arts chei des peuples dont nous ne nous sommes pas encore occupés.

Les explorations des voyageurs modernes ont amené, dans plusieurs parties du monde, des découvertes qui prouvent qu^aux siècles antiques elles étaient civilisées h Tégal de TÉgypte, de la Grèce et de Tltalie. Mitta et Palengue, dans le Mexique, présentent des restes de monuments que d*habiles archéologues attribuent au style phénicien i la sculpture, Tarchitecture, des scè« nés et des figures peintes à la manière étrusque, annoncent un singulier développement des beaux'arts. Les grottes souterraines des Indes, ces pagodes taillées dans le roc que la petite lie d^Éléphanta offre aux environs de Bombay, ne fbnt pas concevoir une moindre idée de leur an» tiquité et de Tbabilité de leurs créateurs. L*un de ces temples a 130 pieds anglais de longueur, et 110 de largeur. La forme des colonnes est plus élégante que oelles des temples d^Égypte. Ainsi qu*à RandjevéttQi) l6s cdtés de oes constructions sont ornés de figures humaines, en grand relief, qui prouvent des études et une théorie rai« sonnée. Les restes des monuments des aiiciens Perses sent dans un goût tout différent de ceux de rinde et de Tigypte i le palais du roi Ijjémjid n*a jamais eu peut^tre de rival comme monu-< ment. On y découvre les traces de superbes poi^ Mques, d*escaliers hardiment jetés, des colonnes construites du plus beau marbre, et jusqu'à 1,500 figures sculptées qui, au milieu des ruines, sem*blent encore raconter rhistolra de ce héros, 8*il est impossible da nier le large développement des beaux-arls tels qu'ils se sont manifestés dans les monumonta dt Peraépolia, il n'est pas moins diffidle d'assigner à leur culture, on Ghine, une origine qui lea place dam l'histoire au rang de

copistes ou d'inventeurs. La tour de porcelaine ou la grande pagode de la ville de Nankin est un des monuments les plus remarquables du génie chinois. La forme des toits dans cette architecture est caractéristique : elle rappelle toujours ridée d'une tente ou d'un pavillon. En Chine, les arcs de triomphe sont multipliés jusque dans les moindres bourgades. Nos anciennes porcelaines, le vieux laque, popularisé par nos missionnaires, ont apporté jusque chex nous une idée de la perfection de leurs arts. Ainsi ce n'est pas dans une petite portion de la terre qu'il faut chercher l'histoire de la civilisation du monde. La perfection des beaux-arts chez des nations disparues prouve que la langue monumentale soustrait seule quelquefois un peuple aux outrages du temps. Ôe la masse de faits traditionnels recueillis par nous résultent souvent des perféctionnemeuU nouveaux; les ruines donnent naissance è des chefs-d'œuvre, et le philosophe peut suivre, à travers les régions de l'Orient, le progrès de l'intelligence. L'architecture renaît au mouvement des croisades vers des climaU méridionaux. Abou-Abddllah«Ben- Naser orée sur les rives du Xénil et du Barco un chefHl'asuvre d'architecture moresque. L'Italie se ranime Inspirée par les hautes méditations de l'Évangile, et la renaissance sort de cet anciea foyer de la civilisation humaine, plus pure, plua fraîche, plus exaltée, pour établir dans l'Occident l'empire immortel des beaux-arts.

Une chose qu'on remarque à la physionomie des arts k leur renaissance, c^est que les chefs* d'œuvre de la Grèce et de l'Italie n'étaient point inconnus aux créateurs du style moresque, sarrasin ou gothique. Il y avait choix dans leur fait, et nullement ignorance. Artistes civilisés au milieu d'une nature et d'une société barbares. Us comprenaient fort bien qu'avec un climat nouveau, des forêts immenses, un culte oontemplatif, la forme des temples antiques ne pouvait être acclimatée sur la terre d'Occident. Les sons de la cloche devaient vibrer au milieu des airs, lo clocher eu aiguille se dessiner comme un fanal religieux, les voûtes s'élancer vers le ciel, et les colonnes ressembler aux arbres des forêts pour des catéchumènes arrachés au culte de la nature et des Druides. Aussi est-il certain maintenant qua l'architecture à ogives est Ui plus ancienne de la renaissance; la gothique ne date nullement de riovasion des GothSt et son style ne peut être attribué à ces peuples barbares. Be 1060 à 1150 s'opéra la révolution connue sous le nom d'architeeture de trensitioA, Bana le xu« siècle, il y eut plusieurs innovatioiis qui indiquèrent elai*

BEA

BEA

rement Tépoque de leur adopUpQ, Les ImiIus* trades lril>olées, lei tour« rooMoes à pyramides à quatre faces, les arcs-boutants pour neutraliser la pesanteur des voûtes, et les statues aux porches, prouvent un rapide progrès dans Tétude des arts. Nous laisserons à Thistoire de Far* cbitecture {vc^y») à suivre les nouvelles com* binaisons amenées par ce que Ton appelle le gothique secondaire ou rayonnant, le gothique tertiaire, etc. Vers cette époque parurent les £rwin, les Robert Coucy, les Gormon, les Yul* grin ; ils élevèrent des cbefs-d*œuvre de stéréotomie, au nombre desquels il est juste de placer les cathédrales de Strasbourg, d*Amiens, de Reims, Notre-Dame de Paris, Saint-Kaurice d*Angers, Tabbaje Toussaint, etc. Ces monuments servirent aussitôt d'asile à toutes les autres bran* ches des beaux-arts, et furent tout k la fois les sources de créations nouvelles et le musée perpétuel et progressif où se conservèrent les produits des modernes inspirations.

Avant Van Eyck, le rénovateur de la peinture par Tapplication qu*il y ftiit de Thuile aux couleurs, les arts du dessin étaient déjà en marche, comme nous venons de le voir pour Tarchiteo ture et pour la sculpture. Les restes découverts à Pompeia et à Portici n*avaient pas été arrachés de leurs ruines, quand parurent ces vitraux de couleurs, admirable mosaïque transparente ignorée des anciens. Cette découverte, qu* Albert Durer porta d*abord à son point de perfection, était évidemment due au travail des moines et aux belles mmiatures dont ils décoraient le vélin de leurs liturgies. Alors les vitraux inoolores, à peine employés, furent probablement remplacés par des feuilles de vélin k brillantes peintures, dont la transparence donna Tidée des vitraux de couleurs. Le pinceau de Cimabue, vers 1340, fut le premier qui osa s*exercer dans un genre plus élevé. Lui et Giotto, son élève, ne peignaient que sur bois de mélèse {lanx)i rarement ils employaient la toile. Pline, cependant, fait mention d'un tableau colossal de Néron, appliqué sur ce tissu. La fin du xv« siècle offrit un immense perfeetioonement. Léonard de Vinci parut, qui s'attacha à la perfection des détails; Michel- Ange sut retracer la grandeur et le caractère des antiques; Giorgion et le Titien améliorèrent le coloris et le rapprochèrent de la nature, tandis que Raphaël rendait sensibles les inspirations les plus pures du christianisme. Un genre nou* veau, que M. de Chateaubriand attribue également k la contemplation religieuse (Génn du CkriêL, t, IV), le paysage, fut cultivé par Técole italienne. Cette école, ce furent le génie de

Léon X, renoouragement prêté aux beaux-arts« la liberté dont alors jouissait ritalie, qui développèrent son admirable splendeur. Les nationa sortaient de la barbarie où les avaient maintO" nues leurs luttes soutenues pour consolider leurs institutions. Les richesses commençaient à pren-* dre des formes variées et à sortir de cet état tout matériel où elles ne sont qu*un signe frappé de mort. Les églises demandaient des ornementa précieux, les princes des vaisselles d*or et d'ar* gent; il fallait des artistes pour satisfaire à ce mouvement général des idées. Peintres, sUtualres, numismates, poètes, musiciens, répondirent par des inspirations. L*art des eniretneU {wjjX'h ces espèces de féerie» de la mécanique, dont Léonard de Vinci et Callot ne dédaignèrent pas de s'occuper, firent naître nos représentations dramatiques et constituèrent par la suite notre système théâtral, pi^ Tensemble qu> mirent les confrères de la Passion, en jouani des mystères. La gravure date aussi de ce temps, Lexv« siècle découvrit ce nouvel art qui, d'abord restreint à graver sur des planches de bois, donna bientôt naissance à Timprimerie, mère de toutes les connaissances actuelles. Enfin, ritalie de Léon X, comme le siècle d'Auguste, ressembla à ces grands génies qui s'élèvent au travers des i^e&^ pour servir de jalons à Thistoire. Le siècle de Louis XIV n'est pas moins remarquable sous le rapport des beaux -arts. Hâtons-nous d'arriver à notre gloire nationale, et cherchons comment cette ère brillante flit préparée pour nous*

Les beaux-arts étaient devenus, dans l'Italie, le partage de tout ce qui était puissance, couvenu, églises ou cardinaux. L'école italienne avait toujours parlé un langage élevé et divin, et ce langage, quoique contrastant avec les mœurs nationales, lui était imposé parla mission qu'elle avait â remplir. Peut-être cette situation, en contribuant â maintenir son éclat, empèchat-elle bi popularité qu'elle aurait pu acquérir. Si l'école flamande, tantôt remplie de grâoe, de souplesse, d'expression, tantôt mordante, satirique, tantôt inspirée ou rivale de la nature, était venue jeter au milieu de la France ses productions si variées et si attrayantes, il est probable que le siècle de Louis XTV eût été devancé, ou que les beaux-arts auraient reçu une physionomie différente. Mais ce développement était réservé à nos contemporains. Au xvii* siècle, rien n'était popuUûre. Si les Médicis avaient contribué à éveiller le goût et la poésie dans quelques parties de la nation, la politique, les massacres, l'extrême misère, étouffèrentce germe

BEA

BEA

des heaux-arts. Jean Goujon brilla d*un éclat passager et inutile à ses successeurs. Il fallut, pour amener le siècle de Louis XIY et les grands hommes en tout genre qui Tillustrèrent, un mouvement général dans la nation, à une époque où les arts fussent assez perfectionnés pour servir de bases aux chefft-d*œuvre qui devaient rapidement éclore. La Ligue , la Fronde, ce choc de tant de passions, cette communication d*idées si divergentes, produisirent un inappréciable résultat. Tel est Teffet des révolutions sociales, détruisant ici pour reconstruire plus loin, et, suivant Tordre de la nature, se servant des principes de destruction pour reproduire avec une force nouvelle. Youet, Poussin, Lebrun, Lesueur, comme peintres; Jean Cousin, Puget, Perrault, comme statuaires et comme architectes, offrirent à TEu- 'rope étonnée une seconde renaissance des arts. Lully transporta Torgue, cet orchestre du moyen âge, dans des compositions harmonieuses, modulées, où commencèrent à se montrer la science et la combinaison des sons. La poésie fonda des genres nouveaux, dont les anciens n^avaient offert que les ébauches. L^artde graver en pierres fines, de frapper les monnaies, d'employer avec habileté le marbre et Tor, dépassa tout ce qui s*était fait jusque-là parmi les nations modernes. Malheureusement, comme ce perfectionnement était en dehors des institutions du siècle de Louis XIY, il dégénéra avant lui. Ni Colbert, ni les efforts du duc d*Orléans, amateur éclairé des arts, ne purent soutenir cet éclat passager : les mœurs nationales étaient trop corrompues, trop peu de pensées nobles, inspiratrices circulaient parmi ces hommes pour que des artistes de génie fussent émus. Les beaux-arts ne furent plus alors que des courtisans mercenaires chargés de produire des sensations oùTâme n'entrait pour rien. Us n'étaient pas populaires, car ib n'eussent pas été prostitués, et la législation du goût aurait été indépendante du despotisme des corrupteurs. A Coypel devaient succéder Boucher , Yanloo, Largillière. L'architecture, la statuaire avaient disparu; il fallait avant tout des émotions. David, le restaurateur de cette école dégradée, vint à un moment où le paroxysme de cette situation révélait la fausse route tenue par ses prédécesseurs. Il retrempa dans le mouvement révolutionnaire les sources d'un talent qui avait puisé plus d'une erreur à sa naissance. Le retour vers les idées républicaines ramena l'étude des chef^-d'œuvre de l'antiquité libre. David introduisit en France une foule de combinaisons nouvelles. Il modifia, pour ainsi dire, la vie privée, en changeant la forme des meubles, des tissus, des décorations.

La France était trop avancée alors dans les diver* ses branches de nndustrie humaine pour que le perfectionnement ne fût pas appliqué à celles qui n'auraient pas été au niveau des exigences du moment. Aussi le xix* siècle est-il remarquable par cette amélioration générale des simples produits. Sennefèlder découvrit la lithographie; les planches d'acier furent appliquées à la gravure; la mécanique s'enrichit de nouveaux moteurs, et la musique inventa et perfectionna, avec son système général, plusieurs instruments compliqués. La marche de l'esprit humain, secondé par la liberté et l'impulsion des conquêtes, eut un mouvement rapide qui rendit toutes les nations solidaires du perfectionnement des arts. A celte source furent puisés les principes de ce qu'on appelle de nos Jours école ramant tique. Les artistes, dans la noble émulation que fit naître en eux la vue des chefà-d'œuvre étrangers, s'essayèrent en dehors des limites qu'une sagesse étroite avait autrefois tracées. Us scrutèrent la nature, reproduisirent les émotions les plus intimes, fouillèrent, non-seulement dans les trésors de l'antiquité, dans les ruines nationales, mais encore dans tout ce que pouvaient produire pour eux les nations et les mœurs étrangères. La popularité fut leur but. Suivant eux la nation n'avait pas, jusqu'alors, joui des illusions des beaux-arts. Les Juger, avant que le résultat de cette ère nouvelle soit arrivé, serait peut-être injuste. Il est certain que les jouissances ont été variées et multipliées. Une portion de l'école française contemporaine, sous la dénomination d*école classique, veut perpétuer des formes anciennes et croit que chaque pas hors de la route tracée offre un écueil. Nul doute qu'il ne soit important de tenir compte des travaux des devanciers : les arts et les sciences reposent sur cet héritage du passé; mais nous n'en sommes plus au temps où pouvaient disparaître, par un orage, les plus beaux monuments des arts. E. Bi CroI.

Nous n'entrons ici dans aucuns détails sur la théorie des beaux-arts, de peur d'avoir à répéter en grande partie ce qui a déjà été éiiivciy. Ait) sur la source et la tendance de l'art en général, par lequel l'homme cherche à manifester au dehors le sentiment du beau dont il est animé; car la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique, différentes par leurs applications, par les moyensdontellesdispos'ent et par les instruments dont elles se servent, n'ont pas d'autre but que celui de la poésie. Ce but est d'offrhr à l'homme des Jouissances nobles et pures en présentant à son esprit ou à ses sens la perfection des formes

BBÂ

BEÂ

alliée à la hauteur de la conception, à Télan par lequel la pensée sVlève à une nature idéale, type de la nôtre. En effet, les beaux-arts ne sont autre cliose que la science de manifester et de réaliser la pensée poétique autrement que par la parole; de la traduire sur la toHe, de la faire vivre dans le marbre, de lui donner Tessor vers les nues en dômes et en pyramides, de la laisser soupirer ou bondir en sons harmonieux qui répondent à tous les sentiments de Thomme. Le poète et Tartiste sont de la même famille.

Cependant il est bon de s*entendre sur le véritable sens de ce mot d* artiste auquel on a donné ane signification bien étendue en rappliquant anx danseurs, aux comédiens quelconques, aux joueurs de gobelets et prestidigitateurs, aux ventriloques, voire même aux coiffeurs et aux tailleurs d*habits. S.

L*artiste est celui qui cultive un art où le génie doit avoir pour interprète Thabileté de la main : c*est pourquoi on ne donne le nom d'artiste qu*aux peintres, aux sculpteurs, aux graveurs et aux architectes; on le donne aussi, par extension, aux musiciens exécutants, pour les distinguer des musiciens compositeurs, parce que les premiers ont besoin de leurs mains, de leurs doigts, pour exprimer le sentiment de leur âme, tandis que les seconds sont obligés de se servir du secours des autres pour donner la vie à leurs créations. Artisan et artiste dérivent tous deux du mot latin an, au génitif ariis, art Le premier, dans notre langue, s'applique à celui qui exerce, avec plus ou moins d*habileté, un art mécanique ; et quand la pensée devient la partie dominante de cet art mécanique, alors Partisan devient aussi un véritable artiste. Le second, le nom d'artiste, désigne celui qui exerce un art libéral, c'est-à-dire où le génie brille dans l'invention comme dans l'exécution.

Les Latins n'avaientpasi'équivalent rigoureux de notre mot artiste; Cicéron dit : artifex péritu$; opifes avait le sens de notre mot artisan, et c*est par métaphore que ce même auteur dit opifes mundi, Ovide optfex rerum, artisan, c*est-à-dire créateur du monde, de toutes choses.

Le véritable artiste a des idées, des besoins, un genre de vie qui en font un être à part ; son existence est toute de méditation et de contemplation ; la nature l'a marqué d'un sceau particulier. Sa vocation se décèle dès les premières années, et ce serait en vain qu'on essayerait de la combattre. Quelquefois il lui faut une occasion pour se manifester. Claude Lorrain, né de parents pauvres, est chassé violemment du logis

paternel, parce que son intelligence n'a pu aller jusqu'à servir les maçons ou faire un petit pâté : arrivé à Rome il entre au service d'un peintre ; là il panse le cheval de son maître, fait la cuisine et broie ses couleurs ; mais ses yeux s'ouvrenl, et il devient lui-même un grand peintre.

Horace a dit : nascuntur pœtœ ; on peut en dire autant des artistes, et c'est parce que leur penchant se fait jour avant l'âge où d'ordinaire on adopte une carrière, que beaucoup d'entre eux acquièrent de l'habileté avant d'avoir acquis de l'instruction. C'est dans un âge plus avancé qu'ils sentent la nécessité de se livrer à ces études où le génie lui-même va puiser ses inspirations; ceux qui les négligent peuvent être habiles, mais leur horizon sera toi^jours plus restreint.

La vie d'un artiste est tout à fait en dehors de la vie réelle : il a une langue à part, celle de son art; le sujet continuel de ses études, de son admiration, c'est la nature ; et, là où l'homme du monde passe sans rien voir qui soit digne de son attention, l'artiste remarque un effet piquant, des lignes heureuses, une inspiration bien sentie. C'est qu'en effet il faut étudier la nature pour en apprécier toute la beauté.

On a reproché aux artistes de vivre habituellement sous la protection et dans la dépendance même des grands. Les noms d'Apelle, de Phidias , de Raphaël , de Lebrun , etc. , sont inséparables de ceux d'Alexandre , de Périclès , de Léon X, de Louis XIV. Sans Périclès, Phidias n'aurait point eu à exécuter les admirables sculptures du Parthénon ; sans Léon X , Raphaël et Michel- Ange n'auraient point orné de leurs peintures immortelles, l'un le Vatican, l'autre la chapelle Sixtine; enfin sans Louis XIV, nous n'aurions pas les batailles d'Alexandre. La poésie, elle-même, qui vit d'images et d'émotions, et qui n'a pas besoin de secours matériels pour se produire, hante habituellement les cours et les palais; c'est que, en définitive, les plus beaux modèles, comme les plus nobles inspirations, se trouvent plus encore dans les classes élevées que dans les classes inférieures de la société; c'est que tous les arts ont besoin de mouvement, de pompe, de grandeur. x.

BEAUZÉE (Nicolas), membre de l'Académie française et de plusieurs sociétés savantes, naquit à Verdun , département de la Meuse , en 1717. Ce célèbre grammairien, après s'être occupé, dès son jeune âge, des sciences exactes pendant plusieurs années, se livra entièrement à la partie des langues anciennes et modernes, pour lesquelles il avait un véritable goût et des

BEC

BBC

di^sitions particulières. Il s^appliqua suiftout avec ardeur à l*étude de la grammaire, et les formes agréables dont il sut parer une science aussi abstraite, les principes clairs et méthodi* ques auxquels il Ta assujettie, n'ont pas peu contribué au perfectionnement de la langue fran* çaise. Beauzée succéda au savant Dumarsais dans la rédaction des morceaux de grammaire qui devalent être insérés dans VEnoyclopédie, Dumarsais n*ayait encore composé que les articles A, B, C, lorsque la mort vint le surprendre au commencement de son travail, en 1756. Beauzée s*est particulièrement attaché, dans les autres lettres, à imiter les locutions et à suivre la marche de Dumarsais. Les principales productions de Beauzée sont : Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du lan^ gage (Paris, 1707, % vol. in-8«), ouvrage dont Tabbé Barthélémy fait le plus grand éloge et pour lequel Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, fit offrir à Tauteur une m^aille d*or à titre de récompense. Dans le même temps il fût nommé professeur de grammaire k Técole royale militaire de Paris. Les Sxnonfmes de Tabbé Girard, furent augmentés dea Synonymes de Duclos, de Diderol, de d'Alemberi ei de BeauMée. Les articles de celui-ci sont supérieurs à ceux de Tabbé Girard, par la justesse et Texactitude, mais non par les qualités du style. La traduction française des OEuvres de Satluste (Paris, 1770, in-12), ouvrage dans lequel Beauzée s'est asservi à rendre trop fidèlement les pensées de l'auteur latin, au détriment de la diction et du style, et dont la lecture eOt été supportable sans la bizarrerie de l'orthographe qu'il voulut introduire dans la langue française. VHiêtoire d'Alesan* dre le Grand, traduite de (}uinte-Curce, Paris, 1789, 3 vol. in-13. V Exposition abrégée des preuves historiques de la religion; V Imitation de Jésus-Christ, etc.» etc. Le grand Frédéric fit à Beauzée la proposition de venir à Berlin se fixer auprès de lui) mais son amour de la patrie et son désintéressement l'emportèrent sur des avantages considérables : il aima mieux vivre tranquille au sein de sa famille et de ses nombreux collaborateurs. Le grand travail avait altéré sa santé et avancé un peu ses jours ; il mourut à Paris, le 25 janvier 1789, âgé de 73 ans. F. Bathohb,

BEC, nom qu'on donne à la bouche chez les oiseaux. Quoique servant aux mêmes usages que notre bouche, il ne lui ressemble pas plus qu'à la gueule des mammifères, qu'aux mâchoires des insectes, qu'aux suçoirs des vers et des zoophytcs. Le bec se compose de deux pièces princi-

pales superposées, qu'on nomme mandibulsB, qui renferment la langue et dont la supérieure est percée de deux narines. X. Geo£Proy-8aint- Hilaire parait avoûr reconnu dans les siandibules un véritable système dentaire, qui n'est appa* rent que chez les oiseaux encore renfermés dans l'cBuf • A cette époque de leur vie, cette substance cornée qui revêt les mandibules se présente sous la forme de petits corps blancs, arrondis, plus larges k leur extrémité, et disposés avec la plus grande régularité, à la suite les uns des autres, sur les bords des deux mandibules qui sont ainsi de véritables mâchoires. 8i on enlève ces corps blancs, on trouve un égal nombre de noyaux pulpeux, véritables germes dentaires ayant leur filet nerveux et leur vaisseau sanguin. Plus tard celte apparence de dents disparait. C'est à la même époque de leur existence que le bec est surmonté d'une éminence osseuse et conique qui sert k l'oiseau h briser la coquille de son eeuf ; ce tubercule rostral tombe presque immé* diatement après la naissance.

Le bec varie presque â l'infini dans sa forme et dans ses proportions : aussi a-4ril fèurni de nombreux caractères aux naturalistes dans les classifications qu'ils ont créées pour l'étude de l'ornithologie. Les proportions dans la longueur du bec permettent jusqu^à un certain point de juger de l'intelligence des oiseaux; et tout le monde sait combien la grue et la bécasse sont stupides : cependant le merle et le sansonnet» dont les becs sont fbrt longs proportionnellement k leur grandeur, sont fort Intelligents. Les formes du bec paraissent généralement appra« priées aux mœurs et aux habitudes des oiseaux. La plupart des oiseaux de proie ont les mandibules fortes, tranchantes et terminé:^ par deux extrémités acérées qui se recourbent Tune vert l'autre. Quelques autres oiseaux frugivores oi^ frent une disposition analogue, le perroquet, par exemple; mais un bec fort lui était nécet* saire pour briser les Aruits à enveloppes résistantes dont il se nourrit | il fallait que les bords en fussent tranchants pour les éplucher; un bec acéré lui était néeessaire enfin pour l'aider dans ses mouvements de progression que la disposition de ses doigts rend assez difflcilee. Les oiseaux vivent-ils de graine, ils ont le bec court; il est court aussi et très-fort s'ils se nourrissent de l'amande des frulu k noyaux. Vivent-ils de vers ou d'insectes, ils ont le bec long et mince; il est effilé comme une aiguille dans Toiseaumouohe qui darde sa langue dans le nectar des fleurs. U est large, aplati chez les oiseaux aquatiques qui saisissent leur proie en tamisant l'eau,

BÉG

BBC

pour ainti dire, et qui Tavaleot cl'un seul mor* ceau; la spatule offf« cette dUpositioo à ud baut degré. A. iifiluuio.

BÉGAKRS. For* BlU^UiiRaB.

BECASSE. Scolopas. Genre d*oiseaux de la seconde famille de Tordre des gralles dont les caractères cousisleut dans un bec long, droit, comprimé , grêle, mou, avec la pointe renflée) les mandibules sont sillonnées jusqu*à la moitié de leur longueur; avec la pointe de la supérieure plus longue que celle de Tinférieure, la partie renflée formant un crocbet; les narines sont la* térales, situées à la base, longitudinalement fendues près du bord de la mandibule, recouvertes par une membrane ; les pieds sont médiocres, grêles; Jambes presque totalement emplumées; trois doigts devant et un derrière \ la première rémige est à peu près de la même longueur que la seconde qui surpasse les autres. ** Ce genre, si nombreux en espèces lorsque Linné Tinstitua, a été considérablement réduit par les mélbodlstes contemporains ou successeurs du naturaliste suédois) il devrait probablement Têtre encore, car le peu d'espèces qu*U renferme offrent tant d*anomalie dans leurs mœurs et leurs habitudes, qu^à la rigueur on ne peut se dispenser d'établir dans le genre presque autant de divisions qu'il y est resté d^espèces; le seul caractère qui leur donne un air de fanûlle et les tient réunis, consista dans la conformation de la tète qui est fortement comprimée, avec les yeuxplaiéê en arrière. Tous ces oiseaux, au reste, sont naturellement stupides, et ils n*écbappent aux pièges nombreux que leur f^it tendre la délicatesse de leur chair, que par Thabitude résultant de la faiblesse de leur vue, de se tenir cachés la plus grande partie de la journée dans des abris agrestes. Les bécasses sont des oiseaux essentiellement voyageurs; elles abandonnent les plaines lorsque les chaleurs commencent à s*y faire sentir; elles descendent ensuite des montagnes quand le froid y devient trop rigoureux ; et c'est \k le motif de leurs émigrations à deux époques de Tannée, également distantes; leur vol est lourd et bruyant ; rarement il dévie de la ligne droite. A leur arrivée dans la plaine, les bécasses se répandent d*abord dans les bois et les forêta; elles y cherchent les réduits les plus sauvages, bien ombragés, où le sol, constamment humide, puisse leur procurer en abondance les vers et les limaces dont elles se nourrissent exclusivement; tant que ces lieux suffisent à leurs besoins, elles y demeurent cachées, silencieuses et solitaires. Toute la journée se passe à icher dans la terre molle ou dans la vase, leur

long beo qu'elles y enfoncent jusqu'aux narines, pour en tirer des vers qu'elles avalent souvent avec beaucoup de difficulté, vu le rétrécissement de Touverture de la base de ce bec. Au déclin du jour, elles s'acheminent vers une fontaine ou un ruisseau pour s'y désaltérer, et retournent immédiatement après dans leur tranquille manoir. C'est là que, dans la saison des amours, les époux se réunissent, et préparent ensemble, au pied de quelque petit arbrisseau, un nid assez négligemment composé d'herbes et de feuilles sèches; la ponte est de quatre à cinq œufs oblongs, d'un gris roussâtre, parsemé de petites taches brunâtres; le^deux sexes ne se séparent que lorsque leurs petits peuvent se passer de leurs soins.

Les BtCASSiRxs diffèrent principalement des bécasses en ce qu'elles n'habitent que les prairies marécageuses où elles aiment à se cacher parmi les joncs et les roseaux; elles ont en outre le vol plus soutenu et en même temps plus irrégulier; il n'est pour ainsi dire qu'une suite de ricochets, ce qui procure au chasseur l'occasion de déployer son adresse. Quant au reste, les bécassines sont également soumises S des émigrations périodiques; cependant, on en observe qui, par accident ou par paresse, séjournent toute Tannée dans le même pays; elles se nourrissent de la même manière que les bécasses, et les soins de Tincubation sont les mêmes; leurs œufs sont ordinairement verdâtres, pointillés de blanc* On trouve souvent les bécassines voltigeant par petites bandes de quatre ou cinq qui ne font véritablenient qu'une seule famille. DB..Z.

BÉCASSEAU. Cringa, Cet autre genre de la seconde famille de Tordre des gralles, a pour caractères : bec médiocre ou long, très-faiblement arqué, droit ou fléchi à la pointe, flexible dans toute sa longueur, comprimé à sa base, dilaté et obtus à la pointe; les deux mandibules presque entièrement sillonnées; narines latérales, coniques, percées dans la membrane qui recouvre le sillon niisal dans toute sa longueur ; pieds grêles, nus au-dessus du genou; trois doigts antérieurs, entièrement divisés, quelquefois celui du milieu et Texlérieur réunis par une petite membrane; un pouce articulé sur le tarse; ailes médiocres ; la première rémige la plus longue. — Les espèces que renferme ce genre sont essentiellement voyageuses; presque toujours réunies en petites troupes, on les voit, voltigeant de la cdte au marais, borner à une très-courte apparition leur s^our dans les endroits qu'elles visitent; la saison des amours, les soins qu'exige Impérieusement le besoin de la reproduction,

BEC

BEC

paraissent même les arrêter à regret, et Ton ne peut supposer que la seule crainte de manquer de nourriture soit la raison déterminante d^une Tie aussi vagabonde; car les lanres, les vers, les mollusques, que leur offrent en abondance la vase et le limon, sont pour elles une sourcepresque intarissable. Quoi qu*il en soit, les bécas> seaux veulent une température uniforme, et les saisons déterminent leurs migrations du nord au midi et du midi au nord, vers les deux époques équinoxiales de Tannée. Dans ces migrations, les espèces riveraines suivent régulièrement les bords de la mer, et celles qui séjournent habituellement dans les marais se dirigent diaprés le cours des fleuves et des rivières. On a remarqué que, lorsque les unes ou les autres s'arrêtaient pour nicher, elles choisissaient de préférence les terrains marécageux voisins des rivières, et où les herbes fussent très -élevées; c*est parmi ces herbes qu'elles arrangent, à la hâte et assez négligemment, un nid où elles déposent de trois à cinq œuH que les deux sexes couvent alternativement. Br..z.

BECGA^IA ( CÉSAi BONESANA, marquis db), né à Milan en 1755, philosophe criminaliste. Il s'appliqua de bonne heure à Tétude de la philosophie, en prenant pour guides Condillac, Helvétiuset les encyclopédistes; mais ce fut Montesquieu qui, surtout par ses Lettres persanes, lui révéla sa vocation. Tout le monde connaît son traité des délits et des peines {Dei delUti e délie pêne), qui parut k Naples en 1764; mais trèspeu de personnes savent que quelques années après il fit paraître une grammaire philosophique et une théorie du style : Ricerclte intomo alla natura del stiio. Le traité des délits et des peines fût le premier cri de l'humanité outragée par l'atrocité du système pénal : il faut moins considérer ce livre célèbre sous le rapport scientifique que comme un acte de courage, comme une pétition énergique présentée aux puissances au nom des peuples. Du reste la doctrine de Beccaria n'est dans beaucoup de parties que le reflet des idées erronées proposées par les encyclopédistes. Souvent ses raisonnements pèchent par leur base; souvent les faits historiques lui échappent, car il ne connaissait pas l'antiquité. A cet égard il faut consulter surtout le commen- Uire d'Aldobrando Paolino (Florence, 1831), et deux savants articles du docteur Mittermaier, insérés dans le Journal de jurisprudence étrangère, publié à Heidelberg. En y reconnaissant les erreurs de ce philosophe, on blâme avec raison le ton hautain et superbe de ceux qui lui reprochent de n'avoir pas enseigné en 1760 tout

ce que le droit a fait de progrès depuis lors jusqu'en 1835. La carrière de Beccaria ne fut pas exempte de persécutions; mais le comte Firmiani, gouverneur autrichien de la Lombardie, empêcha toujours ces tracasseries d'avoir pour lui des effets fâcheux. Ce fût aussi sous la protection de ce gouverneur qu'il créa une société pour la publication d'un journal consacré à la littérature et aux sciences intitulé : Le Café, En 1768 il fût créé professeur d'économie publique à Milan; mais son cours ne fut imprimé qu'en 1804, dans la collection des économistes italiens. On lui doit aussi plusieurs dissertations isolées, par exemple celle sur Le désordre des tnonnates dans l'état de Milan, qui fût son coup d'essai en 1769. Il mourut d'un coup d'apoplexie en novembre 179S. Beccaria avait un caractère fort doux et ses vertus domestiques disaient le bonheur de sa fomille. P. m Golbért.

BEG-D£-LliVR£, nom donné d'après une vague ressemblance à une division des lèvres, congéniale ou accidentelle, mais exempte de suppuration. Cette difformité peut être plus ou moins considérable. Tantôt en effet la lèvre supérieure est simplement divisée, tantôt elle est partagée en deux ou trois portions. On voit même les os de la mâchoire supérieure et du nez écartés dans une grande étendue. Le bec-de-lièvre congénial est beaucoup plus commun que l'autre qui succède à des plaies ou à des ulcérations. Sa cause est dans un trouble de l'organisation intra-utérine qui ne permet pas aux parties de s'unir complètement; et l'on doit le regarder comme complètement étranger aux envies dont les femmes le font quelquefois dériver.

Les enfants qui naissent avec un bec-de-lièvre simple ont un peu de peine à teter ; mais ceux chez lesquels il existe une division multiple de la lèvre, avec écartement des os, sont quelquefois dans l'impossibilité absolue de prendre le sein, et mourraient bientôt si on ne leur portait des aliments à la bouche, avec une cuiller. A mesure que l'enfant grandit on s'aperçoit que l'articulation des sons est imparfaite, et même chez quelques-uns totalement impossible ; outre que l'aspect de la face est plus ou moins hideux.

Cette difformité n'offre aucune tendance vers la guérison spontanée, et l'on n'a de ressource que dans une opération chirurgicale, qui peut devenir fort difficile. Il ne faut donc pas y songer avant que le sujet soit assez âgé pour se prêter docilement à ce qu'on exige de lui. L'opération est simple en elle-même : il ne s'agit en effet que d'aviver avec des ciseaux ou le bistouri les bords de la division, pois de les traverser

BEC

BEC

ayec des aiguiHes d*acier sur lesquelles on tortille des fils destinés à rapprocher les surfaces saignantes, qui se réunissent et se cicatrisent ainsi. Alors on retire avec précaution les fils et les aiguilles et Ton favorise la consolidation de la cicatrice. Quelquefèis, avant Topération, on est obligé d'arracher quelques dents saillantes, ou bien d*exciser quelques petites lumeurs charnues qui s'opposeraient à la réunion. Il est rare qu'il survienne des accidents graves après cette opération qu'on voit assez souvent échouer par des circonstances qu'on ne peut pas toujours prévoir et éloigner. F. Ratjbi.

BEC-FIGUE. Oiseau du genre moucherolle.

BÊCHE. Voy, Instiumuits d'agricdltube.

BECHER (Jeafi-Joàgbim), né à Spire en 1635, et mort à Londres en 1689, est un des pères de la chimie moderne. Il était médecin et avait été successivement professeur à Mayence et conseiller à Tienne; enfin il avait parcouru beaucoup de pays lorsqu'il vint mourir misérablement en Angleterre. Très-savant pour son siècle, mais d'un esprit inquiet et entreprenant. Bêcher a plutôt ouvert les voies aux découvertes ultérieures qu'il ne les a lui-même réalisées; il se fit beaucoup d'ennemis, et encourut le reproche de cbarlatanisme et de mauvaise f6i, et cependant H a laissé un souvenir distingué dans l'histoire de la chimie dont la partie pratique lui était surtout familière. Ses ouvrages contiennent sur la théorie chimique des idées lumineuses résultant de ce qu'il y avait appliqué la physique plus qu'on ne l'avait foit avant lui. Son principal ouvrage, '\xi\x\xi\k Physique %ouierraine^ publié en 1660, à Francfort, fut réimprimé par les soins de Stahl. Ses autres écrits très-nombreux et portant, suivant l'usage de cette époque, des titres bizarres, sont totalement oubliés aigourd*hut. Coifv. Lixicoif mod.

BECHSTEIN ( Jian-Mathieu ) , naturaliste et lèrestier saxon, auteur laborieux. Il a fourni sur les principales branches de l'histoire natureUe un grand nombre d'ouvrages qui n'ont pas peu contribué à l'avancement et à la diffusion de la science. La botanique, l'entomologie lui doivent quelques observations curieuses et intéressantes; sa traduction allemande de l'histoire naturelle des reptiles, par Lacépède, renferme une foule de notes critiques et d'additions qui ont complété davantage la connaissance du sujet que le naturaliste français n'a fait qu'effleurer. Mais ce sont surtout l'ornithologie et l'histoire naturelle particulière de l'Allemagne qui ont été Tobjet de ses recherches; ses travaux sur ces deux points, ainsi que sur l'art du forestier, lui

ont valu dans le monde savant une honorable célébrité. Né en 1757, dans le duché de Saxe- Gotha, il est mort en 1823. Gonv. Lixicon.

BEGK (GHBÉTiBif-DAifiEL), professcur à l'université de Leipzig, savant littérateur, philologue, antiquaire et historien, naquit dans ladite ville, en 1757, et y mourut en 1832. Depuis 1779 jusqu'à la fin de ses jours, il ne cessa pas un instant de bien mériter du haut enseignement en Allemagne, par ses excellents cours d'eiégèse, de philologie, d'archéologie, d'histoire générale et d'histoire de l'Église, ainsi que par les exercices pratiques et les thèses qu'il fit soutenir aux candidats. Il fut successivement nommé docteur en théologie , professeur des langues grecque et latine (178^, et directeur du gymnase royal philologique (1809), qui avait été formé d'une société philologique établie par lui. La scrupuleuse exactitude avec laquelle il remplit toutes ces fonctions lui valut, en 1803, le titre de conseiller aulique, et, plus tard, la décoration de l'ordre saxon du Mérite civil. Beck consacrait la plus grande partie des loisirs que lui laissaient ses fonctions à des recherches sur les littératures anciennes. U a publié de nombreux ouvrages historiques, philologiques et archéologiques, dont quelques-uns sont restés inachevés, et qui tous jouissent d'une grande estime. Ses éditions de Pindare, d'Apollonius, d'Euripide, d'Aristophane et de Calpurnius; ses excellents programmes sur divers sujets historiques et archéologiques, son Histoire générale du monde et des peuples, Leipzig, 1787-1806, 4 vol. in-8o (la nouvelle édition refondue de 1813 n'a pas été continuée), qui va jusqu'à l'époque de la découverte de l'Amérique et où l'on trouve une instruction abondante et solide; ses Éléments archéologiques pour servir à la connaissance de l'histoire de l'art antique (Leipzig, 1816); ses traductions de V Histoire des Grecs par Goldsmith, et de Y Histoire de la république romaine, par Ferguson; enfin son ouvrage si Important pour les théologiens, qui a pour titre : Commentarii historici decretorum religionis christianœ et formulée Luther. (Leipzig, 1800) ; tous ces travaux prouvent que l'auteur joignait à une profonde érudition une grande perspicacité et une finesse de critique extraordinaire. Depuis 1819 il rédigea, avec toute la patience infatigable de l'érudit, le Répertoire des littératures modernes nationales et étrangères. En général, Beck fit preuve d'une grande supériorité d'esprit et d'un zèle infatigable dans les nombreuses charges qu'il eut à exercer, y compris les fonctions si difficiles de cen-

BBC

BBC

seur. En 1835 il renonça à la chairs d*hiitoire pour reprendre celle des littératureg greci|ue et romaine. Ses derniers programmes contiennent des additions à la Bibliothèque grecque de Fabricius, et dans un de ceux de 1838 il a donné des Souvenirê de sa vie. Gonv. Lbxicon.

BECKER (GiAïus-PkÉDÉEio), docteur en philosophie et auteur d*une excellente histoire universelle en langue allemande, naquit à Berlin, en 1777, ety mourut en 1806. Becker, homme estimable, écrivain plein de mérite et qui savait, avec un art merveilleux , se mettre à la portée de la Jeunesse dont Tlnstruction était son principal but, occupe une place distinguée parmi les pédagogues allemands. Il alliait une science profonde à une grande rectitude d^esprit; et, quoique fruits des plus savantes recherches, se» outrages historiques , simples et d*une intelll* gence feclle, ont souvent tout rintérét du roman. Ses Narrations tirées de Vhistoite ancienne (Halle, 1803, 5 vol. in-S»), ont eu beaucoup de succès, et V Histoire universelle pour les enfants et leurs maîtres, dont le commencement parut en 1801, a eu six éditions, continuées, après la mort de Tauteur, Jusqu'à nos Jours. Elle a servi de base pour le Cours d'histoire mo* deme, ouvrage colossal de Schœll, qui le termina peu de Jours avant sa mo^. Becker n*a pu aller au delà du 0* volume; Woltmann y en a Joint un dixième et a fait une révision rigoureuse de tout rouvrage, mais en le dénaturant, en y introduisant des vues historiques, peut-être saines et vraies, mais qui, ainsi présentées à la Jeunesse, éveillent en elle, avant le temps, un scepticisme dont on ne peut méconnaître le danger. Aux 10 premiers volumes, M. Meniel a ajouté rhistoire de la révolution et celle des derniers temps; une nouvelle édition (Berlin, 1838, en 14 volumes), est due aux soins de M. Lœbell, professeur à Berlin, chargé, par Téditeur, de faire entrer dans Touvrage les résultats des travaux historiques les plus récents; le professeur a cherché en même temps à lui rendre son caractère primitif de simplicité et de respect pour les traditions religieuses. Un troisième ouvrage de Becker est intitulé : La Poésie envisagée du point de vue de l'historien, Berlin, 1803. J. H. SoHifinTXi.

BECKET (Thohas), 5« archevêque de Gantorbery et lord chancelier d*Angleterre, naquit A Londres en 1 119, ou, d'après d'autres historiens, en 1117, d'un marchand anglais nommé Gilbert Becket, et d'une musulmane baptisée sous le nom de Mathilde. Il est le premier Anglais de race qui depuis la conquête ait été primat du

royaume* Après avoir commencé ses études à Oxford, il les continua à Paris jusqu'en 1150. A son retour il fut recommandé à Thibaut, archevêque de Cantorbery, qui se l'attacha, l'envoya à Bologne étudier le droit canon, et le chargea (1153) de remplir à Rome quelques missions assex difficUes. La même année où Henri II, Ris de Mathilde Vemperesse, fut sacré roi d'Angleterre (30 décembre 1 154), Thibaut l'avait nommé archidiacre de son église. Becket qui, deux ans auparavant, avait obtenu du pape Eugène la défense de sacrer le fils d'Etienne, n'eut pas de peine à gagner les faveurs du nouveau roi. Henri le nomma chancelier, lui confia l'éducaUon de son Ris aîné, et lui assigna de grands revenus. Cinq ans après (1163) mourut Thibaut. Henri, qui était alors à Falaise, crut ne pouvoir mieux le remplacer que par Becket. Celui-ci résista d'abord; mais le roi insista et, sans s'arrêter aux objections qu'on lui présentait, envoya au chapitre Tordre de l'élire archevêque. Ce choix déplaisait; car Becket, qui avait Jusqu'alors vécu au milieu d'une pompe et d'un luxe extraordinaires, ne semblait pas devoir apporter des dispositions bien propres à foire un homme d'Émise. Après une assez vive opposition, les évèques cédèrent aux ordres formels du roi. Il fut ordonné prêtre le samedi de la Pentecôte, et le lendemain consacré archevêque par le prélat de Winchester. Au grand étonnement de la cour et du clergé, il changea tout à coup de manière de vivre et devint studieux, humble, frugal, l'ami^ le soutien et le commensal des pauvreSé Ambitieux, avide de popularité , et pénétré de ces idées de suprématie ecclésiastique qui prévalaient alors, il ne se regarda plus comme le ser^ viteur du roi Henri, mais comme celui du sou* verain pontife. Aussi se démit-il bientôt de sa charge de chancelier qu'il regardait comme incompatible avec sa nouvelle dignité. Le roi en fut vivement piqué, et dès ce moment oom» mença entre lui et l'archevêque cette lutte qui ne se termina que par l'assassinat du second. Henri avait espéré que le primat le seconderait dans ses vues sur le clergé t trompé dans son atr tente, il voulut l'obliger, mais en vain, à se démettre de son arcbiépiscopat en faveur de aon ennemi Geoffroy de Riddel. Après le concile de Tours (1163), Henri, qui voulait abolir la juridiction des cours épiscopales de Guillaume le Conquérant et rendre le clergé Justiciable des tribunaux civils, convoqua dans ce but une aisemblée à Westminster. U y éprouva la plus rive opposition de la part des évéques, et notaiment du primat, qui, tour à tour supplié, menacé.

BBC

BÉG

céda enBn ei promit de se conformer aux intentioof du roit mais sauf les droits de son ordre si eeusf de l'Église» Le roi, furieux de cette restrietioo et de la rétistanee des évéques, tint le S8 janvier 1164 une nouvelle assemblée où furent promulguées en 16 articles ce que Ton nomma les constitutions de Clarendon. Beoket sY rétracta, se repentit de ce qu'il appelait sa eûUeaee, et refusa d*apposer son sceau au bas des constitutions. La guerre était alors vive et acharnée. A rassemblée de Northampton, tenue Il 11 octobre suivant, le primat fut condamné comme coupable de désobéissance, et ses biens tarent mis à la merci du roi* qui accepta en {change 500 livres (7,000 livres sterl. valeur ac** toeUe). Il réclama en outre 44,000 marcs d'argent pour les revenus quHl avait, disait-il, perçus pendant qu*U était cbancelier et dont il devait rendre compte. Toutes ces persécutions, Becket les supporta avec une inébranlable fermeté et ne résigna point son siège. Toutefois comme sa vie ■'était point en sûreté, il s'échappa, le 16 octobre, déguisé en moine, et aborda à Gravelines en Flandre, d'où il se rendit, par Saint-Omer, à Soissons, où était le roi Louis YII, et ensuite à BtMj où il fut reçu solennellement par Alexandre UI, qui Y tenait alors sa cour. Pendant deux ans il vécut à Pontigny, monastère de l'ordre de Clteanx dont il prit l'habit, et lorsque Henri l'en it chasser, il se réfogia au couvent de Sainte- Colombe, près de Sens. Pendant qu'il continuait to^)ourt sa lutte contre Henri, celui-ci confisqaait ses biens, proscrivait ses parents, ses amis, et eo appelait au pape. Becket, que ce pontifo avait nommé son l^t en Angleterre, excommunia alors à Yéxelay tous ceux qui détenaient les biens du siège de Cantorbery, condamna les eoostitutions de Clarendon, et surtout 6 de ses artidet, et délia les èvèques de leur serment. Alors Henri envoya Jean d'Oxford à Bome, où âait retourné Alexandre III, après la mort de Ftatipape Yictor. Cette ambassade n'eut d'autre effet que la suspension des pouvoirs accordés à Becket comme légat, et la nomination de deux nouveaux légats. On tint une nouvelle assemblée dans une plaine entre Fretval et la Ferté-Bernard : la réconciliation s'opéra par les soins des •onces Cratien et Yivien. Henri promit de restituer les biens de l'église de Cantorbery, et le primat se disposa à retourner en Angleterre. Il dâiarqua à Sandwich, et, le Jour de Noël, renouvela ses excommunications contre ceux qui détenaient les biens de son siège et contre l'arcàevèque dTork» qui avait couronné le Bis du rol^ privilège qui de tout temps avait appartenu

au primat d'Angleterre. Quelques jours auparavant, Henri, qui était alors en Normandie, avait reçu une ambassade de prélats qui était venue se plaindre de l'archevêque, et il s'était écrié : « Be tous ceux que j'ai comblés de biens il ne s'en trouvera donc pas un seul qui me délivre de ce prêtre turbulent I » Aussitôt quatre gentilshommes se rendirent en Angleterre et assassinèrent le prinuit au pied de l'autel, le 39 décembre 1 170. Trois ans après il fut proclamé martyr et canonisé par ce même Alexandre III qui Pavait tant de fois trompé. L'année suivante, Henri vint faire pénitence à son tombeau; depuis cette époque ce fut un lieu de pèlerinage très-fréquenté. Le 7 juillet 1S30, les restes de Becket furent exhumés et transportés dans une châsse précieuse. Les trésors qu'avait amassés la piété des fidèles tentèrent l'avidité de Henri YIII, qui, en 1538, le fit condamner comme coupable du crime de lèse-majesté, fit brûler ses os et porter dans son trésor 96 chariots pleins d'or et d'argent. Yers 1184 le moine Alain de Broche fit une collection des lettres de Becket, et en 1683, Christ. Lupe, de l'ordre de Saint-Aùguslin, publia (Bruxelles, 3 vol. in-4o), sous le nom de : Quadrilogus ou Hist. quadrfp, vita S. Thomœ Csfif., ses letti^, celles d'Alexandre III, de Henri II, de Louis YII, et ses difiPérentes biographies* La NoDRàis.

BÉCLARB (PilRES-AvQirsTm ), né à Angers en 1780, est encore un de ces hommes qui, sorti des rangs obscurs de la société, est parvenu par l'exercice soutenu de son intelligence à se faire un nom dans la science. Chirurgien aussi habile qu'anatomiste profond, Béclard ne tarda point à faire briller son talent comme opérateur. Jeune encore il fut appelé d'abord aux fonctions de chirurgien en chef de l'hdpital de la Pitié, à Paris, où il était arrivé en 1808, et à la chaire d'anatomie à la faculté de médecine de Paris (1816); c'est là sans contredit que Béclard se distingua le plus ; profondément instruit, exposant les matières avec une précision et une netteté admirables, il obligeait les intelligences les plus rebelles à se pénétrer de la belle science qu'il professait. Malheureusement une mort prématurée vint détruire toutes les espérances qu'on avait pu fonder sur un début aussi brillant. Béclard mourut le 16 mars 1835; il n'a laissé que peu d'ouvrages : les Éléments d'anatomie gé» nérale qui ne devaient être que l'introduction d'un traité complet d'anatomie, une traduction médiocre de Lawrence, sur les hernies, et plusieurs mémoires et articles de dictionnaires. Simon.

BEC

BÈD

BECQUEREL (ANTOiNi-CtSAE), naquit en 1788 à ChAtillon-sur-Loing, département du Loiret. A sa sortie de Técole polytechnique. Becquerel entra dans le corps du génie militaire et fit les campagnes d*Espagne de 1810, 1811 et 1812. Il y prit part à un grand nombre de sièges, mais il se distingua particulièrement à celui de Tarragone. De retour en France, aTec le grade de capitaine et la croix de la Légion d*honneur. Becquerel fut nommé sous-inspecteur des études à récole polytechnique ; mais au moment où la France fut envahie par les armées étrangères, il fut envoyé aux avant^postes pour préparer des moyens de défense. Becquerel ne quitta de nouveau le service qu*après la reddition de Paris. Il était alors chef de bataillon.

Depuis 1815, la carrière de Becquerel a été toute scientifique et elle est bien digne d*étre signalée à Tattention de nos lecteurs, car ce savant distingué a ouvert une nouvelle voie dans rétude des sciences. Les travaux de Becquerel sont du genre synthétique, comme ceux de Lavoisier, et s*il a fait quelques analyses à Taide de courants électriques faibles, il a plus souvent cherché à imiter la nature, et il y a quelquefois réussi. Ainsi, à Taide du même agent, toujours employé dans les limites de sa plus faible action, il est parvenu à faire prendre à plusieurs corps les formes cristallines que la nature leur donne le plus habituellement. Il a fait plus encore, puisqu'on soumettant àraction faible, mais longtemps prolongée, d'un courant électrique les éléments reconnus par l'analyse comme constituants de certains corps, il est parvenu, pour ainsi dire, à les créer; de sorte que Becquerel entré dans la voie scientifique ouverte par OErstedt, si agrandie par les travaux d'Ampère, a su cependant tellement l'agrandir encore qu'il serait impossible maintenant de lui donner des limites. Il n'avait d'abord fait qu'ajouter des faits analogues à des faits déjà connus; mais en voyant des courants électriques se produire dans tant de circonstances si variées, si différentes, et se rappelant qu'étudiant la minéralogie il avait observé combien la nature était bizarre dans la manière dont elle rassemble les divers produits qu'on extrait du sein de la terre, il a voulu voir si ces mêmes courants n'étaient pas l'agent dont elle se servait pour décomposer et reconstituer les corps. Des travaux si variés et si curieux ont reçu leur récompense en 1839 : c'est cette année que Becquerel a été nommé membre de l'Académie des sciences. Becquerel a publié, outre un grand nombre de Mémoires qui sont tous insérés dans les Annales de phy-

sique et de chimie, et un Traité général d'é^ lectricité et de magnétisme, A. Leoraivb. BËDE, dit le P^énérable, naquit en 673, près de Wermouth, dans le diocèse de Durham en Angleterre. Élevé dans le monastère de Saint-Paul à Jarrow, sous la direction des abbés saint Benoit et saint Géolfride, il se distingua de bonne heure par sa piété et son application à l'étude. Il fut ordonné diacre à l'âge de 19 ans, et prêtre à 50, par Jean, évêque d'Haguldstad. Quoique le pape Sergius désirât l'avoir auprès de lui à Rome, il est certain qu'il ne quitta pas l'Angleterre, s'y appliqua avec zèle à l'étude, et s'y rendit familier avec toutes les sciences, qu'il communiqua ensuite à ses religieux. Aucun événement remarquable n'a signalé la vie de Bède. Il mourut recommandable par son savoir et sa modestie, le 36 mai, jour de l'Ascension, de l'année 735. Il rendit le dernier soupir après avoir dicté à un jeune moine quelques passages qu'il voulait extraire des ouvrages de saint Isidore. Gomme il sentait sa fin approcher, il le pressait d'écrire le plus vite qu'il pourrait, et n'expira qu'après que ce travail fut terminé. Les raisons auxquelles on attribue le nom de Ténérable qui lui fut donné sont tellement ft'ivoles ou d'une superstiUon si ridicule qu'elles ne méritent point d'être rappelées. On trouve dans la Bibliothèque de Dupin la liste de ses nombreux écrits, dont le plus important est son Histoire ecclésiastique, ouvrage qui, malgré le mélange des superstitions du temps, n'en est pas moins étonnant pour son siècle, et a exigé d'immenses recherches. Il a été imprimé plusieurs fois sous ce titre : Ecctésiastica hisioria gentis Anglo^ rum^ libri quingue, Bedâ anglo-sasone auctore. La dernière édition est de Cambridge, 1733, in-f». L'Église a recueilli dans ses offices divers passages des écrits moraux et religieux de ce vénérable prêtre, et les lit parmi les leçons tirées des Pères. « Le style de Bède est clair et facile, mais il n'est ni pur, ni élégant, ni élevé, ni poli. Il écrivait avec une merveilleuse facilité, mais sans art et sans réflexion. II avait beaucoup plus de lecture et d'érudition que de discernement et de critique. Il recueillait indifféremment tout ce qu'il trouvait, sans ftiire paraître beaucoup de goût et de choix. Ses commentaires sur l'Écriture sainte ne sont que des extraits des commentaires des ouvrages des Pères, qull a recueillis et liés ensemble... Son histoire est assez exacte pour ce qui s'est passé de son temps, ou peu de temps avant lui; pour le reste, il ne faut pas trop s'y fier, parce qull se sert souvent de foux mémoires. Ce qu'il a fait sur les

Page 1