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Sublime Porte en 1809, apporta dans celte haute charge un caractère et des lumières qui ne pouvaient sympathiser avec les goûts et les mœurs d*un peuple encore imbu des préjugés les plus absurdes. Ses premiers regards se portèrent sur la nécessité d*introduire dans Tarmée turque Torganisatiou et la discipline européenne {Nisuimi Gedid), D'habiles officiers français et allemands furent choisis pour enseigner les manœuvres à de jeunes soldats; on ouvrit une école d'artillerie, et les mathématiques devinrent, pour la première fois, Télude et Tapplication des sectateurs du Coran. Ces innovations furent accueillies par des murmures ; 11 se déclara une forte opposition, et on rejeta surtout Tusage de la baïonnette. Mais Beiraklar, doué d'une volonté ferme et persévérante, convaincu d'ailleurs du bien qui devait résulter de son nouveau système pour une nation si en arrière de la civilisation des autres peuples de l'Europe, fit punir les mécontents. Ces punitions finirent par exaspérer les esprits , et les janissaires , s'indignant déjà d'obéir à des infidèles, levèrent l'étendard de la révolte et jurèrent la perte du grand vizir. Secondés par une populace en furie, ils vinrent sur-le-champ attaquer le sérail. Les nouvelles troupes, qu^avait formées le vizir, opposèrent une grande résistance ; mais une flotte, qui se trouvait dans le canal, s'étant déclarée pour les révoltés et ayant dirigé son feu contre le sérail, il fallut céder au nombre. Mustapha, conservant alors tout sou sang-froid et son courage, et ne voulant pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis, se fit sauter avec la partie du palais qu'il habitait. F. Râtmond.
BEIRAM. Les mahométans appellent ainsi les deux seules fêtes dont la célébration est rangée par l'islamisme au nombre des devoirs religieux. La première , ou le grand beiram, se célèbre le 10» jour du dernier mois de leur année. C'est, d'après quelques auteurs, en commémoration du pèlerinage de la Mecque que tout musulman doit faire dans ce mois, au moins une fois dans sa vie. La deuxième, ou le petit beiram, tombe le 1«' de la lune de Chaval; elle dure 3 jours, commence aussitôt que certaines personnes désignées à cet effet ont annoncé l'apparition de la nouvelle lune, et se célèbre dans tous les pays mahométans, et surtout à Constantinople, avec une extrême magnificence.^Les principaux officiers de l'empire y reçoivent des présents de leurs subordonnés; les Européens même en font aux fonctionnaires d'un ordre inférieur , et le Grand Seigneur distribue, à l'occasion de cette solennité, des largesses et des faveurs. Comme
elle met fin aux jeûnes pénibles du ramadan, elle est pour le peuple Pobjet de grandes démonstrations de joie , et passe même dans l'opinion vulgaire pour le grand beiram. — Cette fête est essentiellement mobile et tombe successivement à chaque saison et à chaque mois de l'année. Cette singularité s'explique facilement par l'inspection du calendrier des musulmans, qui comptent par années lunaires. Ces deux beirams se suivent à peu près comme Pâques et la Pentecôte chez les chrétiens. La Nourats.
BEL. f^or> Baal.
BÊLA I-Y, rois de Hongrie de la dynastie des Arpades, dont le premier et le quatrième sont les plus importants. Bêla Y, le dernier de ce nom et petit-fils de Bêla IV, par sa mère, s'appelait, comme duc de Bavière, Othon, et ne réffutt qu'un an (1S05) sur la Hongrie.
BtLA I, fils de Ladislaf, avait, ainsi que son frère André, des droits à la succession de saint Etienne, roi de Hongrie; mais, à l'instigation de sa femme, celui-ci leur préféra son neveu Pierre, fils d'un ancien doge de Venise. Les fils de Ladislaf furent même obligés de s'enfuir hors du pays, et c'est ainsi que Bêla arriva à la cour de Casimir, dont il épousa la sœur. Le -roi de Pologne récompensa sa bravoure en le nommant duc de Poméranie. Cependant son frère régnait à Albe-Royale, sous le nom d'André !«' ; celui-ci rappela Bêla, lui offrant le titre de duc, un tiers du royaume, et sans doute la survivance au trône de Hongrie. Malgré les services que Bêla rendit à son frère, André ne tint pas parole, fit couronner le. jeune prince Salomouv et chercha même à faire périr le compétiteur de son fils. Bêla s'enfuit en Pologne, en 1059, y trouva du secours, et, favorisé des Madjars, ir s'empara du trône de Hongrie. Son règne fut eourt ; il rétablit la paix à l'intérieur, fortifia l'autorité royale, affermit le christianisme, et allait combattre Salomon et les princes allemands qui le soutenaient, quand il mourut en 1063. f^çy. Ainiift I.
BiLA IV, fils d'André II, régna de 1355 à 1S70. Déjà enfant il avait été couronné, et lorsque son père partit pour la Palestine il reçut ce titre de res junior, qu'on a fait revivre de nos jours. Bêla IV posa des bornes aux vues du clergé et opposa de la fermeté aux prétentions de la noblesse. Il lui enleva le droit de s'asseoir en sa présence et de s'adresser d lui directement pour les affaires les moins importantes. En accueillant dans son pays les Komans ou Poloftses qui fuyaient devant Tcbinghiz-Khan, il s'attira la vengeance des Mongols. Battu à la bataille de Salo, il s'enfuit en Autriche; la Hongrie fut li-
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vrée au ter et aux flammes, et ce fut en vain que Bêla offrit à Tempereur Frédéric II de se reconnaître son vassal, après lui avoir obstinément refusé le payement du tribut. Mais après la retraite des Mongols, Bêla IV s*appliqua à guérir les blessures de son peuple et rétablit la paix et la sécurité. Cependant, sans autorité dans sa famille, il vit son fils prendre les armes contre lui, et mourut en 1270, avant que celte guerre fût terminée. Schritzler.
BÉLEMNITE, belemnithes, helmintholithus, ou pierre de lynx, corps fossile ou pétrification d*une f6rme allongée, conique et pointue, ayant la longueur et la grosseur du doigt. On a attribué aux bélemnites toutes sortes d'origines ; les auteurs modernes s*accordent à les regarder comme des coquilles multiloculaires de Tespèce, maintenant perdue, du nauiilus belemniia, T.
BÉLÉNUS, un des nombreux surnoms que les Gaulois donnaient à Apollon, dont le culte fut en si grand honneur parmi eux. On voit dans Hérodien et dans Thistoire Auguste que les Romains regardaient cette divinité gauloise comme représentant complètement leur Apollon ; mais rétude de cette partie de nos antiquités prouve que les Gaulois avaient scindé les différents attributs de ce dieu, en représentant chaque attribut par un surnom différent quMls joignaient au nom d*Apollon, et dont probablement chacun avait indiqué seul la divinité gauloise correspondante à cet attribut. X.
BELETTE, f^ox- Maite.
BELGES, peuples qui habitaient les pays compris entre TOcéan , le Rhin , la Seine , la Marne et les bouches de la Meuse. César les vante comme les plus belliqueux de la Gaule (horum omnium fortUsimi Betgœ)\ ailleurs il nous apprend que la plupart des Belges étaient d'origine germaine {plerosque Belgas esse ortos ab Germanis); mais il ajoute qu'ils avaient passé le Rhin fort anciennement (antiqmius),IH, Amédée Thierry, se fendant sur la dénomination de Germains Cis-Rhénans donnée aux Condrusi, aux Psemani^aux Cœrdesi, aux Segni, en conclut que la masse des peuples belges était étrangère à la race teutonique : c'est une erreur; mais c'est aller trop loin d'un autre côté que d'assi-v miter entièrement aux Germains les Nerviens et leurs clients les Centrones, les Grudii, les Levaci et les Pleumosii. C'est faute d'avoir su distinguer les époques de migrations successives qu'on est tombé dans ces* erreurs, et nous reprocherons encore à M. Amédée Thierry d'avoir dit que, du temps de César, ces migrations de peuples germaniques avaient déjà commencé,
comme si César lui-même ne rappelait pas qu^il s'en était fait antiguiius, de temps immémo^ rial.
11 resta toujours sur le sol belge un grand nombre d'habitants primitifs. Les peuples du Belgium ou partie de la Belgique, et notamment les Beliovaques, les Atrebates, les Ambiani, n'avaient aucun caractère germain, et personne ne s'est imaginé de dire d'eux ce que Straboju applique aux Nerviens, xal rovroVtpfiAvuw 2dyo$, qui sont aussi un peuple germanique. La raison en est palpable : ils étaient de la souche des Celtes, et si le nom de Belge leur a été donné, c'est que le tiers de la Gaule auquel ils appartenaient .était en partie occupé par les advenœ {inouol) qui, formant la majorité, ont fait prévaloir une dénomination qui n'est qu'une prononciation germaine appliquée à un mot gaulois. H^elche sert encore de nos jours à désigner les habitants qui parlent le français et l'Italien dans les pays limitrophes de l'Allemagne, et ce nom fut donné aussi aux peuplades germaines qui avaient pris le caractère et la langue des Gaulois, quoique Germains d'origine , tels que les Trevlri , les Nerviens.
Il est Cécile de prouver l'erreur des écrivains qui, comme M. Mone et M. Amédée Thierry, n'admettent guère qu'un siècle de date pour ces migrations à l'époque où César vint dans la Gaule. Tite-Live connaît les mêmes distinctions que César pour le temps de Tarquin l'Ancien, et par conséquent il les fait remonter de six siècles plus haut. (Tarquinio Prisco Romœ regnante, Celtarum quœ pars Galliœ fortis est pênes Bituriges summa fuit). Les Celtes proprement dits, les Gain, étaient donc déjà réduits par l'invasion comme au temps de César, et cette donnée historique convient à merveille à l'atttiquitus des Commentaires; le fait était déjà accompli quand régnait Tarquin l'Ancien, et sans doute ce mouvement eut lieu longtemps avant la fondation de Rome.'
Nous distinguerons en trois époques les invasions des Germains, quoiqu'elles aient eu lieu d'une manière continue'et qu'elles aient affligé la Gaule avant de menacer l'empire romain. La première de ces époques est ceiie qui vient de nous occuper. Les anciens Germains devinrent entièrement Belges, si bien quêteur seul voisinage répandait la civilisation gauloise sur les Germains d'outre-Rhin. César parlant des Ubiens qui alors encore habitaient la rive droite dit : ipsi propter propinquitatem gallicis moribus sunt assùefacti : or ces Gaulois dont le voisinage change les moeurs des Ubiens sont des
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Trévirois, eux-mèmet anciens Germains. Leur nationalité a tellement changé qu*ila sont obligés de rappeler leur origine. Dans la seconde période de ces invasions nous comprendrons ceux qui, venus avant César, n*ont point encore perdu leur ancienne physionomie nationale; ce sont les Condruses, les Éburones, les Cérèses, etc. César dit que ces peuples sont les clients des Tré* virois qui les ont fait venir et leur ont assuré la possession d*un territoire, selon la lîoutume qu'ils avaient d*appe1er à leur secours les Germains d*outre-Rbin. Cependant la fusion s'opère à la longue ; au temps de Tacite il n*y a d^à plus de Germains incontestables que lesTrlboques, les Vangions et les Némétes. La querelle des Arvernes et des iUuens amena la troisième migration; c'est l'époque d'Ariovisle, c'est celle de César. De sept nations qui suivaient Arioviste on en retrouve trois sur la rive gauche du Rhin, les Vangions, les Triboques,ies Némètes. Les Triboques avaient même entamé la Séquanie que César compte dans la Celtique; il attribue aussi les Qelvetii d la Celtique, et cependant dans la suite la Séquanie et l'Helvétie sont comprises dans la Belgique, témoin Strabon, Pline, Ptolémée. Strabon étend la Belgique jusqu'aux Alpes.
Au surplus les Germains établis aniiquUus et ceux de la seconde invasion avaient les mêmes intérêts politiques que le reste de la Gaule. Dès qu'ils étaient établis ils faisaient partie de la grande fédération. Les Nervii fournissent , comme les autres Belges, leur contingent à Verci ngetorix. Les Treviri envoient leurs ambassa* deurs à César comme les lÊduens, quand il s'agit de se plaindre d'Arioviste et des Uarudes. Quand on se révolte contre les Romains, les Germains d'origine agissent comme les autres Gaulois, ce qui indique que cette liaison, cet intérêt commun remontent à une époque où Ton jouissait de la même liberté. Julius Florus chez les Tré* virois, et Julius Sacrovir chez les Édueos, s'insurgent en même temps, etc., etc.
Les Belges proprement dits viennent- ils des lies de la Scandinavie comme le veut Desroches en lisant Belcœ dans Pomponius Mêla? mais d'autres lisent Bercœ ou même Sagm^ de sorte que voilà une feuille de route bien mal commencée. Nous ne parlerons des folles traditions recueillies par Jacques de Guise et Jean le Maire que pour rappeler des choses curieuses, mais absurdes. Nous admettrons volontiers avec Malte- Brun que Belg signifie habitant du Nord, et on pourrait ajouter que les nouveaux venus prenaient tous ce nom, parce qu*iis entraient dans la confédération du Nord. De GolbAit.
BBLGIQUl (EOTÂinR m), ainsi nommé de Tancien Belgium, région septentrionala de l'ancienne Gaule, successivement soumise aux Francs, à la Bourgogne, à l'Espagne, à l'epipire d'Allemagne et à la maison d'Autriche, à la France, à la Hollande, et organisée comme État indépendant à la fin de l'année 1850. C'est, avec le royaume de Grèce, l'État le plua récent compris dans le système européen.
Géographie et statistique, La Belgique, après s'être séparée de la Hollande, en 1880, se composait de tout le territoire qui anciennement avait formé le duché de Brabant, le marquisat d^Anvers, la principauté de Liège, la seigneurie de Malines, les comtés de'Flandre, de Hainaut et de Namur, et les duchés de Limbourg et de Luxembourg. Mais la Hollande réclama, comme devant lui appartenir, tout le duché de Luxembourg et tout le duché de Limbourg. 11 s'ensuivit entre les deux pays un difiPérend qui nécessita l'intervention des cinq grandes puissances dont les plénipotentiaires, réunis à Londres, formu« lèrent un traité enfermant la solution de la double question du territoire et de la dette. Ce traité élaboré en 1381, mais qui ne reçut son exécution qu'en 1839, enleva à la Belgique près de la moi*' tié de la province de Limbourg, et plus du tiers de celle de Luxembourg, Le royaume perdit environ un septième de son territoire, et un douzième de sa population* Ainsi réduit, le pays qui, dans sa consistance antérieure à l'exécution des traités, s'étend entre les 49 degrés ^ minutes, et 51 degrés 81 minutes de latitude septentrionale, et les 0 degré 14 minutes et 4 degrés 13 minu* tes de longitude orientale du méridien de Paris, n'offre plus, depuis le démembrement des deux provinces, qu'une longitude de 0 degré 14 minutes, et de 8 degrés 43 minutes è l'est du méridien de Paris, La plus grande longueur de la Belgique, du point sud*est de la province de Luxembourg à l'extrémité orientale de la Flandre occidentale, estde55 lieues */> i et sa plus grande largeur, de l'extrémité septentrionalede la province d'An* vers à l'extrémité méridionale de celle de Namur, de 83 lieues. Circonscrite, au nord, par la Hollande, sur une longueur de 380,000 mètres, ou 76 lieues; à l'est, par la Prusse, sur 877,000 mètres, ou 75 lieues */sî >u 'u^^* parla France, sur 501,000 mètres, ou 118 lieues e| '/,; et à l'ouest, par la mer du Nord, sur Û,000 mètrea, ou 18 lieues et */„ elle offrait ainsi un développement de frontières, de terre et de mer, de 1,417,000 mètres, ou de 3S8 lieues et '/,. Lee traités ont réduit son périmètre à 981,900 mètres, ou 190 lieues et */s9 et ses frontières de
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terre à 968,100 mètres , ou 53 lieues et *U 9 ^^ cOté de la Hollande; à 102,800 mètres, ou âO lieues '/^ i du côté de la Prusse; et à 543,000 mètres, ou 108 lieues et '/,, du côté de la France. Le pays embrasse, d*après le cadastre, une surface de 1309 lieues carrées ; mais comme elle perd 88 lieues carrées dans le Limbourg, et 104 lieues carrées dans le Luxembourg, sa superficie est réduite à 1,177 lieues carrées. La population
totale du royaume répartie sur 9,516 communes dont 86 Tilles et 9,430 communes rurales, dépasse 4 millions d*âmes. La constitution politique a divisé le territoire de la Belgique en neuf provinces ; il n*appartient qu*au pouvoir législatif de changer cette division territoriale qui d*ailleurs est basée sur des traditions historiques. Ces provinces rangées selon leur étendue relative , se présentent dans Tordre que voici :
Luzembonrg.
Hainaut.
ffamur. , Brabant.
Flandre occidentale.
Flandre orientale. .
Liège
Aoyers. .
Limbourg.
Cbetllco. étendue m bêct. Population.
Arlon, 439,963 179,794
Mons, 379,905 674,003
Namur, 366,184 948,869
Bruxelles 398,393 644,819 (capitale),
Bruges, 393,448 658,604
Gand, 999,787 795,938
Liège, 989,319 491,055
Anvers, 983,31 1 383,800
Hasselt, 940,719 175,540
VillM priDcipalfs.
Bouillon, Bastogne, St.Hubert, Neu^Chàteau, Laroche, Chiny, Hou£FaIize, Marche, Yirton.
Tournai, Charleroi, Soigoies, Thuin, Âth.
Namur, Dinant, Philippeville.
Louvain, Tirlemont, Nivelles, Diest, Haï, Wavre, Aerscbot, Vilvorde.
Ostende, Nieuport, Diunude, Fumes, Courtrai, Tbielt, Roulers, Ypres.
Âlost, Âudenarde ^ S^.-Nicolas , Termonde, Lokeren, Grammont, Renaix.
Vervier», Huy, Stavelot, Hervé, Visé, Limbourg.
Malines, Turnhout, Lierre.
S^-Trond, Tongres, Maesyck.
Nous consacrons un article particulier à la Tille de Bruselles, siège du gouvernement {vox* BivxBUBs). Chacune des neuf provinces est administrée par un haut fonctionnaire ayant le titre de gouverneur. Elles se subdivisent en arrondissements administratifs et cantons de milice, en arrondissements judiciaires et cantons de justice de paix. A la tète de chaque arrondissement administratif est un fonctionnaire subordonné au gouverneur et qui porte le titre de commissaire d'arrondissement» Le chef ou premier magistrat d*une commune (ville, bourg ou village) a le titre de bourgmestre. Sous le rapport militaire, la Belgique est divisée en quatre divisions territoriales, La première comprend les deux Flandres et a pour chef- lieu Gand; la deuxième comprend les provinces d^Anvers et de Brabant, et a pour chef-lieu Anvers ; la troisième comprend les provinces de Liège, de Limbourg et de Luxembourg, et a pour chef-lieu Liège; la quatrième comprend les provinces de Hainaut et de Namur , et a pour ehef-lieu Mons. Chacune de ces divisions est commandée par un officier général. Chaque province a un gouverneur militaire, général ou colonel, sous le titre de commandant de province. Les y ïMes ont un commandant de place, — Sous le rapport ecclésiastique, et relativement au culte catholique romain , professé par la très-grande majorité des habitants, le royaume
forme six diocèses: Tarchevéché de Malines, dont la juridiction s*ètend sur les provinces d'Anvers et de Brabant; Tévéché de Bruges, composé de la Flandre occidentale; Tévêché de Gand,' qui comprend la Flandre orientale; Tèvêchè de Tournai , qui étend sa juridiction sur le Hainaut ; révéché de Liège, qui étend la sienne sur les provinces de Liège et de Namur ; et Tèvèchè de Namur, qui comprend les provinces de Namur et de Luxembourg. Ces diocèses ont ensemble 86 cures de l^* classe, 140 cures de 9« classe, 9,177 succcursales et 710 annexes ou chapelleniesT
Dans son aspect général , le pays est diversifié, fertile et riant. Il n'o£Fre point de montagnes proprement dites; mais les Ardennes y projettent leurs rameaux le long de la Meuse , et forment, à Test, un pays de collines et de montagnes boisées et métalliques, dont les plateaux n*ont pas 900 mètres d*èlèvation au-dessus de la mer. Dans le sud-est règne une chaîne de collines arrondies, qui se lie pareillement aux Ardennes et va d'Audenarde à Maestricht, en séparant la Sambre de TEscaut. Une autre ramification des Ardennes couvre la partie la plus méridionale du royaume, les plus hauts sommets dépassent rarement 650 mètres. Le reste du terrain, au nord-ouest, se termine par des plaines qui s*ètendeot jusqu'aux bords de la mer. Les côtes sont généralement basses et relevées en
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dunes; en plusieurs endroits , elles sont garanties par des digues contre Penvahissement de la mer. Le climat doit être rangé parmi les climats variables, avec une tendance néanmoins à se rapprocher des climats excessifs. En général, Tair est vif et sain dans le pays montagneux ; humide et brumeux dans la plaine : le Hainaut, le pays de Namur et le Luxembourg paraissent être les provinces les plus salubres du royaume; les deux Flandres sont dans une position opposée. En hiver, les vents de la mer amènent dans les provinces d*Ânvers et des Flandres une température froide et malsaine, et Tinfluence des polders y fait naître, chaque année, des fièvres intermittentes. — Deux fleuves arrosent la Belgique : TEscaut et là Meuse. Lescaut sortant de France, traverse le Hainaut, la Flandre orientale, sépare celle-ci de la province d*Anvers, et se divise en deux branches, après avoir baigné Tournai, Gand, Termonde, Anvers, les forts de Lillo et de Bath. Ses deux principaux afiBuents sont la Scârpe et la Lys. La Meuse sortant aussi du territoire français coupe les provinces de Kamur, Liège, Limbourg, baigne Namur, Liège, Maestricht,Kuremonde, et, formant un grand nombre de bras, va confondre ses eaux, par deux branches principales, avec la mer du Nord. La Sambre est le principal afl9uent de la Meuse qui reçoit encore rourthe réunie à TAmblève. D*aulres rivières sont la Dyle, la Senne, la Dendre; et de plus le pays est traversé par un assez grand nombre de canaux , parmi lesquels se distinguent ceux de Bruges, d'Anvers, de Louvain, de Haline^, de Bruxelles, de Charleroi* Le pays a aussi des eaux minérales. Celles de Spa , bourg de la province de Liège, sont renommées dans toute TEurope à cause de leur efficacité dans une foule de maladies. Ces eaux salutaires Jaillissent par sept sources di£Pérenles ayant chacune un nom qui les distingue. Chaud foulai nés, village de la même province, a des eaux thermales dont les propriétés médicales sont très -variées et qui ont une température constante de Sa» SO'. li y a encore des eaux minérales en divers autrej endroits du royaunle. I^e terrain de la Belgique, composé d*argile et de sable, que Ton combine en diCFérentes proportions , est d'une grande fertilité. Pourtant, si nous consultons le projet de loi sur les céréales, présenté le 97 nov. 1843 à la chambre des représentants, nous y voyons un déficit annuel de 16mill. 1/2 de kil. Le sol recèle de grandes richesses minérales dans les provinces de Hainaut , de Namur, de Liège et de Luxembourg. Néanmoins, les landes, les bruyères, les fanges, les fondrières, etc., sont assez nombreuses. Ces
terres Improductives occupent un neuvième de la superficie du royaume, et sont presque toutes contenues dans les provinces d'Anvers, de LIodh bourg et de Luxembourg» La partie septentrion nale des deux premières, connue sous le nom de Campine, offre les bruyères les plus étendues. -- Dans toutes les provinces, Tagnculture est portée à un haut degré de perfection, mais les deux Flandres ont sous ce rapport une réputation de supériorité qui est depuis longtemps européenne. Les produits de l'agriculture sont la richesse première du pays. Les terres cultivées forment un total de 1 ,943,479 hectares. Il y a dans chaque province une commission d'agriculture dont les membres sont nommés par le roi et qui a pour mission d'apporter à l'agronomie et à l'économie rurale toutes les améliorations dont elles sont susceptibles. Aussi, l'agriculture a-t-elle fait de si grands progrès qu'elle l'emporte même sur celle de l'Angleterre. Le bois de construction et le bois de chauffage sont fournis principalement par les forêts des provinces de Luxembourg, de Namur, de Hainaut, de Liège et de Brabant. Les bols et les forêts occupent une étendue équivalente à 550,696 hectares. On cultive la vigne avec plus ou moins de succès près de Renaix ( Flandre orientale ) , à Wesemael (Brabant), aux environs de Liège et de Huy (province de Liège), près de Namur et de Rochefort, et dans l'arrondissement de Yirton (Luxembourg). On trouve en Belgique tous les animaux domestiques, et la plupart des animaux utiles des autres contrées de l'Europe. Les chevaux du Brabant sont beaux et forts. C'est dans cette province que se trouve, au village deTervueren, près de Bruxelles, le haras de l'État, qui contient actuellement 70 éUlons des plus belles races anglaises destinés à l'amélioration de la race chevaline en Belgique. Les chevaux du Luxembourg, connus sous le nom de chevaus ardennais, sont très -estimés. On les recherche en France pour l'agriculture, le service des postes^ la cavalerie légère et l'artillerie à cheval. On peut évaluer à 350,000 le nombre des chevaux de tout âge existant dans le royaume. — Les bêtes à cornes sont presque partout de fort belle espèce* La Campine engraisse des hœuH et des veaux extrêmement remarquables. L'école vétérinaire de l'État a, pour l'amélioration de la race bovine en Belgique, des taureaux, des vaches et des génisses choisis parmi les plus belles races étrangères. Les moulons, dont il existe dans le pays des troupeaux considérables, se distinguent en moutons de race flandrine, dont la laine est recherchée pour la petite draperie, et en mou-
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tons de race ardennaise, dont la laine fine, soyeuse et bouclée, s'emploie à la conrection de tissus divers. Il s*en produit, année moyenne, 753,000. La pèche du hareng et de la morue est fort importante : elle occupe environ 200 bâtiments appartenant aux villes d*Anvers, d*Osteode, de Bruges, de Nieuport; aux bourgs de Blankenberghe, de Heyst, etc.
Les principales productions minérales de la Belgique sont : de la bouille ou charbon de terre, du m&rbre et des pierres de toute espèce; du fer, du plomb, du cuivre, de la calamine ou minerai de zinc, des ardoises, du soufre, de Talun, du manganèse, de la tourbe, de Targile plastique, etc. La houille se trouve si abondamment dans le Hainaut que cette province fournit à elle feule plus que toute la France. Elle n'est guère moins répandue dans la province de Liège. Les produits de Tindustrie en Belgique sont extrêmement nombreux; plusieurs ont une supériorité réelle et incontestable sur les produits de fétranger, et fort peu sont inférieurs à ces derniers. On connaît partout les belles toiles des Ilandres, les voitures de Bruxelles, les armes de Liège, la coutellerie de Namur, les draps de yerviers,les tapis et la porcelaine de Tournai, les dentelles de Bruxelles et de Halines. Celte dernière branche d'industrie est cependant beaucoup déchue de ce qu'elle était autrefois. L'industrie cotonnière qui s'exerce principalement dans les Flandres et la province d'Anvers, représente un capital de 60 millions de francs, tant en machines qu'en bâtiments, et occupe plus de 120,000 travailleurs. Il faut ajouter à cette énnmération principale les produits des verreries, des fonderies et des forges; des brasseries et des distilleries, des tanneries, des raffineries, des papeteries, de la bonneterie, de la chapellerie, de la librairie, de la lithographie, de la typographie, etc., tous d'une haute importance et d'un grand rapport. Le commerce étend ses relations chez la plupart des nations et embrasseune foule de productions du pays et de l'étranger. Il représente une valeur moyenne annuelle d*environ 360 millions de francs, dont 310 millions d'importations et 150 millions d'exportations. Des chambres de commerce sont instituées au nombre de seize, afin d'éclairer les autorités sur tout ce qui intéresse le commerce et l'industrie. Voici les villes qui les possèdent : Alost, Anvers, Bruges, Bruxelles, Charleroi, Courtrai, Gand, Liège, Louvain, Hons, Namur, Ostende, Saint^Xicolas, Tournai, Yerviers, Tpres. Il existe six bourses de commerce, savoir : à Anvers, à Bruxelles, à Bniges,à Ostende,à Gand et à Hons.
La marine marchande se compose d*envJron 170 navires. Les villes qui ont un port de mer, sont Anvers, Ostende, Nieuport. Le port de Bruges peut être aussi considéré comme tel, parce que les gros navires y arrivent de la mer du Nord par le canal maritime d'Ostende. Le port d'Anvers est un des plus beaux et des plus commodes de l'Europe.
L'instruction publique, entièrement libre en Belgique, n'est soumise à aucune mesure préventive; chacun a la faculté d'y fonder des établissements propres à propager les connaissances. Il y existe pour l'enseignement supérieur deux universités dé l'État, une université fondée par association, sous le titre d^universiié libre, et une universiié catholique, fondée par le clergé. Des deux premières l'une est à Gand, l'autre à Liège, la troisième est à Bruxelles, et la quatrième à Louvain. Près de l'université de Gand est une école du génie civil, qui embrasse les ponts et chaussées, les arts mécaniques, les manufactures et l'architecture civile ; près de celle de Liège est une école d'arts et métiers et des mines, qui embrasse tout le système d'instructton nécessaire à la formation d'ingénieurs et de conducteurs des mines. Il y a à Bruxelles une école militaire et une école de médecine vétérinaire et d'agriculture; à Liège, une école d'artillerie; à Ahvers et à Ostende, des écoles de navigatipn. Dans chacun des six diocèses du royaume est un séminaire pour les études Ihéologiques. Il y a en outre des petits séminaires pour les études humanitaires des jeunes gens qui se destinent au sacerdoce. Les principales villes possèdent, pour l'enseignement moyen, un athénée ou un collège. Le latin, le grec, les langues vivantes, l'histoire, la géographie, les sciences physiques et mathématiques y sont l'objet des éludes. Plusieurs possèdent en outre des écoles industrielles et commerciales où l'on s'occupe particulièrement des mathématiques, des sciences physiques et chimiques, de la géographie, de la tenue des livres, et généralement de toutes les connaissances propres à former de bons négociants et des industriels instruits. D'après la loi de 1842 sur l'instruction primaire, une école est établie dans chaque commune. Les villes ont une école primaire su» périeure. Il y a, pour former des instituteurs, deux écoles normales, l'une à Lierre, l'autre à Nivelles; mais on a établi, dans le même but, des cours normaux auprès de chaque école primaire supérieure. Plusieurs villes ont institué des écoles gardiennes, salles d'asile où les enfants d'artisans en bas âge sont instruits et sur-
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veillés, pendant que leurs parente se livrent au travail.
Le gouvernement est en Belgique monarcAtgue et repréêeniatif, ou monarchique con* stiiuiîonnel. Les représentants de la nation, nommés par elle, forment deux chambres ou assemblées, dont Tune est appelée chambre des représentants, et Tautre sénat. Il y a 95 repré* sentants et 47 sénateurs. Le pouvoir législatif appartient aux deux chambres et au roi. Une loi fondamentale, décrétée en 1831 par le congrès belge, sous le titre de conUiiution, sert de base à toutes les lois particulières émanant de ce pouvoir, et règle les droits généraux des gouvernants et des gouvernés. Le pouvoir judiciaire est exercé par les cours et les tribunaux; le pouvoir exécutif appartient au roi. — Le roi des Belges est LtopoLO I«r, George -Chrétien -Frédéric, prince de SaxerCobourg-Gotba, né le 16 décembre 1790. Il monta sur le trône le 31 juillet 1851, et épousa, le 9 août 1833, Louise-Harie-Thérèse- Charlotte-Isabelle d*Orléans, fille de Louis-Philippe I«r, roi des Français, née le 3 avril 1813. De ce mariage sont issus deux princes et une princesse.— La liste civile du roi est de 1 ,300,000 florins (3,751,333 fr. 75 c). Le roi choisit et révoque ses ministres. Tout acte royal doit être contre-signe par Tun d'eux en signe de responsabilité, la personne du roi étant inviolable. Il y a six ministres : un ministre de Tintérieur, un ministre des affaires étrangères, un ministre de la justice, un ministre de la guerre, un ministre des finances et un ministre des travaux publics.
L*armée, dont le contingent est, chaque année, déterminé par une loi, se compose de troupes de toutes armes. Sa force numérique, sur le pied de guerre, a été fixée pendant quelques années à 110,000 hommes, mais elle a été réduite, sur le pied de paix, h un maximum de 80,000 hommes. — La garde civique, à laquelle appartiennent tous les citoyens du royaumeâgés de 3) à 50 ans, est une institution militaire créée pour le maintien de Tordre intérieur, et propre à seconder Tarmée en temps de guerre. La force numérique de cette garde, organisée par cantons de justice paix^ dépasse 500,000 hommes. — La marine militaire, créée depuis la révolution de 18^0, se compose de deux briganlins, de quatre canonnières -goélettes, de huit canonnières-chaloupes, portant ensemble 84 pièces de canon, et d*une goélette armée de 10 pièces. — Il y a quinze places fortes dans le royaume : Anvers, Diest, Ostende, Nieuport, Ypres, Henin, Audenaerde, Termonde, Hons, Cbarlerol, TouN oal, Ath, Mamur, Phllippeville, Marienbourg^
et six villes possédant des citadenes : Gand, Dinant, Huy, Bouillon, Lierre, Hasselt. — Les armes du royaume sont le lion belge avec la légende : l'union fait la force. Les couleurs adoptées par la nation sont le rouge, le jaune et le noir. Le pavillon belge se compose de oies trois couleurs placées verticalement. Un ordre civil et militaire sous le nom d'ordre Liopold, 9l été institué le 11 juillet 1833 pour récompenser tous les services rendus à la patrie. Le roi en est le grand maître. Les membres de cet ordre forment cinq classes : les grands cordons, les grands officiers, les commandeurs, les officiers et les chevaliers. Une décoration sans distinction de classe et qui a reçu le nom de crois de fer, a été créé en 1834, pour être décernée aux citoyens qui se sont distingués par des actions d'éclat ou ont rendu des services signalés au pays, lors de la révolution, depuis le 35 août 1830, jusqu'au 4 février 1831.
Le revenu ordinaire de l'État peut être évalué à 100,000,000 de francs. La dette publique dépasse 35,400,000 francs. Il existe une cour des comptes pour les vérifications des dépenses h charge du trésor. Ces dépenses ne peuvent se faire qu'après avoir été approuvées par elle. Le système légal des monnaies adopté en Belgique, par la loi du 5 juin 1833, est décimal, et le même que celui de France. L'unité monétaire est le franc. Les pièces d'argent sont de 1, de 3 et de 5 francs; de 50 et de 35 centimes. Les pièces de cuivre sont de 1, de 3, de 5 et de 10 centimes. U n'a pas été, jusqu'à présent, frappé de pièces d'or. Il n'y a qu'un seul hôtel des monnaies, qui est placé à Bruxelles. On estime à 300 millions de fk'ancs le capital monétaire existant en Belgique. Les poids et les mesures sont aussi les mêmes qu'en France ; ils ont pour unité, comme on sait, le kilogramme, \e mètre, le litre.
Le caractère des Belges est bon et franc; leurs mœurs sont simples. Ils ont beaucoup de droiture dans leurs relations. On peut compter sur l'attachement qu'on leur inspire , mais ils n'accordent pas légèrement leur amitié. Ils sont, comme leurs ancêtres, très-braves k la guerre, généreux et hospitaliers. Les sentiments de la justice leur sont naturels; aussi détestent-ils toute espèce d'arbitraire , et quoique extrêmement patients ils ne peuvent endurer longtemps qu'on transgresse les lois qui les doivent protéger. Ils aiment et cultivent avec succès les arts, les sciences et les lettres. Ils ont excellé de tout temps dans la peinture et citent avec 4>rgueil les noms immortels de Rubens , de Tan Dyck, de Teniers , etc. Les fastes de la musique
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prétenient un grand nombre d*lioniniei célèbres, parmi lesquels il suffit de nommer lUUustre Grétry.
La langue française est en usage dans toute rétendue du royaume. Cependant le flamand domine dans les Flandres, dans la province d* Anvers, dans le Umbourg et dans une partie du Brabant. L*idioroe populaire du Hainaut, de la province de Liège , de la province de Hamur, d^une partie du Luxembourg et d*une autre partie du Brabant, est le wallon. Bans quelques cantons du Luxembourg on parle Tallemand.— U y a entière liberté de culte en Belgique, mais la presque universalité des Belges professe la religion catbolique romaine. Les protestants, les Israélites et les habitants appartenant à des cultes non déclarés ne forment guère que 1/SKK) de la population,
La Justice est rendue par des cours et des tribunaux. U y a pour le royaume : une cour de ca$9atiàn ou tribunal suprême , dont le siège est à Bruxelles; trois coutb d'appel, dont le siège est à Bruxelles, à Gand et à Liège ; vingt-six tribunaux de première itutance, placés aux chefslieux d*arrondissements judiciaires ; treize iribunaus de comfnerce, placés à Anvers, à Bruxelles, à Louvain, à Bruges, à Gourtrai, k Osteode, à Gand, à Saint-Nicolas, à Hons, à Tourqai, à Liège, à Verviers, à Namur ; et deux cent âiX'K^iJuêiicee de pais, une par canton judiciaire. Les affaires criminelles, les délits politiques et ceux qui se commettent par la voie de la presse, se jugent en cour d'aesises avec le concours du ;t(r/*. Douze Jurés choisis parmi les citoyens iuscrils sur la liste du jury, et que Ton tire au sort pour chaque affaire, décident si l*accusé est coupable ou innocent; et, selon leur déclaration, la cour lui applique la peine que la loi prononce ou le renvoie absous. La justice militaire se rend par des coneeiU de guerre (un par province) et une haute cour, dont le siège est à Bruxelles, et qui juge en dernier ressoK. U y a des conseils de discipline pour la garde civique. L*administraUon et le régime des prisons en Belgique peuvent servir de modèles à beaucoup d*autres États. Tous les moyens que prescrivent les lois de Thumaultè, joints à Texpérience des temps, sont mis en usage pour adoucir et améliorer le sort des détenus. Ou les occupe à divers métiers et à des travaux utiles; on forme leur moral par rinstruction et la religion, et on les prépare ainsi à rentrer un jour dans la société avec les sentiments de Tbonnète homme. Be tels soias sont faits pour agir efficacement sur le ccsur de ceux qui ne sont pas entièrement
pervertis, et les résultats en sont très-souvent heureux. Il y a en Belgique six grandes prisons ou prisons centrales pour peines; neuf prisons nommées maisons de sûreté (une dans chaque province) ; dix-sept maisons d'arrêt (une dans chaque chef-lieu d'arrondissement Judiciaire) ; et plus de cent maisons de dépôt ou de passage. Cinq dépôts de mendicité servent à la réclusion des mendiants. Il y a, de plus, pour Textirpation de la mendicité et du vagabondage, deux colonies agricoles situées dans la province d*Anvers , près de Turnbout. On emploie les colons au défrichement et à la culture des terres de bruyères, dont plusieurs centaines d*hectares ont été ainsi transformés en terres propres à la végétation.
La Belgique a environ 1,100 lieues de routes pavées ou empierrées, qui se divisent en routes de TÉtat de première et de deuxième classe, en routes provinciales et en routes concédées. Les chemins de fer construits jusqu'à ce jour et livrés à la circulation ont ensemble un dévelopment de plus de 100 lieues. Ils ont pour point central Blalines et aboutissent à Anvers, vers le nord, à Ostende, vers Touest, à Mons et à Quiévrain (frontière de France), vers le sud, et à Liège, vers Pest.
Histoire, Un article spécial a ètéxonsacré aux Belges dont les diverses tribus peuplaient, au temps de César, la région qui nous occupe. Ces tribus que leurs plaines bourbeuses et d'immenses forêts vierges semblaient devoir protéger contre tout envahissement, opposèrent au conquérant des Gaules plus de 500,000 combattants. La lutte, qui dura six années, fut vive, opiniâtre, désespérée. De la part des Nerviens, surtout, il y eut une héroïque résistance. Résolus de défendre jusqu'à la mort leur pays et leur liberté, ils ne cessèrent, durant toute la marche, de harceler les légions romaines; puis, enfin, au moment où ils voyaient que celles-ci allaient passer la Sambre, espérant encore, par un impétueux et dernier e£Fbrt, les en empêcher, ils livrèrent à César cette fameuse bataille dont le succès, grâce à leur formidable infanterie, demeura longtemps douteux, mais qui eut toutefois pour résultat définitif leur complet anéantissement. Un siècle avant notre ère, les Belges ayant r^eté au delà du Rhin les Cimbres et les Teutons qui avaient envahi les Gaules, osèrent traverser la Germanie, en se grossissant des peuplades qu'ils rencontraient, et aller défier Harius jusqu'aux confins de Tltalie. Celui-ci se rua sur eux et les extermina. Le peu d'hommes assez heureux pour échapper à son glaive, repassèrent
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60 toute hâte le Rbin, et vinrent se mêler aux Aduatiquet non encore subjugués, mais qui bientôt écrasés à leur tour, virent réduire à l*esclavage 53,000 des leurs. Ainsi fut établie en Belgique la domination de Rome, Tan 57 avant Jésus-Christ. Toutes ces peuplades, réunies à une partie de la Gaule, furent nommées Belgœ, Elles étaient si considérables qu*elles remplissaient tout l'espace cpmpris entre TOcéan, le Rhin, la Marne et la Seine ; mais après on donna indifféremment le nom de Belgium à la Picardie ou à la Flandre.
Auguste continua Pœuvre commencée par César. Il divisa le pays en quatre provinces, imposa aux habitants les lois romaines, et leur donna pour maîtres des préfets envoyés de la métropole. Les premiers qui commandèrent en Belgique furent Drusus, Germanicus, Caligula. C*est sous leur gouvernement que la Belgique se couvrit de ces belles voies romaines, dont les débris commandent encore aujourd'hui notre admiration. Des villes furent fondées ou embellies, comme Soissons, Sentis et Saint-Quentin; un canal fut creusé pour joindre la Meuse au Rhin, et les Belges, bien qu'asservis, purent se policer par le contact de leurs vainqueurs bien plus avancés qu'eux en civilisation ; ils-embrassèrent aussi avec «empressement le christianisme auquel la plupart d'entre eux étaient convertis lors de l'invasion des Allemands, des Goths, des Bourguignons et des Francs, peuples germaniques dont les noms étaient restés inconnus Jusque vers le milieu du troisième siècle, et qui, avec d'autres hordes étrangères, parcoururent dans tous les sens le monde romain, se heurtèrent entre eux, se renversèrent, se confondirent, et embrassant la religion chrétienne, finirent par démembrer totalement le grand empire et poser les fondements des monarchies modernes.
Dans l'histoire de ces invasions, celle des Francs importe le plus à notre sujet, parce que ce furent eux qui, de tous les barbares venus d'au delà du Rhin, envahirent la Belgique et s'y fixèrent.
Entre l'Océan, le Rhin, le Mein et l'Elbe, habitaient des tribus germaines connues du temps de César sous le nom de Salietts, Sicatnbres, Chantavesy Brucières, Frisons, Teuctères, Caties, Chérusqueê, Usipétes, Cauques, Effrayées par les succès de César dans les Gaules, ces tribus formèrent , en prenant le nom de Francs, une confédération qui pût les défendre contre les Romains. Cette confédération d'abord organisée en vue d'une résistance opiniâtre, leur servit bientôt à attaquer la puissance romaine elle-
même, alors que l'empire, à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième, fut livré à de continuelles agitations. Les Francs passèrent le Rhin, et vinrent par hordes nombreuses s'établir dans le nord de la Gaule, où ils formèrent avec les Belges que fatiguait le joug de Rome, une ligue puissante contre leurs dominateurs. Les contrées qu'occupèrent ces étrangers furent nommées Francia, et devinrent le fondement de la monarchie française. C'e^t à cette époque, l'an 420, qu'un guerrier, Pbaramond, fils de Marcomir, fut élevé sur le pavois à Tongres, et reconnu par les Francs pour leur chef. Après Pharamond vint Clodion, le chef des Saliens. Celui-ci, après s'être d'abord emparé de Tournai, pousse ses avantages jusqu'à la Somme, prend Cambrai et Amiens, et fait de cette dernière ville le siège de son gouvernement. Aussi, quand Mérovée, son fils, lui succéda, il se vit en possession de Chàlons-sui^Marne, du Yermandois, de l'Artois, du Cambrésis, de Tournai, de Senlis, du Beauvoisis, de l'Auriennois, de Boulogne, d'une partie de llle-de-France et du pays qui fut plus tard appelé Normandie. Le fils de Mérovée, Childéric, père de Clovis, établit le siège de ses états à Tournai, où son tombeau fut découvert en 1655. L'avènement de Clovis eut lieu en l'an 481. Alors les Romains avaient encore en leur pouvoir tout le territoire de Soissons que gardait Siagrius. Clovis tourna tous ses efforts vers ces restes de la puissance romaine, et en un instant, il les eut anéantis. Après avoir pris le Soissonnais, la vHIe de Paris et la Tongrie, il alla engager à Tolbiac, au sud-ouest de Cologne, une bataille mémorable avec les Allemands qu'il défit complètement. C'est à la suite de ce succès qu'il se fit baptiser par saint Rémi, et qu'il transféra sa résidence à Paris.
Comme on vient de le voir, la Belgique, habitée par un mélange de peuples d'origine gauloise et germanique, fut le berceau de la France. Cette nouvelle monarchie n'était, jusqu'à Clovis, guère autre que la Belgique elle-même avec un nom différent; Tournai en était en dernier lieu la capitale. Après la mort de Clovis, en 511, deux de ses enfants se partagent le territoire situé entre le Rhin et l'Océan , sous les noms d'Austrasie et de Neustrie. Ce fut l'époque de la décadence de raulorité royale, et celle qui commença le règne des maires du palais. L'ancienne Belgique était comprise dans l'Austrasie qui eut Metz pour capitale. Ici une famille du pays de Liège fut, comme par droit héréditaire, en possession de la dignité de maire du palais. Pépin, de Landen, étant mort dans cette charge en 640,
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Grimoald , son fils, lui succède et meurt assassiné. Pépin dWristal, guerrier et grand propriétaire, prend le titre de roi et confère au pape le pouvoir temporel; mort à Jupile, il laisse la couronne à son fils naturel, Charles, ditle Martel, dont le fils Pepln, dit le Bref, réunissant sous le même sceptre les deux royaumes de Neu^trie et d*Austrasie, fut élu roi des Francs : le plus beau titre de Pépin le Bref à la reconnaissance de la postérité est d*ayoir donné le jour à Charlemagne qui devint la tige de la seconde race des rois de France.
Charlemagne étendit ses frontières de l*£lbe à Bénévent, et de TÈbre au bord du Raab, en Hongrie. Il fit aux Saxons une guerre terrible qui dura trente-trois ans, et, après les avoir totalement soumis, il les fit transporter pour la plupart dans les contrées belgiques. Afin de réprimer les brigandages des Normands, il établit aux embouchures des fleuves et des rivières un grand nombre de flotilles. Une de ces stations navales fut placée à Gand. L*Empereur, qui protégeait le commerce et rinstruction, voulut répandre les lumières dans ses vastes États : Liège, Lobbes, Saint- Amand eurent des écoles célèbres en Belgique. Tant que Charlemagne vécut, il sut contenir les Normands; mais à sa mort, en 814, ils ravagèrent Anvers, Tlle de Walcheren, la Frise, Gand, Courtrai, Tournai, Louvain, Térouenne, les pays voisins, et même une partie de la France, jusqu^à ce que, ayant perdu 109,000 hommes, en deux batailles livrées par Eudes, ils furent enfin dégoûtés de leurs courses sanglantes. Après Charlemagne TEmpire, tombé aux mains débiles de son fils et des descendants de celui-ci, se démembra, et le trône s'écroula. Par le traité de Verdun (11 août 843), Lothaire reçut un assez vaste empire dans lequel la Belgique fut incorporée. Mais après la mort de Lothaire, on ne rencontre plus pendant cinq siècles que des seigneurs qui s'érigent en petits monarques pour gouverner, ensemble ou tour à tour, les diverses ft^cUons de la Belgique, dépendantes tantôt du royaume des Francs, tantôt de Tempire d'Allemagne. Le nom si glorieux de Belgique, au milieu de cette infinité de seigneuries divisées et Indépendantes, sembla comme perdu, et ne se trouva plus que dans les traditions. Ce fut là Tceuvre de la féodalité. Charlemagne et ses successeurs avaient accordé aux officiers nommés pour commander dans les provinces, des domaines en bénéfice; c'est ainsi qu'on désignait les terres dont le prince s'était réservé la disposition. Ces gouverneurs de province, qui portaient le titre de duc, de comte, de marquis, de baron, s'appro-
prièrent peu à peu les terres de leur souverain et les convertirent en atleus, c'est-à-dire qu'ils firent tourner à leur profit les droits féodaux qui les grevaient ; ceux à qui des terres féodales avaient été cédées à perpétuité, s'appelaient leudès ou fidèles. Les propriétés féodales portèrent le nom de flefa, et l'on appela vattsaux les sujets des seigneurs. Chaque seigneur se fit souverain dans ses États, et affermit sa puissance à mesure que l'autorité royale était abaissée sans pouvoir et sans force. L'histoire de ce temps est celle des fiefs et arrière-fiefs, véritable chaos impossible à débrouiller et qui continua jusqu'au moment où des donations, des alliances, des conquêtes imposèrent à ces diverses seigneuries la suzeraineté d'une couronne plus puissante. — Les fiefg qui se formèrent alors en Belgique, étaient les comtés de Flandre, de Hainaut, de Namur, de Luxemb<»urg; les duchés de Brabant, de Limbourg; le marquisat d'Anvers; la seigneurie de Matines; la principauté de Liège ; le comté d'Artois; le Tournaisis; le Cambrésis; puis, au nord, la Hollande, la {élande, la Gueldre, Zutphen, Groningue, la Frise et l'Over- Tssel. La Flandre qui primitivement avait été gouvernée par des comtes forestiers {waldgraven), devint célèbre par l'industrie et l'opulence de ses habitants. En 1383, elle passa, par le mariage de la fille de Louis de Maele, comte de Flandre, avec Philippe le Hardi, au duché de Bourgogne , qui réunit successivement tous les pays que nous venons de nommer, à l'exception de celui de Liège qui continua à relever de l'empire d'Allemagne.
Les Belges avaient pris une part glorieuse aux expéditions guerrières entreprises pour la délivrance de la terre sainte : le premier roi porté par les croisés au trône de Jérusalem à la fin du xi« siècle, fut un Brabançon, Godefroid de Bouillon, né à Baisy, près de Genappe; un des chefs de la seconde croisade fut Thierry , comte de Flandre; Othon de Trazegnies et Jacques d'Avesnes se distinguèrent dans la troisième croisade, et à la quatrième Baudouin , comte de Flandre et de Hainaut, monta sur le trône impérial de Constantinople, dans les premières années du xni« siècle. Ces relations de l'Occident avec l'Orient minèrent profondément l'édifice féodal : les idées d'industrie et de commerce que les Flamands rapportèrent de leurs voyages, furent mises en pratique, et l'on vit bientôt des villes telles que Tpres, Bruges, Gand devenir l'entrepôt de l'Italie, et de la Ligue hanséatique, tandis que partout s'établissaient de riches manufactures de draps, de toiles et d'une fOule d'autres
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produits; lorsque plus tard (1439) Philippe le Bon iustitua à Bruges Tordre de la Toison d*or, on croit que ce fut pour perpétuer le souvenir de Topulence de cette ville, alors V Étape des laines d'Espagne, Ce haut degré de prospérité où était parvenu le port de Bruges, se maintint Jusqu'à la fin du xv« siècle, époque de la décou« verte de rAmérique. Alors s*éleva un autre entrepôt du monde, non moins considérable, Anvers. On conçoit qu*avec un tel développement de la production nationale dut naître Tesprit d'indépendance. Les Flamands et leurs voisins des autres provinces voulant la liberté, s'assem* blèrent en corps de métiers qui nommaient leurs juges et leurs magistrats municipaux ; ces espèces de républiques au sein même de la féodalité, prirent le nom de communes qui eurent le beffroi pour principal attribut, comme le clocher était Tallribut du clergé et'le château fOrt celui de la noblesse. C'est de la Belgique qu'est parti le mouvement qui produisit l'affranchissement des communes : Gand, Tournai, Yilvorde, eurent leurs chartes dès le xn« siècle { Louvain, M ons, Namur, Diest, Bruxelles, Bruges, Luxembourg, Anvers, Tpres, au xiu«; Malines au xive, etc.
Nous avons dit plus haut de quelle façon se composaient les États de Philippe le Hardi. Après lui, ils passèrent successivement à Jean sans Peur, et à Philippe le Bon qui les agrandit considérablement. Ses possessions s'étendaient depuis la mer du Nord jusqu'à la Somme. Prince français et l'âme des grandes intrigues qui tourmentaient Louis XI, il administra la Belgique sous le titre de grand-duc d'Occident. Quoiqu'il fût opulent, magnifique, voluptueux, sa puissance et sa richesse le cédaient en lui au désir de faire le bien, chose remarquable en ces temps de barbarie. Nous avons^dit qu'U institua l'ordre de la Toison d'or. Certes, il n'y aurait qu'à bénir sa mémoire si un acte odieux ne la ternissait ; il réduisit en cendres Ui ville de Binant qui lui avait résisté, et, pour assouvir une vengeance inutUe, il fit jeter dans la Meuse 800 de ses habitants. Il mourut en 1467. Son fils le comte de Charolais, Charles le Téméraire, en lui succédant, re<;ueiUit SS,000,000 de francs, trouvés dans les coffres de son père. Malgré ce trésor, la Belgique souSrïi de ses levées pécuniaires, qui l'aidèrent dans de folles entreprises. Ennemi de Louis XI qui s'était inconsidérément rendu auprès de lui à Péronne, U le retint quelques jours prisonnier, et peu s'en fallut qu'il ne se défit de lui dans sa fureur, en apprenant la révolte des Liégeois. Ce prince périt à la bataille
de Nancy, en 1477, ne laissant pas d'héritiers mâles. Il fut le dernier prince de la maison de Bourgogne. Marie, sa fille unique, apporta en dot à l'empereur Maximillen I«r les riches provinces belges que celui-ci réunit à l'empire d'Allemagne sous le titre de Cercle de Bourgogne. Le règne de Marie ne fut qu'une suite de troubles et de calamités. Elle, eut la douleur de voir tomber sur la place publique à Gand les tètes de k$ deux ministres les plus dévoués, Hugonet et Imbercourt. Cette infortunée princesse mourut à Bruges d'une chute de cheval, laissant deux enfants en bas âge, Philippe et Marguerite. Bes troubles continuels signalèrent la régence de Maximilien qui dut se voir emprisonner par les Flamands. Le fils de Marie » Philippe le Bel, épousa Jeanne de Castille , et laissa ses États à son fils Charles- Quint, né â Gand le S4 février 1500. L'empereur Maximilien nomma sa fille Marguerite d'Autriche au gouvernement des Pays- Bas pendant la minorité de Charles-Quint, qui régna lui-même sur les provinces belgiques dès qu'il eut atteint l'âge de quinze ans. Peu de temps après, en 1516, mourut son aïeul maternel, Ferdinand V dit le Catholique; alors lui échut toute la monarchie espagnole : souveraineté imposante qui| trois ans plus tard, fut portée à un degré inouï de puissance quand Charles fut élu empereur d'Allemagne. Ses succès furent mêlés de grands revers. Épuisé de travaux, lassé des grandeurs , il remit la couronne à son fils Philippe II, en abdiquant â Bruxelles, en 1555, devant les états assemblés, après avoir retracé à ses sigets avec une simplicité touchante ses nombreux travaux, et à son successeur les devoirs et les principes qui devaient le guider dans sa nouvelle carrière. Malgré sa sévérité envers la ville de Gand qui l'avait vu naître, les Belges, dont il avait respecté les privilèges et les immunités, le pleurèrent quand il mourut en 1558, au couvent de Saint-Just, dans l'B^tramadure, où il s'était retiré après son abdication. Philippe Il^se trouva dès lors en possession de l'Espagne et de ses colonies, des royaumes de Napleset de Sicile, du Milanais, des Pays-Bas et de la Franche-Comté. Prince ambitieux, hypocrite, sombre et cruel, il accabla de ses persécutions les Belges qu'il haïssait, et à qui il donna pour régente sa sœur naturelle, Marguerite, duchesse de Parme, et pour ministre le cardinal Granvelle, l'iostruraent de ses odieuses vexations. Exaspérées par les malheurs accumulés sur elles, les provinces belges et bataves se liguèrent contre leurs oppresseurs : les principaux seigneurs et bourgeois Jurent, â Bruxelles,
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de mourir pour la défense de leur indépendauce cirile et religieuse. Irrité de tant dé résistance, Philippe n révoque marSniertte et Granvelle, et envoie (1507) contre les révoltés une armée espagnole sous la conduite du duc d'Albe, personnage féroce, qui s*est vanté d^avoir, dans Tespace de trois années, envoyé au dernier supplice 18,600 victimes! Les nobles comtes d*£gmont et de Hom furent les premiers qui rougirent de leur sang (juin 1568) les échafàuds dressés par le duc d*Albe. Proscriptions, impôts énormes, émigrations, tout ce que Tesprit peut se représenter de calamités a, pendant tout ce règne, pesé sur la nation belge. Aussi, se souleva-l-elle en masse. Il se forma contre le joug espagnol une confédération dont Guillaume le Taciturne, prince d*Orange, devint le chef. Autour de lui vinrent se ranger une troupe de fugitifii dans le plus entier dénûment, et dont les uns ravageant les campagnes étaient nommés gueux deê hoù, et dont les autres harcelant la marine espagnole à Taide de frêles embarcations , étaient nommés gueux deê mers. Le prince d*Orange, après quelques alternatives de succès et de revers, finit par jeter les bases d*un gouvernement indépendant : les gueux, assemblés à Dordrecht, se donnent le prince pour chef avec le titre de stathouder (1573). La persévérante résistance des révoltés découragea le duc d*Albe qui sollicita son rappel. Louis iie Zuniga y Requesens, nommé pour le remplacer, continua la guerre et mourut à Bruielles, en 1576, sans avoir pq calmer la révolte. Don Juan d^Autriche, autre enfknt naturel de Charles-Quint, fut envoyé dans les Pays-Bas en novembre 1576, et remporta une victoire sur les troupes protestantes dans la plaine de Gembloux, le SI décembre 1577. Le prince d*Orange avait décrété à Gand, le 8 novembre 1576, un acte connu sous le nom de Pacification de Gandy garantissant aux provinces la liberté de conscience ; don Juan ratifia cet acte et congédia les troupes espagnoles qui, avant de quitter le pays, pillèrent Maestricht, le pays de Waes, Grammont, Alost et Anvers dont le sac dura trois jours et fut appelé la furie eepagnole. Don Juan ayant violé ee traité qui loi défendait de garder auprès de lui des soldais étrangers, les Flamands nomment gouverneur général du Brabant le prince d*Orange qui conclut, le 81 janvier 1679, deux ans après la pacification de Gand qui se trouvait ainsi rompue, la célèbre union d'Utrecht, loi fondamentale de la république des Province-Unies, composée de la Hollande, de la ZéUmde, de la Gueldre, de Zatpben, de Groaingue, de la Frise et de rover-
Yssel. Le prince d*Orange, dont la tète avait été mise à prix, fut tué d'un coup de feu à Delft, le 10 juillet 1584. — Durant Tadministration d'Alexandre Farnèse, duc de Parme, qui avait succédé a don Juan, les étals du pays, assemblés à Anvers, prononcèrent, le 36 juillet 1581, la déchéance de Philippe II de tous ses droits sur la Belgique, et déférèrent la souveraineté des Pays-Bas au duc d*Alençon , frère de Henri III , roi de France ; ce prince, à la tète d'une troupe française, fit son entrée a Anvers, obtint peu de succès et mourut en 1585. Après le duc de Parme, mort le 3 décembre 1593, plusieurs généraux espagnob eurent successivement le gouvernement du pays. Philippe II, qui mourut en 1595, avait, la même année, marié à l'archiduc Albert d'Autriche sa fille Isabelle-Claire-Eugénie, à laquelle il donna en dot la souveraineté des Pays-Bas.
La douceur de l'administration des infants Albert et Isabelle répara les maux que le pays avait soufferts sous le gouvernement de Philippe II. A la mori de l'archiduc Albert (en163l), la souveraineté des Pays-Bas revint au roi d'Espagne, Philippe lY, oncle de l'infante Isabelle qui n'eut que le titre de gouvernante et mourut en 1653. — Ce même siècle, chose étonnante I fut celui qui a fourni le plus riche contingent à la galerie des grands hommes de la Belgique. — La France, qui convoitait les provinces restées sous la domination de l'Espagne, obtint par le traité des Pyrénées (7 novembre 1659) plusieurs villes de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg, et par celui d'Aix-la-Chapelle (3 mai 1668) presque toute Ui Flandre flrançaise. Louis XIY, après avoir inutilement tenté de s'approprier les Provinces-Unies, tourna de nouveau seê armes contre les Pays-Bas espagnols où il s'empara de la Franche-Comté, du Cambrésis et d'une partie de la Flandre, possessions qui lui furent garanties par le traitéde Nimègue (17 septembre 1678). Le traité de Ryswick (30 septembre 1697) fdrça la France à rendre les conquêtes qu'elle avait faites depuis le traité de Nimègue, lui garantis* saut les possessions qu'elle avait antérieurement à ce traité. Une ligue formée contre la France entame de nouvelles guerres dont les Pays-Bas devinrent encore le théâtre, et qui se terminèrent par le traité d'Utrecht (11 avrU 1715) : la Franche-Comté, Ui FUindre française et une partie du Hainaut restèrent à la France; toutes les autres possessions de l'Espagne dans les Pays- Bas furent transférées à l'empereur d'Allemagne, Charles TI, et la république des Provinces- Unies, dans la vue d'opposer une barrière aux
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enTabissements de la France, obtint par le traité de la barrière (15 novembre 1715) le droit de tenir seule garnison à Namur, à Tournai, à Henin, à Warneton, à Tpres et au fort de Kerocke, et d^occuper Ruremonde conjointement avec les Autricbiens. Inoccupation de ces places par les Hollandais ne cessa qu*en 1782, sous le ri^ede Joseph II.
Après la mort de Cbarles YI, sa fille Marie- Tbérèse, épouse du grand-duc de Toscane, prit possession de tous les États de son père. Cette princesse fut adorée des Belges qu'elle sut gouverner avec autant de douceur que de prudence. En 1789, Joseph II, dont les innovations multipliées appelaient les murmures, commit plusieurs infractions à la loi fondamentale du Brabant et encourut la déchéance. Il avait auparavant exigé des Hollandais Touverture de TEscaut, en armant contre eux les Belges. Il mourut à Vienne le 20 février 1790. Léopold II prit sa place, et, afin d*apaiser Tirritation des Belges, il leur adressa des propositions modérées qu'ils rejetèrent. Le maréchal Bender eut Tordre d'entrer dans le Brabant. L'armée belge fut dispersée, Léopold mourut en 1793; François II devint son successeur, et se vit un mois après déclarer la guerre par la France. La bataille de Jemmapes, livrée le 6 novembre 1792, ouvrit aux Français le territoire de la Belgique. Cependant les Autricbiens, commandés par le prince de Saxe- Cobourg, gagnent la bataille de Neerwinden près de Landen, et recouvrent la Belgique, tout en s'emparant de Condé, de Valenciennes, du Quesnoi, de Landrecies. Hais l'année suivante, (1794), le prince de Cobourg est battu par le général Jourdan dans les plaines de Fleurus; et la Belgique, avec le pays de Liège détaché du cercle de Westphalie, devient partie intégrante de la république, puis de l'empire. Incorporée à la France, elle en partage les destinées pendant plus de vingt années. Les Belges prennent part à tontes les batailles de la grande armée, et montrent tant de bravoure que Napoléon les appelait ses meilleurs soldats.
Après la chute de l'empereur, les provinces belges reprirent à peu près leur ancienne division politique, et formèrent avec les provinces bataves un seul et même État sous la dénomination de royaume des Pays-Bas, et sous le sceptre de Guillaume de Nassau, prince d'Orange. Cette réunion de la Belgique et de la Hollande fut arrêtée par là convention de Londres du 31 juillet 1814, et les limites du nouveau royaume furent fixées parle traité de Vienne du 8 juin 1815. Le peuple belge accepta avec joie une organisation
qui, en associant une nation d*lndustriels à une nation de commerçants et de navigateurs, semblait promettre un ayenir fécond en bienfaits de toute espèce. La Belgique qui, pendant plus de deux siècles, avait, au mUieu de transformations successives, recherché la prospérité, croyait enfin son rêve accompli. Et la voie dans laquelle parut s'engager, dès son début, le nouveau gouvernement qui venait de lui être donné, ne put qu'affermir cette croyance. Ce gouvernement, en effet, se montra si paternel et si plein de sollicitude pour les intérêts des deux nations à la fois, qu'il excitait au dehors l'admiration générale, et que, en France même, l'opposition parlementaire le citait à la tribune nationale, comme un modèle à suivre dans tous les pays constitutionnels. Il encourageait le commerce et l'industrie ; il protégeait les lettres, les sciences et les arts ; et, en faisant de l'instruction publique un de ses principaux soins, il prouvait qu'il avait compris le moyen de rendre constant dans un pays le progrès moral, intellectuel et matériel. Le royaume des Pays-Bas était d'ailleurs d'une force matérielle imposante: il avait l'étendue du territoire, la richesse du commerce et de l'industrie, les ressources de ses belles colonies, la protection d'une armée admirablement disciplinée, et d'une marine réputée la seconde du monde. Cer^ tes, à un État ainsi constitué on pouvait promettre une vie longue et prospère. Qui aurait cru pourtant qu'au bout de quinze années, il croulerait sous le soufiBe d'une révolution? Hélas! pour que le gouvernement le mieux vénéré perde en un instant toute la confiance que de longues années d'habileté lui ont value, il «uffit d'une erreur qui, reprochée avec trop d'amertume, devient la source d'une foule d'autres erreurs. C'est ce qui arriva en Belgique après dix années de paix et de bonheur. Le gouvernement, oubliant un instant les anciennes franchises municipales du pays, décréta quelques impôts qui d'abord étonnèrent le peuple plutôt qu'ils ne le mécontentèrent. Hais c'est alors qu'on vit sortir de l'ombre les ennemis du pouvoir , et, griice à eux, le mal s'envenima. Certes, et tous les bons esprits en conviendront, le roi Guillaume avait, par ses mesures bienveillantes, suffisamment prouvé son désir de rendre prospère la nation belge, pour qu'on pût un instant supposer chez lui l'intention de dévier de la ligne de conduite qu*il avait suivie jusqu'alors. Hais de ce moment, mal conseillé par des ministres qui, offensés peut-être du langage de certains journaux , eurent le tort grave de lui représenter l'état du pays sous le Jour le plus faux, on le vit
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donner sa sanction à des foutes dont le pays s'émut au plus haut point. C'est ainsi que fut prononcée Tinterdiction de la langue française dans la rédaction des actes publics et des plaidoieries. C'était pourtant une heureuse pensée que celle de donner au royaume une langue nationale ; elle était basée sur la nécessité de rattacher plus intimement les deux nations réunies sous un même sceptre ; mais il eût fallu en renvoyer la réalisation à la génération future, et ne pas l'imposer à la génération actuelle. Aussi, cette mesure fut-elle accueillie avec une sourde rumeur dans les provinces wallonnes, où le barreau, qui croyait son avenir compromis, organisa un pétitionnement général , et fit bientôt parvenir ses doléances jusqu'au sein des états généraux. De pareilles manifestations ne furent point accueillies par le pouvoir législatif, et le langage des journaux n'en devint que plus acerbe. Le roi, par quelques concessions prudentes, avait prouvé toute sa bonne volonté envers les Belges. On avait continué d'espérer en lui; mais on eut la douleur de voir qu'il continuait sa confiance à un homme qui pourtant en était fort peu digne, le ministre de la justice Yan Haanen, à qui l'on imputait avec raison tout le mauvais vouloir du gouvernement, et que l'on savait être par trop dévoué aux intérêts hollandais. Ce ministre, devenu l'objet des plus vigoureuses attaques dans le Courrier desPc^ys-Bas, intenta un procès aux principaux rédacteurs de cette feuille. MM. de Potter, Tielemans, Bartels et de Nève furent condamnés le premier à 8 ans , les deux autres à 7 ans, et le dernier à 5 ans de bannissement. Le ministre de la justice triomphait, et peut-être l'opposition avertie par cet acte de rigueur serait devenue plus modérée , si des événemenu inattendus n'avaient, à l'issue de ce procès, trompé toutes les prévisions du ministère, et rendu à leurs espérances une foule de mécontents qui ne vivaient plus qu'en vue d'une explosion. Il se forma deux partis aussi animés que puissants : l'un, qui se déclarait l'ennemi juré des protestants, auraitvoulu voir se reproduire l'ancienne résistance des Brabançons aux réformes de Joseph II ; l'autre réclamait tous les avantages de la plus large liberté. C'est de cette fraction que se rapprochèrent les ecclésiastiques que le pouvoir s'était aliénés par la création du collège philosophique. Dès lors fut formée l'union catholico-llbérale; et les journaux, sous cette double influeuce , firent entendre des plaintes souvent fort contradictoires, mais qu'accueillait avec une sorte de délire toute cette partie de la nation résolue à déverser toute sa haine sur le
ministre Van Maanen. Ces journaux blâmaient avec la plus vive amertume l'acte qui obligeait les provinces méridionales à partager avec la Hollande une dette publique de 787,000,000 de florins, et une dette flottante de plus d'un milliard. L'opposition, dans cette circonstance, ne tenait aucun compte des avantages que la réunion avait valus à la communauté ; elle ne réfléchissait pas que la marine et les colonies hollandaises avaient été acquises à la Belgique; elle méconnaissait ou du moins elle s'abstenait' de rappeler le développement prodigieux de l'industrie et du commerce, dû en grande partie à l'union intime de deux peuples, l'un fabricant, l'autre marchand et navigateur; surtout, elle avait le grand tort d'oublier les efiforts constants et les sacrifices incalculables du roi Guillaume I«' pour doter le pays d'établissements grandioses qui promettaient à la Belgique, dans un avenir peu éloigné, une prospérité inouïe dans les annales des peuples européens.
Dans un pareil état de choses, il suffisait d'une étincelle pour produire immédiatement un embrasement général. La révolution de juillet survint à Paris, et Bruxelles en ressentit comme une secousse électrique. Le 23 août 18^0, la cour des Pays-Bas se trouvante la Haye, comme on devait le lendemain célébrer l'anniversaire du roi, l'administration communale de Bruxelles informa le public que, vu le mauvais temps, la fête serait ajournée, et qu'il n'y aurait ni feu d'artifice, ni illumination. Cet avis provoqua un certain mouvement dans la ville. Des groupes se formèrent. Dans quelques chants , on fit entendre ces mots : Ce soir, feu d'artifice; demain, illumitiation^ après 'demain, révolution. Le 34, un Te Deum fut chanté en l'honneur du roi, et le temps peripit la revue de la garde royale en nouvel uniforme. Quelques esprits se montrèrent agités, mais il n'y eut aucune manifestation. Le lendemain, 25, on jouait au théâtre la Muette de Portici. La foule immense qui remplissait la salle, donna, â diverses reprises, de bruyantes marques d'adhésion, surtout au morceau : Amour sacré de la patrie. A l'issue de la représentation, des groupes nombreux allèrent envahir l'imprimerie du Journal le national, et de là se rendirent à la maison du rédacteur, Libri Bagnano.tlomme on allait enfoncer par erreur les portes de la librairie parisienne, un homme dans un fiacre fut aperçu, disant à la fOule : Ce n'est pas ici, mais plus loin, et désignant la maison de Libri située à vingt pas. Cet établissement fut en peu d'instants complètement dévasté, malgré l'apparition des
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gendarmes qui furent fôrcéfl de se retirer sous une grêle de pierres. La foule grossie se dirigea ensuite vers Thôlel du ministre de la Justice. On y mit le feu; une partie de Tédifice tomba sous les coups des dévastateurs, et ses débris lancés sur la foule la dispersèrent. En ce moment, les magasins des armuriers furent Tidés, la maison du directeur de la police attaquée, son mobilier brûlé, et Tune de ses voitures jetée à la Senne. Le S6, la maison du commandant de la place et celle du gouverneur subirent le même sort. A six heures du matin, les troupes réunies sur la place du Grand- Sablon tirèrent sur la multitude, qui perdit S hommes ; plusieurs furent blessés. L'exaltation du peuple était à son comble. Le 97, il se divisa en deux classes dont l*une voulait Tordre, et Tautre le pillage. La première forma promptement une garde bourgeoise afin de préserver du dégât les palais du roi et du prince d*Orange ; la seconde, connue sous le nom de sarreaus bleus, hommes de figures sinistres, circulant dans la ville avec des bâtons, des piques, des crochets, courait aux maisons isolées pour les piller. Les ouvriers des manufactures, animés par cet exemple, brûlèrent tous ces beaux édifices qui les nourrissaient.
Enfin, la régence annonça que le droit de mouture était supprimé; elle invita les habitants' de Bruxelles à s'organiser en une garde provisoire, et à illuminer la nuit pour suppléer aux réverbères, brisés pour la plupart. Cette voix fut entendue : la garde bourgeoise se partagea, sous le commandement du baron d'Hoogvorst, en huit sections, avec une extrême rapidité. Par ce moyen, les pillards dispersés ne purent prolonger leurs attentats. Néanmoins, quelques sarreaux bleus incendièrent les échafiiaiudages et les décorations du parc, malgré les efforts de la garde urbaine qui déjà s'était emparée des casernes. Le 28, un ordre du jour annonça l'organisation de la garde à cheval. Plusieurs Belges avaient arboré dans Bruxelles les couleurs françaises : celles du Brabant (rouge), de la Flandre (jaune), et du Hainaut (noire) les remplacèrent; on trouva l'origine de leur union dans le Blason du Brabant. Le noir est le fond de l'écusson, le jaune est la couleur du lion d'or, et le rouge celle de sa langue.
Les Bruxellois s'étant réunis en assemblée publique, nommèrent président le baron de Sécus , et l'avocat Van de Weyer secrétaire. Une députation de cinq notables de la cité, composée de MM. d'Hoogvorst, Félix de Hérode, Gendebien, Frédéric de Sécus, Palmaert, prend le chemin de la Haye, en vue de solliciter du roi la
convocation des états généraux. A la nouvelle de l'insurrection, les troupes hollandaises se mettent en marche; on expédie des régiments sur des chariots de poste et la cavalerie par six bateaux à vapeur. Dans une proclamation des princes, datée de Yilvorde, il est exprimé qu'ils entreront à Bruxelles suivis de la force militaire, pour soulager le service de la bourgeoisie; mais comme ils demandaient en même temps que les couleurs séditieuses disparussent pour être remplacées par la couleur unie de la maison d'Orange, cela produisit une grande sensation parmi le peuple qui supposait aux princes des intentions qui n'étaient point les leurs. On coupe aussitôt les arbres du boulevard, et on les entasse en barricades aux entrées de la ville. C'est alors que des députations des principales villes se rendirent à la Haye pour solliciter le renvoi du ministère. Les états généraux furent convoqués pour le 13 septembre. Guillaume déclara aux députés de Bruxelles qu'il avait seul le droit de nommer et de congédier ses ministres; qu'il ne pouvait, sans manquer à sa dignité, consentir à des demandes inspirées par la violence; mais qu'il prendrait l'avis des états généraux. Le prince d'Orange, à la suite d'une convention, fit son entrée à Bruxelles, avec son état-major, le l«r septembre, au milieu de la garde urbaine, dont les étendards tricolores flottaient autour de lui. Bien que les députés se fussent portés garants de sa sûreté personnelle, il courut des dangers et n*entra que malgré lui dans la place de l'hôtel de ville, au lieu d'aller directement à son palais comme il le désirait. Ce ne fut que par des rues détournées, franchissant à cheval les barricades, qu'il parvint à son ancienne demeure. Quand la réponse du roi à la députation de Bruxelles fut connue, le prince fut encore exposé à de nouveaux pér^s dans son palais. Des négociations ayant décidé qu'une séparation administrative de la Belgique et de la Hollande, sous le sceptre des Nassau, serait l'unique moyen de rétablir entièrement Tordre, le prince prit l'engagement de porter ce vceu au roi. Il se rendit donc à la Haye, et les troupes al>andonnèrent Bruxelles. L'arsenal de Liège étant pris d'assaut par le peuple, le prince Frédéric déclara qu'il n'enverrait point de troupes contre cette ville. En ce moment, le roi acceptait la démission du ministre Van Haanen. Quand le prince d'Orange eut fait connaître à son père le projet de la commission, le roi déclara, dans une procUima- Uon du 5 septembre,' que le concours légal des états généraux ferait justice des prétentions exprimées dans les adresses.
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G«t(e décision rapportée h Bruxelles y fut mal accueillie. Le prince Frédéric, donnant à une députation nouvelle qui exigeait formellement la séparation une réponse à peu près semblable à celle du roi, jette le peuple encore une fois dans refFervescence. Une commission de sûreté est nommée par la régence, le 1 1 septem« bre, et composée de HM. Rouppe, Félix de Mé» rode, Yan de Weyer, Ferdinand Meens, du duc d^rsel, du prince de Ligne, de Frédéric de Seeus ; les deux derniers refusèrent.
Le roi ouvrit les états généraux : la seconde chambre décida la nécessité d*un changement à la constitution fèndamentale, à la majorité de 50 voix contre 44; celle d*un changement dans la réunion des deux pays, à la majorité de 55 contre 45; les deux questions furent résolues affirmativement dans la chambre haute, à la majorité de 51 voix contre 7. Les états généraux déclarèrent, le 99 septembre, la séparation législative et administrative de la Hollande et de la Belgique, sous le gouvernement commun de la maison de Nassau, à la majorité de 89 voix contre 19. Les Belges n*attendlrent point celte décision : le 90 septembre, ils instituèrent un gouvernement provisoire ainsi composé : MM. de Potter, encore à Paris, et de Stassart, ayant pour adjoints MM. Van Meenen, Gendebien, Félix de Hérode, Baikem, xomte d*Oultremont, Van de Weyer. Des bourgeois notables, redoutant le règne de Tanarcbie dont ils voyaient les symptômes, engagèrent le prince Frédéric à venir dégager la ville des étrangers qui la tourmentaient. Le prince publia une proclamation d'amnistie, en menaçant de livrer à la justice les chef^ instigateurs des troubles, exigeant en outre que les couleurs brabançonnes fussent déposées. Il disposa tout pour entrer de vive force à Bruxelles au point du jour. Les Bruxellois, les Liégeois et les étrangers, armés pour la révolution , trouvèrent des chefft. Les troupes hollandaises occupèrent le haut de la^ ville et notamment le Parc. Des bombes furent lancées dans diverses directions, et des incendies éclatèrent. Le combat fut dès lors engagé, et pendant quatre jours les forces opposées à Parmée commandée par le prince Frédéric s'accrurent considérablement par le concours des populations voisines de la ville. Enfin, le quatrième Jour, les positions n'étant plus tenables, Tarmée évacua la ville, et se replia sur Malines et Anvers. Ce succès anime les autres villes : Mons, Gand, Namur, PbilippeviUe éloignent leurs garnisons; celle de Liège évacue la citadelle le 6 octobre.
Dès le 97, le gouvernement provisoire pro« céda à l'organisation administrative du pays, et manifesta son autorité par des actes officiels. Quelques jours après, M. de Potter arriva à Bruxelles, et fut installé comme membre du gouvernement. Cette autorité décréta que les pays qui se séparaient de la Hollande, formeraient un Ëtat indépendant ; qu'une assemblée nationale, convoquée h Bruxelles, procéderait au choix d'un gouvernement nouveau ; que la province de Luxembourg ferait partie du nouvel État. Le gouvernement provisoire chargea, en même temps, un comité spécial de rédiger un projet de constitution destiné H être soumis à l'examen d'un congrès national de 900 membres. Ce comité eut pour secrétaire M. Nothomb, et pour président M. de Gerlache, ancien membre des États-généraux. Cependant la tranquillité publique n'était pas encore revenue. Le colonel hollandais Gaillard, après avoir été déjà maltraité par ceux qui l'avaient conduit de Malines à Louvain, fut massacré dans cette ville au pied de Tar* bre de la liberté. Un grand nombre de manufactures détruites par vengeance , et de grossiers dérèglements attestaient sur plusieurs points le règne de la licence. Le 97 octobre, le général Chassé, qui se maintenait dans la citadelle d'Anvers, canonna et bombarda cette opulente cité durant sept heures, avec 500 bouches à feu qui détruisirent 50 maisons, l'arsenal et des magasins considérables, dont la perte surpassa trois millions de francs. Un pareil acte n'était pas propre à calmer les deux partis; la haine, au contraire, n'en devint que plus générale et plus profonde.
Quelques tentatives faites pour opérer de nouveau la réunion de la Belgique à la France, échouèrent contre la volonté des quatre autres grandes puissances de l'Europe. La noblesse, les propriétaires et les négociants, qui, désireux du repos, ne voulaient pas de la démocratie de M. de Potter, appelèrent de leurs vœux une monarchie constitutionnelle avec une représentation du pays par deux chambres. Le congrès national se réunit le 10 novembre, et le 18 l'indépendance de la Belgique fut proclamée, sous la présidence du baron Surlet de Chokier, avec toutes réserves relatives au duché de Luxembourg. Le 99 novembre, on adopta la forme monarchique par 174 voix contre 13. Le 94, l'exclusion du trône de la famille d'Orange fut prononcée à la ms^jorité de 161 voix contre 98. Le congrès, en faisant la constitution , posa l'institution d'un sénat et d*une chambre deê représentants, pour remplacer les États-généraux. On agréa la proposition de faire nommer
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les sénateurs par les électeurs de la chambre élective ; une autre proposition tendant à Télection des sénateurs pour un temps double de celui de la chambre des députés fut aussi adoptée, ainsi qu*une troisième portant que le sénat pourra être dissous , et que le nombre de ses membres n*excédera point la moitié des représentants. M. de Potter, bien convaincu de Timpuissance de ses efforts pour le triomphe des principes républicains, donna sa démission le 15 novembre; depuis, il n'a plus reparu sur la scène publique.
La conférence de Londres, qui craignait de voir la discorde s'étendre en Europe, se hâta d'en arrêter les progrès ; une trêve de dix jours, entre les deux gouvernements, fut conclue le 25 novembre, sur la base de l'acceptation des limites du 30 mai 1814. Il fallait un souverain aux Belges : Louis-Philippe, roi des Français, le prince de Salm-Salm , Frédéric de Hérode , le prince Othon de Bavière, l'archiduc Charles, le prince de Leuchtenberg, le duc de Nemours, second fils de Louis-Philippe, eurent des voix. Le dépouillement du scrutin donna pour résultat, sur 191 membres présents, 97 voix pour le duc de Nemours, 74 pour le duc de Leuchtenberg, et 31 pour l'archiduc Charles. Le président proclama roi des Belges Louis-Charles-Philippe, du<î de Nemours, né le 25 octobre 1814. Une députation de dix membres du congrès, le président compris, se rendit à Paris auprès de Louis-Philippe, qui l'accueillit parfaitement, mais refusa la couronne pour son fils. Le congrès avait donc encore une fois à pourvoir au trône. Le 34 février 1831, il nomma son président, M. Surlet de Chokier, régent provisoire. Celui-ci fut solennellement installé le lendemain, et placé à côté du trône. M. de Gerlache le remplaça comme président du congrès. La loi électorale ayant été adoptée, les membres du gouvernement provisoire déclarèrent leurs fonctions expirées. Le congrès leur vota une récompense de 150,000 florins. A cette époque il s'éleva encore dans plusieurs grandes villes de la Belgique quelques troubles attribués au parti qui avait conservé ses sympathies au gouvernement hollandais. Le 39 mars, le congrès fut ouvert de nouveau par le régent. Il vota une levée de 90,000 hommes de la garde urbaine, une réduction sur les traitements, ainsi qu'un emprunt de 13 millions de florins. On fut instruit, le 34 mai, que le pavillon belge serait admis désormais dans les ports de la Grande-Bretagne. Le 4 juin suivant, on procéda^à l'élection d'un roi. Le choix tomba sur le prince Léopold deSaxe-Cobourg,veuf de la prin-
cesse royale d*Angleterre, et frèredu duc régnant de Saxe-Cobourg. Sur 196 membres présents, 19 ne prirent point part au scrutin, 10 ftirent contre le choix d'un roi, 14 pour le baron Surlet de Chokier; on trouva un bulletin douteux. Le prince Léopold eut les autres voix. Le président du congrès le proclama roi , sous la condition qu'il accepterait et jurerait la constitution. Une députation porta le décret d'élection au nouveau souverain. De vifs débats, qui durèrent neuf jours, résultèrent du 36* protocole, dont Pacceptation était une condition du consentement du prince Léopold. Les 18 articles furent acceptés le 9 juillet. Le roi fit son entrée dans Bruxelles le 31 juillet suivant, et prêta serment à la constitution sur la place Royale. Le régent se démit de ses fonctions le même jour, et le congrès déclara ses séances terminées. Les collèges électoraux furent convoqués pour le 39 août, et la chambre des représentants pour le 8 septembre. Hais le 3 août, les Hollandais attaquèrent à l'improviste le nouveau royaume, et les Belges, battus sur divers points, durent principalement ce désastre à l'indiscipline et à l'inexpérience des milices. La France intervint, en faisant entrer une armée dans la Belgique, et les Hollandais se retirèrent. On conclut un armistice, suivi d'une trêve de six semaines, prolongé ensuite indéfiniment. L*armée belge fut réorganisée, et des officiers français furent envoyés pour aider à l'exécution de cette mesure. Le roi nomma M. Van de Weyer son ministre plénipotentiaire auprès de la conférence de Londres, pour conclure un traité définitif avec la Hollande. On mit en accusation les officiers belges qui , par des fautes graves, avaient compromis la sûreté de l'État. Le général Daine , commandant l'armée de la Meuse, rejeta sa défaite sur le ministre de la guerre dont il avait vainement attendu les ordres pendant plusieurs jours : il fut absous en mars 1833. Les généraux français Évaiu et Desprez activèrent l'organisation de l'armée. Le premier, après s'être fait naturaliser, fut nommé ministre de la guerre. Une loi, tirée de la nécessité de repousser une invasion nouvelle , autorisa le roi à ouvrir les frontières aux armées étrangères dans un cas pressant. L'attitude de la Hollande fit augmenter suoccessivement les forces belges, au point que l'armée devait être de 130,000 hommes, soutenus de 150 pièces de campagne. Un tel état militaire devait absorber une masse de fonds hors de toute proportion avec les revenus du royaume : aussi fallut-il recourir aux emprunts, qui, grâce à la richesse foncière du pays, furent contractés avec facilité.
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Bepuis le traité du 15 Dovembre 1851, la face des affaires a peu chan^^é, hors la reconnaissance de Léopold, comme roi des Belges, par les cinq grandes puissances. Ce traité compose le nouvel État belge des anciennes provinces méridionales des Pays-Bas , moins une partie du Luxembourg et du Limbourg; il reconnaît la libre navigation du fleuve, selon les stipulations du coQgrès de Vienne; Tusage des canaux, coupant la Belgique et la Hollande, est déclaré commun aux deux peuples, de même que les routes entre Blaestricht et Sittard , pour le commerce de transit avec rAliemagne. Ce traité donne à la Belgique la liberté d^ouvrir de nouveaux canaux; Il charge ce pays de payer annuellement à la Hollande une rente de 8,400,000 florins de la dette active des Pays-Bas, qui sera considérée comme dette publique du nouveau royaume , lequel payement sera fait par moitié de six mois en six mois. Un protocole portait que cinq forteresses de la Belgique seraient rasées, Hons, Marieubourg, Pbilippeville, Alh, Heuin. Ce protocole, que Tambassadeur de France ne signa point, est resté sans exécution. Le roi Guillaume, refusant de reconnaître le 24» aKlde du traité du 15 novembre, qui prescrit Tévacuation de la citadelle d*Anvers, la France et TAngleterre signèrent une convention pour arriver à ce but important. Le blocus des ports de la Hollande et Tembargo mis sur ses bâtiments de commerce n*ayant point changé la détermination du roi, il fut décidé par les deux puissances que la citadelle d'Anvers serait assiégée. Cinquante mille Français, sous le commandement du maréchal Gérard, entrèrent en Belgique le 15 novembre; les ducs d'Orléans et de Nemours prirent part à Texpédltion, qui fut parfaitement conduite, et délivra la forteresse en 34 jours , après 95,000 coups d'artillerie tirés des deux côtés ( voy, AirvKBs). Le général Chassé qui la commandait, se rendit, avec cinq mille hommes, par capitulation du 93 décembre 1833; ils furent conduits en France , où des soins généreux leur furent prodigués. On les renvoya en Hollande Tannée suivante. La liste civile, montante 1,300,000 florins, pour toute la durée du règne de Léopold, avec jouissance des palais de Bruxelles, de Laeken et d^Anvers, fut votée à la presque unanimité. Après de longs délais, la Prusse et TAutriche consentirent à envoyer, auprès du roi des Belges, des ministres résidants. La Russie n'a point encore reconnu le nouvel État. D'abord , d'assez graves désordres résultèrent de la liberté de la presse, poussée Jusqu'à l'extrême licence. Anvers etGand furent déclarés en état de siège ù
cause des troubles que suscitaient des écrivains exaltés. M. Steven , directeur du MeMogerde Gand, fut condamné par un conseil de guerre; mais le Jugement fut, à la suite de vifs débats, annulé par la chambre des représentants. D'un autre côté, des hommes armés, sortis de Luxembourg, allaient enlever, sur le territoire belge, le gouverneur Thorn, pour le conduire dans la forteresse de cette ville, où il est demeuré captif jusqu'au renvoi des frères Tornaco, prisonniers à leur tour, et qui avaient participé à cet enlèvement. Au commencement de 1834, une circonstance semblable se reproduisit. Le général Dumoulin, désapprouvant les actes du commissaire de district Hanno concernant l'inscription des jeunes gens de la milice de son ressort, envoya des soldats prussiens armés qui pénétrèrent, la nuit, par une fenêtre, dans le domicile du commissaire et l'emmenèrent garotté à Luxembourg où il resta douze Jours prisonnier. Cette fois, les réclamations de la France et de l'Angleterre, appuyées de promptes mesures militaires, furent si énergiques que H. Hanno recouvra sa liberté par ordre de la diète de Francfort : elle ordonna même de faire reconduire le commissaire jusqu'aux limites du territoire belge par une escorte d'honneur. Toutefois , les cabinets de Vienne et de Berlin chargèrent, dans les premiers jours d'avril, les diplomates qui les représentaient à Bruxelles de notifier au gouvernement belge que le rayon de la forteresse de Luxembourg était fixé à 4 lieues, par un traité conclu entre le roi Guillaume et la confédération germanique; que l'occupation de la partie du Luxembourg où stationnaient les troupes belges, produirait, si elle ne venait bientôt à cesser, la plus fâcheuse impression sur les puissances représentées à la diète de Francfort; que la confédération n'était liée envers la Belgique, ni par le traité du 21 mai, ni par le traité du 15 novembre; mais que cependant la Belgique n'avait pas besoin de faire occuper militairement la partie du Luxembourg que lui assigne ce dernier traité, attendu que la confédération, bien qu'elle n'ait pas reconnu les droits de la Belgique sur cette partie du grand-duché , n'avait point d'intentions hostiles contre le nouveau royaume et ne se proposait pas, quant à présent, de le troubler dans l'état de possession territoriale créé par les événements de 1830; que, si l'occupation militaire de ce territoire ne devait être que le prélude de l'entrée des troupes belges dans la partie allemande du grand-duché , ou dans le rayon de la forteresse , la confédération était bien décidée à faire respecter ses droits par la
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force, et à faire occuper, au besoin, par lef troupes, tout le territoire allemand ; que , relativement à un désavœu officiel de la conduite du général Dumoulin, ou à sa destitution, mesure que les plénipotentiaires de France et d*Angleterre avaient sollicitée de la diète, celle-ci ne consentirait jamais à punir un de ses officiers pour avoir exécuté ses ordres et fait respecter les droits de la confédération germanique ; que la diète ne se refuserait pas à autoriser le général Dumoulin à conclure avec le général Tabor une convention militaire destinée à expliquer et à Interpréter, suivant leur véritable «ens, les déclarations échangées le 90 mai 1881, entre le prince de ^esse-Hombourg et le général Goetbals, convention qui d*allleurs ne préjugerait rien, quant à la reconnaissance des droits de la Belgique sur aucune partie du grand-duché , et qui, de plus, devrait être basée sur la fixation du rayon de la forteresse à quatre lieues, et sur la renonciation des autorités belges à toute opération militaire, à toute levée ou tirage au sort de la milice dans rétendue de ce rayon.
Le 6 avril, de nouveaux troubles éclatèrent dans Bruxelles, à Toccasion d'une souscription pour acquitter le rachat des chevaux provenant du haras de Tervueren, et mis sous le séquestre par Tadminlstration des domaines, avec les autres biens du prince d*Orange. Deux journaux, connus par leur attachement à la dynastie de Nassau , publièrent les noms des souscripteurs avec le montant de leur cotisation. L'intention avouée des acquéreurs des chevaux, vendus à un très-haut prix, était d'en faire hommage au prince d'Orange. Dans la nuit du 4 au 5, on répandit dans la ville, et on glissa sous les portes un écrit virulent contre les souscripteurs. Le peuple en courroux se porta rapidement sur les hôtels du duc d'Ursel et du prince de Ligne, qui furent saccagés en peu de moments; on allait même démolir celui du prince de Ligne, quand on apprit qu'il appartenait au général français Jacqueminol. Les hôtels du marquis de Trazegnies, des comtes d'Oultremont, de Béthune, de Hamix, et différentes maisons subirent le même sort. Des pillards montrèrent les listes qu'ils avaient reçues, contenant l'indication des maisons à dévaster. Les ministres conseillèrent au roi de se rendre sur les lieux où se commettaient ces graves désordres. Le roi, sorti du palais, parcourut les rues qui entourent le parc. Sa présence sembla un instant arrêter cette déplorable perturbation ; mais , même avant sa rentrée , les dévastations recommencèrent. Le ministre de l'intérieur Rogier, haranguant le peuple devantSainte-Gudule,
afin de le nmener au devoir, faillit être victime de son zèle, en recevant sur la tête et les épaules un violent coup de bâton armé d'un crochet, avec lequel on essayait de le faire tomberde cheval. Ce qu*il y eut de très-remarquable en cette occasion, ce fut de voir au parc, aux promenades et dans les rues, des dames en riches toilettes, et qui semblaient indifférentes au pillage qui s'exerçait en divers lieux sous leurs regards. Ce ne fut que le lendemain que la tranquillité commença à reparaître.
Le gouvernement ordonna Texpulsion de quelques étrangers notoirement connus, disait l'arrêté, comme provoquant au renversement des institutions fondées par la révolution. Les chambres furent réunies le 99 avril. Les ministres de la justice et de l'intérieur, se bornant an rôle de narrateurs, exposèrent les faits qui se rattachaient aux troubles de Bruxelles. Le parti de l'opposition à la chambre des représentants souleva la question de savoir si le gouvernement avait violé la constitution en ordonnant, en vertu de la loi du 98 vendémiaire an vi , l'expulsion de quelques étrangers qui se trouvaient sur le territoire de la Belgique. HM. Dubus aîné et Ernst proposèrent à la chambre d'adresser au roi une adresse qui contiendrait un blâme direct contre les ministres qui n'auraient pas pris les mesures nécessaires pour prévenir ou arrêter les pillages , et qui , sans déclarer illégales les expulsions, invitaient le gouvernement à présenter aux chambres une loi spéciale sur les étrangers. Cette proposition fut rejetée à une majorité de 51 voix contre 81.
Le 11 mars 1834 avait commencé l'importante discussion du projet de loi sur l'établissement d*un système de chemin de fer, présenté par M. Ch. Rogier, ministre de l'intérieur. La chambre des représentants adopta le projet dans la séance du 98 mars, à la majorité de 56 voix contre 98. Dans la séance du 93 mars, la chambre avait résolu affirmativement la question de l'exécution du chemin de fer par l'État, à la majorité de 55 voix contre 35. Le projet de loi fut adopté au sénat dans la séance du 30 avril et sanctionné par le roi le 1«' mai. — Le prince royal, né le 94 juillet 1838, mourut le 16 mai 1834. On fit au prince de magnifiques funérailles. Sa tombe fui placée dans le caveau des ducs de Brabant, sous le chœur de l'église Sainte-Gudule. — Un dissentiment s'était manifesté entre la couronne et une partie du conseil qui proposait une modification dans le personnel du ministère. La couronne se refusant à un changement, trois ministres offrirent leur démission qui fût acceptée.
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Le 4 août 1854 le cabinet fut reeoostitué de la manière suivante : M. de Theui , ministre 'de rintérieur, M. de Muelenaere, ministre des affaires étrangères, M. Ernst, ministre delà justice et M. le baron d*Huart, ministre des finances. Le général Éyaln conserva le portefeuille du ministère de la guerre.
Le 0 avril 1836, la reine accoucha d*un prince auqoel on donna plus tard le titre de duc de Brabant.
Vers la fin de 1886, M. de Muelenaere, à la suite de quelques disseqtiments avec ses collègues, se retira du cabinet. Le 18 Janvier 1887, un nouveau département fut créé sous le titre de ministère des travaux publics; il fut confié à M. Nothomb. Les départements de Tintérieur et des affaires étrangères furent réunis et dirigés par M. de Theux. A la création du ministère des travaux publics, trois sections du chemin de fer (70,500 mètres) étaient terminées et exploitées. IMi 18 janvier 1887 au 18 avril 1840, plus de 330,000 mètres ont été construits. Au moment où nous écrivons, le chemin de fèr est achevé. Il comprend avec les doublements de la voie et la construction de quelques petits embranchements 559 kilomètres. Il aura coûté avec le matériel d'exploitation, les intérêts des capitaux, etc., 158,893,000 fr. On suppose qu'avec rachèvement des stations et la construction de lignesde jonction, la dépense totale s*éièvera à environ 200 millions. La recette réelle totale perçue en 1845, a été de 8,094,450 fr. 33 c. Les dépenses d'exploitation se sont élevées à 5,400,000 francs. L^administration habile de M. Nothomb donna une grande impulsion aux travaux publics de tout genre. — Dans le mois de mars 1838, on apprit que le roi Guillaume avait fait connaître à la conférence son intention d'adhérer au traité du 15 novembre 1831. On ouvrit bientdt des négociations. La conférence consentit à réduire le chiffre de la dette, mais n'accueillit aucune proposition d'accommodement pour le maintien du territoire. Les membres du gouvernement n'étalent point d'accord sur la politique à adopter; trois ministres, MM. d'Huart, £rnst et F. de Mérode voulaient adopter le système de résistance; leur opinion ne prévalut pas, ils donnèrent leur démission. MM. de Theux, Nothomb et Wilmar prirent la signature des départements dont les titulaires s'étaient retirés. M. de Theux présenta aux chambres le nouveau projet de traité qui, après une longue et vive discussion, dans laquelle M. Nothomb fit entendre d'éloquentes paroles, fut adopté et sanctionné par le roi le lOavrU 1839. — Au mois d'avril 1840, le minis-
tère fut renversé à propos d'une question toute spéciale et incidente. Le nouveau ministère se composa de MM. Lebeau, ministre des affaires étrangères; Leclercq, ministre de la justice; LIedts, ministre de l'intérieur; Mercier, ministre des finances; Ch. Rogier, ministre des travaux publics, et Buzen, ministre de la guerre. Ce ministère eut à subir de fréquentes attaques; décidé à poser la question de son existence devant les chambres, il triompha à celle des représentants, il échoua au sénat. N'ayant pu obtenir la dissolution de cette dernière chambre, il se retira, et un nouveau ministère fut constitué le 18 avril 1841; il se composait de MM. de Muelenaere, ministre des affaires étrangères; Nothomb, ministre de l'intérieur; le comte de Briey, ministre des finances; Desmaisières, ministre des travaux publics; Van Yolxem, ministre de la justice. Le général Buzen conserva le portefeuille de la guerre.— Après quelques mois ce ministère se modifia comme suit : M. de Muelenaere se retira et fut remplacé par M. le comte de Briey; M. Smits, directeur de la banque de Belgique fut nommé ministre des finances. — Le général Buzen ayant terminé ses jours par un suicide, la signature du département de la guerre fut confiée à M. Desmaisières. Pendant la durée de ce ministère, de grandes questions furent soulevées et résolues, eûtre autres, celle de l'enseignement primaire. La belle défense de ce projet de loi par M. Nothomb eut un succès complet. Le traité du 5 novembre 1849, termina tous les différends avec la Hollande. Le 18 mars 1848, le ministère fut dissous et réorganisé. M. Nothomb conserva le portefeuille de l'intérieur; M. le comte Goblet fut nommé ministre des affaires étrangères; M. le baron d'Anetban, ministre de la justice; M. Mercier, ministre des finances; M. Dechamps, ministre des travaux publics, et M. le général-major Dupont, ministre de la guerre.
La session de 1848-1844 eut pour principal résultat l'éUblissement d'un système commercial fondé sur le principe des droits différentiels.
Dans le courant de 1844, des négociations ouvertes avec la Prusse pour améliorer les rapports commerciaux de la Belgique et du Zollverein ont été rompues, et des mesures hostiles avaient d'abord été adoptées de part et d'autre. Mais au moment où nous écrivons, nous apprenous qu'un traité réciproquement avantageux a été conclu le 1» septembre 1844, entre les deux pays '. X
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BÉLIDOR (BiiiTARD FOREST db), ingénieur célèbre par ses écrits sur Tarchitecture civile, militaire et hydraulique, les mines et rartillerie.— Né en Espagne, mais élevé en France par un ingénieur militaire, il en reçut le goût des mathématiques et de la science des fortifications; il se livra avec tant de succès à ce genre d*études qu*il fut, quoique très-Jeune encore, choisi par les ingénieurs de la Flandre, pour aider Cassini et la Hire dans le tracé de la méridienne. Ces savants Tapprécièrent et le produisirent. Professeur à Técole d*artinerie de la Fère, il fut appelé, à la sollicitation des officiers de ce corps, à en faire partie avec le grade de commissaire d^artillerie, et rendit bientôt un grand service à cette arme par la publication du Bombardier français (1731), ouvrage qui donnait pour la première fois aux artilleurs des tables pour diriger avec précision le Jet des bombes. Ces tables étaient construites d*après les principes qu*il avait précédemment développés dans son Cours de mathémaUques (1725). Chargé de faire le projet d*une machine hydraulique, et désireux d*en calculer les proportions et la puissance, il s*aperçut que rien n^éiait fait à cet égard, et que la mécanique rationnelle n*avait reçu presque aucune application dans la construction des machines et des travaux publics. Dès lors il conçut le projet d*introduire dans la pratique des arts mécaniques Pusage des théories mathématiques et physiques, et pour atteindre ce but, d*écrire un grand ouvrage sur Thydraulique, où les faits seraient constamment ramenés aux principes , où rien de ce qui peut être calculé ne fût laissé aux tâtonnements de Taveugle routine. BMmmenses recherches, plusieurs fois interrompues par ses devoirs militaires, donnèrent naissance à son Architecture hydraulique (4 vol. in-fol. 1737-1755), où il donna la description d*une machine entièrement nouvelle et très-ingénieuse, destinée à élever Teau d*un mouvement continu, et à la-
artlcle, p* 163 1 1<« colonift agricole* naguère établies dana la proTÎnca «l'Anvers, n'existent plus. Quant à l'iostruction prt* maira» ce n'est point, cooune il est dit à la page 161 1 chaque ville qui pent avoir une ëcole primaire supérieure, mais chaque arron. dissement judiciaire. De plus (page 158), c'est la coofécKfration germanique qui rédama le dnrhé de Lusrmhourg, et la Hollande le dnché de Limbourg : à cet égard, il y eut, comme on sait, un diCTérend, mais ce ne fut pas entre les deux pays (Hollande et Belgique) qu'il cxisu. Enfin , nous crojons devoir déclarer que ces rectifications sont faites d'après nu document officiai qui ne nous est parvenu qu'au moment o& la Irt partie de cet article (la stn» tisUque) éuit dëji sous presse. C'est ce qui nous force k placer ici la présente note.
quelle la justice de la postérité a conservé le nom de machine à colonne d'eau de Bélidor. Quoique près d'un siècle se soit écoulé depuis la publication de cet ouvrage, et que la science ait foit de grands progrès, c*est encore un des meilleurs traités que nous possédions sur la matière. Tout ce qui est relatif à la description des procédés, à Tadministration des travaux et à Thistoire de Tart ne laisse rien à désirer; mais la partie théorique et mathématique, imparfaite même du temps de Bélidor, est aujourd'hui tout à fait défectueuse. Elle a été complètement rectifiée dans le premier volume par M. Navier, qui en a donné une excellente édition en 1819. Déjà cet ingénieur avait, en 1813, enrichi de ses savantes notes un autre traité de Bélidor, la Science des ingénieurs, où il s'occupe de Tarchitecture miliUire, et qui mérite encore d*étre consulté. — Bélidor avait fait des recherches sur les effets de la poudre, et croyait avoir reconnu que Ton pouvait économiser moitié de la poudre employée dans le tir des canons. Cette opinion, que le temps ne parait pas avoir sanctionnée, fut pour lui la source de grands chagrins. N'ayant pu faire accueillir ses idées de ses chefs, il s'adressa au cardinal Fleury; mais le prince de Bombes, grand maître de l'artillerie, offensé de cette conduite, le dépouilla de toutes ses places. Le maréchal de Bellelsle, qui l'aimait, le rappela au service; depuis lors il fit plusieurs campagnes en Allemagne et en Italie , et ses talents comme ingénieur lui valurent un avancement rapide. Il devint inspecteur de l'arsenal de Paris , brigadier des armées, et inspecteur général des mineurs. Il était membre des Académies des sciences de France, d'Angleterre et de Prusse. Né en 1698, mort en 1761. A. dbs GnfBvn.
BÉLIER. (Histoire naturelle,) A^otT* Mouton.
BÉLIER. (Art militaire.) L'invention de la poudre a fait renoncer à cette machine que les anciens employaient pour percer et détruire les murailles des villes qu'ils attaquaient. On en attribue l'invention aux Carthaginois qui en varièrent la forme sans en varier sensiblement les effets. Son nom lui vient de ce que la masse de fér placée à son extrémité, dont on se servait pour battre les murailles, représentait une tête de bélier.
La fdrme la plus usitée était celle du bélier suspendu. Il était composé d'une poutre garnie à l'une de ses extrémités d'une tête de bélier en fer ou en bronze, que l'on suspendait avec des chaînes ou de gros câbles à une autre fdrte poutre transversale soutenue par un échafaudage en grosse charpente, et elle était balancée en équi-
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libre. On mettait la machine en mouvement en retirant la poutre en arrière à force de bras et en la laissant ensuite tomber contre les murs.
Yespasien employa un bélier énorme contre les murs de Jérusalem; la masse qui serrait de eontre-poids à la tête du bélier pesait 1,500 talents (environ 90,000 kilogrammes). Le bélier était placé sous une galerie couverte qui portait le nom de tortue, ou dans une tour de bois consacrée à cet usage.
Quand on avait ébranlé les murailles que Ton attaquait avec cette machine, on employait une longue pièce de bois garnie d*un grappin pour abattre les pierres. Cette machine s*appelait corbeau démolisseur. Les assiégés se servaient de corbeaux d^une autre forme pour neutraliser lés effets des corbeaux ou béliers des assiégeants. On voit dans les Commentaires de César que les Gaulois, assiégés dans Bourges, détournaient les corbeaux démolisseurs avec lesquels on jetait bas les débris des murailles, et qu*après les avoir accrochés ils les enlevaient en haut avec des machines. Les anciens avaient des corbeaux à griffe dont ils se servaient pour enlever les hommes dans les assauts et les escalades.
L*empereur Sévère employa au fomeux siège de Byzance, qui dura 3 ans, une espèce de corbeau dite corbeau à tenailles pour pincer les béliers et les enlever. Ces machines étaient aussi très-usitées dans les combats sur mer.
Les assiégés, pour détruire l'effet du bélier, lui opposaient des matelas ou des sacs remplis de paille, ou précipitaient sur cette machine, pour la fracasser, des pierres énormes, des masses de plomb, des tronçons de colonnes et de statues, comme le firent les Romains dans la défense du m(V]e d*Adrien contre les Gotbs. Carittb.
BÉLIER HYDRAULIQUE. C*est une machine destinée à élever les eaux par le choc des eaux elles-mêmes. Elle fut inventée en 1796 parle célèbre Montgolfler, qui rappliqua d^abord à sa papeterie de Yoiron, en Daupbiné. La seule condition indispensable à son emploi , c'est une chute d*eau suflSsante; car elle peut mettre à profit le plus mince filet d*eau pour produire avec le temps les plus grands effets. Elle emploie avec économie la force motrice d*une chute d^eau à faire remonter une partie de ce liqidde à une hauteur considérable; et par suite, elle peut mettre en Jeu un mécanisme quelconque. Lorsqu'il faut amènera une manufacture des eaux placées à un niveau inférieur, lorsque Teau s*est élevée dans un puits artésien à peu de distance de la surface sans avoir atteint la hauteur utile, enfin si une source jaillit des flancs de la
colline sur laquelle est assis votre château, et qu'il vous prenne envie d'ajouter aux commodités de votre habitation celle d'une distribution d'eau abondante et continue, ou bien aux ornements de votre parc des bassins et des jets d'eau pittoresques, ayez recours au bélier hydraulique. Aucune machine n'atteindrait le but à moins de Irais, aucune ne serait d'un entretien journalier aussi peu coûteux. — Essayons d'en faire comprendre la composition et le jeu : l'eau est reçue au sommet de sa chute dans un tuyau, incliné pendant la plus grande partie de sa longueur, puis horizontal. Ce tuyau, fermé à son extrémité inférieure, se nomme le corps du bélier; la portion horizontale est la tête du bélier. Sur la tête du bélier sont percés deux orifices sur lesquels s'appliquent exactement des soupapes, dont l'une, dite soupape d'écoulement, se ferme de dedans en dehors^ et l'autre, appelée soupape d'ascension , s'ouvre et se ferme en sens contraire. Celle-ci est surmontée d'un tuyau nommé tuyau d'ascension. Ce sont deux boulets creux retenus par des museulières qui servent de soupapes. — La soupape d'écoulement est ouverte; l'eau, en descendant avec une certaine vitesse, s'échappe d'abord par cet orifice, puis le ferme bientôt par son choc et se trouve arrêtée. Mais comme elle ne peut perdre tout d'un coup la vitesse qu'elle avait acquise dans sa chute, elle réagit sur les parois du canal, soulève la seconde soupape, et s'introduit dans le tuyau d'ascension. En s'élevant elle perd graduellement sa vitesse et sa force ; les boulets retombent par leur propre poids, l'un sur sa muselière, l'autre sur Torifice d'ascension; l'eau cesse d'entrer dans le tube d'ascension et recommenceà s'échapper par l'orifice d'écoulement; une soupape est fermée, l'autre ouverie, et les mêmes effets se renouvellent sans cesse à intervalles sensiblement égaux. —L'eau qui est chassée dans le tuyau d'ascension s'arrêterait chaque fois que la soupape retombe si l'on n'avait soin de rendre le mouvement d'ascension continu en plaçant au-dessus de cette soupape un réservoir d'air. Lorsque le coup de bélier lance l'eau dans ce réservoir, Tair qui s'y trouve est comprimé contre les parois, et quand la soupape retombe, l'air, tendant à reprendre son volume, fait ressort contre la surface de Teau, et la force k passer dans le tuyau d'ascension , qui s'embouche au bas du réservoir. Ainsi l'eau s'élève sans interruption, tantôt par le choc du bélier, tantôt par rélasUcité de l'air. Une source qui fournit 84 litres d'eau par minute, et dont la chute est de 10 mètres 6 décimètres envoie par l'in-
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termédiaire d*un bélier hydraulique 17 li Ares d*eau par minute à une hauteur âe S4 mètref . A. DIS GBiiiyn.
BËLISAIRE, un des plus illustres guerriers dont les annales romaines aient conservé la mémoire, doit cependant sa plus grande célébrité, celle que lui ont faite les artistes et les poètes parmi le vulgaire illettré, à une febie romanesque. C*est le conteur Tzetzès qui, à la fin du XII* siècle, 600 ans après les événements, s'avisa de trouver les infortunes de Bélisaire, aveugle et mendiant, plus piquantes que la vérité historique et meilleures pour animer ses vers, s*ils avaient pu s*animer. Plusieurs érudits recommandables , à Tépoque de la renaissance des lettres, prirent intérêt à ce récit par Pattrait de la nouveauté, par la séduction de TefiFét oratoire ou de renseignement philosophique, par le plaisir même de la découverte dans une mine obscure où il n'était donné qu'à peu d'habiles de pénétrer. Crinitus, Yolaterranus, Pontanus, Egnatius répandirent cette tradition dans le monde savant ■ ; de là elle passa sur les théâtres, dans les romans, dans les peintures. Toutefois Tzetzès n*en est pas le premier auteur; un écrit anonyme du xi« siècle prouve qu'elle avait cours avant lui. Mais les plus judicieux critiques, Pagi, Ducange, Bandun, Lebeau, Gibbon s'accordent à la rejeter parmi les inventions apocryphes. Un jeune Anglais, dans un livre rempli d'une instruction curieuse et solide sur la vie de Bélisaire ', s'est efforcé en vain de remettre Tzetzès en crédit; il n'a pu réussir qp'à faire preuve d'esprit et de savoir, et en même temps de bonne foi ; car il avoue les défauts ordinaires de l'écrivain qu'il défond. Il reconnaît aussi avec Winckelmann que la statue dite le Bélisaire mendiant, placée autrefois dans le musée Borghèse, à présent dans celui du Louvre, est d'un travail trop précieux pour qu'on n'y voie pas une production de l'art bien antérieure à rage de décadence où Bélisaire vécut.
Revenons à l'histoire. Si on l'interroge sur la famille du héros, sur le lieu et la date de sa naissance, sur ses premières années et son éducation, elle garde le silence ou ne donne point de réponse précise.«Tout ce que nous pouvons savoir, c'est qu'il vit le jour sur les confins de la Thrace et de Tlllyrie, dans une ville que Procope nomme Germania, maintenant inconnue; le reste est livré aux conjectures. Le biographe
* Ciiniuétkomtst. iiêcipl, ts, 6, Vohurr. jintropoî, Hb. mu, p. 710, PbMin. de foHiimi. opcr. vok U, p. 2S8, BfMt. et •mtmfU iV, Mr. Kh. ■▼, p. 119.
anglais parait induire assac justement de quelques paroles de Procope en un de ses ouvrages * et de son silence dans un autre ^, que Bélisaire n'avait pas eu des parents pauvres incapables de cultiver sa jeunesse. On ne commence à le connaître que du moment où il fait partie de la garde de Justinien, du vivant de Justin le**. Était-ce son premier emploi? avail-il passé par une autre milice avant d'y parvenir? nous l'ignorons. Il fut envoyé en Orient à la tète d'un corps de cavalerie, se distingua par des expéditions hardies, et devint gouverneur de Dara, qui servait de poste avancé contre les Perses, depuis que Nisibe était tombé en leur pouvoir. Bientôt après, Justinien, qui venait de monter sur le trône (538), le nomma général en chef de l'armée et des frontières d'Orient. U y acquit de la gloire par des combats heureux, par de savantes manœuvres, et même par une défaite. La présomption et la désobéissance de ses soldats le forcèrent, malgré ses remontrances, d'en venir à une action auprès de Caliinique ; ils furent battus par les Perses. La paix lui permit de revenir à Constantinople (531 ). Ce fut alors qu'il eut le malheur d'épouser Antonine, fiUe d'un conducteur de chars, favorite de l'impératrice Théodora, autrefois sa digne amie. Ainsi la pourpre impériale et les lauriers militaires servaient de joyaux et de présents de noces à deux prostituées. Justinien dut en ce temps la conservation de sa couronne et de sa vie à Bélisaire. La haine de Théodora contre une faction du cirque (ses haines et ses affections devenaient celles du prince) excita une sédition : Constantinople était en proie aux révoltés; ils avaient proclamé un autre empereur; Justinien ne songeait plus qu'à la fuite. Bélisaire se met à la tète de quelques hommes de sa garde, car c'était alors une coutume moitié barbare, moitié romaine, que les chefe d'armées eussent des compagnies de soldats attachées à leur personne, semblables à la fois aux prétoriens des anciens généraux et aux dévoués, aux fidèles des princes germains. Bélisaire vainquit la rébellion (553). L'année suivante, il prit le commandement de l'armée que Justinien envoya pour reconquérir l'Afrique sur les Vandales. La seule idée de cette expédition avait fait pâlir les membres du conseil et reculer tous les généraux ; Justinien persista dans son dessein et Bélisaire l'exécuta dans l'espace de neuf mois (juin 533, avril 554). Plusieurs ar-
• Thtl(fê^B*tiê0riàêhjlotà
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mées de Vandales lurent détruites successivement et les Mores chassés dans leurs déserts; les étendards de Tempire romain flottèrent encore une fois sur les remparts de Ctfrtbage, et le butin amassé par Genséric et ses successeurs suivit à Constantinople Gelimer, dernier roi des Vandales, amené captif par Bélisaire. Le consulat, qu*aucun sujet n*obtint plus dans la suite, fut, avec une partie de la dépouille des vaincus, la récompense du général victorieux. Sa richesse devint si grande qu*il pouvait entretenir 7,000 hommes à ses dépens. Cétaient les beaux jours du règne de Justinien : il appréciait Bélisaire sans le craindre, il se servait de lui sans le punir de pouvoir être dangereux. L'occasion s'offrit d'enlever l'Italie aux Ostrogoths. Tout leur était contraire : irritation des peuples contre les barbares ariens, dissensions parmi les conquérants, gouvernement affaibli entre les mains d'une femme et d'un roi lâche et odieux. Cependant ils pouvaient mettre 150,000 hommes sous les armes, Bélisaire n'en eut jamais plus de 19,000. Il s'empare de la Sicile, grenier de l'Italie : il prend Naples d'assaut, se rend maître de Rome, y soutient un long siège, poursuit à son tour les Goths, investit Ravenne leur capitale, et conduit encore une fois à Constantinople un roi captif, ViUgès (555-540). On dit que les Goths lui offrirent la royauté; à la cour de l'empereur, les calomnies et les soupçons ne l'épargnaient pas; en retournant k Constantinople il avait obéi à un ordre de rappel. Il est vrai qu'il fallait déliendre l'Orient ; il le défendit contre le redoutable Coshroès (541-543/. Mais il succomba luimême à l'inimitié d'une femme. Antonine, après l'avoir déshonoré par le scandale de ses débordements, voulut, non pas le perdre, il lui était nécessaire, mais l'humilier pour satisfaire sa vengeance. Les yeux fascinés du trop crédule mari s'étaient ouverts à la fin : il surprit sa femme coupable, et, dans sa colère, il la fit enfermer. Mais sa femme était la confidente de Théodora : il tomba dans la disgrâce de l'empereur. On l'accusa d'un complot, il fut jeté dans les fers, dépouillé de ses biens, menacé du supplice, et n'obtint sa grâce que par l'intercession d'Antonine. U fallut qu'il la remerciât à genoux et qu'il la priât d'oublier le passé; elle voulut bien tout oublier , excepté son amour adultère. Bélisaire flétri alla une seconde fdis en Italie pour reprendre ses conquêtes perdues en son absence. Mais après des alternatives de succès et de revers, mal obéi, mal secouru, il finit par échouer, et il demanda la permission de retourner à Constantinople (544-548). II vécut pendant 11 ans
dans l'inaction ; Justinien était veuf de Théodora. Tels furent les courtisans qui après elle abusèrent de la vieillesse de Tempereur que la mort de cette femme était une calamité publique. Un péril soudain de l'État rendit encore une fois à Bélisaire pour un moment son éclat et sa puissance. Les courtisans souffrirent qu'il reprit son épée pour les sauver, avec Tempire, de l'invasion des Bulgares (550). Mais, la première terreur passée, ils recommencèrent leur guerre contre lui, et, sur l'imputation mensongère d'avoir trempé dans une conspiration contre la vie de Justinien, il subit une enquête outrageuse, fut retenu longtemps en captivité, et n'échappa au supplice que parce qu'il n'était plus à craindre ou parce qu'on le réservait pour le cas d'un nouveau besoin. On lui rendit même ses biens en grande partie. Quelques mois après (665), il mourut, et avec lui l'honneur des armes romaines. Grand général, administrateur habile, et, ce qui était plus rare en ce temps et â celte cour, honnête homme, fidèle envers un prince ingrat, ayant refusé uue couronne pour le servir et lui garder la foi jurée, il aurait brillé d'une gloire sans tache s'il avait eu ou plus de force de caractère ou une autre épouse. Naddxt. BELL (AiiBRt), inventeur de la méthode dite d'enseignement mutuel, était natif de TÉcosse et fut reçu ministre de TÉglise anglicane. Inspecteur d'une école d'orphelins dans les Indes, il a eu l'idée de faire instruire les élèves moins avancés par ceux qui le sont davantage , et il a fait l'emploi de cette méthode dans uue institution d'£gmore, près de Madras, de 1790 à 1705. Le rapport qu'il présenta sur sa méthode à la compagnie des Indes a été publié à Londres en 1707. Ce rapport fit d'abord peu de sensation ; mais l'année suivante Jos. Lancaster (vojr-), quaker, établit dans un des faubourgs de Londres une école dé pauvres qu'il.dirigea d'après la méthode de Bell ; et, soutenu par la générosité de quelques amis d'enfauce, il établit, en 1805, une autre école où il réunit jusqu'à 800 enfants. Les ecclésiastiques anglais, mécontents de devoir l'amélioration de l'enseignement mutuel â un quaker, opposèrent Bell à Lancaster et déclarèrent le premier seul inventeur de ia méthode. Il fut chargé d'établir ces écoles en Angleterre et de composer pour elles les livres nécessaires. Bell fut soutenu par le parti de la cour; Lancaster, par celui du peuple. Le comte de Laborde importa, en 1814, leur méthode en France, où l'on parait en avoir eu connaissance dans le xvii* siècle; le chevalier Paulet, dit-on, l'a appliquée â un petit nombre d'élèves. Quoi qu'il
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en soit, dès 1815 une société se forma à Paris sous le nom de Société pour ^instruction élémentaire. Cette société, soutenue par des contributions volontaires, a poursuivi son but avec persévérance. Une ordonnance royale, du 19 février 1816, vint lui prêter un nouvel appui. Bell mourut en 1852. f^oy* ErrsBioiiiHBNT wo-
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BELL (Jean et Charles), célèbres chirurgiens anglais contemporains. Les deux frères ont suivi la même carrière et ont publié en commun des ouvrages estimés. Jean Bell, né à Edimbourg, en 1763, après des études médicales complétées par un voyage en Russie et dans le nord de TEurope, se livra à l'enseignement de la chirurgie et des accouchements. Pendant 10 années il y obtint un succès brillant qui le conduisit bientôt à une clientèle très-étendue, et à laquelle il fut contraint de se livrer exclusivement, en s*occupant néanmoins de la publication de ses ouvrages dont il dessina et grava lui-même les planches, aidé de son frère Charles. Jean Bell fut un des anatomistes et des chirurgiens les plus habiles de ces derniers temps, et il fut recherché avec empressement pour pratiquer les opérations les plus difficiles et les plus délicates. En 1816, il fit une chute de cheval des suites de laquelle il parait ne s*être jamais complètement rétabli, et il mourut à Rome, en 1820, dans un voyage qu'il avait entrepris pour sa santé et dans lequel il reçut les témoignages les plus flatteurs de Testime et de la confiance qu'il avait inspirées. Bell avait lu prodigieusement. Ses lectures lui avaient profité et avaient donné à son esprit et à sa conversation un charme tout particulier qui tempérait ce que la vivacité extrême de son caractère avait de désagréable. Ses ouvrages principaux sont VAnatomie du corps humain, Zyoï. enrichis de magnifiques gravures; Principes île chirurgie, 3 vol. in-S**; Discours sur la nature et le traitement des plaies, etc.
Charles Bell, chirurgien dé l'hôpital de Midlesex et professeur d*anatomie à l'une des écoles de médecine de Londres , est aussi un anatomiste et un chirurgien du premier ordre; outre la part qu'il a prise à la publication de VAnatomie du corps humain, il est encore l'auteur d'un Système de médecine opératoire basé sur l*anatomie, 2 vol. in-8« ; d'un recueil trimestriel, intitulé Observations de chirurgie, et de plusieurs monographies sur diverses maladies chirurgicales; enfin d'une collection de gravures représentant des sujets d'anatomie pathologique. F. Ratieb.
BELLA-BONNA, Belle-Damb. Ces noms élégants ont été donnés à plusieurs plantes qui n'ont entre elles aucune ressemblance. Telles sont Vatriplex hortensis ou arrocbe des Jardins (voyes Belle-dame) , V amaryllis belia-^onna, plante de la famille des narcissées, le solanum vespertilio, plante épineuse des tles Canaries, où ses fruits donnent un suc rouge auquel les joues des femmes empruntent un coloris brillant; enfin, la belladone des jardins, atropa bella-donna, à laquelle nous allons consacrer quelques lignes. — Cette plante, de la famille des solanées, a acquis une triste célébrité par un grand nombre d'empoisonnements. L'historien Buchanan raconte que les Écossais, ayant fait trêve avec les Danois, mêlèrent du suc de belladone aux boissons t|u'ils s'étaient engagés à leur fournir, et qu'un sommeil léthargique livra bientôt les Danois au fèr de leurs perfides ennemis. De cette nature malfaisante lui est venu son nom d*atropa, emprunté à la parque Jtropos. Elle a dû celui de bella-donna à une propriété plus innocente. Les Italiens assurent que de son eau distillée on peut retirer une espèce de fard propre à entretenir la blancheur de la peau. — Toutes les parties de la plante renferment le principe vénéneux; mais c'est surtout dans les baies noires dont elle se charge que résidé le danger; car elles séduisent par leur aspect vulgaire et leur saveur légèrement sucrée. Malheur à l'enfant qui les goûte imprudemment; les effets en sont prompts et terribles. Chez les uns, c'est un délire stupide comme celui de l'ivresse; chez les autres, ce sont des convulsions poignantes, et chez tous ces symptômes mènent à la mort, si l'on ne se hâte d'avoir recours à de puissants vomitif^. Les médecins recommandent l'emploi des acides, et surtout du suc de limon et du vinaigre; mais j'ai lieu de mettre en doute l'efficacité de ce remède. En efl^t, quelques gouttes d'une infusion de belladone introduites dans l'œil ont la singulière propriété d'élargir instantanément la pupille, et l'on a remarqué que l'addition d'un acide ne détruit pas cette propriété, d'où l'on peut conclure que les acides ne sauraient être opposés à l'influence narcotique de la belladone. Suivant le chimiste Brandes, le principe vénéneux de la belladone peut en être séparé sous forme d'une matière cristallisée, incolore, douée de réactions alcalines et susceptibles par conséquent de se combiner avec les acides. Il a proposé de la nommer atropine. A. des Giubves.
BELLAT. yoy. Do Bellay.
BELLE-ALLIANCE, ^oy. Waterloo.
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BELLS*ISLE ( Cbables-Louis-Aoguste FOU- QUST, comte de), né eu 1684 à Villefranche (Rouergue), était petit-fils du surintendant Fouquet. Très-Jeune encore il commandait un régiment de dragons au siège de Lille ; blessé, il fut faiit brigadier des armées du roi, puis il passa en Espagne où il se fit une réputation militaire trèsbrillante. Yillars remmena aux conférences de Rastadt, et les services qu^il rendit là comme négociateur lui valurent le gouvernement de Huningue. Maréchal de camp en 1710, il eut part à la prise de Fontarabie et de Saint-Sébastien, revint en France à la paix, et, après avoir été enveloppé dans la disgrâce de Leblanc, fut pronra au grade de lieutenant général (1732). En 1734, sous les ordres dû maréchal Berwick, il prit Trêves et Trœrbach, rendit des services lors du siège de Philippsbourg, et eut la gloire de tenir télé au prince Eugène dont les plans tendaient à délivrer cette ville. La paix de 1736, qui assurait la Lorraine à la France , fut en grande partie Touvrige du comte de Belle-Isle qui fut ensuite investi à perpétuité du gouvernement de Metz et des trois évècbés. L^année suivante il fut chargé, conjointement avec le maréchal d^Asfeld, de reconnaître Télat de toutes les places de la Meuse, et en 1738 il fournit un plan relatif à la succession de Berg et de Juliers. Ce plan fut adopté. Belle-Isle alors aurait voulu être nommé à une grande ambassade; mais le cardinal de Fleury ne voulant point Téloigner lui donna le bâton de maréchal de France.
Sur ces entrefaites Tempereur Charles YI mourut (1740), et une nouvelle guerre de succession embrasa TEurope (1741). BelIe-Isle avait parcouru TAllemagne pendant la courte période de temps qui sépara ces deux événements et négocié en secret la nomination de Télecteur de Bavière, Charles- Albert (Charles VU), à l*Empire. En même temps Belle-Isle avait demandé 100,000 hommes pour aller conclure la paix dans trois mois sous les murs de Vienne; on les lui donna. Tandis que Charles-Albert pénétrait jusque près de cette capitale, il s'avança en Bohème et s'empara de Prague par surprise. Mais son ambition démesurée gala tout. Comme il voulait à la fois remplir la double fonction de négociateur et de guerrier, il parut à Francfort avec le titre d'ambassadeur extraordinaire dans tout Téclat d'un prince d'Empire; la diète influencée par ses soins élut Charles-Albert Empereur. Pendant ce temps ses lieutenants commettaient des fautes graves; Belle-Isle malade leur envoyait souvent des ordres peu en harmonie avec les exigences du moraeoU La petite victoire de Sahai sur le prince
de Lobkovitz améliorait peu les affaires ; enfin la Saxe et la Prusse abandonnaient la cause commune. Hors d'état de tenir la campagne, Belle- Isle se Jeta dans Prague avec 28,000 hommes qu'assiégèrent bientdt 60,000 Impériaux ; puis, ne pouvant obtenir des généraux de Marie-Thérèse une capitulation raisonnable, il opéra en dix Jours, de Prague à Égra (1744), une retraite que l'on compara dans le temps à celle des 10,000. L'armée de Maillebois acheva de mettre ce corps à l'abri de tout danger. Peu après le maréchal de Belle-Isle et son frère furent arrêtés, malgré le droit des gens, à une po^te hanovrienne, et retenus un an entier en Angleterre (1744-1745). En 1746 Belle-Isle, général en chef de l'armée d'Italie, défendit avec succès les frontières sud-est de France, menacées par les Autrichiens et les Sardes; deux ans après, il fut créé duc et pair, et, en 1753, il fut chargé du portefeuille de la guerre, qu'il garda presque jusqu'à sa mort. Il s'appliqua surtout à détruire les abus qui se perpétuaient dans l'organisation de l'armée, et principalement la nomination de ce qu'on appelait burlesquement colonels à la bavette. Déjà il avait eu la plus grande part aux fameuses ordonnances militaires de 1737. L'Académie de Metz et l'ordre du Mérite lui furent redevables de leur fondation. Il était de plus membre de l'Académie française depuis 1756. Sa mort eut lieu le 26 janvier 1761. On a de lui des Mémoires.
Lodis-Charles-Armand Fouqubt, son frère, connu sous le nom de chevalier de Belle-Isle, né en 1693, se signala par plusieurs faits d'armes très-brillants, et péril à la funeste affaire du Colde-l'Assiette, en essayant de forcer le passage de ce nom à la tète de 50 bataillons (1746). 11 avait aussi du goût pour la carrière diplomatique. A un génie ardent, à une ambition encore plus excessive que celle de son frère il joignait une passion immodérée pour les femmes. Val. Parisot.
BELLÉBOPHON est un des héros mythologiques immortalisés par les poètes. Il était fils de Glaucus, roi de Coriuthe, et petit-fils de Sisyphe. Il s'appelait d'abord ^//^ponotï^; mais ayant tué par mégarde son frère ou quelque grand personnage de Corintbe, on le nomma Belléropbon, c'est-à-dire meurtrier de BelleroUs. Forcé de s'expatrier à la suite de ce crime involontaire, il alla chercher un asile à la cour de Proclus ou Prœtus, roi d'Argos, dont l'épouse, Sténobée ou Antée, essaya de le rendre sensible à la tendresse qu'elle avait conçue pour lui; mais Belléropbon ne voulut pas trahir la confiance du roi d'Argos,
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et Sténobée furieuse Taccusa d'ayoir voulu la iéduire» Cette calomnie eut tout le succès qu^elle en attendait : Proclus resi^ectant les droits de rhospitalité ne se vengea pas lui-même, mais il envoya Belléropbon chet Iobatês,son beau-père, roi de Lycie, avec des lettres dans lesquelles il le priait de le faire mourir. Belléropbon, prévenu des dangers quMl courait, sortit triomphant de toutes les épreuves qui lui furent suscitées par lobatès; grâce à la protection de Minerve qui lui amena le cbeval Pégase, il défit et tua la Cbimère, monstre borrible que lobatès lui avait ordonné de combattre. Il dompta ensuite les Solymes, les Amazones et les Lyciens; lobatès, reconnaissant son innocence, lui donna la main de sa fille Pbilonoé, et le déclara successeur de son trône.
Il est resté de cette tradition, moitié fabuleuse et sans doute moitié historique, une expression proverbiale, d*après laquelle on nomme tetlreê de Bellérophon, les lettres écrites contre ceux qui les portent. DtADOÉ.
BELLES-LETTRES. Vor^ LiTTÉRATDRi.
BELLIAED ( Augcsthi-Daii ibl ), naquit à Fontenai-le- Comte en Vendée, le 95 mai 1769. Lorsque la France envahie fit un appel à ses enfants, il y répondit Tun des premiers, et le 8 septembre 1791 il fut élu capitaine au !«' bataillon des volontaires de la Tendée par ses concitoyens de Fontenai. Il se montra digne de leur confiance, et, bientôt après, officier d'état-major de Dumouriez à Tarmée du Nord, il se distingua aux affaires de Grand-Pré, de Sainte-Menehould, de Quiévrain et surtout à JemmapeS) où il gagna le grade d'adjudant général, en s*emparant des redoutes prussiennes à la tète des hussards de Berchini. Lofs de la défection de Dumouriez, dMnJustes soupçons planèrent sur le jeune Belliard ; on le destitua, mais on ne pouvait Tempécher de servir la patrie, et il s*empressa de rentrer comme soldat dans le 3« régiment de chasseurs à cheval. La réparation ne se fit pas attendre : rendu à ses fonctions d*adjudant général sous Hoche, il passa en 1796 à Tarmée dltalie. Le nom du général Belliard se rattache à toutes les grandes actions de cette mémorable campagne. Après avoir combattu à Castiglione, Vérone, Caldiero, il mérita «ur le champ de bataille d*Arcole, où il fut grièvement blessé, les épaulettes de général de brigade. Aussi modeste que brave, Belliard ne se croyait point encore assez d'expérience pour accepter un tel grade; il demanda comme une ftiveur de continuer ses fonctions d*adjudant général; et, pour le faire changer de résolution» il fallut que^ par une
lettre formelle en date du \« vèutose au v, le ministre ne lui permit pas de refuser plus longtemps. Il obéit, bien convaincu qu'il venait de contracter de nouveaux engagements envers la république et il se hâta de les acquitter au passage du Lavis, en ouvrant à Joubert la vallée de l'Adige^ en s'emparant de Civita-Veccfaia« et en déployant dans sa mission auprès de Ferdinand tant d'adresse et d'énergie que ce prince n'osa plus faire marcher l'armée napolitaine au secours des campagnes soulevées contre les Français. — En 1797, le général Belliard fut désigné pour faire partie de l'expédition d'Egypte. Cetttf campagne à Jamais mémorable mit le sceau à sa réputation, non -seulement comme militaire, mais aussi comme administrateur, et lui concilia pour toujours l'estime du général en chef. Après s'être couvert de gloire à la prise de Malte, à Elgata, â Chebreisse, aux Pyramides, à Sedinam, à Syène, à la bataille d'Héliopolis, à la prise du Caire, où il reçut une blessure grave, il fut nommé gouverneur de cette ville et général de division. Le général Belliard avait alors 53 ans. U se trouva bientôt dans la position la plus difficile. Sans munitions, presque sans vivres, n'ayant pas assez de troupes pour contenir une population ennemie et garder la vaste enceinte de la place qui lui était confiée, il se vit attaqué par trois armées à la fois; mais ses mesures furent si bien entendues, son attitude si caUne, que l'ennemi, n'osant courir les chances d'une bataille, aima mieux lui accorder la plus honorable capitulation. — A son retour en France, le général Belliard reçut les félicitations du premier consul, qui le nomma en 1801 commandant de la 24« division militaire. Les bornes de cet article nous forcent de passer rapidement sur les faits d'armes du général pendant les guerres de l'empire; nous ne pouvons que nommer les batailles auxquelles il assista. Major général de la cavalerie sous Murât, il contribua aux succès de Wertingen, Neresheim, Langueneau, il fut nommé grand officier de la Légion d'honneur quelques jours après la bataille d'Austerlltz. Pendant les campagnes de Prusse et de Pologne en 1807 et 1808, il prit part â la baUUle dléna, aux journées de Stettin, Lubeck, Hoff, Halsberg, Eylau, Friediand et Tilsitt. Envoyé en 1808 à l'armée d'Espagne, il contribua à la reddition de Madrid, dont il fut gouverneur, et sut par sa modération et son équité se faire aimer des Espagnols, qui le respectèrent même dans leurs émeutes. Le général Belliard quitta l'Espagne pour faire partie de l'expédition de Russie. Après s'être conduit comme il l'avait toujoui-s
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fAïi^ aux journées de RakoTiàki, Sinolensk, Bo- TO^nsèh, éë fut lui ^tii le p^ëMiei-, à là bataille de lA toskbWa, éouçUt Taudaiéieusé idëe, exécutée par Caulâinéourt, de faife etilever la gràtide redoute par la cdvaleHé, tandis que lui-même, en établissant une batterie de viligt pièces de canon, forçait & Id retraite les masses énormes de là gande russe. BàUgerêuSétnent blessé à Ib- JaTsk, lé gétiéral n*eti continua pas moins de suivre ràHnée, et, nommé pai* t^empereur éolonel général des cuirassiers, il réorganisa toute la cavalerie fran(^e après sa rentrée en Prusse. Aide^major général de Tarmée à la bataille de Dresde, le général Belliard occi!l|[)ait le même poste à Leipzig lorsqull eUt le bras fl^acassé par un boulet. Néanmoins, en 1814, pendant cette campagne à là fois si glorieuse et si funeslé, il reprit son service lorsqu'il était à peine guéri de sii blessure, et sembla se multiplier pour défendre le sol sacré de la patrie. Nommé cornmandant en chef de toute la cavalerie française, il assista àux affiaiires de Haute-Ëpine, de Gbâteau- Thierri, FroinenteâU, Craonne, Lâon, Keims, PariSi et reçut à l^oniainebleau le grand cordon de la Légioh d*honneur des mains de Napoléon, auprès duquel il resta jusqu'au dernier moment. Après Tabdication, il fut nommé par le i-oi chevalier de Saint-Lbuis, pair de France, et major général de Tarmée soUs les ordres du dUc de Berrl. Lors de la k'évolbtion du 20 mars, après la ftolte des Bourbons, le général se rangea sous le drapeau national. Napoléon le nomma ihioistre extraordinaire auprès du roi Joachim; mais le général arriva trop tard pour réparer les fautes du roi de Naples, et il se bâta de revenir en France prendre le commandeihent de la 8« et de la 4« division militaire, dont toutes les places fbrtes opposèrent à l'ennemi la plus vigoureuse résistance. -^ Lors de la seconde restauration, te générât, accusé d'être à la tété d'un complot qui avait pour but de délivrer le maréchal Net, ftit arrêté le 21 novembre 1815 et détenu à l'Abbaye pendant six mois. Après que les passions politiques se furent calmées, il recouvra là liberté; mais il ne fut réintégré sur la liste des pairs que le 5 mars 1819. Pendant tout le temps qu'il siégea à la chambre des pairs, le général ne cessa de combattre avec énergie pour la défense de^ libertés populaires. Lorsqu'en 1830 la révolution de Juillet éclata, il en salua le triomphe avec transport, et fut du petit nombre des pairs qui, réunis cheï M. Laffite, déclarèrent déchue la branche aînée des Bourbons. *- Chargé d'aller notifier au cabinet dé Yienttfe l'Avènement au trône de Ldui8-Philit»pe,
le général sut faire respecler dans sa personne le reprëSéiitant de là France de Juillet, et lever lés difficultés que firent iiàttl*é alors les troubles de Bruxelles. Gefc troublés, facilement réprimés au mois d'adût, prirent le mois suiVant un caractère plus sérieux, et la révolution de Belgique s'accomplit. On sait par quelles intrigues on s^efibrça d'étouffer dès sa naissance cette révolution, et de préparer une restauration que la fureur des partis hâtait chaque Jour et que le refusdu duc de Nemours semblait devbir décider . Mais, tout en refusant la coUrbUne qui lui était offerte, le cabihet du Palais Koyal sentait bien qu'il ne pduvait permettre impunément une restauration en Belgique : rot>inion publique eh France ne lui laissait pas le choix à cet égard; Aussi j au mois de mars 1831, se décidal-il à Se faire représenter auprès du nouveau gouvernement belge par le général Belliard. Les souvenirs honorables que le général avait laissés en Belgique, lorsque 30 ans auparavant il avait été gouverneur de la 24« division ihiiitaire, son caractère bien connu de loyauté et d'énergie, surtout là déélaration qu'il fit hautement que la France ne souffrirait à au- ' cun prix la restauration en Belgique, fit renaître l'espoir dans le cœur des patriotes et les rallièrent autour de lui. Leur confiance ne tut point trompée : le général fit tout pour triompher des lenteurs et des préventions de là diplomatie, et rendre la Belgique ce qU^elle devait être, fbrte et puissante, parce qu'il savait très-bien que la France ne pouvait que gagner aU voisinage d'un État libre, ainsi constitué. Pohr atteindre ce noble but, le général Belliard fit des efforts inouïs. Mais il n'était point en son pouvoir de vaincre à la fois et les hésitations du Palais- Royal et l^obstination des Belges eux-mêmes, qui, longtemps éblouis par les succès faciles qu'ils avaient obtenus sur les Hollandais, ne l'écDulèrent point lorsqu'il les pressait de s'organiser en forces régulières, et ne reconnureht la vérité de ses sages conseils que lorsqu'eu 1831 les triomphes de leurs ennemis eurent rendu leur position plus difficile que Jamais. Grâce à l'activité prodigieuse que déploya le général dans cette circonstance critique, il parvint à sauver l'indépendance de la Belgique et à empêcher le roi Léopold de descendre du trône où il venait à peine de monter. Mais bientôt, malgré ses représentations réitérées, de nouvelles fautes furent commises; l'armée française évacua la Belgique sans avoir rien terminé, sans avoir occupé la citadelle d'Anvers, qu'alors on aurait eue par utte simple démonstration. A cette époque, les
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intrigues de la diplomatie suscitèrent des difficultés plus sérieuses que Jamais ; il redoubla d*activité pour les combattre. Mais quel homme aurait pu suffire plus longtemps à une lutte si prolongée? Les veilles, Texcès du travail, avaient ruiné sa santé ; il dépérissait visiblement. Les négociations si mal entamées pour la démolition des places fortes, au sujet desquelles il fit en dix jours quatre fois le voyage de Paris à Bruxelles, lui portèrent les derniers coups. Il ne tarda pas à succomber. Le samedi S8 janvier 1832, à trois heures de Taprès-midi, au moment où il venait de remettre au roi des Belges une lettre de Louis- Philippe, il mourut subitement, frappé d*apoplexie. Sa mort fut un deuil universel pour la Belgique qui lui érigea à Bruxelles une statue de marbre. Dict. de la Conv.
BELLIN, Bkllini (Jacques, Gbrtilb et Jean). Ces trois peintres (le premier père des deux autres) sont généralement regardés comme les chefs de Técole vénitienne, en ce sens que ce furent eux qui abandonnèrent les premiers cette sécheresse de contours particulière aux peintres des siècles précédents, et connurent et enseignè- ' rent les principes de ce coloris qui rendit si célèbres le Giorgione et le Titien, leurs élèves.
L*on ignore la date de la naissance et de la mort de Jacques Belun , et il n*est guère resté d*autre ouvrage authentique de sa main qu^une madone, citée par Lanzi comme appartenant à un nommé Sasso, et au bas de laquelle Jacopo a laissé son nom.
GxiiTaB naquit en 1421 et mourut en 1501. Jean, né après lui, mourut vers 1516, à 90 ans. Ces deux frères, qu*une mutuelle affection et une émulation paisible unirent constamment, nedoivent point être séparés comme peintres, leurs talents ayant été employés en communauté par la république de Venise, qui leur confia la décoration de la grande salle du conseil, salle dans laquelle ils eurent à représenter les hauts faits des Vénitiens dans la paix et dans la guerre. Gentile, moins favorisé de la nature que son frère, lui resta inférieur en mérite; il conserva plus Taridité de Tancien style, témoin sa Prédication de saint Marc, composition riche d'expressions variées qui, prises sur une nature sans choix, sont rendues avec une vérité qui dégénère en sécheresse. Mahomet II ayant demandé aux Vénitiens un peintre de portraits, la république lui envoya Gentile. Outre le portrait du grand sultan , ceux des principaux seigneurs de sa cour et le tableau de la Décollation de saint Jean, qui donna lieu à une scène d'épouvante pour le peintre, dont nous ne dirons rien ici,
on cite encore de lui une médaille, devenue rare, représentant Teffigie de l'empereur, et, sur le revers, trois couronnes. Quant à Jean Bellin, le plus célèbre des peintres de ce nom, ses prin* cipaux titres à la gloire sont d'avoir contribué plus qu'aucun de ses devanciers aux progrès de ce nouveau style qui devait amener presque subitement la peinture à sa perfection, et d'avoir formé des élèves tels que le Giorgione et le Titien . Les Vénitiens durent à sa libéralité la connaissance du secret de la peinture à l'huile, qu'il avait su obtenir par adresse d'Antoine de Messine, le premier des peintres ilaliens qui en eussent fait usage. Jean Bellin eut en outre un mérite bien rare chez les artistes, celui d'être parvenu, dans un Age avancé, à réformer son style d'après les beaux ouvrages de ses disciples, devenus ses maîtres, et de les avoir égalés plus d'une fois. Entre les tableaux à la détrempe, de sa première manière, et le tableau à l'huile de saint Zacharie, exécuté en 1505 pour l'église de ce nom à Venise, quel immense progrès! On cite encore, comme l'un de ses plus beaux ouvrages, une Bacchanale, datée de 1514, que son grand âge ne lui permit pas d'achever, mais à laquelle le Titien mit la dernière main en la plaçant au milieu d'un paysage délicieux. Les tableaux de J. Bellin sont très-recherchés des amateurs de collections; leurs prix varient selon leur date, leur importance,leur mérite. En 1810, à la vente Lebrun, une Vierge à mi-corps, tenant l'enfant Jésus, s'est vendue 10,000 fr. L'on n'estime pas moins de 200,000 fr. le tableau de la Vierge sur son trône, dont nous avons parlé plus haut, et qui, après avoir figuré au Louvre, a repris sa place sur le mallreautel de l'église Saint-Zacharie à Venise. L. C. Sotbr.
BELLINI (Vincent), l'un des compositeurs modernes les plus féconds, est né à Cataneen 1806, et s'est éteint dans un âge qui permettait de former pour l'avenir les plus belles espérances. Issu d'une famille où la musique est cultivée avec succès, il eut pour maîtres Irrito et Zingarelli. Étant encore élève du conservatoire de Naples, il composa plusieurs morceaux pour la flûte, la clarinette et le piano. Il écrivit, à cette même époque, une cantate intitulée Ismène, Il s'essaya aussi dans la composition religieuse, et produisit trois messes et quelques autres morceaux. Mais son talent ne l'appelait pas au genre de musique sacrée. Alors il se tourna vers le théâtre. Son premier opéra Jdelêon etSalvina fut représenté en 1824, sur le petit théâtre du conservatoire de Naples. Le succès en fut tel, que le théâtre de San Carlo le chargea d'écrire la partition
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de Vopérai BiancaeGernando. Cette pièce commença la réputation de Bellini, qui fut appelé à composer une pièce pour le théâtre de la Scala, à Milan : ce fut // Pirata, ouvrage qui, depuis, a obtenu un si grand succès sur les théâtres européens. Le célèbre ténor italien Rubini y débuta et commença ainsi sa brillante carrière. La Siraniera, I CapuletU e Moniecchi, la Sonambula, Nortna, Béatrice Tenda, se succédèrent depuis 1828 jusqu*en 1833. Ses ouvrages avaient commencé à le faire connaître à Paris. En 1833 il se rendit eu cette capitale, où il écrivit les Puritani, composition qui obtint un succès d^enthousiasme. La musique de Bellini, sans rien perdre de Téclat propre à la musique italienne, tend à se rapprocher de la pureté germanique. Ses compositions sont habilement conçues, et ses effets, surprenants et pleins de charme, sont toujours produits sans effort. Doué d*un assez beau talent pour faire école, Bellini ne pouvait s*attacher à copier servilement un maître; s'il peut être comparé par quelque cdté à Rossini, c'est par suite de ces coïncidences naturelles chez des hommes qui, vivant dans le même siècle, s'adressent au même public dont il ont dû consulter le goût et la tendance. On s'accorde à louer en lui la simplicité, la grâce et le naturel, et un sage emploi de l'instrumentation, qui ne l'empêche pas cependant de produire de beaux effets d'orchestre. Bellini mourut à Puteaux, près de Paris, le â4 septembre 1855. F. Ratier. BELLMANN (GhablesMichel), le poète le plus original que la Suède ait produit, naquit à Stockholm, en 1741, et fut élevé au sein d'une famille modeste et tranquille. Les premiers fruits de sa muse étaient des poésies religieuses, des épanchements d'une âme pure et sensible. Plus tard, la vie dissipée de quelques jeunes' libertins de Stockholm attira sou attention, et leurs joyeuses aventures lui fournirent matière â des chansons qui le firent renommer par toute la Suède. Gustave III qui s'intéressait à Bellmann le pourvut d'un emploi dont les appointements et les fonctions peu péuibles lui permettaient de cultiver, avec indépendance, son beau talent poétique, Ge poète mourut en 1795. Ses ouvrages consistent principalement en chansons populaires, dont un grand nombre ont pour objet des scènes d'orgies, et retracent, avec une vérité frappante, le train de vie que menaient les roués suédois de cette époque-là. 11 règne dans les poésies de Bellmann un ton élégiaque qui semble donner aux pensées iin certain caractère de profondeur; elles sont écrites de verve et renferment des tableaux où la convenance et la fidélité sont ob-
servées jusque dans les moindres détails. Leur couleur locale les rend peu propres à être traduites dans une langue étrangère. Cou v. Lsx.
BELLONE, la déesse de la guerre chez les Romains, et la représentation de l'idée de VEnyo des Grecs et de la fureur dans le combat. Bellone paraît avoir fait partie des divinités de l'ancienne Italie, puisque dans le milieu du cinquième siècle, avant notre ère, Appius Claudius lui avait déjà dédié un temple à Rome. Les poètes en font la compagne de Mars au milieu des champs de bataille, et lui donnent pour attributs une lance et un fouet. Bans les cérémonies de son culte les prêtres s'animaient et se mettaient en fureur, ce qui peut faire croire que cette divinité est d'une origine thrace. On se réunissait souvent dans son temple pour y tenir des conseils. Les monnaies de Mamerlins portent une figure d'Enyo qui ressemble exactement à celle de Bellone. Coriv. LExicon.
BELLOYËSE, chef gaulois, neveu du roi Ambigat, et frère du cousin de Sigovèse, vivait l'an 600 avant i. C. Sa jalouse défiance du vieux roi et l'humeur aventureuse des Gaulois décidèrent lès jeunes princes à tenter une émigration armée. Us se séparèrent au confluent du Rhône et de la Sadne : Sigovèse prit par l'Helvétie et la Germanie, tandis que l'armée de Bellovèse descendait le long du Rhône et se dirigeait vers le pays des Tricastins qu'elle battit. Justement, à la même époque, les Phocéens venaient d'aborder sur la plage gauloise, et les Salyes ne voulaient point leur concéder de terrain; Bellovèse prit soudain le parti des Phocéens et leur assura la victoire. En revanche, ses nouveaux alliés l'aidèrent à franchir les Alpes, et il arriva par les défilés de Turin dans le Piémont et la Lombardie actuelle. Sa victoire du Tésin paralysa la résistance que les Étrusques voulaient lui opposer; et bientôt, maître de la région marécageuse que traversent l'Osona et l'Adda, il bâtit sur la première de ces rivières Mediolanum ou Milan. Sa colonie se composait de Sénones, d'Ambarves, de Carnutes, de Bituriges, d'Êduens et d'Arvernes. Le pays occupé par eux s'appela le Chatnp des Inêubres, Dans la suite beaucoup de peuplades gauloises, attirées par le bruit du succès de Bellovèse et par la beauté du climat, vinrent se fixer aux environs, et c'est ainsi que toute l'Italie septentrionale prit le nom de Gaule cisalpine. Yal. Parisot.
BELLOY (PiirR£Laijre[IT BUIRETTE, plus connu sous le nom de de), né à Saint-Flour (Auvergne) en 1727, mort à Paris en 1775. Orphelin dès son enfance, il avait trouvé un second père
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ôa^s 90Q oncle, avocat à Paris, quj f^^épurgna rien pour son éducation : il le de$Uqait au l^arreau. Ce bon parent n'ayait point contrarié son {(oût pour les spectacles* Les ireprésept^Mops de la comédie française étaient pour un apprenti orateur une étude de nécessité. — De peUoy s'était, par reconnaissance ppur son bienfaiteur, résifpé à rétufte delà jurisprudence; psalc, à peine sorti (les bancs de Técole, il oMblia et Cujas et Bartoi», JMStinien et ses Institutep, pour Corneille et Eacine; il les lisait, les relisait sans cesse, et avec une avidité toùjotirs croissante. Son at(acbeniei|t filial pour ce f^énéreu]^ parent, auquel il deyait tout, lui fit supporter quelque temps Taridité et la monotonie d'pqe science dont une puissante préocciipation pe Iqi permettait pas d>pprécier e\ de comprendre tous les avantages. Mais entraîné par ^p goût irrésistible pour le théâtre, il prit |a résoiiitioi) de quitter son onde; car il savaU bien qu'il ne lui permettrsfit jamais de renoncer à I9 plus honorable professiop pour n^quter sur le^ planchée. Il respecta les préjugés de sop biepfaiteur, et crut que ces préjugés apraien^ moiffs de forpe chez l'étranger que dans spn pays : il quitta la France et partit pour la HMSSie, ishapgeant de nom pour ne pas flétrir celui de sa famiile? et prit celui de Dormant de BeUqy, Dani son rêve 4'avenir, d'illustration e^ de bonheur, i| n'our |)liait ni son onde ni ses parent^ : « Je volerai dans vos bras, leur écriyait-il, si jamais je reviens digne de vous. « Il revint en effet h Paris, en 1758, avec le n^nuspri^ de (W première tragédie, Tih4$. — La chute de cet ouvrage ne le découragea point; il le fit imprime^) partit de nouveau pour la Russie, et ne reparut à Paris qu'avec une nouvelle pièce, Xelmire, dont le succès passa ses espérances. Il renonça dès lors à sa profession d'ac(eur, et s'établit à Paris. — Celte pièce fut ^pivie du «V%e fie QUai$* Celait un sujet fiatiopal, Il fut acciieiUi avee enthoiisiasme. L'auteur fut obligé de paraître sur le théâtre aux quatre premières représentations* Les loges étaient louées quinze jqurs d'avance. Un événement imprévu vint suspepdre son brillant succès : les principaiiK sujets de la comédie française, le I^in, (Clairon et d'antres, furent emprisonnés ap fortLevèque, par ordre du gentilhomme de la chambre. Le Siège tie CkUuie fMt représenté trois fois de sui^ sur le théâtre de la cour, et l'auteur reçut une médaille d'or, destinée au poète dramaU<me qui obtiendrai^ (rois succès : le Siège (fe Calaie fut ppmplèpour deu(. Il oblint en méipe temps une pension et la permission de dédier sa pièce au roi. Voltaire écrivit
A de Qelloy : « Votre Sié^ de CahU ffiit aimer la Fnipce et votre per«oi|ne... je ne suis que le poète de TAmérique et de la Chine; vous êtes celui des Français. * De Bdloy fut présenté à la famille royale ; la ville de CalaU l'adopta pour citoyen et Ipi en envoya les titres dans une boite d'or, aux arme^ de la cité, avec cette inscrip* tiont
Lauream tulU, civicam recepit,
féB ^'ège de Calais fui représenté sur tous les théâtres de la France et de ses colonies, notamment le 7 juillet 1765 au Cap-Fiençais. Le comte d'Estaing, gouverneur général de cette colonie, fit imprimer la pièce à ses ttêis pour être distribuée gratis. On lit en tète de cette brochure : « A. M. de BeUoy, en lui faisant passer la présente édition de son ouvrage. * L'esprit de parti p'eut ancune part â un succès aussi soutenu, aussi extraordinaire : l'auteur n'appartenait à aucune coterie littéraire. « Je suis tolérant, diaail-il, envers les iptolérants même, afin de l'être epvers tout |e monde; il n'y a que les peraécuteurs que je hais. » — En 1774, la place de cenaeur de la police» si longtemps occupée par Crébillon le père, et qu'on venait d'ôter â Mario, lui fut offerte; il la refusa et insista pour qu'elle fût donnée â Crébillon fils, qui l'qbtint. ^ La tragédie de Zelmire fut critiquée avec la plus opiniâtre, la plus outrageante obstination. — Qa$^n ei Boyard ajouta bientôt à la réputatioi) de l'auteur, et obtint le même succès que le Siège de Calaiê.—Jie Belloy, encouragé par les sufiFrages de toute la France, hasarda sa Gabrielie de l^ergr* Le sujet, emprunté à Thistoire de Qourgogne, est d*une teinte sombre et terrible; c'est le tableau de hi jalousie dans toute sa criminelle exaltation; c'était une innovation hardie, et elle réussit. Pierre le Cruel appartient au même genre. — Le style de de BeUoy a plus de vigueur que de correction. Ses œuvres ont été publiées en fi volumes in-80, en 1779, Il ne songea jamais â sa fortune, et, parvenu à un âge avancé, il tomba dans une sombre mélancolie. Il conçut alors le dessein de voyager, mais il était pauvre ; un ami lui offrit sa bourse. Ce prctjet ne put se réaliser : la mort le surprit â ion dernier rêve d'avenir. Dicf . as la Coav.
BELLUVK (DUC ai), yqy. ViCToa.
BtLPlANCIE ou BtLOMàROip. y$y. Bivnà- TlOi.
BiLOUTCfflSTAN, pays montagneux, élevé, et en partie désert, â l'est delà PerSe et au nordouest de l'Inde, sur IY)céan. On évalue sa surface plus de 1 ,650 lieues carrées, A l'est le sol est cou-
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verldes liORts Braliouikfl; la nord «( |fi nord-oueit R^oJErent qu^UQ immense désert avec quelques oasîfl, dans lequel le samoum souffle quelquefois. VinUneur du Béloutchistan est traversé par des ramifications des monts du Kerman ; la plage de la mer est aride, ainsi que les rochers de Tintérieur, où il n*y a guère que des pâturages; mais le pays renferme des vallées fertiles •t des tiois considérables. Il y a des mines de BéUux précieux; il y en a aussi de fër, de cuivre, de soufh) et d*alun. Les habitants cultivent le rîj, le coton, Tindigo, le tabac, le sucre; ils font de Thuile, de la soie, de Tacier, des toiles de eoton, ainsi que des châles et des tapis. La population du Béloutchistan est évaluée à 8 millions d*âmes. Les Béiautobes parlent un idiome analogue au persan et professent Pislamisme. G*estune race brave, active et rc^uste. Ils sont en grande partie nomades et pasteurs, se nourrissent de la chair des bestiaux et des chameaux, de laitage, de dattes, de ri2,ognons, assa fœtida et autres productions de leur sol. Quand le lieutenant anglais Pottinger visita le Béloutchistan, on lui servit la drogue d*assa fœtida en liqueur pour son, repas. On distingue dans la race béloutche trois tribus : celles des llhinds et des Mogchîs sont pacifiques et l^ospitalières ; mais la tribu des Sharroues se fait redouter par ses brigandages. Uy a dans le Béloutchistan un autre peuple, les Brahouis, qui sont probablement d^origine indoue, et dont le langage se rapproche en effet de Pindoustani; les Brahouis ont des demeures Û^es comme les habitants de llnde, cependant ils professent aussi l'islamisme comme les Béloutches. On trouve encore beaucoup dindons dans ce pays, ils s'y livrent pour la plupart au commerce. Toutes les tribus du Béloutchistan ont dee magistrats particuliers, mais elles sont soumises a^ kan qui réside â Kélat. Néanmoins sous le kan actuel, plusieurs tribus se sont ren* dues Indépendantes de son autorité. Les Anglais, ayant intérêt à connaître le pays, lorsqu'on Ifiûfi Napoléon rechercha l'alliance de la Perse pour menacer l'Ipde, envoyèrent le lieutenant Pottinger dans le Béloutchistan. Il s'y introduisit comme marchand de chevaux , et c'est à ses observations que nous devons les notions les plus récentes et les plus détaillées que nous ayons sur ce pays. DKrriao*
BBLftUNCB SB GASTEL-MORON (fixaBi-FRAHçois-XAvm ai) naquit au château de la Force, en Périgord, en 1671. Il entra dans la société de Jésus en 1fi91 et en sortit quelques années aprèii pour être vicaire général d'Agen. Nommé à révéché de Marseille en 1709, il se montra la
vivante Image du 6ait Poêteur, pendant que la peste ravageait cette ville, en 1790; parcourant tous les quartiers, toutes les rues, portant partout des secours spirituels et temporels, et encourageant tout le monde aux plus grands sacrifiées, par ses discours et plus encore par son exemple. Son héroïque dévouement dans cette circonstance a inspiré â Millevoye son poème intitulé, Beliunce o^ k$ peste de àiareeille, désigné pour l'un des prix décennaux. Le roi offrit en v^in à Beisunce l'évéché de Laon et ensuite rarchevèché de Bordeaux : il refusa d'abandonner Marseille. On lui conféra la riche abbaye de Saint- Amoul de Metf et le pape Clément XII le décora du pallium, en 1731. Il paraît que Beisunce avait de l'entêtement dans ses opinions et de la ténacité dans tes affections. On prétend que le régent, en sortant d'une conférence qu'il avait eue avec lui, dit â quelques courtisans : « Voilà un saint qui a bien de |a rancune. » Il mourut en 1765, dans sa ville épiscopale qu'il avait édifiée, pendant sa longue carrière, par de solides vertus, et qu'il avait sauvée de la ruine par son immense charité. J. LABOCDBan.
BBLT (oBAiiD et BBTiT), uoms de deux détroits du Danemark, le premier situé entre l'ile de Fyen (Fionie) et celle de Sjœlland (Sélande), et le second entre cette première Ile et Ja cète orientale du JuUand.
Le grand Beit commence entre la pointe nordest de Fyen et le cap le plus oriental de SJselland, et se termine entre la pointe septentrionale de Langeland et la petite lie de M<Be. Il a environ 6 lieues de largeur moyenne; sa profondeur varie de 6 à 90 brasses (\% â 40 mètres). On le traverse entre Nyborg, dans l'Ue de Fyen, et Korsœr, dans celle de Sjaelland. Les navires marchands acquittent à Nyborg un droit de péage.
^e petit Belt commence vis-à-vis du bourg de Middelfart, et se termine entre les Iles d'Alsen et d'JErœe; sa largeur varie decelle d'unegrande rivière à 8 lieues ; il n'a pas un quart de lieue entre le hameau de SnoghsBc, en Jutland, et Middelfart, où le passage a lieu aujourd'hui. Sa profondeur est deOà 26 brasses (13 à 53 mètres). Le péage auquel sont soumis les bâtiments est établi à la petite ville forte de Fredericia, près de Middelfart.
Ces détroits sont moins commodes et moins fréquentés aujourd'hui que le 8und. Ils gèlent quelquefois. Bn 1668, le grand Belt se trouvant totalement pris, Charles-Gustave, roi de Suède, le traversa avec son armée pour aller assiéger Copenhague. X.
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BELVÉDÈRE, de Titalien belvédère, belle vue, payillon percé à jour, élevé au-dessus d*un édifice ou bien à Textrémité d*un jardin ou d'un parc pour y prendre le frais. Dans la conslruclion des belvédères on observe quMls soient exposés ù plusieurs points de vue, que la décoration extérieure soit simple et rustique et la décoration intérieure en marbre, stuc ou peinture de décors sans lambris. La plupart des maisons de Rome présentent ce genre de décoration; le belvédère du Vatican est célèbre par sa magnificence et son Apollon. Fq)r. Vaticaw. Piriïot.
BELZÉRUTH. Ce nom est, pour certains peuples, celui d*une divinité, pour les zoologistes celui d*un singe du genre sapajou.
BELZONI (jEAif-BAPTiSTE), hardi voyageur, naquit à Padoue, en 1778, d'un barbier originaire de Rome. Destiné d'abord à l'état religieux, il fut élevé dans cette dernière ville, mais il la quitta dès que les Français en prirent possession. En 1805 il vint à Londres et s'engagea au théâtre d'Astley, où on le vit jouer, entre autres, les rôles d'Apollon et d'Hercule. Il employa alors ses loisirs à étudier la langue anglaise et à se perfectionner dans l'architecture hydraulique, art qui, déjà à Rome, avait été sa principale occupation et qui devint plus tard la cause de son voyage en Afrique. Après un séjour de neuf années en Angleterre, il se rendit avec sa femme (véritable amazone qui plus d'une fois se défendit, les armes à la main, contre les Aral)es), par le Portugal, l'Espagne et l'Ile de Malte, en Egypte. Dans ce pays, où il resta de lrfl5 à 1819, il exerça d'abord la profession de danseur, et gagna ensuite la bienveillance du pacha qui sut le foire servir à ses plans. Belzoni, bien qu'il se trouvât souvent seul avec les habitants grossiers des campagnes, leur inspira néanmoins du respect par sa taille élevée et sa force musculaire. Ainsi il parvint à ouvrir (outre la pyramide de Ghiseh, déjà ouverte dans le xvii* siècle par Pierre de la Valle), une autre pyramide appelée Chiéphrème, plusieurs tombeaux de rois à Thèbes, noUmment le tombeau si magnifique et si bien conservé qui se trouve dans la vallée de Biban-el-MoIouc, et qu'on croit être celui de Psammoulhis, mort 400 ans avant notre ère. Les dessins que Belzoni a faits de ce monument passent pour les plus exacts qu'on en ait donnés; M. Cailliaud a cependant, dans une Lettre, contesté l'exactitude de quelques autres dessins. Par son zèle et son habilité Belzoni réussit, en 1816, à faire transporter de Thèbes à Alexandrie le buste de Jupiter-Memnon et un sarcophage en albâtre, qui tous les deux ont passé dans le mu-
sée britannique de Londres. Le l** août 1817 il ouvrit, près de la deuxième cataracte du NU, le temple d'Ipsamboul découvert précédemment par MM. Cailliaud et Drovetti (alors consul général de France en Egypte), mais qui avaient vainement essayé d'en forcer les portes. Il trouva sous les ruines de cet édifice l'entrée d'un temple souterrain dont l'existence était jusqu'alors tout à fait ignorée. Plus tard Belzoni visita les côtes de la mer Rouge, la ville de Bérénice, et fit enfin une excursion à l'Oasis d'Ammon. Son voyage à Bérénice fut marqué par la découverte des mines d'émeraudes de Zoubara.
Belzoni contesta à M. Cailliaud l'honneur d'avoir découvert Bérénice, en soutenant que luimême avait trouvé les ruines de cet ancien entrepôt du commerce entre l'Europe et l'Inde, à une distance de quatre journées du lieu où M. Cailliaud avait cru reconnaître son emplacement. Nous n'avons pas à prononcer entre les deux voyageurs. II publia en anglais une relation de ses voyages et de ses travaux, qui a été accueilli avec la plus grande faveur. En voici le titre : Relation de nouvelles découvertes et explorations de pxramitles, temples et tombeaux dans VÉgxpte et dans la Nubie; d'un voyage aux côtes de la mer Bouge, à la recherche de l'emplacement de l'ancienne ville de Bérénice; et d'un autre voyage à l'oasis de Jupiter- Ammon, Londres, 18âl, avec un atlas in-fol., de 44 gravures coloriées.
Belzoni donna deux statues égyptiennes, provenant de Thèbes, à sa ville natale (Padoue) qui les fit placer dans l'une des salles de l'université, et lui en témoigna sa reconnaissance par une médaille.
En novembre 1833, Belzoni partit pour Bénin, dans l'intention de pénétrer de là jusqu'à Houssa et Tombouctou, mais il ne lui fut pas permis d'exécuter ce projet hardi ; la mort le surprit le 3 du mois suivant, à Gâta, sur la route qui conduite à Bénin. Belzoni avait aussi adopté l'opinion que le Nil et le Niger ne sont pas le même fleuve, et que ce dernier se jette dans la mer Atlantique. Ses dessins du grand tombeau qu'il avait exploré en Egypte, ont été publiés en 1899, à Londres, par les soins de sa veuve. Coirv. Lbx.
BEM (JosBPi) (et non Bœbm, comme quelquesuns écrivent ce nom), général de l'armée polonaise , naquit en 1705, à Tarnow en Galicie, d'une ancienne famille polonaise. Après avoir fait ses études à l'université de Cracovie, il entra en 1810 à l'école militaire de Varsovie, que dirigeait à cette époque le général français Pelletier, et en sortit, au bout de deux ans, officier
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iTartillerie à cheyal. Bien jeune encore il fit en qualité de lieutenant toute la campagne dé 1819, d*abord sous les ordres de Davoust, puis sous ceux de Macdonald, avec lequel il se trouva dans Vantzlg, lors du siège de cette place. Après Ut capitulation, il fut forcé de retourner en Pologne, et se retira chex son père, qui avait une propriété près de Rielcé. Après la création du Douveau royaume de Pologne, M. fiem reprit du service; mais il ne tarda pas à offrir sa démission. Cependant, pressé par le grand-duc Constantin, il consentit à rester. Fait capitaine en 1819, il fut placé comme aide de camp auprès du général Bontemps et nommé professeur dans une école d*artillerie nouvellement organisée à Varsovie. Ce fut alors qu*il s^occupa dUntroduire dans Tarmée polonaise les fusées à la congrève. Bientôt, ne voulant plus rester attaché à Técole d*artiUerie, il sollicita son remplacement : cette demande parut un acte d*insubordination. M. Bem fut mis hors d'activité, amené devant les conseils de guerre, et condamné à la réclusion. Après sa détention, Bem fut envoyé à Kotzk, et placé sous la surveillance de la police. Après la mort de Tempereur Alexandre il parvint enân à obtenir sa démission et se rendit à Léopol en Galicie. Là il s*adonna entièrement aux sciences ; il avait commencé un ouvrage sur les machines à vapeur, lorsque la révolution de 1850 éclata. A la première nouvelle de cet événement, Bem vola à Varsovie. Il fut nommé major ; puis on lut confia le commandement d*une batterie de Tartillerie à cheval. Après les batailles d*Iganié et d*Ostrolenka, Bem fut fait général et chef de toute Tartillerle. A Plotzk, dans des circonstances difficiles, son nom fut prononcé d*une voix presque unanime, et Ton convint de remettre entre ses mains et les rênes du pouvoir et le sort du pays. Il refusa. On le vit tenter sous Varsovie et puis à Praga un dernier, mais inutile effèrt, et étonner encore les Russes même par son courage et son sang-froid.
Quand tout fut perdu et que les débris de Tarniée polonaise se furent retirés sur le territoire prussien, tous, officiers et soldats, tournèrent les yeux vers le général Bem, plaçant en lui leur dernier espoir; et quand ses compagnons d*arme8 demandèreut à se rendre en France, il n*est point d'efforts quMl n'ait tentés, point de négociations dans lesquelles il ne se soit entremis pour leur en ouvrir le chemin.
En France, son hostilité contre M. Lelewel, alors président du comité national à Paris, lui attira le mécontentement et presque la haine de la jeunesse, dont Lelewel était l'idole; mais ce
qui lui nuisit encore plus à leurs yeux, ce fut son expédition de Portugal, entreprise à l'insu de ses compatriotes, et sa convention avec don Pedro. Une fois maître de Lisbonne, le duc de Bragance refusa les fonds nécessaires pour le transport et l'équipement des Polonais; et cette expédition, pour laquelle on n'avait guère pu réunir qu'une poignée d'hommes, finit par avorter entièrement, et donna même lieu à un exalté d'attenter aux jours du général. La balle partie s'arrêta daps sa poche, sur une pièce de monnaie. Bem retourna seul auprès de dona Maria et se rendit ensuite à Madrid, sans pouvoir réussir à faire accepter ses services par le Portugal ni par l'Espagne. Betourné à Paris, il y fonda un journal polytechnique qui cessa bientôt de paraître, faute de moyens pécuniaires. Bem s'occupe, depuis, de répandre la méthode polonaise de mnémotechnie due à Jajninsld. X.
BEMBÉCIDES. Famille d'insectes de l'ordre des hyménoptères, section des porte-aiguillons, établie par Latreille, et comprenant les genres bembex, monédule et stize.
BEMBO (Pieere), noble Vénitien, né dans le XVI* siècle, eut l'insigne honneur d'être secrétaire du célèbre Lépn X, à qui l'Europe dut la renaissance des arts. Il passait alors pour un des meilleurs écrivains de l'époque; mais celte renommée ne parait pas lui avoir longtemps survécu. On a de Bembo douze livres de Thistoire de Venise, des lettres politiques et familières^, des poésies latines et un poème erotique intitulé les jézolinsé Ses critiques lui reprochent d'avoir trop et trop mal latinisé sa langue maternelle. Ce sont cependant ceux qui au lieu de le nommer Bembo l'ont traduit en Bembus, sous lequel il est uniquement connu dans leurs écrits. Toutefois, il remarquent avec raison que Bembo avait tort d'écrire au pape : Fiez-vous aux dieux immor^ tels dont t>ou8 êtes le vicaire $ur la terre, et de donner le nomAedéesse à.la vierge Marie. Cet écrivain parait avoir pris assez philosophiquement le ministère sacré dans lequel il s'était engagé, ainsi que la carrière des grandeurs ouvertes à sa position; car il écrivait à un de ses amis, en parlant des épitres de saint Paul, de ne pas les lire de peur de gâter son style, et il dit à un autre : Laisse ces niaiseries, elles ne conviennent pas à un homme grave. Il eut aussi le dessein de refuser le cardinalat; il préférait en homme sage et éclairé la retraite et la culture des lettres à toutes les pompes mondaines. « Je ne donnerais pas, écrivait-il, la connaissance que j'ai des langues pour le marquisat de Mantoue. s On sait qu'il était aussi versé dans la pratique de la lan-
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BliN
gue grecque que dans eelle de la langue latine, Il avaif écrit a?ec succès des poésies dans la langue d^Homère, qu*il avait apprise pendant trois ans à l'école de Ckmstantin-Lascaris, à Messine. Bembo avait composé son poème les jéMolim à rage de d6 ans, dans le château d'Azolo , pendant le temps qu'il paysa avec son père à la cour du due de Ferrare. Ce po0me, ou plutôt ce recueil de discours, de conversations d'amour, eut une vogue prodigieuse. On reprocha à cet ouvrage une grande licence, ce qui n'empêcha pas Bembo de le faire réimprimer depuis son élévation à la pourpre romaine. 8caliger cite en effet les deux premiers vers d'une élégie latine de Bembo dont la licence ne peut être dissimulée. Mais en regard de cette pudeur littéraire de ses critiques, aucun ne lui reprocha alors de vivre, comme saint Augustin, en concubinage avec une belle femme, dont il eut deux fils et une fille, laquelle épousa un noble Vénitien de la famille de Gradenigo. Bembo était beau, bien fait, spirituel, savant, et fut secrétaire de Léon I et de Paul III, qui lui succéda. Il devait avoir naturellement tous les succès attachés à tant d'avantages et exciter les Jalousies des témoins de sa fortune. Toutefois, la supériorité de sa position, à laquelle il préférait tpujours l'étude et le commerce d'une vie privée , ne ferma jamais son Ame aux sentiments de la fàmiile. On les oublie souvent dans les grandeurs, oà l'on finit par être son seul parent à soi-même. Il n*en fut pas ainsi de Bembo : à la mort de sa mère il écrivait à son père une lettre qui à elle seule suffirait pour l'immortaliser, tant pour la beauté du style que pour les regrets et les hommages qu'il consacre à la mémoire de sa mère et à la douleur de son père. Les mêmes sentiments se retrouvent encore et avec la même énergie dans d'autres lettres, oà il déplore la mort de spn ft'ère, enlevé jeune et dans la force de l'Age et des talents à sa tendre amitié, tandis que le ciel laissait vivre cent ans ses deux aïeules. Dans une requête au magistrat de Venise, il implore sa protection en faveur d'une smur chérie, dont un mari dépravé rendait la vie malheureuse. Le cardinal Bembo, honoré de l'estime et de rafféction des plus grands personnages de son temps, a laissé loin de lui, par ses qualités peut-être plus que par ses ouvrages, les critiques obscures et pédantesques dont il a été l'objet. J. MoaY»s-
BÉMOL. On appelle ainsi, dans le langage si incomplet et si peu rationnel de la musique, un signe ainsi figuré i^, auquel on a donné la faculté de baisser d'un demi-ton, de l'aigu au grave, la note qu'il précède. Les lignes de la portée et les
intervalles qui les séparent étant oceupés par les notes ayant entre elles la distance que Ton est convenu d'appeler un ton, on dut avoir recours, pour compléter le système de notre tonalité moderne, à des sfgnes supplémentaires qui baissassent ou élevassent ces notes de Tintervalle qu'on nomme demi-ton ; tels sont le bémol et le dièMe» Les notes ainsi modifiées prirent le nom du signe qui leur était Joint, et l'on dit ut bém9i, ré bémol, ete., quoique l'intonation qui résulte de l'addition du bémol au signe primitif en ftisse un son entièrement nouveau et que Vut bémol ressemble aussi peu > l'tf / naturel qu^au ré ou à toute autre note.
Nous reviendrons à l'article Notation sur l'emploi de ce signe , peu compréhensible pour quiconque ignore son origine.
Lorsqu'il y a nécessité de baisser une note d'un ton entier (ce qui arrive dans de certaines modulations où l'oreille, devant conserver la sensation du ton primitif, il n^est pas Indifférent d'employer la note placée au degré inférieur),on emploie le signe redoublé qui se figure ainsi \^\^ et qui prend le nom dédoublé bémoL B. Pétis.
BÉNARis, dans le Bengale, ville vénérée par les Indous qui la regardent comme assise sur la pointe du trident de Siva. Elle est construite en amphithéâtre sur un plateau granitique au bord du Gange. Ses maisons élevées et serrées les unes contre les autres, ses pagodes et ses chapelles, ses mosquées et ses palais, présentent un coup d'CBil imposant. C'est un lieu tout saint ; on y compte près de 7,000 brahmes et l'on y voit partout des pagodes et des oratoires. Des taureaux consacrés à Siva et des singes consacrés au dieu Hunimaux parcourent la ville ; des nuées de fakirs, de mendiants, de lépreux y demandent l^umône; 40,000 â 50,000 personnes y viennent en pèlerinage chaque annéei des dévots y terminent leur vie en se jetant dans les eaux sacrées du Gange. Bénarès sert aussi de retraite â une foule de familles indoues et musulmanes, en partie très-riches. Les rues sont étroites et sombres. On remarque le Vidalaya ou collège indou, oà 300 élèves sont instruits par 10 maîtres dans le sanscrit, les mathématiques, etc. La mosquée d'Aurengzeyb est le principal monument érigé par les anciens vainqueurs de l'Inde. Les Européens demeurent â Sécrole et dans d'autres lieux d'alentour. Bénarès a de grandes malsons de commerce et des fabriques de châles, de brocarts et de soieries) les boutiques de Joaillerie offrent les diamants tirés des mines de l'Inde. On a beaucoup exagéré la population de Bénarès, en la portant, avec HamiKon, à 659,000 âmes. On
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uAi mint^nant qu*«lle n'atteint pas le âhiffte 4e 900,000. DEfMlifi*
BinAVIB (Làzâbb), philosophe et mathéma- UiAtu , naquit de parents juifs , à Berlin , en 1769. Il fit lui-même son éducation. Après avoir gagné sa vie à polir le verre, il se rendit à Tuniverslté de GcBttingue et étudia soqs Lichtenberg et KsBStner les mathématiques, avec tant de zèle, que ce dernier professeur donna le témoignage que Bendavid était capable de remplir toute dkaire de mathématiques, e|:cepté celle de Gœtiingue, tant que lui-même vivrait. Il fit à Vienne des cours sur la philosophie critique que Kant venait de mettre en vogue. Des persécutions le forcèrent de revenir à Berlin oà, par ses discours et par ses écrits, il n*a cessé de se rendre utile. 11 se montra habile écrivain dans la rédaction d^un journal qu'il publia pendant le séjour des Fiançais en Allemagne. Directeur de l'école libre des Israélites, il s^acquitta de ses fonctions avec 1^ plus grand désintéressement et avec un aèle au-dessus de tput éloge. Il a publié une ftoule d'écrits philosophiques ^t un travail remarquable sur le calendrier Juif. Bendavid est mort en 18S9. Conv. Lsx. hoi).
BENDEVANN (Énou^ia), né à Berlin le S/léoembre 1811, est regardé comme un des premiers peintres allemands. Fils d^un riche ban* qoler, il put s'adonner librement à l'art pour l'art même et se mit sons la discipline de 6. ficl^adou à Dusseldorf . A l'Age de 91 ans, après ayoir visité ritalie, il se produisit pour la première lois en public et excita vivement l'attention par un tableau représentant les Juifs pleurant au bord de I^Eupkraie, ouvrage qui a été reproduit plusieurs fois par la gravure en taille-douce et sûr bois et par la lithographie. Ce début eut lieu à Berlin en 1859. L'année suivante Bendemann montra ses Deux FiUe$ à la faniaine, production pleine de grâce et de naïveté. Le prophète Jèrémie sur les ruines de Jérusalem compléta bientèt la réputation du jeune artiste et montra, dans tout son développement, ce talent élevé et sévère. Lès autres productions capitales de Bendemann sont : Les Moissonneurs (1850), et les ArU puisant à la source de la religion- Cet artiste est depuis 1858 professeur à l'Académie et membre du conseil académique à Dresde, et il est chargé de peindre dans le château royal de girandes fresques représentant des scènes tirée de la vie du roi Henri l'Oiseleur. Y. H.
BBNDER, ville ^e la Russie d^Surope, capitale de la Bessarabie. 8a population actuelle est de 10,000 âmes. Elle appartient aux Russes depuis la paix de Boukaiest en 1813. C'est là que Char-
les XII ^ retira après la bataille de Fultawa.
BÉnIdigitÉ. Comme ce mot n*est plus de notre siècle, quUI n'était d^â plus de la dernière moitié du siècle dernier , il faut bien en faire connaître la signification à nos petites-maîtresses, à nos élégants, à nos riches parvenus, à tant de gens, jeunes et vieux, qui l'ignorent. Chez les Romains, tout chef de maison, en se mettant â table, prenait une coupe pleine de vin, en répandait quelques gouttes à terre ou dans le foyer, et, par ces libations, rendait hommage à la Divinité. Cet usage s'est conseryé longtemps en Provence, depuis l'établissement du christianisme, mais seulement à la collation de la veille de Noal. Le bénédicité a remplacé chez les chrétiens la libation quotidienne des païens; c'est la prière qu'on adresse à Dieu avant le repas, qui se terminait aussi par une prière d'actions de grâces. H. Avoifvibt.
BÉNÉDICTIK8. Ce fut vers le commencement du vi« siècle que naquit cet ordre célèbre, qui devait attirer daps son sein tous les monastères d'Occident, étendre ses ramifications dans l'Europe entière, et, plus tard, jusque dans le nouveau monde. Benediot ou Benoit, son fondateur, après avoir parcouru quelque temps l'Italie avec une troupe de moines, se fixa en 599 sur le mont Cassin, en Campanie. Le monastère qu'il y construisit devint le chef-lieu de la grande société à laquelle il donna son nom ; et dans le même temps, à quelques milles de là, sainte Scolasti^ que, sa sœur, fondait, pour les personnes de son sexe, le monastère de Plombarcole, qui devait aussi servir de modèle à tous les couvents de bénédictines. La règle à laquelle les bénédictins furent astreints par leur fondateur était simple et édifiante. Elle n'ordonna ni macérations ni abstinence trop rigoureuses. Au lieu d'exposer l'imagination de ses adeptes aux écarts du mys* ticisme contemplatif, saint Benoit leur prescrivit, outre la prière, le travail des mains, l'étude et l'instruction de la jeunesse, sources de vertus, de charité et de bonheur. Il assujettit aussi les adeptes aux trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. L'administration de chaque communauté et le soin de la discipline furent confiés à un abbé, ou père, élu dans le sein de la société par le libre suffrage des moines. Et c'était là une grande innovation, car jusqu'alors les associations religieuses avaient toujours été placées sous l'autorité et la protection de l'évêque (iiocésain. — Le pape saint Grégoire, prévoyant les services que le nouvel ordre pouvait rendre à la religion, lui accorda, en 595, la sanction apostolique, et lui permit d'avoir dans cba-
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que monastère un oratoire et un prêtre pris dans le sein de la société. Dans la suite, ce qui n*était qu*une faveur devint un droit et un mérite, et peu à peu la plupart des cénobites entrèrent dans le sacerdoce. — La congrégation des bénédictins, ou moines noirs, fil de rapides progrès en Occident, sous lés auspices de saint Grégoire et de ses successeurs. Elle fut propagée en France par saint Maur, en Sicile et en Sardaigne par saint Placide, en Angleterre par saint Augustin et Mellitus, enfin en Germanie par saint Boniface. Protégés par les souverains pontifes, les religieux bénédictins ne furent point ingrats, et c*est surtout à leur dévouement que le saintsiége fut redevable de sa puissance. Au reste il n*y a point eu d*ordre dans TÉglise plus étendu ni plus riche que celui de Saint-Benoit. Il a existé depuis plus de 1 ,300 ans, et il a été la source d^unç foule d*autres qui, sans s*écarler de la règle de leur saint fondateur, en sont sortis pour former de nouvelles branches dans TÉglise. Les ordres des camaldules, de f^alombreuse, des chartreux, de CiteauXj de Gratnmont, des célestins, des sxlvesb'inSy des humiliés, sont nés de son sein; enfin, s*il faut en croire les chroniques, il a produit 40 papes, 200 cardinaux, 50 patriarches, 1,600 archevêques, 4,600 évéques, 4 empereurs, 12 impératrices, 41 reines et 3,600 saints canonisés. Nous sommes loin de garantir Tauthenticité de cette fastueuse nomenclature; et nous pensons avec Baronius, qu*on a bien pu y comprendre un grand nombre de personnages totalement étrangers à Tordre de Saint-Benoit. — Mais il est un autre genre de gloire qu*on ne saurait disputer à cet ordre célèbre, et qui lui assure à Jamais la reconnaissance de la postérité; c'est celui d'avoir produit dans les temps modernes une congrégation réellement féconde en grands hommes, etd«ntles prodigieux travaux ont rendu aux lettres, et surtout aux sciences historiques, des services incalculables. Nous voulons parler de la Congrégation de Saint- Maur (voy, Sâiht-Maor [congrégation de]), fondée en 1631, sous la protection spéciale de Richelieu. Dès sa naissance, les religieux qui la composaient, persuadés que Tétude des sciences et des lettres s*alliaient parfaitement aux devoirs de leur état, se mirent au travail avec une ardeur dont pouvaient seuls être animés des hommes détachés de toute espèce de distraction. Les résultats furent immenses, et quelques progrès que fassent désormais les sciences historiques, la Diplomatique, des ouvrages tels que Y Art de vérifier les dates, le Gallia christiana, le Spicilége, la Collection des historiens de
France, les Antiquités expliquées, les histoires de la plupart des provinces de la monarchie, et tant d'autres précieuses collections, resteront toujours comme des monuments impérissables de rérudition la plus vaste et la mieux digérée; et la France nommera toujours avec orgueil des hommes tels que M enard, M abillon, d'Acheri, le Gallois, Delfau, Massuet, Bulteau , Gerberon, Geivres, Lami, Garnier, Roussel, Ruinart, Vaissette, Clemencet, etc., qui l'en ont enrichie. DiCT. DE LA CORVBBSATIOR.
BÉNÉDICTINES. Il n'est pas aisé de fixer au Juste l'époque de l'origine des religieuses bénédictines; les historiens les plus exacts ne sont nullement d'accord à cet égard. II parait que ce n'est qu'après la mort de saint Benoit que quelques monastères de filles voulurent suivre sa règle. La plus ancienne maison de bénédictines a été celle de Sainte-Croix de Poitiers, que sainte Radegonde, femme de Childebert I^r, roi de France, fit bâtir en 544. Sainte Clotilde, veuve de Clovis, fit construire, peu de temps après, celle de Chelles, près Paris. — Beaucoup de chanoinesses séculières secouèrent le Joug de la règle de Saint-Benoît. Plusieurs monastères en aurait peut-être fait autant, si, dans les deux derniers siècles, de saintes filles n'eussent réformé les monastères dont elles avaient le gouvernement et n'y eussent fait revivre le véritable esprit de saint Benoit. Avant les réformes, la plupart des religieuses bénédictines en France avaient déjà pris l'habit de chanoinesses, comme dans les monastères de Montmartre, de la Trinité de Caen, de Saintes et de plusieurs autres, où elles portaient des robes blanches et des surplis de toile fine et empesée. D'autres, en Se réformant, se contentèrent de prendre l'habit, le bréviaire et les constitutions de l'ordre de Fontevrault, comme à Sainte-Croix de Poitiers, à Faremoutier, à Jouarre et à Chelles : ce ne fut qu'en 1614 que Jeanne de Bourbon, abbesse de Jouarre, y abolit le bréviaire de Fontevrault : la résistance des religieuses empêcha celte princesse de leur ôter l'habit blanc et le rochet de Fontevrault, qu'elles quittèrent enfin sous rabbesse Jeanne de Lorraine, en 1636. Les religieuses bénédictines de Saint-Pierre de Reims prirent aussi cet habit, à la persuasion de leur abbesse, Renée de Lorraine, première du nom, qui avait été religieuse de Fontevrault, et qui ne prit possession de cette abbaye qu'en 1546; mais sa nièce. Renée de Lorraine, qui lui succéda en 1603, fil reprendre l'habit noir à ses religieuses, qu'elle obligea à la clôture.— Il y avait aussi des monastères où les religieuses se contentaient de
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pOTter I*habit blanc sans rochet ; d*autres où elles avaient des habils neirs, avec des surplis de toile noire, telles que sont les religieuses de Bourbourg, de Messine, et quelques autres. Mais le véritable habillement des religieuses bénédictines consistait en une robe noire, un scapulaire de même couleur, et par-dessous la robe une tunique d^une étoffe qui, autant que cela se pouvait, n^était point teinte. Au chœur et dans les cérémonies, elles portaient un grand habit de serge noire comme les religieux. Quelques-unes avaient les tuniques noires aussi bien que la robe; d*autres portaient une tunique blanche. Parmi ces religieuses bénédictines, les unes gardaient exactement la règle de Saint-Benott, ne mangeaient de la viande que dans les infirmités, se levaient la nuit pour dire matines, et jeûnaient très-exactement depuis la fête de TExaltatatlon de la Sainte-Croix jusqu*à Pâques. — Ce serait une trop grande entreprise de vouloir rapporter toutes les autres diverses observances pratiquées par les bénédictines , chaque monastère de religieuses ayant presque tous des constitutions particulières. Digt. db ll Conv.
BÉNÉDICTION. On entend en général par ce terme tous les bienfaits de la Divinité, mais spécialement ceux qui se rapportent à notre situation temporelle; c*est ainsi qu*on range au nombre des bénédictions de Dieu, la santé, le succès de nos entreprises, les influences du ciel qui fécondent la terre, les riches productions dont les campagnes se couvrent chaque année.
On désigne aussi sous le nom de bénédictions les VŒUX que les hommes font les uns pour les autres en invoquant Dieu. Telle est la bénédiction paternelle, la bénédiction prononcée par les vieillards sur les personnes d*un âge inférieur. On voit dans la Bible les lévites et les sacrificateurs juif^ prononcer du haut du mont Garizim des bénédictions sur le peuple, au cas où il demeurera fidèle aux lois de Moïse, et des malédictions du haut du mont Hébal, au cas où il perdrait de vue les devoirs de sa religion. On voit également le roi Salomon, à Tépoque de la dédicace du temple de Jérusalem, prononcer la bénédiction sur son peuple. En général, ce terme indique de la part du supérieur envers Tinférieur un acte de bienveillance accompagné d'expressions religieuses.
La bénédiction prononcée dans Tâge patriarcal par le père à son lit de mort avait un caractère de plus; elle tenait en quelque sorte lieu d*un acte testamentaire, elle désignait celui des fils qui, après le décès du père, devait être reconnu comme chef de la famille ou de la peuplade.
Le devoir de prononcer la bénédiction est spécialement du ressort des ministres du culte. C*est ainsi que Moïse {Nombres, YI) charge expressément les sacrificateurs de la race d*Aaron de donner au peuple la bénédiction et qu*il en prescrit les termes. De nos Jours encore cette bénédiction n*est prononcée dans les synagogues que par des individus regardés comme descendants d*Aaron, et s*il ne s*en trouve pas parmi les juif^ présents, la bénédiction n'est pas prononcée.
Dans les Églises chrétiennes l*usage de prononcer des bénédictions s'est conservé; mais il existe à cet égard quelques différences qui peuvent être remarquées. Dans les Églises protestantes roflSce religieux se termine par la bénédiction dont Moïse avait prescrit les paroles; elle est en certains pays accompagnée du signe de la croix. Les ministres protestants prononcent en d'autres cas des bénédictions en imposant les mains, par exemple en cas de mariage, de consécration des pasteurs, de confirmation des catéchumènes, de baptême des enfants; ces bénédictions ne s'adressent Jamais qu'à des personnes : dans les Églises catholique et grecque la bénédiction se prononce sur des personnes et sur des choses. Elle est plusou moins solennelle, selon qu'elle est accompagnée de tels ou tels gestes, de l'onction du saint chrême, ou que le prêtre en la prononçant prend en main tels ou tels objets consacrés. C'est ainsi qu'on distingue des autres bénédictions celle qu'on nomme 6énédiction du saint sacrement. Parmi les bénédictions prononcées sur des choses on peut remarquer celle de l'eau bénite, du pain bénit, du cierge pascal, des vases sacrés, des ornements d'église, des costumes religieux, des autels, des chapelles, des églises, des vaisseaux, des drapeaux, de l'anneau nuptial, de la terre des cimetières; et, dans l'Église grecque en particulier, la bénédiction solennelle du pain pascal à Pâques, et celle des eaux qui se fait le jour des Rois et le premier d'août.
Les bénédictions accompagnées d'onctions sont désignées, sous le nom de consécration. Elles sont réservées aux évêques, qui seuls aussi ont le droit de bénir hors des églises et en particulier.
On voit en certains cas les papes foire présent d'objets bénis par eux et auxquels la dévotion attache un haut prix; telle fut en 1266 la rose d'or bénite envoyée par le pape Urbain V à la reine de Sicile. Les chapelets bénits sont plus abondamment distribués.
Il résulte des bénédictions prononcées sur
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ceriains objets diverses conséquenees : par exemple, qu*à moins de dispenses spéciales il n*iB8t permis qu'à des lioulmes ayant ref u les ordres de toucher aux vases sacrés; qiîe les corps d'enfants morts sans baptême ou de défunts non catholiques ne doivent pas être inhumés dans la portion bénite du cimetière, etc.
BÉNÉaicmoif HvniALi, cérémonie religieuse observée en cas de mariage dans toutes les communions chrétiennes. Ille est désignée dans la communion romaine sous le nom de sacremeni, dans la communion grecque sous le nom de couronnement^ dans les communions protestantes sous le simple nom de bénédiction. Cette cérémonie n*avait pas lieu avant rétablissement du christianisme; on ne voit pas, ditFleury, que chef les Juifs le mariage ait été autrefois accompagné d'aucun acte religieux, sinon peutêtre la bénédiction du père de famille. Dans la plupart des pays chrétiens Pacte célébré par le ministère ecclésiastique, en cas de mariage, est à la fuis acte religieux et acte de l'état civil. Dans les pays où, comme en France et en Belgique, les actes de l'état civil sont dévolus au magistrat, la bénédiction nuptiale ne peut avoir lieu qu'après la célébration du mariage devant l'officier de l'état civil. Elle n'ajoute au mariage aucun nouveau degré ni de force, ni de stabilité : sans elle déjà le mariage est indissoluble ; elle n'est plus qu'un acte pieux dont aucun chrétien ne croit pouvoir se dispenser et par lequel les époux se promettent de faire descendre sur leur union l'onction de la grâce céleste. C'est sous ce dernier point de vue que la bénédiction niiptiale fut envisagée dès les premiers siècles de l'Église, où déjà les fidèles étaient exhortés à ne se marier qu'après avoir pris conseil de leurs évêques et en recevant la bénédiction de l'Église. Nubat in eccleêia, dit saint Ignace, disciple des apôtres, benedictioneeocleêiœ,exDomin(prcBcepto. £p. ad Polycarp. Le pape Sirice au iv« siècle parle même d'une bénédiction qui précédait le mariage.
La bénédiction nuptiale ne se confondait pas alors avec le contrat du mariage. On voit dans le Code romain Qïh. V, cap. iv) qu'il se contractait par simple serment entre l'époux et l'épouse; Juslinien prescrivit ensuite que ce serment fût prononcé en présence de témoins {Novell, isxty, chap. 4); puis parmi ces témoins fut spécialement désigné le pasteur {Novell» Lxxtv^ chap; 14) ; mais les lois de Justinien gardent un silence absolu sur la bénédiction nuptiale.
Sous Charlemagne il fut ordonné, par un câpitulaire de 869, que le maHage n'aimill Uèu
qu'ap^ès enquêtes faites parle mitaistre des au-» tels, assisté des anciens du peuple, afth de l'assurer qu'aucun empêchement, et en paHiculier aucun degré de parenté , ne s'opposait à l'al^ liance projetée. Ce ne fut que sous les premiers Carlovingiens , en Occident, et sous l'empereur Léon le Philosophe, au x« siècle^ en Orient, que la bénédiction nuptiale fut déclarée nécessaire à la validité du mariage. Encore cette loi Ue concernait-elle que les personnes de condition libre : elle n'obligeait ni les esclaves, ni les affranchis, ni les soldats ; elle ne fut rendue obligatoire pour toutes les classes que par l'empereur AleiLis Comnène au xin« siècle.
Les Aiusses décrétales et les théologiens scolastiques concoururent à faire prévaloir l'idée que le mariage avait été, par l'Évangile, élevé à la dignité de sacrement ; que le sacrement absorbait le contrat; que le mariage était affaire de religion et que c'était à l'Église à en régler lès conditions. Dès lors les princes, abandonnèrent aux tribunaux ecclésiastiques les causes matrimoniales; et l'on vit dès le xiii«, siècle le prétré se servir; en donnant la bénédiction nuptiale, de la formule : Ego conjungo voi, et même un concile de Cologne , en 1549, défendre sous peine d'excomniunication à tous juges séculiers de s'arroger la connaissance des affaires relatives au mariage.
De savants théologiens de la communion romaine persistent à soutenir que l'Église a de tout temps fait distinction entre le contrat et le sacrement, et qu'elle a regardé comme indissolubles et légitimes des mariages contractés sans l'intervention du rit religieuxi
L'abbé Renaudot {Perpétuité dé la fàî^ tdI. V) cite à ce sujet d'anciens usages de l'Église grecque qui ne permettent pas de couronner les secondes noces , auxquelles on n'accorde , après pénitence et au lieu de bénédiction, qu'une simple prière par laquelle on demande pardon § Dieu pour ces époux qui, après un premier mariage, se trouvent incapables de garder là continence. Il ^outeque cette Église n'accorde aucun rit religieux aux troisièmes et quatrièmes noces, et que cependant elle ne fait que soumettre les époux dans ce cas à une pénitence canonique, sans les excommunier, sans exiger de séparation athoro, sans déclarer le mariage non valable '. Durand fait mention d'une discipline semblable en Occident.
M. Tabaraud (Princ(pe$ sur la distinction
' N^aamoliM TÉglUc, «n ÀuMle, «st stnk thvfie it» tShkt» ntttriBonUlcs. kntA m cboBtlt-cn I« nottbre Aei marZagrt* etc.» qne pét lèÉ ptUlutlbiit du tttat^jnodK
BâM
dm contrat et du sacrement de mariage, 1825) lait remarquer que FËglise n*a jamais songé à réhabiliter les mariages des infidèles et des hérétiques qui, déjà mariés, se convertissent à elle ) que, dans les anciens temps, elle n'accordait de bénédiction nuptiale ni aux chrétiens souitiis aux rigueurs de la pénitence, ni aUx catéchumènes qui ne se faisaient quelquefois recevoir que vers la fin de leurs Jours et qui n'en vivaient pas moins les uns et les autres en état de mariage. Il cite les conciles de Saragosse, en 1606, et de Tolède, en 1660, qui^ sans interdire aux époux les droits dn mariage , défendent de prononcer la bénédiction nuptiale en temps d'avent et de carême 4 et qui se bornent à condamner à une amende pécuniaire ceux qui vivent en état de mariage et qui diffèrent plus de 6 mois à réclamer la bénédiction nuptialCi A Tappui de toutes ees remarques , d*où il résulte évidemment que rÉglise considère en certains cas comme réellement et légitimement mariés des époux quin*ont pas reçu la bénédiction^ M. Tabaraud allègue le concile de Trente qui permet de se servir, en hénissant le mariage, de formules autres que celle Ego conjungo vos, et le rituel romain qui défend de prononcer cette formule à riglise lorsque d^à le mariage a été contracté au domicile, en présence du curé et de témoins. Il feit mention spéciale des rituels de Strasbourg, Ingo^ stadt, Cologne et Tolède qui portent, au lieu de la formule Ego conjungo vos^ la formule : Afotrimonium per vo$ contractum,ego ianguam Dei minister confirme , êûnclificOy benedtco. Dans les dispenses qu'elle accorde pour les cas de mariage entre catholique et non catholique, TËglise autorise simplement le prêtre à recevoir les promesses des époux et prescrit formellement que l'acte aura lieu hors de l'Église et sans prières, estra ecctesiam et sine precibuê. Boissard.
BÉNÉFICE (du latin benefictunt, bienfait, grâce, avantage, profit), signifie, dans les Églises chrétiennes, place, charge , titre, dignité ecclésiastique, et, plus particulièrement, les revenus, les droits, les fonds de terre attachés à telle charge, à telle dignité. C'est une imitation des usages des rois goths et lombards, en Italie, qui distribuaient à ceux qui les avaient bien servis, à la guerre^ des terres appelées bénéflcee et qui conféraient à leurs possesseulrs le titre de bénéficiers, beneficiariL
Dans les premiers temps de l'Église on ne connaissait du bénéfice, ni le nom^ ni la chose. Tout le bien de l'Église était commun, et l'évêque en disposait comme un père de f&mille, pour entretenir les ecclésiastiques, les églises et les pau-
vres. Plus tai*d oh introduisit le partage des biens en bénéfices, de sorte que le bénéfice, suivant les canonistes^ est le droit de Jouir d'une partie du bien de l'Église, spécialement assignée et déterminée, à l'exclusion d'un autre possesseur ou usufruitier, moyennant renonciation aux parties des biens ecclésiastiques qui n'entrent point dans le lot déterminé. On a voulu que ce ne fût pas seulementundroitde Jouir du revenu del'Église, mais un droit fixe, permanent, et transmissible à un autre après la mort oU la déposition légale de celui qui l'a possédé. Toir le Dictionnaire du droit canon, par Durand de Maillane.
Les bénéfices existent encore dans la plupart dés États chrétiens, mais il n'y en a plus en France depuis la révolution. Les ecclésiastiques, quels qu'ils soient ^ n'ont que des traitements. J. Laboodbrie.
BtittncBs militaires et féodaux, f^qr* Fi£f et
LXUDIS.
BÉNÉFICB. {Droit.) C'est en général une exception favbrabie admise par la loi dans certains caè déterminés.
Bénéfice d'âge. On nommait, dans l'ancienne législation française, lettres de bénéfice d*àge, des lettres de la grande chancellerie ou des chancelleries établies p^ès des parlements, en vertu desquelles un mineur, resté sans père ni mère, obtenait le droit de disposer de ses biens meubles et d'administrer ses immeubles, mais sans pouvoir aliéner ou engager cette dernière espèce de biens. Ces lettres pouvaient être accordées aux garçons à l'âge de 20 ans, et aux filles à celui de 18 ans. L'usage de ces lettres a été aboli par la loi du 7 septembre 1700. On appelait encore autrefois lettres de bénéfice d'âge celles qui permettaient à un mineur de traiter d'un office et de se faire recevoU* avant d'avoir atteint sa majorité.
C'est par une sorte de bénéfice d'âge que les personnes parvenues à l'âge fixé par diverses lois Jouissent du privilège de n'être point soumises à certaines de leurs dispositions. Ainsi tout individu âgé de 05 ans peut refuser d'être tuteur, et , dans le cas où il aurait été nommé avant cet âge , se faire décharger de sa tutelle à 70 ans. Les septuagénaires inscrits sur les listes élémentaires du Jury sont dispensés, s'ils le requièrent, des fonctions de Juré. Les gardes nationaux âgés de 55 ans peuvent se dispenser du service; à 60 ans ils sont rayés du registre matricule de leur commune. Enfin , la contrainte par corps ne peut être prononcée^ excepté dans le cas de stdlionat^ contre celui qui est entré dans sa 70< atihée.
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Bénéfice dece$$ion. C'est la faculté accordée par la loi au débiteur de bonne foi, que des malheurs ont rendu insolvable, de faire en justice Tabandon de tous ses biens à ses créanciers pour conserver la liberté de sa personne. P^qy. Cession DE BIEIfS.
Bénéfice de discussion, du latin discutere, rechercher. Le bénéfice de discussion, que nous avons emprunté à la législation romaine, est la faculté accordée à la caution d*obIiger le créancier, au moment où il dirige des poursuites contre elle, à saisir et faire vendre les biens du débiteur principal. Après cette vente et en cas d'insuffisance du prix, la caution peut être contrainte à acquitter le surplus de la dette. La caution qui veut user du bénéfice de discussion doit indiquer au créancier des biens du débiteur principal situés dans le ressort de la cour royale du lieu convenu pour le payement, et avancer les sommes nécessaires pour subvenir aux frais de la discussion. Elle ne peut indiquer des biens litigieux, ou qui, hypothéqués à la dette, ne seraient cependant plus à la possession du débiteur.
Bénéfice de division. C'est la faculté que la loi accorde aux diverses cautions d'un même débiteur, pour une même dette, d'exiger que le créancier divise sa demande et la réduise à la portion de chacune d'elles dans la dette. Si au moment où l'une des cautions a fait prononcer la division, il y en avait d'insolvables, cette caution serait tenue proportionnellement de ces insolvabilités; mais elle ne le serait point de celles qui seraient survenues depuis la division. Le bénéfice de division existait dans le droit romain ; il y avait été introduit par l'empereur Adrien.
La caution ne peut user ni du bénéfice de division ni du bénéfice de discussion, lorsqu'elle est obligée solidairement avec le débiteur principal.
Bénéfice d'inventaire. La loi, en appelant rhéritier à recueillir tous les biens et droils qu'une personne laisse en mourant , l'oblige à acquitter toutes les charges de la succession. Cependant, si l'héritier craint que la succession ne lui soit onéreuse, il peut déclarer, au greffé du tribunal de première instance, sa volonté de ne l'accepter que sous bénéfice d'inventaire. Cette déclaration n'a d'effet qu'auUnl qu'elle est précédée ou suivie d'un inventaire des biens de la succession, dressé dans les formes et les délais fixés par la loi. Le bénéfice d'inventaire consiste dans l'avantage, pour l'héritier, de n'être tenu des charges de la succession que Jus-
qu'à concurrence delà valeur des biens dont elle se compose; d'empêcher la confusion de ses biens personnels avec ceux de la succession , et de conserver le droit de réclamer contre elle le payement de ses créances. £. Regr/lbd.
BÉNÉVENT, duché du royaume de Naples, dans la principauté ultérieure ( Ultra), dont la superficie est de 7 lieues carrées , et la populalation de 20,348 âmes. Il était autrefois beaucoup plus étendu et faisait partie du pays des Samnites. Il appartenait à l'Église, ainsi que la ville et huit villages, depuis le xi« siècle jusqu'en 1806, où Napoléon en fit don à son ministre Tal< leyrand, qui prit de là le titre de prince de Bé-^ névent. Il fut rendu au pape en 1815. On en exporte des cornes de gros bétail , du vin, du blé, des fruits et du gibier. Les revenus publics ne s'élèvent guère au delà de 6 mille écus d'Espagne ; cependant les habitants se révoltèrent en 1830 ; ce qui est surprenant, en ce que de tels enclaves sont pour l'ordinaire assez bieo administrés. Les Lombards érigèrent ce pays en duché en 571. Il resta indépendant longtemps encore après la chute du royaume lombard. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il tomba entre les mains des Sarasins et des Normands. La ville et le district d'aiyourd'hui sont ce qu'ils ont épargné lors de leurs dévastations. Le duché, ainsi réduit, fut donné au pape Léon IX par l'empereur Henri III, contre la renonciation du premier à ses droits sur ki ville de Bamberg, en Franconie. Béuévent, la capitale, est une ville archiépiscopale, fortifiée et située sur une hauteur (latit. nord 41» 0', longit. est 19' 18'), au confluent des rivières Sabatto et Cadore, qui se réunissent non loin de là. Peu de villes d'Italie méritent autant d'être remarquées sous le rapport des antiquités nombreuses qu'on y voit. Elle renferme 8 églises, 19 couvents, 3 collèges, un archevêché ( fondé en 069), et plusieurs manufactures de plaqué d'or et d'argent, de cuirs et de parchemin. Le commerce de grains y est considérable, mais les 5 foires qui s'y tiennent sont insignifiantes. Chaque mur est presque entièrement composé de fragments d'autels, de tombeaux , de colonnes et de charpentes antiques. On distingue entre autres monuments anciens le superbe arc de triomphe élevé en 114 en l'honneur de Trajan , qui sert actuellemen de porte à la ville, et qui a le nom de porta Aurea ( porte d'or). La cathédrale est un bâtiment sombre, construit dans le vieux style gothique. DlCT. DB LA COlfV.
BENGALE, grande et belle province de l'Indoustan, située entre lei 31o et S7* de latitude
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nord, et les 84<> et 90» de longitude est, et bornée au nord par le Népaul,le territoire de Sikkins et le Boutan, au nord-est par le territoire d*Assam, à Test par Tempire birman, au sud par le golfe du Bengale, au sud-ouest par la province d'Orissa, et à Touest par celle de Babar. Il a environ 150 lieues de Test-nord-est à Touest-sudouest ; à peu près autant du nord au sud , et 13,786 lieues carrées, dont un huitième consiste en rivières et en lacs. On évalue sa population à 23,306,000 individus. Tout ce pays ne forme qu^ine vaste plaine d*aIIuvion, imperceptiblement inclinée vers la mer etarrosée par le Gange qui y forme, avec THougli, un vaste delta entrecoupé d*une multitude de bras de ces deux fleuves; par le Brahmapoutra et ses afBuenls, la Mahanada, la Fichetba ou Altri, la Damodara, etc., qui les uns et les autres prennent leurs sources dans l*Himalaya, le Bihar, le Gandouana, le Boutan, le Mépaul et TOrissa. Tannée, dans le Bengale, est divisée en trois saisons : la chaude, la pluvieuse et la froide. La première commence en mars et finit en juin ; la deuxième commence en Juin et finit en octobre ; après quoi la température se rafraîchit et dure ainsi quatre mois. Les brouillards sont très-fréquents et il tombe de fortes rosées à rapproche de la saison pluvieuse; cette humidité, qui contribue singulièrement à la fertilité du sol, rend le climat très-pernicieux pour les Européens. On recueille du riz en abondance, du froment, de rorge,du maïs, du tabac, du sucre , du coton, de Tindigo , des clous de girofle, des noix muscades, des drogues médicinales, du bois de sandal et autres, du lin, du sénevé, du sésame, de la graine de lin, des pavots dont on fait de Topium, etc. On élève dans le Bengale du gros bétail, des chèvres, des moutons et des vers à soie. On y trouve, particulièrement dans la partie sud-est, des éléphants qui sont très-recherchés et d*un grand usage; et dans les autres parties, des buffles, des tigres, des sangliers et autres animaux sauvages. Il existe des mines de fer dans les districts qui avoisinent l*Himalaya. On en exporte principalementdu riz, du coton, de la soie écrue et en oeuvre, de Tindigo, du sucre, de Tivoire, du tabac, des drogues médicinales, etc. ; et on y importe par mer de l'or, de Targent, du cuivre et du fer en barre, des draps de toute espèce, du thé, du sel, de la porcelaine et de la verroterie, des vins, et quelques chevaux arabes et anglais.
La majeure partie de la population du Bengale se compose d*Indous, peuple timide et doux, mais ingénieux et versé dans tous les arts utiles. n y a aussi un grand nombre de mahométans,
descendants des conquérants afghans et mon*gols, et de marchands arabes. On y parle Ti* diome bengali.
Après avoir été longtemps un royaume indépendant, le Bengale tomba, en 1903, au pouvoir des Afghans et resta tributaire de Tempereur des Mongols Jusqu'en Tan 1540 , qu'un certain Fakher Addin s'en empara et prit le titre de sultan Sekonder. En 1538, il fut conquis par Cher- Schah, et peu après réuni au Delhi. Enlevé aux descendants de ce dernier par l'empereur Akbar, il resta sous la domination du Grand Mogol jusqu'en 1757, que les Anglais en firent la conquête. Us y ont graduellement changé la forme du gouvernement et introduit un Gode de législation fondé sur les lois indoues, mahométanes et anglaises. Cette province est divisée en vingt districts Bacar-Gani, Jasar, Hoogli, Jangel-Makals, les vingt-quatre Parganahs, Neddija, Mednipor, Berdhouan, Birbhom, Morched-Abad, Ghatigand, Tipora, Dacca, Maïmen-Sinyh, Silhet, RaiChahi, Hanypor, Dinaipor, Purniya et Gotch-Bihar. La France possède dans le Bengale Ghandernagor, et le Danemark Serampore.
Bengale, présidence anglaise de l'Indoustan, située dans sa partie nord-est, comprend aujourd'hui les provinces du Bengale, de Babar, d'Orissa , de Bénarès , les territoires cédés aux Anglais par le nabab d'Oude, le Bondelcond, cédé par le Péchoua , les territoires conquis et situés entre le Gange et la Djomna , ainsi que celui situé sur la rive droite de cette dernière rivière et qui a été cédé par Daoulet-Maou-Sindia. L'Ile du prince de Galles, sur la côte de Siam, dépend aussi de cette présidence. On évalue sa population totale à 39,670,000 individus. Elle est divisée en 38 districts, dans chacun desquels il y a un résident anglais, un juge, un magistrat et un receveur. Le gouvernement civil est confié à un conseil suprême composé du gouverneur général et de trois conseillers : le premier est nommé par le roi, les autres sont choisis par la cour des directeurs delà compagnie des Indes, parmi les employés de cette compagnie. Il y a pour l'administration de la Justice une cour suprême siégeant à Calcutta, 6 cours d'appel, et 4C magistrats inférieurs résidants dans autant de districts. Ercygl. des gens du honoe.
BENGALE (golfe du). Formé par l'océan Indien, sur la côte méridionale de l'Asie, ce vaste golfe est compris entre l'île de Singhala (Ceyian) et les côtes de l'Indoustan et de l'empire birman, à l'ouest, au nord -ouest, au nord-est et à l'est. Il prend y)n nom de la province de Bengale, qui le limite au nord; il a environ 450
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lieues dans sa plus grande largeur, de Touest à Test, et 400 lieues de profondeur, du nord au sud. La partie comprise entre les lies Andaman et Nicobar, le littoral de Tempire birman et la côte septentrionale de Sumatra, porte le nom de golfe de Meryhi. Sa côte occidentale n*offre aucun port susceptible de recevoir de grands bâtiments, tandis que sa côte orientale en présente plusieurs excellents, tels que Rakhang (Arracan), Tchédaba, Négrais, Samlien (Syriam), Daonay (Tavey), Djan-Sailan (Djonkseylon), etc. Les vents soufBent, dit-on, dans ce golfe, pendant 6 mois de Tannée, dans la direction du nord-est, et pendant les six autres dans celle du sud-ouest. Cette observation, pour ne pas être rigoureusement exacte, suffit cependant aux navigateurs dans les circonstances ordinaires. X.
BENIN ou BtNi , petit royaume de la Guinée septentrionale, borné au nord-est par TAjourriba, à Test par le royaume d'Éboe, au sud par celui d*Ouari, et au sud-ouest par le golfe du même nom. On peut évaluer sa superficie à environ 1700 lieues carrées. Sa surftice, qui comprend une partie du delta du Rouara (Niger), est arrosée du nord-est au sud-ouest par le Rio-Formose ou Bénin, Tun des bras du Kouara. Le sol, presque entièrement formé d^alluvion, est de la plus grande fertilité et offre toutes les productions de cette partie de TAfrique, là même où Peau douce est rare. Mais la nature humide du sqI, jointe à une multitude de mares d'eau, y donnent lieu à de perpétuelles exhalaisons qui en rendent le climat insalubre, surtout pour les Européens. LMndustrie manuelle y a pour objet la confection des mêmes étofiPes et toiles, ustensiles, nattes, etc., que dans les autres parties de la Guinée septentrionale. On en exporte du sel, de rhuile de palmier et de Vacori ou corail bleu; mais les minéraux y sont rares et on n*y trouve point de poudre d*or. Les naturels ont les défauts et les bonnes qualités communs à la plupart des nations africaines : ils sont bienveillants et fidèles, doux et hospitaliers, mais irascibles et vindicatifs, indolents et insouciants. Leur culte est le fétichisme, accompagné des plus absurdes superstitions, et de sacrifices humains, dans quelques circonstances. La polygamie est généralement admise parmi eux et n*a de bornes que les facultés de chacun. Le roi a, dit-on, 4,000 femmes ; à Tépoque où M. Palisot de Beau vois ■ se trouvait dans cette contrée, un des premiers ministres du roi en avait 400.
* n «M 4 ngnttcr qat le voytf • i* m nv»Bt, ^oat U mt^mn- Krit ae tr(HiT« k BciucIIm, n'«U p« ètn imprimé du vivant 4e l'autrur.
Le pouvoir de ce dernier, comme celui de tous les princes nègres, est éminemment despotique; il est vénéré presque à Tinstar d'une divinité par ses sujets. Néanmoins, son autorité est qudquefbis neutralisée par Tinfluence de ses caboceiroê ou chefs. Tout le monde, excepté ces derniers, se prosterne en sa présence, en touchant du front la terre. Le roi jouit aussi du droit de vendre ceux qui se sont rendus coupables de quelque crime ou qui encourent son déplaisir. Un collier de corail est le signe distinctif de la noblesse, que le roi confère en rattachant luimême, et auquel il ajoute, les jours de cérémonie, une ceinture de la même matière. Lors de Taudience qu'il accorda, en 1818, au lieutenant anglais Ring, il était vêtu à l'européenne, et portait un chapeau galonné en or.
Le royaume de Bénin est connu des Européens depuis 1486 qu'il fut découvert par Alfonzo de Aveiro, navigateur portugais; et depuis il fut très-fréquenté par les marchands d'esclaves.
Sa capitale, qui porte le même nom, est une ville assez considérable : les rues y sont droites et larges; les maisons bâties en terre et régulièrement disposées, mais non pas oontiguës, ont toutes une cour carrée au milieu. Chaque pièce est meublée d'un divan qui en fait le tour et sur lequel sont étendues des nattes; le plancher en est aussi couvert. Celles des chefs sont propres et assez Jolies. Bénin est situé à 35 lieues nord-est de l'embouchure de la rivière, et à peu près par 6o SO'de latitude nord, etSo 50' de longitude est.
On donne le nom de golfb db Bentii k la partie du golfe de Guinée qui s'étend entre l'embouchure de la Lagos et le cap Formose. X.
BENIOWSRI (M/LURiGB-AcQDSTB 9B), hommc dont les destinées furent extraordinaires, naquit en 1741, à Yerbova, en Hongrie, comitat de Neutra. Son père était général de cavalerie au service impérial. Lui-même servit aussi la malson d'Autriche comme lieutenant dans la guerre de sept ans, jusqu'en 1758, où un oncle dont il devait hériter l'appela en Lithuanie. Quelque temps après il se mit à voyager, à Hambourg, à Amsterdam et à Plimouth : dans ces ports de mer il étudia l'art de la navigation ; ensuite il alla en Pologne, accéda à la confédération contre les Busses, devint colonel, commandant de la cavalerie et quartier- maître général. C'est ainsi qu'il tomba au pouvoir des Busses, en 1769, et il hit exilé au Kamtchatka. Dans la traversée qui devait terminer ce voyage, il sauva du naufrage le vaisseau qui le portait, circonstance à laquelle il dut le bon accueil que lui fit le gouverneur Nilof. Bientôt il devint le précep-
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teur des enfonts de cet officier. H leur enseigna le français et Tallemand. Son élèye Aphanasie devint amoureuse de lui, et les talents de Texilé engagèrent le gouverneur à lui accorder la liberté et à le fiancer avec sa fille. Beniowski, de concert avec plusieurs complices, avait déjà conçu le plan de s'évader du Kamtchatka. Instruite de son dessein, Aphanasie neTabandonna pas; elle Tavertit au contraire de ce qui le menaçait lorsqu'on fut sur le point de s'assurer de sa personne. Accompagné d'Aphanasle, fidèle à son serment même après qu'elle eut appris que son fiancé était déjà marié, Beniowski quitta le Kamtchatka en mai 1771, avec 76 autres personnes. Il fit voile vers Formose, puis vers Hacao, où il perdit Aphanasie et où moururent aussi beaucoup de ses compagnons. Enfin il vint en France, et là il fut destiné à fonder un éUblissement à Madagascar, entreprise dont il prévoyait toutes les difficultés. En juin 1774, Beniowski arriva à Madagascar, fonda une colonie à Foulpoint, et s'acquit l'estime de plusieurs peuplades indigènes qui, en 1776, firent de lui leur ampansacabe ou roi. Dans la solennité de son élection les femmes aussi jurèrent fidélité et soumission à son épouse, qu'en France il avait fait venir du fond de la Hongrie. Plus tard il fit un voyage en Europe pour procurer à la nation qu'il gouvernait une puissante alliance et des relations commerciales. Mais, à son arrivée en France, les persécutions du ministère français le forcèrent d'entrer au service impérial, et c'est à ce service qu'en 1778 il eut le commandement dans le combat de Habelschwerdt, qui fut livré contre les Prussiens. En 1785, il chercha en Angleterre à faire réussir une expédition pour llle de Madagascar; il trouva du secours et de l'appui chez des particuliers de Londres, et surtout dans une maison de commerce à Baltimore, en Amérique. En octobre 1784, il partit, laissa sa femme en Amérique, et en 1785 débarqua à Madagascar. Lorsqu'il y commença des hostilités contre les Français, le gouvernement de l'Ile de France envoya des troupes contre lui. Dans un combat livré le 25 mai 1786, il fut blessé à mort. Beniowski a écrit, en français, le récit des événements de sa vie (Paris, 1791, S vol. in-8o) ; William Nicolson a traduit son manuscrit en anglais, et Ta mis au jour. Il en a paru des traductions en diverses langues. Sa veuve mourut en 1835 dans sa terre de Bieska, près de Betzko. Kotzebue a mis en scène cet homme remarquable. BENJAMIN, dernier fils de Jacob et de Rachel. Celle-ci accoucha de Benjamin quand Jacob, revenant de la Mésopotamie, s'avançait vers Beth-
léem. Elle mourut dans les douleurs de l'enfantement et en mettant au monde Benjamin, à qui elle donna le nom de Ben-onij fils de ma douleur; mais Jacob l'appela Benjamin, ftl$ de ma droite» Ce fut Benjamin que Jacob garda auprès de lui quand il envoya ses autres fils en Egypte acheter du blé, lors de la famine qui désola la terre de Ghanaan. On connaît l'histoire de la reconnaissance de Joseph avec ses frères qui, sur son ordre, lui avaient amené Benjamin, et à la vue de qui Joseph fondit en larmes. S. C/lhui • BENJAMIN -CONSTANT, rqy. Covn kwt db Rebigqub.
BENJOIN ou BiNZOïif , Bill JAOT, Buijbii i, Bin- JOKNIL. Substance halsamique solide, d'un brun rougeâtre, d'une odeur très-agréable, produite par un styrax, arbre de la famille des ébénacées, qui croit à Sumatra. Le benjoin lessivé à chaud avec de l'eau pure, la lessive filtrée, décomposée par l'acide nitrique, puis évaporée, donne une substance cristalline que les chimistes ont considérée comme un acide particulier. On peut également l'obtenir en soumettant le benjoin à une douce chaleur dans un vase recouvert d'un cône en carton. L'acide benzoYque, nommé autrefois fleurs de benjoin, se sublime sur les parois internes du cône sous forme de paillettes satinées et brillantes.
Les habitants des lies de France et de Mascareigne appellent à tort benjoin un arbre du genre terminalia, qui croit dans leurs forêts. Une espèce du genre laurier, de l'Amérique septentrionale, porte aussi mal à propos le nom de benjoin..
Le benjoin est généralement usité comme objet de parfumerie; il a été aussi quelque peu employé en médecine. L'odeur agréable qu'il exhale en brûlant le fait choisir pour les parfums destinés à être brûlés. C'est la base des fameuses paatillee du êérail. Ce qu'on ^omme laii virginal se prépare avec du benjoin dissout dans l'alcool et mêlé à l'eau. Dr..z.
BEN JONSON. roy. Joinsoii .
BENNINGSEN (Lotiis-AuotisTi, baron de), général russe, né à Bantein, dans le Hanovre, en 1745, entra au service de la Russie et livra en 1807 les deux batailles d'Eylau et de Friedland. Après la paix de Tilsitt, il se retira dans ses terres. En 1815, il commanda l'armée russe dite de Pologne, prit part à la bataille de Leipzig et fit le blocus de Hambourg, Dans la suite, il fut nommé gouverneur dans le midi delà Russie et finit par retourner s'établir dans son pays natal, où il mourut le 5 octobre 1826. Il est auteur d'un ouvrage ayant pour titre : Gedanken uber einige Kentnisse, die einem officier der leich-
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ten Cavalerie nœthig sind (Eiga, 17d4 et Wilna 1805.)) Pensées sur quelques connaissances indispensables à un officier de cavalerie légère. 11 a également laissé des Mémoires sur les événements de son temps. X.
BENOIT (sâiht), né en 480, à Norsîe, en Ombrie (duché de Spolète), fut en Italie, et plus tard par ses disciples dans tout TOccident, pour la régularisation de la vie ascétique, ce que saint Antoine et saint Pacôme avaient été pour TÉgypte, et saint Basile pour TAsie Mineure et quelques régions voisines. Le vœu de ses parents rappelait aux emplois et aux honneurs, et il fut envoyé à Rome pour faire les -études convenables. A Rome se maintinrent longtemps, sous la domination des Hérules et des Goths, les anciennes écoles de littérature et de jurisprudence; mais déjà les doctrines de ces vieilles institutions ne répondaient plus aux nouvelles idées. Le jeune Benoît, qui avait reçu dans la maison paternelle, comme sa sœur sainte Scholastique, de profondes impressions de piété, trouva bien vides et bien stériles des leçons que n*inspirait plus le génie de la religion et de la patrie. Benoit, à 17 ans, s*attacha avec toute Tardeur de son âge, avec toute la piété de ses habitudes, à cette religion qui lui offirait une patrie sans doute éloignée, mais glorieuse, et une carrière, il est vrai, pénible, mais libre et pure. Benoit exécuta avec calme une résolution dans laquelle entrait plus de résignation que d'entraînement. Il se retira dans une grotte solitaire près de Sublacum (Subiaco), à 40 milles de Rome, et y vécut 5 ans, connu seulement de la personne qui lui apportait les aliments indispensables. Des pâtres ayant découvert sa retraite et ses idées s*étant nettement dessinées , il prêcha et se fit rapidement un Nombreux auditoire de curieux et de dévots. Sa demeure, devenue pour quelque temps un lieu de pèlerinage, fut bientôt le centre d*une sorte de congrégation. Plusieurs de ceux qui étaient venus Tentendre s'étant mis sous sa direction : il en forma autour de lui, de Pan 520 à 527, douze familles reUgieuses, composées chacune de douze moines et d*un chef ou d*un abbé, et vivant suivant les règles qu'elles s'étaient données elles-mêmes. Benoit, qui comprenait les droits de la piété, pensait que la loi la phis librement votée était la meilleure. Ce réformateur des mœurs, dont la destinée était plus haute, se trouvait heureux dans le monde moral qu'il s'était créé. Il ne songeait pas à le quitter. Mais, dans la vie des hommes que la Providence appelle à des œuvres qui sont hors de la ligne ordinaire, la persécution est de tous les moyens
celui qui les conduit le plus loin. Un prêtre chrétien dii voisinage^ Florentin , voyait avec une profonde jalousie et entravait avec une déplorable adresse les progrès ilu pieux cénobite. Fatigué de ses vexations, Benoit va s'établir entre Sublacum et Naples, sur la pente du mont Cassin, aujourd'hui terra di Lavora, Déjà le paganisme,Mepuis longtemps miné par le scepticisme de ses philosophes, par la nullité de ses prêtres et l'énergie de la dynastie de Constantin, n'avait plus de culte légal : ses rares fidèles ne se réunissaient plus qu'en secret, dans quelques sanctuaires en ruines que la cour oubliait de faire détruire. Un temple d'Apollon, entouré d'un bois sacré, et qui attirait encore des idolâtres, se trouvait dans le voisinage de saint Benoit, favorisant des superstitions qui avaient au moins l'avantage d'entretenir quelques sentiments religieux. Le pieux cénobite convertit ces malheureux, détruisit leur temple, fonda en place deux oratoires, et érigea un couvent sur la montagne. La renommée publique s'occupa bieutdt de ces établissements et de leur fondateur. Le roi des Ostrogoths, Totila, qui ne connaissait que l'arianisme , mais qui respectait la foi de Nicée que professait la majorité des peuples d'Italie, voulut voir le célèbre cénobite du mont Gassin. Dans l'entrevue qui eut lieu entre ces deux personnages, le saint, dit-on, parla au roi avec une égale franchise sur les désordres auxquels se li- ^ vrait le prince et sur le peu de temps qui lui restait pour en réparer le scandale; et si la sévérité de ce langage ne corrigea pas le barbare, du moins n'excita-t-elle point sa colère. Saint Benoit put continuer tranquillement la direction de sa maison; elle prospéra rapidement. Le chef qui y recevait des fidèles de tout âge et même des enfants, savait occuper tout le monde aussi utilement que pieusement. Le travail des mains alternait avec celui de l'intelligence, la culture des champs avec celle des lettres saintes et profanes. Les moins habiles de ceux qui avaient quelque instruction savaient au moins écrire. On leur fit copier les Codes sacrés, les livres de la piété ou les chefs-d'œuvre de la littérature ancienne. C'est ce qui distingua les établissements du mont Cassin. Les ermites d'Occident, avant ce réformateur de leur vie ascétique, perdaient dans une stérile oisiveté leurs facultés physiques et intellectuelles. On comprit l'importance de la réforme. Un régime précis, sans être rigoureux, quelques jeûnes, un costume simple , des habitudes régulières , tout cela assura les destinées de cette nouvelle congrégation. Son fondateur, en lui prescrivant ces observances dans une ré^^e
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bien supérieure à celles de saint Pacôme et de saint Basile (règle que Grégoire le Grand caractérise si bien en ces mots : Diêcrettone prœci' pua, sermone lucuienta)^ la rapprocha en quelque sorte de Tancienne institution que Pythagore, non loin de là, avait jadis fondée dans des vues un peu différentes, et que les Esséniens et les Thérapeutes avaient plus tard imitée en igypte et sur les bords de mer Morte.
L*Occident adopta généralement Tœuvre de saint Benoit comme un moyen de piété et de civilisation. Aussi, de toutes les institutions morales du moyen âge, aucune ne lutta avec plus de succès contre cette barbarie qui vint envahir roccident au commencement du vi« siècle. En effet, par leurs travaux et leurs exemples les disciples de saint Benoit donnèrent les meilleures leçons d'ordre, d'économie, dMnstructionet de défrichement que pussent recevoir les populations barbares. Jetées au milieu de ces peuples , les colonies des bénédictins furent autant d'écoles de civilisation, d'industrie, de culture. Saint Benoit n'en vit pas l'immense développement. Il mourut en 543 au mont Cassin. Mattib.
BENOIT (pàPis). Dans la série des pontifes romains, quatorze ont porté le nom de Benoit, sans compter Pierre de Luna, antipape sous le nom de Benoit XIII. Lepremier du nom fut élu en 574; le second en 684. Ce dernier avait été élevé, dit l'abbé FIeury,dans l'amour de la pauvreté; il était patient, doux, libéral, instruit des saintes Écritures et du chant ecclésiastique. Ainsi que ses cinq successeurs immédiats, il était Romain. Au nombre de ces derniers, Benoit V (964-965) laisserait quelque doute sur sa légitimité, si l'usage n'avait pas prévalu de le compter au rang des papes, ainsi que Léon yiII,8on compétiteur.
Benoit YIII {Jean), né à Tusculum, pape de 1019 à 1024, eut pour concurrent Grégoire, dont il se débarrassa par Ja protection de l'empereur Henri II. En 1016, il remporta une victoire signalée sur les Sarrasins et les chassa de la Toscane, qu'ils avaient envahie. En 1017, il accepta le secours de Raoul et de ses Normands pour repousser les Grecs qui avaient conquis une partie du Bénéventin. Cependant il fut obligé de faire le voyage d'Allemagne, en 1020, pour implorer l'assistance de l'Empereur contre ces mêmes Grecs qui faisaient des progrès, et il parvint à les vaincre. Dans l'intervalle, il tint un concile à Pavie, où le mariage fut défendu aux ecclésiastiques. Il mourut en 1034, avec la réputation d'un savant pontife, d*un grand prince et d'un habile politique.
Bknoit h {Théôphiiacte), fils d*Albéric, comte
de Tusculum, monta en 1035 sur le saint-siége, qu'il abdiqua en 1048. On croit qu'il mourut en 1054, à Grotta-Ferrata, où il s*était retiré après son abdication.
Benoit XI {$aint), ancien général des dominicains, cardinal-évèque d'Ostie, élu pape à l'unanimité des suffrages, en 1305, leva spontanément Texcommunication lancée par Boniface YIU contre Philippe le Bel, le clergé et le royaume de France, révoqua quelques bulles de son prédécesseur, rétablit les Colonnadans leurs biens, accorda divers privilèges à ses anciens confrères, et mourut en 1304.
BsNorr XII {Jacques Foumier), né dans le comté de Foix, religieux de Giteaux, évèque de Pamiers et cardinal, fût élu successeur de Jean XXII, à Avignon, en 1334. Il s'efibrça de réparer les maux causés avant lui, repoussa les prétentions de Philippe de Valois, et tenta de se réconcilier avec l'empereur Louis de Bavière. Il eut des relations avec tous les princes de son temps, et les traita moins impérieusement que ne le comportaient les idées dominantes de cette époque. Il se montra généralement observateur de la discipline régulière, modéré, généreux, désintéressé. U disait souvent : «A Dieu ne plaise que le roi de France m'asservisse tellement par mes parents qu'il me porte à faire tout ce qu'il désire. » U mourut à Avignon, le 25 avril 1342.
Benoit XIII, Romain {Pierre-François Or- «tnO, dominicain, archevêque de Bénévent, succéda à Innocent XIII, en 1734. U se présentait à Rome sous d'heureux auspices : il avait puissamment contribué à la restauration et à l'embellissement de la ville de Bénévent, qu'un violent incendie avait dévastée et des décombres de laquelle U n'avait été retiré qu'avec peine. Il voulait pacifier les troubles de l'Église occasionnés par la constitution UnigenUus, et pour cela il prit à tâche de la justifier de toute opposition à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, dans un bref du 6 novembre 1724, adressé aux professeurs de l'ordre de saint Dominique, et dans le concile qu'il tint à Rome, en 1725. Il avait également l'intention d'approuver les douze articles du cardinal de Noailles ; mais cette intention échoua contre les menées de ceux qui l'entouraient. Le bref qu'il publia, en 1729, pour autoriser la légende de Grégoire VU, souleva contre lui toutes les puissances et fut rejeté par la majeure partie de l'Église catholique. La bonne union qu'il entretenait avec la cour d'Autriche fut troublée par ses prétentions sur les duchés de Panne et de Plaisance. U n'en vit pas le rétablissement, étant mort en 1730.
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BiifoiT XIV (Prosper Lamberlini), de Bologne, fut élu en 1740, pour succéder à Clément III. Ses profondes connaissances en théologie, en droit civil et canonique et en littérature, le firent successivement nommer avocat consistorial, promoteur de la foi, consultant du saint-office, canoniste de la pénilencerie, évéque d*Ancône en 17â7, cardinal en 1738, archevêque de Bologne, en 1782, et il en remplit les fonctions avec une rare capacité et une tolérance admirable. On raconte de lui des traits qui font honneur à sa charité. Dans le conclave de 1740 il fut nommé pape. Il prit pour ministre le cardinal Valenti, et pour amis les cardinaux Passionei, Quirini et Polignac* L'inquisition d*Espagne voulait censurer la défense de$ quatre articles par Bossuet ; Benoit XîV i'y opposa. Ce pontife avait dit autrefbls au père de Montfaucon : « Moins de libertés de TÊglise gallicane de votre part, moins de prétentions ultramontaines de la n^tre, et nous mettrons les choses au niveau qu'elles doivent avoir. • Consulté par la cour de France au sujet du refus des sacrements, il répondit en 1756, qu'on ne pouvait refuser les secours spirituels qu*à ceux qui seraient notoirement convaincus d'être réfractaires ou désobéissants à la bulle Unigenitui. Il garda la plus stricte neutralité dans la guerre déclarée à l'Autriche par la France et la Prusse, pour exclure François de Lorraine du trOne impérial. Il permit à Marie- Thérèse de tolérer le culte protestant dans ses États. Il favorisa le progrès des sciences et protégea les savants. Tcftis les souverains de l'Europe avaient pour lui la plus haute estime. Les voyageurs les plus distingués s'empressaient de solliciter son audience et de recueillir de sa bouche quelques-unes de ces paroles spirituelles qui relevaient sa conversation. Il mourut en 1758.
Ses ouvrages, imprimés plusieurs fois séparément, en italien ou en latin, ont été recueillis à Bome, à Bassano ou à Venise, en 12 ou 15 vol. in-fbl. L'édition de Bassano, la plus complète de toutes, a 15 vol. in-f61., non compris le BuUaire (4 vol. in-fbl., Venise, 1760).
BbiioIt XIII (Pierre de Luna), Aragonais, antipape, commença par étudier le droit civil et canonique avec beaucoup de succès, prit le parti des armes, et revint à ses études de droit qu'il enseigna avec éclat dans Tuniversité de Montpellier. Grégoire IX le créa cardinal en 1875. Il s'attacha à Clément VII, qui régnait à Avignon, et se fit reconnaître au concile de SaUimanque en 1887.11 succéda à ce pontife, en 1394, avec l'assentiment de la France qui comptait sur set promesses de tout sacrifier au bien généraK
Vain espoir! promesses trompeuses! Benoit se refusa à toutes les propositions d'accommodement et foudroya toutes les mesures que l'on prit pour y parvenir. Sa fermeté et ses intrigues lui ramenèrent le roi de Castille qui s'était soustrait à son obédience, et même Charles VI. Cependant il faisait semblant de vouloir se rapprocher du pape de Rome. Mais lassés de tant de fourberie, les cardinaux des deux obédiences, d'accord avec les souverains, convoquèrent à Plie un concile oecuménique qui s'ouvrit le 25 mars 1409. Benoit refusa de s'y rendre et en brava les décisions, barricadé d'abord à Collioure, et ensuite à Peniscola; avec l'appui des royaumes d'Aragon, de Castille et d'Ecosse. Il ne se rendit pas davantage aux déterminations du concile de Constance, en 1414, et aux ambassades qu'on voulut bien lui envoyer. Fier de Tobéissance d'Alphonse, roi d'Aragon, il mourut dans son obstination, au château de Peniscola, en 1424, à l'âge de 90 ans. Bossuet a remarqué que Benoit est le premier qui ait condamné les appels du pape au concile. X.
BENSERADE (ISAAG Di) est un de ces écrivains qui, avant tout autre talent, ont eu celui de naître à propos. Il vit le jour en 1612, à Lions, petite ville de Normandie , et vint très-jeune dans la capitale, où les concêtti, les pointes, le style affecté, le bel esprit en un mot, étaient alon en grande faveur. Benserade se distingua bientôt dans ce détestable genre. Pensionné tour â tour par Richelieu et Maxarin, qui en ftiit de goût, n'étaient pas des oracles, il séduisit jusqu'au poète BoUeau, qui le loua dans l'Jrt poétique et plus tard en fit amende honorable dans sa satire de l'Équivoque, Eu 1651 encore, Benserade, émule de Voiture, partagea avec lui l'honneur d'exciter une petite guerre littéraire par les fameux sonnets de Job et d'C/ranie; et la cour et la ville se partagèrent en Jobetim et en Uranins, Mais l'apogée de la réputation et de la fortune de Benserade fut le commencement du règne de Louis XIV. Poète de la cour, il eut l'entreprise de ces petites pièces de vers désignées alors sous le nom de JeipjEfM et qui faisaient partie des ballets où figuraient, au premier rang, le jeune et galant monarque. Il est juste de dire que Benserade sut mêler par fois â d'ingénieuses flatteries pour le roi et pour les seigneurs et les dames qui prenaient part à ces fêtes, de piquantes et malignes allusions. Généreusement récompensé par son héros, il se créa un revenu de près de 12,000 francs, somme prodigieuse pour l'époque; il eut de plus un carrosse, ce qui, aujourd'hui est un luxe réservé à bien peu de
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ses confrères. Sous le rapport de ^aIllou^propre il ne fut pas moins bien traité. En 1074 il avait été élu à TAcadémie. Louis XIY donna 10,000 francs pour Timpression et les gravures de ses métamorphoses d'Ovide mises en rondeaui; et dans le privilège du roi, nécessaire alors pour la publication de tous les livres, le sien fut ftivorisé, par exception , d'éloges officiels.
Hais le siècle plus fort que le prince avait marché pendant ce temps : des chef^'œuvre avaient éclairé le public et fait Justice des prétentieuses médiocrkés. Benserade pendant ses triomphes s'était consolé des épigrammes : il ne se consola pas de l'oubli. Il se résolut à fuir un monde qui l'abandonnait et se retira à Gentilly, dans une petite maison de campagne, où s'écoula le reste de ses jours entre les regrets, la dévotion et quelques instants consacrés encore à une lyre qui ne rendait plus que de bien faibles sons sous sa main défaillante. Sixans après sa mort, qui eut lieu en 1001, on publia, en 3 vol. in-19, un choix de ses poésies. C'est aujourd'hui une rareté bibliographique. M. OUBBY.
BBNTHAM(JÉil»ii), l'un des jurisconsultes et publicistes les plus distingués de l'Angleterre, naquit à Londres, l'an 1747, et montra déjà, dès sa plus tendre enfance, des dispositions tellement précoces qu'à l'Age de 5 ans il lisait, dit-on l'iiistoire d'Angleterre, par Rapin, pour son amusement. A 8 ans, il savait jouer du violon, et à l'Age de 15 ans il commença ses études à Oxford.
Son père, un des avocats célèbres de Londres, l'introduisit, en 1772, sous les meilleures auspices, dans la carrière publique, où bientôt ildonna des preuves éclatantes de son talent et de ses profondes connaissances pratiques. Malgré un brillant début, il quitta le barreau dès qu'il eut reconnu les abus de la justice anglaise à la cour de la chancellerie, et qu'il eut appris, entre autres, que de temps immémorial les avocats avaient la coutume de ne comparaître à l'audience que sur la troisième assignation; qu'ils portaient les troisassignations en compte à leurs clients pour en partager le bénéfice avec le conseil de la cour. Bentham fut révolté de cet abus. Après en avoir obtenu le consentement de son père ii résolut de travailler à abolir de si mauvais usages, plutôt que d'en tirer parti pour lui-même.
La mort de son père l'ayant mis en possession d'une modeste fortune, il renonça à toute ambition d'arriver aux emplois et aux honneurs, pour ne consacrer sa vie qu'à l'amélioration de la justice et des établissements nationaux. Sa
brochure; A fragment on governmeni (Londres, 1770), par laquelle il débuta et qui donnait des éclaircissements sur un chapitre des commentaires de Blackstone, annonça déjà toute la sagacité d'un profond penseur. Mais ce qui établit sa réputation fut sa Défense ofuiury (Londres, 1787), dans laquelle il prouvait qu'il était impolitique de mettre des entraves au commerce de l'argent. Son Jnêroduction to Ihe principlei of moral and legiêlation (Londres, 1789, in-4o{ nouvelle édition, S vol., Londres 1833) traite à fond les points principaux de l'art gouvernemental. Son Rationale of JudioùU évidence ( 5 vol., Londres, 1837) donne, avec la théorie de la preuve, un examen général et approfondi de la procédure des tribunaux anglais. Parmi ses écrits les plus profonds figure son Plan ofa judicial eatablishtneni qu'il destinait à la France régénérée. Quoique cet ouvrage ait été imprimé à Londres en 1703, il n'a jamais été répandu dans le commerce. Deux de ses meilleurs ouvrages n*ont jusqu'à présent pas encore été imprimés en original. Un de ses amis, Dumont de Genève, les a traduits en français sur son manuscrit: ce sont le Traité de la législation civile et pénale (Paris 1801, 8 vol.) et sa Théorie des peines et récompenses (3 vol., Londres, 1813). Ces ouvrages agrandirent, notamment en France, ki réputation de Bentham à un tel point qu'ayant visité une des chambres de la cour royale pendant son séjour à Paris, tous los avocats se levèrent à son entrée, pour lui rendre un hommage éclatant de leur considération. L'empereur Alexandre lui avait envoyé une bague enrichie de diamants; Bentham ki refusa en disant : «Que son intention n'était point de recevoir des bagues des souverains, mais seulement de rendre quelques services au monde. »
Un de ses plus intéressants ouvrages, Essajr on Political taotics, qui parut pour la première fois en 1791, fut publié par Dumont d'après le manuscrit revu et augmenté par Bentham, sous le titre d'Essai sur la tactique des assemblées législatives (Genève, 1815). Le petit écrit de Bentham Swearnot at ail (Londres, 1813) était dirigé contre l'abus judiciaire du serment, et The art of packing juries (Londres, 1831) attaquait l'influence illégale des autorités sur les jurys. Il combattit le système d'exclusion de l'Église anglicane dans son Church ofenglandism (Londres, 1817); ses vues sur la nécessité d'une réforme générale sont renfermées dans son Plan of parliamentarjr refortn (Londres, 1817) et dans son Radical reform Bill {Uindres, 1819). Ces écrits et plusieurs autres s'éle-
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vaient avec tant d'énergie et de courage contre la corruption dans TÉtat et dans TÉglise, que, de tous les écrivains, il fut le plus en butte à ranimosité des attaques du parti tory, et cette circonstance n'a pas peu contribué à entraver pendant longtemps la publication de ses ouvrages en Angleterre. C'est sous son influence que parut en 18241a H^esttninster rccêeic?, destinée à défendre et à appliquer ses principes politiques. Parmi ses premiers écrits mérite aussi d'être cité son PanopHcon or the inspection house (2 vol., Londres, 1791); il y développe le plan d'une nouvelle manière de construire les prisons, les maisons de travail, les établissements pour les aliénés, et autres; et c'est d'après ce plan qu'on exécuta en partie la prison de Millbank, à Londres.
Bentbam était simple et plein de dignité dans ses habitudes; son commerce était doux, d'une aimable gaieté. Philosophe pratique, il exerçait la bienfaisance d'une manière peu ordinaire. Tout son extérieur, sa belle tète, son œil bien ouvert, ses longs cheveux ondoyants et la douceur de ses traits, jointe à l'expression naturellement spirituelle et énergique de sa figure, lui donnait une ressemblance frappante avec Benjamin Franklin. En France, M. David a fait son buste en marbre. Même dans un âge avancé il aimait encore à jouer de l'orgue et avait disposé à cet effet, dans son jardin, une maison qu'avait habitée Milton et que décorait le buste de ce poète. U était passionné pour la poésie; la botanique était un de ses passe-temps favoris. Le triomphe de la réforme venait d'embellir les derniers jours de sa vie, lorsque la mort l'enleva le 6 juin 1832.
Sa correspondance avec les hommes les plus distingués de son temps, un fragment de sa biographie et tout ses manuscrits ont été confiés au D' Bowring, qui est chargé de la publication de ses œuvres complètes; un ouvrage inédit, la Déontologie, en fera partie. Dans ses dernières dispositions Bentham ordonna que son corps serait livré à la dissection, et cela pour se mettre en opposition avec le préjugé qui règne encore en Angleterre. Ses amis furent obligés 'de lui faire la promesse solennelle d'exécuter fidèlement cette dernière volonté, malgré tous les empêchements qu'on pourrait y opposer. COirVKBSATIOIf'S L£X1C0H.
BENTHEIM, comté du Hanovre, dont la superficie est de 35 lieues carrées, et la population de 25,500 habitants. Sa capitale est Bentheim et son possesseur actuel le prince de Bentheim- Steinfurt.
BENTINCK (WiLtUH - HiRHT CAVSNBISH ).
f^ctr. PoRTLAND ( duc de ).
BENTINCK (William -Heurt GiVENDISH, lord), gouverneur général de l'Inde anglaise, est né en 1774. Étant entré de bonne heure au service militaire, il fut nommé, dès l'âge de 29 ans, gouverneur de Madras. Rappelé en Europe quelques années après, l'Angleterre l'envoya en Sicile, auprès du roi de Naples, avec la mission de commander les troupes auxiliaires anglaises. En présence d'une reine ambitieuse, qui supportait impatiemment la présence des troupes étrangères dans ses États, ce poste exigeait une grande prudence ; mais l'Angleterre, convaincue de Fincapacité de cette princesse intrigante, ne consentait à la prot^er contre Napoléon qu'à la condition qu'elle se laissât diriger. Ce fut par l'influence de son ambassadeur et malgré la reine Caroline, qu'une constitution fut introduite, en 1812, dans la Sicile. On a reproché, avec raison, à l'Angleterre de n'avoir pas stipulé le maintien de cette constitution lorsque les troupes anglaises se retirèrent, après la chute du trône de Napoléon. Il est vrai que les partisans du ministère anglais ont dit, pour son excuse, qu'on s'était convaincu que la Sicile n'était pas mûre pour apprécier le bienfait d'une constitution. Napoléon combattait encore contre les alliés du Nord, au commencement de 1814, lorsque le gouvernement anglais chargea lord Bentinck de soulever Pitalie contre lui et de soutenir les effîorts de la population par les troupes qui furent mises à sa disposition, dans la flotte de la Méditerranée. Le commandant en chef adressa une proclamation libérale aux Italiens, força la garnison française à Gènes, à capituler, et promit le rétablissement de l'ancienne république génoise. Lorsque ensuite le congrès de Vienne soumit Gènes au roi de Sardaigne, l'indignation fut générale; de violents reproches furent adressés au ministère anglais, par l'opposition parlementaire, pour avoir sacrifié un pays à qui le représentant de l'Angleterre avait solennellement promis le rétablissement de son ancienne indépendance. Lord Castlereagh ne rougit pas de désavouer le commandant en chef, et lord Bentinck eut la faiblesse de continuer de servir sous un ministère qui lui avait fait un tel affront. Il accepta le poste de ministre près le saint-siége ; mais il revint bientôt en Angleterre et ne fut plus employé tant que dura le pouvoir de lord Castlereagh. Ce ne fut que sous le ministère de Canning, en 1827, qu'il fut appelé au poste important de gouverneur général de l'Inde. Il en a rempli les fonctions pendant
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plosieurt années, à la satisftiction «générale. L*Inde n*a Jamais été plus tranquille ni mieux gouvernée que sous son administration. Un Toyageur français , Jacquemont, qui reçut de lord Bentinck toutes les facilités pour ses recherches d'histoire naturelle, dit de lui : « L*homme qui fait peut-être le plus d*honneur à TEurope, en Asie, c*est celui qui la gouyeme. Lord Bentinck, sur le trône du Grand Hogol, pense et agit comme un quaker de Pensylvanie. Hélé longtemps dans des scènes de tumulte et de sang, il a gardé pure et vierge cette fleur d'humanité que les habitudes de la vie militaire flétrissent si souvent. Éprouvé aussi par le plus corrupteur des métiers, celui de diplomate, il est sorti de cette épreuve avec la pensée droite et le langage simple et sincère de Franklin. » Remplacé par lord Auckland , il revint en Angleterre où il est mort en 1859. Deppoig.
BENTIYOGLIO (la famille), originaire du château du même nom, aux environs de Bologne, et souveraine dans cette ville au xv« siècle, prétend descendre d'un fils naturel d'Enzio, lui-même fils naturel de l'empereur Frédéric II. Enzio, 33 ans captif chez les Bolonais, mourut dans leur ville, en 1271, laissant, selon des chroniques peut-être apocryphes, un fils du nom de Bentivogllo. Pendant le xiv* siècle, on voit la famille des Bentivoglio attachée à la corporation des bouchers. Peu après elle s'illustre, et, par son attachement au parti de VÉchiquier, elle acquiert les premières places.
JiAN Bentivoglio, chef du parti de l'Échiquier, supplante Hanne Gozzadini et se fait proclamer, en 1401, seigneur de Bologne. L'année suivante il perd la bataille de Fasalecchio contre Jean- Galéas Viscontl; puis il est tué par le peuple de Bologne dans une révolte. Hais son usurpation n'en devient pas moins un titre pour sa maison. AirroiHi, son fils, banni de Bologne en 1430, y rentre au bout de 15 ans, acquiert, la faveur populaire, puis est arrêté par ordre du pape Eugène lY, et décapité au même instant (1435). AffHiBAL, placé à la tête du gouvernement de Bologne, en 143S, par Nie. Piccinino, est peu docile aux ordres de ce protecteur, se voit enfermé dans la citadelle de Varrani, s'évade, et gouverne de nouveau Bologne, mais sans titre. Jusqu'en 1445. A cette époque il est tué par des hommes qui prétendent rétablir la liberté dans Bologne, mais au fond obéissent aux instigations du duc de Milan. Sahti ou Sancbe était chef d'une manufacture de laines à Florence, quand Cosme de Médicis lui offrit le choix entre ses occupations industrielles et le gouvernement de
Bologne. Santi opta pour le poste périlleux qui le plaçait parmi les chef^ de l'Italie, gouverna 16 ans avec sagesse, toujours d'accord et avec le peuple de Bologne et avec le pape, et mourut universellement regretté, en 146â. Jean II, fils d'Annibal I», encouragea les arts, orna Bologne d'édifices magnifiques, appela les sculpteurs, les peintres, les poètes, autour de lui. César Borgia l'avait en vain environné d'embûches : Jean déjoua tous ses pièges; mais l'arrivée du pape Jules II , avec une armée et des Français , le contraignit à quitter Bologne (1506) pour se réfugier à Milan, où il mourut en 1508. Anni- BAL II et HxButs rétablis, en 1511, par les Français dans l'exercice de leur souveraineté à Bologne, ^n Jouirent un an ; puis, forcés de se retirer à Ferrare et à Mantoue, ils renoncèrent à leur pouvoir .en foveur du pape. Hebcdlk Bentivoglio, fils d'Annibal II, né vers l'an 1513, fut employé par les princes d'Esté dans plusieurs négociations délicates et mourut en 1573. Il excellait dans la poésie, la musique instrumentale et les exercices du corps. On a de lui : 1° des stances, sonnets, églogues; 3» tles satires et des capitoli; 3o deux comédies. Sa facilité, sa grâce, le rendent presque l'égal de l'Arioste. Opère poeiiche del êignor Ercole Bentivoglio, Paris, 1719, in-13.
Camille Bentivoglio, petit-fils d'Annibal II, s'attacha aux rois Henri II et François II dont il fut premier gentilhomme; puis, faussement accusé par le parti des Guise de l'assassinat du comte d'Enghlen et même cité pour un cas plus grave encore devant le pape Pie IV, il passa en Pologne et se signala pendant la guerre contre les Turcs. Gui, successivement camérier secret de Clément VIII, référendaire de Paul V, archevêque de Rhodes, nonce apostolique en Flandre et en France, et enfin cardinal, fut choisi par Louis XIII pour protecteur de la cour de France auprès du pape, et devint le confident intime d'Urbain VIII qui le fit évêque de Palestrine et auquel on crut qu'il allait succéder, en 1644, lorsqu'il mourut dès l'ouverture du conclave. Il avait 65 ans. On a de lui des Relations de ses nonciatures, des Lettres, une Histoire de Flan' dre,ôes Mémoires sur sa vie. Tous ces ouvrages, traduits en français, offrent de l'intérêt, quoique superficiels, et trahissent des opinions fortement ultramontaines.
HiPPOLYTE, d'une autre branche de la fomille, marquis de Magliano, comte d'Antignano, noble bolonais, fèrrarais et vénitien, colonel de cavalerie, était au siège de Pavie avec le duc François de Modène. Il parlait plusieurs langues,
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possédait la musique et l*architecture, inventa plusieurs machines tbéftlrales, composa 4 tragédies {Ânnibalà Capoue, Phjrlli», AchiUe à Scyrot, Tiridate)^ une comédie et des poésies lyriques. Son fils Corniuo, né à Ferrare en 1688, fut, sous Clément XI, prélat domestique, clerc de la chambre apostolique, archevêque de Carthage et nonce en France. Il y développa beaucoup de zèle pour la bulle UnigenituB et en conséquence reçut beaucoup de faveurs de Louis XIY. La régence changea singulièrement cet ordre de choses, et le pape rayant rappelé en Italie le nomma cardinal, en 1715, puis légat à latere dans la Romagne, nonce en Espagne, etc. Il y mourut en 1733. Le cardinal Bentivoglio était versé dans les lettres, dans le droi^, la théologie et les sciences. Il soutint tous les établissements favorables à la littérature. On a de lui plusieurs Discours ( un entre autres sur Tutilité morale des arts du dessin), une traduction en vers de la Thèbaïde de Stace, et quelques sonnets (Collection de Gobbi, t. III). V. Parisot.
BENZINE ou Binzoni. Matière grasse, particulière, qui existe dans tous les végétaux dont on peut extraire de Pacide benzolque. C'est une sorte d*huile assez épaisse, incolore dans son état de pureté, mais plus ou moins ambrée dans son état ordinaire; d'une odeur particulière, un peu empyreumatique, d'une densité supérieure à celle de l'eau; inattaquable par Tacide azotique, comme par la potasse; mais bien par l'acide sulfurique concentré qui la colore en brun. Elle est composée de 99,46 de carbone et 07,54 d'hydrogène. DR..Z.
BENZOIQUE (agidi). Fcot. Bbhjoui.
BÉOTIE, Bœotia, région de l'ancienne Grèce, assez étendue, que bornaient au nord une partie de la Phocide et les Locriens, au midi une portion de TAttique et du territoire de Mégare, à l'ouest la partie orientale du golfe de Gorinthe; enfin au nord-est la mer qui ia sépare de l'Ile d'Eubée. Ainsi, la BéoUe constitue un bassin que ceignent des montagnes de tous côtés, et dont les eaux se réunissent au fond de la plaine. Celleci est divisée par une chaîne de montagnes qui se rattache du Cithéron au mont Proon. La ville de Thèbes était située dans la partie méridionale. Dans cette plaine se trouve le lac jadis nommé Hxlica, qui se décharge à la mer par un canal. La plaine du nord, plus étendue, est celle où coule la rivière Céphisse, qui sort du mont Parnasse, et dont les eaux entretiennent celles du lac Copalr. Celui-ci inonderait les environs, si des canaux souterrains ne les disaient pas écouler. — On comprend donc que la Béotie
est un vallon riche et fertile, dont la terre, abondamment arrosée, convient aux pâturages, à la nourriture des bestiaux. (Bmôs, en ancien grec, désigne an lieu humide, propre aux bœufÉ). De là sans doute cette contrée a tiré son nom. Les monts Hélicon et Parnasse y sont en partie situés, ainsi que la célèbre fontaine Hippocrène; il y naquit de grands hommes, tels qu'Hésiode, Pindare, Plutarque, Épamlnondas et Philopœmen; la célèbre Corinne y reçut également le Jour. Aujourd'hui cette contrée est la Livadie, et Thiva est un bourg qui remplace Tanclenne et célèbre ville de Thèbes. J. J. Vibbt.
BÉOTIENNE (ligub). On appelait ainsi une grande confédération, composée des principales viUes de la Béotie, qui toutes avaient le droit d'envoyer des députés à la diète où étaient réglées les affaires de la nation après avoir été discutées dans quatre conseils différents. Onze chefk, connus sous le nom de béoiarquêi (de hoiôtoSf Béotien, et arches commandement), étaient nommés par la députation, pour la présider. Ils avaient une très-grande influence sur les délibérations et commandaient, pour l'ordinaire, les armées; mais ils devaient déposer leurs pouvoirs à la fin de l'année, fussent-ils à la tète d'une armée victorieuse et sur le point de remporter les plus grands avantages. X.
BiQUARRE OD B qdahei, signe de musique qu'on écrit ainsi |J , et qui nurque que la note devant laquelle il est placé ayant été d'abord altérée par un dièse ou par un bémol, doit alors être remise dans son état naturel; si, par l'état de la clef, la note en question se trouve déjà diésée ou bémollsée, il est alors nécessaire de faire suivre le béquarre par un dièse ou par un bémol, sans quoi l'on s'exposerait à la confusion, en oe que l'exécutant pourrait rendre cette note telle qu'elle se trouve dans l'ordre naturel de la gamme lorsqu'il n'y a ni dièses ni bémols à la clef. Le béquarre n'est Jamais employé qu'accidentellement, et il agit alors d'une manière analogue à oe qui a été dit à l'article bémol (im^^. ce mot), c'est-à-dire qu'il n'a d'effet que sur la note devant laquelle il est placé tX sur celles qui se trouvent dans la même mesure, sur le même degré ou dans une autre octave. Quelques musiciens n'employaient autrefois le béquarre que pour détruire l'effet des dièses et des bémols accidentels, lui refusant toute action sur ceux placés à la clef. On trouve même encore d'anciennes pièces de musique où le béquarre est (employé de cette manière. Mais comme on n'a pu imaginé d'antre signe pour les dièses et les bémols de la clef, et que d'ailleurs c'eût été sur-
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BÉR
ebarger sans nécessité la nomenclature déjà trop compliquée des caractères de musique, il a bien fallu faire servir le béquarre pour détruire dans tous les cas possibles TefFet du dièse et du bémol. L*origine du béquarre est commune à celle du bémèl (fo/.)* Voyei aussi ce qu*on en dit à Tarticle Notation. Bighbm.
BÉKAHGER ( Piibre-JTean di) est né à Paris le 10 août 1780, chei un tailleur, son pauvre et vieux grand -père maternel. Son père et sa mère, à ce qu*il semble, eurent peu dMnfluence sur son éducation. Il resta à Paris jusqu'à Tâge de 9 ans. Peu de temps après il fut confié à une tante paternelle, qui tenait une auberge dans un des faubourgs de Péronne ; cette respectable femme est pour quelque chose dans une gloire qu'elle a préparée et dont elle apprécie la grandeur. C'est chez elle et sous ses yeux que Tenfant sortit de son ignorance, en lisant le Télétnaque et quelques Tolumes de Racine, et de Voltaire qn^elle avait parmi ses iiyres. Aux yers du plus religieux de nos poètes et à ceux du plus moqueur de nos philosophes, sa tante, bonne et pieuse, joignait d'excellents aTertissements de morale, et des conseils d'une fenrente dévotion. Néanmoins, d^à à cette époque le génie de Béranger, libre, sceptique et malin, se trahissait par des saillies involontaires.
A 14 ans il entra en apprentissage dans Pimprimerie de Péronne ; là il commença à apprendre les premières règles de Torthographe et de la langue. Mais sa véritable école, celle qui contribua le plus au développement de son intelligence et de ses sentimenis moraux, ce fut l'école primaire fondée à Péronne par H. Ballue de Bellanglise, ancien député à l'Assemblée législative. Dans son enthousiasme pour Jean-Jacques, ce représentant avait imaginé un institut d'enfonts d'après les maximes du citoyen philosophe; mais dans cette éducation toute citoyenne on n'enseignait pas le latin : Béranger ne l'apprit doqc pas.
A 17 ans, muni d'un premier fonds de connaissances et des bonnes instructions morales de sa tante, Béranger revint à Paris auprès de son père. Vers 18 ans, pour la première fois ridée de faire des vers se glissa dans sa tète, sans doute à l'occasion de quelques représentations théâtrales auxquelles il assistait. La comédie fut son premier rêve : il en ébaucha une intitulée les UertnaphroditeB , où il raillait les hommes fats et efféminés, les femmes ambitieuses et intrigantes. Mais ayant lu avec soin Molière, il renonça, par respect pour ce grand maître, à on genre d'une si accablante difficulté.
Après le théâtre, le genre satirique occupa un moment son esprit; mais il lui répugna comme acre et odieux. Alors pour satisfaire à son besoin de travail et de poésie^ il prit la grande et solennelle détermination de composer un poème épique : Glovis fut le héros qu'il choisit. Le soin de préparer ses matériaux, d'approfondir les caractères de ses personnages, de mûrir ses combinaisons principales, devait l'occuper plusieurs années ; quant à l'exécution proprement dite, il l'ajournait jusqu'à l'époque où il aurait 30 ans.
Cependant sa position malheureuse contrastait amèrement avec ses grandioses perspectives. 11 connaissait le dénùment et la misère ; de rudes années d'épreuves commençaient pour le jeune homme. Alors, voulant transporter la poésie de sa pensée dans sa vie, il songea un moment à l'existence active, aux voyages, à l'expatriation sur cette terre d'Egypte qui était encore au pouvoir des soldats friinçais; un membre de la grande expédition , revenu en France désenchanté de l'Orient, le détourna de ce projet.
Cette époque de lutte continue contre la pauvreté et contre les obstacles qu'elle montrait pour l'avenir, plus grands qu'ils ne l'étaient dans le présent, fut suivie d'une espèce de découragement dont un bienfait digne et inespéré vint heureusement tirer le poète. Le frère du premier consul, M. Lucien Bonaparte, l'accueillit avec intérêt et lui accorda une généreuse protection ; Béranger, dans la dédicace de ses dernières chansons, nous a raconté lui-même cet événement.
L'influence des ouvrages de M. de Chateaubriand sur le jeune de Béranger fut prompte et vive. Son admiration est restée fidèle à ce beau génie, dont les inspirations religieuses firent revivre en lui quelques-uns des germes que sa bonne tante de Péronne y avait semés. Vers cette époque, recommandé à Landon, éditeur des An* naleê du Mutée, Béranger fut employé un ou deux ans (1805-1806) à la rédaction du texte de cet ouvrage.
Grâce à l'appui de M. Arnault, Béranger entra, en qualité de commis expéditionnaire, dans les bureaux de l'université, où il resta 19 ans. Ses appointements ne s'élevèrent jamais au delà de 2,000 fr.; mais cette somme modique suffisait à ses besoins et il ne sollicita aucun avancement. Gardant pour lui sa pensée et son intelligence, il ne voulait donner que son temps et sa main, comme Jean-Jacques quand il copiait de la musique. Bn 1831, quand Béranger reprit son opposition politique, du jour de la publication
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de son second recueil il ne reparut plus à son bureau.
Il refusa, dans les cent-jours, naturellement et sans se croire un Brutus, les fonctions lucratives de censeur. Un goût fin, un tact chatouilleux, une probité haute, Tout constamment dirigé dans ses nombreux et invincibles refus. II a compris son rûle de chantre populaire et il s*y est tenu.
Le fait le plus remarquable de la vie privée de Béranger, c*est son amitié avec Manuel. Il Tavait connu en 1815 et dès lors tous deux s^unirent étroilement. Béranger appréciait chez le vétéran d'Arcole rintelligence ferme et lucide, les sentiments chauds et droits, la franchise sans rien de factice, le naturel sans aucun effort : bras, tête et cœur, tout était peuple en lui. Sa noble amitié conserve la mémoire de Manuel.
Notre poète a expliqué comment les trois journées de juillet le trouvèrent disposé à la révolution de 1830, et quelles raisons Tout empêché de se rendre complice des actçs qui s'en sont suivis. Nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs à ce qu*il a dit lui-même à ce sujet. ^
Ses œuvres ont été publiées successivement en cinq recueils; le premier à la fin de 1815, le second à la fin de 1821, le troisième en 1825, le quatrième en 1828, et le cinquième en 1833. Le premier, qui était plus égrillard et gai que politique; le troisième, qui parut sous le ministère ^spirituellement machiavélique de M. de Villèle, et le cinquième que 1833 a vu mettre au jour, n*ont encouru aucun procès. Le recueil de 1821 valut à Tauteur 3 mois de prison; celui de 1828 (sous le ministère Martignac), le fit condamner à 9 mois de captivité. C'est tout ce qu'il y a à dire sur le matériel de ses ouvrages.
Son âme, avide de gloire et pleine en même temps de modestie sincère et vraie, s'est de bonne heure dévoilée au grand jour dans ce petit nombre de vers échappés à sa muse attristée. A 22 ans le jeune poète s'écriait avec une constante mélancolie :
Pourquoi faut*ll, dang un «iècle d« gloire, Hn vers et moU que non* nonriong obicnral Jamab, hëlu! d'nne noble harmonie L'antiquité ne m'apprit le* gecrcta.
L'instruction, nourrice du génie.
De son laU pur ne m'abreuva jamais.
Que df mander k qui n'eut point de maître? Du malheur seul les leçons m'ont formé, Bt ces épis que mon printemps vit naitre Sent ceux d'un champ ou rien ne fut semé.
Quarante-deux ans ont passé depuis sur sa vie. L'éloge universel, le suffrage de tous les gens de goût, l'idolâtrie du peuple, les tributs de l'admira-
tion européenne, semblent n*avoir en rien altéré ces sentiments naïfs et purs. Au risque de commettre une indiscrétion, faisons connaître un épanchement rapide et spontané de confiance en son noble cœur, et de la défiance qu'il conserve cependant encore à la Tue de tout ce qu'il croit lui manquer pour être digne du culte dont il est devenu l'objet. Chargé de cet article, nous avons cru devoir consulter M. de Béranger lui-même; voici sa réponse.
tt Pauy, H.
«Quoi! monsieur, par bienveillance pour moi, vous acceptez un travail fastidieux! En vérité, je vous dois de la reconnaissance. Si pareille tâche pouvait vous rendre la santé, passe encore, mais je vois que vous êtes surchargé de travaux... Aussi voudrais -je bien pouvoir vous alléger la peine. Mais comment m'y prendre? Je n'ai que des détails biographiques à fournir et ils sont en petit nombre. Mes plus intimes amis n'ont pu titrer davantage de moi quand ils se sont chargés de besogne pareille à la vôtre. J'ai mis dans ma dernière préface la seule portion de mes idées et de mes sentiments qui concerne le public. Quant à mes chansons, ce n'est pas à moi d'en parler et c'est peut-être fort heureux pour elles : ce sont pour la plupart d'anciennes maîtresses dont j'ai bien de la peine â me faire des amies. Quant à ma philosophie, vous la connaissez : je ne suis resté indififérent à rien de ce qui a intéressé mon pays et l'humanité. La science m'a toujours manqué : l'instinct du bon et du beau m'en a quelquefois tenu lieu, et si je ne craignais d'être accusé de vanité, je dirais qu'il m'a foit, dans mes bons jours, aller en avant de la science. £st-ce.Ià ce qu'on appelle de la philosophie? J'ai dû à des goûts simples et à un grand amour de l'indépendance, ce qu'on a bien voulu baptiser du nom de sagesse dans ma conduite. Je vous assure que la sagesse n'est pas du tout mon fait, au moins comme l'entendent les docteurs. «
« Je ne vous en dirai pas plus long sur mon compte. Je doute que vous en sachiez jamais da- ▼antage, et si vous avez la bonté de vous déranger pour me venir voir, que ce soit pour me procurer un vrai plaisir plutôt que pour juger de la ressemblance du modèle avec la peinture que vous avez la bonté de faire. Vous avez trop de partialité pour moi pour que le portrait soit jamais ressemblant. Je ne vous en devrai que plus de reconnaissance, et je vous attends pour vous en renouveler l'assurance et celle de tous les sentiments que vous m'inspirez.
« A vous de cœur, Békaii«ki. »
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La carrière de M. de Béranger serait par trop phéf^ménale si, échappant, malgré la supériorité de ses talents, aux crocs de Tenvieuse critique littéraire, il avait également trouvé grâce devant Tesprit de parti, au sein de tristes dissensions civiles. Quelques personnes, admirateurs sincères de Béranger, affectent des craintes sur la tendance de ses opinions politiques; elles redoutent la puissance de ses vers sur une jeunesse ardente, trop impatiente, trop impressionnable. Une de ses lettres, Jetée dans le domaine public par la lecture judiciaire qui en a été faite à raudience de la cour d*assises, va donner la Juste mesure de cette exaltation tant reprochée à M. de Béranger. Le lecteur voudra bien remarquer la date de cette lettre et surtout se rappeler les circonstances politiques de Tépoque; époque pleine d*enthousiasme libéral et de chaudes espérances pour la jeunesse.
a PftMy, le 10 «oât 1833.
« Aussitôt mon retour définitif à
Passy, c^est-à-dire depuis quatre à cinq jours, je me suis donné le plaisir de lire vos diverses productions. Elles m*ont confirmé dans Tidée qu*il y avait en vous, monsieur, un beau talent de pbete et un cœur d'excellent patriote. L*un et Tautre manquent peut-être un peu de ce dont, nous autres vieux , nous sommes si fiers : de cette expérience, triste produit de Tâge, marchandise toujours payée trop cher et dont, pour nous punir d*en exagérer la valeur, nous trouvons bien rarement le débit. Un jour, monsieur, vous en aurez votre part et ferez vous-même le procès à quelques peccadilles que Texaltation des sentiments et la précipitation du travail ont pu faire commettre à votre jeune muse. Il y aurait du pédantisme à moi de vous les indiquer ici. Toutefois je ne puis, en ma qualité d*ancien, m*empécher de vous mettre en garde contre la rapidité de Pimprovisation. J*ai toujours peur qu'on n'en conserve l'habitude au point de ne pouvoir ensuite mettre le soin et le temps si nécessaires chez nous à la perfection des ouvrages et par conséquent à leur durée. Tai renoncé de bonne heure à l'improvisation, et je m'accuserais de n'avoir depuis pu y parvenir, même par abnégation patriotique, si je ne m'étais convaincu qu'en définitive la méditation est un moyen de succès pour les idées qu'on veut populariser. Toilà pour le vieux poète. En ma qualité de vieux républicain, je pourrais bien aussi m'ingérer de vous débiter quelques maximes; mais je neveux pas donner trop beau jeu à votre verte jeunesse de me rire au nez. Puis, parce que notre feu
commence à s'éteindre, nous convient-il d'aller jeter de l'eau sur celui du voisin, qui hrûle et flambe un peu trop? Laissons au temps faire sa besogne. Faites la vôtre, monsieur, soyez poète, et croyez qu'il me sera doux d'applaudir au succès que j'ose vous prédire d'avance, si la méditation préside à la dépense de vos richesses.
« Recevez, etc., Bérangeb. »
H. de Béranger, l'idole du peuple, a toujours cherché à se dérober aux ovations du public. Maintes fois on l'a vu refuser d'assister à des cérémonies populaires. C'est ainsi qu'il refusa, en 1843, de figurer à la tête des étudiants, lors de l'inauguration de la statue de Molière, et tout récemment(mai 1844), aux funérailles de M.Laffitte, se voyant au moment d'être traîné en triomphe dans sa voiture par la jeunesse parisienne, il se glissa inaperçu dans une voiture de place, et regagna en toute hâte sa paisible demeure de Passy. Il s'occupe, dit-on, d'une Biographie des Contemporains qui sera un ouvrage d'outre tombe.
Peu de poètes, peu d'écrivains dans aucun genre, ont jamais été l'occasion de tant de jugements littéraires. Béranger a été analysé, disséqué, peut-être même un peu torturé et disloqué. H)u aime à retracer le témoignage d'un grand écrivain en faveur du poète qui, dans la préface de ses œuvres, a exprimé d'une manière si vive tout ce qu'il croit devoir à la lecture du Génie du Christianisme,
« Un grand poète, quelle que soit la forme dans laquelle il enveloppe ses idées, est toujours un écrivain de génie. Pierre de Béranger se platt à se surnommer le Chansonnier, comme Jean de la Fontaine le Fahlier; il a pris rang parmi nos immortalités populaires. Sa renommée, déjà sans rivale, s'accroîtra encore. Peu de juges aujourd'hui sont capables d'apprécier ce qu'il y a de fini et d'achevé dans ses vers, peu d'oreilles assez délicates pour en savourer l'harmonie. Le travail le plus exquis s'y cache sous le naturel le plus charmant.
» Dans la préface de mes i^/u</0«> considérant Béranger comme historien, j'ai remarqué que cette strophe était digne de Tacite, qui faisait aussi des vers :
Un coDqnëraiit, dans m (SmUid* alticre.
Se fit un jen de» ■ceptrca et des loie, Et de M* pieds on pent Toir la poussière Empreinte encor snr le bandeau des rois.
« Lorsqu'il entonne la louange du Roi d^Yvetôt et V Hymne au Ventre; lorsqu'il célèbre te
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Marquis de Carabaa et les Mirmidonè; lorsqu'il dicte la lettre prophétique d'un petU roi à un petit duc; lorsque, à mon cprand regret, il rit de la Gérontooratief Béranger est un politique à la manière de Catulle, d*Horace et de Ju- Ténal. »
Les étrangers eux-mêmes ne sont pas restés en arrière de notre admiration pour le poète le plus populaire qu'ait eu la France; VEdimhurgh Review lui a consacré un long article dont on nous saura gré d'offrir ici quelques extraits.
« Un changement qui n'a rien que de naturel, et qui certes n'est pas à regretter, s'est opéré dans l'esprit de Béranger, après ces Jours de jeune enthousiasme, de souffrance et de triomphe. Nous avons devant nous le dernier volume de ses ohaneonê ; non pas vraiment, comme il nous en menace dans sa préfoce, le dernier qu'il pourra écrire, mais le dernier qu'il ait l'intention de publier.
HAuI hflaa! )*•! daqMBto an«;
tel aurait pu être le titre bien approprié de plus d'une chanson que ce volume nous offre. La gaieté n'est pas, à la vérité, exclue de ses pages, mais elle y est plus tempérée que jadis et elle revient moins souvent. Souvent aussi quelque triste souvenir, qui s'échappe soudainement du coeur, vient comme un nuage obscurcir son esprit, et, à son insu, ce souvenir convertit en une larme son sourire. C'est un changement, nous osons en être garant, que personne ne pourra regretter, de tous ceux qui s'intéressent à la gloire de Béranger. Il était indigne de ses grandes facultés, de ses facultés si variées, qu'il continuât d'être, comme il ne l'a que trop souvent été, un poète licencieux. C'était une insulte à ce peuple dont il aspirait à être le grand prêtre en poésie, que de montrer au monde les compositions que ce peuple honorait avec délices. Ses meilleurs amis ne pourront nier qu'il a écrit beaucoup de vers qu'avant demourir il voudrait effacer. Nous sommes sûrs qu'il le sent lui-même et qu'il le regrette. La meilleure preuve en est que, dans le présent volume, produit d'une expérience plus mûre et d'une plus juste appréciation de ce qu'il se doit à lui-même, de ce qu'il doit à la morale publique, son goût épuré a fait disparaître ces taches, et lui a commandé de reléguer les Lises^ les Roeee et les Margot» dans cette obscurité dont la main d'un poète telle que la sienne n'aurait jamais dû les faire sortir. Il n'f a plus que peu de chose de trop dans ses aimables saillies, et l'éditeur futur d'un Béranger de famille
pourra se borner à faire disparaître de ce dernier volume un très-petit nombre de stances...
« Les chansons de Béranger nous frappent principalement et nous paraissent supérieures en général à celles des Anglais, parce que le plan en est invariablement tracé avec beaucoup d'art et de soin, tandis que celles de nos chansonniers semblent en manquer totalement. Chacune des chansons de Béranger forme un tout bien complet, dont il serait impossible de détacher un seul vers sans ruiner l'édifice et sans détruire l'effet général. Rien ne semble se trouver là par accident : chacun des détails va droit au but et favorise le résultat général. Comme chaque trait est bien choisi pour ce tableau dans lequel, en un petit nombre de stances, il nons montre l'agonie mentale de Louis XI, dans son château de Plessisles-Tours ! Le doux soleil du printemps vivifiant tout à la ronde, les gais villageois qui dansent sur le gazon, le tyran pâle et tremblant s'avançant comme un fantAme au milieu de ses gardes, dans l'espérance de chasser, par la vue de la gaieté innocente, le démon de la mélancolie qui s'est logé dans son sein ; puis ensuite, bourrelé à l'aspect d'une joie que le crime ne saurait partager, il revole au désespoir vers ses lugubres tours.'Avec quel art admirable sont disposés les incidents dans la petite pièce intitulée le Cinqmai, sujet dans lequel un poète doué de moins de tact aurait infailliblement échoué, soit sur la rive de l'exagération ou sur celle des lieux communs. Fatigué de la vue des ennemis qui ont envahi sa patrie, un soldat français s'est volontairement condamné à l'exil et est parti pour les Indes. Cinq années se sont écoulées, et l'irrésistible désir de revoir son pays vient assiéger son âme. Il s'embarque pour l'Europe sur un navire espagnol. Il jouit d'avance et avec délices en pensant au sol natal, à sa famille, au fils chéri dont la main lui fermera les yeux. On approche de Sainte-Hélène, et pendant que les souvenirs de l'Illustre captif assiègent son esprit, il voit se déployer tout à coup au haut du rocher, un drapeau noir qui annonce que c'est là qu'a péri le
Grand maltrt da moad*,
délaissé et solitaire. Ici le seul refrain de la chanson donne un corps à l'idée dominante dans toute la conception :
Pfenrrt loldat ! j« rercml la Praoct ; La OMte â'nn fila me farmcn lea jcnc.
Le même art, la même pureté dans le choix des incidents, distinguent ses ballades joyeuses; telle est, par exemple, la chanson intitulée le Mar-
Gpogle
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(ail )
quU de Caraba», peinture extrêmement comique des prétentions ridicules de la noblesse de la restauration ; le Roi d'Vffeiot, leçon politique adressée à Bonaparte et qu*il aurait si bien fait d*écouter, et cette petite pièce d*un comique exquis, le Sénateur, dans laquelle un vieux sot Tante les attraits de sa femme et se loue des at« tentions de son ami le sénateur, de manière à rendre les motifs de la complaisance de cet illustre ami transparents pour tout le monde, excepté pour le mari, qui s*en félicite.
« De^x lugubres esquisses de la Tie réelle sont intitulées le Fagabond et Jacques. Dans la première, un malheureux mendiant, vieux et soufftant, en se plaçant pour mourir dans un fossé qui borde la grande route, exhale des plaintes contre cette société qui lui refuse les moyens d*exister et le bannit ensuite de son sein pour des délits dont la misère a été Tunique conseillère. La seconde est une scène de Tancien régime, peinture rembrunie des soufiFrances du paurre, quand, au sein de la maladie, de la détresse et du besoin, sa dernière ressource lui est arrachée par le fisc. La femme essaye de réveiller son mari d*un sommeil qu'elle ne sait pas être celui de la mort; elle lui annonce que le collecteur des taxes demande à entrer.
JaeqMi U ■• Irai tioablcr ton Mmme, etc.
' t L*expérience personnelle et journalière qu*a- Tait eue Béranger des annales du pauvre lui donnent un grand avantage pour la vérité et la vigueur avec laquelle il a dessiné ces scènes de soufiFrance « dans les huttes sous lesquelles vivent les indigents, m II avait vu quelque chose de la difficulté qu'il y a de distribuer entre tant de monde le mince repas qui suffit à peine pour la subsistance d'un seul; il avait vu la pauvre épouse réduite à vendre son anneau nuptial, ce dernier souvenir des Jours plus heureux, pour procurer un peu de vin à son mari expirant; il savait la fatale connexité, la nécessité presque absolue qui lie le besoin au crime, et chaque année les maux de la société ont semblé faire sur lui une impression de plus en plus profonde; et aujourdliui que le bruit, le tumulte de ses polémiques a cessé, que la ferveur étourdie et les emportements de la jeunesse ont été tempérés et châtiés par la douloureuse expérience de l'âge, son esprit semble se porter avec une sympathie encore plus vive et plus profonde vers la contemplation de ces maux qui déforment d'une manière si hideuse et si triste la machine
« Sous l'influence de ces vues plus sérieuses
et plus exaltées, ses dernières compositions se sont rapprochées de plus en plus du caractère de l'ode. Plusieurs des pièces si frappantes, si pleines d'émotions, du présent volume conservent à peine rien de la chanson, telles que le Juif errant, les Quatre âges hUtoriques, le Suicide, l^Alchimiete, Ce sont véritablement des odes conçues dans l'esprit classique et pur de l'antiquité; non pas de ce pseudo-classique de mauvais goût, qui jadis avait fait considérer en France ce seul nom d'ode comme synonyme de tout ce qu'il y a d'ennuyeux. « Qu'est-ce qu'un dithyrambe? Oh! c'est, répondait-on, quelque chose d'un peu plus mauvais qu'une ode. « Nous croyons que les odes de Béranger susciteraient de tout autres émotions. La scèn^ en est placée dans le monde qui nous entoure, et non pas dans l'Olympe ou sur le mont Parnasse; leur artifice repose sur les passions humaines, sur les sentiments, sur les erreurs, et non pas sur des visions mythologiques ou sur la personnification poétique des vertus et des vices; elles ont emprunté à l'antiquité classique, ou plutôt elles ont puisé à la grande source de l'inspiration, leur simple majesté, ce flot de réflexion et de pensée qui coule droit au cœur et à l'flme de tous; elles ont seulement de l'antiquité classique cette grande précision, ce poli dans l'expression qui donne de l'unité à la composition et qui concourt à fermer un beau tout.
« Parmi les chansons dirigées contre ses vieux ennemis, les Bourbons, la seule de ce volume qui ofiFre un mérite remarquable et vraiment tout le sel et le bonheur dans les allusions qui ont si éminemment marqué les anciennes satires poli tiques du poète, c'est celle intitulée Denys, mai' tre d'école. Cependant Béranger a paru croire qu'il lui était nécessaire de faire une sorte d'apologie pour avoir dirigé les traits de sa satire contre un homme absent et déchu. Hais assurément Béranger est le dernier des hommes qu'on sera tenté d'accuser de donner un coup de pied au lion mourant. Quelque acérée que soit cette satire, elle est encore bien loin du piquant, delà personnalité de plusieurs de ces vives attaques que le poète osa publier pendant que l'objet de sa satire était près de lui, armé de toutes les menaces du pouvoir. »
Molière lisait ses comédies à sa vieille servante pour juger par ses impressions de l'effet qu'elles produiraient au théâtre. Le critérion de Béranger était plus sûr encore : il a suspendu ses chansons â la guitare des ménétriers ambulants, ^t elles ont pénétré sous le chaume avant d'escalader les salons. Avant d'arriver Ici elles étaient
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jugées, et beaucoup mieux que par toutes les académies de TEurope.
On a youlu voir de Timitatioii dans les chansons de M. de Béranger; le poète a répondu :
« Mes chansons, c*est moi, et moi je suis TcBUvre de la nature assidûment interrogée. > Si parfois on peut trouver quelque ressemblance entre H. de Béranger et la Fontaine, quelle distance ne rencontrera-t-on pas plus loin qui les sépare ! Pklovze»
BERBÉRIDÉES. I^erberùleœ. Famille de plantes dicotylédonées polypétales, dont les étamines sont insérées sous Tovaire ou hypogynes. Les caractères essentiels de cet ordre sont les suivants : le calice se compose de quatre ou six sépales, rarement d*ûn nombre plus considérable ou moindre, accompagné extérieurement de plusieurs écailles; les pétales, qui constituent la corolle, sont en nombre égal à celui des sépales; ils sont tantôt plans, tantôt concaves et irréguliers, mais toujours opposés aux sépales, ca* ractère très-important à noter; assez souvent ils sont accompagnés, à leur baseinterne, de petites glandes ou d*écaiiles glanduleuses : les étamines sont hypogynes et en même nombre que les pétales; elles leur sont également opposées, c*est-àdire qu^elles correspondent au milieu de leur face interne; leurs anthères sont tantôt sessiles (nandina), tantôt portées sur un filet plus ou moins long; elles ofiFrent constamment deux loges s*ouvrant par une sorte de valve ou de panneau qui s^enlève de la base vers le sommet, déhiscence qui se remarque également dans les laurinées. L*ovaire est libre et central , ordinairement ovoïde, allongé, constamment à une seule loge qui renferme de deux à douze ovules, attachés tantôt à la base de la loge et dressés (herberîê)^ tantôt insérés longitudinalement sur la paroi de la loge, et y formant'une seule où deux rangées. Le style est latéral, court et épais; le stigmate est concave, le fruit est sec ou charnu, uniloculaire et indéhiscent; les graines se composent, outre leur tégument propre, d*un endosperme cbamu ou quelquefois corné, dans lequel on trouve un embryon axile, dressé, dont les cotylédons sont plans et la radicule un peu épaisse à sa base.
Les berbéridées sont des herbes ou des arbrisseaux à feuilles alternes simples ou composées, accompagnées à leur base de stipules qui sont persistantes et épineuses; leur fleurs, généralement jaunes, sont disposées en épis simples, réunis ou fascicules.
La famille des berbéridées se compose des genres suivanU : 1» berberis, L.; 2« mahonia, Nutlal, 3o nandina, Thunberg; 4o leonttce, L.;
50 caulophyllum, Richard; ^epimedium, L.; 7« diphylleia, Richard. Bb..s
BERBERS, peuples indigènes de TAfrlque occidentale, qui forment quatre nations distinctes, savoir : 1« les jitnazirghs, nommés par les Mores Schilla ou SchuUa, répandus dans les montagnes marocaines; 3» les Cabjrlea ou Cabatlet^ dans les montagnes d*Alger et de Tunis; 5* les Tibbous, dans le grand désert, entre le Fezzan et rÉgypte-; les Touariks, habitant également le grand désert. LMdentité de la langue que parlent ces peuples, constatée par la comparaison des vocabulaires, est une des découvertes les plus importantes de Phistoire ethnographique. Les Berbers ont le teint rouge et noirâtre, la taille haute et svelte, Thabitude du corps grêle et maigre. Ils ont des tnaraboutê (prêtres) qu'ils environnent d*une vénération religieuse. Les cheikê, ou cheB, régnent sur les petites tribus ; celles qui demeurent dans les hautes vallées vivent indépendantes. Bans le Maroc, quelques tribus se sont réunies sous le gouvernement de princes ou rois héréditaires nommés amargar, pour punir les vols et les assassinats. ^ Les Berbers fabriquent eux-mêmes leur poudre à canon ; ils ont pour toute nourriture du pain bis et des olives. Ils montrent dans la culture de leurs champs une intelligence susceptible de développement. Ils fournissent aux Mores inactlf^des olives, du blé et d*autres denrées. Leurs villages, dont quelques-uns ressemblent à des villes, sont munis de tours, de gardes, etc.; au moindre signal, ils sont tous sous les armes. Ils manient supérieurement le fusil, le lancent dans Pair, le rattrapent et le déchargent avec une adresse et une rapidité étonnantes. X.
BERBETH , instrument de musique à quatre cordes, le même que le aûd.—Le$ Arabes, amoureux de cette espèce de luth, nous ont tracé les proportions exactes du berbeth ; ils ont poussé cette exactitude jusqu'à nous apprendre le nombre de fils de soie qui doivent composer les cordes et en déterminer la grosseur. Les Arabes prétendent trouver dans le charme du berbeth un antidote contre les maux de Thumanité : ce que les médecins les plus célèbres ne pourraient faire avec leurs prescriptions les plus savantes, un musicien arabe le fait avec le berbeth.— Les quatre cordes de cet instrument s'appellent : la première, mît, chanterelle (mQ ; la deuxième met-êni-moiMik {8t) i la troisième, motselieU {êol) ; la quatrième bem (ré). Ce sont les premières cordes de notre guitare, dont on pourrait trouver l'origine dans le berbeth ou le oûd, importé en Espagne par les Arabes. X .
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BERCAIL, vieux mot dérivé cld latin berçariuê ou berbigarius (berger ou pasteur), qui a passé d*abord parlestransfèrmations successives de bergale ou berifigale et bergail, et qui est synonyme de bergerie. On ne remploie plus que dans le sens figuré, pour indiquer le sein ou le giron de l*Église. « Combien de brebis errantes et dispersées, dit Fléchier, qu*un pasteur vigilant peut faire rentrer dans le bercail, ou par une douceur salutaire, ou par une discrète sévérité!» X.
BERCEAU. {Architecture.) Voûte en plein cintre, comme celle d^ne cave, d\uie orangerie, etc. Au mot VouTinous nous étendrons sur ce sujet qui est d*un si haut intérêt dans la construction ; nous ferons voir combien les Grecs et les Eomains étaient avancés dans Tart du trait ou dans la stéréotomie ; alors les berceaux inclinés ou descentes droites des arènes de Ntmes ne présenteront plus rien d'extraordinaire, et Ton sera fondé à croire que, s'ils n*ont pas lait un plus grand nombre d'application de cette science aux voûtes de leurs édifices, c'est que, d'une part, l'art de l'appareil qui ne pouvait suffire à leur décoration se fût trouvé perdu dans les compartiments dont ils ornaient les voûtes, et, de l'autre, que les voûtes en maçonnerie étaient d'une exécution beaucoup plus prompte et plus facile.
On appelle berceau, dans un Jardin, une partie de treillage dont la voûte est terminée par un cintre circulaire ou ovale quoique ses bouts soient terminés en arc de cloître. Pebhot.
BERCHOUX (JossPB), auteur du poëme ingénieux de la Gaatronamie, avait été au commencement de la révolution juge de paix à Saint- Symphorien (près de Lyon), où il naquit en 17G5. Plus que suspect en 1793, parle royalisme ardent dont il avait feit preuve, il échappa aux proscriptions en se réfugiant sous les drapeaux ; mais après 3 ou 3 campagnes il put revenir dans sa patrie où fl se livra à des travaux pour lesquels il avait plus de dispositions que pour la carrière Judiciaire ou celle des armes. Le premier pas du jeune Berchoux dans l'arène poétique fut cette piquante satire si universellement connue et si souvent citée :
« Qui me dâlTrcra d«i Grecs et dee Ronudiit? »
En 1800 H. Berchoux alla faire imprimer à Paris la Gaslronomie .'son succès fut plus grand encore; et, après trois éditions enlevées dans une seule année, l'auteur dut renoncer au modeste anonyme qu'il avait aussi gardé dans la pu- Uication de cet ouvrage.
H. Berchoux fut moins bien inspiré dans son po^me de la Danse, ou les Dieux de l'Opéra, qui parut en 1806.
Foliaire, ou le Triomphe de la philosophie moderne, poème soi-disant comico- satirique, offrait un tort plus grave ; était-ce à un poète qu'il convenait de reprendre en sous-œuvre les censures haineuses des Nonote et des Clément contre l'auteur de la Henriade?
On ne peut guère citer ici que pour mémoire le Philosophe de Charenton, roman non sans esprit, mais sans action, publié en 1805, et l'Jrt politique (1819), dernière oeuvre satirique de M. Berchoux, connue de bien peu des lecteurs de la Gastronomie. M. Berchoux a été en 1814, avec MM. de Chazet, Rougemont, Gentil, Désaugiers, etc., l'un des rédacteurs du feuilleton de la Quotidienne, après quoi, retiré dans le département qui l'a vu naître, il n'a plus donné signe de vie poétique. U mourut en 1838. M. Odbbt.
BÉRÉCTNTHIE, surnom de Cybèle. Foiy. Ct-
BtLX.
BÉRENGER I et U, rois dltaUe.
BtKXRGXR I, fils d'un duc de Frioul, fut couronné roi d'Italie en 888, à Pavie, et empereur romain en 915. En 9d4 il fut assassiné.
BArutgir II était petit-fils de Bérenger I, par sa mère Gisèle, qui avait épousé le marquis d'Ivrée, Adalbert. Bérenger hérita en 925 de ce puissant marquisat, et fut élu roi d'Italie en 950, avec son fils Adalbert. U mourut en 966 à Bamberg, prisonnier d'Dthon, roi d'Allemagne, et qui en 961 avait posé sur sa tète la couronne de fer d'Italie, f^qr. Itaiii. S.
BÉRENGER ( Ratmonb ) I-IV, comtes de Provence depuis l'an 1113.
RàTMOND Bébengxr IV, 1309-1345, épousa en 1220 Béatrix, fille de Thomas, comte de Savoie. Leur cour fut le centre de la politesse ; Béatrix protégea les lettres et la poésie, et Bérenger cultivait lui-même cette dernière avec succès. Nostramadus affirme avoir vu ses productions poétiques dans la bibliothèque du comte Robert. Ils procurèrent à leurs filles de brillants établissements : l'ainée épousa Louis XI, roi de France; une autre Charles d'Aigou, roi de Naples ; une troisième se maria avec le roi d'Angleterre, et une quatrième avec le frère de ce dernier.
RàVMoiiD BÉEBNGKR, Célèbre grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est regardé par quelques auteurs comme appartenant à la même famille ; mais il descendait d'une maison noble du Dauphiné^ A peine élu grand maître (1365), à la grande satisfaction du pape Urbain V, il ajouta à la gloire d^à acquise dans ses
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guerres contre les inidèles celle de la prise d^Alexandrie en Egypte i et de Tripoli en Syrie. U mourut en 1375. ScinniLii.
BiRSNGEt DB TOUBS^ ainsi appelé de la rUIe où a naquit en 908, fit ses études à Gliartres sous réyéque Fulbert, auprès duquel il deuMura Jusqu^à sa mort II retourna alors à Tours en 10SM>, et futcboisi pour enseigner dans les écoles publiques de Saint-Martin. Il devint camérier, puis trésorier de cette église. La dignité d*arcbidiacre d'Angers, qui lui fut conférée en 1039, ne lui fit point abandonner son école, qui était très-f^uentée, et d*où sortirent des hommes qui devinrent plus tard éminents dans l*iglise. L'histoire de Bérenger de Tours n'est que This* toire de sa controverse sur reucharislie et des persécutions qu'elle lui attira. Il parait que ce fut en 1047 qu'il commença à renouveler sur la présence réelle les opinions de Scot-Érigène, qui avait attaqué ce dogme vers le milieu du siècle précédent. Brunon, évéque d'Angers, soutint ses sentiments, et lui attira en peu de temps quelques secUteurs. Lanfranc s'étant élevé contre lui, Bérenger lui écrivit, et défendit dans sa lettre son sentiment et celui de Scot. Lanfranc se trouva à Borne au concile tenu dans celte ville, sous le pape Léon IX, l'an 1050. Sur la lecture de sa lettre, Bérenger fut excommunié, et un concile fut ordonné pour le mois de septembre à Verceil, auquel il serait appelé. Ayant appris sa condamnation, il se retira en Normandie, comptant sur la protection de Guillaume le Bâtard; mais, condamné par un synode à Brienne, il fut obligé de sortir de la province, et se retira à Chartres. Le concile de Verceil, où il n'osa point paraître en personne, condamna son sentiment et le livre de Jean Scot, duquel il l'avait emprunté. Dans cette même année 1050, un concile fut tenu à Paris, le 16 novembre, par ordre de Henri I». Mais Bérenger ni Brunon n'y parurent. Ils furent condamnés tous deux. Cependant le premier soutint son opinion dans d'activés controverses avec les théologiens contemporains, parmi lesquels on remarque surtout Adesman, clerc de l'église de Liège, et Ascelin, moine de Saint-Évron en Normandie. Déçu dans l'espoir dent il s'était flatté, M'ètre protégé par Bichard, roi d'Angleterre, qui se trouvait alors à la cour de France, il rétracta ses opinions en 1055, au concile de Tours , présidé par le légat de Victor U, Hildebrand, depuis Grégoire VII. Mais aussitôt après, il recommença à soutenir le sentiment qu'il venait de condamner lui-même. Anathématisé par le concile de Bouen, en 1063, et en 1075 par celui de Poitiers, où il courut le
danger d'être tué, il resta dans seê opinions, malgré les sages représentations de Brunon, qui avait pris la résolution d'éviter toute dispute, et qui lui conseillait de suivre son exemple. £nin il flt une nouvelle et dernière rétractation au mois de décembre de l'année 107S,an concile de Borne, présidé par Grégoire VII. Il est naturel de suspecter la sincérité de ee dernier changement, quoiqu'il puisse être raisonnablement attribué à la faiblesse de l'âge, car Bérenger avait alors 80 ans. Le sentiment qu'il défendit pendant la plus grande partie de sa vie étant devenu dans la suite une des bases de la réforme, les protestants, qui cherchent dans la tradition des écrivains qui leur soient favorables , se sont trouvés intéressés à soutenhr que Béranger n'avait cédé qu'à la fèrce et au désir de la paix, et les catholiques, de leur côté, ont dû s'appliquer à prouver sa sincérité. Il est difficile, ou plutôt impossible, de découvrir la vérité an milieu de ces prétentions diverses. Quoi qu'il en soit, il parait que sa rétractation parut sincère aux Églises qui furent le plus agitées par ses opinions. On en a la preuve dans le service annuel célébré pour hii dans l'église de Tours. Il mourut le 6 janvier 1088, dansl'Ue de Salnt^me, près de Tours, après avoir encore été obligé, dans ses dernières années, de rendre compte de sa fOi au concile de Bordeaux, en 1080. Il ne reste de lui que peu d'ouvrages, qui tous ont rapport à 9eê opinions sur l'eucharistie, et qui sont écrits dans un style sec et tout rempli de subtilités scolastiques. H.Boociitté. BÉBiNIGE, c'est-à-dire, en grec, mêsmigère de la victoire. Plusieurs femmes de ce nom sont célèbres dans l'antiquité : 1* Bérénive, femme de Ptoiémée-Évergète. BUe avait pour son mari une tendresse extraordinaire, et lorsque celui-ci ehtreprit la guerre de Syrie, vivement alarmée des dangers qu'il allait courir, elle fit vœu d'offrir sa belle chevelure à Vénus s'il revenait victorieux. Évergète rentra dans ses États après avoir soumis la Mésopotamie, la Perse, la Médie et la Babylonie. Bérénice, pour remplir le vœu qu'elle avait fait, déposa sa chevelure dans le temple de Vénus Zéphyride, mais elle disparut dès la nuit suivante. L'astronome Conon, sans doute pour prévenir la vengeance de Ptolémée, qui regardait ce vol comme un sacrilège, répandit le bruit que les dieux avaient placé la chevelure de Bérénice dans la constellation du lion, et qu'il l'avait aperçue sous la forme de sept étoiles disposées en triangle. Après la mortd'Évergète, Bérénice et son frère périrent par ordre de Plolémée-Philopator , qui les condamna à
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mourir dafif une ehaudière d*eau bouillante. — ft» Bérénjœ, sœur de Ptolémée-ÉTergôte et fille de Ptolémée-Philadelphe, fut demandée en mariage par Antioebug, surnommé le diêu, qui ayait répudié Laodice^ sa première femme» pour contracter avec Ptolémée une alliance qui derait lui être ayantageuse* Aussitôt après la mort de ce dernier, Antiochus rappela Laodiee. Oelle-ci, pour se venger de sa rivale ^ et pour éviter un sort semblable à celui dont elle avait déjà été victime 4 fit empoisonner Antiochus^ et condamna à mort Bérénice et son fils. Cette mère désolée eut le tourment a£Preui de voir égorger son fils dans ses bras : elle fut étranglée aussitôt après. — 8» Bérénice, épouse de Hitbridate le Grand, roi de Pont, fut mise à mort par son époux, qui, après avoir été battu par le Romain Lucullus, Tan 71 avant Jésus-Christ, craignait qu^elle ne tombftt entre les mains de ses ennemis. Il agit de même à regard de son autre lèmme, Monime, et de ses deux seours, Roxane et Statira. — 4» Bérénice, épouse d'Hérode, son onde, et fille d*Agrippa le Grand, sur Tintercession duquel son époux fut nommé roi de Ghaldis par Tempereur Claude, sut, après la mort de celui-ci, et malgré son inconduite et ses débauches, si bien s'attirer les bonnes grâces de Tempereur Yespasien et de son fils Titus, que ce dernier la reconnut presque pour sa femme, ou du moins la traita comme telle. Biqt. Cohv. BSBBSFORD (William CARR BERS9F0RD, Vicomte n), d'une ancienne famille irlandaise, pair du royaume d'Angleterre, général d'infanterie au service de la Grande-Bretagne, colonel ea chef du 16* régiment d'infanterie, gouverneur de Jersey, grand'croix de l'ordre du Bain et de l'ordre hanovrien des Guelpbes, etc., est en même temps marquis de Campo*MaJor et comte de Trancora, dans le royaume de Portugal, dont il a commandé l'armée en qualité de maréchal. Ses talents militaires, Jusqu'alors peu connus, se déployèrent dans cette armée, et 11 parvint même à organiser les milices de ce pays au point que, durant la guerre révolutionnaire de l'Espagne, eUes rivalisèrent avec les meilleures troupes des alliés. Le 16 mai 1811, le général Beresford, à la tète de deux divisions anglaises, d'une division portugaise et de 17,000 Espagnols, livra aux Français, commandés par le maréchal Soult, la bataille d'Albuféra et les força de se retirer sur Séville. En 1819, U commanda un des corps de l'armée sous les ordres du duc de Wellington; 11 eut une part considérable aux victoires des alliés à Vittoria, Bayonne et Toulouse. Le 13 mars 1814, le géné-
ral Beresford entra dans Bordeaux avec le duc d'Angoulème ; le 6 mai de la même année, le prince de Galles, régent de Ui Grande-Bretagne, rendit justice au mérite de cet ofilcler général et récompensa ses services en l'appelant à la chambre des pairs comme baron du rtlyaume. Lord Beresford fut bientôt après chargé d'une mission importante et partit pour le Brésil d'où Il revint à Londres aU mois de Juillet 1815. Le prince régent de Portugal le nomma de nouveau général en chef des troupes portugaises ; mais, à peine arrivé à Lisbonne^ il fut envoyé une seconde fois au Brésil par le cabinet de Saint- James* A son retour dé cette dernière mission diplomatique, il reprit le Oomnuindement de l'armée de Portugal qu'il quitta au bout de quelques années. Il parait qu'il n'approuva pas entièrement les efforts d'un grand nombre de Portugais pour obtenir un gouvernement représentatif constitutionnel} et ne voulant point être impliqué dans les troubles doht ces efforts furent suivis, il retourna en Angleterre où le roi George lY lui avait conféré le rang de vicomte en 1898* Depuis l'époque de son retour, le vieomte Beresford n'a plus pris part aux affaires politiques de l'Europe, si ce n'est en 1896, lors de l'envoi de troupes anglaises en Portugal. B. BOILBAV.
BSIBSFORD (iLis), sur Ui côte N. 0. de l'Amérique du Mord, au N. 0. de 111e Quadra-et-Vancouver, par 189« 17' long. 0., BO» W lat. N«
BÉRiZINA, fleuve lithuanien qui prend sa source près de Polotdc, traverse le gouvernement russe de Minsk, et se Jette dans le Dnieper, après un cours d'environ 85 lieues. Cette rivière est devenue fameuse par le passage deê Français, lors de leur retraite en 1819.
lÀ les Russes avaient marqué le tombeau de Tarmée françalBC, le lieu où elle devait mourir ou mettre bas les armes. Le 18 octobre, quand napoléon sortaitde Moscou, l'armée de Wittgenstein, à 100 lieues derrière sa gauche, précipitait sa marche sur Polotsk, en descendant du nord. Plus loin, derrière sa droite, Tehitchagof, avec l'armée de Moldavie, profitant de sa supériorité sur Schwartxenberg, s'élevait du sud. Tous deux s'efFérçaient de se joindre à Borissof, afin d'oo* cnper les passages de la Béréfina et de fermée d'avance toute issue à nos soldats que poussait vers eux l'armée déjà plus nombreuse de Koutousof.
Le 92 novembre. Napoléon ti*étalt plus qu*à (rois jourï de marche de Borissof, quand un aide de camp lui annonça que les Russes en étaient maîtres depuis la veille. A cette nouvelle désas-
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treuse, Tempereur, frappant la terre de son bâton 9 lança au ciel un regard furieux ayec cea, mots : « ir est donc écrit là-haut que nous ne ferons plus que des fautes (Ségur, Napoléon et la grande armée). » Hais le lendemain, le maréchal Oudinot avait renversé cette ayant-garde russe. Toutefois s%^ débris, en repassant par Borissof, avaient détruit son pont de 300 toises de longueur. Destruction irréparable ! Sur ce point la Bérézina était un lac de glaçons mouvants. M. de Ségur, dans le 10« livre de son ouvrage sur la campagne de Russie, a peint Tétat déplorable de Tarmée française. La colonne de Moscou , à l'exception de 7,000 honunes , n*offhût plus qu'une longue traînée de spectres, couverts de lambeaux, de morceaux de tapis, les pieds enveloppés de haillons, le visage terreux, hérissé d'une barbe hideuse, sans armes, et marchant comme un troupeau de captifs. L'aspect de cette épouvantable désorganisation ébranla les corps de Victor et d'Oudinot qui venaient d'opérer leur jonction. Le premier était en arrière avec 15,000 hommes, le second avec 5,000 en avant et déjà sur le Bérézina (Ségur) '. Une sombre inquiétude avait saisi les plus fermes courages. Napoléon donnait ordre de détruire les rapports de ses ministres, brûlait la mojtié des bagages, afin de réserver les chevaux à l'artillerie, et, dans son ordre du jour, menaçait de la peine de mort, si par défaut de chevaux une seule pièce était abandonnée (Chambray, 1. IV, p. 25, 33).
Dans la nuit du 35 au 34, Oudinot avait fait faire des reconnaissances sur la Bérézina au-dessous de Borissof,àUkoloda, et au-dessus à Stalchof, à Studianka. Ce dernier point, à 4 lieues de Borissof, offrait un gué. Le général Corfoineau, en se retirant devant les- Russes, l'avait passé le 31 et n'y avait trouvé que trois pieds et demi de profondeur. La rive droite était bordée par un marais, alors impraticable aux voitures par suite du dégel ; mais la gelée commençait à se faire sentir et l'on pouvait rendre le marais praticable avec des fascines. Le général d'artillerie Aubry écrivait le 34 : « J'ai tout disposé à Studianka pour l'établissement du pont projeté. Ce soir, à neuf heures, 13 chevalets seront prêts et des bois rassemblés pour former le tablier. La rivière a 35 à 40 toises de largeur; la crue des eaux a augmenté la profondeur du gué;
' L'exact H. à» Ghmbray donM Tëut dci forets d« llapoMoB, 1« 26 aoTcmbrt m aatia, et ka porta 4 S0,700 ecnbattanta. Le •ombra daa milltairw boMa <tait prcaqM a««at grand (L. rr, p. 51, 52; 1825). D'aprèa rérahutlon da colonel Boatonrllo, «ida de camp de l'espcrenr de Rwale, U porte à 57,000 boam de troopee r^fvIMrca Ica deux arate de Wittgenatcln et
l'abord de ce cdté ne sera pas difficile; mais la rive droite, au sortir du marais, domine un peu celle-ci, elle découvrira en plein nos travaux lorsqu'ils seront commencés. Je vois des mouve* ments de cavalerie et d*bifanterie dans les villages à mi-cOte. Des canons s'établissent; pas de doute que demain une nombreuse artillerie ne plonge sur le pont et ne rende le passage trèsdifficile. » (Chambray, p. 108-194.)
Cependant, pour détourner l'attention des Russes, on faisait des démonstrations sur les autres points. Une foule de travailleurs rassemblait à grand bruit les matériaux nécessaires à la construction d'un pont. La division de cuirassiers défilait pompeusement en vue des Eusses; et des questions faites avec adresse à des espions payés par eux leur donnaient le change sur la direction projetée par les Français.
Le 35, à la chute du jour, Oudinot, cédant à Napoléon l'occupation de Borissof, vint prendre position sur les hauteurs qui dominaient le passage de Studianka. A cinq heures du soir les généraux Éblé et Chasseloup, forçant leur marche, y étaient arrivés avec les 400 pontonniers qui y restaient. Deux forges de campagne, deux voitures de charbon, et six caissons d'outils et de clous, matériel conservé par leurs efforts, rendaient la construction des ponts possible avec le dévouement des pontonniers. Une vingtaine de chevalets, construits la veille avec les poutres des cabanes polonaises, se trouvèrent trop faibles; il fallut tout reconunencer.X)n démolit les maisons du village, dont les murailles, selon l'Usage du pays, étaient construites en troncs de sapins non équarris et placés horizontalement les uns sur les autres; mais le temps si précieux de la nuit s'écoulait. Sur la rive opposée étince* laient les feux des ennemis. Avec le jour leur artillerie pouvait mettre en pièces le fk^le échafaudage qui n'était pas encore commencé * !
A sept heures du nutin. Napoléon vint hâter les travaux, trop lents au gré de son impatience. On reconnut que la rivière avait 54 toises de largeur au lieu de 40, et que sa plus grande profondeur était de 6 pieds. Les pontonniers affaiblis par la misère, privés d'aliments substanUels etdeliqueursfortes,plongésdansreau jusqu'aux épaules, luttaient contre les glaces charriées par la rivière. Plusieurs périrent defiroid ou submerde Tckltchagof. Ce dernier ctt comprla pour 27,000 honmea. P.22.2S.
* Gonifand Mine le grand parc français 4 SOO Toltnrra dont 50 pUcca de canon (page 439), et la totaUté dot plècea d'artUlcrie bicB approirislonnéM à 250 (p. ^).
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gés. Le sooTenir de leur dévouement doit vivre aussi longtemps que celui de la Bérézina !
A liuit heures du matin deux radeaux contenant diacun 10 liommes Jetèrent successivement 400 fantassins sur la riv« ennemie; 50 cliasseurs avaient traversé à la nage, portant en croupe des voltigeurs; et Tardent Jacqueminot, repassant à travers les glaces qui déchiraient le poitrail de son cheval, ramenait sur Tarçon de sa selle un Russe qu*il venait de désarmer, pour que Tempereur pût Tinterroger. L'artillerie du deuxième corps couronnait la crête de la colline; celle de la garde arrivait pour foudroyer tout ce qui se présenterait Les voltigeurs, Jetés dans le marais sous leur protection, eurent bientôt nettoyé les broussailles. L'ennemi n*opposa point de résistance; deux de ses pièces seulement débouchèrent du bois sur la gauche du point de passage et tirèrent deux coups de canon, mais disparurent aussitôt accablés par le ten de notre artillerie sur ce point; la sienne était d'un faible calibre (CSiambray, livre IV, p. 51 ; Gourgaud, page 439). A une heure, le pont de Finfanterie s'achevait et la division Legrand le traversait rapidement, avec deux canons, aux cris de Vive rempereur! Lui-même aidait au passage de l'artillerie. A quatre heures du soir le second pont, plus solide et destiné aux bagages et è l'artillerie, était terminé. Oudinot, avec 7,000 hommes, poussa les Russes de la division Tchaplitz jusqu'à Stakhof, dans la direction de Borissof, le long de la Bérézina, et dirigea en toute hâte un détachement vers Zembin. Le chemin de cette ville était pour les Français le seul moyen de retraite. A une Ueue et demie de Studianka, ce chemin traversait un bois marécageux, ne laissant de passage que pour une voiture. Trois ponts de bots sur la Gaina, longs ensemble de 300 toises, pouvaient être mis en cendres avec quelques bourrées et hi pipe d'un Cosaque. Si Tchaplitz y eût songé, il aurait forcé les Français ou à passer sur le ventre à l'armée de Moldavie, ou à mettre bas les armes; la fortune, d'ailleurs pour eux si cruelle, les servit en cette occasion. L'espace nous manque pour montrer quels rapports Jetèrent Tchitchakof dans l'erreur, malgré les avis et la résistance de Tchaplitz qu'il rappelait à loi. Éclairé trop tard, il revenait à Borissof dans la nuit du 36 au 97, réunissait ses divisions pour attaquer le â8, avec 26,000 hommes, le corps d'Oudhiot qui couvrait près de Stakhof le débouché des ponts. Mais le 28, Ney l'avait re-* Joint; l'empereur et sa garde se tenaient en réserve sur la rive gauche ; 9,500 Français, Suisses et Polonais, sufltarent contre l'armée de Tchit-
chakof. Une de ses colonnes, sous l'effbrt de laquene avait plié la légion de la Vistule, fut enfoncée par les 500 cuirassiers de Doumerc qui prirent 1,500 hommes et sabrèrent le reste; l'ennemi repoussé rentra dans Stakhof.
Presque en même temps, de l'autre côté de la Bérézina, Victor, placé sur les hauteurs de Studianka avec 4,300 hommes, était atUqué par l'armée quintuple de Wittgenstein. Pendant tout le Jour, il se soutint avec une admirable valeur, chassa l'ennemi d'un bois dont il s'était un instant emparé, à une portée de canon de Studianka. Vers neuf heures du soir seulement il commença sa retraite et repassa les ponts de la Bérézina. Lelendemain 29, àhuitheureset demie du matin, Éblé voyant approcher les Russes y mit le fou. Wittgenstein neparut sur les hauteurs qu'une heure après son départ. La gloire de l'armée française n'eût rien perdu de son éclat à la Bérézina, si un malentendu n'eût fait restera Borissof la division Partouneauxdont les 3,500 hommes séparés du gros de l'armée, furent obligés de se rendre après de vains efforts. Remarquons-le, pendant trois Jours, le 26, le 27, le 28, et même jusqu'au 29 novembre, les Français restèrent maîtres des ponts et de leurs positions sur la Bérézina. Un ttoid mortel qui survint, le défaut de vivres, les souffrances précédentes, qui avaient affaibli le courage avec les forces, empêchèrent la foule de leurs hommes désorganisés de profiter de ces trois Jours, et surtout des nuits, pour s'écouler avec leurs bagages. Le général iblé calculait qu'il aurait fallu six Jours pour leur passage; nécessité fût donc de les abandonner. Trois pièces de canon seulement restèrent sur l'autrerive, et le nombre des prisonniers que l'ennemi ramassa (au dire du colonel russe Boutourlin, Campagne de Rusêie, t. II, p. 383) ne s'éleva qu'à 2,000 traîneurs, blessés, malades ou vivandiers {roir Gourgaud, p. 461).
Tels sont les faits rapportés par les écrivains que recommandent avant tout l'exactitude et la connaissance des opérations militaires. Le défaut d'espace ne permet pas de raconter les accidenU du passage, les ponts trois fois rompus, la multitude des trabeurs accourant « en masse confuse et profonde d'hommes, de chevaux et de chariots, assi^er l'étroite entrée des ponts qu'elle débordait, » sans qu'on pût rétablir l'ordre parmi ces malheureux qui se foulaient aux pieds ou tombaient précipités dans hi Bérézina. Nul aussi bien que M. de Ségur n'a su reproduire ces sombres tableaux des malheurs de la France, à la description desquels quelques critiqueslui reprochent de s'être un peu trop complu. BXBODK.
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BEM, autrefois duché indépendaql,|nai8 faisant njamtenant parUe la monarcbje prussienne (province de Juli^rs, Clèves et Berg, dans la régence de DM8seWorr)r C'est, en AUcmagne, la province la plus riche en fabriques, entrecoupée de montagnes, elle produit moins de blé qM'il n'en faut pour la consommaUon, car nuUe part en Allemagne |a populaUon relative n'est ^ussl forte î mais il y a abondance de fer, de plomb et de houille. L'industrie y est florissante, surtout à Ilberfeld et k Carmen, dans le WuppertbaU La locaUté, d'une part, et le gonverneroent, de l'autre, favorisent cette prospérité. La constante neutralité du pays pendant les guerres dans le xvu* et le xvni» siéel? lui fut trôs-avantageuse et engagea des industriels des Paya-Bas et de la France à chercher dans ce duché un refttge contre les persécutipns pour cause de religion dont ils éUient menacés dans leur patrie.
Du temps des Romains le pays de Berg ém% occupé par les Ubiensj mai» leurs tribus disparurent lors de la migràUon des peuples, et leur pays devint le partage des Ripuaires. Depuis le xii« siècle ce pays était gouverné par des ducs héréditeiresi transmis par héritage à ^ifôrentes familles, U a même été partagé quelquefois, jusqu'à l'époque (1348) où U pa»sa à la maison de Juliers, par suite d'un mariage. Lorsqu'on 160» celte maison resta sans béritier, l'ÀMtriche ré^ clama le duché à Utre de fief de l'Bmpire, et llspagne promit de soutenir cette prétention^ mais eUe fut combattue par la Saxe et par les maisons électorales de Neubourg-PalaUnat et de Brandebourg, et il s'ensuivit pour le duché un gouvernement commun entre ces maisons, du consentement dea Pays-Bas. Ce gouvernement partegé dura jusqu'en lô66 où le duché de Berg échut définitivement au Palatinat- La révocaUon de l'édit de Nantea amena une foule d'industrieU dans ce duché j iU y éUblirent la fabrication de la soie, du coton, de la denteUe, etc. Le duché de Berg reste dans cet étet Jusqu'en 1804 où U passa d'abord à la Bavière, en échange du margraviat d'Anspach, puis, dans la même année, à la Prance. Napoléon le donna avec te duché de Clèves à son beau^frère «urat qui prit le titre de grand-duc, après son accession à la eonfédéraUoB du Rhin. Aux duchés de Berg et de Clôvet ou ajoute les possessions de la maison de Nassau» la principaute de Xmister, différente comtés et seigneuries, de manière qu'il eut une étendue de XOO mil. car. géogr. avec près de 900,000 habitante. Lorsqu'on 1808 Murât devint roi de Naples, te pays de Berg eut pour grandduc Uuls Napoléon, prince royal de HoUande,
encore mineur; mais on en détecha qudques portions. Legrand-duc n'éteit pas encore arrivé à majorité lorsqu'en 1818 tes aUiés occupèrent son grand-duché dont, en 1816, le congrès devienne agrandit les Étete du nH de Prusse. Cowv. Lbx, BERGAHB ou BaaGuiUQDB, province du royaume lombard- vénitien, entre la Valteline, le Tyrol, Brescte et Crémone. Sa superficte est de no lieues carrées, et sa population de 500,135 liabitents. Elle renferme des mines de fer et de cuivre. Ses habltenU sont industrieux, leur langage est le plus grossier de l'XteUe. Le Bergame formait, sous Napoléon, le département du Serio. U capitele est Bergame, è dix lieues de Milan, entre te 8erio et le Brembo. Sa population est de 94,500 habitente. Celte ville a un évéché, et est la pairie de Maffèi, du Tasse, cte. Bergame, place forte et cité industrieuse, a des manufactures de soie filée, tepisseriea, ete., et exporte du fèr, du marbre, ûeê fromages et des draps.
BBRGAML Le$ roiê $'en ffan$, mais pendant longtemps encore leurs vertus, teurs vices, leurs malheurs, feront parUe de l'histoire des peuples, et serviront à peindre les moMirs de l'époque où ils auront vécu. George, prince de Galles, épousant Caroline de Brunswick, sa cousine, et s'enivrant si complètement les trois proiniers jours de son mariage que Rome même l'aurait décUré nul, roprésente une triste mode angteUe en l'année 1705; et quand en 1820, devenu wi, U l'accuse d'adultôre et lui intente un procès, afin de prouver que l'accusation est vrate, les usagea anglais nous apparaissent inoontestebles. Rntro ces deux rojetons de tant de tètes couronnées, s'éteve le pauvro Bartotomeo Bergami, qu'ils ▼ont rondro célèbre à jamate. Il a été maréchal des togis chef dans un régiment iteUen. Des passe-droite (on en ftiit partout) le décident à quitter le service} mais comme U a l'habitude du cheval, il devient courrier du général Pino. Cette servitude hii dépla^ car il dit qu'il est gentilhomme, et peut-être te prouverait^il j mais te ftiit posiUf est qu'il a une teUte herculéenne, un visage régulier, une chevelure blonde, épaisse, bouclée { un esprit naturel toH gai, de U finesse, et un courage, une audace, qui ne se démentent jamais. Avec de semblables avantages, on ne peutètro que te courrier d'une princesse : aussi Ip^rquis GhisUieri le préaente-t-il à celte de jRlw, qui voyageait en IteUe en 1814. — U prtecesse Caroline de Brunswick avait 47 ans, peu de beaute, mais eUe éteit bonne, malheurouse, et accusée depuis longtemps de ne guèro tenir compte des convenances. RUf n'avait pas I encore distingué te grand et beau Bergami, lors-»
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qu*m 4$$ camarades d« celui-ci lui donni un Terre de vio destina à la reioe. Ce vin était empoisoDiié{ Bergaml faillit mourir, et sou ausufte maîtresse crut devoir le dédommager des dou* leurs qu*a souffrait pour elle, bien qu*U ne les dût qu*au hasard. Bergami fut fait écuf er, baron, chambellan; et sa scnir, la comtesse Oldi, devint dame d'honneur. Depuis cette époque, Bergami ne s'occupa qu'à préserver la vie de Caroline, même aux dépens de la sienne, car des scélérats, pour leur compte ou pour celui d'un tiers bien connu, tentèrent souvent de l'assassiner. La reconnaissance de la princesse se manifesta sous toutes les formes, et surtout «nvers la petite fille de Bergami, qui se disait veuf, et achetait le silence de sa femme au moyen d'une pension. Cet enfant malade ne recevait de soins que de Caroline; mais le roi d'Angleterre a fait constater juridiquement qu# Bergami n'en recevait pas de moins affectueux; et la gratitude de Caroline n'était que de l'amour, s'il faut en croire les accusations d'adultère intentées contre elle en 1830, lorsque, son mari devenu roi, elle eut (chose inconcevable pour une lèmme d'esprit !) la fantaisie de s'asseoir aussi sur le trdn9. On tenta vainement Bergami par l'appât de som* mes immenses de joindre ses aveux aux déposi* tions de eeux qui accusaient ta reine; il s'y refusa constamment, 8a discrétion eût été inutile, si ta duc dlorlc n'eût pas eu lui-même intérêt h ce que ta divorce ne fût pas prononcé. -^ Plus tard un courrier apprit à Bergami retiré à Pesaro que Caroline étant au spectacle avait pris une glace et était morte quelques heures après. KUe a été empoisonnée, s'écrta^t-il, et il le croit encore. — Beitfami est riche, et si considéré qu'on lui permet d'avoir une garde, et qu'on lui a donné six canons pour ta défense de sa personne, Lors du soulèvement des Italiens en 1831, il fit enfouir ces canons, dont les insurgés voûtaient s'empa* rer, et évita toujours de prendre part aux dis* sensioos politiques. A son tour, il a élevé une servante obscure au rang de surintandante de sa maison» et lui témoigne une affection sans bornes. La fille et les gens de Bergami regret^ tcat le joug de ta princesse, beaucoup plus doux, dit-on, que cehii de èette vérttabta maritorne* Cependant Bergami a conservé le souvenir de sa royale oMltresse; il n'en parle qu'avec respect, et c'est à son intanllon qu'U porte toujours des braoetata d*or rivés au haut de ses bras, qu'un sculpteur prendrait volontitrs pour modèles. Beaucoup de personnes d'un rang élevé accueiltant Bergami comme un ami, à Home, k Naples eCàMitan. C^eoiBaADi.
BEEGA88B (NmoiAs), né en 1750, d'abord avocat a Lyon, s'y fit connaître avantageusement par quelques plaidoyers où Ton trouve au* tant d'éloquence que pouvait alors en comporter ta discussion des affaires civiles. Attaché ensuita au barreau de Paris, il y fut chargé d'une cause qui attira sur lui l'attention publique et fit le plus grand honneur à ses principes et à ses taleuU. Beaumarchais, mis en goût de succès ju^ dictaires par ceux de ses fameux Mémoire*^ s'était fait le chevalier de M»«Kommann plaidant contre un mari qui lui reprochait les torts les plus graves : Bergasse ne craignit point de soutenir les droite de l'époux offensé contre ce mordant et dangereux adversaire, et ce ne fut pas seulement devant les tribunaux qu'il gagna ce procès.
A l'époque de ta convocation des étate généraux les suffrages de %e$ concitoyens se portèrent sur cet avocat distingué, et il fut élu par le le tiers état de Lyon; mais Bergasse ne prit part qu'aux premiers travaux de l'Assemblée constituante. Il refusa de se soumettre au serment que devaient prêter ses membres aux bases de ta constitution et abandonna son poste dès le mota d'octobre 1789; dès lors, se bornant au rêle de pubUciste, mais de publiciste frondeur, il fit pa-* paraître diverses brochures dirigées contre les assignaU et contre d'autres mesures adoptees par l'Assemblée nationale. Sans être tout à tait partisan de ta monarchie absolue, il se rapprocha du parti de ta cour et fit passer à Louis lYI plusieurs mémoires et projeta dont les manuscrite furent trouvés aux Tuileries dans l'armoire de fér, après ta 10 août; c'était un arrêt de proscription contre leur auteur qui, en effet, fut arrêté, en 1795, à Tarbes où il s'était réfugié, et amené dans les prisons de la capitale. Le 9 ther* midor ta rendit à ta Uberté, et il vécut dans ta retraite jusqu'à ta restauration de 1814.
Bergasse, rentrant alors dans la carrière politique, publia dans quelques écrite ses idées qui se rapprochaient beaucoup plus de celles des émigrés et des partisans de nos vieilles institutions que de la charte de Louis XVIII; aussi trouvèrent-elles plus de faveur près de l'empereur Alexandre que dans les esprite de ses concitoyens. Cependant il refusa les offres de ce prince qui, pendant son s^our à Paris, était allé le visiter dans sa modeste demeure et voûtait lui assurer uû sort dans ses itate. En 1821, un ouvrage intttulé : De la propriété, et dans lequel était attaquée ta vente des biens nationaux, fit traduire Bergasse devant ta cour d'assises de la Seine; son arrêt acquitta un vieillard dont au
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moins rattachement à sa patrie ne pouvait être contesté et dont les convictions protondes pouvaient excuser les erreurs.
Bergasse, dont l'existence a été depuis ce temps obscure et tranquille, est mort, dans un ftge avancé, en 1852. M. Oukit.
BERGEN. Vor- NORWtOE.
BERGEK, l'homme qui soigne et garde les troupeaux de bètes à laine. On ne s'attend pas à ce qu'il soit fait mention ici de ces bergers chantés par Théocrite, VirgUe et Gessner, dont la vie, toute patriarcale, plaît aux âmes sensibles et nous reporte aux mœurs des premiers Jours de la vie sociale; les scènes pastorales de ces âges reculés sont si loin de nous, que depuis longtemps on est obligé de les reléguer dans le domaine de la poésie, et qu'en lesretraçant nous rendrions trop pénible le Ubleau des habitudes réelles des bergers de notre époque. Cette profession, honorée dans la haute anljquité, est depuis bien des siècles tellement aviUe qu'il faudra de longs efiForU pour relever la houlette de l'abjection où l'ont précipitée l'ignorance, l'orgueil et les pr^ugés. On y travaiUe en France depuis la révolution, et d^à quelques départements éprouventles heureux effets des efforts entrepris. Ce changement exercera la plus grande influence sur la vie privée, sur les mœurs publiques, et sur la prospérité de l'agriculture. , . ,
Un bon berger est un homme précieux dans ine ferme ; en recevant, avec la garde du troupeau, son administration de Jour et de nuit, aux champs comme à la bergerie, il tient dans ses mains une partie de la fortune du cultivateur. De ses bonnes ou mauvaises qualilé8,de ses soins vigilants ou de son Insouciance dépendent le succès du troupeau, la bonté et même l'abondance de ses produits. S'U est actif, probe, ami des animaux qui lui sont confiés, et habUe dans rart de les maintenir en santé, tout lui réussUraj s'il lui manque une seule de ces quaUtés tout est perdu; c'ost de lui que l'on peut dire : Tant vaut le berger y tant vaut le troupeau.
Le choix d'un berger est donc plus importent qu'on ne le croit ordinairement. H faut qu'un berger sache lire, écrire et raisonner sur ce qui convient aux bétes à laine dans les divers âges de la vie , à teUe espèce , à teUe variété ; il doit connaître les maladies qui les affectent, afin d'éloigner à temps les individus attequés , de leur donner les premiers soins en attendant l'arrivée du médecin vétérinaire; il doit posséder assez de botanique pour distinguer les plantes funestes et les plantes utUes, et avoir l'habitude d'em-
ployer la flamme, la lancette et le bistouri, dans les cas pressants. Il faut ou'il prévienne les accouplements prématurés, qu'il préside à la naissance des jeunes animaux , qu'il pourvoie aux besoins des mères, à la sûreté des petits ; il faut qu'U sache distinguer les agneaux et leurs mères, pour les rapprocher quand ils ne savent pas se retrouver, ou pour fèrcer les femelles qui n'aiment point leurs petits à leur donner à téter. Dans les champs il veille à ce que les troupeaux errants ne se mêlent aux siens, ne leur enlèvent leur subsistance ou ne leur apportent les germes de makidies contegieuses. Il faut enfin qu'il sache les garantir des attequés des animaux carnassiers, tent par son courage personnel que par le soin d'élever de bons chiens. De retour à la bergerie, il distribue le fourrage, dont il est toujours économe et dont il ne néglige jamais de constater la qualité; il en fixe la quantité pour chaque individu, et en écarte avec la plus scrupuleuse attention les chardons et autres plantes épineuses qui pourraient s'y trouver et déchirer la bouche de ses bétes, etc.
Toutes ces connaissances ne peuvent être le fruit de la triste routine : il faut donc au berger des études préliminaires, et c'est pour lui en offrir les moyens que diverses écoles publiques existent. C'est là qu'un propriétaire doit aller chercher le berger auquel il veut remettre le gouvernement de ses troupeaux. Il le prendra robuste, âgé de plus de 30 ans, jamais au-dessous de cet âge; U s'assurera s'U est toujours propre, matineux, adroit, patient, économe sans parcimonie, et gai de caractère. Du moment qu'il aura trouvé cet agent essentiel il ne négligera rien pour se l'attecher. Un berger dont le salaire est fixe, qui n'a pas l'espoir de le voir grossir par des gratifications accordées avec Justice, finit tôt ou terd par négliger ses devoirs; U se livre à la firaude et décide plus ou moins promptement de la ruine de son patron. U en sera tout autrement si vous entretenez le courage par des récompenses. L'intérêt et l'émulation sont deux puissants mobiles; mis en Jeu avec habileté vous en obtenez des avantages incalculables, toujours inattendus. La Saxe nous en fournit une preuve frappante : les propriéteires de troupeaux n'y accordent aucun appointement aux bergers , mais ils leur donnent un bénéfice sur les produite. Il arrive de là que les bergers sont soigneux, qu'ils mettait tout en œuvre pour conserver les bêtes à teine qui leur sont confiées, qu'ils s'occupent sans cesse de leur plus grande prospérité, et que la mieux value du troupeau relève leur profession, en
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■ême temps qu^eOe leur assure une honnête ai* sance. Sifcrcx. des gehs du mouds.
BERGSRIE, logement destiné aux bétes à laine, dont Taire n^est point pavée, mais fortement battue de glaise bien corroyée, sur laquelle on met un lit de terre sèche , puis un autre de paille, qui s*imprégnent Tun et Tautre de l*urine et de la ftente du mouton. La forme de la bergerie varie suivant les localités et le goût du propriétaire ; qu^elle soit ronde, carrée ou longue, n'importe, pourvu que ses dimensiops soient en proportion avec le nombre des bétes à contenir.
La bergerie veut être tournée au nord, être élevée au moins de un mètre à deux, au-dessus du sol, percée de grandes croisées garnies de barreaux de 1er et d'une toile métallique à larges réseaux en fil d'archaL II convient que ces croisées se trouvent en lace les unes des autres et ouvertes sur tous les points, afin que Pair puisse circuler librement et être renouvelé à chaque instant. Bans sa construction, la bergerie a besoin d'être un peu inclinée, du fend vers la porte d'entrée, pour donner écoulement aux urines ; il feiut aussi que le sol en soit constamment uni, sec et disposé en dayonnage pour faciliter l'épuration de l'air.
U est indifférent de placer la porte d'entrée à une exposition plutôt qu'à l'autre, quand la bergerie présente des ouvertures pratiquées sur toutes les foces, ou seulement aux deux extrémités, ce qui suffit à la rigueur, lorsque l'étendue du local est médiocre; mais si les ouvertures ne sont point assex nombreuses et qu'il soit impossible d'en établir d'autres, il faut alors que la porte d'entrée, ainsi que les croisées, soient tournées au nord.
Les croisées ne doivent commencer qu'à un mètre, à partir du sol, pour que la pluie ou la neige ne vient point incommoder le mouton. Le ftroid est très-salutaire dans une bergerie, l'humidité 7 est au contraire très-pernicieuse.
Contre les murs on place des crèches solides, assez basses pour que l'animal, en prenant sa nourriture, perde le moins possible d'herbe et n'en laisse point tomber sur lui. Leur construction est également calculée de manière à ce que les agneaux ne puissent entrer dedans ou se glisser dessous. Une auge en pierre doit régner un peu en avant des râteliers, pour recevoir les graines des fourrages et pour contenir les légumes et la pâture qu'on donne aux moutons.
Outre la bergerie proprement dite, où les béliers se tiennent éloignés des brebis, le logement des bêtes à laine doit offrir la bergerie d'élèves, la bergerie de supplément et une infirmerie. Le^
deux premières sont séparées par des cloisons en plâtre, en pisé ou en torchis, ou bien encore en planches bien jointes, afin que le voisinage des mâles ne nuise point à la tranquillité des femelles, pour que les béliers ne s'échauffent point en sentant ou en entendant les brebis. L'infirmerie, devant contenir les bétes malades, se place en un lieu isolé et sans communication .directe avec l'habitation des. autres animaux ; cette précaution est indispensable. Dans la bergerie d'élèves se tiennent les agneaux en seyrage. La bergerie de supplément est pour les brebis portières, prêtes à mettre bas, ou qui sont occupées de l'allaitement des petits. Tout près de là est la chambre destinée au berger ; elle coAimunique librement avec toutes les divisions afin qull puisse exercer sa surveillance pendant la nuit. Au temps de l'agnelage il est essentiel de tenir une lanterne allumée dans la bergerie; on la ûzt solidement, on la recouvre d'un grillage de fer, puis on la place à une certaine hauteur.
Tous les huit Jours en été et tous les quinze Jours en hiver il faut enlever le fumier de la bergerie; en l'y laissant plus longtemps on compromet la santé des animaux. La plus grande propreté doit régner dans ce local; le vêtement spongieux du mouton le rend plus qu'aucun autre animal domestique susceptible des moindres atteintes delà mauvaise odeur, de l'insalubrité, du désordre et du manque de soin. Toutes les fois qu'on lavera la bergerie, et il convient de le faire au moins une fois par mois, on la balayera soigneusement dans toutes ses parties intérieures et extérieures. x.
BERGERONNETTE. Motacilla. Genre d'oiseaux de Tordre des insectivores. Caractères : bec droit, grêle, en forme d'alêne, cylindrique et anguleux entre les narines qui sont situées à la base et latéralement : elles sont ovoïdes, à moitié recouvertes par une membrane nue; tarse double en longueur du doigt du milieu ; trois doigts devant, l'extérieur uni par la base à Tintermédiaire; un doigt derrière; dont l'ongle est beaucoup plus grand qu'aux autres; queue longue, égale, horizontale.
Ces oiseaux qui, presque en tous lieux, ont reçu des surnoms particuliers à cause de quelques habitudes bien tranchées, sont néanmoins assez généralement appelés lavandière$, parce qu'on les voit souvent voltiger autour des lavoirs ou des buanderies, et hoche^ueueê parce que, diez eux, cette partie est constamment en mouvement de bas en haut. Le nom de bergeronnette, qui a prévalu sur tous les autres, présente l'idée de
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gardien dM troupeauKt et en «ffeti stni les gar« der, les bergeronnettes aooompegnent souvent les troupeaux près desquels, sans doute, elles rencontrent plus abondamment que partout ail-' leurs, les petits insectes attirés par les bestiaux, et dont elles font leur nourriture ainsi que des vers et des larves aquatiques. Ces oiseaux ont encore Tbabitude de suivre de très-près le la* boureur dans le sillon qu*il trace, et d*y saisir les petits vers que met à découvert le soc de la cbarrue; Textréme confiance avec laquelle ils se livrent à cette recbercbe, leur donne un air de familiarité que Ton remarque, avec plaisir, dans ces petits êtres. Les foux de l'amour qui, cbex eux, s'allument d'assex bonne beure, sont souvent le signal de combats que les mâlei se livrent à outrance pour se disputer une femelle que le vainqueur poursuit à son tour de la manière la plus vive, jusqu*à ce qu'elle lui ait accordé le prix de la victoire. Après l'union des époux, tous deux s'occupent de la construction du nid qu'ils placent sur un fond de décombres, dans des trous de rocher, ou vers des rives désertes, dans des touffes d'herbes fortes et éle* vées; ce nid reçoit six osufe verdâtres, mouchetés ou de noir ou de rougefttre. Jamais les bergeronnettes ne perchent sur les arbres ; elles aiment à se promener sur les terrains humides et marécageux; posées sur un pignon élevé, sur des cheminées, elles s'appellent d'un cri perçant et sonore pour se réunir par petites bandes, soit pour aller en société à la quête d'une nourriture dont elles ont épuisé le canton, soit pour se rendre au gîte où elles dorment en commun. Quoi-» qu'un grand nombre de ces oiseaux restent sédentaires sous tous les climats et dans tous les pays, la plupart néanmoins se soumettent à des émigrations réglées; ils s'éloignent de nous vert la fin de l'automne, pour revenir lorsque la saison suivante a cessé ses rigueurs. Aux deux époques de départ et de retour, ils éprouvent des mues qui ont donné lieu à des erreurs notables sur le nombre des. espèces. Vieillot a nommé hoche-queue le genre bergeronnette, et Cuvier Ta divisé en hoche-queue et bergeronnette; cette sous-division, fondée sur la courbure de l'ongle du pouce, peut être facilement adoptée sans changement de nom. Di..b.
BERGHEH (Nicolas), né à Harlem, en 1634, mort dans la même ville, en 1083, et qui s'est foit une réputation européenne, comme peintreet comme graveur de paysages et d'animaux, reçut de son père, Van Haarlem, les premiers principes de son art. Une aventure d'écolier lui valut le sobriquet de Berghem ou Berchem, qui, en
hollandais signifie cacheM^le, sous lequel 11 a continué d'être connu et dont il signa même ses ouvrages. On dit que, pour le soustraire I un châtiment que son père voulait lui Infliger, Van Gooyen, son maître criait à ses autres disciples ; herç'hem / berg-hem I oachez-le ! cacbex-le t Peu après la mort de son père, Nicolas Berghem épousa la fille de Wils, un autre de ses maîtres; l'avarice, hi mauvaise humeur et les duretés de sa femme empoisonnèrent toutes ses Jouissances et le réduisirent à une grande pénurie.
Berghem vit de bonne heure sa réputation s'accroître et s'étendre. Ses ouvrages sont nombreux, et leurs SHjels offrent une grande variété. Bien qu'ils ne soient souvent que Timage d'une nature peu élevéei peu poétique} ils se recommandent généralement par un goût exquis, et une vérité, une harmonie de coloris que le temps n'a pu détruire, 8a manière est piquante et spiri* tuelle, trop peut^tre \ son exécution est remplie d'intelligences le fini de ses détails ne détruit point le bel effet de l'ensemble s ses figures, ses animaux sont dessinés avec une grande oorreotion et une élégance que les peintres de son pays n'ont pas toujours possédées. Si sa touche est souvent affectée, elle est du moins toujours ferme et soignée, et l'on peut dire que Berghem n'a produit aucun ouvrage médiocre. Quelque multipliés que soient les tableaux de Berghem, ils sont aussi recherchés que s'il n'en avait fait qu'un petit nombre, et on les volt toujours chèrement payés par les amateurs, ies petits ne se vendent guère moins de 8,000 francs et les principaux 34,000 fr. ; ses dessins et ses nombreuses gravures à l'eau forte sont également recherchés des amateurs, parce qu'ils rappellent en partiales beautés qui distinguent ses tableaux, L, C. 80Tn.
BERGHBN ou BlAQVur (LOQis Bit), naquit à Bruges, au xv« siècle* d'une famille noble. Le hasard lui fil découvrir, en 1470, l'art de tailler le diamant. 8'apercevant que deux diamants s'entanuûent lorsqu'on les frottait l'un oontre l'autre, il en prit deux bruts, et en les aiguisant y forma des facettes assez régulières; ensuite, au moyen d'une roue qu'il Imagina et avec la poudre de ces mêmes diamants, il acheva de leur donner un poli parfait. On perfectionna après lui son procédé, mais il n'en a pas moins droit à la célébrité qui est due aux auteurs d'inventions utiles. Avant Berghen, on n'employait le diamant que dans l'état où la nature le produit quelquefols, soit roulé dans les eaux, où il a aoquis un certain poli, soit en petites pyramides qui pa-^ raissent être le résulUit de û orIstallisaMnn. Bans ces deyx cas, le diamant, quoique dé*
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pouillé de la croûte ebseure qui Penveloppe ordioairemeot, ii*a?ait que trèt-peu de Jeu ou d*édat. X.
BERGHANN (ToRBUUf-Ou>r), brillante illustratioo scieotifique de la Suède. Né à Gatbarioaberg (Wefttgotbiand), eu 17S5, il passa des écoles deSkara à runiveriilé d'Upsal. Ses parents, placés dans les bauts emplois de la finance, le destinaient aux cbarges iniportactes de TÉtat \ mais un go6t décidé pour Tétude de la nature et la méditation de ses pbénomènes se prononça de bonne beure cbei Bergmann , et, par un précieux instinct, il voulut préluder à Tétude des sciences d*observation par une application opiniâtre à celle des i^iences élémentaires du raisonnement, les matbématiqueset la pbilosopbie» ■ais les progrès d*une maUidie de langueur le contraignirent à cbanger plutôt qu*à abandonner les occupations de son cboix. De retour dans sa Camille, obligé au repos, il s^efforça vainement de combattre le peqcbant qui le dominait; la botanique et Tentomologie remplirent les instants de ses promenades, et d*une manière si fructueuse que Ton a quelquefois regretté que son attention en ait été depuis détournée. A 18 ans il proposa une métbode de classification des insectes, fondée sur rexamen si difficile de leurs larves, et elle parut tellement intéressante à Linné et à de Géer qu*elle fut insérée dans le premier volume des Mémoires de TAcadémie dUpsal. On lui doit encore un travail sur les moyens de détruire les cbenilles qui dévorentles feuilles des arbres, lequel fut couronné deux fois, et des recbercbes curieuses sur les cinips, les xylocopes et l'éducation des abeilles. C'est lui qui découvrit le mode de reproduction des sangsues. Linné consacra le souvenir des services qu'il avait rendus à l'entomologie en appliquant le nom de Bergmann à une espèce de pbalène. U revint à Upsal, et bientôt ses travaux sur les pbénomènes du crépuscule, sur les interpolations astronomiques et sur l'attraction générale, lui méritèrent successivement le titre de docteur en pbilosopbie et les places de professeur de pbfsique, puis de matbématiques et d'algèbre. Ces récompenses ne furent pour lui qu'un encouragement; en peu de temps il donna un grand nombre de mémoires, entre lesquels on distingue ceux qui traitent des aurores boréales et de l'électricité. Il publia les leçons de Scbeffer, et fit paraître, en 1766, un traité de pbysiqu^assex étendu, ouvrage qui fut à l'instant traduit dans toutes les langues européennes, et dont deux éditions ftarent épuisées en moins de deux ans. Sn 17679 il se mit sur les
rangs pour la ebaire de cblmie. Ses compétiteurs contestèrent ses connaissances en cbimie, il repoussa leurs attaques par un excellent mémoire sur l'alun. Gustave III, alors prince et cbancelierde l'université, sut apprécier la capacité de Bergmann et les conseils des savants impartiaux qui l'approchaient, et défendit Be$ droits de toute son influence; et plus tard celuici, reconnaissant, paya sa dette au roi de Suède, en refusant les offres du grand Frédéric, qui voulait l'attirer à Berlin. Arrivé au poste qu'U avait recbercbé, Bergmann s'adonna tout entier à la cbimie et porta dans son application à cette branche de l'histoire naturelle l'esprit de métbode et de critique rigoureuse, dont ses premières études lui avaient donné l'habitude. Les travaux qu'il publia sur cette science sont nombreux et tous portent l'empreinte d'un jugement fort et d'une sagacité profonde. Son nom se rattache aux lois des affinités de la doctrine atomique et à celles de la cristallisation, sur lesquelles HaUy établit depuis sa belle théorie de la cristallographie; on cite encore ses mémoires sur les eaux minérales, sur leur composition artificielle, sur l'hydrogène sulfuré, l'acide carbonique, l'acide oxalique, la silice, la magnésie, le fer, le sine, l'arsenic, le nikel, etc. U fbrma d'excellents élèves. Scbeele entre autres doità sa bienveilbince son bonheur et ses premiers succès. Ses travaux épuisèrent en peu d'années sa constitution; il succomba en 1784. Peu d'homont tant produit, et surtout des travaux aussi durables. Dans le cours de sa carrière scientifique il écrivit plus de quarante mémoires tous curieux, tous marquants, soit par les découvertes, soit par les perfectionnements qu'ils contiennent T. Gogtiav.
BBI6-0P-Z00II, c'est-à-dire Bergben sur le Zoom, ville très-fôrte de flollande (Brabant septentrional), à 8 lieues sud -ouest de Bréda, 7 d'Anvers, près de l'Escaut oriental dont un canal lui porte les eaux. Des marais l'entourent et rendent ses abords très-difficiles. On admire son château, dont la tour s'élargit en s'élevant, son arsenal, le souterrain, et la galerie par laquelle les Français s'y introduisirent après la bataille de Fontenoy, les ravelins de la Pucelle et de Coehorn, etc. L'église de Sainte-GeKrude mérite une mention. Population, 6,000 habitants. Murée au XIII* siècle par Gérard de Wasemale, qui la défendit par un château, Berg-op-Zoom fut, lors de la révolte des 17 provinces contre la domination espagnole, une des premières résidences des éUts généraux. Le siège fameux qu'elle soutint, en 16St, contre les Espagnols, coûta
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10,000 hommes à ses anciens maîtres. Le maréchal de Lcevendal s^en empara par surprise en 1747. En 1814, les Anglais, en essayant de la prendre sur les Français, éprouTèrent un échec considérable devant ses murs.
Ayant le règne de Philippe n, Berg-op-Zoom éUit un marquisat. Val. Parisot.
BERGMANNITE. Nomd^in minéral, que Ton trouve à Frederischwem , en Norwége, il est composé tantôt d*aiguilles grises, groupées confusément, tantôt de lamelles d*un blanc grisâtre, légèrement nacré. Ses parties aiguës rayent le quartz. Sa pesanteur spécifique est de 3, 3, suivant Schumacher, n répand une odeur argileuse, par Finsufflation de Thaleine ;iin petit fragment, présenté à la flamme d*une bougie, blanchit et devient friable; exposé au fèu du chalumeau, il se fond en émail blanc et demi-transparent ; U est accompagné de pierre grasse (Fetiêtien) et de feldspath tantôt d*un rouge brun, et tantôt d*un rouge incarnat. Di..z.
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BERING (DftTioiT db). Du cap Tchoukotsk (Tchoukotskoï Noss), en Sibérie, au cap du Prince de Galles en Amérique, la distance n*est guère que de 18 lieues marines. G*est près du 66o degré de latitude que les deux continents sont aussi rapprochés ; le milieu du passage est à 206» de longitude orientale, méridien de Paris. ~ Le danois Bering n'est pas le premier navigateur qui ait traversé le détroit qui porte son nom : des caboteurs russes avaient contourné rextrémité orienUle de la Sibérie, et parmi ces hommes entreprenants, on cite un Cosaque nommé Semen-Dechnef, qui fit ce voyage en 1648. Cependant, il n*est pas injuste d'attribuer rhonneur de ces sortes de découvertes aux investigateurs dont les recherches et les travaux n'eurent point d'autre but, et dont le dévouement fut couronné par le succès. Bering résolut assez complètement la question géographique dont le gouvernement russe s'occupait alors, et périt au moment où il venait de terminer ses explorations; l'hommage décerné à sa mémoire fut trop bien mérité pour que la postérité lui assigne une autre destination. •— Entre deux caps aussi rappirochés que ceux qui limitent ce détroit, et près du cercle polaire, le passage est souvent fermé par les glaces. Cependant, il est encore douteux que les habitants de l'Asie aient jamais profité de ce moyen de passer dans le nouveau monde, quoique les animaux des régions arctiques s'aventurent sur les glaces, et passent ainsi du continent à des lies très-éloignées. Mais, de part et d'autre du détroit de Bering» les rares
popnlationsque Ton rencontre sont trop dissemblables pour qu'on puisse les considérer comme une seule nation divisée, par des circonstances locales, en deux parties dont chacune aurait été modifiée par son climat, ses occupations, ses moyens de subsistance, etc. Rien de tout cela n'influe sur le langage, et il n'est pas le même en Amérique et en Asie. Quant aux causes physiques assez puissantes pour opérer des changements notables dans la ferme et les dimensions du corps humain, elles ne sont pas plus actives en Amérique, au nord des possessions russes dans ce continent, qu'elles ne le sont en Sibérie, sous la même latitude. Ainsi, rien ne justifierait l'opinion que l'ancien continent a peuplé le nouveau sans le secours de la navigation, et que les glaces du détroit de Bering suffirent pour le passage des émigrations asiatiques. Fxbrt. BERKELEY (Gboigb). Ce savant et ingénieux évèque de Cloyne, en Irlande, naquit dans cette lie en 1684, à Kilcrin. Il acheva ses études à l'université de Dublin, et avant d'avoir atteint l'âge de 20 ans il publia son premier ouvrage intitulé : AriihmeHca abiqm Algébrà aui Euclide demonêtraia, qui fut suivi, en 1709, de son essai sur une Nouvelle Théorie de la Vi" êion. Un an après, il exposa dans ses Principes des Connaissances humaines {Principles of human knowledge) son sigulier système d'idéalisme ou d'immatérialisme, qu'il étaya des arguments les plus subtils et qu'il défendit, en 1719, dans TYois Dialogues entre Hylas et Philonous. En 1715, Berkeley suivit le comte de Peterborourgh en qualité d'aumônier de son ambassade auprès du roi de Naples. n fit ensuite le tour de l'Europe avec le fils du docteur Ashe, évèque de Clogher. Ce fut dans cette tournée que Berkeley, en 1715, visita à l'Oratoire, à Paris, le père Mallebranche, qu'il trouva préparant dans sa ceHule une potion qui devait le guérir d'une inflammation de poitrine. Les deux philosophes raisonnèrent ensemble sur leurs systèmes : la dispute s'échauffa, et la vivacité avec laquelle Mallebranche se prononça contre l'immatérialisme de Berkeley augmenta son mal au point qu'il en mourut quelques jours après. Au bout de quatre ans, Berkeley revint en Angleterre, d'où il accompagna le duc de Grafton à Dublin. Il y obtint le degré académique de docteur en théologie et fut promu, en 1724, au doyenné de Derry. Ce fut à peu près à la même époque que H'^Yanbonirlgh, célébrée par Swift sous le nom de Vanessa, indignée de ce que le satirique avait secrètement épousé sa Stella (M"* Johnson), révoqua le testament qu*dle avait Mi en faveur
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de SMÔft et légua une partie de ses biens à Berkeley dont Swift lui-même lui avait fait faire la connaissance. Cette accession de richesses suggéra au docteur Berkeley Tidée de convertir les sauvages de TAmérique au christianisme. 11 y eut beaucoup de souscripteurs qui s'intéressèrent à son entreprise et qui partirent avec lui pour Rhode-Island où Ton se proposait d*acheter des terres pour les sauvages convertis ; mais le parlement ayant refusé les secours qu'on s*était flatté d'en obtenir, le projet manqua, et Berkeley, après avoir sacrifié pour son exécution une grande partie de sa fortune et un séjour de sept ans en Amérique, retourna dans sa patrie où il publia son Alcyphron om le petit Philfh sophe, dans le goût des Dialegueê de Platon. En 1735, il fkit élu évéque de Cloyne. Il continua de se distinguer par plusieurs écrits utiles sur des siijets de philosophie, de religion et d'économie politique. Telles furent surtout les questions {Queriee) pour le bien de l'Irlande, qu'il publia en 1735. Dix ans après, le comte de Chesterfield lui offrit l'évèché de Clogher, dont le revenu était double de celui de son siège; mais Berkeley eut la modération de le refuser. Il commençait alors à soufiFrir d'une colique nerveuse, et ayant trouvé quelque soulagement à ses maux en prenant de l'eau de goudron, il publia des recherches sur l'efficacité de cette eau ( Enquiries on the virtuee of tar loafer), qui eurent une seconde édition en 1747 et furent suivies, en 1753, d'une autre brochure sur le même sujet. Ce fut son dernier ouvrage. Il alla, dans la même année, s'établir à Oxford pour y surveiller l'éducation d'un de ses fils; mais la mort l'y surprit le 14 janvier 1755. Ses œuvres furent publiées en 2 volumes in-4«, en 1784. Le bel éloge que Pope a fait de Berkeley, en disant qu'il possédait toutes les vertus sous le ciel, a été confirmé par tous ses contemporains, et la postérité la plus reculée rendra justice à l'étendue et à la ▼ariété de ses connaissances. Malgré l'observation de David Hume, quel'immaténalisme de ce philosophe était plus favorable au scepticisme que les écrits de Bayle, l'attachement de Berkeley à la foi chrétienne et son ardente piété n'ont jamais été mis en doute. D. Boileav. Berkeley s'est rendu particulièrement célèbre par son système dUdéalieme, De son temps l'empirisme de Locke commençait à porter ses fruits; déjà même des esprits étroits, mais rigoureux, en avaient fait sortir le matérialisme et l'athéisme. Le vertueux évêque prétendit couper court au Bial en détruisant, non pas immédiatement les conséquences, mais le principe, c'est-
à-dire l'opinion des philosophes contemporains sur la portée et la légitimité de nos connaissances sensibles. Partant donc de ce point, implicitement professé par toute la philosophie depuis Descartes, que dans le tait de la perception il y a trois termes, le sujet connaissant, l'objet connu, et un intermédiaire qui a une existence indépendante, savoir l'idée ; admettant de plus, avec Locke, que le sujet connaissant ou l'esprit ne perçoit jamais que l'idée, il démontra lacilement l'impossibilité de s'assurer de la conformité de l'idée, seule chose que nous connaissons, avec l'objet que nous ne percevons dans aucun cas. Avec autant de raison il soutint que rien ne nous garantit l'existence même de l'objet, l'existence de la matière ou des objets extérieurs en général; il fit plus que douter de cette existence, il la nia positivement. Nous percevons bien des sensations et des idées de couleur, d'étendue, de forme, de mouvement; mais ces phénomènes ne nous apprennent pas qu'il y ait en dehors de nous quelque chose de coloré, d'étendu, de figuré; car la couleur, l'étendue, la figure sont de simples modifications de l'àme, qui varient suivant ses dispositions, qui n'existent qu'autant que Tàme les perçoit, qui ne ressemblent qu'à elles-mêmes ; tout ce qu'ils nous apprennent, c'est qu'en dehors de nous il y a d'autres causes que nous et semblables à nous, c'est-à-dire des esprits. Et comme il y a entre nos idées un ordre et une proportion admirables, elles doivent être produites en nous par un esprit infiniment parfait. Supposer par delà les idées de notre âme une substance matérielle qui nous les cause, c'est faire l'hypothèse la plus gratuite; car cette substance est inerte; elle n>st pas susceptible d'être connue, par conséquent elle n'existe pas dans l'esprit ; elle n'existe pas non plus hors de lui, car l'étendue n'existe que dans l'esprit. Tout ce que nous savons de cette substance se réduit à des négations : elle n'agit point, ne perçoit point, n'est point perçue; c'est un su^et dinhérence, dit-on, mais c'est un sujet qui ne supporte rien, toutes les qualités qu'on lui rapporte n'existant que dans l'esprit. Il n'y a donc au monde que des esprits et des idées; les objets extérieurs sont des chimères, la saine philosophie doit les supprimer. Du reste les esprits étant connus sans intermédiaire par une perception immédiate et directe, leur existence est à l'abri de tout doute : fiaible barrière contre le scepticisme universel, comme Hume le fit bien voir.
Tel est le résultat que pressentit Berkeley dans sa Théorie de la vision et qu'il dévdoppa dans
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«es Prinoipeê de la oonnaiêsanœ ; il Texposa de Douyeau avec ininiment d^esprit et de lagacité d^8 ses Troie dialogues entre Hxlœ ei PhilonoUi. Mais quelque fatorable que fût cette doctrine aux dogmes de rimmatérialité, de la création, de la Providence, elle était trop con* traire au sens commun pour faire fortune hors de récole. Dans réeole mème^Eeid, tout en la trouvant inattaquable en soi, renversa la théorie des idées -images qui lui servait de base; et depuis lors Tidéalisme de Berkeley, ainsi que celui de Mallebrancbe, a été considéré comme il devait Télre, comme une savante absurdité, destinée à mourir en naissant. Lai aist.
BBRLICHINGSK (Gom ou Qodifioi Bi). A toutes les époques de transition il natt des carac* tères singulièrement trempés, qui s'attachent avec obstination au passé qui croule et rejettent loin d'eux le présent comme une matière hétérogène. Tel était Gœtz de Berlichingen, le chevalier à la main de fèr, né, dans la seconde moitié du xv« siècle, à Jaxthausen, en Souabe. L'Allemagne en ce temps était en proie auxdéfits, aux guerres privées, aux rapines, en un mot à rétat anormal de la chevalerie, qui avait fait son temps et mettait le trouble dans une société qu'autrefois elle avait été appelée à embellir et à défendre. L'empereur Baximilien, résolu de couper le mal par la racine, fit passer k la diète de Worms en 1495, l'édit de paiM perpétuelle, qui interdisait toute voie de fait entre les membres du corps germanique; la Chauthre impé" riale, établie par la même assemblée, devait évoquer à elle tous les différends.
Gœtx avait assisté à cette diète : son caractère énergique se soulevait contre la destruction de toute existence chevaleresque, de toute Individualité indépendante, d'autant plus que des mesures qui changent de fond en comble l'état d*une société ne s'exécutent Jamais sans vexations, sans inJusUces de détail. Malgré Pédit, les guerres privées continuaient; Gœtz avait suivi la bannière de princes puissants, tantôt Taigle de Brandebourg, tautôt le lion bavarois. Lorsque vint à éclater la guerre de succession, dite de Landêhut, entre les deux branches de Tantique maison de Wiltelsbach, Gœtz prit parti pour le duc Albert de Bavière contre Bobert, comte palatin. Ce fut au siège de Landshut qu'il perdit sa main droite, remplacée par une main de fer, qu'on montrait encore il y a une vingtaine d'années à Jaxthausen* Cette querelle terminée en 1507, Gœtz fut en lutte avec les chevaliers sur les bords du Koeher, avec les vmes impériales sur les bords du Neekar. Lorsque UMcde
Wurtemberg fut chassé de son pays, GeMx, son ami et son partisan, ne se racheta d'une dure prison qu^en payant 9,000 florins d'dr. Impliqué, trois ans plus tard, dans la hideuse guerre des paysans, qui l'avaient forcé de se mettre à leur tète, et, pris de nouveau par les troupes de l'Empire, il ne fut relâché que sur sa promesse de ne plus reprendre les armes< Le repos forcé rongea lentement ce corps et ce èœur du moyen Age. Pour tromper les ennuis de son Inaction, tandis que sa vieille armure se rouillait avec casque et épée dans un coin obscur de son château, il écrivit son autobiographie. C'est sur cet écrit naïf que Gœthe a calqué en grande partie les scènes pittoresques et dramatiques de son OatM de Berliohingen, admirable début de ce génie universel, qui a compris toutes les époques et reproduit dans le drame de Gœtz toutes les passions qui agitaient les esprits penseurs, les caractères actifs et les masses au moment où croulait la féodalité aDemande. Gœtz mourut le 95 Juillet 1509, dernier représentant de cette noblesse cuirassée, remuante, généreuse, qui allait faire place aux légistes de la cour impériale, aux ooBseillers de la cour aullque et aux bourgeois. L. S?agi.
BEELIN, capitale de la monarchie prussienne et en particulier de la Marche de Brandebourg, située sur la Sprée, par SI» B' 80^ de longitude. E. et 590 8d' de latitude K., est une des plus grandes et surtout des plus belles villes de l'Europe. Bâtie dans une plaine sablonneuse et aride, elle est à 197 pieds au-dessus du niveau de la mer, à 190 lieues nord-nord-ouest de Tienne et à 195 nord-est de Paris. C'est le chef-lieu de la régence de Brandebourg, la résidence du roi et le siège du gouvernement. Cette ville a plus de 4 lieues de circonférence; fencelnte en est formée d'un mur de 14 pieds de hauteur. 11 y a 18 portes et 9 quartiers dont 5 ont le nom de villes et ont été réunis, en 1714; les autres celui de faubourgs. Ces quartiers sont : Berlin propre; Kœln sur la Sprée, divisé en vieux et en nouveau Kœln ; Friedrich^werder, Dorotheenstadt^ Friedrichstadt, Friedricb-Wllhelmstadt, Kèenigstadt, quartiers de Stralau et de Spandau. La Sprée traverse Berlin du sud-est au nord-ouest Berlin a 158 rues, 99 phices publiques et marchés, 97 églises paroissiales et 87 ponté. En 1896 on y a eompté 11,971 maisons; le nombre de tes habitants, y compris la garnison, était de 986,880, parmi lesquels 5,888 réformés ftvnçais, 860 refermés bohèmes, 4,614 catholiques et 4,489 JuM ; Ces derniers ont obtenu le droK de citoyen depvlt le mois de mars 1819 et font partie
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des habitanls les plut riches et les plus éclairés d« Berlin. G*est à Berlin que s^est formé Mendelsobfi 9 le premier philosophe Juif des temps modenieê« La religion éyangélique est. la dominante.
Berlin, Tille moderne, possède un grand nom^ bre de belles places, de rues bien alignées, de promenades agréables et de ponts d*une eonatmction remarquable. Parmi les édifices publics plusieurs se distinguent par Pélégance ou par une architecture imposante. Nous citerons surtout les soi?ants i Tarsenal, le château, Tuni- Tersité, le dôme, Téglise catholique, le musée, la porte de Brandebourg, le principal corps de garde ^ en laeé eu palais du roi, TAcadémie de musique, TOpéra, la salle de spectacle, Técole militaire, Téglise luthérienne de Salnt-Nieolas (la plus ancienne église do Berlin), TégUse Sainte- Barie ayec une tour de 990 pieds de hauteur, élevée sous le règne de rrédéric-Guillaume II, par Langhans; Téglise réformée, avec un carillon; la nouyelle ^lise française, la synagogue JniTe, etc. Les plus beaux édifices sont situés dans la magnifique rue dite des Tilieulê et ainsi nommée de la promenade qui en occupe le centre. Cette rue, une des plus belles de l'Europe, s'étond depuis le nouTeau pont de la Sprée jusqu'au portique appelé Porte de Brands* bourg. Au delà du même pont est la place du cfaftteau, bordée de trois côtés du château, du dôme et du musée; la Bourse est un peu plus loin. Parmi les monuments publics de la statuaire on remarque surtout la statue équestre et en bronze du grand électeur, celles en marbre et à pied du maréchal Blttcber, des généraux fiebarahorst et Bulow , les monuments du Wilbelmsphitz et celui du vieux Dessau. Un immense yasc en porphyre orne la place du musée ou du diâteau, et un peu en dehors de la Tille, sur le Kreutiberg, s'élève la flèche gothique en bronze consacrée à la mémoire de la délivrance de FAl' lemagne en 1818.
Berlin peut être considéré comme la métro- ^le de TAllonagne du nord et comme le prinaipal foyer de lumières de tous les pays de la confédération germanique. Le mouvement intellectuel y est immense : il n'y a guère de teftdanee, de faculté scientifique qui n'aU son représentant dans cette capitale de la Prusse. L'université de Berlin, fondée en 1807, a compté, depuis son origine, parmi ses professeurs les hommes les phis distingués, tels que Fiehte, Begely Wolf, Ritter, Schleiermacher, Neander, de Savigny^ Eaumer, etc. BB< de Hun^Mldt ap* partieaMBt égMement à ierttn, ainsi qne le
ministre Anclllon. Dans les chaires de cette université, le droit, la philologie, les études orientales, rhistoire, là physique, la médecine font briller les talents les plus remarquables. Pendant le snnestre de 185i à 1885 on comptait à Berlin 1,783 étudiants. La bibliothèque royale, riche et régulièrement organisée, possède 950,000 volumes, outre un grand nombre de manuscrits précieux. L'Académie des sciences, fondée par Leibnitx, est célèbre par ses travaux, et plusieurs établissements d'instruction supérieure, tant pour le civil que pour le militaire, mériteraient également d'être cités. Les artistes trouvent au musée, ouvert en 1898, une riche collection de modèles et des monuments de toutes les époques et de toutes les écoles; la peinture de la période avant Baphael y est surtout bien représentée. Berlin possède en outre plusieurs établissements debienfaisanceetun grand nombre d'institutions scientifiques^ Il y a peu d'années,on a ftiit le relevé des écrivains qui s'y trouvaient et qui alors étaient au nombre de 416. Berlin foit un commerce considérable et possède plusieurs manufactures de drap, de porcelaine, d'étoffés de soie, de coton, etc., et une grande fonderie royale en fer. La cour de Berlin fot très-brillante sous le règne de f rédéric le Grand, et la société est réputée spirituelle et très-cultivée. Plusieurs littérateurs français, à la tète desquels fot Voltaire, ont foit de Berlin la ville du bon goût et de l'esprit.
Berlin a été occupée par les Autrichiens et les Busses, en 1760, et par les Français, en 1806, après la bataille d'Iéna. A l'exception de ces deux occupations, les fastes de la ville n'offrent point de grands évéhements. L'origine de Berlin ne remonte pas au delà du moyra âge, et cependant elle n'est pas connue d'une manière certaine. On croit que c'est Albert II, margrave de Brandebourg (de 1206 à 1990), qui a fondé cette ville et celle de Kœln qui y est réunie. On sait d'une manière positive que l'église de Saint-Nicolas a été construite en 1938. Les fondements du château furent posés en 1449; mais c'est surtout f rédéric-Guillaume , le grand électeur, auquel Berlin doit ses principaux embellissements, ainsi que les fortifications dont elle était autrefois enceinte. Cependant alors Berlin n'avait que 90,000 habitants; ce nombre s'éleva à 50,000 sous Frédéric, premier roi de Prusse, et sous le grand Frédéric elle devint ce qu'eUe est, une des villes les plas belles et les plus curieuses. Voir Spilcer, Berlin et ses mientowê au xdl* eUote , Berlin, 1838^in-4» avec pkmdies. Gonv. Luu Koa.
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BEKME. On appelle ainsi, en termes de ponts et chaussées et de fortifications, un chemin ou espace de quatre pieds, qu*on laisse entre le rempart, ou levée, et le bord d*un fossé ou d*un canal, pour empêcher que les terres des premières, venant à s*ébouler, ne remplissent ces derniers; on rappelait aussi autrefois, dans la seconde de ces acceptions, retraite, lisière ou le pas de la souris, X.
BERliUDES ou lies di Suhhus (Summers- Jslands), archipel composé d'environ 400 petites lies peu fértUes, dans Tocéan Atlantique, à la hauteur de TÉtat américain de la Caroline, et à S50 lieues de la côte des États-Unis. Elles sont entourées d'écueils et hérissées de rochers ; au nord, les écueils se prolongent très-avant dans la mer. Les rochers constituent une grande partie du sol de Tarchipel et sont la cause de sa stérilité; quelques-unes ne sont même que des rochers inhabitables ; mais partout où il y a de la terre le sol est fertile et produit, sous une température douce, quoique agitée par les ouragans, du froment, du coton, du tabac, divers fruits et des bois de construction, parmi lesquels on compte le genévrier qui acquiert dans cet archipel une grosseur considérable. Il n'y a qu'un dixième de toute la surface de l'arcbipd qui soit cultivé et qui vaille la peine de l'être; d'ailleurs le défaut d'eaux vives est un grand inconvénient; aussi les 400 lies ne nourrissent qu'une population d'un peu plus de 4,000 habitants dont les trois quarts sont des nègres. A peine y a-t-il âOO blancs. Ils subsistent de la pèche, de l'exportation du sel et de la construction des navires dans laquelle ils ont fait de grands progrès. La plus grande de ces îles est celle qu'on appelle Bermude; elle est très-étroite, mais elle a 5 lieues de long.
Les Bermudes furent découvertes' par les Espagnols au xvi^ siècle; mais n'y trouvant pas d'or et n'espérant même pas pouvoir les cultiver, ils négligèrent cette découverte qui, dans la suite, fut totalement oubliée; ce ne fkit qu'un siècle après, en 1610, que le hasard fit retrouver cet archipel. Deux anglais, en se sauvant d'un naufrage, y abordèrent : c'étaient sir Thomas Gates et sir George Summers ; cette seconde découverte, annoncée à un peuple plus actif et plus industrieux que les Espagnols, ne Ait pas infructueuse comme la première. Deux ans après, le gouvernement anglais envoya une expédition sous les ordres de Richard Moore pour fonder une colonie dans cet archipel désert. La première tentative de colonisation manqua d'échouer contre un obstacle singulier : déjà on comptait en-
viron 600 colons aux Bermudes, lorsque les rats, introduits on ne sait comment, peut-être par des navires européens, se multiplièrent au point que la place ne fut plus tenable pour les hommes et que la colonie fut sur le point de disparaître; on trouva pourtant moyen de se débarrasser de ces hôtes incommodes , et depuis ce temps les Bermudes sont devenues une colonie utile pour l'Angleterre. Quoique le nom de Summers ait eu une autre importance pour cet archipel que celui de Jean Bermudez qui le découvrit, le nom de ce dernier est pourtant resté et a prévalu dans la géographie. DimNO.
BERMUDEZ ( JtRÔMs). On sait que la Galice était la patrie de ce poète du xvi« siècle; qu'il entra dans l'ordre des dominicains, et qu'il professa la théologie à Salamanqué. Du reste, son origine, l'époque de sa naissance et celle de sa mort sont enveloppées d'une même obscurité. On croit vaguement qu'il descendait de Diego Bermudez, neveu du Gid. Quoi qu'il en soit, Bermudez a droit à une place honorable entre les auteurs espagnols du xvp siècle : fameux comme théologien, comme humaniste, il l'est encore plus comme auteur dramatique. Les tragédies de Nice lastimosa et de Nice laureada, dont il puisa le sujet dans l'histoire d'Inez de Castro et qu'il publia sous le nom à'' Antonio de Silva, sont assurément fort médiocres sous le rapport du plan ; mais à cette époque l'art dramatique en Espagne sortait à peine de l'enfance. Ce qui plaît dans ces tragédies, ce qu'il faut admirer, c'est la pureté du style, le naturel du sentiment, la poésie répandue dans les chœurs; ce sont enfin quelques belles scènes dans Nice lastimosa, telles, par exemple, que celle ou les. conseillers du roi de Portugal délibèrent sur le sort d'Inez. nous ne ferons qu'indiquer un poème en cinq chants et une Hespéroëde du même auteur, tous deux écrits à la louange du trop fameux duc d'Albe.
Plusieurs rois des Asturiesont porté le nom de BsKHUDBt; Bermudez I» fut élevé au trône en 788, et Bermudez III périt dans la bataille de Garion en 10S7; c'était le dernier de la famille des anciens rois goths. MU« Ozbiiiib.
BERNADOTTE. Voy. Cbarlis XIV Jeah.
BERNARD (Saint-), célèbre montagne des Alpes, à 10,580 pieds au-dessus du niveau de la mer. A 7,549 pieds est un hospice célèbre, fondé par saint Bernard de Menthon, et habité par des religieux qui, à l'aide de chiens, vont à la recherche des voyageurs ensevelis sons la neige. Le passage du grand Saint-Bernard par le premier consul Bonaparte et ses troupes est
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un des prodiges opérés par Tarmée française. | BEBNARD (petit Saint-), montagne qui fait partie de la chaîne des Alpes grecques, entre Aost et la SaToie. Elle a pris son nom d*un hospice élevé à rinstar du grand Saint-Bernard. Son sommet est élevé de 1,125 toises. G*est le passage le plus commode des Alpes. Il fut franchi par Annibal lorsque ce général marchait sur Rome. BERNARD (saiht), naquit Tan 1091, à Fontaine, village de Bourgogne, dont son père nommé Tescelin, était seigneur. Sa mère se nommait Aleth de Montbar. Malgré les avantages de Tesprit et du corps, qui, joints à ceux de sa position, lui assuraient des succès dans le monde, il montra de bonne heure une véritable passion pour la solitude. 11 commença ses études dans récolç du chapitre de Ch&tillon, et parut plus tard avec éclat dans Tuniversité de Paris. Après avoir passé quelque temps avec ses ft^res et quelques amis en retraite dans la maison de son père, il entraîna ses compagnons au nombre de 50, à Tabbaye de Citeaux, où ils prirent Thabit de Tordre. Tan 1115, Tabbé Etienne, chef de Tordre, ayant fondé Tabbaye de Glairvaux, dans une vallée aride et déserte du diocèse de Langres, nommée la Vallée iVJbsinihe, près de la rivière d*Aube, saint Bernard en fut nommé abbé. Il n*avait alors que 35 ans. La réputation de science et de piété de saint Bernard devait attirer sur lui Taltention des puissances rivales, du sacerdoce et de Tempire; aussi assista-t-il aux conciles de Troyes en 112S, et de Châlons en 1129. Ce fut d'après son ju|^ement, auquel on était convenu de s*en rapporter, que rassemblée d*Étampes, réunie par la volonté de Louis le Gros, en 1130, reconnut Innocent U pour souverain pontife, et rejeta Anadet. Ce pape étant venu en France, saint Bernard Taccompagna à Orléans, et persuada au roi d'Angleterre, Henri 1», de le reconnaître. De là il le suivit en Allemagne, et dans la conférence que le pontife eut avec Tempereur Lothaire II, Il parla avec liberté à ce prince pour le détourner de la demande qu'il avait faite au pape du rétablissement des investitures. De retour en France, Innocent II tint un concile à Reims, visita Cluni et Clairvaux, et emmena saint Bernard à Rome; de là il le fit passer en Allemagne, où il réussit à ménager la paix entre Conrad et Lothaire. Rappelé auprès du pape qui avait été forcé de se réfugier à Pise, il assista au concile de cette vUle en 1134, à Tissue duquel il réconcilia avec le clergé romain celui de MUan^ qui s'était attaché à Anaclet. Il n'eut pas Qoina de succès lorsque, rappelé en Italie en | S
1 137, il détacha de la cause d'Anaclet plusieurs Romains, et surtout Roger, duc de Sicile, le seul des princes qui lui prêtât encore son appui. Anaclet étant mort, celui que Ton élut à sa place obtint son pardon d'Innocent II par l'entremise de saint Bernard, et le schisme fut éteint. Après avoir assisté à (rois conciles en Tan 1 147, confondu les erreurs de Pierre de Brueys de Hensi, et forcé Tévéque de Poitiers, Gilbert de Porcé, de rétracter ses erreurs au concile de Reims en 1 148, choisi pour médiateur entre les peuples de Metz et quelques princes voisins, il termina leurs différends et mourut le 20 août 1 153. Il fut canonisé 20 ans après sa mort par le pape Alexandre III. Le style de saint Bernard est vif, noble et serré, ses pensées sublimes, son discours délicat. Il est également plein d'onction, de tendresse et de force; il est doux et véhément. Nous ajouterons cependant qu'il est souvent gâté par l'affectation et les jeux de mots. Il exprime le culte qu'il rend à la Vierge par les termes d'une galanterie mystique et d'une afféterie souvent ridicule. Ce défaut du reste tenait à son siècle, et n'empêche pas que ce ne soit à juste titre qu'U a été appelé le dernier des Pères. Ses ouvrages se composent de lettres, de traités théologiques et mystiques, de sermons. Un de ses plus remarquables écrits est, sans contredit, le Traité de la considération, adressé à Eugène III. La seule édition de ses ouvrages qui soit consultée aujourd'hui est celle de don Mabillon (1690, 2. vol. in-fol.) H. Bouchitté. hod. BERNARD (PiiaRB-JosKPH), né à Grenoble en 1708, vint à Paris, où il était depuis deux ans clerc chez un procureur, lorsque ses poésies, et notamment sa spirituelle Ép((re à Claudine, et sa jolie chanson de la Roêe, lui ouvrirent l'entrée des salons. Le marquis de Pezay Temmena avec lui en Italie en 1734. Le jeune Bernard fit ses premières armes aux batailles de Parme et de Guastalla. Il ne quitta le marquis de Pezay que pour occuper l'emploi de secrétaire du maréchal de Coigny. Il fut ensuite secrétaire général dés dragons et bibliothécaire du château de Choisi-le-Roi. Le style, c'est tout l'homme, a dit Buffon. L'axiome le plus absolu a ses exceptions. Le poète Bernard, à la plume si gracieuse et légère, était lourd et épais. Voltaire nevoyait que le poète quand il lui envoya, au nom de la duchesse de Lavallière, la plus belle femme de la cour, ce joli quatrain :
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Bernard, à qui le surnom de genUl est resté depuis lors, était un des gros mangeurs de l*époque. U riait le premier de sa gloutonnerie; et lorsqu'il commença à perdre ses forces et son appétit, il disait : Je êuis iotnbé d'vn dindon. Son Jrt d'aimer, longtemps applaudi dans les salons, soutint avec avantage Tépreuve de la publicité, et lui valut les surnoms d*Anacréon et d'Ovide français. Palissot lui reprochaitde parler plus au sens qu'au cœur. U ajoute : a L'auteur a été y comme son modèle, inspiré par les Grâces, et souvent il a des beautés qui ne sont qu'à lui.» Il cite le charmant épisode qui termine le premier chant. Le génie de Bernard personnifie le ftiède où il a vécu, et dont Voltaire a esquisse le portrait avec une précision si éloquente et si vraie:
VoM !• tarnf d« fahMU* régviet, TMipt Softtmmi Mwqa^par k llowci, Oà là fbllt, ^ItMt iOB grdot»
D*VD pied Ugtr pareoQit touu là Fnnot, Oà bqI oKnrtil n« daigne être dërot, 04 Ton fait tout, netptë p^ltcnca.
On a raffblé de Gentil Bernard. Son Jri d'ai^ mer a été imprimé dans tous les formats et placé dans toutes les bibliothèques. II n'appartient plus qu'à l'histoire littéraire du xviii* siècle. L'école qu'il a fondée et qu'il avait prise pour modèle a disparu avec Tère des fictions légères, qui séduisent et amusent plus qu'elles n'intéressent. Son Caetor et PoUus est le po^me lyrique le mieux écrit que nous ayons : il obtint un succès prodigieux. Alors le style était tout; il y définit aveo plus d'esprit que de Justesse la plus noble des sympathies, l'amitié fk'aternelle,
0«1 , ta Mrala u «olaptl 8i l'hosoM avall ••m i\
Son poCme de Pkroêine et Mélidor est beau de style, mais la partie dramatique manque de développement et de force. Bernard ne jouit que d'un bonheur passager comme sa gloire. Il se survécut à lui-même. Son esprit et sa raison l'abandonnèrent en même temps ; il tomba dans une affligeante imbécillité. U n'avait plus de souvenir, n lui arriva au milieu d'une représentation de son Castor et Polius de demander à ses voisins quel était l'auteur de ce poème. Le succès brillant qu'obtint cet ouvrage fut ftital à Mouret. Ce malheureux compositeur devint fôu et mourut à Charenton. — Un spéculateur a publié en 1805 une très-belle édition des œuvres compiaes de Genta Bernard, en 2 vol. in-fio, ou 4 volumes in-18. Bernard megnit à Paris, en ^776. DiCT. m tA Cowv.
BERNARD (Sahuxl). Son père, l'un des plus célèbres artistes du xvii« siècle , avait été professeur de l'Académie de peinture , et était décédé en 1615; plus avide de richesse que de gloire, son fils se livra tout entier aux spéculations de la haute finance et devint un des plus opulents banquiers de l'Europe. 11 avait foit d'immenses bénéfices sous le ministère de M. de Cbamillart, qui de son aveu n'entendait rien en administration. Ce ministre avait la conscience de son incapacité et le mérite plus rare encore de l'avouer. U écrivait à Catinat : « Je suis un robin qui fait son noviciat dans la guerre : ainsi, entre vous et moi , ce que je dis ne veut rien dire.» Il avait refusé le ministère { Louis XIV l'avait déterminé à l'accepter en lui promettant qu'ils travailleraient ensemble... Les choses n'en allèrent pas mieux, tous les généraux se plaignaient des sottises du ministre ; le maréchal de Berwick s'adressa au roi lui-même, qui, tout en convenant que ton miniêtre de la guerre n'y entendait rien^ ne le maintint pas moins en place. La guerre de la succession avait épuisé toutes les ressources. Il n'y avait plus d'emprunt possible. Plus de charges réelles, plus de sinécures à vendre. Le ministre Cbamillart avait largement exploité ce dernier genre d'impôt mis sur la vanité. « Toutes les fois, disait-il au roi, que votre majesté crée un office, Dieu crée un nouveau sot pour l'acheter. » — Le ministre avait trop compté sur la Providence. Il était à bout de voie, il foUut céder aux cris implacables de l'opinion publique, et Cbamillart avait été renvoyé ; il en sentait lui-même la justice et la nécessité) il approuva sa révocation; il disait hautement : « Que le roi ne pouvait se dispenser de prendre ce parti d'après l'indisposition générale qui s'était déclarée contre lui. » — Vainement il avait tenté de lutter contre les obstacles toujours croissants de sa position. Samuel Bernard, qui était sa seconde Providence, lui avait impitoyablement fermé sa caisse. ~ Le financier, qui lui devait sa grande et rapide fortune, ne voulut pas la compromettre ; il se montrait également sourd aux sollicitations, aux flagorneries de son successeur Desmarets; le nouveau ministre hasarda un dernier effort. U parvint à faire adopter à Louis XIV l'expédient qu'il avait imaginé en désespoir de cause et qui consistait à amener le plus fier des monarques à caresser la vanité d'un financier. — L'histoire contemporaine offre des exemples de ce genre. Hais alors c'était un véritable prodige. Le besoin rapproche toutes les distances. Le duc de Saint-Simon raconte ainsi cette singulière entrevue du roi et
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do banquier. — « La cour était à Marly. On y vit DesmareU, qui se présenta avec le câèbre banquier Samuel Bernard, qu^ll a?ait mandé pour diner et travailler avec lui ; c*était le plus riche de l*Europe, et qui faisait le plus grand et le plus assuré commerce d^argent. Il sentait ses forces, il y voulait des ménagements proportionnés; et les contrôleurs généraux, qui avaient bien plus souvent affaire à lui qu'il n^avait affaire à eux, le traitaient avec des égards et des distinctions fèrt grands. Le roi dit à Desmarets, qu*U était bien aise de le voir avec M. Bernard ; puis tout de suite dit à ce dernier » «Yous êtes bien homme « à n'avoir jamais vu Warly ; venez le voir k ma a promenade , je vous rendrai après à Desma^ « rets. » « Bernard suivit, et tant qu'elle dura le roi ne parla qu'à Bergheyck et à lui, et autant à Tun qu'à Tautre, les menant partout et leur montrant tout également, avec les égards qu'il savait si bien employer quand il avait dessein de combler. J'admirais, et je n'étais pas seul, cette espèce de prodigalité du roi, si avare de ses paroles, à un homme de la médiocrité de Bernard. Je ne fus pas longtemps sans en apprendre la cause; et j'admirai alors jusqu'où les plus grands rois se trouvent quelquefois réduits, Desmarets ne savait plus de quel bois faire flèche ; tout manquait et tout était épuisé. 11 avait été à Paris, flrapper à toutes les portes; on avait si souvent et si nettement manqué k toutes sortes d'engagements pris et aux paroles les plus précises qu'il ne trouva partout que des excuses et des portes fermées. Bernard, comme les autres, ne voulait rien avancer. U lui était beaucoup dû. En vain Desmarets lui représenta l'excès des besoins les plus pressants, et \'énormîté des gains qu'il avait faits avec le roi; Bernard demeure inébranlable : voilà le roi et le ministre cruellement embarrassés; Desmarets dit au roi que, tout bien examiné, il n'y avait plus que Bernard qui pût le tirer d'affaire, parce qu'il n'était pas douteux qu'il n'était question que de vaincre sa volonté et l'opiniâtreté qu'il avait montrée; que c'était un homme accessible à la vanité, capable d'ouvrir sa bourse si le roi daignait le flatter.— Dans la nécessité si pressante desafllMres, le roi y consentit; et pour tenter le secours avec moins d'indécence et sans euuyer de refus , Desmarets proposa l'expédient que je viens de raconter. Bernard revint de la promenade du roi tellement enchanté que d'abord il loi dit qu'il aimait mieux risquer sa ruine que de laisser dans l'embarras un prince qui venait de le combler, et dont il se mit à faire les plus grands éloies. Desmarets en pr«flta sarcle-
champ et en tira beaucoup plus qu*il ne s'était proposé. » (Méwioireê de SainfSimon, liv. I**, p. 183.) —La véritable, la bonne comédie, n'est que l'histoire des morars contemporaines mise en action. Notre Molière est le meilleur peintre des mœurs de son siècle. Samuel Bernard n'est autre que M. Jourdain; le prince et son mhiis* tre ne ressemblent pas mal au grand seigneur et à la marquise du Bourgeois geniilhomme. Les portraits du grand maître sont frappants de ressemblance. Les originaux venaient à leur insu poser dans son atelier; seulement il réduisait son cadae aux proportions de la scène et des convenances. Le Bergheyek dont parle Saint- Simon dans ses Mémoires avait dirigé avec une rare habileté les finances de Charles U dans les Pays-Bas, et après la mort de oe prince celles de l'électeur. U était, dit le méase auteur : « fort homme de bien, point du tout riche et n'ayant jamais rien Hii pour sa famille. Ses voyages à Versailles étalent rares et toujours forts courts.* — Bernard, aussi habile financier, s'était au contraire beaucoup occupé de grossir sa fortune et de l'élévation de sa famille. Son nom trahissant son origine bourgeoise, il fit les plus grands sacrifices pour le déguiser et pour qu'il ne passât pointa sa postérité. Il acheta donc pour ses fils de grandes charges et des terres titrées. Son fils aine fut président au parlement de Paris, et ne signait que son nom seigneurial de Eieux; l'autre, comte de Gaubert Son petitrfils, prévôt de Paris, se faisait appeler marquis de Boutaln* villiers. Il avait marié sa fille au premier prési* dent Mole, et se trouva par conséquent beau* père de hi duchesse de Cossé*Brissae. L'histoire de Samuel Bernard et de sa famille est celle de tous les riches financiers d'alors parvenus au point de pouvoir, par leurs grands capitaux, leur crédit, avoir une grande influence et don* ner à l'industrie française une grmnde et salu* taire impulsion progressive ; tous, aussitôt qu'ils en étaient là, abandonnaient leurs comptoirs et leurs usines pour se fkire anoblir. — Le moyen était facile ; tout était vénal alors, jusqu'aux grades militaires. Il fallait une révolution pour déraciner d'aussi absurdes, d'aussi funestes abus. —Samuel Bernard, au milieu de ses rêves d'am** bition et de fortune, était le plus malheureux des hommes. Esprit superstitieux, il croyait son existence attachée à celle d'une poule noire, dont il faisait prendre et prenait luI-méme le plus grand soin. C'était pour lui le tison de Méléagre. La monomanie du savant et laborieux jésuite Kireher éUit moins dangereuse. Il se croyait métamorphosé en poule, n avait usé une
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partie de sa vie à étudier, à approfondir le système de la métempsychose. — On conçoit moins la folie de Samuel Bernard. Il survécut peu de temps à sa poule noire, et mourut en 1739. Il avait acquis de grands domaines ; ses héritiers trouvèrent ses <!aisses bien garnies et un portefeuille de 10,000,000 fr. de créances. On a prétendu que la moitié de cette somme environ avait été prêtée sans intérêt. Les plus grands seigneurs de la cour figuraient à Vavoir de son livre de caisse. - 5,000,000 prêtés sans intérêt par Samuel Bernard ! Il est permis de douter d*un fait aussi extraordinaire. Dicr. Corv. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, ^cy. Sauit-
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BERNBOURG (AiiHALT], Tune des trois principautés d*Anlialt, dont la superficie estde30 lieues carrées, et la population de 38,400 babiUnts.Sa capitale est Bernbourg, viDe de 4,800 habitants, sur la Saale. Cette principauté échut en 1665 à Joacfaim-Emest, cinquième fils de Louis-Ernest, et ce sont ses descendants qui en sont les possesseurs actuels. Son contingent fédéral est de 970 hommes.
BERNE, est le plus considérable canton de la Suisse, et a pour capitale une ville qui porte le même nom. Sa superficie est de 335 lieues carrées, et on évalue sa population à environ 338,000 habitants, dont 40,000 catholiques et 350 miUe réfOi^més. Ce canton est borné au nord par les cantons d*Argovie et de Soleure, au sud par le Valais, à Test par les cantons d*Uri, d*Unterwald et de Lucerne, et à Touest par le Jura. Dès le xn« siècle, Kuno de Bubeuberg fit environner de murs et de fOssés la petite ville de Berne près la forteresse de Nydeck, et le duc de Zœhringen, à qui appartenait ce fort, donna des lois à la ville nouvelle, qui commença à s*agrandir et à se peupler vers le milieu du xni« siècle. La petite noblesse des environs y chercha un refuge contre Toppression de la haute aristocratie, et beaucoup' de seigneurs campagnards et de bourgeois de Fribourg et de Zurich vinrent y fixer leur résidence. L*empereur Frédéric II déclara Berne ville libre de l*Empire en 1318, et confirma ses libertés dans nne charte qui est précieusement conservée dans les archives de la Tille, et qu^on nomme la charte impériale (kai' serliche Handfeêie). Berne fut assiégée, en 1388, par Rodolphe de Habsbourg, qui ne put venir à bout de la prendre. En 1391, les Bernois combattirent vaillamment sous le commandement d*Ulric de Bubenberg contre la noblesse du pays, insurgée, contre eux sous les ordres d'Ulrich d*Rrlaeh« La ville devint un asile où se réfbgiè*
rent tous ceux qui étaient opprimés par la noblesse autrichienne ; circonstance qui Téleva rapidement à un tel état de splendeur et d'opulence qu'elle excita l'envie des autres villes, et surtout de l'aristocratie. Elles se conjurèrent donc pour travailler à la perte de leur ennemie commune. Mais leur armée, forte de 18,000 combattants, et commandée par 700 seigneurs bannerets et 1,200 chevaliers, fut entièrement défaite le 31 juin 1 339 à Laupen, par les Bernois sous la conduite de Rodolphe d'Erlach, quoique leur nombre fût des deux tiers moins considérable que celui de leurs ennemis. Après cette victoire , la ville s'accrut sensiblement. En 1353, elle entra dans la confédération suisse et prit rang immédiatement après Zurich, c'est-à-dire qu'elle eut le titre de seconde ville de l'union. Elle augmenta son territoire Jusque vers la fin du xiv« siècle, en partie par des acquisitions, et en partie par des conquêtes. Après l'incendie de 1405, qui réduisit presque toute la ville en cendres, elle fut reconstruite avec régularité. — Les Suisses eurent à soutenir de longues guerres avec l'Autriche, le Mihinais, la Bourgogne et la Savoie; mais les confédérés sortirent victorieux de ces luttes, et le canton de Berne y gagna la;possession de l'Argovie. — En 1538, les Bernois embrassèrent la religion réformée, et, dans la guerre qui s'ensuivit avec le duc de Savoie, ils accrurent encore leur territoire de tout le canton deYaud. Les pays conquis furent administrés par des baillis qui habitaient les forteresses. Depuis ce moment Jusqu'au 5 mars 1798, la prospérité et la richesse du canton allèrent toujours en augmentant; des sommes considérables furent dépensées par l'administration, et le bien-être dont on vient de parler prouve clairement qu'elles le furent dans l'intérêt général. La superficie du canton était alors de 460 lieues carrées et sa population de 580 mille âmes. C'est à cette époque que les Français envoyèrent contre Berne une armée de 30 mille hommes. Quoique les Bernois eussent mis en campagne une armée de 18 mille hommes avec un corps auxiliaire de 8,000 confédérés sous le commandement général d'un Erlach, le souvenir des anciennes victoires de Morgarten , de Laupen et de Hurpen les inspirèrent si peu qu'ils furent complètement battus, et que les confédérés, dans leur retraite désespérée, massacrèrent leur propre général. Berne ouvrit pour la première fois ses portes à l'ennemi et perdit à peu près la moitié de ses possessions ; la partie septentrionale du canton fut incorporée au canton d'Argovie et la partie méridionale au pays de Vaud. Le canton de Berne se réduisit donc alors à cinq districts, savoir :
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la TiHe de Berne, TOberland, le Landgericht, FEmmenthal et le Seeland. Une résolution du congrès de Vienne, en 1815, fit réunir au canton de Berne une grande partie de Tévèché de Bâie et le territoire de Bienne. — l)*aprè8 la nouvelle constitution du canton, le pouvoir souve^in est exercé par un avoyer et des conseillers municipaux de la république bernoise, au nombre de 299, dont 200 pour la ville de Berne et 99 pour les villes inférieures et les campagnes. Ces magistrats sont électifs. Les 300 de la ville sont choisis dans les maîtrises des bourgeois propres au service militaire et qui ont atteint leur 29* année. Us sont nommés par un collège électoral composé des membres du conseil ordidinaire et d*une section du grand conseil. Les 99 magistrats ou sénateurs des cantons ruraux sont nommés en partie par les autorités locales de ces mêmes cantons, en partie par chacun des 22 districts représentés par des électeurs choisis dans leurs maîtrises, et enfin en partie aussi par le grand conseil. Benx avoyers ont alternativement, pendant Tespace d^une année , la présidence du grand conseil ou sénat et du conseil ordinaire. Le sénat exerce le pouvoir législatif et le conseil ordinaire, ou petit sénat {Kleine Raih) le pouvoir exécutif. Ce dernier est composé des deux avoyers, de 25 membres et de deux membres secrets, qui sont pris dans le sénat. — La partie septentrionale du canton est entrecoupée de collines et de vallées avec de belles plaines. Le terrain y est soigneusement cultivé et produit beaucoup de blé, de vin et de fruits. TEm; • menthal est un des plus beaux, des plus fertiles et des plus riches vallons de la Suisse. Les pâturages y sont abondants et le bétail y vient à merveille. De belles maisons, de bons vêtements et une gaieté inaltérable témoignent du bien-être &^ habitants. C^est dans ce vallon qu^on fait rexcellent fromage d'Emmenthal. La partie méridionale du canton nommée TOberland, qui comprend aussi les grandes vallées de Basil, Grindelwald, Lauterbrunnen , Kander, Frutigen, Adelboden, Simmen et Saanen, ainsi que de nombreuses' contre -vallées, commence au pied des montagnes du Valais et va toujours en s'élevant jusqu'à leur sommet. Les vallées les plus basses sont fertiles et agréables; elles produisent beaucoup de fruits et un peu de vin; à une plus haute élévation se trouvent des pâturages excellents, où les habitants élèvent des chevaux et de magnifiques bêtes à cornes; viennent après des rochers entièrement dépourvus de végétation, puis des glaciers immenses, d'où s'échappent de superbes cascades, et enfin les plateaux
les plus élevés de la Suisse, comme le Finsteraarhom, le Schreckhom, le Wetterhorn, l'Eiger et le Jungfrau. L'industrie est très-florissante et particulièrement dans l'Emmenthal, où l'on voit plusieurs fabriques de toiles ^t de draps. Les revenus annuels du canton sont estimés à 1,800,000 francs, son contingent fédéral est de 5,824 hommes et 104,800 francs. — Berne, capitale du canton, l'une des villes les mieux bâties et les plus florissantes de la Suisse, est située sur une colline dans une presqu'île formée par l'Aar, qui l'environne de trois côtés. EUe renferme 1062 maisons; ses rues sont en grande partie larges, droites et bien pavées; presque toutes les maisons sont garnies d'arcades. On remarque, entre autres beaux monuments, la cathédrale, d'architecture gothique, l'église du Saint-Esprit, l'Académie, un grand hôpital bâti dans une lie, un collège, une bibliothèque, un arsenal et un cabinet d'histoire naturelle. 11 existe à Berne plusieurs sociétés littéraires et une association pour l'économie domestique, qui a rendu de grands services sous le rapport des améliorations apportées à l'agriculture, et des découvertes faites en botanique et dans l'histoire naturelle de la Suisse. Une autre société pour les recherches historiques de la Suisse, présidée par l'avoyer bernois de Hulinen, a publié plusieurs chroniques fort intéressantes pour l'histoire ancienne du pays, entre autres celle de Justinger (jusqu'en 1421), 1819 ; celle de Schachtlan, 1820, et ceUe d'Anshelm (jusqu'en 1526), 1825. La galerie d'histoire naturelle du pays, bâtie en 1802, renferme une précieuse collection de mammifères, d'oiseaux, papillons, iusectes, et de plantes de la Suisse. La bibliothèque publique possède des trésors immenses, tant en livres imprimés qu'en manuscrits. Il existe, en outre, à Berne, plusieurs musées particuliers, qui n'en sont pas moins ouverts aux étrangers. L'industrie et le commerce y sont dans l'état le plus prospère. Le& manufactures sont nombreuses; on y fabrique de superbes draps, des étoffes imprimées, des soieries, des bas, etc. Peu de villes ont des promenades aussi belles et aussi bien entretenues : une des plus agréables est la plate-fôrme sur laquelle est bâtie la cathédrale ; elle est plantée de quatre rangées d'arbres magnifiques; le côté qui conduit à l'Aar est élevé de 1Ô8 pieds au-dessus du niveau de l'eau, qui forme en cet endroit une chute d'un aspect imposant. U se tient deux féires considérables à Berne, l'une à Pâques et l'autre le 29 novembre. Population, 17,620 habitants. Latitude nord 46o, 56'; longitude est 5o, 6', — Une autre Berne très-peu con-
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nue, et que les voyageurs ne riâitent t)Oltit, fut fondée en 1705, en Russie, âu delà du Volga, dans le gouverneibent de Saratof. Une quarantaine de feimilles bernoises, attirées en Russie parTimpé* ratrice €atlierine n, firent leur établissement sur le bord du PetU-Caraman, rivière qui tombe dans le Tolga, et donnèrent à leur hameau le nom de la capitale de leur canton natal. Plu* sieurs autres petites colonies fondées à la même époque par dès émigrants de diverses parties de TAHemagne, de la Hollande et même de la France, ont transporté vers les frontières de TAsie les langues, les arts et les usages de TEurope occidentale. Hais ces colons n*ont plus de communications directes avec leur ancienne patrie; ils vivent au milieu des Russes et des Tâtars de différentes hordes, mordonaies, tchouvaches, etc.; leurs villages sont hors de la route que suivent les caravanes de voyageurs et de négociants : que defiendront-ils? Après un certain nombre de générations, ces peuplades conserveront-elles quelques traces de leur origine? Les pays qu'elles habitent ne ressemblent à aucune partie de TAl* lemagne, de la Suisse, des lieux d*oà paftirent les émigrants pour la Russie : des landes immenses, un sol nivelé, imprégné de sel, et les plantes qui s*en accommodent; une multitude d*animaux inconnus à TEurope, et dont la vue annonce TAsie ; rinfluenoe de tous ces objets nouveaux, Jointe à celle des hommes, doit altérer peu ft peu les effets d^une autre nature et d'une autre société : il ne serait pas sans IntérA de comparer de temps en temps le Betnoiê russe et rhabilant de roberiand. Pour que cette comparaison fût bien faite, il faudrait peut-être que Tobservateur ne fût pas Suisse. Dmr. Cohv. BERKI (PàANCËsco), appelé aussi Bxiiia et BxaNiA, poète du xvt« siècle. Né vers la fin du ive dans le grandnlucfaé de Toscane, d*une famille fioreniine pauvre, quoique d'une ancienne noblesse, il alla dans sa 19* année â Rome, chez un cardinal son parent; mais celui-ci ne lui faisant, comme il le disait lui-même, ni du bien ni du mal, 11 se vit forcé dVntrer comme secrétaire chex révêque de Vérone Ghiberti, président de la chancellerie du pays. L*ennui que lui inspirèrent les fonctions de son nouvel état le porta bientôt à rechercher des distractions qui déplurent au prélat. H s*était alors fbnttft à Rome une société de Jeunes gens qui, pour faire allusion à leur amour pour le vin et IMnsouciance, se nommaient i f^^najnolf, les Vignerons. Ils se moquaient en vers des choses les plus sérieuses. Les vers de Bemi se luisaient surtout remarquer par leur piquante tournure, et ton nom en est resté
à ce genre de poésies {maniera Bemeàca ou Btmieêoa). Lors du pillage de Rome par les troupes du connétable de Bourbon, en 1527, Bemi perdit le peu qu'il possédait. Il fit plusieurs Voyages avec son protecteur Ghiberti, et, fatigué enfin d*être au service des autres, il se retira à Florence, où depuis plusieurs années il avait obtenu uncanonicat. Alexandre de Médicis, alors duc de Florence, vivait ouveriement dans les rappoKs les plus hostiles avec le Jeune cardinal fiippolyte de Médicis. Demi éUit lié avec tous les deux; on lui insinua des propositions d'assassinat; mais on ne sait pas au Juste auquel des deux on doit les attribuer. Ce qu'il y a de certain, c'est que le cardinal moumt empoisonné en 1535. Berni, qui avait refusé de se souiller d'un crime, mourut le 26 Juillet de l'année suivante, probablement victime lui-même du poison du duc Alexandre.
Bemi passe encore aujourd'hui pour le meilleur modèle dans le genre buriesque. Il mêle quelquefois beaucoup de fiel à son style, et ses satires réunissent assez souvent à la bonhomie d'Horace Tàcreté de Juvénal. Ce qui excuse un peu l'excessive licence qui règne daps toutes ses poésies, c'est qu'il ne les composait que pour ses amis, qu'elles furent livrées à l'impression sans sa participation et après sa mort. L'admirable légèreté qui se fait remarquer dans toutes ses compositions était chez lui le fhiit d^un travail pénible, le résultat de l'exactitude qu'il mettait à retoucher ilérativement tous lés vers qu'il faisait. On raconte la même particularité de l'Arioste; et cependant ée «ont sans contredit les deux auteurs italiens dont les vers sont les plus légers et les plus coulants. Ses Rimt burlBAfihe et son Otlando (nnathoratùf compôêUf già dal 8fg. Bojatdo^ conte di Scandiano, ed ora refaUo tuttô dl nuovo da Ff, Bemt (Venise, 1541, in-4o), quoiqu'il y ait entièrement dénaturé le Bojardo, sont les plus remarquables de ses productions.
Il ne faut pas confondre avec ce poète le comte F&Àifcxsco Berni, né en lOiO et mori l'an 169S, dont on a 11 drames (Ferrare, 1066) et diverses poésies lyriques. CoiiV. Lxx.
BERKIER (FxAifçois), dans le Siècle brillant de Louis IIV, se distingua également comme philosophe et comme voyageur. Son mérite, sous ce double rapport, était encore rehaussé par les grâces de son esprit et de sa personne. Tant d'avantages lui procurèrent, de son vivant, une grande célébrité qui lui a en partie survécu. On ne lit plus ses traités de philosophie; mais ses voyagea sont mieux appréciés qu'ils ne l*OBt Ja-
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mdJÈ été. Ifs font continattre des contrées qu*aucuo Européen n*ayait tisitées étant lui et qu*on n*a pas mieux décrites depuis ; ils Jettent une Tire lumière sur les révolutions de rinde à V& poque d*Aureng-Zeyb.
Bemier fut recherché par les personnages les plus illustres et les plus distingués de son temps; il eut des liaisons particulières avec Iliflon de Lenelos, M<»« de la Sablière, la Fontaine, Cha^^ pelle dont il a composé l'éloge , et Saint-t? remond qni nous le représente comme digne, par sa figure, sa taille, ses manières, sa conrersation, d^étre appelé te joli philosophe. Il contribua, avec Boileau, à la composition de cet arrêt burlesque qui empêcha le grave président de Lamoignon de fluire rendre par le pariement de Paris un arrêt véritable qui eut été plus sérieu* sèment burlesque.
Bemier naquit à Angers, on ne dit point en quelle année. Il étudia la médecine, et, après B*étre fait recevoir docteur à Montpellier, il se livra à son goût pour les voyages; il passa en Syrie en 1654, et de là il se rendit en Egypte.
n demeura plus d*une année au Caire où il fut attaqué de la peste; il s*embarqua peu de temps après à Suez pour aller dans Hnde et y résida 19 ans, dont 8 en qualité de médecin de Tempereur Aureng-Zeyb. Le favori de ce prince, rémir Danichmend, ami des sciences et des lettres, protégea Bernier et remmena avec lui dans le Kachmyr. De retour en France, Bernier pu^ blia ses voyages et ses ouvrages philosophiques. n visita l'Angleterre en 1685 et voulut y attirer la Fontaine. Il mourut à Paris en 1688. On trouve la liste des ouvrages de Bernier dans les finies de piuHeurs personnages célèbres, par M. le baron Walclcenaer, t. II, p. T4-77. Nous n'en citerons ici que les deux principaux :
1<» Histoire de la dernière révolution du Grand Mogol, etc., 1. 1 et II, Paris, 1670, in-lf , avec une carte; Suite des Mémoires du sieur Bemier sur Vempire du Grand Mogol, t. III et nr, Paris, 1671. ^ Abrégé de la philosophie de Gassendi. W^lckinaib.
BERNINI. Le cavalier Bernin (jBAH-LAVRiifT), né à Kaples en 1598 et mort à Rome en 1680, à la fois statuaire, peintre et architecte , fut le Michel-Ange de son siècle. Son père, qui était sculpteur florentin, lui enseigna les éléments de son art. Ses talents furent si précoces qu'à 10 ans il exécutait des ouvrages dignes d'être remarqaéB. Son groupe d'Apollon et Daphné, qui passe pour Tune de ses meilleures productions, date de sa 18* année. Bans sa vieillesse il ne put s'empêcher de dire, en le revoyant, qu'il avait
fait bien peu de progrès depuis. Lorsque le car-> dinat HalTéi, qui avait été son premier protecteur, devint pape sous le nom d*Urbain Vin, ce pontife lui procura l'occasion de développer les ressources de ce génie fécond et vasta qu'il lui avait reconnu, en lui confiant la décoration de cette partie de la basilique de Saint-Pierre nommée la Confession. C^estïà qu^est placé ce fameiix baldaquin en bronte dont on a tant parlé et qui valut au Bernin des récompenses et des honneurs jusqu'alors sans exemple. Bès ce moment la direction des arts fut remise entre ses mains : aucun ouvrage public ne s'exécuta dans Eome sans son assentiment; mais ce patronage, qu'aucun artiste n'avait exercé avant lui, eût le malheureux résultat d'encourager, de maintenir cette manière plus aimable que savante, plus facile, plus abondante que châtiée et réfléchie introduite par le Cortone, affectionnée par le Bernin, et qui égara tant de Jeunes artistes.
Les travaux deBernih en sculpture sont innombrables : la seule citation de ceux qui ont de ta célébrité nous obligerait à sortir des bornes qui nous sont prescrites. Après le baldaquin, ta chaire de saint Pierre, le groupe de sainte Thérèse, le mausolée d'Urbain TIII, celui d'Alexandre VII, ouvrages considérables qui sont de vrais titres de gloire, viennent les fontaines des places Barberini, dl^spagne , Navone, et les figures dont ildécora le château Saint* Ange, figures qui, pour le dire en passant, ont bien perdu de leur réputation première. En général les ouvrages de la jeunesse du Bernin sont d'un style plus correct, plus étudié que ceux d'un ftge avancé.
Comme architecte cet artiste occupe un rang moins élevé peut-être que comme sculpteur, mais c'est toujours l'homme aux grandes et belles idées, aux riches et élégantes conceptions, s'occupant davantage de l*ensemble que des détails, et sacrifiant parfois les règles reçues pour arriver à un eflfet cherché. Ses licences sontcelies d'un artiste ingénieux, elles ont un charme qui leur a donné de nombreux partisans. On leur reproche d'avoir ouvert ta carrière aui extravagances du Borromini. La fameuse colonnade de ta ptace Saint-Pierre, conçue et élevée par le Bernin, comparable en grandeur et en ma* gnificence à ce que les anciens ont laissé de plus imposant, suffirait seule à sa réputation de grand architecte, si l'on n'avait point encore à citer de lui ce célèbre escalier à deux rampes qu'il construisit au Yatican, dans un emplacement ingrat, et dont refifét de peYspective, de lumière, et l'aspect général sont si merveilleux, ainsi que les immenses travaux exécutés dans l'intérieur du
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Vatican» pour donner de Tanité à cet ensemble f^rmé de tant d*élémenU divers et fruit de tant de génies différents.
Si le Bernin n*ayait été que peintre, sans doute la renommée n^aurait point embouché pour lui les cent bouches de sa trompette; cependant ses tableaux, très-nombreux, sont loin d*ètre sans mérite. Ils sont pour la plupart réunis au palais Barberini et au palais Ghisi. On en voit un dans réglise de Saint-Pierre, à Tautel du Saint-Sacrement ; il représente un sujet de la Tie de saint Maurice. De même que Léonard de Vinci, le Bernin s'occupa des sciences exactes. Il inventa plusieurs machines utiles, entre autres celles qui serrent à Rome à frapper la monnaie.
Doué d^ine grande mobilité d*esprit, enjoué, Tif, plein de feu, d'une physionomie aimable et noble, courtisan adroit, le Bernin sut gagner Taffèction et les faveurs des grands. Louis IIII voulut rattirer à sa cour; Urbain VIII, Alexandre Vil, Clément IX, Tadmettaieut fréquemment à leur table; La reine Christine de Suède, à son voyage à Rome, eut pour lui mille attentions, et tout le monde sait que Louis XIV et Colbert entamèrent avec la cour de Rome des négociations pour obtenir qu'elle consentit à le laisser venir à Paris diriger les travaux du Louvre. Les honneurs insignes qui furent rendus au Bernin par les souverains dont il traversa les Étals pour venir en France et par les autorités des villes de France, l'accueil qui lui fut fait à son arrivée à la cour passent toute croyance, aussi bien que les largesses , pour ne pas dire les prodigalités, du roi en sa faveur, lorsque après 8 mois de séjour à Paris et à Versailles il retourna en Italie, abreuvé de dégoûts ne laissant pour tout souvenir qu'un buste de Sa Majesté et des plans inexécutables pour l'achèvement, ou si l'on veut, pour Tanéantissement du Louvre; car le moindre défont de son projet «était de faire un accessoire du principal et de détruire une partie de ce qui existait. C'est ici le lieu de réfuter une assertion erronée souvent reproduite. Il est faux que le Bernin ait pu voir la colonnade élevée par Perrault et qu'il se soit étonné qu'on l'ait fait venir lorsque la France avait d'aussi habiles architectes. Le Bernin quitta Paris en 1666 et Perrault ne jeta les fondations de la façade du Louvre ^u'en 1667. A son retour à Rome le premier soin du Bernin fut d'exécuter en marbre la statue équestre de Louis XIV et de la lui envoyer comme un témoignage de sa gratitude. Malheureusement cet ouvrage, d'abord accueilli avec des transports d'admiration, fut bientôt apprécié à sa Juste valeur, et, pour en faire disparaître le ridi-
cule, Girardon fut chargé de le transformer en Marcus CuHius; cette statue se voit dans le «parc de Versailles. Jusqu'à son dernier moment le Bernin jouit de la considération due à ses talents et à sa personne. On lui fit des otisèques magnifiques et son corps' fut porté à Sainte- Marie Majeure. Les poètes s'empressèrent à l'envi de chanter ses louanges. Il laissa, dit-on, une fortune de deux millions. L. C. SoTn.
BERNIS (Fkahçois-Joàgiim di PIERRES, cardinal de), naquit à Saint-Marcel de l'Ardèche, en 1715. Gomme cadet de sa maison , il entra, selon les coutumes , dans les ordres ; chanoine de Brioude, puis comte chanoine de Lyon, il vint jeune à Paris, portant le nom d'abbé. Quoique Bemis logeât au séminaire Saint-Sulpice, il n'eut, par sa naissance, des rapports qu'avec des gens de la cour ou les riches financiers qui les recevaient, tandis que sa pauvreté se fût beaucoup mi^ux accommodée de la compagnie de ses confrères; mais il avait un si Joli visage, de si jolies manières, il faisait de si jolis vers, que la cour et la ville se l'arrachaient. Ces agréments frïvoles étaient joints à un caractère égal, désintéressé, sûr, reconnaissant; et Bernis, qui commençait par plaire, finissait par se faire estimer. Vainement Voltaire, qui jugeait assex légèrement le sumomma-t-il Babei la bo^quetière; ce sobriquet, qui aurait perdu un homme ordinaire, n'éloigna pas de Bernis un seul de ses amis; mais il contribua peut-être à la sévérité de Mirepoix qui , sollicité par l'abbé de disposer en sa faveur d*un bénéfice, lui dit avec rudesse : « Vous n'avez rien à espérer de mon vivant. — J'attendrai, monseigneur ! » répondit Bernis, d'une voix douce, qui ne rendit pas la réplique moins piquante; car l'abbé était jeune etl'évéque avait 80 ans. Cependant la patience devait être pénible pour l'abbé Bernis, puisque ses amis lui donnaient un petit écu pour payer son fiacre, quand il venait dîner chez eux : attention qui fait honneur à ce siècle où donner et recevoir une aussi foible somme ne prouvait ni l'humilité, ni rembarras, et où l'on n'imaginait point que l'inégalité de fortune dût entraîner un changement d'habitudes sociales. Gomme il n'est rien de complètement inutile ou nuisible sur la terre. M»* de Pompadour demanda et obtint pour l'abbé de Bernis un logement aux Toileries et 1,500 fr. de pension sur^ la cassette du roi. C'était à 6,000 liv. de rente que Bernis bornait ses prétentions; mais ayant été nommé ambassadeur à Venise, il 7 déploya des talenu qu'on ne lui soupçonnait point. Tout en servant la France, il obligea le pape Benoit XIV, qui le prit
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pour médiateur dans une diieuttion entre lui et les Vénitiens; et sa fareur s*en accrut. Rappelé en France, il entra au grand conseil et devint ministre des affaires étrangères. Ayant contribué à Talliance de la France, et de TAutriclie, qui décida de la guerre de sept ans, Tabbé de Bernis fut blâmé; mais Dudos, qui fait si sévèrement la part des grands et du clergé, le justifie sur ce point, et les lettres de Bernis à Pâris-Duverney prouvent seulement les soins que prenait le ministre pour assurer le succès de celte guerre qui fut assez malheureuse. Cependant il céda à Topinion publique et rendit le portefeuille peu de temps après avoir été fait cardinal ; ce qui n'empêcha ni un exil, ni une disgrâce qui dura 6 ans, au bout duquel on le nomma à Tarchevéché d'Âlby. En 1769, on renvoya ambassadeur â Rome, où dans les conclaves de 1769 et 1774, il montra de Thabileté; et, pour obéir à la cour, il poursuivit la destruction des jésuites, contre ses opinions. Jamais la France ne fut plus dignement représentée que par le cardinal de Bernis, on peut en croire le ministre Roland qui dit : « L'assemblée du cardinal de Bernis est peutêtre Tune des assemblées périodiques de société les plus magnifiques de TEurope. Grand par luimême, il est en outre magnifique dans ses représentations; tout ce qui concourt à leur éclat est double chez lui. Tenant table ouverte,' donnant â tout le monde, ne recevant de personne, et toujours au-dessus de toute comparaison dans les fêtes, dans les cérémonies, dans les illuminations publiques. Tant de somptuosité, le concours des grands, les hommages du peuple, une politique facile, une politesse aisée, qui toujours est à tout et s'étend â tout le monde, donnent au cardinal de Bernis un crédit, un ascendant, que de grands talents soutiennent d'une manière imposante. « Sa maison était ouverte à tous ses compatriotes, et tandis que Bernis prodiguait â ses convives les mets les plus délicats, lui, dont une tentative d'empoisonnement avait pour toujours altéré la santé, dînait avec un ceuf mis â l'eau. Quoique ses poésies l'eussent fait nommer membre de l'Académie fmncaise, il les trouvait beaucoup trop frivoles pour aimer alors qu'on les lui rappelât; car il savait joindre à la dignité d'un ambassadeur la politesse d'un courtisan, la régularité d'un prêtre, n reçut, en 1791, les tantes de Louis XYI, comme il recevait tous les Français, avec l'hospitalité la plus généreuse : ce qui n'empêcha point les princesses de se montrer, ainsi que leur suite, très-exigeantes et un peu tracaêêtères. Mais la révolution débarrassa bientôt le cardi-
nal de tous les soins que ses dignités et son caractère obligeant entraînaient Refuser le serment que l'on exigea alors des ecclésiastiques et que Bernis croyait incompatible avec ses premiers vœux, c'était renoncer à l'ambassade de France et â 400,000 liv. de rente : il n'hésita point. Cette résolution consciencieuse qui bouleversait sa position sociale, est très-honorable pour un courtisan : aussi en eût-il été quitte pour être. pauvre, ce moindre des maux qui puisse afBiger un honnête hotame, sans le chevalier Azara qui obtint pour lui une pension du roi d'Espagne. Le cardinal de Bernis mourut à Rome en 1794. Sa famille et la légation française lui firent faire un mausolée sur le modèle de celui du pape Gorsini, que l'on a transporté, ainsi que son corps, â Nîmes. Un autre monument élevé dans l'église de Saint-Louis des Français à Rome, contient son cœur et ses entrailles. Indépendamment des lettres de Bernis â Pâris-Duverney, on a recueilli en un petit volume ses OEuvreê mêlées en prose ei en vers. Son style est facile et ne manque point d'élégance, mais il nous semble pâle ; et la mythologie, qui n'est plus employée par nos poètes, donne à ses œuvres un air suranné. Son poème de la Religion, qui a eu plusieurs éditions, honore plus ses principes que son talent. €••« ni Beâdi.
BSRNOULLI (lis). Cette famille illustre par la série de géomètres du premier ordre qu'elle a fournis, était originaire d'Anvers; mais dès le xvp siècle, les guerres de religion l'avaient fait émigrer à Bâle, où elle était parvenue aux premières dignités de la république. Le premier qui ait acquis un nom célèbre dans les sciences, Jac- QUBS Bkiroolu, était né à Bâle en 1654, et' il y professa les mathématiques depuis 1687 jusqu'à sa mort arrivée en 1705. Conjointement avec son frère Jean, il développa, à la grande admiration de l'Europe savante, dans les Àcta erudiiorum de Leipzig, les merveilleuses ressources du nouveau calcul infinitésimal , dont le génie pénétrant et si varié de Leibnitz n'avait fait en quelque sorte qu'indiquer les principes et l'algorithme. Outre un grand nombre de recherches sur la théorie des courbes et sur la mécanique rationnelle, les géomètres lui doivent la connaissance des propriétés des nombres qu'on appelle de son nom Nombres de BernouUi et qui jouent un grand rôle dans laihéorie du développement en séries. Un recueil de ses œuvres mêlées a paru à Genève, en 1744, sous le titre de Jacobi BernouUi opéra, 2 vol. in-4o. Mais l'écrit qui le recommandera peut-être le plus à la postérité, celui où il a posé les fondements de la théorie ma-
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thématique 6t philoscfphlqaé dés probabilités^ a paru après sa mort, par les solos de son neveu Nicolas Bernoulli, sous le titre de ^rs eonjec» tandi (Bâle, 1715, in-4«). C*est dans cet ouTrage que se trouvent les théorèmes qui portent son nom, concernant les lois de la probabilité résultantes de la répétition des événements, théorèmes sur lesquels reposent toutes les applications pratiques de la théorie des chances.
Son frère JiàH Bbiitodlli, né à Bâle en 1667, lui succéda dans l'es fonction»de renseignement et les remplit Jusqu'à sa mort, arrivée le !«' Janvier 1748. Les œuvres de celui-ci ont été réuniesdans une édition publiée à Genève, en 1742, 9 vol. in-4**. Doué peut-être d*un génie mathématique plus spécial que celui de son frère. Il fut rangé par ses contemporains à côté de Newton et de Leibnitx, et on le regarde comme le véritable inventeur du calcul intégral. Par suite des progrès que les sciences mathématiques ont faits depuis lui , il ne s'attache plus guère aujourd'hui qu'un intérêt historique à ses travaux.
Nicolas Bbriioulli, neveu des deux précédents, mêla l'étude de la géométrie à celle du droit, et se fit remarquer par une thèse sur les absenté, où il proposait d'appliquer le calcul des probabilités à cette question délicate de Jurisprudence.
Daiiiil BuiiouLi.1, l'un des fils de Jean, né à Grœningue en 1700, mort en 1782, soutint avec éclat le nom de sa fàmiUe dans le cours du xvni* siècle et fut le digne émule des Glairaut, des d'Alembert, des Buler. Dix fois couronné par l'Académie des sciences de Paris, il remplit de ses mémoires les collections de cette compagnie et de celles de Berlin et de SaintrPétersbourg. Son père et son oncle avaient été les soutiens de l'école de Leibnitt, et, par suite, les plus redoutables adversaires des doctrines newtonlennes auxquelles s'étaient rangés tous les géomètres anglais ; mais Daniel suivit le progrès des idées, en concourant, avec les géomètres contemporains qu'on vient de nommer , à développer la théorie du système du monde, fondée sur la loi de la gravitation newlonienne. Physicien ingénieux , aussi bien que profond géomètre , il a déployé éminemment ces deux qualités dans son grand traité A^Hydrodxnamiquef Strasbourg, 17S8, in-4*. Il a cultivé, comme la plupart des autres membres de sa famille, le calcul des probabilités; ce fut lui qui proposa, dans les mémoires de l'Académie de Pétersbourg, le paradoxe devenu célèbre sous le nom de Problème de Pétersbourg f et qui imagina, pour le résoudre, la théorie de l'espérance mwrale. Le pro-
cédé de l*inoeulatlon vint lui offrir une autre occasion d'appliquer le calcul des chances, et il eut à ce sujet de vifl démêlés avec d'Alembert.
Nous nous dispenserons de citer une feule d'autres géomètres de la même famille, d'un nom moins célèbre; le dernier qui ait acquis de la réputation, au moins à l'étranger, était fils de Daniel, et périt en 1789, en se baignant dans la Neva. A. Codrhot.
BERNSTORIF, fimille originaire de la Bavière, et d'où sont issus plusieurs hommes d'État.
AiiDBA-TatopiiLx, premier ministre du Hanovre , mort en 1726 , est moins connu que son cousin JsAii-HÀtrwio-EaifisT, né à Hanovre en 1712, qo'il avait fiit élever pour la carrière administrative et qui entra dans sa Jeunesse au service du Danemark, où il fut employé d'abord aux légations étrangères, et où il parvint en peu de temps aux postes de secrétaire d'État, de conseiller intime, et de membre du conseil d'État. C'était, comme dit Falkenskiœld dans ses A/émoires, un homme d'un caractère doux et habitué à plier sous le Joug des favoris. Il contribua beaucoup à l'abolition de la servitude féodale, des corvées et des pâtures communes. Il établit des écoles pour former des sages-femmes. Sa charité était grande et les pauvres recevaient une partie considérable de ses revenus. Dans la guerre de sept ans , dans laquelle furent entraînés la plupart des États de l'Europe, il fit garder par le Danemark une neutralité armée, et assura à son pays adoptif la possession du Holstein. En 1761, après la mort du dernier duc de ce nom, Christian YII lui accorda le rang de comte. Quand Struensée eut acquis un ascendant irrésistible à la cour de Copenhague, Bernstorff fut d'abord maintenu dans son poste; mais s'étant opposé au rappel de Eantzau, ministre à Pétersbourg, il reçut son congé en revenant d'un voyage qu'il avait fait avec le roi dans le Hotetein. Conservant une pension de 6,000 thalers, il se retira à Hambourg, puis il fut rappelé à la cour après la chute du favori ; mais il mourut avant d'avoir pu profiter des grâces de son souverain.
Elles furent dévolues à son neveu Ainrait- PmiB (né dans le Lunebourg en 1755), lianovrien copme lui, et formé sous le ministère de Jean-Hartwig-Ernest. Il était conseiller intime quand 11 fut enveloppé dans la disgrâce de son oncle. U revint à Copenhague en 1772, et prit une part active aux affaires publiques. Il fit renouveler Talliance entre le Daneniark et l'Angleterre ; mais il déplut à la Bussie; pour s'être opposé, a son système de politique, et le favori Guld-
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ber^; en profiU j[H>ur le feire fetitoyer, en 1780. Cependant lorsque, pendant la ftiibleMe d*esprit de Christian TU, le prince héréditaire se fut em- ' paré des aflPaires, Bemstorff fut rappelé et ob* tint alors une grande Influence sur les affaires étrangères et de Tintérieur. Ce fut lui qui établit en principe que le pavillon neutre couvre la marchandise, et qui fit proposer à la Suède un traité de neutralité armée, traité que Falkenskiœld regarde comme une grande faute. « Au reste, dit cet auteur, quelles que soient les erreurs où ait pu tomber le comte de Bemstorff, il faut reconnaître que le Danemark lui doit principalement de n*avolr pas été entraîné dans la coalition formée contre la France. U eut d*autant plus de mérite à cet égard qu*il était personnellement animé d*unft haine profonde contre les révolutionnaires français. Sa correspondance avec le ministère anglais, pour repousser les sollicitations relatives à cet objet, est pleine de raison et de dignité. Le comte de Bemstorff n*a pas entravé la liberté de la presse établie en 1770 par Struensée. Il a concouru efficacement aux mesures prises pour affranchir par degrés le paysan danois de la servitude de la glèbe. Aux sentiments de droiture il Joignait de Tinstruction et Une mémoire foK heureuse. U avait plus de fermeté de caractère que son oncle; mais tous deux contribuèrent peut-être à accroître les dettes et les charges du Danemark, en voulant lui ftdre Jouer le rOle d*une grande puissance. » Bemstorff avait contribué à faire fleurir les fabriques et à donner du lustre à Vuniversité de Kid. tl mourut à Copenhague, en 1797, regretté comme son père à qui les paysans avaient élevé im monument. Malte-Brun fit une ode sur sa mort.
Il eut pour successeur au département des affaires étrangères son fils Cbiibtiah, né à Copenhague en 1760, qui administra sans éclat, dans des temps à ja vérité très-difficiles. Tout oe qu'il {Mit faire, ce fut de se ménager Talliance de Napoléon $ mais par cette politique il exposa la marine danoise à être la proie des Anglais, et tout en conservant le Holstein et le Slesvig au Danemark, il fut obligé de signer, au congrès de Tienne, la renonciation I la possession de la Iforwégedont la couronne fut réunie à celle de Suède. On ne sait si ce fut le reproche général d*avolr cédé la Norwége ou d'autres moUfi, qui lui firent perdre le portefeuille des relations extérieures, et qui le déterminèrent, en 1818, à quitter le service danois pour entrer à celui du roi de Prasse auprès duquel il avait été envoyé comme ministre plénipotentiaire. Le roi de
Prusse lui confia le département in alhlres étrangères, et, en sa qualité de ministre, le comte de Bemstorff assista à tous les congrès tenus par la sainte alliance dans Tintention d'assurer le succès de son système d'absolutisme. Il parut à Aix-la-Chapelle, à Carisbad, Troppau, Laibaeh, Térone, et signa tout ce que les autres ministres signèrent. En 18S0 on lui adjoignit H. Ancillon qui, au bout de quelque temps, devint son successeur. Le comte de Bemstorff a pris sa retraite en 1881, mais en conservant tous ses émoluments. Le roi de Prasse continua de l'admettre à ses conseils Jusqu'à sa mort arrivée il y a peu d'années. Dirriao.
BIBOALDB DB VBKYILLB (Fbançois) , né à paris en 1558. Grammairien, poète, philosophe, médecin, chimiste, et même alchimiste, historien, conteur, architecte, etc., etc., Beroalde est un de ces savants dont le xvi« siècle nous offre tant d'exemples; mais chez lui une éradition immense et mal dirigée ne sut produire que des ouvrages bizarres et désordonnés comme l'était son esprit. Né dans le calvinisme, ayant embrassé par choix, et dans l'âge de raison, la religion catholique, ecclésiastique, chanoine de Tours, le seul de ses écrits dont on ait conservé la mémoire est un recueil de contes obscènes et irréligieux , intitulé : Le Mo/en d» parvenir. L'étude des mathématiques ne lui servit qu'à tenter la découverte du mouvement perpétuel et de la quadrature du cercle; celle de la physique et de la chimie l'entraîna à la recherche de la pierre phllosophale, et ses connaissances en architecture ne le portèrent qu'à des descriptions minutieuses de monuments imaginaires et inexécutables. Au milieu de ces aberrations, il est facile de reeon naître une science réelle, Une imagination féconde, un style original et varié, une logique souvent habile pour appuyer des principes faux. Tout ce qui a suffi enfin pour assurer un nom honorable à une foule d'écrivains, qui possédaient sans doute des connaissances très -inférieures à celles de Beroalde de Yerville, ne servit qu'à le rendre ridicule au petit nombre de curieux qui recherchent encore ses ouvrages. Le demier est daté de 1613. On Ignore l'époque de sa mort Dict. Coav.
BÉROSE , astronome chaldéen , célèbre historien de Babylone et prêtre de Bélus. Les Athéniens lui avaient élevé une statue dont la langue était dorée, en reconnaissance de ses belles prédictions. Il voyagea en Grèce, et séjourna longtemps à Cos, patrie d'Hippocrate, où il enseigna rastronomie, puis à Athènes, où II fit coniiaKre le cadran solaire. (Quelques auteurs le placent
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sous le règne d*AIexaDdre, d'antres un peu après, vers 9^. On trouve dans Josèphe quelques fragments de ses ouvrages, dont le plus important était une histoire de Chaldée, dans laquelle il remontait à Torigine même de Tunivers et à la création de Thomme. Fabricius les a repris dans le tome 14 de sa Bibliothèque grecque, Plutarque et Yitruye lui attribuent une opinion singulière sur la nature de la lune et la cause des éclipses ; il disait, par exemple, que Itf lune est un globe moitié lumineux, comme s*il était chauffé à blanc, et moitié de couleur d*azur. Il pensait que la partie lumineuse avait une espèce de sympathie, qui la tournait vers le soleil, et que la partie otrâcure, par une autre sympathie, se tournait vers Pair et la terre, et c'était là, selon lui, ce qui produisait les éclipses et les phases de la lune. Annius de Yiterbe a publié, en 1545, sous le nom de Bérose, une histoire en 5 livres, dont la fausseté a bientôt été découverte. Ces études doubles, de Tastronome et de Thistorien, ont fait penser à quelques auteurs qu'il y avait dans Bérose deux personnages bien distincts. X. BERQUIN (AiifÀUD) naquit à Bordeaux en 1749; il est peu de noms aussi connus en France. L*aiiit deê enfants s*est acquis des droits à la reconnaissance de tous les parents, et il a Tavantage d'avoir intéressé toutes les mères. II n'en est pas, surtout de celles qui nourrissent, qui n'ait souvent dit :
Don, moa enfant, elo* ta paupière.
La romance dont ce vers est le refk^n est une des plus jolies de l'auteur. On distingue encore celle de Geneviève de Bradant. Ce fut dans ce genre et dans celui des idylles que débuta Berquin. Son recueil intitulé VJmi deê enfante forme 6 volumes ; c'est son ouvrage le plus important par son utilité, en ce qu'il présente, soit en dialogues, soit en récits, soit en actions, des instructions d'autant plus intéressantes que la variété de leur forme pique la curiosité de l'âge pour lequel elles ont été composées. L'Académie française avait proposé pour 1784 un prix à l'ouvrage le plus utile qui aurait paru dans l'année : il fut décerné à VAmi des enfante,
La Harpe, en parlant de Berquin dans son cours de littérature, cite avec éloge son idylle Le petit fleuve orgueilleux, traduite de Métastase, VOrgoglioêO flumicello. On peut supposer qu'en traduisant cette pièce Berquin a eu en vue des enfants plus grands que ceux pour qui ont été feits ses autres ouvrages. Ceux-ci sont en grand nombre, et forment une longue série de volumes in-18. La justice exige l'aveu qu'ils sont
pour la plupart de Weiss, écrivain allemand auqud la jeunesse doit un si grand nombre de bons écrits et recueils; quelques-uns sont imités de l'anglais ; mais l'auteur français se les est appropriés par le naturel et la naïveté de son style. VJmi des enfante n'a point été éclipsé par les ouvrages nombreux composés depuis dans le même but; on peut même dire que son mérite n'en a été que mieux apprécié. Les idylles de Berquin , ses romans et le PxgmaUon de J. J. Rousseau qu'il a mis en vers, attestent son talent pour la poésie passionnée et pour celle qui exprime les plus doux sentiments du cteur. Berquin avait été appelé par la nature à composer les ouvrages qu'il a laissés. Son caractère était doux, franc, naïf même. Il aimait beaucoup les enfants, se plaisait à leurs jeux et y prenait part.
On se tromperait en croyant que Berquin ne pouvait écrire que dans le genre qu'il avait adopté. Il rédigea pendant quelque temps le Mo^ niteur, et fut coopérateur de Ginguené et de Grouvelle dans la Feuille fffllageoiee. U fut, en 1791, un des candidats proposés pour être instituteur du prince royal; mais il mourut le 91 décembre de la même année. On ne sait que trop à qui cette place fut donnée ! LirAïf .
BERRI ou Berkt, une des anciennes provinces de France, presque au centre, répondait à la plus grande partie du pays des Bituriges Cubi, et avait pour bornes au nord l'Orléanais, au sud la Manche, à l'ouest la Touraine, à l'est le Nivernais; chef-lieu, Bourges. Il se divisait en haut et bas Berri. On remarquait dans le haut Berri : Dim-le-Roi, Chàteauneuf, Yienon, Sancerre; dans le bas Berry : Issoudun, Charost, la Châtre, Châteauroux, Argenton, Origurande, Yalençay, Saint-Aignan. Le petit État de Bois-Belle ou Henrichement, était une enclave du haut Berri. Aujourd'hui le Berri forme les départements de l'Indre et du Cher, et quelques fractions de ceux du Loir-et-Cher et de la Creuse. Fertilité assez grande : vins, céréales, lin, chanvre. Moutons renommés. Fer, ocre, etc. — Le Berri fut possédé par les Romains depuis la conquête de César jusque vers l'an 475, époque où cette province fut envahie par Euric, roi des Yisigohs. Clovis s'en empara en 507 et la réunit à l'empire des Francs. Le Berri fut alors gouverné par des chefe militaires ou comtes, qui finirent par se rendre indépendants, et qui sous Charles le Chauve érigèrent cette province, en comté héréditaire. En 1100, Hirpin, comte de Berri, la vendit an roi de France pour prendre la croix, et depuis ce moment il ne fut détaché de la
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couronne que pour servir d*apanage aux princes ou princesses du sang. Érigé en' duché-pairie par le roi Jean (1560), il fut d*al>ord possédé par son S« fils, Jean de France, et ensuite par Charles (Charles VU), fils de Charles TI; par Charles, frère de Louis XI (1461); par Jeanne de France, qui épousa Louis XII (1499); par Marguerite de Navarre, sœur de François l^; par Marguerite de Savoie, sœur de Henri n ; par le duc d'Anjou (Henri III) en 1570, et par la veuve de ce prince, la reine Louise. Après la mort de cette princesse (1601), le Berri fut définitivement réuni à la couronne. Depuis ce temps, le titre de duc de Berri fut purement nominal. Le dernier qui le porta fut Ferdinand, fils de Charles X. X.
BERRI (MABii-iusABBTH, duchcssc Di), née d*Orléans et fille du régent, naquit en 1695, épousa, en 1710, le duc de Berri, S«âls de Louis, grand dauphin, et mourut en 1719. Cette princesse se distingua, même à la cour dissolue de son père, par des mœurs corrompues et par le scandale de ses amours, dans la confidence desquelles le public a été mis par les indiscrètes et honteuses révélations de Saint-Simon. — Le duc de Berri, né en 1686 et mort en 1714, intéresse par ses malheurs et par ses qualités aimables. âCHNITZUtR.
BERRI ( CHAKLES - FllBINAllB b'Aktois, et CAiOLun-FiEonf AHM-Lovisi DB Naples, duc et duchesse bb) appartienneit à deux branches différentes de la royale maison de Boobbon .
Le premier, petU-flU de France, né à Versailles, eç 1778, n'était âgé que de onze ans quand le comte d'Artois, son père, frère de Louis XVI, quitta la France. Élevé dans toute la rigidité des principes monarchiques, le duc de Berri ne douta point qu'il ne satisfit à l'honneur, lorsqu'en 1793 il pointait, devant Tbion- ▼ille, un canon contre des Français. Une partie de la nation voulait les Bourbons; mais ceux-^i malheureusement devaient s'aider des étrangers, et le duc de Berri combattit dans les rangs des ennemis de la France, qui n'étaient même pas sous les ordres du prince français. Il se fit remarquer par son courage, dans l'armée de Condé. L'armistice de Léoben força le duc de Berri de se mettre au service de la Russie, avec les débris de cette armée, qui montait encore à 10,000 hommes, qu*on licencia définitivement en 1801. Le duc de Berri alors avait fait neuf campagnes, obtenant toujours par sa conduite l'estime et Tafféction de ceux qui combattaient avec lui. Obligé, par les intrigues du ministre Acton, de renoncer au nuuriage qu'on lui avait lait espérer
avec Christine, princesse de Naples, le duc de Berri, vraiment pauvre, se retira auprès de son père, dans le château d'Holy-Rood en Ecosse, d'où il vint demeurer à Londres. Ce fut là qu'il épousa une jeune Anglaise ; mais le chef de la famille des Bourbons, Louis XVIII, n'ayant poiot donné son consentement à ce mariage, madame Brown n'eut aucun sujet de se plaindre lorsqu'il fut annulé. Plusieurs fois, depuis cette époque, le duc de Berri forma le projet de rentrer en France et de s'y mettre à la tète des partisans de sa maison; aucun de ses plans ne put réussir. Il ne revit son pays qu'après 23 ans d'absence. 11 attendait depuis quelques mois, à Jersey, l'issue de la terrible campagne de 1814, lorsque le pavillon blanc fut arborée Cherbourg. Le 15 avril, le duc débarqua dans ce port. Les Bourbons cessaient d'être proscrits. Napoléon le devenait : les sentiments, les devoirs "se démêlaient difficilement dans les âmes les plus nobles, et une nouvelle génération demeurait étonnée devant les transports de ses pères. Les partisans de la famille royale accumulèrent les fautes : ils insultèrent à la nation dans la personne de celui qu'elle avait reconnu pour chef; et, sans avoir conspiré, Napoléon revint occuper le trône de France le 20 mars 1815. Mais l'issue de la bataille de Waterloo y fit rasseoir Louis XVllI. On vit encore le drapeau blanc flotter au milieu des étendards ennemis; de là, cette plaie secrète que toute la sagesse de Louis XYIII, les vertus différentes des membres de sa famille ne pouvaient cicatriser. Cependant la loyauté de caractère de M. le duc de Berri, ses habitudes militaires, sa générosité, et en même temps son esprit d'ordre, lui acquéraient peu à peu de l'influence. Son mariage avec la princesse Caroline de Naples fut célébré à Paris le 17 juin 1816. Caroline de Bourbon, petite-fille du roi de Naples, n'avait que 16 ans lorsqu'elle épousa le duc de Berri. Son visage n'était point régulier et au premier aspect on la jugeait défavorablement; mais la beauté de ses cheveux, la blancheur de sa peau, la délicatesse de sa taille et de ses formes, la rendaient très-agréable, quand on l'examinait en détail; sa jeunesse, sa gaieté, son naturel méridional ravivèrent la cour, qu'un vieux roi et les austères vertus d'une seule princesse appelée à représenter, rendaient bien grave aux yeux des Français. M»* la duchesse de Berri cultivait, protégeait tous les arts. Elle aimait les' concerts, les bals, la mode; son mari l'approuvait toujours et la rassurait quand les conseils sévères de M»« la duchesse d'Angouléme lui faisaient craindre pour ses plaisirs. Caroline ne voyait
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que les joies présentes, quand elle apprit que les joies des princes sont, de toutes celles que Ton peut trouver sur la terre, les plus faciles à s*4* néantir. Bile avait perdu deux fils; mais remplie de jeunesse et de santé, Tespoir d*une famille nombreuse lui était resté, et sa fiUe, charmante enfant, Fautorisait à croire que cette femille serait aimable et qu'elle s*en enorgueillirait* Avide d*amusements, comme on Test à son âge, H»« la duchesse de Berri assistait , le dimanche 15 février 18â0, ft une représentation de TOpéra, choisie à dessein pour célébrer le carnaval. Se trouvant fatiguée, elle se retirait avant le ballet, et le prince lui ayant donné la main pour la mettre en voiture, était encore auprès du factionnaire placé à la sortie de TOpéra réservée à la famille royale, quand il se sentit frapper. Un fanatique des révolutions, à la manière des Clément, des Eavaillac, des Damien, un assassin, grâce a|i ciel, sans complices (in^. Locyu), venait d'enfoncer son poignard tout entier dans le sein de M. le duc de Berri ; quoique ayant été plongé dans le côté droit, la pointe du poignard avait atteint le cœur. Le prince eut le courage de le retirer lui-même, avant de tomber entre les bras de M. de Mesnard. La duchesse de Berri s'élance de sa voiture, au risque de sa vie, sans attendre que le marchepied en soit abaissé; elle embrasse son mari et ses habits se couvrent de son sang. Le prince est porté dans une des chambres de ce lieu consacré jusqu'alors aux plaisirs et à la félie; toute la famille royale, sauf Louis IVIII, y accourt. Là se manifestèrent, sur le lit de douleur du duc de Berri, la sensibilité de l'homme, la résignation du chrétien, le courage du guerrier, la générosité du prince! Plusieurs fois le mourant répéta ces paroles : « Promettex-moi, mon père, promettez-moi de demander au roi la grâce de cet homme Pardonnez, mon Dieu, à celui qui m'a ôté la vie ! » Louis XVUI arrive à 5 heures du matin : « Mon oncle, je vous demande la grâce de la vie de l'homme..,.; cette grâce adoucirait mes derniers
moments Du moins si j'emportais l'idée
que le sang d'un homme ne coulera pas pour
moi ! » Cette âme élevée entra dans le repos
éternel au point du jour le 14 février 1890. La douleur de Mp» la duchesse de Berri éclata avec violence; c'était une vraie femme napolitaine regrettant le plus cher objet de ses affections : cependant sa grossesse, déclarée sur-le-champ, donna le droit de l'exhorter à la modération; elle se réunit â la famille royale, et, devenue son unique espérance, elle la combla en mettant au monde iin fils {w^r. Boipsànx, dno ^e), le
90 septembre, 7 mois et 15 Jours après la mort de son mari. Par une négligence que l'on pour* rait appeler coupable dans un temps de factions, la princesse accoucha seule, et toutes les oppo^ sitions s'emparèrent de cette circonstance pour mettre en doute sa maternité, ne convenant point que cette maladresse inouïe était une des plus grandes preuves de son accouchement; il était aussi facile de se procurer des témoins qu'un nouveau-né.
Cet enfant, que l'on nomma duc de Bordeaum, prit en grandissant une telle ressemblance avec sa sœur et sa mère qu'il fallut renoncer à le croire supposé ; car l'amour de la duchesse de Berri pour son mari ne permit même point de l'accuser de légèreté tant qu'il vécut. Pendant les trois journées de juillet 1830, qui firentmonter sur le trône la branche cadette des Bourbons, M«« la duchesse de Berri voulut opposer de la résistance aux insurgés et balancer leurs résolutions en venant au milieu d'eux avec son fils : Charles X s'y opposa, et la princesse, en suivant ce roi, se promit bien de revenir en France. Elle y rentra en effet, contre la volonté des Bourbons, résidant alors à Holy-Rood, et débarqua, dans la nuitdu98 avril 1853, sur la plage à quelques lieues de Marseille, où l'on tentait un mouvement en sa faveur, qui n'ayant point réussi, l'obligea à gagner la Vendée, traversant ainsi la France, dont elle était bannie, et bravant les nouvelles lois qui l'avaient proscrit^ La princesse trouva des amis en Bretagne : on s'arma pour son fils ; elle alluma la guerre civile. Mais si elle compromit la fortune et la vie des serviteurs demeurés fidèles à sa race, elle exposa plus qu'eux et risqua son honneur. Un juif de Cologne, qui s'était converti à Rome et que le pape avait reo&mmandé à la princesse, la trahit et révéla la maison qu'elle habitait depuis cinq mois à Nantes. Découverte, le 7 novembre 1839, chez mesdemoiselles du Guigni, dans un espace de 3 pieds et demi de long sur 18 pouces de large, ménagé derrière une cheminée et dans lequel elle s'était réfugiée depuis 16 heures avec M"« Stylite de Rersabiec, MM. de Mesnard et Guibourg, ayant une partie de ses vêtements et la main brûlée , M»* la du* chesse de Berri (qui n'ai ait crié merci que parce que M. de Mesnard s'évanouissait) fut renfermée dans le château de Blaye* Peu de temps après on lut dans le Moniteur une lettre datée de sa prison et portant sa signature, dans laquelle elle écrivait que les circonstances graves dans lesquelles elle se trouvait la forçaient â déclarer qu'elle avait contracté un second mariage. Blk était prête à devenir mère, et le public sut qu^-*