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^ BEWICK (TI0HA8), le régénérateur de la gravure sur bois et Tun des plus habiles dessinateurs d^animaux qui aient vécu à notre époque, naquit ran 17$3, en Angleterre, dans le Norlhumberland, au petit village de Cberryburn. Il vilit au inonde dans une ferme dont son père était propriétaire, et ce fut en y Jouant au milieu des troupeaux qu*il sentit naître en lui, dès ses plus tendres années, ce génie d*observation, cet instinct pittoresque, ce penchant spécial et irrésistible qui devaient en faire un rival de Cari Bujardin et de Berghem. Sans cesse occupé à suivre les mouvements, à observer les formes et les attitudes des animaux, ces premiers amis de son enfance, il reproduisait, au moyen d*un peu de craie ou de charbon, celles de ces formes, celles de ces attitudes qui avaient le plus frappé BSi naïve imagination. De toutes parts, les portes, les murailles, les lambris de la ferme et du village étaient tapissés de ces fresques grossières. A cette époque, un graveur sur cuivre, nommé Bielby, vint à traverser le hameau de Cberryburn. Étonné à la vue de cette galerie d*un nouveau genre, il veut en connaître Tauteur, et, fi*appé de sa jeunesse non moins que de ses étonnantes dispositions, il demande avec instance Tenfant à son père, Tobtient, et remmène comme apprenti à Newcastle, lieu de sa résidence. Bielby ne manquait ni d^adresse, ni même de talent : sous lui Bewick fit de rapides progrès; mais peut-être n*eûl-il jamais été que Pun de ces mille graveurs habiles dont l'Angleterre abonde, mais dont la réputation meurt avec eux, sans une circonstance particulière qui lui fit embrasser exclusivement une branche spéciale de son art : la gravure sur bois.
Le docteur Hutton, qui préparait la publication de son Traité de navigation, orné d*un grand nombre de figures géométriques, avait chargé Bielby de les lui graver au burin. Bielby lui conseilla d'employer de préférence la gravure sur bois. Moins dispendieuse et plus rapide d'exécution à la fois et d'impression, elle avait surtout encore l'inappréciable avantage de pouvoir se placer en tout endroit dans le courant du texte même et d'en faciliter immédiatement l'Intelligence, en faisant tomber sous un même coup d'œil et la démonstration linéaire et l'explication théorique. Le docteur goûta ce conseil, et ce fut le jeune Bewick qui fut chargé de l'exécution du travail. Mais ni le professeur, ni l'élève n'avaient exercé ce genre de gravure; ils s'en étalent tenus à la théorie. Toutefois , grâce à ses efforts et aux directions de Bielby, le jeune homme fut bientôt maître du procédé pratique,
et les figures du docteur furent terminées. Netteté, précision, effet, tout s'y trouvait réuni. Satisfait au delà de ses espérances, Hutton sejoignit à Bielby pour encourager le jeune artiste à persister dans la voie qu'il venait de s'ouvrir et désormais la vocation de Bewick fut fixée. Alors, il existait encore à Londres, dans quelque rue misérable, près de Hatton-Garden, un graveur sur bois, vieillard ignoré, auteur de la plupart des chef^-d'œuvres qui décorent les légendes populaires et les complaintes à deux sous. Thomas alla courageusement se mettre en apprentissage chez ce maître; mais il vit surle-champ qu'il n'avait point , dans son art, de secrets à lui surprendre, et, le laissant faire sans partage les délices des faubourgs et des campagnes, il se hâta de retourner à Newcastle, fidèle à son premier atelier.
Son père étant venu à mourir sur ces entrefaites, il retira de la ferme John, son plus jeune f^ère, dont il fit un graveur.
Associé à celte époque aux travaux et aux bénéfices de Bielby chez qui la besogne abondait, jamais il ne fut plus laborieux; mais peu soucieux, par caractère, de son avenir, s'il travaillait, c'était par amour du travail, par passion pour son art. Nul, en effet, ne fut plus profondément artiste; nul aussi n'eut une vie plus régulière, plus sobre et plus heureuse à ki fois dans sa monotone simplicité.
Ce fut en ce mèmetemps(1775)que]a Société des Arts de Londres, voulant faire revivre une branche intéressante des arts, si brillante aux beaux temps des Albert Durer, des Burgmaier et des Holbein , mais réduite depuis au vil usage des papiers peints et des cartes à jouer, proposa un prix pour la meilleure gravure sur bois dont le sujet était laissé aux concurrents. Toute rivalité tomba devant l'œuvre qu'envoya Bewick : il eut le prix. Sa gravure, exécutée sur son propre dessin, représentait un vieux chien de chasse. C'est le premier dessin sur bois remarquable depuis la régénération de cet art. Depuis, il fut inséré dans une édition des fables de Gay, imprimée à Newcastle, livre charmant dont tous les embellissements, sortis du crayon de Bewick et gravés par lui et par son frère, sont dignes de l'essai couronné. Alors les commandes arrivèrent de toutes parts; Bewick redoubla d'ardeur, et toutefois à ses travaux graphiques il trouva encore le moyen de joindre de sérieuses études d'histoire naturelle. A trente ans le fils du fermier de Cberryburn fût l'un des premiers artistes de l'Europe.
Il méditait une Histoire des qitadrupèdes :
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durint flii annéM il In reeutillit nni felàdie lât matériauii sêê cartons se remplirent d'es* quisseSf et son burin rendit le bois obéissant. Enfin le grand ouvrage parut^ et le succès en fut universel) Vartiste applaudit, le savant admira. Ce n'étaient plus ces images insignifiantes et ftius? ses i misérables parodies de la nature^ qui dépa* raient et qui, Journellement encore, inondent les publications d*bistoire naturelle : c'était une représentation exacte, s^ntici vivante des animaux.
On peut dire qu'il expira le ciseau à la main{ aussi l'œuvre de cet artiste est^il immense, et cependant, quand il mourut, en 1899, il ne laissa pas la fortune que tant de labeurs et tant de succès auraient pu lui faire attribuer. Peu de profits lui échurent pour ces ouvrages qui enrichirent des libraires et devaient, après lui, prendre tant de valeur. Les amateurs et les artistes se les disputent aujourd'hui dans les ventes, et, parla vivacité de leurs enchères, semblent payer un nouvel hommage à la mémoire de l'homme modeste qui rendit à la gravure sur bois ses titres méconnus et Tenrichil de procédés oubliés ou nouveaux. C'est Bewick en e£fet qui a retrouvé c^ui des hachures croisées dont l'extrême difiiculté avait entraîné la désuétude; c'est lui qui a substitué l'usage général du bois debout au bois de fil, amélioration immense qui a prêté au bois une richesse inconnue d'exécution. FaUILLST Bl GONOHIS.
BET, titre employé chez les Turcs et synonyme quelquefois du mot dey. Les Turcs nomment aussi bexs des capitaines de galère ayant rang de pacha à deux queues, et chargés quelquef6is du gouvernement d'une lie. ScairiTzicE.
BEZBOROD&O (le prince ALxxÂNfiXB), chancelier de Russie, conseiller privé actuel de première classe et chevalier des ordres de l'empire, naquit en 1742, dans la petite Russie, d'une famille noble, mais obscure, se fraya lui-même le chemin à la plus haute dignité dans l'administration russe, et termina sa carrière en 1799 avec la réputation du plus habile homme d'État de son pays. Après avoir fait quelques études à Kief, il entra au service militaire comme officier, et bientôt après il devint secrétaire près du feldroaréchai Roumanlsof. En 1774 l'impératrice Catherine le chargea des mêmes fonctions, d'abord dans la chancellerie impériale et ensuite dans son cabinet; elle lui conféra en même temps le grade de colonel. En 1780 elle le nomma ministre de l'intérieur, à la suite d'une surprise qu'il lui avait ménagée et qu'on peut lire dans les Mèmoireu secrets de Kasson, t. 1»', p. 292.
Boué d'une extrême ficUité pour le trarail, d'une mémoire prodigieuse, d'un esprit fécond en ressources, il rendit dans ce poste des servicas éminentsi à la mort du comte Panioe (178S) l'impératrice reporta sur Besborodko toute sa confiance, et pour faire sa cour à cette puissante alliée, Joseph II conféra au ministre le titre de comte du saint-empire. Après la mort du prince Potemkine, dont Beiborodko avait été le secret antagoniste , celui-ci fut envoyé au congrès de lassy et signa le traité du 0 Janvier 1792, par lequel Otchakof et le pays d'alentour furent cédés à la Russie. Le collier de l'ordre de Saint-André devint sa récompense et Catherine II rappela aussitôt à siéger au collège des affaires extérieures, poste dans lequel l'occupèrent principalement les afi^aires de Pologne. Cependant son influence diminua ensuite; il fut effiicé par Platon Zoubof, alors favori de Catherine. Mais Paul l«r lé combla de bienfaits, et ce fut lui qui, après l'avoir nommé prince et altesse, l'éleva, en 1797, à la dignité de chancelier de l'empire dont il resta investi Jusqu'à sa mort, à la satisfaction de son maître. Paul, affligé de sa perte, lui fit faire de magnifiques obsèques et ordonna qu'il fût enterré dans l'église claustrale de Saint- Alexandre Nefeki. Pendant sa gestion, Bezborodko avait conclu des traités d'alliance avec la Porte, avec les Deux-Stciles et avec la Grande- Bretagne contre la France. On assure que ses papiers d'État servent encore aujourd'hui de modèles.
Le prince Bezborodko, grand âmides arts, avait formé dans son magnifique hôtel de Saint- Pétersbourg une galerie de tableaux et d'autres objets d'art très-remarquables; 16 des meilleurs Vernet décoraient la chambre à coucher. Cette galerie existe encore et les étrangers peuvent être admis à la visiter. Sa belle maison de plaisance dans le quartier dit côté de Vybourg, sur la Méva, quoique toujours la propriété de la fomille, forme une promenade publique. Le prince a de plus attaché son nom k une école latine qu'il a fond^ à Néjine, gouvernement de Tchernigof, près de son lieu natal. Schritilu.
BÈZE (TaiofiORB as), un des principaux pilien de ta réforme (Bayie), qui fut à Calvin ce que Melanchton fut à Luther, naquit à Vézelai dans le Nivernais, au même lieu où saint Bernard avait prêché la seconde croisade. Bèze fut destiné d'abord à l'état ecclésiastique. Sa famille était riche et noble ; il avait fait avec succès les plus brillants progrès dans les lettres sacrées et profanes. A peine âgé de 25 ans, sans avoir encore pris les ordres, il était pourvu de deux ou
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itùlê rlcbef bénéficies, entre aulrèt le prlenfé de Lonjumeau. Il pouyeit prétendre aux premièrei digoitél de l'tgliie catholique; maii dêi son eiK* lÉnce il avait été imba des priocipet de la ré^ forme par Melchior WoUanar de Rotbweil , jurisconsulte et beliéniste^ qui professa pendant plusieurs années à Orléans et à Bourges. L^indé^ pendance des nouvelles dootrines convenait mer* veilleusementàresprit fier« fouguewt et emporté du Jeune Théodore, qui, malgré les écarts d'une adolescence très-dissipée, était parvenu presque en se Jouant à en savoir autant que son docte maître. Mais, par une loi de la nature qui admet peu d'exceptions, elle n'avait pu départir tant de dons à un mortel sans y mêler le germe des pas* sions les plus orageuses. Homme complet s*il çn fut Jamais, Béxe les eut toutes. Il ne connaissait dans sa vie privée que cette autre loi ^ appelée par les épicuriens la ^oniie loi nafureli», et il s'y livra sans frein et ouvertement. Toutefois, dans l'iJifâme diversité de ses goûts, une fëmme^ Claudine Denosse, épouse d*un tailleur, et un jeune homme de fomille , d*esprit et de talent, Audebert, depuis président it l'élection d'Orléans, inspirèrent à Bèse une double passion, qull s'est plu à immortaliser dans des vers latins, par lui sans pudeur livrés à l'impression, ie veux parler de cette fameuse pièce qui a toujours été contre lui un si grave sujet d'accusation, et qui a donné lieu à une polémique qui remplirait des in-folio. In vain Bayle, ordinairement plus impartial, a voulu le défendre de ce méftiit, il n'a pu y parvenir. Après son changement de religion, Bèse fut nommé professeur de grec à Lausane : c'est le qu'il publia sa tragédie française d*j4braham êaoriflani (1550), qui fut bientôt traduite en latin et partout répandue* — Mais un ouvrage qui étendit bien davantage ki renommée de Bèze, et qui prouve qu'il n'y avait alors guère de philosophie et d'esprit de tolérance chei les réformateurs, c*est son fameux traité De hœrêticii a civili tnagisiratu puniênUU. C'est l'apologie du jugement et du supplice de Servet, condamné au bûcher comme hérétique par les magistrats de Genève, le S7 octobre 1553* Les réformés de Genève venaient de se permettre la plus révoltante anomalie. Cette religion è peine née de l'esprit de discussion voulait comprimer par le fer et par le feu Tesprit de discussion contre tout ce que n'avait pas renversé, attaqué sa nouvelle Église. Ainsi, dès lors les chefs de la réforme refusaient aux autres une liberté qu'ils réclamaient pour eux-mêmes. Bèze devint dès lors un homme très-important parmi ses coreligionnaires. Il fut chargé en 155B d'aller en
AHemagne solliciier rintercesfllon de quelques princes auprès du roi de Vranee, en faveur des protestants de ce royaume. Dans cette mission, ses avantages extérieurs ne le serviren^t pas moins bien que son éloquence, sa dextérité, son xèle infatigable. L'année suivante, il quitta Lau* sanne pour aller s'établir à Genève. Était-il, dans cette circonstance, guidé par le seul désir de se fixer dans la métropole de la réfbrme, ou l'avan* ture scandaleuse d'un enfant qu'il eut de sa servante lui rendait -elle impossible un plus long séjour à Lausanne ? On cherchait alors à Genève k perfectionner les études et à répandre le goût des lettres. Une Académie venait d'être formée (1559) : Calvin voulut que Bèze en fût nommé recteur, et y occupât une chaire de théologie. L'éclat de son cours, qu'il interrompit pour aller en France convertir le roi de Navarre, An* toine de Bourbon } le succès de sa mission calviniste dans le Béam , avaient fixé sur lui les yeux de rsurope politique et lettrée, lorsque le colloque de Poissy vint s^outer à sa célébrité. Bèze y fut envoyé avec onze docteurs de la réforme. Le Jour de la conférence arrivé, Bèze et ses collèguei, avant d'exposer leur doctrine, tombèrent à genoux , et il récita ^ voix haute une fervente oraison dans laquelle il implora les lumières du ciel. Il expliqua ensuite avec modération, et d'une manière aussi peu polémique que possible , les points sur lesquels les calvinistes s'accordaient avec l'Église romaine, et ceux sur lesquels ils en différaient. Mais quand il vint à combattre la présence réelle de iésus- Christ dans l'eucharistie, son langage parut si choquant aux évêques « qu'ils commencèrent à bruire et murmurer, dont les uns disoient ; 6/asp/iemavit ; entre autres le cardinal de Tournon, doyen des cardinaux, qui étoit assis au premier lieu, requist au roy et k la rpyne que l'on imposât silence k de Bèze , ou qu'il fust permis à sa compagnie de se retirer. » (Biza, HiêL ecclé" siaslique*) Catherine ne céda point à ce conseil et Bèze fut écouté Jusqu'au bout. Le cardinal de Lorraine, qui répondit à Bèze quelques jours après, montra plus de modération : « Plût à Dieu, s'écria-t-il, que cet homme eût été muet, et que nous eussions été sourds ! » Le colloque n'eut aucun résultat. Bèze ne retourna point alors à Genève : l'édit de janvier 1509 ayant permis aux réformés l'exercice public de leur culte, il prêcha à Paris et se distingua dans toutes les occasions par la ferveur de son zèle. Ses adversaires disaient alors de lui qu'il était la trompette de discorde dans les guerres civiles. Il assista à la bataille de Dreux , Où les protestants
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furent défaits (1565). Od Taccusa de s^étre battu, mais il se défend d^avoir jamais quitté la houlette du pasteur pour le glaiv^ de Phomme de guerre. Poltrotde Heré, assassin du duc de Guise, dans son premier interrogatoire, nomma Bèze avec Tamiral de Goligni comme lui ayant inspiré son exécrable projet. Il se rétracta ensuite devant le président de Thou. Bèze quitta la France lors de la pacification de 1565, et revint prendre sa place dans TÀcadémie de Genève. A la mort de Calvin, en 1564, il succéda à tous les emplois de son ami et de son maître, et fut dès lors regardé comme le chef des réformés en France et à Genève. Il ne revit désormais que rarement la France , et toujours pour rintérét des calvinistes. Au synode de la Rochelle, toutes les Églises réformées de France lui déférèrent
I Thonneur de présider rassemblée. Il fut encore employé à une négociation importante en Allemagne, dans Tannée 1574, et assista à différentes époques à des conférences tenues en Suisse et en Allemagne pour Péclaircissement de quelques points de doctrine.'En 1586 , il eut à Montbelliard une conférence publique avec Jacques André, théologien de Tubingue. Dans la discussion orale Bèze conservait de la dignité, de la grâce, de la modération ; il n*en est pas de même de ses écrits polémiques. Quel amas dMnjures et de trivialités! avec quelle avidité il recueille et rcr produit, en les envenimant, les bruits les plus hasardés qui couraient contre ses adversaires! Filain, effronté, misérable pédant, puant, loup déguisé, serpent, singe, telles sont les épilbèles qui reviennent fréquemment sous sa plume. Aucune philosophie dans ses écrits polémiques, rien qui décèle Pesprit de justice, de sagesse, de charité. La liberté ne s*y montre que sous les traits de la licence; Pobéissance y est servilité. Bèze ne montre pas dans la discussion plus de philosophie et d'impartialité. Dans Pentrainement de son zèle, ses injures ne sont pas seulement pour les théologiens, les évéques et les pontifes; elles montent jusqu'aux souverains temporels. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, est sous sa plume un Julien V Apostat, Marie Stuart une Médée, Ses adulations furent pour la reine d'Angleterre Elisabeth et pour Jacques !•' son successeur. Il leur a dédié à Pun et à i^autre
. plusieurs de ses écrits; et Pon a reproché justement à Bèze, Français de naissance, d'avoir dans une de ces dédicaces, donné à Elisabeth le titre de reine de France* Si personne n'eut de plus ardents ennemis que Bèze, personne aussi n'a eu de partisans plus enthousiastes. Des calvinistes ont écrit que la cour de Rome avait voulu
employer le poison ou le poignard pour se dè^ ftiire de lui. Toutefois, il est prouvé que, soit de bonne foi, soit pour faire croire à la méchanceté de ses ennemis, Bèze prenait des précautions pour sa sûreté : il ne sortait jamais sans être accompagné de quelques disciples. Son caractère s'était fort adouci dans ses dernières années; et lorsquMl eut le bonheur de voir Henri lY dans un village de la Savoie près de Genève, ce prince lui ayant demandé ce qu'il pourrait faire pour lui, Bèze, qui avait alors SI ans, n*exprima qu'un seul vœu , celui de voir la France entièrement pacifiée. Il jouissait alors en France d'une considération universelle. Bèze, malgré son ftge et ses infirmités, conservait toute sa verdeur. Il avait perdu en 1588 sa première femme , et à l'âge de 70 ans, il se remaria avec une jeune personne, mieux apparentée que la défunte, Catherine de hi Plane, qu'il appelait sa Sunamile. Bèze ne discontinua qu'en 1600 ses leçons à l'Académie de Genève. Je ne m'arrêterai pas à présenter la liste des écrits de Bèze : elle est immense. J'ai déjà parlé de quelques-uns. La Comédie du pape malade ^ par Thrasxbule- Phénice (1561); l'Histoire de la Mappemonde papistigue, par Frangidelphe Escorche-Aies» ses, sont des pamphlets mordants, mais sans délicatesse : il y avait là de quoi transporter d'aise la plébécule calviniste. Dans ses Icônes pirorum illustrium, ouvrage d'un genre plus sérieux, et qui a été traduit en français, Béze lance des coups de foudre contre Pépiscopat : Dans son Histoire ecclésiastique des Églises réfor^ mées au royaume de France, depuis l'an 1591 Jusqu'en 1565, écrite en français et publiée en 1580, il se montre plus modéré, plus impartial que dans ses écrits polémiques. Il avait feit imprimer, en 1556, sa version du Nouveau Tes* tament avec des notes. Harot avait traduit en vers français les cinquante premiers psaumes de David. Bèze, d'après le conseil de Calvin, entreprit de compléter cette version, et donna les cent autres psaumes, traduits, dit un contemporain, non avec la mêmejoliveté que Marot. La traduction de Marot et de Théodore de Bèze fut admise dans la liturgie protestante, et par là devint plus odieuse aux catholiques : dans la suite, elle fut rajeunie'par Conrad et la Bastide. Pendant que Bèze mettait la dernière main à la publication des psaumes, il fut attaqué de la peste qui régnait à Genève en (1605). A propos de la peste de Genève, Bèze publia un écrit en latin, fort rare, et qui prouve qu'alors comme aujourd'hui il y avait, eh fait d'épidémie, des contagionistes et des non-contagiofUstes, Sa
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voici le titre en ft^nçais : Solution de deux questions sur la peste : Est-elle ou non eoniagieuse? Est-il permis aux chrétiens de s'y soustraire par Péloignementf —En 1507, à 78 ans, il retroura toute la verdeur de sa jeunesse, pour foire la petite guerre aux jésuites, dément Dupuy, l'un d'eux, avait écrit que BHe était mort après avoir fait profession de la foi romaine. — Sous le titre de Besui redicivus, le prétendu moK publia une satire en vers latins contre les jésuites. II est assez remarquable qu^un des derniers écrits de Bèze rappelle, par le feu de la composition, toute la verve qui avait présidé à la composition de ses Juvenilia, Cet éton* nant vieillard, beau encore à 86 ans, n'eut pas, comme tant d'autres, le malheur de se survivre à lui-même. Le testament de Bèze, qui est imprimé, respire partout l'amour de la France et de la paix , mêlé au souvenir et au regret de ses fautes. Les cbefi de secte auraient-ils donc, avec maint souverain, ce trait de ressemblance, que leurs dernières paroles fussent la condamnation du mauvais usage qu'ils ont pu faire de leur pouvoir sur leurs contemporains? Ch. bu Rozoib.
BÉZOABD. On donne ce nom aux pierres ou calculs qui se forment dans difFérents viscères des animaux. La crédulité attribuait autrefois des vertus extraordinaires à ces concrétions, et le haut prix auquel les portait leur rareté, les exposait k de nombreuses sophistications. De là sont venues les épithètes de bézoards vrais et de bézoards faux ou factices. On distinguait encore les bézoards orientaux des bézoards occidentaux qui étaient produits par des animaux d'Europe ou d'Amérique, et dont on prétendait que les propriétés étaient beaucoup inférieures à celles des autres. C'est de l'antilope oryx ou plutôt du paseng (chèvre sauvage de Kaempfer), que proviennent les bézoards orientaux. Ce noin de bézoard a été étendu à d'autres corps dont la forme était plus ou moins voisine. Ainsi l'on a appelé :
BizoABd rossiLB, des concrétions calcaires formées de couches superposées, que l'on soupçonnait avoir été produites dans le corps des animaux et rejetées par eux. On ne lui accordait que peu de propriétés. On sait maintenant à quoi s'en tenir sur ces concrétions sphéroïdales formées comme les stalactites, et que l'on trouve dans tous les terrains calcaires. On a encore appelé èézoard fossile des alcyonites de forme «rrondie. DB..2*
BEZOUT (iriBiiHB), naquit à Nemours, en 1780, d*iuie famille fart pauvre. La lecture de
quelques ouvrages de géométrie lui révéla ss^ vocation. Obligé de se livrer à l'instruction, il consacra ses loisirs à des recherches sur le calcul intégral; deux mémoires sur ce sujet lui ouvrirent, en 1763, les portes de l'Académie des sciences; il n'avait encore que 28 ans. Les goûts de Bezout l'auraient porté à embrasser les généralités du calcul ; mais, père de famille sans fortune, il sut renoncer à ce genre d'études qui conduit plus à la gloire qu'à la richesse, et il accepta, en 1763, la place d'examinateur deis gardes de la marine. M. de Choiseul le chargea en même temps de la composition d'un ouvrage pour l'instruction de ces élèves, et il publia, en 1764, son Cours de mathématiques à l'usage des gardes de la marine. Bans ce cours il traite d'une manière simple des questions élevées dont la solution indispensable pour la construction des vaisseaux, était jusqu'alors ignorée par les élèves de la marine. Bientôt après, en 1768, nommé examinateur pour l'artillerie, il donna une nouvelle édition de son ouvrage, en y introduisant les applications nécessaires aux officiers de cette arme. On peut reprocher à Bezout d'avoir trop souvent négligé des démonstrations indispensables dans l'enseignement des sciences rigoureuses ; son traité, le seul complet qui ait existé pendant longtemps, n'en a pas moins servi de base à l'instruction durant de longues années, et acquis à son auteur une immense popularité.
En 1779 parut la Théorie générale des équa^ lions déterminées, à laquelle Bezout travaillait depuis 1763; cette théorie n'a certes pas tranché toutes les difficultés que présente cette partie du calcul, mais elle a du moins fait pressentir la marche à suivre pour arriver à une solution complète.
Bezout, adonné à la géométrie, cultivait cependant avec succès les sciences physiques ; il a le premier fait connaître les grès cristallisés de Fontainebleau, qui, depuis, ont été l'objet de recherches savantes.
Ce savant modeste était d'un caractère fort doux; cependant son abord froid prévenait mal en sa faveur ceux qui le connaissaient peu : ce qui a fait dire à Condorcet qu'il y avait deux hommes en lui : l'homme des amis, et l'homme des étrangers. Bes fatigues occasionnées par ses voyages, et quelques chagrins personnels, abrégèrent ses jours : il mourut en 1783. Catlus.
BIAIS, 06/tgutM, mot formé du gaulois bihaXf et qui se dit de tout ce qui a une direction ou une section oblique aux directions ou aux faces adjacentes ; ainsi en terme d'arpentage, de jar-
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dinage et d*architecture, le biais (obUquiku) 8*enlend d*un allgotment oblique aux all^^neo menu adjacent! d*uD terraio; H se présente si fréquemment dans la pratique que celui qui ne saurait opérer que sur des terrains réguliers éprouverait à tout moment des obstacles aux développements de ses talents. Le grand art c*est de savoir tirer parti des biais qui se présentent forcément, mais on ne doit Jamais les faire naître sans nécessité dans la disposition des Jar* dius ou des édifices. En construction, on distingue le biais -graê du biais mat^^'e; le premier a lieu lorsque Tangle est obtus, le second lorsqu*il est aigu. In coupe des pierres, on a la porte biaisé ou biais par tète et le biais passé ou corne de vache. La porte biaise est celle qui a son ouverture droite dans un mur dont la paroi extérieure n*est point parallèle à celle in^ térieure. Le biais passé est une porte qui a son ouverture oblique dans un mur dont les deux parois sont parallèles. Enfin biais est aussi em* ployé en cbarpente et dans d*autres travaux, pour désigner, en général dans les corps, des sections obliques aux fèces adjacentes, les sections perpendiculaires à ces faces étant dites seciiOHS droites. Dini...
En termes de manège, on dit aller en biais^ faire aller un cheval en biais, c'est^'dire les épaules avant la croupe , ou les parties de devant toujours avant celles de derrière. Pour cela, il faut aidera toutes mains le cheval delà rêne de dehors, et soutenir, c'est-à-dire le tenir ferme, sans lui donner aucun temps, en Taidant aussi de la Jambe de dehors de façon que la rêne et la Jambe soient du même cdté, et toii^Jours en de* hors.
Biais se dit par extension en morale, ou dans le sens figuré, avec la même acception que dans le sens propre et direct, et s*entend alors des diverses faces sous lesquelles on peut envisager une chose, des divers moyens, des divers expédients dont on peut se servir pour y réussir» des diverses manières enfin de tourner, de regarder une affaire, une entreprise. Mais c*est surtout en politique que ce mot reçoit son ao< ception ki plus fréquente et la plus étendue. L'adresse et la ruse font plus en politique, en effet, que la force et la violence; Thabileté consiste souvent h savoir y tourner les difficultés, à les aborder de biais et non en face ; il n'est pas donné h tout le monde de trancher le nmud gordien comme Alexandre ou comme voulait le ftiire Napoléon, A qui cemoyen n'a pas réussi Jusqu'au bout; et le grand art de savoir mettre les obstacles à profit 9'e^rce çert«iPfi»«pt hyoç uqh
moins de succès et avec plus d'honneur encore en politique et en morale que dans les appliettiens physiques et matérielles. X.
BIALOVIETZ , grande fbrêt de la Lithuanie, gouvernement de Grodno, entre 59* SI0'et59o51' de lat. Nm à l'B. de la province de Bialystok, renferme nn très-grand nombre de bètes fauves.
BIANCHINI. Plusieurs savants italiens ont porté ce nom ; le plus remarquable est Fearçoii Bianchini, célèbre astronome et antiquaire, qui naquit à Vérone en 1663 et passa la plus grande partie de sa vie à Rome où il fut comblé de dis* tinctions et de grâces par les papes Alexandre VIII, Clément XI et Innocent XIII. Chargé de tirer une ligne méridienne et de dresser un gnomon dans l'église de Sainte-llarie des Anges, il accomplît avec succès cette difficile opération; il perfectionna beaucoup la machine qui sert à corriger, dans les lunettes du plus grand fèyer, les imperfections des tubes. La liste des ouvrages qu'il a laissés sur les sciences exaetes et sur les antiquités serait fori longue et il faudrait encore y Joindre ses poésies; car ses graves études ne l'empêchaient pas de se liyrer à la littérature. X.
BIARMIE, nom d'un royaume finnois au nord ou nord-est de la Russie dont il est souvent question dans les annales des pays Scandinaves, mais dont aujourd'hui il est impossible de déterminer les limites. C'est sans doute à ce nom que celui de Permie (grande Permle, Permeki, etc.) doit son origine; mais on s'est trompé en faisant coïncider les bornes de Tanoienne Biarmie aree celles du gouvernement russe actuel de Perm, car elle parait s'être étendue le long de la Dvina sur une grande partie des gouvernements d'Arkhangel et de Vologda et avoir été baignée par la mer Blanche ; Kiiolmogory est regardé comme en ayant été la capitale. Le nom qui correspond plus exactement k celui de Biarmie est le nom de Zavototokié, ancienne province de Hovogo* rod* Le royaume, traversé par la route commerciale qui servait de communication entre les ports de la mer Baltique et l'Asie, cessa d*exister longtemps avant la fin du moyen ège et d son nom souvent répété par les traditions du Kord, on peut k peine rattacher le petit nombre de faits que nous avons rappelés dans l'ouTrage publié sous ce titre s la Russie, la Poloifne et la Finlande, tableau statistique, hist*^ géogr* et topogr, de toutes les parties de la monardua russe prises isolément, par M. J. B« Mmitxler, un gros vol. in-S». S.
BIA^9 l'un des sept sage» de la ftrèee, naquit à priéoe» dani Tlo^ ven l'ao ^o avaqt J. c.
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Il M cooflacrt à Télude do la philoiophie et mit f urtout en pratique la haute sagei te qu*il y pviia. Quoique uo peu mîMnUirope, il prit une part active aux affaires publiques, et il employa les GonnaisaaQces qu'il avait acquiaei dans lea lois au proit de ses amis, pour lesquels il plaidait devant les tribunaux ou dont 11 eoncilialt les dif» féreiids. Il fit toujours le plus noble emploi des biens qu*il tenait de la fortune. Après la défaite de Créstts, Bias eonseilla aux Ioniens d'aller s*é« tablir dans la Sardaigne; mais ils ne voulurent point se rendre à son avis, et après une vaine réaistanee ils furent sul^ugués par les généraux de Cyrus. Les seuls babilants de Priène résolurent de quitter leur ville avec ce qu'ils avaient de plus précieux. Bias, ne faisant aucuns prépara* UH de départ, répondit à un de ses concitoyens qui Uii en témoignait son étonnemedt i « Je « porte tout avec moi. » C*est cet Omnia mecum porto devenu fameux. Bias mourut dans sa patrie ft un âge très-avancé. Plutarque, dans son Banquet, Biogène Lafirce, Stobée et d'autres nous ont conservé des fragments de Bias qui font foi de sa lagesse, Conv. iix»
BIBA&S, connu dans les anciennes chroniques des croisades sous le nou^ d'jl'Bondouçdafy, JlrSaUhy, 4« sultan de la dynastie des Mameluks-Babary tes, était un e«clave du Captcbac, amené en Syrie et vendu à Ikdyn, bondimcdâr ou général des arbalétriers de MeUk-eUSaleh, qui l'afranobit bientôt pour le récompenser de son courage et de son habileté. Il vivait dans le XIII* siècle, et fut proclamé sultan par la mi* lice, le 17 de djoul-eaadab, 658 de rbégire(â4oc* tobre 1960 de notre ère), après avoir assassiné Ki>tbouz, contre lequel il s'était révolté. U prit alors le surnom â'M'M^Uk'al'Dhafier (roi illustre), fit rentrer sous sa domination Alep et Bamas,qui étaient tombés au pouvoir des Mongols, et se fit donner la consécration par un certain Ahmed, qui arriva en Egypte en 1^4, se donnant pour un descendant de la maison des abassides. Bibars, dit un biographe, alla au-devant de lui avec tous les cadis (Juges), se9 officiers, les Juifs avec la Bible , et les chrétiens avec l'tvangile, Ahmed fit son entrée au Caire, fut proclamé calife, sou» le nom de Atoêtmnêtr' BUiah, et rendit un décret solennel, par lequel il coottrait à Bibars le titre de sultan, et l'investissait de l'empire des Mameluks, lis entre* prirent ensuite de concert une expédition pour arracher Bagbdad des mains des Mongoli, expé* ditlon qui n*eut aucun succès, et qui coûta même la vie au calife. Bibars donna son titre à un autre abwMe, nviia U iMi Ma toute autorité 9t oa
lui laissa que le soin de faire la prière. Après avoir donné une forme stable à l'empire des Mameluks, repoussé les Titars, rétabli la puissance des musulmans et combattu les Francs avec succès, excepté devant Sainl-Jean-d'Acre, où il échoua, Bibars, superstitieux comme tous les Orientaux , s'appliqua un horoscope que les astronomes avaient tiré d'une éclipse de lune qui eut lieu alors, en la regardant comme le présage de la mort d'un grand personnage. Voulant détourner la prophétie de sa tète en la fiisant tomber sur un autre, U fit prendre à un prince de la maison de Saladin un breuvage empoisonné; mais s'étant servi lui-même ensuite par erreur du vase qui le contenait , les restes du poison eurent encore asseï de fbrce pour lui donner aussi la mort à lui*mème, et il périt ainsi de ses propres mains, le i7 de mobharem 676 (30 juin 1977), après 19 ans de règne. Ses expéditions militaires lui avaient encore fait donner le surnom d^Jhoul'Foutoûh (père des victoires) ; sa sollicitude pour les intérêts de ses sujets lui fit donner celui de Melik*9l-0hah9r (prince illustre), et sa sollicitude pour la religion celui de Rohn-Eddom (soutien de la religion). Il donnait tous les ans, ajouta le biographe que nous avons d^à cité, 100 mille mesures de blé pour les pauvres, entretenait les enfants des soldats tués à l'armée, et prenait soin des veuves. U fit construire un magnifique collège au Caire, bâtir un caravansérai è Jérusalem, jeter un pont superbe sur un bras du Nil, réparer plusieurs mosquées» et élever plusieurs bâtiments dans toute l'étendue de son empire. — Béréké-Kan, soq fils, qu'il avait fait reconnaître longtemps avant sa mort, lui succéda. *- Biba^is II, 13* sultan des Mamluks-Babarytes, était d'origine circassienne , avait été l'esclave de Kélaoun et de ses fils Khalyl et Mohammed, qui l'affranchirent et relevèrent aux premières dignités de l'empire. Ce dernier ayant été privé du trône pour la troisième fois, les Mameluks -Bordgy tes forcèrent Bibars â accepter la couronne, le 33 de chewâl 706 de l'hégire (26 mars 1309 de J. C). Meilleur guerrierque politique, il ne sut pas contenir les partis qui s'agitaient en faveur de leur ancien maître, et ne garda la couronne que 10 mois et 34 Jours, après lesquels il fut f^rcé de la rendre â Mohammed, dont il implora vainement la clémence, et qui prit, avec son pouvoir, la vie de celui qui s'en était hiissé investir. Bict.dklaGomv, BIBLE (en grec rkfiitXia). C'est la collection des livres sacrés du judaïsme et du christianisme. Cette collectioui qu'on a surnommée â juste titre la livrv 0^ livres, se diatiugue eo trois grande»
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séries, dont la première est originairement écrite en tiébreu ou en cbaldéen, tandis que la seconde et la troisième le sont en grec. La première se compose de tous les livres canoniques du Judaïsme; la seconde du recueil des apocryphes, dont la canonicité est devenue un objet de controverse; la troisième des livres canoniques du cbristianisme. Ensemble, les deux premières se' ries forment TAncien Testament, c*est-à-dire les livres de Tancienne alliance; car le mot grec de itaH^fi^ dont se servent les apôtres pour désigner le Code de Tancienne alliance, a été rendu en latin par celui de restomett^ym. La troisième série forme le Nouveau Testament
Dans rbistoirede la littérature, dans celle du développement de Tintelligence bumaine en général, aucun livre n'a joué un rôle aussi important que la Bible; aucun ouvrage ne peut lui être comparé; nul ne mérite au même degré de devenir Tobjet d*une étude approfondie. Llliade a été pour la Grèce, à certaines époques, le Code des traditions religieuses, morales et politiques du pays : la Bible, depuis 80 siècles, est plus que cela pour la nation juive, et elle est plus que cela depuis 18 siècles pour une grande portion du genre humain. On a aussi comparé avec les volumes sacrés des Juifs et des cbrétiens les écrits religieux deTOrient, les VédasdePInde, le Zend- Avésta de la Perse, le Coran des Arabes; mais plus on à approfondi cet examen, plus ou a été frappé de la différence fondamentale qui existe entre ces Codes et la Bible.
Indiquer les diverses parties qui composent ce recueil si varié, les époques auxquelles se rapporte chacune d'elles et le caractère qui la distingue, ce ne serait encore en donner qu'une faible idée. Pour assigner à la Bible la place qu'elle doit occuper dans les bibliothèques et pour apprécier l'influence qu'elle est appelée à exercer sur les destinées du monde, il fout envisager d'un côté l'origine qu'elle s'attribue et l'autorité dont elle jouit en vertu de cette origine, et d'un autre côté considérer l'attention qu'G(g a donnée à l'étude de ses textes et le degré de propagation qu'ils ont reçu. C'est en vain que nous essayerions de résumer aussi la richesse des doctrines qu'ils exposent, l'action morale que ces doctrines ont eue sur le monde, les bienfaits qu'elles 7 répandent. Ces questions, secondaires pour nous, seront Pobjet d'articles spéciaux, et nous devrons nous borner ici à ce qui regarde la Bible coaune collection de livres sacrés, comme
le L{vre des livres. Indiquons d'abord les diverses parties dont se compose chacune des trois séries de traités qu'embrasse le Code biblique. I. Première série. EUe se compose de livres historiques^ didactiques^ prophétiques et poétiques, lo Livres historiques. Cinq livres de Moïse, que les Juifs ont désignés sous le nom commun de loi (thora) et que les Grecs ont appelés Pentateuque, ouvrent cette magnifique collection. Le premier, la Genèse, raconte l'origine du monde et celle du genre humain, les mœurs et les erreurs des premiers hommes; la naissance des premiers peuples, celle du peuple de Dieu, les destinées de ses patriarches, leur entrée et leur séjour en Egypte. Le second livre, VEsfode, décrit l'oppression dans laquellç leurs descendants gémirent sous iesPharaonsoublieux du passé; leur sortie de cette terre d'esclavage sous la conduite de Moïse; leurs migrations au désert, la loi divine, les institutions religieuses, morales et politiques qu'ils reçurent de Jéhovah sur le Sinal. Le troisième livre, le Lévitique, donne le complément de cette grande loi, de ces puissantes institutions, de toute cette théocratie qui fut en Judée plus nette, plus fhinche et plus complète qu'en aucun pays ancien, et dont le culte, le sacerdoce et le pouvoir disciplinaire sont empreints d'un cachet si sublime. Le quatrième livre, celui des Nombres, après quelques dispositions législatives et quelques détails de statistique, peint le séjour au désert de la nouvelle nation, la lutte qui, au milieu de toutes les merveilles dont elle fut témoin, éclata dans son sein entre la démocratie et la théocratie; le triomphe de la dernière et les débuts de la conquête du pays promis. Le Deutéronome, ou le cinquième livre, nous montre Moïse prêta quitter le monde, résumant et complétant son œuvre, désignant son successeur et jetant un premier et dernier regard sur la terre sainte que son pied ne foulera pas. La conquête de la Palestine et son partage entre les tribus d'Israël sont l'objet du livre de Josué. Celui des Juges peint l'anarchie qui, aprè9 Josué, divisa les conquérants, les défaites qu'ils essuyèrent dans leur désunion de la part des peuples de Canaan, les grands hommes qui s'élevèrent parmi les Hébreux, et les victoires que Jéhovah accorda à leur repentir. Le livre des Juges n'est pas l'ouvrage des divers personnages qui furent revêtus de ce titre. Les deux livres de Samuel ' ne sont pas non plus de ce pontife; mais Us
* L'MrtMra« Mt aitlcU écrit «a protcstaat «t l«t iMOtmê qtt*cll«ooiiaelwdcvilivrMib i^SMtfagtMqMlflSMtbolifMf q»'tt mit ao^eJktq- rAUtatim pcomtMU •nâ^fgUm. €• | irttriart UtàmE ftmàm Ihmi A» Amt, 4«irt Uf <
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GontieDneiit Thistoire de son sacerdoce el de sa judicature, et celle de la royauté de Sattl et de DaTld, mise en face de la th^ratie par son intermédiaire. Les Livrée des Rois (5 et 4, suivant Tautre division), continuant ]usqu*aux temps de rexil rhistoire de cette royauté tantôt alliée, tantôt ennemie de Tancienne théocratie que représentent désormais des prophètes et des prêtres, retracent Tune des époques les plus remarquables du Judaïsme, les folies de la royauté sous Roboam, la défection des dix tribus dlsrael , le parallèle des exploits et des fautes des deux dynasties qui gouvernent les royaumes de Juda et d*Israel. Lliistoire de Juda y est suivie jusqu'à la chute de son dernier roi, et l'on y trouve quelques détails sur les débris de la population laissée en Palestine. Les Paralipomènes ou Chro- ^ niques complètent ces renseignements et y joignent des tables généalogiques, des récits sur la famille de david , sur le règne de Salomon, sur l'état de la religion et des mœurs. A ces annales de la dynastie de David se rattache le livre de Ruihf tradition de famille sur le mariage d'un ^des aïeux de ce prince, et tableau de mœurs d'une glrâce inimitable. Après le règne de David, de Salomon, de quelques-uns de leurs successeurs, rétat d'abaissement où tomba la nation, son exil et sa captivité inspirèrent peu les historiens. Hais Esra (Esdras) et Néhémie, dans les livres qui portent leurs noms (deux livres d'Esdras)^ recommencent ses annales publiques et racontent avec bonheur les joies et les travaux du retour en Judée , la réparation des murs de Jérusalem, le rétablissement de toutes les institutions politiques et religieuses qui étaient compatibles avec la nouvelle condition d'un peuple si longtemps dispersé, dont tant de familles étaient retenues encore dans les régions où les avait conduites leur malheur. Aux temps de l'exil et à ses peines appartient VHistoire d'Esiher, de cette belle et pieuse Juive dont les grâces, jointes aux efiforts de son protecteur Mardochée, amenèrent une heureuse révolution de palais , en mettant Mardochée à la place d'Aman , le plus cruel ennemi du peuple opprimé. Cette sainte
qiiatrtt tandb qM le» protettants n'en coDOsUsent qa« drax. Ce* dcraicn dlTifCBt les iêUM livrée ^BsJras an condU d« Trente m Ihn ttBêirai et Ihrê é» Néhimù. Il« rejettent permi les Ijrrce apocryphct cens de Tohiê» de Judith, de U Sagutê, de Bmrmck, Jgs iUehtiiéts, qae le oondle de Trente • rcçne ra nom* bre des UTree canonlqvee. Les deux livres dont les Septante ont tmdolt le tftro këbrcv par le mot grec de puraliponùm»*, sont courae parmi les Allemands et les Anf lais sons celai de Im ChrO' miftê, Kons n'avons pas Tooln dungcr les intltol^ adoptés par Ymmmt pwHeslwit; aab bom datons atcttlf nos lecteurs eatko'
légende et les pièces qui en font partie, le songe de Mardochée, les édits d'Aman et ceux de son successeur, forment la clôture des livres historiques de la première série. Le tableau qu'ils tracent est incomplet ; il n'est point de peuple de l'antiquité, quelque célèbre qu'il soit, dont les annales soient suivies avec ce développement; et il n'est aucune nation sur la terre dont rhistoire présente d'une manière aussi grave, aussi instructive, les voies et les legons de la Providence dans l'éducation du genre humain ; cependant ces voies et ces leçons se trouvent bien plus nettement exprimées dans les livres didactiques et prophétiques de l'ancien code.
â» Les livres didactiques sont au nombre de trois : ce sont les Proverbes eiVEcclésiaste ' de Salomon , qui résument d'une manière tantôt ingénieuse, tantôt solennelle les vérités philosophiques et morales qui étaient entrées dans la sagesse populaire de l'époque, et un traité du mal et de la Providence intitulé Job, qui o£Fre, dans le tableau de hi vie et des infortunes de ce personnage, sous les formes du dialogue et celles du drame, une théodicée admirable de vérité et cette grande leçon que, sur le gouvernement du monde et les destinées de l'homme, il ne nous appartient pas de proclamer une théorie ; que la marche des choses terrestres doit, au contraire, nous convaincre au même degré de la profondeur de notre ignorance et de la nécessité de notre résignation, puisque le bonheur peut sourire au méchent, comme pour l'avertir ou pour le confondre, et que le malheur, à titre d'épreuve, peut atteindre le vertueux lui-même.
3o Si le ton de ces leçons est grave, celui des livres prophétiques est plus solennel encore. Ces livres sont au nombre de 16 % dont 4 ont une certaine étendue, tandis que les 13 autres n'offrent que peu de pages, que des résumés de la haute mission dont étaient chargés leurs auteurs. En e£Fet, les prophètes ont à la fois une œuvre morale et une œuvre politique à accomplir : ils doivent arrêter le peuple sur le penchant de sa ruine, l'arracher en même temps à la corruption des mœurs et aux aberrations de
Ilques que ce ne sont pas cens admis par lenr Église : on sera du reste d'accord sur les doctrines. J. H. âcavzTUBX.
■ VEeeiéuoêtê on la Smpitmeê de Salomom est regardé comme nn llTre canonique par les denx confessions chrétiennes; le concile de Trente reconnaît en ontre cette qualité à YEedésiaetiqae on à b Sapienee de Jésm, JUs de Sirmeh, Uvre que les protestants rangent parmi les apocryphes. Cest par cette raison qae l'antenr de rarticle passeici VBeelésimetiqae sons silence. J. H. S.
* Ba ne comptant pat Barncb, coona on le lait dans l'Église cathoUqiM* J* H. S.
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rintelligence, le ramener à la pureté de ses institutions etde ses croyances. L'histoire du genre humain n'offre plus ailleurs rien d'analogue à cette misiion.^Ule nous fait connaître d'autres nations qui trahissent leurs lois, foulent aux pieds leurs institutions et désertent leurs mœurs; elle nous montre aussi des écrivains qui signalent ces désordres, des orateurs qui les censurent avec autorité, des législateurs qui essayent de combattre le mal par leurs règlements : elle ne nous présente mille part ailleurs des hommes pareils à ces prophètes qui , de par la Providence elle*méme, parlent avec le même ascendant aux rois et aux peuples, présagent avec la même assurance une ruine commune aux uns et aux autre», et, dans cette mission périlleuse, se succèdent avec le même courage pendant i^u* sieurs siècles* Pour relever cette théocratie dont le r61e est tout moral, tout providentiel, et qui n^st partout que le germe <î'un QMtre empira, que le commencement d'une révolution supérieure, les prophètes remplissent un sacerdoce d'un nouveau genre. Ils sont les interprètes directs de Jéhovah, les oracles du peuple, des prêtres et des rois. Ils sont surtout les précurseurs de ce Messie dont le sceptre gouverna le monde. Ils ne sont pourtant rien en eux-mêmes : ils parlent quand Jéhovah leur dit de parler; ils disent ce qu'il leur inspire; ils gardent le silence et vivent dans la retraite quand l'esprit de Dieu ne les agite pas. Quand ils parient leur mission est double ; ils doivent ramener aux lois anciennes et annoncer une loi nouvelle. Pe là leur langage symbolique, voilant quelquefois un avenir qui est aussi voUé h leurs propres regards; mais proscrivant toujours, avec la même netteté et la même énergie, la mollesse et l'ido- Ifttrie , adultère moral chex le peuple de Dieu. Leur ton souvent poétique , leur voix toujours hardie, quelquefèis vulgaire, souvent sublime« ne craint jamais de blesser ; c'est hi voix de Dieu , celle d'un père qui a droit de vie et de mort, celle d'un époux tendre , mais irrité, qui s'est allié une nation comme une épouse, pour en faire le type et le moyen de salut de toutes les autres. Le premier de ces missionnaires, qui sont au même degré les panégyristes du passé, les interprètes de Tavenir et les censeurs du présent, hâte, se leva au ix« siècle avant notre ère et prophétisa sous 4 rois, U^ia, Jotham, Ahas, His)(ia. Le second, Jérémiê, parut sous le règne de Josias et vécut Jusqu'à la diute du royaume de Jnda, c'est-à*dire dans les temps les plus calamiteuxd'un pays dont, sur hi fin de ses jours, il n'habita plus que les ruines. JEzéchiel et Da-
nte/prononcèrent l'un et l'autre leurs oracles dans cet exil qui d'abord pesa si terriblement sur la nation vaincue, déportée, captive, mais qui bientôt devint pour beaucoup d'Hébreux et surtout pour le second de ces prophètes , élevé aux premiers postes de la cour de Darius ou Cyaxarès II, une source de gloire et d'influence morale. Des douse petits prophètes, le plus grand nombre c'est-à-dire Joël, Jonoê Jmoa, Osée, Michéê, Nahum, Sophonie, aobaçuc^ se présentèrent, soit avec, soit après Isale et avant la cfiute de la nation; quatre autres Obadia (Abdias), BaggQÏ (Aggée), Zacharie, Malèachi (Malachias), hi consolèrent dans les malheursdu bannissement ou la dirigèrent après son retour dans la Judée, Quoique ces diverses orateurs appartiennent aune période de plusieurs siècles et que l'expression de leur pensée diffère suivant le génie de chacun d'eux, suivant leur éducation reçue en Palestine, ou sur les con Ans de l'Egypte, ou en Mésopotamie, au milieu des Babyloniens, des Mèdes et des Perses, cette penséeestUunême chei tous; c'est celle que la corruption du peu* le de Dieu , son amour pour les mœurs et les dieux de ses ennemis n'est pas une défection politique, mais une infidélité morale et le plus ingrat abandon de cette révélation sublime, de ce grand dogme de monothéisme^ qui n'est popMlaire que dans la seule nation de Dieu, que les autres peuples n'osent pas même proclame^dans leurs mystères, que leurs philosophes laissent à peine entrevoir à leurs disciples les plus intimes. Cette manière profonde d'envisager les destinées morales et politiques fait de ce recueil de prophéties un ensemble de vues providentielles auquel hi littérature du genre humain n'a rien à comparer.
40 Les livres poéiiqueà reproduisent souvent les mêmes idées sous d'autres formes, et si le langage des prophètes est sublime par la hardiesse des pensées et par hi grandeur des symboles, celui des poètes sacrés ne l'est pas moins par l'énergie des sentiments et la pompe tout orientale des images. On pourrait dire que la poésie est presque le langage naturel des écrivains de l'Ancien Testament, tant elle éclate fréquemment dans leurs pages. En effet, dans tous leurs livres historiques, prophétiques et didactiques, surtout dans le Pentateuque, dans Isaïe et dans Job, se rencontrent non-seulement des odes et des chants nationaux, inals do nombreux passages empreints du cachet d'une brillante Imagination. Les livres poétiqutê proprement dits ne sont qu'au nombre de trois, les Psaumes de David, le Caniique de Salomon, les
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ÉlêgUê de Jérénie '. Mail Jérémîe, Salomon et Dayid ne forent pat les seuls poètes de la nation. Les puunes, recueil d^hymnes consacrés au culte, de prières, d*odes du genre méditatif et ^ de ebants nationaux, sont Touvrage de divers auteurs, dont les plus célèbres tarent David, ■Oise, Salomon et Aisaph. D'autres, par exemple Héman et Étlian, nous sont inconnus. Le peuple, les femmes mêmes, avaient pris dans leurs habitudes religieuses le goût de cette poé« sie lyrique. On en voit la preuve dans TSxode, dans les Psaumes, dans le livre des Juges, dans ceux de Samuel. Les prophètes entretinrent ce feu sacré Jusqu^au delà des temps de Texil. Dans toutes les prières, dans les hymnes, dans les odes dont se compose le recueil des pMumes, se reproduisent aussi, nous Tavons dit, les mêmes Idées que recommandent les prophètes : c*est la confiance et la soumission la plus entière aux volontés et aux décrets de Jehovah; c*est la fèi la plus absolue en son amour, en sa protection ; G*est le mépris de tout autre culte, de tout autre dieu, de toute pensée qui n*est pas à lui; c*est aussi, dans cette confiance, le mépris de tout ennemi et de tout danger. Le Cantique de Salomon et les chants de Jérémie tiennent au même ordre d'idées \ mais si le roi se complaît dans la conception idéale des rapports dlsrael et de Jébovah, et dans les délices de cette union mystique, de cette fidélité conjugale, qui était la grande idée de Tancienne alliance, le pro*phète déplore les malheurs d'une nation qui ne sait pas garder sa fidélité, dont le cœur adultère s'est attaché aux faux dieux, et qui gémit dans rabaissement, dans la flétrissure du malheur» soua la bonté de ses trahisons. Quelques théologiens ont vu, dans le canevas du Cantique, une allégorie : Tunion du Christ avec son Église. Aller si loin, c'est, à notre avis, dépasser la vraie limite de l'allégorie judaïque et tomber dans ce système d!*aHégorie arbitraire que Philon a inventé pour accommoder l'histoire et les institutions de son peuple au goût des Grecs. D'un autre côté, quelques critiques ont présenté cette oom* position comme un morceau de poésie erotique, une églogue pastorale. C'est, suivant nous, méconnaître complètement ce même génie allégorique que Pbilon n'a pu tant fausser que parce que, dégénéré de ses pères et de leurs grandes inspirations religieuses, le peuple avait perdu la def de ce langage en igmatique si favorable aux sainte ayatèret ) c'est méconnaître plus compté-
' AvtreBMBt appd^ 1m Lamentation* (Bp^l^t), Lci Sep* tant* âoancot ea oatre, «oui le nom de Jérémie, ane épitre dont
tement encore Ui poésie religieuse ancienne et moderne de l'Orient, dont les iaaages les plus pittoresques sont souvent empruntées aux afi^ectiens conjugales et peignent l'amour de Dieu avec toute l'ardeur, toute l'impétuosité de l'amour profane. D'ailleurs, imaginer que ceux qui ont arrêté le code sacré du judaïsme, c'est-àdire le sacerdoce et les anciens du peuple, aient voulu y recevoir des chants erotiques, n'est-ce pas véritablement insulter à leur bon sens? A qui persuader, ea efifot, qu'ils ont admis sans examen, comme on se plaît à le dire, tout ce qu'offjpait l'ancienne littérature nationale, et que le seul nom de Salomon, que porte cette composition, a dû tromper leur jugement et commander leur respect? Disons*le simplement, avec une expreuion vulgaire : nous n'admettons pas qu'il soit entré dans ki composition de la Bible un seul morceau de rempUêiage. Tous les livres qui forment bi première série de l'ancien code présentent, au contraire, un ensemble qui, s'il laisse à peine à désirer quelque chose de plus, ne permet pas d'en Hen retrancher. Ces hautes Inspirations religieuses appartiennent toutes à une période de onxe siècles, comprise entre l'époque de Moïse et celle de Malachie, ou entre l'an 1519 et Tan 400 avant notre ère. Dans un . espace de temps aussi prolongé, l'état moral du peuple de Dieu, que réfléchit son code sacré, prénnte nécessairement des phases diverses. On y voit le culte primitif, bi religion des patriarches, la loi de Moïse, les institutions de David et de Salomon, les pr^ioations des prophètes, la pensée de l'exil et celle du retour ; mais c'est précisément par cette sucoession d'idées et par ce progrès d'Instruction que ces pages sublimes deviennent plus précieuses encore et reçoivent le caractère spécial qui distingue chacune d'elles, sans effacer toutefois leur empreinte commune. Du débuta la fin, le même système domine dans ce saint codes il consiste à dire que la nation d'Israël est à Dieu et ne peut être qu'à lui. Ce n'est pas autre chose que le germe du système chrétien.
II. Lu livres de la êeoçnde série désignés sous le nom d'apoefypheêy parce qu'ils ont été joints à l'ancien code, non par les auteurs ou les collecteurs de bi première série, mais par ceux de bi version dite des Septanêe, ont cependant joui d'une grande estima auprès des Juifs; ils ont été cités avec beaucoup de respect par les Pères, déclarés canoniques au concile de Trente,
qncfltlon ptiu Uê (p« 280). Ib plient ]Ur«ck iMoiiaiatoi
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aent aprif Jéréoiie.
J. fi. SciaiTCuuu
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et conservés aussi dans le code biblique par la plupart des communions protestantes. Ils sont cependant devenus, dans les derniers temps, Fobjet d*une vive contestation parmi les sociétés bibliques et ont été retranchés de plusieurs éditions des saints livres. Cette discussion, qui intéresse la théologie, nous est étrangère : elle peut bien jeter quelque défaveur sur ces livres, elle ne saurait rien ôter à leur mérite. Sans doute ils sont écrits dans une autre langue et appartiennent à une autre époque que les précédents. Cependant si les uns portent le cachet des mœurs ou des doctrines de Texil^ si les autres se rattachent aux doctrines et aux mœurs de TÉgypte grecque, de Pécole d*Alexandrie, ils n*en forment pas moins des anneaux nécessaires dans la grande chaîne qui lie Tancien code et le nouveau, les premières et les dernières Inspirations accordées au peuple de Dieu. On les classe en livres hiaioriques, didactiques et prophétiques. A la tète de la partie historique on doit mentionner une sorte de compilation pleine de légendes et fourmillant d'erreurs de chronologie, rédigée sous le nom é'Esdras, mais différant du livre écrit en hébreu par ce chef du peuple, quoiqu'il roule sur le même sujet, le retour de la captivité et les travaux des Juifs après Texil. Rejetés par le concile de Trente, les livres 5 et 4 d'Esdras qui se trouvent dans quelques éditions imprimées et dans beaucoup de manuscrits de la Bible, ne sont joints à la Yulgate que par ferme d'appendice, comme Voraison du roi Manassès, pour qu'ils ne se perdent pas (ne prorsûs interirent). Les trois livres des Machabées ', d'une tout autre importance, racontent les valeureux efforts que fit, de l'an 175 à 156 avant notre ère, cette glorieuse famille de héros qui se dévoua à la grande cause de l'affranchissement des Juif^ subjugués par les Séleucides, cause qui était celle de l'indépendance religieuse comme celle de la liberté nationale. Ces livres rapportent aussi quelques documents de la correspondance que les iuih qui étaient restés dans leur patrie entretinrent avec ceux de leurs frères que la politique des Lagides fixait en Egypte, et racontent les tenutives que cette dynastie fit plusieurs fois pour soumettre le pays et dominer le sanctuaire de Jérusalem, le palladium de sa nationalité. Le livre de Judith, dont l'époque est incertaine, se rattache au même
I Lt cuioa An concile de Trente (4* MMion) rdetif à la Bible M perie qne de dcnz liTree dce Macliab^ et l'Ànden Teitanent, ttdU ehes Ica protettantt, n'en renferme anari que denz; mala il 7 •B a ttoU dana lea Septante et qnelqneibli nlmeott en compte qnatra, Nona avona d^ dit ^e l'ÉgllM regarde Ira deux lima
ordre dUdées; c'est l'histoire de la délivrance de Béthulie assiégée par Holofernès, général de Nébucodonosar. C'est une sorte de monument religieux élevé en l'honneur d'une femme dont l'héroïque dévouement a sauvé la nation et la religion. De nombreuses fautes de chronologie et de géographie s'étant glissées dans le texte grec de cette composition , on a voulu y voir tantôt une sorte de légende, tantôt quelque grande allégorie. L'intention de l'auteur inconnu est au contraire de rapporter un fait aussi glorieux pour la personne de Judith que pour le peuple de Dieu et son perpétuel protecteur. L'histoire de Tobie, qui se rapporte au temps de l'exil, est un autre monument du même genre; c'est le développement historique de cette idée fondamentale que le Dieu d'Israël n'abandonne Jamais le vrai Israélite , quelque malheur qui puisse l'accabler.— La série des apocryphes (tH>t> la note p. 377) ne renferme que deux livres didactiques, la Sagesse de Salomon et VEcclésiastique, où les maximes morales de Jésus, fils de Sirach. Le prjemier développe cette sublime pensée que l'amour de Dieu ou la crainte de l'offenser est la vraie sagesse; que l'indifférence, l'idolâtrie et le vice constituent une sorte d'aberration intellectuelle, de folie, de démence. Le second de ces traités, celui du Siracide, offre le pendant des Proverbes de Salomon, les maximes de la prudence, de la morale populaire de l'époque. Le Siracide est d^ailleurs aussi inconnu que l'auleur anonyme de la Sagesse; ce dernier traité n'est pas la traduction grecque d'un ouvrage de SalonoQon, ce que ses principes ne permettent pas d'admettre. — Un livre prophé" tique, celui de Baruch, adressé aux exilés de Babylone , exhortation dont la lecture offre un charme si puissant, et une lettre écrite à ces malheureux sous le nom de Jérémie, ferment la clôture de cette partie intermédiaire de la Bible, qui n'offre plus qu'un reflet des anciens temps d'enthousiasme et d'inspiration, de ferveur et de gloire. CeUi devait être : c'est une époque de décadence, c'est l'ancienne alliance expirant devant une alliance nouvelle.
III. Troisième série. La partie de hi Bible contenant le Code de cette nouvelle alliance, de cette seconde révélation qui modifie, explique, complète la première, se distingue aussi en livres historiques, didactiques et prophétiques^
dee MadbaUee comme canonlqnM et non comme apocrjrpbea ; eopendant, ^rltt en grec ainal qac les litres de Toble, Jndltk, la Sagcaee et l'JSccMilwtiqnc, Ha n'ont ianala < partie dn canoa dm Jnifib J. H.
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et contient, dans quelques-unes de ses parties, des hjrmnes, des prières et des méditations poétiques qui rappellent les inspirations de David et de Moïse. Cependant, dans ce nouveau code, tout est à la fois plus simple et plus sublime. Une culture plus occidentale, le génie de la langue grecque, a passé sur Tancienne poésie de la terre sainte.
1o Trois livres historiques, les Évangiles de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc, nous racontent d*abord la naissance, la vie, les paroles, les œuvres, la mort, la résurrection et ^ascension du Sauveur, avec une coïncidence si remarquable dans la marche et dans les expressions de leurs récits, qu*on a cru devoir les considérer comme autant de versions ou de périphrases d'un même texte original , écrit en hébreu ou plutôt en araméen, idiome de la Syrie à cette époque. On n*a pourtant pas tardé à se convaincre quHl fallait bien plus attribuer cette analogie au respect des évangélistes pour les communications et les paroles du maître, recueillies religieusement par ses disciples et rapportées de même aux fidèles. Un quatrième Évangile, celui de saint Jean, di£Père, dans son ordonnance, par son introduction, par ses tendances , par quelques faits de plus ou de moins qu*il consigne, des trois autres récits évangéliques , par la raison que saint Jean Ta écrit à répoque des premières aberrations de doctrine, des premières hérésies {vox* ivAifouBs et ConcoiDAHGs). Hais entre cette composition et les trois autres il y a non-seulement unité de vues et de principes, il y a parfoite solidarité; et si saint Jean passe sous silence quelques faits qu*ont retracés ses coUègues, c*est pour en consigner d'autres qui ne sont pas moins importants et qui ne devaient pas périr faute d'historien. Saint Luc, auteur d'un ÉvangOe, complète ses récits sur l'origine du christianisme et sur son fondateur en racontant aussi les actes, les premières prédications, les travaux et les missions des apôtres, surtout de saint Pierre et saint Paul. Les Jetés forment la clôture des livres historiques du nouveau code.
S« Cependant les livres didactiques renferment assez de renseignements pour nous donner une idée suffisante de l'Église primitive, de ses travaux, de ses institutions, de sa foi et de ses mœurs. Les livres didactiques, tous revêtus de la forme épistolaire ( et l'on conçoit qu'aucun des disciples n'ait voulu faire ce que n'avait pas fait le maître, c'est-à-dire tracer un système de dogmes et un code d'institution), les livres didactiques sont de saint Jacques, de saint Pierre,
de saint Jean, de saint Jude, disciples primitife du Seigneur, et de saint Paul, son nouvel apôtre. Les épttres de saint Paul , les plus importantes par leur nombre et leur étendue, ont toutes pour but de compléter, dans les communautés qu'il avait fondées ou qu'il était appelé à diriger par sa parole, l'enseignement oral qui leur avait été donné par lui, par ses collègues ou par ses aides, sur le dogme, hi morale, la discipline, l'organisation de l'Église. Quelquefois le but principal de ces écrits est la répression d'un désordre survenu dans les rangs des fidèles; mais alors même Tapôtre s'élève bientôt à des instructions générales. De ces épltres, une seule, ceUe aus Hébreux, est adressée à toute une classe de fidèles et a pour but spécial de faire comprendre aux chrétiens nés dans le Judaïsme qu'il faut en sortir complètement., en quitter les fêtes, les cérémonies, les préventions, et s'élever à ce sacerdoce spirituel, à ce c%Ute en esprit et en vérité, à cette foi morale et universelle, qui distingue la seconde Église de la première. Des treize autres épttres de saint Paul neuf sont adressées à des communautés spéciales. Avant la captivité de l'apôtre furent écrites les épltres aux Thessaloniciens, aux Gaiates, aux Corinthiens, aux Romains; pendant sa captivité à Rome, celles aux Colossiens, aux Éphéêiens, aux Philippiens. Les quatre dernières sont des lettres particulières, adressées l'une à Philémon, une autre à Tite, deux à Timothée. Les trois dernières sont les plus belles lettres pastorales que possède la littérature chrétienne, et l'admirable traité de saint Chrysostome intitulé Du sacerdoce n'est autre chose qu'une paraphrase développée de ces épltres. La lettre de saint Jacques à tous les fidèles sortis du Judaïsme et habitant en dehors de Jérusalem ; celle de saint Pierre au même ordre de fidèles habitant les provinces de Pont, de Galatie, de Cappadoce, d'y#ste (Mineure) et de Bithynie; celle de saint Jean à plusieurs communautés que n'indique pas l'auteur; enfin celle de saint Jude, aux fidèles eu général, portent, à cause de cette destination plus étendue, le titre commun de catholiques, c'est-à-dire d^universelles. Elles ont pour but, celles de saint Jacques, de combattre l'erreur qui ferait négliger les œuvres pour la foi et sous le prétexte qu'eUe en tient lieu; celle de saint Pierre, de fortifier les fidèles dans l'adversité, sous les persécutions dont ils sont l'objet; celles de saint Jean, de leur recommander le premier des préceptes de son maître, cette charité qui le distinguait et qui doit distinguer tous les chrétiens; de les préserver des premières atteintes
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de cette immense hérésie, de ce gnoiticUme qui a désolé l'Église pendant plusieurs siècles et a donné lieu à des doctrines si ambitieuses (voy% GifosTiGisMi); celle de saint Jude^ enin, d*aTertir des peines qui suivent toujours le désordre danS les mœurs et dans les croyances. Une seconde et une troisième épttre de saint Jean, adressées Tune à une pieuse clirétienne (èa<xdï), Tautre à un fidèle nommé Cyrus, ont été eompHses par erreur dans le nombre des épUru générûiêêf elles sont au contraire aussi spéciales que ceHes de saint Paul h Tite, h Philémon et à Timothée. Ce qui peut expliquer l'espèce d'erreur que nous signalons, c'est qu'on a pensé quelquefois que la seconde de ces saintes missites entendait, sous le nom de la ckrétitnnê, Vtfiïie toirt en» tière, hypothèse qui n'a pourtant pas de fbn-» dément.
&> Un seul litre prophMqm entre dans la collection de la nouvelle alliance, pour en fbr* mer la clôture; c'est VÂpôOëljrpM ou lérélation de saint Jean, tableau allégorique de la grande lutte de l'Évangile contre le Judaïsme et le paga* nisme, chant de triomphe en l'honneur de son divin auteur, du céleste époux de l'Église* La victoire que célèbre ce poëme allégorique est d'autant plus éclatante que ce n*est pas seule*ment celle des fidèles des premiers siècles, mais encore celle des Justes de tous les temps* En effet l'auteur de l'Apocalypse ne chante pas le chAUment et la ruine de la Jérusalem terrestre sans célébrer aussi le Jugement dernier du genre hu» main et les Joies de la Jérusalem eéleste^ point de vue doublement moral et par cela même digne de toute l'attention des interprètes d'un livre si difficile à bien expliquer.
Tous les livres qui composent le Nouveau Testament, ou la troUième êérie, appartiennent à la seconde moitié du premier siècle de l'ère chré*> tienne. Ils varient, quant à la fdrme , suivant l'éducation et le génie de leurs auteurs; mais^ pour le fonds, ils présentent, ainsi que ceux des deux premières séries, un ensemble de vues et de doctrines qui montre évideinment qu'ils découlent de la même source. In même temps, tout en constituant la base d'une religion nouvelle, d'un culte universel mis à la place d'un culte national, les livres de la troisième série se lient de la manière la plus étroite, nonnieulement à ceux de la seconde, dont ils ont adopté le langage, mais encore à ceux de la première, dont ils sont le complément annoncé : en sorte que tous ensemble ne forment réellement qu'un seul code, qu'un seul système de révélation* Nous avons déjè dll qu'ils ne contiennent, pour ainsi dire,
qu'une seule grande pensée dont les pus donnent le germe, les autres le développement.
On le voit : la Bible est un livre dont les diverses pages ont été écrites pendant un espace de temps de 10 siècles. Cependant, on le pense bien, elle n'a pas toujours, comme anjourd'hui^ formé un seul volume. La réunion des livres de la première série, à commencer par les différentes parties du Pentateuque et à finir par les oracles des derniers prophètes, a été quelquefois attribuée à Ssdras et à Nébémie, et si cette opinion n'a rien de certain, elle n'a du moins non plus rien d'invraisemblant. Il est, au contraire, tout naturel de penser qu'au retour de l'exil les Juife aient songé à recueillir et è classer les écrits sacrés de leur nation» et personne n'était évidemment plus propre à remplir cette tAche que les deux chefr qui présidèrent au rétablissement des institutions publiques. Ce qui est bon de doute, par les témoignages de Daniel (chap. ix, vers. 19), du ftlracide {vcur, le prologue), de saint Mathieu (xxv, 35), de saint Luc (xxnr, 44), et de Josèphe {contre Jpion, i, 8), c'est qu'A toutes les époques on a mis chez les Juite un soin extraordinaire A recueillir les livres sacrés. Il serait difficile d'ipdiquer avec quelque précision l'époque de la réunion en un seul ensemble des livres qui composent la deuxième série, qui ne furent dans l'origine qu'une addition A la version greoque de ceux de la première; mais il est évident que ce fAit est antérieur au premier siècle de notre ère. Quant A la collection de la dernière série, elle ne Alt arrêtée définitivement par l'Église grecque qu'au conotlede Laodieée, entre S60 et S65 de J. C.{ par l'Église latine qu'au concile d'Hippone, en 303« Mais il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que d'une déclaration officielle, d'une formalité d'Église, et que l'opinion, la f6i générale avaient d^A arrêté ce code ionglemps auparavant. La surveillance des Églises intéressées dans la question, celle de tous les écrivains chrétiens, de tous les évêques, de tous les prêtres, avaient licilité le travail des conciles que nous venons de nommer; elle avait surtout écarté du code la foule des écrits anonymes et pseudonymes que les pieux faussaires des premiers siècles avaient publiés sous les titres d*ÉvaHgiieê, d'octet, d'ÉpUres et d^Apocmtyp%eê, For. Apocitphis.
La même attention qu*on mit dans tous les temps A recueillir les écrits sacrés, on la mit aussi très 'généralement A en conserver l'iotégriié et A maintenir la pureté des textes. Il faut distinguer, dans l'histoire des codes, les textes manuscrits et les textes imprimés. Les premiers
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Bunuftcrits du texte hébreu éUi«Dt éorlti eti cà« racièrei ancieni, tels qu'on les irou?e encore fur les médailles des Machabées* Ces caractères ressemblaient à récriture samaritaine et se sul* ?aient sans accents, sans ponctuation* A partir de Texll, les Juift adoptèrent récriture chaN déeane, ceUe qui eat ati|]ourd*bui généralement admise pour l*bébreu« A cette époque on n*indi* quait encore ni les signes des Toyeiles, ni d*au* très caractères d*accentuallon que les docteurs juifk des premiers siècles de Tère chrétienne et leurs successeurs ont Inventés pour la Aicilité des lecteurs, caractères qui n*ont d*aiUeurs changé en rien les paroles des. textes sacrés. Il en a été à peu près de même pour les textes grecs. Les plus anciens manuscrits les donnaient en lettres capitales, sans accents, sans esprits, sans ponctuation , sans distinction de mots. Ce sont les critiques qui ont successivement porté ces améliorations dans les copies ou les éditions. Ils ont été plus loin. Ils y ont non-seulement séparé les mots par de légers tntervailes, et divisé les textes par périodes et par phrases : pour faciliter les recherches ils en ont divisé Tensemble par chapitres et par versets. Au temps de saint Jérôme on n*y distinguait encore que cer* tains *alinéa; un peu plus tard on adopta des chapitres. Hugues de Saint-Clairet Etienne Langthon partagent, dans Toplnion générale, Thonneur d*avoir établi dans le Nouveau Testament la division qu'on suit généralement aujourd'hui. Gdle de l'Ancien Testament en chapitres n'a été définitivement fixée que par la Bible de Bomberg, imprimée en 1625« Restait à déterminer les versets. Robert Etienne, dans son édition de la Vulgate de 154S, fixa ceux qu'on suit actuellement. Plus on a ainsi apporté de soins à Isciliter la lecture des textes, plus on a fhcilité aussi leur conservation ou le rétablissement de leur primitive pureté. Ils avaient souffert naturellement par la multiplication des copies et l'ignoranœ des copistes. De le viennent quelques passages altérés et de nombreuses variantes. Les Pères en ont gémi comme les critiques qui leur ont succédé (Origène, Comment. $ur l'Év. de emint Maith.^ t. xv, vol. 8, p. 571, édit. de la Rue. Clément d'Alexandrie, Stromata, lib. iv, p« 490, édit. de Sylburg); mais les uns comme les autres ont reconnu qu'aucune altération n'a été apportée dans les textes au profit d'un parti, d'une secte, d'une erreur quelconque. On sait de quelle manière marcion avait imaginé de faire un nouvel Évangile et de nouvelles épUres, en retranchant du code reçu ce qui contrariait son système; on sait aussi avec quelle énergie et
quelle unahimité son csuvre frauduleuse Ait re* jetée. Le fait est que les variantes qui se sont glissées dans les manuscrits, et que plusieurs éditions imprimées reproduisent, ont Ibrt peu d'importance, soit pour rAnoien^ soit pour le Nouveau Testament.
Nous ne nous attacherons pas à montrer corn* ment, par quelle longue série de travaux, la critique est parvenue à nous donner les textes li purs que nous possédons aujourd'hui) mais nous devrons mentionner les principales éditions de la Bible. Les trois premières de l'Ancien Testament, celles qui ont valeur de manuscrits, sont celle de Soncino (146ê, in-fbl.); le texte hébreu de la Polyglotte d'Alcala (en latin Compluium) de 1614 ) l'édition de Ben^hajim, Venise, iïm. Tiennent les éditions de Bomberg^ Buxtorf, Munster, Yanderhoogt, Michaélis, Houbigant, Rennicot, Bcederlein, tteisner, lahn . La première édition complète du Nouveau Testament parut aussi avec la Polyglotte d'Alcala, 1514; celle d'Érasme vit le Jour en 1516. Ces deux éditions ont étubii le texte généralement reçu dans celles qu'on a publiées depuis trois siècles. Dans ce nombre on distingue les éditions de Robert Etienne (miriflca ou regia)^ de Théodore de Bèze, des Ehiévirs, de Walton, de Fell, de Blill< de WeUUln, de ariesbach, d'Alter, de Birch. Deux critiques célèbres ont cru reconnaître de nos jours que tous les textes manuscrits du Nouveau Testament se rapportaient à quelques réeensionê principales, comme celle d'Alexandrie, celle de Constantinople et celle d'Occident( mais Hathœi a fort bien démontré que cette hypothèse avait besoin d'être mieux établie. On est plus généralement d'accord à regarder comme les plus exacts de tous ces manuscrits ceux du Vatican, d'Oxford et de Cambridge.
lAg versions de Ui Bible en langues vulgaires se sont multipliées autant que les éditions de ses textes. Il serait impossibla d'énumérer tous les travaux de ce genre, et l'on peut se borner à dire que la Bible a été traduite dans toutes les langues qui ont une littérature et dans une ft»ule d'idiomes qui ne possèdent pas encore d'autre llve. Les ivXH ont peu traduit et peu propagé leur saint code. Ils ne songèrent pas à le donner aux Mèdes» aux Chaldéens, aux Perses, aux Égyptiens, et ne s'avisèrent de le mettre en grec que dans les derniers siècles avant notre ère. Peut-être même n'y eussent-ils pas pensé du tout sans l'invitation que leur adressa le roi Ptolémée-Philadelphe qui voulut enrichir d'un volume de plus la riche bibliothèque du musée d'Alexandrie. Une fois faite, cette version, qui reçut
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du nombre traditionnel de ses auteurs le nom de Septante {tx^. ce mot), devint la Bible de tous les Juifo parlant le grec ou hellénisante. Son texte est suivi même par les écrivain^ du nouveau code, quoiqu'ils aient dû connaître les textes originaux de TAncien Testament. L'exemple de cette version étant donné, on fit, un peu avant Tère chrétienne, non-seulement une version ou plutôt une paraphrase chaldéenne, mais encore, immédiatement après cette ère, une version grecque plus littérale que celle des Septante. Ce travail, dû au juif Aquila, offrait même du texte hébreu un calque trop servile pour obtenir quelque succès à la lecture, et deux chrétiens, Symmaque et Théodotion, publièrent des versions nouvelles tenant une Juste ligne entre la fréquente inexactitude des Septante ' et la roideur trop littérale d'Aquila. A mesure que l'Évangile se propageait dans le monde, la Bible complète fut traduite dans toutes les langues : aux versions araméenne, syriaque, égyptienne ou cophte, éthiopienne, arménienne, géorgienne, 9Tàbe et persane, répondirent les versions occidentales, italique ou latine, gothique, slavonne, anglo-saxonne, romane ou-vaudoise (xn« siècle), française (xin« siècle), anglaise (de Wyclef ), allemande (1873)> italienne (1471). La première version latine, revue par saint Jérôme eti)lusieurs autres, fut reçue généralement dans I^lise d'Occident sous le nom de F'ulgate : nous lui consacrerons un article à part; la version allemande fut IS fois réimprimée avant la réforme. La Bible fut traduite au xv« siècle dans toutes les langues de l'Europe. Parmi ces versions sont celle de Luther, commencée au château de Wartbourg, en 1521, revue plusieurs fois soit par l'auteur, soit par d'autres; celle de Calvin, préparée par Robert Olivétan, deux fois revue par les théologiens de Genève, et plus ou moins suivie par Martin et Osterwald ; ceUe de Tindal, Matthew, Coverdale et Cranmer, revue par l'épiscopat d'Angleterre au commencement du xvii« siècle (Bible de Genève, des évêques, du roi Jacques, etc.), sans être éclipsée par celle de Geddes, de la fin du dernier siècle. Avec les théologiens de la réforme ont rivalisé dignement ceux de PÉglise catholique, Castalio ou ChâteiUon (nouvelle version latine), le Maître de Sacy, Vence, M. de Genoude, Dereser, Brentano, les frères Yan Ess. Les Israélites ont traduit l'Ancien Testament en espagnol, en portugais,
■ Oa M nppdlc que Y»9Unv àa ott artlck «t proMrttat. Or, ches l«s protctunu l'iu^ntloa im LXX Intcrprètct n'ctt poLat «dadw, ce a« Biiae Us r«g«rdrai la Volgau coianf vnrtt hw
en italien, en français (l*édition de M. Cahen, Paris, 1830 et sulv., ofifre texte et version ), et en allemand (le célèbre Mendelsohn). Les versions anciennes de la Bible se trouvent dans les éditions polyglottes dont il existe quatre principales : celles d'Alcafa, d'Anvers, de Paris et de Londres. Les traductions modernes se multiplient tous les jours, grâce aux missions et aux sociétés bibliques (w^. Bibliques) ; mais, on le conçoit, l'interprétation de cette grande bibliothèque de la révélation est une œuvre difficile. La Bible peint les moeurs de quarante siècles : dans ce long espace de temps la pensée a revêtu des formes bien di£Férentes et les institutions ont varié comme les croyances. Pour bien traduire un code aussi étendu, aussi ancien, il ftut joindre à la connaissance des langues et du génie de l'Orient et de la Grèce la connaissance de leurs mœurs, de leurs doctrines, celle des sciences auxqueUes font allusion des textes si nombreux, et ceUe des choses qu'ils renferment. Jamais les forces d'un seul homme n'eussent suffi à Taccompllssement d'une tâche si immense, et des versions un peu fidèles ne sont devenues possibles que par les travaux suocessift de plusieurs générations d'interprètes ou de oommenr tateurs, léts Pères, en possession d'une f6ule de traditions et de connaissances de détail qui nous échappent, ont commencé ces commentaires, ces notes, ces explications critiques, philologiques, chronologiques, historiques, géographiques, allégoriques, typologiques, dogmatiques, morales, qui ont été continuées par plusieurs écrivains du moyen âge et reprises avec une ardeur nouvelle â la renaissance des lettres, et qui ont enfin donné le jour à trois sciences importantes : la critique sacrée, Vhermeneu^ tique, et Vexégèse. La première examine l'authenticité des livres sacrés et la pureté de leur texte; la seconde trace les règles d'une saine interprétation, la dernière fournit cette interprétation eUe-méme. Telle est l'importance de cette triple étude que sans elle il n'existe pas de science biblique; aussi l'histoire des lettres chrétiennes ne connait-elie pas d'écrivain un peu remarquable qui n'ait voué à cette étude une application sérieuse. Telle est aussi l'influence exercée par cette étude dans le monde moderne, surtout dans les derniers siècles , qu'il n'est aucune des sciences morales qui n'en ait reçu les plus vives lumières et qu'elle en a répandu sur
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plusieurs antres branches du savoir : en sorte qu'il est bien vrai de dire que, si la littérature profene a donné à l'Europe les éléments de sa philosophie, de sa politique et de ses arts, la littérature sacrée a décidé de nos doctrines morales et religieuses, tandis que nos institutions et nos mœurs ont reçu d'elle une direction décisive. La politique que Bossuet dicte avec tant d'autoriéé aux rois et aux nations et qui fut si longtemps celle de l'Europe, qui Test encore en partie, n'est qu'un reflet de la théocratie biblique. La philologie, l'archéologie, l'histoire générale, celle de la civilisation, celle de l'humanité ont reçu des études bibliques le plus grand Jour ; et la Bible, qui a été si longtemps le symbole des croyances et des habitudes morales de l'Europe, est le seul livre qui présente la clef de notre histoire intérieure, de notre vie sociale comme de notre vie de famille. C'est aussi la Bible qui a placé si haut les pays chrétiens, qui a inspiré aux peuples de l'Occident, dans leurs beaux siècles, une moralité si profonde; qui leur a donné cet esprit d'ordre, de travail, de sobriété, d'économie, de modération et d'humanité qui est la base de la civilisation moderne et la cause de la sûreté comme de la rapidité de ses progrès. Les nations chrétiennes, celles même qui sont placées sur les derniers échelons de la culture intellectuelle, trouvent sans cesse, dans les destinées morales du peuple que leur peint la Bible, les leçons les plus graves et les plus utiles. La société chrétienne ne l'ignore pas : elle n'a pas toujours attaché la même importance à la lecture de la Bible en général, mais la Bible a toujours été vénérée par elle. Nous avons déjà dit que les Juifs l'ont peu propagée, peu traduite; cela tenait au caractère éminemment national de leur code. Les chrétiens, plus heureux du caractère d'universalité qui distingue leurs croyances, n*ont cessé d'en multiplier et d'en répandre les exemplaires. Dans l'histoire de l'Église il ne se trouve pas un siècle où l'on n'ait fait de la Bible une Version de plus. On remarque, sous ce rapport, des époques de langueur, d'indifférence et même d'interdiction : l'état imparfait des langues, l'ignorance générale, la grossièreté des mœurs, d'autres raisons encore, expliquent cette disposition des esprits; mais Jamais on n'a manqué , quand il a été question d'agir fortement sur les hommes, de recommander les saintes études. Tous les docteurs du moyen âge, qui ont vu la décadence de la foi dans celle des mœurs, ont vu aussi que la parole divine pouvait seule ranimer dans l'âme le culte intérieur que ne peut remplacer nul autre. Au xve siècle Gé-
rard le Grand fonda une congrégation spéciale pour l'étude de la Bible et la multiplication des exemplaires ou des copies de ce saint code. L'imprimerie fournit enfin un moyen plus économique de le reproduire,' et, depuis ce moment, il a pu être donné à l'homme du peuple comme à l'Jiomme du sanctuaire. Le prix nécessairement élevé d'un volume si considérable a été quelque temps un obstacle à sa propagation générale. Bientôt des hommes pieux conçurent le projet de le mettre à la portée de toutes les fortunes, et celui de le donner gratuitement à l'indigent. Le baron de Canstein illustra son nom par la fondation que, dans ce but, il Joignit à la maison des orphelins de Halle ( v(>jr. le mot Canstuii.) Un projet plus vaste, un projet gigantesque, celui de donner la parole de Dieu à tous les peuples de la terre comme code de morale, de religion et de civilisation , fut conçu en 1804 par quelques-uns des hommes d'État les plus distingués de l'Angleterre. L'exécution de cette œuvre fut aussitôt commencée de la manière la plus brillante. Présidée par lord Teignmouth, ancien gouverneur général des Indes, la Société biblique britannique et étrangère provoqua dans le monde entier l'organisation de sociétés auxiliaires, et distribua dans l'espace de 50 ans 4 millions d'exemplaires du code sacré. Des contradicteurs, quelques membres de la Société anglaise pour la propagation des connaissances chrétiennée et plusieurs membres de l'épiscopat anglican ont combattu cette œuvre; quelques membres de l'épiscopat catholique et le chef de cet épiscopat ont aussi pensé un instant qu'il était peu sage de prodiguer, pour ainsi dire, les textes de la révélation et de donner à l'homme encore plongé dans la barbarie ou à Thomme du peuple la collection complète de livres appartenant à des siècles si divers, offrant aux savants mêmes des difficultés si grandes et ayant quelquefois donné lieu à des interprétations si déplorables (Bulle pontificale de 1810, provoquée par l'archevêque de Gnesen ). Quelques gouvernements , celui d'Autriche entre autres, se sont opposés aussi à l'établissement dans leurs États (1817) de sociétés auxiliaires de celle d'Angleterre; néanmoins on vit se continuer le développement général de l'association britannique et de ses profusions auxquelles se sont Joints des hommes de toutes les communions (Sociétés bibliques de Russie; société biblique dirigée par les frères Yan Ess, prêtres catholiques).
Une œuvre si grande, continuée avec toute hi persévérance du caractère anglais, aura nécessairement des résultats immenses, car il y a,
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dans la Biblo^ pluf qu*un oode de oiTiliflâtioii. Xlle-inlme prétend à un rang plua élaré) elle se dit la parole de Dieu» ou du moins le fruit de Tinspiration de Dieu« si la parole est de Tiionune* De Moïse à saint Jean c*est, dans tous ses textes, la même affirmation» Elle Ait Jadis prise à la let* tre« On pensa que les mots mêmes étaient de Dieu, et c^est pour cela qu'on trouva si sublime le langage des textes sacréir Le progrès des études philologiques et philosophiques a lait recon* naître querafflrmation était outrée et se nuisait par son exagération même; que, sous le rapport du style, le texte hébreu, seul monument fies temps claêêiquêê de cette langue, était sans doute elaiêiquef mais que celui des textes grecs ne rétait point et ne pouvait pas Têtre : on en a conclu que la pensée seule et non sa forme était dMnspiration divine. De ce progrès, quelques écrivains des derniers siècles et de notre temps, les uns ennemis du christianisme, lies autres sans hostilité pour ses doctrines, ont pris texte pour aller encore plus loin et pour affirmer, que dans la Bible, la pensée n^est pas plus in** spirée que la parole; que, sans doute, le code des Juifs et des chrétiens n*est pas un livre comme un autre, mais qu'après tout c'est une œuvre humaine. On ne s'est pas arrêté lA» On a attaqué l'authenticité de plusieurs parties de cette collection, la canonicUé de quelques autres, la pureté des textes de celles-ci, VintégrUé de celles-là. 11 en est qu'on a décomposées ou plutôt déchirées en une fûule de fragments qui auraient été joints les uns auxaulres par la fHiude, l'ignorance ou le hasard* Ce n'est pas tout : on a argué les livres sacrés de contradiction entre eux, d'erreurs d'histoire, de chronoiogici de généalogie, de géographie, d'astronomie, d'his^ toire naturelle; on a cru y découvrir des principes contraires à la bonne morale et à la saine philosophie. Hais les apologistes n'ont pas man* que à la Bible, et s'il fallait un volume pour articuler les attaques dont elle a été l'objet, il en faudrait plusieurs pour résumer la défense qu'on leur a opposée. Il suffit de dire que Ui Bible est sortie victorieuse du combat; que, sous le rapport de l'authenticité et de la pureté de ses textes, elle s'est placée, dans les discussions, au-dessus de tous les livres religieux du monde ancien; que, sous le rapport de l'exactitude des faits, elle s'est mise non-seulement au-dessus de tous les ouvrages d'histoire de rorient, mais à c6té des écrivains grecs et romains qui inspirent le plus de confiance. Sans doute la critique sacrée a reconnu qu'au Pentateuque de Moïse, par exemple, il a été Joint quelques fragments qui
ne sont pas de la main de ee législateur, le rédt de sa mort et plusieurs autres pièces; mais pour être de plusieurs mains, le Pentateuque ne perd rien de son caractère. Bans doute aussi la oritl-» que a remarqué quelques difficultés de géographie et de chronologie qui demandent une étude approfondie; mais les écrits d'Hérodote et de Tite-tive sont-ils rejetés, sont-ils seulement contestés è leurs auteurs par la raison qu'on- y trouve des difficultés, des erreurs ou même des fables? Plus la Bible a été attaquée, examinée, comparée avec science et gravité, plus sa haute supériorité sur tout autre livre de religion a été reconnue, proclamée* L'apologie n^a pas même dédaigné d'opposer de ses raisons aux épigrammes, aux plaisanteries, aux injures; et« s'il faut citer un exemple, nous dirons que, pour réfliter un homme de génie du dernier siècle qui s'est Joué de sa foi et de celle des autres, dans sa Bible expliquée par quelques aumôniers du roi dé Prusse, il n'a fbllu qu*un homme d'esprit, de sens droit, l'auteur des Letires de quslques Juifs portugais (n^T* eu mot Gniiiti). La critique a distingué avec raison entre les diverses parties de hi Bible, entre les livres dehi première série, ceux de la seconde et ceux de la troisième* N'était-il donc pas entendu que l'ancien oode renfermait l'ancienne religion, et le nouveu code, la nouvelle? Si le déisme a Aiit confusion, l'Église a distingué. Elle l'avait toujours fait : elle avait toujours dit que Moïse avait reçu une première révélation et que Jésus-Christ en avait apporté une seconde. C'est ce que le Kouvean Testament avait proclamé è la naissance même de la nouvelle religion; et telle est Tévidenoe de cette vérité qu'on ferait disparaître tous les livres de la première et de la seconde série sans que le christianisme en reçût la moindre atteinte* Cependant cette distinction, si importante qu'elle soit, n'a nullement pour but de désavouer une partie quelconque de la collection biblique. Telle qu'elle est, elle offre un si bel ensemble de faits politiques, religieux et moraux, dé principes d'ordre, de raison et de bonheur, d'éléments d'instruction et de moyens de salut, qu'il y aurait de la part du genre humain une sorte de f61ie a répudier une portion quelconque de œt héritage, à ne pas se glorifier de toutes ces communications providencielles , à ne pas s'enorgueillir de l'ancienne comme de la nouvelle alliance dont la Bible donne les documents. Oui ne connaîtrait que la Bible pourrait se demander si, dans ses textes et dans ses doctrines, se manifestent bien réellement tous les sigaes d'une révélation divine? Mais quiconque a pu compa-
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rer ûfet Ul Bible des Juiff et des chréUens leg IItrei relislem des autrei peuplet a reconnu que II, quelque part, Dieu a parlé aux hommes, ce n*a pu être qu'aux hommei qui seuls ont su par>» 1er dignement de Dieu.
Mais nous le sentons à notre tour, pour par» 1er dignement d*UB livre inspiré II fendrait avoir participé à cette inspiration même. Pourquoi, au surplus , fiiire reloge d*un livre qui porte en lui tous les caractères de puissance et de perpé* tnlté, qui s*est ftiit une destinée si grande, au^ que est réservée une plus grande destinée en^ eore; qui 8*esl annoncé à Juste titre comme première et dernière révélation de Dieu à riMHnm^? f^^. les mots IiisriiÂTioif ^ MvIla*
TlOa, ÉVAMILI, TlSTAKXHT, CtC* MàTTkl.
BliLIA PAITPE&nH, bibte à ban fnmrché.
Avant nnveniienderimprimerie, un exemplaire completdela Bible était une chose très-précieuse qu*on ne se procurait qu*au prU de mUle florins d^or; les riches seuls pouvaient donc y préten-» dre. Cependant pour rendre rÉcriture sainte accessible à ceux qui ne Tétaient pas (mais à condition sans doute qu'ils appartinssent tou« jours à la déricature), on grava sur le bots les principaux sujets de TAncien et du Nouveau Testament, avec une courte explication en latin au bas, et l'on fit ainsi en Allemagne une édition, petit in-lolio, qui compte aigourd'hui parmi les curiosités bibliographiques et qui était peut-être Pnn des premiers essais faits dans la xylographie (iwr* ce mot). Outre Tédition avec le texte en latin, on en fit une avec le texte en allemand dont les exemplaires portent le millésime de 1470. Les estampes sont suivant Lessing, rimitation des peintures sur verre qu'on voyait autrefois dans l'église du couvent de Herschau. On achète très-cher aujourd'hui les exemplaires de la Bîblia pauperum qui se présentent dans les ventes; le duc de Devonshire en a acquis un en 1815, à l'enchère d'Edwards, et l'a payé SOI Uv. st. F9ir Ebert Allg. bibiiogr. Legikm,
t. I, p. 191. SGIHlTlLBft*
BIfiUOGllAPHIE. Ce mot, formé de deux omKs grecs, bibloê, livre, et graphe, j'écris, si* gnifia d'abord la connaissance et le déchifl'reaentdes anciens nuinuscrits sur écorce d'arbres, sur papyrus et sur parchemin. Cette science matérieUe, qu'on acquérait autrefois sans maître, par tradition et par pratique, est celle que deux professeurs enseignent aujourd'hui à l'école des diartesetaux frais de l'État. On appelait alors bibliùgrapheé les hommes qui Joignaient è cette acience la connaisnace de tous les livres tant nunuscrits qu'Imprimés* Tels étaient les savanti
AllatittS) Scaliger, Sauoialse, Casaubon, Bouilliau, Mabillon, Montftiucon, Oudin, Petau, Sirmond, etc., dont la vaste érudition ne se bornait pas à ne connaître les ouvrages que par leur titre. Aujourd'hui la bibliographie n'exige ni autant de savoir ni autant d'étude. Bon domaine est limité à la connaissance des livres et des éditions , ou , littéralement parlant, à celle des éditions de livres, et on donne spécialement le nom de bibliographes à ceux qui, possédant cette connaissance, la mettent en pratique en publiant, soit des ouvrages sur cette matière, soit des catalogues de livres spéciaux ou de bibliothèques particulières. L'objet de la bibliographie est d'observer un ordre méthodique dans le classement des livres, et d'indiquer les bonnes éditions, ainsi que leur degré de mérite et de rareté, les signes, les caractères qui les distinguent, et leur prix. C'est elle qui a créé les divisions et les subdivisions de toutes les productions de l'esprit et du génie, pour les classer méthodiquement, comme les naturalistes classent les différentes familles de plantes et d'animaux. La bibliographie estdonc le flambeau qui éclairt les amateurs, les savants eux-mêmes, dans le choix, dans l'acquisition et dans l'arrangement des livres. C'est une langue universelle entre les libraires et les savants de toutes les parties du moirtie scientifique et littéraire. — Toutefois, cette science moderne ne jouit pas universellement de l'estime qu'elle mérite. Bien des gens s'imaginent que pour l'acquérir il ne fout que des yeux et de la mémoire, qu'on pourrait à la rigueur se passer de savoir lire; qu'il suffirait de connaître les lettres majuscules pour savoir exactement le titre d'un ouvrage, le nom de l'imprimeur, la date et le lieu de Tédition, et qu'enfin la bibliographie n'est qu'une routine. Il y a là certainement de l'exagération , de la mauvaise plaisanterie; mais il y a aussi du vrai. Combien ne voyons-nous pas en effet de prétendus bibliographes qui, ne connaissant le contenu d'aucun livre^ qui n'en ayant pas même lu les préfoces, s'avisent de publier des catalogues de bibliothèques par ordre de matières ? Aussi combien de bévues et de méprises n'y remarque-t-on pas dans le classement des ouvrages, dans les noms des auteurs, lorsqu'ils sont homonymes ? Il serait trop long de les signaler ici. Nous nous bornerons à en citer une qui tient moins à l*igno* rance qu'à l'habitude, et peulrêtre à l'amourpropre, à un peu de vanité, è l'esprit de corps et de métier. Dans toutes les bibliographies, dans tous les catalogues de livres par ordre de matières, c'est dans la division de l'histoire^et après
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les subdivisions des antiquités, de la numismatique, de riiistoire des sciences et des arts, des mémoires académiques, et des journaux, que Ton range ce qui concerne l*imprimerie et la bibliographie; et c*est toujours à la suite de ce dernier chapitre que se trouve celui de la biographie. Sans examiner s*il ne vaudrait pas mieux ranger les livres relatifs à Tart typographique dans la classe des sciences et des arts, et les journaux dans la division des mélanges, ou dans celles des sciences et arts, des belles-lettres ou de rhistoire, suivant quMIs sont scientifiques, littéraires ou politiques, nous ne pouvons nous empêcher de déclarer qu*il y a tout à la fois anachronisme, désordre, hérésie, manque de goût à^ ranger la subdivision de la biographie, après toutes celles que nous venons de citer, à la mettre en un mot à la queue non-seulement de lliistoire, mais de diverses matières qui , à proprement parler, ne sont pas du domaine de Thistoire. La biographie au contraire est Thistoire particulière des hommes; elle doit être placée immédiatement après celle des peuples. Les monuments antiques, les médailles, les traités de politique et de gouvernement, les histoires littéraires, les mémoires académiques, les journaux, les ouvrages sur Timprimerie et la bibliographie, et les catalogues de livres, ont été bien évidemment, à des époques plus ou moins reculées, Touvrage des hommes; il est donc incontestable que, les hommes ayant existé avant toutes ces choses, il faut faire connaître la vie des hommes avant de donner la liste de leurs travaux. La découverte de Timprimerie ne date pas de quatre siècles; il n*y a guère plus de 900 ans qu*on a écrit sur la bibliographie et publié des catalogues; la création du Mercure et de la Gazette de France est plus moderne encore : et il y a quinze et dixhuit cents ans que la biographie, en publiant ses premiers essais, a offert ses plus illustres modèles. Peut-on mettre tacite, Quinte-Curce, Plutarque, Cornélius Nepos, les écrivains de l*Histoire Auguste, et même notre Brantôme, 9près les lourds mémoires où Ton discute tant bien que mal quelques points de chronologie ou de géographie négligés par eux, après les livres qui se bornent à décrire la liste aride des diverses éditions de leurs chefï-d*œuvre ? Quoi ! Épaminondas, Alexandre, Anoibal, Phocion, Jules- César, figureraient obscurément sur un catalogue après les énigmes du Mercure galant, après les insipides détails du cérémonial de la cour de nos rois ! Ces réflexions suffiront sans doute pour engager nos libraires les plus instruits à introduire quelques réformes dans la bibliographie.
et à la sortir enfin de Pomière où leurs prédécesseurs Pont laissée s*enf6ncer.— Il<»ne nous reste plus maintenant qu*à citer les noms des plus célèbres bibliographes anciens et modernes, et les ouvrages les plus remarquables qu*il8 ont publiés. Nous ne parlerons pas ici de plusieurs imprimeurs non moins savants en bibliographie qu^habiles dans leur art, tels que les Jlde-Manuce, les Junte ou Giunta, en Italie, au xv» et au xvi« siècle; les Coline, les Estienne, en France, au xvi« et au xvii* siècle; les Gfyphe, en France, en Allemagne et en Italie, aux mêmes époques, etc. : ces noms appartiennent plus à la typographie qu*à la bibliographie. Nous nous bornerons à citer les hommes qui se sont spécialement occupés de cette dernière science, et les meilleurs ouvrages en ce genre qui sont sortis de leurs plumes : Bibliotheca bibliothecarum, par le P. Labbe, jésuite, Paris, 1664, in-4o, revue et augmentée par Ant. Teissier, Genève, 1686, in-4o. — Bibliographie instructive, ou Traité de la connaissance des livres rares et singuliers, par G. F. Debure, 176S à 1769, 9 volumes in-fi», et le 10« par Née de la Eocbelle, 1795; Dictionnaire typographique, historique et critique des livres rares, singuliers, estimés et recherchés en tout genres, par Osmont, 1768, 3 vol. in-8o. •— Cet ouvrage a été surpassé par le suivant : Dictionnaire bibliographique, historique et critique des livres rares, précieux, singuliers, curieux, estimés et recherchés, soit imprimés, soit manuscrits, avec leur valeur, par Tabbé Ducloa, et le supplément par Brunet, 1790 à 1809, 4 vol. in-8o. — Nouveau Dictionnaire portatif de bibliographie, précédé d'un Précis sur les 6£bliothèques et la bibliographie, par F. I. Fournier, 1809, in-8<». — Manuel du libraire et de l'amateur de livres, contenant un DicHomnaire bibliographique et une table en forme de catalogueraisonné, par M. J. C. Brunet, 1814, 4 vol. ln-8«. — Parmi les ouvrages bibliographiques spéciaux, nous citerons : Dietionnaire bibliographique choisi du xv« siècle, ou Description par ordre alphabétique des éditions les plus rares et les plus recherchées, etc., par de la Seroa-Santander, bibliothécaire à Bruxelles, 1805, 3 vol, in-8<». — Dictionnaire critique, littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, supprimés cm censurés, précédé d'un Discours sur ces sortee d'ouvrages, par Gab. Peignot, 1806, 9 vol. in-8». L*auteur, bibliotbécaire de la ville de Yesoul, et depuis proviseur au collège royal de Dijon, a publié d^autres ouvrages bibliographiques. —ft-
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soi bibliographique êur le$ éditions des Etzevirs les plus précieuses et les plus recherchées^ précédé d'une notice sur ces impritneurs célèbres, par H. Bérard , membre de la société des bibliophiles , vice-président de la chambre des députés et conseiller d*État, 1822, in-8o. — Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, composés, traduits ou publiés en français et en latin, avec les noms des auteurs, traducteurs et éditeurs, par Ant. Al. Barbier (w^, ce nom), 1806-1809, 4 Tol. in-8or; ^ édit., 1822-1827, 4 ?ol. Le mérite et TuUlité de cet ouvrage sont suffisamment constatés. Nous n*entrerons pas dans le détail des bibliographies spéciales sur chaque science et en diverses langues; nous nommerons seulement : La Bibliothèque sacrée, par le P. Lelong, oratorien, 1709, 2 vol. in-8«. — La Bibliothèque historique de la France, par le même, augmentée et publiée par Fontette, Paris, 1768, 5 vol. in-fol. La Bibliothèque latine de Fabricius , revue par Ernest. •— La Bibliothèque arabe de Schnurrer. — La Bibliothèque orientale de Hottinger (toutes deux en latin). — La Bibliographie astronomique de Lalande. ^ La Bibliographie des voyages, par Beckmann. — Là Bibliothèque américo-septentrionale, par H. Warden (en latin). — Le Catalogue des dictionnaires, grammaires et alphabets de toutes les langues, par Marsden (en an- %\m),— 'LaiBibliothèque orientale du Fatican, par Assemani (en latin) .— La Bibliothèque arabe de l'Escurial, par Casiri. — Le Catalogue de la bibliothèque du sultan Tippoo (en anglais). — La BiblioUièque italienne de Haym. — La Bibliothèque bodléienne d*Oxford , par Ury et Nicholl, etc., etc. Louis Jacob, carme, né à Chàlons-8ur-Sa6ne, en 1608, mort à Paris, en 1670, a publié un Traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières, in-8o, 1655. Il donna pendant quelques années (en latin) une Bibliothèque parisienne et une Bibliothèque française. On y trouve la liste de tous les ouvrages imprimés à Paris et en France depuis 1045 jusqu*en 1655. Les Journaux suppléèrent longtemps au défaut de continuation de ces deux ouvrages bibliographiques : le Journal de f^erdun, le Journal des Savants, le Mercure de France, le Journal encyclopédique, le Journal de Trévoux, VJnnée littéraire, le Journal de Bouillon, VJlmanach des Muses, VAlmanach littéraire, et divers Journaux de sciences spéciales, etc.; et depuis : le Magasin encyclopédique, la Décade philosophique, la Revue muiyclopédique, ont publié périodiquement des listes analytiques plus ou moins complètes d*ou-
vrages imprimés en France et dans les paysétran* gers. Le Journal asiatique donne aussi des listes d'ouvrages sur TOrient, imprimés tant en Europe .qu'en Asie. Mais depuis que la politique et resprit de parti envahissant tous les Journaux, les simples annonces même y devenaient une affaire de parti et de coterie, la publication d'un Journal spécial pour les productions de l'esprit, du génie et de l'érudition, était indispensable. MM. iBeuchot et Pillet l'ont senti, et ils ont créé la Bibliographie de la France, ou Journal général de l'imprimerie et de la librairie, qui, depuis la fin de 1811, continue à paraître, et dont les ouvrages, oubliés, du P. Jacob leur ont fourni l'idée. Ils ont rendu service à un grand nombre d'auteurs, dont les noms seraient absolument ignorés, ainsi que les écrits invendus et mis au pilon, s'ils n'étaient pas mentionnés dans cet estimable journal. La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France, et des littérateurs étrangers qui ont écrit en français pendant le xviii* et le xix« siècle, par J. M. Quérard, Paris, 1827 et années suivantes.
— Nous ne finirons point cet article sans faire mention de quelques catalogues de bibliothèques particulières recherchés des amateurs, tels que celui de la Bibliothèque du cardinal Dubois, 4 vol. in-8o; — de celle de M"« de Pompadour ;
— de celle de Falconnet, par Barrois, 1765, 2 vol.; — du président Lamoignon, par Delatour, 1770,in-f6l., tiré à 15 exemplaires seulement; — du duc de la f^allière, par G. Bebure et Yan Praet, 1785, 4 vol. in-8o; — du comte d'Artois, par Didot l'alné, 1785, in-8« et in-4o, tiré à trèspetit nombre; — </e Caillard, archiviste des afifoires étrangères, par Debure, 1805-1808, 2 vol. in-8«»; — du comte de Mao-Carthy-Reagh, par Debure, 1815, 2 vol. in-8«»; — rf^ Paignon- Dijonval et Morel de Findè, par le même, 1822, in-8o; — de Langlès, par Meriin, 1825, in-8o, etc., etc. H. AooirriBT.
BIBLIOMANIE. Ce mot assez nouveau, composé de deux mots grecs €(6><ov et/uay^a, signifie, il est vrai, la manie ou la passion des livres, mais on y attache aujourd'hui une idée secondaire, qui lui donne un aspect sinon plus élevé, du moins plus artistique; tandis que la bibliophilie, l'amour des livres, indique un degré inférieur à la manie de faire des collections de livres. Le vrai bibliomane, dans l'acception actuelle du mot, ne se contente pas d'acheter indistinctement tout ce qui lui vient sous la main : il procède d'après certains principes, mais s'attache cependant, dans le choix de ses
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livres, prindpalement à des conditions purement aocidentelles et nullement essentielles^ et c*est plutôt d*après ces dernières que d'après leur contenu scientifique, ou du moins autant d*après Tun que d'après Tautre, qu'il règle ordinairement ses acquisitions. Ces distinctions se rapportent tantôt à ce qu'on appelle des collections, tantôt à l'âge des livres et aux vicissitudes par où ils ont pass4, et tantôt seulement à la matière dont ils sont composés. Les eolleotions qu'on regarde comme complètes, parce qu'elles consistent dans une spécialité qui exciU l'intérêt des bibliomanes, ou parce qu'elles sont composées dans une certaine manière qui plaît, ou parce qu'elles sont sorties d'une Imprimerie célèbre, sont en partie encore les plus intéressantes et les plus instructives. De ce nombre sont les collections des éditions de la Bible, dont la plus complète se trouve à Stutigard; celles des éditions de certains classiques ^ des Républiques des Eliévir; des éditions in uêum Dêlpkini et cumnotU variarumi des éditions italiennes citées par la Crusca) des ouvrages imprimés par les Aides, les Comino de Padoue et les Bodonl; les éditions de classiques publiées par Maittaire, Foulis, Barbou, Brindley, Baskerville, et celles publiées à Deui-Ponts et à Strasbourg, etc., etc« Autrefois on s'occupait beaucoup de collections de livres, remarquables par les événements qui s'y ratiachaient (celles de Ingel et de Saltiion, par exemple); de livres défendus et recbercbés pour leurs étonnantes mutilations, etc.; mais aujourd'hui cette manie est bien moins à l'ordre du jour. On n'en rechercbe pas moins encore les livres qui datent de la première époque de l'imprimeHe (voy, Ingorailib), et surtout les premières éditions des auteurs dauiques (9dUionM principeê ')• Mais le plus ordinairement le bibliomaoci à présent, ne s'occupe que du matériel des livres. On voit souvent acheter à des prix incroyables des éditions de luxe, ornées de plan* ches, d'autres imprimées en couleur; des exemplaires avant la lettire ou ornés de miniatures et de lettres initiales peintes avec recherche; d'autres encore imprimés sur parchemin (la plus Importante de ces collections celle de Hac-Carthy fut vendue aux enchères en 1B15; le catalogue en fut alors publié par Debure, d vol. in-S». Une grande partie des plus belles éditions a été acquise par la ribliotiièque du roi) consulter le
* Oa pcnt pnair* pocr fidda èmt «ctM rtdicrclM Ici m* waf« WÊtrmu t ■•rwéèd, A •itm «/ lA« vmMm« ËUthêi ^ al« r««A «Ml rmm Omm», 171S| BoM «i <!«■*■. ik^
ut», VfnUe, 1793, 2 toL inlSi Nom, 4 Mmmml ^f 9Um'$*i
CoMoguBdêêHvreê impriwUêêurvélin,deUi BUUioihèque du roi^ et celui de$ muirwê bibUth thègueê, de Yan Praet); ou sur du papier d'nnt fabrication ou d'une nature nouvelles {OEuvree du marquai de ViMo^ Londres, 17M, ln-16} VHiêioria naturaifê oêbeitif de F. S. Bruclfman, Brunswick, 1717, in-4«, sur du papier d'asbeste); sur des papiers de couleur ordinairement bleue en Italie, rose en France, Jaune et quelquefois, mais plus rarement, verte dans les anciens livres allemands {wrir leur description dans le Répertoire de$ bibU'ograpkiei êpè^ cialesdt Peignot, Paris, 1810); ou sur grand papier, c'est-è«dire sur un papier muni de trèslarges marges que les vrais bibliomanes déterminent au pouce et à la ligne; ou bien des exemplaires imprimés i|vec des caractères d'or et d'argent ou de toute autre couleur (par exemple, les Faêti Napoléonien Paris 1804, in-4o, sur vélin bleu avec des lettres d'or; la Magnn Ckartm, London, Whitaker, 1816, dont trois exemplaires ont été imprimés sur du parchemin pourpre avec des lettres d'or); ou enfin des ouvrages dont le texte a été entièrement gravé sur cuivre (voir Peignot, /oc. cit,); puis des livres qui ont appartenu k des personnages célèbres, à Napoléon, à lord Byron, à sir Walter Scott, etc. Xn France et en Angleterre la reliure est aussi devenue un grand objet de luxe pour le bibliomane. On estime surtout les reliures françaises de Derome, de Padetoup, de Simier, de Thouvenin et de Boierian ; en Angleterre celles de Charles Lewis et de Roger Payne sont très-recherchées. Xnlre autres ouvrages de ce dernier, la bibliothèque de lord Spencer possède un Sschyle, de l'édition de Glasgow, 1705, dont la seule reliure a coûté 16 livres 7 schell. sterling. En général on a poussé ce genre de prodigalité è un tel excès à Londres, qu'une magnifique reliure de l'ouvrage biblique de Macklin (4 vol. in-fol.) y coûte 75 guinées, et qu'on paye 15i livres sterl. celle de la grande édition de Shakspeare publiée par Boydell (9 vol. avec de grandes planches). On va même quelquefois Jusqu'à o^ ner la tranche des plus Jolies peintures. Souvent on cherche aussi è rehausser la valeur des reliures par toutes sortes de singularités. Le libraire Jeffery, à Londres, par exemple, fit relier l'histoire de Jacques U, par Fox, en peau de renard (fox-skin), pour faire aUusion au nom de l'au-
k^iitgMffy, i8m,a««L teJi| lit «MiofM
iianétmh é$r tfëttitdin MWiunflut 9f«l.i»8o.
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teur; et le fameui bibliottiane anglais Askew flt, par caprice, relier un liyre dam de le peau hu* maine. Dam les anciens temps on relia souvent des livres dans des feuilles de cuivre, d'argent etd*or même, qu'on embellissait de gravures et de pierres plus ou moim précieuses. Il faut aussi compter au nombre des ornements extérieurs des litres Tenoadrement des pages, au moyen de lignes, tantôt simples, tantôt doubles, qu'on Y traçait à la plume {eM§mpla{r€ê réglée)^ ordi* nairement aveo de Tencre rouge; usage qu'on trouve d'ailleurs déjà dans les premières impressions, et notamment dans celles des Etienne. L'usage qu'on avait autrefois d'enluminer les gravures est entièrement passé démode, à moins cependant que les siijets ne l'exigent expressément, comme par exemple dans les ouvrages d'histoire naturelle ou qui traitent de costumes, attendu que les couleurs empêchent de bien apercevoir tout le mérite et la finesse du hurin. Aussi les exemplaires enluminés des gravures sur liois de Durer sont-ils moim estimés que ceux qui ont encore leur type primitif. Malgré tom les frais d'Imagination et de luxe par les* quels les bibliomanes renchérissaient les uns sur lesautres. Il se trouva un Jour que tous leurs moyens étaient tellement épuisés qu'on tomba sur cette idée vraiment luminevêe d'enrichir certains livres avec des gravures qui éclaircis-i sent, il est vrai, quelquefois le texte, mais qui ne conviennent pourtant pas toujours à ces sor** tes d'ouvrages, pour se procurer des exemplai-* res uniques. C'est aimi que la maison Longman à Londres offre aux amateurs une JUuêtruind copy du Btùgruphicêl dicUonarjr of ail thê Engraverê^ d'ailleurs tout ordinaire, de John Strott (i vol< in*4o, Londres, 178&^17ee), qu'eUe a eniée au point d'en faire 87 voL grand in-IoL, et pour laquelle elle dcBmnde t,000 livres steri.
La bibliothèque du duo de Roxburgh, qui M vendue à Londres en 1819, conserve, parmi tou* tes les ventes publiques dans lesquelles se montra rextravaganoe de quelques bibliomanes an^^is, un rang qui ne lui sera Jamais contesté. Tout y monta à des prix presque incroyables. On se rappelle que la première édition de Boccace, pu« bliée en 1471 par Taldarf, y fut adjugée pour la somme énorme de 9,960 livres, et on fonda en son honneur, l'année suivante, un BibliomanUh Mtmhmgh'ClHb dont lord Spencer est le présldent, et qui se réunit tous les am, le IS Juillet, jour anniversaire de la vente du Boccace, dam la taverne de aalnt^Alban. Comme pendant de ce ctaib figure en icoseele Aiitaii(r«**CI<^«
A#rès eee SMléiés opulentes, celle des bihliù*
phiUi de France formée il y a un petit nombre d'années et qui réimprime des ouvrages rares en autant d'exemplaires qu'elle compte de membres, mérite enoore d'être citée.
Il serait sans doute inutile de prouver davan« tage que la bibliomanie, après avoir pris son pre* mier développement régulier en Hollande, vers la fin du XVII* siècle, a maintenant fixé son siège principal eu Angleterre, et le rang qu'elle y occupe ne peut pas plus lui être disputé par les Vrançais qu^ par les Italiens, et encore moins par le petit nombre d'amateurs qu'on trouve cependant dans l'Allemagne méridionale. Les Anglais joignent à cela le mérite, assex équivoque d'ailleurs, d'avoir fait un système des idées les pim extraordinaires, qui peuvent passer par la tête d'un riche amateur, comme on peut le voir dans la BfbUomania or Book^Madneêê (Londres, 1811), et dans le Bihliographieal Decmmenm de Th. Frognal Dibdin (S voL, Londres, 1817). Coiiy. Lex.
BIBLIOPHILK. Ce titre convieni particulière* ment à celui qui ne cherche les livres ni par état ni par pauion, mais simplement dans le but de s'instruire et pour former une collection intéressante par le nombre et la variété des ouvrages. Le bibliographe, le bibliomaneetle blblio^ taphe peuvent aussi avoir droit à ce titre, mais avec moins de raison, puiéque, assembler des amas de livres sans discernement n'est pas prouver qu'on les aime. Le bibliophile, par sa collection des ouvrages les plus précieux pour la science , est très-utile aux travailleurs et aux gens imtruits, qui trouvent dans sa bibliothèque les sources les plm pures et les bons auteurs dont ils ont besoin. Le Utre de bibliophile appartient donc avec plus de raison à la personne qui aime les livres capables d'entretenir et de servir à la science qu'à celle qui, par une aveugle passion, recherche des ouvrages dont la ftintaisie fiait centupler le prix. Les services que le bibliophile rend aux savants doivent aussi être préférés à ceux que l'on doit au bibliomane, et qui nintéressent que le commerce des livres, auquels ils sont très-utiles en conservant à des Uvres sans Importance réelle une valeur arbitraire qui augmente les capitaux de ce corn* merce. Dior, ni là Coiiv.
BIBUOPOLES. For* LmAiilB.
llBUOTlliCAIBB.On apppeUe ainsi celui qui est chargé de la conservation, du soin, de la classification et du service d'une bibliothèque. Sous les rois cartovinglem, les bibliothécaires écrlvnlent, ëatcleiit et expédiident les actes de l'autorité royale. Les nettes Itoctions leur
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étaient confiées par les papes, et leur charge tenait le premier rang à la cour pontificale. Il en était de même des bibliothécaires des archevêchés, etc., surtout en Italie. — Toutes les qualités nécessaires à un bon bibliographe le sont aussi à un bibliothécaire, puisque cette science est celle à laquelle il doit surtout s*adonner. L'histoire littéraire et le mécanisme de la typographie lui sont essentielles pour décider du format, du caractère et de Pimpression de certaines éditions des xv et xtp siècles. La gravure sur bois et sur cuivre et récriture des différents siècles doivent être connues de lui pour qu'il puisse Juger du mérite des miniatures qui ornent la plupart des livres imprimés ou manuscrits, déchiffirer les textes contenus dans le volume dont il est aussi tenu de donner une description exacte, qui consiste à rendre fidèlement la lettre, la date, le nom de la ville, de Pimprimeur et de l'auteur d'un ouvrage, notions que l'on est obligé de chercher parf6is, soit à la tête ou à la fin d'une dédicace, soit dans la préface ou .dans le prologue pour les manuscrits, soit dans le privilège, dans les acrostiches, éloges, devises, emblèmes, etc.; il doit aussi compter les feuillets de l'ouvrage, ceux qui le précèdent ou le suivent en désignant leur emploi, indiquer si le livre est imprimé ou écrit à longues lignes ou à colonnes, si le caractère est romain, gothique, italique, etc.; si les chiffres, les réclames et les signatures s'y trouvent exactement ; compter et examiner les miniatures, et annoncer les index, tables, répertoires, etc. : tous ces renseignements font partie d'une description utile pour reconnaître complètement, soit un manuscrit, soit une édition princeps, et distinguer ceUe-ci des éditions postérieures. Le bibliothécaire ne doit pas être étranger à la numismatique, parce que cette science prête son secours à l'explication des faits les plus marquants rapportés par les historiens cUissiques. Après s'être familiarisé avec la connaissance des livres, il doit se faire un système de classification simple, facile, et qui, suivant l'origine et la filiation des connaissances humaines et les rapports qu'elles ont entre elles, doit présenter au premier coup d'œil un résultat capable de plaire à l'imagination sans fatiguer l'esprit. — Parmi les bibliothécaires les plus fameux de l'antiquité, dont les noms nous ont été conservés, on cite d'abord : Démétrius de Phalère. Ce savant présida à l'organisation de Ui fameuse bibliothèque d'Alexandrie, sous Ptolémée-Philadelphe, et eut pour successeurs lénodote, Ératosthène, Apollonius, Aristonyme, Aristophane, etc. — On rap-
porte aîqsi les circonstances qui firent choisir ce dernier pour occuper cette charge à la bibliothèque des rois grecs d'Egypte. Lorsque Ptolémée-Épiphane eut nommé six juges pour examiner les ouvrages envoyés au concours des jeux institués par lui en l'honneur d'Apollon et des Muses, le septième manquant, les juges d^à désignés proposèrent à ce roi de leur adjoindre un certain Aristophane, occupé depuis longtemps à lire les livres de la bibliothèque. Cette proposition fut agréée, et Aristophane, contre l'avis des six autres juges, décerna le prix à un poëte que l'on^ avait à peine écouté, accusant tous les autres concurrents de plagiat, ce dont il les convainquit en allant lui-même chercher les ouvrages, et en leur faisant voir les passages pillés par eux. L'on ne connaît aucun bibliothécaire des diverses viUes de la Grèce. Asinius Polllon oii^nisa le premier une bibliothèque à Rome; la mort de Jules-César arrêta le plan qu'il avait conçu pour la réunion de livres grecs et latins, et dont le soin avait été confié par lui à Yarron. Les deux grammairiens Melissus et Lucius Hygenus furent les bibliothécaires des bibliothèques Octavienne et Palatine. Un nommé Antiochus et un certain Julius Félix furent aussi chargés de conserver tous les ouvrages latins de la bibliothèque du temple d'Apollon, et l'autre les livres grecs de la Palatine. Dans le moyen âge, la première personne qui fut chargée en France de ranger la bibliothèque des rois, devenue publique, fut, sous Charles V, Gilles Malet, valet de chambre de ce roi, à qui l'on donna le titre de maistre de la librairie du roy. Il eut pour successeur Antoine des Essarts, Jean Maulin, Garnier de Saint-Ton. Robert Ga-Guin, ministre des Malhurins, a été, selon plusieurs auteurs, bibliothécaire sous Louis XI, mais on n'en a pas de preuves bien certaines. Laurent Palmier était alors garde en titre de la bibliothèque royale. Guillaume Budé fut le premier bibliothécaire en chef; François I«r créa cette charge pour lui. Après Budé, les provisions en furent expédiées par les rois à Pierre Ghastelin, Pierre de Montdoré,' Jacques Amyot, Jacques-Auguste de Thou, François de Thou, Jérôme Bignon, Jérôme Bbgnon fils du précédent, Camille le Tellier, Jean- Paul Bignon, Jérôme Bignon, et Armand Jérôme Bignon fut le dernier bibliothécaire du roi. Une loi de l'an iv organisa nationalement ce vaste établissement, supprima cette charge et nomina des conservateurs qui, à droits égaux, partagèrent la responsabilité et l'administration. Depuis cette époque, plusieurs Aoms célèbres dans la littérature, les sciences et la bibliographie, sont
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venus contribuer de leurs lumières et de leur 2èle à augmenter ce dépôt si précieux. De ce nombre sont l*abbé Barthélémy, Hillln, Langlès, la Porte du Tbeil, legrand d*Aussy, Gaperonnier, Gail, A. Rémusat, Cbézy, Dacier. — La science du bibliothécaire devrait être pour ainsi dire universelle : Parent, dans son Essai sur la bibliographie, trace ainsi les devoirs de ce fonctionnaire : « Le bibliothécaire doit être exempt de préjugés politiques et religieux; il n'est le .prêtre d*aucun culte, le ministre d*aucune secte, Pinitié d'aucune coterie, le partisan idolâtre d'aucun système. Il se doit au public, et surtout à la foule des vrais amateurs qui trouveront en lui une bibliothèque parlante, qui tireront plus de secours de sa vaste et complaisante érudition que de ses registres d'ordre. Il se doit à une jeunesse studieuse, curieuse et avide d'instruction, pour qui il sera un guide sûr, qui les conduira aux sources les plus pures. Il doit être pour les professeurs des écoles publiques un confrère utile, un ami éclairé, un conseil permanent, qui, de concert avec eux, travaillera au succès de rinstruction publique. • Ce n'est donc pas sans raison que l'on compare le bibliothécaire ignorant à l'eunuque chargé de la garde du sérail. C'est un bibliothécaire de cette espèce qui, trouvant un livre hébreu, le porta ainsi sur son catalogue : Item, un livre dont le commencement est à la fin. L'académicien et ambassadeur Guill. Bautru, ayant visité la bibliothèque de ilscurial, dont le bibliothécaire était si ignorant qu'il ne connaissait pas même la plupart des livres de sa collection, dit au roi d'Espagne qu'U devrait donner l'administration de ses finances à son bibliothécaire de l'Escurial. Le roi en demanda la raison. « C'est, lui répondit Bautru, parce qu'il n'a jamais touché à ce que Votre Majesté lui a confié. » Si l'on veut, au contraire, citer le modèle du bibliothécaire, pour la science, le zèle, l'obligeance et le dévouement le plus complet et le plus désintéreteé, tout le monde nommera feu le vénérable Yan Praet (t7<>;^.). A. CHiiMPOLLioiirFiGiAC. BIBLIOTHÈQUE. Ce nom est formé de deux mots grecs dont le premier, /ScSyos ou /S^A^ov,
■ Lm phu rcniarq«uik>I«t àa ces jonrnaiix soat les svItmiU : Bi- Uithè^Ê» utthêntliê dt* scineu, Mitê-Uttrt* gi arts, commeiicée MM 1« tïtf S» Biiliodùquê hritOKniquê» pvbUëe par Flctet cl lfmrie«, G«B«Te, 1796-1815, 140 toI. Id-8*, cK conUnn^ mus l'Mire titr* jaaqa'i c« jour. — BMiolKèquê gtrmMu'qtit publiée fmr Lcaiut, de Beeiuobre, de llandcire, ForaMjr, etc. Anuterdom, 1720.1740, Ib-12, «t coottnsée esealM aom$ d'tvtrce titrée joeqa'cn 17€0. — BiUiathiqaê mthêrttilê ëlUwnmmdê («o/. Nicoi^î), Ber^ lte,16Q&4681, IM vol. i»8». If ou cUooat encore la Biblh»
signifie livre, et le second, 0^x>}, dép^t, lieu où Ton place. Ainsi, selon le sens littéral, bibliothèque veut dire un lieu destiné à renfermer des livres.
Mais en s'écartant du sens littéral, la collection des livres même a reçu le nom de bibliothèque; et, par extension encore, ce nom est donné à des recueils plus ou moins considérables, tels que la Bibliotheca sacra, la Bibliotheca patrum, la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, la Bibliothèque rabbiniqu,e, les Bibliothèques grecque et latine de Fabricius, la Bibliothèque de Photius, la Bibliothèque des théâtres, des romans, des dames la BibUo" thèque chimique , la Bibliotheca hispana, la 'Bibliothèque historique de la France, etc. Un grand nombre de journaux ont été publiés à Paris, à Genève, à Berlin, et sur d'autres points à l'étranger, sous le titre de Bibliothèque; et c'est encore le même titre que plusieurs ordres monastiques ont adopté pour la publication des listes biographiques de leurs écrivains '.
Nous ne nous occuperons point ici des divers systèmes bibliographiques, concernant le classement des livres dans les bibliothèques (vox» Cktalo«uk), ni des soins qu'il faut prendre pour préserver les livres de l'humidité, de la poussière et des vers, ^cjr* Livbes.
Les bibliothèques sont les réservoirs de l'esprit des siècles, les dépôts des littératures anciennes et modernes» les archives du génie de l'homme, et aussi celles de sa faiblesse, de sa folie et de ses longs égarements.
C'est aux bibliothèques des monastères, dans les premiers siècles du christianisme, que nous devons la conservation de tout ce qui nous reste desL livres de l'antiquité. Pendant les longues irruptions des barbares qui amenèrent la chute de l'empire romain, et l'érection des États modernes sur ses vastes débris, les monastères étaient seuls respectés dans le tumulte des armes, dans rincendie ou le sac des villes, dans le pillage et la dévastation. Or dans chaque monastère se trouvaient, avec une bibliothèque, des moines légendaires, chroniqueurs et copistes. Là seulement il n'y avait ni héritage, ni partage,
Oique grtcfÊê de Coray, Parb, 1805 et eolT., Io-8«{ Bihliotkèqmt dêê Fo/agtSs de Spcengd, Ehraunn et Bertuch, en laogae ellemande; Wetmar, 1800 juequ'i ce joar, lii<8«, et la BiblioUuquê wu'vgrstUg âtt F'ofsgtSf de Boucher de la Richarderle, ParUf ISpS, 6 Tol. tn-So; ches Trcvttel et WôrU. — Pour diflerenu aatrcs oaTragee du même nom mme renvojoiu le lecteur an Die tioimmirê biUiogrûphiqa* do M. Ebert, et aortont à rexcellent
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ni dispersion : tout restait, tout était conservé. Sans doute Tignorance générale avait aussi ses ténèbres dans les cloîtres : elle a dû foire périr, par le grattage du vélin , bien des livres où les poètes H les philosophes ont été métamorphosés en psautiers et en missels, où Ton a fait d^Horace un père de TÉglise, de TArt d^aimer un rituel, et de Pétrone un théologien (90/. Palimpseste); mais si les moines ont ainsi causé la perte ou la mutilatipn d*un grand nombre d*ouvrages dont il ne restle plus que le titre ou des fragments, il est juste de reconnaître que tout ce qui nous reste de Tantiquité, c*est à eux, à eux seuls, que nous le devons; et il faut ajouter encore que, 8*ils nous ont conservé la plupart des historiens de la Grèce et de Rome, ils ont aussi rédigé les chroniques des premiers siècles modernes, comme celles du moyen Age; en sorte que, sans eux, nous n^aurions point d*histoire.
On peut juger de Tétat de la civilisation d^un peuple, moins par retendue et la magnificence que parle nombre de ses bibliothèques publiques et particulières. Celles-ci surtout sont un indice certain du progrès des lumières. Or, il serait impossible de compter dans Paris les cabinetsbibliothèques qu*il renferme : le nombre en est prodigieux; à aucune époque, il ne fut aussi considérable, et souvent il s*en trouve plusieurs dans la même maison.
Parmi les bibliothèques publiques, les unes sont générales, c*est-à-dire qu^elles embrassent toutes les sciences, et sont, pour ainsi dire, des encyclopédies de Tesprit humain, comme à Paris la bibliothèque Royale, celles de TArsenal, du Panthéon et la bibliothèque Mazarine; les autres sont spéciales, comme celles de PÉcole de médecine, du Muséum d'histoire naturelle, du Conservatoire des arts et métiers, du Conseil des mhies, etc.
On pourra consulter les articles BibliothA- GAiRB , Livftss , Catalogues , Hanusgiits , etc. , pour connaître tous les détails de la composition d*une bibliothèque; Ici nous nous bornerons à donner le tableau des collections de ce genre les plus célèbres chez les anciens et chez les modernes, dans les diverses parties du monde.
lo Leê Hébreux. Les plus anciennes bibliothèques paraissent avoir été celles des Hébreux. Motte avait ordonné, dans le Deutéronome (chap. xxii), de placer les livres sacrés dans Parche du Seigneur. Les Ubles de pierre de la loi, où furent écrits les dix cominandements, étaient conservées dans cette arche dite d'alliance. Le législateur d*Isra<ll fit faire, selon quelques auteiift, 11 copies de la Loi qu'il dis-
tribua aux là tribus, et, selon Maimonide, une treizième copie fut donnée aux Lévites. Les interprètes ne s'accordent pas sur la question de savoir si le volume sacré fut placé dans Tarche avec les tables de pierre, ou s'il fut déposé dans la plus secrète partie du sanctuaire avec les livres de Moïse, le livre de Josué et ceux des prophètes. Il était défendu de lire les livres saints, et même d'y toucher. Si ce n'était pas le moyen de les faire connaître, c'était du moins celui de les préserver de l'altération du texte par les copistes et des variations des interprètes, qui, dans la suite, devinrent si nombreux, que la seule nomenclature de leurs commentaires ferme un gros vol. in-fol., dans la Bibliotheea sacra du père Lelong.
On dit qu'après le retour de la captivité de Babylone, Esdras et Néhémie rassemblèrent les livres de Moïse, les livres des Rois et ceux des Prophètes qui avaient pu échapper au saccageinent du temple et de sa bibliothèque par les Babyloniens. Mais les auteurs sont loin de s'accorder sur ce point historique qui a été longtemps controversé.
Il en est de même du nouveau rétablissement de la bibliothèque sacrée, qu'aurait exécuté Judas Machabée lorsque Antiochus en eut brûlé la plus grande partie, et qu'il eut ordonné par un édit de mettre à mort tous les Juifs chez qui seraient trouvés des livres de la Loi (AfocA., 1. 1, c. I, vers. 59-60). Un des rabbins qui ont écrit tant de contes absurdes , rabbi Bei^amin , afiBrme, dans la relation de ses voyages, qu'on voyait de son temps ( xii« siècle ) sur les bords de l'Euphrate, dans un lieu qu'il désigne, à c6té du tombeau du prophète Ézéchiel, la bibliothèque sauvée de l'ancien temple détruit et du temple rebâti dans Jérusalem; mais Manassès de Grceningue et d'autres savants, dont le témoignage ne peut être suspect, ayant fait exprès le voyage de Mésopotamie pour voir ces antiques monuments, déclarent n'en avoir trouvé aucun vestige.
Lorsque l'Évangile du Christ vint remplacer la loi de Moïse, l'Académie de Jérusalem était composée de 450 synagogues ou collèges, et chaque synagogue avait sa bibliothèque sacrée où les Juifs allaient lire les saintes Écritures {Jetés, XV, 21 ; £v. de S. Luc, IV, 16-17).
Après la ruine de Jérusalem et la destruction de son temple par Titus (l'an 70 de notre ère), les Juifs se dispersèrent dans le monde sans ponvohr s'y constituer en corps de nation | et depuis cette époque, leurs rabbins ont écrit une foule de livres pleins de rêveries, le Talmud, des
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paraphrases, des recueils de traditions rabbiniques; ils ont des synagogues, mais ils n*ont plus de bibliothèques.
9o t'ÉffXpte. Sa plus ancienne bibliothèque fat fondée, selon Diodore de Sicile, par Osymandias qui vivait 19 siècles avant notre ère , et qu*on fait contemporain de Priam. Pierius ra* conte que cette bibliothèque était magnifique, ornée des statues de tous les dieux d^Égypte, et que le roi fondateur it écrire ces mots sur le frontispice du monument : Le trésor deê #«• mèd€9 de Vâmê* Hais ce trésor, contre Teiistence duquel d'ailleurs des doutes peuvent être élevés, devait être peu considérable. Les livres n'abondaient pas dans ces temps reculés qui n*ont point d'histoire, et les statues des dieux se trouvaient sans doute en plus grand nombre que les volumes. Ces derniers étaient tous écrits par des prêtres, car les livres divins attribués aux deux Mercures égyptiens ne nous sont connus que par des titres peut-être menteurs, et les écrits de Manéthon sont bien postérieurs à la guerre de Troie.
Memphis eut, quelques siècles plus tard, une grande bibliothèque qui était placée dans le temple de Vulcain. S'il fallait en croire le poète Naucratès, qui fit des élégies commandées par la fastueuse douleur de la reine Artémise, vers l'an 3IK> avant Jésus -Christ, Homère aurait trouvé et volé dans ia bibliothèque de Memphis les poèmes Immortels dç l'Iliade etde l'Odyssée, et s'en serait déclaré l'auteur.
La plus célèbre de toutes les bibliothèques de Tantiquité fbt celle d'Alexandrie (v€y. ALXXâR- DRiB, école d'); on s'accorde généralement à lui donner pour fondateur Ptolomée-Soter, qui mourut l'an 9S5 avant Jésus-Christ. Ce prince chargea Bémétrius de Phalère du soin de la former. IM recherches de livres furent faites à grands frais chex tous les peuples de la terre, et, selon saint ipiphane, Bémétrius réunit une collection de 54,800 volumes. L'historien Josèphe prétend que le nombre des volumes recueillis était de 200,000, et que Bémétrius se flattait de l'élever jusqu'à 500,OOQ. Mais £usèbe dit qu'à U mort de Ptolomée-Philadelphe, fils et successeur de Soter, la bibliothèque d'Alexandrie ne contenait pas plus de 100,000 volumes. Philadelphe avait fait chercher dans la Perse, en Ethiopie, à Rome et dans Athènes, un grand nombre de U- Tres. Il acheta de Nélée, à des prix exorbitants, une partie des ouvrages d'Aristote. 11 fittraduire en grec l'Ancien Testament par 70 interprètes. Ptolomée dit PkUcon (le ventru), mort l'an 116 ^vant Jésus-Christ, augmenta, comme l'avaient
fait tous ses prédécesseurs, la bibliothèque d'Alexandrie. On dit que, dans une famine qui dé« solait TAttique, il refusa aux Alhéniena le blé qu'ils achetaient tous les ans en Egypte, Jusqu'à ce qu'ils lui eussent envoyé, pour les transcrire, disait-il, les originaux des tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Suripide, et qu'il les garda, en renvoyant à Athènes les copies qu'il en fit foire, et en abandonnant d'ailleurs 15 talents qu'il avait consignés pour sûreté du prêt des originaux.
On raconte que la bibliothèque d'Alexandrie, incessamment accrue par les Ptolomées, avait fini par réunir 700,000 volumes. Mats ces volu* mes étaient des rouleaux qui contenaient peu de choses. Si un ouvrage était divisé en 30 ou 60 li« vres, il y avait 80 ou 60 rouleaux, qui d'ailleurs avaient peu de surface , et 100 de ces rouleaux auraient été facilement compris dans un de nos volumes in-folio, car ils n'étaient ordinairement écrits que sur le r«c/o. Aussi saint Jean signalet-il, comme livre extraordinaire, un rouleau qui était écrit des deux côtés, 9criptu9 intuê ot /àrtê.
On sait que Jules-César, assiégé dans Alexandne, fut réduit à brûler la flotU qui était dans le port, et que l'incendie, ayant gagné les maisons voisines, se communiqua au quartier de Brucbion où était placée la bibliothèque, et qu'elle fut consumée par les flammes. Quelques auteurs rapportent que 400.000 volumes furent seulement brûlés, que 800,000 autres purent être sauvés, et que, réunis aux 300,000 volumes de la bibliothèque de Pergame, qui furent donnés par Antoine à Cléopàtre , ils formèrent la nouvelle bibliothèque du Sérapelon, qui ne tarda pas à devenir aussi considérable que l'avait été celle du Bruchion. Mais elle eutencoreses révolutions* Snfln, après avoir été plusieurs f6is pillée et ré- ' tablie sous les empereurs romains, incendiée en 891 dans une émeute à laquelle le culte de Sérapis donna lieu, elle fut détruite, Tan 650 de l'ère chrétienne, sur un ordre du calife Omar. Ainsi périrent à Jamais un grand nombre d'auteurs de l'antiquité, et, après tant de siècles, cette perte est encore déplorable. Cet acte de fanatisme a été un peu reproduit en Espagne, sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, lorsque, après l'expulsion des Mores, le cardinal Ximénès fit brûler, sur les remparts de Grenade, tous les exemplaires du Coran et ses nombreux commentaires, c'esi-à-dire plusieurs milliers de mh nuscrits arabes.
3« Perganu. Les rois Bumèoe et Atlale, vo»> lant, par une noble ésMiUtien, rivaliser ea gnds-
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deur et en magoificence avec les Plolomée d*£gypte, fondèrent une bibliothèque célèbre dans Pantiquité, et qui , selon le vieux Pline, contenait 200,000 volumes. Raphaël Yolateran a prétendu que cette bibliothèque fut brûlée Ion de la prise de Pergame ; mais Pline et d^autres auteurs assurent que Marc-Antoine en fit présenta Gléopâtre. Cependant Strabon dit que, de son temps, c'est-à-dire sous le règne de Tibère, Pergame la conservait encore. Quelques savants ont pensé qu*on pouvait concilier les témoignages contradictoires de Pline et de Strabon, en supposant qu*Auguste, qui se plaisait à défaire tout ce qu'Antoine avait fait, rétablit dans Pergame, après la victoire d'Actium, qui lui valut Tempire du monde, la bibliothèque que son rival avait fait transporter à Alexandrie; mais ce n'est là qu'une conjecture.
w 4« Grèce. On ne sait rien de certain sur l'histoire des Grecs avant la guerre de Thèbes, et cette histoire est encore obscure et mêlée de fftbles dans les temps homériques.
Les Lacédémoniens n'avaient point de livres. Leur langage, si concis qu'il est devenu proverbe sous le nom de laconisme, rendait pour eux l'écriture superflue, et leur mémoire suffisait à garder le souvenir de ce qu'ils voulaient savoir. Mais les Athéniens, grands discoureurs, eurent besoin de beaucoup écrire. Les sciences et les lettres fleurirent dans l'Attique et bientôt les livres se multiplièrent. Ce fut le tyran Pisistrate qui, selon Yalère-Maxime, fonda dans Athènes la première bibliothèque publique. C'était un moyen de distraire le peuple de la perte de sa liberté. La bibliothèque que Pisistrate avait fondée, et dans laquelle était comprise, dit-on, la première coUection des rapsodies dont se composent les deux pommes d'Homère, s'était considérablement accrue, et d'autres bibliothèques enrichissaient Athènes, lorsque Xerxès , s'étant emparé de cette ville, fit, dit.on, transporter dans la Perse tous les livres qu'il y trouva. Cependant, quelques siècles après, si l'on en croit Aulugelle, tous ces livres furent rendus aux Athéniens par Séleucus Nicator.
Cléarque, disciple de Platon et tyran d'Héraclée, se fit pardonner ses cruautés en fondant une bibliothèque dans sa capitale. Il y avait, selon Zwinger, dans l'tle de Cnidos (une des Cyclades), une bibliothèque qui, d'après une tradition plus que douteuse, aurait été brûlée par l'ordre d'Hippocrate, parce que les insulaires auraient refusé de suivre sa doctrine. Ce serait, sans contredit, la plus mauvaise ordonnance de médecin, si oeUe-ci méritait quelque créance.
Le savant Camérarius cite la bibliothèque d'Apamée comme l'une des plus célèbres de l'antiquité; et, dans son Apostolicavaticana, Angelo Rocca prétend qu'elle contenait plus de 20,000 volumes, nombre qu'il serait permis de croire exagéré, si on ne savait ce que les anciens entendaient par volume. Parmi les bibliothèques parUculières, celle d'Aristote occupe le premier rang; après la mort du philosophe, elle tut achetée par Apellicon deTéos, et Sylla, en ayant fait l'acquisition, la fit transporter à Rome.
5o Romains, Leurs bibliothèques furent longtemps moins considérables que celles des Grecs. Il y avait à Rome deux sortes de bibliothèques, les unes publiques, les autres particulières. Les premières étaient comme les archives de la république et de l'empire : on y conservait les lois, les sénatus-consultes et les édits. U y avait aussi des bibliothèques sacrées confiées à la garde des pontifes, des augures , des décemvirs , etc. Là étaient gardés les livres sibyllins et tous les écrits qui regardaient la religion, tels que les livres pontificaux, les livres rituek, les livres achérontiques, les livres fûhninants, les livres des augures, des aruspices, etc.
Les bibliothèques particulières étaient celles que d'illustres Romains avaient formées pour leur usage particulier et dont plusieurs furent rendues publiques. La première dont 11 soit fait mention dans l'histoire est celle que le sénat donna à la famille de Régulus, après la prise de Carthage, et qui se composait de tous les livres que le vainqueur avait trouvés dans cette ville, principalement de 38 volumes que l'AfHcain Magon avait écrits sur l'agriculture, et qui furent alors traduits en latin. La bibliothèque de Paul-Émile fut apportée par lui de Macédoine, après la défaite (l'an 168 avant J. C.) de Persée, qu'il mena lui-même en triomphe à Rome. On lit dans Plutarqueque Paul-Émile distribua cette bibliothèque à ses enfants; mais Isidore, dans ses Origines t dit positivement que Paul-Émile légua s%^ livres aux Romains.
U a d^à été question de la bibliothèque de Sylla dont celle d'Aristote fut la base. Asinius PoUion forma, pour en foire présent à Rome, une riche bibliothèque qu'il composa des dépouilles des peuples par lui vaincus et d'un grand nombre de livres achetés à grands frais. U orna ce dépôt public de portraits d'hommes célèbres dans les sciences et dans les lettres. Lucullus ne plaça pas tout son luxe dans les festins : Plutarque rapporte que sa bibliothèque était l'une des plus riches du monde, non moins par le nombre des volumes que par les ornements qui la déco*
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raient. Le plus savant des Romains, Varron, avait une belle collection de livres. La bibliothèque de Cicéron fut augmentée de celle de son ami Atticus, Tune des plus considérables de ce temps, et le consul romain disait qu*il la préférait à tous les trésors de Crésus. La bibliothèque de Jules-César n^était pas moins considérable; la garde en était confiée au célèbre Varron. Les poètes du siècle d'Auguste parlent souvent de la bibliothèque que ce prince établit sur le mont Palatin, près du temple d*Apollon, et qui fut appelée palatine. (Test là que les favoris des muses Tenaient réciter et déposer leurs ouvrages.
ScrtpuPsUtmm»
rtctpif JpoHù,
HOBAT.
A Texemple de César et d*Auguste, Tempereur Vespasien fonda une grande bibliothèque près du temple de la Paix. On vante encore celles de Pline et du poète Silius Italiens.
Mais la plus magnifique de toutes les bibliothèques de Tempire fut celle de Trajan, connue dans Pantiquité sous le nom de bibliothèque Ulpienne. On lit dans divers auteurs que cet empereur fit porter à Rome, peut-être par le conseil de Pline le Jeune, son favori et son panégyriste, tous les livres qui se trouvaient dans les villes conquises par les armes romaines, et qu'ils furent placés dans sa bibliothèque. Raphaël Yolateran dit que Trajan avait fait écrire les actes du sénat et les belles actions des prince^ sur des pièces de toile qu'il fit couvrir d'ivoire.
Isidore et Boèce parlent avec admiration de la bibliothèque de Sammonicus Sirenus, précepteur de l'empereur Crordien. Elle contenait, disent-ils, 8,000 volumes choisis ' et placés dans un appartement pavé de marbre doré, dont les murs étaient lambrissés de glaces et d'ivoire, et où les armoires et les pupitres étaient en bois de cèdre et d'ébène.
Bibliothèques des première chrétienê. On a dit que les premiers chrétiens avaient brûlé les livres de l'antiquité païenne, pour ne conserver que les livres relatifis à leur religion. Cette accusation paraît fausse ou du moins très-exagérée. Il est à présumer que, dans la primitive Église, les livres profenes étaient peu recherchés; mais il serait téméraire d'admettre qu'un fanatisme religieux ait voulu les détruire. Il sufiBt de parcourir les écrits des Pères, pour se convaincre qu'ils lisaient les auteurs anciens. Peut-être aussi l'empereur Julien fut-11 à tort accusé d'avoir voulu interdire, dans les écoles des chré-
l D'mtrti avtfwt l'ont port^ à 62,000 tolmnet. »,
tiens, l'usage des livres classiques; mais cette accusation même prouve que, loin d'être proscrits, ces livres étaient admis dans l'instruction publique. Les historiens parlent avec éloge de la bibliothèque de saint Jérôme et de celle de George, évêque d'Alexandrie. Saint Augustin dit que, dans la bibliothèque d'Hippone, on lisait assidûment Homère, Virgile, et sans doute aussi tous les auteurs qu'il nomme dans son grand ouvrage de la CUé de Dieu. C'est ainsi que la bibliothèque disidore dePeluse (v« siècle) devait contenir les nombreux auteurs qu'il cite, dans ses ipitres; celle d'Isidore de Séville, les livres des anciens dont il publia des fragments (vii« siècle); et celle de Photius, (ix« siècle) les 904 volumes dont il fait l'analyse. Jules l'Africain avait fondé à Césarée une grande bibliothèque , qui fut augmentée par l'historien Eusèbe, par son ami Pamphile, prêtre de Laodicée, et par saint Grégoire de Nazianze. La bibliothèque d'Antioche était célèbre lorsque l'empereur Jovien la fit, dit-on, détruire pour plaire à sa femme. Chaque église enfin avait sa bibliothèque pour l'usage de ceux qui s'appliquaient aux études. Eusèbe l'atteste, et il ajoute que toutes ces collections de livres furent brûlées et détruites avec les temples où elles étaient conservées pendant la longue persécution de Biodétien.
Bibliothèques des empereurs d'Orient à Constantinople. Selon Zonare, Constantin le Grand fonda, l'an 336, la fameuse bibliothèque de Constantinople, qu'il composa de livres rassemblés ou trauscrits à grands frais. Dans leur aveugle haine contre l'empereur Julien , les chrétiens l'ont accusé d'avoir voulu détruire la bibliothèque de Constantinople, afin de les tenir plongés dans l'ignorance. Mais l'histoire nous apprend que Julien fonda lui-même deux grandes bibliothèques, l'une à Constantinople, l'autre à Antioche, et qu'il fit écrire ces mots sur leurs frontispices : Jlii quidem equos amant, alii aves; alii feras; mihi vero a puerulo mirandum acquirendi et possidendi libres insedit desiderium. La bibliothèque de Constantin ne contenait d'abord que 6,900 volumes; mais Théodose le Jeune la porta en peu de temps à 30,000, ou même selon quelques auteurs à 100,000. C'est dans cette bibliothèque que fut déposée la copie authentique des actes du concile de Nicée (tenu l'an 335). On raconte qu'on y voyait une copie des Évangiles, reliées en plaques d'or du poids de 15 livres, et enrichies de pierreries, et tous les ouvrages d'Homère, écrits en lettres d'or. Il est parlé dans le code Théodosien (liv. XII, tit. 9) de 7 copistes employés à la bibliothèque de Con-
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•UntiDople, sous les ordres du bibliothécaire principal. Ce nombre avait été porté à 19 lorsqu*en 750 Tempereur Léon III, dit VJaaurien, D^ayant pu amener, ni par promesses, ni par menaces, le bibliothécaire Loscunénique et ses 12 copistes à se prononcer contre |e culte des images, fit entourer la bibliothèque de fascines, d*autres matières combustibles, et brûla les livres avec ceux qui les gardaient, comme il faisait brûler les images. Alors périrent encore de prédeux trésors de Pantiquité.
Bans le vni« siècle, Constantin Porphyrogé- Dète forma une nouvelle bibliothèque qui ne fut pas détruite à la prise de Constantinople par les Turcs (1455). Mahomet II ordonna qu^elle fût conservée, et elle resta déposée dans quelques appartements du sérail Jusqu*au règne d^Amurath lY qui, dans sa haine contre les chrétiens, prononça sa destruction, au commencement du xvii« siècle; et lorsqu*en 1790 deux savants académiciens, TabM tévin et Fourmont, furent envoyés par le gouvernement français, à Constantinople, pour obtenir d*Achmet III la cession de quelques manuscrits grecs, le résultat de leur mission fut peu satisfaisant.
Bibifothèqmeê du tnojrtn âffê. Les barbares avaient détruit dans leurs longues Invasions une grande partie des trésors de Tantiquité littéraire, et cette perte a été irréparable. Cassiodore, qui avait été ministre et favori de Théodoric, roi des Goths en IUlie, dégoûté du monde et des grandeurs, se retira dans un monastère qu*il avait ftiit construire, afin de fipir ses Jours dans Pétude et dans la solitude. Il forma une bibliothèque pour son usage et pour celui de ses compagnons, et il y avait sans doute recueilli tous les auteurs qu*il cite dans ses ouvrages. Le pape Hiiaire 1% mort Tan 468, fonda deux bibliothèques à lome; un peu plus tard Zacharie I*», mort en 759, en éublit une, dit Platine, dans réglise de teint-Pierre. Vers le même temps , Charlemage fonda celles de l*lle Barbé, près de Lyon, d* Aix-la-Chapelle et de 8aint-6all. Tous les monastères, toutes les églises cathédrales eurent bientôt leurs bibliothèques et leurs écoles. On trouve des détails curieux sur les bibliothèques du moyen âge dans les jici. ss. Bened,} on y voit les moines de la célèbre abbaye de Fleury ne songer qu*è Muver leur bibliothèque dans un incendie qui consuma tout leur mobilier. Le nombre des volumes était peu considérable dans les bibliothèques |iu 1«, du xi« et du xti* siècle; il ne s*élevait qu*à 00 dans la bibliothèque du mont Cassin, et ce n*était pas celle qui avait le moins de renommée*
La bibliothèque que saint Louis avait fondée dans la Sainte-Chapelle, où il admettait les hommes studieux à venir sMnstruire avec lui, et que nous f6nt connaître 6od. de BeauUeu, et Vincent de Beauvais dans sa Bibliotheea mmndi, fut léguée par le saint roi aux monastères, dans un esprit deconservation et comme s*il eût prévu le sort de la bibliothèque de Charles V, qui passa en Angleterre après la mort de Char^ les VI.
Nous arrivons aux États modernes.
ITAUB. Lltalie possède un grand nombre dt belles et riches bibliothèques dont piusleun Jouissent dans le monde savant d*une réputation méritée. M. Valéry, bibliothécaire de Louis XVIII et de Charles X, les a toutes visitées et décrites, peut-être avec trop de détails, dans son f^f^agê en ItaU; publié depuis la révolution de Juillet.
Rome. La célèbre bibliothèque du Vatican fut fdndée par le pape Nicolas V (mort en 1455) % lorsque Timprimerie venait d*étre découverte. On dit qu*il avait réuni 0,000 volumes qui ne pouvaient être encore que des manuscrits. Plusieurs pontifes avaient augmenté cette bibliothèque, lorsqu'elle fut presque entièrement détruite pendant le sac de Bome par Tarmée do Charies-Ouint (1597). Sixte-Quint la fesUura; Léon X Tagrandit encore, et le cardinal Baro* nius (mort en 1607) la comparait à un vaste filet qui reçoit toutes sortes de poissons , bons et mauvais. Cette bibliothèque contient maintenant plus de 50,000 ouvrages Imprimés et 40,000 manuscrits. Parmi ces derniers est un Virgile qu'on- croit avoir été écrit dans le vu* et peut-être dans le vi« siècle; un Térence qu'oo suppose avoir été copié sous le règne d'Alexândre-Sévère (mort Tan 999) et par son ordre; les Actes des Apôtres en lettres d*or; les sonnets de Pétrarque écrits de sa main, etc. La bibliothèque vaticane remplit une galerie de 904 pieds de long sur 48 de large, et plusieurs appartements ornés de fresques admirables. Bile est divisée en trois parties, dont la première est seule ouverte au public. Il faut des protections pour être admis dans la seconde, et Paccès de la troisième est plus difiBcile encore. Il n'existe point de catalogue général imprimé; mais il a été publié de savants ouvrages sur cette bibliothèque. Noua citerons les Raggionamenti de Mutio Pansa, 1500, in-4o; VJpostotica vaiicana d'Angelo Bocca, 1501, in-4o : on y trouve le calaloguo de 10,000 manuscriU; la MiMoihêca oriêHtmliê
• Qm^9ê •ttltort es foyi rcttoatcr forif tM 1 (M^On k Qnmd et mimtk Sdat-Hilali* qml fat Mfl* daas k ebaln foMl. BftÊiê an ve tUcto. S.
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ChmentinthFaHeana de Jos.-Sim. Asiemani, 1719-1794, 4 Tol. in-fol, ouvrage estimé. On im* prima en 1804, à Leipzig, le catalogue dei manuscrits au^nombre de 501 , de 136 anciennes éditions, de 787 anciennes monnaies, et de 18 Tases étrusques, qui furent remis aux commissaires français, par ordre de Pie YII, en 1797. Mais les plus précieux de ces manuscrits, entre autres le procès de Galilée, ont été réclamés et rendus en
Il existe à Rome un grand nombre d*autres bibliothèques. Nous citerons celle de Sainte* Marie de la Minenre, appelée Cananata parce qu*elle avait appartenu au cardinal de ce nom. J. B. Andlfredi en a publié le catalogue, 1761- 1788, 4 Tol. in-fôl.; la bibliothèque du collège romain, où ont été réunis les livres et le musée du célèbre KJrcher; la bibliothèque Borgiane, riche en manuscrits de Chine, du Pégu, de 8iam, etc., dont P. à San Bartolomeo a donné la description (Rome, 1703, in-4sâg.); la bibliothèque Barberine, contenant 60,000 volumes et plusieurs milliers de manuscrits; la bibliothèque Colonna non moins riche que la précédente; les bibliothèques de Sainte-Marie in Jra cœli, des Jésuites, des Oratorieos, des Augiisttns, de la Chiesa nova , de Saint-Isidore, des cardinaux Montalte, Gorsini alla Langara et Pamphili; du prince Borghèse, etc. On prétend que dans les dernières guerres d*Italie, les Français ne couvèrent à Rome qu*un seul exemplaire des œuvres de Voltaire. Mais c'est sans doute une épigramme contre l'inquisition romaine.
Bologne, La bibliothèque de Tuniversité contient les manuscrits de Marsigli, ceux dû naturaliste AIdrovande en 187 vol. in-fbl, ; ceux de Benoit XIY, du moins en partie. Mais les Bolonais ont la singulière prétention de montrer le Pentateuque écrit en très-beaux caractères sur une grande peau qui est fort longue, de la main même d*Bsdras, qui vivait 467 ans avant J. C. Cette grande rareté bibliographique, dont la supposition a été prouvée sans peine par Hottinger, serait bien plus précieuse que les prétendus autographes de saint Marc et de saint Jean Tévangéliste, qui sont conservés à Venise et à Florence. Les voyageurs français diffèrent singulièrement sur le nombre des volumes de la grande bibliothèque de Bologne : Bichard n'en compte que 50,000, tandis que Lahinde en assigne 1 15,000. Il y a deux autres grandes bibliothèques à Bologne. — Ferrare, Sa bibliothèque est riche en manuscrits et en monuments curieux de l'antiquité. — Céaène a une bibliothèque riclie en manuscrits dont J. M. Muccioti a fait
imprimer le catalogue avec des notes, 1780-1784, 9 vol. In-fol., 8g. — - Frasoati possède une belle bibliothèque fondée par le cardinal dTork, dans le xvm« siècle.
Turin, On voit dans la bibliothèque de cette ville les manuscrits de P. Ligorlus , savant architecte, qui dessina et décrivit les antiquités de lltalie; la fameuse uAle iêiaque, décrite par Pignorius {men$ai8iaca, Amst., 1690, in-4o, fig.), plusieurs tableaux de PAIbane, les portraits de Luther et de sa femme, peints par Holbein, el une belle collection de manuscrits dont la description par Jos. Parini , Ant. Rivantella et Fr. Berta, a été publiée en 1749 (Turin, impr. roy., 9 vol. in-fol.).
Jean Andrès, auteur d'une histoire littérahre universelle , a fait imprimer à Parme (chex Bodoni, 1804, in-8«) une lettre curieuse sur divers manuscrits précieux qui sont dans les bibliothèques capitulaires de Novaro et de f^ereeii* Il y décrit un diplôme du roi des Lombards Luitprand, de l'an 750, et une coUeotion de lois lombardes du viu« siècle (conservée à Verceil),
reniée. La bibliothèque dite de Sainhldare dont le bâtiment fut commencé sous le dogat de Mocenigo (mort en 1498), et dont le cardinal Bessarion fut comme le fondateur en léguant à Saint-Marc (1468), une collection de 800 vol., a une grande réputation méritée; elle est fort riche en manuscrits, dont le plus précieux , s'il était authentique , serait celui de rÉvangiie de saint Marc, qu'on dit écrit de sa propre main^ et qui, après avoir été, pendant bien des siècles, conservé è Aquilée, où le saint prêcha, dit-on, la religion du Christ, aurait été depuis porté à Ve* nise. Mais il reste seulement quelques cahiers de ce manuscrit, et l'écriture y est eÂcée à ce point qu'on ne peut distinguer si c'est du grec ou du latin. Montfauoon croit que ce manuscrit est du IV* siècle; il est d'ailleurs dans un tel état de vétusté qu'on n'en pourrait tourner les feuillets sans voir leurs débris rester dans les mains. Le savant bibliothécaire Morelli, qui a beaucoup contribué, dans ces derniers temps, aux progrès des études bibliographiques, a publié en italien une bonne dissertation historique sur la bibliothèque de Saint-Marc, Venise, 1774, in-S». Un catalogue des manuscrits de cette bibliothèque, dressé par Jacq.-Phil. Tomasini, fut publié à Udine, 1650, in-4o; un autre catalogue plus complet des mêmes manuscrits, rédigé par Zanetti et Bongiovanoi, a été imprimé à Venise, 1740- 1741, 9 vol. in-fol. — lUtarelli a donné le catalogue des manuscrits du couvent de Saint-Michel, avec un appendice jle livres imprimés dans
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le XT« siècle, Venise, 1779, gr. In-fol. — La bibliothèque Nanienne est une des plus considérable qu'il y ait à Venise. La description de ses manuscrits latins et italiens par Horelll ; celle de ses manuscrits grecs et égyptiens par Mingarelli, et celle de ses manuscrits orientaux par Sim. Assemani, ont été publiées à Venise, 1776; Bologne, 1784-1785; et Padoue, 1787,6 vol. in-4«.
Padoue a trois grandes bibliothèques. La principale fut fondée par Pignoriûs. Sixte de Sienne dit avoir vu dans la bibliothèque de Saint-Jean de Latran une très-ancienne copie d*une épitre de saint Paul aux habitants de Laodicée, et il ajoute qu*il en fit un extrait.
Spalatro, capitale de la Dalmatle vénitienne, a une bibliothèque riche en manuscrits précieux, parmi lesquels est un livre d'Évangiles du vi« ou du vii« siècle, assez bien conservé.
Milan. La célèbre bibliothèque Ambrosienne, fondée par le cardinal Frédéric Borromée, renferme 50,000 volumes imprimés et environ 12,000 manuscrits , dont la plupart ont été recueillis par Oggiati.Un de ces manuscrits contient quelques livres des antiquités judaïques de Josèphe. Boschi a écrit, en latin, une histoire et une description de la bibliothèque Ambrosienne : on la trouve dans le tome IX des Thesauri antiquiiatum et hiêtor. lialia. Opicelli et Erycius Puteanus (Henri du Puy) ont publié, le premier un traité (nUan, 1618, in-S»), le second un discours (dans ses Orationes), sur les monuments et les richesses de la bibliothèque Ambrosienne.
La bibliothèque de Florence (Mediceo-Laurenstana ) , qui fait partie du célèbre musée Florentin, contient 90,000 volumes et 5,000 manuscrits rares ', et dont plusieurs sont d*un prix inestimable. tit.-Év. Assemani a rédigé le catalogue des manuscrits orientaux de cette bibliothèque, 1742, in-fol. Holstenius, Languius, Magliabecchi et Biscioni ont feit connaître les principales richesses de la bibliothèque Laurentienne {voy, le Selecta historica et litteraria de Lilienthal, Leipzig, 1715, in-8»; Prodromus hisioriœ litterariœ de P. Lambecius, Leipzig, 1710, in-fol.; et les AmœnUaie$ litterariœ de Sheelhorn, t. 3). Le bibliothécaire Bandini a fait imprimer un savant catalogue des manuscrits confiés à sa garde, Florence, 1764-1778, 8 vol. in-fol. Il a aussi publié (1791-1793), en 3 vol. in-fol., le catalogue des manuscrits de la bibliothèque Léopoldine, qui a été réunie à la
* Le MTBnt blUIognpha Ebcrt «ffiime qu'il n'y •, à la biblio. tb^u« M^direo-LaanntlM i Flornuce dont il rapporte lei Ticl«iltndea, que dca rnsniurrlu, su nombre de 8,000. ScBiriTM.Bft.
• Ceci peut kn HToqiié en doute. En 1S71 la biblioth^e
Laurentienne. On trouve dans ces onze volumes la description et Tanalyse des manuscrits, avec des extraits choisis et des planches gravées représentant les caractères d*écriture les plus anciens. G*estdans la chapelle de la cour qu^est conservé le manuscrit prétendu autographe de l*Évangile Saint-Jean, et qui n*est pas phis authentique que celui de saint Xarc.
Florence possède encore d'autres bibliothèques riches en manuscrits. On doit citer en première ligne celle que Antoine Magliabechi légua, en 1714, au grand-duc de Toscane et à laquelle, entre autres collections, fut jointe celle du palais Pitti; on y compte 120,000 vol. dont plusieurs sont des incunables fort estimés, et 8,000 à 9,000 manuscrits. Celle de Marucelli, fondée en 1755, compte 40,000 imprimés et beaucoup de manuscrits.
Pise a une bibliothèque digne de sa célèbre université; elle fut enrichie dans le xvi« siècle de 8,^)00 volumes légués par Aide Hanuce.
Naples. La bibliothèque de cette ville est riche et considérable; on y conserve les manuscrits autographes de Pontanus. Sa fille Eugénie en fit don pour immortaliser la mémoirede ce savant. Toppi et Nicodemo ont publié la bibliotheoa Napoletana, 1678 et 1685, 9 vol. in-fol. Les imprimés sont au nombre de 80,000, et les manuscrits de 4,000. On a imprimé à Naples le catalogue de la bibliothèque dite S» Angtli ad Nidum, 1750, in-folio.
La bibliothèque de Saint-Sauveur, à Messine, est riche en manuscrits grecs; on en trouve le catalogue dans le tome IX du The$. antiquU. ei hiêtor. Siciliœ.
EspAoïfs. S'il fàUait juger de Tétat des lumières dans une nation par le nombre de ses livres et de ses bibliothèques, l'Espagne serait un des États de l'Europe le plus avancés dans les voies de la civilisation.
La bibliothèque des Mores , à Cordoite, fût longtemps célèbre et contenait une collection précieuse de manuscrits orientaux; elle fut saccagée par les Espagnok, lorsque cette ville fut prise sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, et que sa chute mit fin à la domination des Mores qui durait depuis plus de 600 ans.
La première bibliothèque de la Péninsule, et qui compte aussi parmi les plus riches bibliothèques du monde *, est celle de VEscurial; elle fut fondée par diarles-Quint, et considérable-
fut fortement endommagée par nn Incendie, et, à e« croire And. Ximënde {Ducriptiom M r$al momasUrio M Etfrimi^ pegee 185-210). elle ne comptait plu, en 1764, qm 17,800 vol. et 4|300 naniucritt* ScurxrsLU.
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OMBft angm^itée pur Philippe n. Placée dans le magnifique monastère de Saint-Laurent, elle contenait plus de 150,000 volumes et environ 5,000 manusciilts, dont 5,000 arabes; les autres, hébreux, grecs et latins. Les livres sont magnifiquement rangés sur des tablettes en bois des Indes, dans cinq rangs d*armoires élevées les mies au-dessus des autres, et chaque rang est long de 100 pieds. On voit, dans ce magnifique vaisseau, pavé de marbre et riche d*ornements somptueux, les portraits de Charles-Quint^ de Philippe U, de Philippe Ul et de PhiUppe lY. On y montre le Traité d* Augustin sur le baptême, comme étant le manuscrit original du saint docteur; et quelques savants prétendent même que les originaux de tous ses ouvrages lont aussi dans la bibliothèque de l*£scurial. On y montre encore un rouleau en parchemin contenant un manuscrit grec de saint Basile, les quatre Évangiles écrits en lettres d*or, par ordre d^n empereur, il y a plus de 700 ans, in-f61. de 160 feuillets sur véUn, et qu^on appelle le Livre d'or. Pierre Bavity rapporte, dans sa généalogie des rois de Maroc, que Tun d*eux, Muley Cydam, avait rassemblé, dans sa forteresse de Garache, plus de 4,000 manuscrits arabes; que cette fèrteresse ayant été prise par les Espagnds, la bibliothèque Ait pillée; qu*on porta les manuscrits à Paris pour y être vendus, mais que le gouvernement français ayant refusé d*en faire Tacquisition, Philippe II les acheta et les fit déposer à l*Escurial, où fut aussi réunie la bibliothèque du cardinal Sirlet, archevêque de Saragosse. En 1071, un orage éclata sur le motaastère de Saint-Laurent, et la bibliothèque de nscurial perdit, par le feu du ciel, une partie de ses richesses. Le savant orientaliste Hottinger a foit connaître, dans sa Bibliothèque orientale (Heidelberg, 1658, in-4o), les principaux manuscrits arabes de TEscurial. Michel CasirI, Buuronite, a publié à Madrid ( 1760-1770, 9 vol. in-f61.) un ouvrage précieux et recherché sous le titre de Bibliotheca arabico-hUpana, Escuriaiensis; on y trouve Tanalyse des manuscrits, avec divers extraits et le texte arabe.
Madrid a trois bibliothèques publiques. La Bibliothèque royale fut fdndée en 1712, par Philippe y, et considérablement augmentée par ses successeurs. Elle contient plus de 100,000 volumes et un grand nombre de manuscrits arabes, etc.; elle est ouverte au public tous les Jours. Jean Iriarte fit imprimer, en 1769, une description des manuscrits grecs de cette biblio-
cdd de CasIrL — La bibliothèque de Saint-Isidore, composée de 60,000 volumes, est aussi ouverte tous les jours. Celle de Saint-Femandex n*est ouverte que trois Jours de la semaine.
Alcala, Salamanque, d*autres villes encore ont des bibliothèques publiques.
Parmi les bibliothèques particulières, qui ont été célèbres en Espagne, on cite cdle que Ferdinand Colomb, frère de Christophe, avait formée avec Taide du célèbre Clenard; celle du cardinal Ximénès, léguée à l*université d*Alcala; celle de Ferdinand Nonius qui, le premier, enseigna le grec dans la Péninsule, et qu*il donna à Tuniversité de Salamanque; celle d*Arias-Montanus, d*Antoine, archevêque de Tarragone, etc.
POBTUOAL. Les bibliothèques publiques y sont peu nombreuses et peu considérables; on peut en attribuer la cause à ce que ce royaume n*a été longtemps qu*une province de TEspagne. Les troubles prolongés de la révolution, qui mit lamaison de Bragance surletrOne, ont dû nuire aussi à Taccroissement des dépôts littéraires. La bibliothèque du roi à Lisbonne, fondée dans le xv« siècle, par Alphonse V, contient une riche série de bons livres; on trouve, dans celle de Saint-Vincent de Fora, une collection complète des ouvrages portugais, et dans celle des Bénédictins un grand nombre d*auteurs portugaiset espagnols, des livres français, même VEnty'olapédie par ordre de «laitères. Le catalogue des manuscrits de la bibliothèque alcobatienne (d*Alcobaça) fut imprimé à Lisbonne en 1775, in-4o; celui de la bibliothèque Marianede TOratoire fut publié en 1736, in-12. Le couvent des hiéronymites de Bélema aussi une bibliothèque. On voit dans le cabinet d*histoire naturelle du palais Ajuda un minerai de cuivre natif, du poids de plus de 1,280 livres.
Francx. Ce n*est pas moins par ses bibliothèques que par ses collèges, ses académies, sa littérature et ses arts, que la France s*est depuis longtemps placée au premier rang des nations civilisées. Quoiqu'elle compte mbins de bibliothèques publiques que TAIlemagne, 192 ou 195 de ses villes, Paris non compris, en possèdent : plusieurs de ces collections comptent au delà de 50,000 volumes, comme celles d'Arras, Cambrai, Chartres, Chaumont, Clermont-Ferrand, Colmar, Compi^ne, Metz, Beims, Toulouse, Valenciennes; plusieurs plus de 40,000, comme celles d*Amiens, Caen, Dijon, Grenoble, le Mans, Montpellier, Versailles; plusieurs, plus de50,000, comme celles d*Aix, Besançon, Marseille, Bouen,
thèque. Mais il n*a paru que le premier volume Strasbourg, Toulon, Troyes; et deux en ont plus de cet ouvrage, qu'on joint ordinairement à | delOO,000,commecellesdeBordeauxetdeLyon.
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Parié a 80 bibliothèques, dont 4 prinolpalet, la bibliothèque du roi, qui aurait dû toujours être appelée noHonale, mais qui a été tour à tour rcratê, rue de Richelieu et nationale et impériale, rue de la Loi ; la bibliothèque, dite de Monsieur, à lUrsenal; la bibliothèque Haïarine, au Palais des beaux-arts (ancien collège des Quatre-Nations); et la bibliothèque Sainte- GencTiève ou du Panthéon. La première contient 900,000 Tolumes, brochures et pièces fugitives, et 80,000 manuscrits; la seconde 170,000 Tolumes et 5,000 manuscrits; la troisième 100,000 volumes et 4,000 manuscrits ; la quatrième 113,000 volumes et 20,000 manuscrits : total 1,191,000 volum'es dont 109,000 manuscrits.
Les autres bibliothèques sont celles de la ville de Paris (45,000 volumes), particulière du roi (55,000), du conseil d*État (55,000), de la chambre des députés (56,000), de la chambre des pairs (9,000), de la cour de cassaUon (56,000), de la cour des comptes (6,000), du tribunal de pre* mière instance (35,000), des avocats (4,500), du ministère des affaires étrangères (18,000), de rintérieur (11,000), des finances (5,500), de la guerre (7,000), du dépôt de la guerre (14,000), de la marine (3,700), du dépôt des cartes et plans de la marine (13,000), de la préfecture de police (1,300), de rinstitut national (91,000), du Muséum d'histoire naturelle (10,000), de la faculté de médecine (36,000), du collège de Louis-le- Grand (50,000), du collège royal de France (5,000), du bureau des longitudes (4,500), de récole royale des mines (4,000), du conseil des mines (13,500), de Técole royale polytechnique (37,000), du conservatoire des arts (13,000), de récole royale de chant (1,500), du Muséum (8,000), du Musée ro^al (...i.)) des Invalides, fondée par Napoléon (30,000), de Thospice des Quinse-Yingls (3,000), de rimpriroerie royale (800), des archives du royaume (14,000).
Quoique offrant un petit nombre de volumes, la plupart de ces bibliothèques sont riches et précieuses par leur spécialité. Ensemble , elles contiennent 573,1 00 volumes : ce qui donne pouc total dans les bibliothèques de Paris plus de 1,765,000 volumes.
M. Timothée Deshayes établit, dans le Journal de la Société de sUUistique univereelle (octobre 1855), qu*en France 193 villes seulement ont des bibliothèques publiques, contenant 3 ou 8 millions de volumes qui, comparés à la population totale des départements (non compris celui de la Seine), ne donnent qu'un volume pour 15 habitants; que les 5 bibliothèques publiques de Paris contienneat 1,578,000 volumes ou 5 yolumes
pourt habitanu; et que 833 villes de 8,00^ à 18,000 âmes sont entièrement privées de bibliothèques publiques. M. Bossange père , dans un mémoire antérieur de plusieurs mois à éeluide M. Deshayes, avait fait à peu près le même calcul; il compte 195 villes qui ont des bibllotbè« ques publiques dans les départements et qui contiennent 3,600,000 volumes, ce qui ne donne qu'un seul volume pour 15 habitants. D'ailleurs, il assigna aussi le même nombre de villes (833) qui ne possèdent aucune bibliothèque publique. Avant la révolution, Paris avait un grand nombre de bibliothèques dont les plus célèbres étaient : lo celle de l'abbaye de - Saint-Victor, déjà connue dans le xii« siècle et qui fut la première bibliothèque pleinement ouverte au public, dans la capitale, en 1653. Quelques années auparavant (1644), le savant Gabriel Naudé ne comptait que trois bibliothèques publiques en Europe : la bibliothèque du roi (qui ne reçut cependant qu'en 1700 l'extension de publicité qu'avait depuis plus d'un demi -siècle' la bibliothèque de Saint -Victor); la bibUothèque Bodieïenne, à OxfOrd (1613), et la bibliothèque Angélique à Bome (1630). Grotius confirme le fait attesté par Naudé, dans une lettre écrite de Paris à GérardJean Vossius, le 33 août 1648. 3* La bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, une des plus considérables et des plus riches de Paris, quoiqu'elle n'eût commencé à mériter un rang que dans le xvii* siècle. Elle s'enrichit, par legs ou donations, des bibliothèques d'Antoine Baudrand, de l'abbé d'Estrées, de l'abbé Benaudot de l'Académie française, du cardinal de Gesvres, du président de flarlay et de la grande collection des manusorits du chancelier Séguier. Cette bibliothèque n'éUit point publique, mais les savants et les gens de lettres y trouvaient un facile accès. Elle contenait 100,000 volumes et 30,000 manuscrits orien« taux, grecs, latins.et français; parmi ces derniers on remarquait les Penséeê de Pascal, 1 vol. infol., écrit en entier de u main. Cette grande bibliothèque fut consumée par le féu qui prit à 15 milliers de salpêtre dans la maison de V Unité (nom qu'on donnait, en 1794, aux bâtiments de l'Abbaye), la nuit du 30 août 1794. A cette époque, les habitants de Paris étaient mis en réquisition , comme pour le service de la garde nationale, dans les nombreux ateliers de salpêtre établis par les 48 sections de Paris pour les besoins des 14 ou 15 armées de la république. Las manuscrits, non en totalité, mais en partie, furent sauvés de l'incendie et transférés à la bi'> bliothèque nationale^ mais il dut s'en égarer
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