‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 3Chapitre 36 sur 63 · BOA · texte numérisé non relu

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eellenU ouvrages; nous citerons particulièrement ses Institutiones physiologicoB et pathologicm, Gcettingue, 1787 et 1798, 2 yoL in-8o; son IntroducHo ad historiam medicinœ ItUerariam, Gœtt., 1786, in-8o; sa Bibliothèque médicale (M^dicinUche Bibliothek)^ qu*il publia de 1795 à 1795 et qui forme 5 vol. in-8o, etc., etc.

Toute sa Tie a été employée à professer la science d'une manière également soutenue et progressive, et à enrichir les recueils scientifiques de TAllemagne de mémoires d*un haut intérêt. U a formé un grand nombre d'excellents élèves honorant leur maître par des services rendus aux sciences et à l'humanité souffrante. X.

BLUTAGE, Bluteau, Blvtebib. On appelle blutage l'opération qui a pour but de nettoyer le grain et de débarrasser la farine du son et des corps étrangers introduits par la mouture; bluteau c'est le nom de l'instrument employé, et bluterie le nom du lieu où l'on opère. L'invention du blutage est fort ancienne quoique presque tous les auteurs ne la fassent remonter qu'au xvi« ou tout au plus au xin« siècle de l'ère vulgaire. On commença d'abord par se servir de paniers d'osier, ehsuite de tamis faits avec des joncs très-menus, et enfin de toiles tissues en crins de cheval. Ces premiers essais ont été perfoctionnés par la succession des temps et la marche progressive de l'industrie ; après les sacs de crin, d'étamine et de toile, dont on foit encore usage dans beaucoup de localités, on a imaginé les cylindres traversés de feuilles de tôles, troués comme des râpes, et entourés de fils de fer trèsdéliés placés circulairement les uns à côté des autres, de manière à interdire le passage à tout ce qui pourrait nuire à la grande pureté de la farine. On emploie surtout les toiles métalliques.

Les bluteaux actueU sont de deux sortes : les bluteaux à grains, qui seraient cribles s'ils étaient plats et à découvert, et les bluteaux à farine que l'on appelle aussi 6/ti^<nrs. Tous les deux sont utiles et même nécessaires dans une ferme un peu considérable. L'un et l'autre sont composés de deux pièces principales : le cxlindre ou bluteau proprement dit, et la grande caisse ou cofiEre. Celle-ci est un cadre de dimensions plus ou moins étendues, recouvert de planches ou de grosses toiles à plusieurs doubles, lorsqu'elle est destinée à recevoir le grain ; elle est en bois, longue de deux mètres et demi (7 à 8 pieds), large de 48 à 54 centimètres (18 ou 20 pouces) sur 97 (S6 pouces) de haut, quand elle doit contenir la farine. On l'élève sur quatre, six et huit soutiens de bois en forme de pied.

Dans les bluteaux à farine, il y a trois ou qua« tre divisions, selon l'espèce de farine que l'on veut obtenir, et le bahut est coupé par autant de planches qu'il y a de difiFérentes toiles pour recouvrir le cylindre. De la sorte, chaque division forme une sorte de réceptacle séparé qui renferme une farine dont la qualité est relative à l'étamine au travers de laquelle elle passe. La première prend le nom de fine fleur ^ la seconde celui de farine blanche; la troisième celui de farine de gruau; on donne à la quatrième division le nom de recoupes; la cinquième est l'ouverture par laquelle sort le gros son.

Dans les bluteaux à grains, les cases sont inutiles; le blé, en son trajet, est fortement gratté toutes les fois qu'il rencontre la tôle piquée ; la poussière, le grain avorté, les ordures et le grain niellé, charbonné ou moucheté, s'échappent par les cribles de fil d'archal, tandis que le grain de haute qualité sort clair, brillant et tout à fait pur.

Il est inutUe de dire que, avant de soumettre le grain à l'action du bluteau, l'on doit, en l'enlevant du tas, le passer à la grille, c'est-à-dire le purger en le lançant, par pellée et à une distance convenable, contre les mailles de la grille. > Sans cette précaution il faudrait répéter à plusieurs reprises le blutage. X.

BOA. Dans l'immense variété des serpents dont les espèces ne sont pas toujours déterminées d'une manière bien rigoureuse par les savants, il en est peu dont la célébrité soit aussi grande que celle du boa. Ce nom est donné par les naturalistes à plusieurs reptiles dont le plus remarquable est sans contredit le boa constrictory ou serpent devin; les autres espèces n'approchent pas de cellfr<:i par leur dimension.

Long de 50 pieds et plus, gros comme le corps d'un homme, paré de couleurs vives, de marbrures en forme d'anneaux réunis en deux chaînes latérales, le boa devin présente tantôt du noir, tantôt du rouge, du jaune doré, du cendré jaunâtre, suivant les parties de son corps que l'on observe, et ces couleurs sont disposées avec symétrie; peut-être leur variété tient-elle â des diversités d'espèce, à des différences d'âge, car on n'est pas encore bien certain que les boas d'Asie, d'Afrique et d'Amérique soient de la même espèce. La tète allongée du boa est susceptible de s'ouvrir en une gueule immense; elle est armée de dents fortes et déchirantes, mais dépourvues de ces crochets à venin si redoutables dans d'autres serpents {w^.). Quel besoin en effet d'un venin pour un animal que sa force peut rendre maître de presque tous les autres? ,

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Le boa se tient habituellement dans de grandes herbes qu'il sillonne au loin de ses longs replis, ou bien il se réfugie dans un antre obscur, attendant la proie qui ne peut guère lui échapper, pour peu que ses gros yeux Taperçoiyent. Une gaxelle au pied léger a-t-elle paru, il s'élance comme un trait et déjà il Ta saisie ; un buffle aux cornes acérées, aux muscles vigoureux, à la masse imposante, n'a guère de ressources contre le boa. Ses replis l'enveloppent de toutes parts, quélquefèis même un arbre lui sert de point d'appui et l'air retentit au loin du brisement des os; l'agilité du sinsfe ne lui permet pas d'échapper en s'élançant sur la cime d'un arbre s le boa enveloppe le tronc des replis de sa queue et lance sa gueule épouvantable jusque sur les branches les plus flexibles. Un fleuve n'est pas tnéme un abri contre l'appétit du boa ; il j poursuit et y atteint sa victime. Quelquefois même le boa cherche le poisson, qu'il a l'artifice d'attirer en dégorgeant dans l'eau quelque reste d'aliment comme un appât.

Si la proie qu'il a saisie est peu volumineuse, elle est avalée d'un seul coup ; si elle est trop grosse pour franchhr sa gueule, il la broie, l'allonge, la couvre d'une bave abondante et fétide, l'avale peu à peu, mais sans la séparer en fragments, et la digère graduellement. Il tombe pendant cette opération dans une sorte do torpeur qui permet à l'homme de l'attaquer. En tout autre cas, sa vue doit glacer d'horreur, et il ne doit pas rester à l'homme le plus résolu assez de présence d'esprit pour aviser à aucun moyen de salut, ce qui même ne parait pas possible. Aussi les populations des pays où le boa se rencontre en ft>nt-ils une de leurs idoles, cherchant instinctivement peut-être à apaiser par un culte religieux un ennemi contre lequel il n'y a pas de défense possible : tant est grande la propension des peuples barbares à adorer ce qu'ils redoutent!

Mais de quel étonnement n'est-on pas frappé quand on pense que l'œuf d'où provient un tel animal n'a guère que deux à trois pouces dans son plus grand diamètre? Aussi est-il probable, vu l'énorme développement qu'il est susceptible d'acquérir, que le boa devtn vit longtemps.

U change de peau plusieurs fèls par an et sa dépouille est recherchée par les nègres qui en font un objet de vénération j néanmoins s'ils trouvent l'occasion de s'emparer d'un boa pendant le repos léthargique de sa digestion, ils savourent sa chair avec délices. X.

BOBOLINA, veuve d'un armateur de Spetzia, assassiné à Gonstantinople en 1812 par ordre du

sultan, excita ses compatriotes, au commencement de 18S1 , à soutenir la cause de Pinsurrection grecque qui lui promettait une éclatante vengeance. Elle arma 3 vaisseaux à ses frais, arbora son pavillon sur un brick, et, confiant les deux autres bâtiments à des capitaines habiles, elle se fit leur amiral. Ses deux fils comCattaient déjà sur le continent. Elle-même vint au siège deTripolitza (sept. 1S91) où presque tous les chefkdu' Péloponèse se trouvaient réunis. Elle oflFirit ses vaisseaux au gouvernement pour continuer le blocus de Nauplie. Elle le maintint durant 14 mois avec une grande persévérance. Sa vigilance et la fermeté de ses discours itèrent tout espoir aux assiégés qui furent enfin contraints d'abaisser devant une femme grecque l'orgueil musulman et de solliciter une capitulation. Après avoir ainsi contribué puissamment à la conquête de cette place importante; Bobolina fut chargée de protéger avec une division navale les côtes de la Morée, de transporter des renforts sur les points menacés ou de concourir à l'attaque des places maritimes, comme elle l'avait d^à fait pour celle de Monembasie. On dit que pendant le siège de celte ville, un de ses neveux ayant été tué d'un coup de canon, elle étendit sur lui son manteau, et, sans s'abandonner à d'inutiles regrets, ordonna de venger sa mort en bombardant la ville avec plus d'activité. C'est avec k même apparence de résignation stoïque qu'elle parlait de la perte de son mari et de son fils aîné, morts les armes à la main. Cette femme extraordinaire, au teint bronzé, aux yeux brillants et pleins de fèu, à la démarche guerrière, objet des louanges et quelquefois des épigranmies de ses compatriotes, excitait vivement la curiosité des étrangers. Ils étaient accueillis avec une cordiale hospitalité dans sa belle maison de Spetzia qu'elle était venue, en lSi4, habiter de nouveau avec ses frères pendant les dissensions qui divisaient les Grecs. En 1835 sa maison fut assaillie par les parents et les amis d'une jeune personne séduite, dit-on, par quelqu'un de sa famille. Quelques paroles peu mesurées de Bobolina augmentèrent l'exaspération, et un coup de fusil parti des groupes tumultueux termina la vie de l'héroïne. BEVHcr.

BOCAGE, en latin $xlvula, n^muê, est on bouquet de bois, planté dans la campagne et non cultivé, en quoi il diffère du bo$qu$L On appelle booagerê et booagères {tixivoBUê) les hommes ou les plantes qui se plaisent dans les bocages, mais il ne s'emploie guère dans la première ac* ception que dans le style poétique : les nympkêê bocagères, etc. Ce mot vient de Tltallen kmo.

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formé lui-même, ainsi que le mot boi$, du grec boêkein, qui signifie paître, sans doute parce que les bois et les bocages sont propres au pâtu* rage. Dior, de la Cort.

BOGARD. Machine qui sert à casser ou à piler des substances très-dures, et particulièrement des minerais dans les usines métallurgiques. Le boeardagê est remploi du bocard, il peut être fait ayant ou après le grillage, selon que l*on Teut séparer les substances étrangères, ou sim* plement réduire le minerai à la grosseur conyenable. Le bocardage peut aussi avoir lieu à sec ou à Peau. Dans le dernier cas on ftiit à la fois la double opération du cassage et du lavage. *Let boequeurs sont les ouvriers qui travaillent au bocardage.

Le premier bocard n*était d^abord qu*un gros marteau en fonte de fer qui tombait sur un tas, entouré de planches formant une caisse. Mais Texpérience ayant prouvé que ce marteau, dans les circonstances les plus favorables, ne pouvait b9eurdêr, en 94 heures, que 35,000 kilog. de minerai médiocrement dur, on fit bientôt usage, en Suède, en Allemagne et en France, du bocard à pUam dont voici la description : sur une ft>rte êemelle horiiontale en chêne, qui lui sert de base, on fixe deux fumeUes verticales qui supportent deux rangs de liteaus, ou pièces horisontales destinées à maintenir verticalement les pikmê. Ces pilons sont composés d*une tète en fente de fer, du poids de 95 à 80 kilog., Textrémité inférieure est terminée en pointe de diamant, et Textrémité supérieure forme une douille qui reçoit une pièce de bois d'environ 5 mètres de long, sur 14 à 16 centimètres d*é" quarissage. Un mênionKêt est fixé à cette pièce de bois k l",50dè hauteur. La came, en passant sous le mentdnnet, soulève le pilon qui retombe ensuite. Les bocards sont ordinairement composés de 3 à 10 pilons suivant la force du moteur | ces pilons tombent alternativement sur le minerai contenu dans une caisse, dont le devant est garni d*un grillage de barreaux triangulaires en fer, éloignés entre eux de S à 9 centimètres pour donner passage au minerai bocardé. Sa Angleterre et aux États-Unis, les bocards ont été oonsidéraMement perfectionnés. Divers moyens plus expéditifs, et donnant plus de régularité k la grosseur des fragments, ont été tentés avec plus ou moins de succès. Mais ce qui précède suffit pour faire connaître ce que c'est qo^n bocard ; et comme ce serait sortir du plan de cet ouvrage que de décrire tant de machines divecses successivement perfectionnées, le lecteur qui désire les connaître doit les étudier

dans les ouvrages de technologie ou d'exploitation métallurgiques. Dvb...

BOCCAGE (GioVàNNl BOGGAGGIO m GBR- TALDO). On est d'accord sur l'année (151S), mais non sur le lieu de sa naissance. Les uns le disent né à Florence même, d'autres à Paris où son père exerçait le négoce. La question n'est pas tout k fait indifférente, comme on serait tenté de le croire au premier coup d'œil. Si en effet il a vu le jour à Paris, son talent de conteur s^explique par ses premières lectures ; les fabliaux et les romans de chevalerie y tombaient naturellement entre les mains du Jeune commis, qui un Jour devait donner ce genre à lltalie.

A 38 ans Boccace se trouve à Naples, on ne sait trop comment. Au-dessus de Naples s'élève, comme on sait, le riant Pausilippe, et sur cette CQlline classique un vieux colorobaire, que les savants, les enthousiastes et le peuple décorent toujours du nom de Tombeau de Virgile. Sur ces ruines Boccace fut saisi, dit-on, d'une grande réso* lution : il Jeta au vent les comptes de commerce^ et se fit poète, malgré son père, en étudiant le droit canon, le latin et le grec ; car en ce beau temps, où l'on reprenait l'étude des anciens, où le Dante et Pétrarque, par leur exemple, favorisèrent cette tendance, il fallait être érudit avant que d'écrire en vers ou en prose.

Puis Boccace fut amoureux, caractère indispensable des poètes de tous les âges. Licencieux dans son Deeamerone, comme Ovide dans ses élégies, il a porté, si l'on en croit certains biographes, ses désirs aussi haut que l'exilé du Pont. Fiametta n'est autre, disent-ils, que la fille naturelle de Robert, roi de Naples. Une opinion toute récente, assex paradoxale de prime abord, mais basée sur de fortes probabilités, reconnaît dans Fiametta la personnification delà puissance impériale. Si cette doctrine émise par, M. Rosetti, prenait de la consistance, s'il était vrai que la gaie êoience, le dire d'amour, a servi de Jargon au parti gibelin, que l'amour platonique , élément principal de la poésie italienne pendant trois siècles, cachait, sous l'emblème d'une dame ardemment désirée, l'espoir d'un meilleur avenir politique, plusieurs des ouvrages de Boccace auraient un sens emblématique; comme la Divine comédie, ils poursuivraient, sous le voile de la fiction, un but positif. Fiametta, jetée dans le même moule que Laure de Pétrarque et Béatrix du Dante, serait comme ses sœurs aînées un être allégorique; le Filocopo, le Labyrinthe d'amour, ]SL f^ision, porteraient le sceau d'une franc-maçonnerie qui faisait pendant le moyen âge une guerre acharnée au pouvoir.

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Kéduits à discuter le mérite purement littérarire des œuvres de Boccace, nous dirons que son grand poème // FiloatralOy dans lequel « le prince Troïlus aime la belle Griséida (Chryséis), fille de Calcbas, évéque de Troie, qui a traîtreusement passé aux Grecs,» renferme des strophes élégiaques d^une grande beauté ; mais que ce n*est point ce poëme qui a fait la gloire de Boccace; moins encore la Téêéide, que les littérateurs citent comme le premier essai de poème épique en Italie. Dans la même catégorie d*ouvrages presque oubliés se rangent et son Nimfale fiesolano, autre espèce de poème épique en rhonneur de la belle ville de Fiesole, aujourd'hui si déserte, et sa Fision amoureuse {l'Jmorosa viêione), imitation monotone des Triomphes de Pétrarque, et son Jdmète, ou la Comédie des nymphes de Florence, poème bucolique, le premier en date dans la littérature moderne. Dans cet ouvrage, supérieur du reste aux deux précédents, par des descriptions simples et gracieuses, la prose se trouve déjà mêlée aux vers; peut-être Jdmète a-t-il servi de transition et révélé à Boccace sa véritable vocation. Ses vers, quoi qu*il fasse, sont toujours embarrassés; les sonnetti et les canMone, sortis de sa plume, vous frappent même par une lourdeur inconcevable à une époque où Tharmonieuse versification de Pétrarque remplissait toutes les oreilles. Boccace est ^e créateur de la prose italienne, de même que Dante et Pétrarque ouvrent le cortège des poètes de ce pays. Hais Boccace n'arriva pas d'un seul bond k écrire une prose modèle ; il n'est point de transition brusque dans le dévelo^>ement des intelligences. Le Filocopo, Vamorosa Fiametta, le Corbaccio ou Labyrinthe d'amour, ne sont que les préludes du Decamerone. L'exagération pompeuse des romans de chevalerie prédomine encore dans les premiers; 4ans le Decamerone (les dix Journées) c'est la grâce naïve des fabliaux qui a pris le dessus : la diction se déroule lente, douce, moelleuse, comme ces rivières paisibles, unies comme glace, dont le courant ne connaît ni vague, ni écume.

Il y a toujours eu un concert unanime d'imprécations contre l'indécence des Ceni Nouvelles, contenues dans le Decamerone; la nier serait une entreprise vaine et dangereuse : mais il est permis de l'expliquer par les mœurs du temps et surtout du pays. Les aventures burlesques ou tragiques racontées, d'après fa fiction de Boccace, par ces beaux jeunes gens et ces belles Florentines, qui fuyaient la peste et s'égayaient dans une fraîche maison de campagne, pendant que leurs concitoyens se mouraient à une demi-

lieue de là, ces aventures se reproduisent etacoré dans certaines classes des pays méridionaux, et leur répétition journalière rend un cqmpte suffisant de la vogue qu'obtiennent, depuis cinq siècles, et Boccace et la foule des novellieri, qui inondent la littérature italienne. Boccace d'ailleurs, élevé à l'école des anciens et des romanciers peu chastes du moyen âge, n'a point appris l'art des réticences perfides et des circonlocutions gazées : il raconte ce qu'il a entendu dire au coin des rues par les commères, avec infiniment ' plus d'esprit et de style qu'elles, mais avec tout aussi peu de retenue; il parle deVappetito carnale comme on parle aujourd'hui des grandes passions; sans être impudent , il vous fait rou-* gir. A tout prendre, le Decamerone reste un livre interdit , excepté aux philologues à front d'airain. Le tableau animé de la peste de 1348, qui se trouve dans l'introduction du Decamerone, a été plus d'une fois comparé à la peste d'Athènes, décrite par Thucydide.

Po^te et savant célèbre, Boccace monta encore plus haut : il devint l'ami de Pétrarque. La ville de Florence lui confia plus d'une fois des emplois politiques d'une haute importance. Il occupa le premier hi chaire fondée pour l'interprétatioh de la Divina Gomedia, et mourut chargé de gloire» à Gertaldo, en 1375.

Boccace a écrit aussi de bons ouvrages en beau latin, tel que celui de Genealogia deorum, espèce de discours apologétique sur la poésie;^ et d'encyclopédie classique ; de mulierihus claris; de casibus virorum et feminarum illustrium, etc. L'ingrat public lit tout cela à peu près autant que les ouvrages latins de Pétrarque. L. Sfaci.

BOGCAGE (MAaiB-AmiB LEPAGE, femme de Fiquél du), dont les œuvres ont eu plusieurs éditions, était née à Rouen le ââ octobre 1710, et mourut à Paris le 8 août 1802 , âgée de près de 92 ans. Élevée à Paris, au couvent de l'Assomption, la jeune Lepage avait montré des dispositions précoces pour la poésie. Toutefois, ce fut seulement plusieurs années après son retour dans sa patrie qu'elle hasarda un premier essai. Son début fût un poème sur les sciences et les lettres , que couronna l'Académie de Rouen. La mort de son mari, receveur des tailles à Dieppe, la laissa, jeune encore, en possession d'une assez belle fortune, et libre de se livrer entièrement à son goût pour la littérature. Encouragée par sa première réussite, la muse neustrienne entreprit des travaux qui avaient plus d'importance et d'étendue : elle traduisit en vers le poème de Gessner, la Mort d'Jhel, et ne craignait pas d'aborder une composition d'une tout autre portée.

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iê Paradis perdu, de Milton. Mais bientôt la dame poète sentit la nécessité de rapetisser à sa taille cette haute conception, et n*en donna qu*une imitation abrégée en six chants. Assez fidèle à la grâce de Toriginal dans la peinture des amours de nos premiers parents, comme elle avait assez bien rendu dans Tautre traduction celle des mœurs pastorales des premiers temps, son pinceau reproduisit bien faiblement tous les détails empreints de fèrce et d*énergie, et surtout cette grande figure de Satan, admirable création du génie, dont plus d*un ouvrage de Byron n*est que le commentaire. Le poème de madame du Boccage n*en fut pas moins accueilli avec une faveur marquée, et cette miniature, considérée comme un tableau. Belle, riche, affable et bonne, comment n'aurait-elle pas exercé sur ses juges une puissante séduction? La scène, cependant, lui fut, quelque temps après, moins favorable. La tragédie des jétnazones, que madame du Boccage fit représenter en 1749, fut reçue avec froideur. Le sujet était ingénieusemeut choisi pour être traité par une femme ; mais faction et le style manquaient de cette énergie, virile, de cette vigueur cornélienne, âe ces qualités enfin qu'exige la tragédie. Au surplus, cet échec, déguisé sans doute à Fauteur sous le nom de êuccès d'estime, ne Tempécha point d'entreprendre plus tard une œuvre d'une plus grande importance, un poème épique. Il n'en est guère qui pût o&ir une plus haute conception au génie, au talent un plus vaste champ, que la découverte de l'Amérique, restituée à son véritable auteur, par le titre de ia Colombiade. Hais le génie n'était pour fiéù dans le plan, et les détails révélaient trop souvent l'insuffisance du talent. Sorti de la plume d'une femme, ce poème épique n'en fut pas moins prôné comme une production extraordinaire. La critique eût été réputée malveillance ou jalousie, en prétendant que le sexe ne faisait rien à l'affaire, lorsqu'un engouement, à peu près unanime, protégeait l'ouvrage et le poète féminin. Non-seulement les lecteurs ^vulgaires, mais les gens de lettres les plus distingués, ^lisaient brûler l'encens en son honneur. Fontenelle l'appelait sa fille; la Gondamine quittait un travai^scientifique pour lui adresser un madrigal ; Voltaire, en la recevant à Femey, la couronnait de lauriers ; des admirateurs enthousiastes plaçaient au-dessous de son portrait ces mots flatteurs : Forma yenus, arte Minerva, que Guichard traduisait dans ces deux vers :

C« portnit te aédultt U te chame , Il t'abuse ; Ta crois iroir «ne Qr&ce, et ta Toi» une Mum.

Ce fut bien un autre concert d'éloges lorsque madame du Boccage visita l'Italie ! un volume entier put à peine contenir tous les sonnets et les vers récités à sa gloire lors de sa réception solennelle à l'Académie des Arcades de Rome. Bologne et Padoue la nommèrent également à leurs Académies; Lyon et Rouen en avaient donné l'exemple; et, sans la loi salfque littéraire, qui exclut les femmes des trônes académiques fondés par Richelieu, nul doute qu'elle n'eût siégé aussi sur un de ceux-là. Dans la froide Hollande, dans la dédaigneuse Angleterre^ où elle voyagea ensuite, la Sapho française recueillit aussi des hommages poétiques, trop complaisamment reproduits dans ses Zre//re« sur les trois pays qu'elle avait parcourus. Cet enthousiasme, qui n'avait aucune base solide, ne tarda pas à décroître, et finit par s'éteindre : et bien peu de gens, à coup sûr, se doutaient que madame du Boccage existât encore, lorsque, comme je l'ai dit, cette femme, qui avait commencé sa carrière avec le xviTie siècle, la termina dans la seconde année

du XIX«. OVRRT.

BOGCHERINI (LuiGi), né à Lucques en 1740, annonça dès son enfance de grandes dispositions que Yanucci, maître de musique de l'archevêché, s'empressa, de cultiver. A Rome, où son père l'envoya, il acquit en peu d'années une grande réputation et s'illustra par des œuvres qui annonçaient toute l'étendue de son génie. Alors il revint à Lucques où Manfredi, célèbre violoniste, se lia avec lui d'une étroite amitié. Us jouèrent en public plusieurs œuvres de Boccherini, et recueillirent les plus grands éloges. Quelque temps après ils partirent ensemble pour l'Espagne; Boccherini s'y fixa. Le roi se plut à le combler d'honneurs et il fut attaché à l'Académie royale, avec la condition de fournir chaque années neuf morceaux de sa composition.

Cet artiste célèbre fut le premier qui donna, vers 1768, un caractère fixe au trio. Après lui viennent Fiorillo, Cramer, Giardini, Pugnani et Yiotti. Il surpassa encore ses prédécesseurs dans le quatuor auquel il donna des formes plus arrêtées; il fut suivi par Giardini et Gambini, et, dans une autre école, par Pleyel, Haydn, Mozart et Beethoven; dans le quintetto il n'eut de rival que Mozart. Les symphonies à grand orchestre de Boccherini ne sont pas à la hauteur de celles de Haydn; mais en général la noblesse de ses chants et les formes suaves dont il a su revêtir ses idées le placent à côté des meilleurs compositeurs de musique instrumentale. Les adagios de Boccherini ont fait et feront encore longtemps l'admiration des artistes. 9a musique, em-

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preinte d^une couleur religieuse, faisait dire communément « que si Dieu voulait entendre de la musique, il choisirait celle de Boccherini,

Une correspondance s*éUit établie entre lui et Haydn. Ces deux hommes illustres cherchaient è s*éclairer par des discussions consciencieuses sur Part qu*lls honoraient tous deu^,

Boccherini mourut à Madrid en 1806. Il a laissé 58 œuvres de symphonies, sextuor, quintetti, quatuor, trios, duos, sonates pour violoncelle et piano, etc. Lidhvt.

BODE (JiAii-ÉuiT) naquit à Hambourg en 1747, et termina à Berlin, en 1826, une carrière longue et laborieuse, entièrement consacrée. à Tastronomie. Il a publié, outre plusieurs ouvrages populaires sur cette science (nommément son Anleitung zur Kenniniês des geêUrtUem HitnmeU, 19* édit., Berlin, 1822) très-répandus en Allemagne, 54 volumes des Éphémérides astronomiques de Berlin {Jetronomiêche lahrlnhcher), à compter de 1774, et un grand atlas céleste en 20 feuilles, où sont marquées les positions de 17,240 étoiles, et dont la seconde édition a paru à Berlin en 1828.

On connaît assez généralement sous le nom de loi de Bode une loi fèrt remarquable que présente le système planétaire, quoique Bode ne se donne pas pour ravoir observée le premieri et que même elle eût déjà Axé Tattention de Kepler. Réduite à ses termes les plus simples, cette loi consiste en ce que les intervalles des orbites des planètes vont à peu près eu doublant, à mesure que Ton s*éloigne du soleil. Ainsi intervalle entre les orbites de la Terre et de Mars eit à peu près double de celui qui sépare les orbites de Vénus et de la Terre j Tintervalle entre les orbites de Saturne et d*Uranus esta peu près double de celui qu*on observe entre les orbites de Jupiter et de Saturne. On avait remarqué que la distance de Mars à Jupiter était beaucoup trop grande, et qu'il aurait fallu, pour que la loi se soutint, une phinète intermédiaire. Or, la découverte des 4 planètes télescopiques , dans le courant de ce siècle, est venue précisément combler la lacune i les orbites de ces 4 planètes, qui sont à peu près à la même distance du soleil, se trouvent à la place qu*aurait dû occuper Torbite de la planète intermédiaire. Malheureusement un accord si remarquable offre une exception pour la planète Mercure, dont la distance à Torbite de Vénus est presque égale à Tintervalle des deux orbites de Vénus et de la Terre, tandis qu*eUe n*en devrait être que la moitié. On a imaginé, pour sauver celte anomalie, de présenter sous une iQTiM w pw différenUt ta loi

de progression des intervalles planétaires; mais il nous semble plus rationnel d*admettre Tano* malie que de Téluder en altérant par un modif fication arbitraire la simplicité de la loi ; car c*est uniquement en raison de cette simplicité que Ton est porté à voir dans la loi dont il s^git Teffét de causes oosmologiques inoonnues, plutôt qu*uii rapport purement fortuit. Il est A noter que Mereure ftiit également exeeption, dans le système des 7 planètes non télescopiques, tant par la grandeur de rexoentriolté de son orbite, presque égale à celle dep orbes de Junon et de Pallas, que par la distance, relatif vement considérable, du pôle de son orbite k la région du ciel où sont groupés maintenant les pôles des 6 orbes planétaires. 8i Ton met cette planète de côté, la progression des intarvallee doubles se vérifiera rigoureusement entré Ue limitée des eBcentrioitée , c*estrà-dire qu*oo pourra assigner pour chaque planète une valeur du rayon vecteur, comprise entre la périhélie et l*aphéUe, de manière A ce que la série satisfasse rigoureusement à la progression des intervalles doubles. Présentée de la sorte, on peut dire que la loi de Bode comporte un. énoncé mathématique, aussi bien que les célèbres loie de Kepler. A. Covbnot.

' BODIN (Jiàn), célèbre publidste, naquit A Angers en 1580. On prétend qu*il s^était fhlt moipe dans sa jeunesse) nais ce qui est plus certain, c*est quUl étudia le droite Toulouse el qu'il y fit une riche provision de connaissances dans diverses branches. Après avoir enseigné quelque temps le droit dans la même ville, il vint A Paris dans Tintention d*y suivre la carrière du barreau ; mais son ambition souffrit de se voir éclipsé par les Brisson, les Pasquier, les Pithou, et il résolut de se ftiire un nom comme écrivain. Ses connaissances, sa gaieté, ses bons mots, le recommandaient A Henri III qui pendant quelque temps lui marqua beaucoup de flaveur. Mais Bodin perdit ses bonnes grâces et s'attacha ai frère du roi, François, duo d'Alençon et d'Anjou, qu'il aocompagna dans ses voyages. D^A il avait publié sa République, et, arrivé A Cambridge, il ne fut pas peu flatté de voir que son ouvrage y était interprété par de savants profMseurs. De retour en France, il s'établit A Laon où il fut procureur du roi. Dans les états généraux de Blois de 1677, où il fut député par le tiers état du Vermandois, il fit souvent de l'opposition, ce qui lui attira la perte de sa plaee, quoiqu'il eût, d'un autre côté, défendu avec énergie les droits de la royauté contre les prétenUons de l*aristooratie. Sa 1589, U détermina

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la yille de Laon à se déclarer pour la Ligue; cependaot il fit sa soumission à Henri lY et mourut de la peste à Laon, en 1590.

Les 6 livres de la République, publiés par Bodin en 1577 (Paris, in-fol.) en langue française, réimprimés in-S** en 1585, et traduits ensuite par lui-même (1586) en latin, firent partout une grande sensation et ne sont pas encore entièrement oubliés anjourd*bui. Sans suivre une méthode %tt et bien régulière, c*est le premier essai de réduire la politique à un système, et d^ appliquer les formes de la soience; les doctrines qu*on y établit sont appuyées de faits nombreux et bien choisis, preuves, de la part de Fauteur, d*une érudition variée. Bodin a traité son siijet avec une indépendance très-remarquable à cette époque{ son opinion est favorable au pouvoir monarchique, et il nie que les peuples aient jamais le droit de déposer leurs souverains, même lorsqu'ils régnent en tyrans; mais, d*un autre côté, il demande Tintervention du peuple toutes les fois que des contributions nouvelles doivent lui être imposées, et il oppose à Tabsolutisme des princes les droits de la conscience contre lesquelsleurs commandements ne sauraient prévaloir* Cet ouvrage a eu un grand nombre d'éditions; Montesquieu, Jean de Muller et d'autre» en ont lait une étude sérieuse. En 1555 Bodin avait délè pnblié une traduction des livres d» la Ckoêêe d'Oppien, avec des commentaires, et on loi doit encore un ouvrage intitulé Methodui ad faoikm Mstoriarum eognitionem (Paris, 1566, in-4o), ainsi que la DémonomaniB (Paris, 1581, in^o) et le Th^atrum uniterêœ fuUurm (Lyon, 15M, in-8o). ces deux derniers écrits sont empreints de superstition; le premier surtout prend la défense de la magie et parait peu digne d'un esprii si élevé. J. H. SciiiiTaLxa.

BODOKI (JBÂn-BàtnsTi), né, en 1740, à Sa« luces en Piémont, où son père était imprimeur, et mort à Padoue en 1815, membre de presque toutes les académies de l'Italie, chevalier des ordres des Deux-Siciles et de la Réunion, directeur de l'imprimerie royale de Parme, dut au travail la fùrUine et la célébrité dont il Jouit. Tout Jeune encore il s'occupa de la gravure sur bois, et ses premiers travaux ayant été couronnés de succès, il se rendit à Borne où il fut em< ployé comme compositeur à rimprimerie de la Propagande ; là son adresse, son goût et ses services lui gagnèrent l'amitié du directeur qui lui conseilla de s'appliquer à l'étude des langues orientales, afin de pouvoir travailler exclusivement en ce genre. Il mit en ordre une grande quantité de caractères orientaux que cette im-

primerie possédait sans pouvoir s'en servir, el ce travail lui donna l'idée de graver et de fondra des caractères semblables. Pour se perfectionner encore, il voulait se rendre en Angleterre, lors« qu'une grave maladie l'arrêta dans sa ville natale. A cette époque le duc de Parme, l'iofent don Ferdinand , avait /onde, entre autres éta« blissemeotsscienlifiques, une imprimerie royale, à l'instar de celles de Paris, de Madrid et de Tu* rin. Bodoni fut choisi pour la diriger, et nonseulement il la mit au niveau des plus célèbres établissements de l'Europe en ce genre, mais encore il eut la gloire de les avoir surpassés. La beauté des caractères, du papier et de l'encre, laisse à peine quelque chose à désirer, et 9es éditions peuvent se comparer aux plus belles dans tous les autres pays; son Homère surtout est un ouvrage vraiment admirable, et ses caractères grecs, ol^et de ses recherches, approchent beaucoup du trait de l'écriture à la main. On estime ses éditions des classiques grecs, latins, italiens et français. Coiiv. Lbx.

Son Manuale Tipografico, qu'il regardait comme son plus beau titre à l'estime de son siècle et de la postérité, parut en 1788 et renfermait 100 caractères latins dit romains, 50 italiques, et une série de â8 caractères grecs, en deux éditions, l'une in-4«, l'autre in-8o. j^ mort le surprit quand il préparait une nouvelle et magnique édition de son Manuale ; elle a paru en 1818 (3 vol. inr-4o) et contient 250 caractères, différents, grecs, latins, orientaux, russes, etc., avec un grand luxe de fleurons. La vie de Bodoni a été publiée par Lama en 1816. Vuluiavk.

BOÈCE ( Aiiiaos-MikiiLivs-ToaQUàTUS-SKVxaiiivs Boéthiuê, ou), philosophe et homme d'État, était issu d'une famille ancienne et naquit en 470, selon quelques auteurs à Bome, selon d'autres à Milan. Il reçut, dans la première de ces villes, une éducation qui développa ses heurauses dispositions pour les sciences et les lettres, et, plus tard, il se rendit à Athènes ■ où il étudia la philosophie sous Proclus et autres professeurs distingués. A Bome, Théodoric, roi des Ostrogolhs, qui alors dominait sur l'Italie, lui donna des témoignages de sa bienveillance et l'élSva successivement aux premières charges de l'État, Boèce exerça une influence salutaire sur l'esprit de ce prince et contribua ainsi au bonheur des peuples placés sous son sceptre. Il devint consul en 508 ou 510. Pendant très -longtemps il fut l'idole des Goths. Mais Théodoric, danssa vieil-

( M. fluid, ààM futld* B«antva i» l'fiMydopMto aile- Baad* d'Br*ck «t Gnib«r, •'■ppvyaat d'aa paMag* d'uM Ultrt «U nMwic (CiMfM. Il 4»), «i« q«li Mb juMi* aU^ i AtUMt;

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leftse, devint mélancolique, ombrageux, et se défia de ceux qui rentpuraient. Dès lors les Goths changèrent de conduite à Tégard des vaincus. Boèce essaya vainement de résister à leurs Injustices et à leur oppression : la grande sévérité avec laquelle il avait autrefois réprimé les abus lui avait attiré de puissants ennemis qui parvinrent enfin à inspirer au roi des soupçons sur sa conduite. On Faccusa d*étre d'intelligence avec la cour de Gonstantinople. Il fut renfermé dans le château de Pavie, condamné à mort, et exécuté en 524 ou 526.

Pendant qu'il tenait le gouvernail de l'État, il se. délassait de ses travaux par la culture des sciences et employait même une partie de ses loisirs à faire des instruments de musique- et de mathématiques ; il fit cadeau de plusieurs de ces derniers au roi Glotaire de France. En outre, il se livrait à des recherches sur les philosophes et les mathématiciens grecs dont il a traduit quelques-uns en latin. Mais le plus célèbre de ses ouvrages est celui qu'il composa pendant sa détention, et qui a pour titre : De consolatione phitosophicâ. C'est un mélange de prose et de vers, où l'on trouve une grande élévation de pensée, de nobles sentiments et un style facile et concis; qualités qui mettent ce petit livre audessus de toutes les autres productions littéraires du même siècle. Parmi les nombreuses éditions qui en ont été faites se distinguent celle de Bâle, 1570, in-f.; celle de Leyde, cumnot. var,, 1671, in-8o; et celle deGlascow, 1751,in-4o. Gohv. Lex.

BOECRH (Auguste), un des plus célèbres philologues vivants de TAllemagne, illustre professeur de langue grecque à l'université de Berlin, naquit à Carlsruhe en 1785. Les rapides progrès qu'il fit à l'université de Halle lui valttcent l'honneur d'être admis dans le séminaire pédagogique de Berlin, établissement qui, à celte époque, avait beaucoup d'analogie avec Tancienne école normale de Paris.

Dès son entrée dans la carrière scientifique, H. Bœckh s'est bien gardé d'imiter Texemple du commun des philologues dont les travaux se bornent à une minutieuse critique grammaticale. Émule de l'illustre Wolf, dont il a été un des meilleurs élèves, il s'est principalement attaché à pénétrer le génie des anciens peuples, et, pour y parvenir, il a classé, comparé et combiné les faits; il les a réunis, pour ainsi dire, en faisceaux, pour reconstruire la société antique avec ces matériaux.

G*est à ce procédé que nous devons son Économie politique de$ Athéniens (Berlin, 1817, 2 vol. in-8o), qui présente un tableau des relations

politiques financières, industrielles et commer« ciales de l'ancienne Grèce. Il faut lire cette^ œuvre pour se faire une idée de l'immense érudition de l'auteur, et voir avec quelle sagacité il a su découvrir des faits de la plus haute importance dans les passages, en apparence, les plus insignifiants; comment il a su ressusciter les peuplades helléniques; se transporter au milieu de leurs villes, de leurs marchés, de leurs ports de mer, et y observer Jusqu'aux moindres détails de mœurs.

Cet ouvrage, divisé en quatre livres et dont toutes les parties reposent sur des faits, prouve que les finances jouaient, dans les anciennes républiques, un rôle tout aussi important que dans nos États modernes; et que, si ces républiques n'avaient pas de dette publique, leurs besoins n'en étaient pas moins onéreux pour les citoyens. Dès qu'une dépense extraordinaire devenait urgente, ceux-ci étaient appelés à combler immédiatement le déficit des caisses de l'État; ils étaient donc sans cesse exposés à être frappés dans leur fortune, et, par contre-coup, dans leur commerce et leur industrie; inconvénient auquel les gouvernements modernes échappent en recourant aux emprunts. Il existe de YÉconomie politique des Jtliéniens une traduction fhmçaise par H. Laligant; Paris, 1828, 2 vol. in-g».

Parmi les autres ouvrages de M. Bœckh nous nous contenterons de citer les deux suivants qui figurent au premier rang parmi les travaux philologiques de notre époque : !<> Une édition de Pindare (Leipzig, 181 1-1821, 3 vol. ln-4o), contenant le texte avec les variantes et toutes les scolies, une traduction latine, un commentaire perpétuel, des notes et un traité de versification grecque. Cette édition est sans contredit la plos critique et la plus complète qu'on ait du prince des lyriques grecs. d« Corpus inscripiiarum grœcarum, auctoritaie et impensis Acadetniœ regiœ borussicœ. Ce recueil, qui formera 5 vol. in-f61., et dont il n*a paru Jusqu'à présent que le premier et une partie du 2« (Berlin, 1828- 1832), contiendra toutes les inscriptions grecques connues, tant celles qui ont déjà été publiées que les inédites. L*auteur classe les inscriptions d'après l'ordre géographique, et a promis de donner à la fin du dernier volume un traité de paléographie grecque.

M. Bœckh est secrétaire de la classe d'histoire et de philosophie de l'Académie des sciences de Berlin, et membre associé de la troisième classe de l'Institut de France. La plupart des antres sociétés savantes de l'Europe l'ont inscrit an nombre def leurs correspondants. Hxldola.

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SOECK.H (FAÉniâic db), ministre des finances du grand-duché de Bade, est fils d*un conseiller des comptes de Carlsrube. Après avoir étudié à Heidelberg et avoir rempli ensuite les fonctions de secrétaire de la commission chargée de prendre possession du territoire cédé en 1803 au grand-duché, il vint, en 1807, à Manheim, en qualité de conseiller de la chambre des finances; quelques années plus tard il retourna à Carlsruhe, et reçut le titre de conseiller des finances. Sn 1815, il obtint la place de référendaire intime, et en 1818 il fut nommé commissaire du gouvernement, lors de la première session des états du grand-duché. Le gouvernement sentit alors le besoin de placer à la tête des affaires des hommes capables et qui eussent d'autres titres que leurs parchemins : aussi la carrière de M. deBceckh fut-elle rapide. En 1830 il fut nommé directeur de la chambre des comptes; en 1821, conseiller d*État en service ordinaire; en 1824, chef du département des finances, et en 1828, ministre. Il reçut un peu plus tard des titres de noblesse et la croix de commandeur de Tordre du lion de Zsehringen, enrichie de diamants. Par ses mesures prudentes, M. de Bœckh affermit le crédit du grand-duché; il introduisit Téconomie dans les dépenses, et une grande régularité dans Tadministration. Le système financier de M. de Boeckh a été hautement approuvé par les états du pays, réunis en 1831. Coifv. Lsx.

BOEHME ou BoBHH ( JACQuis), théosophe allemand et auteur mystique très-célèbre, né en 1575 dans un village de la haute Lusace. Fils de pauvres paysans, il fut réduit jusqu'à Tàge de 10 ans, sans instruction aucune , à faire le métier de pâtre. Au milieu des forêts et des montagnes, en face d*une nature imposante, Timagination de cet enfont se développa avec une prodigieuse vivacité. Il trouvait un sens caché à toutes ces voix du désert; son âme pieuse y croyait entendre la parole de Dieu, et û prétait Toreille à une révélation qu'il croyait directement lui être adressée. Ses parents lui firent apprendre Télat de cordonnier, métier qu'il exerça plus tard à Gœrlitz. Loin d^étouffer sa tendance mystique, cette occupation sédentaire ne fit qu'accroître ses goûts contemplatifiB. Pendant sa tournée de compagnonage, il parait s'être abandonné en plein à ses rêves religieux. Sévère, zélé pour les bonnes mceurs, renfermé en lui-même, les uns le trouvaient orgueilleux, les autres le prenaient pour un fou. Ce jugement était inévitable : toute éducation scientifique manquant à Bœhme, comment ses pensées philosophiques ou religieuses, imparfaitement communiquées à d'autres, n'au-

raient-elles pas été obscures, confuses, dénuée^ de logique? Son sens intime, religieux, était vrai, sans doute; mais longtemps séparé des hommes, 11 avait fini par voir les objets extérieurs à travers le prisme trompeur de la solitude.

De retour à Gœrlitz, en 1594, il se maria. Bon époux, bon père il n'en fut pas moins visionnaire; il parait même que, tourmenté par la répétition de ces rêves que son âme, singulièrement affectée, attribuait à l'influence du Saint-Esprit, il se décida enfin à prendre la plume. Son premier ouvrage, intitulé Aurora, écrit en 1610, publié en 1612, contient ses révélations sur Dieu, l'homme et la nature. On y reconnaît l'étude assidue de la Bible, spécialement de l'Apocalypse, vers laquelle il se sentait mystérieusement attiré. Leclergé de Gœrlitz, en condamnant l'Aurora, répandit le nom de Bœhme dans toute l'Allemagne, et lui valut la visite et le patronage de beaucoup d'hommes marquants. A partir de 1619, il publia une trentaine de traités, parmi lesquels nous ne citerons que la Description des trois principes de l'essence divine. Elle contient ses vues sur la divinité, la création, la révélation, le péché, le tout basé sur l'Écriture sainte, entremêlé de fantasmagories poétiques, où la métaphore remplace presque toujours l'idée, où l'enchaînement des idées est dithyrambique. Cette manière de procéder, Bœhme l'attribue à une illumination divine, à une révélation qui est, selon lui, le sine quà non de toute connaissance. Hais sous une enveloppe bizarre se trouve cachée, sans contredit, plus d'une belle pensée religieuse qui, dégagée de son attiiail mystique, ne déparerait pas les livres des plus grands phi-

Les dernières années de Bœhme furent en butte aux attaques des théologiens. Son traité Sur le repentir, imprimé à son insu par ses amis, y avait donné lieu. L'auteur se rendit luimême à Dresde (en 1724), pour faire examiner sa doctrine. La cour le protégea; mais, à peine de retour chez lui, il mourut rempli de cette fol chrétienne qui fait l'essence de tous ses ouvrages.

Abraham de Frankenberg, son disciple et son ami, a commenté ses ouvrages, qui ne parurent complets qu'en 1682, en 10 vol., à Amsterdam, sous la direction de Gichtel, qui a donné son nom à une secte religieuse fdrt inoffènsive, professant les doctrines de Bœhme. Une autre édition parut à Amsterdam,en 1730, sous le titre de Theologiarevelata, 2 vol. in-4<». V Aurore, la Triple Fie et les Trois Principes de Jacob

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