SI
Ijts bornes de cet article ne permettent pas de rapporter les calculs de M. Laplace, et de faire eonnaitre les précautions utiles et délicates que M. Ramond a employées dans ses opérations, nous renvoyons aux ouvrages de ces deux savants, ceux qui désireront s'occuper de la mesure des hauteurs à Taide du baromètre; on pourra aussi consulter Tastronomie de M. Biot.
Galilée, à qui des fontainiers de Florence demandaient pourquoi Teau ne s^élevait pas audessus de trente- deux pieds dans les corps de pompes aspirantes, attribua ce phénomène à la pesanteur de Tair; mais il ne confia son secret qu*àTorricelIi,son disciple, qui, en 1645, un an après la mort de Galilée, mit au jour la découverte de son maître, en construisant le premier baromètre. Torricelli eut la gloire d*y attacher son nom , et de démontrer, par une expérience aussi ingénieuse que décisive, ce qu'avait prévu Galilée. Lagâqx.
BAfiON, titre de noblesse dont Torigine est fort ancienne et Tétfmologie assez douteuse. L'opinion la plus probable le fait venir d'un mot gaulois her ou har d'où les Romains avaient fait haro qui signifiait pour eux un homme vaillant, mais d'un caractère brutal et féroce '. Employé en très-mauvaise part dans la basse latinité, il fut emprunté à cet idiome, lors de l'établissement des nouveaux états, pour désigner la partie Tirile et distinguée de la nation. C'est effectivement en ce sens qu'on le voit employé dans nos plus anciennes annales; il y désigne tous les personnages laïques ou ecclésiastiques qui entouraient le prince, ses nobles ou ses hommes liges. Une preuve évidente de cette extension primitive du mot, c'est l'usage assex longtemps consacré de donner aux saints ce titre d'honneur; aînsi Froissart dit : ar eurent- ils affection
' €• BOt «e rcBCODtre dans Gc. ad Att. V, xx. Dêfintbm ion, H mmi. L. Il, Gumotiu md. Pêrsii ttjr. S. Isid. Orig, IX, 4. Il ett prb dana ■» mm dé&vonUa on ironique. Hmt mm loquen's ■M baroMs *liip*miu. Op v<dt iMo» da Cange que, plot tard, ce ■et ligolfid de* dooiesllqaca de haute voUe, on dvs hommrs à la
d'aller en pèlerinage au baron Saint-Jacquei (tome 5, chap. 50). Un peu plus tard le mot baron fut remplacé par celui de momieur, qu'on trouve également accolé au nom des saints jusque dans le xv« siècle. Les barons furent donc d'abord tous les seigneurs, quel que fût leur titre particulier, qui tenaient leurs fieft immédiatement de la couronne. De là le haut degréd'illustration que conserva longtemps cette dignité ; ce fut à tel point qu'aux xii« et xni« siècles on vit des seigneurs quitter le titre de prince pour prendre simplement celui de baron; c'est ce que fit en France le sire de Bourbon, en 1300. U fàUait au reste anciennement, pour pouvoir être réputé baron, avoir sous soi un certain nombre de châtellenies et de maladreries; Henri III, par son ordonnance de 1579, veut que la baronnie soit composée de trois châtellenies pour le moins, qui seront unies et incorporées pour être tenues à un seul hommage du roi. On a appelé hauts barons ceux qui tenaient les principales baronnies du royaume, comme celles de Goucy, Beaiyeu, etc.; on leur donnait le titre de sire.
Le mot de baron fut plus tard d'usage en Angleterre. Selon Cambdeuise furent les Normands qui l'introduisirent dans la législation politique du pays. 11 y reçut ensuite une plus grande extension. Ainsi on a dit les barons aumôniers (eleemo^narii), pour désigner les dignitaires de l'Église qui tenaient du roi des biens de l'Église à titre de baronnie; les barons des cinq ports, c'estrà-dire ceux qui présidaient aux cinq principaux ports regardant la côte de France {vox* plus bas), les barons ou juges de l'Échiquier, etc. Anciennement dans ce pays il fallait, pour avoir droit au titre de baron, être seigneur de treize fiels, valant au moins chacun treize livres sterling (535 liv.) par an. ^o/. Barohiiet.
On s'est également servi de ce même titre de baron en Espagne, et notamment dans la partie du royaume où la constitution féodale avait reçu une forme analogue à ce qu'elle était en Angleterre. Ainsi l'on disait : les barons d'Aragon, et sous cette dénomination se trouvaient compris ce qu'on a appelé aussi riccos hombres.
Dans ces derniers temps, le titre nobiliaire de baron qui avait anciennement le premier rang, s'est trouvé graduellement eSacé par tous les autres, à l'exception de celui de chevalier ou
•alte. Quelque* peraoïmei le dàirent de har, mot tentou, qui •igolfie libre, dégagé, de là baar/mâs, pied nu; aller Frêuden iaar, etc. Le» Montmorency «'appelaient lu prenicrt barons de la chrétienté.
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écuyer. Napoléon ayant cHéy par lénatus-congnlie, en 1808, une nouyelle noblease, leâ barons prirent rang après les comtes. Bans les années suivantes le titre put être facilement obtenu moyennant constitution d*un majorât («(9^. ce mot), tandis que les autres continuèrent à être accordés, par le prince, comme récompense de senrices rendus au pays. P. A. BorÂV.
Bahoiis bi l*Éghiqoisr. C'est le non que i*on donne en Angleterre aux cinq Juges qui com* posent la cbambre de Justice dite cour de richl* quier, établie originairement pour décider les cas litigieux auxquels les impôts publics peuvent donner lieu, mais dont les pouvoirs s'étendent à prononcer également suivant les lois et suivant Téquité, dans toutes les causes portées à son tribunal, quand même elles n'auraient aucun rapport aux finances du royaume. Bans les cas relatifs aux impôts, c'est le chancelier de FÉchiquier qui est censé présider; bors de là c'est le ehief baron (baron en chef). Ces Juges ont conservé le titre de barons, parce qu'anciennement c'étaient réellement des barons du . royaume à qui le roi confiait cette partie de l'administration de la justice. Ce n'est que depuis quelques années que les barons de l'Échiquier sont au nombre de cinq, indépendamment du baron appelé cursitor baron, qui n'a d'autre fonction que celle de faire prêter serment aux shérifs ainsi qu'aux employés des douanes et de l'accise et aux receveurs des impôts en général. Cette cour, comme les deux autres tribunaux supérieurs en Angleterre, n'avait autrefois que quatre juges.
BABOifs DES GiifO POiTS. Cc titre était anciennement réservé aux députés que les cinq ports de mer, Bouvres, Sandwich, Romney, Hastings et flythe, situés vis-à-vis des côtes de la France, dans la Blanche, envoyaient à la chambre des communes. U y avait deux députés pour chacun de ces ports, et le même privilège avait été accordé aux ports de Winchelsea et de Rye; mais depuis la réformation du parlement, en 1851, ces privilèges n'existent plus. Il n'y a que celles de ces villes qui ont la population requise par la nouvelle loi, qui ont conservé le droit d'envoyer un ou deux députés à la chambre des communes, selon le nombre de leurs habitants. Bouvres en conséquence en nomme deux, Hastings deux, et Rye un seul. B. Boilbâu.
BARON (MiCHii. BOTRON, dit), le premier, par ordre chronologique, des trois grands acteurs français universellement connus. Son père, marchand d'Issoudun, s'était épris, à une représentation de comédiens ambulants, d'un goût si vif
pour la scène qu'il quitta brusquement ses affaires commerciales pour prendre un engagement dans leur troupe. Michel Baron père apportait une extrême passion dans l'exercice de son état. Il s'identifiait, comme plus tard devait le faire son fils, à un degré supérieur, avec les personnages qu'il était chargé de représenter. Sa mort fut même une suite de ce génie naturel qui le faisait vivre et agir à la scène comme l'eussent fait les personnages mêmes dont il remplissait les rôles. Un soir qu'il Jouait don Biègue du Cid^ dans cette belle scène où la faiblesse détaillante du vieillard fait si cruellement défaut à son ressentiment, son épée lui échappa des mains sous le choc de celle de don Gormas, ainsi que la situation l'exige, et il se fit au petit doigt, en la repoussant du pied avec colère, une blessure qui parut d'abord peu grave, mais dont les suites amenèrent la gangrène. L'amputation de la jambe devint nécessaire $ mais le vieil et ardent comédien ne put se résoudre à souflHr cette opération. Non, non, disait-il, un roi de ihiétre se ferait huer avec une jambe de bois. Et il mourut de son obstination en 1065. — On pense bien que le jeune Baron, élevé à cette école, et d'ailleurs heureusement doué des qualités qui font le grand acteur, ne dut chercher un aliment pour ses jeunes passions qu'au théâtre où U était né, et où il avait grandi avec l'exemple d'un tel père. Après ses débuts dans la troupe de la Raisin, il fût appelé dans celle de Molière, qui le prit en une singulière afiFèction, et devint son guide et son ami. Molière, comme Shakspeare, acteur médiocre dans l'exécution , mais, non moins que le vieux William, profùndément versé dans tous les secrets de Tart du comédien, prodigua ses conseils au Jeune Baron, qui en sut dignement profiter, et en conserva jusqu'à la fin de sa vie le souvenir le plus reconnaissant. Racine, quelque temps après, esaya d'Introduire au théâtre, avec la pureté de ses drames grecs, une sorte de mélopée, qui eût rendu impossible le naturel et le ton simple et vrai. Baron ne voulut jamais se plier à ce goût du poète, et sut tout d'abord le convertir à sa manière. Jean Racine, le poète épuré, aux mouvements toujours harmonieux, quoique par moments passionné au plus haut degré, poète plus lyrique peut-être que dramatique, dans hi grande acception shakspearienne du mot, Racine, qui s'était aimé jusque-là dans la bouche de la Champmeslé, éprouva une surprise mêlée de satisfaction lorsque Baron, sans rien ôter à ses vers de leur riche mélodie, les dit pour la première fois devant lui avec l'accent saisissant et
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yrti ê» paisloiii» qai procèdent d'ordinaire peu régoUdremeni dans leur manifestation. Ceit à Baron qu*eat dû le premier retour marqui à la nature, ai méconnue dans la déclamation chantante et emphatique de l'hôtel de Bourgogne. Cette déclamation, il est Trai, s'accommodait menreilleusement à la Tersification du temps, toute pompeuse, et se produisant sans cesse par tirades cadencées^ — Baron sentit la nécessité d'assoaplir la forme classique, belle et riche, mais quelque peu monotone. Plus le vers était pompeux, rhémistiche plein et tout d'une pièce, la césure rare, plus il s'efforçait d'apporter de la Tariété dans la diction. U excellait a rendre avec naturel les sentiments et les pensées qui paraissaient le plus s'éloigner de la nature. Ce fbt aussi à cette époque de la vie que ce grand acteur parvint aux dernières limites de son art. Depuis, il se montra toujours grand, varié, énergique, d'une noblesse et d'une vivacité de mouvement admirables. Bacine fut si charmé de cette nkanière d'entendre l'art qu'il se confiait sans réserve a Baron ; plus d'une fois il se plut a lui ttooigner hautement cette confiance. Un jour qu'il venait de donner aux autres acteurs qui jouaient des rôles importants dans une de ses pièces les instructions les plus détaillées sur la fliçon dont ils devaient concevoir les personnages qu'ils avaient a faire vivre sous les yeux des spectateur!, l'auteur de Phèdre dit a Baron, dont le tour était venu : « Pour vous, M. Baron, je vous livre à vous-même; votre cceur vous en apprendra plus que mes leçons. > —Le grand principe de cet acteur était de s'abandonner à la nature, de la régler sans doute, mais de la suivre toujours. — Il est focile de concevoir qu'avec les idées Justes pi les sentiments élevés Inséparables de son Calent, Baron dut avoir beaucoup à souffrir du pr^ogé qui s'attachait de son temps à l'exerdee de la profession de comédien, malgré Pexemple si honorable et si glorieux de Molière comédien. Aussi, pour relever un peu cette pro* fession dans l'estime publique, exagérait^il le cas qu'U faut faire des grands acteurs, et se livrait-il sur lui-même à hi plus ridicule jactance. Oo peut en juger par ce mot d'une vanité aussi puérile, au reste, que ridicule, et qu'il avait oeutume de répéter : « Tous les cent ans, on peut trouver on César; mais il faut deux mille ans pour produire un Baron. » Dans l'appréhension que les grands seigneurs ne le traitassent cavalièrement, selon l'usage des courtisans, il affectait dans leur compagnie les airs nobles et fsmiliers. Il aivait auasi la réputation d'un homme à Ixmnei fortunes» très-g^é des grandes darnes^
et l'on croit que c'est lui-même qu'il a peint dans la pièce qui porte ce titre^ et qu'on Joue encore quelquefois.— Baron se retira du théêtre en 1691, encore dans toute la force de l'Âge. Oo ne sait quels motifs le déterminèrent à prendre cette résolution, qu'il garda invariablement près de 50 années. Il avait quitté la scène au moment où son talent était parvenu a toute sa maturité. Sa retraite excita longtemps un regret général» et le public n'espérait plus le revoir jamais, . lorsque tout a coup, sans que personne s'y attendit, le 10 avril 1720, il rentra au théâtre, et fut reçu avec un enthousiasme qui se manifesta bruyamment par d'universelles acdanuitions. n passa près de dix ans encore à la scène. Jouant toutes sortes de rôles tragiques et comiques, et parfois des rôles d'enfants, dont il s'acquittait, dit^n, très-bien, malgré son grand âge. Il avait alors plus de 70 ans. Bnfln, le 3 septembre 1739, la nature fdt la plus forte. Gomme il Jouait le rôle de Yenceslas, arrivé à ce yejn^ qui avait un singulier rapport avec sa situation:
SI proche au ecroull o& j« me vob àtactaire,
il ne put aller plus loin. Les forces lui manquèrent; û se trouva mal, et l'on fut obligé de l'emporter mourant hors du théâtre. Peu de temps après, le S3 décembre de cette même année, Baron mourut, âgé de 89 ans environ. — On a imprimé en 1799, aux dépens des libraires associés, 3 volumes in-13 de comédies, sous le titre de Théâtre de M. Baron, On a attribué quel" ques-unes de ces pièces au père de la Eue, jésuite. La meilleure et la plus connue de ces pièces, dont Baron est incontestablement l'auteur, est V Homme à bonnes forêunes, dont nous avons déjà parlé, et qui est restée au théâtre. Digt. di la Conv.
BARONIUS (CasAE BAEONIO), né à Sora, dans le royaume de Naples, en 1538, se forma â Na« pies et à Rome où il se rendit en 1557, et fut uu des premiers disciples de Saint-Philippe de Néri. U entra dans la congrégation des prêtres de l'Oratoire, fondée par Néri, et en devint le supérieur lorsque ce dernier eut résigné ses fonctions, en 1593 ; bieqtôt après il fut nommé encore confesseur du saint-père, protonotaire apostolique, cardinal, et enfin bibliothécaire de la Yaticane. Il fut redevable de toutes ces dignités aux services éminents qu'il rendit à l'Église catholique, en travaillant sans relâche, depuis l'année 1580 Jusqu'à sa mort qui arriva en 1607, à s^ Jwnai/eê ecoléaiaiiiqueê § services que surent apprécier les papes à leur Juste valeur. La iiart active qu'il prit à la congrégation de
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Néri, dans laquelle il élait chargé d*un cours d*hi8toire ecclésiastique, lui donna Tidée de cet ouvrage, qui aujourd'hui encore, par la richesse de ses documents authentiques, puisés tous dans les archives papales, est d*un secours Indispensable pour rétudé de Thisloire de l*Église. Il le composa surtout dans Tintention de réfuter les centuries de Hagdebourg (vq/: ce mot). Mais parfois il intervertit les faits, obscurcit ou dénature les sources, soit à dessein, soit à cause de son ignorance de la langue grecque. Les j4nnales ecclesiasticià Chr. A. cul ann. 1198 {Romœ, 1588-1607, 12 vol. in-fol. ), ont souvent été réimprimées. Le Traité de Monarchia Stctliœ roanquedanslabelleéditiond*Anvers(1589-160S, 1â vol. in-fol.) : comme il contestait les privilèges ecclésiastiques du roi de Sicile, connus sous ce nom, la cour d*Espagne Tavait prohibé. L*auteur a fourni lui-même des corrections pour rédition de Mayence (160M605, 12 vol. in-fol.). Le savant franciscain Pagi a corrigé beaucoup de fautes, surtout de fautes chronologiques, des Annales dans sa Crtlica in ann. ecclesiast. Barohii (Anv., 1705, 4 vol. in-fol.) De toutes les continuations des Annales, dont aucune n*approche du travail de Baronius, celles de Bezovius, qui les continua de 1198 à 1564 (Rome, 1616 et suiv., 8 vol. in-fol.) et de Raynaldus, qui les traita aussi de 1198 Jusqu*en 1565 (Rome, 1646 et suivantes, 8 vol. in*fbl. ) sont les plus dignes d*étre citées. Les observations critiques de Pagi, insérées à leur place dans l'édition de Lucques (1738-1787, 58 vol. in-fol. avec les diverses continuations), rendent cette édition préférable à toutes les autres. Conv. Lbx.
BARONNET, titre et dignité héréditaire dans le royaume-uni de la Grande-Bretagne et de llrlande et qui place ceux qui en sont investis au rang immédiatement inférieur à celui de pair. On dit que le chancelier Bacon eut d^abord Tidée de cette institution; Jacques I« la fOnda le Sa mai 1611, et on força des personnes riches et considérées d'acheter ce titre moyennant 1,100 liv. On comptait en 1823 en Angleterre 661 baronnets. Ils sont qualifiés de sir, mot que Ton accole au prénom d'une personne, plutôt qu'à son nom de famille. On ne dit pas sir Scott, sir Peel, mais plutôt sir Walter, et sir Robert. Charles I»' créa des baronnets ofnova Scotia et aussi d'Ecosse ( of Scotland), Schritilbr.
BARONS (CONJURATION DBs). Après la mort d'Alphonse le Magnanime, roi de Naples et d'Aragon, les barons voulurent écarter de la couronne Ferdinand, son fils naturel, prince d'un caractère lâche, sombre et vindicatif. Ils jetè-
rent d*abord les yeux sur la branche légitime de la famille d'Aragon, et ne trouvant rien à espérer de ce côté, ils eurent recours (1461) à Jean, duc titulaire de Calabre, fils de René d'AAjou, qui avait survécu pour protester contre la révolution qui l'avait détrôné. On persuada facilement à Jean d'entreprendre la conquête du royaume de Naples. Florence l'aida de ses trésors, et Venise de ses vœux ; le maître de Milan, SfOrza, resta fidèle à l'alliance qui le liait à Ferdinand. Un grand nombre de nobles napolitains, parmi lesquels on voyait Orsini, prince de Tarente, le plus puissant vassal de la couronne, arborèrent la bannière d'Anjou, que soutint aussi le plus jeune Piccinino, le dernier des grands condottieri, sous les ordres duquel coururent se ranger les vétérans des guerres précédentes. Hais Jean éprouva le sort inévitablement réservé à sa famille, depuis qu'elle combattait pour la possession de ce trône. Après quelques brihants succès, abandonné par les Génois, sur lesquels il avait compté comme anciens ennemis de la maison d'Aragon, il ne put rien entreprendre. Les barons de son parti s'aperçurent de son embarras, et, suivant l'usage de leurs ancêtres, se soumirent l'un après l'autre à Ferdinand (1464).
Vingt ans s'étaient écoulés depuis cette soumission : les dispositions tyranniques de Ferdinand n'étaient que trop bien secondées par son fils; les Napolitains gémissaient sous le poids des impôts devenus intolérables. Les barons se soulevèrent, appelèrent à leur secours le pape Innocent VIII et René II, duc de Lorraine, auquel ils o£Frirent de le reconnaître pour leur souverain. Ne voyant arriver ni les troupes du pape ni le duc de Lorraine, ils firent av^ Ferdinand un traité dont le roi d'Espagne, Ludovic Sforza, régent de Milan, et Laurent de Médicis furent garants. Deux jours après, Ferdinand et son fils attirèrent dans leur palais les principaux des nobles, sous le prétexte d'une noce, les chargèrent de fers, et les firent périr dans d'horribles supplices. San Severino, prince de Salerne, parvint à échapper à cette perfidie. Ne respirant que vengeance , il alla à Venise , et de là en France, où il ne cessa d'exciter le roi Charles VIII à détrôner le tyran qui avait immolé ses malheureux compatriotes. Ce crime ne contribua pas médiocrement aux succès rapides qu'obtinrent les Français, lorsque, plusieurs années après, ils vinrent faire la conquête du royaume de Naples. A. Savacucbs.
BAROQUE. On dit d*une perle qui n'est pas ronde perle baroque; c'est une perle de rebut.
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Baroque, aa figuré, est un mauvais moi, un mot mal ftdt, ub de ces mots qui ne dérivent de rien, qui tt*ont de racine dans aucune langue et qui sont* à peine français.
n ne fSaut pas confondre le style baroque avec le style burlesque {w^*). Le burlesque peut être quelquefois une combinaison de l*art, une triste combinaison à la vérité, mais enfin nous avons eu le genre burlesque; ce genre a été défini dans les grammaires et dans les dictionnaires. Le burlesque a eu son empereur, d*A8S0ucy !«', qui a faut souche et qui a eu de nombreux successeurs; je D*ai pas entendu dire jusqu'à présent que nous ayons eu le genre baroque, c*est-à-dire le genre baroque reconnu, défini, expliqué, commenté et gouverné par un empereur. Donc le slxle baroque est purement un accident, c'est un malheur, ce n*est pas même une fausse recherche de Tesprit. Il y a des gens qui font du style baroque', comme il y a des infortunés chanteurs qui chantent faux, sans le savoir. Aux uns c*est Foreille qui manque, aux autres c*est le goût. Ce qu'il y a de malheureux, c'est qu'il n'y a pas plus de remèdes pour les uns que pour les autres ; s'ils chantent faux, s'ils éeriyent en baroque, c'est tout simplement parce qu'un sens leur manque. Voulez-vous des exemples du style baroque ? Prenez les tragédies de Tempire, imitations mal faites des admirables tragédies de Racine. Les poètes de ce temps-là se croyaient des Racine, parce qu'ils faisaient parler une confidente avec une princesse, un confident avec un prince ; parce que les cinq actes de rigueur se terminaient par un récit final. Quds vers c'étaient là : ce n'étaient pas même des vers burlesques, pas même des vers ridicules, c'éUlent des vers baroques. Et quelle imagination !
Baroque se dit encore pour désigner de fort Jolies inventions en architecture ; avez-vous vu les bains chinois à Paris ? voilà du vrai baroque ! avez-vous vu les figures de cire ? voilà de l'exceflent baroque! avez-vous vu telle femme qui n'est ni Jeune ni vieille, ni belle ni laide, qui est habillée de toutes couleurs? cette femme est baroque. Avez-vous été souvent à l'Opéra-Comiqne? avez-vous vu les colonels d'opéra-comique en bottes molles et en faux toupet perdus dans des bosquets de roses fanées ! Quand je dis b<irO' que je ne dis pas ridicule, je ne dis pas odieux, je dis baroque. Raroque est un de ces mots qui se sentent et qui s'expliquent tout seuls. Raroqioe peut très-bien prendre sa place parmi plusieurs mots de la même famille, par exemple ie schick et le rococo. Raroque est tout à fait un
mot de la famille du schick et du fion. Pour définir le baroque, je n'ai ni le flon, ni le
schick, J. JANTII.
RARQUE, nom donné à un grand nombre de petits navires qui diffèrent les uns des autres, autant par la forme que parla grandeur, la voilure, la mâture et le gréement. Quelques barques sont à deux mâts, mais le plus grand nombre n'a qu'un màt garni d'une seule voile. La pêche, le petit cabotage, le transport des pierres, du mortier et du bois pour les constructions hydrauliques, sont les emplois ordinaires auxquels sont affectées les barques : aussi leur construction n'est-elle jamais très-fine. Cest la solidité qu'on recherche avant tout dans cette espèce de bâtiment ; la marche est subordonnée à cette première condition. Il y a des barques pontées et d'autres qui ne le sont pas ; la nature du service qu'elles doivent faire détermine le charpentier à les ponter ou à les laisser sans tillacs. Sous Louis XIV il y avait des barques longues ou corvettes dont l'armement était de 10 à 4 canons du calibre de 6 ou de 4 ; elles avaient, en temps de guerre, de 60 à 50 hommes, et de 45 à 25 en temps de paix.
Il est difficile d'assigner au mot barqtêe, sa véritable étymologie. Le latin des belles époques antiques ne nous donne rien d'où on puisse l'induire; on ne trouve rien non plus dans le grec. Dans la basse latinité, barcussius désignait une espèce de petit bateau ; faut-il conclure de là que barcussius soit le chef d'une famille de mots qui compte tant de dérivés : barque, embarquer, débarquer, embarquement, embarcation, embarcadère, barcasse, barquette, barquerelle? Le mot barcasse est bien près de barcussius : il est pourtant sage de ne pas se laisser séduire par ce rapport. Observons, toutefois, que les langues européennes du bassin de la Méditerranée ont barca. L'italien, l'espagnol, le portugais, ont-ils pris ce terme au latin barcussius f C'est ce qu'il est impossible aujourd'hui de déterminer.
La barcasse était autrefois une petite barque; aujourd'hui on appelle de ce nom un mauvais navire un grand navire sans qualités. Une espèce de barque italienne était connue sous le nom de barquerolle. Sur les rivières de France, nous avons des barges et de barquettes; la barquette de Vienne (Isère), espèce de petit coche qui fait le service de transport entre cette ville et Lyon, est aussi célèbre sur la Saône et a le même genre de célébrité que le coche d'Auxerre sur la Seine.
IAux Indes occidentales, des pirogues fortes qui portent un armement de guerre ont le nom de
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bûrgeê. Lei sens du monde ont llialiitude do confondre €mbarqU9meni avec embarcaiton; nous devons les prémunir contre celte faute. Vêmbarquemen^ut Taction d^entrerdans une barque, canot ou navire quelconque ; Vembar' caHon est la barque, canot ou cbaloupe dans lequel on s*embarque. Les Turcs nonunentieurs barques : qa%q. Ce&i de là que nous avons fait caXo ou oa%q%te qui désignait autrefois Tesquif ou canot de la galère. Bans TArchipei et le Levant, il y a de petits bateaux caboteurs qui s'appellent caïques. Les corsaires cosaques de la mer Noire montaient des calques armés. Au moment de la descente projetée en Angleterre, on fit en France des cbaloupes canonnières, armées, à Tavant et à i^arrière, de deux pièces d*artiUerie placées sur coulisse et du calibre de 56. EacTGL. des oiifs nu hordi.
BAAEA (JQSBVB), dont le nom mérite d*élre arraché à un injuste oubli , était né à Palaiseau (Seine-et-Oise). Tambour dans l'armée républicaine envoyée dans la Vendée, Barra n'avait que douze ans. Aussi bon fils qu'intrépide guerrier, ce béros enfant envoyait à sa mère sa modique solde. Son courage était au-dessus de son âge et des plus grands dangers : toujours en avant des colonnes, il fut cerné par une bande de Vendéens : Crie vive Louis Xf^lll lui disent les Vendéens, ou tu es mort, 30 baïonnettes se croisent sur lui. yive la république/ répond le jeune Barra ; et il expire percé de coups. La Convention, par un décret du 7 nivèse an 3, lui décerna les honneurs du Panthéon. La fête fut, par un autre décret, fixée au 10 thermidor. Chénier, Golin-d'HarleviUe, ont célébré la mort héroïque du jeune Barra. Une pension nationale fut accordée à sa m^, et son portrait envoyé à toutes les écoles primaires de France. Bigt, ai la Coifv,
BAR&ABAS, juif séditieux et homicide condamné à mort, mais quePilate, suivant un usage qui permettait de faire grâce à un criminel pendant la fête de Pâques, délivra à la prière des Juif^, préférablement à Jésus-Christ.
BARRAGE. On nomme ainsi des espèces de dignes que l'on construit en travers des rivières pour élever le niveau de leurs eaux, soit qu'on veuille les rendre plus navigables, soit qu'on ait besoin de chutes d'eau pour établir des usines.
Sur des rivières peu considérables, les barrages sont ordinairement pleins et constamment immergés ; leur section transversale présente une figure triangulaire, reposant sur le aol par le côté le plus grand; ils sont souvent formés d'un squelette en charpente dont les vides sont remplis par des pierres posées â sec; on réunit
à la surfoce des blocs de dimoiilon assas forte pour qu'ils ne soient pas entraînés. Pour les rendre étancbes, on garnit de terre franche ou de terre glaise le talus d'amont, sur une hauteur moyenne de 1 mètre et qui augmente avec la profondeur. On a dû prendre les précautions d'usage pour prévenir toute espèce de filtration audessous de la base du barrage. L'eau glissant sur le tahis d'aval, après avoir franchi l'arête supérieure, perd une partie de la vitesse que la pesanteur tend à lui imprimer $ lorsqu'elle est trop considérable, ou que le aol ne présente pat une solidité suffisante, l'eau attaque le pied du barrage et y produit des excavations qui atteignent souvent de 6 â 7 mètres de profondeur, et auxquelles on donne le nom d'ajffimillemeniê, La solidité du point d'appui sur lequel repose la digue se trouve ainsi diminuée, et la pression des eaux supérieures entraîne souvent sa chute. ^ Pour prévenir cette cause de ruine, on construit en charpente, en fascinage ou en gros blocs de pierre, une espèce de plate-forme qui porte le nom de radier, et qui, prenant naissance au pied du barrage, s'étend en aval jusqu'à une distance où les afifouillements ne soient plus â craindre.
On diminue encore le danger en donnant au barrage une direction oblique à la rivière : l'eau qui coule sur la surface d'aval suit la ligne de plus grande pente qui est perpendiculaire à la direction de la digue, et la nappe d'eau répartie surunesurfiice plus grande étant moins épaisse, l'action retardatrice des inégalités que présente le talus contribue plus puissamment k diminuer sa vitesse { mais la direction de celle qu'elle conserve éiant oblique aux berges de la rivière, le courant vient se briser contre elles, se réfléchit ensuite sur la berge opposée, entame ainsi successivement chaque rive, et occasionne des dégâts qui se font sentir jusqu'à une distance considérable.
Les constructeurs d'usine croient aussi que la direction oblique donnée k leur barrage amène l'eau sur leurs machines en plus grande abondance et avec plus de force. Ce préjugé a contribué sans doute à faire adopter assex généralement cette disposition, favorable d'ailleurs à la solidité de la construction, mais dangereuse pour les propriétés riveraines situées en aval. On évite cet inconvénient, tout en conservant ce que cette direction oblique présente d'avantageux,en donnant au barrage la forme d'un chevron briaé, saillant vers l'amont, ou même d'une portion d'arc de cercle tournant sa convexité du même côté{ alors les directions opposées que prennent les filets d'eau donnent Ueu à une direction ré-
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tjDltaiito unique, parallèle à Taxe du cours d*eau.
Quelquefois le barrage est terminé du côté d^aral par un mur vertical : on lui donne une épaisseur égale à la hauteur d*eau à supporter; il est alors construit en maçonnerie j les pierres de eouronnement sont en saillie sur le mur yertical, afin de le présenrer du contact de Teau ; celle-ci tombe verticalement sur un radier solide construit en aval, se brise contre cet obstacle, et, pédant ainsi toute la vitesse que la pesanteur lui a communiquée dans sa cbute, ne conserve plus pour s^écouler que cellequi est due i la pente naturelle du sol.
Cette forme de barrage ne serait pas applicable à une grande rivière peu encaissée et sujette à des crues, parce qu*au moment des grandes eaux celles-ci, ne trouvant de passage qu'audessus de la digue, pourraient s*élever à une hauteur considérable, déborder et occasionner des aecidaits{ c*est pour cela qu'on ménage dans le barrage des ouvertures suflBsantes pour donner passage à toute Teau que débite la rivière dans le moment des crues, sans qu'elle s'élève a une hauteur dangereuse pour les propriétés riveraines. Ces ouvertures se forment à volonté, à l'aide de pièces de bois que l'on nomme path ireiieê : on les place, les unes au-dessus des autres, dans des enclaves ménagées pour cet efiFet dans la maçonnerie du barrage, qui se compose alors de piles isolées reposant sur un radier occupant toute la largeur de la rivière $ ce radier doit être d'une solidité suffisante pour résister à la chute verticale de l'eau qui s'écoule pardessus les poutrelles lorsque le barrage est fermé.
Les barrages ont en général l'inconvénient d'altérer profondément le régime des rivières, de donner Heu à des bas-fonds, et enfin d'occasionner dans le cours des eaux des modifications dont il est difikûle de prévoir la nature et la portée. CI.A7KTR01I.
BAIB AS(PArarjBAH'rEAWÇOis-NicoiAS, comte •i) naquit mk 1765 à Fohemboux, département do Var, d'une fomille dont on dit proverbialement en Provence : noble comme le$ Barrai. Il s'embarqua, en 1776, comme sous-lieutenant pour nie de France, dont le gouverneur était son parent, passa de là aux Indes, et re? int en France après la capitulation de Pondichéry par le général Bellecombe. Après un séjour de courte durée, U retourna dans Tlnde, en 1777, avec Pescadre de M. de Suffren; mais l'expédition ayant de nouveau échoué. Barras revint à Paris, où U trop grande franchise avec laquelle U cri-
tiqua les fautes qui avaient causé nos revers dans l'Inde lui valut une lettre de cachet, dont M. de Breteuil sut cependant lui éviter l'exécution.
I^ révolution éclata sur ces entrefaites, et Barras, qui depuis son retour avait presque entièrement dissipé sa fortune, devint un des apôtres les plus ardents des idées nouvelles. Il siégea dans lesassembléesbailUagèresdu tiers état, et ftit un des premiers à marcher à l'attaque de la Bastille. La journée du 10 août lui fournit l'occasion de donner des preuves de la modération qu'il savaitallier à son amour pour la liberté. Nommé bientôt administrateur du département du Yar et commissaire près de l'armée d'Italie, il contribua beaucoup à décider le passage du Yar, et devint administrateur général et président des autorités qu'il organisa dans le comté de Nice.
Nommé député à la Convention nationale, H vota pour la mort du roi, sans sursis ni appel. Envoyé, après le 61 mai, comme commissaire, à l'armée d'Italie et de Provence, alors le foyer de la guerre civile, ce fut lui qui établit le blocus de Toulon. Le général Dugommier vint prendre le commandement du siège ; et grâce surtout à l'artillerie, dirigée par un simple capitaine, jeune et sans nom, que sut distinguer Barras, l'armée républaine fit bientôt son entrée à Toulon. De retour à Paris, Barras et son collègue Fréron forentles seuls contre lesquels les provinces du midi ne déposèrent point de dénonciations.
Malgré sa réputation de bon patriote, il eut le malheur de déplaire à Bobespierre et ne dut son salut qu'à la fermeté qu'il déploya dans plusieurs occasions. U se Jeta dès lors dans le parti thermidorien. Au moment de la crise, la Convention le nomma pour marcher contre la commune, qui venait de s'insurger en foveur de Robespierre; il réussit, et le tyran fot renversé.
Il fut nommé successivement secrétaire et président de la Convention, élu membre du comité de salut public; et il fit rayer beaucoup d'émigrés delà liste fotale. Chargé en 1794 du service difficile des subsistances, il sauva Paris de la disette qui le menaçait. Le 16 vendémiaire le porta de nouveau au commandement en chef; mais le succès de cette Journée fut dû en grande partie à l'énergie de l'ex-capitaine de Toulon, à Bonaparte, il qui il avait confié le commandement de l'artillerie. Barras, dans son rapport, attribua la victoire au Jeune général, et le proposa pour lui succéder dans le commandement de l'intérieur; bientôt après il hii fit donner celui de l'armée d'Italie.
Les événements de thermidor et de vendè-
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mîaire portèrent Barras au Directoire, où, sans posséder les qualités nécessaires à la haute place dont il éUit invesU, il fit cependant mieux que ne s*y attendaient ceux auxquels sa capacité n*était pas démontrée.
Après le coup d*État du 18 fructidor, dont il prit toute la responsabilité sur lui. Barras, toujours modéré dans ses principes, résista au mouvement de persécution qui suivit cette Journée et régna en dictateur Jusqu*à rentrée de Sieyès au Directoire.
On assure que Pitt lui offrit à cette époque Tappui de TAngleterre, s*il Toulail s*emparer de Tautoriié; Tancien gouyernement lui avait également fait des propositions; et Bonaparte, informé en Egypte de ces diverses intrigues , se serait dès lors décidé à tenter sa périlleuse traversée. L*homme au regard d*aigle avait déjà deviné le peu de vigueur et de résolution de son premier protecteur...
Survint le 18 brumaire : Barras céda à la puissance sous laquelle devait bientôt plier toute r£urope. « La gloire, écrivit-il au président du conseil des Cinq-€ents,la gloire qui accompagne le retour du guerrier illustre à qui j*ai eu le bonheur d*ouvrir le chemin de la victoire, les marques éclatantes de confiance que lui donne le corps législatif, et le décret de la représentation nationale, m*ont convaincu que, quel que soit le poste où rappelle désormais Tintérét publie, le4 périis de la liberté $ont iurmontés et les intérêts des armées garantis. Je rentre avec Joie dans les rangs de simple citoyen. » Il obtint une escorte et se retira à son château de Gros-Bois. Possesseur d*une fortune considérable, qu'il ne dissimulait pas, il refusa tous les avantages qu'on lui o£Frit. Alors persécuté comme ennemi du nouvel ordre de choses, il vendit Gros-Bois, et il se retira à Bruxelles où il passa plusieurs années. Depuis 1814, il vécut dans la retraite Jusqu'en 1829, où la mort vint l'enlever au milieu des regrets et des bénédictions de la commune de Chaillot, dont il était devenu le père. On s'attendait à la publication de Mémoires d'une haute importance; mais le gouvernement a fait apposer les scellés de l'État sur ses papiers pour en retirer ceux qui seraient sa propriété.
Le comte de Barras, frère aîné du précédent, siégea à l'assemblée de la noblesse, et professa des opinions opposées à celles de son frère. U émigra et servit dans l'armée de Condé. X. BARBE. {Géographie physique,) On donne ce nom à deux sortes de phénomènes qui se passent à l'embouchure des fleuves, et que Ton distingue en barre de sable et barre d'eau.
La barre de sable est un amas de sable et de vase qui se forme à l'entrée de certains fleuves ou 4e certains golfes où ils viennent se décharger, et qui en obstrue tellement le passage qu'on ne peut entrer dans ces fleuves ou dans ces golfes qu'à la marée haute, à moins qu'il ne se trouve dans le prolongement de la barre des ouvertures formant ce qu'on appelle des passes ou des chenaux que suivent les navires. La barre de sable qui se forme Journellement à l'embouchure de la Seine offre un exemple de ces passes que des pilotes sont constamment occupés à reconnaître, parce qu'elles changent incessamment de place. Lorsque le cours du fleuve est très-rapide, il ne s*y forme point de barre de sable, parce que le courant a assez de force pour entraîner à la mer tous les sédiments qu'il charrie.
La barre d*eau est une vague ou lame qui semble partir de la surface de la mer et qui remonte le courant de certains fleuves avec une effrayante rapidité , rejetant violemment sur le rivage les navires et tout ce qu'elle rencontre dans sa marche. C'est aux équinoxes et aux époques de la nouvelle et de la pleine lune que celte barre est le plus à redouter, surtout si elle est poussée par un fort vent d'ouest. Sur la Seine les flots de la marée qui monte arrivent à la hauteur de Quillebœuf ; là, ils s'amoncellent subitement et s'élèvent à une hauteur quelquefois considérable. Au moment où le phénomène commence, un bruit sourd se fait entendre à la distance de deux lieues : les animaux épouvantés abandonnent les pâturages où ils paissaient tranquillement; l'effh)! se répand sur les deux rives, et le cri de la barre ! la barre ! répété de toutes parts, devient un cri d'alarme pour l'habitant riverain qui voit quelquefois le flot menacer son habitation et ses champs. Dans sa course, le phénomène dévastateur dégrade le rivage, enlève tout ce qu'il rencontre, et j^orte au loin, sur les terres basses, un limon infertile. Il a successivement détruit les digues les mieux cimentées qu'on avait essayé de lui opposer. Cette barre remonte, en diminuant de vitesse , Jusqu'à Rouen, où elle a quelquefois encore assez de force pour que les navires trop voisins les uns des autres s'entrechoquent, brisent leurs amarres et s'avarient. Elle est même sensible encore au Pont-de-l' Arche; mais ordinairement, depuis la première de ces villes jusqu'à la seconde, ce n'est plus qu'un flot formant un bourrelet qui traverse la Seine et vient mourir toujours à peu près au même point du courant du fleuve.
Cette vague regoit le nom de masearel dans la Gironde : son bruit se fait entendre à la dis-
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tance de 5 lieues; et lorsque les eaux du fleuve sont basses, elle fait chasser les ancres des navires, rompt les câbles et fracasse les bateaux, si Ton n*a pas la précaution de placer ceux-ci à Tabri que présentent les points de terre qui la détournent, ou au milieu du fleuve où la profondeur des eaux diminue la force du courant. Cette barre conserve encore une force extraordinaire près de Tembouchure de la Dordogne, à plus de 15 lieues de TOcéan.
Le plus beau phénomène de ce genre est celui qu^olFre le géant des fleuves, TOrellana , improprement appelé Rivière des Amazones, « Une montagne liquide s^élève à la hauteur de 30 toises. Ble se rencontre assez souvent avec la marée montante de la mer : le choc terrible de ces deux masses d^eau fait trembler toutes les lies d'alentour; les pécheurs, les navigateurs s'éloignent avec effroi. Le lendemain ou le surlendemain de chaque nouvelle ou pleine lune , temps où les marées sont les plus fortes, TOrellana semble aussi redoubler de puissance et d'énergie. Ses eaux et celles de l'Océan se précipitent au combat comme deux armées; les rivages sont inondés de leurs flots écumeux ; les rochers, entrai- • nés comme des galets légers, se heurtent sur le dos de l'onde qui les porte ; de longs mugissements roulent d'Ile en Ile. On dirait que le génie des fleuves et le dieu de l'Océan se disputent Tempire des flots. »
Une remarque générale que l'on a faite au sujet des barres d'eau , c'est qu'elles n'ont jamais lieu lorsque le fond du fleuve est uni, et qu'elles cessent toutes les fois que le courant descendant acquiert une grande rapidité par l'effet des débordements, yqjr. Barrage. J. Hdot.
BAK1Œ.( DrotV.) L'enceinte particulière réservée aux juges dans le lieu de leurs séances est ordinairement formée par une barre; de là est venu l'usage de dire : se présenter à la barre d*nn tribunal. On a été même jusqu'à substituer le nom de barre à celui de tribunal, en disant, comme jadis, barre ducale de Mayenne, les barres royales de Rennes, de Nantes ; et le bailliage de l'Église de Paris était qualifié de barre du chapitre. Ce mot barre est aujourd'hui admis à Té^rd des chambres législatives , comme à l'égard des tribunaux. En France, il est défendu par la charte d'apporter soi-même et en personne à la barre les pétitions que l'on veut adresser à l'une ou à l'autre chambre. X.
BARREAU. Le barreau est le lieu où se placent les avocats pour plaider. C*est ainsi qu'après la prestation de serment le président de la cour dit aux jeunes licenciés : Prenez place au barreau.
Mais plus fréquemment cette expression sert à désigner Tordre même des avocats; ainsi Ton dit : Le barreau de Paris a été consulié sur la question du mariage des prêtres.
L'existence des avocats est fort ancienne, ainsi qu'on a pu le voir dans l'article Avocat. Partout où les passions humaines ont fait naître des contestations, il a fallu des juges pour les décider, et l'on a senti la nécessité d'hommes exercés pour faire valoir les raisons des plaideurs. Il est même assez vraisemblable que ceux dont les prétentions étaient injustes ont été les premiers à réclamer.
L'institution des avocats, en France, remonte à l'institution des parlements ; et à mesure que ces grands corps judiciaires acquirent une fixité et de la puissance, le barreau vit ses attributions se développer, sa considération et son influence s'accroître. En 1790 il disparut avec les parlements auxquels son existence semblait être attachée, comme le disaient les avocats euxmêmes à cette époque (Fournel, Histoire des avocats au parlement et du barreau du Paris, Paris, 1813, t. II, p. 540).I1 se reforma en 1810 lorsque des cours de justice furent rétablies.
De curieuses recherches ont été faites sur l'origine du barreau, ses usages, ses prérogatives, ses traditions. M. Dupin aîné a publié deux volumes sur la profession d'avocat qu'il a honorée et pour laquelle il conserve une affection vive; il y a recueilli les ouvrages anciens les plus dignes d'attention et d'intérêt, il y a joint quelques fragments d'auteurs modernes, et lui-même y a placé quelques-uns de ses écrits. On trouve dans ce recueil l'histoire complète du barreau et l'exposé fidèle de ses maximes.
Presque tous les avocats conservent pour leur profession un grand attachement; presque tous se montrent jaloux de sa gloire et de son illustration, même après qu'ils l'ont quittée. Ceci est un signe infaillible qu'elle a quelque chose à la fois d'élevé et d'utile. Les traditions qui la régissent, les règles auxquelles elle est soumise, sont graves, sévères, et empreintes d'une exquise délicatesse. On a reproché aux avocats d'exagérer leur propre dignité et de se placer orgueilleusement au-dessus des autres professions : cela peut être vrai; mais il est vrai aussi que tel acte, qu'entre personnes d'une autre position nul ne songe à blâmer, serait entre avocats une faute et ferait prononcer entre eux des peines de discipline, souvent même l'exclusion. Qu'on permette un peu d'estime de soi-même à qui s'impose et qui remplit des devoirs si rigoureux.
L'éloquence du barreau a eu ses phases diver-
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