B OH
BOH
Hongrie. C*ef t avec ce dernier, mort assaislné à OlmUti le 4 août 1506, que «^éteignit la maUon de Premysl. Alors Rodolphe de Habibourg et plusieurs autres princes furent successivement élus rois, et la Pologne profita des troubles qui en résultèrent pour secouer le Joug. De 1510 à 1457 la Bohême fut gouTcrnée par des rois de la maison de Luxembourg. Jean, fils de Henri VU, premier roi de Bohème de cette dynastie (1510- 1546), acquit la Silésie en renonçant à la Polo* gne. Charles I*', depuis empereur d*Allemagne sous le nom de Charles lY (1546-1578), donna de réclat à sa couronne en favorisant et encourageant les progrès de la civilisation et en agrandissant l*ÉUt par la réunion de la Lusace, d*une grande pariie du Palatinat Supérieur et de la Marche de Brandebourg; mais ses fils et ses neveux dégénérés ne pouvant défendre ces posses* sions, les perdirent en grande partie. C^estsous le règne de Venceslaf lY (1578-1419) que Jean Huss et ses disciples développèrent ces nouvelles doctrines religieuses qui embrasèrent la Bohème et rAllemagne et amenèrent un schisme, peu après la mort de Huss, condamné au bûcher par le concile de Constance, en 1415. Cependant la guerre des hussites ne sévit point du vivant de Venceslaf; mais suscitée par les mesures imprudentes de Tempereur Sigismond, son frère, elle porta pendant 16 ans le ravage et la désolation dans la Bohème; la prépondérance des hussites dont la fortune favorisait les armes, transforma la Bohème en royaume électif (1430-1547). Sa couronne devint encore une fois le partage de hi maison de Habsbourg : Albert Y, duc d*Autriche, s'y fraya le chemin par son mariage av^ la fille unique de Sigismond, et la laissa en mou« rant (1450) à son fils posthume Ladishif, au nom duquel George de Podiebrad, simple gentil* homme bohémien, occupait la régence. Après la mort de Ladislaf (1457) George, prince prudent et énergique, ayant embrassé les dogmes de Huss, fut élu roi en 1458. L'Autriche et le pontife de Rome lui suscitèrent des embarras sans nombre; ce dernier Texcommiinia et sanolifia les armes de tous les conspirateurs. Mais Podiebrad se maintint jusqu'à sa mort (1471), malgré les foudres du Yatican, les perfidies de son gendre Mathias, foi de Hongrie, et les rébellions de ses plus puissans vassaux. La sagesse de son règne justifia le choix de ses compatriotes qui iWaient préféré à un empereur et à deux rois. U eut pour successeur un prince de Pologne de la maison de laghiel (Jagelion), Yladlslaf Y (1471-1616), qui obtint aussi, par élection, le royaume de Hongrie, et transféra sa
résidence à Bude, en Hongrie (1400), où Louis, son fils et son successeur (1616-1596), continua de résider. Hais ce prince s'étant noyé dans le Danube après la bataille de Mohatch, la Bohème et la Hongrie passèrent à Tarchiduc d'Autriche, Ferdinand, firère de Charles-Quint et beau-frère du roi Louis; et depuis ce moment la couronne de Bohème ue sortit plus de riUustre maison do Habsbourg, continuée par celle de Lorraine.
Lors de la guerre de Smalkalden, Ferdinand voulut contraindre ses nouveaux sujets à pren« dre les armes contre l'électeur de Saxe; mais ils s'y refusèrent, laissant même entrevoir leur intention de seconder Télecteur. Cependant, après la victoire de Muhlberg, remportée par Charles- Quint, Ferdinand se vengea de ce refus; et, employant une rigueur sans exemple, opposant sa volonté aux délibérations des états dont un in* oendie avait dévoré, en 1641, k charte, fondement de leurs privilèges, il déclara la Bohème avec ses dépendances (la Moravie et la Silésie autrichienne), royaume héréditaire, à la diète de 1647, surnommée la Dièiê sanglante. Son fils BlaximiUen, prince sage et tolérant, lui succéda en 1664 et, après la mort de ce dernier, ses deux fils occupèrent successivement le trône : Rodolphe en 1676, et Matthias en 1611. Des troubles motivés par l'atteinte portée au libre exer-» cice du culte des protestants éclatèrent vers la fin du règne de Matthias. Leur gravité menaça la maison d'Autriche de la perte de la Bohème; car en 1610 les mécontents élurent roi Frédéric Y, électeur imlatin du Rhin, en écartant Ferdinand II qui, encore du vivant de son cousin Matthias, avait été couronné roi de Bohème. La bataille de la Montagne-Blanche (^etmudety), près de Prague, le 8 novembre 1690, qui se décida en faveur des armes de l'Empereur, rendit à l'Autriche son autorité sur ce royaume. Let moteurs et complices de l'insurrection furent en partie mis à mort, en partie exilés ou condamnés à une prison perpétuelle. La oonfisca* lion de leurs biens fut prononcée; elle s'étendit même sur les familles de ceux qui étaient morta déjà auparavant, et de 90 autres qui avaient prit la fuite; 798 seigneurs qui s'étaient volontairement déclarés coupables furent de même dépouillés de leurs possessions. La religion protestante, professée par les trois quarts de la population, fut entièrement extirpée, l'ancienne constitution annulée, et la Bohème devint ainsi, en 1690, une monarchie presque absolue et tout à fait catholique. Près de 56,000 familles, dont 1,088, de la noblesse, tous les prédicateurs et docteurs protestants, une f<^ule d'artistes,<de nô-
BOU
BOH
godants, d^artisans, s^expatrièrent plutôt que d*embrasser la religion catholique, et allèrent se fixer dans le Brandebourg, la Saxe, la Pologne, la Suède, etc. Cette émigration et la guerre de trente ans, qui éclata et se termina en Bohème, décima tellement la population de ce pays qu*en 1657 elle se trouva rédpite à 780,000 âmes. Le gouvernement concéda différents districts à des colons allemands, et favorisa de tous ses moyens Tintroduction de la langue allemande dans Tadministrâtion publique. Après la mort de Charles YI, en 1740, Charles-Albert, électeur de Bavière, forma des prétentions sur la Bohème et se fit même prêter serment de fidélité par les états à Prague; Marie-Thérèse, cependant, en conserva la possession, qui, encore aujourd'hui, est un des plus riches joyaux de la couronne impériale d*Autriche. Cony. Lexicon .
- Outre le Scriptores rerum Bohemicarum (Prag., 1783, in-fol.), les ouvrages les plus importants sur rhistoire de Bohème sont les suivants : P. Stransky, De republica bajetna^ Lugd. Bat. 1643, traduit, continué, corrigé et complété par le jésuite J. Cornova, Prag., 1803, 7 vol.; Dobner, j1 finales Bohemorum, Prag., 1761-1782, 6 vol. in-4o, et Monumenta historica Bohemiœ nusquam antehac édita, Prag., 1764-1787 ; Pelzl, Geschichte der Bœhmen von den œliesten bis auf nttesten Zeiten, Prag., 1817,2 vol. in^4o; Pubilchka, Chronologische Geschichte von Bœhmen, Prag., 1770-1812, t. I-X. Dumont du Florgy, Histoire de la Bohême, depuis son origine jusqu'à l'extinction de la dynastie de Przemysl, Vienne, 1808 et 1809, 2 vol. in-Ço. S.
III. Langue et littérature bohèmes» La langue bohème ou tchèkhe, Tun des dialectes les plus distingués de la langue slavonne, est parlée non-seulement dans le royaume de Bohème, mais encore dans la Moravie et parmi les Slovaks de la Hongrie; elle est répandue sur une population d'environ 7 millions. Gomme les autres branches de la famille slavonne, la langue tchèkhe est très-riche en racines et très-souple pour la dérivation et les flexions diverses auxquelles elle se prête; elle est raison née, pittoresque, précise, d*une structure grammaticale admirablement réglée, et cependant très-libre dans ses allures. Plus dure que la plupart de ses sœurs, elle est en revanche plus mâle, plus énergique. Avec cela, elle est prosodique au point qu*il est facile de lui appliquer, mieux qu*à presque toutes les autres langues de TEurope, les règles du rhythme grec et toutes les mesures des anciens; en général, son caractère est plutôt antique que modern^.
Elle n*a pas d'article et les flexions par lesquelles elle modifie le nom et le verbe, dans les déclinaisons et conjugaisons, lui permettent de se passer d'une fbule de particules nécessaires dans les autres langues; les constructions participales, d'un emploi fréquent et' commode , lui donnent une précision toute particulière. Tout cela tait que sa grammaire est d'une étude très-difficile, mais qu'aucune langue ne rend plus facilement les idées et l^s formas de toutes les autres. La langue bohème a un alphabet bien plus simple que la polonaise, sa voisine ; on se sert indistinctement de caractères latins et gothiques , mais en les modifiant par différents signes ou accents, que l'illustre Bohême Jean Huss mit en usage au xve siècle. [Dans les temps modernes cette langue ne doit à personne plus qu'à l'abbé Dobrof^ki {voy,) qui en a écrit l'histoire et qui en a donné une excellente grammaire en allemand (2« édit., Prague, 1819) ainsi qu'un dictionnaire allemand et bohème. M. Joseph Jungmann s'est occupé dans ces derniers temps d'un grand dictionnaire critique dé la même langue. Un dictionnaire complet bohème-allemand est celui de George Palkovitch, (Prague et Presbourg, 1821- 1822, 2 vol. in-8o). roir sur la langue et la littérature bohèmes l'excellent article Czbchisghb SPRàCBE QND LITKRATU&, daus l'Encyclopédie allemande d'Ersch et Gruber, par le savant docteur Schafi^arik.]
De tous les Slaves les habitants de la Bohême possèdent la plus ancienne littérature nationale. Les monuments d'ouvrages en langue tchèkhe remontent jusqu'au x« siècle. Cyrille et Méthode avaient, il est vrai, introduit d^à vers 833, parmi les Slaves convertis au rit grec, une écriture adaptée à leur langue ; mais le dialecte de Cyrille a depuis longtemps cessé d'être ume langue vulgaire. Les restes les plus précieux de l'ancienne littérature bohème n'ont été retrouvés que dans ces derniers temps. C'est en 1817 que M. Hanka découvrit à Rœniginhof les débris d'une collection de chants épiques et lyriques du xiiio siècle. Cette collection doit avoir été considérable, la partie conservée ne formant d'après Tinscription que les chapitres xxvi-xxvin du III« livre. A en croire les nationaux, ces 14 chants surpassent pour la délicatesse des sentiments, le choix et la richesse de l'expression, tous les ouvrages poétiques du moyen âge. D'une forme à part, ils sont empreints d'un cachet tout à fait national. Outre le précieux manuscrit de Rœniginhof, les Bohémiens possèdent encore, de la période la plus ancienne de leur littérature, de celle avant HusSy enviroQ iO oa-
BOH
BOH
vrages poétiques et plus de 50 en prose plus ou moins étendus. Nous ne citerons ici que la chronique bohémienne en vers de DaUmil , de Tan 1814; Texcellent livre élémentaire du chevalier Thomas de Sztitny pour ses enfants, de Tan 1376; le Conseil des animaux, fable charmante, par un anonyme de la même époque; puis rouvragfe d*André ])uba(1402) sur Torganisation Judiciaire de la Bohême; le poème politico-didactique par Smil-Flaszka de Richenbourg, mort en 1403, ouvrage encore inédit; une comédie mordante et spirituelle, à la manière d*Àristophane, intitulée VEmpirigue, du commencement du xrv« siècle; enfin plusieurs chants historiques dont un sur la bataille de Crécy où Jean, roi de Bohême, trouva la mort; des satires, des fables, etc., etc. La complainte un peu prolixe et prosaïque de Louis Tkadleczek ' sur la mort de son amante, de la seconde moitié du xiv« siècle , a été traduite par H. de Hagen. On a aussi de nombreuses traductions faites vers la même époque de différents ouvrages étrangers alors en vogue, comme VAlesandr^Ule , la Table ronde, Thistoire de Tristan, les voyages de Marc Pol, etc., etc.
Jean Huss fut pour la littérature de la Bohême ce que Luther devint plus tard pour celle derAllemagne : avec lui commence pour elle une ère nouvelle. Ainsi que nous Tavons dit, Torthographe bohémienne si simple, si précise et si bien raisonnée, et qui est encore employée de nos Jours, estrouvrage de ce grand réformateur (son Traité sur ce sujet n^est malheureusement pas encore imprimé). U traita plusieurs sujets de religion et de morale en hexamètres, revit et corrigea la traduction bohème de la Bible, et rédigea enfin près de vingt ouvrages plus ou moins étendus dans la langue nationale. Cependant Huss marqua plus encore par Timpulsion qu*il donna que par ses propres écrits. On connaît peu aujourd'hui les petits Traités dogmatiques, polémiques , ascétiques des différentes sectes bussites entassées dans les bibliothèques et les archives; leur quantité prodigieuse en fait le principal mérite. Quelques-uns de ces écrits, et ce ne sont pas les plus mauvais, eurent pour auteurs de simples ouvriers, des paysans, des femmes. La poésie dégénérée ne fut plus qu'une mauvaise prose rimée. Cependant 19 chants religieux des hussites méritent une exception honorable. Les poésies du prince Hynek de Podiebrad ne sont pas non plus sans mérite; mais leur prolixité en rend la lecture fastidieuse.
La prose bohémienne acquit au xv» siècle une
heureuse flexibilité et une énergie remarquable, alors que la langue nationale était seule employée dans les délibérations officielles. Les écrits politiques et toutes les lettres des publicistes bohémiens de cette époque sont de vrais modèles de clarté, de concision et de vigueur. Malheureusement on imita bientôt le style verbeux et prolixe des Allemands. Par Tinfluence de Puniversité de Prague et par celle de la cour, la langue bohème fut sur le point de dominer chez tous les peuples slavons catholiques de TEurope. Bile régna à la cour de Pologne, dans les écrits politiques de l'époque, et dans le grand-duché de Lithuanie. Cette perspective si riante s'anéantit d'un cOté par les innovations des hussites, car tout le clergé slavon catholique repoussa la langue en même temps que l'influence de la Bohême; la translation du siège royal hors de la Bohême, depuis 1490, devint une autre cause de décadence. Cependant dans le pays même la langue continua de faire d'heureux progrès; le nombre des écrivains nationaux de cette époque (1409-1526) est fort grand : nous n'en citerons que quelques-uns des plus remarquables. Ziska (voy. ce mot, et lisez Jichka)^ le grand général des hussites, cpmposa'pour ses troupes un chant de guerre et une instruction militaire. Un de ses contemporains , le chevalier Hatek de Hodetine, écrivit un ouvrage de ce genre, qui offre de grandes lumières sur la manière dont se faisait la guerre à cette époque. Hais l'ouvrage le plus important pour l'histoire militaire en général, c'est celui du général Venceslaf Vlczek de Czenow (lisez Tchénof), ouvrage d'une précision remarquable et qui trahit à chaque page la vaste expérience de son auteur ;« il est de la dernière partie du xv« siècle, mais il n'a été découvert que tout récemment. On y trouve de curieux détails sur l'emploi que l'on fit dès lors de la grosse artillerie mobile , concurremment avec les chars de guerre (wagenburg). Il est à regretter que cet ouvrage intéressant soit embarrassé d'une foule de termes techniques militaires dont on ne devine plus le sens propre. L'histoire contemporaine de la Bohême ne fut pas cultivée avec tout le zèle qu'on désirerait. H. Palacky ' publia en 18â9, dans son ouvrage : Scriplores rerum Bohem,^ 3 vol., une collection de ce qu'on pos- ^de dans ce genre (f^oir aussi son ouvrage allemand : Examen critique des anciens historiens bohèmes, Prague, 1830). Les Voyages en France d'Albert Koslka , seigneur de Postupic, en 1464; le Voyage en Europe de Lew, seigneur
* Uns ?«j:«(«i(Ô»praBoiifanttott(« lit IcCtiM. S.
BOH
BOH
de Rofinrftal, en 1465 ; celui du frère Martin Kabatnik dans TOrient et en Egypte, en 1491, et celui de Jean , seigneur de Lobkowitz , dans la Palestine, en 1493, fournissent des notions intéressantes sur les pays et les mœurs de Tépoque. Parmi les écrits politiques de ce temps on distingue les ouvrages de Gtibor, seigneur de Gimbourg et de Tobitchau , capitaine général de la Moravie, mort en 1494, et ceux du cbevalier Victorin Cornélius de Vsehrd. On remarque dans les premiers du génie et une force d'éloquence naturelle; dans les derniers une élégance qui rappelle celle des anciens classiques, un style précis et arrondi. Ils ne sont pas imprimés.
Les Bohèmes nomment la période de 1536 à 16â0 rage d*or de leur littérature : en effet, on cultiva alors et surtout sous le règne de Rodolphe II ( 1576-1611 ) toutes les sciences et tous les arts ; Tamour des lettres anima toutes les classes, et, bien que Ton n*ait pas à citer d'écrivain national qui, par son génie, ait frayé des roules nouvelles k TinteUigence humaine, ou qui ait donné un nouvel essor aux arts de Timagination (car Kepler, qui fit ses découvertes immortelles à Tobservatoire de Prague, n'était pas Bohémien ), la culture des lettres qui se répandit parmi toute la nation n'en est pas moins remarquable et exerça une heureuse influence sur la prospérité du pays. L'instruction publique était alors en Bohème dans un état plus florissant que dans aucun des pays voisins. Prague seule comptait, outre ses deux universités, 16 écoles publiques, dont quelques-unes pour les jeunes filles. Les campagnes étaient suffisamment fournies de gymnases et d'écoles paroissiales. La langue bohème, qui dominait seule dans tous les actes publics et particuliers , atteignit alors^ plus haute perfection grammaticale, et le nombre des ouvrages de tout genre qui furent publiés est très-considérable. Mais il faut convenir que le mérite intrinsèque des productions littéraires de celte époque n'est nullement en rapport avec leur quantité et leur étendue : George Streyc ', le pieux psalmiste de la Bohème, et Simon Lomnicky de Budecz, poète lauréat de l'empereur Rodolphe, faible nourrissons des Muses, sont cependant les plus distingués de l'éptque. En revanche, l'éloquence prit un essor élevé , et il est à regretter que les monuments qui nous en restent ne soient pas en plus grand nombre. Les Mémoires de Charles de
■ Le « bohème ne prononce toajouH comme le s aUemancI, c'est. ••<llre comBe ts dent Uar, i la fia comme a« mllieo d'an not. Il en cet de mimt dane la langue polonalee. Le s ae prononce comme ïtj français, le ^ comme/ detant une Tojallc. Bo CMM^qvriiM le
Zerotine, capitaine général de la Moravie (1534- 1614), et ses lettres, qui peuvent passer pour daa modèles de style épistolaire, nous dédommagent, jusqu'à un certain point, de ces pertes. Le nombre des historiens estimables s'accrut. A leur tète on remarque , il est vrai , un homme d*un mérite équivoque, Tenceslaf Uaïek de Libocan (mort en 1555), dont la chronique détaillée de la Bohème peutplairflroomme roman historique, mais n'inspire pas assex de confiance comme histoire proprement dite. Cinq autres historiens de cette époque, encore inédits, méritent d'être connus : ce sont Bartosx de Prague (1544), notaire public, qui peignit sous les couleurs les plus vives les discordes religieuses de la Bohème en 1594; Sixte d'Ottersdorf, chancelier de I« vieille ville de Prague (mort en 1585), qui donne des détails fbrt étendus sur les événements qui amenèrent la Diète sanglante de 1547; Jean Blahoslaf (mort en 1571), formé à l'étude des classiques et auteur présumé d'une Histoire des frères bohèmes et moraves ; puis un anonyme, auteur d'une Histoire universelle de la Bohème dont il n*existe que le prunier volume, à Stockholm en Suède; enfin Venceslaf Brxeian(1009- 1619), excellent généalogiste et biographe, dont les ouvrages se distinguent par la clarté, la profondeur, l'exactitude, et par la richesse des matières jointe à une grande brièveté. Parmi les historiens de cette époque, dont les ouvrages ont été livrés à l'impression, nous ne citerons que le studieux, profond et patriotique Daniel Adam de Veleslavine (mort en 1599) et le Polonais Bar th. Paprocky. Parmi les ouvrages qui ont enrichi Tethnographle nous remarquerons les Voyages et les Aventures dans l'Orient du chevalier Ulrich Préfat de Vlkanova (1546); ceux de Venceslaf Vratislaf de Mitrovic, en 1599, et de Christophe Harant de Polzic, en 1608. Les autres écrivains de cette époque sont Nicolas Konac de Hodiskof, mort en 1546; l'évèque bohème Jean- Augusta, mort en 157i; l'éloquent chanoine Thomas BavorofUcy, vers 1560 ; le sénateur de Prague, Paul-Chrétien deKoldine,mort en 1589; le philosophe Mathieu Benesofeky, vera 1587; le savant archéologue Abraham de Ginterrod, mort en 1609; Venceslaf Boudowec de Boudova, mort en 1631, et les écrivains religieux Martin-Philadelphe Zamerski, mort en 1599, et Gallus Zalansky, vera 1690. Les savants éditeura de la Bible de Kralic méritent également une mention
mot^lrt/ederra être In Strr jts, et de m^me : LemntcAjr, llaea Lom ■Itiky, Paproekjr, Haas Paproukj, Bomêavu, liées Bondorelt, iToMe* llaesKonats, Pdùt, llaes Poljlta.Nona aTonarenda qnd qntibb pw fcA^ et il faat proamKV aUui, k • VÊtmMÂ d'na wtoit.
BOH
BOH
honortblê. Jdftii, fleigneur de Zerotlnei rastem-» bla huit defl bommes les plus érudiU de Tunité des frères bohèmes dans son cbftteau de Krallc en Morayie. Là, réunis pendant 15 ans, ils tra* dnisirent de nouveau toute la Bible sur les langttes originales et la publièrent en 0 yolumes in*4o (1670-1503). Attoun peuple dans oe siècle ne pouvait se glorifier d*un pareil ouvrage. La Bible de Kralic a de tous temps été considérée comme un modèle parfait d*élégance et de correction. Des Jésuites éclairés ne lui refusèrent pas eux-mêmes cet éloge, et de nos Jours encore elle est un objet d*étude pour quiconque veut écrire correctement le bohémien.
De la guerre de trente ans et de la bataille de la Montagne-Blanche ( 8 novembre 1010), date la période la plus désastreuse pour la littérature et la langue bohèmes. Jamais peuple parvenu a un si haut point de civilisation ne retomba plus rapidement dans la plus profonde barbarie. Le fer, la guerre et la peste enlevèrent les hommes les plus éminents de la nation ; presque tous les habitants qui se distinguaient par des lumières et par une bonne éducation, à Texceptlon de ceux qui se laissèrent convertir au catholicisme, sortirent du pays : d*abord les professeurs et les ecclésiastiques, puis les bourgeois, enfin, en 1698, la noblesse. On eut de la peine à trouver aussitôt des hommes capables de remplacer les fUgitifk. La nouvelle éducation du peuple fut confiée à la hâte à des individus qui souvent ne devaient leur nomination qu*au manque de su* Jets plus aptes, ou bien à leur sèle antiréformiste. Le pays se vit ainsi inondé d*une fbule d*aventuriers belges, flamands, italiens, espanols et irlandais qui se firent les maîtres, se glissèrent dans tous les emplois publics et donnèrent le ton dans 'la société. La nationalité bohémienne fut ainsi complètement anéantie. Un vrai Bohème, d*après lenouTcl ordre des choses, n^éUit plus qu*un rebelle, un hérétique. Beau* coup de gens du pays, afin d'échapper à ce soupçon, renièrent leur nation , germanisèrent leur nom bohémien, et se donnèrent une origine étrangère. Cependant le sort le plus cruel frappa les monuments de Tancienne littérature. Les Jésuites, alors maîtres du pays, envoyaient partout leurs missionnaires accompagnés de soldats : ils allaient de maison en maison enlevant au peuple les livres accusés ou soupçonnés d'hérésie, pour les livrer aux flammes ; car il était reçu en principe que tous les ouvrages bohémiens rédigés de 1414 à 1635 contenaient des principes anarchiques. Ce vandalisme dura Jusque bien avant dans le xviii» siècle, et le Jésuite
Antoine Konias, mort en 1760, put encore se vanter d^avoir fait brûler 60,000 volumes. Après de telles mesures, on demeure étonné en voyant les restes encore si nombreux de Tancienne lltr térature nationale.
Tout le pays retomba dans les ténèbres, et ce qui restait de bons écrivains avaient tous été formés dans la période précédente. Le comte Slavata (mort en 1659), si connu par la défenestration de Prague/écrivit en langue bohème une histoire de son pays, en 15 vol. in-fol., qui ne sont pas imprimés, Paul Skala de Zhor, un des exilés, rédigea, 1696-1649, d'abord à Lubeck, puis à Freiberg en Saxe, une histoire générale de l*Égli8e, en 10 vol. in-fol., d'un très-petit caractère, et puisée à de bonnes sources pour la plupart inconnues aujourd'hui. Cet ouvrage est également inédit. Jean Amos Coménius, le der^ nier évèque de PUnité morave, fut aussi le dernier flambeau de la littérature bohème. Si son style latin est barbare, son style bohème est vif, énergique, agréable, et, pour l'élégance de la diction, pour le savant mécanisme de la langue, aucun autre ne l'a surpassé. On a de lui 96 ouvrages bohémiens, parmi lesquels on distingue le Labyrinthe du monde. Ses œuvres furent d'abord imprimées à Lissa en Pologne, puis à Amsterdam. On imprima aussi ses ouvrages bohémiens pour les exilés, à Pirna et à Dresde , Berlin et Halle. Cette littérature se conserva aussi à cette époque parmi les Slovaks protestants de la Hongrie, et quelques-uns de leurs écrivains sacrés, tels que-Tranowsky, Masnik, Pitarik, Hermann, Hruszkovic et Dolesxal acquirent de la réputation.
Bnfin le 6 décembre 1774 fut rendu un décret impérial qui organisait dans toute la Bohème des écoles normales, supérieures et communales, d'après un nouveau plan et supprimait les anciennes écoles latines des couvents ou les soumettait à une réforme. Plus Urd, en 1784, il fut ordonné que dans les collèges supérieurs les cours se feraient en langue allemande. Dès ce moment l'instruction qu'un Bohémien pouvait recevoir dans sa langue maternelle se bornait à la lecture, à l'écriture, au calcul et au cathéchisme. Ce fut, s'il est permis de le dire, le coup de grâce pour la langue et la littérature nationales, et il leur fut d'autant plus préjudiciable que ces deux décrets firent connaître au peuple de la Bohème la supériorité des lumières et 4e l'éducation de l'Allemagne et introduisirent l'em* ploi exclusif de l'allemand dans toutes les opérations publiques et privées. Ce coup funeste réveilla cependant dans un corps indolent les
BOH
BOH
derniers et faibles restes de sa vigueur endormie. Des hommes généreux, qui voyaient avec douleur la ruine procliaine et définitive de la langue maternelle, lui consacrèrent toute leur sollicitude. Le comte François Rinsky, général non moins illustre par son nom que par ses talents, éleva d*abord la voix dans un écrit intitulé Observations sur un sujet important, \TIA, Pelzel, Phistorien de la Bohème, suivit son exemple en 1775. Le gouvernement consentit la même année à ce qu^au moins dans les écoles militaires supérieures, Tinstruction eût lieu dans la langue nationale. Alors plusieurs écrivains distingués, auteurs originaux ou traducteurs, se présentèrent presque simultanément dans la lice si longtemps abandonnée. On donna des soins assidus à la recherche et à la publication des anciens écrits. Indépendamment de Pelzel, dont la Nova kronyka tcheska (S vol., 1791-1796) est Jusqu*à présent le meilleur manuel historique de la Bohème, nous citerons parmi ceux qui contribuèrent .le plus à cette régénération, François-Faustin Prochazka, 1777-1804; Yenceslaf- Mathias Rramerius, mort en 1808, le meilleur écrivain populaire de la Bohème depuis 1780 ; Jos. Dobrofeky (vqy. ce mot), le plus grand philologue des Slaves; François Thomsa, mort eu 1814, qui, outre de bonnes grammaires, publia plusieurs écrits populaires estimables; Venceslaf Stach, J. Rulik, les frères Tham et autres. Dans ce mouvement des esprits M. Antoine Puchmayer, prêtre laborieux, homme de talent et de vastes connaissances, osa (1795) 8*élever par un libre essor sur le Parnasse, longtemps abandonné, de la Bohème. Il fut aussi le premier qui fit connaître à ses compatriotes la littérature des Polonais et des Russes. Plusieurs de Be$ amis le suivirent avec plus ou moins de succès, entre autres les deux frères Neïedly et Jos. Rautenkranz mort en 1818, François Stepniscka mort en 1833, Sébast. Hnevkovsky, Franc.- Jean Svoboda, etc. M. Joseph Jungmann, professeur trèsdistingué de Prague, prit depuis 1805 un essor encore plus hardi. Toutefois cette persévérance dans les efiPbrts, ce noble dévouement de tant de gens de bien, u*eut que de faibles résultats; car la noblesse et les classes élevées parmi le peuple étaient devenues presque étrangères à la langue de leurs pères. L*année 1818 annonça ft la littérature de la Bohème une nouvelle et meilleure époque. Le magnifique manuscrit de Rœniginhof, découvert par H. Venceslaf Hanka et publié avec la traduction allemande du professeur Svoboda (Prague, 1818, 2« édit., 1829) n'agit pas moins vivement sur Pesprit national que la fon-
dation, à Prague, d*un musée national par les soins du comte Gollovrat et plusieurs décrets de la cour (1816-1818), qui recommandaient d'exercer aussi les élèves des gymnases dans la langue du pays. Malheureusement plus tard, le 12 février 1821, ces décrets furent rapportés. Néanmoins depuis ce temps la langue et la littérature ont feit des progrès rapides, on pourrait presque dire trop hasardés ; la langue bohème annonce là prétention d'être, elle aussi, européenne, et elle se prête maintenant à tous les besoins da siècle dans les arts et dans les sciences. Après que la perspicacité de Dobrof^ky eut découvert toute la structure organique de cette langue, on osa arrêter une nomenclature régulière et claire pour la plupart des branches scientifiques; en même temps et à l'appui de ce travail, on s'appliqua à la recherche des richesses longtemps oubliées ou négligées de l'ancienne littérature. Le mérite d'avoir les premiers, après le vénérable Dobrof^ky, ouvert cette carrière difficile, appartient aux professeurs de Prague Jos. Jungmann et Jean Svat. Pressel. Le manuscrit de Rœniginhof ennoblit aussi la diction poétique, et l'antique forme métrique recommandée par MM. Scha£forik et Palacky, contribua à porter depuis 1818 la poésie bohémienne au degré de mérite où elle s'est élevée. Sur la proposition de Dobrofeky, on corrigea aussi quelques inconséquences de l'ancienne orthographe, innovation qui trouva toutefois de nombreux contradicteurs.
Parmi les poètes et les littérateurs les plus distingués depuis 1818, nous nommerons les suivants comme occupant le premier rang. François Ladislaf Celakowsky à Prague (né en 1799 à Strakonitz en Bohême, talent vigoureux et formé par de bonnes études, poète original et populaire. Ses poésies diverses (2« édit., Prague, 1 830), son Écho des chants russes (Prague, 1829), l'Écho de chants bohémiens (1830) et plusieurs autres sont ce que la poésie nationale a de mieux à citer. Venceslaf Rlicpera, professeur à Rœniggrstz (né en 1792), a feurni plus de trente pièces •dramatiques, drames, comédies et tragédies qui pour la plupart ont été Jouées avec succès. Jean Rollar, prédicateur évangélique à Pesth, né en 1793 à Thurotz en Hongrie, s'est placé par ses Slat>y Dcéra, recueil de 150 sonnets erotiques et patriotiques (2« éd., Bude, 1824), ainsi que par d'ingénieuses épigrammes et de belles élégies, au premier rang des poètes de son pays. Jos. Langer (né en 1806), talent fortoriginal, et qui s'est particulièrement fait remarquer par ses idylles nationales, ses contes populaires (Prague, 1850),
BOH
BOH
et par des poésies diverses, la plupart satiriques. Charles Sim. Makhatchelc (professeur à Gitschin, né en 1799), a écrit entre' autres la meilleure comédie boliémienne, la Demande en mariage (Prague, 1836); Topera lui doit aussi depuis 1833 de nouveaux progrès. Ch. Agnell Schneider (homme de loi, né en 1766), poêle aimé de la nation, a fait les meilleures ballades (2 vol., 1833-1830). Jean-Nep. Slzepanek (directeur du théâtre de Prague, né en 1783 à Chnidim) «st le créateur et le promoteur du nouveau théâtre quUl enrichit de plusieurs drames et comédies. Le curé Vincent Zahradnik s*est acquis un nom distingué par ses apologues. Vinareclcy, Kamaryt, Rhmelensky, Turinsky, H. Marek, Schaffarik, Hanka, Svoboda, les dames Madeleine Rettlg et la sœur Marie Antony, morte en 1831, se sont essayés avec succès dans le conte et les chants religieux ou autres.
Parmi ceux qui prirent la part la plus active à Texploitation savante de la langue bohémienne et aux travaux scientifiques dont le pays 6*ho> nore, nous distinguerons Jos. Jungmann (professeur à Prague, né en 1773, ft Hudiitz en Bohême) devenu le Johnson et TAdelung de son pays par son Slovesnosth (Prague, 1830), son Histoire de la littérature bohémienne (Prague, 1835), ses excellentes traductions, ses différents écrits depuis 1806, et par le grand dictionnaire critique de la langue bohémienne dont nous avons fait mention, travail de plus de 30 années. Son frère, le professeur Ant. Jungmann, né en 1775, est connu par son Anthropologie et autres ouvrages de médecine; le doyen Ant. Marek Test par ses écrits sur la logique et la philosophie théorique; Franc. Palacki, par ses dissertations esthétiques et philosophiques (depuis 1818), par une histoire de Testhétique (1833) et de nombreux morceaux historiques, insérés dans le Journal du musée bohémien, qu'il rédige depuis 1837; Jean Svat. Presl (professeur et directeur du cabinet d'histoire naturelle à Prague, né en 1791 ) , s'est fait connaître par beaucoup d'excellents ouvrages sur la botanique, la zoologie, la minéralogie, la chimie, etc., et par un Journal encyclopédique intitulé Krok; Paul- Joseph Schaffarik par plusieurs dissertations esthético-critiques (depuis 1818); Charles Schadek (né en 1783), par ses ouvrages de géographie, physique et technologie, et le professeur Adelb. Sediacek (né en 1795), par des ouvrages sur les mathématiques et la physique, etc.
£n 1831 on publiait à Prague neuf écrits périodiques en langue nationale. (Il n'y a toutefois que trois journaux dont un seul politique.) Ce
nombre est petit, mais aussi parmi les 7 millions d'habitants slavons de la Bohême, de la Moravie et de la Hongrie supérieure, qui doivent former le public de la littérature bohème, il n'y a que des individus isolés qui s'y intéressent. Viennent ensuite les entraves, comme les rigueurs de la censure, l'état pitoyable du commerce de la librairie, etc. Si la littérature, malgré tant d'obstacles, fait néanmoins des progrès , il faut en savoir gré aux circonstances mentionnées plus haut, et surtout à cet esprit national du Bohémien, qui n'a besoin que d'un faible encouragement pour se montrer dans toute son activité, dans toute son énergie. Coiiv. Lexicon.
BOHÉMIENS. On se tromperait si l'on établissait le moindre rapport entre les bandes nomades qui portent ce nom et la Bohème qui n'est point leur patrie, et à laquelle ils n'appartiennent point. Ce n'est même qu'en France qu'on leur donne ce nom. Les Hollandais les appellent païens; lès Suédois et les Danois, tâtares; les Anglais, Égyptiens (Gysies); les Espagnols, gitanos. Eux-mêmes se nomment pharaons; mais c'est dans la dénomination allemande, Zigeuner, qu'on pourrait retrouver quelque trace de leur origine : ce nom, ainsi que celui de zin-gari ou zingani, usité chez les Italiens, les Turcs et les Valaques , n'est pas sans ressemblance avec le mot Tchinganes qui désigne une peuplade des bords de l'Indus. L'opinion la plus accréditée les fait venir de l'Inde. Dans leur langue il y a beaucoup de mots sanscrits ; d'autres appartiennent au Bengale et au Malabar; enfin la construction en est tout orientale. Quand ils vinrent pour la première fois en Ita; lie, ils se proclamèrent eux-mêmes d'origine indienne. Ce fut vers 1417 qu'ils parurent pour la première fois, et l'on a lieu de croire que les cruautés de Tamerlan avaient foit fuir ces popu« lations de l'Inde '. Quoi qu'il en soit, elles arrivèrent très-nombreuses. En 1418 il en vint, diton, en Suisse plus de 14,000. Cela fait contraste avec le petit nombre de douze vagabonds qui, selon Pasquier, vinrent à Paris en 1437. Les uns croyaient que les bohémiens éUient des chrétiens revenus de la terre sainte; d'autres pensaient qu'ils erraient ainsi parce que le pape les y avait condamnés en expiation de leurs fautes. Ils devaient, disait-on, courir pendant 7 ans, sans Jamais se reposer. On évalue à 700,000 le
■ Il j a UM granclfl pluocIbtUt^ dan« l'oplaion d« Grellman, qui prooT* qa« Ir» bohénicn* ■ppArticoocot i cette datse InfiriM d'ImliciM appelées Smdtn» et qu'ils ont quitté l'Inde lors dn ra- Tage de celte contrée, en 1408^ par TiaMmr qni ait i mort des ■niliindea d'hommes de tous les rangs.
BOH
BOH
nombre des bobémieiig actuellement en Europe; sur ce nombre il y en a en?iron 18,000 en Angleterre. La Hongrie, la KoldaTie et la Transylvanie en possèdent près de 900,009. Xnin^ c^est dans la Turquie, la Bessarabie, la Grimée qu'il s'en trouve le plus; tandis que la France et TAllemagne n'en voient errer que des bandes isolées. Cette population est ordinairement laide et disgraciée de la nature; toutefois la haute taille de ces nomades, la blancheur de leurs dents et la belle couleur de leurs cheveux noirs, contre buent à produire des exceptions favorables. Il est des pays, l'Espagne, par exemple, où les beautés bohémiennes sont fort estimées. Rarement ces bandes voyageuses ont des tentes : elle% se creusent des cahutes sous terre et les recouvrent de i^on. On leur voit bire des tours de cartes ; souvent ler femmes disent la bonne aventure. Il y a quelques métiers à la portée de ces familles errantes; elles comptent des vétéri« naires, des chaudronniers, des cloutiers, etc., etc. La musique ne leur est pas étrangère, et il est des contrées où les orchestres de bal leur appartiennent exclusivement. Quant à la religion, ils pratiquent assex ordinairement celle du pays où ils se trouvent, mais ils n'ont pas pour ceki l'intelligence du dogme ni de la morale ; ils se marient entre eux, sans beaucoup de préambule ni de formalités ; mais quand le mari est las de sa femme , il la chasse. La morale des bohémiens est en général fort relâchée ; le vol surtout est presque généralement établi chex eux. En France les états généraux de 1560 condamnèrent les bohémiens à un bannissement perpétuel. En Allemagne,, Marie-Thérèse et Joseph II ont fait de vains efforts pour les civiliser, f^oi'r Grelhnann, Hiitoricher f^enuc/i uberdie Zigeuner, a« édition, Gœtt., 1787. Conv. Lix. Momrit.
Aujourd'hui, dans aucune contrée de l'Europe, on ne trouverait beaucoup de descendants des bohémiens aborigènes. La sévérité de la police exercée contre ces hordes de vagabonds abrutis a beaucoup éclairci leurs phalanges, principale* ment en Suisse et en Angleterre, et on est même parvenu à ramener quelques-uns de ces hommes au sentiment des devoirs qu'imposent les lois d'une société civilisée. Néanmoins, tout ce qui reste de cette étrange race continue à éluder, d'une manière ou d'une autre, la vigilance des magistrats sous le masque de prétendues professions, à l'aide duquel ils se livrent toujours à leur trafic habituel.
Les bohémiens modernes prétendent être les descendants des anciens Égyptiens, si fameux pour leurs connaissances en astronomie et dans
les autres sciences; et sous prétexte de dire la bonne aventure, ils trouvent le moyen de voler, de dépouiller le peuple crédule et superstitieux. Pour colorer leurs impostures, ils se peignent la figure et parlent ose eapèee de baragouin ou d'argot qui leur est particulier. Ils rOtfent dans le pays en bandes nombreuses, au grand effroi des fermiers, sur lesquels ils ne manquent jamais de prélever une contribution en oies, en dindons et en poules.
Le Journal d'Evelyn nous donne quelques dé> tails asseï curieux sur ces maraudeurs en Angleterre, et Jette un certain Jour sur les altérations qu'a subies la race primitive de ces êtres dégénérés : « Dans nos statuts, ils sont qualifiés « d'Égyptiens, ce qui dans le fait ne signifie au- « tre chose que des coquins déguisés; car oe ne « sont pour la plupart que des Anglais ou Gal- « lois qui s'affublent de vêtements bixarres, trat vaillent leurs figures et leurs corps, se fént « une langue d*argot qui n'est entendue que « d*eux et des leurs, s'en vont rôdant dans le « pays, sous prétexte de dire la bonne aventure, « de guérir les maladies ^ etc.; font des dupes « parmi les ignorants, leur attrapent de l'argent « et ne manquent jamais en outre de voler tout « ce qui n'est ni trop chaud, ni trop pesant pour « être emporté. »
En 1551, les hordes vagabondes qui se donnaient le nom d'Égyptiens étaient devenues si nombreuses et tellement incommodes en Angleterre, qu'elles en furent en totalité bannies par acte du parlement, sous peine d'emprisonnement. Peu de temps après, le comte d'Arran imagina un moyen différent pour se débarrasser de ces odieux vagabonds : ce fut d'ordonner à tous les shérifk et aux autres magistrats des comtés, de prêter assistance k John Faw, seigneur et comte de la petite Egypte, pour le rassemblement de ses sujets les bohémiens (dont un grand nombre s'étaient révoltés, sous la conduite d'un certain Sébastien Lalow). John Faw avait pris l'engagement de ramener les Égyptiens dans leur pays.
Un intérêt tout nouveau s*est attaché à ces hordes par les admirables romans de Walter Scott, et surtout par le rôle Important qu'dles jouent dans Guy Mannering.
Les bohémiens vivent en ne croyant à rien, et exempts de toute inquiétude sur la vie éternelle. Il ne faut donc pas s*étonner que leur conduite dans la société corresponde à un tel ordre d'idées morales. Tous les devoirs sont négligés chef eux; jamais la prière n^a passé sur leurs lèvres; Jamais Us n'assistent à aucun service dl-
fiOH
BOH
vin ; c*eit C6 qui a fait dire aux Valaques que « l'Église des bohémiens ayant été construite « avec du lard, les chiens Pont mangée. • Le culte qui perd un bohémien perd aussi peu que celui qui en gagne un. Au f6nd, le zingari n*est ni mahométan ni chrétien ; car les doctrines de Mahomet et celles du Christ lui sont également inconnues ou indifférentes : elles n*ont d*autre effet pour lui que de faire que son enfbnt ait été baptisé ou circoncis. Pilouii, p.
BOHiMOND (Maec), prince de Tarente, était fils du fameux Robert Golscard, a?enturler normand , qui de?int duc de la Fouille et de la Calabre. Dès sa plus tendre Jeunesse, Bohémond porta les armes, et son père lui confia de bonne heure le commandement d*une armée. Après •Toir débuté avec éclat dans une guerre contre les Vénitiens et contre les Grecs, il perdit, en 108S, son père qui mourut à Céphalonie. Eobert avait donné le duché de la Fouille et celui de la Calabre à Roger, fils de sa seconde femme, qui lui avait inspiré un attachement plus vif que sa première, mère de Bohémond. Cette injuste prédilection indigna celui-ci. Une guerre sanglante édaU entre les deux frères. Roger flit k la fin Ibrcé de oéder à son aîné la principauté de Tarante. — In 1W6, Bohémond, faisant avec Roger le siège d*Amalfi, dont les habitanU s^étaient révoltés, rencontra plusieurs croisés qui se rendaient en Palestine, et se sentit tout à coup enflammé du même enthousiasme que ces guerriers. A la vue de toute Tannée, il quitte son manteati, le fait découper en plusieurs croix quUI distribue k ses officiers, et en place une sur ses habits. Roger se voit abandonné de la plupart de ses soldats, qui prennent la croix. Cette armée, débarquée en Épire, arriva à la rivière Vardari , sur les bords de laquelle elle campa quelques Jours. La rapidité du courant s'opposait au passage des croisés, et les deux rives qui éUient couvertes d'ennemis, effrayaient une partie de Tannée. Tancrède, voyant qu'on hésitait, s'exposa le premier et traveru le fleuve, accompagné d'un petit nombre d'hommes. Son épée lui ouvrit un passage à travers les Grecs, qui furent renversés. L'armée de Bohémond, voyant les ennemis en fuite, n'hésite plus à passer le fleuve. Après quelque résisUnce, elle resU maltresse du pays. L'empereur Alexis, apprenant que Bohémond avait traversé TAdriaUque, et s'éUit emparé de la Maoédoine ; que toute TlUlie s^éUH Jointe à hû ; que depuis les Alpes Jusqu'à TlUyrie aueua pays ne lui avait refusé des armes, et fu'ea outre Tancrède ei ses frères Guillaume ei toberl «ocompagMieat ceredontabla ciMf, mé^
dita de nouvelles ruses et de nouveaux stratagèmes, n députa vers Bohémond des hommes chargés de le surprendre par des caresses, et lui écrivit une lettre remplie des promesses les plus séduisantes. Bohémond fut en efifet séduit plus encore par l'éloquence des envoyés que par la lettre de Teropereur. Les richesses de Gonstantinople le tentèrent. Il se rendit dans cette ville avec un petit nombre de croisés, laissant le commandement de l'armée k Tancrède : il fut présenté à Alexis, et se soumit, malgré sa fierté et son dédain pour les Grecs, à lui rendre hommage. L'empereur étala devant lui tous ses trésors, lui en fit accepter une partie, et lui donna un fief dans la Remanie. D'après le caractère que les historiens contemporains attribuent au prince de Tarente, on doit croire que la fecilité qu'il montra à se laisser séduire était plutôt un effet de sa politique et de sa prévoyance que de sa feiblesse. Il alla même Jusqu'à Jurer hommage à Alexis pour son cousin Tancrède, dont l'empereur redoutait le courage et Tinflexible fierté. Ce fut pour ainsi dire au prix de ces sacrifices ftilts à Tamour-propre, que Bohémond obtint la liberté de suivre les autres chefs croisés au siège de Nlcée, qui fut attaquée, réduite et remise ensuite aux troupes grecques. Celte première conquête des soldaU de la croix fut suivie de la bataille de Dorylée, qui manqua leur devenir funeste, et dans laquelle Bohémond se vit forcé de plier. Hais la valeur de Tancrède, le courage de Hugues le Grand, frère du roi de France, le sangr froid de Godefroi de Bouillon , fixèrent enfin la victoire de leur côté, et les troupes du Turc Soliman furent culbutées et mises en fuite. Les croisés, poursuivant alors leur marche triomphante, allèrent mettre le siège devant Antiocfae, capitale de la Syrie. L'armée chrétienne était depuis huit mois autour de cette place, les plus illustres guerriers s'y étaient distingués par de brillantes actions, et les soldats croisés souffraient beaucoup de la disette et des sorties que faisaient tous les jours les assiégés, quand la trahison vint tout à coup les rendre maîtres d'Antioche. Ce fut à Bohémond que le traitre s'adressa, et le prince eut l'adresse de la foire servir à son ambition. U y avait dans Antioche un riche Arménien qui avait renoncé à la foi du Christ pour embrasser le mahométisme, et qui avait une famille nombreuse et beaucoup de blé chez lui pour la nourrir; Baghi-Syan, gouverneur de la place, en fut informé. Quoiqu'il eût déjà fait à toutes les familles un premier enlèvement de provisions, il torçë une seconde féis l'Arménien à lui livrer la moiUé de ce qui lui restait L'Ar-
BOI
BOI
ménien, que les auteurs arabes nomment Znrad, et les écrivains latins Phirous, va trouver le gouverneur, se jette h ses pieds, et lui représente sa misère et celle de ses enfants, à qui il a enlevé tout moyen de vivre. Baghi-Syan , loin d*étre louché de ses prières et de ses larmes, le repousse avec mépris et dérision. Zarad avait depuis le commencement du siège la garde d^une tour. Réduit au désespoir, il né consulte plus que son propre salut , et se décide à venger son injure. personnelle aux dépens de tous les assiégés. Au milieu de la nuit, il descend de la tour au moyen d*une corde et se rend secrètement à la tente de Bohémond. Ce prince, par la réputation qu'il s'était faite en Orient, y était regardé alors comme le chef de tous les croisés. Zarad offre de lui livrer la ville ; il fixe le jour, Theure, et indique Tendroit favorable pour y entrer. Pour garant de sa parole, il offre encore de luimême un de ses enfants, qu'il envoya le lendemain à Bohémond. Le prince de Tareule, au comble de la joie, confie son secret à Tévêque du Puy, légat du pape auprès de Tarmée. Celuici convoque les chefs croisés, et dans un discours adroit et pathétique leur propose de donner la ville à celui par le secours duquel la ville aura été prise. Le conseil approuve cet avis* Alors Bohémond découvre son projet et fait connaître ses moyens d'exécution. La nuit étant arrivée, il se rend au pied de la tour qu*on avait promis de lui livrer. Au signal convenu, 11 trouve une corde suspendue, y attache ses gens, et Zarad les attire à lui. Un assez grand nombre de soldats étant ainsi montés et toute crainte étant dissipée , les croisés tuent tous les gardes qui étaient dans la tour, poussent de grands crisj qui jettent partout l'alarme, descendent ensuite aux portes, en massacrant toutes les sentinelles qu'ils rencontrent, et les ouvrent aux autres croisés, qui attendaient le succès de l'entreprise. Au point du jour, la ville se trouva ainsi, comme par surprise, au pouvoir de l'armée chrétienne. Cet événement, si important pour les croisés, eut lieu au mois de juin 1098. Bohémond, pour récompense du service qu'il venait de rendre, fut déclaré prince d'Antioche. U fut le premier des chefs de ces guerres saintes appelées croisades qui obtint en Orient ce que tant d'autres comme lui allèrent y chercher par la suite, un État à gouverner et des terres à conquérir. Il mourut en 1111. Dilbaib.
BOIAR ou BoTAHD, titre usité en Russie et dans la MoMavie (dans la Valachie le titre de boïiade y répond ) , et autrefois encore dans d'autres pays slavons pour désigner un homme de haute
naissance ou un fonctionnaire des plus éle« véi.
BOIARDO (Matio-Mâeu, comte bi SCAN- DIANO) poète italien, né en 1430,dans le Milanais. Il remplit des charges d'honneur à la cour de Ferrare, où le duc Hercule d'Esté s'était fait le protecteur des lettres et des arts, l'émule de la fomille des Hédicis. Il traduisit en italien Hérodote, une partie de Lucien, l'Ane d'or d'Apulée, et composa un poème épique 'intitulé le Roland amoureux (Orlando inamorato), prélude faible, il est vrai, de l'immortel poème de TArioste. Le Roland de Boïardo est un inextricable labyrinthe d'aventures et de courses chevaleresques, où se trouvent déjà les noms des héros de l'Arioste et bien d'autres noms encore, à la confection desquels le poète attachait une grande impor- Unce. L. SrâCH.
BOIENS, Boïis ou BoGS, peuple d*origine Cimbrique (dont on fait venir le nom. de bw, peur, bwg et bug, terrible, en langue gaUique) et divisé en plusieurs races. Les premiers Botes gaulois habitaient le pays qui plus tard fut connu sous le nom de Bourbonnais; d'autres s'établirent, peu après l'expédition de Bellovèse, dans une partie de l'Italie méridionale. 400 ans après la fondation de Rome, les Bolens vouiu« rent pénétrer plus avant dans la péninsule italique; mais les Romains les repoussèrent et les contraignirent à se réfugier sur les bords du Danube. Au temps de César, on les voit prendre part à l'attaque des Helvétiens contre la Gaule ; ils furent établis par lui dans la première Lyonnaise. D'autres Boïens gaulois habitaient le pays qui forme aujourd'hui le territoire de Buch, dans les Landes.
Les Boïens de Germanie avaient pour séjour le fertile bassin qu'entourent les monts Sudètes et la forêt de Hercynie, aujourd'hui la Bohème, Boio-hœmum. Ce nom, qui signifie, en langue germanique, demeure des Boïes (Baienheim)^ lui fut donné par les Marcomans, qui s*en emparèrent après en avoir expulsé les habitants. C'est encore des Boïens que la Bavière (Boaria, Boiaria) a tiré son nom. Des Boïens figurèrent aussi parmi les tribus gauloises qui envahirent l'Asie Mineure et laissèrent leur nom à la Galatie. A. Sataouii.
BOIELDIEU (ADBan), né à Rouen en décembre 1775, apprit la musique et la composition d'un organiste de cette viUe nommé Broche. Boleldieu devint très-habile sur le piano; il écrivit d'abord pour cet instrument : ses concertos de piano, ses duos pour piano et harpe, obtinrent un succès de vogue. Plusieurs romances,
BOI
BOI
quHl publia peu de temps après son arrivée à Paris, en 1795, le firent connaître dans le monde musical, où le célèbre chanteur Garât Favait produit. Nommé professeur de piano au conservatoire, Boïeldieu y forma un grand nombre d*élèves d*un grand talent. Il débuta à TOpéra- Comique par la Famille suisse, opéra en un acte, qui fut bientôt suivi de Zoraïme et Zulnar, ouvrage en trois actes, qui le plaça au premier rang parmi les compositeurs français. La Dot de Suzetle, leCalifede Bagdad^ Béniowskx^ Ma tante Jurore, et plusieurs autres opéras avaient encore accru sa renommée. Lorsqu*il fit le voyage de Saint-Pétersbourg, en 1803, Tempereur de Russie, Alexandre I«r, le nomma maître de sa chapelle , chargé de composer pour le théâtre et les fêles de la cour. Après un séjour de huit ans environ, pendant lesquels il avait fiait représenter Jline^ Ahder-Kan^ la Jeune femme colère^ les deux Paravents^ Amour et Âfjrstère^ les chœurs d'Âthalie^ Télémaquey les Foitures versées^ plusieurs pièces de circonstance et beaucoup de musique militaire, Boïeldieu revint à Paris en 1811. Les deux Paravents^ la Jeune femme colère, les Foitures versées, parurent bientôt sur le théâtre de TOpéra-Comique, pour lequel il composa de nouveaux opéras, tels que Jean de Paris, la Fête du village voisin, le Nouveau seigneur du village, le Chaperon rouge, la Dame blanche, son chef-d*œuvre, en 1824, les deux Nuits, en 1829. Depuis lors, atteint d'une affection au larynx, fioïeldieu fut forcé de suspendre ses travaux. Il s'occupait d'un opéra en trois actes, paroles de M. Scnbe, dont un acte seulement est mis en musique. Après un voyage entrepris pour sa santé dans le midi de la France et dans l'Italie, il revint à Paris en Juillet 1833, et mourut à Jarcy dans la Brie le 9 octobre 1834, à son retour des eaux des Pyrénées.— Boïeldieu n'a pointera vaille pour la grande scène lyrique de France; mais plusieurs de ses ouvrages pourraient y figurer avec honneur. Il a réussi dans le genre comique : Ma tante Aurore, Jean de Paris, l'attestent; il s'est élevé Jusqu'à la hauteur de la tragédie lyrique dans Béniotosky, Télémaque, les chœurs d'Athalie. Dans le demi-caractère, ses succès n'ont pas été moins éclatants : témoin Zoraïme etZulnar, le Chaperon rouge, la Dame blanche. L'opéra-comique français, traité comme l'a fait Boïeldieu, est une œuvre d'art et d'imagination ; la phrase de ce compositeur est d'une mélodie gracieuse et distinguée; son style est clair, d'une rare élégance, et les forces de son orchestre se sont accrues
suivant les exigences de chaque époque. Ce mal* tre a suivi les progrès de la musique. Il s'est montré d'abord rival de Grétry, et c'est au moment des plus beaux triomphes de Rossini que SB'Damè blanche a fait une immense explosion. Musicien spirituel, il savait donner aux paroles l'expression, le coloris qu'elles réclament, sans s'attacher à Jouer sur les mots, à faire des rébus, comme plusieurs de ses prédécesseurs, rébus que les hommes de lettres du temps prenaient pour des traits de génie. Il a déclamé sans dégrader les contours de la mélodie. Boïeldieu est un des plus illustres maîtres dont l'école française puisse s'honorer. Ses opéras ont réussi partout : l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, les ont traduits et représentés; l'Italie même, qui adopte si difficilement les compositions étrangères, a reçu la Donna bianca de la manière la plus flatteuse. CASTIL-BLàZB.
BOILEAU-DESPRÉAUX (Nicolas), naquit, le 1«r novembre 1636, à Paris ou à Crône. Cette seconde tradition est moins probable ; on assure pourtant que son surnom de Despréaux vient d'un petit pré de ce village. Il n'avait pas 13 mois quand il perdit sa mère, pas 30 ans quand mourut son père, greffier du conseil de la grande chambre. Onzième enfant de cette famille, atteint, dès ses Jeunes ans, de maladies graves, languissant et délaissé, il grandit au sein des douleurs et des contradictions. Il était né dans un greffe : il fut condamné à devenir avocat. Mais ayant lu des romans et fait des vers, il ne goûta ni la science des légistes, ni surtout ce qu'ils appelaient leur pratique, et ne s'étudia qu'à les convaincre de son entière inaptitude; il y réussit. Pour mieux échapper au barreau, il s'avisa de se réfugier dans une école de théologie; et le plus grave de ses historiens, l'académicien de Boze, nous dit en propres termes « qu'il y retrouva la chicane qui n'avait fait que « changer d'habit. « Dès lors il résolut de se consacrer aux lettres. Deux de ses frères, Gilles et Jacques, se sont engagés dans la même carrière. JàCQVBS, docteur de Sorbonne, n'a guère écrit que sur des matières ecclésiastiques, et la plupart de ses livres sont en langue latine. Mais Gilles, auteur de poésies françaises, de traductions en vers et en prose, et de quelques autres productions, a été l'un des 40 immortels de l'Académie française, 35 ans avant Nicolas. Celui-ci ne souffrit pas toujours sans murmures les hauteurs et les dédains de ce frère aîné; ils ont eu ensemble des démêlés dont on retrouve des vestiges dans les ouvrages du plus Jeune. Toutefois ils se réconcilièrent, et Nicolas de-
Gobgle
POl
BOl
m^iira $\ M^« h C«tU amitié rr«terQ«Uci, quHl •e 4t l^iUur 4«B (Eufrei pogtbumei de Gill^i, Pespréaux nous a oonservé (ui-vème quel* ques«viis de ses premiers vers, deux chansons, un sonnet, une ode; faibles essais qui ne méritaient pas le nom de préludes* Son véritable début est de Tannée 1660, la 94« de mn âge ] ç^est répoque de sa 1^* satire, intitulée 4di9U9 d'un poète à la vilh de Parie, et de celle où «ont décrits les embarras de cette grande cité i toutes deux déjà remarquables par la pureté du style, par une versification élégante, par le talent, alors bien rare, d*exprimer les détails les plus rebelles et d*ennoblir les plus vulgaires, L*auteur avait été admis à lire ces deux pièces au seiu d*une société fameuse, où présidaient la marquise de Rambouillet et sa fille, la ducbessf de Xontau^ier, U brillaient Chapelain et Çotin, révéré9 comme des oracles : le jeune Despréauiç n'eut pas le bonheur de leur plaire; il i)*admira pas non plui leur géple« leur goût, leur savoir ; il sortit de Thôtel EambouiUet beaucoup plu» satirique qu*il n*y était entré. Dans le oours des sept années suivante», Il publia le» tî satires que le» éditions nomment la 7*, la 3«, la 4s la 3« et la 6«, Celle qui a pour «ujet le genre satirique même peut sembler inférieure au modèle latin qu'elle imite; une autre n'est qu'une assez mé* dlocre esquisse de» folies humaines ) mais celle qui expose les difficultés de l'art d'écrire en ver» français a du moins le mérite de les surmonter. Plusieurs de» traits satiriques dont la description d'un festin ridicule est parsemée »Qnt restés mémorables; et la pièce qui commence par déclarer que la noblesse n'est point une chimère, a pu contribuer ^ propager l'opinion contraire. Quoi qu'il en soit, les deux meilleure» satires de Boileau 4ont la 8« et la 9«, composée» en 1667 : l'une peint sous de vives couleur» les travers et le» vices de la race humaUie« telle que les sociétés l'ont faite; l'autre, adres»ée par le poète ^ son propre espritt offre un brillant tissu d'idées ingénieuses et d'exprea»ions poétiques; on y volt quelle force et même quelle grâce une rai»on sévère peut ajouter à l'attlclsme de la diction et à 1« verve du »tyle, tl y a 96 ans d'intervalle entre cette excellente »atire et la 10«, où les femmes sont »i aqnèrement censurées. Une'»i longue dislanoe explique, ou même excuse l'affaiblisaement que» maHiré de riche» détails et de très beaux ver», m a cru remarquer ici dans le Valent du poète, et que rendent de plus en plus sensibles ses deux dernières satire», où il s'agit de l'honneur et de l'équivoque. On y reconnaît souvent encore TautMir des neuf premières, mais
descendu â son tS« etâ son 14« lustre, De ces 19 satire») trois sont purement liitéralres] et D«s«préaux, en composant le» neuf autres, a fréquemment trouvé ou cherché les occasions de critiquer les vers et la prose d'un grand nombre de se» contemporains. Jeune encore il signalait tou» le» écueil» de l'art d'écrire, U bixarrerie des sujets et l'inconvenance des styles, l'insipide afféterie et la grossièreté triviale, la sécheresse et la prolixité, la négligence et la contrainte , la froideur et l'emphase. Le mauvais goût n'a point de travers qu'il ne condamne, non-seulement dans les auteurs d^â méprisé», dans vingt académiciens dès lors obscurs, mai» surtout dans les coryphées du monde littéraire, dans les Chapelain, les Cotin, les Scuderl, noms aujourd'hui sans honneur, fantômes alors révérés ; dans ce Charles Perrault qui» ayant contracté de bonne heure la facile habitude des intrigues, mettait son étude k multiplier se» relations avec les grands, avec les gens de lettres, avec les artistes, et parvenait à soutenir sa réputation littéraire par l'Idée qu'il faisait pren^ dre de son crédit et de son infiueqce. ioin de confondre Quinault avec tant de rimeur» Inhabiles, il louait chex lui la versification la plus mélodieuse dont le génie de la musique eût encore pu disposer, et ne critiquait, parmi les poèmes de cet auteur* que ceux qu'on ne chantait pas, Stratonice, Amalazonte, Âstrate, drames en effet illisibles et depuis longtemps oubUés. Il admirait aussi dans le Tasse le génie d'un poète épique, imitant Virgile oomme Virgile avait imité ^omè^e; mais il osait lui r^rocher les de»eription» »^pe^flues, les interventions de démons et d'anges, les expressions recherchées, lea tours affectés, les concetti que déjà Galilée avait condamnés bien plus durement, et qu'ont censurés depuis avec autant de rigueur, Rapie, 9iouhours, Addisson, Méustase. Si d'autres jugement» de Boileau, en bien petit nombre, semr blent un peu trop sévères, toujours e»t-il un »atir|qMe bien modéré, en comparaison de ceux qui, avant et aprè» lui, ont écrit dans le même genre. La gaieté qui anime ses satires verse le ridicule et non l'infamie i la malice, qui les dicte plus souvent que la colère ne les inspire, »e prescrit toujours des limites ; elle veut de» joueU et non des victimes.
Les 13 épitre» de Boileau n'ont paru qu'après ses 0 premières satire»; elles sont en général les fruits ^d'un talent plus mûr et plu» exercé. La versification y a plus de souplesse et de grâce, le style plus de mouvement et de consistance ; de» pensées plus fùrte», plus étroitement encbainéeii
BOI