‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 3Chapitre 45 sur 63 · DON · texte numérisé non relu

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à cette occasion la marquise de Prié ; « Je me doutais bien que cette petite harpie ferait bientôt parler d*e]le. » Le comte de BouneTal,en chevalier français, releva cet outrage fait, comme il le dit, à une princesse de France et à une reine d*£spagne,Pe là, haine mortelle entre le gouverneur et le lieutenant général. Voici comme le comte, dans une autre occasion, traitait le marquis dans un billet qu'il fit courir : « Si le comte de Bonneval connaissait ce misérable (le gouverneur Prié), il lui donnerait cent coups de bâton de sa main si son père était gentilhomme, et s*il ^ ne rétait pas, ses valets seraient encore assez bons pour lui donner les étrivières. — A. Bruxelles, le 50 août 1734. Signé : Al. Bohnbvai. » — On voit que ce fougueux comte ne gardait aucun ménagement. Il envoya à Prié un défi, et se déchaîna en injures de toute espèce contre la femme et les filles du prétendu calomniateur. Une conduite si peu mesurée déplut au prince Eugène, qui voulait qu*au moins on respectât dans le gouverneur la dignité de sa place. Il priva Bonneval de tous ses emplois, et le fit condamner à cinq ans de prison. Cet homme Indomptable, loin de se soumettre à cet arrêt, qui eût été adouci, passa à la Haye, et de là lança un cartel au prince Eugène, Cette hardiesse, cette dérision de la discipline, qui n*avait point encore eu d'exemple en Allemagne, souleva Tindignation de la cour de Vienne, et le perdit sans retour. — Pour mettre ses Jours en sûreté et rompre à jamais avec les princes chrétiens, de Venise, où il s'était enfui, il passa en Turquie où il embrassa la religion de Mahomet, en 1730. La circoncision, qu'il subit des mains d'un iman, lui valut une fièvre de 34 heures, et, bien contre son gré, la visite et les compliments des hauts dignitaires de l'empire; son nom dès lors fut Achmet-Pacha. Bien vu du sultan Mahmoud, il fut investi par lui de plusieurs dignités. Peu de temps après, il fut créé topigi'bachi, c'est-à-dire général de l'artillerie. Il avait déjà formé à l'européenne ce corps indiscipliné jusqu'alors. Il lui apprit à pointer les pièces, à se servir des bombes avec plus de succès ; il enseigna à la cavalerie turque à se ranger en escadrons ; enfin il commença ce que de nos jours le sultan Mahmoud et Ibrahim ont en partie achevé. Dans la guerre contre les Moscovites, on lui confia un corps de 90 mille hommes; dans celle contre les Persans, il remporta des avantages sur Thamaps-Rouli-Khan. Il eut le titre de bégler-bey, c'est-à-dire gouverneur de Chio et du Dasclick-Arabistan (l'Arabie Pétrée). Enfin, ayant perdu de sa faveur, il fut relégué dans un pacbalick,aux extrémités de la

mer Noire, vers les confins de la petite Tatarie. Vieux, les souvenirs de la France le tourmentaient. Il méditait encore une fuite, quand la mort lesurprit, le 33 mars 1 747, à l'âge de 73 ans. Son fils naturel, Soliman-Aga, auparavant comte de la Tour, lui succéda dans la place de topigibachi* — Bonneval a laissé des Mémoires. On y voit un homme bouillant, fier, d'un caractère inquiet, inconstant, contempteur de l'ordre social, d'une morale relâchée, et, puisqu'il le fout dire, un traître et un renégat. Les circonstances seules où le jeta son âme de f^u atténuent sa conduite, quoique cependant il y eût au fond de son cœur une moquerie naturelle des choses les plus respectables de la vie. Il disait à ceux qui lui demandaient pourquoi il s'était foit Turc : « C'est pour passer mes jours bien à mon aise, en bonnet de nuit, en robe de chambre et en pantoufles. » Ce que l'on ne peut refuser au comte de Bonneval , c'est une valeur à toute épreuve, un esprit vif, de la fierté, et un tond d'honneur français, qu'il ne cessa jamais de porter au sein des cours étrangères qui payaient son épée. A Péra, dans un cimetière de derwiches-mewlewis ou tourneurs, non Iqin du palais de Tambassade de Suède, on lit encore sur son tombeau cette belle inscription turque : Dieu est permanent; que PieUj glorieux et grand auprès des vrais croyants, donne pais au dé/Uni Achmet-Pacha,chef des bombardiers. L'an de l'hégire 1 160 (1747). Buins-Baroit.

BONNIVET (GciLLAUH GOUFFIER, seigneur db), fils de Guillaume Gouffier de Boisy et de Philippine de Montmorency, était frère jcadet de Boisy, gouverneur de François I«% Élevé avec le jeune prince, Bonnivet gagna son affection par son caractère ferme et décidé, par la vivacité de son esprit et son courage éprouvé qui souvent dégénérait en témérité. Il fit avec François ses premières armes au siège de Gènes (1507), et on le trouve encore aux côtés du prince à la journée des Éperons.

Le duc d'Angouléme devenu roi continua d'accorder ses faveurs à Bonnivet, que la charge d'amiral récompensa de ses exploits chevaleresques à la bataille de Marignan, celte Journée de géants, comme disait le maréchal de Trivulce, qui avait assisté à 70 combats. Peu après il fut envoyé en Angleterre pour négocier la restitution de Tournai : son faste, ^eA prodigalités, ses magnifiques présents, captivèrent le cardinal Wolsey; il réussit complètement. Cet heureux succès fit croire au roi que le Pamiral avait un grand talent diplomatique, et il lui confia (1519) l'importante mission de le repré-

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